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 Plume bleue et Plume bloquée

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Nashoba Ogier d'Ivry
Zombis
Nashoba Ogier d'Ivry

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Emploi: Mannequin et Auteur (Nashoba) / TDS (Huan) / Animateur bénévole (Oliver)
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MessageSujet: Plume bleue et Plume bloquée   Plume bleue et Plume bloquée Icon_minitimeMer 2 Oct - 11:50

Un samedi après-midi d'automne comme un autre. Les passants profitaient d'un temps grisâtre pour déambuler dans les rues. L'air était chargé d'humidité. La pluie menaçait de tomber à tout moment. On se pressait, on s'entassait dans les boutiques et dans les cinémas en espérant échapper à l'averse. Comme souvent durant les week-ends, Nashoba se mêlait aux errements des vivants, ou de ceux qui comme lui se contentaient d'en avoir l'air. Il était rare qu'il s'aventure sur la rue principale car elle était généralement chargée de monde. Le zombi n'appréciait pas les bains de foule.

L'orage à venir lui avait dégagé un passage privilégié. Curieux de découvrir ce qu'était devenue cette ancienne artère, théâtre de nombreux événements de sa vie, il s'y était engouffré sans réfléchir. Bien mal lui en avait pris : découvrir que tout avait été rasé, qu'il ne reconnaissait plus rien, le plongea dans un mélange désagréable de détresse et de perplexité.

Il flottait au centre de ce sentiment, le nez levé en direction des bâtiments. Ses pas très lents frottaient à peine le pavé. Il n'avait ni la lourdeur ni la maladresse du mort-vivant standard car il buvait moderne, à une fréquence effrénée. Il ne devait son apathie qu'à ce triste sentiment qu'il vivait comme une atmosphère solide, épuisante alors qu'il luttait pour s'y mouvoir. Il respirait la nostalgie d'une existence trop vite perdue, enterrée par des siècles d'absence quand il n'avait fait que cligner des yeux. Il s'en emplissait les poumons. L'odeur de tourment tiraillait son cadavre, pourtant incapable de la moindre sensation.

Nathanael Ogier d'Ivry, auteur romantique avant l'heure. C'était la façon dont beaucoup de livres parlaient de lui de nos jours, mais le zombi ne le savait pas. Il n'avait jamais pris la peine de se renseigner quant à ce que la postérité avait retenu de lui, ou de son oeuvre. Il n'était pas certain d'en avoir envie.

Ses pas l'avaient naturellement amené là où son seul véritable asile s'était dressé, avant que la célébrité et le succès ne lui offrent le prestige d'une grande demeure. Était-ce bien ici ? Rien n'était certain. Dans cette ville devenue étrangère, il n'avait plus ses repères. Il avait la sensation d'avoir retrouvé son chemin, mais ce n'était peut-être dû qu'à la nature de ce bâtiment, par ailleurs trop récent pour lui avoir été contemporain.

Nashoba laissa distraitement ses doigts glisser contre le bois vermoulu. La peinture colorée s'écaillait. Il regrettait de ne pouvoir sentir les reliefs parler contre sa peau. Il se consolait en évaluant leur résistance, la façon dont ils demandaient à sa main plus ou moins de force pour frotter les moulures.

La Plume Bleue. Ce n'était pas la boutique d'Ignace, mais c'était sans aucun doute une librairie. Son apparence ancienne lui était rassurante. L'intérieur qu'il devinait au travers des vitres l'appelait bien trop pour qu'il l'ignore. Il poussa la porte du magasin. Le léger son de cloche ramena à lui bien des souvenirs.

Les rayonnages croulaient sous les ouvrages, lesquels s'imposaient sans équivoque comme seuls et uniques maîtres des lieux. Ils envahissaient les murs, les tables, et même certaines fenêtres. Ils n'obéissaient qu'à eux-mêmes, forts d'une organisation qui paraissait avoir été choisie par eux, pour eux. L'éclairage tamisé profitait du mauvais temps pour offrir à l'endroit un aspect  confortable et intime, tout juste comme Nashoba l'aimait.

Pour la première fois depuis longtemps, un sourire frôla les lèvres du jeune homme décédé.

Plus à l'aise qu'il n'avait l'habitude de l'être dans un nouveau lieu, il en prit immédiatement possession. Il omit, en revanche, de saluer le libraire, qu'il avait pris soin de ne pas regarder dans les yeux. Il s'avança naturellement en direction des bibliothèques les plus reculées. Sa notoriété s'était retournée contre lui depuis le moment où on l'avait assassiné. Réanimé, il la vivait encore comme une malédiction. Il passait son temps à se cacher car il préférait qu'on ne le reconnaisse pas.

Le maquillage et les cols roulés qu'il portait en tout temps masquaient efficacement ses nécroses. On ne devinait pas si facilement qu'il était un zombi. Cependant, le travail de mannequinat qu'il exerçait pour Belle Morte lui rendait l'anonymat compliqué... Il aurait probablement été moins reconnaissable s'il avait au contraire assumé son look défraîchi. Sa phobie des cadavres l'interdisait. Seuls ses cheveux blancs, mal reconstitués par la magie de mort, aux antipodes de son noir corbeau originel, lui permettaient de brouiller les pistes.

Ses yeux s'arrêtèrent sur une tranche particulière. Interdit, il s'agenouilla pour observer le livre de plus près. Il ne s'attendait pas à trouver ça ici. Il découvrit avec encore plus d'étonnement que c'était toute une collection, que l'étagère la plus proche du sol réunissait. Potentiellement l'entièreté de son oeuvre. Rien ne semblait manquer. Dès qu'il pensait à un titre, ce dernier lui sautait aux yeux.

Il sortit du rayon un exemplaire des Récits de la vie quotidienne, par Nathanael Ogier d'Ivry. Un "précieux recueil d'anecdotes d'époque par le point de vue rare d'un vodoun illicite aux origines choctaw intégré dans la haute société française, dont la sensibilité porte même le plus banal des faits divers aux frontières du poème. Une plume suave et organique dont le destin tragique n'a fait qu'accentuer la puissance."

La lecture de la quatrième de couverture lui arracha un éclat de rire silencieux. Le son, sifflant, s'était coincé au travers de sa gorge fendue. Comme c'était étrange... Il voyait mal comment il aurait pu accentuer la puissance de quoique ce soit du fond de sa tombe.
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MessageSujet: Re: Plume bleue et Plume bloquée   Plume bleue et Plume bloquée Icon_minitimeMar 8 Oct - 14:44

Cyan aimait les jours de grisaille. Premièrement (et prosaïquement) parce que les gens avaient rapidement tendance à venir flâner à l'intérieur des boutiques lorsque le soleil menaçait à tout instant de leur pleuvoir dessus. Généralement, sa clientèle (ou à défaut, sa compagnie) était bien plus nombreuse les jours de temps maussade.
Deuxièmement, parce que le manque de lumière solaire lui permettait d'allumer les lumières de la boutique, ici sur un guéridon, là perché sur une étagère. La pièce toute entière était éclairée par des plafonniers à la lumière douce ou des luminaires éparses, dessinant ombres et recoins dans la librairie. Le plaisir esthétique (et la satisfaction d'être à la tête d'une jolie boutique) n'était pas tout à fait négligeable.
Troisièmement, enfin, parce que les journées grisâtres se terminaient régulièrement par de la pluie le soir même. Et qu'il aimait particulièrement le son de l'eau sur son toit, résonnant dans un bruit de fond discret. C'était le genre de temps propice à la lecture, ou à l'écriture.

Cyan était assis derrière son comptoir, livre en main et lunettes sur le nez. Il était absorbé dans la lecture d'un énième roman historique, s'essayant à dénoncer les horreurs de 2010. C'était un assez vieux livre, et si la plume était maladroite par endroit, la volonté de bien faire était manifeste. L'ouvrage n'était pas bien épais, mais un petit symbole à lui tout seul. Ça avait été le numéro des ventes, à l'époque: et pour cause. Écrit par une étudiante de 21 ans américaine, le bouquin avait fait scandale. Cyan aimait le relire, à l'occasion.
Lorsqu'un client passait la porte, le libraire leur jeter un regard, et leur adressait un léger signe de tête. A la fois pour les accueillir, et pour leur indiquer que si jamais ils avaient besoin d'aide, il était là. Tout le monde ne prenait pas la peine d'accrocher son regard, bien qu'il soit juste en face de la porte. Il n'en prenait pas ombrage, et retournait immédiatement à son livre.

Très peu de personnes marchaient droit vers lui en entrant. La plupart répondait à son salut, avant d'errer un peu entre les rayonnages fournis, quitte à s'aventurer de nouveau près du comptoir avec un timide "Excusez moi ?".
Cyan ne semblait jamais dérangé. Il posait toujours cordialement son livre, pour relever les yeux vers son interlocuteur avec politesse. Il ne tiquait pas quand on lui demandait un livre. Parfois, il vérifiait rapidement sur son ordinateur si l'ouvrage était bien en stock, parfois il savait de tête.
A l'occasion, on lui demandait un rayonnage précis. C'était plus rare, mais ça arrivait. Cyan s'autorisait généralement l'ombre d'un sourire, dans ce genre de situtation.

"Excusez moi ?"

-Que puis-je pour vous ?

-C'est pour un projet de littérature. Je cherche des ouvrages de poésies anciennes. Spécifiquement, je me demandais si vous auriez ça.

Le jeune homme tira du fond de son trench un petit papier rectangulaire, sur lequel figurait trois titres. Cyan prit la liste, y porta un rapide coup d'oeil, puis prit sa canne, jusqu'ici pendue au comptoir de bois.

-Je vais vous chercher ça.

Gelt, son familier, était allongé dans un panier poussé contre le mur, derrière le siège du libraire. Il ne se réveilla pas lorsque Cyan se leva, mais bougea un tout petit peu. Cyan lui passa devant, et s'enfonça dans les rayonnages de la boutique. Il n'avait pas lu l'intégralité des livres demandés, mais passa rapidement ses rayonnages en révision. Il trouva le premier livre, et jeta un oeil à l'auteur du second. Nashoba Ogier d'Ivry. Il pivota, se rapprocha de la bibliothèque appropriée.

-Excusez moi.

Un jeune homme se tenait juste devant, en train de lire la 4ème de couverture d'un livre. Un jeune homme mort. Cyan n'avait pas tant besoin qu'il se pousse, mais il trouverait fortement grossier de se glisser à proximité de quelqu'un pour attraper quelque chose sur une étagère sans signifier sa présence au préalable. Il trouva la tranche de livre qu'il cherchait, puis parti à la recherche du troisième livre.
Il revint sous peu à son comptoir, et s’assit à son ordinateur. Il tapa quelque chose, et l'écran clignota en réponse. Cyan releva les yeux. Il n'avait pas enlevé ses lunettes, aussi regardait-il son client par-dessus la monture métallique.

-Je suis navré, je n'ai pas le dernier livre de votre liste. Je peux le commander, si vous le souhaiter.
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Nashoba Ogier d'Ivry
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Nashoba Ogier d'Ivry

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MessageSujet: Re: Plume bleue et Plume bloquée   Plume bleue et Plume bloquée Icon_minitimeMar 8 Oct - 22:18

Lire son propre livre... Ça avait quelque chose d'un peu indécent. D'orgueilleux, même. Nashoba n'avait jamais ouvert le moindre de ses volumes une fois les dernières modifications apportées à ses textes. Pourtant cette fois, il le fit. C'était différent. Mort, devenu incapable d'écrire, il avait l'impression de se confronter à l'oeuvre d'un étranger vaguement familier.

Il ouvrit les pages au hasard et se perdit dans la lecture d'une anecdote. Lentement, un sourire s'étala sur les lèvres du zombi. Cela le plongeait dans des souvenirs rassurants. Le texte était à la fois distant et gravé dans sa chair. C'était des mots qui n'auraient plus pu sortir de lui, mais des mots qui décrivaient sa vie. Soudain, l'écrivain eut l'impression de tenir son foyer au creux de sa main. C'était comme rentrer chez lui après une longue absence. Il voyait sous ses yeux défiler les personnages familiers, les lieux, les événements de la vie de tous les jours...

-Excusez moi.

Il ne l'avait pas vu ni entendu arriver. Surpris, Nashoba sursauta. Il leva les yeux sur le vieil homme et perdit un bref instant ses moyens. C'était peut-être ce qu'il venait de lire qui le chamboulait trop, car il eut une impression de familiarité particulièrement perturbante. Libraire, sec et chenu, il lui rappelait l'une de ses vieilles connaissances. Soucieux de ne pas être reconnu, Nashoba baissa la tête et se décala d'un pas sur le côté. Intrigué, il observa le boutiquier prendre dans les rayonnages un autre de ses ouvrages. Les Contes Naturels, un recueil de poésies toutes inspirées des extérieurs dans lesquels il avait grandi, puis vécu une bonne moitié de son existence.

Cela se vendait-il encore vraiment ? Tout ce temps plus tard, il y avait encore des gens pour s'intéresser à sa plume ?

Les royalties qu'il touchait chaque mois lui en donnaient une indication, mais il y avait une différence entre comprendre quelque chose rationnellement, et en faire l'expérience concrète. Au XXIème siècle tout était si différent, que cela soit le langage, les mentalités, la vie quotidienne... C'était tout bonnement incroyable que ses textes intéressent encore les lecteurs contemporains. Lui-même avait bien du mal à se faire au style des auteurs récents. Mais il fallait dire qu'il avait bien du mal à se faire à absolument tout de cette nouvelle "vie" qu'on lui avait imposée.

Distraitement, il s'était relevé. Il avait suivi le vieil homme sur quelques mètres, juste suffisamment loin pour rester caché dans un recoin derrière une étagère, mais pour avoir le comptoir bien en vue. Il était curieux de découvrir à quoi ressemblaient ses lecteurs. Celui-ci paraissait particulièrement jeune, ce qui l'étonnait encore plus. Le client grimaça avant de répondre :

"Mince... Mais oui s'il vous plaît, commandez-le. Je lirai les autres en attendant."

Il souleva l'exemplaire des Contes Naturels avec une curiosité contenue. Après avoir lu la quatrième de couverture, il commenta :

"C'est incroyable, cette histoire de zombi réanimé des siècles plus tard, vous ne trouvez pas ?"

Il marqua une brève pause avant de demander :

"Dites... Je me demandais. Quand un auteur comme Nathanael Ogier d'Ivry est relevé, bien après sa mort naturelle, après que son oeuvre soit passée dans le domaine public, que se passe t-il d'un point de vue légal ? Est-ce que les droits d'auteur sont immédiatement appliqués sur toutes les collections en vente, ou bien cela ne vaut-il que pour les éditions suivantes ?"

Mais avant qu'Artémis n'ait le temps de répondre à cette question, l'étudiant dressa son visage, intéressé par un point fixe, derrière le wiccan. Ce point fixe n'était autre que Nashoba dont le bout du nez dépassait des rayons alors qu'il espionnait les deux autres. Le zombi se crispa. Il avait pourtant cru être discret !

"Pardon. Vous voulez quelque... Chose.. ?"

Mais Nashoba avait déjà disparu. De dos, enfoui le plus profondément possible au fond de la pièce, dans un coin formé par deux bibliothèques, il avait rouvert son livre et faisait semblant de n'avoir jamais cessé de le parcourir.
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