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 Dialogues d'Outretombe

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Nashoba Ogier d'Ivry
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MessageSujet: Dialogues d'Outretombe   Mer 15 Aoû - 12:12

Sourire aux lèvres et sifflotant, Oliver émergea avec contentement de la crypte dans laquelle se terrait le Zombiland Club. Ça avait encore été une bonne soirée, qu'il aurait fait durer plus longtemps si l'un des habitués ne l'avait pas provoqué. Plutôt que de se laisser aller à son tempérament sanguin et risquer de perdre son droit de séjour dans son club préféré, le zombi avait préféré partir de son plein gré, tant qu'il était encore de bonne humeur. Et de bonne humeur, il l'était.

"I am a Jolly sailor bold, Long time I've been a rover, I've saild to many foreign parts, And crui ed the world all over ;And I've landed in many an English port, And I've seen lasses plenty, But there's none compar'd to the Liverpool. She's my charming blue-eyed Mary..."

Alors qu'il chantonnait, Oliver rabattit la casquette en tweed traditionnelle qu'il avait acquise quelques jours au préalable, pour éviter qu'un coup de vent risque de l'arracher. Sur son index tournait un trousseau de clés qu'il ne s'était procuré que pour le plaisir de se payer une chambre d'hôtel : depuis deux semaines maintenant qu'il contrôlait ce corps, il ne passait qu'un jour sur trois dans la dite chambre, préférant souvent l'ambiance humide et sombre du dédale et du Walhalla, qui lui rappelaient ses jours de combattant clandestin.

Oui : Oliver avait de bonnes raisons d'être bien luné, avec ou sans l'idiot qui lui avait cherché des noises quelques minutes au préalable. C'était la première fois qu'il restait aussi longtemps aux commandes, et il espérait bien que ça ne serait pas la dernière. Il en aurait fallu beaucoup pour l'agacer.

"Her golden hair in ringlets hung, Her golden hair in diamonds shining. Her slender waist with carriage cha..."

Toutes les bonnes choses avaient une fin. Le gangster arrêta subitement de chanter, touché par un malaise qui lui était devenu habituel. Ses jambes lâchèrent, l'obligeant à s'accrocher au mur de pierre formant l'entrée du club pour éviter de tomber par terre tête la première.

"Yikes... Trop beau pour être vrai. Foutu gratteur de papier de mes deux, va au diable et laisse moi tranquille..."

Là, subitement, Olivier était moins content. Résistant à l'envie de retourner en bas en foutre une au type qui l'avait provoqué pour évacuer sa frustration, l'anglais profita plutôt de ses derniers instants de lucidité pour faire ce qu'il n'avait pas tout le temps l'occasion de faire : aller planquer ses biens là où son idiote de personnalité principale ne pourrait pas les trouver.

Bon gré mal gré, difficilement, en dépît de l'effet du Brain Juice sous lequel il était encore, Oliver se traîna jusqu'à la pierre tombale habituelle. Là, il leva une roche taillée branlante et retira la terre qui s'était insinuée dans le trou creusé, depuis la dernière fois qu'il l'avait utilisé. Il y fourra son canif à la va vite et, après réflexion, sa casquette en tweed aussi. Nashoba aurait été foutu de la lui perdre dans son errance. Ça n'aurait pas été la première fois que ça arrivait.

Une fois son travail effectué, Oliver remit la pierre en place et se releva, "pantelant" - ou ce qui s'en rapprochait pour un zombi. Les yeux dans le vague, il commençait déjà à avoir du mal à penser. A rester lui-même. Il tapota amicalement sur le sommet de la stèle où figurait le nom de "Timothy Morton".

"Merci Timmy... J'te revaudrai ça de l'autre côté mon pote. Ou pas. Haha..."

Sur quelques dizaines de mètres, le zombi claudiqua, usant de ses dernières forces pour s'éloigner de sa planque, qu'il ne voulait pas que Nashoba risque de trouver, même si les risques étaient faibles, de ce qu'il avait compris sur le fonctionnement des fugues dissociatives post-mortem. Ça le concernait directement : il s'était renseigné.

Quelques minutes plus tard, Nashoba s'effondrait contre une autre stèle, tremblant, incapable à cet instant précis de comprendre où il était, ni ce qui était en train de lui arriver. Les genoux dans la terre salissant son costume ancien, il griffait la pierre pour éviter de tomber. Avec ses cheveux blancs parsemés de quelques mèches noires résiduelles, son teint verdâtre marbré, ses yeux opaques, décolorés, mêlés de blanc et de rouge, et vu les sons informes qui quittaient sa gorge grande ouverte - dans le sens coupée en deux de long en large - à intervalle irréguliers, on l'aurait cru tiré d'un film d'horreur datant des années pré-Révélation : un peu plus, on aurait cru que c'était lui qui était en train de sortir de la tombe.

Les yeux flous, le zombi essayait. Il ne savait d'ailleurs pas trop ce qu'il essayait, mais il essayait. De se relever, peut-être, déjà. Le paysage devenait progressivement plus net et des frissons d'horreur incompréhensibles le secouaient. Une voix qui n'en était pas une lui hurlait, dans sa tête, de quitter cet endroit fétide aussi rapidement qu'il en était capable.

¤Courage mon enfant... De meilleurs jours viendront.¤

Une voix de femme ? D'où venait-elle... Du ciel ? Les mots lui paraissaient encore bien difficiles à comprendre. Nashoba leva les yeux sur la voûte sombre, couverte d'épais nuages. Les gouttes d'une pluie fine, débutante, coulèrent sur son visage, mais il ne sentit rien. Il glissa une main contre sa joue pour essuyer cette eau, et il ne sentit rien.

Submergé par un sentiment de terreur viscéral, il eut encore un son, plus une plainte chevrotante qu'un hurlement. L'ancien vodoun se tassa contre la pierre, ramassé sur lui-même, partagé entre son besoin de fuite et celui de disparaître immédiatement pour échapper à l'horreur qui emplissait peu à peu son ventre comme un ballon gonflé.
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Elena Tsvetanov
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MessageSujet: Re: Dialogues d'Outretombe   Dim 26 Aoû - 14:17

Nuit angélique, Lune argentée ; étoiles voilées. Sur la toile du ciel, c’était tout un tableau nébuleux qui s’éclaboussait, puis se dissipait sous les traits de pinceaux d’épais volutes grises. Même en plein mois d’août, les nuages couvraient les cieux, comme pour cacher les yeux des astres puritains des agissements des monstres dissidents. Le temps était triste, couvert et discret, comme pour poser le linceul sur les belles journées d’été ensoleillant la Nouvelle Orléans. Et quoi de mieux que d’enterrer les températures estivales qu’en se rendant dans un cimetière, royaume des trépassés et des oubliés ; sauf si comme elle, on avait fait l’erreur de s’être fait ressusciter.

Le chant des morts résonnait aux oreilles de la fleuriste comme un concert agréable : un silence à peine parasité par le souffle du vent passant dans les feuilles frissonnantes des saules et les craquements de brindilles sous ses pieds.
Comme une mélodie démantelée, une pétition à moitié diluée sous les lourdes gouttes d’une pluie si acide à en trouer le papier, les pas de la macchabée se perdaient en décadence contre les feuilles mortes éparpillées et les racines sorties de terre. Sa démarche était étouffée, presque de velours, le lit de pavés et de mousse réservant aux pieds de la gitane silencieuse un tapis pour les démons à ses trousses.
Elle fuyait l’agitation des rues de la ville, les éclairs des lampadaires et des clignotants des voitures ; elle s’éloignait des indiscrétions du Walhalla et les couvertures de pollution.

Drôle de rituel pour une mariée des tombeaux que de se promener entre les croix et les stèles gravées. Ses yeux cachés sous sa capuche passaient de nom en nom, de date en date. Si seulement son coeur n’était pas arrêté, certainement aurait-il bondi en comprenant que certains corps croupissant sous ses pieds appartenaient à des enfants. Des gamins qui n’avaient pas passé la dizaine d’années au milieu de vieillards outrepassés par l'âge.
Elle se sentit presque chanceuse, d’avoir au moins connu l’adolescence, puis les prémisses de l’âge adulte.
Presque.

Bientôt, à force de progresser dans ces lieux, Le Spectre se rendit compte qu’à travers les chutes de pluie et le vacarme de la nature se perdaient dans l’atmosphère d’autres notes inconnues. Déchirantes, porteuses d’une grande peine, Elena crut d’abord reconnaître les gémissements plaintifs d’un chat de gouttière surpris par la pluie, ou bien un enfant arraché à l’étreinte réconfortante de ses parents.
Curieuse, mais prudente, ce fut d’un pas volatil et félin que l’ancienne acrobate tenta de s’approcher de la source du bruit, tout en profitant de l’éclat des gouttelettes sombrant du ciel contre sa peau révélée. Quel miracle de pouvoir se sentir frissonner à leur contact glacé, de pouvoir presque décompter les impacts contre son épiderme gelé.

Plic, ploc, plic, ploc.
Elle ne faisait pas qu’entendre la pluie, elle la ressentait ; merci au Digital Angel de l’avoir délivrée de son insensibilité.
Elle avait été plus fortunée que la plupart de ses pairs, et elle le savait.

Finalement, après avoir avalé la distance la séparant de la source de ce bruit agonisant, les yeux de la gitane crurent voir une silhouette chétive se détacher de l’obscurité. Echine pliée, comme écrasée sous le poids du monde, vêtements salis et déchirés ; ce n’était finalement ni un chaton chassé, ni un gamin chagriné qui lui faisait face, mais un homme à la dérive.
Une épave à la peau verdâtre, aux yeux ternis et aux mains enfoncées dans la boue.

Un semblable.

Comme un fantôme, Le Spectre s’approcha davantage, jusqu’à distinguer les traits affaiblis de la créature gémissant à ses pieds. Inclinant légèrement la tête sur le côté, Elena observa le pauvre homme sans un mot, sans tenter de se faire remarquer.
Elle manquait cruellement d’empathie, parfois. N’importe qui se serait accroupi à la hauteur du pleureur pour le réconforter, chercher à comprendre ce qui n’allait pas : elle, elle demeura immobile, le surplombant de toute sa petite hauteur de femme.
Elle avait presque oublié à quoi ça ressemblait, de voir quelqu’un souffrir. C’était étrange, déroutant, presque fascinant.

Elle fit un pas supplémentaire ; celui de trop, qui la démasqua.
Tant pis.

« Il pleut. Tu ne devrais pas rester là. »

Elle avait la naïveté de penser que, comme elle, il pouvait ressentir le froid.

« Relève-toi. »

Un corps mort se levant dans un cimetière.
Belle image pleine de cynisme.
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Nashoba Ogier d'Ivry
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MessageSujet: Re: Dialogues d'Outretombe   Jeu 30 Aoû - 17:31

Il n'était plus qu'un esprit morcelé, égrainé bout à bout par le vent qui se levait dans un environnement incompréhensible. "Hostile". C'était le seul nom, la seule description qu'il aurait pu en faire.

Ici, des ongles inconnus griffaient la pierre presque à s'en retourner, sans douleur, sans en expérimenter la texture. Chaque bout de corps lui paraissait d'autant plus étranger qu'il ne le sentait pas. Ces extensions bizarres répondaient à ce qu'il restait de sa volonté comme des serpents charmés. Qu'allait-il se passer quand se briserait ce contrôle fragile ? Se retourneraient-ils contre lui pour le mordre, mâchoire distendue, alors que sa conscience sombrait plus bas que le sol lui-même ? Seules les vibrations et la force que lui demandaient chaque mouvement prouvaient qu'il était hors d'un rêve, ou d'un cauchemar.

Là, ses genoux mouillés auraient dû être froids. Un bout de lucidité alarmé tournoyait comme un oiseau. "Cela ne va pas. Cela ne convient pas. Quelque chose est profondément inapproprié. C'est insidieux. C'est malsain". L'oiseau ne piaillait pas des mots, mais des émotions brutes qui retournaient ses entrailles putréfiées comme si elles avaient été capables, elles, de sentir.

Et cette douleur qui n'en était pas une l'écrasait contre une pierre alors même que chaque morceau de lui ou presque ne souhaitait qu'une chose : partir de cet endroit. "Hostile". Cela aurait été plus simple si l'adjectif n'avait convenu qu'au paysage. Il s'était glissé en lui, à l'intérieur de l'épouvantable vaisseau qu'il conduisait, à mesure qu'une non-connaissance de son statut de mort-vivant lui revenait. Comment se fuir soi-même ?

A défaut de faire attention à ce que ses yeux distinguaient, chaque son, même le plus subtil, s'appropriait une parcelle égarée de conscience, ajoutant à son désarroi hasardeux. Un bruissement de feuilles lointain devenait un crissement de métal déformé. Le bruit de la pluie initialement douce, et qui gagnait en intensité, un battement de cœur de plus en plus rapide, comme en proie à cette terreur qu'il ressentait. Il toucha sa poitrine. Avait-on retiré l'organe de sa cavité d'origine pour qu'il l'entende si fort sans qu'il batte à lui en faire mal et lui glacer les sangs ? Les cris des animaux devenaient des hurlements. Le son de son propre corps contre le sol et la stèle, un insupportable roulement de pierre, qui allait bientôt tomber sur lui.

Puis soudain, il y eut une autre alarme. Quelque chose qui venait de bouger, dans l'angle de son champ de vision. La créature perdue sursauta fort. Deux yeux ronds décolorés émergèrent sous les mèches blanches décoiffées, progressivement détrempées. Prostré comme un joueur d'orgue au sein d'un inquiétant château, il tenta de retrouver la notion de ce que "voir" impliquait.

Bouger des muscles. Diriger son regard non par réflexe mais parce "qu'il" le souhaitait, peu importe qui était ce "il" qu'il représentait. Ses yeux comme aveugles retrouvèrent progressivement leur acuité alors qu'il se rendait compte qu'il fixait des pieds et qu'il fallait qu'il remonte. Et il remonta, jusqu'à un visage que, par chance, il n'associa pas immédiatement à celui d'une mort vivante. Peut-être parce que ce dernier restait à moitié caché sous un voile.

Peut-être parce que son état restait bien meilleur que le sien, même si à l'heure actuelle, ces pensées étaient profondément enterrées dans l'inconscient du zombi, où il était presque tout entier tapis.

Il y avait quelqu'un d'autre. Avoir notion de cela, c'était un pas de fait dans la bonne direction.

Ce quelqu'un d'autre se mit à parler dans une langue étrange, chantante et molle. Nashoba dans son état normal peinait déjà à comprendre la moindre bribe d'anglais. Il était encore au début de son apprentissage. A peine sorti d'une fugue dissociative longue de trois semaines, il aurait été inconcevable qu'il décrypte le moindre mot. Même ses langues maternelles lui étaient encore difficiles d'accès.

¤ Il ne va pas comprendre.
- Il n'a qu'à faire plus d'efforts pour apprendre. L'as-tu jamais vu d'aussi mauvaise volonté ?
- Cela se comprend aisément, Sidoine...¤


Peu à peu les yeux du zombi étaient retournés dans le vague, happés par la douce berceuse des voix d'ailleurs, du ciel, ou de partout. Sans vraiment les comprendre, ces voix le rassuraient, au contraire des sons du monde extérieur. Elles le réchauffaient. Lui donnaient un sentiment d'appartenance.

Le mort leva encore les yeux sur la voûte couverte, laissant certaines gouttes tomber dans ses globes sans ressentir le besoin d'en cligner. Un son sifflant quitta sa gorge, macabre. La plaie béante au travers de son cou était de bien des manières malaisante. Sa trachée n'avait pas été épargnée : de l'air en sortait par l'intermédiaire de la blessure.

"Si..... doi.... ?"

Un soupir venant d'ailleurs mais cette fois, il n'était pas pour lui. Presque en colère, c'était le son d'une vieille femme qui parlait le français d'une façon à la fois familière et étrangère.

¤Crisse ! Vous vous pognez le beigne... Elle te dit de te relever.¤

Cette seconde partie du dialogue qui se déroulait sur Terre, entre lui et l'Inconnue, aurait presque heurté la compréhension du zombi si il avait écouté. Sa concentration était toutefois happée par l'Ailleurs. L'Ailleurs l'appelait. Presque aussi vite qu'il lui était venu il disparut, s'arrachant de lui comme on retire une couverture chaude au matin, après avoir trop peu dormi. Paniqué, Nashoba lança une main sur le dos de la stèle, puis une seconde, afin de tracter son corps, de retrouver l'usage de ses jambes. Se relever. Il l'avait fait alors maintenant, les voix voudraient-elles encore bien lui parler ?

Plusieurs secondes de contemplation passèrent, mais aucun son venu d'Ailleurs ne lui parvenait plus.

En contrepartie, le monde terrestre avait retiré son déguisement effrayant. Retrouvé son apparence habituelle : le vent était du vent. La pluie, de la pluie. Les voix des oiseaux étaient douces. Les bruissements des feuilles, apaisants. Et à côté de lui, il y avait toujours "quelqu'un". Lentement - bien que le Brain Juice lui permit encore d'avoir des gestes fluides - Nashoba tourna la tête dans la direction de la fille. Elle formait un angle presque anormal, mais il ne souffrait pas, si bien qu'il ne se rendait pas compte de la façon dont il tirait sur ses muscles et ses os. Ainsi, il voyait mieux, et c'était tout ce qui comptait.

"Re... lever."

Le verbe était sorti en choctaw plutôt qu'en français, langue qui lui serait toujours plus naturelle, malgré sa maîtrise bilingue. Dans un état second, il paraissait normal qu'il retourne à ses bases, bien involontairement.
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Elena Tsvetanov
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MessageSujet: Re: Dialogues d'Outretombe   Sam 8 Sep - 14:19

Chien des rues, chien battu ; chien que la vie a mordu.
Regardez le, ce pauvre clébard abandonné à ses démons, au coeur fragile, au corps peu agile et aux poumons d’argile. Regardez-le essayer de se frayer un chemin sur la boue, les racines sorties de terre ; il n’a même pas l’air d’avoir froid, malgré la pluie et le vent qui fouette ses cheveux sales. Egaré de la meute, malade et aux yeux à peine ouverts, il rampe, gémit, pourrait pleurer et gratte le sol de ses griffes fébriles.
Il a des prunelles qui brillent. Il a des babines qui tremblent, la peau sur les os ; regardez le, ce malheureux chiot.
Qu’inspire-t-il ? Pitié, affection, moquerie ? Il ne comprend même pas l’ordre qu’on lui donne : lève-toi, au lieu de te rouler dans ta propre mélancolie.

Face à lui, Elena était la menace, l’ombre tapis dans le coin mort de ses yeux hagards. Il avait le regard fuyant, perdu parmi toutes les informations que son cerveau ne parvenait peut-être pas à capter. N’est-ce pas effrayant, de savoir qu’on doit ressentir quelque chose, mais de ne rien éprouver ?
Il devait être capable de le savoir. Qu’il était censé frissonner, trembler, ne pas supporter la boue couler entre ses doigts et les pierres érafler ses genoux. Qu’il n’y a rien d’agréable à rester à terre, à sentir la pluie s’infiltrer entre ses cils et ses yeux ouverts.
Paradoxe ambulant, bataille entre la raison et les sens : le corps sait qu’il doit réagir, mais n’a aucune raison de le faire, parce qu’il ne reçoit aucune information.
C’est à devenir fou ; peut-être l’était-il déjà.

Le Spectre restait stoïque, droite et impassible. L’ombre filant sur son visage encapuchonné devait lui donner des airs de faucheuse ; elle avait une silhouette informe, cachée sous d’épais tissus qui, même humides, n’épousaient pas totalement ses formes de jeune femme. Sa voix était lointaine, comme un clapotis perdu dans le vacarme de l’averse.
Est-ce qu’il ne comprenait pas, ou qu’il n’avait tout simplement pas entendu ses mots ? Le résultat était le même : il ne bougeait pas d’un seul centimètre. Emprisonné dans son incompréhension, sa paralysie et l’asphyxie de ses poumons inutiles, il se contentait de l’observer comme une terrible bizarrerie.

Elle ne lui en voulait pas, même si cette situation l’agaçait. Il serait mentir de dire qu’Elena n’avait pas un jour été un peu comme lui, à ne rien comprendre, à désespérer de son manque de ressent ; même si elle ne savait pas à ce moment-là qu’il traversait une telle épreuve. A gratter sa peau jusqu’au sang juste pour voir si arrivée à l’os, l’ombre d’une fine douleur s’éveillerait en elle. Elle avait essayé de se couper, de se tordre la main, de rester des heures dans le froid ou se cogner le pied contre les murs ; rien.
Si seulement elle avait su que l’inconnu était dans cette même situation, peut-être se serait-elle abaissée à sa hauteur, pour ne pas s’ériger en menace.

Mais voilà, elle n’en avait aucune idée. Et la simple vision d’une âme trop fragile pour se relevait l’exaspérait ; elle n’aimait pas être témoin de ce qu’elle avait été, autrefois. Une créature fragile, apeurée, tout juste bonne à s’apitoyer sur son sort scellé.
Elle avait fini par conquérir sa nature, sans jamais pourtant parvenir à l’apprécier ; mais au moins, elle avait commencé à se hisser sur ses jambes pour courir. Et une fois ses sens retrouvés, elle n’avait cessé d’avancer.
Jusqu’à se dire sans ambition qu’elle ne s’arrêterait jamais.

« J’ai dit : relève-toi. »

Elle était autoritaire quand elle le désirait. Pourtant, sa voix demeurait ironiquement douce, comme elle l’avait toujours été. Un timbre calme, presque tendre ; elle aurait été une bonne chanteuse, si elle avait un jour essayé.

« Стоейки. Ставай, малко кученце. »

Elle ne s’était même pas rendue compte qu’elle avait changé de langue : de toute façon, il ne la comprenait pas.
Elle se décida néanmoins à faire un geste : un seul.

Sa manche se leva. Et de sous les différentes couches de tissu, sa main blanchâtre et osseuse s’échappa. Ses doigts étaient fins, délicats ; sa peau légèrement teintée de vert et suffisamment translucide pour apercevoir tout un réseau de veines noircies. A son annulaire, elle portait une bague, souvenir de ses fiançailles à jamais oubliées ; mais surtout un cadeau de son père.

Allez, saisis-là, semblait-elle vouloir dire.
Ou alors je m’en vais et te laisse ici, pour y croupir.
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