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 Convalescence chromatique

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Winruna
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MessageSujet: Convalescence chromatique   Convalescence chromatique Icon_minitimeMer 8 Juin - 13:12

Fut un temps, Winruna aurait probablement été en mesure de choisir ses cibles. Néanmoins l'époque prodigieuse des chants était depuis longtemps révolue et il était déjà heureux qu'il fasse partie des rares lorialets encore capable d'émettre la réalité. De doux yeux très fautifs s'étaient donc fermés en même temps que l'agitation nocturne s'assoupissait, qu'elle eut des poils ou juste d'inconvenantes cordes vocales. Profitant de l'occasion, il avait enveloppé sa charge immaculée dans un pan de son large manteau. La brise agréable qui sifflait entre les branches ne l'atteindrait plus autant et peut-être cesserait-elle de croire que c'était ses os, qui étaient glacés.

Une lueur d'existence frétilla et attira son attention souriante. Il croisa ses yeux échevelés et leur accorda une généreuse dose de malice pétillante.

"Agonie, c'est bien toi ? Tu parais bien fragile.
Tu le nies, mais l'émoi n'est pas un vrai péril."

Yaseeja sous son chapeau large et mou, bien différent du haut de forme qu'il portait habituellement lorsqu'il se trouvait de ce côté de l'existence, cligna d'un œil amusé. Ses cils en bourrasque cherchaient à chasser la couche dramatique, morbide, qui semblait s'être greffée au sommet de la pile des certitudes dont sa cadette était affublée. Au dessus de sa tête une mouche volait qui n'en était pas une. Si on regardait de près, Mareti tirait la langue, décidée néanmoins à garder le silence. Winruna leva la tête et observa les pans de vide entre lesquels il comptait se faufiler.

"Tu te réveilles à temps car nous sommes arrivés.
Es-tu déjà venue ? Je ne t'ai pas croisée."

Lorsque Winruna posait une question il était généralement difficile de savoir si il en connaissait déjà la réponse ou non - surtout lorsqu'on connaissait l'existence des lorialets et qu'on savait exactement qui celui-ci était. Lorsqu'il faisait en sorte de parler aussi clairement, l'effet pouvait être d'autant plus étonnant. Distrait, il fit un dernier pas. Sans transition, le paysage s'éclaira. Le couvert sombre, menaçant des arbres laissa place à un horizon impressionnant. D'un côté, un fil incandescent posé contre la terre allumait un firmament dans des teintes impossibles : violet, rose, rouge orange. Des nuages liquides passaient au travers des couleurs. Chaque teinte qu'ils croisaient modifiait leur contenu. Ici une tâche jaune s'infiltrait... Ici un bleu brillant fusait. Les volutes s'écrasaient voluptueusement l'une contre l'autre et un vert sublime envahissait ces structures éthérées. Chaque choc chromatique modifiait leur forme visqueuse, paresseuse. On aurait voulu pouvoir se coucher dans ces bulles effervescentes. Ils étaient dans le crépuscule. De l'autre côté l'étendue infinie prenait des airs nocturnes. Elle se drapait de noir et de bleu d'encre jusqu'à ce qu'on ne vit plus rien d'autre. Perçant cette obscurité parfaite, l'éclipse indiquait l'emplacement du Carillon.

Le lorialet se tourna dans cette direction et entreprit de marcher le long de la plaine herbeuse qui les séparait de la flèche. Elle semblait désespérément loin mais dans le sidhe artificiel, comme dans le Sidh à une autre époque, les distances pouvaient être trompeuses. L'image grossirait tant et si bien qu'il y seraient bientôt. Une brise tiède et agréable se leva, accompagnée par une averse de pétales mélodieux. Frais comme une pluie printanière, ils glissaient sur la peau sans jamais la mouiller. Leur caresse chantait, cristalline, et Winruna laissa sa voix grossir à mesure que le temps l'inspirait.

Les anciens chants d'Ida ne paraissaient jamais plus à propos que lorsqu'on était entouré par ce paysage nostalgique. On reconnaissait les accents typiques, les angles que la chanson prenait. Celui là, Winruna ne l'avait pas composé. Il avait été créé bien après son départ et c'est avec ravissement qu'il l'avait appris de la bouche non moins ravissante de son I'kiilainen, lorsqu'il l'avait rencontrée. Il avait été heureux d'entendre un brin de modernité s'exprimer dans ses notes. Les siens n'avaient pas oublié sa contribution. Ils continuaient à innover malgré la tendance qu'avaient les faës, et les tribus lunatiques tout particulièrement, d'exister dans l'immobilité. Tons, demi-tons, soupirs et temps, puissance du souffle, syllabes précises, rythmes soignés. Il n'y avait pas de hasard, sauf lorsqu'il forgeait le Destin. Selajäa était encore haute, ainsi qu'en témoignait la teinte turquoise qui devenait de plus en plus présente autour de l'astre noir. Elle n'en rendrait que plus puissant l'effet de l'ode de guérison.
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MessageSujet: Re: Convalescence chromatique   Convalescence chromatique Icon_minitimeVen 10 Juin - 12:36

Madëlinörva, en effet bien fragilisée, elle revint à elle tout doucement, comme lorsqu’on sort d’un rêve. De ce fait, à son éveil lent, elle ne se rendit pas compte de la mélancolie qui enserrait son porteur. Pourtant, elle n’était pas sans se douter d’où ce Lorialet l’emmené. Elle lui en était même reconnaissante de prendre soin d’elle et de la ramener à des temps plus anciens, des temps où tout allé absolument bien. Mais elle pensait toujours le nouveau Sidh trop factice pour lui plaire, trop faible aussi, aussi faible qu’elle-même, à cet instant comme depuis son malheureux départ.
Il la réchauffait, et, étrangement, elle n’avait plus peur. Elle connaissait sa réputation, aurait préféré ne pas avoir à le rencontrer – dangereux qu’il était- mais elle s’estimait contente. Elle avait surtout eut peur pour son nouvel ami Cooper. Mais elle, il fallait bien qu’elle affronte, elle s’était emmêlée dans quelque chose…. De compliqué et de très bête. Mais elle revenait aux Lorialets, à ceux qu’elle comprenait.
Car oui, si on y réfléchit bien, toute cette soirée n’a été qu’enchaînements. Enchaînements venant du rejet que le mode des Normes avait d’elle, elle qui faisait tant d’efforts pour s’insérer…
Sa boutique ? Elle ne pourra sans doute pas la rouvrir demain, au petit matin, les fleurs faneront peut-être, perdrons leurs couleurs, et ça, cela l’attristait.

Les yeux de Winruna, eux, n’avait plus rien de mélancolique. Même le clin d’œil encourageant lui arracha un sourire. Elle se sentait parmi les siens, autant qu’elle était consciente du danger que les Feux-Follets représentaient. Elle pensait être entourée de gens bienveillant, pendant un instant. Malgré le conseil avisé de Winruna, elle était toujours transportée par ses émotions, ses sentiments, changeants et doux, c’était sa nature. Et là son être était rempli de reconnaissance et de tranquillité.

Elle n’eut pas le temps de répondre aux questions qu’elle fut éblouie. Au nom de la Lune, c’était comme avant… Dans ses rêves les plus fous elle n’aurait jamais cru qu’ils parviennent, si affaiblis qu’ils étaient, à recréer un monde tel.
« Non, en effet, je n’étais jamais venue…. »
Elle aurait bien expliqué pourquoi, parlé pendant des heures de sa volonté de s’acclimater aux humains, au nouveau monde, s’en excuser. C’était dans ce monde aux peintures incoercibles qu’elle souhaitait vivre. Elle voulait se couler dans les lumières, les dorures et les tâches. La volonté de se noyer, jusqu’à l’aveuglement, comme si elle avait trop regardé le soleil mais que mille éclats d’étincelles et de couleurs s’infiltrait en ses yeux.
Elle crue s’envoler, le soulagement de ce monde meilleur la rendait légère.

Winruna marchait droit au Carillon, Madëlinörva était encore toute éblouie, elle regagnait des couleurs par l’euphorie qu’elle ressentait, qui n’avait pour effet que d’accélérer les battements de son cœur et la réchauffer encore. Elle aurait voulu marcher, suivre la flèche, se ruer vers ce Carillon, ce bâtiment si cher à son cœur, si doux à son souvenir, si important, emblème et construction dans sa vie. Si longue… Si longue… Elle n’aurait jamais pensé voir ça, et voilà qu’elle ne pouvait s’y précipiter, voilà qu’elle était en état fâcheux, mais, plus tellement…
Si elle avait pensé que ses couleurs revenaient, avec quelques-unes de ses forces, elle se sentait mieux, bien. Son cœur n’était plus en proie à l’angoisse, ses muscles étaient étrangement délacés, elle sentait de la vigueur en elle. Elle qui, toujours, était si mélancolique et si lasse…
Winruna de sa voix qui enfle, enfle, embrasse l’espace et l’occupe. L’ôde semblait s’enroulait dans l’air tournoyer, amplifié, il semblait vivant. Et l’impression de fourmillement qu’avait Madëlinörva au bout des doigts avaient totalement disparu.

Ses joues rosirent de bonheur, elle était bien, elle aurait cru ne jamais revoir ce genre de chant, cette cérémonie si belle, tant que, comme une bourrasque, des souvenirs l’assaillaient. Elle revivait, derrière ses yeux grands ouverts et émerveillés, un temps révolu dont elle n’aurait jamais imaginé pouvoir retrouvé la mimétique. Elle était heureuse à cet instant. Et elle rêvait les yeux grands ouverts, le bleu turquoise la pénétrant et colorant ce moment, colorant sa vie qui était si morne depuis… Depuis ce que les humains appellent l’éternité.

Elle priait pour que ça ne soit pas un rêve, elle se moquait de s’être faite lacérée par un loup, effrayée par une ourse, si c’était pour arriver là.
Elle leva un regard plein d’amour reconnaissant vers Winruna, elle en oubliait presque ses manies, sa dangerosité, elle ignorait à cet instant sa folie, tout, il avait sauvé un des siens, mais il l’avait sauvé elle, surtout.
« J’ai l’air bien bête…. » Commença-t-elle dans un sourire pâle de timidité mais en essayant de trouver son regard pour pouvoir plonger ses yeux dans les siens.
« … On dirait que je n’ai jamais rien vu de tel… Mais, réellement, je n’aurais jamais pensé pouvoir voir cela un jour à nouveau. Je n’étais pas venue… Je ne pensais pas que… Nous avions réellement réussi à condenser tant de pouvoir. » Bredouilla-t-elle.
Et pourtant, devant son étonnement et son admiration, elle était profondément consciente que ce n’était rien à côté de ce qu’elle avait connu. Elle aurait voulu que ce fut comme avant, mais ce n’était pas le cas, l’affaiblissement était là, marqué, suintant par tous les ports. Mais, comme Madel, si on voulait, on pouvait l’oublier, un instant, un instant d’éblouissement où on se refuse à la nostalgie. Et où on ne connait enfin rien d’autre que le bonheur, rien de plus que cet ancien bonheur.
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MessageSujet: Re: Convalescence chromatique   Convalescence chromatique Icon_minitimeLun 11 Juil - 18:25

Le bourgeon éclorait ! Quelle beauté. Quel bonheur ! Car entre lorialets, c'était triste, la peur. A quelques instants près il l'aurait justifiée mais était bien heureux que son monde sensoriel ait amené ses pas sur ce chemin fleuri. Le blanc ne trouvait aucun plaisir à diminuer les rangs déjà bien éclaircis de ses compagnons faës. Alors, sa main était aussi prompte à nourrir qu'à tuer, parfois les mêmes personnes, à quelques instant près.

L'asymétrie malicieuse se plissa, généreuse, chaleureuse, onde bienfaitrice. L'herbe était douce et l'océan clément, tous deux proches et lointains, intimidants. Témoins d'un passé vertigineux comme d'un futur très flou, ils parvenaient quand même à goûter le présent.

Les billes se dressèrent vivement en direction de ce qui fascinait la blessée. Des couleurs vives, de la magie. Une réalité impossible et trop longtemps perdue, laborieusement imitée et, dans cet endroit particulier, étonnamment bluffante. Le bonheur de la voir rassurée et heureuse fut traversé par un trait gris d'inquiétude. Affolés par le sentiment sourd, les pétales les évitèrent quelques secondes, puis très vite il l'enfouit, et très vite il chanta.

Dans ses bras, les tensions disparaissaient unes à unes. Ce n'était plus un bourgeon mais une plante encore frêle, optimiste, frissonnante. Elle tendait tout son être vers cet espoir coloré et bruyant qui les entouraient de partout. Elle y trouvait nourriture et chaleur. Bientôt, elle serait plus solide.

La flèche était là, devant eux, et l'enfant l'observait. Il laissa le chant doucement mourir tandis qu'elle s'exprimait afin que sans chocs ni brutales transition, il soit en mesure de lui offrir des réactions.

"Éminent résultat. Étonnant, n'est ce pas ?
Grise mine et exploit sont parfois synonymes !"

Il leva la tête afin de mieux voir les bords de la porte. Quelques pas plus tard, il montait les escaliers escarpés de la Flèche, si étroits qu'ils donnaient le tournis même en allant doucement. L'effort lui valut un gloussement. Mareti suivit dans un rire strident, étouffé par sa taille minuscule.

"Tourne, tourne, tourne, tourne pissenlit, ta tête grise ! Grisée ! Grisant. Grison ? Je préfère le loup séché !"

Winruna n'aurait probablement pas dit mieux si il n'avait pas été si occupé à soigner et porter. Malgré la folie qui voulait faire dodeliner sa tête de droite à gauche dans un tintement de clochettes en grappe, il attrapa la discussion au vol :

"Allégeant ce fardeau vient l'espoir anonyme.
Pense à les garder hauts. Je parle de tes bras."

"Pas maintenant ! Tu vas te taper sur les murs. Et ne regarde pas en bras... ! Je veux dire en bas !"

Il émergèrent enfin d'une fenêtre très haute. A son pied, la rampe se mit à se mouvoir. Elle claqua bruyamment dans l'air avant de s'étendre, de se dérouler paresseusement en direction de Nelurin. La lune habitée en dépit des traditions, et de ce qui était dans l'ancien Carillon. Chaque fois qu'il avait cessé de parler, Winruna avait recommencé à chanter. C'était doux, presque inaudible, mais omniprésent. Puis subitement, son visage aliéné se départit de tout accent loufoque. Ne restait plus que l'ancien, protecteur insaisissable. Pour la première fois depuis qu'il était arrivé, il décida d'abandonner les rimes. Il s'exprima en lorialet. Il était rare qu'il choisisse cette langue pour parler à quiconque d'autre qu'à Andele, mais c'était quelque chose qui pouvait lui arriver occasionnellement, lorsque la nécessité se faisait sentir, lorsque la nostalgie le menaçait, ou lorsqu'il appréciait spécialement l'échange qui avait lieu.

"Ce sidhe reste fragile et Selaajaa l'épuise, mais nous ne sommes pas encore totalement dépourvus de moyens. La pente est mauvaise et nos pertes insupportables, mais nous ne sommes plus aussi démunis que lorsque tout s'est effondré. Des idées sont nées. Certaines, déjà réalisées. D'autres envisagées. Tout sera fait pour retrouver l'Ancien Monde, je peux t'en assurer. Déjà, laissons cet ersatz panser tes plaies. Et parlons, mais plus tard, de tes bêtises manquées."

Un rictus fugace plus tard, mi-tendre mi-inquiétant, il s'élança le long de la rampe. Nelurin était devant eux, et à travers ses parois lisses, Andele pouvait probablement déjà les voir.
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MessageSujet: Re: Convalescence chromatique   Convalescence chromatique Icon_minitimeJeu 11 Aoû - 9:40

Son bras blessé était parcouru de frisson tandis que Winruna la maintenait encore entre ses bras. Il chantait et les couleurs explosaient. Les couleurs étaient vivantes, c’étaient des fleurs qui bourgeonnaient, écloraient en quelques secondes, mais qui jamais ne fanaient. Madëlinörva vivait dans un enchantement certain, mais si lointain de la vie qu’elle avait décidé de vivre auprès des Normes. Cependant, elle ne se rendait pas encore tout à fait compte de l’impact de cette visite sur elle. Pour l’instant, le sang en son bras palpitait, comme un gros serpent rouge se faisant passage de force en ses veines, brûlant la chaire si vive, il fourmillait. Elle souffrait à peine puisqu’elle était là, contrairement à la douleur qu’une régénération pareille pourrait provoquer avec d’autres magies… Mais elle ne s’en rendit pas plus compte que ça. Pas plus qu’elle se doutait, à cet instant, qu’elle ne retrouverait pas l’utilisation de son bras.
Non, elle ne se doutait de rien, n’imaginait rien, ne pensait à rien. Elle se délectait simplement de cette lumière bienfaitrice, elle se laissait posséder par la magie.

Winruna répondit à sa remarque, finalement, à cet instant et en ce lieu, elle ne le trouvait plus du tout dangereux. Il appartenait au Carillon, il vivait avec lui, il évoluait avec lui : cela était bien sa maison. Et ainsi en ce lieu, assorti à celui-ci comme un pan de tapisserie, il ne dénotait plus tellement, soignant ainsi Madël comme un sage infirmier. C’était le SAMU du cœur de Madël, il n’était pas fou, il l’aidait à l’ancienne. Il était son Acéso personnelle, cette fille de Dieux, Déesse elle-même qui soignait par les forces des atmosphères…
Elle réfléchissait à la réponse du Lorialet d’ailleurs. Oui, ce qu’est advenu le Carillon est incroyablement réussi. Même si cela n’a rien à voir avec ce qu’elle a connu : en effet, c’est un exploit…
Mais soudain, un rire tonitruant, mais léger, la coupe de ses pensées. Puisqu'émerveillée et une santé relative retrouvée, elle est capable d’être plus alerte à ce qu’il entoure.
Elle ne comprit décidément pas bien ce que trouvait drôle la petite chose, ni même ce qu’elle disait exactement. Perplexe, elle se rendit compte que le Pixie accompagnait son sauveur depuis un moment maintenant. Depuis les limbes de son flou, de ses comas à répétition, comme des vapeurs d’alcool un lendemain de soirée, elle réalisa qu’il avait toujours était là.
Alors qu’elle fournissait tous les efforts pour se souvenir exactement de cette apparition : il avait frappé le joli Norme ! Winruna montait les escaliers au long de la flèche, on aurait dit qu’il allait atteindre l’olympe, il n’y manquait que des ailes. Cependant, cela ne rata pas : Madël gagna le tournis. Elle pensa que fermer les yeux serait une bonne solution pour oublier ce mal des transports. Mais non, décidément, il lui tardait que cette ascension finisse, alors qu’elle faisait exactement ce qu'on lui conseillait, ce qu’elle pouvait dans une mimétique de pantin ridicule. Relever les bras. Non, les rebaisser. Regarder ses bras. Non, pas en bas. Et fermer les yeux encore…

Ouf, on arrivait. Tout était doux et baignait d’une douce magie. Oui, de la douceur, partout, douceur frémissante dans tout l’être de Madël. Elle souffrait moins. Le chant lancinant soignant même les vertiges de la montée dans un ascenseur de bras. Elle soupira d’aise un instant, regardant autant qu’elle le pouvait autour d’elle, elle avait un sourire timide d’enfant. Reconnaissante. Elle se délectait de la douceur de l’atmosphère, de celle du chant, elle était si bien, e…
Il s’adressa à elle en Lorialet. Elle le dévisagea, bouche-bée, les bras ballants.
Elle explosa en sanglots.
Sans plus de cérémonies, et sans raison, à ces mots, à cette langue chantante, en ce dialecte qui en construit tant d’autres –du moins, c’est ce dont elle est persuadée- elle fondit en pleurs.

Des pleurs bruyants d’enfants, de demoiselle en détresse, de cœur brisé…

… Le cœur brisé.

DES SIÈCLES. Des siècles que Madël était sur cette fichue terre. Des SIÈCLES qu’elle recherche et abandonne ses amours, les seules marques de bonheurs qu’elle a croisé ici-bas. Des SIÈCLES qu’elle veut devenir proche des Normes, ces mêmes cons, qui la prennent pour un fantôme ou qui ne la voit simplement PAS. Des SIÈCLES qu’elle est pourchassée, par des Loups, des Sorciers, de toutes ces merdes qui ne valent rien. Des SIÈCLES qu’elle fait tout pour oublier la grandeur qu’elle eut connu. Des SIÈCLES qu’elle se renie toujours un peu plus, et un peu plus ce qui l’entoure pour réussir à s’intégrer, et pourquoi ? Pour rien ! Vois où elle en est la dernière fois  qu’elle a essayé de s’intégrer au milieu de ces fous, Tavernes devenus à la mode, devenues Lounge, où les gens se parlent, où les gens boivent, accrochez à leurs téléphones portables : vois où elle en est : ÉVENTRÉES. Des SIÈCLES qui n’ont servi à rien, qu’à se dégoûter d’elle-même et des autres. Elle s’est fourvoyée Madël, faut pas s’intégrer non, ça sert à rien par ici.

Elle pleurait de rage en fait, elle pleurait de haine, Madël…

Des SIÈCLES qu’elle n’avait pas entendu parler Lorialet : pas depuis le funeste Mois des Tempêtes.

Ses pleures s’achevèrent subitement, déterminée et bercée par les paroles du Feu-follet : tout irait mieux. Tout irait mieux, quoi qu’ils décident à son sujet. Tout irait mieux.
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MessageSujet: Re: Convalescence chromatique   Convalescence chromatique Icon_minitimeDim 11 Sep - 23:44

Avec l'Eveil et la Surprise venait la Soif de Connaissances et l'Apprentissage. Dans sa bulle de verre, jour après jour, avec cette curiosité qui avait traversé les siècles, Andele questionnait, écoutait, récitait, apprenait. Assignée à résidence le temps de maîtriser l'essentiel du monde moderne, la jeune lorialet recevait chaque jour la visite d'un ou plusieurs membres de sa famille pour des leçons diverses et variées, suscitant toujours son intérêt. Les premières, bien entendu, avaient concerné l'anglais actuel, dont elle dominait à présent le rythme et l'intonation, sans pour autant comprendre toutes les implications : certains concepts lui étaient encore trop étrangers pour qu'elle soit capable de les mettre en mots, bien qu'il arrivait régulièrement à Winruna de demander au Carillon une image de fumée pour illustrer ses propos.

Lors de cette visite, cependant, Nelurin s'était transformé en habile écran de "cinéma" (un concept qu'elle avait visualisé pour la première fois) tandis que, sur les murs translucides s'étaient affichés bateaux aux mâts immenses et îles utopiques, terres à perte de vue et splendide Amérique. Avec l'océan d'argent sous leurs pieds et en fond, pouvait-on rêver meilleure présentation ? n faisait la connaissance de Christophe Colomb, l'idiot, et d'Hernán Cortés l'avide, on s'émerveillait des peuples Incas et des pyramides Mayas...

On n'eut point le temps d'énoncer les Aztèques. C'était pourtant prévu ! Mais parfois l'imprévu se prévoit à quelques minutes près, et tout plan préparé en devient chamboulé. Plus de Mareti virevoltant autour des voiles, en perçant certaines lors de tempêtes, faisant chavirer les Empires. Plus de voix chantonnant dans un assemblages de langues connues et en voie d'acquisition, inconnues aussi parfois dans un souci de reproduction, pour raconter des histoires depuis longtemps perdues ou déformées à l'usage des grands gagnants supposés... Tout s'était arrêté lorsque les faës présents dans la salle avaient reconnu les signes d'une vision chez leur aîné. Il se donnait pourtant bien du mal à tout cacher, l'âgé lorialet, mais c'était bien peu compliqué pour la pixie de savoir ce qu'il se passait. Quant à la cadette, elle en avait connu des Compositeurs, entrevu des Prophètes, bien assez pour comprendre les sensations qui l'assaillaient. Le cours d'histoire prit fin, pour un temps inconnu.

Winruna s'était éclipsé, Mareti au chapeau, promettant de revenir rapidement. Sans inquiétude, Andele les avait regardés s'éloigner, disparaître dans la Flèche pour réapparaître bien plus bas, si bas qu'elle les apercevait à peine. Que leur monde était grand ! Il faisait plaisir à voir, même si on lui avait garanti que celui qui s'étendait de l'autre côté était plus vaste encore, sans totalement l'être, car le sidhe restait insoumis malgré son côté artificiel quand la Terre était, elle, soumise à la bêtise humaine.

Lorsqu'il n'y eut plus trace de son A'kiilainen ou de la pixie dans son sillage, Andele entreprit de voguer sur ses propres nuages. Elle ne s'inquiétait pas car, bien qu'il s'agisse vraisemblablement d'un souci urgent, ni Winruna ni Mareti n'avaient évoqué de remplaçant. Ils comptaient donc revenir rapidement, d'une mission dont le danger ne devait pas être grand. Ou alors, ils avaient simplement évité de mentionner le changement, auquel cas elle verrait certainement Monomen arriver en courant. Elle s'inquièterait à ce moment-là, pas avant, car depuis son Eveil, les quelques situations de stress ou d'angoisse qu'elle avaient pu éprouver ne s'étaient pas très bien passés... Mieux valait donc s'occuper.


"Mareti, en bateau, qui danse et qui tan-gue,
Mareti, au bord de l'eau, fait fuir les oiseaux..."


Chantonnant gaiement sur un air de comptine enfantine, Andele profitait de cette pause dans ses études pour nourrir les plantes. Chacune d'entre elles, ramenée de mondes qui lui étaient inconnus -ou qu'elle n'avait pas vu de ses yeux- étaient prétextes à une nouvelle histoire, l'occasion de conter celle que les humains nommaient la "Grande" histoire, en passant par de petites. S'ils savaient à quel point leur Histoire était maigre, comparée à la leur ! Et pourtant, qu'est-ce qu'ils vivaient comme aventures ! Ah, comme elle avait bien fait de partir à la recherche de son frère...

Au-dessus d'un plant carnivore, la main pâle se figea. Oh, ce n'étaient pas de si malheureuses pensées, mais entonnées lorsque seule dans son monde de verre, elles possédaient une nostalgie qui n'était pas loin d'être nocive. Secouant la tête, ses cheveux à nouveau ornés de fleurs -oeuvre de Mareti- virevoltant autour d'elle, elle fit appel à la bonté de Selajaä pour lui changer les idées. Aussitôt, une nuée de papillons se mirent à lui tourner autour, et elle rit, courant pour les éviter, dansant avec eux et tournant, tournant, tournant... à en tomber sur le hamac bien souvent occupé par l'un de ses frères.

Soupirant d'aise -et peut-être d'un peu de fatigue, ses muscles ne s'étant encore pas totalement remis malgré l'entraînement imposé par Sagrara- Andele observait le monde à sa portée. Elle aimerait pouvoir sortir, elle aussi, explorer, regarder de ses yeux, toucher de ses mains, sentir par elle-même tout ce qu'on lui contait. Mais le temps n'était pas venu, disait son frère, et malgré son impatience, Andele écoutait. Boudait peut-être un peu aussi, s'octroyant les plaisanteries de la pixie et du brownie, mais jamais elle ne désobéissait. Elle ne savait que trop bien que Winruna était simplement inquiet. Il n'était d'ailleurs pas le seul, mais elle voulait justement leur montrer qu'elle pouvait ! Elle y arriverait, elle en était convaincue. Il fallait simplement attendre encore un peu.

Du temps était passé. Combien ? Peu importe ! Juste assez pour que, dans la Flèche, une porte s'ouvre, une ramure s'étende, et qu'elle cherche à atteindre la paroi de verre de Nelurin. D'un bond, la lorialet était debout, sourire jusqu'aux oreilles. Les voilà qui revenaient ! La leçon allait pouvoir reprendre ! Elle avait hâte de faire la connaissance des nouveaux personnages qui allaient jalonner leur parcours dans le Temps !

Sautillante, elle s'était placée devant l'entrée, prête à les accueillir au bout du chemin. Tiens, mais qu'était-ce donc que ce que son aîné portait dans ses bras fins ? On aurait dit... mais oui, c'était quelqu'un ! De guillerette, Andele vira inquiète. Pour qu'ils amènent ici un faë inconnu, c'est que leur mission avait été plus délicate que prévu ! Qu'il était pâle, son fardeau... pâle, comme un malade. Comme l'un d'entre eux, vraiment ? Une autre lunatique qu'ils ne connaissaient pas ? Pour elle c'était possible, vu son Sommeil bien long. Se pourrait-il alors que l'inconnue ne le soit pas tant pour ses deux compagnons ? Elle semblait mal en point, malgré les bons soins qu'on lui avait proscrits. Ils arrivaient bientôt, elle en saurait bien plus !


"Vite, vite, ouvre-toi !"

Andele pressa son nid. Quelle mauvaise idée la prit. Car les sons les plus discordants lui parvinrent aux oreilles, alors qu'elle entendait clairement l'inconnue pleurer, crier, clairement désespérée. L'impatience de l’Éveillée s'en trouva amoindrie, alors que son visage avenant devenait gris. Elle recula de quelques pas, une main à l'oreille, l'autre sur le cœur. Cette détresse... elle pouvait la sentir bien plus que l'être commun. Elle lui en rappelait une autre, des siècles auparavant. Des siècles qui n'étaient encore que des jours pour elle, qui s'était Endormie. Qui avait vécu si longtemps la peine et le chagrin et qui...

"Non, non, non, non, non !"

Secouant la tête, Andele tournoya. Pas encore. Pas cette fois. Les papillons s'approchèrent... et puis tout s'arrêta. Aussi soudainement que cela avait commencé, la belle inconnue avait cessé de pleurer. Son cœur était plus calme, prêt à être pansé. Celui d'Andele en voyait sa joie raviver. Tête sur le côté, elle observa le trio. Doucement, ses mains descendirent le long de sa robe claire, tout ersatz de crise calmé. Seule la pointe d'angoisse dans les yeux gris généralement si enfantins restait témoin de ce qui avait été évité. Ça, et le doux chantonnement qui passait les lèvres de la lorialet d'Ida : un Chant des Lamentations léger, à peine audible, mais qui permettait de retrouver la sérénité.

Sans cesser de chanter, Andele se détourna de l'ouverture de Nelurin, laissant ses invités passer. D'un geste tendre, presque maternel, elle déplaça le drap végétal qui couvrait le lit, ayant bien saisi que l'inconnue blessée ne l'était pas qu'à l'âme. Ça, elle pouvait s'en occuper aussi. Cela avait longtemps été sa spécialité. Quand enfin ils s'approchèrent, le regard gris avait retrouvé son innocence et la chansonnette s'estompa, au profit d'un salut amical.


"Enmälod,.,.,.,.,.,.,.,.,.,.,.,. Sem,.yako tëpilum'lod"

Ou littéralement "Bonjour lorialet jamais rencontré auparavant, ton teint m'inquiète". On avait fait mieux comme première impression, mais les instincts de guérisseuse de la membre des Feux Follet avaient la vie dure.

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MessageSujet: Re: Convalescence chromatique   Convalescence chromatique Icon_minitimeSam 22 Oct - 10:10

De toutes les surprises qu'on lui réservait, rendues rares par ses yeux qui voyaient leur silhouette bien avant qu'elles soient là, la plupart du temps, certaines étaient plus dures que d'autres à apprécier. Fut un temps, il n'aurait jamais perdu son sourire. Mais le Sidh effondré l'avait blessé aussi. Si ancien, si puissant qu'il fût, sans que personne ne sut exactement combien, il restait lorialet, et restait vulnérable.

Ainsi, les sanglots imprévus lui serrèrent les entrailles. Des pics de glace terribles percèrent sa vision. Son crâne, une explosion. La douleur et l"image en noir et blanc, pleine de mort et d'horreur, et de souffrance, et de torture, emplit son crâne comme un vase éclaté. Il chancela, gracieux malgré tout, cachant tant bien que mal qu'il manquait de tomber. Carillon catastrophé. Des rampes bougeaient comme des tentacules en dessous de lui. Des murmures inquiets lui parvenaient, tandis que les bras minéraux s'élançaient pour rattraper sa chute possible.

Étaient-ce vraiment des murmures ? Étaient-ce des lamentations ? Qu'étaient ces voix stridentes, cet écho, qui le rendait aveugle au monde et gonflait dans son crâne son vouloir s'arrêter ? Sa tête distordue se leva et au centre des volutes visqueuses, vaseuses, clapotantes, un visage et de longs cheveux lumineux répondirent à son arrivée. Ses yeux écarquillés s'ouvrirent encore un peu. Il leva une main, pour lui dire d'arrêter, mais c'était trop tard. Nelurin était ouverte, et le son des sanglots lui parviendrait aussi. Il la vit tourner sur elle-même et craignit immédiatement la suite.

Ce fut son inquiétude qui dut l'amener, bien involontairement, à projeter son esprit.

"Non non non ! La tempête va l'emporter, arrêtez, mais arrêtez ! Quelle idée, de crier ? Bande de lorialets !"

L'ancien masquait souvent tout ce qui l'assaillait. Pourtant, c'était dur en cet instant où il avait laissé sa santé mentale dans la Flèche et ne s'était pas préparé à ce qu'on lui retire le reste par ces hurlements. Car c'en était devenu et ils étaient physiques. Il voyait leur forme fantomatique s'ouvrir autour de lui. Un bout de sa vision se rognait, partait aux quatre vents pour ne laisser qu'un voile gris. Ce monde gris dont Andele lui avait parlé. Non.. Non non non. Il ne fallait pas y retourner. Il goûta la peur terrible, de mourir à nouveau, ou pire, d'agoniser. Sans arrêt, sans pause, sans  rien d'autre que le gris et que les cris, et que la douleur, et que la tristesse de voir les leurs mourir, uns à uns. Tomber comme des mouches. Pourquoi fallait-il qu'il ait une vision au même moment ? Ses lèvres bougèrent seules alors qu'il avançait, courbé, mais déterminé à entrer dans la Lune sans se laisser abattre, ni montrer son mal-être. L'enfant dans ses bras l'eut mérité, peut-être, mais Andele n'avait pas à subir cette rafale.

"Vient le temps des murmures, mais il n'est pas ici...
Soigne, panse, profite. La tempête s'agite.
Et elle te secouera, violente intempérie.
Et tu t'en sortiras, éternel insolite."

Il avait parlé si bas qu'on ne l'aurait entendu qu'en portant une grande attention à ses propos. S'avançant sans penser il déposa son délicat paquet dans les draps défaits par sa sœur si sincère, prévoyante, caressante... Oh, quel chant agréable. Entre ses lèvres sèches, on l'entendit passer, comme il accompagnait la ballade d'Andele. Cette prière de lamentations apaisantes tassait les fantômes noirâtres qui l'aveuglaient. Il passa une main sur son front, retira son grand chapeau et secoua sa crinière humide de douleur avec un sourire malicieux qui cachait la faille intérieure.

"Mareti."

Mais un vers manqué ? Transgression suspecte. La pixie s'approcha de sa joue qu'elle caressa de sa minuscule main. Sans un mot elle sortit de Nelurin et prit la direction du sommet de la Flèche où elle allait passer un message silencieux. L'esprit bourdonnant, l'Ancien hésita. A qui adresser sa loufoque langue libérée par des nerfs en fanfare qui frissonnant, fumants, voulaient dire "Banane !" "Boutique !", "Breloque !" sans raison.

"Petite sœur, dis moi... Retiens-tu tes leçons ?
Interrogation ! Chante avec moi, récite,
Soigne et panse, et donne, de ton plus puissant ton,
Ces brillants mots en b bourrés dans ta barrique..."

"Marmite ! Ah... Leeka... C'est toi qui aurait dû le dire, où es-tu passée ?"

Le vieux sage un peu fou riait dans sa barbe sans interruption, couvant un courant électrique parfaitement inquiétant. Il prit le bras blessé de leur invitée dans sa main délicate et d'un œil expert, en inspecta la plaie.
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MessageSujet: Re: Convalescence chromatique   Convalescence chromatique Icon_minitimeVen 4 Nov - 12:43

Et peut-être bien que les instincts d’Andele furent d’une grande importance. C’est comme si Madëlinörva eut la poitrine qui s’ouvrait. Comme en deux, les côtes poussées de chaque côté : comme la respiration la plus profonde qu’elle n’ait jamais eu, mieux encore qu’une sortie de l’eau. Ses yeux étaient furieusement incandescents, immolation due à la brûlure des pleurs. Elle était sonnée, sonnée par les mots qu’elle eut criés. Mais elle respirait, comme si l’air était dense, habité des mots, comme les l’air avait subitement des capacités médicinales.
Ils étaient parvenus à l’enchanter.
Comme tout ce qui l’entourait.
Elle se sentait transportée et bercée, ce qui lui plaisait elle se croyait bébé Lorialet. Rassurée au milieu des anciens, doucement protégée.
Le lit fut moelleux, doux, mais la ramena encore un peu à la réalité. Ses cris bourdonnaient encore à ses oreilles, mais elle revenait, sortait de cet état de latence. Bien que tout fût doux, merveilleux. Elle était habitée, pénétrée de magie. C’était comme un vieux souvenir, soudain tangible, soudain… Il n’était plus souvenir, ce n’était pas sa mémoire qui lui jetait des tours, projetant tout cela, c’était la réalité. La magie avait pris vie, elle était solide et passait en elle.

Madëlinörva ne pouvait imaginer un réveil aussi récent pour Andele qui était habitée toute entière de magie médicinale et de tout son instinct de guérisseuse.

« Non, en effet, nous ne nous sommes jamais rencontré. » Répondit Madël (en lorialet) en braquant des yeux lucides sur le beau visage serein de la Lorialet aux si grands pouvoirs de guérison.
Mais la découvrant ainsi elle sut très bien qui elle était : une illustre membre des Feux-Follets. Elle était entourée, mais jamais elle n’aurait pensé que ce soit une si bonne chose. Bien que Madël la regarda pleine d’angoisse : avait-elle l’air si mal en point ? Un Lorialet pâle, plus encore ? Pourtant, elle se sentait peu à peu pénétrer par tout le lieu, toute la magie entière. Comme si son mal absorbait…
Winruna avec tendresse la sortie de sa contemplation d’Andèle. Mais la tendresse de Winruna la fit frémir, il était connu pour sa folie, non pour son héroïsme, pour sa violence, dont elle fut pourtant témoin, et c’est justement se souvenir qui lui hérissa les poils. « Petite sœur » c’était doux, ça sonnait chantant, rassurant à son oreille. Mais qu’était-ce étrange ! Inquiétant même cette tendresse, alors même qu’il l’enjoignait à les aider.
Oui, elle était revenue de loin : elle ne vacillait plus entre le coma et la conscience. Elle pouvait parler : ses hurlements l’avaient prouvé. Elle allait mieux, tous trois ensembles, ici, elle irait bien mieux. La puissance des anciens, qui était comme une impressionnante vague, malgré les pertes, malgré un réveil récent. Madël aurait aimé la rencontrer dans d’autres circonstances, surement, elle aurait aimé l’aider à son tour, la guidé à travers ce nouveau monde hostile et impitoyable : mais elle ne le savait pas, elle n’avait aucune idée que tant de puissance avait pu être morte si récemment.

Madëlinörva se mit alors à chanter… Et sa voix… Sa voix… Elle ne s’y attendait pas même. Une voix vibrante et forte, des mots parfaitement formés, comme si elle avait pratiqué cette langue journellement depuis des siècles. Elle se serait cru rouillée, mais elle ne pensait à rien : elle était transcendée. A travers elle passait les sons, qui se modulaient, explosés de formes et de couleurs tout autour d’eux. Les sons s’animaient, vivaient, vibraient à l’image de sa voix. Aux inflexions qui n’avait plus rien d’humaines. Et elle se sentie enfin de nouveau à sa place, malgré la douleur qui s’atténuait, malgré tout, malgré le fait qu’elle fut ici et pourquoi, elle se sentait mieux.
« Je suis rentrée à la maison. » Dit-elle.
Et, quelque part, elle ne voulait plus jamais en partir.

Elle laissa Winruna regarder la blessure de plus près, s’étalant sur le lit de manière à ce qu’il puisse bien voir. Elle respirait toujours grandement, mais plus d’irrégularité, elle était comme calmée, elle revivait. Totalement désormais. Et elle voulait s’excuser, s’excuser profondément de toute cette panade. Elle souhaiter s’excuser, plus bas que terre, mais elle était bien pourtant, pourtant très à son aise ici. La maison, comme une appartenance, mais pas comme une excuse. Mais enfin, elle n’était plus seule, elle ne ferait plus rien qui pourrait contrarier qui que ce soit d’autre.
Les Feux-Follets ressemblaient plus à une famille qu’à de dangereux monstres.
Elle pensa soudain avec horreur que les termes de maisons et de famille étaient normes, et, de toute façon, ils ne représentaient pas exactement ses sentiments profonds. Mais elle avait retrouvé l’ersatz de tribu si cher à son cœur qu’elle n’aurait jamais souhaité quitté. Elle se sentait comme avant bien qu’elle regrette les grands espaces de verdure où elle séjournait. Tant de magie lui allait comme un gant, elle se sentait vivre et habitée par son être profond. Elle respirait parfaitement. Parmi les siens. Enfin.

Elle regardait du coin de l’œil les Lorialets qui étaient à l’étude de sa blessure, elle se sentait bien et profitait du tout. Elle n’avait presque plus mal. Mais elle ne réalisait pas encore qu’elle ne bougeait pas son bras, et qu’il ne bougerait plus de l’épaule au coude.
« Je suis désolée. » Dit-elle d’une voix timide mais elle avait abandonné le dialecte lorialet.
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MessageSujet: Re: Convalescence chromatique   Convalescence chromatique Icon_minitimeSam 14 Jan - 21:53

Reprendre le pas sur le monde gris n'était pas quelque chose de facile, et les sentiments négatifs qu'Andele ressentait au travers de la blessée n'étaient pas simple à outrepasser. Heureusement pour tout le monde, la crise ne dura pas, ni ne gagna en intensité autant qu'elle l'aurait pu. A nouveau, la blessée y était pour beaucoup, car son changement d'état d'esprit influa directement sur celui de l'ancienne Endormie.

Peut-être était-ce l'atmosphère apaisante du Carillon, l'aura de Selajäa qui pansait les blessures physiques, comme celles de l'âme qui permit à la blanche blessée de se calmer, et ainsi transmettre quelque chose d'aussi sain que possible pour les lorialets qu'ils étaient. Il valait mieux que les astres soient sous leur meilleure constellation, car si l'angoisse de la nouvelle venue avait fondu comme neige au soleil, celle de l'Eveillée et du lorialet multi-millénaire s'entretenaient, comme un chemin sinueux dans une forêt d'arbres morts. Il leur fallait retrouver la route vers les couleurs, si belles et si vives. Pour cela, Andele ne voyait que le Chant qui lui avait permis de garder toute sa tête, toute son innocence et toute sa légèreté malgré les siècles passés dans le Gris. Bien sur, les Lamentations seules n'avaient pas été suffisantes. Il y avait eu ces voix, qui résonnaient des ses oreilles, ces souvenirs qu'elle parvenait parfois à ressasser, tout ce qu'elle ressentait autour d'elle pendant les innombrables voyages de ses compagnons dont elle avait fait parti sans vraiment l'être.

Mais, maintenant qu'elle pouvait voir à nouveau les couleurs, ce chant était ce qui lui permettait le plus efficacement de se raccrocher à la réalité, quand sa famille n'était pas là. Elle entendit rapidement son A'kiilainen reprendre en choeur, et un léger sourire se tissa sur les lèvres de la lorialet guérisseuse. Elle savait qu'elle pouvait toujours compter sur lui. Lui, qui même lorsqu'il flanchait ne le faisait jamais totalement. Le plus solide de leurs rochers, tout en faisant parti des plus vacillants, lorialet fou qu'il était.

Retrouvant peu à peu une liberté d'action, Andele s'attela à procurer un lit à la blanche blessée. Elle n'entendit pas Winruna appeler Mareti, mais vit du coin de l'oeil la pixie virevolter vers d'autres contrées. Peu importe ce qu'elle partait chercher, l'Eveillée savait que cela s'avèrerait utile. Pour elle, il était temps d'engager la discussion. Une salutation dans leur langue commune la plus ancienne, elle qui essayait de maîtriser l'anglais moderne, mais préférait toujours parler la langue des faës, lorsqu'elle en était accompagnée. Sauf lorsqu'il s'agissait de ses frères et soeurs, avec qui il pouvait être amusant de changer de langage tous les trois mots juste pour avoir des conversation encore plus abracadabrantes. C'était amusant.

Mais l'autre lorialet lui répondait et sa cadette lui accorda toute son attention. Un doux sourire se dessina sur ses lèvres fines, et elle pencha la tête sur le côté, sa longue chevelure suivant le mouvement, mouvement qu'elle exécutait régulièrement en signe d'incompréhension, ou de curiosité.

C'était bien du dernier point qu'il s'agissait, comme elle ne connaissait pas la personne qu'on lui avait amenée. Cela ne la dérangeait pas, loin de là, elle qui adorait se faire de nouveaux amis, mais il allait lui falloir contenir son envie de poser mille et une questions, car déjà son Grand Frère voulait son attention. Elle se tourna vers lui, tête toujours penchée. Curieuse, insoumise, innocente égarée. Son sourire revint en force et elle se détourna en sautillant, dans l'optique d'aller chercher un linge, puis de le plonger dans l'eau avant de revenir pour nettoyer les plaies de la blessée. Ce faisant, elle répondait à l'interrogation avec plaisir, dans un anglais parfait qui ne laissait pas une trace d'un accent qu'elle aurait pu posséder lors de ses premières minutes d'apprentissage.

"Ballon ? Balai ! Boule et Babylone ! Brillant, bouillant, brûlant ... brisé, bras, broche."

Elle avait posé le linge humide sur la plaie que Winruna était en train d'observer plus tôt. Elle allait continuer, mais l'autre lorialet se mit à chanter, et il aurait été bien impoli de la couper. D'autant qu'elle chantait bien ! Elle possédait une voix qui avait une pureté qui fit à nouveau sourire la jeune lorialet. Elle posa délicatement une main dans les cheveux de la rescapée, et se mit à fredonner à son tour. En écho, elle suivait, et s'arrêta dès que l'autre le fit. En entendant ses mots elle caressa son front, changeant de ton pour un chant d'apaisement qui l'aiderait à panser ses blessures, quelles qu'elles soient. Andele laissait Winruna s'occuper du bras de sa protégée, sachant qu'il saurait lui faire signe s'il lui fallait s'en mêler.

Pendant un moment, qu'il fut long ou court, il n'y eut pas grand chose. Puis l'Etendue dit des mots qui amenèrent à nouveau la plus jeune du trio à se pencher sur elle, curiosité retrouvée. Elle eut un grand sourire et répondit aussitôt, dans le même langage qu'elle avait employé.

"Enchantée, Désolée ! Je suis Andele ! Ravie de te rencontrer ! Que t'est-il arrivé ?"


La lunatique fronça légèrement les sourcils, le regard lointain. Quelque chose la gênait dans ce qu'elle disait, probablement parce qu'elle manquait encore de vocabulaire. Elle tourna la tête vers Winruna.

"Banane ! Boutique ? Breloque ! Non, bijoux ! Bon... baisers... BIENVENUE !"

Son regard gris enjoué retrouva la lorialet Désolée.

"Bienvenue !"
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MessageSujet: Re: Convalescence chromatique   Convalescence chromatique Icon_minitimeJeu 16 Mar - 11:50

Structure incohérente, l'esprit de l'Ancien naviguait. C'était un fil tremblant qui entre le chaos et la réalité dansait, tissait, pour rendre l'un et l'autre inextricables. Les vers perdaient leur sens et les rythmes bougeaient. Le temps enflait, se rétractait, si fort et si souvent qu'il devenait impossible de savoir ce qu'ils étaient vraiment. Répétition, ou miroir déformé d'une toute autre entité ? Les mots de Mareti quittaient sa bouche alors qu'il n'était pas Mareti. Mais les aurait-elle vraiment dits, si elle n'était pas partie ? Il suivait un courant fébrile, torrent de nerfs froissés qui jetait dans sa gorge un rire continu, couvé mais bien réel. Le vert des prairies, le bleu de l'océan ne paraissaient jamais plus dépareillés que lorsque la folie les submergeaient, comme une vague inquiétante.

Brillants bibelots pour l'âme, des bouts de badinage brûlaient la bouche bagarreuse d'Andele, qui s'était ruée sur son invitation. Ils cherchaient à sortir, tous plus vite les uns que les autres. Ils battaient ses lèvres, jusqu'à trouver un gagnant. Le résultat formait une ribambelle véloce qui lui ravissait les tympans. Il leva l'index dans la direction de sa sœur, hagard et bien prompt à la relancer.

"Breloque boursouflée ? Bolée, bolet, ballet !
Bel et bien le bougeant. Batifole sans brosser ! Bulot le bubon bourge.
Billevesée burlesque ! Le bellot, il  ne se  bécarre pas beaucoup."

Si cela ressemblait à une sorte de prophétie cryptique étrange, elle était encore plus incompréhensible que celles que Winruna faisait en temps normal. On comprendrait peut-être de quoi il était question un jour, dans deux semaines, un an, ou bien trois siècles. Ou encore, peut-être tout cela n'avait-il réellement aucun sens.

Mais le secret blanc eut été moitié moins mystérieux si il n'avait pas su donner l'impression mitigée qu'il était encore capable de raison, même dans ces moments fantasques. Un doux sourire contrastait avec le reste de son expression. Sous des yeux échevelés, il s'étirait, très tendre, en réponse au constat fait par leur invitée qui gardait l'esprit ancré malgré leurs écarts bringuebalants. Voir l'une des leurs faire la paix avec son passé en entrant dans ce temple miniaturisé, ce souvenir vivant, musical, qui par sa nature transcendait celle du mausolée original, était quelque chose de frais, de vert et de pur comme les vibrations douces d'un cristal. L'espoir avait le goût de la menthe et du citron. L'odeur de l'eucalyptus, de l'herbe fraîche, et des milliers de fleurs qui, penchées par la brise clémente du Sidh Originel, égrainaient leur pétales comme autant de clochettes lancées dans l'étendue désertique à la recherche d'une oreille attentive. Au loin, il lui semblait désormais entendre un appel végétal.

"Une maison ? Diantre non ! C'est une lune, oisillon !"

Quelque chose clochait, et ce n'étaient pas les fleurs. Cet alexandrin était beaucoup trop long, à moins d'être rogné. Ou bien devenait-il à nouveau capable de comprendre ces courts battements de temps, et le nombre de fois que les sons se heurtaient ?

Ses longs doigts délicats pressaient contre la plaie. Elle était plus profonde qu'on aurait pu le croire. Le loup avait-il mordu si fort ? Possible, mais l'éthérée s'était aussi probablement débattue et, tirant sur l'étau de bave et d'ivoire, elle avait dû déchirer des chairs déjà fragilisées. Sous la peau rougie de sang, il y avait des nerfs sectionnés. Peut-être cela n'était-il pas réparable sans magie. Peut-être même que celle de ce Carillon imité n'allait pas suffire.

Rien de tout cela ne pouvait empêcher Luonsäa de rire, car son esprit n'était pas revenu. Sourd jusqu'ici aux échanges de ses paires, à l'exception du chant qu'il n'avait pu que suivre, passionné mais distrait, il revint à elles quand un mot, brutalement, bouleversa son effort. Il se redressa d'une traite, les bras levés par la soudaine exaltation.

"Bienvenue ! Mais bien sûr... C'est un mot très seyant."

Et si la situation ne faisait subitement plus aucun sens, cela ne dura guère, car le Blanc retrouva son sérieux aussi vite qu'il l'avait perdu. Tout souriant et tout ébouriffé, mais aussi très sûr de lui, il s'éloigna du lit à la recherche d'une des fontaines qui, contre les parois translucides de Nelurin, gouttaient agréablement.

"Quelle excuse, égarée ? Que veux-tu qu'on pardonne ?
Un avenir raté ? Il eut été sanglant.
Mais il se trouve n'être celui de personne."

Parmi les plantes qui entouraient le point d'eau, il y en avait certaines aux feuilles cotonneuses, dont il cueillit quelques versions. C'était heureux qu'ils puissent encore en faire pousser, bien que peu nécessaire pour lui qui avait travaillé comme soignant durant la guerre. Et comme prêtre, aussi, il y avait très longtemps, à l'époque des pierres hautes et pointues. Mais ses patients étaient alors beaucoup moins vivants. Quoiqu'il en fut, il pouvait user des savoirs de leurs semblables comme de ceux de l'humanité, ce qui rendait Madëlinörva chanceuse.

"Prend garde, cependant. La fortune souriante,
N'est que peu routinière des rediffusions.
Ce jour sous les auspices de la prévention,
Est une exception, bien que satisfaisante.

Je t'ai vue, j'étais là, te voilà donc sauvée.
Un seul facteur en moins, tu changeais de côté."

Le ton de sa voix, distrait, entre bienveillance et menace innocente, rappelait à quel point sa main pouvait changer. Prodigue et caressante pour ceux qui le valaient. Dure, voire meurtrière pour ceux qui méritaient. Les feuilles trempées dans l'eau de la fontaine gouttaient dans sa paume. L'autre serre glissa amoureusement dans l'air et sous son toucher fluide, d'autres tiges apparurent. Le sol meuble écarté par une pousse brutale roula avec ravissement. Des bourgeons grossirent et éclatèrent presque immédiatement, libérant de leur gangue des fleurs larges, aux pétales lunaires que le feu follet se mit à cueillir consciencieusement. Bien vite, il retourna au chevet de la blessée. Sur le lit, il posa les fleurs. Sur son ventre et sur son bras sinistrés, il posa les compresses qui, délicatement, l'aidèrent à nettoyer.

La folie était-elle toujours présente en lui ? Il tremblait un peu, mais son visage avait retrouvé son sérieux, à l'exception d'une lueur encore bien dérangeante qui brillait dans le fond du regard bicolore. C'est alors qu'une voix lointaine se mit à faire vibrer l'air entre les lunes et les maisons, et aussi tout leur intérieur. Et celui des témoins, présents pour profiter. Winruna frémit. Ses paupières se touchèrent, puis elles s'ouvrirent encore comme si rien n'était arrivé. Ses épaules s'abaissèrent, comme si il avait poussé un long soupir et qu'avec lui s'échappaient, peut-être, les risques d'une rechute bien trop malvenue. Le message de la pixie avait été délivré. Du haut de la Flèche, quelqu'un donnait de la voix. C'était le Soin de l’âme. Ce chant particulier auquel le Carillon permettait d'accéder. Pas un seul lorialet, caché dans Nelurin... Pas un seul d'entre eux ne l'aurait pu dire de trop.
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MessageSujet: Re: Convalescence chromatique   Convalescence chromatique Icon_minitimeVen 5 Mai - 16:24

Madëlinörva avait enfin trouvait une forme de calme qu'elle ne quitterait pas de si tôt. Sa respiration était paisible et régulière comme si elle fut endormie. Apaisée, elle flottait dans un état de quiétude qui atténué le message de douleurs que ses membres envoyaient à son esprit. Son corps tout entier semblait ne pas tant lui appartenir, mais le lieu, les rituels, les chants, ses semblables... Tout l'avait placé en cocon d'apaisement.

Andele, dont elle ignorait absolument le nom, papillonnait lentement dans la pièce. Avec une grâce simple et d'une danse douce, que Madel semblait percevoir. Elle papillonnait, virevolté tranquillement. Madel abandonna de la suivre des yeux, d'autant que leurs conversations étaient d'autant plus difficile à suivre.
La Lorialet semblait à la recherche de ses mots, comme à la recherche de faire quoi que ce soit de son corps, comme si elle reprenait ses repères, puis qu'elle prenait à coeur de l'aider, mais, gentiment, elle virevolté, s'emmêlant dans les mots d'une langue trop neuve pour ce esprit si vieux. Madel était heureuse de la rencontrer. C'est ce qu'elle répondit  son "bienvenue" chaotique d'ailleurs :
"Je suis ravie de te rencontrer." En lorialet, à quelques choses près, dans le texte.

Elle aimait son sourire, sa douceur jovial. Même si toutes les allées et venues au travers de a pièces, et les mots tout emmêlés lui donnait un léger tournis. Léger... Elle se concentrait sur sa respiration. Tout irait bien...

Winruna, dans son immense bienveillante folie préparait des concoctions douces et délicates. Retirait un peu plus loin, elle ferma les yeux pour faire un bon en arrière : à des siècles et des siècles. Avant la tempête, avant tout. Dans un temps qui semblait à peine réel, dans un monde détruit, transformé d'agoni. Mais pendant un instant, son esprit l'a recréé, elle y était, elle était bel et bien là, dans sa forêt, les plantes...

Il se rapprocha, elle ouvrit les yeux, et, comme s'ils furent dans cette forêt, en le peuple nomade, il appliqua les plantes, comme à l'ancien temps. On y était, en décalé. Le monde c'était coupé en deux, et superposé, cassé et bancal on avait pulvériser l'espace temps. Que de vertige !

"Merci." Fit-elle. Puis elle s'expliqua : "Je n'aime pas être la cause de dérangement." Elle pensa à nouveau à sa chance, elle se tue pendant ce cours temps. Elle leva de grands yeux désolés vers Andele. "Je me suis faîtes attaquée par un... Loup."

Elle était gênée et ne savait trop quoi dire. Un instant elle revit l'image du Norme qui avait tenté de la sauver et se rappela à quel point il était beau.

Mais Winruna repris la parole, un peu tremblant, mais très sérieux, une étincelle, dans les yeux... Madel se demanda soudain si on disait finalement vrai, mais en lui elle avait mis sa confiance. Elle l'écoutait. Avec ses drôles de paroles à double tranchant : oui elle en était consciente. Et, plein de ferveur, elle leva es yeux fiévreux de reconnaissance vers lui :

"Merci, merci infiniment !" Sa voix s’essouffla dans le chant qui s'élevait, quelque part, ailleurs, et qui lui faisait un bien fou, d'autant plus.
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Andele
Faës
Andele

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Emploi: Feu Follet / Etudiante
Age apparent: 25 ans
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MessageSujet: Re: Convalescence chromatique   Convalescence chromatique Icon_minitimeMer 31 Mai - 3:52

Beaucoup de bons mots passaient les diverses bouches. A grandes bouchées pressées, bien des boniments se balbutiaient. C'était le genre de jeux qu'Andele adorait, et qu'elle ne refusait jamais, voire en était parfois l'initiatrice, tant ses envies d'apprentissage étaient grandes.

Cette fois, cependant, elle ne répondit pas à la relance de Winruna, malgré ses grands yeux gris louchant sur le doigt tendu vers elle. Tournoyante, elle écouta le chant de leur nouvelle amie, l'accompagnant doucement, en goûtant les divers sons. Autre chose qu'elle adorait, mais la liste ce celles-ci était bien longue.

Puis une nouvelle salve lui vint, qu'il lui fallut partager. L'un d'eux lui parut avoir plus d'impact alors qu'elle réalisait son sens, et elle le répéta avec plus de force en direction de celle à qui il était destiné. Ce fut néanmoins son frère qui lui répondit le premier, arrachant à la plus jeune des trois lorialets présents un sourire éclatant. De joie, elle leva haut les bras, attrapant des lianes qui, à sa demande, étaient descendues du plafond translucide et s'enroulaient autour de ses mains.

Désolée eut un mot qui l'amena à nouveau à pencher la tête dans sa direction. L'éclat dans ses prunelles prit une teinte dangereuse, alors que son A'kiilainen faisait montre de paroles bien conciliantes, auxquelles elle ne pouvait qu'adhérer, comme le montrait son vif hochement de tête, faisait balancer ses longs cheveux gris.

Enfin, la belle (plus si) inconnue répondit à une question qu'elle avait posé plus tôt, de façon très inattendue. Son regard s'agrandit et, de stupeur ses mains lâchèrent les lianes qui, à défaut, s'enroulèrent l'une à l'autre dans le dos de l'Eveillée dont les yeux ronds étaient fixés sur la douce blessée.


"Un loup ?! Pourtant point de pardessus pourpre porté ! Pourquoi ?"

La curiosité était la plus grande amie de la lorialet. Sa plus grande faiblesse aussi, l'amenant à s'intriguer de bien des choses parfois sans penser aux conséquences. Conséquences que justement son aîné rappelait, avec cette tendre fermeté qui le caractérisait. Prenant à nouveau les plantes longues dans ses mains, liées sous sa taille, Andele s'assit, patientant jusqu'à ce que son aide soit nécessaire. Pour le moment, il lui paraissait que l'attention que Winruna portait à la blessée était suffisante, et qu'il avait plus besoin qu'elle de se concentrer sur une activité quelconque. Ingénue, elle se balançait donc, son regard parcourant la scène, petite fleur en son champ personnalisé par les bons soins de sa famille de cœur.

Les pieds poussant le vide, Andele chantonnait à nouveau, innocente. Bientôt, on eut l'impression qu'elle ne s'intéressait plus à la discussion, et pourtant rien n'était plus faux, comme elle le fit remarquer en s'adressant à Madëlinörva sur un ton presque rêveur.


"Remerciements répétés, dangerosité démultipliée, Désolée !"

Elle le répéta deux autres fois, sur le même ton qu'une enfant se conterait une histoire à elle-même. Son regard s'agrandissait à chaque occurrence, fixé sur la lorialet Désolée. Désolée, elle allait l'être bien plus si elle continuait de remercier ainsi l'un des plus dangereux faës encore en vie ! Personne ne lui avait dit que le bras-droit des Eminences était autant à craindre qu'à chérir ? Bien qu'il aurait été intéressant de voir ce que le lorialet fou pourrait faire de ces serments, liens invisibles, intangibles mais d'une indéniable puissance. Plus le remerciement était puissant, plus le lien était fort, et il n'était pas permis de douter de la sincérité de ces trois items répétées.

Les yeux gris de la lorialet pétillaient dangereusement, comme elle se balançait de plus en plus fort, s'approchant à chaque fois un peu plus du duo, les jambes tendues dans leur direction. Puis, un chant particulier se fit entendre, que l'Eveillée reconnut rapidement. Ses billes grises s'attendrirent, son visage se détendit et le balancement ralentit tandis que ses jambes se pliaient doucement, frôlant du bout de ses orteils nus le sol doux de Nelurin. Sa voix douce accompagnait le Soin, la tempête évitée, calmée et éloignée, plutôt trois fois qu'une.

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Emploi: Compositeur des Feux Follets
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MessageSujet: Re: Convalescence chromatique   Convalescence chromatique Icon_minitimeDim 28 Jan - 14:49

Quel drôle d'élément avaient-ils donc récupéré ! La faë se montrait imprudente, et aucun faë imprudent ne savait vivre vieux à moins de disposer d'une chance incroyable. C'était donc ce dont il devait être question ! Elle n'avait pas prononcé son nom, mais n'en avait aucun besoin, car par l'avenir, Winruna lui en donnerait un autre : Y'La'Dekï, ou bien en lorialet "Bras cassé chanceux".

Restait à voir combien de temps elle le resterait. A remercier sans arrière pensée ceux que l'on nommait Feux Follets, elle s'exposait à une terrible redevance : c'est aux Éminences Grises qu'elle pourrait avoir à rendre service à l'insu de son plein gré, et ces mystérieuses entités n'avaient ni scrupules ni limites lorsqu'il s'agissait d'agir pour la sauvegarde de leurs espèces.

L'air sentit un instant le danger tandis que deux regards ronds similaires pointaient du doigt Madel et ses écarts reconnaissants. Puis très vite, ce même air devint rouge d'une odeur poilue, pleine d'adrénaline et de bave de rage sans rage. Orage ! Des nuages menaçants se formaient contre le toit de Nelurin, remarquant la situation tendue qui naissait dans son berceau. Pouvait-on casser une lune à cause d'un animal énervé ?

La pluie, sans les éclairs, serait bien agréable. L'une parlait de loups, l'autre s'interrogeait, usant de mots en p, bien trop proche du b qu'on avait mutilé.

"Parce que ? Prothèse ! Parchemin... Pernicieux !
Pas de prothèse pourtant, peu probable, promis...
Promiscuité passée... Le poilu, il palabre !"

L'instant trouble passé, Winruna se fit plus clair afin que l'Allongée comprenne, à ses mots, la chance qu'elle avait eu et le risque qu'elle prendrait à la tenter encore. Y'La'Dekï, peut-être, mais jusqu'où jouerait-elle ? Ceux qui l'aidaient maintenant n'auraient aucun remord à en faire autrement, la situation l'eut-elle nécessité.

Il nettoya la plaie à l'aide des feuilles touffues toutes pleines de rosée, puis lorsque ce fut fait, prit les pétales purs cueillis un peu plus tôt pour coucher leur silhouette dans l'un de bols de pierre, posés de-ci de-là sous le poids d'un pilon lisse. D'un geste expert de rotation, il commença à écraser les plantes avec l'outil, et sur ses lèvres, naquit un sourire satisfait.

"N'est-il donc pas joli ? Ne sont-ils pas divers ?
Tous ces sons minéraux que réservent la pierre ?
Quand ici je l'écrase, elle gronde doucement.
Si plutôt je frappais, ce serait différent !"

Et effectivement, le bol granuleux émettait un ronronnement digne d'une pluie délicate ou d'un feu crépitant. Voilà qui apaisait les mœurs au même titre que la chanson qu'on émettrait bientôt depuis la Flèche, pour calmer les esprits endommagés. Winruna soupira de contentement, peu avant qu' Y'La'Dekï fasse ce qu'elle savait faire de mieux : agir sans conscience du danger.

Encore une fois, les regards dangereux des feux follets se dressèrent dans la direction de l'initiée qui paraissait avoir oublié ses leçons. Andele, avec grande éloquence, le lui fit remarquer.

Désolée, désolée !

C'était presque amusant de répéter ce mot lorsque lui, en contrepartie, ne possédait pas de pouvoir.

"Désolé ! Désolé ! ... Désolé désolé !"

Alexandrins, toujours, certes pas sans de rien. Ils étaient agréables, pouvaient se montrer doux, mais n'oubliaient jamais des serments prononcés. La cause de tous les faës, de tous temps, prévalait. Elle impliquait qu'on garde mémoire de ses outils, même lorsqu'il paraissait brutal de faire ainsi.

Grand sourire et yeux fous n'empêchèrent en rien Winruna de faire ce qu'il avait à faire : il prit dans ses doigts la pâte de fleurs délicate et écrasa la mixture dans la plaie préalablement nettoyée. Il prit grand soin de le faire comme il faut afin qu'elle s'infiltre partout où son pouvoir désinfectant et cicatrisant avait besoin de s'étaler.

C'était un bon moment pour installer le soulagement, et c'était donc parfait que la Flèche se mette à chanter maintenant, accompagnée d'Andele. Les yeux fermés, la peau comme l'onde d'une eau troublée, Winruna profita plus d'une minute du changement et de ce qu'il apportait à son esprit blessé.

Il se leva ensuite, plus calme, plus posé, dressa les yeux au ciel et fixa les nuages, en direction desquels il leva sa main. Ils changèrent de couleur. Leur surface immaculée se mit soudain à se désagréger en parcelles blanches, comme leur teint, comme leurs cheveux. De la neige, pour les survivants du peuple le plus neigeux du Sidh.

Enfin, l'Ancêtre daigna accompagner le chant, en même temps qu'il levait les mains pour attraper les flocons, et fermait les yeux pour voir leurs couleurs tomber contre son visage. Quelque chose nageait à la surface... Encore un bout d'avenir ? Ou était-ce du passé ?

"Désolée !"

Tel un écho, la voix de Mareti toute petite et volante, dans sa forme originelle, s'éleva alors qu'elle voletait en direction du grand faë, revenue de sa mission.

"Vous ai-je manqué ?"

A défaut de pouvoir se glisser sous le chapeau de l'Ancien, elle s'assit sur son bord.
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