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 Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.

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Winruna
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Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Vide
MessageSujet: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeMar 2 Déc - 18:45

La main du lorialet glissa contre la paroi lisse, chaude et vibrante de Nelurin. Normalement, les lunes du Carillon ne portaient pas de nom. Celle-ci était différente, depuis que Winruna avait défié la tradition pour la doter d'un Intérieur, privilège que seules les onze maisons du Carillon étaient censées posséder. Les autres lunes, qu'il pouvait parfaitement contempler d'ici, n'étaient que d'immenses sphères cristallines en orbite dans le ciel, invisibles ou brillantes selon leur phase, tranquilles et musicales, telles des ballerines engagées dans un cycle éternel sur la piste d'une boîte à musique céleste. Telles des planètes désertes, elles tournaient en orbite les unes autour des autres, et toutes autour de la Flèche de cristal, dont il pouvait voir le sommet, de là où il se trouvait. La Flèche, si fine qu'elle semblait irréelle, se dressait sur des centaines de mètres à l'extrême bord d'une falaise à pic gigantesque. Un océan enragé déchaînait son écume d'argent (littéralement) au pied de cette dernière. Le son riche et pénétrant des vagues se mêlait à l'éternelle chanson des astres qui dansaient calmement, lentement, dans le ciel d'encre. Au sommet de la Flèche, et pourtant bien plus haut, inatteignable, proche et distante tout à la fois, l'Eclipse déversait sa nuit éternelle, profonde et généreuse. Sa couronne lumineuse se teintait d'une lueur turquoise apaisante. Nelurin était en train de survoler le précipice. A ses pieds, Winruna voyait les vagues se colorer en réponse.

C'était une période bénie. Selajaa dominait dans le ciel parsemé d'astres. Ses lueurs régénératrices berçaient les paupières des endormis, des blessés, des moribonds. Sa voix claire enveloppait le corps et l'esprit d'un voile nourrissant. L'air se renouvelait. Tout devenait plus coloré. La magie emplissait si bien l'atmosphère que, l'espace d'un très court instant, Luonsäa aurait cru être revenu chez lui. Ce Carillon n'était pourtant qu'une imitation de celui qui avait été perdu. Il savait que la puissance de Selajaa, si elle faisait des miracles, pouvait s'avérer avoir une influence négative voire destructrice sur les zones alentours dont elle drainait le peu de magie disponible. L'édifice et les astres, lunes comme maisons, étaient en taille réduite par rapport à l'original qu'on aurait pu décrire comme une véritable ville spectrale. Malgré tout, le résultat était bluffant, et il était facile de se replonger dans le souvenir lorsqu'on se laissait absorber par la beauté de ce paysage impossible.

Mareti n'était pas avec lui. C'était chose rare, mais cela arrivait. Seul en compagnie de l'Endormie, il aurait difficilement pu se sentir plus apaisé. Tout n'était que calme et lenteur ronde et rassurante. Ses envies de découvertes rangées au placard, il sentait le poids des années et des souvenirs. Ce poids ne l'écrasait pas : il lui mettait du plomb dans la cervelle. C'était l'un des rares instants où la furie dansante laissait entrevoir l'être éternel, calme et réfléchi, qui se tapissait en elle et l'empêchait de céder totalement à la démence typique des Compositeurs. Les yeux antiques balayaient le paysage, puis le validaient d'un sourire. L'intérieur de Nelurin était somptueux. Il était étrange, se disait-il, que personne n'ait jamais songé à remplir les lunes de merveilles, car elles avaient un potentiel indubitablement immense en tant que contenant. La sphère, grande comme une maison entière, était entièrement  transparente. Un véritable observatoire duquel on avait une vue panoramique, absolument imprenable, sur le reste du Carillon. D'immenses pics cristallins donnaient l'impression d'avoir poussé à même la paroi de la sphère. Ils formaient de nombreuses petits plateformes en escalier, un sol, des balconnets. Une chambre rectangulaire était creusée au fond d'une vallée. Des chemins sinueux se creusaient dans la "roche" translucide, où coulaient des traces de végétation, parfois des arbustes, ou bien ces fameuses fleurs sifflantes, aux couleurs perpétuellement changeantes, que Mareti adorait pour la bonne raison qu'elle avait grandi dans un champ qui en était rempli. Près d'une ronce criblée de baies aussi sucrées qu'elles étaient blanches et brillantes, une petite cascade jaillissait de nulle part, coulait dans les rainures, nourrissait la nature et disparaissait tout aussi subitement. Quant à savoir où, comme pour beaucoup de choses au sein du sidhe, mieux ne valait pas trop se poser de questions. Certains balconnets, accessibles par des marches "naturelles" qui émergeaient de la surface de l'astre, étaient couverts de plantes que Winruna avait fait importer des quatre coins du monde. Une façon symbolique de faire partager à l'Endormie les voyages nombreux qu'elle avait... plus ou moins ratés. Les formations rocheuses grimpaient de façon chaotique jusqu'à la moitié de la hauteur de la sphère environ. Plus haut, sa paroi redevenait lisse et parfaitement régulière comme elle l'était à l'intérieur. Des arabesques translucides, comme des lianes, jaillissaient depuis le sommet de la lune pour descendre en coupe le long de sa paroi, et pour former un motif décoratif discret.

Le lorialet se dressait, debout, à l'un des sommets de la forêt de cristaux. Il observait le paysage depuis des heures, et ne s'en lassait pas. De nombreux utilisateurs du Carillon s'étaient relayés depuis qu'il était arrivé. Il écoutait leur chant, les histoires qu'ils contaient. Subitement il tourna. Sa vieille cape rapiécée suivit dans un mouvement de tissu lourd. Son visage dépassait à peine en dessous de son chapeau à bords longs et mous. Ses doigts quant à eux émergeaient d'une paire de mitaines en peau élimées. Il arborait une tenue qu'il n'avait pas porté au dehors du Sidhe depuis des millénaires. Lorsqu'il était chez lui, cependant, il aimait à revenir à ses racines : il n'avait jamais cessé d'être ce voyageur bohème, effronté, qui toquait à toutes les portes au risque d'en énerver certains. Sans doute ne se séparerait-il jamais vraiment des pièces qui lui rappelaient ses tous premiers voyages, si loin, et pourtant encore si importants.

Il descendit les marches et revint au cœur de la chambre, où trônait un grand lit qui, comme le reste du paysage, jaillissait du sol sans discontinuité. Un hamac était accroché entre deux pics à quelques mètres de là. Il ne s'y intéressa pas, préférant s'approcher d'Andele. Elle était couchée sur l'immense matelas, fragile, abandonnée sous un drap si fin qu'il aurait presque semblé végétal. Tous ses effets personnels étaient réunis dans cette pièce. C'était sa chambre, à elle. C'était pour elle que Nelurin, l'Astre du sommeil, avait été conçu. Ici, elle disposait de tout les effets bénéfiques que pouvaient lui apporter les chants du Carillon. Personne d'autre que les feux follets n'avait accès à l'intérieur de l'astre. Personne, donc, ne risquait de la déranger ni de la soumettre à des stimuli qui pouvaient éventuellement aggraver son état. Mareti était la dernière à être passée s'occuper d'Andele, et cela se voyait : Elle s'était amusée à lui tresser des pâquerettes dans les cheveux. Pâquerettes qui commençaient à dépérir, car elles venaient du monde humain. Le lorialet eut un vague sourire amusé, puis il entreprit de défaire les nattes pour libérer les longues mèches blanches du joug de l'envahisseur flétri. Il aurait été dommage que la pixie importe accidentellement des moucherons dans la chambre, et qu'Andele se mette à les respirer.

"Ah... Si tu les voyais, ces corps évanescents.
Et tous ces souvenirs que l'on croyait perdus.
Sans mentir, à vrai dire, ce n'est qu'un début.
Un début, un espoir, un mirage indécent."

Sans quitter son sourire flottant, fantomatique, il posa les dernières tiges sur la table de chevet puis remit la chevelure d'Andele en place. Le chant des adeptes s'arrêta, ce qui le fit tiquer. Il releva le nez en direction du sommet de la Flèche. Quelques secondes plus tard, une nouvelle voix s'éleva. Un conteur chantait une histoire de leur tribu, qui se racontait déjà lorsque Winruna n'était qu'un enfant. Cela lui fit chaud au cœur. Ils avaient beaucoup perdu, mais certaines choses ne cesseraient pas de se transmettre si aisément. Avec un soupir d'aise, il s'allongea à côté d'Andele (il fallait dire qu'il y avait largement la place d'en coucher quatre comme eux). D'une voix douce et suave, juste  à peine audible, il entreprit de suivre le chant. Il s'agissait de l'un de ceux qu'il préférait, et il était certain que son I'kiilainen aurait été ravie de pouvoir elle aussi en profiter.
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeDim 7 Déc - 17:49

Le monde semblait moins sombre depuis…depuis quand exactement ? Il lui serait impossible de le savoir. Le temps s’écoulait différemment quand il n’y avait rien pour servir de repère. Mais quelque chose avait changé il y a… peu ? Elle le sentait. C’était diffus au départ, mais Andele sentait qu’elle retrouvait peu à peu le contrôle de certaines choses. C’était petit, mais elle avait l’impression de sentir des odeurs qui lui rappelaient quelque chose… Les fleurs de son enfance, quand elle courait à perdre haleine pour rattraper son aîné ? Ce genre de souvenirs heureux ne lui seraient jamais parvenus jusqu’à présent… Un autre signe que les choses avaient changé, un espoir qu’elle se serait jusque là interdit… Se pourrait-il que le cauchemar touche à sa fin ?

Il y avait dans l’air un calme et une paix que son esprit ne l’avait jamais autorisé à ressentir depuis bien longtemps. Il devenait de moins en moins difficile pour Andele de discerner le monde. Rien de défini, mais elle devinait peu à peu que tout était différent. Plus proche… d’avant. Sans notion du temps, impossible de dire quand cette sensation avait commencé à l’envahir… Mais elle était présente, et pour la lorialet il s’agissait là d’un espoir suffisant. C’était bien plus que tout ce qu’elle avait ressenti jusqu’à présent. C’était un espoir qui la tenait et lui permettait de tenter de quitter cette léthargie qui était la sienne depuis bien trop longtemps, quelque temps que ce fut.

Il lui avait semblé entendre la voix de Mareti, mais elle avait été incapable de comprendre ce qu’elle disait. C’était frustrant, même si la lunatique pensait avoir entendu sa voix de façon plus claire que d’autres. Elle entendait des voix inconnues, aussi. Qu’elle ne reconnaissait pas, mais dont elle comprenait les mots. Il s’agissait de chants qu’elle connaissait parfois, d’autres qui ne lui disaient rien, mais qui l’ancraient dans une réalité qui n’avait plus rien à voir avec la nuit qui peuplait ses jours depuis ce qui lui semblait être un temps infini. Elle ne savait même pas si ses yeux étaient ouverts ou fermés, si cette nuit était ce qui se déroulait vraiment devant ses yeux ou s’il y avait plus que cela.

L’avantage de ces voix, même si elle ne pouvait pas mettre un visage sur le son de leurs cordes vocales, était qu’elle n’avait plus cette impression de solitude, d’être enfermée dans ce monde triste et froid, esseulée… ou était-ce parce qu’elle redevenait plus sensible à ce qui l’entourait ? Tout cela était extrêmement étrange, mais loin d’Andele l’idée de s’en plaindre. C’était tellement plus que ce qu’elle avait expérimenté depuis des jours (des mois, des années ? Si elle savait qu’il s’agissait en réalité de siècles…) qu’elle se prenait même au jeu de savoir si certaines voix revenaient ou non… Mais jusque là, il s’agissait toujours de nouveautés, comme des pèlerins qui se succédaient. Cela lui rappelait un lieu de son monde où il lui été arrivé de se rendre… la dernière fois, c’était juste avant de partir à la recherche de son A’kiilainen…

Comme il était étrange que ce soit justement au moment où son grand frère biologique envahissait ses pensées que la voix de son aîné d’adoption se fasse entendre. Un sourire s’étendrait dans l’esprit de l’Endormie, qui passerait jusque sur ses lèvres, mais dont elle ne se rendrait pas compte. Une fois encore, le sens des paroles de Winruna lui échapperait, mais elle sentirait des mains dans ses cheveux. Ca aussi, c’était nouveau. Peut-être…peut-être qu’elle pouvait essayer de bouger ?

Et puis, les paroles de Luonsäa devinrent compréhensibles. Il chantait une histoire qui lui était familière, pour l’avoir entendue régulièrement depuis sa prime jeunesse. C’était un conte que la jeune femme avait toujours apprécié, et qu’elle connaissait bien.

Les yeux toujours fermés (il lui était tellement facile de s’imaginer la présence de Winruna à ses côtés qu’elle n’avait pas conscience qu’ils n’étaient pas ouverts), Andele se mit tout doucement à chanter, d’une voix à peine plus élevée qu’un murmure, qui aurait pu être un peu rouillée depuis le temps qu’elle s’était tue, mais se révélait être toujours aussi claire, rejoignant son A’kiilainen (qui risquait d’avoir une grande surprise) dans son chant.

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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeSam 13 Déc - 19:26

Au rythme du chant, du Conte, et sans cesser d'observer l'Endormie, Winruna se plongeait dans des souvenirs si anciens qu'on aurait pu être étonné qu'il ne les aient pas oubliés. Il avait bonne mémoire. Certains anciens parvenaient à garder une certaine clarté d'esprit en oubliant tout ce qui avait trait aux choses peu importantes du passé. Lui trouvait tout important. Tout avait un sens... Tout avait une musique, qui méritait d'être retenue, et à l'occasion fêtée. Ainsi, il n'oubliait rien : il rangeait. C'était une nécessité, lorsqu'on atteignait un certain âge, et surtout lorsqu'on était lorialet. Le tri par le vide, ou le rangement. Les souvenirs étaient des jouets qu'il ne fallait sortir que par nombre restreint... C'est ce qui permettait aussi de les garder intacts. Et là, il revoyait chanter l'un des conteurs qui avait intégré leur tribu lorsqu'il était encore enfant. Un jeune lorialet, que l'idée de rejoindre les gardiens de la musique avait tout de suite enchanté. Non seulement il avait pris la place d'historien du clan, mais il avait aussi suivi une formation de chanteur qui lui avait permis d'exprimer par lui-même, et avec une qualité proche de celle atteinte par les enfants d'Ida, les histoires qui lui avaient été transmises par ses ancêtres. Avec un sourire lointain, une certaine forme de mélancolie, Luonsäa pensait à ce jeune homme qui lui rappelait un peu sa propre personne. Peut-être avait-il été l'une de ses sources d'inspirations... Sans doute était-il mort depuis longtemps. S'il n'avait péri au cours de la fermeture des arches, il aurait sans doute succombé à la folie des lunatiques bien avant d'avoir atteint son cinquième millénaire. Après tout, rares étaient les faës qui vivaient si vieux, et s'il existait encore un lorialet plus âgé que lui-même (ou d'un âge similaire), alors il l'aurait très vraisemblablement su.

Il revint lentement à Andele, comme les souvenirs invoqués se rangeaient d'eux-même dans les tiroirs desquels ils étaient sortis. Ce chant lui rappelait-il aussi des souvenirs d'une jeunesse passée dans les vastes et opulents paysages de leur monde perdu ? Était-elle seulement capable de l'entendre ? Avait-il été chanté jusqu'à son époque au sein de la tribu, ou bien avait-il été perdu, comme beaucoup d'autres choses ? Tant de questions dont la réponse ne lui importerait plus tant dès lors que la chose la plus inattendue du monde aurait lieu. Car il entendrait sa voix. Et cette fois, elle ne serait pas le fruit de ses capacités à capter le passé dans la musique, bien que cela serait arrivé de nombreuses fois au cours des derniers siècles.

Cette voix là vibrerait physiquement. Contre sa peau, il sentirait son timbre, sa profondeur, sa clarté. Son esprit seul ne se réjouirait pas de retrouver ces sons perdus. Ce serait son corps entier qui réagirait à ce son cristallin, qu'il avait tant aimé, jusqu'à en faire la Voix féminine des feux follets: Quoi de mieux qu'une enfant d'Ida pour porter leur histoire, leur ballade, de siècles en siècles, de millénaires en millénaires, de civilisations en civilisations ? Il croyait l'avoir perdue, peut-être à jamais. Et voilà qu'elle résonnait à ses oreilles comme si elle ne s'était jamais éteinte.

Autant dire que Winruna n'avait pas été aussi surpris depuis très longtemps. Il avait durant deux, trois courtes secondes cessé de chanter. Ce temps lui avait permis de se redresser sur un coude. Il avait les yeux grand ouverts. Son visage avait perdu cette expression de mystère douce et mélancolique dont il avait fait une spécialité. Il ne reflétait plus qu'un étonnement aussi rare que sincère. Plus rares encore étaient les fois où le vieux faë semblait si peu contrôler la situation. Il donnait l'air d'avoir rajeuni de quelques bons millénaires. Son filleul (entre autres, mais surtout lui) aurait sans doute été vert à l'idée d'avoir raté un tel moment.

Très vite, il se reprit. Andele chantait le Conte dans son sommeil. S'il cessait de faire de même, rien ne lui disait qu'il ne perdrait pas l'opportunité unique de l'aider à rompre ce sommeil éternel dans lequel le mois des tempêtes l'avait plongée. Il l'avait vécu, comme tous les autres lorialets suffisamment anciens pour s'en souvenir. S'il y avait la moindre chance pour qu'elle sorte de cet état terrible, il fallait essayer. A commencer par chanter. Chanter sans s'arrêter. Sans perdre le fil de l'Histoire. Sans cesser de songer à ce qu'il voulait voir arriver. "Réveille toi, petite sœur. Le monde n'a cessé de t'attendre. Il t'ouvre grand les bras, et personne plus que toi ne mérite d'apprendre que malgré tout ce que nous avons vécu, la beauté, la nouveauté, la musique de la Vie et du Monde persistent, évoluent, changent, ne cessent d'émerveiller ceux qui ont été doté du Don de l'entendre. Ouvre tes yeux, vois, et regarde. Tout n'est pas perdu : il reste des enfants de la lune pour chanter les anciennes histoires, il reste un soupçon de magie pour rebâtir ce qui nous a été volé. Ton deuil a suffisamment duré, ouvre toi à Selajaa, ressens son énergie".

Bien sûr il n'avait pas dit tout ça : il continuait de chanter le même Conte, la même histoire, mais il avait changé de ton. Au gré de la musique il inventait une seconde voix, et quelques fois modifiait les paroles en allongeant des sons, en changeant certaines intonations. Par ce biais, il utilisait le pouvoir du Carillon pour communiquer ce message, sans vraiment savoir si son I'kiilainen serait en état de le comprendre, ou même de le prendre en compte et de "choisir" de se réveiller.

Peu importe : tout ce qui était en son pouvoir, il devait l'essayer.
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeMar 16 Déc - 5:50

Chanter… Chanter lui faisait du bien. C’était comme une libération, comme ça l’avait toujours été. Ce son, ces mouvements de lèvres, cet assemblage de tonalités et de rythmes, d’intonations… C’était tout ce par et pour quoi elle avait été élevée, et renouer avec ses racines était source d’une immense joie pour Andele. Elle ne se rendait pas compte à quel point ce chant pouvait être salvateur, évidemment. Ni la surprise qu’elle créait en faisant ce qu’elle aurait pourtant toujours fait. Si elle avait vu la tête de Winruna à cet instant précis, Andele aurait certainement éclaté de ce rire cristallin qui rappelait les sons joyeux des oiseaux, les plus minuscules, rire qui avait toujours entraîné des sourires amusés, ou d’autres éclats tous aussi mélodieux, à leur manière. Et elle aurait vu la surprise sur le visage de son mentor avec une satisfaction enfantine, celle d’avoir pu –au moins une fois en des centaines d’années- retourner la situation. Car ce n’était certainement pas près d’arriver de nouveau.

L’Endormie avait noté la pause de son A’kiilainen. Elle n’aurait duré que quelques secondes, mais ce fut assez pour faire légèrement froncer les sourcils de la jeune femme qui restait plongée dans un demi-sommeil. Elle connaissait assez bien son grand frère pour savoir qu’il n’y avait que très peu de raisons pour qu’il s’interrompe en plein chant. Y’avait-il un problème ?

Incapable de comprendre ce qu’il se passait, cette interruption aurait pu replonger Andele dans un brouillard sombre et effrayant, où les pires histoires pouvaient arriver. Heureusement pour elle, Winruna se reprit rapidement, ce qui calma aussitôt sa protégée. Réentendre la voix de son aîné la détendait, et si elle ne s’était pas arrêtée de chanter, quelqu’un d’aussi entraîné que Luonsäa avait certainement entendu les brèves modifications d’intonation de la belle au bois dormant, traduisant sa peur. La voix du lorialet n’avait jamais été aussi compréhensible depuis bien longtemps (même si elle en avait perdu toute notion) pour son élève, et même si elle n’était pas consciente de l’ampleur de ce qui lui était arrivé, elle saisissait qu’il y avait ici quelque chose d’important. Réentendre la voix de celui qu’elle ne connaissait pas encore comme Grasshopper était donc un soulagement auquel elle s’accrochait sans vraiment s’en rendre compte.

Alors que le Conte continuait, qu’Andele suivait de manière presque naturelle, comme si rien ne s’était passé depuis le dix-septième siècle (ce qui était le cas pour elle, d’une certaine manière…), elle pouvait entendre Winruna modifier ses vers. Elle connaissait cette histoire par cœur, il n'était donc pas vraiment difficile pour elle de poursuivre son chant tout en prêtant un peu plus d’attention à ce que son grand frère tentait de lui dire. Bientôt, elle parvint à modifier son propre chant en réponse, les changements minimes faisant part de son interrogation. "Ne suis-je pas déjà réveillée ? Que veux-tu dire grand frère ? J’essaie, mais c’est tellement difficile… Je ne sais même pas depuis combien de temps je lutte… Ce Monde est inquiétant, il manque de couleurs et de Vie, je ne l’aime pas. Il n’est que tristesse…"

Malgré l’inquiétude et l’incompréhension qu’elle portait dans son propre chant, il était clair qu’Andele n’abandonnait pas. Et pour une bonne raison : Peu importe le temps qu’elle pensait avoir passé dans cet autre univers, elle n’avait jamais réussi à comprendre autant les paroles d’un des membres de sa famille d'adoption, et encore moins à parvenir à une tentative de conversation. Et, preuve que les paroles de Winruna faisaient quand même effet et que l’Endormie essayait de lui obéir : ses paupières se mettraient soudain à papillonner.
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeDim 4 Jan - 18:36

Winruna n'avait pas été étonné d'entendre la voix d'Andele faillir lorsqu'il avait lui-même cessé de chanter, sous l'effet d'une surprise sincère qui avait su le prendre de court. Il avait intégré cet élément sans paniquer. Il était très conscient de tout ce qui était en train d'arriver ainsi que du peu de temps qu'il avait pour  prendre en main la situation avant de perdre tout contrôle sur cette dernière. C'est avec calme mais vélocité qu'il avait donc repris le chant, sans saccade ni respiration disgracieuse. Comme si ce soupir qu'il avait marqué faisait partie intégrante de la chanson.

Par le chant, il tenta la communication. Il n'espérait même pas vraiment obtenir une réponse claire, car l'esprit d'Andele pouvait être sévèrement endommagé suite au traumatisme qu'il avait subi, puis à toutes ces années de veille. Lorsque des sons clairs et précis sonnèrent à ses oreilles comme des questions émouvantes de justesse et de clarté, il eut envie d'éclater d'un grand  rire joyeux. Bien sûr, il savait se retenir, et était parfaitement conscient du fait que ce n'était pas le moment de laisser sa joie déborder. Si il n'était pas suffisamment prudent, tout pouvait encore lui glisser entre les doigts, tomber sur le sol et se briser. Un sourire apparut sur ses lèvres qui devait s'entendre dans sa voix, débordante d'espoirs et d'accents harmonieux. Ces accents, par leur éclat pur, inspiraient confiance et positivité.

Le pouce du lorialet glissa contre la peau diaphane de l'Endormie. Il avait vu ses paupières frémir. A ce niveau, il espérait qu'elle soit devenue capable de sentir et de comprendre les sollicitations charnelles. Une caresse contre une joue, comme pour éliminer une larme invisible. Une main chaude et protectrice glissant autour des doigts d'une autre main pour qu'elle sente sa présence et son soutien. Et bien sûr, toujours, les modulations du chant qui, grâce au Carillon, même à cette distance du sommet de la Flèche, permettait des échanges d'une précision rare : "Tu es toute proche, mais tu n'y es pas encore exactement. Il te faut faire un dernier pas vers moi. L'endroit où je suis n'a rien d'inquiétant. La Couleur et la Vie sont partout, et en cette époque elles débordent des murs, des roches, des flots et même du ciel. Ce endroit te plairait beaucoup, si tu pouvais ouvrir les yeux... Entends-tu l'appel du Carillon ? L'entends-tu porter ma voix ?".

Il était intimement persuadé que Selajaa était en grande partie à remercier pour cette évolution soudaine de l'état de sa protégée. Comme à beaucoup d'autres avant elle, Selajaa saurait lui montrer le chemin vers la guérison. Le chemin vers son corps et vers le monde charnel, loin des tristes plaines abyssales dans lesquels les souvenirs du Sidhe ancien, et la vie d'un trop grand nombre des leurs, erraient, gisaient, hurlaient depuis des siècles.
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeLun 19 Jan - 4:46

Elle ne pensait pas qu’il serait aussi compliqué d’ouvrir les yeux. Et pourtant, elle aurait dû le savoir, elle essayait depuis si longtemps ! Il y avait pourtant des moments où elle avait l’impression de voir ce qu’il se passait autour d’elle… Mais tout cela n’avait donc été qu’imagé ? Par son esprit au bord de la rupture, qui avait besoin de croire qu’il y avait autre chose que cette désolation, ces cris, ces peurs, ces larmes ? Certainement… Elle n’aurait pas pu survivre si elle ne s’était pas accrochée à l’espoir de retrouver un jour sa famille de cœur. C’était sûrement ce qui lui avait permis de tenir aussi longtemps dans ce monde sombre et froid…

Les pensées de l’Endormie reprenaient un chemin dangereux. Si elle se laissait envahir par ces idées noires, elle ne parviendrait pas à rejoindre son A’kiilainen. Et il fallait qu’elle le fasse. Qu’elle se laisse porter par la joie et la pureté de la voix de son Mentor, pour parvenir à revenir parmi les vivants. Qu’elle sorte de cette catatonie qui était la sienne depuis tellement longtemps que la notion de temps n’avait plus d’importance pour elle. Parce qu’il était impossible de compter secondes, minutes, heures et jours quand tout n’est que brouillard grisâtre et murmures inquiétants.

Fronçant les sourcils, Andele tentait de se concentrer sur Winruna. La pureté de sa voix, l’espoir qu’il transportait, l’image qu’elle gardait de lui. Son Mentor, son Tuteur, son Frère, peut-être même la personne à laquelle elle était la plus attachée sur cette planète (et venant d’Andele ce n’était pas peu dire). Si elle ne pouvait pas se réveiller pour Lui, il y avait de fortes chances pour qu’elle n’y parvienne jamais. Le doigt sur sa joue la fit frissonner. Et pourtant, quasiment aussitôt, un léger sourire fleurit sur son visage de porcelaine. Elle reconnaissait ce toucher, et le fait qu’elle soit capable de le ressentir en disait beaucoup, même pour elle qui était éloignée de tout depuis des siècles. Elle était là. Elle revenait. Même pour elle, c’était palpable.

Ses doigts se serrèrent autour de ceux de l’autre lorialet. Elle pouvait y arriver. Elle n’était pas seule, il était avec elle, l’avait toujours été (au moins une chose dont elle pouvait être certaine). S’il lui disait que ce qui se trouvait de l’autre côté de ses yeux clos valait la peine qu’elle le voie, c’est que c’était le cas. Jamais elle ne mettrait la parole d’un membre des Feux Follets en doute, et encore moins s’il s’agissait de Winruna. Il avait raison, voilà tout.

Elle lui prêtait une attention extrême, même si ses paroles l’intriguaient légèrement. Ou peut-être justement parce que ses paroles étaient intrigantes, et que la curiosité avait toujours été l’un des traits les plus prononcés de la « jeune » lorialet. Elle fit d’ailleurs part de ses questionnements à celui à qui elle pouvait tout dire, alors que ses yeux semblaient s’ouvrir sur un monde qui était réel, cette fois. Bien qu’elle ne pouvait pas en être certaine tant qu’elle n’aurait pas croisé le regard vairon de son A’kiilainen. "Je l’entends… Mais je ne comprends pas, je pensais qu’il n’y avait plus… plus personne pour y chanter nos histoires…"

Quelques secondes plus tard, Andele s’interrompait. Sa voix s’était tue, mais non loin de là, en haut de la Flèche, le chant continuait. La jeune femme aux cheveux gris, elle, ouvrait grand les yeux sur un plafond transparent qui laissait voir le ciel parsemé de lunes. Si elle se doutait une seconde qu’elle se trouvait dans l’une d’entre elles, elle serait certainement plus émerveillée encore. Lentement, comme si le geste lui coûtait énormément, elle tourna la tête. Sans vouloir se l’avouer, Andele était terrifiée. Qu’allait-il se passer ? Et si ce n’était qu’un énième rêve ? Si elle retrouvait cette grisaille, ce sombre monde qui la faisait cauchemarder de manière perpétuelle ? Heureusement pour elle, son regard gris clair en croisa un autre. Ses yeux plongèrent dans ceux de son vis-à-vis, l’un couleur de l’océan, l’autre couleur de l’herbe fraîche. Le sourire qu’elle lui adressa alors sembla illuminer l’ensemble de son visage jusqu’à présent si immobile, tandis qu’Andele réalisait que oui, elle était de retour.


« Bonjour, Grand Frère… »

Ou bonsoir. Elle n’avait aucune idée de l’heure qu’il était. Mais ce n’était pas important. Ce qui comptait, c’était qu’elle était là. Pour de vrai. Et que si elle en avait la force, elle se serait jetée dans les bras de son A’kiilainen comme une enfant perdue qui vient de retrouver son parent. Ce qui était le cas, au fond.
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeLun 26 Jan - 13:22

Le chant parvenant aux oreilles de Winruna n'était plus le même. Porté par une joie électrique, bien difficile à contenir, il entendait des voix se superposer à celles qui étaient réellement en train de s'exprimer. Nelurin avait rejoint son appel. Il entendait la sphère vibrer, blanche et cristalline, pleine, parfaite. Ce son emplissait son cœur d'une joie aussi ronde et parfaite que l'était la lune qui les logeaient. Elle les berçait, bienfaitrice. Son onde bénéfique illuminait toutes les zones de pénombre. Elle posait un filet pour les empêcher de tomber. Voilà qu'elle se prenait pour leur Mère... Ah. Il aurait voulu qu'Andele puisse entendre et voir tout cela à son tour : l'aurait-elle pu, elle n'aurait plus jamais risqué de faire marche arrière, et de tomber dans la Morbide inconscience.

Des couleurs et des formes venues d'autres époques brouillaient son regard. Il entendait les murs siffler, les plantes chuinter, et les roches grésiller. Peu importaient ces parasites, que ses émotions trop intenses lui valaient : il serait mort depuis longtemps s'il n'avait pas su s'accommoder de la folie des Compositeurs et vivre malgré les hallucinations courantes qu'il expérimentait. Parfois, elles étaient à l'origine de ses comportements étranges. Parfois, il n'avait pas besoin d'elles pour se comporter étrangement. Et parfois, malgré la présence des visions, il y avait bien trop en jeu pour qu'il daigne se laisse transporter par des réactions que la situation ne justifiait pas. Cet instant faisait bien entendu partie de ces situations où il lui fallait contrôler ses ardeurs avec calme et résolution. Peut-être y avait-il une trace de folie euphorique au fond du regard pétillant qu'il posait sur Andele, mais son attitude restait la même, et sa concentration ne vacillait pas. Il utilisait la beauté, la vibrance des couleurs irréelles de l'environnement comme un carburant alimentant joie, espoir, positivité. Tout ce qu'il tentait de faire parvenir à l'Endormie au travers de ce chant, cette corde tendue pour la tirer du bourbier.

Voilà qu'elle souriait en réaction au geste qu'il avait eu à son égard. Émerveillé, le lorialet songea, distraitement, que c'était la première fois depuis l'Effondrement qu'il voyait de ses yeux physiques le visage de sa protégée arborer une expression heureuse... Voire une expression tout court. Il aurait voulu éclater d'un rire joyeux, mais il savait que ce n'était toujours pas le bon moment pour cela. Il se concentrait sur le contact de leurs doigts maintenant serrés. Si force et volonté avaient regagné le corps d'Andele, alors elle n'était plus très loin du moment où elle pourrait sortir de cet enfer, et se réveiller. Oh... Il se souvenait beaucoup trop bien des quelques jours qu'il avait passé souffrant, dans un état similaire, il y avait de cela si longtemps, et tout à la fois si peu de temps. Le contrôle des muscles revenait en dernier. Serait-ce similaire pour elle, malgré la terrible durée de son Sommeil ? "Tout n'est pas perdu, petite soeur... L'espoir réside, et si nous sommes affaiblis, nous sommes encore présents. Viens à moi et je t'expliquerai... J'ai tellement de choses à te raconter".

Ce furent les dernières paroles qu'il détourna car bientôt, il vit ses paupières frémir. Ses yeux s'ouvrir. Elle cessa de chanter, et il fit bientôt de même, car elle n'avait plus besoin d'être appelée. Elle était là. Elle voyait. Et elle entendait sans doute encore la voix qui leur parvenait du sommet de la Flèche, bien qu'elle vienne de changer de chanson. Leurs regards se croisèrent. Subitement, la durée du Sommeil n'eut plus d'importance. Elle s'était égarée le temps d'un battement de cil, et elle était de retour. Bien sûr, il savait que cette perspective qu'il ne pouvait s'empêcher d'avoir était bien loin de ce qu'elle ressentirait lorsqu'elle saurait combien de temps elle était restée inconsciente. Quelle était jeune, sa petite sœur... Elle avait si peu, et tout à la fois tant vécu. Était-elle restée plongée dans un Mois des Tempêtes sans fin, ou bien le néant l'avait-il soulagée de cette terrible expérience ?

Winruna se plongea dans la splendeur cristalline de cette innocence, cette pureté diaphane sortant de l'hibernation. Cet instant avait quelque chose de sacré. Il lui apparut clairement que cela n'aurait pas dû se passer ailleurs qu'ici, au sein du Carillon, quand bien même il ne s'agissait pas de l'original. Il se souvint d'une vision morcelée qu'il avait souvent eue, et n'avait jamais comprise. Ou bien n'avait-il pas osé y croire ? Des billes lumineuses dans un ciel d'encre, et bientôt deux autres, exactement similaires aux prunelles qu'il dévorait du regard à cet instant précis. Était-ce la raison qui l'avait poussé à initier l'existence de cette réplique, bientôt suivi par d'autres qu'il avait su convaincre ?

Cela avait-il encore la moindre importance maintenant qu'elle s'adressait à lui ? Le sourire qui n'avait pas quitté les lèvres du faë s'élargit un peu plus. Il se décala pour porter un bras dans son dos, l'autre en dessous de ses genoux.

"Idamäieka,.,.,.,. A'O'lodeka. I'kiilainen."

A cet instant précis, le lorialet était la seule langue qu'il se sentait d'utiliser. Aucune autre n'aurait pu accueillir toutes les nuances qu'il voulait mettre dans ces quelques mots. Aucune autre ne lui aurait permis d'accueillir l'Endormie, maintenant parfaitement réveillée, au sein du peuple qui s'était tant langui d'elle... Et même si ce peuple ne se résumait plus à grand chose d'autre que Winruna et Andele eux-mêmes. Il n'aurait pu trouver d'autres mots plus heureux. Il tenta de la soulever dans ses bras, doucement, délicatement, de peur de lui faire mal. Après toutes ces années d'immobilité, elle devait être très faible et il craignait que le moindre mouvement lui soit insupportable. Toujours en lorialet, il s'enquit de son état durant l'opération. Une fois qu'il eut fini, elle était assise sur ses genoux et, l'espérait-il, elle pouvait maintenant voir le reste de la chambre à l'intérieur de laquelle ils étaient. Lui restait silencieux mais était très attentif au moindre de ses gestes et de ses réactions. Il n'avait pas besoin de parler pour prouver qu'il était présent, disponible entièrement. Il ne voulait pas la noyer sous un flot d'informations qu'elle n'aurait pas pu supporter. Il lui laissait le temps de revenir au monde... de le redécouvrir. Dès lors que des questions fleuriraient sur ses lèvres, il serait bien évidemment là pour les cueillir.
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeVen 30 Jan - 0:27

L’espoir. Tout n’était pas perdu. C’était plus que vrai, elle pouvait le ressentir au fond d’elle-même. D’ailleurs, si Andele n’avait pas gardé espoir tout ce temps, elle serait incapable d’avoir cette conversation à présent, n’est-ce pas ? Etait-ce ce même espoir qui lui permettait à présent d’ouvrir les yeux ? De laisser son regard vagabonder au-delà de cette voûte transparente, se perdre dans le sombre ciel du Carillon jusqu’à tomber sur l’Eclipse, dont la douce lueur lui emplissait suffisamment le cœur pour apaiser ses angoisses, lui donnant la force de détourner le regard pour rencontrer celui qu’elle espérait revoir depuis si longtemps qu’elle n’aurait pu compter.

Il y avait tant d’émotions dans ce simple échange de regards qu’il était difficile de croire à autre chose qu’à un instant de grâce. Béni par la Lune elle-même, si l’on en croyait certains. Le chant du Carillon n’était plus le même, mais il était à présent inutile de s’en soucier. Plus grand-chose n’avait d’importance. Plus grand-chose d’autre que le regard vairon de son A’kiilainen qu’Andele trouvait plus lisible que jamais, et dont la joie palpable qu’elle y décelait, si similaire à la sienne, lui réchauffait le cœur. Oh, ce qu’il avait pu lui manquer… Ce que sa famille entière lui avait manqué, en réalité. Il avait été si difficile de parvenir à les entendre sans les comprendre, d’être si proche, et si lointaine à la fois, de vouloir rire à leurs histoires et sourire à leurs fausses prises de bec sans pouvoir parvenir à s’échapper de cette spirale d’horreur et de désolation…

Mais il n’était plus temps de ressasser ces désastreux souvenirs. Pas alors que, pour la première fois depuis la chute des arches, elle ressentait à nouveau la chaleur de l’affection d’un être cher. C’était à ce sourire, qu’elle devait s’accrocher à présent. A celui-ci et aux autres qui, elle en était certaine, finiraient par arriver. Parce qu’elle était à l’aube d’une nouvelle page, qu’elle comptait bien partager avec tous ceux qu’elle aimait. Après ces longs instants de doute, d’errance douloureuse et de solitude, était venu le moment d’offrir tout ce qu’elle avait été obligée de retenir dans son monde sombre, isolé et inquiétant. Et cela commençait en prenant la parole, non plus pour chanter de manière plus ou moins consciente, mais pour dire des mots qui signifiaient bien plus que leur sens premier. Le sourire qui s’étendit sur le visage de Winruna sembla aller jusqu’à pousser un peu plus haut les contours de ses propres lèvres. Cet instant aussi calme qu’euphorique semblait perdu dans un espace qui n’appartenait qu’à eux. A eux, et à la Lune qui leur servait de berceau.

Andele regarda son frère changer de position sans un mot. Elle aurait pourtant tellement de choses à dire, mais son esprit –bien que plus entier que jamais- paraissait ne pas savoir par où commencer. Toujours affolé que ceci ne soit qu’une partie plus agréable du rêve sans fin qu’elle vivait depuis des siècles sans qu’elle ne le sache vraiment, et qu’elle finisse par retrouver ce noir inquiétant, sans la moindre lueur bienfaitrice. Elle se laissa approcher sans oser piper mot, craignant autant qu’elle s’impatienter de sentir à nouveau le toucher de quiconque. L’être si affectueux qu’elle était avait également cruellement manqué de contacts, ces derniers temps.

Les paroles de son A’kiilainen eurent plus d’impact sur l’ancienne Endormie qu’elle ne l’aurait voulu. Et pourtant, comme il avait raison, comme une simple salutation semblait bien peu de chose face à tout ce qu’il avait pu leur arriver. Andele sentit son regard se brouiller. Et cette seule sensation, plus encore que toutes les autres qu’elle tentait d’assimiler depuis son réveil, fit tomber toute barrière qu’une fierté mal assurée serait parvenue à ériger. Ainsi, dans les bras de son frère d’adoption, c’étaient des larmes de joie qu’elle laissa couler. Des perles nacrées dont l’apparente douleur se confrontait à la douceur avec laquelle elles roulaient sur ses joues. Peut-être était-ce la raison pour laquelle elle entendit son porteur s’enquérir de son état. Elle se contenta de le rassurer d’un geste, ne faisant absolument aucune confiance à sa voix. Elle ne voulait pas que Winruna pense qu’elle souffre ou soit triste, car il n’y avait là qu’une joie des plus pures qui ne pouvait s’exprimer par les mots. Elle avait juste besoin d’un peu de temps pour permettre à ces émotions merveilleuses de retrouver un moyen d’expression plus subtile.

Ce que son aîné semblait avoir parfaitement compris d’ailleurs, parce qu’il se contentait d’être là, présent sans s’imposer, lui laissant le temps de se reconnecter au monde. Les billes argent de la lorialet dévoraient les images qui s’étendaient face à elle. La Vie, les Couleurs, la Chaleur, les Sons, tout lui revenait avec une intensité qui frôlait la démence. Calée contre Winruna, Andele se laissait absorber par tout ce qui lui revenait, ces sensations qui l’avaient submergée un peu plus tôt et qu’elle tentait maintenant d’apprivoiser, des sensations positives et bénéfiques qu’elle n’avait plus ressenties depuis l’Effondrement.

Surbmergée par la beauté de ce qu’elle ressentait à nouveau par tous les pores de son être, Andele ferma les yeux. Un instant très court, à peine le temps d’un battement d’ailes de papillon, car il serait bien trop aisé de tomber à nouveau dans un Sommeil infini si elle laissait trop longtemps ses paupières baissées. Et il était hors de question de laisser cela arriver. Elle ne le supporterait pas, pas maintenant qu’elle avait eu accès à la magnificence du monde une nouvelle fois. Enfin, elle trouva la force de faire entendre sa voix. Pas plus basse qu’un murmure, sur un ton aussi doux que possible, inspiré par l’harmonie de la vie qui s’écoulait sous ses yeux.


« C’est si…Vivant… »

C’était le seul mot qui lui était venu. Le seul qui contrait si bien l’impression qu’elle avait eu de vivre hors du temps, de mourir sans pourtant partir, d’être là sans prendre part au spectacle que la Vie donnait chaque jour. Il lui semblait qu’elle ne pourrait jamais plus détourner son regard du paysage qui s’étendait face à elle. Et pourtant il y avait tant d’autres choses à regarder, à sentir, à toucher, à écouter et à aimer qu’elle aurait pu en avoir la tête qui tourne. Tête qu’elle laissa finalement tomber sur l’épaule de son A’kiilainen, alors qu’une question s’imposait entre toutes.

« Où sommes-nous ? »

Andele avait reconnu le Carillon. Elle savait aussi, si ce n’était mieux que personne, l’état dans lequel devait se trouver celui du Sidh Originel, pour y avoir Vu de nombreuses fois au cours de son Sommeil les derniers lorialets y chanter. Et si le Chant des Lamentations lui avait permis de garder l’esprit au plus fort de la Tempête, elle était certaine que le bâtiment dans lequel ils se trouvaient, bien que copie fidèle, n’était pas celui où les siens avaient entonné leur dernier Requiem.
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeMer 4 Fév - 21:22

Il y avait de l'eau sur ses joues... Tant d'éclats de joie, qui comme les gouttelettes des cascades alentours riaient et pétillaient et perdaient leurs contours au contact du sol, ou d'une main. La sienne en l'occurrence, mais légère, sur une pommette. Juste de quoi signifier sa présence, son soutien. Rien de bien invasif, rien de bien long. Il fallait laisser le temps au temps. Qu'était une seconde, une minute, une heure, un jour, un an ? Si c'était d'un siècle qu'Andele avait besoin pour s'ancrer dans la réalité, il lui offrirait sans hésiter. Les tics tacs invisibles n'existaient pas, ici. Ils n'avaient aucune signification. Le sourire d'Andele, lui, était un monde entier. Le sien, qui lui était enfin rendu. Le leur, qu'ils pouvaient maintenant partager. Mais ces gouttes, il n'y avait aucune tristesse à l'intérieur. Des couleurs vives et brillantes, des lueurs cristallines, et rien de sombre, et rien de douloureux. Il était soulagé, en plus d'être en liesse. Plus que tout autre elle, l'innocence même, elle dont le sourire lumineux et la voix enchanteresse étaient devenus l'une des lumières guidant leur périple éternel, il avait été dur de la voir sombrer dans l'immobilité.

Émerveillé, il regardait sans rien dire chaque trait de son visage, chaque expression subtile, comme elle admirait le paysage à l'extérieur, et l'architecture naturelle qui structurait Nelurin. Aurait-il eu à parler, il n'aurait pas dit mieux. "C'est si vivant...". Car elle aussi l'était... Et combien le serait-elle lorsqu'elle découvrirait le monde, si changé ! Bien sûr, il était important d'y aller doucement, car certaines choses risquaient de l'effrayer. Avant de sortir du Sidhe artificiel, elle devrait savoir à quoi s'attendre. Elle devrait être préparée. Winruna connaissait bien les fragilités des siens, auxquelles il était l'un des rares à avoir survécu. Ces mêmes faiblesses risquaient de détruire tous leurs efforts si l'on n'y prenait pas garde. Elle était comme ces fleurs qu'il avait réunies pour elle : pleine d'espoir, mais fragile. Il fallait en prendre soin comme d'un bourgeon sur le point d'éclore. Plus tard, elle deviendrait capable de se tenir droite seule et d'avancer sans aide, mais pour le moment, il craignait trop qu'elle glisse et se froisse les ailes pour prendre le moindre risque.

Sa tête tomba contre l'épaule de Luonsäa qui avait détourné les yeux en direction du ciel. Son regard rêveur observait sans voir les roches translucides, les lunes, les astres, les plantes et les cours d'eau. Il laissait les vibrations du Carillon agir sur lui, panser les tristesses qui n'avaient plus lieu d'être. Il glissa sa main dans les cheveux d'Andele pour les caresser lentement. Ce paysage, il l'avait imaginé pour elle... Dans la perspective d'un éventuel réveil, il voulait qu'elle ouvre les yeux dans un environnement merveilleux. Cette vie qui lui avait manqué pendant si longtemps, il avait voulu lui insuffler par les moyens d'une vision enchanteresse. Et il semblait que sa stratégie s'était avérée gagnante.

Enfin, une question franchit les lèvres de l'Endormie désormais bien éveillée. Une interrogation des plus naturelles. Si, dans Nelurin, il aurait été difficile de se rendre compte que ce Carillon n'était qu'une copie miniature de l'originale, véritable Ville Sacrée, elle avait vu ce que tous avaient vu. Peut-être même en avait-elle vu plus. Les leurs avaient accepté l'agonie. Dans un dernier Chant, ils s'étaient éteint. A l'heure qu'il était, dans leur Monde devenu inaccessible, le Carillon était devenu une nécropole géante où presque tous les lorialets, suite à un dernier pèlerinage, avaient rendu leur dernier souffle.

A son tour, il laissa tomber sa tête contre celle d'Andele. Les explications vinrent naturellement en lorialet. Parler dans une autre langue à un tel moment, et lorsqu'ils n'étaient que tous les deux, n'aurait eu aucun sens :

"Dans un Sidhe artificiel conçu très récemment. L'arche est située en Amérique... C'est un grand continent que tu ne connais pas encore. Nous n'y sommes jamais allés avant que tu fermes les yeux. Regarde ce que nous avons réussi à créer : c'est une copie, mais il fonctionne comme l'original. A peu de choses près, il a les mêmes pouvoirs."

Ses explications manquaient de détail. Notamment, il avait fait exprès de ne pas lui révéler depuis combien de temps elle était restée inconsciente. Il n'avait pas non plus voulu donner de détails sur la construction du Sidhe : la création du Conseil, le règne nouveau de Titania et Obéron sur l'ensemble des faës, les Éminences et Gaea... C'était trop d'informations, trop tôt. La pauvre n'avait sans doute aucune idée de ce qui était arrivé suite au mois des tempêtes. Il détourna le sujet de conversation le temps d'une pause malicieuse. Une mitaine de voyageur se dressa dans le ciel. Son doigt tendu décrivit un arc de cercle.

"Mais si tu veux savoir où nous sommes exactement.... Pourquoi n'essaierais-tu pas de deviner ?"

Suite à un regard pétillant de malice, il raffermit la prise qu'il avait sur son corps puis se mit debout et entreprit de la porter. En quelques pas sautillants - elle était devenue bien légère - il monta les marches qui formaient le pied du lit de sorte à s'arrêter devant la "vitre" bombée. D'ici, ils avaient une vue panoramique magnifique. Si elle baissait les yeux, elle verrait la mer d'argent, totalement étendue sous leurs pieds. A leur droite, au loin, on voyait la falaise, et la flèche élancée. Ils étaient en mouvement. Elle pouvait compter les astres dans le ciel, mais elle aurait plus vite fait de remarquer qu'ils avançaient trop rapidement pour être à l'intérieur d'une sphère de basse fréquence.
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeVen 13 Fév - 5:44

C’était beau… C’était plein de vie, de couleurs, de sons, c’était tellement plus que ce qu’elle avait eu droit jusqu’à présent qu’elle sentait qu’elle pourrait se mettre à pleurer de joie à nouveau. Mais son A’kiilainen avait déjà séché ses larmes une fois, et Andele ne voulait pas qu’il y soit contraint de nouveau. Et bien qu’émotive –on le serait à moins- elle avait tout de même sa fierté, qui n’appréciait que moyennement d’être ainsi malmenée. Même si, au fond, elle avait de la chance de n’être que face à Winruna. Dans d’autres circonstances, elle aurait déjà entendu les railleries amicales et attentionnées de Mareti ou de Gemno.

Ah, ce qu’ils pouvaient lui manquer, eux aussi ! Andele ne savait pas où ils étaient passés, et cette question s’ajoutait à la longue liste de celles qu’elle avait sur le bout de la langue. Mais pour le moment, elle s’abreuvait simplement du paysage, observait les plantes, l’étrange roche, ces cascades qui n’apparaissaient que pour nourrir la nature qui peuplait l’alcôve, et tout le reste. Tout ce qui pouvait lui tomber sous les yeux, et qui lui rappelait que le monde n’était pas mort, ni silencieux, ni triste. Au contraire, il était vivant, flamboyant, et vibrant de mélodies toutes plus attirantes à l’œil, à l’oreille et à l’esprit. Tout comme elle, le monde était en éveil.

La main de Winruna dans ses cheveux était apaisante. C’était un point d’ancrage dans un monde de sensations où Andele aurait vite pu se sentir submergée. Il n’aurait pas fallu grand-chose pour qu’elle cède à l’hystérie, en réalité. Ayant été éloignée de toute cette Vie pendant si longtemps, une rencontre aussi brutale que son réveil aurait pu lui faire perdre ses moyens, si elle avait été seule. Heureusement, son grand frère d’adoption était là. Dans un autre coin de son esprit, elle se demandait depuis quand il était là. Avait-il toujours été à son chevet ? Peu importe le temps qu’avait duré son Sommeil, elle en doutait. Les Feux Follets étaient des vagabonds toujours occupés. D’ailleurs, elle n’avait pas toujours entendu sa voix, dans son propre monde. Mais elle savait, sans même avoir à se questionne, sans en douter une seconde tant le simple fait de le mettre en doute semblait ridicule, que tous avaient pris soin d’elle de la meilleure façon qu’il soit. Comme elle n’aurait jamais hésité à prendre soin d’eux, parce qu’ils étaient une famille dont les liens importaient bien plus qu’ailleurs.

Enfin, la jeune lorialet s’était décidée à poser une question. La première qui s’était imposée, alors qu’elle continuait toujours de regarder autour d’elle avec des yeux ronds, avides de connaissance et brillants de promesses. Elle ne savait pas où elle était, mais une chose était sûre : Ce monde, elle l’aimait déjà. Religieusement, comme toute bonne élève qu’elle avait toujours été, Andele écoutait la réponse de son aîné sans quitter le paysage du regard. Un sidhe artificiel…voilà une avancée magnifique ! Si les leurs avaient pu créer ce genre de chose avant l’Effondrement, peut-être n’y aurait-il jamais eu de Mois des Tempêtes… Ou peut-être le pouvaient-ils, mais n’y avaient simplement jamais pensé. Après tout, s’attend-on vraiment à ce qu’un tel malheur nous tombe dessus ? La jeune Faë espérait bien que non, sinon ceux qui avaient laissé faire ça étaient de bien piètres êtres…

Elle s’apprêtait à poser une autre question concernant ce sidhe, quand une autre information la frappa. Un nouveau continent qu’elle ne connaissait pas ?! Alors ça, c’était injuste ! Elle allait avoir tellement de choses à rattraper, s’ils étaient arrivés ici si longtemps avant elle… Une petite moue se logea sur son visage de porcelaine, rapidement remplacé par un sourire alors qu’elle incendiait son A’kiilainen de questions dans leur langue natale, comme au bon vieux temps.


« L’Amérique… c’est grand comment ? Nous sommes là depuis longtemps ? Ils parlent quelle langue, ici ? Tu crois que je vais mettre longtemps à apprendre ? »

« Longtemps » étant un concept abstrait chez les Faës, plus encore ceux qui avaient vécu des millénaires, Andele était déjà presque sûre que les réponses à ces questions ne la satisferaient pas tout à fait. Mais cela n’avait pas d’importance, car déjà Winruna enchaînait, la main en l’air, sur une question à lui. Un jeu, en réalité. Sa cadette en aurait frappé dans les mains de ravissement, s’il n’avait pas déjà entreprit de la soulever pour l’emmener près de l’extérieur. Elle se contenta donc d’un grand sourire amusé. Andele adorait les devinettes –quand elles n’étaient pas faites à ses dépends- et, avec une famille comme les Feux Follets, c’était bienvenu !

Son souffle se coupa dans une inspiration quand elle découvrit la vue. D’ici, on pouvait voir le reste du Carillon, la Flèche, au loin, debout sur cette falaise, donnant à la fois l’impression de s’étendre vers le ciel et de s’enfoncer dans la terre. En contrebas, l’océan d’argent avait la même couleur que les yeux qui l’exploraient. C’était splendide. Stupéfiant. Elle aurait eu beaucoup d’autres mots pour décrire ce qu’elle voyait, mais le but du jeu était de deviner où ils étaient exactement, avait dit Winruna. Si ce Carillon fonctionnait comme celui du Sidh Originel, il lui fallait lever le nez vers les astres, et compter les Maisons. Suivant leur position, elle pourrait peut-être déterminer le… mais, ils avaient bougé ! Comment pouvait-elle se rendre compte aussi vite de leur mouvement, s’ils étaient dans l’une des onze Maison du Carillon ?! Cela n’avait pas de sens ! A moins que…

Le visage d’Andele se tourna vers celui de son A’kiilainen, qui avait certainement étudié son processus de déduction. Son sourire émerveillé semblait pouvoir faire trois fois le tour de ses oreilles, et si elle paraissait déjà jeune en temps normal –et surtout pour le lorialet qu’il était-, elle devait avoir perdu quelques centaines d’années encore. Ses yeux reflétaient une surprise alliée à une fascination sans bornes, tellement qu’elle sentait sa tête bourdonner.


« Nous sommes dans une Lune ?! Mais c’est merveilleux ! Je croyais qu’on ne pouvait pas habiter les Lunes… Comment as-tu fait, A’kiilainen ? »

Elle aurait pourtant dû s’en douter dès qu’elle avait vu la paroi transparente… Les Maisons étaient fermées. Une Lune… Rien que d’y penser, Andele se sentit éclater d’un rire joyeux et bon enfant. Un rire qui devait ramener son Tuteur des centaines d’années en arrière. Un rire qu’elle n’avait eu aucune raison de laisser échapper depuis bien trop longtemps…
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeLun 16 Fév - 17:45

On aurait pu croire le lorialet désordonné, aléatoire, irréfléchi. Il en donnait l'air, après tout : Ne venait-il pas, au lieu de répondre aux questions l’Éveillée, d'en poser une nouvelle de son cru sans prendre la peine de satisfaire ses interrogations ? Pourtant, tout était maîtrisé. Il lui arrivait souvent de rester silencieux ou de dire plein de choses qui parfois n'avaient que très peu de sens pour ne reprendre que de longues minutes plus tard les discussions qu'il avait échappées. Cela aurait pu déstabiliser la pauvre Andele, qui revenait au monde à l'instant. Mais d'un autre côté, cela faisait des siècles qu'elle le connaissait, et cela pourrait au contraire la rassurer, lui permettre de s'ancrer dans le réel, que de retomber dans les coutumes des feux follets.

Il n'avait pas gardé le silence que parce qu'il en avait arbitrairement envie. Il pensait qu'il était bien trop tôt pour laisser les informations la submerger, même lorsqu'elle était celle qui les demandait. Bien sûr ! Elle était curieuse. Qui ne l'aurait pas été ? Qui, parmi les feux follets ? La curiosité était l'une des caractéristiques qu'ils partageaient tous. Aucun d'entre eux ne connaissait l'ennui, ni la lassitude. Le monde était une source continue d'émerveillement, de rires, de musique et de vie. Alors qu'il l'avait portée jusqu'à la courbe transparente de Nelurin, c'est cette même curiosité qui illuminait son visage impatient, perdu, étonné... enchanté ! Stupéfait ! Ces expressions gonflaient le cœur du vieux faë d'émotions palpitantes et de notes carambolées. Il lui fallait composer. Les sons allaient se perdre, et cet instant méritait d'être à jamais retenu. Et ce rire, si longtemps rendu à l'état de spectre nostalgique ? Un accompagnement magique ! Magistral. Quelles percussions ? Quel tintements pour lui faire honneur et rappeler à jamais la joie vivifiante qu'il contenait et n'aurait jamais dû perdre ? Oh... Il savait. Quelque chose de naturel, comme des gouttes de pluie claire tombant sur le cristal. Quelque chose d'immortel, d'intemporel. Il rit à son tour. Leurs voix mélodieuses se mêlèrent, chant improvisé que rien d'humain n'aurait pu reproduire. La pluie se mit à tomber à l'intérieur de la sphère, sans doute appelée par l'esprit trop turbulent de Luonsäa. Le sidhe était ainsi fait : son paysage répondait aux pensées de ses habitants, comme à l'intérieur d'un sublime rêve modelable à souhait. Winruna prit son chapeau à longs bords et le déposa sur la tête d'Andele. D'un doigt il pointa une feuille frémissante à leur pied, à qui il fit signe de grimper. La plante grandit, grandit, et devint plut grande qu'eux. Elle se pencha au dessus de leur tête, protectrice. La pluie magique commença à clapoter à sa fine surface végétale. Un son agréable et frais.

"Allons petite sœur... Penses-tu vraiment que quoique ce soit soit impossible ici ? Ce n'est pas parce que personne n'a jamais essayé quelque chose que cette chose est hors de portée. J'ai demandé, j'ai insisté, ils ont bien dû me laisser faire. A vrai dire, ils ont même aidé. Encore une coutume incompréhensible, cette manie de déserter les lunes... Comme le bruit du monde physique, qu'ils ont longtemps ignoré, méprisé. Quelle idée !"

Son sourire s'étendait encore jusqu'à ses oreilles. Il décida qu'Andele avait été suffisamment assise, ou couchée, ou portée. Délicatement, il lui fit comprendre qu'il voulait qu'elle se mette debout. Il l'aida à toucher le sol des pieds. Il la tint, à chaque instant, pour s'assurer qu'elle ne tomberait pas, et qu'elle resterait bien debout. Ses muscles atrophiés auraient peut-être quelques difficultés à soutenir son poids, quand bien même il était très léger.

"Nous allons, nous venons, nous avons beaucoup voyagé. L'Amérique n'était qu'une de nos destinations, j'aurai beaucoup d'histoire à te raconter. C'est un immense continent ! Aussi haut que l'Asie, large, à son maximum, comme l'Afrique, au centre il devient presque inexistant puis il redescend plus bas que tout ce que tu pourrais imaginer. Dans un sud encore inconnu à l'époque de nos voyages, où le froid devient plus mordant encore que tout en haut !"

Il ferma la main en poing, puis l'ouvrit à nouveau. Certaines gouttes de pluie, par la force de sa volonté, se changèrent en buée qui rendit opaque la surface en face d'eux. Du doigt, il entreprit de dessiner les contours des continents sur le cristal embrouillé.
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeMer 18 Fév - 5:58

L’attitude de Winruna était loin de perturber sa sœur. Au contraire, elle trouvait dans ses gestes et dans ses attitudes un confort qu’elle ne s’était plus attendue à ressentir depuis… « longtemps ». la vérité était qu’Andele donnerait beaucoup pour oublier ne serait-ce qu’un instant le poids de la peine qui l’avait plongée dans ce néant sombre et sans vie. Retrouver le caractère changeant, la Vie, et la vitalité de son A’kiilainen comme si elle ne l’avait jamais quitté était un moyen de s’échapper de ce qu’elle avait vécu durant un temps qu’elle était incapable de déterminer. Elle n’oubliait pas le Mois des Tempêtes, là n’était pas son but. Tous ces frères qui étaient partis dans des boules de lumière, elle les avait vus très souvent, trop souvent durant son coma. Luonsäa, par contre ? Elle avait l’impression de ne pas l’avoir vu depuis des siècles ! (…) Et le retrouver ainsi, aussi fidèle à lui-même, avait quelque chose de terriblement rassurant, elle qui avait eu si peur que tant de choses aient changé durant son errance solitaire…

Alors non, que son tuteur ne réponde pas à ses questions ne l’ennuya pas plus que cela. Au contraire, elle se laissa prendre au jeu qu’il lui proposait avec l’enthousiasme enfantin et la curiosité qui l’avait toujours caractérisée. Après tout, elle le connaissait. Elle savait qu’il finirait par lui répondre. Il fallait juste ne pas être pressé concernant le temps qu’il allait mettre, même si souvent cela avait mis la jeune lorialet à rude épreuve, surtout quand le meneur des Feux Follets se jouait de son impatience naturelle. Mais pour cette fois, l’attrait du jeu l’emportait sur la soif de réponses. Et d’ailleurs, c’était également un moyen de répondre à une question qu’elle avait posée un peu plus tôt, au fond !

Tandis qu’Andele réalisait finalement l’endroit où ils se trouvaient, elle sentit une joie impondérable parcourir l’ensemble de son corps et de son esprit, lui donnant une irrépressible envie de rire. Ou s’agissait-il uniquement du fait qu’elle se rendait compte qu’ils habitaient une Lune ? Bien peu probable. Tout comme, sans avoir besoin de demander confirmation, elle savait que cette joie n’était pas uniquement sienne. Le sourire qu’elle adressa à Winruna à ce moment-là était plus mûr, moins enfantin. Attendri et reconnaissant. Mais il ne dura qu’un instant car le rire la reprit, et son frère la suivit. Peu après, elle sentit de gouttes de pluie sur sa tête, qui la stoppèrent net. Elle leva le nez vers le sommet de la sphère, un air profondément étonné mais extatique sur le visage. Elle n’avait plus senti ce genre de sensations, pourtant si naturelles, depuis… et bien depuis longtemps, une fois de plus.

Mais quelques secondes plus tard, elle vit son aîné lui poser son grand chapeau sur le sommet du crâne. Un éclat de rire étouffé lui échappa alors que l’ensemble de sa tête disparaissait sous le tissu. Elle se fit un instant la remarque amusée qu’elle ressemblait à une Pixie de sa connaissance, ainsi, avant de relever le bord du couvre-chef d’une main pour parvenir à nouveau à voir ce qu’il se passait autour d’elle tout en annonçant l’évidence sur un ton joueur.


« Hey, je ne suis pas Mareti ! Je ne rentre pas entièrement sous ton chapeau, moi ! »

Pendant ce temps, son A’kiilainen avait fait grandir une feuille. Andele regardait cette manifestation de magie Faë avec une fascination qui pouvait se comprendre : elle les avait vus tout perdre. Absolument tout. Plus d’une fois, elle s’était pensée revivre ces évènements tragiques jusqu’à en perdre totalement la raison. Mais toujours, il y avait eu une lueur d’espoir, qu’il eusse s’agit du Chant des Lamentations, qui avait éteint la douleur, ou des voix qu’elle parvenait parfois à entendre. Cette feuille, qui se penchait maintenant pour les protéger de la pluie en créant avec elle sa propre musique, c’était une nouvelle forme d’espoir pour la jeune lorialet. Une nouvelle preuve que tout n’était pas perdu. Une image de tout ce qu’elle pouvait retrouver.

Luonsäa lui parlait, et elle l’écoutait en le fixant de ses grands yeux gris, sa main soutenant toujours le bord du chapeau. Elle prit une position de réflexion innocente quand il lui demanda s’il pensait vraiment que quoi que ce soit pouvait être impossible dans leur monde. Il était vrai qu’elle n’avait jamais vu la chose sous cet angle. Pourtant, au fil des siècles et des ballades, elle en avait vu, des choses « impossibles », avec les Feux Follets ! Un sourire doux apparu, signe qu’elle approuvait le raisonnement.


« Tu ne fais jamais rien comme tout le monde de toute façon, grand frère… Qui t’a aidé à décorer cette Lune ? Elle a un nom ? Qui a le droit de venir ? Comment on descend, d’ailleurs ? Est-ce que la Flèche peut nous emmener dans les Lunes comme dans les Maisons ? »

Autant Andele était habituée à ne pas recevoir de suite toutes les explications qu’elle demandait, autant Winruna savait qu’elle n’était jamais à court de questions. Ou bien peut-être avait-il eu le temps d’oublier, depuis qu’elle avait été plongée dans le Sommeil. Mais connaissant le vieux Faë, on était en droit d’en douter. Pour le moment, le lunatique semblait attendre quelque chose d’elle, cela dit. Elle comprit rapidement ce qu’il cherchait à faire, et se laissa guider pour poser les pieds sur le sol. Puuliä sentit ses genoux se dérober sous elle tout d’abord, mais le soutien de son frère lui permit de rester debout. Elle tremblait, mais parvint à tendre les jambes et à se redresser. Et puis, enfin, elle se tenait droite. Elle était debout. Son regard était fixé sur ses pieds nus, qui touchaient le sol. Ce n’était peut-être rien pour d’autres, mais pour elle, cet instant avait une valeur tout à fait particulière. Elle fit bouger ses orteils avec un sourire qui s’agrandissait de seconde en seconde, et bientôt un léger tapis de mousse se créa sous pieds, lui arrachant un cri ravi. C’était comme si le sol de la Lune lui souhaitait la bienvenue.

Les deux mains autour du couvre-chef de son aîné qu’elle avait toujours sur la tête, Andele détourna enfin le regard de ses pieds ancrés au sol pour le diriger vers celui qui parlait à nouveau. Voilà qu’il répondait à ses premières questions. Elle l’écouta avec un intérêt non dissimulé, tentant d’imaginer ce qu’il lui décrivait. Un frisson la prit quand il mentionna les températures.


« …Je n’aime plus le froid. Tout… tout était froid, Là-Bas… »

C’était un murmure qui lui avait échappé. Soudain, son air insouciant et curieux avait laissé place à une tristesse et un sérieux qu’elle n’arborait que très peu. Du moins jamais aussi profondément. Peut-être même était-ce une facette de son caractère qui n’existait pas auparavant. Les événements l’avaient changée. Ils avaient tous gagné en gravité.

Mais ce changement ne sembla durer qu’un instant. Presque aussitôt sa phrase terminée, elle redevint l’enfant joyeuse et enjouée qu’elle avait toujours été. Winruna s’était approché de la ‘vitre’ pour dessiner. Après quelques pas incertains, Andele était à ses côtés. Elle étudiait la mappemonde (et plus particulièrement le continent américain qu’on venait de lui décrire) avec un intérêt non feint.


« C’est vrai que c’est grand… Où sommes-nous ? »

Toujours la même question qui revenait… Après « longtemps » passé dans un univers où toute notion de temps et de lieu était nulle, pouvoir se positionner dans le Monde était un autre moyen de s’y ancrer. Se positionner dans le Temps était aussi sur sa liste… Mais le temps avait moins d’importance, pensait-elle. Sa culture Faë, sans doute.
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeMar 24 Fév - 13:48

Le visage sans âge du vieux lorialet se tourna en direction de la frêle pousse qu'était Andele. Un bourgeon à peine germé que le gel avait figé lorsqu'il s'était installé, durant cette triste période qu'ils avaient traversée. Tant de morts... Tant de fatalité. Tant de nature sacrifiée sur l'Autel de l'évolution. Tant de cris poussés par leur Terre Mère, qui n'était même plus capable d'ouvrir l'accès à leur refuge de couleurs et d'éternité. Mais dorénavant, ils ne subissaient plus. Acteurs de leur propre pièce, ils jouaient la mélodie de l'espoir. Cet espace de magie et de nostalgie qu'ils avaient su créer malgré la disparition progressive de leurs pouvoirs en était une preuve. Le réveil d'Andele en était une autre. Ils se battaient. Ils ne se laisseraient pas disparaître si aisément. Le soleil printanier pointait timidement son nez à l'horizon de leur désespoir et réchauffait les pauvres plantes en les embrassant dans ses bras tièdes et frissonnants. Un océan d'années. Un champ d'herbe pétillant. Luonsäa plissa les paupières d'une façon caractéristique que ceux qui le fréquentaient couramment connaissaient bien : Il ne répondrait pas à la question posée. Tout ou partie de cette dernière avait trait aux nombreux secrets qu'il gardait et n'était pas en mesure de révéler. Les secrets des Gris, perdus dans les méandres de l'esprit du plus blanc d'entre eux.

"Elle s'appelle Nelurin. Maintenant que tu es réveillée, ce nom ne sera plus qu'un souvenir."

Il retiendrait le reste des interrogations de son I'kiilainen qui pour certaines devraient tout de même obtenir satisfaction plus tard pour la très bonne raison qu'il lui fallait savoir. Il faudrait bien qu'elle sorte de Nelurin un jour et se confronte à ce nouveau sidhe miniaturisé, ainsi qu'au monde humain - plus tard, peut-être bien plus tard selon les facultés d'adaptation desquelles elle ferait preuve, alors qu'il la testait sans rien montrer.

Protégés par une feuille d'espérance, ils purent extérioriser leur joie. Voir les éclats de rire, entendre le scintillement de la pluie. Nelurin pleurait de joie. Etait-ce possible ? Sa protégée ouvrait les yeux. La mélodie lancinante qu'elle jouait avait troqué ses accents mélancoliques contre des vibrations claires, euphoriques, comme les faës qui l'habitaient. La paroi de cristal se couvrit d'une buée évanescente. Le doigt de Winruna traça les reliefs des continents. Ses mots en décrivirent les contours. A une époque, il aurait pu chanter ses souvenirs pour les transmettre par images et sons clairs à l’Éveillée. Néanmoins il ne pouvait plus le faire aussi bien qu'avant, et il craignait que l'esprit d'Andele ne soit plus capable de supporter ces informations légèrement morcelées. Elles lui parviendraient sans doute plus incomplètes encore qu'il ne les lui enverraient.

Elle fit une réflexion qui tempéra brièvement l'exultation de Winruna. Son sourire se fana et laissa place à une expression neutre, insondable, qu'il lui arrivait d'avoir lorsqu'il était pensif. Ses yeux perdirent leur brillance taquine et l'échangèrent contre une profondeur nostalgique, une gravité qu'on ne lui avait jamais vu que très rarement : suite aux visions de Kaat. Suite à l'effondrement. Les souvenirs du Mois des Tempêtes affluaient dans son esprit. Il entendit un cri lointain, déchirant, qui lui donna envie de frissonner. Parfois, lorsqu'il repensait à cette période, il était encore capable d'en capter des échos. Ils étaient bien entendu trop faibles pour lui faire perdre l'esprit, mais ils lui empêchaient d'oublier parfaitement cette souffrance qu'il avait partagée avec tous ses frères lorialets. Cette souffrance, cette folie, à laquelle un grand nombre d'entre eux n'avait pas survécu. Un bref instant, son regard inhabituellement douloureux se plongea dans celui de sa cadette. Cela ne dura qu'un centième de secondes. Il déroula sa cape et après en avoir pris le bord entre ses doigts, la rabattit autour du corps de la jeune faë afin de lui faire partager sa chaleur corporelle et l'ancrer dans ce monde de perceptions où elle n'était pas seule, et où elle ne le serait plus jamais. Alors, sur un ton plus sérieux qu'à l'ordinaire, il lui donnerait ce conseil qu'il appliquait lui-même en permanence :

"N'y pense plus. Tu es loin de ce froid, il ne peut plus t'atteindre... Il ne le pourra plus tant que tu ne tourneras pas ton regard dans sa direction."

C'était court et simplifié, mais c'était une règle simpliste qui faisait partie intégrante de l'apprentissage des Prophètes. L'une de celles qui permettait de vaincre la folie. L'une de celles qui permettait de supporter Turhull durant l'épreuve finale, et celle qui lui avait permis, il y avait des siècles de cela, de se sortir du mois des tempêtes bien plus vite que la moyenne. C'était aussi selon ce principe qu'il fallait maintenant chevaucher les murmures afin d'éviter de s'y perdre et d'y souffrir mille morts. Bien sûr, c'était vite dit, et bien moins rapidement réalisé.

Ce moment avait été étrange. Il retrouva le sourire et la joie. Nelurin et ses larmes continuaient d'en transporter à n'en plus finir et il n'était pas compliqué de la laisser entrer et rayonner dans tous ses membres, tous ses organes, et toutes ses terminaisons nerveuses. Bientôt ce fut comme si il n'avait jamais cessé de sourire, ni ses yeux d’étinceler. Sur la carte grossière, il pointa la Louisiane.

"Nous nous trouvons juste ici... Et dans tout ce pays..." Il "coloria" l'ensemble des USA en effaçant la buée "... ils parlent une forme d'anglais que tu ne connais pas encore. Mais tu apprendras très vite, c'est évident."

Les lorialets étaient, pour des raisons évidentes, très bon pour les langues étrangères (ou du moins pour en assimiler la prononciation). Quant à savoir en apprendre plusieurs, plein et rapidement... Eh bien cela faisait partie des capacités que les feux follets avaient acquises avec l'expérience.
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeSam 7 Mar - 5:05

Une moue vaguement contrariée répondit aux paupières plissées. Et, comme pour cacher son humeur enfantine, la main tenant le chapeau retombait, laissant les longs bords du couvre-chef surplomber son regard, et ainsi éviter de croiser celui de l’autre lorialet. Andele n’était pas capricieuse, c’était là un trait de caractère qui ne lui avait jamais correspondu et ne le ferait sans doute jamais, mais voilà qu’elle se voyait refuser une réponse pour la première fois depuis son Réveil. Si nombre de ses questions n’avaient pour le moment pas trouvé leur moitié affirmative, la jeune Faë pouvait espérer que le temps les lui amènerait. Quand son A’kiilainen en aura décidé ainsi. Ce geste qu’il venait d’esquisser, en revanche, lui apprenait que tout ou partie de son questionnement ne trouverait pas son reflet dans ses paroles. C’était une légère frustration à laquelle il faudrait qu’elle se fasse à nouveau. Son impatience candide refaisait surface, et était mise à rude épreuve.

Mais l’instant ne dura pas, car Luonsäa donna rapidement à la curiosité de sa cadette de quoi manger à sa faim. Relevant le bord du chapeau d’une main, elle jeta à son aîné un regard en biais, intriguée, et répéta le nom donné à l’Astre dans un murmure.


« Nelurin… »

Cela n’avait rien d’anodin, et Andele n’était pas dupe. A quel point son Sommeil avait-il duré pour tant marquer les esprits que son frère ait voulu nommer ainsi l’endroit où ils se trouvaient ?

Mais cette question, comme bien d’autres encore, attendrait. A vrai dire, la jeune lorialet n’était pas certaine de vouloir la poser. Comme si, inconsciemment, elle savait qu’elle aurait du mal à supporter la réponse. Alors, comme un accord tacite, frère et sœur de cœur changèrent de sujet. S’intéressèrent à la pluie, à la Magie qui les entourait, à la musique qu’elle créait et à la joie qui les parcourait à l’idée d’être à nouveau réunis. Au-delà de ça, les notions de Temps et de Lieu avaient-elles vraiment de l’importance ? Peut-être un peu, ne serait-ce que pour se repérer. C’est pourquoi Puuliä posa d’autres questions encore, qui entraînèrent la description d’un Nouveau Monde qui lui était inconnu. L’une des précisions, pourtant, la replongea brièvement dans un noir trop profond. Une remarque innocente qui pourtant laissait à une douleur et un mal-être bien réels. Partagé par des centaines des leurs, une peine qui jamais ne pourrait totalement s’effacer, une souffrance qui se lut brièvement dans le regard que les deux lorialets échangèrent. Tout revenait. Tout recommençait. Mais tout était différent. La pérennité de leur monde n’était plus aussi assurée…Personne n’était à l’abri du froid.

Mais provisoirement, Andele avait retrouvé la chaleur. Le geste de son A’kiilainen fut sans doute ce qui lui permit de ne pas sombrer à nouveau, alors que de sombres souvenirs qui n’étaient pas forcément les siens refaisaient surface. Lâchant à nouveau les bords de son (pour une durée provisoire) chapeau, les bras maigres de la lorialet ceinturèrent la taille du Faë antique. Il n’y avait pas grande force dans ce geste (elle n’en avait de toute façon pas assez), mais il était impossible de ne pas se rendre compte du besoin qu’il témoignait. Une nécessité d’ancrage dans une réalité qui lui avait échappée bien trop longtemps. Sans un mot, Andele hocha la tête. Elle entendait les conseils de Luonsäa et les comprenait…Mais il avait certainement deviné qu’il lui était impossible de faire plus qu’acquiescer à ses paroles. Elle sortait à peine de cette léthargie, de ce froid glacial que l’Effondrement lui avait imposé. Et malgré l’euphorie de l’Eveil, il semblait bien compliqué d’ignorer cette fraîcheur cauchemardesque qui ne s’éteindrait pas de sitôt.

Il y avait néanmoins peu de place pour cette froideur glacière dans Nelurin à cet instant. Tout n’était que joie, gaieté et renouveau, et il était inutile d’ignorer tous ces ressentis. Surtout qu’Andele en serait bien incapable, comme ceux-ci l’assaillaient de façon plus magique. Alors, elle posa une autre question, qui n’était pas si neuve, car déjà répétée, et obtint non pas une, mais plusieurs réponses. Certaines lui arrachèrent une moue pensive, et d’autres un léger sourire de contentement. Ses grands yeux gris quittèrent la carte improvisée pour fixer le visage de son mentor.


« Je me demande pourquoi les humains éprouvent ainsi le besoin de tant modifier leur langage… »

La langue lorialet avait sûrement subi plusieurs évolutions au fil du temps, mais cela n’avait rien à voir avec les profonds changements qu’elle avait pu elle-même expérimenter au cours de ses quelques siècles de voyage terrestre. Pas que l’apprentissage d’une nouvelle langue l’ennuyait : au contraire, c’était à la fois utile et divertissant, et la jeune Faë l’envisageait comme d’apprendre un nouveau chant. C’était simplement une autre forme d’expression de sa curiosité envers l’espèce humaine, ces êtres qu’elle ne comprendrait peut-être jamais totalement, raison pour laquelle ils parvenaient parfois, malgré leur courte existence et leurs opinions souvent bien trop arrêtées, à la surprendre…Mais il fallait également avouer qu’Andele était facilement surprise, elle qui pouvait se retrouver de longues minutes fascinée par le vol d’un papillon !

Le regard à nouveau tourné vers le croquis de ce continent qui lui était totalement inconnu, les mains toujours fermement accrochées à son frère aîné, comme une enfant qui avait peur de se perdre, Andele posa une autre question.


« …Où encore avez-vous voyagé ? Quel genre d’histoire as-tu à me raconter ? »

Elle aurait pu lui demander combien de temps ils avaient passé en pérégrinations…mais elle n’était toujours pas certaine de vouloir la réponse. Il le faudrait, bien sûr, à un moment où un autre. Mais il y avait tant d’autres interrogations à compléter qu’ils n’étaient pas forcés d’y venir tout de suite. Et il semblait bien que cela les arrangeait tous deux.
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeMar 31 Mar - 19:29

Andele passait ses bras autour de lui, et il comprenait ce besoin de contact qu'elle pouvait ressentir. Oh... Malgré son expérience, il ne pensait pas appréhender l'exacte teneur du calvaire de sa cadette, là n'était pas le problème, mais malgré tout, il avait lui aussi vécu les tempêtes et savait à son échelle combien il pouvait être important, lorsqu'on en sortait, d'être touché, rassuré, ancré dans la réalité. Il répondit à l'étreinte d'Andele par la sienne et passa une main fluide dans les cheveux de la jeune faë, afin de libérer ses yeux des mèches que le chapeau avait négligemment jetées devant son visage. Pour lui, Andele n'était encore qu'une enfant, ce pourquoi il avait tendance à se comporter avec elle comme il le faisait. Il fallait aussi dire que son éternelle candeur, amplifiée semblait-il par ses années d'inconscience, n'y était pas pour rien. La remarque qu'elle fit suite à sa très brève introduction sur l'anglais moderne lui arracha un éclat de rire chantant.

"Car c'est dans leur nature, petite sœur, d'inventer, de créer, d'innover et d'évoluer sans cesse. C'est ce qui les rend si intéressants. Leur vie est éphémère, elle ne peut qu'être en perpétuel mouvement... Le temps d'un battement de cils, et déjà ceux que tu observais avant sont devenus poussière, remplacés par d'autre qui n'ont rien en commun avec les précédents. C'est en se mêlant à eux qu'on peut vivre mille vies plutôt qu'une seule... N'est-ce pas fascinant ?"

L'amour et la sorte de "respect" atypiques que Winruna avait pour les humains étaient connus de tous. C'est ceux-là qui l'avaient poussé à révolutionner les traditions de sa tribu. Ceux-là même qui l'avaient poussé à la quitter d'abord, puis à partir en long voyage à l'extérieur du Sidh avec Leeka et Paatë, à la découverte de nouvelles cultures et de nouvelles influences musicales. A cette époque, ils avaient été les seuls faës à avoir osé s'aventurer si loin de leur monde d'origine. C'est justement cette tendance à changer, à créer toujours de nouvelles choses parfois improbables, souvent imprévisibles (... ou presque), qui avait poussé le lorialet à s'intéresser à ces créatures autrement que pour leur chair - certes délicieuse et très nourrissante.

Bien sûr, chacun à leur façon, les feux follets partageaient ce goût de l'aventure et de la nouveauté avec celui qui les avaient réunis. C'était l'un des points communs qui les avaient amenés à faire équipe, à prendre ensemble ce navire au bord duquel ils avaient ensuite parcouru les siècles et les millénaires suivants.

En parlant de voyages et de curiosité, voilà qu'Andele faisait preuve du second concept en posant des questions sur le premier ! Sans quitter son doux sourire, Winruna releva la tête en direction de sa carte de buée. Il passa une main grande ouverte devant. Les gouttelettes de pluie se transformèrent en sorte de cristaux brillants, entre neige et glace. Ils se collèrent contre la vitre afin de réparer son dessin : la carte était à nouveau vierge de toute marque autre que le contour des continents.

"Tu les entendras toutes ! Mais pas immédiatement. Je n'ai pas été seul à les vivre et tu aimeras sans doute mieux avoir le point de vue de tout le monde. Mais regarde, je te donne une idée ! D'abord, nous avons continué notre voyage depuis l'Italie jusqu'à l'Angleterre. Nous y avions un  contrat à terminer."

Il traça un trait entre les deux pays.

"Ensuite, l'Amérique ! Nous avons pris le bateau. Oh ! Les chansons des marins. Elles ont égayées nombre de nos journées alors que nous restions dans ces îles où la piraterie fleurissait. Nous y avons rencontré un lutin, Boka, et il fait maintenant partie de notre  groupe. Vous pourrez faire connaissance très bientôt."

Le trait, arrêté dans les Caraïbes, traversa à nouveau l'Atlantique jusqu'à revenir en France.

"Ici ! Les français se sont rebellés contre leur royauté. C'était une époque chaotique qu'il n'aurait fallu rater pour rien au monde ! Je voudrais t'en dire plus à ce sujet aussi, mais plus tard. Voyons... Ensuite, nous sommes restés en Europe un moment."

Son sourire devint discrètement moins étendu. L'époque suivante avait été celle de la révolution industrielle... Celle-là même au cours de laquelle Genmo avait perdu la vie, déserté par la magie. Il se rendit compte qu'il était encore bien trop tôt pour lui annoncer cette triste nouvelle. Il oublia alors de lui raconter la suite du voyage. Pris d'une illumination subite, il se tourna vers elle.

"Truelle ! Ammonite et réverbère !
A quoi pensais-je ? C'est l'atmosphère !"

Elle n'avait certainement pas compris où il voulait en venir. D'ailleurs, on pouvait décemment se demander si il avait lui-même suivi la logique de ces phrases qui ressemblaient surtout et avant tout à un carambolage de mots contre sa langue. La lueur hagarde dans ses yeux l'indiquait : il avait très provisoirement perdu le contrôle de la folie, ce qui expliquait sans doute aussi son passage aux octosyllabes. Il fallait bien qu'il pense à la mort de Genmo en même temps qu'au réveil d'Andele pour en arriver là.

"Ils ne sont pas tous ici, mais les autres seront sans doute impatients de te retrouver ! N'as-tu pas envie de les voir ? Veux-tu que je les fasse chercher ?"

Il était persuadé qu'avant de rattraper ce qu'elle avait manqué, Andele avait encore besoin de retrouver ce qu'elle n'avait jamais perdu. L'amour de ses frères et sœurs de cœur, notamment.
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeSam 25 Avr - 17:09

Qu’il était agréable de sentir enfin la chaleur de l’autre, après tout ce temps passé seule dans les Ténèbres. Andele n’avait jamais été peureuse, mais elle ne pouvait plus nier à présent que l’absence de lumière lui sera à jamais angoissante. Une fois de plus, son aîné sut exactement comment réagir. Cela n’avait rien d’étonnant, connaissant le personnage, mais le geste, allié à l’immuabilité de ce constat, rassura un peu plus la jeune lorialet. La main éloignant les mèches rebelles lui arracha un sourire et, dans l’étreinte de son A’kiilainen, calée contre lui, Puuliä écoutait, attentive, rassurée. Il avait raison : le froid ne pourrait plus l’atteindre. Elle n’était plus seule, à présent. Et, rattrapée par la curiosité naïve qui la caractérisait, bercée par la douce euphorie ambiante, éloignée de l’horreur des souvenirs et de la solitude, la discussion reprit, empreinte de cette légèreté qui leur était propre.

La tête tournée vers son Mentor, la jeune Faë buvait ses explications avec le délice d’une enfant se rendant à l’école pour la première fois. Elle avait toujours adoré écouter Winruna partager ses connaissances. Il émanait de lui une sagesse dont il ne profitait que rarement, préférant de loin –aux yeux de sa sœur, du moins- passer pour un être grandiloquent un peu (?) fou. Rien n’était moins vrai, pourtant, et même si certains pouvaient penser que ce discours sur les humains n’étaient que les paroles d’un illuminé (il était bien vrai qu’apprécier à ce point –enfin, tout était relatif- ces races inférieures n’était pas toujours bien vu dans leur communauté) Andele n’y voyait qu’un message plein de promesses d’aventures et de découvertes. Les yeux brillants d’un intérêt à la fois enfantin et terriblement adulte, la jeune femme hocha la tête en réponse à la question qui n’en était pas vraiment une, avant de faire part de ses propres réflexions.


« Il est vrai qu’ils font de belles choses. J’aurais aimé qu’on passe un peu plus de temps en Italie, trouver quelqu’un qui aurait pu m’enseigner les bases du clavecin… Il y a encore des clavecins, maintenant ? »

Elle avait été tentée de lui demander si les dernières inventions des humains étaient intéressantes. Mais elle avait vite compris qu’il aurait s’agit d’une discussion à n’en plus finir, et il y avait plus important pour le moment. Ils avaient tout le temps du monde pour décortiquer les nouveautés humaines, n’est-ce pas ? Mais un objet en particulier avait attiré son attention, et elle avait eu envie d’en parler. Elle voulait vraiment apprendre à maîtriser cet instrument, mais pour cela, encore fallait-il qu’il existe toujours ! Alors qu’elle posait sa question, elle fit virevolter ses doigts, l’espace d’un instant, pianiste d’une musique imaginaire. Ou bien s’agissait-il de la mélodie qu’ils pouvaient toujours entendre, les sons de la joie de la sphère et de la pureté de la pluie ?

Peu importait. La tête de nouveau tournée vers la mappemonde improvisée, retraçant son propre voyage au vu des connaissances qu’elle avait emmagasinées des siècles plus tôt, Andele voulait savoir ce qu’elle avait manqué. Bien trop, selon ses propres critères. Si peu, à présent, si l’on questionnait son frère qui passait une main devant la carte, effaçant les leçons précédentes. Fascinée, la jeune lorialet regardait la magie agir, toujours aussi stupéfaite à chaque démonstration du sidhe. Qu’il était beau de voir que tout n’était pas mort.

Se détachant enfin de son tuteur pour le laisser s’approcher et tracer leur parcours, Andele analysait la moindre parole. Oui, elle savait bien que l’Italie n’avait été qu’une étape. Quand bien même le Mois des Tempêtes ne serait point survenu, elle n’aurait certainement pas eu le temps de trouver un maître de clavecin… C’était triste, mais leurs missions étaient bien plus importantes que cela. Et puis, peut-être jouait-on du clavecin en Angleterre, qui sait ?!

A la mention des chants de marins, Andele s’approcha. Ses doux yeux gris fixés sur ce trait traversant l’Atlantique, elle se mit à fredonner quelques notes. Une musique qu’elle avait souvent entendue dans son monde solitaire, sans jamais pouvoir l’identifier. Il semblait qu’elle pouvait enfin lui donner une provenance, maintenant… Un grand sourire rajeunit son visage à cette pensée. Elle se sentit presque triste de voir le doigt de son aîné tracer un nouveau trait pour revenir vers l’Europe. Le sang, la guerre, la rébellion… Ce n’étaient pas des sons joyeux. Bien sûr, il serait réducteur de penser que ses périodes d’angoisse plus intenses seraient uniquement gérées par les sons qui l’entouraient, mais la lorialet n’avait jamais aimé ce genre de choses, de toute façon. Elle préférait de loin aider les gens plutôt que de les regarder s’entretuer (bien qu’elle ne pouvait nier le côté pratique de la chose). Ceci dit, elle n’aimait pas les rois humains non plus. C’étaient eux qui avaient déclenché ces guerres de religion, pour un Dieu qu’ils ne connaissaient pas et qui n’aurait certainement pas voulut que tous ses sujets se détestent ainsi… A moins qu’il ne s’agisse d’un Faë, et qu’il ait besoin de nourriture, lui aussi ? Mais alors, les rois humains seraient-ils des Faës, eux qui se disent descendants de leur Dieu ?

Elle nota cette question dans un coin de son esprit. Pour le moment, Winruna venait de dire quelque chose de bizarre, et sa petite sœur se tourna vers lui, tête sur le côté, chapeau tenu d’une main, sa longue chevelure grise tombant le long de son corps. Quelques gouttes de pluie se mélangeaient aux mèches claires, mais elle n’en ressentait pas la fraîcheur. Ce qu’elle ressentait, une fois encore, était une sincère curiosité pour les paroles de la furie dansante.


« Qu’est-ce que ‘réverbère’ ? »

Un mot répété sans la moindre trace d’accent, comme on aurait pu l’espérer d’une enfant d’Ida, dont la maîtrise des sonorités était reconnue parmi les lorialets eux-mêmes. Elle aurait pu choisir n’importe quel autre mot de la phrase, mais Andele trouvait que celui-ci sonnait mieux que les autres. Alors elle voulait savoir. Parce que c’était un peu frustrant, de ne pas savoir, même si ce n’était pas la première fois que Winruna déclamait des paroles dont le sens lui échappait. Mais en général, elle était capable de comprendre la signification des mots, ce qui n’était pas le cas ici.

La jeune Faë serait restée ainsi, la tête penchée en direction de Luonsäa un long moment (jusqu’à avoir sa réponse) si ce dernier n’avait pas détourné son attention de la manière la plus habile qui soit. A la mention des autres, son visage de porcelaine s’éclaira. Retrouver le monde, sa vie et ses couleurs en compagnie de Winruna était déjà extraordinaire, mais elle ne pouvait nier que ses autres frères et sœurs lui avaient terriblement manqué. Pouvoir non seulement les entendre, mais aussi les voir, et peut-être même les serrer dans ses bras (Sagrara et Neama la laisseraient-elles vraiment faire, pour une fois ?) après tout ce temps était une autre perspective de joie. Elle offrit à son A’kiilainen un sourire plus grand que ceux qu’elle avait esquissés jusqu’à présent. Bien sûr qu’elle voulait les voir !


« Oh que oui !!! Tu peux les faire venir vite ? On peut leur faire une surprise ? Qui est là ? Je vais pouvoir rencontrer Boka alors ? Tu sais, je crois que je connais déjà sa voix… Oh, il faut leur faire la surprise ! Peut-être que je peux me cacher dans les plantes ! »

Comme pour lui répondre, l’immense feuille qui les protégeait jusque là de la pluie se scinda en deux parties inégales, l’une restant au-dessus de leurs têtes, l’autre se plaçant verticalement devant Andele afin de la cacher de son aîné, arrachant un éclat de rire ravi à la femme-enfant qui se mit à frapper dans ses mains d’excitation. Oh, comme elle avait hâte de retrouver sa famille de cœur…
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeMer 22 Juil - 15:30

Ah... Comme si c'était hier, le vieux faë se souvenait des regards lumineux qu'Andele avait posé sur l'instrument cité. Ce souvenir oxygéné lui avait longtemps semblé lointain bien qu'il fut loin d'être ancien. Le manque avait ce genre d'effet. Subitement, le temps étiré étrécissait sa longueur malléable, incohérente, insensée. Comme si c'était hier, la mémoire lui revint : comment il avait pensé à lui faire une surprise, dès lors qu'ils feraient une étape. Comme tout avait perdu de son sens suite à l'effondrement, suite à ce mois terrible où l'Endormie avait gagné son nom. Comme Neama s'était à son tour piquée d'intérêt pour cet assemblage de cordes pincées, et comme il avait caché le pincement qui avait alors fait vibrer ses cordes personnelles à tous sauf à Mareti, qui comme souvent avait été mise dans la confidence.

Derrière le sourire imperturbable du lorialet, personne n'aurait pu le voir frissonner. Une perturbation était apparue dans cette averse d'euphorie, mais elle était aussi visible qu'une goutte argentée perdue dans un torrent mousseux. Moins d'une seconde plus tard, elle s'était évaporée. Seul indice prouvant que Winruna avait pris cette remarque avec moins de flegme qu'à l'habitude ? Sa réponse immédiate et sans détour.

"Il en existe encore, bien qu'il soit devenu moins populaire depuis l'invention du piano. Le principe est le même : des touches sur un clavier. Là où elles étaient pincées, elles sont maintenant frappées. Entends-tu cette pluie tomber ? L'effet peut devenir le même : comme une averse fraîche et cristalline tombant goutte à goutte des doigts de l'interprète. Neama aime beaucoup le piano, tu pourrais lui demander de t'apprendre !"

Winruna aurait pu lui aussi se charger de cet apprentissage, mais le fait était qu'il en jouait moins souvent que la froide petite fée et surtout, qu'il aurait bien d'autres choses à apprendre à Andele afin qu'elle soit prête à reprendre le cours d'une existence arrêtée durant des siècles. L'entièreté des feux follets aurait son rôle à jouer, chaque membre à sa façon.

Le lorialet effaça la carte de buée et dès lors qu'elle fut vierge, traça le voyage qu'Andele avait effectué avec eux tandis qu'elle était absente d'elle-même. Il s'arrêta au moment critique : il n'était pas prêt à évoquer la mort de Genmo. Andele n'était pas prête à l'apprendre. La folie gagna du terrain, des vers rapides quittèrent sa bouche en anglais, dans un format qu'il était pourtant censé avoir abandonné depuis un bon moment. Encore une fois, ses cordes avaient été pincées et encore une fois, il s'était évadé avant que cela ne se remarque grâce à une pirouette excentrique et dangereuse qui l'avait amené au bord du précipice : sous son pied dont l'équilibre incertain aurait pu effrayer, les volutes fantasques, irréelles et plus que réelles de son manque de raison attendaient de l'aspirer dans une nébuleuse de couleurs et de sons impossibles. Mais Winruna n'était pas prêt à abandonner la partie : depuis des millénaires, il jouait, sautillait, sautait au dessus de ce précipice, lui faisait des pieds de nez, et dansait autour de ses pinces tentaculaires en riant tandis qu'elles essayaient de le happer : le prophète avait fait de la folie une composante de sa personnalité sans jamais perdre sa route. Il appréciait simplement les détours.

« Qu’est-ce que ‘réverbère’ ? »

Les billes dépareillées s'illuminèrent, joueuses. Un large sourire traversa son visage, et essaya de le fendre en deux par les oreilles. Le message était passé, et cette question ne resterait certainement pas sans réponse... Pas lorsqu'il faisait cette tête là. Pas lorsque les volutes multicolores embrassaient virtuellement son corps comme un vêtement seyant, puis enrobaient la question au dessus de sa tête dans une orbe de lumière aguicheuse. Mais il faudrait attendre : Winruna avait une idée en tête et elle était plus importante que ses pulsions furieuses. Il était temps de prévenir leur famille du retour d'Andele. Ses autres frères et sœurs n'avaient que trop attendu pour la revoir entière.

L'excitation de son I'kiilainen se mêla dangereusement aux vibrations rapides et chaotiques de son humeur. Lorsque la feuille se fendit en deux, on put entendre deux éclats de rire distincts, mélodieux, précis comme les voix d'un chœur. Winruna bondit à l'écart du végétal géant et se retrouva frappé par les gouttes de pluie presque aussi durement qu'il l'était par sa propre allégresse. Il ne fut que peu de temps pour qu'il soit entièrement trempé, de la tête aux pieds, les cheveux dégoulinants contre son visage rieur : la pluie était devenue plus drue, proportionnellement à l'intensité de son ressenti. Comme il riait encore, la plante qui protégeait Andele de la pluie se dressa dans un bruit froissé. Elle devint encore plus grande, jusqu'à ce que sa tige se divise en deux. La large feuille retomba dans sa position initiale. Au bout de la nouvelle branche, un bourgeon aux couleurs de l'arc en ciel se développait. La tige enfla, devint lentement plus foncée puis développa une écorce marron. Le bourgeon quant à lui était devenu immense : il explosa sous Winruna qui se retrouva propulsé deux mètres en l'air, assis au milieu de ce qui ressemblait à un immense tournesol coloré. Son odeur entêtante lui fit immédiatement tourner la tête. Des gouttes d'eau semblaient s'être arrêtées autour de lui : elle restaient en suspension à quelques centimètres de sa peau. Leur surface translucide renvoyait les couleurs de la fleur du dessous, et rappelaient la trace que le vieux faë ne laissait que très rarement entrevoir.

"Tu peux en être certaine, ils n'en reviendront pas ! Il est même possible qu'ils nous en veuillent un peu, I'kiilainen... Très bien ! C'est ton idée."

Les yeux malicieux de Winruna s'éloignèrent comme la fleur frémissante se mettait en mouvement. Elle le transporta jusqu'au bord de Nelurin. L'une des tiges du carillon s'étira, et une porte s'ouvrit. Winruna resta sur son seuil sans prendre la peine de s'aventurer bien loin sur la rampe. La fleur se secoua et il émana d'elle une odeur plus forte encore, ainsi qu'un son de verre digne des chants des lunes. Du mouvement eut lieu au niveau de la huitième maison, où l'on trouvait la reconstitution des jardins de Separin. Les pixies étaient encore trop loin pour être vues car dans leur taille originale, elles étaient très discrètes. Winruna leva le doigt pour accueillir ses invitées. Quant à Andele, elle n'avait pas été laissée seule : les gouttelettes arrêtées autour de Winruna s'étaient changées en lucioles et elles se regroupaient maintenant pour former l'illusion qu'un réverbère se trouvait à l'exacte place que Winruna avait quitté plus tôt. Bien sûr, en passant la main au travers, on détruirait l'oeuvre qui se changerait à nouveau en une nuée d'insectes inexistants.

"A ton avis, I'kiilainen, à quoi cet objet peut-il bien servir ?"

Le ton joueur de Winruna contrastait avec son expression redevenue sérieuse : il fixait Separin, rêveur, et attendait l'arrivée de ses messagères.
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeLun 17 Aoû - 1:56

Il y avait une euphorie légère. Une accalmie de la tempête qui l'avait si longtemps emportée. C'était grisant, enivrant et terrifiant, tout à la fois. Mais, sous la protection de la Nature, guidée par les paroles et les gestes lumineux de son A'kiilainen, Andele se savait en sécurité. Et, sous la brise de son innocence, elle dévorait les nouvelles avec son éternelle candeur, sans remarquer le léger changement d'attitude de son aîné. En écho, sa douce voix répétait les informations qui lui paraissaient essentielles.

« ...piano ? ...des touches... pincées ? ...frappées ? ...goutte à goutte... ? ...Neama ?! »

Sous le ton de l'interrogation constante, un soulagement palpable. Car il n'avait pas échappé à la jeune lorialet que jusqu'à présent, aucun nom -au-delà de celui de Boka- n'avait été cité par son frère. Neama n'était peut-être pas la plus expressive des Feux Follets, mais elle n'en était pas moins une sœur, que son cœur se réjouissait de retrouver. Winruna avait cependant précisé que tous n'étaient pas là... qui manquerait à la fête ? C'était là une question dont la curieuse Andele n'était étrangement pas certaine de vouloir la réponse. Elle le saurait bien assez tôt.

Le long doigt de son aîné traçait des voyages merveilleux sur une carte imaginaire. Et pourtant, elle pouvait presque se rappeler... Pouvait-on se rappeler d'endroits où l'on n'était point allé ? Oh, pas des images, non, mais des sons... Des sons lui revenaient, comme autant de notes sautillantes et scintillantes dans un ciel grisâtre, d'autre parfois plus sombres, noires de peine et rouges de sang... Oui, elle se souvenait de ces voyages. De son propre voyage, qu'elle avait effectué avec eux tout en étant aux prises avec d'autres épopées, mais il y avait eu tant de mélodies... Elle avait envie de danser. Non, de chanter ! Chanter au gré des voyages, faire les louanges de ses compagnons, loin de la prison de son âme torturée, dépassée par des événements sur lesquels nul n'avait eu d'emprise.

L'air qu'elle avait entonné, d'abord pour elle-même, puis pour d'autres qui n'étaient pas tous présents -bien qu'ils le soient, d'une certaine manière, puisqu'emplissant son cœur d'une joie qu'elle partageait avec le monde- fut écourté par une drôle de cabriole. Luonsäa disait des choses étranges. Là pourtant n'était pas l'étrangeté, car c'était plus un lieu commun qu'une vrai bizarrerie. Ce qui l'était, bizarre, c'était l'incompréhension que les paroles apportaient à la benjamine. Elle avait l'habitude de ne pas comprendre, mais pas de ne pas
comprendre. Comprenez-la, et comprenez donc qu'elle exprime son incompréhension par une question qui, si elle en croyait la réaction immédiate, était tout à fait compréhensible !

Mais voilà que, déjà, une autre idée surplombait. Une surprise ?! Oh ça oui alors ! Andele adorait les surprises, et elle voulait en partager une avec sa famille tant chérie malgré les tempêtes. Mais voilà que la Magie de la Feuille la surprenait à son tour ! Ses grandes billes grises avaient à peine le temps de s'émerveiller de cette autorisation à sa partie de cache-cache, que déjà Winruna, Nelurin et le Carillon s'enjoignaient à la stupéfier et la solliciter de mille et unes manières. Qu'importait l'éventuel chant des pèlerins à l'extérieur, ne restait à la douce Éveillée que la mélodie de son Sommeil qui, enfin, s'en allait, remplacé par l'allégresse et la vitalité de toutes ces sensations. Il y en aurait presque trop pour elle, à peine détachée de son monde gris et froid, mais justement, c'était encore bien trop récent pour prendre la pleine mesure de toute ce qu'il se passait. Andele engrangeait tout, mais son esprit ne se focalisait que sur une chose. Aussi, quand la feuille se sépara, ce fut sur l'ensemble d'eau qui tomba au sol, cascade rutilante et admirablement bruyante qu'elle posa son attention. Sa main se tendit rapidement, pour ne pas en louper une miette, sous la manche de sa longue robe couleur de sable. Un nouvel éclat de rire s'ajouta à la symphonie ambiante. Puis elle entendit un nouveau bruit : celui d'une plante qui pousse, comme elle avait pris l'habitude d'en écouter grandir avec son frère de sang. Elle tourna son regard clair sur le lorialet ancien, pour le voir sauter sous l'impulsion d'un bourgeon qui ne demander qu'à devenir la plus belle des fleurs de la salle.


« Vole ! Part ! Soit libre ! Gentil oiseau qui ne sait pas voler. »

Sauf qu'il n'y avait pas d'oiseau. Et qu'elle ne voulait pas que Winruna parte. Mais était-il vraiment l'oiseau ? Après tout, le doute était permis. Entre deux éclats de rire, des paroles chantonnées sur un ton de comptine, comme une enfant court dans les prés en cherchant les fleurs permettant le plus beau bouquet. Certaines fleurs volaient, elle en avait vu il y avait bien longtemps. Elle ne se rappelait plus de leur nom... quel était-il, déjà ?

« Nous en vouloir ? Quelle drôle d'idée ! » Depuis sa cachette, Andele avait penché la tête pour espionner son aîné. Puis elle haussa les épaules avec un grand sourire amusé, tellement similaire à celui à qui elle s'adressait. « Ils ne restent jamais fâchés bien longtemps, alors autant en profiter un peu ! »

Dans sa naïveté enfantine, une vérité perçante, et peut-être un zeste de cette malice qui avait fait d'elle et Monomen les meilleurs compagnons de jeu. S'attirer les foudres de ses frères et sœurs n'était pas ce qu'elle recherchait, mais rire de bon cœur, parfois aux dépends de certains, pour une durée limitée qui n'entachait en rien l'amour fraternel et sans bornes qu'elle leur portait était une activité qu'Andele pratiquait de temps en temps. Et quelque chose lui disait qu'ils auraient bien du mal à lui en vouloir, cette fois (bien qu'ils lui en voulaient rarement, trop occupés à chercher à se venger de la boule de poils qui ne pouvait qu'être l'instigateur du mauvais coup).

Oh, une autre devienette ! Mais où était passé A'kiilainen ? A vouloir le regarder, Andele tomba sur l'objet représenté, qui se déforma pour aussitôt se remettre en place, sous les yeux émerveillés de la lorialet.


« Pissenlit ! »

Cet objet n'avait pas grand chose d'une fleur, bien qu'il possédait une longue tige... et voilà qu'il brillait comme une énorme luciole, simplement en haut. C'était étrange, et la jeune lorialet se mit à tourner autour de l'objet, dansant sous la pluie qui ne tombait plus pour observer de plus près et dans chaque recoin son énigme personnelle.

« Une canne pour Ogre ? Marchent-ils de travers en plaine après s'être éloignés si loin dans les montagnes ? »

Le grand sourire démentait l'hypothèse, qui portait pourtant une question ingénue pleine de curiosité. Un chapeau vola, maintenant qu'il ne pleuvait plus. Il aurait pu atterrir sur la partie illuminée de l'objet si ce dernier avait été solide. L'espace d'un instant cependant, Nelurin fut plongé dans une obscurité plus grande qu'elle ne l'avait été depuis l'apparition des lucioles, ce qui interpella la petite Faë. Rattrapant l'immense chapeau d'une main, elle s'assit en tailleur au pied du réverbère, les yeux rivés sur les lucioles se remettant en place, la moue pensive.

« Est-ce utile à tous ? »

Andele avait bien son idée, mais elle avait envie de jouer. Et d'apprendre. Il y avait bien longtemps qu'elle n'avait pas pu faire ni l'un ni l'autre. Et puis, il leur fallait bien s'occuper en attendant l'arrivée de leurs invités.
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeLun 19 Oct - 19:57

Les éclats de rire de l'aîné rejoignirent les cris amusés de sa cadette. Quel drôle d'oiseau ! Était-ce bien lui ? Et cela avait-il la moindre importance quand chacun savait pourquoi il riait, à défaut de connaître la source d'hilarité d'autrui ? Pourquoi la logique l'aurait t-elle intéressé lorsqu'il pouvait voir ces volutes créatives s'extraire de la gorge frêle et puissante d'Andele, prête, si prête à chanter la vie comme avant ?

"Rayonne ! Papillonne ! Xylophone ! Gentil soleil qui ne peut plus briller !"

Où était le troisième couplet ? S'était-il caché dans les cordes mutine d'une Andele aux idées ? Caché comme elle voulait l'être de ses frères à qui elle allait vraisemblablement décrocher le cœur de sa place habituelle en voulant trop s'amuser ? Winruna la prévint ! Nul besoin d'être devin pour savoir qu'elle allait s'attirer les plaintes glorieusement éplorées de certains. Et lorsqu'on l'était un peu, on pouvait même en entendre certaines d'avance, à condition de tendre suffisamment l'oreille.

Ce sourire qu'elle lui adressait l'aurait facilement rendu hystérique si il ne l'avait pas déjà été. Il était la preuve évidente de son appartenance aux feux follets, malgré la gentille naïveté qui lui était unique. Il reconnaissait là l'influence de sa boule de poil préférée, à qui il lui faudrait d'ailleurs penser d'offrir une nouvelle clé. Ou une nouvelle cuillère ! A moins de la lui enfoncer dans le gosier ? Tout dépendrait sans doute de l'envie du moment.

Le tournesol s'éloigna, Winruna sur son dos. L'Éveillée hurla "Pissenlit !". Il se sentit d'humeur fleurie. Mais quelles couleurs chanter ? Le violet d'une pensée, ou le blanc d'une orchidée ? faisait-il fausse route, jonché parmi les pétales échoués ? Mais c'était bien un jonc qui leur manquait ! Pas tout seul, cela dit, car il manquait d'équilibre. L'objet d'une absence de strike était bien nécessaire à cette structure élancée. Saurait-elle résoudre le problème ?

"JONQUILLE ! Voyons ! Vois-tu seulement l'aura velue ? Sa tête monte plutôt vers le ciel !"

L'indice n'était pas très accueillant, mais rien ne disait que le lorialet comptait s'arrêter à ce bouquet d'idées farfelues. Comme il s'agissait de son I'kiilainen et qu'en plus, elle lui revenait après des siècles d'absence, on pouvait plutôt s'attendre à ce qu'il se montre clément, attentif à ses pertes d'attention et à sa compréhension embrumée. En avait-elle besoin cela dit ? Andele avait l'esprit profus, si bien qu'elle aurait tôt fait d'émettre une bonne idée. L'ainé se prit à rire avec délicatesse au rythme de la pluie cristalline qu'il entendait encore tomber, et dont les mouvements de son corps berçaient la chute, quand bien même elle avait en réalité cessé. Les ogres bancals des montagnes... Une théorie fort amusante qu'il aurait tôt fait de traduire en comptine si Andele voulait se prêter au jeu. Mais pour l'instant, c'était une autre chanson qu'il avait envie de fredonner gaiement, car elle la lui avait mise en tête. Il connaissait un doppelganger qui aurait eu tôt fait de se joindre à lui si il avait été ici.

"C'est la mère Michelle qui a le dos rompu... Elle crie par la fenêtre "Ah ! Que je suis fourbue..."

Elle cherchait encore. Elle chauffait. Il le savait car il pouvait clairement voir du rouge s'étendre allègrement autour de la jonquille pissenlit, et des rondes énergiques de sa sœur de cœur. Enfin elle posa une question des plus intéressantes qui la propulsa bien en avant, vers la réponse.

"Selon toi, cette lueur... qu'éclaire t-elle ? Juste toi ? Ou les plantes tout autour ? Et peux-tu me voir grâce à elle ? Oh ! L'ombre des pixies, je peux l'imaginer... Là-bas !"

Cette réponse digne de toutes celle du lorialet fut accompagnée d'un geste de l'index fait en direction d'une nuée presque invisible, qui depuis Separin s'était approchée d'eux. Il retourna délicatement sa main et sembla calmer ses humeurs excentriques du même coup. D'un seul revers de bras. Les pixies se posèrent sur ses doigts. Écoutèrent sa requête. Le lorialet s'exprima doucement dans la langue des pixies, ou du moins dans ce qu'il en connaissait, soit la partie qui n'impliquait pas de voleter dans tous les sens en lançant des paillettes. Il respectait ce rituel par respect pour ses visiteurs, mais aussi pour éviter qu'Andele puisse comprendre le détail de ses instructions. Il demanda aux pixies de joindre Mareti, laquelle devrait ensuite contacter les autres dont il leur fit une liste précise des endroits auxquels ils devaient théoriquement se trouver... soit parce qu'ils l'avaient dit au vieux faë, soit parce que les visions le lui avaient indiqué. Certains de ceux qu'Andele auraient voulu voir ne pourraient malheureusement pas se joindre à la fête, faute de n'être plus nulle part... Ses messagères s'envolèrent aussi vite qu'elles étaient venues.

"... C'est le père Lustucru, qui lui a répondu... Voyons la mère Michelle je suis bien plus tordu !"

Et ses oreilles... sifflaient-elles ?
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeDim 29 Nov - 22:43

« Tombe ! Sombre ! Gronde ! Doux tonnerre qui peut illuminer ! »

Si Winruna voulait jouer, sa petite sœur était plus que ravie de l'obliger. Y'avait-il une logique à leur jeu ? Peut-être, peut-être pas. Quand bien même elle serait évidente, ils ne l'expliqueraient pas. Alors pourquoi chercher à la comprendre ? Il était bien plus amusant de se laisser bercer par la joie environnante, espoir vert pomme qui embellissait la transparence du Sommeil. Ou était-il bleu ? Non, rouge ! Violet ! Indigo et jaune tout à la fois ! Une hystérie multicolore que rien n'aurait pu prévoir, sauf peut-être celui qui la mettait en place ? Mais il pouvait presque tout prévoir, ce n'était plus du jeu, c'était même trop facile ! Ceci dit, même la douce lorialet pouvait ressentir cette euphorie, bien que rien dans le comportement de son A'kiilainen ne la dénotait. C'était d'autant plus agréable qu'elle n'était pas assez naïve pour en ignorer la source. Son sourire malicieux, un tantinet fallacieux ne trompait pas, bien que là était son but. Mais la tromperie pour une explosion de joie était parfois bonne à prendre, n'est-ce pas ? Tout comme il était parfois nécessaire de tromper pour juger, attraper les imposteurs et les dangers et les arrêter. En cela, elle ne faisait donc que perfectionner leur art, et ils n'avaient qu'à s'en prendre qu'à eux-mêmes s'ils se faisaient avoir ! Voilà ce qu'elle leur dirait, tiens !

Perdue dans ses pensées, elle avait laissé son oiseau s'échapper, sans même qu'il ne puisse battre des ailes, et était retombée sur une fleur bien étrange qui semblait luire à son sommet. Une nouvelle étrangeté qu'elle observait avec une candeur renouvelée tandis qu'enfin le nom lui revenait. Son aîné lui en souffla un autre, et elle vit enfin où il s'était posé. Elle eut cependant une moue mitigée en l'écoutant sans cesser d'observer l'objet qu'elle se devait d'analyser. Il y avait quelque chose, elle le savait. Un sourire amusé éclaira son visage bien mieux qu'un pissenlit -ou une jonquille- ne l'aurait fait alors qu'elle se mettait à danser autour de la tige de l'objet. Une hypothèse traversa ses lèvres, pas tout à fait sérieuse, ni totalement facétieuse. C'était une question dont elle avait bien l'intention de trouver la réponse, fusse-t-il pour cela qu'elle ait à trouver un Ogre auquel s'adresser. Cela ne lui faisait pas peur, et maintenant qu'elle était de retour, Andele était assurée que son chemin croiserait l'un de ces géants des montagnes... à un moment où un autre.

L'idée la réjouit tellement qu'elle voulut le montrer. Levant les bras au ciel en tournant sur elle-même, la jeune lorialet vit un chapeau voler. Avant qu'elle ne le rattrape il eut le temps de foncer l'ensemble de l'astre en se heurtant au jonquissenlit. Non, 'réverbère', avait-il dit. Néanmoins 'jonquissenlit' était bien plus joli. Andele décida d'adopter l'appellation, quand bien même ils ne seraient que deux à la comprendre. Et qui sait, elle pourrait certainement la partager avec Monomen lorsqu'il arriverait. Car il arriverait, elle en était certaine. Il ne lui ferait pas ce coup-là.

La guérisseuse d'Ida était à deux doigts de replonger dans de sombres pensées, l'angoisse n'était pas son alliée, après ces années de Tempêtes. Mais une fois de plus son A'kiilainen lui sortit ses mauvaises idées de la tête. Assise en tailleur au pied de son énigme personnelle, la jeune femme aux yeux gris fronça les sourcils et se fendit d'une moue trop enfantine pour paraître réellement agacée en entendant les paroles de son aîné, qu'une fois encore elle ne comprenait pas. La frustration était égalée au divertissement, car le ton du chant était agréable, et sa tête dodelinait en rythme sans qu'elle en ait totalement envie. Car elle voulait paraître fâchée, et cela n'aidait pas du tout ! Oh, mais peut-être était-elle simplement incapable de se fâcher complètement contre son grand frère. C'était sûrement cela. Surtout après tant de temps passé dans le Froid. Elle l'avait entendu, néanmoins, et elle ne lui laissait pas le choix de l'ignorer.


« Je veux aussi savoir ce qu'est 'fenêtre' ! »

Croiser les bras et faire une moue boudeuse aiderait certainement... Oh, mais voilà qu'il lui donnait d'autres indices ! D'un bond, Andele se releva pour regarder autour. Elle avait bien noté que le jonquissenlit éclairait... mais quoi exactement ? Voilà une question qui méritait d'être tirée au clair ! Entre divers pas de danse, la voilà qui tournait encore et toujours, relançant à intervalles réguliers le chapeau de son aîné, pour toujours le rattraper délicatement entre ses deux mains levées. Ses yeux gris observaient la lumière, tantôt vive, tantôt cachée, dansant sa ses prunelles comme elle dansait sur le sol de sa Lune personnelle. De là où elle se trouvait, elle ne pouvait distinguer les pixies, ne pouvait entendre les paroles que Winruna leur adressait. Mais elle savait qu'elles étaient là, en nombre, et son sourire chenapan revint.

« Dis-leur bonjour de ma part ! Ont-elles besoin d'une jonquissenlit pour éclairer leur chemin ? »

Le Jeu était amusant... Mais il ne pouvait pas trop durer non plus ! Viendrait bientôt le moment où elle devrait se cacher, afin de surprendre sa famille de cœur comme elle le méritait, soit avec force et effusions ! Elle comptait bien tous les prendre dans ses bras et les serrer fort... Oui, même Sagrara, et tant pis si elle n'aimait pas cela ! Oh, et si elle n'était pas là ? Qu'à cela ne tienne, Winruna avait parlé de Neama, elle ferait les frais de ses frasques ! Elle n'espérait pas surprendre Mareti, qui devinerait tout du moment où ses yeux rejoindraient ceux de son âme jumelle, mais elle avait bon espoir de retirer la plus grande surprise jamais provoquée à Monomen en ses millénaires de vie ! Peut-être même parviendrait-elle à étonner Gemno, qui ne se laisse pourtant pas si facilement prendre au jeu ? Quel exploit ce serait... Oh, qu'elle avait hâte de tous les retrouver !

Voilà qu'Akiilainen se remettait à chanter des paroles incompréhensibles ! Mais cette fois, Andele connaissait le ton, et si les paroles lui échappaient cela ne l'empêchait pas de fredonner en chœur. Elle se prit même au jeu au point de répéter les dernières paroles qu'elle entendit, dans une maîtrise parfaite qui n'avait rien d'étonnant.


« Voyons la mère Michelle je suis bien plus tordu ! ...Qu'est-ce que je viens de dire ? C'est agaçant de ne pas comprendre, mais c'est entraînant ! »

Andele continua quelques instants à dodeliner de la tête au rythme d'une musique qui n'était plus effective depuis qu'ils avaient cessé leur comptine, puis ses yeux gris retombèrent dans les deux puits colorés de son aîné, pleins de curiosité.

« Et cette lumière, d'où vient-elle ? Reste-t-elle là en continu ? Je suppose qu'elle n’œuvre que la nuit, cette jonquissenlit ? Sinon, cela voudrait-il dire que le soleil ne brille réellement plus ?! »

Les perles grises s'arrondirent de stupéfaction. Oh, elle n'était pas aussi naïve qu'on pourrait le croire, elle savait que bien du temps avait passé depuis les Tempêtes... même si, pour elle, pas tellement. Mais tout de même... pas au point où ces abrutis d'humains (qui restaient attachants quoi qu'on en dise... mais cela n'empêchait qu'ils avaient parfois des actions particulièrement stupides. Elle en avait été témoin bien assez souvent, plus encore quand elle les déclenchait, aidant sa boule de poils préférée) auraient détruit le soleil...

...N'est-ce pas ?

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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeSam 9 Jan - 13:22

Des mots touchaient ses lèvres sans vouloir en sortir. Ou plutôt ils voulaient ! Le faë les retenaient. Il n'était pas courant qu'il restreigne ses élans, car loin d'être un humain il ignorait le temps : ce critère cliquetant ne l’inquiétait guère que lorsqu'un fait urgent lui soufflait "presse toi !". Vole ! Cabriole ! Farandole ! Claire tête qui ne sait plus compter. Eut-il dit ces mots qu'un couvre-cou diaphane aurait repris ses rythmes en syllabes joueuses, perspicaces, et qu'encore, il s'eut fait inspirer. Nourriture apportée, les mots auraient duré. Des minutes, ou des jours. Des secondes ? Des années ? C'était un jeu courant, pour ces flammes divagantes, virevoltantes, frétillantes, pleines de longs moments.

Mais l'urgence attendait au son perdu d'une pluie, concentrée, rectiligne, ouverte en faux pétales. Le débat attendait pour créer cette plante que le Sidh n'aurait lui-même jamais pu voir pousser. Tulipe, pissenlit ? Jonquille, fleur de lys ? Jonquissenlit tordu, point encore entendu. Qu'avaient donc ses sens à lui donner des mots, des images et bien plus lorsqu'il craquait déjà comme un sac trop rempli de gouttelettes heureuses ? La mère Michelle riait dans sa voix ravie-scente. Omnisciente ? Très fleurie. Trèfle heureux ? Oh ! Quelle soirée elle avait loupé. Mais les papillons très bientôt voleraient à nouveau.

Ses volutes impossibles pensaient sans se soucier des actes bien sérieux qu'il devrait faire après. Presse toi ! Mais vraiment... Que faire dans cet état ? Penché sur sa monture, et bien trop avenant, Liam avait ses yeux, brillant, comme souvent, de cette lueur disant que rien de cohérent ne sortirait jamais de sa bouche distendue avant que ne se calme ce tohu-bohu.

"Une ouverture sur un mur,
Qui aux chausses porte une griffure,
Picoti, picota,
Prend la porte, passe pas par là !"


Sa tête dodelinante et son corps culbuto ondulaient, latéraux, tandis qu'il chantait. Les paroles perdues aux oreilles plus jeunes trouveraient-elles jamais meilleure explication ? Quand le secret du blanc prenait ces proportions, il devenait bien rare qu'il s'éclaire plus avant. Volontaire facétie, ou faiblesse inavouée ? Personne, sauf une flûtiste, n'aurait pu deviner. Créer des devinettes, et puis instruire Andele, ces deux priorités l'amenèrent, finalement, à dompter la tempête, à prendre le gouvernail. Sur son bateau tanguant, il cessa de danser, bruyant désarticulé. Le cap retrouvé, Winruna répondit, puis pointa les pixies. Plus de fenêtres à l'horizon, mais des jonquissenlits ! Le souvenir récent lui arracha un rire aux accents amusés, aux pics hallucinés.

"Une torche suffit ! Mais les jonquissenlits sont une singulière invention. Ces humains ! Quel dommage que leur poigne de fer les rendent moins amusants... Quelle course à l'efficacité !"

Course qui s'expliquait, sans doute, par leur nature éphémère. Ces humains ! Toujours plus, ils voulaient : des forêts de fer pour éclaire leurs routes où des monstres grondants polluaient à la vitesse de l'éclair. La nuit, sans les jonquissenlits, c'est un champ de coquelicots qu'on aurait vu éclore ! Les gremlins chanceux en auraient profité. Ces pensées s'étiolèrent comme sa main ouverte devenait un perchoir pour ses messagères. Elles partirent bien vite prévenir Mareti qui, chargée de réunir les autres, ne tarderait probablement pas à venir accompagnée. Cela lui laissait le temps de se moquer de Lustucru... Ce vieil ogre grincheux, et ses millions peu vertueux. La chanson fut reprise par une Andele frustrée : des langues lui manquaient. On y remédierait.

"Retiens donc ces sons, I'Kiilainen ! Le moment n'est pas venu de te les rendre clairs, nous avons trop à faire ! Mais toutes les langues humaines que je connais et que tu voudras savoir, en temps et en heure, seront tiennes."

Il était rare que le vieux faë rende ses propos si clairs : il fallait bien Andele pour qu'il en prenne la peine. Andele qui joyeusement reprenait ses questions au sujet du poteau de lumière brûlant. Cependant qu'il parlait, son tournesol voyagea jusqu'à l'amener près d'Andele et du réverbère. Il descendit gracieusement de son perchoir, qui aussi vite se dressa et se mit à zigzaguer dans tous les sens au son cristallin des astres en mouvement. Et les gouttes brillantes qui formaient son énigme précédente se reformèrent pour glisser dans la fleur, la rendre incandescente. Elle disparut aussi vite, comme carbonisée, remplacée par une traînée de couleurs magnifiques : coucher boréal, ou aurore solaire ? Winruna glissa sa main dans le voile coloré. Un nuage sans fumée, doux sur sa paume et entre ses doigts offerts. On pouvait dessiner au travers.

"Soit tranquille ! Le soleil est bien là, plus vicieux qu'à l'époque où tu le connaissais. Lorsque tu sortiras, et si il brille bien fort, il te faudra impérativement et conséquemment te couvrir !"

Le frère délirant avait troqué sa place contre un parent aux sourcils froncés dans une expression inflexible. La fumée colorée prit un autre visage, un clin d’œil en arrière pour la rassurer. Lui-même avait été très audacieux lorsqu’il était enfant, et si l’Éveillée était une faë adulte depuis longtemps maintenant, elle avait tendance à ne pas le montrer. Maintenant qu'elle découvrirait un monde totalement nouveau ? Il craignait qu'elle s'évade et virevolte encore plus. A raison, semblait lui dire un calque superposé où il la voyait déambuler imprudemment. Deux voitures se rentrèrent dedans tandis que l'une klaxonnait, et Andele portait sa main aux oreilles d'une manière qui laissait penser qu'elle n'allait plus que pas très bien. Avec une vague inquiétude, il se rendit compte que les temps à venir seraient probablement éreintants pour tout le monde.

"On ne traverse que quand le bonhomme est vert ! Papillon ou non. C'est bien compris ? Retiens le dès maintenant."

Il la réprimandait comme si ce qu'il venait de voir était déjà arrivé. La vision s'estompa. L'avait-il empêchée ?
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeMar 10 Mai - 17:48

Quiconque d'autre qu'un Feu Follet aurait sûrement été déçu que le jeu s'arrête ainsi. Mais pour eux cela avait toujours été. La fini d'un Jeu ne signifiait que le début d'un autre, ou d'une mission importante qui requerrait tout le sérieux qu'ils savaient développer. Si, pour Winruna, la seconde option était envisageable, aux yeux de sa sœur il ne pouvait s'agir que de la première. Et Andele s'en émerveillait à l'avance, déjà ravie par tout ce qu'elle pouvait entrevoir, Sons, Couleurs et Sensations toutes retrouvées. Des mots qui lui paraissaient musicaux mais incompréhensibles sortaient de la bouche de son aîné, et comme elle apprenait sans s'en rendre compte, elle répétait. Parfois, un ensemble de sons lui paraissait plus attrayant que d'autres, alors elle en demandait la signification. Peut-être allait-elle avoir droit à une nouvelle mise en scène du sidhe ? Mais non, cette fois-ci, son aîné lui répondit, mais dans cette même langue qu'elle ne maîtrisait pas encore, incapable de la comprendre. La mélodie lui parlait, par contre, et elle se mit à secouer la tête au rythme de la musique qu'elle entendait. Pour le moment, ne pas comprendre ne la dérangeait plus tant que ça, car son esprit avait déjà trouvé d'autres distractions. L'idée de surprendre ses aînés ne cessait de l'attirer, et elle sentit un bouquet d'émotions bien trop longtemps enfouies commencer à bourgeonner. Son hiver était fini, terminé, envolé ! Il était temps que le soleil éblouisse les contrées qui l'attendaient.

Soleil, ou jonquissenlit ? Car cette énigme-ci n'était toujours pas finie. Au fil des indices reçus, une explication plausible apparut. Mais il fallait bien la tester ! Tournoyer, virevolter, pour désassembler la fleur magique, mécanique humaine trop bien imitée par les douces lucioles de la magie faë. Winruna parlait aux pixies, qui partirent rejoindre leurs amis. A quel moment la lumière fut ? Est-ce vraiment important, tant qu'elle est présente ? Le rire de son A'kiilainen la mit plus en joie encore. Il fallait tourner ! Tourner, tourner, tourner, comme un pissenlit face au vent. Ses cheveux allaient-ils se détacher de la même manière ?! Oh, ce serait amusant ! Mais assez déconcertant, elle les aimait bien ! Pourtant, des traits de fumée du même gris que le sien partaient de sa chevelure pour courir sur la surface translucide de l'Astre du Sommeil. Ah, voilà que Nelurin, le Carillon et l'ensemble du sidhe exauçait ses souhaits... Qu'il était bon d'être rentrée !

On confirma son idée, elle en arrêta de tournoyer. Un invention qui remplaçait les torches ? C'était en effet bien singulier. Mais de la part des humains, il n'y avait plus grand chose qui pouvait l'étonner. Ou, au contraire, elle s'étonnerait toujours : quel besoin y avait-il à changer ce qui fonctionnait ? Leur courte vie les amenait à mener à bien de nombreux projets, parfois à ses yeux plus loufoques les uns que les autres. C'était un intéressant spectacle, il fallait bien l'avouer, et Andele était curieuse de voir ce qu'ils avaient pu inventer en son absence. Il y avait déjà les jonquissenlits, et le piano ! Ils ne pouvaient pas s'être arrêtés là ! Peut-être que Monomen pourrait l'éclairer... avait-il un humain de compagnie en ce moment ?

Andele aurait voulu poser des questions sur ses frères et sœurs à Winruna, mais ce dernier se lança dans une autre comptine, qu'elle reprit encore. La frustration revint, car elle ne comprenait rien, alors qu'elle avait tellement d'interrogations à résoudre ! Mais son A'kiilainen, tout en descendant de son nid, lui promit de lui apprendre tous ces sons inconnus. Oh, voilà une idée qui lui plaisait ! Mais quand commencer ? Comment ? Il l'avait dit lui-même, il y avait tant à faire, tant d'interrogations à avoir, de questions à poser ! Et ce jonquissenlit, pourquoi avait-il été construit ? Les humains avaient-ils mis la Terre à sac, pendant son sommeil indéterminé ? Non, c'était impossible, ils ne seraient pas là pour parler sinon... mais tout de même, pour nécessiter autant de lumière, s'étaient-ils brûlé les ailes à voler trop près du soleil ? D'autres avant eux avaient eu des ennuis, mais l'être humain était têtu, il ne serait pas étonnant que l'un d'entre eux ait recommencé... ils n'étaient pas doués pour retenir les leçons du passé.

L'inquiétude lui fit poser toutes ces questions avant les autres. Elle voulait comprendre comment le jonquissenlit fonctionnait, et pourquoi les humains en avaient eu besoin. Winruna, redescendu de son perchoir, faisait disparaître l'objet en question. Il brûlait, comme Icare ! Mais alors, avait-elle raison ?! Ce serait désastreux, une Terre sans soleil... bien qu'eux, lorialets, en seraient plus heureux. Mais sans Soleil, comment bénéficier de la douce lueur de la Lune ? Les couleurs de fumée étaient magnifiques, et Andele en voyait certaines se refléter sur ses longs cheveux gris. Chapeau entre les mains, elle se tourna vers son aîné quand celui-ci lui répondit. Elle laissa échapper un soupir rassuré. Ouf, pas de jonquissenlits dévoreur de Soleil. Voilà qui était mieux.

Ses grands yeux innocents s'agrandirent quand elle entendit l'avertissement de son aîné. Elle connaissait ce regard, il ne plaisantait pas, et mieux valait l'écouter. Elle n'y avait pas souvent eu droit, mais elle savait qu'il fallait acquiescer. Elle n'avait de toute façon pas l'intention de laisser le soleil la heurter, même si elle était bien contente de savoir qu'il était toujours haut dans le ciel terrestre. Le regard perdu quelque part derrière l'épaule de son A'kiilainen, elle sourit doucement aux souvenirs fantomatiques qui envahissaient son regard. Les envies de voyage reprenaient le dessus, elle avait la bougeotte, et les découvertes qui l'attendaient l'attiraient plus qu'elles ne lui faisaient peur ! Oh, qu'elle avait hâte de découvrir ce monde qui s'étendait déjà sous ses pieds nus, l'herbe verte toujours présente sur la coupe translucide de Nelurin, et bien au-delà encore ! Ce sidhe était-il bien étendu ? Quelle taille atteignait ce Carillon ? Comment faisait-il pour parvenir à une telle activité en cette période bénie ? Andele avait bien noté la couleur de l'Eclipse, au-dessus de l'océan d'argent, le même que ses yeux avides de (re)connaissances. C'était impressionnant, tout ce qui avait pu être remis en place depuis... depuis quand ?

Voilà que le Temps reprenait sa place, posant des questions qui scellaient des inquiétudes diverses. Le Temps était passé, et si pour eux il n'avait jamais eu grande importance, il en avait maintenant. Le Temps dans l'Absence était étiré, et l'Endormie avait bien vu l'effet du manque de nourriture chez ses camarades lorialets. Elle l'avait vu longtemps, souvent, trop longtemps. Il y avait forcément beaucoup de temps passé aussi, assez pour créer des centaines de milliers d'objets tels que le piano et le jonquissenlit. Qu'avait-elle encore loupé, au fil de son Sommeil ?

Une nouvelle question à laquelle Winruna répondit sans vraiment le savoir (ou le savait-il parfaitement ?). Le ton de son aîné sortit la jeune lorialet de ses pensées, et elle tourna vers lui un regard étonné. La tête sur le côté, intriguée, elle l'observa les yeux grand ouverts, sans ciller, pendant quelques secondes. Puis elle hocha doucement la tête avant de la redresser, tout en remettant doucement le chapeau sur la tête de son propriétaire. Il était bien plus grand qu'elle, mais en se mettant sur la pointe des pieds, son front touchait son nez. Elle leva un peu la tête pour capter son regard, sourire tranquille aux lèvres.


"Moi, je veux bien, mais de quel bonhomme parles-tu ? Pourquoi est-il vert, est-ce une maladie ? Et s'il n'est pas vert, que se passe-t-il ? Pourquoi un bonhomme aurait-il besoin d'être vert ? Ou d'une autre couleur, d'ailleurs..."

Aussi légère qu'une plume, Andele reposa ses talons au sol. En vérité, il était fatiguant de se tenir ainsi, et pour quelqu'un qui n'avait pas bougé depuis... longtemps, elle avait beaucoup tournoyé. Elle sentait que ses jambes commençaient à fatiguer. Elle avait peut-être un peu faim, aussi. Ce ne serait pas étonnant. Continuant son mouvement, elle s'assit en tailleur en face de son frère de cœur. Les mains posées sur une cheville, les yeux rivés sur le plafond transparent de Nelurin, l'esprit fantasque, curieux et intrépide de la lorialet prenait un instant de répit. Une méditation rare, peut-être bienvenue, mais surtout témoin du temps qui avait passé. Il se dégageait d'Andele un sérieux qui lui avait été peu commun depuis son intégration aux Feux Follets, tant elle avait eu à ne se soucier de rien. Elle baissa les yeux sur son frère, qui en eut un aperçu : l'espace d'une seconde, même l'innocence naïve de la jeune femme avait laissé place à un regard entendu, comme si certaines des informations qui se cachaient sans vraiment l'être ne pouvaient être ignorées. Elle ne savait pas à quel point, évidemment, ni les réactions que cela provoquerait. Elle n'avait jamais eu les capacités d'une Compositrice, et les événements avaient joué en sa défaveur sur ce point. Mais il y avait des choses qu'un esprit aiguisé et quelque peu agité pouvait deviner. Surtout lorsqu'on avait accès à certains ressentis, même s'ils étaient diffus parmi la folie.

L'instant ne dura pas, cependant, alors que l’Éveillée laissait le calme faire place à l'agitation. Fixant un pan de la fumée toujours présente, un sourire enfantin illumina son visage, balayant les vestiges d'un poids des ans bien caché.


"Attention A'kiilainen, ils vont t'envelopper !"

Une nuée de papillons de fumée, tous de couleurs et de tailles différentes, savant mélanges de toutes les espèces connues de la jeune lorialet (et il y en avait !) se précipitaient sur l'Antique. Déjà, Andele s'était relevée, fatigue oubliée, et virevoltait avec eux en riant, tendant les mains et observant certains se poser, d'autres disparaître dès qu'elle les touchait. Ses interrogations s'étaient envolées, elles aussi. Comme les papillons qui redevenaient fumée informe, chaque question qu'elle avait sur le bout de la langue s'estompait. Trop à poser, trop peu de réponses qu'elle pouvait entendre. Elle le savait, malgré tout. Alors elle attendrait. Peut-être qu'avec l'arrivée des autres, il y aurait une autre série de réponses. C'était beaucoup d'informations d'un coup, bien trop. Winruna le savait, et c'était bien pour ça qu'il sélectionnait. Andele avait confiance en son jugement. En attendant, elle répétait ce qu'elle connaissait, et qu'elle avait déjà retenu, alors qu'elle poursuivait les papillons avec une insouciance désarmante pour qui ne la connaissait pas.

"Picoti, picota,
Prend la porte, passe pas par là !"

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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeLun 11 Juil - 19:55

Passif, pour une fois, il attendit qu'on mette son chapeau sur son crâne. Il se baissa un peu, bienveillant malgré tout : les muscles ankylosés de la jeune éveillée finiraient par plier face à tant d'euphorie. Vint un tas de questions qui s'ajoutaient aux autres. L'urgence le poussait à répondre immédiatement : plus Andele en saurait, moins les chances de voir l'accident arriver deviendraient importantes. C'était aussi un excellent moyen de l'instruire, peu à peu, aux technologies modernes. Jonquissenlit par ci, boîtes à sardines par là... Jetés dans le gouffre, ces grands éclats métalliques, si peu harmonieux furent-ils, finiraient bien par le remplir !

"Tu le reconnaîtras ! Il brille et il n'est pas vivant. On le trouve sur les routes et il a deux visages. Vert, il sourit et t'invite à passer. Rouge, grands dieux, prend garde, car il y a danger ! Le vert lui va plutôt bien au teint, ça le rend accueillant. Tu verras, tu verras ! Ces derniers temps, les humains se sont pris d'affection pour les lumières vives qui signifient des choses. On en voit partout ! Mais des bonhommes rouges ou verts, toujours quand tu dois traverser un chemin de bandes blanches."

Plus calme, subitement, Andele plia ses jambes. Winruna suivit sa descente, si synchrone qu'il en paraissait sans doute inquiet. Il préférait la voir exulter car immobile et silencieuse, il ne l'avait que trop observée. La peur irrationnelle de la voir lentement retomber dans l'inconscience le tenait. Il l'imaginait sans mal, tel un jouet musical, s'arrêter lentement tandis que la corde revenait à son emplacement d'origine. Son anxiété s'envola dès qu'il croisa les yeux sérieux de la chanteuse. Son esprit restait en pleine ébullition, même lorsqu'il était moins prompt à l'allégresse, à l'insouciance, et au jeu. C'était l'un de ces rares moments où son âge n'était pas entièrement invisible.

Il échangèrent donc un regard qui valait sans doute beaucoup de mots. Certaines connaissances n'en avaient pas besoin pour être transmises. Le sérieux d'Andele appela en réponse celui de Winruna dans lequel on avait toujours l'impression de plonger comme dans une piscine sans fond. Départis de leur brillante malice, ses yeux paraissaient trop profonds, perdus dans des âges dont l'Histoire ne connaissait plus que des bribes. Leur mélancolie était un rythme en soi qu'on aurait pu entendre à force d'observer. "Oui", semblait-elle dire. "Oui, du temps a passé". Un sourire triste monta sans réussir à illuminer ses insondables puits.

L'instant se brisa comme un miroir qu'on frappait. Sans transition, le masque mortuaire redevint ce qu'il avait toujours été : des reliefs rebondis par la joie d'exister. Oh, ce rire qui lui échappa ! Inattendu, même pour lui. C'était une nuée d'oiseaux s'envolant depuis sa gorge, pleins de joie à l'idée de visiter une nouvelle contrée. C'était les débris du miroir de tristesse qui tombaient au sol en canon et se changeaient en poussière cristalline, perdant au passage leurs derniers relents d'amertume.

"M'envelopper, vraiment ? Ce n'est pas très convenable ! Tu devrais prendre garde à tes fréquentations."

Les mots sortaient parfois, comme maintenant, sans qu'il en sache exactement l'origine. Il aurait probablement dû s'en inquiéter, mais il était urgent de fuir les coléoptères lumineux. Un grand coup  de cape dans ses assaillants et les plus osés d'entre eux disparurent en fumée. Un souple saut plus tard, il était hors de portée.

"Allons donc ! Si ma tête est toujours entière après être tombée sur beaucoup trop de trolls, que peuvent faire les papillons ?"

Mais c'est qu'ils le suivaient ! Avec un amusement grandissant, Yaseeja se fit une joie de reproduire l'un des modes de vie qu'il avait depuis longtemps abandonné : au son d'un rire interminable, ses grandes jambes coururent aux quatre coin de la lune. Ici un saut, ici un autre ! Une feinte qui lui faisait gagner plusieurs mètres de distance. L'escalade d'une pente, suivie d'une cascade. Le tour d'une balustrade et oh ! Une dégringolade supplémentaire. Ici un pied de nez, là une autre moquerie. Le lutin lorialet retombait en jeunesse. Il s'arrêta et bifurqua subitement.

"Mon tour, maintenant !"

Sa canne fendit l'air, épingla la lumière. Elle se figea comme du cristal et entre deux doigts, il retira le magnifique insecte bleu nuit de son arme. Effrayés, les autres allèrent virevolter ailleurs. Il prit le papillon au centre de sa paume et souffla dessus dans la direction d'Andele. A nouveau il prit vie, mais plutôt que de rester identique à lui-même, il enfla, enfla, enfla, et devint si énorme qu'on pouvait faire de ses ailes un manteau.

"I'kiilainen, veux-tu toujours te cacher ? Les premiers d'entre eux vont bientôt arriver !"
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeSam 17 Sep - 22:17

"Ils ont l'air bien calmes..." diraient certains. Il fallait dire que les Feu Follets étaient plus connus pour leurs élucubrations et leurs mouvements constants qu'autre chose, et ce bien avant qu'Andele ne tombe dans le Sommeil... ou ne vienne au monde, en réalité. Et pourtant, cela leur arrivait aussi. C'était simplement moins fréquent. Et peut-être réservé à des moments auxquels le reste du monde n'avait pas accès. Comme à cet instant précis, alors que l'aîné se penchait légèrement pour accueillir au sommet de son crâne le couvre-chef qui lui était si caractéristique dans ce monde... et qui l'avait été dans l'autre, il y a bien longtemps, avant d'être remplacé par d'autres. L'incessant Changement, apporté par le Progrès dont les humains étaient si fiers, et qui transparaissait jusque dans la façon dont ils couvraient leur tête. Fascinant.

Mais il n'était point temps de discourir de l'évolution de la mode humaine, car déjà on lui donnait l'identité du bonhomme vert : dans un coin de son esprit, elle notait que Winruna répondait directement, et sans hésiter. S'il s'agissait d'une information assez importante pour que son Tuteur ne choisisse pas de jouer sur les mots (...plus que nécessaire), c'était qu'il fallait écouter et obéir avec d'autant plus d'attention.


"Rouge, danger, c'est noté ! Au vert seulement traverser, sur du blanc rayé. Que de couleurs, c'est un bon changement !"

Cela changeait du noir de l'inconscience, du gris des souvenirs, des éclats lumineux et des tempêtes... Andele se sentit soudain alourdie d'un poids qui lui donna envie de s'asseoir. Le poids des ans, une fatigue qu'elle ne ressentait que peu et qui démontrait que ces instants, bien que dominés par la joie et l'exultation des retrouvailles, n'occultait pas pour autant le sérieux de tout ce qu'ils impliquaient. Luonsäa l'avait suivie, et l'inquiétude qu'elle décelait dans ce mouvement ne faisait que confirmer ce qu'elle savait déjà : son Eveil avait mis bien du temps à arriver, et tous craignaient qu'il ne soit que temporaire. Elle la première.

Le regard qu'ils échangèrent était bien singulier, quand même en mission Winruna perdait très rarement ses étincelles joueuses. Cette fois, il n'y avait qu'un sérieux profond, presque trop. Si voir le poids des ans dans le regard d'Andele était quelque chose qui n'arrivait que peu, l'apercevoir dans celui de son A'kiilainen donnait un avant-goût de l'Histoire du monde. C'était puissant, enivrant et inquiétant à la fois. Mieux valait ne pas le faire trop souvent, au risque de tomber dans une mélancolie sans fin. Chaque espace-temps avait sa mémoire, ses souvenir dans le regard vairon tant qu'on pouvait se demander comme il parvenait à engranger passé, présent et futur à la fois. Le fardeau des Compositeurs, plus encore des Prophètes, sans parler de ceux qui vivaient aussi longtemps que lui. Et pourtant leurs aventures étaient en grande partie joyeuses, elle le savait particulièrement bien puisqu'elle en avait fait partie (et qu'on lui en avait raconté certaines et finirait par connaître presque toutes les autres). Que serait-ce si la tristesse avait été la majeure partie de ces souvenirs ? Andele n'aurait su le dire, et mieux valait éviter d'y penser. Pour le moment, la jeune lorialet se contenterait de l'aveu qu'on lui faisait silencieusement. On lui confirmait l'absence du Temps, ce temps qui était passé quand elle n'était pas là pour le remarquer, et qu'il allait lui falloir rattraper sans tarder... et peut-être parfois avec une pointe de tristesse. Elle avait beau s'y attendre, ce n'était pas moins un choc, d'autant que si on ne lui donnait pas d'indications précises, c'était qu'il ne devait pas s'agir de quelques semaines (bien qu'elle s'en doutât : les humains avaient beau être toujours à l’affût du progrès, les jonquissenlits ne poussaient pas en un jour). Elle finirait par savoir. Et peut-être d'ici là serait-elle préparée.

En attendant, elle refusa de laisser la tristesse et la mélancolie l'envahir : elle était Éveillée, elle n'avait rien à regretter : ce qu'elle laissait derrière elle était bien plus destructeur que tout ce qui avait pu se passer depuis. Rien ne pourrait égaler le Mois des Tempêtes à ce niveau. Du moins l'espérait-elle, car elle ne voulait pas revivre pareil émoi. Comme très souvent dans ces instants-là, ce furent les papillons qu'elle appela à l'aide : de fidèles compagnons volages, insouciants et complètement fantasques, tout comme elle. Le rire de son frère l'emplit d'une euphorie démente, qui l'amena à sauter de joie autour des insectes malgré la fatigue qui l'avait transportée un peu plus tôt : elle était prête pour de nouvelles aventures, laissant les passé derrière elle, sans pourtant l'oublier, car c'était impossible. Jouant avec le lorialet millénaire, Andele laissa entendre que ses chers papillons risquaient de l'envelopper. Dans un saut agile, elle rejoignit le lit, sans pour autant faire fi de ce que son aîné avait dit.


"Faire fi des convenances est bien plus amusant !
Quand à qui je fréquente, je choisis hardiment !"


Un étrange découpage plusieurs fois entendu, qu'elle imitait sans s'en rendre compte... ou presque, si l'on se fiait à son sourire plein de malice alors qu'elle suivait des yeux une nuée d'Aurores de Sicile qui avaient échappé à la cape de lorialet et s'élançaient à présent à sa poursuite.

"Les papillons peuvent pénétrer partout ! Pas les trolls, surtout pas sous les plis !"

L'un d'entre eux s'échappait justement des plis de la longue cape du voyageur, mais ne fit pas long feu car déjà Yaseeja tournait, virait, sautait pour à chaque cabriole effrayer les insectes, qui reculaient ou disparaissaient sous les yeux ravis de celle qui les avait fait demander. Andele applaudit quand Winrnua épingla un animal du bout de sa canne épée, comme le coup de théâtre d'un spectacle qu'elle avait elle-même organisé. Et pourtant, il ne s'agissait là que du premier acte ! Le second était à venir, et Winruna l'annonçait. Hochant la tête à plusieurs reprises, Andele rit, s'éloignant du lit pour se mettre à côté d'une plante presque aussi grande qu'elle, l'énorme papillon la suivant de près.

"Oh oui, car il faut continuer ! S'arrêter à un seul acte ne serait pas jouer !"

Posant les bras en croix sur sa poitrine, Andele laissa l'énorme papillon passer derrière elle avant de replier ses ailes, se fermant sur la lorialet comme un sarcophage. A travers les ailes, la jeune femme pouvait distinguer l'entrée, mais elle savait qu'ainsi cachée et placée, on ne risquait pas de la trouver. Elle n'espérait pas piéger tout le monde, encore moins Mareti, mais elle savait que cette dernière jouerait le jeu, tout comme Winruna en ce moment. Elle aurait forcément le premier arrivé... et elle avait bien son idée sur son identité !
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitimeMer 28 Sep - 11:46

Mareti était apparue à un moment où cela n'aurait fait aucune différence qu'elle vienne le déranger ou non. Sa conversation avec la vamp rousse avait été abruptement coupée par les murmures mélodieux de la pixie dans son oreille. Nelurin, cela avait été un mot suffisant. Maintenant il courait à travers les rues, en grandes enjambées qui dans un rythme qui lui était rare. Il s'élançait presque dans les airs, faisant fuir des passants de sa route, riant de leurs expressions. Immédiatement, tout sérieux qu'il avait pu avoir auparavant avait entièrement disparu. It était terrifié, et incertain, mais cette incertitude lui donnait une force qu'il avait longuement oublié. Tant et tant d'années, de décennies, de siècles à attendre, et aujourd'hui il le ressentait... Ce soir, quelque chose avait changé.

Son élancée folle fit clinker la corde de clés dans sa poche, rythmant sa course comme une fanfare aigüe à lui tout seul. Il était subitement tous ses instruments. Ses enjambées comme des tambours sur le sol de la rue, ses élancées volontaire sur des plaques d’égout comme des cymbales, clinquant de façon aléatoire et pourtant logique... Son coeur battant la cadence rapide qui le menait en avant. Au aurait dit un lutin dans le cas présent, avec sa démarche sautillante, bondissant d'un côté à l'autre de la rue pour frapper les plaques métalliques au sol. Il ne pu s'empêcher de brandir sa corde de clefs et la tenir à ses côtés pour qu'elle vacille et fasse crier les petits objets métalliques entre eux. Le son était étrange, certainement inconnu pour les passants qui le regardaient avec autant de curiosité que de crainte. Quelle bêtise ce cerveau humain, de ne voir ce comportement que comme l’œuvre d'un individu dérangé... Si ils lisaient dans ses pensées, ils ne pourraient que danser avec lui.

Malgré la musique et l'apparente gaieté, il courrait tout de même de façon urgente, à sa façon. Les sons que produisaient son corps et ses instruments étaient teintés d'émotions. Monomen n'était pas du genre à voir ces choses comme positives ou négatives d'ordinaire, mais là, dans l'instant qui l'entourait comme une bulle, il ressentait des choses multiples, autant négatives qu'inversement. Il voulait rire s'il ne voulait pas autant pleurer, il voulait crier de joie si ce n'était hurler de désespoir. Toutes ces émotions, confuses et inverses, multiples et conflictuelles se mêlaient dans sa musique, la rendant une cacophonie pour ceux qui n'avaient pas l'oreille pour la musique.

Pourtant c'était cette musique qui le menait en avant, avec espoir et terreur. Si quelqu'un le reconnaissait en apparence sur le moment, il ne pourrait se dire que c'était la même personne qu'il connaissait de tous les jours. Le Monomen qui exhibait sa folie percussionniste à présent n'avait rien à voir avec le Monomen qui s'était mêlé à la vie humaine, à la ville et à son rythme. Il s'était adapté, et fatalement personne ne connaissait ce comportement qui était singulièrement lié aux feux follets. Eux seuls le connaissaient, le reste n'était qu'un mirage, qu'un écran de fumée.

Le temps n'avait aucun impact, aucune importance. Tout ce qui demeurait était la destination. Il n'avait cessé de courir, ignorant le fait que ses jambes inhabituées à un tel traitement commencent à lui faire savoir... Tout lui rappelait qu'il n'avait pas été ainsi depuis trop longtemps. Il voyait les feux follets, sa seule véritable famille et ses éternels compagnons de voyage. Il n'y avait qu'eux dans son esprit, et il les entendant presque chanter, le poussant à courir plus vite, à accélérer le rythme de ses bottes sur le sol, à entendre plus vivement les grelots attachés dans ses cheveux. Un sourire était affiché automatiquement sur ses lèvres alors qu'un rire lui échappa. Le son des clés l'accompagna si bien qu'on ne distinguait son rire des notes folles.

Puis subitement il y était. Son esprit n'avait été que chant et musique, à présent il s'ouvrait à l'extérieur, au contour des bâtiments, à la couleur des choses qui étaient de tous mondes. Il voyait les astres luisants, certains assombris comme le voulait la période, d'autres plus vifs que jamais. Son coeur était bercé par le paysage, mais ce n'était pas là sa destination finale. Il rangea ses clefs sans perdre le rythme de sa course, et prépara son ascension vers le seul astre qu'il voyait à présent, son seul but.

Les escaliers de cristal le menèrent à l'entrée, l'entrée de la chambre qu'il avait tant côtoyé, et pourtant pas assez sans doutes. Il connaissait déjà son décor et ses plantes multiples, son mur de feuillage contre la paroi ronde, cette fascinante énergie qui se dégageait de ce lieu comme une aura. Et un lit, un immense lit que ses yeux cherchèrent immédiatement... Pour le voir vide. Le drap aux allures presque végétal était toujours là, mais il ne couvrait pas la silhouette qu'il pensait voir. Il n'y avait rien que le vide, vide qui s'amplifia dans son être entier. Il savait pertinemment que certaines choses ne laissaient plus de traces quand elles quittaient ce monde corporel, et immédiatement il pensa au pire.

Winruna était là, grand et chapeauté comme il l'avait souvent connu, vêtu de sa cape. L'esprit du brownie tournait dans tous les sens, si bien qu'il resta fixé sur le lorialet qu'il voyait plus comme un parent qu'autre chose. Son esprit plus rationnel le rappela à l'ordre, et lui fit froncer les sourcils. Si ce qu'il craignait était bien arrivé...? Non, c'était impossible, il y aurait eu bien autre chose de perceptible, non? Une lorialet si âgée n'aurait pas quitté ce lieu en le laissant intact ainsi...

Il tremblait néanmoins d'incertitude, et ses yeux quittèrent son mentor pour faire un tour de la salle, plus patient cette fois-ci. Il y avait quelque chose d'étrange, qui clochait, et ce n'était pas ses clefs. Il n'arrivait même pas à trouver sa voix pour parler, mais il était certain que la chose qui clochait en question se montrerait bien rapidement.
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MessageSujet: Re: Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons.   Au clair du Carillon, des paupières, comme des papillons. Icon_minitime

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