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 Chassez le naturel, il revient au galop

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Nashoba Ogier d'Ivry
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Nashoba Ogier d'Ivry

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MessageSujet: Chassez le naturel, il revient au galop   Chassez le naturel, il revient au galop Icon_minitimeDim 21 Juil - 18:40

La journée de travail était terminée. Il était dix-neuf heures passées. C'était l'heure où toute chose semblait comme prendre vie. La lumière du soleil était chaude, vibrante. Le ciel commençait à rougeoyer délicatement. L'ombre diffuse des arbres parsemait le sol d'une myriade de tâches sombres. Le chant des oiseaux et le crissement des insectes, cachés dans la végétation alentour,  devait très certainement s'accompagner d'une bonne odeur d'herbe et de plantes. Le vent doux qui se levait progressivement pour éteindre les ardeurs de ce chaud mois de juillet était sans doute très agréable, à cela près que Nashoba était bien incapable de sentir sa caresse. En plein hiver, en automne ou au printemps, ses perceptions auraient été les mêmes : inexistantes.

Ainsi, il ne se promenait pas pour profiter de la soirée naissante. Encore plus mort à l'intérieur qu'il ne l'était à l'extérieur, il restait insensible au paysage paisible. Il errait sans véritable but. Une chose était certaine : il n'avait aucune envie de retourner chez lui. Angus l'y attendait très certainement, et Nashoba fuyait cet homme comme la peste. Au mieux, le vodoun se montrerait désagréable. Au pire, il le forcerait encore à faire quelque chose qu'il n'avait pas envie de faire : trimer sur ses notes et mémoires chiffrées tandis qu'il n'avait plus aucun moyen d'en décrypter le contenu, écrire quand il n'arrivait plus à pondre la moindre ligne correcte... C'était là les tâches les plus classiques qu'on pouvait lui confier lorsqu'il restait trop longtemps oisif à proximité du vodoun, mais Angus savait parfois se montrer original, et ce n'était jamais une bonne nouvelle non plus.

Ainsi, il fallait bien qu'il s'occupe. S'asseoir sur un banc et attendre que le temps passe n'était pas une solution viable à long terme. Il l'avait fait de longues heures durant mais n'avait pas pu continuer. Force était de constater que les zombis n'étaient pas insensibles à l'ennui, bien qu'ils le furent à presque tout le reste. Lourd, désagréable, l'ennui n'avait fait que rendre sa non-vie plus insupportable encore. Il lui laissait trop de temps pour ressasser. Pour sombrer plus profondément dans ses sentiments moroses. Parfois, des souvenirs noirs, des souvenirs brutaux lui revenaient. L'absence d'activité, non contente d'être en soi pénible, pouvait donc être déclencheur d'une perte de conscience désastreuse. Lorsqu'il s'en était rendu compte, Nashoba avait compris que tant qu'il serait de ce monde, il ne pourrait pas tricher. Son existence n'était pas une option.

Des regards se tournaient parfois sur son passage. Il n'aimait pas ça, mais il n'y pouvait rien : fraîchement sorti du studio, il avait une apparence très proche de celle qui avait été sienne de son vivant. La magie avait rendu à ses cheveux leur teinte noire naturelle. Le maquillage lui avait quant à lui redonné son teint halé. Les lentilles de contact grimaient son regard éteint, qui retrouvait sa lueur marron vivace. Angus avait fait de lui un mannequin. Son image était donc connue du grand public, à son grand dam. Porter un manteau disposant d'une capuche lui aurait permis de cacher son visage, mais ne l'aurait pas rendu moins discret : il faisait trop chaud pour s'habiller ainsi sans attirer la curiosité des passants. Nashoba se contentait donc d'avancer en baissant la tête. Il portait tout de même un col roulé très fin : personne ne l'aurait convaincu d'exposer la blessure de sa gorge, invariablement béante.

Arrivé devant les portes de la bibliothèque de la ville, il redressa le nez. L'appel des pages poussiéreuses avait perdu sa magie, et pourtant... Si il y avait bien un endroit où il était logique que Nashoba se rende, c'était ici. Il entra sans hésiter et tenta de se perdre dans la contemplation des hautes étagères. Mais comment rêvasser alors qu'il restait hermétique à tout ? Qu'était une bibliothèque sans son odeur de papier jaunie ? Comment créer l'intimité avec un livre dont il ne touchait pas les pages, dont il ne sentait pas le grain ? L'émotion était d'emblée mutilée. S'il lui fallait compter sur son enthousiasme intrinsèque, alors on pouvait être certain qu'il ne trouverait aucun plaisir à cette énième visite.

Peut-être, cependant, pouvait-il rendre son temps utile. Il se dirigea donc vers le département d'Histoire et plaça son doigt sur la tranche d'un ouvrage. Il se mit à frôler les titres successifs à mesure qu'il les parcourait. Beaucoup de choses ne lui évoquaient rien : ces livres témoignaient de temps qui lui étaient parfaitement inconnus. Il allait falloir qu'il avance progressivement, à commencer par lire ce qui concernait les périodes qui suivaient directement l'époque de sa mort.

Le zombi fit une pause pour aller chercher dans sa poche une flasque métallique qu'il ouvrit, et dont il avala plusieurs longues lampées.

"Monsieur... Les boissons sont interdites dans la Bibliothèque. A fortiori les boissons alcoolisées."

Nashoba tourna un très bref regard en direction de la personne qui lui avait parlé. C'était un employé très jeune, qui ne paraissait pas l'avoir reconnu. Fardé comme il l'était, il avait l'apparence d'un vivant. L'erreur était donc toute naturelle. Sans un regard de plus pour ce jeune homme, il se remit à scanner les ouvrages à sa disposition. Son langage devait s'améliorer car il avait approximativement cerné ce qu'on lui reprochait.

"Aucun problème, c'est un médicament."

Son anglais était encore très approximatif, et son accent indéfinissable le rendait difficile à comprendre. Sans même le regarder en face, Nashoba pouvait dire que son interlocuteur n'était pas convaincu. Mais qu'allait-il lui faire, tant qu'il ne sortait pas sa flasque en face de lui une seconde fois ? Nashoba n'avait de toute façon pas menti. Si le Brain Juice n'était pas un médicament pour soigner sa condition, alors quoi d'autre ?
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MessageSujet: Re: Chassez le naturel, il revient au galop   Chassez le naturel, il revient au galop Icon_minitimeMar 10 Mar - 15:39

Un soupir légèrement contrarié et une main plus pâle que la moyenne des vivants qui remit un livre sur une étagère, après un feuilletage décevant. Ce n'était ni la première, ni la dernière fois qu'une telle chose arrivait, et pourtant Jesse devait s'avouer déçu. Cette quatrième de couverture annonçait une couleur bien différente que celle des pages qu'il avait parcourues. C'était bien dommage.

Le vampire reposa donc le livre à sa place et entreprit de continuer sa recherche dans le rayon. Il était là depuis bien longtemps, avant même que le premier rayon du soleil ne fasse son apparition dans le ciel estival de la Nouvelle-Orléans. Il y avait parfois des sacrifices nécessaires, lorsqu'on était équipé d'une paire de crocs... Néanmoins, cela ne dérangeait pas le doctorant : il passait déjà la plupart de sa journée à la bibliothèque lorsqu'il était humain. Devoir attendre que le soleil se couche pour en sortir n'était qu'un léger désagrément.

Venu afin de faire quelques recherches pour ses cours (depuis qu'il avait terminé sa thèse, Jesse était très recherché par le corps professoral pour nombre de sujets, notamment ceux ayant trait aux Outres, et ce même avec sa transformation), l'Ombre de la Maîtresse Vampire avait depuis longtemps trouvé son bonheur et en avait même profité pour s'avancer dans la conception de ses syllabus (quitte à être coincé dans un lieu pour la journée entière, autant en tirer profit). Depuis, il se contentait de se balader dans les rayons et de tirer des livres au hasard, jugeant de leur (in)utilité avant de passer au suivant. Vraisemblablement, le dernier sur lequel il avait posé les yeux ne méritait pas tant d'égards.

Ses pas finirent par le mener dans le département d'Histoire. Il regarda autour de lui, ses yeux gris parcourant le rayon. Ah. Apparemment, il avait fait le tour du bâtiment. S'il en croyait l'horloge dans un coin de la pièce, ce n'était pas très étonnant. Cependant, l'endroit semblait plus occupé que lorsqu'il l'avait quitté : un homme était là, semblant rechercher un ouvrage, tandis qu'un employé -probablement un étudiant, vu son âge et les palpitations sanguines qu'il pouvait percevoir d'ici- le sermonnait sur la fiole qu'il tenait dans l'une de ses mains.

Un ricanement très bas lui échappa à l'entende de la réplique de l'employé. Apparemment, il ne devait pas boire des masses d'alcool, car il était clair que l'odeur qui s'échappait de la fiole, même pour un humain, n'avait rien de typique de ce type de boisson. Il s'était vraisemblablement basé sur la forme du contenu plutôt que sur la qualité du contenant. Le vampire, néanmoins, avait noté autre chose.

Le nouveau visiteur ne respirait pas. Pourtant, si l'on se fiait à son teint, il avait tout de l'être vivant. Il était donc aisé d'en déduire qu'une bonne dose de maquillage -ou qu'un sortilège wiccan- était à l'oeuvre. Quant à ce qui était dans sa fiole, ce n'était clairement pas du sang : dans une telle configuration, l'odeur plus que caractéristique aurait aiguisé les crocs de Jesse à distance. Un mort qui ne boit pas du sang, cela ne laissait donc plus grande place au doute... Le nouveau venu était un zombi. Un vampire assez attaché à la vie pour continuer de se comporter comme un humain en buvant quelque chose qu'il était incapable de digérer n'oublierait pas de respirer.

Intrigué -c'était là une espèce d'Outres que le jeune homme avait été peu amené à côtoyer- Jesse s'approcha de manière parfaitement silencieuse, jusqu'à arriver dans le dos de l'employé, qui n'avait apparemment pas l'air particulièrement convaincu par la réponse de l'homme. Parce qu'il n'avait pas compris, ou parce qu'il ne le croyait pas ? Le doute était permis. Le californien avait également noté que l'anglais du zombi était approximatif, ce qui ne faisait qu'accentuer sa curiosité. Était-il d'origine étrangère ? Il avait pourtant des traits typés qui n'étaient pas sans lui rappeler quelqu'un...

...Peut-être fut-ce pour cette raison qu'il décida de prendre la parole et de s'adresser au bibliothécaire avec un demi-sourire juste assez grand pour dévoiler l'une de ses canines caractéristiques.

"En effet, je peux vous assurer que ce n'est pas de l'alcool."

On contredisait rarement le nez d'un vampire.

L'employé sursauta et se tourna précipitamment, pour avoir Jesse dans son champ de vision. Ce gars était là depuis le début de son service. Il lui disait quelque chose, c'était certain. Probablement un habitué, ou quelqu'un qu'il pouvait croiser à la fac. Cela lui prit quelques secondes avant qu'il décide d'acquiescer et de s'en retourner à ses moutons. Que pouvait-il bien faire d'autre, de toute façon ?

Jesse eut un hochement de tête satisfait en voyant l'employé déguerpir et se tourna à nouveau vers son sujet d'intérêt du moment. Il n'y avait pas que ses traits en général... Sa tête lui disait également quelque chose. Il lui suffirait de quelques minutes pour se rappeler où il avait bien pu le voir, mais pour le moment il lui paraissait plus censé de faire la conversation.

"Les étudiants sont parfois de grands imbéciles... Jamais vraiment méchants. Je peux vous aider ?"

Peu lui importait que le grand imbécile en question puisse encore être assez près pour l'entendre. Il dirait probablement la même chose à celleux qui étaient inscrits à ses cours.
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Nashoba Ogier d'Ivry
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MessageSujet: Re: Chassez le naturel, il revient au galop   Chassez le naturel, il revient au galop Icon_minitimeMer 18 Mar - 18:26

On venait de prendre sa défense, visiblement. Il n'avait pas tout compris, mais ce "pas de l'alcool" demeurait plutôt clair, qu'il fut prononcé en anglais ou en français. Nashoba jeta un coup d'oeil étonné dans la direction de son protecteur improvisé. C'était un grand jeune homme pâle. Ca pouvait vouloir dire tout et n'importe quoi : il n'était pas dans le bon angle, il n'avait donc pas vu le croc que le vamp avait savamment fait dépasser de sa bouche.

L'employé de Bibliothèque étant parti, Nashoba se retrouvait seul avec un interlocuteur imprévu. Il aurait sans doute fallu qu'il le remercie...

Son réflexe fut de porter sa main dans ses cheveux pour jouer avec une mèche et, ce faisant, de masquer son visage pour ne pas être reconnu. Le geste avait été incontrôlé. Loin des fameux remerciements qu'il savait devoir au jeune homme, loin de la discrétion recherchée, il aurait difficilement pu se donner l'air plus suspect.

Il se rattrapa tardivement en remettant sa main dans sa position initiale, puis en tournant son regard sombre sur son interlocuteur, ce dernier venant de s'adresser à lui. Encore une fois, il lui fut compliqué de comprendre l'intégralité de la phrase, mais il repéra l'essentiel.

"Je peux vous aider ?"

Il l'avait déjà aidé. C'était très aimable de sa part, d'ailleurs.

"Merci, pour l'aide."

Peu prompt aux contacts humains - surtout depuis son retour d'entre les morts - Nashoba s’apprêta à couper court à la discussion. Cependant, avant qu'il n'ait eu le temps d'éconduire poliment son vis-à-vis, une voix venue d'ailleurs pénétra ses oreilles et le força à relever la tête. N'importe qui ou presque aurait pu comprendre qu'il entendait des voix. Il faisait une tête de ce genre qui signifie "je suis en train de capter quelque chose d'invisible en direct".

¤Il peut t'aider. Accepte. Pour toi, c'est sans risque.¤

"Pour lui". Très bien... Il comprenait par là que son interlocuteur n'était pas forcément inoffensif. Si c'était "sans risque" pour lui cependant, l'information n'avait guère d'importance. Il aurait pu se retrouver face à un meurtrier qu'il n'en aurait rien eu à faire.

... Avait-il toujours été si indifférent ?

Son arrière-grand mère Aliénor n'aurait jamais pris la peine de le contacter si elle n'avait pas pensé qu'il pouvait réellement bénéficier d'un échange avec le nouveau venu. Ne pas suivre ses conseils aurait été mal avisé. Allant contre sa nature - ou en tous les cas contre ses peurs profondes - Nashoba coula un long regard sur les étagères de livres, remplies de volumes dont il ne comprenait pas la moitié des titres.

"Je cherche l'Histoire... directement après... La date..."

Il grimaça légèrement. Il n'avait pas encore bien appris à prononcer les nombres, et moins encore ceux qui étaient constitués de plus de deux chiffres.

"Dix-sept... quatre-vingt dix ?"

Il leva un regard qu'on pouvait qualifier de "modérément désespéré" sur les ouvrages qui s'étendaient à perte de vue à sa gauche, sa droite, en haut, en bas... L'Histoire s'était construite à son époque, mais elle avait depuis bien évolué. Tout ce système de classification lui était étranger... Les noms ne lui disaient absolument rien, même parmi ceux qui auraient pu correspondre à des périodes qui lui avaient été contemporaines, ou qui étaient déjà passées de son vivant. Il cherchait la mention de "XVIIIème siècle" mais force était de constater qu'elle ne figurait que sur peu de tranches.
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MessageSujet: Re: Chassez le naturel, il revient au galop   Chassez le naturel, il revient au galop Icon_minitimeVen 20 Mar - 12:59

L'attitude du zombi était passionnante. Jesse lui adressait la parole, et le premier réflexe de l'homme était de se cacher derrière ses cheveux. Avait-il a ce point honte de son apparence -ou de son appartenance à une espèce parfois décriée- ou était-il simplement extrêmement timide ? Il ne l'avait pas tant paru alors qu'il répondait au jeune bibliothécaire tout à l'heure... Au vu de la façon dont il prenait soin de son physique -ou plutôt, faisait en sorte qu'on ne remarque pas ce qu'il était au premier abord, le californien penchait pour la seconde de ses trois propositions internes.

Par curiosité intellectuelle plus que par altruisme véritable, le doctorant proposa de l'aide, qui fut remerciée. Enfin, peut-être. Il n'était pas capable de dire s'il s'agissait d'un remerciement en bonne et due forme pour avoir éloigné l'étudiant plus tôt, pour le remercier de lui proposer de l'aide à présent, ou pour lui dire très élégamment "Merci, mais non merci". Le seul constat évident était le suivant : la maîtrise que le zombi avait de la langue de Shakespeare était imparfaite.

Jesse s'apprêtait à reformuler de manière plus compréhensible, mais il se passa une chose étrange : le visage de son interlocuteur s'était tendu sans la moindre raison apparente, son regard paraissait dans le vide, et pourtant le vampire était persuadé qu'il "voyait" quelque chose. Ou quelqu'un.

Il n'y connaissait pas grand chose en zombis. S'étant spécialisé dans les vampires et les faës, bien qu'ayant une connaissance plus approfondie que la moyenne des normes sur les autres espèces Outres, vodouns et zombis n'étaient pas son domaine d'études. Cependant, il en savait assez pour ne s'étonner qu'à moitié de ce qu'il se passait actuellement. Il savait qu'il arrivait à certains zombis de recevoir la présence d'esprits de ce que les initiés nommaient "Outremonde". D'autres préféraient le terme Enfer, Paradis -beaucoup plus rarement-, ou encore Purgatoire. Il savait également que les vodouns étaient considérés comme les principaux interlocuteurs entre ce monde-ci et celui de "l'au-delà" (autre dénomination qu'il aurait pu ajouter à sa liste). De là, son interprétation était peut-être un peu tirée par les cheveux, mais était-il possible que cette homme fut vodoun dans une autre vie ?

Il n'avait aucun moyen scientifique d'appuyer sa théorie. Peut-être demanderait-il tout simplement au zombi, si l'occasion se présentait. Pour le moment, il préférait le laisser discuter avec quiconque était en train de lui faire la conversation (pitié, pas la mère de Cameron...elle était encore pire que son enfant) et attendre que l'instant passe. Tout en prenant mentalement des notes, comme toujours.

Quelques secondes plus tard, l'autre outre reprit la parole. Ce qu'il venait de se passer l'avait apparemment convaincu à effectivement demander de l'aide. Jesse eut un très léger sourire en coin : il se demandait bien ce que les morts -enfin, ceux qui l'étaient définitivement- pouvaient bien penser de lui...

Le doctorant hocha la tête. Histoire. Au moins était-on dans le bon rayon. Suivant les précisions du zombi, cela pourrait néanmoins ne pas vouloir dire grand chose... Quelque chose le faisait déjà tiquer, d'ailleurs. Son vis-à-vis semblait être à la recherche d'une période de l'histoire, "directement" après un moment particulier... C'était là une ben étrange formulation. Elle était bien évidemment imputable à ses problèmes de communication en anglais, mais il n'y avait pas que cela, Jesse en était convaincu.

De quelle époque pouvaient provenir les zombis, au juste ?

Le californien hocha à nouveau la tête. Ah, pas un événement, mais une date. C'était bien étrange d'ailleurs, quand on savait tout ce qui avait bousculé les Etats-Unis d'Amérique à la fin du dix-huitième siècle. Le pays s'était quasiment fondé entre la fin de ce siècle et le suivant, on parlait plus aisément de "Déclaration d'Indépendance", d'"Achat de la Louisiane" ou encore de "Révolution Française" que de l'année elle-même, et il était intriguant qu'il le mentionne ainsi. Plus amusé qu'il ne le montrait, Jesse commença à passer son doigt sur la reluire de différents livres, tout en s'adressant au zombi -et en faisant attention à rester intelligible et à user de phrases courtes, contrairement à son habitude.

"Mille sept cent quatre-vingt-dix... Hum... Histoire de la Nouvelle-Orléans, des Etats-Unis, ou du monde ?" En effet, l'information ne se trouvait pas forcément au même endroit suivant ce que l'homme désirait savoir.

L'Ombre s'interrompit dans sa recherche le temps de quelques précisions.

"Je m'appelle Jesse. Votre langue maternelle n'est pas l'anglais... Quelle est-elle ?"

La bibliothèque de la ville restait fournie, il y avait peut-être possibilité de trouver les informations qu'il cherchait dans une langue qu'il maîtrisait mieux que celle qu'il tentait de parler actuellement.
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MessageSujet: Re: Chassez le naturel, il revient au galop   Chassez le naturel, il revient au galop Icon_minitimeMer 25 Mar - 15:35

"... Mille sept cent quatre-vingt dix, oui." répéta t-il en hochant la tête, très visiblement libéré d'un poids. Il avait réussi à se faire comprendre et a priori sans trop de difficultés. C'était une amélioration notable par rapport à ce qu'il en était il n'y avait encore que quelques mois.

Il tourna bien vite les yeux sur le doigt que l'inconnu passait sur la tranche des livres. La question qu'il venait de poser était pertinente. Elle le plongea brièvement dans ses pensées. Nashoba n'était pas allé jusque là dans sa réflexion. S'il trouvait le moindre livre capable de lui expliquer ce qui était arrivé au monde après sa mort, il prenait...

"Tout."

Il était bien évidemment curieux d'apprendre ce qui était arrivé à ses plus proches contemporains... Nashoba avait connu de nombreuses personnalités importantes de la Nouvelle-Orléans de la seconde moitié XVIIIème siècle. Il était presque assuré d'apprendre le destin d'un ou plusieurs proches, d'une ou plusieurs connaissances dans un ouvrage au sujet si spécifique.

Cela dit, il était tout aussi curieux d'apprendre comment ce pays balbutiant, dont il avait assisté de loin au développement, avait pu devenir le monstre qu'il était désormais. Comment, et quand la Louisiane avait-elle été phagocytée ? Il n'était pas certain de vouloir apprendre comment les cultures des premières nations avaient fini par se retrouver si minoritaires sur leurs propres terres - il en avait déjà une idée assez précise, car après tout ce phénomène était déjà largement en cours de son vivant. Mais c'était tout de même quelque chose qu'il lui fallait savoir.

Quant au reste du monde... Eh bien, il l'avait constaté : ses notions de géographie étaient désormais complètement dépassées. Il connaissait des pays qui n'existaient plus, ou plus dans les mêmes proportions. Certains sujets lui passaient complètement au dessus. Il ne comprenait régulièrement rien à ce qu'il lisait dans les journaux.

"Tout" lui paraissait donc être une réponse appropriée. Il avait besoin de tout reprendre à zéro.

"Je m'appelle Jesse. Votre langue maternelle n'est pas l'anglais... Quelle est-elle ?"

Cette réflexion n'était guère surprenante. Il s'était amélioré, mais il n'était pas fluide. Il le savait. Il savait aussi que son accent était un véritable massacre. Il se tourna pour faire face à Jesse, sur lequel il leva les yeux, l'air embarrassé.

Ce n'était pas facile de répondre à cette question. Aucune de ses langues maternelles n'existaient plus telles qu'il les avait apprises. Si par le plus grand des hasards ce Jesse savait parler français et qu'il se mettait à lui parler dans cette langue, rien ne disait que Nashoba allait comprendre ce qu'il lui racontait. L'inverse était aussi vrai. On parlait de "vieux français" maintenant, même si ça ne voulait rien dire, car à  quel "vieux français" faisait-on référence ? A son époque, il existait déjà des pratiques qui n'étaient plus usitées, datant des siècles qui avaient précédé sa naissance.

Ca ne le rajeunissait pas, en attendant. Il avait fermé les yeux pour la dernière fois alors qu'il n'avait qu'une trentaine d'année et il s'était brutalement réveillé pour en avoir dix fois plus. C'était atrocement perturbant.

Il temporisa en commençant par se présenter.

"Je suis Nashoba."

Pas de nom de famille. Le prénom qui lui était le plus naturel, et celui qui était aussi le moins connu. Il pouvait difficilement mieux faire pour préserver son anonymat. Cependant, la suite n'allait pas l'y aider.

"Je parle choctaw et français. Mais ce n'est pas le français... normal."

Il retint une grimace car il n'aimait pas du tout insinuer que sa pratique du français pouvait être "anormale". Il avait failli dire "Mais ce n'est pas le français d'aujourd'hui". Il lui avait fallu trouver une alternative au pied levé, mais ce qui était sorti lui déplaisait beaucoup.


Dernière édition par Nashoba Ogier d'Ivry le Jeu 9 Juil - 14:00, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Chassez le naturel, il revient au galop   Chassez le naturel, il revient au galop Icon_minitimeLun 22 Juin - 13:26

Tout. Jesse laissa échapper un petit rire amusé. Cela avait au moins le mérite d'être clair. Il se demandait bien quel vodoun prenait la peine de relever quelqu'un qui n'avait vraisemblablement aucune idée de ce qu'il s'était passé ces trois derniers siècles sans prendre la peine de le renseigner... Il n'était pas spécialiste des Zombis, mais il lui semblait bien que la décomposition du corps était un facteur limitant et que seuls les plus puissants pouvaient se permettre certains retours à la vie. Si cet homme n'avait effectivement pas connu de son vivant ce qu'il s'était passé après 1790, il devait y avoir une raison très particulière à son retour... et il était étonnant que son vodoun s'intéresse si peu, au point de le laisser dans l'ignorance.

Le vampire haussa intérieurement les épaules. Ce n'était pas son problème, et si le zombi n'avait pas l'intention d'en parler il ne serait clairement pas celui qui mettrait le sujet sur la table. Ils avaient d'autres chats à fouetter.

Passant un doigt sur les cotes de divers ouvrages, en retirant quelques uns au fur et à mesure pour les poser sur une table derrière lui, l'Ombre adressa une autre question à son interlocuteur, qui fut suivie d'un silence anormalement long, même pour une personne ne comprenant pas entièrement la langue de Shakespeare. Toujours à sa recherche, Jesse tourna néanmoins le regard vers l'autre outre, qui commença par lui donner son prénom, confirmant ses soupçons : Nashoba n'était pas un prénom typiquement anglais, ni français -tels qu'on pouvait en entendre régulièrement à la Nouvelle-Orléans. Non, le californien mettrait sa main à couper qu'il s'agissait d'un prénom autochtone.

"Je parle choctaw et français. Mais ce n'est pas le français... normal."

En plein dans le mille. Même s'il n'avait pas été élevé en Louisiane, Jesse s'était assez intéressé aux Premières Nations de par son ascendance pour connaître les noms de nombreuses tribus vivant sur ces terres avant la colonisation européenne. Nashoba venait indirectement de lui confirmer son origine ethnique, ce qui aiguillait encore un peu les recherches documentaires du chercheur, qui s'éloigna un peu plus dans le rayon tout en répondant.

"Je vois. On parle plutôt de langue "standard", à présent."

Il comprenait aisément le malaise que pouvait éprouver le zombi à ne pas qualifier son usage de la langue comme "normal". Plus encore s'il n'avait pas été mis au courant de l'histoire du monde pendant des centaines d'années.

"Est-ce qu'un ouvrage de linguistique vous intéresserait ? Pour en apprendre plus sur l'évolution du français ?"

Malheureusement, ce genre de chose n'existerait probablement pas pour son autre langue maternelle, mais Nashoba devait s'en douter. Trouvant finalement l'ouvrage qu'il cherchait, Jesse revint vers la table sur laquelle il avait déjà posé plusieurs ouvrages.

"Je pense que celui-ci vous intéressera particulièrement."

Il s'agissait d'un livre traitant de la Piste des Larmes, déportation forcée de nombreuses populations autochtones lors de la première moitié du dix-neuvième siècle et de la création des Réserves qui ont suivi. Evidemment, la première sélection de Jesse abordait également le problème, mais sous un tout autre angle...

"Il a été écrit par des descendants Choctaws et Cherokees. L'un de mes parents, descendant hopi, me l'avait conseillé, afin d'avoir un point de vue moins édulcoré par les colonisateurs."

Ce n'était pas par hasard que Jesse s'étendait sur ses origines familiales. Il avait déjà compris beaucoup de choses concernant Nashoba, et la plus claire était qu'il tenait vraisemblablement à ses racines autochtones. Ce n'était pas le cas de tous les descendants de ces nations. D'autant que si les suppositions de Jesse étaient exactes, l'homme avait vécu à une période où les tensions entre ces diverses nations -ainsi qu'avec les colons- pouvaient être élevées. Hopis comme Choctaws étaient considérées comme des tribus "pacifiques" -ce qui n'avait pas empêché les colons de les traiter horriblement. Faire part de ce léger trait commun était un signe engageant de la part de Jesse, qui cherchait malgré tout à mettre son interlocuteur en confiance : il se donnait rarement cette peine, mais le zombi était vraisemblablement un personnage fascinant, ayant vécu une Histoire qui lui paraissait bien lointaine, alors qu'elle devait encore se dérouler dans l'esprit de Nashoba lorsqu'il fermait les yeux. Pour l’anthropologue qu'était le californien, le zombi était un fantastique sujet d'étude.

En parlant d'Histoire, se trouvaient déjà sur la table des ouvrages traitant de la Guerre de Sécession, de l'Administration Washington ou encore de l'achat de la Louisiane. Il n'avait pas encore abordé l'histoire européenne, mais se retourna bien assez tôt vers les rayons pour continuer sa recherche.

"J'espère que vous n'avez pas de séance photo prévue ce soir..."

Ce visage ne lui était pas inconnu, c'était l'une des premières réflexions qu'il s'était faite, et il venait enfin de le reconnaître : un mannequin, de chez Belle Morte, la marque initialement spécialisée dans les cosmétiques pour zombi. Ils faisaient probablement un peu de tout maintenant. Le vamp ne s'intéressait pas particulièrement à ce genre de chose, mais il fallait avouer que lorsque le visage d'une personne était sur presque tous les panneaux publicitaires de la ville, on finissait pas le reconnaître. De ce qu'il avait compris, Nashoba n'avait pas l'air d'apprécier cette célébrité, d'ailleurs.

L'air de rien, le californien continua de fouiller dans le rayon avant de trouver le livre qui l'intéressait : un énorme pavé sur l'histoire de France. Il le prit avec lui pour le poser sur la table, l'ouvrit et se mit à éplucher le sommaire des yeux tout en faisant signe à son compagnon d'un soir de s'asseoir sur la chaise en face de lui.

"Alors, Révolution Française...341. Voilà."

Il ouvrit l'ouvrage à la page concernée avant de le tourner vers Nashoba.

"Dix-sept cent quatre-vingt-neuf, mais je ne pense pas que l'information soit tout de suite arrivée en Nouvelle-France."

...Bien que la Louisiane fut sous domination espagnole à cette époque précise. Le pauvre Nashoba n'avait pas choisi la bonne période pour s'éteindre s'il voulait comprendre exactement ce dont il était question. L'air aimable, Jesse observait son interlocuteur, donnant l'impression d'attendre -et d'entendre- tous les questionnements qui pouvaient lui passer par la tête.
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MessageSujet: Re: Chassez le naturel, il revient au galop   Chassez le naturel, il revient au galop Icon_minitimeJeu 9 Juil - 16:24

"A présent". Pour un zombi, il n'était pas rare d'avoir manqué quelques années d'existence et de devoir réactualiser ses connaissances. Cette précision aurait donc pu paraître anodine, mais Nashoba était persuadé qu'elle ne l'était pas.

D'abord, parce qu'il était tant et si bien grimé et gorgé de Brain Juice que sa nature mort-vivante était loin d'être évidente. Il sortait du travail, l'illusion s'étendait donc du bout de ses orteils à la pointe de ses cheveux redevenus noirs de jais pour l'occasion : son apparence était presque exactement la même que celle qu'il avait eue de son vivant (ses origines ethniques n'en étaient d'ailleurs rendues que plus évidentes, malgré le métissage qui les atténuait légèrement). Si son interlocuteur avait malgré tout vu derrière son masque, alors c'était que ses propos l'avaient trahi, ou que d'autres perceptions le lui avaient permis. Ou les deux.

Il y avait ensuite quelque chose dans l'attitude de son interlocuteur qui l'interpelait. Quelque chose dans le ton qu'il avait adopté... Et ce ricanement léger, aussi, qu'il avait perçu lorsqu'il lui avait avoué qu'il lui fallait absolument tout reprendre depuis le début.

Bref : à un degré ou à un autre, il avait été percé à jour. Il avait sciemment pris le risque de s'exposer, donc il n'était pas exagérément surpris. En revanche, cela le contrariait. Un regard fugace coulé sur Jesse. Il marqua un temps d'arrêt involontaire, retint une grimace, puis se résigna : il était trop tard pour faire semblant.

"Langue... standard. D'accord."

Puisqu'il lui fallait jouer cartes sur tables, alors autant qu'il en profite pour apprendre. Il répétait les mots pour mieux les mémoriser. Il intégrait l'information, pas seulement le vocabulaire : "standard".

"Langue standard ?" Répéta t-il cette fois dans la langue de sa mère, sans chercher la moindre validation de la part de Jesse, lequel n'avait probablement pas de réponse à lui fournir. Deux doigts sur le menton, les sourcils froncés et les yeux dans le vague, le zombi réfléchissait. L'adjectif existait dans les deux langues, pouvait-on en conclure qu'il pouvait utiliser le terme aussi bien en français moderne qu'en anglais ?

La proposition suivante fut étrangement logique.

"Oui, vraiment."

Quoique retenu, on pouvait lire un sincère soulagement dans les traits du zombi. Un ouvrage de linguistique lui serait de la plus grande utilité. Quand bien même il lui fallait apprendre à communiquer en anglais, actualiser l'une de ses deux langues maternelles lui permettrait de gagner en aisance dans bien des situations.

Il s'approcha de la table sur laquelle Jesse avait déjà déposé plusieurs ouvrages et il en lut les titres avec curiosité. Le jeune homme porta ensuite son attention sur un livre en particulier, que Nashoba saisit avant d'en examiner la couverture. Jesse lui en fit une rapide présentation. Voilà qui était très intéressant. Ce serait probablement l'une de ses premières lectures intégrales. Nashoba sentait que ce qu'il allait y découvrir n'allait que très moyennement lui plaire, mais lire le témoignage de ses descendants lui permettrait de reprendre plus entièrement racine dans cette nouvelle réalité. Sa vie à la Nouvelle-Orléans parmi les Ogier d'Ivry n'avait été qu'une partie de ce qui forgeait son identité, pendant laquelle il avait qui plus est porté un masque. Pour quel résultat, songeait-il amèrement ? On l'avait utilisé, puis on l'avait assassiné. On ne l'avait jamais vraiment accepté. Il ne regrettait ni son oeuvre, ni son mariage, ni ses enfants, mais il se sentait bien plus proche de son village natal que de cette autre culture qu'il était parti découvrir, à la recherche de ses ascendants maternels.

"C'est vraiment bien que ça existe..."

A la lumière de son histoire personnelle, des préjudices qu'il avait subi, il était heureux de voir ces textes, que l'on n'avait pas maquillé, dont on n'avait pas cherché à gommer les origines extra-européennes... A l'époque où il avait vécu, de tels écrits n'auraient jamais trouvé lecteurs. Ils n'auraient même pas atteint les imprimantes, même en Louisiane où les relations entre colonisateurs et choctaws étaient particulièrement pacifiques. Que les voix des peuples américains autochtones aient été prises au sérieux, transmises pas uniquement à l'oral mais aussi sur le papier pour être lues par tous, à grande échelle, ce n'était donc pas rien.

Il avait dûment noté la mention aux origines de Jesse mais il ne le montra que très discrètement, dans le regard qu'il lui jeta. A l'époque des soirées mondaines qu'il avait fréquentées, il était arrivé que Nashoba s'adonne au jeu des questions personnelles, mais cela n'avait jamais été très naturel et il n'en voyait sensiblement pas l'intérêt : les trois quarts d'entre elles auraient été malpolies. Il en savait assez, et cela lui permettait de voir en Jesse un interlocuteur avec lequel sa langue se délierait plus facilement sur certains sujets sensibles.

"J'espère que vous n'avez pas de séance photo prévue ce soir..."

... Oh. Ce n'était donc plus seulement son âge que Nashoba avait trahi, mais c'était aussi son visage. Et à ce stade, sans doute, son entière identité. Cela n'aurait pas dû l'étonner : les zombis de presque trois cent ans ne couraient pas les rues. Peut-être même était-il le seul en existence à l'heure actuelle.

Cette fois, il fut incapable de masquer sa grimace mécontente, associée à un embarras profond. Il n'aimait pas lorsqu'on le reconnaissait, et il aimait encore moins lorsqu'on évoquait le métier qu'il était actuellement forcé d'exercer.

"Pitié non, heureusement..."

Angus l'obligeait à bien des choses, mais Nashoba était encore capable de montrer qu'il ne s'épanouissait pas dans son travail, tant que cela ne mettait pas le statut social du vodoun en danger. S'il avait compris quelque chose de cette société moderne, c'était qu' une grande majorité de gens n'aimaient pas vraiment leur emploi.

... Bon, bon bon... Bien... Il était donc complètement grillé, cette fois il n'y avait plus aucun doute à avoir. La gêne ne le quittait plus et il avait du mal à revenir à une attitude neutre, libre de toute nervosité. Heureusement, Jesse ne posait pas beaucoup plus de questions personnelles que lui. Il préféra entrer dans le vif d'un sujet plus historique que people : la révolution de 1789, en France. Assis devant la table chargée de livres comme le lui avait suggeré son professeur improvisé, Nashoba commença sans attendre à parcourir les lignes de texte. Il y avait ici des choses qu'il savait déjà, d'autant qu'elles lui paraissaient encore très récentes. Il était mort lorsque cette actualité était encore brûlante.

Il lui fallut s'éclaircir la gorge avant de reprendre :

"Hmm... Tout à l'heure ce n'était pas très précis. Je suis mort en janvier..."

Il marqua une pause, réfléchit, et testa ses nouvelles connaissances en langue anglaise :

"Mille... sept-cent quatre-vingt douze. Les anciennes familles françaises voulaient être informées et il y avait aussi des voyages donc je sais un peu jusqu'à cette date..."

Cependant, les choses s'étaient enflammées en août 1792 et avaient pris une ampleur plus inattendue encore que ce qui avait précédé. La monarchie constitutionnelle était tombée, puis cela avait été l'époque de la Terreur. Le Roi avait été emprisonné. Nashoba leva un sourcil interloqué face aux informations qui tombaient les unes après les autres. Pendant deux ans, les guillotines n'avaient visiblement pas eu le temps de refroidir.

"... Ah. Ils ont coupé la tête au roi. D'accord, je ne l'avais pas vu venir."
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MessageSujet: Re: Chassez le naturel, il revient au galop   Chassez le naturel, il revient au galop Icon_minitimeDim 19 Juil - 16:58

Jesse adorait faire des hypothèses sur des inconnus lors de leurs conversations, voir ce qui se vérifiait ou non ensuite et entamer d'autres déductions derrière. C'était peu ou prou la façon dont il interagissait avec une grande partie de ses semblables. Mais surtout, Jesse aimait quand il pouvait voir dans l'attitude ou le regard des personnes avec qui il s'entretenait qu'elles avaient compris quelque chose. Pas forcément jusqu'où il voulait en venir, car il était souvent obscur, mais qu'il savait quelque chose et qu'il venait potentiellement de s'en servir.

Ce qu'il vit dans le regard de Nashoba alors qu'il lui faisait quelques précisions linguistique était typique : cette étincelle qui disait "Il en a compris plus que je ne souhaitais en dire" était particulièrement plaisante aux yeux du vampire. Et c'était partiellement ce qui amenait certains à le détester.

Cependant, concernant le zombi cela n'avait pas l'air d'être le cas. Au contraire, il parut se résoudre à cette fatalité en acceptant la correction et en se l'appropriant, comme tout jeune praticien d'une langue. Après tout, ce n'était pas non plus une information particulièrement compromettante... de l'avis de Jesse, du moins.

Plus compréhensif qu'il ne pouvait le paraître au premier abord, le professeur se proposa de chercher un ouvrage de linguistique française, afin d'accélérer l'actualisation des connaissances de son interlocuteur. L'empressement avec lequel il répondit et le soulagement ténu mais présent dans son regard finit de convaincre l'Ombre, qui hocha la tête avec un sourire léger. La demande avait été enregistrée, mais pour le moment ils se focaliseraient sur autre chose.

C'était que 260 ans de non-vie étaient longs à rattraper.

Avec diligence, Jesse commença à éplucher les rayons historiques pour sélectionner quelques livres de ci de là qui lui paraissaient important. Son choix était évidemment biaisé et se basait sur ce qu'il avait compris du personnage, notamment sa double nationalité et le fait qu'il avait dû vivre de plein fouet les débuts de l'Amérique telle qu'on la connaissait aujourd'hui.

Il se permit une phrase d'introduction sur un ouvrage en particulier : Il n'était pas plongé dans les milieux concernés mais en savait assez sur l'histoire de son pays pour savoir à quel point les Premières Nations avaient été impactés par l'arrivée des colons. Il lui semblait important de mentionner que ce livre, bien que parlant d'un événement traumatique, avait sa part de lumière : les voix des concernés avaient rarement été écoutées à l'époque et l'étaient encore trop peu aujourd'hui.

De plus, c'était un moyen assez habile pour le jeune vampire de faire mention de ses propres origines, ce qui pourrait amener Nashoba à s'ouvrir à ce sujet. Loin de Jesse l'idée de l'y forcer : il se contentait d'ouvrir la porte. Le message était passé, d'ailleurs, comme il put le voir au regard que le mannequin lui jeta. Vint donc l'occasion de lancer un second pavé dans la mare, concernant cette fois le fait que l'Ombre l'ait reconnu. Sa remarque fut reçue par une grimace et une exclamation à laquelle il répondit pas un éclat de rire : cette spontanéité en disait long.

Au moins, le zombi n'avait pas l'air obnubilé par son apparence ou sa célébrité. Jesse ne connaissait pas le personnage qu'il avait été avant sa mort, mais le doute aurait été permis. En tous cas, il en déduisait que son travail ne lui plaisait pas autant qu'il le pourrait.

N'insistant pas plus, le californien décida plutôt de se pencher sur le gros événement de cette fin de dix-huitième siècle qu'était la dernière chose que Nashoba avait connu de son vivant. Pour le moment, la Révolution Française, qui avait chamboulé pas mal de choses. Une fois l'ouvrage ouvert à la bonne page, cependant, le zombi se tourna vers Jesse pour clarifier quelques chose. Le brun commença par hausser un sourcil, vaguement intrigué, avant d'esquisser ce demi-sourire caractéristique de celui qui en savait plus qu'il n'en disait à l'entente de la date précise de sa mort.

"Vous devriez tout de même jeter un oeil."

Il nota dans un coin de sa tête que le mannequin avait fait référence aux "anciennes familles françaises", dont il faisait vraisemblablement parti. Probablement que maintenant qu'il l'avait assimilé à ce mannequin, Nashoba avait estimé qu'il ne serait plus à rien de lui cacher quoi que ce soit concernant ses origines. Cela restait une information intéressante que le vampire se promis d'exploiter dans des recherches futures.

Tandis que le zombi commençait sa lecture, Jesse alla farfouiller dans des rayons plus lointain pour trouver le fameux livre de linguistique qu'il avait promis. Son ouïe vampirique lui permettait de continuer à entendre Nashoba parler si ce dernier faisait une remarque et de toute façon, il ne serait pas parti bien longtemps... un autre avantage de la non-vie avec des crocs.

Il fut donc de retour juste à temps pour le commentaire concernant le roi, qui lui arracha un éclat de rire sarcastique.

"Oui, ils n'ont pas fait dans la demi-mesure, à ce moment-là... Tenez."

Il lui tendit le livre qu'il avait trouvé le plus complet sans être pour autant intransportable (ce qui n'était pas toujours une bonne affaire). S'asseyant sur une chaise non loin, Jesse croisa les bras.

"Vous avez une carte, pour emprunter ces livres ? Je doute que vous puissiez rester ici toute la nuit..."

Non pas que la bibliothèque n'allait pas être ouverte (les vampires aussi avaient parfois besoin de faire des recherches après tout, et tous ne pouvaient pas se permettre le luxe d'y passer la journée entière comme Jesse venait de le faire), mais un zombi avait forcément un vodoun, et ce dernier n'allait pas apprécier de ne pas le voir rentrer, supposait-il.
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MessageSujet: Re: Chassez le naturel, il revient au galop   Chassez le naturel, il revient au galop Icon_minitimeSam 1 Aoû - 17:46

Les précisions données par Nashoba n'étaient là que pour mieux aiguiller son interlocuteur, lequel était bien agréable de l'aider. Le zombi ne savait pas comment cette période de révoltes en France s'était terminée et il en avait tout à fait conscience, raison pour laquelle il gardait le nez plongé dans le livre et cherchait avec assiduité le début des informations qui lui manquaient. Il acquiesça au commentaire du jeune homme pour montrer qu'il comprenait, mais il jugea inutile de faire le moindre commentaire avant d'avoir lu ce qu'il y avait à lire.

Quelque chose lui disait, à la formulation de Jesse, que ce qu'il allait apprendre risquait de l'étonner.

Ça ne manqua pas. La surprise lui fit avoir une remarque très spontanée qui fit rire son interlocuteur. Le coin de ses lèvres s'étira sans qu'il puisse s'en empêcher. Il s'en voulut un peu : ce n'était pas drôle, on parlait de la mort d'un homme.

... Un homme qui était de toute façon mort depuis très longtemps. Cela, Nashoba le savait déjà. Il n'arrivait pas à se sentir peiné, ni choqué d'apprendre les circonstances dans lesquelles c'était arrivé, même si cela avait été brutal et prématuré. C'était une étrange sensation car généralement, il faisait preuve de bien plus d'empathie, même à l'égard de parfaits inconnus. Ces événements auraient dû lui paraître très proches. Il ne comprenait pas pourquoi il était si détaché à leur égard.

Ce n'était pas la première fois qu'il se faisait cette réflexion. Quelque chose avait changé en lui, mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.

Nashoba avait porté une main contre son col roulé. Son poing touchait l'immense lacération que le tissu cachait, recousue pour éviter à la plaie de s'ouvrir de façon trop béante et à l'air de s'échapper par le mauvais trou. Cette histoire de guillotine le mettait tout de même un peu mal à l'aise, mais c'était parce que cela faisait écho à la dernière chose qu'il avait vécu avant de se réveiller mort, plus de 260 ans plus tard.

La question posée par Jesse le sortit de sa rêverie éveillée. Il redressa le nez, prit le livre qu'on lui tendait et posa son regard dans celui de son interlocuteur, hésitant. Emprunter des livres était une bonne idée si une telle chose était possible, mais Nashoba préférait rester ici autant de temps qu'il le pouvait. Angus ne s’inquiéterait probablement pas de ne pas le voir rentrer, ou en tous les cas il ne trouverait pas cela étonnant. Il imaginerait sans doute que le zombi avait récidivé et qu'il se baladait quelque part en ville sous une autre de ses identités. Dans le pire des cas, il lui donnerait à distance l'ordre de rentrer et Nashoba serait bien obligé de s'exécuter. Mais pour le moment, il avait du temps devant lui, et il comptait bien en profiter.

"Non, je n'ai pas de carte. C'est possible ?"

Comprendre "c'est possible d'en faire une ?". La maîtrise imparfaite que Nashoba avait de l'anglais l'amenait parfois à faire des phrases qui n'étaient qu'à moitié explicites. Il précisa avant de laisser le temps à Jesse de répondre :

"Je ne vais pas partir tout de suite. On ne m'attend pas vraiment. J'aime bien être ici."

En vérité, Nashoba aurait voulu pouvoir dire qu'il préférait largement être ici que chez lui, en compagnie de l'horrible descendant qui lui servait de vodoun. Angus l'obligeant à ne pas mettre en danger sa réputation ni son statut social (et judiciaire), Nashoba avait la langue magiquement liée. Il ne pouvait pas faire de constat plus vindicatif que celui-ci.
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MessageSujet: Re: Chassez le naturel, il revient au galop   Chassez le naturel, il revient au galop Icon_minitime

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