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 Chassez le naturel, il revient au galop

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Nashoba Ogier d'Ivry
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Nashoba Ogier d'Ivry

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MessageSujet: Chassez le naturel, il revient au galop   Chassez le naturel, il revient au galop Icon_minitimeDim 21 Juil - 18:40

La journée de travail était terminée. Il était dix-neuf heures passées. C'était l'heure où toute chose semblait comme prendre vie. La lumière du soleil était chaude, vibrante. Le ciel commençait à rougeoyer délicatement. L'ombre diffuse des arbres parsemait le sol d'une myriade de tâches sombres. Le chant des oiseaux et le crissement des insectes, cachés dans la végétation alentour,  devait très certainement s'accompagner d'une bonne odeur d'herbe et de plantes. Le vent doux qui se levait progressivement pour éteindre les ardeurs de ce chaud mois de juillet était sans doute très agréable, à cela près que Nashoba était bien incapable de sentir sa caresse. En plein hiver, en automne ou au printemps, ses perceptions auraient été les mêmes : inexistantes.

Ainsi, il ne se promenait pas pour profiter de la soirée naissante. Encore plus mort à l'intérieur qu'il ne l'était à l'extérieur, il restait insensible au paysage paisible. Il errait sans véritable but. Une chose était certaine : il n'avait aucune envie de retourner chez lui. Angus l'y attendait très certainement, et Nashoba fuyait cet homme comme la peste. Au mieux, le vodoun se montrerait désagréable. Au pire, il le forcerait encore à faire quelque chose qu'il n'avait pas envie de faire : trimer sur ses notes et mémoires chiffrées tandis qu'il n'avait plus aucun moyen d'en décrypter le contenu, écrire quand il n'arrivait plus à pondre la moindre ligne correcte... C'était là les tâches les plus classiques qu'on pouvait lui confier lorsqu'il restait trop longtemps oisif à proximité du vodoun, mais Angus savait parfois se montrer original, et ce n'était jamais une bonne nouvelle non plus.

Ainsi, il fallait bien qu'il s'occupe. S'asseoir sur un banc et attendre que le temps passe n'était pas une solution viable à long terme. Il l'avait fait de longues heures durant mais n'avait pas pu continuer. Force était de constater que les zombis n'étaient pas insensibles à l'ennui, bien qu'ils le furent à presque tout le reste. Lourd, désagréable, l'ennui n'avait fait que rendre sa non-vie plus insupportable encore. Il lui laissait trop de temps pour ressasser. Pour sombrer plus profondément dans ses sentiments moroses. Parfois, des souvenirs noirs, des souvenirs brutaux lui revenaient. L'absence d'activité, non contente d'être en soi pénible, pouvait donc être déclencheur d'une perte de conscience désastreuse. Lorsqu'il s'en était rendu compte, Nashoba avait compris que tant qu'il serait de ce monde, il ne pourrait pas tricher. Son existence n'était pas une option.

Des regards se tournaient parfois sur son passage. Il n'aimait pas ça, mais il n'y pouvait rien : fraîchement sorti du studio, il avait une apparence très proche de celle qui avait été sienne de son vivant. La magie avait rendu à ses cheveux leur teinte noire naturelle. Le maquillage lui avait quant à lui redonné son teint halé. Les lentilles de contact grimaient son regard éteint, qui retrouvait sa lueur marron vivace. Angus avait fait de lui un mannequin. Son image était donc connue du grand public, à son grand dam. Porter un manteau disposant d'une capuche lui aurait permis de cacher son visage, mais ne l'aurait pas rendu moins discret : il faisait trop chaud pour s'habiller ainsi sans attirer la curiosité des passants. Nashoba se contentait donc d'avancer en baissant la tête. Il portait tout de même un col roulé très fin : personne ne l'aurait convaincu d'exposer la blessure de sa gorge, invariablement béante.

Arrivé devant les portes de la bibliothèque de la ville, il redressa le nez. L'appel des pages poussiéreuses avait perdu sa magie, et pourtant... Si il y avait bien un endroit où il était logique que Nashoba se rende, c'était ici. Il entra sans hésiter et tenta de se perdre dans la contemplation des hautes étagères. Mais comment rêvasser alors qu'il restait hermétique à tout ? Qu'était une bibliothèque sans son odeur de papier jaunie ? Comment créer l'intimité avec un livre dont il ne touchait pas les pages, dont il ne sentait pas le grain ? L'émotion était d'emblée mutilée. S'il lui fallait compter sur son enthousiasme intrinsèque, alors on pouvait être certain qu'il ne trouverait aucun plaisir à cette énième visite.

Peut-être, cependant, pouvait-il rendre son temps utile. Il se dirigea donc vers le département d'Histoire et plaça son doigt sur la tranche d'un ouvrage. Il se mit à frôler les titres successifs à mesure qu'il les parcourait. Beaucoup de choses ne lui évoquaient rien : ces livres témoignaient de temps qui lui étaient parfaitement inconnus. Il allait falloir qu'il avance progressivement, à commencer par lire ce qui concernait les périodes qui suivaient directement l'époque de sa mort.

Le zombi fit une pause pour aller chercher dans sa poche une flasque métallique qu'il ouvrit, et dont il avala plusieurs longues lampées.

"Monsieur... Les boissons sont interdites dans la Bibliothèque. A fortiori les boissons alcoolisées."

Nashoba tourna un très bref regard en direction de la personne qui lui avait parlé. C'était un employé très jeune, qui ne paraissait pas l'avoir reconnu. Fardé comme il l'était, il avait l'apparence d'un vivant. L'erreur était donc toute naturelle. Sans un regard de plus pour ce jeune homme, il se remit à scanner les ouvrages à sa disposition. Son langage devait s'améliorer car il avait approximativement cerné ce qu'on lui reprochait.

"Aucun problème, c'est un médicament."

Son anglais était encore très approximatif, et son accent indéfinissable le rendait difficile à comprendre. Sans même le regarder en face, Nashoba pouvait dire que son interlocuteur n'était pas convaincu. Mais qu'allait-il lui faire, tant qu'il ne sortait pas sa flasque en face de lui une seconde fois ? Nashoba n'avait de toute façon pas menti. Si le Brain Juice n'était pas un médicament pour soigner sa condition, alors quoi d'autre ?
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MessageSujet: Re: Chassez le naturel, il revient au galop   Chassez le naturel, il revient au galop Icon_minitimeMar 10 Mar - 15:39

Un soupir légèrement contrarié et une main plus pâle que la moyenne des vivants qui remit un livre sur une étagère, après un feuilletage décevant. Ce n'était ni la première, ni la dernière fois qu'une telle chose arrivait, et pourtant Jesse devait s'avouer déçu. Cette quatrième de couverture annonçait une couleur bien différente que celle des pages qu'il avait parcourues. C'était bien dommage.

Le vampire reposa donc le livre à sa place et entreprit de continuer sa recherche dans le rayon. Il était là depuis bien longtemps, avant même que le premier rayon du soleil ne fasse son apparition dans le ciel estival de la Nouvelle-Orléans. Il y avait parfois des sacrifices nécessaires, lorsqu'on était équipé d'une paire de crocs... Néanmoins, cela ne dérangeait pas le doctorant : il passait déjà la plupart de sa journée à la bibliothèque lorsqu'il était humain. Devoir attendre que le soleil se couche pour en sortir n'était qu'un léger désagrément.

Venu afin de faire quelques recherches pour ses cours (depuis qu'il avait terminé sa thèse, Jesse était très recherché par le corps professoral pour nombre de sujets, notamment ceux ayant trait aux Outres, et ce même avec sa transformation), l'Ombre de la Maîtresse Vampire avait depuis longtemps trouvé son bonheur et en avait même profité pour s'avancer dans la conception de ses syllabus (quitte à être coincé dans un lieu pour la journée entière, autant en tirer profit). Depuis, il se contentait de se balader dans les rayons et de tirer des livres au hasard, jugeant de leur (in)utilité avant de passer au suivant. Vraisemblablement, le dernier sur lequel il avait posé les yeux ne méritait pas tant d'égards.

Ses pas finirent par le mener dans le département d'Histoire. Il regarda autour de lui, ses yeux gris parcourant le rayon. Ah. Apparemment, il avait fait le tour du bâtiment. S'il en croyait l'horloge dans un coin de la pièce, ce n'était pas très étonnant. Cependant, l'endroit semblait plus occupé que lorsqu'il l'avait quitté : un homme était là, semblant rechercher un ouvrage, tandis qu'un employé -probablement un étudiant, vu son âge et les palpitations sanguines qu'il pouvait percevoir d'ici- le sermonnait sur la fiole qu'il tenait dans l'une de ses mains.

Un ricanement très bas lui échappa à l'entende de la réplique de l'employé. Apparemment, il ne devait pas boire des masses d'alcool, car il était clair que l'odeur qui s'échappait de la fiole, même pour un humain, n'avait rien de typique de ce type de boisson. Il s'était vraisemblablement basé sur la forme du contenu plutôt que sur la qualité du contenant. Le vampire, néanmoins, avait noté autre chose.

Le nouveau visiteur ne respirait pas. Pourtant, si l'on se fiait à son teint, il avait tout de l'être vivant. Il était donc aisé d'en déduire qu'une bonne dose de maquillage -ou qu'un sortilège wiccan- était à l'oeuvre. Quant à ce qui était dans sa fiole, ce n'était clairement pas du sang : dans une telle configuration, l'odeur plus que caractéristique aurait aiguisé les crocs de Jesse à distance. Un mort qui ne boit pas du sang, cela ne laissait donc plus grande place au doute... Le nouveau venu était un zombi. Un vampire assez attaché à la vie pour continuer de se comporter comme un humain en buvant quelque chose qu'il était incapable de digérer n'oublierait pas de respirer.

Intrigué -c'était là une espèce d'Outres que le jeune homme avait été peu amené à côtoyer- Jesse s'approcha de manière parfaitement silencieuse, jusqu'à arriver dans le dos de l'employé, qui n'avait apparemment pas l'air particulièrement convaincu par la réponse de l'homme. Parce qu'il n'avait pas compris, ou parce qu'il ne le croyait pas ? Le doute était permis. Le californien avait également noté que l'anglais du zombi était approximatif, ce qui ne faisait qu'accentuer sa curiosité. Était-il d'origine étrangère ? Il avait pourtant des traits typés qui n'étaient pas sans lui rappeler quelqu'un...

...Peut-être fut-ce pour cette raison qu'il décida de prendre la parole et de s'adresser au bibliothécaire avec un demi-sourire juste assez grand pour dévoiler l'une de ses canines caractéristiques.

"En effet, je peux vous assurer que ce n'est pas de l'alcool."

On contredisait rarement le nez d'un vampire.

L'employé sursauta et se tourna précipitamment, pour avoir Jesse dans son champ de vision. Ce gars était là depuis le début de son service. Il lui disait quelque chose, c'était certain. Probablement un habitué, ou quelqu'un qu'il pouvait croiser à la fac. Cela lui prit quelques secondes avant qu'il décide d'acquiescer et de s'en retourner à ses moutons. Que pouvait-il bien faire d'autre, de toute façon ?

Jesse eut un hochement de tête satisfait en voyant l'employé déguerpir et se tourna à nouveau vers son sujet d'intérêt du moment. Il n'y avait pas que ses traits en général... Sa tête lui disait également quelque chose. Il lui suffirait de quelques minutes pour se rappeler où il avait bien pu le voir, mais pour le moment il lui paraissait plus censé de faire la conversation.

"Les étudiants sont parfois de grands imbéciles... Jamais vraiment méchants. Je peux vous aider ?"

Peu lui importait que le grand imbécile en question puisse encore être assez près pour l'entendre. Il dirait probablement la même chose à celleux qui étaient inscrits à ses cours.
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Nashoba Ogier d'Ivry
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MessageSujet: Re: Chassez le naturel, il revient au galop   Chassez le naturel, il revient au galop Icon_minitimeMer 18 Mar - 18:26

On venait de prendre sa défense, visiblement. Il n'avait pas tout compris, mais ce "pas de l'alcool" demeurait plutôt clair, qu'il fut prononcé en anglais ou en français. Nashoba jeta un coup d'oeil étonné dans la direction de son protecteur improvisé. C'était un grand jeune homme pâle. Ca pouvait vouloir dire tout et n'importe quoi : il n'était pas dans le bon angle, il n'avait donc pas vu le croc que le vamp avait savamment fait dépasser de sa bouche.

L'employé de Bibliothèque étant parti, Nashoba se retrouvait seul avec un interlocuteur imprévu. Il aurait sans doute fallu qu'il le remercie...

Son réflexe fut de porter sa main dans ses cheveux pour jouer avec une mèche et, ce faisant, de masquer son visage pour ne pas être reconnu. Le geste avait été incontrôlé. Loin des fameux remerciements qu'il savait devoir au jeune homme, loin de la discrétion recherchée, il aurait difficilement pu se donner l'air plus suspect.

Il se rattrapa tardivement en remettant sa main dans sa position initiale, puis en tournant son regard sombre sur son interlocuteur, ce dernier venant de s'adresser à lui. Encore une fois, il lui fut compliqué de comprendre l'intégralité de la phrase, mais il repéra l'essentiel.

"Je peux vous aider ?"

Il l'avait déjà aidé. C'était très aimable de sa part, d'ailleurs.

"Merci, pour l'aide."

Peu prompt aux contacts humains - surtout depuis son retour d'entre les morts - Nashoba s’apprêta à couper court à la discussion. Cependant, avant qu'il n'ait eu le temps d'éconduire poliment son vis-à-vis, une voix venue d'ailleurs pénétra ses oreilles et le força à relever la tête. N'importe qui ou presque aurait pu comprendre qu'il entendait des voix. Il faisait une tête de ce genre qui signifie "je suis en train de capter quelque chose d'invisible en direct".

¤Il peut t'aider. Accepte. Pour toi, c'est sans risque.¤

"Pour lui". Très bien... Il comprenait par là que son interlocuteur n'était pas forcément inoffensif. Si c'était "sans risque" pour lui cependant, l'information n'avait guère d'importance. Il aurait pu se retrouver face à un meurtrier qu'il n'en aurait rien eu à faire.

... Avait-il toujours été si indifférent ?

Son arrière-grand mère Aliénor n'aurait jamais pris la peine de le contacter si elle n'avait pas pensé qu'il pouvait réellement bénéficier d'un échange avec le nouveau venu. Ne pas suivre ses conseils aurait été mal avisé. Allant contre sa nature - ou en tous les cas contre ses peurs profondes - Nashoba coula un long regard sur les étagères de livres, remplies de volumes dont il ne comprenait pas la moitié des titres.

"Je cherche l'Histoire... directement après... La date..."

Il grimaça légèrement. Il n'avait pas encore bien appris à prononcer les nombres, et moins encore ceux qui étaient constitués de plus de deux chiffres.

"Dix-sept... quatre-vingt dix ?"

Il leva un regard qu'on pouvait qualifier de "modérément désespéré" sur les ouvrages qui s'étendaient à perte de vue à sa gauche, sa droite, en haut, en bas... L'Histoire s'était construite à son époque, mais elle avait depuis bien évolué. Tout ce système de classification lui était étranger... Les noms ne lui disaient absolument rien, même parmi ceux qui auraient pu correspondre à des périodes qui lui avaient été contemporaines, ou qui étaient déjà passées de son vivant. Il cherchait la mention de "XVIIIème siècle" mais force était de constater qu'elle ne figurait que sur peu de tranches.
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MessageSujet: Re: Chassez le naturel, il revient au galop   Chassez le naturel, il revient au galop Icon_minitimeVen 20 Mar - 12:59

L'attitude du zombi était passionnante. Jesse lui adressait la parole, et le premier réflexe de l'homme était de se cacher derrière ses cheveux. Avait-il a ce point honte de son apparence -ou de son appartenance à une espèce parfois décriée- ou était-il simplement extrêmement timide ? Il ne l'avait pas tant paru alors qu'il répondait au jeune bibliothécaire tout à l'heure... Au vu de la façon dont il prenait soin de son physique -ou plutôt, faisait en sorte qu'on ne remarque pas ce qu'il était au premier abord, le californien penchait pour la seconde de ses trois propositions internes.

Par curiosité intellectuelle plus que par altruisme véritable, le doctorant proposa de l'aide, qui fut remerciée. Enfin, peut-être. Il n'était pas capable de dire s'il s'agissait d'un remerciement en bonne et due forme pour avoir éloigné l'étudiant plus tôt, pour le remercier de lui proposer de l'aide à présent, ou pour lui dire très élégamment "Merci, mais non merci". Le seul constat évident était le suivant : la maîtrise que le zombi avait de la langue de Shakespeare était imparfaite.

Jesse s'apprêtait à reformuler de manière plus compréhensible, mais il se passa une chose étrange : le visage de son interlocuteur s'était tendu sans la moindre raison apparente, son regard paraissait dans le vide, et pourtant le vampire était persuadé qu'il "voyait" quelque chose. Ou quelqu'un.

Il n'y connaissait pas grand chose en zombis. S'étant spécialisé dans les vampires et les faës, bien qu'ayant une connaissance plus approfondie que la moyenne des normes sur les autres espèces Outres, vodouns et zombis n'étaient pas son domaine d'études. Cependant, il en savait assez pour ne s'étonner qu'à moitié de ce qu'il se passait actuellement. Il savait qu'il arrivait à certains zombis de recevoir la présence d'esprits de ce que les initiés nommaient "Outremonde". D'autres préféraient le terme Enfer, Paradis -beaucoup plus rarement-, ou encore Purgatoire. Il savait également que les vodouns étaient considérés comme les principaux interlocuteurs entre ce monde-ci et celui de "l'au-delà" (autre dénomination qu'il aurait pu ajouter à sa liste). De là, son interprétation était peut-être un peu tirée par les cheveux, mais était-il possible que cette homme fut vodoun dans une autre vie ?

Il n'avait aucun moyen scientifique d'appuyer sa théorie. Peut-être demanderait-il tout simplement au zombi, si l'occasion se présentait. Pour le moment, il préférait le laisser discuter avec quiconque était en train de lui faire la conversation (pitié, pas la mère de Cameron...elle était encore pire que son enfant) et attendre que l'instant passe. Tout en prenant mentalement des notes, comme toujours.

Quelques secondes plus tard, l'autre outre reprit la parole. Ce qu'il venait de se passer l'avait apparemment convaincu à effectivement demander de l'aide. Jesse eut un très léger sourire en coin : il se demandait bien ce que les morts -enfin, ceux qui l'étaient définitivement- pouvaient bien penser de lui...

Le doctorant hocha la tête. Histoire. Au moins était-on dans le bon rayon. Suivant les précisions du zombi, cela pourrait néanmoins ne pas vouloir dire grand chose... Quelque chose le faisait déjà tiquer, d'ailleurs. Son vis-à-vis semblait être à la recherche d'une période de l'histoire, "directement" après un moment particulier... C'était là une ben étrange formulation. Elle était bien évidemment imputable à ses problèmes de communication en anglais, mais il n'y avait pas que cela, Jesse en était convaincu.

De quelle époque pouvaient provenir les zombis, au juste ?

Le californien hocha à nouveau la tête. Ah, pas un événement, mais une date. C'était bien étrange d'ailleurs, quand on savait tout ce qui avait bousculé les Etats-Unis d'Amérique à la fin du dix-huitième siècle. Le pays s'était quasiment fondé entre la fin de ce siècle et le suivant, on parlait plus aisément de "Déclaration d'Indépendance", d'"Achat de la Louisiane" ou encore de "Révolution Française" que de l'année elle-même, et il était intriguant qu'il le mentionne ainsi. Plus amusé qu'il ne le montrait, Jesse commença à passer son doigt sur la reluire de différents livres, tout en s'adressant au zombi -et en faisant attention à rester intelligible et à user de phrases courtes, contrairement à son habitude.

"Mille sept cent quatre-vingt-dix... Hum... Histoire de la Nouvelle-Orléans, des Etats-Unis, ou du monde ?" En effet, l'information ne se trouvait pas forcément au même endroit suivant ce que l'homme désirait savoir.

L'Ombre s'interrompit dans sa recherche le temps de quelques précisions.

"Je m'appelle Jesse. Votre langue maternelle n'est pas l'anglais... Quelle est-elle ?"

La bibliothèque de la ville restait fournie, il y avait peut-être possibilité de trouver les informations qu'il cherchait dans une langue qu'il maîtrisait mieux que celle qu'il tentait de parler actuellement.
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MessageSujet: Re: Chassez le naturel, il revient au galop   Chassez le naturel, il revient au galop Icon_minitimeMer 25 Mar - 15:35

"... Mille sept cent quatre-vingt dix, oui." répéta t-il en hochant la tête, très visiblement libéré d'un poids. Il avait réussi à se faire comprendre et a priori sans trop de difficultés. C'était une amélioration notable par rapport à ce qu'il en était il n'y avait encore que quelques mois.

Il tourna bien vite les yeux sur le doigt que l'inconnu passait sur la tranche des livres. La question qu'il venait de poser était pertinente. Elle le plongea brièvement dans ses pensées. Nashoba n'était pas allé jusque là dans sa réflexion. S'il trouvait le moindre livre capable de lui expliquer ce qui était arrivé au monde après sa mort, il prenait...

"Tout."

Il était bien évidemment curieux d'apprendre ce qui était arrivé à ses plus proches contemporains... Nashoba avait connu de nombreuses personnalités importantes de la Nouvelle-Orléans de la seconde moitié XVIIème siècle. Il était presque assuré d'apprendre le destin d'un ou plusieurs proches, d'une ou plusieurs connaissances dans un ouvrage au sujet si spécifique.

Cela dit, il était tout aussi curieux d'apprendre comment ce pays balbutiant, dont il avait assisté de loin au développement, avait pu devenir le monstre qu'il était désormais. Comment, et quand la Louisiane avait-elle été phagocytée ? Il n'était pas certain de vouloir apprendre comment les cultures des premières nations avaient fini par se retrouver si minoritaires sur leurs propres terres - il en avait déjà une idée assez précise, car après tout ce phénomène était déjà largement en cours de son vivant. Mais c'était tout de même quelque chose qu'il lui fallait savoir.

Quant au reste du monde... Eh bien, il l'avait constaté : ses notions de géographie étaient désormais complètement dépassées. Il connaissait des pays qui n'existaient plus, ou plus dans les mêmes proportions. Certains sujets lui passaient complètement au dessus. Il ne comprenait régulièrement rien à ce qu'il lisait dans les journaux.

"Tout" lui paraissait donc être une réponse appropriée. Il avait besoin de tout reprendre à zéro.

"Je m'appelle Jesse. Votre langue maternelle n'est pas l'anglais... Quelle est-elle ?"

Cette réflexion n'était guère surprenante. Il s'était amélioré, mais il n'était pas fluide. Il le savait. Il savait aussi que son accent était un véritable massacre. Il se tourna pour faire face à Jesse, sur lequel il leva les yeux, l'air embarrassé.

Ce n'était pas facile de répondre à cette question. Aucune de ses langues maternelles n'existaient plus telles qu'il les avait apprises. Si par le plus grand des hasards ce Jesse savait parler français et qu'il se mettait à lui parler dans cette langue, rien ne disait que Nashoba allait comprendre ce qu'il lui racontait. L'inverse était aussi vrai. On parlait de "vieux français" maintenant, même si ça ne voulait rien dire, car à  quel "vieux français" faisait-on référence ? A son époque, il existait déjà des pratiques qui n'étaient plus usitées, datant des siècles qui avaient précédé sa naissance.

Ca ne le rajeunissait pas, en attendant. Il avait fermé les yeux pour la dernière fois alors qu'il n'avait qu'une trentaine d'année et il s'était brutalement réveillé pour en avoir dix fois plus. C'était atrocement perturbant.

Il temporisa en commençant par se présenter.

"Je suis Nashoba."

Pas de nom de famille. Le prénom qui lui était le plus naturel, et celui qui était aussi le moins connu. Il pouvait difficilement mieux faire pour préserver son anonymat. Cependant, la suite n'allait pas l'y aider.

"Je parle choctaw et français. Mais ce n'est pas le français... normal."

Il retint une grimace car il n'aimait pas du tout insinuer que sa pratique du français pouvait être "anormale". Il avait failli dire "Mais ce n'est pas le français d'aujourd'hui". Il lui avait fallu trouver une alternative au pied levé, mais ce qui était sorti lui déplaisait beaucoup.
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MessageSujet: Re: Chassez le naturel, il revient au galop   Chassez le naturel, il revient au galop Icon_minitime

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