Qui est en ligne ?
Sur Discord, en ce moment.



 

Partagez
 

 Plume bleue et Plume bloquée

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Nashoba Ogier d'Ivry
Zombis
Nashoba Ogier d'Ivry

Identification
Emploi: Mannequin et Auteur (Nashoba) / TDS (Huan) / Animateur bénévole (Oliver)
Age apparent: 32 ans (mais fait plus entre 25 et 27)
Dangerosité:
Plume bleue et Plume bloquée Vote_lcap17/30Plume bleue et Plume bloquée 160125120054759347  (17/30)

Plume bleue et Plume bloquée Vide
MessageSujet: Plume bleue et Plume bloquée   Plume bleue et Plume bloquée Icon_minitimeMer 2 Oct - 11:50

Un samedi après-midi d'automne comme un autre. Les passants profitaient d'un temps grisâtre pour déambuler dans les rues. L'air était chargé d'humidité. La pluie menaçait de tomber à tout moment. On se pressait, on s'entassait dans les boutiques et dans les cinémas en espérant échapper à l'averse. Comme souvent durant les week-ends, Nashoba se mêlait aux errements des vivants, ou de ceux qui comme lui se contentaient d'en avoir l'air. Il était rare qu'il s'aventure sur la rue principale car elle était généralement chargée de monde. Le zombi n'appréciait pas les bains de foule.

L'orage à venir lui avait dégagé un passage privilégié. Curieux de découvrir ce qu'était devenue cette ancienne artère, théâtre de nombreux événements de sa vie, il s'y était engouffré sans réfléchir. Bien mal lui en avait pris : découvrir que tout avait été rasé, qu'il ne reconnaissait plus rien, le plongea dans un mélange désagréable de détresse et de perplexité.

Il flottait au centre de ce sentiment, le nez levé en direction des bâtiments. Ses pas très lents frottaient à peine le pavé. Il n'avait ni la lourdeur ni la maladresse du mort-vivant standard car il buvait moderne, à une fréquence effrénée. Il ne devait son apathie qu'à ce triste sentiment qu'il vivait comme une atmosphère solide, épuisante alors qu'il luttait pour s'y mouvoir. Il respirait la nostalgie d'une existence trop vite perdue, enterrée par des siècles d'absence quand il n'avait fait que cligner des yeux. Il s'en emplissait les poumons. L'odeur de tourment tiraillait son cadavre, pourtant incapable de la moindre sensation.

Nathanael Ogier d'Ivry, auteur romantique avant l'heure. C'était la façon dont beaucoup de livres parlaient de lui de nos jours, mais le zombi ne le savait pas. Il n'avait jamais pris la peine de se renseigner quant à ce que la postérité avait retenu de lui, ou de son oeuvre. Il n'était pas certain d'en avoir envie.

Ses pas l'avaient naturellement amené là où son seul véritable asile s'était dressé, avant que la célébrité et le succès ne lui offrent le prestige d'une grande demeure. Était-ce bien ici ? Rien n'était certain. Dans cette ville devenue étrangère, il n'avait plus ses repères. Il avait la sensation d'avoir retrouvé son chemin, mais ce n'était peut-être dû qu'à la nature de ce bâtiment, par ailleurs trop récent pour lui avoir été contemporain.

Nashoba laissa distraitement ses doigts glisser contre le bois vermoulu. La peinture colorée s'écaillait. Il regrettait de ne pouvoir sentir les reliefs parler contre sa peau. Il se consolait en évaluant leur résistance, la façon dont ils demandaient à sa main plus ou moins de force pour frotter les moulures.

La Plume Bleue. Ce n'était pas la boutique d'Ignace, mais c'était sans aucun doute une librairie. Son apparence ancienne lui était rassurante. L'intérieur qu'il devinait au travers des vitres l'appelait bien trop pour qu'il l'ignore. Il poussa la porte du magasin. Le léger son de cloche ramena à lui bien des souvenirs.

Les rayonnages croulaient sous les ouvrages, lesquels s'imposaient sans équivoque comme seuls et uniques maîtres des lieux. Ils envahissaient les murs, les tables, et même certaines fenêtres. Ils n'obéissaient qu'à eux-mêmes, forts d'une organisation qui paraissait avoir été choisie par eux, pour eux. L'éclairage tamisé profitait du mauvais temps pour offrir à l'endroit un aspect  confortable et intime, tout juste comme Nashoba l'aimait.

Pour la première fois depuis longtemps, un sourire frôla les lèvres du jeune homme décédé.

Plus à l'aise qu'il n'avait l'habitude de l'être dans un nouveau lieu, il en prit immédiatement possession. Il omit, en revanche, de saluer le libraire, qu'il avait pris soin de ne pas regarder dans les yeux. Il s'avança naturellement en direction des bibliothèques les plus reculées. Sa notoriété s'était retournée contre lui depuis le moment où on l'avait assassiné. Réanimé, il la vivait encore comme une malédiction. Il passait son temps à se cacher car il préférait qu'on ne le reconnaisse pas.

Le maquillage et les cols roulés qu'il portait en tout temps masquaient efficacement ses nécroses. On ne devinait pas si facilement qu'il était un zombi. Cependant, le travail de mannequinat qu'il exerçait pour Belle Morte lui rendait l'anonymat compliqué... Il aurait probablement été moins reconnaissable s'il avait au contraire assumé son look défraîchi. Sa phobie des cadavres l'interdisait. Seuls ses cheveux blancs, mal reconstitués par la magie de mort, aux antipodes de son noir corbeau originel, lui permettaient de brouiller les pistes.

Ses yeux s'arrêtèrent sur une tranche particulière. Interdit, il s'agenouilla pour observer le livre de plus près. Il ne s'attendait pas à trouver ça ici. Il découvrit avec encore plus d'étonnement que c'était toute une collection, que l'étagère la plus proche du sol réunissait. Potentiellement l'entièreté de son oeuvre. Rien ne semblait manquer. Dès qu'il pensait à un titre, ce dernier lui sautait aux yeux.

Il sortit du rayon un exemplaire des Récits de la vie quotidienne, par Nathanael Ogier d'Ivry. Un "précieux recueil d'anecdotes d'époque par le point de vue rare d'un vodoun illicite aux origines choctaw intégré dans la haute société française, dont la sensibilité porte même le plus banal des faits divers aux frontières du poème. Une plume suave et organique dont le destin tragique n'a fait qu'accentuer la puissance."

La lecture de la quatrième de couverture lui arracha un éclat de rire silencieux. Le son, sifflant, s'était coincé au travers de sa gorge fendue. Comme c'était étrange... Il voyait mal comment il aurait pu accentuer la puissance de quoique ce soit du fond de sa tombe.
Revenir en haut Aller en bas
https://www.thevoodoochild.com/t4782-nashoba-ogier-d-ivry
Artémis Cyan
Wiccans
Artémis Cyan

Identification
Emploi: Libraire/Grand Mage de la Nouvelle Orléans
Age apparent: Une petite soixantaine
Dangerosité:
Plume bleue et Plume bloquée Vote_lcap19/30Plume bleue et Plume bloquée 160125120054759347  (19/30)

Plume bleue et Plume bloquée Vide
MessageSujet: Re: Plume bleue et Plume bloquée   Plume bleue et Plume bloquée Icon_minitimeMar 8 Oct - 14:44

Cyan aimait les jours de grisaille. Premièrement (et prosaïquement) parce que les gens avaient rapidement tendance à venir flâner à l'intérieur des boutiques lorsque le soleil menaçait à tout instant de leur pleuvoir dessus. Généralement, sa clientèle (ou à défaut, sa compagnie) était bien plus nombreuse les jours de temps maussade.
Deuxièmement, parce que le manque de lumière solaire lui permettait d'allumer les lumières de la boutique, ici sur un guéridon, là perché sur une étagère. La pièce toute entière était éclairée par des plafonniers à la lumière douce ou des luminaires éparses, dessinant ombres et recoins dans la librairie. Le plaisir esthétique (et la satisfaction d'être à la tête d'une jolie boutique) n'était pas tout à fait négligeable.
Troisièmement, enfin, parce que les journées grisâtres se terminaient régulièrement par de la pluie le soir même. Et qu'il aimait particulièrement le son de l'eau sur son toit, résonnant dans un bruit de fond discret. C'était le genre de temps propice à la lecture, ou à l'écriture.

Cyan était assis derrière son comptoir, livre en main et lunettes sur le nez. Il était absorbé dans la lecture d'un énième roman historique, s'essayant à dénoncer les horreurs de 2010. C'était un assez vieux livre, et si la plume était maladroite par endroit, la volonté de bien faire était manifeste. L'ouvrage n'était pas bien épais, mais un petit symbole à lui tout seul. Ça avait été le numéro des ventes, à l'époque: et pour cause. Écrit par une étudiante de 21 ans américaine, le bouquin avait fait scandale. Cyan aimait le relire, à l'occasion.
Lorsqu'un client passait la porte, le libraire leur jeter un regard, et leur adressait un léger signe de tête. A la fois pour les accueillir, et pour leur indiquer que si jamais ils avaient besoin d'aide, il était là. Tout le monde ne prenait pas la peine d'accrocher son regard, bien qu'il soit juste en face de la porte. Il n'en prenait pas ombrage, et retournait immédiatement à son livre.

Très peu de personnes marchaient droit vers lui en entrant. La plupart répondait à son salut, avant d'errer un peu entre les rayonnages fournis, quitte à s'aventurer de nouveau près du comptoir avec un timide "Excusez moi ?".
Cyan ne semblait jamais dérangé. Il posait toujours cordialement son livre, pour relever les yeux vers son interlocuteur avec politesse. Il ne tiquait pas quand on lui demandait un livre. Parfois, il vérifiait rapidement sur son ordinateur si l'ouvrage était bien en stock, parfois il savait de tête.
A l'occasion, on lui demandait un rayonnage précis. C'était plus rare, mais ça arrivait. Cyan s'autorisait généralement l'ombre d'un sourire, dans ce genre de situtation.

"Excusez moi ?"

-Que puis-je pour vous ?

-C'est pour un projet de littérature. Je cherche des ouvrages de poésies anciennes. Spécifiquement, je me demandais si vous auriez ça.

Le jeune homme tira du fond de son trench un petit papier rectangulaire, sur lequel figurait trois titres. Cyan prit la liste, y porta un rapide coup d'oeil, puis prit sa canne, jusqu'ici pendue au comptoir de bois.

-Je vais vous chercher ça.

Gelt, son familier, était allongé dans un panier poussé contre le mur, derrière le siège du libraire. Il ne se réveilla pas lorsque Cyan se leva, mais bougea un tout petit peu. Cyan lui passa devant, et s'enfonça dans les rayonnages de la boutique. Il n'avait pas lu l'intégralité des livres demandés, mais passa rapidement ses rayonnages en révision. Il trouva le premier livre, et jeta un oeil à l'auteur du second. Nashoba Ogier d'Ivry. Il pivota, se rapprocha de la bibliothèque appropriée.

-Excusez moi.

Un jeune homme se tenait juste devant, en train de lire la 4ème de couverture d'un livre. Un jeune homme mort. Cyan n'avait pas tant besoin qu'il se pousse, mais il trouverait fortement grossier de se glisser à proximité de quelqu'un pour attraper quelque chose sur une étagère sans signifier sa présence au préalable. Il trouva la tranche de livre qu'il cherchait, puis parti à la recherche du troisième livre.
Il revint sous peu à son comptoir, et s’assit à son ordinateur. Il tapa quelque chose, et l'écran clignota en réponse. Cyan releva les yeux. Il n'avait pas enlevé ses lunettes, aussi regardait-il son client par-dessus la monture métallique.

-Je suis navré, je n'ai pas le dernier livre de votre liste. Je peux le commander, si vous le souhaitez.


Dernière édition par Artémis Cyan le Ven 1 Nov - 12:16, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
https://www.thevoodoochild.com/t4627-artemis-cyan#75742
Nashoba Ogier d'Ivry
Zombis
Nashoba Ogier d'Ivry

Identification
Emploi: Mannequin et Auteur (Nashoba) / TDS (Huan) / Animateur bénévole (Oliver)
Age apparent: 32 ans (mais fait plus entre 25 et 27)
Dangerosité:
Plume bleue et Plume bloquée Vote_lcap17/30Plume bleue et Plume bloquée 160125120054759347  (17/30)

Plume bleue et Plume bloquée Vide
MessageSujet: Re: Plume bleue et Plume bloquée   Plume bleue et Plume bloquée Icon_minitimeMar 8 Oct - 22:18

Lire son propre livre... Ça avait quelque chose d'un peu indécent. D'orgueilleux, même. Nashoba n'avait jamais ouvert le moindre de ses volumes une fois les dernières modifications apportées à ses textes. Pourtant cette fois, il le fit. C'était différent. Mort, devenu incapable d'écrire, il avait l'impression de se confronter à l'oeuvre d'un étranger vaguement familier.

Il ouvrit les pages au hasard et se perdit dans la lecture d'une anecdote. Lentement, un sourire s'étala sur les lèvres du zombi. Cela le plongeait dans des souvenirs rassurants. Le texte était à la fois distant et gravé dans sa chair. C'était des mots qui n'auraient plus pu sortir de lui, mais des mots qui décrivaient sa vie. Soudain, l'écrivain eut l'impression de tenir son foyer au creux de sa main. C'était comme rentrer chez lui après une longue absence. Il voyait sous ses yeux défiler les personnages familiers, les lieux, les événements de la vie de tous les jours...

-Excusez moi.

Il ne l'avait pas vu ni entendu arriver. Surpris, Nashoba sursauta. Il leva les yeux sur le vieil homme et perdit un bref instant ses moyens. C'était peut-être ce qu'il venait de lire qui le chamboulait trop, car il eut une impression de familiarité particulièrement perturbante. Libraire, sec et chenu, il lui rappelait l'une de ses vieilles connaissances. Soucieux de ne pas être reconnu, Nashoba baissa la tête et se décala d'un pas sur le côté. Intrigué, il observa le boutiquier prendre dans les rayonnages un autre de ses ouvrages. Les Contes Naturels, un recueil de poésies toutes inspirées des extérieurs dans lesquels il avait grandi, puis vécu une bonne moitié de son existence.

Cela se vendait-il encore vraiment ? Tout ce temps plus tard, il y avait encore des gens pour s'intéresser à sa plume ?

Les royalties qu'il touchait chaque mois lui en donnaient une indication, mais il y avait une différence entre comprendre quelque chose rationnellement, et en faire l'expérience concrète. Au XXIème siècle tout était si différent, que cela soit le langage, les mentalités, la vie quotidienne... C'était tout bonnement incroyable que ses textes intéressent encore les lecteurs contemporains. Lui-même avait bien du mal à se faire au style des auteurs récents. Mais il fallait dire qu'il avait bien du mal à se faire à absolument tout de cette nouvelle "vie" qu'on lui avait imposée.

Distraitement, il s'était relevé. Il avait suivi le vieil homme sur quelques mètres, juste suffisamment loin pour rester caché dans un recoin derrière une étagère, mais pour avoir le comptoir bien en vue. Il était curieux de découvrir à quoi ressemblaient ses lecteurs. Celui-ci paraissait particulièrement jeune, ce qui l'étonnait encore plus. Le client grimaça avant de répondre :

"Mince... Mais oui s'il vous plaît, commandez-le. Je lirai les autres en attendant."

Il souleva l'exemplaire des Contes Naturels avec une curiosité contenue. Après avoir lu la quatrième de couverture, il commenta :

"C'est incroyable, cette histoire de zombi réanimé des siècles plus tard, vous ne trouvez pas ?"

Il marqua une brève pause avant de demander :

"Dites... Je me demandais. Quand un auteur comme Nathanael Ogier d'Ivry est relevé, bien après sa mort naturelle, après que son oeuvre soit passée dans le domaine public, que se passe t-il d'un point de vue légal ? Est-ce que les droits d'auteur sont immédiatement appliqués sur toutes les collections en vente, ou bien cela ne vaut-il que pour les éditions suivantes ?"

Mais avant qu'Artémis n'ait le temps de répondre à cette question, l'étudiant dressa son visage, intéressé par un point fixe, derrière le wiccan. Ce point fixe n'était autre que Nashoba dont le bout du nez dépassait des rayons alors qu'il espionnait les deux autres. Le zombi se crispa. Il avait pourtant cru être discret !

"Pardon. Vous voulez quelque... Chose.. ?"

Mais Nashoba avait déjà disparu. De dos, enfoui le plus profondément possible au fond de la pièce, dans un coin formé par deux bibliothèques, il avait rouvert son livre et faisait semblant de n'avoir jamais cessé de le parcourir.
Revenir en haut Aller en bas
https://www.thevoodoochild.com/t4782-nashoba-ogier-d-ivry
Artémis Cyan
Wiccans
Artémis Cyan

Identification
Emploi: Libraire/Grand Mage de la Nouvelle Orléans
Age apparent: Une petite soixantaine
Dangerosité:
Plume bleue et Plume bloquée Vote_lcap19/30Plume bleue et Plume bloquée 160125120054759347  (19/30)

Plume bleue et Plume bloquée Vide
MessageSujet: Re: Plume bleue et Plume bloquée   Plume bleue et Plume bloquée Icon_minitimeVen 1 Nov - 12:14

"Mince... Mais oui s'il vous plaît, commandez-le. Je lirai les autres en attendant."

Bruits de claviers. Clic de souris. Nouveau bruit de clavier.

-A quel nom ?

-Landry.

Nouveaux bruits de claviers. Le temps d'un chargement de page, puis deux clics successifs.

-Il devrait arriver au courant de la semaine prochaine.

-Parfait, merci.

Cyan tendit la main pour récupérer les deux autres livres, laissés sur son comptoir, et entreprit de les encaisser.

"Dites... Je me demandais. Quand un auteur comme Nathanael Ogier d'Ivry est relevé, bien après sa mort naturelle, après que son oeuvre soit passée dans le domaine public, que se passe t-il d'un point de vue légal ? Est-ce que les droits d'auteur sont immédiatement appliqués sur toutes les collections en vente, ou bien cela ne vaut-il que pour les éditions suivantes ?"

Cyan, sans lever les yeux, ouvrit la bouche pour répondre. Il les leva néanmoins, sentant l'attention de son client se relever subitement derrière lui. Il jeta un regard à l'étudiant, puis se retourna - juste à temps pour voir une silhouette se sauver derrière les rayonnages. Une silhouette à col roulé. Le libraire resta interdit pendant quelques instants, plissa les yeux, puis se retourna vers son client.

-Les exemplaires déjà en vente ont un prix fixé pour éviter des incidents financiers. La loi considère que les droits d'auteur ne s'appliquent effectivement qu'à partir des prochaines éditions, lesquelles voient leurs prix augmenter pour intégrer le coût engendré.

Nouveau bruit de clavier. Le jeune homme paya par carte bleue, lui souhaita une bonne journée et s'éclipsa. Cyan, lui, récupéra sa canne et s'aventura dans le fond de la boutique. Il jetait des regards à travers les rayonnages, cherchant quelqu'un pouvant potentiellement correspondre à ce qu'il avait vu. Ah. Là. Il collait à peu près.

-Puis-je vous aider ?

Le libraire avait prit soin d'arriver sans un bruit, dans le dos du lecteur, mais à distance respectable néanmoins. Cyan n'était pas au-dessus d'un petit coup de stress gentillet a qui épiait puis fuyait son comptoir, mais il ne voulait pas non plus traumatiser ses clients à grands coups d'arrêt cardiaque. Quoi que visiblement ce ne serait pas tant un problème pour ce client là en particulier. Le vieil homme ne sentait aucune aura, aucune magie: il mis quelques instants à reconnaître le mort-vivant planté tout à l'heure devant l'étagère poésie. Il avait quelque chose de vaguement familier, mais il n'aurait pas su dire quoi.

En y regardant bien, on pouvait deviner l'ombre d'un sourire légèrement moqueur au coin des lèvres du vieil homme, dissimulé par sa barbe et la lumière de l'endroit.
Revenir en haut Aller en bas
https://www.thevoodoochild.com/t4627-artemis-cyan#75742
Nashoba Ogier d'Ivry
Zombis
Nashoba Ogier d'Ivry

Identification
Emploi: Mannequin et Auteur (Nashoba) / TDS (Huan) / Animateur bénévole (Oliver)
Age apparent: 32 ans (mais fait plus entre 25 et 27)
Dangerosité:
Plume bleue et Plume bloquée Vote_lcap17/30Plume bleue et Plume bloquée 160125120054759347  (17/30)

Plume bleue et Plume bloquée Vide
MessageSujet: Re: Plume bleue et Plume bloquée   Plume bleue et Plume bloquée Icon_minitimeVen 14 Fév - 19:48

Aïe. Il avait bien failli devoir quitter les ombres qu'il affectionnait tant depuis qu'on l'avait relevé. Se retrouver impliqué dans une discussion avec le propriétaire de la boutique ET un client en train d'acheter l'une de ses œuvres aurait été excessivement anxiogène. Le risque d'être reconnu était bien réel.

Il pensait s'être éclipsé à temps, quoiqu'un peu tard puisqu'il avait été remarqué. Il lui fallait garder profil bas jusqu'à ce que les curiosités éventuelles des deux hommes soient apaisées. En attendant, donc, il gardait le nez dans son livre. Il eut du mal à se concentrer, dans un premier temps, mais il ne lui fallut finalement pas grand chose pour être de nouveau happé dans l'univers que les mots lui suggéraient. Ce passé désormais lointain, c'était hier pour lui. Son assassinat brutal l'avait extrait d'un monde qui n'existait désormais plus que sur le papier. Ce monde lui semblait pourtant bien plus réel que celui dans lequel il évoluait quotidiennement.

Les noms de ses contemporains défilaient sous ses yeux... Tous morts depuis longtemps. Quelle étrange, quelle désagréable réalisation. Se réfugier dans le texte désormais figé ne faisait malheureusement pas que lui mettre du baume au cœur. Il laissa venir à lui la nostalgie car après tout, quelle différence cela faisait-il ? Avec ou sans cette lecture, il était perdu dans une modernité fatalement étrangère et déserte de toute présence connue. Elle avait un goût douceâtre, cette émotion. Cela faisait du bien autant que cela faisait mal. Retrouver son entourage au travers d'un récit, c'était probablement mieux que de ne plus jamais le retrouver du tout.

Nashoba s'était peu à peu tassé sur lui-même... plié en deux tout d'abord, puis véritablement accroupi, absorbé par sa projection mentale, par la visite de ce qu'il considérait encore comme son présent, poussiéreux et désormais inatteignable. Il avait posé son poing fermé sur sa bouche, elle-même cachée sous son col roulé. Il parcourait les lignes avec ardeur, les yeux emplis d'un voile brillant qu'on pouvait interpréter comme une marque de passion, ou de tristesse. Ou les deux.

Puis-je vous aider ?

Coupure inattendue. Il n'avait pas entendu le libraire arriver, et ne s'attendait certainement pas à ce qu'il lui adresse la parole. Le zombi sursauta et se tourna trop vivement pour que cela soit naturel : seul le Brain Juice était capable de lui donner ce genre de réflexes. La plupart des gens, incapables de voir au-delà de son maquillage  et de son déguisement, auraient simplement pensé faire face à un vivant. Cependant, Nashoba avait devant lui le Grand Mage de la Nouvelle-Orléans.

Bien sûr, le zombi n'en savait rien.

L'air coupable, il ferma le livre et en cacha instinctivement la couverture, pris de court et incidemment incapable de faire preuve de subtilité. Il en eut immédiatement conscience : ce n'était pas comme ça qu'il allait garder son identité secrète. Au contraire, son attitude fournissait des indices de taille à quiconque y serait attentif.

"Non ! Merci, je ne faisais que regarder. Je vais ranger ça au bon endroit."

Chose dont il avait peut-être moins conscience : son anglais encore très approximatif ainsi que son fort accent franco-choctaw, certes difficilement identifiable par une oreille du XXIème siècle, à l'exception de ses proximités avec le français cadien. Mais cette absence de référence claire ne pouvait-elle pas mettre encore plus la puce à l'oreille ?

Le regard fuyant, tourné de sorte à montrer le moins possible son visage, il emporta le volume avec lui afin de le remettre dans l'étagère des poésies "anciennes". Il aurait préféré rester, mais l'intérêt du libraire le mettait mal à l'aise, ce que son propre comportement suspect n'arrangeait pas.
Revenir en haut Aller en bas
https://www.thevoodoochild.com/t4782-nashoba-ogier-d-ivry
Artémis Cyan
Wiccans
Artémis Cyan

Identification
Emploi: Libraire/Grand Mage de la Nouvelle Orléans
Age apparent: Une petite soixantaine
Dangerosité:
Plume bleue et Plume bloquée Vote_lcap19/30Plume bleue et Plume bloquée 160125120054759347  (19/30)

Plume bleue et Plume bloquée Vide
MessageSujet: Re: Plume bleue et Plume bloquée   Plume bleue et Plume bloquée Icon_minitimeMer 29 Avr - 18:23

Cyan observa le « jeune » homme marmonner quelque chose dans un anglais un peu bancal, avant de s’éloigner en cherchant de toutes ses forces à ne pas le regarder droit dans les yeux. Une petite étincelle malicieuse passa dans les prunelles bleues du Wiccan et il lui emboîta le pas. Sa canne tapait discrètement sur le parquet de la librairie. Il obliqua à droite et disparu entre deux étagères – le tap tap de sa canne sembla s’éloigner.
De toute évidence, il n’allait pas au même endroit.

Le vieil homme laissa quelques pensées rouler sous crâne tandis qu’il naviguait au milieu de son labyrinthe de couverture colorées et de papier, additionnant différents éléments, les pesant tranquillement, les faisant rouler sous son crâne comme une gorgée de bon vin pour en déceler tous les arômes. L’accent, d’abord, ne lui était pas familier le moins du monde. Son réflexe de cacher la couverture. Sa non-vie. Son choix d’auteur. Une petite voix murmurait dans un coin de sa tête, lui mettant en tête que c’était a minima une coïncidence amusante. L’autre essayait de se rappeler le visage d’un poète mort depuis longtemps. Au bout d’un moment Cyan cessa de s’appuyer sur sa canne, s’aidant plutôt des étagères pour boitiller jusqu’à sa destination dans un silence incroyable. C’était un talent qu’on ne suspectait pas tant, mais le vieil homme savait être d’une discrétion impressionnante pour une soixantenaire devant se déplacer avec un bâton de bois à bout ferré.
Cette fois, il fit exprès de ne pas s’annoncer.

- J’ai une petite préférence personnelle pour celui-ci.

Sa main surgit, noueuse, dans le champs de vision de Nashoba, accrochée à un bras de chemise bleue. Il attrapa un recueil de poème sur une étagère, un peu au-dessus de la hauteur de ses yeux, qu’il délogea avant d’en observer d’un air innocent la couverture. Il retourna l’ouvrage pour en lire le résumé, en lettres blanches sur la couverture foncée.
Il s’était soigneusement assuré de doubler le zombi dans son itinéraire, et de s’approcher avec toute la discrétion du monde - … encore.

- C’est rare de voir quelqu’un d’aussi protecteur avec un livre. Peut-être moins qu’un visage coupable de lire un livre dans une librairie, cela dit.

Il releva les yeux vers Nashoba, et le dévisagea quelques secondes. Il observa les traits de son visage, et ses yeux bleus semblèrent lui percer le crâne malgré son expression parfaitement neutre.

- Si vous avez un peu de temps de lecture à vous accorder, il y a plus confortable qu’accroupi sur le sol de ma librairie pour lire.

Sa voix s’était un peu radoucie, et un sourire dansait derrière ses yeux. Il indiqua gentiment du menton un fauteuil de cuir libre, visible entre deux bibliothèques.

- Ne faites que regarder autant que vous voudrez. Je m’en veux un peu d’avoir interrompu votre lecture deux fois, alors que vous sembliez si absorbé. Même dans la quatrième de couverture, ajouta-t-il avec une pointe d’amusement dans la voix.

Il aurait probablement dû mettre la main sur une pancarte « Achat non-obligatoire » sur la porte. Et acheter plus de livre. Et devenir bibliothécaire, aussi, peut-être. Il avait choisi son métier précisément pour les personnes qui restent lire dans les librairies – pour ces personnes qui n’était pas que là pour les bouquins d’école de leurs enfants ou un cadeau sur le tard pour un grand-parent quelconque.Il haussa intérieurement les épaules. C’était un investissement à envisager. Voir même un plan de retraite. Si il finissait par se retirer de sa librairie.

Hin. Cyan mourrait probablement accroché à son comptoir, ou sûrement avant d’avoir à abandonné sa boutique. Mais ça n’était pas vraiment la question : une autre pensée lui traversa le crâne.

- Si cela vous intéresse, je dois avoir quelques vieilles éditions dans l’arrière-boutique. Enfin bref, si je peux vous aider pour quoi que ça soit d’autres, n’hésitez pas à me faire signe.

Il lui adressa un sourire, avant de reposer le livre sur l’étagère.

- Si je me suis trompé et que vous préférez vraiment être ailleurs… Je vous demande pardon pour ma grossièreté et vous souhaites une bonne journée. Excusez moi.

Le vieil homme lui adressa un signe de tête poli, l’air toujours aussi détendu - comme juste avant qu'un sourire ne fleurisse sur ses lèvres - avant de le contourner pour retourner à son bureau. Il agissait avec une forme de distance délicate, tranquille, mais il savait très bien qu’il observerait que choisirait le zombi – et qu’il se tiendrait à sa disposition avec toute l’attention du monde.
Revenir en haut Aller en bas
https://www.thevoodoochild.com/t4627-artemis-cyan#75742
Nashoba Ogier d'Ivry
Zombis
Nashoba Ogier d'Ivry

Identification
Emploi: Mannequin et Auteur (Nashoba) / TDS (Huan) / Animateur bénévole (Oliver)
Age apparent: 32 ans (mais fait plus entre 25 et 27)
Dangerosité:
Plume bleue et Plume bloquée Vote_lcap17/30Plume bleue et Plume bloquée 160125120054759347  (17/30)

Plume bleue et Plume bloquée Vide
MessageSujet: Re: Plume bleue et Plume bloquée   Plume bleue et Plume bloquée Icon_minitimeDim 21 Juin - 20:04

Ce vieil homme avait un goût décidément inquiétant pour les espiègleries... Notamment celles qui prenaient la forme d'une embuscade et qui impliquaient qu'il apparaisse comme par magie dans son dos, quand Nashoba pensait avoir retrouvé la solitude rassurante, intime, sans laquelle il ne serait jamais permis le moindre nouveau choix de livre. Car ses choix de livre étaient trop suspects, et il ne tenait vraiment pas être être reconnu. La célébrité, il en avait soupé. De son vivant, il l'avait appréciée. Peut-être un peu trop. En fin de compte, elle ne lui avait presque apporté que des ennuis.

Pris la main dans le sac en train de ranger le recueil d'anecdotes dans son rayon, il se tourna en direction du libraire avec un air de panique - si ce n'est de culpabilité - qu'on aurait plus facilement attribué à un lapin pris entre les phares d'une voiture qu'au client moyen, venu pour lire ou pour acheter.

Une réalisation le frappa presque aussi subitement que les chocs précédemment causés par le propriétaire des lieux : il ne lui était plus possible de s'esquiver. Il n'était plus temps d'éviter le contact, la communication, ni même de masquer ses intérêts, rendus évidents par la subtile manipulation qu'il venait de subir.

A ce dernier sujet, il ne pouvait d'ailleurs pas vraiment en vouloir au vieil homme. Il se rendait maintenant compte de ce que son comportement pouvait avoir de curieux, d'intrigant, voire peut-être même d'alarmant pour n'importe quel commerçant surveillant sa boutique. Au mieux, il devait donner l'impression de s'être échappé d'un asile. Au pire, on le prenait pour un voleur.

... Ou encore pour un auteur connu venu profiter anonymement des lectures mises à disposition, mais qui se trouvait être particulièrement empoté lorsqu'il s'agissait de préserver le secret de son identité.

En d'autres termes il ne servait plus à rien de fuir, ou de s'effaroucher au moindre mot adressé à son encontre. Cela n'aurait fait que le desservir. Et, qui sait... Du positif ressortirait peut-être de cet échange. A moins bien sûr qu'il ne se fut complètement "grillé" (selon l'expression contemporaine consacrée à ce genre de situations). Il fallait espérer que son maquillage fut suffisant pour cacher sa non-vie, et que ses cheveux blancs effacent toute ressemblance avec les affiches exploitant son visage et sa silhouette. Elles étaient trop larges, trop nombreuses... Que n'aurait-il pas donné pour pouvoir résilier son contrat avec Belle Morte. Le mannequinat n'était vraiment pas fait pour lui.

"... Vraiment ? Je l'aime beaucoup aussi, mais c'est un choix... Inhabituel."

Artémis avait sélectionné l'un de ses ouvrages les plus tardifs. C'était aussi l'un de ceux dans lesquels Nashoba avait pris le plus de libertés par rapport aux normes de son époque. Par son style autant que par les sujets choisis - folklore, onirisme et thèmes sombres éloignés des valeurs cartésiennes portées aux nues par les grandes figures de la littérature francophone de son époque - il s'était éloigné des canons établis. Si le matériau de ces poèmes trouvait principalement racine dans les légendes choctaw qui avaient bercé son enfance, ainsi que dans les nombreuses histoires que lui avait conté Shango, il devait l'idée d'en coucher ainsi l'essence sur le papier à des courants tels que l'Empfindsamkeit, le Sturm und Drang, inspirations allemandes dont il n'avait pu s'imprégner que de façon bien imparfaite, barrière de la langue faisant. Si certaines traductions existaient, il n'avait pas forcément eu la chance de mettre la main dessus.

Ce qu'il ne savait pas, c'est que ce recueil bien mal accueilli à l'époque était devenu l'un de ses ouvrages les plus connus et les plus académiquement étudiés, justement parce que ce mélange d'influences, ces hybridations inhabituelles, n'avaient jamais fini de faire couler l'encre et les hypothèses.

- C’est rare de voir quelqu’un d’aussi protecteur avec un livre. Peut-être moins qu’un visage coupable de lire un livre dans une librairie, cela dit.

"Pardonnez-moi. Je ne suis pas à l'aise dehors. Et cette langue est encore un peu difficile... Ça me rend très nerveux. Je ne pensais pas à mal."

Preuve en était : il mettait du temps à formuler chaque phrase et butait sur de nombreux mots, ainsi que sur les formulations qui cependant, au bout du compte, finissaient par devenir à peu près correctes et compréhensibles.

Il prit son courage à deux mains et dressa enfin ses yeux marrons en direction de son interlocuteur. Bien mal lui en prit, car le vieil homme était justement en train de le fixer intensément. Le bleu perçant du regard adverse troua sans pitié le bouclier de carton pathétique qu'il venait de réussir à dresser entre ses émotions et le monde extérieur. Nashoba manqua encore de perdre ses moyens. Une nouvelle appréhension s'empara de ses prunelles sombres, rendues à leur teinte d'origine par les lentilles de contact. Un frémissement le secoua et il détourna les yeux sans pouvoir s'en empêcher.

Le libraire l'invitait désormais à prendre place sur un fauteuil pour lire si l'envie l'en prenait et c'était bien pratique, car cela lui fournissait un nouveau prétexte pour ne pas le regarder directement. Fixant distraitement la place confortable qu'on lui offrait, le zombi était tenté par deux options fondamentalement opposées : fuir avant de s'être trahi pour de bon, ou accepter la proposition.

- Si cela vous intéresse, je dois avoir quelques vieilles éditions dans l’arrière-boutique. Enfin bref, si je peux vous aider pour quoi que ça soit d’autres, n’hésitez pas à me faire signe.

... Il ne quittait plus ce fauteuil du regard. Installé entre deux murs de livre, au calme, à l'écart. Une étrange nostalgie se levait, comme une brise d'abord presque imperceptible puis de plus en plus puissante. Ses yeux perdaient leur ancrage à la réalité. Ils étaient désormais dans le vague. Happés par un reflet fantomatique presque plus tangible que ce que le monde physique avait à lui offrir. C'était cet exact même lieu, n'est-ce pas ? Non. Le bâtiment n'était plus le même. Ce qui ne changeait rien au fait qu'on l'invitait encore à découvrir les trésors de l'arrière-boutique. Un sourire tout à la fois triste et amusé souleva le coin de sa lèvre.

- Si je me suis trompé et que vous préférez vraiment être ailleurs… Je vous demande pardon pour ma grossièreté et vous souhaites une bonne journée. Excusez moi.

Non. Il ne voulait certainement pas être ailleurs. N'importe quelle librairie, n'importe quelle bibliothèque tenait plus du foyer pour lui que les restes modernisés de sa demeure. Angus - son affreux descendant - parvenait à en hanter les murs alors même qu'il était encore vivant.

Par ailleurs, ce n'était pas n'importe quelle librairie, n'est-ce pas ? Ni n'importe quel libraire.

Frappé par la stupeur, il fixait le commerçant, et il ne trouvait plus ses mots. Cet homme était le portrait craché d'Ignace - et ce n'était pas juste une question de physique. Bien sûr, la ressemblance était fortuite, mais cela ne la rendait pas moins troublante. La  tentation de se laisser bercer par la coïncidence et de se perdre dans cette illusion de familiarité n'avait jamais été aussi forte. Et tout compte fait, pourquoi pas ? Qu'avait-il à perdre ? Sa vie ? Déjà fait. Sa santé mentale ? Pas mieux.

La possibilité de refuser sans remord une séance de dédicace à son bienfaiteur inattendu ? Tsst. Ils n'en étaient pas là.

"... Non. Vous ne vous êtes pas trompé. Je... je vais rester. Merci."

Il se sentait étrangement motivé... C'était comme si le sentiment d'être revenu en arrière était parvenu à raviver quelque part au fond de lui une flamme, ou en tous les cas une flammèche. L'envie de lire n'émanait plus d'une image que Nashoba avait de la personne qu'il était censée être. Et comme le vieil homme venait justement de lui parler de son recueil de poèmes le plus controversé, il se rappelait maintenant de toutes ces lectures qui lui étaient restées inaccessibles, faute de traduction. Mais c'était une toute autre époque, maintenant, dont il commençait seulement à apprécier les possibilités étourdissantes. Tout était désormais traduit. Tout était désormais disponible, et de surcroît pour tout le monde.

Nashoba s'enfonça une fois de plus dans les rayons, à la recherche de certains ouvrages allemands datant de la seconde moitié du XVIIIème siècle. Il en trouva des traductions anglaises, mais bien sûr, ce n'était pas idéal. Sa maîtrise de la langue de Shakespeare était encore trop imparfaite. Nerveux, le zombi se rongea les ongles durant quelques bonnes dizaines de secondes. Il savait qu'il laissait beaucoup trop d'indices, mais il s'en souciait de moins en moins, car ses priorités étaient progressivement en train d'évoluer. C'était sa fougue d'antan qui revenait, et il n'aurait jamais imaginé cela possible.

... Oh. Et puis tant pis. Advienne que pourra. Il était bien incapable de faire ses propres achats sur internet et il ne voulait pas demander d'aide à Angus. Il avait l'impression qu'il pouvait faire confiance à ce libraire, alors il allait accepter son aide. Sa ressemblance avec Ignace était-elle en train de lui jouer des tours ? Peut-être. Mais tant pis. Malgré tout ce qui lui était arrivé, il préférait vivre avec des remords plutôt qu'avec des regrets.

Plutôt subitement, et avec une détermination qui n'était pas présente lors de leurs précédents échanges, Nashoba se présenta face au comptoir derrière lequel attendait le propriétaire de la Plume Bleue. Bien sûr, il était toujours terrorisé. Mais on pouvait avoir l'air tout à la fois déterminé et terrorisé. Il en était la preuve non-vivante.

"Excusez-moi. Vous prenez des commandes je crois ? Y a t-il une traduction française pour... ça."

Il déposa trois ouvrages sur le comptoir. Il devrait trouver autre chose à lire pour faire passer le temps, et trouver une raison de ne pas rentrer chez lui... Mais c'était un problème qu'il réglerait dans un second temps. Déjà, il fallait éteindre cet incendie qu'Ignace - pardon, cet homme qui ressemblait à Ignace - avait inopinément allumé.
Revenir en haut Aller en bas
https://www.thevoodoochild.com/t4782-nashoba-ogier-d-ivry
Artémis Cyan
Wiccans
Artémis Cyan

Identification
Emploi: Libraire/Grand Mage de la Nouvelle Orléans
Age apparent: Une petite soixantaine
Dangerosité:
Plume bleue et Plume bloquée Vote_lcap19/30Plume bleue et Plume bloquée 160125120054759347  (19/30)

Plume bleue et Plume bloquée Vide
MessageSujet: Re: Plume bleue et Plume bloquée   Plume bleue et Plume bloquée Icon_minitimeSam 25 Juil - 14:19

"Pardonnez-moi. Je ne suis pas à l'aise dehors. Et cette langue est encore un peu difficile... Ça me rend très nerveux. Je ne pensais pas à mal."

Cyan haussa légèrement les épaules, sans rien dire. Il se tenait là, au milieu de ses rayonnages entre lesquels sonnaient doucement une symphonie en bruits de pages mineur, le visage avenant et le regard patient. Sa malice et ses légères moqueries étaient érodée par son attitude polie : il aurait pût dire « Pas grave », mais son haussement d’épaule faisait largement l’affaire.

Il nota dans un coin de sa tête la façon dont le visage du (supposé) jeune homme fondit comme neige au soleil lorsqu’il essaya de le regarder dans les yeux, mais ne fit aucun commentaire. Il était curieux, à vrai dire, de cet étrange non-vivant qui arpentait sa boutique sans avoir l’air de trop savoir où se mettre.

"... Non. Vous ne vous êtes pas trompé. Je... je vais rester. Merci."

Cyan s’inclina légèrement, avec un étincelle de triomphe amusé dans le regard.

-Vous savez où me trouver, au besoin.

Le magicien fit demi-tour, reposa l’ouvrage qu’il tenait encore en main à sa place et disparut entre les rayonnages : même si la Plume Bleue voyait défiler son lot de personnages (ou de situations) hautes en couleur, ce n’était pas non plus si courant. Le nouveau venu semblait effectivement très nerveux :il semblait à ça de se ratatiner jusqu’à un point de diamètre zéro à chaque fois que le libraire s'approchait. Ça n’était franchement pas ses oignons, et le magicien aurait probablement dû garder son nez loin de ce qui ne le regardait pas, mais il fallait bien admettre que la situation avait sérieusement attiré son intérêt. Et c’était sans compter les suppositions auxquelles il arrivait en additionnant les multiples indices que le zombi semait à travers toute sa boutique comme un petit chemin de cailloux blancs.
Le libraire fut arrêté par une cliente avant de retrouver son comptoir et mit encore quelques instants avant de retrouver sa chaise. Son ordinateur jeta son reflet bleuté sur les lunettes qu’il avait renfilé. Ses longs doigts fins se mirent à courir sur le clavier, l’onglet de son navigateur indiquant le petit logo « Google Image ».

"Excusez-moi. Vous prenez des commandes je crois ? Y a t-il une traduction française pour... ça."

Cyan lança un regard un peu étrange au mort-vivant par dessus ses lunettes. Difficile de dire si il était amusé, vaguement incrédule, ou si il s’agissait seulement de la façon dont il regardait les gens quand il leur accordait toute son attention. Il jeta un œil aux tranches des livres, poussé vers lui sur le comptoir. Il se tourna vers son ordinateur, tapa quelques mots, releva les yeux vers le zombie, sembla hésiter une poignée de secondes puis retira ses lunettes.

- Suivez-moi.

Le magicien traversa à nouveau le magasin, longeant les rayonnages d’un pas décidé. Longeant une longue bibliothèque poussée sur le mur du fond, il passa par une ouverture bordée de livre. La porte de bois qui en barrait d’ordinaire l’entrée était grande ouverte, et un panneau fixé juste au-dessus indiquait « Section bouquinerie ».

L’arrière-boutique était une pièce de taille moyenne, à laquelle on accédait par un petit couloir. Cyan adorait cette pièce, quoi qu’elle soit très peu fréquentée : les stores étaient baissés, et une douce lumière légèrement dorée (sans source précise) se chargeait de l’éclairage ; une odeur de vieux papier flottait dans l’air et un vieux tapis aux couleurs chaudes avait été jeté sur le vieux parquet de bois. Malgré l’aspect apparemment grand ouvert de l’endroit, le parfum discret de la magie Wiccane flottait dans l’air, sensible seulement pour certains. Cyan protégeait ses vieilles éditions autant des ravages du temps et de l'air que des voleurs ou des clients maladroits. Il fureta quelques secondes dans les rayonnages beaucoup plus réduits puis s’arrêta et se retourna vers le zombi. Du bout des doigts, il tapota une étagère de bois sous une couverture un peu usée.

- C’est la seule traduction que j’ai sous la main tout de suite. Vous pouvez la lire sans trop de soucis ici, si vous le souhaitez – quoique je vous serais infiniment reconnaissant de ne pas la sortir de l’arrière-boutique.

La pièce était suffisamment large pour que deux vieux fauteuils confortables y tiennent sans être trop encombrés, malgré les étagères pleines à craquer qui tapissaient les murs et la table lourdement chargé qui trônait au milieu de l’endroit.

- Elle est aussi à vendre, bien sûr, mais rien ne vous empêche de la commencer ici, histoire de voir si la traduction n’est pas trop problématique à la longue.

Cyan baissa le bras et jeta un regard circulaire dans l’arrière-boutique. Si la Plume Bleue était calme d’ordinaire, cette pièce en particulier respirait la tranquillité et le silence, comme un bout du monde qu’on aurait isolé du reste.

- A mon avis, ça devrait aller. C’est une traduction en ancien français. ajouta le vieil homme d’un air innocent. Si elle ne vous convient pas, je peux vous commander les trois dans un français plus moderne.
Revenir en haut Aller en bas
https://www.thevoodoochild.com/t4627-artemis-cyan#75742
Nashoba Ogier d'Ivry
Zombis
Nashoba Ogier d'Ivry

Identification
Emploi: Mannequin et Auteur (Nashoba) / TDS (Huan) / Animateur bénévole (Oliver)
Age apparent: 32 ans (mais fait plus entre 25 et 27)
Dangerosité:
Plume bleue et Plume bloquée Vote_lcap17/30Plume bleue et Plume bloquée 160125120054759347  (17/30)

Plume bleue et Plume bloquée Vide
MessageSujet: Re: Plume bleue et Plume bloquée   Plume bleue et Plume bloquée Icon_minitimeSam 1 Aoû - 12:01

Nashoba cligna fort des yeux, désarçonné. De toutes les réponses qu'auraient pu fournir le libraire à sa demande, "suivez-moi" était bien celle à laquelle le zombi s'attendait le moins. Dans ce XXIème siècle étranger, la Nouvelle-Orléans n'était plus que marginalement francophone. Nashoba demandait des livres qui ne devaient pas être excessivement populaires, et qui de plus étaient originellement écrits en langue allemande. Il était extrêmement improbable que le vieil homme ait déjà tout ou partie de ces ouvrages en sa possession. Et si le zombi avait bien compris un truc concernant l'époque actuelle, c'est que tout se passait sur "Internet", dorénavant. Le libraire avait certainement une connexion sur l'ordinateur du comptoir.

"..."

Simultanément circonspect et intrigué, il renonça à l'idée de poser des questions et se contenta plutôt de faire exactement ce qu'on lui avait dit : il suivit le vieil homme dans ses pérégrinations au travers des rayonnages, posant de temps en temps les yeux sur un livre, un nom d'auteur, un titre, une couverture qui avait attiré son attention.

Lorsqu'il fut évident que le libraire était en train de le conduire dans l'arrière-boutique, la nostalgie le frappa encore de plein fouet. Loin d'être désagréable, elle lui donnait envie de sourire comme un idiot. C'est sans doute ce qui arriva durant la seconde précédant le moment où il entra dans la pièce et en découvrit l'agencement à son goût parfait, ou presque. Le zombi avait tendance à préférer les endroits étriqués, plein de recoins où il pouvait se cacher. L'endroit était cependant raisonnablement isolé du reste de la librairie et les stores fermés suffisaient. Ils procuraient au zombi un sentiment d'intimité compact, et donc de sérénité. Le silence sans multiples parasites était lui aussi très apaisant. La luminosité qui semblait ne venir de nulle part lui mit la puce à l'oreille, mais il ne fit rien de ce détail. Il se contenta de le ranger dans un coin de sa tête, pour plus tard.

Il avait l'impression d'être entré dans la caverne d'Ali Baba. Ses yeux n'étaient pas loin de briller comme ceux d'un enfant, et il n'était pas au bout de ses surprises.

- C’est la seule traduction que j’ai sous la main tout de suite. Vous pouvez la lire sans trop de soucis ici, si vous le souhaitez – quoique je vous serais infiniment reconnaissant de ne pas la sortir de l’arrière-boutique.

Cela évoquait à Nashoba ce qu'étaient devenues les fêtes de Noël. Il avait l'impression d'être le sapin couvert de guirlandes sous lequel on plaçait les cadeaux par dizaines. Pour le moment, il n'osait pas y toucher, il peinait à y croire. Mais le sentiment d'excitation était rafraîchissant. Il n'avait rien ressenti de tel depuis qu'il était mort, il n'aurait même pas cru possible de retrouver cette émotion, proche d'un désir de vivre qui lui paraissait bien étrange à lui qui ne voulait généralement qu'une chose, soit qu'Angus le laisse enfin reposer en paix.

Il voyait à la couverture que l'ouvrage indiqué par le libraire était ancien. Le type de reliure lui était familier. C'était toujours très étrange pour lui de découvrir ces couvertures poussiéreuses, corrodées, ces papiers jaunis, avec des tranches parfois ravagées par le temps pour des contenus qui de son vivant étaient flambants neufs. Il hésitait. Si c'était vraiment une traduction d'époque, cela devait valoir une petite fortune et il n'était pas certain de pouvoir se le permettre. Angus "gérait" son argent (et ne lui en laissait donc qu'une portion ridicule pour ses achats personnels).

"Je peux vraiment rester ici ? Ça ne dérange pas ?"

Il avança sa main en direction du livre, interrogeant le vieil homme d'un regard timide et dont la signification était sans équivoque : "Je peux ?".

Il ouvrit prudemment l'ouvrage et eut presque instantanément l'impression d'être tombé sur un trésor. Dans la caverne d'Ali Baba, quoi de plus normal. Captivé, il but les premières lignes avec une facilité stimulante. C'était bien plus que tout ce qu'il avait espéré.

"Si elle ne vous convient pas, je peux vous commander les trois dans un français plus moderne."

"Non ! C'est parfait. Vraiment, merci."

Réponse trop rapide et trop enthousiaste qu'il regretta presque immédiatement. Si il avait voulu dire au libraire "je lis plus facilement l'ancien français que le français moderne", il ne s'y serait pas mieux pris. Perturbé, il revint mentalement sur une précédente déclaration.

"A mon avis, ça devrait aller. C’est une traduction en ancien français."

Il coula un regard hésitant sur Ignace... Non, pas Ignace. Mais un inconnu certes très généreux lui aussi. Après réflexion, il n'était pas anormal que cet homme le pense capable de lire "l'ancien français" facilement : il l'avait vu perdu le nez dans ses propres livres, eux aussi rédigés dans cette langue désormais passée de date. Ses ouvrages n'étaient certainement pas plus faciles d'accès que celui qu'il avait en main.

Il ne s'était peut-être pas encore grillé à ce point. Il avait quelques doutes, cela dit.
Revenir en haut Aller en bas
https://www.thevoodoochild.com/t4782-nashoba-ogier-d-ivry
Contenu sponsorisé


Plume bleue et Plume bloquée Vide
MessageSujet: Re: Plume bleue et Plume bloquée   Plume bleue et Plume bloquée Icon_minitime

Revenir en haut Aller en bas
 

Plume bleue et Plume bloquée

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
The Voodoo Child :: ¤ SCENE III : Les vieux quartiers ¤ :: ║La rue principale║ :: La Plume Bleue-