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 Une rose et ses épines.

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Elena Tsvetanov
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MessageSujet: Une rose et ses épines.    Jeu 14 Juin - 18:59



Nuit, tendre nuit. Drap sombre posé sur le monde, étoiles scintillant à chaque seconde ; il régnait sur la ville une atmosphère qui plaisait à la jeune vagabonde. Un doux souffle faisait onduler les bords de son voile dans une danse paresseuse, tandis qu’elle progressait dans sa ronde - drôle d’image, pour une ancienne danseuse. Ses mains fermées sur les bords de son chariot, le grincement désagréable des roulettes de celui-ci glissant sur l’asphalte accompagnait les chants mécaniques des voitures parcourant les routes éclairées.
Du rouge, de l’orange, du bleu ou même du vert ; plusieurs nuances éclatantes bavaient sur la pâleur de sa robe aérienne. Véritable toile mouvante, plusieurs regards curieux se posèrent ainsi sur cette jeune fleuriste ambulante. Elle traînait derrière elle cette aura fantomatique, énigmatique ; celle qui intrigue et pourtant repousse. Malgré les reflets colorés des spots et des feux courant sur sa silhouette gracile, Le Spectre donnait l’impression d’être suivie par une brume épaisse, sombre, qui même invisible embaumait les cœurs de sa terrible noirceur.
Elle était effrayante, mais étrangement attirante ; malgré la pâleur de sa main, on pouvait même la deviner caressante.

Elle paraissait douce, mais dangereuse. Innocente, mais à la voix charmeuse.
À l’instar de cette rose dont elle faisait passer la tige entre ses doigts fins d’un air rêveur, elle possédait le beau physique d’une délicate fleur. Mais il suffisait de la voir passer sa peau presque insensible sur la plante sans s’offenser de se blesser : elle était couverte d’épines.
Alors approchez, jeunes étrangers. Laissez-vous attendrir par cette fleur un peu abîmée, qui paraît si fragile dans son jardin mobile.
Vous n’y manquerez pas de vous piquer.

Pourtant, certains curieux n’hésitaient pas à l’approcher. Tendant de leurs mains quelques billets, les voilà échangeant leur argent pour une ou deux orchidées. Certains les passaient aux bras de leur compagne, ou bien baissaient doucement la tête en signe de remerciement ; certainement une tombe à décorer les attendant. D’autres encore se contentaient de l’observer, avec un peu trop d’intensité, cette jeune fille masquée.

« C’est une nuit agitée, lui fit remarquer un client. Vous devez faire de bonnes affaires, ce soir !
- Si vous le dites.
- L’été, c’est la période des mariages, en plus ! Les fleurs doivent être très demandées.
- Peut-être.
- Vous n’êtes pas très loquace, vous !
- Trois dollars, s’il vous plaît. »

Elena ne faisait pas la conversation. Quasiment jamais, du moins. Elle était un être silencieux, trop observateur pour se lancer dans une discussion endiablée. Elle préférait écouter, laisser ses sens la guider. Peut-être était-ce pour cela que sa voix paraissait toujours endormie, comme un peu rouillée ; finirait-elle par en perdre l’usage, à force de mutisme ?
Sûrement. Elle n’était pas certaine de vouloir s’en inquiéter.
De toute façon, elle n’avait personne avec qui parler.

Elle continuait ainsi, glissant entre les silhouettes des passants, croisant leurs regards par-dessous sa capuche froissée. Elle adressait de fines esquisses au vent, se délaissait de la matérialité du monde : même fondue dans la foule, elle se donnait l’impression de n’être qu’un esprit frappeur.
Elle ne bousculait personne. Ne trébuchait jamais. Elle était invisible, et pourtant attirait les oeillades curieuses des étrangers.
Peut-être était-ce la fragrance fleurie qui l’accompagnait en permanence, qui intriguait tant.
De tels effluves avaient le don de masquer un autre parfum, au moins. Âcre, putride ; celui de la Mort.

Le Spectre se contentait souvent d’observer les visages avec peu d’intérêt, lorsqu’elle ne ressentait pas le besoin de les retenir. Ses yeux étaient comme une vitrine devant laquelle passaient différentes mines anonymes ; elles finissaient par se confondre, puis juste fondre. Masse grouillante d’informations, la foule ne devenait plus qu’une entité qu’elle se contentait d’ignorer.

Mais.

Quelque part, autour d’elle, une présence la fit tiquer, comme si tout son corps répondait à cet appel étrange. Un signal d’alerte, une alarme, ou tout simplement un instinct primaire la mettait en garde.
Un danger rôdait, la faisant froncer les sourcils, relever ses yeux émeraude vers la ville.
Effectivement. Une silhouette était dressée, non loin d’elle. Droit, vêtu d’un air nonchalant, presque arrogant, un homme se tenait à contre-courant du reste des passants. Stoppé au milieu du trottoir, à travers les lumières filantes et vives des environs, elle ne devinait qu’à peine la noirceur de son regard.

Ils se fixèrent, un instant. Tous les deux silencieux, elle devinait néanmoins un étrange rictus au coin de sa bouche, de laquelle pendait une cigarette. S’échappait d’entre ses lèvres une grisonnante fumée, voilant le visage de l’inconnu.
Le Spectre resta dissimulé sous ses linges et ses fleurs.

Vipérine comme elle était féline, Elena redressa l’échine.

Qu’il essaie de s’approcher, songea-t-elle alors.
Elle rêvait déjà de le voir se piquer trop fort.
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Gauthier Ovronnaz
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Ven 15 Juin - 11:11

La Nouvelle-Orléans n'avait pas beaucoup changée depuis son dernier passage. Patchwork architectural et culturel de dizaines de nationalités et de races, elle ressemblait à l'oasis inimaginable où régnait une paix fragile, retenant son souffle, de peur de sombrer au premier dérapage, un peu comme une petite coquille de noix ballottée en plein océan au cœur d'une tempête. Pourtant elle tenait encore bon, malgré l'adversité. Mais les dernières trouvailles des Normes, de manière plus fédérale finiraient peut-être par avoir raison d'elle. Si les Outres venaient à décider de se soulever un jour, ils frapperaient fort et cette ville ne serait pas épargnée, compte-tenu de son fort pourcentage de créatures surnaturelles dans sa population. Toutefois, sa fragilité lui conférait un charme que Gauthier ne se laissait pas d'observer, que ce soit du haut d'un immeuble, au bord d'une fenêtre – de nuit, bien entendu – ou même tout simplement lorsqu'il se trouvait dans la rue. Récemment arrivé en ville, il avait pris une chambre dans un motel. Préférant ne pas s'imposer directement à son nouvel emploi, et, de toute manière, pas attendu avant quelques jours, il prenait ses marques, découvrait la ville, observait silencieusement. C'était aussi l'occasion d'en apprendre un peu plus sur sa cible : Ailin Dyce. Sa mission ici était triple et cela ne lui rendait pas les choses faciles. D'abord, en tant que futur Majordome de la Maîtresse de la Ville, c'était son devoir de répondre à ses besoins, quels qu'ils soient et il ne comptait pas se laisser surprendre. Une méconnaissance de la ville était une erreur de débutant et, s'il connaissait déjà une bonne partie du plan de la ville de par ses précédentes venues, approfondir ses connaissances en pratique n'était jamais un mal. Sans compter que c'était aussi l'occasion de récupérer quelques rumeurs, des on-dits qui n'avaient généralement aucune réelle valeur mais donnait toujours une bonne idée de la direction du vent.

Adossé à un mur, une cigarette presque négligemment retenue à la commissure des lèvres, il soupira, laissant échapper un large nuage de fumée. Les choses n'étaient pourtant pas aussi simple. D'abord, il se retrouvait ici par ordre du Conseil. Une nomination-surprise que sa future employeur n'apprécierait probablement pas beaucoup, ce qui était généralement le cas quand un supérieur essayait de vous rappeler qu'il vous avait à l’œil. Le futur majordome ne s’attendait pas particulièrement à un accueil chaleureux, mais, heureusement, il avait suffisamment confiance en son expérience et son professionnalisme pour donner à la Maîtresse de la Ville une raison de douter de la confiance qu'on avait placé en lui pour remplir son rôle auprès d'elle. Là où ni l'un ni l'autre n'était dupe, c'était qu'ils savaient tous les deux les réelles motivations de sa présence. Ailin devait se savoir observée et elle ferait probablement le nécessaire pour ne pas trop avoir le jeune homme dans ses pattes. Heureusement, Gauthier avait plus d'un tour dans son sac et, bien souvent, il n'y avait pas nécessairement besoin de suivre quelqu'un à la trace pour en apprendre beaucoup sur lui. Mais au-delà de cette motivation officielle, il avait surtout un but plus officieux, détourné. Sa nomination était la couverture parfaite pour récupérer des informations compromettantes pour le compte d'Edward, qui détestait – et le mot est faible – sa récente homologue de la Nouvelle-Orléans. Si le majordome ne saisissait pas particulièrement les enjeux d'une telle mascarade, il était cependant quelqu'un de loyal et comptait bien remplir sa mission parfaitement. Il n'en avait aucun doute de toute façon. Quel que soit le temps nécessaire, il trouverait un point faible suffisamment exploitable.

Il faisait nuit, mais les rues de la ville ne semblaient pas moins remplies qu'en plein jour. Une animation perpétuelle au cœur de la ville, un flot presque continu de personnes qui allaient et venaient, parfois dans l'indifférence la plus totale. Quelques personnes lui jetaient un regard, s'étonnaient de son accoutrement, pourtant des plus soignés, ou alors peut-être se surprenait du contraste entre ce dernier et son apparente jeunesse. Cependant, Gauthier ne leur accordait que peu d'attention, ces personnes lambda ne méritaient pas une once de celle-ci. Recrachant périodiquement une bouffée de fumée de sa cigarette, il observait les allées et venues, en quête de quelque chose qui sortait de l'ordinaire. Cette ville avait largement de quoi lui offrir de quoi attiser sa curiosité, il fallait simplement attendre... De l'autre côté de la rue, il vit ce qu'il attendait. Des sursauts de couleurs vives attirèrent son regard à la lueur des lampadaires, passant lentement de l'ombre à la lumière et vice versa. Un petit chariot, dont les légers crissements n'étaient audibles que lorsqu'il n'y avait plus de voiture passant sur la rue, recouverts de fleurs diverses, poussé par une silhouette, résolument féminine, encapuchonnée d'une tunique grossière qui la masquait presque intégralement et qui, pourtant, manquait à cacher une aura de grâce. Piqué au vif dans son intérêt, Gauthier ralluma une cigarette et continua d'observer, ne manqua pas une miette de cet homme qui était venu acheté une fleur, visiblement dans l'espoir d'avoir un peu plus que cela, mais était reparti presque aussi vite qu'il était venu. Le chariot avait alors repris inlassablement sa route, faisant se retourner les visages, intriguant... Un léger sourire sur les lèvres, le Vampire avait remonté sa propre rue pour suivre le spectacle. Cependant, il était temps de lui donner un petit peu de piquant, de voir ce qu'il valait réellement. Il força à peine le pas, se retrouva quelques dizaines de mètres en avant et traversa. Au milieu du trottoir d'en face, il se tourna vers la jeune femme aux fleurs et son chariot et attendit paisiblement qu'elle continue son petit chemin.

Les gens passaient à côté de lui sans réellement faire attention, parfois jetant un petit regard désapprobateur à celui qui restait là, immobile, au milieu de tout le monde, gênant plus qu'autre chose. Cependant, il n'en avait rien à faire. S'ils osaient exprimer un quelconque désaccord, un regard suffisait généralement à les convaincre de ne pas aller plus loin qu'une simple objection tuée dans l’œuf par le bleu roi de ses yeux. Il attendait que l'objet de son intérêt soudain réalise qu'elle était observée. Cela prit un peu de temps, pendant lequel le chariot avança doucement vers lui, traversant la foule sans être bousculé. Une scène digne des films où les deux protagonistes se retrouvent face à face dans une foule en mouvement qui passe à côté d'eux sans s'arrêter. Elle finit par s'arrêter, relever les yeux vers lui. A cette distance, elle ne distinguait probablement pas grand-chose. Il esquissa un léger sourire, sa cigarette toujours entre les lèvres, exhalant la fumée qui lui emplissait les poumons. Les mains dans les poches de son pantalon, il fit alors un pas en avant, puis un autre, s'approchant tranquillement, comme si de rien n'était. Il s'arrêta à moins d'un mètre du chariot, sembla contempler celui-ci quelques instants avant de poser un regard plus appréciateur sur celle qui le poussait. Si, de loin, il avait eu un aperçu de sa grâce féline, de plus près, il lui semblait avoir sous-estimé celle-ci. Ce qui était d'autant plus surprenant que la lenteur de ses gestes, et plus encore la légère odeur âcre dans l'air, laissaient penser que, de son vivant, elle avait dû être encore plus envoûtante. D'un geste assez lent, il sortit l'une de ses mains de sa poche et vint se saisir de sa cigarette, la détachant de ses lèvres dans une dernière bouffée de fumée. « Bonsoir. » Le ton était courtois, savamment galant. « Quelle fleur me conseilleriez-vous pour une première rencontre ? » La question était relativement simple, même logique. Peut-être se doutait-elle qu'il n'était pas un client comme les autres, après tout, quel client aurait simplement attendu qu'elle le remarque ? Mais cette rencontre était un jeu. Elle l'avait intriguée et il voulait voir à quel point elle attisait sa curiosité. Après tout, beaucoup de passaient pas le stade de l'étonnement...
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Elena Tsvetanov
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Ven 15 Juin - 12:36

Il fut certainement un temps, béni d’innocence et de jeunesse insouciante, où l’on trouvait la gitane dotée d’une tendre beauté. Magnificence solaire, peau de porcelaine et chevelure cuivrée, elle renvoyait l’idée d’avoir été façonnée à partir d’une braise éclatante. Elle avait rayonné, Elena. Bel oiseau de feu dansant, s’élançant, il était difficile de nier ce don qu’elle avait d’attirer les regards comme l’intérêt des spectateurs.
Ses sourires avaient été larges - tendres esquisses laissant planer une douce mine sur son visage. Ses rires ne manquaient jamais de ricocher contre les silhouettes voisines, éclatant contre leurs oreilles comme de fins tintements de clochette enfantine. Elle était un souffle ardent, un petit rayon de soleil volé aux astres ; une flamme se mouvant sans être prisonnière d’aucun foyer.

Elle ondulait. Elle s’envolait. Elle courait et elle vivait avec le désir de tout faire à outrance ; elle envoyait le moindre de ses souffles aux portes de la mort en sachant pertinemment qu’il ne serait pas le dernier.
Elle narguait les démons, se moquait des dangers.
Elle s’était prélassée dans l’excès de joie, dans les trop plein de paresse ; s’était extasiée dans une vitalité presque indécente pour ceux qui désiraient tenter de la suivre dans sa course effrénée. Sur les rails de son existence, le train de ses jours avait filé à vive allure, toujours plus loin, s’arrêtant à des destinations inconnues, pourvu qu’elle fut menée vers des contrées éblouissantes.

Puis, le fil s’était rompu. Destination finale, dernier arrêt ; à la gare des damnés, elle avait été obligée de descendre.

Maintenant, Elena n’était plus qu’une ombre. Le reflet de ce qu’elle avait été. Elle ne brûlait plus, ne se consumait d’aucune vitalité : elle était un tas de cendres refroidi par le souffle de la Mort. Le monde était son cimetière, son corps son tombeau : chez elle, il n’y avait plus rien de si beau.
Sa beauté solaire était devenue glacée. Elle se mouvait avec lenteur, ne souriait plus. Sa présence mettait mal à l’aise autant qu’elle intriguait, et ne suscitait plus aucun désir. On la fuyait comme on rêvait de l’approcher, mais aucun être ne serait suffisamment fou pour tenter de ne serait-ce que l’effleurer.

On pourrait essayer de trouver à la Mort un sens poétique, certainement. Une certaine esthétique, même. Quoi de plus inspirant qu’une poupée fissurée, qu’une âme esseulée dans une nature trop cruelle ? Elle dansait comme un fantôme, un petit spectre trop triste d’avoir été emporté. Elle portait si bien la mélancolie, on pourrait la croire bien apprêtée.
De toutes les fleurs fanées du jardin des trépassés, elle était certainement la plus dévastée.

Et la nature humaine était ainsi faite. On trouvait toujours quelque chose de beau chez les âmes brisées.
Comme un espoir de peut-être, un jour, les réparer.

Alors, peut-être était-ce pourquoi il s’approchait, ce sempiternel inconnu aux sourires trop assurés. Sur sa peau opaline ondulaient les lueurs de la ville, contrastant avec le bleu profond de ses yeux pénétrants. Dissimulée sous sa capuche, Elena conservait un certain avantage ; s’il tentait de l’hypnotiser en usant de ses regards charmeurs, elle n’aurait qu’à doucement baisser la tête.
Protégée, à peine craintive, Le Spectre était cruellement impassible ; un monstre d’insensibilité.
Ou bien un monstre tout court.

De sa voix chantante, le jeune homme la salua alors, faisant naître à la naissance de son échine d’invisibles frissons ; certainement une illusion. Reculant inconsciemment d’un pas, la funambule inclina doucement la tête sur le côté, piquée au vif.
Quelle était donc cette aura que dégageait la présence de ce gentleman ? Elle paraissait presque familière, comme tirée du même berceau. Celle d’Elena était sombre, brumeuse, puisque née d’outre-tombe. Elle portait l’empreinte de la Mort, le sceau de l’Enfer.
Chez lui, elle y trouvait quelque chose de dangereusement similaire.

« Bonsoir, répondit-elle d’un timbre alourdi. »

Elle était méfiante. Trop. Comme une proie sur la défensive, elle se comportait en parfaite fugitive. Jambes agiles, mains habiles, elle était le chat bondissant comme le serpent rampant.
Entre griffes et venin, elle était à mi-chemin.

Doucement, néanmoins, son regard se déposa sur les fleurs lui faisant face. D’une main, elle effleura les pétales de certaines, avec ce doux air rêveur qui la caractérisait lorsqu’elle parlait de ses plus fidèles alliées.

« Tout dépend, souffla-t-elle. Les rencontres sont toutes différentes. »

Et elle se doutait, étrangement d’ailleurs, que la leur serait bien singulière.
Mais elle ne s’en inquiéta pas. Du moins, pas pour l’instant.
Pourtant, cette impression de danger ne cessait de l’alerter ; pourquoi tout son être réagissait-il si violemment à la présence de l’inconnu ?

« Les orchidées, par exemple. Tandis que les blanches témoignent d’un amour pur, les rouges expriment des désirs plus puissants, comme les roses invitent à la séduction. »

Parfum envoûtant, symbolisme déroutant ; ces fleurs étaient la représentation même de délices auxquels Elena n’avait jamais goûté. Elle n’en avait pas eu  le temps, la Mort l’ayant emportée avant que la graine du désir n’ait pu germer dans sa poitrine d’adolescente.
Tendre manque. Peut-être serait-elle même jalouse, au fond, de toutes ces jeunes filles qui s’abandonnaient dans de folles histoires charnelles.
Elle n’en connaîtrait jamais les prémisses, en terrible immortelle.

« Mais la lavande, elle, peut représenter la méfiance, ou bien le silence. »

Sa voix s’était assombrie, à ces mots. La pulpe de ses doigts caressa d’autres fleurs, ses gestes démontrant une tendresse infinie. Elle se mouvait avec précaution, peut-être pour masquer une maigre maladresse, alors que ses yeux verts perçant à travers l’obscurité de son voile se dirigeaient à nouveau vers son interlocuteur.

Elle demeura interdite, quelques instants. Se contentant de l’observer, elle cherchait encore à mettre le doigt sur cette désagréable impression qui l’animait.
En grande observatrice, il n’était en général pas si compliqué pour l’informatrice de reconnaître la nature des passants. Celle qu’elle redoutait le plus, notamment.
Les vampires. Ces créatures nocturnes qu’elle abhorrait. Celles qui, le soir, rôdaient comme des prédateurs et se délectaient des délices qu’un être innocent pouvait offrir.
Les affamés, comme elle les appelait.
Des meurtriers, aussi.

Après tout. N’était-ce pas l’un d’entre eux, qui l’avait poussée à devenir ainsi ? Elle avait connu l’étreint de ses bras puissants, avait aperçu le piquant de ses canines repoussantes ; elle avait senti la froideur de sa peau contre la sienne.

Elle était tombée. Pour la première fois de sa vie de voltigeuse, elle avait chuté.
Poussée par cet être damné.

Ainsi, elle comprit. Un peu tardivement, elle commença à réaliser.
Qu’il était l’un d’entre eux, ce jeune homme à l’apparence arrogante.

Alors, l’air se chargea d’une nouvelle tension ; d’électricité. Même s’il ne pleuvait pas, que le ciel était dégagé, on pouvait pourtant entendre au loin un orage gronder.
Des éclairs déchiraient ses prunelles verdâtres. Le tonnerre résonnait dans sa poitrine creuse.
De délicate bruine, elle n’était maintenant plus que tempête dangereuse.

« Peut-être que celle-ci vous plaira, néanmoins. »

Finalement, ses doigts se refermèrent autour d’une seule fleur.
Un lycoris.
La fleur araignée, la fleur de l’Enfer.

La fleur de la Mort.
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Gauthier Ovronnaz
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Lun 18 Juin - 15:28

Cette rencontre-là promettait déjà monts et merveilles. Gauthier prenait rarement du plaisir à côtoyer des gens, car, il fallait l'admettre, peu nombreux étaient ceux qui montraient un soupçon de créativité dans leur personnalité. La Normalité – et le Vampire ne parlait pas uniquement d'une question de race – était quelque chose qui avait tué l'unicité de l'individu en tant que tel. Tout le monde, ou presque, désirait coller à un moule, sans dépasser ne serait-ce que d'un petit peu. Or, à trop voir ou goûter à la même chose, on finit par s'en lasser indubitablement et ainsi était la majeure partie de la population aux yeux du Vampire après plus d'un siècle d'existence. Heureusement, il restait quelques perles d'authenticité, des personnes sur lesquelles la Normalité n'avait eu aucune prise, que ce soit par nature ou par un bouleversement tel que la mort. Lui-même en était un parfait exemple et il n'avait aucun problème à l'admettre. Avec du recul, sans transformation, en ce sens, avait été un mal pour un bien. Quel homme aurait-il était sans elle ? Rien de plus, probablement, que tous ces gens qui passaient à côté de lui, le remarquant à peine. Combien de ces moutons se rendait compte de la scène qui se jouait, pourtant, sous leur nez ? N'avait-il pas conscience de l'improbable phénomène qui se produisait ? De la beauté sauvage de quelque chose de totalement incongru ? Le majordome n'avait pas eu besoin de beaucoup de temps pour comprendre que la jeune femme qui lui faisait face, au milieu de ses fleurs, avait affronté les affres de la mort, mais pas de la même manière que lui. Lenteur mesurée au parfum légèrement singulier... Elle n'en restait cependant pas moins énigmatique, une curiosité délicate, au moins autant que les fleurs qu'elle vendait, qui, par sa nature elle-même, mais davantage pour son évidence atypique, avait su attirer le regard du Vampire. Il restait cependant à déterminer, par cette rencontre même, si elle saurait se montrer à la hauteur de l'attention qu'elle avait, involontairement, assurément, suscité et que, pourtant, il semblait être le seul à avoir remarqué.

Et c'est ainsi qu'il avait lancé, après de brèves salutations, une bouteille à la mer, une question simple pour une marchande de fleurs, mais aux réponses pourtant multiples. L'appât lancé, il remit sa cigarette entre les lèvres avant de replacer sa main dans la poche, dans une posture que certains pourraient qualifier de nonchalante, mais qui trahissait peut-être seulement, et volontairement, son expectative. Avec une certaine impatience, il l'observa tandis qu'elle observait elle-même ses fleurs, pensive. Elle en caressa certaines, sembla presque intemporelle, irréelle, alors que la foule glissait encore autour d'eux. Elle finit par lui souffler ce qui semblait être la meilleure réponse qu'il aurait pu espérer. Sans tomber dans le cliché de lui demander ce qu'il désirait, elle lui offrit, le plus naturellement du monde, le choix des possibilités. Les significations des orchidées en fonction de leurs couleurs, l'invitant à réfléchir sur le propre sens qu'il voulait donner à cette fameuse rencontre. C'était d'autant plus amusant qu'elle ne se doutait peut-être pas qu'il faisait référence à cette rencontre-là, celle qu'ils vivaient tous les deux en cet instant. Mais de ce quiproquo et de sa réponse naissait un sourire enjoué sur les lèvres, voilé par instant par la fumée glissant des lèvres du Vampire, qui, tirant sur la cigarette qu'il faisait presque léviter à l'extrémité de sa bouche, en soupirait d'un sentiment proche de l'extase. Et puis il y eu quelque chose, de diffus d'abord, puis de plus... frappant. Gauthier ne sut réellement dire si elle avait pris conscience de ce que cette petite scénette représentait véritablement ou si c'était là son jeu naturel, mais de belles rencontres aux fleurs chargées de sentiments, elle glissa sur des possibilités plus sombres. La méfiance. Avait-elle peur de lui ? Son comportement cavalier pouvait en surprendre plus d'un, c'était évident. Mais il doutait sincèrement qu'elle puisse éprouver une quelconque suspicion à son égard. Suspendu à ses lèvres, ou presque, le Vampire attendait la suite, l'observait caresser ses fleurs. Quelles autres possibilités allait-elle évoquer ? Au travers de ses paroles et de ses gestes, elle faisait renaître en lui la flamme de la curiosité, de l'intérêt. La surprise de l'expectative. Allait-il être déçu ?

Et puis, soudain, elle croisa son regard, une nouvelle fois et elle s'arrêta. Elle l'observa, de trop longs instants, pour ne pas douter que sa réflexion était intense. Elle cherchait à déterminer quelque chose et, lorsque ce fut le cas, il y eut soudainement un changement d'atmosphère. Il fallait être idiot pour ne pas comprendre que, d'une seule et même seconde, elle était passée de candide à impitoyable. Qu'est-ce qui en elle avait pu susciter un tel changement soudain ? Elle le délaissa pour retourner à ses fleurs, son choix s'arrêtant sur un Lys-Araignée qu'elle ne nomma pas, se contentant de dire qu'elle pourrait peut-être lui convenir. Le majordome connaissait un peu ses végétaux et cette proposition fit naître un large sourire sur ses lèvres. Cette déclaration était lourde de sous-entendus. En quelques secondes, elle venait de révéler une autre facette de sa personnalité qu'il n'aurait peut-être pas cru déceler. Car s'il savait que toutes les fleurs n'étaient pas sans danger, il n'avait pas nécessairement pensé que celle-ci aurait autant de piquant. Les lycoris, rouge de surcroît, n'avaient pas cette même valeur de passion comme leurs cousines les roses, ou du moins, pas dans le même sens. Offrir de telles fleurs, n'étaient pas un bon signe pour ceux qui les recevaient. Le Vampire attrapa sa cigarette d'un même geste détendu. « Elle est belle, j'en conviens, mais j'aurais peur qu'elle représente une source de confusion pour la personne à laquelle elle est destinée. » D'un geste sûr, il jeta sa cigarette, désormais à l'état de mégot, en direction d'une bouche d’égout proche. « D'autant que nous nous connaissons à peine, il me paraît hâtif de porter un telle jugement sur elle. Il serait malvenu de vous fier aux apparences, vous ne trouvez pas ? » Gauthier ne savait pas ce qui lui vouait ce revirement, presque soudain, dans son comportement, mais si elle ne désirait pas le voir davantage, elle venait de susciter chez lui une curiosité d'autant plus forte et elle aurait probablement encore à souffrir de sa personne.
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Lun 18 Juin - 16:53

Elle s’en souvenait. De la clameur de la foule, de la délicieuse mélodie le l’admiration ; elle jouait cette musique dans sa tête, comme une ronde éternelle, une douce litanie qui lui rappelait de plus heureux souvenirs. Parfois, Elena se surprenait à calquer la cadence de ses pas délicats sur les rythmes affolés d’un public retenant pourtant son souffle. A la porte de sa mémoire toquaient des images vives, colorées, empreintes de parfums sucrés : le pop-corn caramélisé, la babe à papa aromatisée, les fleurs et boissons renversées. Sous les draps de son sanctuaire, elle avait été baignée dans plusieurs lumières. Des rouges, des bleues, pour embellir la courbe de sa bouche et l’éclat cuivré de ses cheveux.
Elle avait l’équilibre au bout des mains, la vie pendue à ses pieds ; elle marchait toujours sans filet. Oscillant, elle se balançait, un pied parfois resté dans le vide, elle s’inclinait. Parfois, c’était sur une belle arabesque qu’elle se mouvait, arrachant à ses fans quelques hoquets happés par un frisson d’effroi.
Puis, des applaudissements remplis d’émoi.

Funambule, parfois jolie crapule ; Elena avait l’habitude de vaciller. D’un côté ou de l’autre du fil, elle trébuchait sans jamais tomber.
Etait-il si surprenant, alors, de la voir balancer d’un côté ou de l’autre de sa personnalité ?
Le Spectre était tout et son contraire ; aux yeux du monde, un vrai mystère.

Elle caressait d’une main qui aimait frapper. Elle souriait d’une bouche qu’elle se mordait sous le coup de la nervosité. Elle fuyait de jambes qui couraient après la Liberté.
Elle était dotée d’un cœur arrêté, mais qui ne cessait de se briser.

Alors, oui. Elle passait de la docilité à une étrange hostilité. Derrière les bords de sa capuche blanche, son regard perdait de ses lueurs innocentes. De proie, elle passait à prédateur. Créature tendre, elle se transformait en monstre de froideur.
Cela ne datait pas réellement de sa résurrection. Plusieurs fois, son cher Alphonse avait subi les changements d’humeur de sa cousine. Il suffisait de le voir, la manipulant avec des pincettes pour ne pas sentir une gifle s’effondrer sur sa joue. Puis la seconde suivante, la voir passer ses frêles bras autour de son cou.
Lunatique. Énigmatique.
Elena ; gamine électrique.

Peut-être existait-il une clé ouvrant le coffre de ses secrets, quelque part. Menant vers tous les trésors qui reconstitueraient son mode d’emploi. Pour mieux anticiper ses réactions, appréhender ses silences, traduire la moindre de ses révérences.
Mais la seule personne susceptible de la détenir était partie. Et avec un peu de chance, peut-être sa main dans laquelle se trouvait cette clé avait-elle été arrachée.

Elle préférait ne pas y penser. Plutôt, la voilà se concentrant sur les réactions de son interlocuteur ; trop charmeur. Était-ce grave de l’avouer, d’ailleurs ? Elle connaissait aux vampires un don d’attraction peu commun, elle les avait étudiés. Néanmoins, la jeune femme avait pensé que son dégoût saurait parfaitement le contrer.
Elle se trompait. Juste un peu. Parce qu’elle était honnête, Elena. Peut-être pas envers le monde, mais envers elle-même, elle essayait de ne pas mentir.

Il avait des yeux d’un bleu profond, qui donnerait envie de s’y noyer. Un sourire de gamin arrogant collé aux lèvres qu’on aimerait arracher du bout de ses siennes.
Mais elle s’éloignait, pourtant. Indomptable, insurmontable ; elle relevait à peine le menton.

Une lueur passa sur son visage. Le révéla, l’espace d’un faible instant. Coula sur sa mâchoire, sur sa bouche close, fit briller l’émeraude de ses prunelles éteintes. Peut-être avait-il pu deviner le grain de beauté sous son œil droit, ou encore ses longs cils bruns.
Elle s’en moqua. Parce que la seconde suivante, elle était de nouveau plongée dans l’obscurité de sa cape.

« Certes, avoua-t-elle. Il nous est appris de ne pas juger si facilement. Après tout, certains aspects repoussants peuvent cacher de bonnes intentions… mais l’inverse est tout autant plausible. »

Ses mains se crispèrent légèrement autour de son chariot. Sa tête s’inclina doucement sur le côté, ses dents capturèrent sa lippe dans un instant de réflexion.
Elle haussa une de ses épaules dénudées.

« Des sourires charmeurs collés sur des bouches qui dévorent. Des gants de cuir enveloppant des mains avides. Des yeux qui brillent, mais qui ne pleurent jamais. On en croise, de ces parfaits tableaux d’innocence qui dissimulent des monstres. »

Surtout dans cette ville, mais elle n’osa le rajouta. Elle-même en était un parfait exemple, de cette dichotomie des apparences.
Joli minois de poupée de porcelaine, qui se douterait de sa dangerosité d’informatrice ? Elle n’était qu’une vendeuse de fleurs mal habillée, un peu maladroite dans ses gestes. Elle ne pourrait faire de mal à personne, n’est-ce pas ?
Tout dépendait, répondrait-elle.
De qui vous êtes. De ce que vous lui voulez.
Combien vos secrets peuvent lui rapporter.

« Les yeux se trompent si facilement. Mais que peut-on faire, lorsqu’un instinct est si viscéral ? »

Qui prend aux tripes, qui met tout son corps en état d’urgence. Le dégoût, la répulsion, la haine.
Elena n’était plus guidée par grand chose. Ni par un idéal, ni par un but, ni par un réel sentiment d’appartenance. Elle était constamment en errance, réduite à l’obéissance ; mais au moins, il y avait encore quelque chose qui lui appartenait véritablement.
Comme une envie de vengeance.

Pour le reste, elle semblait vide. Ne répondait ni à la joie, ni au rire, ni à la tristesse.
Mais la colère, elle, illuminait son regard sombre. Comme un fantôme passait devant ses pupilles, elle réagissait enfin. Elle redevenait cette humaine animée, enflammée ; celle qui à treize ans montait sur scène, à quinze apprenait à danser, et qui à dix-sept n’était toujours pas tombée.
Elle redevenait Elena. La terrible.
La belle incorruptible.

« Je vous ai proposé plusieurs options, reprit-elle en désignant les orchidées, la lavande et le lycoris. »

La méfiance, la séduction, la mort.
Joli triptyque.
Une jolie histoire à raconter, sans doute.

La plus macabre de toutes.

« Avez-vous donc une préférence ? »
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Gauthier Ovronnaz
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Lun 25 Juin - 14:49

Aussi étrange que cela pouvait paraître, Gauthier commençait à apprécier de plus en plus cette rencontre fortuite, ce petit fruit du hasard, qui, en ces quelques instants, se révélait des plus sucrés. Si on lui avait dit qu'il trouverait un jour de l'intérêt à ces corps relevés qu'étaient les zombies, il aurait probablement eu un rictus trahissant son amusement, une réaction probablement légitime, issue d'une simple méconnaissance de ces créatures et de la fausse image que pouvait répandre le sens commun à leur égard. Et, pourtant, il se retrouvait là, à l'observer de pied en cape, essayant de deviner sous la silhouette de ses vêtements amples, les traits mystérieux qui pouvaient se cacher, veillant à ne pas se dévoiler. Et si elle essayait de jouer la carte du secret pour ne pas se révéler et essayer de le rebuter, il fallait qu'elle finisse par comprendre qu'elle ne faisait que jeter de l'huile sur le feu de sa curiosité. Au travers des ondulations du tissu, bercé par la légère brise qui étreignait le centre-ville en ce début de nuit, Gauthier tâchait de distinguer quelques lignes de son visage. Certes, elle était morte – tout comme lui – et bien que, probablement, moins chanceuse, sur certains points, dans sa non-mort, elle semblait cependant parfaitement charmante. Mais il était difficile de juger ce que l'on ne voyait pas et, s'il y avait bien une chose que ne faisait pas le Vampire, c'était d'émettre des jugements hâtifs. La demoiselle lui offrait, pour le moment, une compagnie des plus agréables et des plus distrayantes, prolongeant un échange qui révélait une personnalité quelque peu acerbe, ou, du moins, suffisamment forte pour ne pas se laisser marcher sur les pieds. Quelque chose ne lui plaisait plus dans cette discussion, c'était une certitude, et elle avait eu une manière très intéressante de le lui signifier. Cependant, le majordome n'était pas particulièrement prêt à lui faire cette fleur.

Et il le lui fit comprendre, par quelques mots simples. Si elle n'avait probablement pas encore l'intuition que cette fleur serait pour elle-même, représentante fidèle de cette rencontre qu'ils déroulaient ensemble, il était tout bonnement délicieux de jouer ainsi avec elle, en tout bien tout honneur, juste pour le plaisir de jongler avec les mots et de faire passer des idées à demi-mots. Oui, il avait un peu l'impression d'avoir été jugé rapidement. Peut-être avait-elle quelque chose contre lui, pour une raison ou pour une autre, mais, malheureusement, il ne pouvait rien y faire, autre que d'essayer d'envisager les choses sous un autre angle. Mais cette difficulté inattendue rendait l'ensemble de la situation particulièrement piquante et appréciable. La jeune femme lui retourna son propre argument, justifiant que s'il n'était pas judicieux de se fier aux apparences repoussantes, il n'était pas non plus bon de se fier à des apparences trop aguichantes sous peine de se brûler les ailes. Il n'était pas évident de démentir une telle philosophie de comptoir, mais, de toute façon, cela lui permettait surtout de comprendre un peu mieux pourquoi elle s'était si subitement mise à distance. Pensait-elle, justement, qu'il était du genre à receler un poison mortel sous des attraits doux et sucrés ? Si c'était le cas, c'était presque flatteur. Remettant les mains dans ses poches dans une posture presque un peu trop juvénile, il posa son regard sur la Zombie qui semblait visiblement tendue. Avait-elle peur de quelque chose venant de lui ? Cette curiosité induite par le changement soudain de comportement n'arrêtait pas de le titiller. Pourtant, lui poser ouvertement la question serait passablement... ennuyeux. « Certains diraient qu'on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre, d'autres que la nature est ainsi faite. Après tout, de nombreuses fleurs développent un parfum des plus doucereux uniquement dans le but de pouvoir attirer leurs proies. » Le jeune homme haussa doucement les épaules. « Pourtant, cela ne nous empêche pas d'en apprécier les plus belles à leur juste valeur. » Petit compliment déguisé ? Peut-être... Dans tous les cas, cela passait beaucoup mieux que de se faire traiter de monstre. Assurément.

La jeune femme ajouta finalement que les yeux pouvaient souvent se tromper, facilement de plus, mais qu'il n'était rien que l'on pouvait faire contre un instinct puissamment convainquant. Généralement, il était souvent conseillé de lui faire confiance, notamment pour des questions de survie, mais, tout comme le regard ou l'esprit, l'instinct pouvait être berné par de mauvaises expériences. Après tout, quelqu'un ayant peur de la nuit aura toujours l'instinct d'éviter les ruelles sombres alors que, potentiellement, il n'y a aucun risque à les traverser. Le Vampire haussa les épaules et eut un léger sourire. « Rester prudent mais curieux. Ce n'est qu'en refusant de cerner la réelle nature de quelque chose qu'on finit par en avoir peur éternellement. Mais certaines personnes préfèrent vivre ainsi, enfermés dans des généralités et des illusions. Le monde n'est pas beau, c'est vrai. Mais il existe dans cet océan de crasse des îlots de verdure et de beauté qui ne sont pas que des mirages. Seulement pour les découvrir, il faut oser s'en approcher. » Il eut un sourire un peu plus large et s'approcha un peu plus du chariot tandis que la vendeuse de fleurs lui proposait de faire un choix après avoir eu ses conseils. Il observa les fleurs, une par une, en huma le parfum et s'arrêta sur une orchidée blanche. « Je vais vous prendre celle-ci, s'il vous plait. » Il sortit de quoi payer et prit la fleur qu'elle lui tendait. Il ne quitta pas la fleuriste des yeux et, après un  temps de silence presque légèrement embarrassant. Puis, sans crier gare, il tendit la fleur à la jeune femme. « Vous seule serait probablement à même de la faire s'épanouir comme nulle autre, à condition que vous ne la traitiez pas aussi durement que moi... Et peut-être pourriez-vous y trouver un peu d'inspiration pour vous-même. » Il esquissa un nouveau sourire. « Je ne vous embête pas plus longtemps, j'ai bien conscience de vous avoir déjà pris beaucoup de votre temps. » Il se détourna de la Zombie, toujours son sourire aux lèvres et sortit une des mains de ses poches pour faire un signe d'adieu. « Prenez-soin de vous ! » Il ne fallut pas beaucoup plus de temps pour que, malgré son apparence singulière, il ne disparaisse dans la nuit.
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Elena Tsvetanov
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Lun 25 Juin - 15:52

Il avait des mots charmeurs, une voix de velours à emporter les cœurs ; sur les flots de ses paroles, Elena voyait voguer de beaux bateaux emportant ses maux. Malgré elle, malgré le dégoût et la haine, ses yeux émeraude fixaient les lèvres du vampire. Ils suivaient la courbe de ces dernières à chaque nouvelle syllabe, s’intéressaient à leur commissure où se perdait un rictus arrogant, à la manière nonchalante avec laquelle une cigarette y pendait. Il était fait de fumée, là où Le Spectre l'était de brume. Il dégageait une étrange chaleur, malgré sa beauté glaciale, tandis que c’était dans les yeux de la zombie qu’on pouvait apercevoir de grandes flammes.
Ils s’accordaient sans jamais s’entendre ; ils étaient des contraires si proches d’être pairs.

Ils étaient morts, tout les deux. L’un malade, l’autre récupérée à la dérive.
Ils auraient pu être beaux, s’ils s’étaient connus autrement, sans doute.

Il lui répondait, semblait même se moquer de ses paroles si radicales. Il argumentait avec cette même manière qu’elle avait d’embaumer ses phrases, avec poésie et mystère, du genre qui alimente en questions et appauvrit en réponse. Il lui dit à sa belle façon qu’il fallait oser s’abandonner aux curiosités, ne pas s’arrêter aux instincts primaires ; après tout, n’y avait-il pas des merveilles et trésors au milieu des dangers de la mer ? Il fallait savoir plonger dans des océans de découvertes, pour s’offrir la joie de découvrir d’autres univers.
Oui, il avait raison. Même elle devait l’avouer. Mais vous voyez, Elena, elle a déjà trop essayé.

D’être intrépide, téméraire ; tout ça, elle l’a fait, et regardez où ça l’a emmenée. Elle a laissé un inconnu frapper à la porte de sa loge un soir, n’a pu se battre contre son étreinte mortelle quelques instants plus tard. Elle s’était émerveillée face aux créatures qui hantaient ce monde, pour mieux finir dans la tombe.
Elle était méfiante, désormais. Trop. En proie à ses propres démons, elle refusait de se laisser approcher par les mêmes qui l’avaient achevée.

Elle baissa doucement la tête, observant ses fleurs avec tendresse, ses mains s’approchant de ces dernières.

« Hélas. Nombreux sont ceux qui profiteraient de l’avidité de ces esprits curieux, ceux qui s’évertueraient à chercher cette perle rare parmi toutes les horreurs. Pour tous les îlots découverts, combien de noyades sont à pleurer ? Doit-on réellement demeurer si optimiste, dans un monde fait pour nous inciter à renoncer ? »

Elle était pessimiste, Elena. Triste observation, pour une fille qui autrefois était si encline à s’abreuver de toutes les passions. Voir le verre à moitié vide, ou bien tout simplement éclaté contre un mur, c’était sa nouvelle vision.
Elle n’osait plus voir le beau, à part lorsqu’il s’agissait de ses fleurs. Sans doute parce qu’elles n’avaient pas besoin d’elles pour grandir, pour mourir, ou simplement pour être belles ; elles étaient des merveilles à elles toutes seules.
Puis, cela avait quelque chose de fascinant, de s’occuper de quelque chose d’aussi fragile. Entre ses mains puissantes, le moindre pétale paraissait bien plus fébrile.
Elle devait faire attention, être délicate et tendre ; se forcer à ne pas être une atrocité d’outre-tombe.

Elle avait quelque chose d’humain, ainsi entourée de ses fidèles alliées.
Quelque chose de fragile, en réalité.

Finalement, le brun ne tarda pas à lui désigner une orchidée blanche, qu’il paya rapidement. Ainsi, il opta pour l’amour pur, celui dont elle avait rêvé en étant plus jeune.
Cette fille devait avoir de la chance, songea-t-elle, d’être considérée si innocemment.

Puis, elle comprit.
Que cette fille, à qui la fleur était destinée, c’était elle.
Elle eut du mal à récupérée l’orchidée, comme apeurée à l’idée de poser ses doigts là où les siens l’avaient effleurée. Elle fit facilement passer son hésitation pour sa lenteur naturelle, lorsqu’elle s’empara à nouveau de la belle.
Sous sa capuche, elle fronça les sourcils.
Jouait-il la comédie ? Quel était le but de ce geste, la signification de ses mots ?

Elle n’en savait rien, et elle détestait ça.
Plutôt, elle recula d’un pas, rangeant l’orchidée parmi les autres.

Et ainsi, il s’éloignait, sa sombre silhouette se perdant parmi la foule ; noyée, avalée, elle se dissipait comme de la fumée.
Et elle, Elena, demeura interdite quelques instants de trop. Les yeux rivés à ce même point où il avait disparu, elle s’extirpa à cette atmosphère qu’ils avaient créé avec peine.

Elle secoua la tête, faisant onduler son voile contre ses joues.

« Сбогом, създание, souffla-t-elle dans sa langue d’origine. »

Le Spectre repartit alors, faisant glisser les roues de son chariot contre le trottoir.
Elle reprit sa ronde.
Belle et silencieuse vagabonde.
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Mar 26 Juin - 9:28

La Zombie avait réussi l'exploit d'attirer la curiosité d'un Vampire qui ne trouvait pas particulièrement beaucoup de choses intéressantes, ou, plus exactement, en considérait une bonne partie comme tout simplement banales, sans intérêt particulier, sans saveur. Pourtant, cette petite vendeuse de fleurs, que ce soit par le mystère soulevé par ses amples vêtements ne révélant pas beaucoup de sa silhouette, à peine trahie par quelques gestes graciles bien que camouflés sous une lenteur caractéristique, ou même par ses paroles sombres et amères, avait réussi à éveiller et aiguiser une curiosité qu'il n'avait pas ressentie depuis longtemps. Il l'avait quitté un peu abruptement, mais il aurait été malvenu de s'imposer à elle plus longtemps. D'autant qu'il comptait bien la revoir, d'une façon ou d'une autre. Qui plus était, il avait également un peu de travail de lui-même. Il passa d'ailleurs les jours suivants à arpenter les rues de la Nouvelle-Orléans, cherchant principalement des informations au sujet d'Ailin Dyce. Le nom des Plaisirs Coupables avait fini par faire surface et, avec curiosité, Gauthier était allé découvrir cet endroit particulièrement... charmant. Sans réellement savoir pourquoi, il s'y sentait familièrement bien, mais peut-être s'était-il simplement imaginé parfaitement adéquat dans un rôle de barman, adepte de la jonglerie de bar. Il ne s'y attarda pas plus que nécessaire mais savait déjà qu'il finirait par y retourner, et plus d'une fois. Au moins avait-il commencé à faire un petit recensement des nouvelles têtes associées à ce lieu et les nouvelles pistes qu'il allait devoir explorer. Quelque chose lui disait qu'il allait d'ailleurs devoir continuer cette activité en sous-main, une fois qu'il se serait présenté à la Maîtresse de la Ville, mais cela ne le dérangeait pas. Peut-être aurait-il préféré en savoir un peu plus avant son arrivée effective, mais il pourrait s'en passer.

C'est d'ailleurs un soir, en revenant des Plaisirs Coupables, que son regard fut attiré par quelque chose de troublant. Un léger vent glissait entre les ruelles de la ville cette nuit-là et, au détour d'un mur délavé, il soulevait de manière presque psychédélique, dans le bruissement si caractéristique du papier malmené par le vent, une partie d'une affiche. Presque piqué au vif par cette incongruité, le Vampire s'approcha doucement de celle-ci, les mains dans les poches. Il s'arrêta devant elle, pencha légèrement la tête sur le côté et resta silencieux pendant de longues minutes avant de plaquer soudainement sa main sur le coin volatile de l'affiche, la plaquant un peu violemment contre le mur d'où elle s'était partiellement décollée. Le papier était vieux et faisait référence à un événement appartement depuis longtemps au passé, mais ce n'était pas l’événement lui-même qui était intéressant. Une main toujours plaquée sur le mur, il sortit l'autre de sa poche, attrapant d'abord son paquet de cigarette et se servant de ses lèvres pour en tirer une cigarette. Toujours d'une main, le regard vissé sur l'affiche, il rangea le paquet et sortit son briquet pour allumer ce que certains appelaient de la mort en barrette. Il tira une longue bouffée et laissa ensuite échapper la fumée, retirant la cigarette de ses lèvres, y dévoilant un sourire que certains auraient pu considérer comme... inquiétant. Il resta ainsi, à contempler l'affiche pendant de longues minutes. Il sortit finalement l'une de ses dagues et entreprit de la séparer du mur qui la soutenait avec dextérité pour ne pas trop l'abîmer. Heureusement, le temps avait fait son affaire et la colle n'était plus si forte. Il rangea sa lame et admira encore une fois ce qu'il venait de ramasser. Dans un sourire, son visage éclairé par le rougeoiement de sa cigarette, il la plia avec précaution avant de la ranger dans une des poches de son veston. Il enfourna les mains dans ses poches et reprit sa route. Certains auraient pu dire qu'il était plus guilleret que quelques instants auparavant.

Pendant les jours suivants, il avait laissé un peu de côté Ailin Dyce et ses mystères et s'était concentré sur une quête plus personnelle. Reprenant dans les environs où il l'avait aperçue la première fois, il ne fallut pas trop longtemps au Vampire pour retrouver la jeune femme aux fleurs. Il en profita pour l'observer un peu, de loin. Le temps, ni l'espace, ne semblaient avoir aucune emprise sur elle, comme si la Mort lui avait offert un passe-droit, lui permettant d'évoluer dans le monde sans être inquiété par celui-ci. C'était un spectacle presque envoûtant. Et s'il ne se trompait pas, cela avait dû être le cas, il y a de cela plusieurs années. Abandonnant son perchoir, il regagna le sol en passant par une ruelle déserte où personne ne s'étonnerait de le voir arriver d'en haut, puis il regagna les rues plus peuplées, même avec la nuit avancée, de la Nouvelle-Orléans. S'il n'était pas devin au point de savoir par où passerait le petit chariot de fleurs et sa propriétaire, il ne fallait cependant pas être trop stupide pour prédire son trajet au moins sur quelques dizaines de mètres, ce qui était suffisant pour se placer en amont et attendre gentiment qu'elle ne finisse par arriver à sa hauteur. Arrêtant de remonter la rue dans sa direction, il s'installa dos à un lampadaire, tirant une nouvelle cigarette de son paquet et l'allumant dans un geste nonchalant. Il fumait probablement trop, mais ce n'était pas comme si cela avait un effet quelconque sur sa santé. Il eut un sourire léger à sa propre bêtise et continuait de regarder les gens passer. Le chariot ne tarderait pas à s'approcher suffisamment pour que la petite vendeuse ne se rende compte de qui se trouvait sur sa route. Il tourna d'ailleurs la tête dans sa direction, et, comme prévu, croisa son regard. Il joua la carte de la surprise, complètement fortuite, et un léger sourire amusé se dessina entre ses lèvres, à peine masqué par la cigarette. « Quelle charmante surprise ! » Il se redressa, faisant un petit signe de la main à la jeune femme avant de s'approcher de quelques pas dans sa direction. La scène donnait une petite impression de déjà-vu. « Comment allez-vous ? » L'acte deux serait-il aussi passionnant après l'entracte ? Il y aurait du rebondissement, dans tous les cas.
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Elena Tsvetanov
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Mar 26 Juin - 14:03

Elena avait toujours porté une étrange fascination au temps. A la mort des secondes dans le fond du sablier du monde, à la ronde des tics et des tacs de l’horloge de l’univers ; elle s’impressionnait de sa manière à suspendre et se distordre à sa guise. Elle se souvenait de cette belle impression d’éternité lorsqu’elle montait sur sa corde, chatouillant le vide de ses pieds couverts de pantoufles, alors que les minutes s’accrochaient aux souffles arrêtés des spectateurs subjugués. Elle aimait se donner l’illusion de tenir une montre entre ses mains tendues, dictant l’écoulement du temps comme elle le souhaitait. A chaque nouveau pas, c’était une seconde qui se transformait en minute. A chaque perte d’équilibre feinte, la seconde se divisait au millième : tout s’accélérait.
Elle le décidait. De jouer avec l’attente, avec l’impatience : elle se sentait maître de cette unité qui filait malgré tout. Malgré les catastrophes, les désastres et les guerre, malgré le fait que parfois, on a l’impression que tout s’emporte et que le monde se met à tourner à l’envers, les heures ne cessent jamais de crever.

Sentir le temps passer, les aiguilles d’une horloge la piquer, à Elena, cela lui manquait. Parce qu’ainsi prisonnière de l’éternité, de l’immortalité, elle n’avait plus l’impression de rien.
Elle ne comprenait plus où se terminaient les jours, où commençaient les nuits. Cela faisait-il une semaine, un mois, une décennie qu’elle sombrait dans l’ennui ? Difficile à dire. Elle repérait les saisons à la naissance de ses fleurs, comptait les jours à chaque chute de pétale, comme des pleurs.
Alors, elle ne saurait dire, exactement, où se situait sa dernière rencontre avec ce vampire charmeur.

Elle était perdue dans son triste quotidien, croisant les visages de nouveaux inconnus, retrouvant les lumières colorées de la ville réveillée. Son allure n’avait pas changé, sa robe à peine nettoyée : peut-être son voile paraissait-il plus blanc que la dernière fois. Cette fois-ci, ses cheveux bruns dépassaient de sa capuche, s’écoulant sur ses épaules dénudées, sur lesquelles s’échouait une légère brise. Le grincement des roulettes de son chariot s’harmonisait à l’hymne citadin, aux coups d’accélérateurs et paroles lancées au vent des passants.

La soirée était bonne pour ses affaires : un bouquet, deux roses et quelques jacinthes s’étaient épuisés. Dans sa poche, elle sentait le poids de la monnaie l’alourdir, ne manquant pas de la satisfaire. Même si Elena était loin d’être une matérialiste, et l’argent n’ayant que peu d’utilité pour quelqu’un n’ayant pas besoin de se nourrir, elle se dit qu’au moins elle pourrait s’approvisionner en Brain Juice pour les prochains jours à venir.
De quoi lui donner un semblant de vitalité, et la sortir de cette sempiternelle lenteur qui ne cessait de l’agacer.

Puis. Comme la dernière fois, comme cette satané fois, elle ressentit de nouveau cette étrange impression d’alerte. Tous ses sens se réveillèrent, comme en proie à l’urgence : elle commença à regarder par-dessus son épaule, sur les côtés, scruta les visages de ceux osant la frôler.
Elle se sentait observée, pire, épiée. Encore pire, attendue.
Une menace au coin de rue, un piège attendant qu’elle y posât son pied ; quelque chose la traquait.

Puis, enfin. A la lumière d’un lampadaire, elle la vit, cette même silhouette qui avait hanté ses songes pendant quelques nuits.
Car oui, elle y avait pensé. N’avait cessé de se rejouer la scène de cette singulière rencontre dans un coin de son esprit. Elle se souvenait avec frustration de ses sourires en demi-lune, arrogants et en même temps charmants, de sa manière de parler, de ses mots et de la fleur qu’il lui avait offert.
D’ailleurs, cette orchidée, qu’était-elle devenue ? Au fil des jours, elle s’était mise à faner, bien entendu. Mais l’avait-elle gardée, vendue ?
Pendant longtemps, elle n’avait su quoi en faire : on ne lui avait jamais donné de fleur, auparavant. Sans toit, elle ne possédait pas non plus un vase pour l’exposer, même si elle doutait en avoir eu envie sur l’instant.

Alors, finalement. Elle l’avait déposée.
Sur le lit du fleuve, là où elle avait longtemps flotté. Comme pour se recueillir sur ce qui aurait pu devenir sa tombe, elle avait vu l’orchidée glisser sur l’eau, jusqu’à disparaître au loin. Une drôle de démarche, lorsque l’on savait que cette dernière venait de la main d’un semblable de celui qui l’avait tuée.
Mais Elena aimait l’ironie, au fond. Elle ne pourrait s’en cacher.
Et puis, qui sait, avait-elle songé. Peut-être que cette orchidée s’échouerait là où elle-même l’avait fait, avant d’être ressuscitée.
Comme si c’était elle, finalement, cette belle fleur noyée.

Ainsi, il s’approchait, feintant une surprise qui ne tarda pas à lui faire froncer les sourcils. Dans un claquement de langue, elle démontra son agacement, tandis que le vampire continuait d’avaler la distance les séparant.
Bientôt, il fut suffisamment proche pour qu’elle reconnût cette lueur d’espièglerie dans son satané regard bleuté.
Elle haussa une épaule, jouant l’indifférente.

« Quelle surprise, en effet. »

A savoir si elle était bonne ou mauvaise - ce n’était pas difficile à deviner. Lorsqu’il lui demanda ainsi comment elle allait, le Spectre releva le menton, comme piquée au vif. Personne ne lui demandait jamais une chose pareille - tout le monde s’en fichait. D’habitude, elle n’était qu’une personne qu’on ne croisait qu’une seule fois, qu’on pouvait avec de la chance reconnaître une seconde, mais à qui ne s’adressait plus. Elle était le protagoniste d’une page d’histoire, pratiquement jamais de deux, alors encore moins d’un chapitre entier.
Puis. Elle s’en doutait, cette question devait dissimuler autre chose. Elle se méfiait déjà, s’accrochant à son charriot.
Pencha la tête sur le côté, comme une poupée mécanique.
Poupée un peu abîmée.

« Les nuits sont courtes, ou bien longues, je ne saurais le dire. Mes fleurs poussent, continuent d’éclore, et se vendent facilement. Les pluies sont fines lorsqu’elles tombent, les vents frais, la ville est encore tranquille. »

Sa voix était douce, toujours. Un peu grave, un peu endormie, mais toujours tendre. Vieille habitude ou bien effort exagéré de ne pas laisser le mécontentement imprégner ses phrases, elle ne saurait le dire exactement.
Elle ne répondait pas exactement à sa question, néanmoins. Comment allait-elle ? Même elle n’était pas certaine de parfaitement le savoir. Elle s’ennuyait, vagabondait, errait. Comme d’habitude.
Mais un ‘’comme d’habitude’’ chez elle, c’était un mélange de mélancolie et de paresse. Lorsqu’elle se sentait autrement, elle s’inquiétait, même si ses nouvelles humeurs étaient positives : parce que ça n’avait rien de normal.
Alors, au fond. Elle ne voulait pas lui offrir une réponse. Parce qu’elle-même n’en avait pas à se donner.

« C’est dans votre habitude, de vous reposer contre des lampadaires, à épier les passants ? »

Ah.
Finalement, la voilà, la preuve de son irritation.
Dommage.
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Jeu 28 Juin - 9:44

Il l'avait attendu et la surprise n'était que feinte, aussi, il n'était pas surprenant qu'elle ne prenne pas sa tentative d'acteur pour argent comptant. Après tout, l'on pouvait douter que certaines personnes passent leur temps adossés à un lampadaire pour se contenter d'observer les gens qui passent. Pourtant, c'était bien là une des activités du Vampire, qui prenait souvent un plaisir non-feint à se réserver le droit d'observer en silence, immobile, ceux qui tâchaient de se démener dans leurs vies, trop pressés pour se rendre compte qu'ils étaient les cobayes d'un observateur silencieux. Plus personne, ou presque, ne prenait le temps de vivre, emporté par le courant de la vie, tel celui d'un fleuve impétueux, ou tous cherchaient à garder la tête hors de l'eau, parfois même en essayant d'aller à contre-courant. Gauthier, lui, faisait partie de ceux qui, parfois repéraient un rocher, et s'y posait, paisiblement, contemplant l'onde qui passait, emportant avec elle, les désœuvrés qui se laissaient porter, voire engloutir, ceux qui luttaient et finissaient invariablement par se faire emporter, et ceux qui parvenaient à tirer leur épingle du jeu, mais à quel prix ? Il n'y avait rien de plus passionnant que tout cela, du moins à ses yeux. Qui plus était, l'observation était un art qui permettait d'avoir très souvent le dessus sur une situation donnée. Méthodique à souhait, Gauthier préférait pouvoir se préparer tout son soûl et cela commençait, tout particulièrement, par une période non-négligeable, d'observation. Ceux qui se jetaient à corps perdu dans des plans sans s'offrir le luxe d'une préparation soignée, ne méritait que ce qui leur arrivait le plus logiquement du monde : échouer. Et, il fallait le reconnaître, échouer n'était pas dans les habitudes, ni même les volontés, du Vampire.

La jeune femme, cependant, si elle était réellement surprise de le recroiser, n'en montra pas grand-chose. Tout au plus semblait-elle légèrement plus tendue maintenant qu'elle était en face de lui qu'elle ne l'était quelques instants plus tôt. Elle répondit bien volontiers à sa question, sans toutefois y répondre, se contentant de décrire des banalités liées au climat ou à ses plantes. La seule chose qu'il pouvait en retirer était qu'elle ne détestait pas cette période de l'année, sans quoi elle s'en serait peut-être plaint d'une façon plus... explicite. Quoiqu'il en doutait légèrement. Mais si elle ne répondit pas totalement à sa question, elle ne se priva pas pour lui en poser une, d'une façon quelque peu acerbe, même si, dans le ton de sa voix, cela ressemblait plus au doux parfum d'une fleur empoisonnée. Il haussa doucement les épaules. « Epier n'est pas le verbe que j'emploierais. » Il esquissa un sourire, fidèle à lui-même, retirant la cigarette de ses lèvres d'une main désinvolte. « Mais il m'arrive souvent de me poser, ici ou là, et de regarder ce qu'il se passe. D'observer le monde évoluer sans en faire réellement partie. » Il soupira, jetant un œil autour de lui, soulignant, sans les montrer, la présence des passants qui déambulaient autour d'eux sans même faire attention à ce qui se jouait là, même si c'était probablement plus intéressant que ce qu'ils avaient à faire.  « Cela permet de prendre du recul, d'apercevoir des détails, des petites choses que l'on n'aurait pas vu autrement. On découvre un autre monde. » Il remontait, dans un geste lent et contrôlé, son cancer en petite barrette vers ses lèvres. « Vous devez en savoir quelque chose, non ? » Sa cigarette atteint sa destination : des lèvres légèrement arquées dans un sourire amical et sincère. Après tout, personne ne faisait réellement attention à elle, pas plus que nécessaire. Et si Gauthier attendait au pied d'un lampadaire, elle avait simplement son chariot sur lequel elle pouvait se reposer, n'importe où.

Il jeta un œil intéressé au chariot et fit une petite moue. « J'ai l'impression que l'orchidée que je vous ai offerte a disparu de votre chariot. Aurait-elle déjà fanée ? » Il eut une petite moue boudeuse et se contenta d'un petit haussement d'épaule à nouveau. C'était dommage, mais cela devait bien finir par arriver. Peut-être s'était-il imaginé qu'elle survivrait plus que quelques jours entre les mains de la jeune femme aux fleurs. « Enfin, ce n'est pas grave. Les fleurs coupées ne sont pas éternelles, hélas. » C'était le grand drame de ces coutumes. Offrir des fleurs était souvent un geste symbolique puissant, mais nécessitait également de laisser mourir à petit feu de petites merveilles de la nature, et ce même si le destinataire avait la main verte. Les mains dans les poches, Gauthier tira une longue bouffée sur sa cigarette et expira lentement la fumée qui s'échappait en petites volutes de ses lèvres. Il débarrassa ses lèvres d'un geste presque paresseux. « Mais je suis content de vous trouver, j'ai trouvé un petit quelque chose qui, je l'espère, vous fera plaisir. » Un peu mystérieux, il s'approcha de quelques pas, sa main libre venant chercher quelque chose dans une poche de son veston. Un sourire aux lèvres, il en sortit et lui tendit une feuille, passablement abîmée, pliée en quatre avec soins, mais qui semblait avoir vécu son lot d'années en extérieur. Il avait hâte qu'elle l'ouvre et qu'elle découvre cette affiche qu'il avait récupéré quelques jours plus tôt. Il n'avait pas eu de mal à la reconnaître, puisqu'elle portait des habits parfaitement similaires. Qui plus était, l'affiche, qui faisait référence à un spectacle de cirque avec, parmi les vedettes, Le Spectre, expliquait plutôt logiquement pourquoi elle dégageait cette impression de grâce, à peine pâlie par sa nature mort-vivante. Après tout, les funambules disgracieux ne courraient pas les rues...
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Jeu 28 Juin - 10:58

Qui était-elle pour le juger, au fond ? N’était-elle pas étrangement similaire, à sa manière ? Ne passait-elle pas ses journées à errer, son chariot comme piètre perchoir, laissant son regard masqué par son voile se poser sur les silhouettes des passants ? A l’ombre des ruelles sombres, vagabondant comme une âme à la dérive, elle observait, écoutait ; pire, elle retenait. Faisant de chaque individu un amas de secrets, elle notait dans un coin de son esprit leurs manies si singulières avec une attention particulière. Un tic nerveux, une façon de parler différente, un accent lointain ; mais surtout, elle se souvenait de leurs larcins. Elle connaissait les noms de ces rats d'égoûts, croupissant dans les tréfonds de la pègre, qui s’amusaient du sort d’innocents et aimaient la vue d’un peu trop de sang.
Même lorsqu’elle vendait ses fleurs à de simples étrangers, ne portant pas encore sur eux la trace du Mal, elle ne pouvait s’en empêcher. Ses yeux étaient un miroir sur lequel se reflétaient toutes les silhouettes qui glissaient devant eux. Elle n’épiait pas, elle se contentait de contempler.

Elle pouvait toujours tenter de prétexter que cette activité se résumait à un but purement professionnel, mais elle mentirait ; il y avait un aspect étrangement récréatif à tout cela. Vous voyez, quand on a une éternité à s’ennuyer, autant faire crever les secondes un peu plus rapidement. Ainsi, pour se distraire, parfois, elle s’inventait les vies de ces inconnus. Lui, qui venait de s’offrir une rose, pouvait très bien n’être qu’un fonctionnaire lambda se réjouissant de son quotidien rangé, mais Le Spectre préférait fantasmer la vie de ce dernier. Elle le voyait dirigeant d’une secte, agent secret, ou encore braqueur en fuite.
C’était amusant, parfois. Lassant, bien souvent.

De temps en temps, alors, elle venait à se demander : quelle était la vie que les autres lui imaginaient ? Ne voyaient-ils qu’une pauvre abandonnée dissimulée sous des chiffons déchirés, ou bien l’élevaient-ils à une existence plus merveilleuse ? Liseuse de bonne aventure, sorcière, ou bien chasseuse ?
Illusions. Elle n’était pas grand chose, au fond. Certainement pour personne.
Pardon, pour plus personne.

Parce qu’elle avait été quelqu’un, un jour. Une fille, une cousine, une amie ; elle avait eu une belle vie. Un passé sur lequel sa nostalgie osait trop s’attarder, à son plus grand regret. Elle perdait le fil du temps, la notion d’espace, ainsi plongée dans les abysses de ses souvenirs. Bien souvent, elle évitait comme la peste tout ce qui aurait le malheur de la transporter vers ses songes.
C’était trop difficile, trop cruel, d’y penser. Et même si son coeur avait cessé de battre, il pouvait encore se briser.

Mais.
Bien sûr.
Tout ne se passait jamais comme prévu.

Alors qu’elle avait passé des jours en s’efforçant de ne pas y penser, voilà que cet inconnu l’accablait d’images passées. Il lui tendait un morceau de papier malmené par le temps et l’humidité, qui s’effrita doucement au simple contact de ses doigts gelés. Avec précaution, et une certaine curiosité, la voilà dépliant ainsi ce qui ressemblait à une affiche.

Elle manqua de s’écrouler.

Parce qu’elle la reconnut, vous voyez. Cette publicité qu’ils avaient placardée sur les murs de la ville, un peu nonchalamment. Les couleurs étaient délavées, diluées dans un mélange de pluie et de colle, mais malgré ce tourbillon de teintes effacées, elle reconnut sans peine les contours d’un chapiteau. La silhouette d’un lanceur de couteaux, de quelques chevaux, et enfin, la sienne. Perchée sur une corde traversant l’affiche, elle se vit, drapée de ses habits de scène ; une longue robe, qui ressemblait à celle qu’elle portait encore.
Ses cheveux cuivrés, son visage dépourvu de voile. Elle vit ce fin sourire ornant ses lèvres peintes.

Ses mains se mirent à trembler.
Elle se rappela de cette journée. Où Alphonse avait couru vers elle, le premier exemplaire de cette affiche à la main.

« Regarde, t’es la vedette, Le Spectre !, s’était-il à peine moqué. M’enfin, là-dessus on dirait que tu fais la tête.
- Au moins, moi j’y suis. J’vois même pas ton nom dessus.
- Ouais ouais, moi j’ai besoin d’être acclamé pour être reconnu ! 
- T’es jaloux, c’est tout.
- T’aimerais.
- Tu l’es.
- Sale peste !
- Abruti fini. »

Ils s’étaient chamaillés, comme toujours, avant de laisser leur faux courroux éclater en quelques rires insouciants.
Rires qui s’étaient noyés, avec elle, alors qu’elle s’étouffait dans l’étreinte létale de ce vampire. Avant la chute, le bourdonnement sourd dans ses oreilles, elle l’avait encore entendu, son cousin qui l’appelait au loin.
Elle n’avait jamais su ce qu’il était devenu. S’il avait fui son assaillant ou si, comme elle, il s’était confronté à sa poigne mortelle.

Vous savez, les zombies ne respirent pas. Pourtant, Elena jura sentir son souffle s’accélérer, alors que ses doigts se crispaient autour des bords de l’affiche abîmée.
Elle releva le menton vers ce diable.
Le toisa par-dessous son voile.

« Pour qui vous vous prenez ?, manqua-t-elle d’hurler. Qu’est-ce que vous me voulez, à la fin ? »

Elle était comme ça, Elena ; parfois impulsive, parfois animale. Même si elle se drapait d’une triste monotonie la plupart du temps, il lui restait une part d’humanité dont elle n’arrivait pas à se débarrasser.
Un doux aspect sauvage.

« Ça vous amuse, peut-être ? De jouer avec les gens que vous croisez ? Sous prétexte qu’ils attisent votre curiosité cinq secondes, vous les torturez pendant des heures ? »

Sa voix était tremblante d’émotions, débordait de colère.
Elle eut envie de s’approcher, de frapper, de cogner avec son chariot cette satanée silhouette trop fière.
Elle se contenta de froisser l’affiche, avant de la lancer à son visage.
Traduction : dégage.

« Vous êtes tous comme ça, je le savais. Quand ce n’est pas pour nous tuer, c’est au moins pour nous faire souffrir. Je ne vous ai rien demandé, je ne sais même pas qui vous êtes : alors laissez-moi tranquille ! »

Ah.
Elle venait de le dire, tant pis.
Allait-il comprendre, et arrêter de sourire ?
Sûrement pas ; mais au moins il s’en douterait.
Que si Elena avait perdu la vie, c’était de la main d’un vampire.
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Ven 29 Juin - 10:00

D'aucun auraient pu juger les intentions de Gauthier comme mauvaises, mais l'étaient-elles vraiment ? Y'avait-il du mal à avoir un intérêt quelconque pour une personne, de la trouver intéressante ? L'éternité était longue et sans quelques rencontres pour la pimenter, elle perdait rapidement de sa saveur. Le commun des mortels ne pouvait pas comprendre que le fait de vivre éternellement exposait inéluctablement à l'ennui. Tous pensaient pouvoir vivre la même vie, indéfiniment, mais, malheureusement, il arrivait toujours un moment où il devenait juste impossible d'éprouver de l'intérêt pour faire, encore et toujours, la même chose. Il était nécessaire de changer quelque chose, de forcer l'inconnu, de retrouver le charme de nouvelles rencontres, par exemple, ou de s'offrir l'adrénaline d'un combat excitant. La Zombie avait suscité l'intérêt du Vampire plus qu'elle ne l'aurait voulu et il pouvait comprendre que ce n'était pas son choix, ni sa volonté, mais était-ce réellement quelque chose qui ne tenait qu'à eux ? Fallait-il voir dans leur rencontre une coïncidence ? Certes, il s'était mis sur sa route pour provoquer davantage qu'une observation silencieuse, mais ce n'était pas lui qui avait fait en sorte que leurs routes se croisent, ni même lui qui l'avait voulu. Elle avait piqué au vif sa curiosité, volontairement ou non, et il s'était simplement offert le luxe de profiter de cette fraîcheur – relativement pour un Zombi, vous en conviendrait – pour, au minimum, se divertir dans sa non-mort. Et cela n'avait pas manqué, même davantage, la jeune femme lui laissant un souvenir quelque peu impérissable de par son comportement mystérieux, changeant. S'il avait reconnu en elle une créature relevée par un, ou une, Vaudoun, il avait eu la curiosité de se demander qui se trouvait réellement derrière le capuchon qui masquait son visage. Quelle personne pouvait donner cette impression de grâce même après avoir été ramené à la vie ainsi ? Après tout, ses congénères n'étaient pas réputés pour dégager autant de charisme qu'elle. Car si on l'accusait souvent d'être charmeur, cette vendeuse de fleurs possédait un charme, certes différent, mais que l'on n'attribuait que très rarement à un Zombi.

Il n'était pas alors difficile de comprendre pourquoi Gauthier avait gardé une petite place pour elle dans ses pensées. Sans aller jusqu'à l'obnubiler, c'était principalement la découverte de cette vieille affiche qui l'avait rappelé à lui. Un cirque. Et cette silhouette, en pleine page, en équilibre sur un fil. Une funambule. Voilà qui n'était pas commun et qui donnait au majordome quelques indices sur la personne qu'elle avait pu être par le passé. Mais, maintenant qu'il en savait à peine un peu plus, il ne pouvait s'empêcher d'en vouloir encore davantage. Qui était cette mystérieuse funambule surnommée Le Spectre. Il avait le nom du cirque, une affiche pour étayer ses recherches, mais rien ne valait l'opportunité d'en parler directement à la principale intéressée. Encore fallait-il qu'elle ne réagisse pas au quart de tour en voyant cette affiche. A vrai dire, le Vampire ne s'attendait pas particulièrement à ce qu'elle soit heureuse de voir ainsi une image de son passé, mais il ne s'était pas attendu à ce qu'elle la lui renvoie violemment au visage. Tout au plus s'était-il attendu à voir une réaction chez elle, et cela n'avait pas manqué, mais peut-être était-ce pour cela qu'il lui avait tendu l'affiche, pour s'attendre à une réaction. Et il ne fut pas déçu. Elle ne lui hurla pas dessus, mais le ton qu'elle employa était tout comme. Quelques passants se retournèrent sans s'arrêter, se demandant quelle pouvait être la raison qui la poussait à hausser la voix. Le sourire sur les lèvres de Gauthier disparut et ses lèvres se crispèrent imperceptiblement sur le bout de sa cigarette tandis que ses sourcils se fronçait légèrement. Elle lui demanda, la voix troublée par la colère, ce qu'il cherchait à obtenir en faisant cela. S'offrir de l'amusement ? Jouer avec les gens ? Donnait-il réellement l'impression de jouer avec elle ? Peut-être était-ce le cas, en un sens, mais n'était-ce pas un jeu que l'on jouait à deux en ce cas ?

Elle froissa l'affiche et lui jeta au visage. Il l'attrapa d'un geste vif et sûr, soupirant doucement, tandis qu'elle le fustigeait encore, faisant une généralité au sujet de personnes qui, si elles ne tuaient pas, faisaient souffrir. Il haussa un sourcil de surprise, observant la jeune femme. Venait-elle de faire une généralité sur les Vampires ? Fallait-il y voir une raison particulière ou simplement une envolée lyrique due à la colère ? Gauthier expira dans un long soupir les dernières volutes de fumées de ses poumons, laissant tomber son mégot à terre avant de l'écraser du bout du pied. Il déplia l'affiche avec soin, veillant à ne pas l'abîmer plus que de nécessaire, et la replia soigneusement en quatre.  « Si je pensais effectivement obtenir de vous une réaction en vous tendant cette affiche, je ne m'attendais pas à ce que cela soit si douloureux pour vous. » Sa voix était calme et posée, il ne souriait plus, mais il ne donnait pas forcément l'air d'être penaud. Il rangea l'affiche avec délicatesse dans la poche de son veston d'où il l'avait sortie auparavant. « Veuillez pardonner mes manières cavalières. Mon objectif n'était pas, contrairement à ce que vous semblez penser, de chercher à vous faire souffrir, mais simplement d'en apprendre un peu plus sur vous. » Son regard bleu ne la quittait pas. Son ton s'était fait un peu froid, plus distant, moins chaleureux, peut-être désabusé. Il haussa les épaules et remis ses mains dans ses poches.  « L'immortalité nous offre rarement l'occasion de nous émerveiller devant quelque chose. Je trouve qu'il aurait été dommage de passer à côté sans rien faire. Mais puisque vous le souhaitez ainsi, je ne vois aucune raison de vous déranger davantage. » Il lui fit un signe de tête cordial et tourna les talons, fit un pas, puis se retourna et croisa le regard de la Zombie.  « Ce fut, malgré tout, un plaisir non-feint, Mademoiselle. » Il se fendit alors d'une révérence des plus formelles exécutées. Il se redressa finalement, retrouvant son sourire.  « Et puisque vous me l'avez demandé si gentiment. Je m'appelle Gauthier. Gauthier Ovronnaz. » Et, comme lors de leur première rencontre, il tourna les talons, ne sortant une main de sa poche que pour la saluer alors qu'il s'éloignait doucement.


Dernière édition par Gauthier Ovronnaz le Lun 2 Juil - 8:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Ven 29 Juin - 13:56

Lui arracher une réaction ; c’était ce qu’il avait voulu. Briser cette mine angélique sous le coup d’une colère froide, éclater le masque d’indifférence qu’elle portait sous son voile dans un fracas de voix. Il avait voulu la faire basculer vers les horizons terribles d’émotions brutes, provoquer l’éruption du volcan qui dormait encore tranquillement en elle : et il avait réussi. Elle avait explosé, laissé une fissure barrer son visage d’habitude si lisse. Son timbre s’était laissé emporter sur des flots dangereux, violents ; une véritable tempêtes de sentiments. Des vents de nostalgie envoyaient valser les dernières miettes de sa contenance, tandis qu’une pluie torrentielle menaçait de noyer son coeur. Comme une brindille jetée à la mer, l’état d’âme du Spectre fut malmené par des courants contraires.
Elle avait cédé. Sans le vouloir, elle lui avait offert exactement ce qu’il avait recherché.

C’était si rare, de la voir ainsi. Le ton sec, la bouche plissée sur une courbe douloureuse, une lueur de peine dans son regard d’habitude éteint. Ses mains s’agitaient, manquaient de trembler, alors que sous son voile, même les flammes de courroux crépitant dans ses prunelles perçaient l’obscurité.
Elle l’observait, silencieuse et pourtant chamboulée, défroisser l’affiche pour mieux la plier. D’une main habile, calme, il la dissimulait une nouvelle fois dans l’une de ses poches de son pantalon. Quoi, il comptait sérieusement la garder sur lui ? Peut-être un souvenir, une preuve d’une nouvelle âme damnée qu’il avait fait souffrir. Qui sait, peut-être collectionnait-il même ce genre d’artefacts.
Une barrette pour une enfant assassinée, un morceau de canne d’un vieillard effrayé, et puis l’affiche d’une funambule qui avait fini par tomber.

Ainsi, il se mettait à parler d’immortalité, d’ennui et de manières de le combler. Alors, c’était ce qu’elle était : un passe-temps passager. Une façon pour lui d’assassiner les secondes. Et au fond, même si cette idée la répugnait, elle ne pouvait s’empêcher de le comprendre.
Elle-même avait tué le temps pendant des heures, et elle ne s’en était jamais voulue.

Il lançait des excuses qu’elle refusait d’entendre, alors qu’il laissait croire qu’il allait la laisser tranquille. Esquissant une révérence qu’elle ignora, le voilà s’éloignant déjà, face à une Elena paralysée et interdite.
Elle aurait voulu l’insulter davantage, le maudire, faire appel à ses derniers grammes de témérité pour lui cracher sa haine et son dégoût. Mais sur sa langue, les mots trébuchaient, les syllabes s’enfuyaient ; et puis, il n’y avait qu’un seul nom qu’elle avait envie de prononcer.
Celui de son cousin. Alphonse, le disparu, qu’elle tentait parfois d’oublier.

Elle baissa la tête, un seul instant, pour finalement rapidement la relever.
Gauthier.
Gauthier Ovronnaz.
Un nom. C’était ce qu’il lui lançait avec trop de nonchalance.
Un simple nom. Quelque chose d’inestimable, pour quelqu’un qui se contentait toujours de bien moins pour débuter des recherches infinies.
Une mine d’or, une porte d’entrée vers la vérité.

Un passage vers le pays des secrets.

Alors, il avait fini par s’éloigner, et elle, dans un silencieux soupir ;
elle se mit à sourire.

Les jours qui suivirent, Elena délaissa un instant ses ventes de fleurs pour mieux se concentrer sur sa nouvelle tâche. Animée par un esprit étrangement vengeur, le Spectre avait joué de ses connaissances et de ses talents de jeune invisible pour s’attirer les informations qu’elle cherchait à récupérer. Tendant l’oreille, appuyant ses regards sur des coins d’ombre, la belle s’était même surpris à se diriger vers les mêmes créatures qu’elle détestait tant approcher.
Le Spectre était connue de quelques sources bien précises, ayant la langue suffisamment pendue lorsqu’on leur tendait une poignée de pièces. Traînant le nom de Gauthier comme une confidence, elle retraça avec peine le chemin emprunté par cette âme errante.
Malheureusement pour elle, l’insolent avait débarqué à la NO trop récemment pour être connu de beaucoup de monde. Néanmoins, la jeune femme parvint à récolter quelques éléments de biographie qu’elle s’empressa de noter dans un coin de son esprit. On murmurait le nom de la ville de Houston, d’autres patronymes, des pratiques bien moins gracieuses que celles qu’on prêtait aux majordomes respectés.
Elle collectait, récupérait du bout de ses ongles les pièces d’un puzzle qui demeurait encore incomplet, mais dont elle distinguait au moins les contours. Le tableau se traçait, la carte se dessinait ; elle piétinait, mais avançait tout de même.

Rétablir l’équilibre, s’offrir une légère vengeance, aussi. Elle voulait au moins rendre à cette créature ce qu’il était parvenu à découvrir.

Elle ne l’avait pas croisé, pendant longtemps. Certainement s’était-il résolu à la laisser en paix, cette vendeuse de fleurs trop facilement émotive. Avait-il capitulé, ou alors préparait-il de nouvelles manigances pour mieux l’embarrasser ?
Elle préférait ne pas y songer. Plutôt, la voilà reprenant ses rondes nocturnes, échangeant ses fleurs contre quelques dollars fourrés dans sa poche. Les nuits se faisaient plus chaudes, plus douces, l’autorisant à encore découvrir ses épaules. Mais aussi, ils reculaient, le ciel se drapant de noir bien plus tardivement. Dans les rues, les passants se raréfiaient alors, ses affaires en souffrant légèrement.
Mais au fond, elle s’en contrefichait : c’était un autre client, qu’elle espérait croiser.

Ses pas accompagnèrent la dysharmonie des grincements de son chariot, alors qu’elle progressait sur le même trottoir qu’elle avait l’habitude de traverser.
Puis enfin, elle crut l’apercevoir, lui et sa silhouette si reconnaissable ; si détestable. De dos, elle aperçut seulement sa chevelure sombre, l’ombre de ses mains dans ses poches, et une grisonnante volute de fumée flotter à ses côtés.
Rien qu’à l’appel de son corps, elle réagit facilement.

C’était lui.

Et alors, elle se força à accélérer le pas, la gorgée précédente de Brain Juice l’aidant dans sa tendre traque. Elle était légèrement plus vive, bien que toujours délicate ; sa lenteur exagérée s’était apaisée.
Lorsqu’elle le rattrapa, se hissant à sa hauteur, elle feinta une maladresse en le bousculant légèrement. Les bords de son chariot s’accrochèrent même à sa veste, un déchirement de tissu parvenant à son oreille.

Un bout d’étoffe partit avec elle.
Oups ?

« Oh, pardonnez-moi !, s’écria-t-elle en se tournant vers lui, une main se portant vers le haut de sa poitrine. Je suis maladroite, il faudra m’excuser. »

Elle jouait les innocentes avec aise, cette jeune fille, il fallait au moins le reconnaître.
Néanmoins, son attitude changea doucement, passant d’une panique feinte à un calme presque arrogant.
Elle se redressa, penchant légèrement la tête sur le côté.

« Oh, c’est vous, reprit-elle, comme si elle venait à peine de le reconnaître. Quel déplaisir de vous revoir, Monsieur Ovronnaz. »

Il y avait toujours quelque chose de tranchant, dans le timbre de sa voix.
De charmant, aussi.
Drôle d’harmonie.

« Ou devrais-je vous appeler Walter ? »
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Lun 2 Juil - 10:13

Il en avait peut-être trop demandé, avait poussé le vice, si l'on pouvait le dire ainsi, un peu trop loin. En même temps, il aurait été idiot de ne pas se servir de ce que le hasard avait mis sur sa route pour obtenir davantage d'informations sur la mystérieuse petite vendeuse de fleurs mort-vivante. Toutefois, il avait visiblement touché une corde sensible, au point de la mettre dans ce qui ressemblait vraisemblablement à une colère noire. Pourtant, deux choses étaient troublantes. D'abord, pourquoi s'emporter sur une simple affiche ? Regrettait-elle sa vie passée ? Avait-elle du mal avec sa renaissance ? Fallait-il y voir un simple acte ? Une manière pour elle de se débarrasser d'un curieux lors d'une occasion en or ? Et puis, il y avait cette façon qu'elle avait eu de s'adresser à lui, de le traiter presque comme la source de tous les maux de la Terre, ou peu s'en faut, sous le simple prétexte qu'il était un Vampire. Oui, cela ne lui avait pas échappé... En réalité la réaction de la jeune femme avait tôt fait de susciter une curiosité presque sans bornes pour toutes les questions qu'elle avait réussi à soulever en quelques phrases. Pourtant, le ton peu cordial qu'elle avait employé laissait entendre qu'il n'y aurait pas de suite et que si elle avait toléré sa présence et son insistance jusqu'à maintenant, elle ne semblait pas prête de recommencer. Aussi, alors qu'il s'éloignait d'elle, et même si la curiosité était forte, il se força à simplement à laisser glisser tout ça plus loin en haussant une dernière fois des épaules devant le caractère légèrement désolant de la situation. Car oui, cela aurait probablement égayé son immortalité d'en connaître un peu plus sur cette créature faite de contraires. Un oxymore à elle toute seule.

Il était cependant loin de se douter qu'elle cachait d'autres atouts dans sa manche. Car s'il l'avait quelque peu observé pour trouver ses lieux de passage favoris, il n'avait su distinguer cette activité si particulière qui était la sienne. Et s'il lui avait donné son nom complet, c'était par pure politesse, à mille lieux de croire qu'elle en ferait un excellent usage. De toute manière, ils n'étaient pas supposés se rencontrer à nouveau, la ville de la Nouvelle-Orléans était suffisamment grande pour que le hasard se charge de faire en sorte de respecter les probabilités. Ou peut-être pas assez, finalement. Gauthier avait pris ses quartiers auprès de la Maîtresse de la Ville. Après quelques petites recherches supplémentaires, il semblait raisonnable de commencer à pointer pour sa nouvelle activité car il n'apprendrait de toute façon pas plus de son côté, sans pouvoir observer de près la fameuse Ailin Dyce. C'était d'ailleurs pour elle qu'il était dans le Centre-ville en ce début de soirée. Fidèle à son rôle, il avait pris la limousine pour aller chercher ce qu'on lui avait demandé de récupérer. Le paquet avait été sécurisé dans le double-fond du coffre, dans un espace sécurisé, verrouillé par code alphanumérique et empreinte digitale. Une technologie surprenante, mais particulièrement efficace, il devait l'admettre. La récupération du colis faite, il avait décidé de prendre une petite pause, le temps de fumer une cigarette, puisque, de toute façon, rien ne pressait. Bien mal lui en prit, peut-être, car, alors qu'il faisait les cent pas, tranquillement, le long du trottoir, un œil traînant toujours sur son véhicule, il sentit soudainement quelque chose le bousculer. Il se tourna rapidement, peut-être un peu trop, et son veston, ou du moins une partie de celui-ci, prit dans les aspérités d'un chariot, se déchira dans un bruit caractéristique qui ne manqua pas d'exaspérer Gauthier. « Nom de… ! » Il se retint de jurer, en plein milieu de la rue, et en français. « Vous ne pourriez pas... » Il n'eut pas le temps de finir sa phrase, reconnaissant, entre mille, la silhouette et le chariot qui venait de lui rentrer dedans.

Il suspendit ses élans alors même qu'elle tâchait de demander pardon pour sa maladresse. Pourtant, quelque chose faisait croire au Vampire qu'elle ne l'avait pas tout à fait bousculé par hasard. Constatant l'état misérable dans lequel se trouvait désormais son veston, donc une partie avait été largement lacérée, laissant même paraître, légèrement, l'éclat métallique d'une lame à la lueur des lampadaires pour ceux qui s'y attardaient d'un peu trop près. Il écrasa sa cigarette, loin d'être terminée, au sol, s'arrêtant dans son geste lorsqu'elle sembla réaliser l'identité de la personne qu'elle venait de bousculer. Visiblement, elle avait toujours gardée rancœur de leur dernière rencontre, il allait d'ailleurs lui rendre sa bienveillance naturelle quand elle lui lança, non sans malice, qu'elle devait peut-être l'appeler Walter. Il resta interdit, quelques instants, fonça les sourcils imperceptiblement, puis esquissa un sourire, beaucoup plus prédateur qu'habituellement. Ainsi donc elle avait fait des recherches ? Sa précédente identité n'était pas un secret, mais... pour avoir su la dénicher, la demoiselle devait avoir quelques bons contacts. Il plongea son regard dans le sien, qu'il devinait amusé, au travers de son capuchon. « Faites comme bon vous semble, Mademoiselle. » Walter appartenait à une autre vie néanmoins. Une vie dont il n'avait pas spécialement honte, mais qu'il préférait peut-être oublier, même s'il ne le pourrait probablement pas. Sa transformation en Vampire, ses exactions pendant la guerre et même après... « Ceci étant dit, n'oubliez pas que Gauthier vous a offert des fleurs. Quant à Walter, qui sait ce qu'il ferait ? » Non pas que la façon dont elle le nomme ait une quelconque influence, mais si elle désirait jouer un petit jeu avec lui, elle allait être servie. Si elle avait, comme il le pensait, ruminé sa vengeance au point de se renseigner sur lui et de lui rentrer volontairement dedans pour jouer de son petit effet... Il ne manquerait pas de lui rendre la pareille.
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Elena Tsvetanov
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Lun 2 Juil - 15:12

Dis-moi, Elena, depuis quand t’es joueuse ? Depuis quand tu t’amuses, depuis quand tu prends tant de risques pour te satisfaire ? Depuis quand t’es du genre à plus te laisser faire ?
Quelles drôles de questions. Au fond, la jeune fille avait toujours été ainsi ; oeil pour mâchoire, dent pour jambe. Elle rendait parfois le double de ce qu’on avait fait l’erreur dans lui prendre. Elle se souvenait de ce temps trop béni d’une insouciance folle, où son esprit libre et son amour pour l’aventure la poussait à toujours surenchérir. Avec son cher Alphonse comme compagnon d’infortune, ils se lançaient des défis, tous plus improbables les uns que les autres. Ils voulaient se surpasser, affirmer une supériorité qui n’était qu’un prétexte pour jouer. Les enjeux étaient toujours plus symboliques que dangereux, mais ils s’en moquaient : c’était l’idée, qui comptait. Celle de se sentir puissant, invincible, pire ! Immortels.
Être une particule perdue dans l’infinie, mais qui vibre plus fort que les autres.
Une étoile qui scintille pour toujours parmi les nébuleuses, et qui n’attend pas de mourir pour éblouir.
Une goutte d’eau noyée dans un océan, mais qui fait trembler plus fort la surface.

Ils voulaient être un rien qui changeait la face d’un monde qui se fichait d’eux.
Ils étaient certainement trop ambitieux.

Depuis sa résurrection, néanmoins, Le Spectre avait perdu cet esprit taquin. Plongée dans la monotonie de ses jours - ou plutôt de ses nuits - sans fin, elle n’osait s’amuser encore. Plus rien n’avait d’impact, le danger s’étiolait comme son corps guérissait. Ses seules montées d’adrénalines surgissaient lors de ses filatures, ou lorsque ses oreilles captaient une information particulière.
Elle aimait ça, l’indiscrétion, manipuler à sa belle façon. Elle aimait jouer de ses mots, de sa lenteur pour apaiser les humeurs, attendrir les coeurs, jusqu’à feindre les pleurs.
Elle en était presque devenue cruelle, à se moquer de l’honneur.

Mais aujourd’hui, elle l’avait retrouvé. Cet amour pour le jeu, cette terrible envie de gagner.
Oh, elle avait l’air fière - trop, certainement. Droite, le menton relevé, si seulement elle découvrait son visage, Gauthier ne manquerait pas de remarquer une étrange lueur traverser son regard brillant de fourberie. Presque comme une étincelle de vie ; d’envie.
Celle qui chasse l’ennui.

Sans s’en rendre compte, Elena avait légèrement délaissé son chariot, resté derrière elle. Pour une fois, ses mains ne s’y accrochaient pas, comme pour lui faire garder sa contenance : elle était certaine d’avoir le dessus. Elle était naïve, parfois, un peu orgueilleuse ; comme toutes les jeunes femmes, doit-on l’avouer. Elle se drapait de confiance, d’assurance, pire, d’arrogance. L’ombre dissimulait ses traits, mais il n’était même pas impossible de deviner un rictus moqueur décorer sa bouche délicate.
Mais son adversaire était de taille, même elle devait se l’avouer. Aussi, elle aurait du s’inquiéter lorsqu’elle le vit sourire, et ainsi comprendre qu’elle venait de se perdre malgré elle. Si elle avait été la seule à réellement avancer ses pions sur l’échiquier, le vampire n’allait pas tarder à contre-attaquer.
Parce qu’elle l’avait réveillé, à lui aussi, ce désir de conquérir.

Les dés étaient jetés, les cartes déposées sur la table de leur terrible jeu.
Celui des vérités.

Lorsqu’il mentionna la fleur, Elena ne put s’empêcher de jeter un coup d’oeil vers les siennes, toujours bien rangées dans son petit chariot ambulant. Des roses, des pansées, et encore des orchidées. Peut-être cherchait-il à la menacer, en révélant que son alter-ego Walter serait bien moins tendre que celui qui voulait bien se présenter à elle.
Elle s’en doutait. Dans les histoires qu’elle avait entendues, ce patronyme était souvent lancé dans des récits bien plus sombres et sanglants que l’image qu’on dépeignait du nouveau majordome de la Maîtresse de la ville. Ironie du sort, le portrait qu’on lui avait dressé s’accordait pourtant avec l’apparence actuelle du français, avec son veston amoché.
Une image déchirée.

« Oh, qui sait. Peut-être m’aurait-il offert tout un bouquet. »

Après tout, elle était déjà morte. Elle ne craignait que très peu les blessures et la douleur physique. Qu’importait la dangerosité de ce dénommé Walter, il n’aurait que très peu d’emprise sur elle. Elle n’était qu’une esclave arrachée à l’outre-monde, elle n’avait aucun poids à délester.
Peut-être celui de ses secrets, mais encore une fois, elle était trop nonchalante à ce sujet. Elle les gardait pour elle le temps de recevoir une offre pour les offrir sur un plateau d’argent. Quant à son activité secrète, et bien… ce n’était certainement qu’une question de temps.
Et quand on avait toute une éternité, cela ne voulait pas dire grand chose.

Elle s’approcha même, d’une démarche légèrement plus rapide. Les effets du Brain Juice la rendaient plus vive, moins exagérément lente ; elle en gardait néanmoins un pas félin, vestiges de son passé de danseuse et d’acrobate. Elle était silencieuse, et pourtant tant angélique, lorsqu’elle pencha la tête sur le côté.
La lumière d’un lampadaire révéla une partie de son visage, sous la capuche ; un oeil émeraude et un coin rehaussé de ses lèvres. Quelques tâches de rousseur frimaient discrètement sur l’arête de son nez.
Elle se redressa bien vite, haussant une épaule dénudée.

« Je ne vais pas vous appeler par un nom inapproprié, néanmoins. Tout dépend duquel des deux j’ai en face de moi, n’est-ce pas ? Est-ce que Gauthier désire toujours m’offrir une fleur, ou Walter voudra-t-il me faire payer l’état de son veston ? Ou peut-être l’inverse ? »

Et puis, au fond. Les deux étaient-ils forcément si éloignés ? Il s’agissait réellement de la même personne.
Peut-être suffisait-il de l’agacer, pour les faire fusionner, se battre dans ce corps.

Etait-ce trop insolent, de dire qu’elle s’en amuserait sûrement ? De le voir perdre le contrôle, ce sourire trop indolent ?
Qu’est-ce qu’elle risquait, après tout ? Elle avait déjà tout perdu. Sa famille, son art, et même sa vie.

Oui, mais Elena.
T’as encore un esprit.
Et c’est facile à laisser s’échapper, aussi.

« Qu’est-ce que vous en pensez ? »
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Gauthier Ovronnaz
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Mar 3 Juil - 9:02

Gauthier était contrarié, au moins intérieurement. Par son veston, d'abord, car il était hors de question de paraître négligé sous réserve qu'une marchande de fleurs s'était offerte une petite vengeance préméditée. Par le fait qu'elle avait vraisemblablement réussi à mettre la main sur des informations le concernant, même si elles n'étaient pas de première primeur. Par le fait qu'elle semblait étonnamment sûre d'elle, sur ce coup, et qu'il n'avait, malheureusement, pas les armes pour riposter immédiatement. Néanmoins, il ne manquerait pas de lui montrer qu'elle avait peut-être eu tort de vouloir se frotter à lui ainsi et que la tranquillité qu'elle avait gagné après leur dernière rencontre finirait peut-être par lui manquer. Malgré tout, toute cette situation était grisante et le Vampire devait admettre que, la voir ainsi avoir du répondant, avait quelque chose de tout bonnement magnifique. Elle pérorait, fanfaronnait même, cela ne faisait aucun doute. Sa manière qu'elle avait eu de s'avancer vers lui, quittant même le confort de son chariot. Même s'il ne voyait pas complètement son visage, il ne pouvait qu'imaginer son sourire et la malice de son regard. Au fond, elle avait bien raison. C'était un splendide coup, extrêmement bien joué, bénéficiant également d'un effet de surprise, laissant supposer que cette femme était bien pleine de ressources, à supposer qu'elle y trouve un intérêt, et qu'elle n'était pas simplement du genre à se laisser impressionner par une fleur et une vielle affiche. Toutefois, il était toujours facile de riposter face à un adversaire non-préparé, tout comme il était facile d'envahir un pays avec lequel on a préalablement négocié la paix. Si ce coup en traître était une réussite, elle venait surtout de s'exposer à des représailles en règle. Car si Gauthier avait d'abord décidé de laisser la Zombie en paix, cette décision n'était désormais plus viable.

Il ne connaissait certes pas encore son nom, mais il avait déjà un pseudonyme, le nom d'un cirque, probablement itinérant, des dates de spectacles... Bien plus d'informations que nécessaire pour commencer une petite recherche des plus complètes sur cette petite marchande de fleurs et les raisons qui l'avaient conduite jusqu'ici, devant lui, à se frotter au Diable en pensant pouvoir le battre à son propre jeu. Cette assurance était tout bonnement délicieuse, tout comme la façon qu'elle avait de lui répondre, arguant que Walter, lui, aurait peut-être daigné lui offrir un bouquet entier, plutôt qu'une simple fleur. Était-ce du courage, ou bien de l'inconscience ? Le regard du majordome croisa une prunelle émeraude, éveillant un léger sourire au coin de ses lèvres. Ainsi donc elle prenait le risque de se dévoiler ? Cela ne dura que quelques secondes. Mais peu importait réellement. Elle finit néanmoins par se raviser quelque peu, préférant opter pour un peu de diplomatie, en quelque sorte, préférant l'appeler comme il convenait de le faire. S'attendait-elle réellement à ce que deux facettes du Vampire s’entre-tuent pour pouvoir s'exprimer ? Walter était le seul vestige d'une identité passée, les ruines visibles d'une existence difficile mais qui avait fait de lui ce qu'il était désormais, comme Stonehenge qui façonnait les plaines d'Angleterre. Elle lui demanda finalement ce qu'il en pensait, le ramenant un peu au présent, lui qui s'était prit à digresser sur son propre passé.  « Il serait malvenu et parfaitement inapproprié de faire une esclandre pour du tissu déchiré... » Sans ce soucier de quoi que ce soit, il s'était d'ailleurs éloigné de quelques pas, contournant la limousine pour rejoindre le coffre qu'il ouvrit d'un geste tranquille. Il commença à déboutonner son veston, révélant le holster de cuir, camouflé par ce dernier, qui maintenait deux grandes lames, ainsi que quelques unes, plus petites, contre son torse.

Sans même faire attention, il jeta le veston déchiré dans le coffre et retira son holster, qui, s'il restait utile, n'avait aucune raison d'être gardé sous peine d'attirer une attention non-nécessaire. Qui plus était, il ne risquait pas grand-chose ici. « Maintenant, si vous estimez me devoir réparation, je ne verrai aucune raison de refuser votre offre. » Il ferma le coffre et se retourna avec son sourire, aussi malicieux que d'habitude, vers la jeune femme. Sans son veston, on aurait pu croire que la légère brise aurait pu faire voleter sa cravate, mais elle était, hélas, retenue par une attache dorée. Alors qu'il refaisait quelques pas en direction de la marchande de fleurs, il retroussa ses manches, se donnant un air plus casual et, plus raccord, avec l'absence de son veston.  « Quant à vos interrogations... Ma foi... Il n'est rien d'inapproprié. Faites comme bon vous semble. Mais cela ne devrait pas m'empêcher de vous offrir des fleurs à l'avenir, si vous le désirez. Par bouquets entiers, même, si nécessaire. » Gentleman. Oui, le majordome ne voyait aucune raison d'être désagréable, car il savait que sa vengeance ne viendrait pas aujourd'hui, mais bien assez tôt. Et, forte de sa petite victoire, la Zombie, en face de lui, lui offrirait peut-être même quelques armes supplémentaires pour parvenir à ses fins. Si elle baissait trop la garde, elle risquait de ne pas être déçue de sa décision. Posant une épaule contre un lampadaire proche, il sortit un paquet de cigarettes, le leva en direction de ses lèvres pour se saisir d'une d'elle et se ravisa, tendant finalement ce dernier vers son interlocutrice. « Une cigarette, peut-être ? » Il attendit la réponse et agit en conséquence avant d'en prendre une pour lui. Il rangea son paquet, sortit un zippo de sa poche, éclairant son visage d'une flamme brève, suivi d'un léger nuage de fumée. « Alors, dites-moi, mademoiselle... Vous faites souvent des recherches sur le passé de vos clients ? » Toujours le même sempiternel sourire, mais il y avait là quelque chose de sincère, un peu comme s'il était plutôt heureux d'avoir cette discussion, d'être là, en cet instant. Mais était-ce parce qu'il s'amusait ou simplement parce qu'il imaginait déjà la suite de leur prochaine rencontre?
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Elena Tsvetanov
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Mar 3 Juil - 12:42

Elena aimait ainsi croire qu’elle avait réussi son effet. En se postant devant lui, lui révélant quelques informations et se montrant si fière, elle estimait avoir décroché une petite victoire ; un simple coup, au moins. Avoir fait basculer un pion adverse, bloqué une pièce, l’avoir poussé dans des retranchements dans lesquels il préférait ne pas se retrouver. Elle spéculait sur son propre succès, trop rapidement enjouée, elle en oubliait presque à qui elle s’adressait. Elle commençait à se douter, à en croire ses sourires et ses coups d’oeil brillants d’espièglerie, qu’elle venait de raviver la flamme de ce désir de jouer en lui. Mais au fond, était-ce si grave que cela ? Certes, elle pouvait dire au revoir d’un mouvement las de la main à sa tranquillité, son simple souvenir agonisant un peu plus chaque seconde qu’elle passait à le provoquer, mais elle ne saurait encore tout à fait dire si c’était une si mauvaise chose. Certes, le Spectre tenait à demeurer un mystère aux yeux du monde, pour préserver son anonymat et ne jamais attirer l’attention sur ses activités dangereuses. Mais elle s’ennuyait, la pauvre immortelle, trop fatiguée pour simplement courir après les dangers, mais suffisamment en forme pour fuir la compagnie des autres.

Elle était toujours entre-deux idées, Elena. Vacillant, basculant, flirtant avec le doute et l’ambiguïté. Elle qui paraissait si assurée en vint à presque détourner les yeux, lorsqu’elle vit le vampire ôter son veston déchiré et dévoiler plusieurs lames aiguisées, la fine lueur du lampadaire ricochant sur l’argent des coutelas. Comme envahie par une certaine pudeur, elle baissa le regard, avant d’à nouveau l’observer. L’apparence qu’il s’offrait était moins distinguée, moins apprêtée ; il paraissait encore plus nonchalant, avec sa foutue manière de retrousser ses manches au-dessus de ses coudes. Elle ne put s’empêcher de laisser ses prunelles glisser sur les nouvelles parcelles de peau qu’elle découvrait, allant presque jusqu’à compter les grains de beauté tachetant ses avants-bras. Elle cherchait une trace de cicatrice, un vestige de passé, n’importe quoi. Après tout, les corps portaient si bien les fragments d’histoire.
Des lignes blanchies entrecroisées dans le dos en souvenirs de coups de fouet, un impact de balle, un tatouage ou simplement une tâche de naissance. Elena se fascinait pour les corps et leur manière de porter le poids d’une trop grande peine, parfois. Comme le sien témoignait de son ancienne agilité, de ses blessures bénignes qu’elle récoltait en se voulant trop téméraire.

Mais elle n’eut le temps de rien voir, malheureusement. Parce qu’il s’accoudait déjà à un lampadaire, avant de lui proposer une cigarette, qu’elle refusa d’un vive mouvement de négation de la tête.
Elle ne respirait plus, de toute façon. A quoi bon ?

Et puis. Lorsqu’il alluma la sienne, elle ne put s’empêcher de frémir, d’esquisser un pas vers l’arrière. Cette simple flamme avait suffi à la faire sursauter, dansant ainsi trop près du visage de son interlocuteur. Dans un halo doré, elle encerclait les traits de Gauthier dans une aura chaleureuse.
Elle en avait eu peur. C’était plus fort qu’elle, viscéral ; un instinct primaire qu’elle ne pouvait contrôler. Quelque chose de commun à tous les zombies, apparemment ; ils fuyaient la seule chose qui pouvaient les tuer.
C’était ironique, pour quelqu’un qui autrefois se drapait de voiles comme d’ailes enflammées et dansait sous les feux des projecteurs, de craindre la moindre étincelle.
Un peu triste, aussi. Mais elle avait l’habitude.

« M’offrir des bouquets, reprit-elle en haussant une épaule. Même si c’est une belle idée, j’aurais la vague impression de vous voir fleurir ma tombe. Allez savoir pourquoi. »

Après tout, Elena n’avait jamais reçu beaucoup de fleurs, de son vivant. Il arrivait que le public en jetât quelques unes sur scène, et encore qu’elle en reçût pour ses anniversaires, mais la jeune fille s’était souvent contentée de les abandonner dans un coin, sans s’en offusquer.
Et maintenant, elle était morte. Son chariot couvrait le parfum de la Mort qui la suivait, l’embaumant d’une douce fragrance printanière. Elle se donnait l’impression de se promener avec à bout de bras son propre cimetière.

Il n’était pas certain qu’il comprît le sens de ses mots, mais elle n’en avait que faire.

Ainsi, il lui demanda si c’était dans ses habitudes de chercher des informations sur ses clients, ce à quoi elle ne put s’empêcher d’esquisser un maigre sourire amusé. Si seulement il savait, songea-t-elle en penchant la tête sur le côté, que c’était son métier. D’ailleurs, elle ne put s’empêcher de remarquer un certain parallélisme avec une situation précédente ; ne lui avait-elle pas demandé si c’était dans ses habitudes à lui, d’épier les passants à la lumière d’un lampadaire ?
Drôle de retournement de situation. Qu’il l’ait fait exprès ou non, néanmoins, elle se retint volontiers de s’en amuser plus que de raison.
Il ne faudrait pas qu’elle commençât à s’attendrir. Surtout pas face à un démon aux dangereux sourires.

« Les journées sont longues, fit-elle remarquer, ou plutôt les nuits. N’était-ce pas vous, qui m’avez fait remarquer qu’il fallait parfois savoir combler son ennui ? »

Il était vrai qu’elle s’était au moins occupée, durant ses recherches. Le temps avait défilé plus rapidement que d’habitude et pour une fois, Elena s’était offert l’illusion d’aller quelque part. De ne pas simplement errer sans but, mais de se lancer sur une quête pour obtenir satisfaction.
Qu’importait qu’elle fût poussée par un premier désir de vengeance.

« Et non, il n’est pas dans mes habitudes de filer après les secrets de mes clients. Mais vous avez trouvé quelques informations sur ma vie passée, il fallait bien rétablir l’équilibre, non ? »

Elle mentait à moitié, trop parfaitement, d’ailleurs. Après tout, la plupart de ses clients n’étaient que des anonymes lambdas.
Les autres, en revanche, faisant partie de la pègre, elle les observait de loin.

Mais il n’était pas obligé de le savoir. En fait, il valait mieux qu’il ne le découvrît jamais.

C’était certainement peine perdue.
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Gauthier Ovronnaz
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Mer 4 Juil - 15:43

Si la Zombie s'attendait à découvrir des traces d'Histoire sur les avants-bras du Vampire, elle serait indubitablement déçue. En effet, le corps du majordome n'avait pas grand-chose à dire. Cela faisait quelques temps que l'assassin n'avait pas eu besoin de faire valoir ses talents et, en particulier, de s'exposer à de potentielles menaces, capables de laisser leurs marques sur sa peau. Peut-être que s'il avait été entièrement nu, elle aurait sans doute eu loisir de satisfaire sa curiosité, malheureusement, l'endroit ne se prêtait pas tellement à ce genre de frivolités. Gauthier ne se formalisa pas  du refus qu'elle lui opposa pour la cigarette. Bien entendu, il ne l'aurait pas fait s'il avait su que les Zombies ne respiraient pas réellement, et peut-être aurait-il pu s'en douter s'il avait passé du temps à observer le corps, en lui-même de la marchande de fleurs, mais ses vêtements amples auraient rendu la tâche difficile malgré tout. Il fut cependant assez surpris de la voir effectuer un léger mouvement de recul alors qu'il allumait son briquet pour enflammer sa cigarette. Haussant un sourcil de surprise, il referma néanmoins rapidement son Zippo, le rangeant dans sa poche avant de tirer une longue bouffée de nicotine, sans réel effet, et d'expirer lentement la fumée sans qu'elle ne vienne se glisser entre eux deux. Il ne savait pas que les Zombis craignaient particulièrement le feu, ainsi que le caractère expéditif des flammes à leur encontre. Dans le cas contraire, il aurait probablement veillé à ne pas le faire aussi près d'elle. Après tout, il n'avait aucune raison de ne pas être courtois, hormis le fait qu'elle venait de lui ruiner un veston. Mais ce n'était pas comme s'il en possédait une bonne dizaine, identique, ou tout comme. Adossé au lampadaire, il avait entreprit de prendre les derniers événements avec une certaine légèreté, non sans, néanmoins, préparer avec soin sa vengeance.

Il n'était pas certain qu'elle se doutait de ce qu'elle venait de réveiller le diable, ou du moins son meilleur substitut, mais si elle se rendait compte de son erreur, elle ne manquait pas de continuer à faire bonne figure malgré tout. Joueuse jusqu'au bout. Ce qui n'était pas pour déplaire. Gauthier ne répondit pas immédiatement, quand elle fit mention du fait que lui offrir des bouquets lui donnerait l'impression qu'il venait fleurir sa tombe. Il n'était pas bien certain de comprendre ce qu'elle voulait réellement dire par là, mais il pouvait plus ou moins en avoir une petite idée, ou plutôt savoir ce qu'il en pensait personnellement. Après tout, dans l'imaginaire collectif, elle n'était qu'un cadavre ambulant, sa propre tombe, mobile, et lui offrir des fleurs n'était finalement guère différent que d'aller au cimetière et déposer des fleurs aux pieds d'un mort, un vrai. Enfin, peu importait réellement. Elle détaillerait d'elle-même ses sensations, ou pas, ce n'était pas ce qui importait le plus ici, et maintenant. A son interrogation principale, elle se contenta d'une demi-réponse, lui retournant, non sans plaisir, semblait-il, les mêmes arguments que les siens. L'éternité avait des longueurs qu'on ne pouvait autrement qu'en piétinant parfois sur les libertés d'autrui. Forcer le hasard et le destin ne se faisait pas sans léser l'une ou l'autre partie en présence. Son sourire s'élargit un peu quand elle le renvoya à ses propres mots. Silencieux, son visage s'éclaira un bref instant alors qu'il tirait doucement sur sa cigarette. Malgré tout, si elle avait jugé bon de s'intéresser à lui avec le nom qu'il lui avait donné, il trouvait remarquable qu'elle ait réussi à en savoir autant. Peut-être était-ce également l'occasion de savoir qu'il avait besoin de refroidir quelques pistes ? Il n'avait rien de particulier à cacher, mais ce n'était pas pour autant qu'on ne pouvait pas être plutôt méticuleux sur les informations laissées à terre, à la portée de n'importe qui. Car si la marchande de fleurs était probablement inoffensive... Elle n'était pas la seule.

« L'équilibre... » Il resta pensif quelques instants, la cigarette toujours entre les lèvres avant de finalement venir s'en saisir d'un geste nonchalant. « Ainsi présenté, cela ressemble quand même beaucoup à une vengeance préméditée. Quelque chose comme « Oeil pour œil, dent pour dent », je me trompe ? » Sur ses lèvres s'étirait déjà un léger sourire qui en disait long sur ce qu'il pensait de cette perspective. « C'est plutôt du genre dangereux comme philosophie de vie, on ne sait jamais vraiment sur qui on tombe et jusqu'où cela peut dériver, juste pour le plaisir de tromper l'ennui. » Il avait d'ailleurs un peu plus insisté sur les derniers mots, parce qu'il avait une bonne idée du qui sur qui elle pouvait tomber. Car, dans cette optique-là, si elle rendait la monnaie de sa pièce à Gauthier, il fallait qu'elle redoute qu'il ne surenchérisse, davantage. Elle avait réveillé sa curiosité, et, par là-même, s'exposait toute entière à une recherche méticuleuse et affûtée sur elle, son passé et son histoire. Il espérait qu'elle serait prête à affronter davantage qu'une vieille affiche d'une autre époque. « Et puis soyons réaliste, l'équilibre est une notion somme toute relative. Rien n'est jamais véritablement en équilibre, tout au plus en apparence, mais à y regarder de plus près, ce n'est jamais toujours qu'une succession d'inversion de tendances dominantes et dominées. » Il tira une bouffée de sa cigarette et posa son regard sur la marchande de fleurs. « Et puis... » Il cracha doucement la fumée dans un long filet fin et ininterrompu.  « Avouons-le, l'équilibre a quelque chose de particulièrement ennuyeux. Un statu quo immuable, ou presque, dans lequel il ne se passe rien. Alors que deux personnes, cherchant à obtenir l'ascendant l'une sur l'autre, tantôt gagné par l'un, puis par l'autre, dans une danse qui se répète à l'infini. Voilà qui est nettement plus palpitant. Vous ne trouvez pas ? » Il le pensait sincèrement. Rien n'était plus plat que l'absence de mouvement, d'enjeu. La présence d'un risque, car si la danse devait s'arrêter subitement, l'un finirait inexorablement dominé par l'autre, apportait une pointe de piment tout particulièrement savoureuse à l'expérience de vie, tel assaisonnement, crucial pour donner de la saveur à un plat.
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Mer 4 Juil - 19:53

L’équilibre. Ils osaient parler d’équilibre. Une belle notion qui évoquait tant de choses aux oreilles de la jeune fille, qui avait passé sa vie à essayer de ne pas le perdre. Elle qui avait basculé, vacillé, joué de la gravité pour provoquer des frayeurs et l’admiration des spectateurs en venait à discuter de la notion d’équilibre avec un être qui n’oserait pas un seul instant à la pousser dans le vide. Bien sûr, il s’agissait-là d’une version abstraite de ce principe qu’elle chérissait, qui avait été son instrument de travail pendant des années, mais Le Spectre ne pouvait s’empêcher de faire un rapprochement entre ces deux belles idées. Si l’aspect purement physique de l’équilibre résonnait en elle comme une évidence, elle qui s’était volontiers mis à flirter avec son absence à travers ses prestations et ses interminables danses, était aussi assez familière avec sa définition plus spirituelle. Dans sa famille, tout n’était qu’idéaux, utopie, images et allégories ; ils parlaient en images, en dessins, en chants et en chorégraphies. Leurs discours volaient sur des tableau esquissés du bout de la langue, au rythme des voix de colorant de toutes les teintes des émotions. Chez eux, l’équilibre était une représentation d’une balance, pesant un pour et un contre, le Bien et le Mal, la morale et l’immoralité. Pour chaque chose reçue, il fallait en abandonner une autre de la même valeur ; principe d’échange avec la nature.

Chez eux, la hiérarchie se confondait avec l’amour d’une famille unie, réunie, recomposée et recollée. Ils étaient un patchwork d’une modeste dynastie, un exemple de puzzle dont les pièces avaient été récupérées lors d’un long voyage à travers les pays et les époques.
L’équilibre, chez eux, c’était tout. C’était le respect, c’était la modération, c’était doser.

Il n’était jamais question de dominant et de dominé. Mais maintenant, elle le comprenait - en réalité, elle l’avait réalisé depuis longtemps -, dans un monde tel que celui dans lequel elle croupissait, l’équilibre se résumait à une chaîne alimentaire. Qui chassait qui, qui périssait sous la main de qui ; qui fuyait, qui se battait, et qui au final triomphait. La balance se positionnait sur un cercle, un ouroboros particulier. Chaque prédateur était victime d’un autre, et ainsi de suite.
C’était la règle. Et même elle, Le Spectre, devait s’y plier.

Mais elle était trop arrogante, parfois. Elle avait tant cherché à défier les lois de la physique qu’elle aimait être une criminelle ailleurs. Etait-ce trop ambitieux, de vouloir s’arracher à ces principes ? De n’être ni dominante, ni dominée ? Juste oubliée ?
Ou simplement de vaincre, à son tour.

Finalement, Gauthier ne faisait que parler de ce nouveau jeu dans lequel ils se perdaient tous les deux. Elena savait d’avance qu’il n’y aurait qu’un vainqueur, que des pertes à déplorer. Etait-elle réellement prête à le voir pointer ses faiblesses, tour après tour, juste pour s’offrir la maigre satisfaction de faire de même en retour ? Est-ce que cela valait réellement le coup ?
Certainement que non, mais c’était trop tard. Elle avait enclenché une machine qu’elle ne pouvait plus arrêter. A son tour, il allait chercher à se venger, et refusant d’être une nouvelle fois laissée pour victime d’une attaque de vampire, elle riposterait, et ainsi de suite.
Jusqu’à l’éternité, peut-être, puis que c’était tout ce qu’ils avaient devant eux.

« Vous avez certainement raison. Et j’avoue que je n’aime pas l’idée de me retrouver dominée par la suite, alors oui. Il est fort probable que cette mascarade continue à l’infini. »

Une ronde incessante, un jeu qui en deviendrait certainement lassant, dont personne ne connaîtrait encore l’issue. Mais peut-être qu’au fil du temps, aucun des deux n’aurait encore d’arme à braquer sur l’autre. Si tout était mis en lumière, si tous les pièges avaient été posés, que restait-il ? Un champ de bataille, simple témoin de leur guerre terminée, qui les aurait terrassés tous les deux. Des dommages collatéraux, des blessures dont même elle ne pourrait guérir ; un coeur brisé, un esprit parti s’échouer sur les rivages de la folie.
C’était malsain. Délicieusement dangereux. Elle savait qu’elle était prête à tout perdre, mais elle ne reculait pas : pire, elle revêtait un air malicieux.

Parce qu’elle se sentirait trop vivante. Avoir encore des trésors à se faire arracher, n’était-ce pas la preuve qu’elle possédait encore quelque chose ?
Elle voulait savoir jusqu’où elle était capable de se faire dérober, elle qui se sentait déjà dépossédée.

Au fond, elle réclamait silencieusement la confrontation. Parce que c’était tout ce qu’il lui restait d’humain.
Sa fureur.

« Néanmoins, j’apprécie que vous admettiez être dominé, ce soir. C’est assez plaisant, je dois l’avouer. Mais je crains devoir garder l’avantage encore quelques temps, vous m’excuserez. »

Elle passa ses mains contre les tissus de sa robe, écarta même une mèche de cheveux tombée devant son visage derrière son oreille. Dans une expression invisible, puisqu’elle se dissimulait encore derrière son capuchon, elle en vint même à se mordiller la lèvre.
Taquine, féline, elle se mouvait comme elle l’avait fait autrefois ; avec la grâce d’un oiseau de feu, d’une sirène arrachée à ses abysses. Elle était parfois tentatrice, parfois simplement fugitive.
Mais toujours envoûtante.

Elle s’approcha. Ses pas se succédaient à un rythme silencieux, qu’elle comptait dans sa tête. Elle avalait une distance qu’ils avaient toujours gardé, comme pour le provoquer, lui prouver qu’elle n’était pas qu’un simple jouet ; elle pouvait attaquer, elle aussi, à sa manière. Elle grignota les centimètres, jusqu’à sentir la fumée chauffer son visage sous son voile. Elle était une silhouette vaporeuse, ainsi entourée par la brume s’échappant des lèvres du démon.
Elle résistait même à l’envie de fuir les cendre ardentes chutant de sa cigarette.

Elle s’arrêta, finalement, à une distance demeurant assez raisonnable. Peut-être qu’à cette distance, étant entrée dans le bain de lumière du lampadaire, il devinerait un peu mieux les contours de son visage. Peut-être l’ombre d’un sourire, l’éclat de son regard émeraude.
Elle haussa une épaule.

« Vous avez dû le deviner, en voyant l’affiche, d’ailleurs. »

Celle qu’elle lui avait envoyée au visage. Celle où on la voyait dans ses habits de scènes, marchant sur un fil, les mains et les bras courbés dans des arabesques figées.
Belle artiste.

« Je suis une excellente danseuse. »
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Lun 9 Juil - 16:41

L'équilibre... Oh, ce n'était pas pour rien qu'il avait évoqué cette notion peu ordinaire. S'il n'avait pas pris sur lui de faire des recherches avancées sur Le Spectre, l'affiche sur laquelle il avait réussi à mettre la main était on-ne-peut-plus claire sur les compétences qu'elle développait à l'époque. Le funambule était toujours un artiste intriguant, que ce soit par son mépris de la hauteur et des dangers qui l'accompagne, et par son don à jouer avec le feu, pour le plaisir du spectacle, restant parfaitement en contrôle malgré tout. Il ne fallait pas imaginer que Gauthier courrait les cirques en tout genre pour dénicher des numéros de la sorte, néanmoins, il lui était arrivé, même récemment, de se perdre sous un chapiteau et de se laisser surprendre par quelques numéros parfaitement exécutés. Et loin du spectacle sauvage des dresseurs ou du comique des clowns et des jongleurs, le Vampire avait toujours eu un petit faible pour l'élégance et la grâce des numéros à hauteurs vertigineuses. Trapézistes, funambules... Tous ceux vers qui il fallait lever un peu le nez pour admirer une performance, souvent, non-dénuée de dangers. Il les admirait, en quelque sorte, peut-être parce qu'ils partageaient avec eux, ce frisson et cette adrénaline de la hauteur, ce mépris du vertige. L'agilité avait toujours été son fort, que ce soit naturellement, ou parce que son mentor l'avait poussé dans cette voie, même si s'il s'agissait là de fins particulièrement morbides, loin des préoccupations des artistes et des saltimbanques qui œuvraient sous un chapiteau. Peut-être aurait-il pu, à son retour de la guerre, si celle-ci ne l'avait pas irrémédiablement changé, embrasser le spectacle des planches et s'envoyer en l'air, de trapèzes en trapèzes, plutôt que de bondir sur les toits, poursuivant sa proie en silence jusqu'à pouvoir l'attendre d'un dernier bond meurtrier... Enfin, il était inutile de se perdre en spéculation fumeuses. A bien y réfléchir, il n'avait pas non plus à se plaindre de sa situation.

Après tout, discuter au clair de la lune, avec une charmante marchande de fleurs n'était pas une désagréable situation. Surtout si elle se piquait de rentrer dans une danse dans laquelle ils excelleraient tous les deux, s'ingéniant, tour à tour, à prendre le pas l'un sur l'autre, prenant la responsabilité de mener dans des directions, qu'ils imaginaient être particulièrement déstabilisantes pour l'autre. Gauthier admettait volontiers avoir été battu, sur cette manche, et pas seulement parce qu'elle avait à peine manqué de lui en arracher une. Le Vampire n'avait pas cette illusoire idée de vouloir défendre son ego à tout prix. Au contraire, il fallait savoir s'avouer vaincu, surtout lorsqu'il n'y avait rien de plus en jeu que quelques sourires et autres provocations. Dans un véritable combat, il se serait donné, bec et ongles, pour maîtriser son adversaire, mais là, c'était un simple jeu, agréable au possible, dans lequel chacun ferait un pas vers l'autre, essayant de le forcer à reculer. Mais lorsque deux personnes faisaient des pas l'un vers l'autre sans que ce dernier ne recule... Il ne restait qu'une conséquence possible : la collision. Le majordome n'avait pas peur de celle-ci, principalement parce qu'il n'estimait pas nécessaire d'avoir peur de la Zombie. Physiquement parlant, d'abord, mais aussi parce qu'il était évident qu'elle ne lui voulait aucun mal. Tout au plus s'était-elle prise au jeu elle-aussi. Peut-être jouait-elle bien la comédie, peut-être voulait-elle secrètement le faire tomber, d'une façon ou d'une autre, au service d'une entité inconnue qui aurait désiré la perte du Vampire, mais tout cela était hautement improbable. Gauthier n'avait fait que bien peu de vagues dans sa vie et les seules dont il était à l'origine s'étaient éteintes depuis plusieurs années désormais. Ses principaux intérêts étaient tout particulièrement secrets et très peu de personnes étaient au courant, et même une Zombie suffisamment informée pour retrouver son identité passée n'arriverait pas à débusquer ses motivations profondes. Tout au plus obtiendrait-elle son affectation officielle.

 « Je suis curieux de voir ce que vous comptez faire pour garder cette avantage, mademoiselle. » C'était un fait. Si elle pensait pouvoir garder la main aussi longtemps, il était effectivement curieux de savoir ce qu'elle serait prête à faire. La cigarette entre les lèvres, il tira doucement sur celle-ci pour en extraire une longue bouffée de fumée. A ses propos, elle s'avança, lentement, féline, dans la grâce qui la caractérisait et qui avait attiré, la première fois, le regard du Vampire sur elle. Elle s'approcha encore, en silence, et Gauthier resta immobile, presque de peur d'effrayer ce petit oiseau qui daignait finalement prendre son courage à deux mains et s'approcher du chat. Il continua de sourire, amusé par la situation et se demandait intérieurement ce qu'elle allait bien pouvoir faire. Alors qu'elle arrivait dans le halo lumineux du lampadaire, le majordome en profita pour détailler davantage tout ce qui lui avait été quasiment invisible jusqu'alors. Il profita de l'éclat émeraude de ses pupilles dans un sourire délicatement appréciateur. Elle lui glissa alors quelques mots qui lui firent hausser un sourcil de surprise et finalement décida de lâcher ce qu'elle avait probablement fomenté depuis le début. Gauthier aurait pu en rire, face à l'incongruité des propos, mais il se rappela de ce qu'il venait de dire sur l'équilibre et de la danse qu'il représentait. Ainsi donc, elle lui faisait explicitement comprendre qu'elle était prête à danser avec lui, pour cet équilibre dont il parlait. Un large sourire se dessina sur les lèvres du jeune homme, aux allures presque prédatrices. Il attrapa délicatement la cigarette entre ses doigts et la jeta à ses pieds, l'écrasant d'un geste doux du bout du pied. « Vraiment ? » Il feignit la surprise, à peine quelques instants, le temps à peine de se saisir d'un geste élégant de son téléphone, d'y tapoter, avec dextérité du bout d'un doigt, puis de le déposer sur le sommet de la limousine, juste à côté de lui, à portée de bras. Quelques instants plus tard, une musique aux airs cubains envahit immédiatement l'espace, jouée depuis le téléphone, une samba, qui n'invitait et ne pouvait signifier qu'une seule chose. Redressé de son lampadaire, se tendant droit devant la Zombie, Gauthier lui tendit la main dans un sourire et un regard qui pétillaient de malice. « Vous permettez ? » Oui, il était sérieux. Elle avait dit qu'elle était une excellente danseuse, et bien, il n'attendait que de pouvoir le vérifier, même au milieu du trottoir, en pleine nuit, devant les regards des curieux qui se demandaient pourquoi il y avait de la musique en pleine rue...
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Mer 11 Juil - 18:05

Il avait esquissé une révérence ; l’avait invité dans son enivrante danse. Après avoir laissé des airs endiablés couvrir les chants citadins, le crissement de pneus de voiture et du vacarme lointain, l’atmosphère se teintait des couleurs festives qu’elle connaissait si bien. Un peu de cumin, d’épices ou de cannelle, et l’air changeait de saveur. S’il avait auparavant été lourd de froideur et de danger, il s’élevait désormais avec une plus belle légèreté, portant les notes de ce concert étouffé jusqu’aux hauteurs des buildings. L’asphalte pour piste de leur décadence, à la lumière d’un lampadaire, la lune et ses sœurs les étoiles pour spectatrices, ils se lançaient dans un ballet de damnés.

Elle avait toujours aimé danser, Elena ; elle avait toujours été terriblement douée pour cela. En grandissant, son corps s’ondulant et gagnant en sensualité à peine réprimée par ses larges habits, elle avait pris goût pour les arabesques et les jeux de jambes. Sous le feu des projecteurs, elle avait découvert l’amour d’un nouvel équilibre, moins risqué, mais non moins périlleux. Il n’était plus simplement question d’impressionner, mais de captiver ; oserait-elle aller jusqu’à dire ‘’séduire’’ ? Peut-être. Il fut un temps où la belle osait encore se voir comme un objet d’éphémères désirs.
Elle avait aimé l’attention portée sur son corps courant après la lumière, les paillettes et les clochettes pendant de ses robes et ses voiles. Elle se souvenait avec tendresse des leçons données par sa tante, de loin la plus belle danseuse de la troupe, puis de ses timides premières démonstrations devant ses parents et son cousin, si enjoué à l’idée de se moquer d’elle.

« Tu n’es qu’une gamine, qu’il avait souvent dit. Tu n’as rien d’une bohémienne ! »

Ce à quoi elle avait répliqué que malgré ses mots, il n’avait pas détaché ses yeux de sa silhouette un seul instant.
Valse, tango, salsa, danse folklorique ; le rythme était ancré dans ses muscles, pulsait dans ses veines.
Elle avait tout perdu trop vite. Gardant simplement son talent comme un souvenir, un vestige de son ancienne belle vie ; elle avait perdu en agilité, en vivacité. Les délices du Brain Juice suffisaient parfois à raviver l’illusion de posséder totalement son corps, et heureusement pour Le Spectre, elle en avait suffisamment consommé ce soir pour encore en profiter des effets.

Il voulait la défier ?
Il n’allait certainement pas être déçu.

« Essayez de me suivre, répondit-elle d’un air taquin, approchant sa main de la sienne. Je peux mener, si vous le souhaitez. »

Elle provoquait. Elle pouvait ouvertement le faire, parce qu’elle était sûre d’elle.
La Danse, c’était toute sa vie. Elle la maîtrisait mieux que n’importe quel autre art.
Il n’allait pas pouvoir la perdre, sur ce terrain tant adoré.

On l’avait pourtant prévenue, des charmes du diable, de ses invitations. Danser au clair de lune avec un démon, quelle abomination.
Mais elle, qui était-elle pour encore s’en offusquer ? S’arracher aux griffes des Loas et des esprit trépassés, n’était-ce pas déjà blasphématoire ? Pouvait-elle encore clamer une auréole, quelques airs de sainte qui ne seraient pas qu’un simple masque pour s’innocenter ?
Qui sait, peut-être en viendrait-elle à l’apprécier, ce petit enfer qu’ils se créaient.

Le pas lent, le regard brillant de malice sous sa capuche, un étrange sourire aux lèvres, Elena approcha doucement son corps de celui de l’arrogant. Harmonisant ses mouvements aux siens, les voilà unis dans leur ronde à eux.
De nouveau, les deux immortels semblaient à l’écart de tout. Même s’ils étaient perdus au milieu d’un monde vivant et au cœur emballé, seuls les leur suivaient un rythme bien particulier ; elle jurait les entendre battre à l’unisson, suivant la mesure des âmes en perdition.
Quelle ironie, pour des organes arrêtés.

Il se débrouillait bien, elle ne pouvait le nier. Au moins, elle n’avait pas à craindre de trébucher, ou de le perdre.
Mais elle l’entraînait plus qu’elle ne suivait.

Ils tournaient, encore et encore, formant sur le trottoir des arabesques invisibles. Autour de sa silhouette gracile, ses voiles et le tissu de sa robe de fortune volaient dans un halo chiffonné.
Elle en oubliait presque que contre sa peau glacée, c’était celle, tout aussi froide, d’un monstre qui s’éternisait.
Qu’elle étreignait un meurtrier.

Autour d’eux, plusieurs passants s’étaient stoppés, curieux de ce spectacle improvisé. Si Elena n’avait plus l’habitude d’être tant observée, elle ne manqua pas de réapprendre à aimer le poids des regards d’un public happé par ses gestes.
Pardon, leurs gestes.

Elle ne dansait plus seule, désormais.
Et si cette idée était censée la révulser, elle n’avait plus l’envie d’y réfléchir. Ça faisait si longtemps, qu’elle ne s’était plus sentie vivante - ou au moins à demie morte.

Devrait-elle le remercier ? Non. Plutôt, elle continuait de jouer.
De provoquer, jusqu’à peut-être le faire flancher.

« C’est donc ça, d’avoir le diable au corps ?, plaisanta-t-elle. J’espère au moins que vous n’êtes pas fatigué. »

Parce que la musique ralentissait, signifiant la fin de cette première manche.
Ils s’éloignèrent à peine.

« Apprend-on aux démons à danser, chez vous ? »
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Mer 18 Juil - 13:29

Danser. Cela faisait quelques temps qu'il n'avait pas dansé, juste pour le plaisir, juste pour le jeu. Ses dernières danses remontaient à... Ruby. Et quelles danses... A l'époque, il savait déjà danser, mais, avec cette femme-là, il avait appris encore davantage. Il avait appris la différence fondamentale entre danser et danser, là où, pour certains il n'y avait qu'un enchaînement de pas, plus ou moins prédéfinis, il y avait désormais une succession ininterrompue de jeux, de regards, de gestes complices et soigneusement choisis par l'un ou l'autre des partenaires. Des choix dictés par une séduction mutuelle. On ne dansait pas que pour danser, mais on le faisait pour le contact avec l'autre, pour l’électrifiante sensation de diriger son partenaire dans la direction voulue, de se laisser diriger, de voir dans de quoi il est capable et quelles sensations il peut nous offrir. Danser avec Ruby avait été quelque chose d'inégalé et probablement d'inégalable. C'était elle qui lui avait appris, en grande partie, à quel point l'on pouvait être sensuel en dansant, et, c'était également elle qui lui avait appris plusieurs pas, notamment de la samba qu'il dansait aujourd'hui. Il l'avait fait avec plaisir, parce qu'il avait aimé cette nouvelle dimension qu'elle lui avait offerte à travers la danse. Là où les immortels pouvaient s'ennuyer dans le quotidien, cette discipline qui n'était rien de plus qu'un jeu à deux, offrait une porte de sortie des plus délicieuse. Alors pourquoi Gauthier se serait-il privé d'apprendre ? Mais, plus encore, pourquoi se serait-il privé de refuser l'avance que venait de lui faire ce spectre ? Elle avait voulu danser avec le diable, jouer avec le feu ? Pourquoi la priverait-elle de cela, si, en plus, il pouvait en éprouver un plaisir non-feint ? Il aurait été tout simplement idiot de ne pas saisir cette opportunité. Car danser, était toujours un plaisir, surtout lorsque la partenaire était douée. Et Elena ne manquerait pas de lui rappeler son passé, même si, sans aucune mesure, il n'y aurait peut-être pas autant de passion.

Toutefois, il se devait de l'admettre, la demoiselle n'avait pas qu'une grande gueule. Au contraire, si elle s'était vantée de savoir danser à la perfection, elle lui donnait le change avec zèle et beaucoup d'enthousiasme. Pour un peu, le Vampire se serait presque cru en présence d'une autre personne. Elle qui semblait auparavant si distante ne semblait n'avoir plus aucun problème à se rapprocher de lui, à le frôler encore plus près qu'elle ne l'avait fait auparavant. Non sans plaisir, il la laissa mener de temps en temps, pour lui offrir la liberté de s'exprimer, également parce qu'il voulait savoir de quoi elle était capable, parce qu'au fond, cela n'en restait pas moins qu'un jeu, à se tester l'un et l'autre, sur un domaine dans lequel ils ne s'exprimaient plus par des paroles, mais par des gestes, des regards. La musique et le spectacle offert par les deux danseurs de rue avaient attiré les badauds. Certains ne faisaient que passer, attardant leur regard sur les mouvements fluides et rythmés des deux protagonistes, haussant parfois les épaules et dodelinant de la tête leur incompréhension. D'autres s'arrêtaient, profitaient de l'occasion pour se sortir un peu de leur ordinaire si morne et prévisible avec une étincelle de vie, se prenant parfois à l'idée d'apprendre à danser, un jour. Une promesse qu'ils oublieraient avant même d'être arrivé chez eux. Il y avait de l'admiration dans les regards, de l'amusement aussi. Mais Gauthier n'avait d'yeux que pour sa partenaire dont il ne perdait pas une miette. Sans la perdre, ni des yeux, ni des mains, ils suivaient tous les deux la musique, improvisant une chorégraphie à deux, chacun menant tour à tour. De surprenante à inintéressante, elle devenait désormais passionnante. Et ce n'était pas seulement pour sa capacité à fouiller son passé, mais bel et bien cette manière qu'elle avait de jouer avec le feu, aussi bien en lui cherchant des noises, volontairement, mais également en se prenant à un jeu dangereux en sa compagnie. N'avait-elle donc plus peur de rien désormais ?

La musique ralentit un peu, laissant entrevoir la fin du premier acte. Car il devait y en avoir un second. Et même pas d fait de son initiative à lui. Gauthier se laissa aller aux quelques derniers pas de danse, récupérant son téléphone alors que les passants applaudissaient légèrement. La Zombie l'observa dans un sourire qui en disait long, lui demandant non sans malice s'il s'agissait-là d'avoir le diable au corps. Le Vampire eut un sourire qu'elle n'avait probablement pas encore vu aussi amusé. « Je crains que le diable n'y soit pour rien dans cette affaire, mademoiselle. » Elle espéra à haute voix qu'il ne soit pas fatigué. Mais c'était l'avantage d'être mort, il n'y avait rien à fatiguer. « Je pourrais croire que vous appréciez flirter avec le danger, mais peut-être n'est-ce pas étonnant de votre part. » Après tout, elle avait été funambule dans une autre vie. Et voltiger au-dessus du vide n'avait peut-être pas été sa seule occupation... « Aux démons, je ne sais pas. Mais j'apprécie tout particulièrement la danse et j'ai eu le plaisir de croiser d'excellents professeurs. » Ce qui était on ne peut plus vrai. S'il avait toujours eu un penchant naturel pour ce passe-temps des plus mondains, certaines personnes l'avaient aidé à l'élever au rang d'art. « Mais peut-être voulez-vous continuer le bal ? » Il lui tendit son téléphone, ouvert sur une application où il suffisait de choisir son style de musique pour en écouter un nombre incalculable. S'il avait choisi la danse pour le premier acte, il se devait d'être galant et d'offrir à la demoiselle aux fleurs l'occasion de le surprendre sur son propre choix. Qui plus était, c'était également un bon moyen d'en apprendre plus sur elle, d'une façon ou d'une autre, que ce soit sur ses goûts ou simplement sur son humeur du moment et son point de vue sur ce qu'il se passait, ce soir, sur ce trottoir. A croire qu'il fallait arracher les vestons des passants pour finir à danser avec eux sur l'asphalte de la Nouvelle-Orléans...
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Elena Tsvetanov
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Dim 22 Juil - 16:41

Elle avait dansé. C’était si beau de pouvoir l’affirmer ; ça faisait si longtemps, que ses pieds n’avaient pas effleuré l’asphalte avec une telle légèreté. Elle n’avait jamais été très douée pour s’exprimer, Elena ; les mots n’étaient pas ses meilleures armes. Sur sa langue, les syllabes trébuchaient, les sonorités n’étaient pas habiles. Pour parler, Le Spectre n’avait jamais été agile.
Mais avec son corps, ô Loas. Elle savait représenter toutes les nuances d’une palette gigantesque d’émotions diverses. Une arabesque dans un élan de tristesse, une pirouette calquée sur les tours que faisaient son coeur emballé ; ses mains suivaient les courbes de ses humeurs. Elle était joyeuse dans ses enjambées, en colère en ses sauts et ses pointes. A chaque claquement de talon, c’était une exclamation qu’elle laissait retentir contre la scène.

Elle pouvait écrire des romans à la pointe de ses pieds. Décrire les mouvements d’une plume à chaque lancer de ses cheveux détachés.
Elle était une écrivaine à sa façon, celle qui aimait décrire plutôt que crier. Souvent, les spectateurs et ses amis avaient aimé la lire, dans ses aventures dansées.
Mais un jour, Alphonse le lui avait dit. Que malgré toutes les épopées qu’elle chorégraphiait, les chapitres qu’elle rythmait, la page qu’il préférait dévorer, c’était ses sourires.

Et ce soir, si seulement sa capuche n’avait pas été là pour la dissimuler, Gauthier l’aurait certainement vue, cette esquisse radieuse qui illuminait son visage pourtant si terne. Il aurait pu passer ses yeux sur la courbe de ses lèvres retroussées dans une expression élargie, belle et tendre ; un masque d’innocence remplaçant ses airs de poupée fissurée.
Il aurait aimé. Ou bien se serait moqué.

Mais ça n’avait pas d’importance : parce qu’il n’avait rien vu.
Et maintenant que c’était terminé, les voilà à parler de démons et autres damnés. Si lui aussi avait connu des professeurs pour se perfectionner, Elena doutait que cela fût par pur amour de la pratique. Peut-être que cela avait été un énième moyen de combler l’ennui dans son éternité, une curiosité de passage. Quand on a l’immortalité, on a le temps de tout apprendre.
Mais elle, quand elle avait commencé, elle avait bien été vivante. Son corps avait connu les blessures des entraînements, les bleus des chutes et les entorses. Les courbatures, aussi, qu’elle traînait les lendemains de répétitions intensives. Cela lui manquait presque, de sentir ses muscles se tendre et se crisper, au point de la faire difficilement monter un escalier. Maintenant, elle se mouvait sans effort, dans ce corps déjà mort.

« Flirter avec le danger, souffla-t-elle d’un air rêveur. Comme si c’était encore possible, d’être une proie dans mon état. »

C’était à moitié ironique. Au fond, Elena n’était qu’une esclave, et ne savait pas aussi bien se battre qu’elle ne pouvait fuir. Face à un vampire, elle avait déjà été une victime de choix.
Oh, d’ailleurs, elle commençait à oublier. N’était-elle pas censée le détester, le haïr ? La danse avait-elle fini par l’aveugler un instant ?

Parce que lorsqu’il s’approcha, lui tendant son téléphone d’une main, elle n’hésita pas à le rejoindre. Sa démarche fut assurée, sa prise affirmée ; elle saisit l’appareil sans un seul instant frémir.

Néanmoins, elle hésita, bien évidemment. A essayer de plonger dans les merveilleuses données que pouvait contenir ce portable ; des messages confidentiels, des mails cachés, des codes d’accès ou encore des appels manqués.
Mais il était si proche, si bien qu’elle sentait son parfum chatouiller ses narines. Au moindre faux mouvement, il pourrait facilement lui arracher son bien et s’enfuir;

Et aussi terrible que cela fut de le reconnaître, elle n’en avait pas envie.
Elle avait peur de savoir pourquoi.

Ses yeux glissèrent ainsi sur les différents titres, la plupart lui étant inconnue. Elle reconnut des airs de salsa, de tango ou encore de samba. Mais au fond, c’était autre chose qu’elle cherchait, quelque chose qui lui évoquerait la maison.
Sa maison.

C’était avec peu d’espoir qu’elle cherchait ; pourquoi diable aurait-il dans son répertoire des musiques de son propre folklore ?
Oui, mais justement. Le Diable, il l’était. Et n’était-ce pas le Malin qui aimait le plus satisfaire ses futurs associés ?

Ses yeux pétillèrent à la vue d’un seul titre, que son pouce effleura d’abord à la surface de l’écran de téléphone, comme avec une affection particulière. Peu à l’aise avec la technologie, Elena mit du temps avant d’enfin l’enclencher.

« J’espère que vous m’excuserez un instant, mais je crois devoir vous bannir du bal pour le moment. Je n’ai pas besoin de partenaire, pour cette danse. »

Elle commença à reculer, passant une main contre les bords de sa robe, pour un peu mieux les défaire : elle se donnait des voiles en plus.

« Juste des admirateurs. »

Parce que lorsqu’elle dansait seule, c’était exactement ce qu’elle devait : une oeuvre en proie à l’admiration. Changeant sa technique pour les danses de salon en véritable abandon, son corps fut empreint d’une nouvelle sensualité moins traditionnelle.
Plus volatile, plus enfantine ; elle s’amusait enfin, la gitane.

Tournoyant, levant ses jambes, frappant parfois dans ses mains comme si elle avait tenu un tambourin, elle devenait l’adolescente amusant la galerie devant ses parents, ne respectant aucune loi. Elle dansait comme une fugitive, un rire coincé au bout de ses lèvres, pieds nus contre les pavés de la ville.
C’était différent. Si le tango ou la salsa se rythmaient sur la séduction et l’envie de se rapprocher, sa danse à elle invitait simplement à s’amuser.

C’était le genre de choses que l’on voyait dans les foires, les festivals, les charivaris sur une place de village. Un spectacle improvisé autour d’un feu de camp, ou bien sous son chapiteau adoré.
Ses hanches frappaient en même temps que les percussions, ses bras suivaient avec grâce les instruments à gorge.

Elle entendait au loin, comme un souvenir lointain, un bel écho, les rires de son cousin et de ses parents qui l’encourageaient.
Elle plongeait dans une ronde nostalgique, troquant les murs de la ville pour les décors chaleureux de ses campements. Parmi les visages inconnus des spectateurs s’amassant sur ce bout de trottoir, elle reconnait plutôt les mines adorées de ses oncles, de ses amis.

Et se tenant à la place de Gauthier, il y avait Alphonse, une esquisse mi-moqueuse, mi-fière pendue à sa bouche.

Mais comme précédemment, cette danse ne tarda pas à se terminer sur les applaudissements de spectateurs.
Le Spectre savait danser, maintenant, c’était connu ; peut-être était-ce d’ailleurs trop.

Néanmoins, Elena ne doutait pas de sa capacité à plus tard se plonger une nouvelle fois dans l’anonymat et l’invisible.
Elle était au moins aussi douée pour ça que pour attiser la clameur de la foule.

S’approchant une nouvelle fois du vampire, replaçant une mèche de cheveux tombée devant son front derrière son oreille, elle inclina légèrement la tête sur le côté d’un air curieux.
Elle avait envie d’être essoufflée, ou au moins fatiguée ; était-ce étrange de le confier ?

« J’espère que cela vous a plu, dit-elle en jetant un dernier coup d’oeil vers les passants, qui commencèrent à se dissiper. Normalement, mes spectacles sont payants. »

Et d’habitude, on lui lançait des fleurs, aussi.
Mais c’était elle qui les tendait, désormais.
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Gauthier Ovronnaz
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Mer 8 Aoû - 13:55

Lui tendre le téléphone était un geste potentiellement risqué, Gauthier en était conscient, mais il était tout particulièrement maîtrisé. Même si la Zombie faisait montre de dextérité et de souplesse, elle ne rivalisait probablement pas avec son agilité et s'ils devaient entamer une course-poursuite dans les rues de la Nouvelle-Orléans, le Vampire avait suffisamment confiance en ses capacités pour récupérer le bien qu'elle lui aurait hypothétiquement subtilisé. Sans compter que, jusque là, il se trouvait juste derrière elle, surveillant le moindre de ses faits et gestes, devait-elle choisir de faire quelque chose d'inconsidéré. Et puis, ils venaient de partager une danse, et, mine de rien, cela représentait quelque chose aux yeux du jeune homme, qui avait toujours remarqué qu'on apprenait beaucoup des personnes lorsqu'on dansait avec eux. Bien plus, peut-être, qu'en leur parlant. Au travers de leur petit spectacle improvisé, il avait pu ressentir des choses à l'égard de la petite marchande de fleurs, des traits fugaces de son passé, ou plutôt de son expérience passée. Elle savait danser, c'était indéniable, et elle semblait suffisamment assurée au point de mener d'elle-même certains pas, ce qui n'était pas donné à tout le monde. Aussi près d'elle, il avait pu entrevoir des choses qu'il n'avait pas encore vues, qu'il n'aurait peut-être jamais vu autrement. En dansant avec lui, elle avait laissé choir quelques barrières, tout comme lui, que certaines personnes dressaient parfois même inconsciemment. Ils ne s'y seraient pas pris autrement pour se découvrir l'un et l'autre. Bien entendu, cela faisait partie d'un jeu, comme elle le mentionna sciemment flirter avec le danger. Dans le cas de Gauthier, c'était peut-être un peu fort de parler de danger, mais la jeune femme avait démontré qu'elle était capable de faire ses devoirs et de trouver des informations pas nécessairement accessibles à tous. Il doutait qu'elle puisse réellement trouver bien plus que cela, notamment parce que son histoire passée se déroulait sur d'autres continents, mais il respectait néanmoins ses compétences. Qui, surtout, pourraient peut-être lui être utiles à l'occasion, pour peu qu'elle daigne lui en faire profiter, en contrepartie d'une chose ou d'une autre.

 « On est toujours la proie de quelqu'un... » Il avait répondu cela avec un brin de malice mais également une pointe de... mélancolie, peut-être ? C'était un raisonnement un peu... brutal, mais il fallait le reconnaître, à chasser les autres, il ne fallait jamais oublier que quelqu'un en faisait peut-être de même avec vous. Et même si la Zombie faisait mention de son état actuel, Gauthier restait relativement convaincu qu'elle pourrait être surprise de l'intérêt que les siens pouvaient susciter, alors de là à trouver un petit malin prêt à la prendre en chasse, il y avait un pas qu'il n'était pas si difficile de franchir. N'était-il pas déjà son chasseur, en quelque sorte ? Silencieux, il observait la jeune femme tandis qu'elle faisait défiler les différentes chansons disponibles. Il n'avait aucune idée de ce qu'elle pouvait chercher avant autant d'application. Une musique en particulier ? Il y avait alors peu de chance qu'il en dispose, même si l'application qu'il utilisait en recensait un nombre plus qu'important. De plus en plus curieux, il attendit, jusqu'à ce qu'elle s'arrête finalement de faire défiler les titres pour s'arrêter sur l'un d'eux, visiblement celui qu'elle cherchait ou peu s'en faut. Elle le lança finalement, avant de lui rendre le téléphone, tout en lui demandant de bien vouloir l'excuser car elle n'aurait pas besoin d'un partenaire pour cette danse. Le Vampire haussa un sourcil, récupérant le téléphone tandis que les premières notes de musique résonnèrent autour d'eux. Il regarda le titre avant de poser l'appareil et d'observer le spectacle pour lequel il ne serait qu'un admirateur. Et, il devait l'admettre, il y avait de quoi admirer. Posant une épaule contre le lampadaire proche et croisant les bras dans un demi-sourire amusé, il observa la Zombie lui montrer quelque chose qui s'apparentait à un talent caché et trahissait peut-être également un peu de son passé. Ces danses-là n'étaient pas les plus communes, mais elles étaient festives et particulièrement envoûtantes à regarder. Mais au-delà de la danse, Gauthier eut l'impression qu'elle s'était déconnectée de la réalité. Présente sur ce trottoir à ébahir les badauds, mais perdues dans ses pensées, dans un autre monde. Revivait-elle des souvenirs passés ? Cela n'aurait pas été particulièrement surprenant. Dans tous les cas, le spectacle était particulièrement agréable et le majordome la laissa profiter de chaque note de musique, car, en ces instants, elle semblait presque littéralement revivre.

La musique finit par ralentir et disparaître, laissant place aux applaudissements chaleureux des passants qui étaient restés depuis la précédente prestation ou s'était arrêté devant la nouvelle. Gauthier lui-même applaudit bien volontiers, après tout, il aurait été purement puéril de mentir sur l'impression qu'elle lui avait laissée. La danseuse se rapprocha de nouveau de lui, comme si elle reprenait un souffle qu'elle n'avait pas perdu. « Vous avez subjugué l'ensemble des passants pendant le temps d'une chanson, ce n'est pas rien. Il serait mentir de dire que je n'ai pas apprécié le spectacle. » Attrapant son téléphone, il le rangea dans l'une de ses poches.  «Vous voulez faire passer une corbeille ? Cela paiera peut-être pour le gilet... » Son sourire trahissait sa malice. Ils auraient pu, assurément. Pour des peccadilles, très certainement, mais si ce n'était qu'une question d'argent... « La coutume veut que l'on jette des fleurs à l'artiste, je crois, mais vous les possédez déjà toutes. Bien que ce ne serait pas la première fois que je vous achète une fleur pour vous l'offrir... » Il soupira doucement, attrapant sa montre-gousset, qu'il avait rabattue dans l'une des poches de son pantalon, faute de gilet, malencontreusement déchiré. Il regarda l'heure et fronça légèrement les sourcils avant de sourire à nouveau tandis qu'il la remettait en place.  « Mademoiselle, ce fut un plaisir d'égayer le pavé en votre compagnie, mais je vais devoir me retirer, le devoir m'appelle. » Sans crier gare, il lui attrapa la main et lui fait un baise-main des plus chastes et respectueux, accompagné d'une petite révérence.  « Mais nul doute que nous pourrons continuer notre petit bal improvisé une autre fois. J'ai l'impression que Dame Fortune y pourvoira. » Ou peut-être forcerait-il un peu le hasard ? Qui sait. Dans tous les cas, ils n'en resteraient probablement pas là. Assurément. Il lui adressa un dernier sourire et regard avant de rentrer dans la berline qui finit par se perdre dans les rues de la ville.
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