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 Zizanie au restaurant réunionnais

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Bonnie O ’ Reilly
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MessageSujet: Zizanie au restaurant réunionnais   Ven 11 Jan - 13:22

Des cris, de la sueur, de la tension et de la chaleur. Le fracas des casseroles en métal, des couteaux, des ustensiles qui s'entrechoquent, les flammes qui sortent des gazinières. Le balais pressé et désordonné des humains qui courent dans tous les sens.
Le spectacle bruyant et nerveux des cuisines de restaurants, c'était quelque chose, il fallait bien le reconnaître.
Bonnie observait tout ça tranquillement depuis la porte arrière de l'endroit, celle qui donnait sur une petite ruelle sale et odorante, pleine de bennes à ordures. Personne ne l'avait encore remarqué, rien d'étonnant, cette bande d'humains étaient bien trop occupés à bourdonner et s'affairer comme un essaim d'abeilles.
Elle n'était pas ici par hasard. Elle s'était creusée la tête toute la nuit pour trouver une nouvelle farce à jouer. Et puis ce matin à la morgue, un de ses collègues humains avait laissé entendre dans la salle de pause qu'il avait découvert un nouvel endroit. Un petit restaurant réunionnais qui avait connu récemment un certain succès. Selon le petit homme partiellement chauve et ventripotent, les gens s'y bousculaient et la nourriture y était particulièrement savoureuse.
Parfait.
Elle avait eu une idée, un petit tour qui serai tellement amusant à mettre en oeuvre. Oh oui, elle allait mettre un tel bazar !

La fée irlandaise s'avança d'un pas dans la salle bruyante et la porte de service claqua derrière son dos, attirant l'attention d'une humaine.
De petite taille, à la peau café, la femme était vêtue d'un tablier blanc taché sur le devant. Un foulard aux couleurs criardes recouvrait ses cheveux et une ride du lion creusait son front. D'une voix forte et teintée d'agacement elle s'adressa à la jeune fille rousse :

- Eh toi ! Qu'est ce que tu fais là ? T'es le nouveau commis ?

Les fées ne pouvant pas mentir, Bonnie se contenta de l'observer en silence, laissant l'humaine tirer les conclusions de son choix.

- T'as perdu ta langue ou quoi ?! Allez bouge de là ! Tu vois pas qu'on est en plein coup de feu ?! Au travail ! Allez allez allez !

Le sourire aux lèvres, le petit diablotin roux ne perdit pas plus de temps pour mettre son plan à exécution.
Voyez vous, parmi les faës, chaque espèce a sa spécialité, un petit truc qui lui est propre, une sorte de talent. Les fées plus spécifiquement sont dotées d'un talent remarquable pour la cuisine. Elles font des merveilles derrières les fourneaux, créant des mets appétissants et d'un gout particulièrement délicieux.
Cependant, bien naïf et inconscient serai celui qui se laisserai tenter. Car en effet cette nourriture particulière a pour effet secondaire de rendre fou quiconque ose y goûter.
Si auparavant cette folie pouvait durer tout une courte vie d'humain, avec le temps malheureusement, l'effet s'est affaibli avec la magie faë et ne dure plus que quelques jours.
C'est regrettable certes mais quelques jours c'est quand même suffisant pour semer une zizanie des plus distrayante, pour le plus grand bonheur de notre fée.

Pleine d'impatience et d'anticipation, Bonnie observa le plateau plein à en déborder de beignets de bananes qu'elle avait préparé. Elle en envoya une seconde fournée, juste pour être bien sûre que le plus de monde possible soit touché.
Pour son plus grand plaisir un humain en sueur la bouscula pour en déposer quelques uns dans une petite corbeille qu'il envoya directement en salle.
Passant la tête par la passe plat, elle suivi des yeux la progression du serveur et ne put s’empêcher de sautiller sur place en frappant dans ses mains, telle une enfant lorsque qu'une rangé de dent parfaitement alignée mordit le premier beignet.
Oh oui ! Elle allait bien s'amuser aujourd'hui.
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Artémis Cyan
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MessageSujet: Re: Zizanie au restaurant réunionnais   Sam 12 Jan - 19:41

La salle était bruyante, à un niveau certes encore supportable. Tout n’était que fragment de conversation, bruit de couverts et de verres, éclats de rires et noms de plats, commandés ou déposés. De temps à autres, les portes de la cuisine s’ouvraient pour laisser passer un bref écho de casserole, de fourneau et de cris qui se tarissait de suite après. Au dehors la nuit était tombé depuis un moment déjà, et la lumière distante des lampadaires, se déversant au travers d’une vitrine aux fins rideaux tirés, était largement dominée par celles des ampoules vaguement dorée dispatchée aux quatre coin de la pièce.

Cyan était assis à une petite table légèrement branlante, dans un coin de la salle. A côté de son assiette au fumet délicatement épicé et d’un verre de vin rouge trônait un petit livre rectangulaire à la couverture vaguement usée. Sa canne en bois sombre, à la base ferrée, était appuyée contre le mur derrière lui. Seul, le vieil homme était plongé dans sa lecture, complètement oublieux du brouhaha ambiant : certains l’aurait trouvé trop déconcertant pour s’adonner à la lecture, mais le libraire le trouvait parfaitement adapté à l’exercice. Le fond sonore perpétuel et quasi invariant était une ambiance de lecture au moins aussi particulière que le silence de la Plume Bleue.
Il appréciait à peu près tout dans ce restaurant. La cuisine était (à son goût) délicieuse, le vin agréable et l’ambiance (comme la maisonnée) charmante. En somme, il n’aurait pour rien au monde cherché mieux. Il y avait certes de bien meilleurs restaurants, avec des vins d’une qualité bien supérieures et des mets infiniment plus fins : mais un peu de confort et de routine ne lui avait jamais fait trop de mal, ni à lui ni à son porte-monnaie.

Si il avait dû soulever un seul et unique point négatif pour ce restaurant ç’aurait  très probablement été celui de sa clientèle : non pas quelle soit trop pincée, trop bruyante ou trop grossière. Elle était simplement trop nombreuse.
L’endroit avait connu une recrudescence de fréquentation qui récemment rendait difficile de trouver une table sans être coincé entre deux autres tablées nombreuses et (le plus souvent, étonnamment) caquetantes. Cela restait supportable, puisqu’il pouvait encore lire, mais il était à espérer que l’endroit ne serait pas victime de son succès.
Sans lever les yeux de ses pages, le vieil homme tendit la main vers sa fourchette, avalant une bouchée de rougail avec une gorgée de vin. Il aurait probablement pu entrer, commander, manger et payer sans quitter des yeux une seule seconde le roman qu’il tenait : c’était d’ordinaire plus ou moins ce qu’il faisait. Cyan était un client régulier, aux habitudes presque automatiques. Il venait, de temps en temps, et cherchait une table un peu à l’écart. Il commandait quelque chose, souvent passablement épicé, sortait un livre et n’en décrochait plus avant d’avoir fini son assiette. Il ne prenait jamais de dessert (ce qui était bien dommage pour un restaurant réputé pour ses beignets à la banane mais passons), mais toujours une tasse de thé. Et surtout, il ne pipait mot. Il avait fini par devenir un visage familier pour les employés de l’endroit, mais personne n’avait pu aller plus loin dans la conversation que les simples formules de politesse et un remerciement courtois pour le repas. Cyan était un étrange bonhomme, quand il mettait un peu du sien.

-Et je vis un Ange se tenant dans le soleil ; et il cria à haute voix, disant à tous les oiseaux qui volent par le milieu du ciel : Venez, assemblez-vous au grand souper de Dieu.

Le vieil homme ne tiqua pas. Pour autant, il entendait quelqu’un, qui parlait de plus en plus fort et dont la voix, au fur et à mesure, couvrait le brouhaha ambiant qui mourait peu à peu.

-Assemblez-vous au grand souper de Dieu afin que vous mangiez la chair des rois, et la chair des chiliarques, et la chair des puissants, et la chair des chevaux et de ceux qui sont assis dessus.

Le silence était presque total, maintenant. Presque. Une seule voix le dominait, lui livrait un duel féroce, dont elle semblait sortir vainqueur. Centimètre par centimètres, au fur et à mesure que le silence s’était installé, le Wiccan avait baissé son livre. Maintenant, ses deux yeux bleus glaces dépassaient à peine le roman, dardant leur regard froid juste au dessus du bord des pages.

-Et la chair de tous, libres et esclaves, petits et grands.

Le silence fit mouche, et la voix se tut. Il s’agissait de celle d’une petite vieille, courbée au-dessus d’une assiette où on pouvait encore apercevoir quelques traces de sucre glace, approximativement trois tables plus loin. Ses yeux verts étaient vitreux, partiellement à cause de la cataracte, et semblaient fixer un point qui n’existait pas. Sa voix chevrotante s’était éteinte aux portes du cri, et ses lèvres vieillies ne laissaient désormais passer qu’une respiration rauque et lourde.
Tout le monde semblait rigoureusement stupéfait. A travers toute la salle, les yeux étaient écarquillés, surpris voir inquiets. Cyan baissa un peu plus son livre. Tout le monde ne semblait pas très bien le vivre. Un peu sur sa droite, un homme d’environ quarante ans ne semblait pas savoir quel expression afficher. Ses traits, taillés à la serpe, tiquaient sans cesse : spasmes des paupières, clin d’oeil, frémissement des lèvres, plis de la bouche. D'abord lentement, de manière passagère, puis de plus en plus souvent. Sa compagne finit par le remarquer et posa sa main sur son bras accompagné d’un « chéri ? » inquiet. L’autre tenta de formuler une réponse, sans parvenir à aligner trois mots.

Sur sa gauche, à la table d’une famille relativement nombreuse, un enfant se mit à sangloter, presque en position fœtale sur sa chaise. Sa voisine direct, probablement sa sœur, visiblement très tendue, lui marmonna quelque chose. L’enfant se mit à pleurer et elle se répéta plus fort, encore et encore jusqu’à ce qu’un « ferme ta gueule !» bien distinct parvienne aux oreilles de Cyan. Les parents s’en mêlèrent, et les cris comme les pleurs augmentèrent.

Chaque seconde qui passait, des réactions diverses éclataient aux travers de la pièce. Elles n’étaient pas très nombreuses, mais chaque action avait sa réaction. La vieille s’était remise à déblatérer des paroles cryptiques, l’homme s’était mis à rire. L’enfant continuait de pleurer, sa sœur de crier, et un jeune homme d’une vingtaine d’année se précipita vers la porte (pour être aussitôt bloqué par une femme au sourire presque carnassier).
Le magicien, le visage inexpressif mais le regard curieux, posa son livre, observant tour à tour les différentes bulles de panique qui éclatait au travers de la pièce. Il fronça les sourcils et porta son verre à ses lèvres. Il fallait admettre que l’entropie de l’endroit était saisissant à observer : la chute d’un seul cailloux engendrait l’effondrement d’une montagne rien qu’en entraînant d’autres cailloux toujours plus gros. Il fronça les sourcils un peu plus. Le spectacle était certes sociologiquement et psychologiquement fascinant, mais il y avait quelque chose d'autre qui occupait son esprit. Il sentait, dans l’air, que quelque chose n’allait pas, mais il ne parvenait pas à mettre le doigt dessus.


***


Quelques instants auparavant, il s’était déroulé un incident supposément insignifiant. Adán, l’un des  serveurs du restaurant, n’avait pas mangé. Et il fallait admettre qu’à passer sa soirée à servir des plats et à promener de la nourriture odorante ne l’aidait pas vraiment à maintenir son estomac tranquille.
Aussi, sachant pertinemment qu’il n’aurait pas le temps de prendre une collation quelconque pendant son service qui s’annonçait par ailleurs encore long, il avait prit la décision (ô combien peu professionnelle) de chiper un peu de nourriture. Il n’avait pas sut se tenir devant les beignets à la banane. Sachant très bien que personne dans la cuisine n’approuverait qu’il tripote la nourriture des clients il avait profité d’un moment de discrétion pour en engloutir un le plus rapidement possible, quitte à se brûler la langue.

Résultat, il ne se sentait pas bien du tout. Sa tête tournait terriblement, comme si la migraine qui y était terrée voulait se frayer un chemin au travers de son crâne en frappant dessus. Elle avait commencé à taper quand il était revenu en cuisine et n’avait pas arrêté depuis, s'améliorant même dans son envie de lui perforer le crâne. Il avait failli renverser une rouquine sans même la voir, tant sa démarche était devenue moins fiable, moins droite. Il s’était excusé dans un murmure groggy avant de s’aérer un peu dans la rue sur laquelle donnait la porte arrière du restaurant. Sa tête lui faisait mal, et il sentait des sortes de démangeaisons dans sa nuque et ses doigts.
Adán n’allait pas bien. Et personne, vraiment personne, ne veut laisser quelqu’un ayant mangé de la nourriture cuisinée par une fée dans le passage de la seule autre porte de sortie, à proximité des couteaux en acier inoxydables, aller aussi mal.


***


Cyan posa les yeux sur l’assiette de la vieille. Il y vit des traces de sucre glace. Il les porta vers la tablée de l’enfant en larmes et de sa sœur trop tendue pour que ce soit normal. Il vit, presque intégralement mangé, une corbeille de beignets. Seuls un ou deux desserts devaient subsister dans le récipient. Le vieil homme sentait que quelque chose n’allait pas, au-delà de la folie ambiante. D’ici, il pouvait sentir de fines effluves magiques flotter dans l’air. Il cligna des yeux. Ça n’avait finalement duré que quelques secondes, mais le vieil homme finit par comprendre que la nourriture était la cause du chaos ambiant, et qu'une magie était liée à la chose.
Son regard se tourna vers la cuisine. Un battement de coeur plus tard, quelqu’un poussait un hurlement aiguë de l’autre côté des portes battantes.
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