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 Une rose et ses épines.

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Elena Tsvetanov
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MessageSujet: Une rose et ses épines.    Jeu 14 Juin - 18:59



Nuit, tendre nuit. Drap sombre posé sur le monde, étoiles scintillant à chaque seconde ; il régnait sur la ville une atmosphère qui plaisait à la jeune vagabonde. Un doux souffle faisait onduler les bords de son voile dans une danse paresseuse, tandis qu’elle progressait dans sa ronde - drôle d’image, pour une ancienne danseuse. Ses mains fermées sur les bords de son chariot, le grincement désagréable des roulettes de celui-ci glissant sur l’asphalte accompagnait les chants mécaniques des voitures parcourant les routes éclairées.
Du rouge, de l’orange, du bleu ou même du vert ; plusieurs nuances éclatantes bavaient sur la pâleur de sa robe aérienne. Véritable toile mouvante, plusieurs regards curieux se posèrent ainsi sur cette jeune fleuriste ambulante. Elle traînait derrière elle cette aura fantomatique, énigmatique ; celle qui intrigue et pourtant repousse. Malgré les reflets colorés des spots et des feux courant sur sa silhouette gracile, Le Spectre donnait l’impression d’être suivie par une brume épaisse, sombre, qui même invisible embaumait les cœurs de sa terrible noirceur.
Elle était effrayante, mais étrangement attirante ; malgré la pâleur de sa main, on pouvait même la deviner caressante.

Elle paraissait douce, mais dangereuse. Innocente, mais à la voix charmeuse.
À l’instar de cette rose dont elle faisait passer la tige entre ses doigts fins d’un air rêveur, elle possédait le beau physique d’une délicate fleur. Mais il suffisait de la voir passer sa peau presque insensible sur la plante sans s’offenser de se blesser : elle était couverte d’épines.
Alors approchez, jeunes étrangers. Laissez-vous attendrir par cette fleur un peu abîmée, qui paraît si fragile dans son jardin mobile.
Vous n’y manquerez pas de vous piquer.

Pourtant, certains curieux n’hésitaient pas à l’approcher. Tendant de leurs mains quelques billets, les voilà échangeant leur argent pour une ou deux orchidées. Certains les passaient aux bras de leur compagne, ou bien baissaient doucement la tête en signe de remerciement ; certainement une tombe à décorer les attendant. D’autres encore se contentaient de l’observer, avec un peu trop d’intensité, cette jeune fille masquée.

« C’est une nuit agitée, lui fit remarquer un client. Vous devez faire de bonnes affaires, ce soir !
- Si vous le dites.
- L’été, c’est la période des mariages, en plus ! Les fleurs doivent être très demandées.
- Peut-être.
- Vous n’êtes pas très loquace, vous !
- Trois dollars, s’il vous plaît. »

Elena ne faisait pas la conversation. Quasiment jamais, du moins. Elle était un être silencieux, trop observateur pour se lancer dans une discussion endiablée. Elle préférait écouter, laisser ses sens la guider. Peut-être était-ce pour cela que sa voix paraissait toujours endormie, comme un peu rouillée ; finirait-elle par en perdre l’usage, à force de mutisme ?
Sûrement. Elle n’était pas certaine de vouloir s’en inquiéter.
De toute façon, elle n’avait personne avec qui parler.

Elle continuait ainsi, glissant entre les silhouettes des passants, croisant leurs regards par-dessous sa capuche froissée. Elle adressait de fines esquisses au vent, se délaissait de la matérialité du monde : même fondue dans la foule, elle se donnait l’impression de n’être qu’un esprit frappeur.
Elle ne bousculait personne. Ne trébuchait jamais. Elle était invisible, et pourtant attirait les oeillades curieuses des étrangers.
Peut-être était-ce la fragrance fleurie qui l’accompagnait en permanence, qui intriguait tant.
De tels effluves avaient le don de masquer un autre parfum, au moins. Âcre, putride ; celui de la Mort.

Le Spectre se contentait souvent d’observer les visages avec peu d’intérêt, lorsqu’elle ne ressentait pas le besoin de les retenir. Ses yeux étaient comme une vitrine devant laquelle passaient différentes mines anonymes ; elles finissaient par se confondre, puis juste fondre. Masse grouillante d’informations, la foule ne devenait plus qu’une entité qu’elle se contentait d’ignorer.

Mais.

Quelque part, autour d’elle, une présence la fit tiquer, comme si tout son corps répondait à cet appel étrange. Un signal d’alerte, une alarme, ou tout simplement un instinct primaire la mettait en garde.
Un danger rôdait, la faisant froncer les sourcils, relever ses yeux émeraude vers la ville.
Effectivement. Une silhouette était dressée, non loin d’elle. Droit, vêtu d’un air nonchalant, presque arrogant, un homme se tenait à contre-courant du reste des passants. Stoppé au milieu du trottoir, à travers les lumières filantes et vives des environs, elle ne devinait qu’à peine la noirceur de son regard.

Ils se fixèrent, un instant. Tous les deux silencieux, elle devinait néanmoins un étrange rictus au coin de sa bouche, de laquelle pendait une cigarette. S’échappait d’entre ses lèvres une grisonnante fumée, voilant le visage de l’inconnu.
Le Spectre resta dissimulé sous ses linges et ses fleurs.

Vipérine comme elle était féline, Elena redressa l’échine.

Qu’il essaie de s’approcher, songea-t-elle alors.
Elle rêvait déjà de le voir se piquer trop fort.
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Gauthier Ovronnaz
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Ven 15 Juin - 11:11

La Nouvelle-Orléans n'avait pas beaucoup changée depuis son dernier passage. Patchwork architectural et culturel de dizaines de nationalités et de races, elle ressemblait à l'oasis inimaginable où régnait une paix fragile, retenant son souffle, de peur de sombrer au premier dérapage, un peu comme une petite coquille de noix ballottée en plein océan au cœur d'une tempête. Pourtant elle tenait encore bon, malgré l'adversité. Mais les dernières trouvailles des Normes, de manière plus fédérale finiraient peut-être par avoir raison d'elle. Si les Outres venaient à décider de se soulever un jour, ils frapperaient fort et cette ville ne serait pas épargnée, compte-tenu de son fort pourcentage de créatures surnaturelles dans sa population. Toutefois, sa fragilité lui conférait un charme que Gauthier ne se laissait pas d'observer, que ce soit du haut d'un immeuble, au bord d'une fenêtre – de nuit, bien entendu – ou même tout simplement lorsqu'il se trouvait dans la rue. Récemment arrivé en ville, il avait pris une chambre dans un motel. Préférant ne pas s'imposer directement à son nouvel emploi, et, de toute manière, pas attendu avant quelques jours, il prenait ses marques, découvrait la ville, observait silencieusement. C'était aussi l'occasion d'en apprendre un peu plus sur sa cible : Ailin Dyce. Sa mission ici était triple et cela ne lui rendait pas les choses faciles. D'abord, en tant que futur Majordome de la Maîtresse de la Ville, c'était son devoir de répondre à ses besoins, quels qu'ils soient et il ne comptait pas se laisser surprendre. Une méconnaissance de la ville était une erreur de débutant et, s'il connaissait déjà une bonne partie du plan de la ville de par ses précédentes venues, approfondir ses connaissances en pratique n'était jamais un mal. Sans compter que c'était aussi l'occasion de récupérer quelques rumeurs, des on-dits qui n'avaient généralement aucune réelle valeur mais donnait toujours une bonne idée de la direction du vent.

Adossé à un mur, une cigarette presque négligemment retenue à la commissure des lèvres, il soupira, laissant échapper un large nuage de fumée. Les choses n'étaient pourtant pas aussi simple. D'abord, il se retrouvait ici par ordre du Conseil. Une nomination-surprise que sa future employeur n'apprécierait probablement pas beaucoup, ce qui était généralement le cas quand un supérieur essayait de vous rappeler qu'il vous avait à l’œil. Le futur majordome ne s’attendait pas particulièrement à un accueil chaleureux, mais, heureusement, il avait suffisamment confiance en son expérience et son professionnalisme pour donner à la Maîtresse de la Ville une raison de douter de la confiance qu'on avait placé en lui pour remplir son rôle auprès d'elle. Là où ni l'un ni l'autre n'était dupe, c'était qu'ils savaient tous les deux les réelles motivations de sa présence. Ailin devait se savoir observée et elle ferait probablement le nécessaire pour ne pas trop avoir le jeune homme dans ses pattes. Heureusement, Gauthier avait plus d'un tour dans son sac et, bien souvent, il n'y avait pas nécessairement besoin de suivre quelqu'un à la trace pour en apprendre beaucoup sur lui. Mais au-delà de cette motivation officielle, il avait surtout un but plus officieux, détourné. Sa nomination était la couverture parfaite pour récupérer des informations compromettantes pour le compte d'Edward, qui détestait – et le mot est faible – sa récente homologue de la Nouvelle-Orléans. Si le majordome ne saisissait pas particulièrement les enjeux d'une telle mascarade, il était cependant quelqu'un de loyal et comptait bien remplir sa mission parfaitement. Il n'en avait aucun doute de toute façon. Quel que soit le temps nécessaire, il trouverait un point faible suffisamment exploitable.

Il faisait nuit, mais les rues de la ville ne semblaient pas moins remplies qu'en plein jour. Une animation perpétuelle au cœur de la ville, un flot presque continu de personnes qui allaient et venaient, parfois dans l'indifférence la plus totale. Quelques personnes lui jetaient un regard, s'étonnaient de son accoutrement, pourtant des plus soignés, ou alors peut-être se surprenait du contraste entre ce dernier et son apparente jeunesse. Cependant, Gauthier ne leur accordait que peu d'attention, ces personnes lambda ne méritaient pas une once de celle-ci. Recrachant périodiquement une bouffée de fumée de sa cigarette, il observait les allées et venues, en quête de quelque chose qui sortait de l'ordinaire. Cette ville avait largement de quoi lui offrir de quoi attiser sa curiosité, il fallait simplement attendre... De l'autre côté de la rue, il vit ce qu'il attendait. Des sursauts de couleurs vives attirèrent son regard à la lueur des lampadaires, passant lentement de l'ombre à la lumière et vice versa. Un petit chariot, dont les légers crissements n'étaient audibles que lorsqu'il n'y avait plus de voiture passant sur la rue, recouverts de fleurs diverses, poussé par une silhouette, résolument féminine, encapuchonnée d'une tunique grossière qui la masquait presque intégralement et qui, pourtant, manquait à cacher une aura de grâce. Piqué au vif dans son intérêt, Gauthier ralluma une cigarette et continua d'observer, ne manqua pas une miette de cet homme qui était venu acheté une fleur, visiblement dans l'espoir d'avoir un peu plus que cela, mais était reparti presque aussi vite qu'il était venu. Le chariot avait alors repris inlassablement sa route, faisant se retourner les visages, intriguant... Un léger sourire sur les lèvres, le Vampire avait remonté sa propre rue pour suivre le spectacle. Cependant, il était temps de lui donner un petit peu de piquant, de voir ce qu'il valait réellement. Il força à peine le pas, se retrouva quelques dizaines de mètres en avant et traversa. Au milieu du trottoir d'en face, il se tourna vers la jeune femme aux fleurs et son chariot et attendit paisiblement qu'elle continue son petit chemin.

Les gens passaient à côté de lui sans réellement faire attention, parfois jetant un petit regard désapprobateur à celui qui restait là, immobile, au milieu de tout le monde, gênant plus qu'autre chose. Cependant, il n'en avait rien à faire. S'ils osaient exprimer un quelconque désaccord, un regard suffisait généralement à les convaincre de ne pas aller plus loin qu'une simple objection tuée dans l’œuf par le bleu roi de ses yeux. Il attendait que l'objet de son intérêt soudain réalise qu'elle était observée. Cela prit un peu de temps, pendant lequel le chariot avança doucement vers lui, traversant la foule sans être bousculé. Une scène digne des films où les deux protagonistes se retrouvent face à face dans une foule en mouvement qui passe à côté d'eux sans s'arrêter. Elle finit par s'arrêter, relever les yeux vers lui. A cette distance, elle ne distinguait probablement pas grand-chose. Il esquissa un léger sourire, sa cigarette toujours entre les lèvres, exhalant la fumée qui lui emplissait les poumons. Les mains dans les poches de son pantalon, il fit alors un pas en avant, puis un autre, s'approchant tranquillement, comme si de rien n'était. Il s'arrêta à moins d'un mètre du chariot, sembla contempler celui-ci quelques instants avant de poser un regard plus appréciateur sur celle qui le poussait. Si, de loin, il avait eu un aperçu de sa grâce féline, de plus près, il lui semblait avoir sous-estimé celle-ci. Ce qui était d'autant plus surprenant que la lenteur de ses gestes, et plus encore la légère odeur âcre dans l'air, laissaient penser que, de son vivant, elle avait dû être encore plus envoûtante. D'un geste assez lent, il sortit l'une de ses mains de sa poche et vint se saisir de sa cigarette, la détachant de ses lèvres dans une dernière bouffée de fumée. « Bonsoir. » Le ton était courtois, savamment galant. « Quelle fleur me conseilleriez-vous pour une première rencontre ? » La question était relativement simple, même logique. Peut-être se doutait-elle qu'il n'était pas un client comme les autres, après tout, quel client aurait simplement attendu qu'elle le remarque ? Mais cette rencontre était un jeu. Elle l'avait intriguée et il voulait voir à quel point elle attisait sa curiosité. Après tout, beaucoup de passaient pas le stade de l'étonnement...
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Elena Tsvetanov
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Ven 15 Juin - 12:36

Il fut certainement un temps, béni d’innocence et de jeunesse insouciante, où l’on trouvait la gitane dotée d’une tendre beauté. Magnificence solaire, peau de porcelaine et chevelure cuivrée, elle renvoyait l’idée d’avoir été façonnée à partir d’une braise éclatante. Elle avait rayonné, Elena. Bel oiseau de feu dansant, s’élançant, il était difficile de nier ce don qu’elle avait d’attirer les regards comme l’intérêt des spectateurs.
Ses sourires avaient été larges - tendres esquisses laissant planer une douce mine sur son visage. Ses rires ne manquaient jamais de ricocher contre les silhouettes voisines, éclatant contre leurs oreilles comme de fins tintements de clochette enfantine. Elle était un souffle ardent, un petit rayon de soleil volé aux astres ; une flamme se mouvant sans être prisonnière d’aucun foyer.

Elle ondulait. Elle s’envolait. Elle courait et elle vivait avec le désir de tout faire à outrance ; elle envoyait le moindre de ses souffles aux portes de la mort en sachant pertinemment qu’il ne serait pas le dernier.
Elle narguait les démons, se moquait des dangers.
Elle s’était prélassée dans l’excès de joie, dans les trop plein de paresse ; s’était extasiée dans une vitalité presque indécente pour ceux qui désiraient tenter de la suivre dans sa course effrénée. Sur les rails de son existence, le train de ses jours avait filé à vive allure, toujours plus loin, s’arrêtant à des destinations inconnues, pourvu qu’elle fut menée vers des contrées éblouissantes.

Puis, le fil s’était rompu. Destination finale, dernier arrêt ; à la gare des damnés, elle avait été obligée de descendre.

Maintenant, Elena n’était plus qu’une ombre. Le reflet de ce qu’elle avait été. Elle ne brûlait plus, ne se consumait d’aucune vitalité : elle était un tas de cendres refroidi par le souffle de la Mort. Le monde était son cimetière, son corps son tombeau : chez elle, il n’y avait plus rien de si beau.
Sa beauté solaire était devenue glacée. Elle se mouvait avec lenteur, ne souriait plus. Sa présence mettait mal à l’aise autant qu’elle intriguait, et ne suscitait plus aucun désir. On la fuyait comme on rêvait de l’approcher, mais aucun être ne serait suffisamment fou pour tenter de ne serait-ce que l’effleurer.

On pourrait essayer de trouver à la Mort un sens poétique, certainement. Une certaine esthétique, même. Quoi de plus inspirant qu’une poupée fissurée, qu’une âme esseulée dans une nature trop cruelle ? Elle dansait comme un fantôme, un petit spectre trop triste d’avoir été emporté. Elle portait si bien la mélancolie, on pourrait la croire bien apprêtée.
De toutes les fleurs fanées du jardin des trépassés, elle était certainement la plus dévastée.

Et la nature humaine était ainsi faite. On trouvait toujours quelque chose de beau chez les âmes brisées.
Comme un espoir de peut-être, un jour, les réparer.

Alors, peut-être était-ce pourquoi il s’approchait, ce sempiternel inconnu aux sourires trop assurés. Sur sa peau opaline ondulaient les lueurs de la ville, contrastant avec le bleu profond de ses yeux pénétrants. Dissimulée sous sa capuche, Elena conservait un certain avantage ; s’il tentait de l’hypnotiser en usant de ses regards charmeurs, elle n’aurait qu’à doucement baisser la tête.
Protégée, à peine craintive, Le Spectre était cruellement impassible ; un monstre d’insensibilité.
Ou bien un monstre tout court.

De sa voix chantante, le jeune homme la salua alors, faisant naître à la naissance de son échine d’invisibles frissons ; certainement une illusion. Reculant inconsciemment d’un pas, la funambule inclina doucement la tête sur le côté, piquée au vif.
Quelle était donc cette aura que dégageait la présence de ce gentleman ? Elle paraissait presque familière, comme tirée du même berceau. Celle d’Elena était sombre, brumeuse, puisque née d’outre-tombe. Elle portait l’empreinte de la Mort, le sceau de l’Enfer.
Chez lui, elle y trouvait quelque chose de dangereusement similaire.

« Bonsoir, répondit-elle d’un timbre alourdi. »

Elle était méfiante. Trop. Comme une proie sur la défensive, elle se comportait en parfaite fugitive. Jambes agiles, mains habiles, elle était le chat bondissant comme le serpent rampant.
Entre griffes et venin, elle était à mi-chemin.

Doucement, néanmoins, son regard se déposa sur les fleurs lui faisant face. D’une main, elle effleura les pétales de certaines, avec ce doux air rêveur qui la caractérisait lorsqu’elle parlait de ses plus fidèles alliées.

« Tout dépend, souffla-t-elle. Les rencontres sont toutes différentes. »

Et elle se doutait, étrangement d’ailleurs, que la leur serait bien singulière.
Mais elle ne s’en inquiéta pas. Du moins, pas pour l’instant.
Pourtant, cette impression de danger ne cessait de l’alerter ; pourquoi tout son être réagissait-il si violemment à la présence de l’inconnu ?

« Les orchidées, par exemple. Tandis que les blanches témoignent d’un amour pur, les rouges expriment des désirs plus puissants, comme les roses invitent à la séduction. »

Parfum envoûtant, symbolisme déroutant ; ces fleurs étaient la représentation même de délices auxquels Elena n’avait jamais goûté. Elle n’en avait pas eu  le temps, la Mort l’ayant emportée avant que la graine du désir n’ait pu germer dans sa poitrine d’adolescente.
Tendre manque. Peut-être serait-elle même jalouse, au fond, de toutes ces jeunes filles qui s’abandonnaient dans de folles histoires charnelles.
Elle n’en connaîtrait jamais les prémisses, en terrible immortelle.

« Mais la lavande, elle, peut représenter la méfiance, ou bien le silence. »

Sa voix s’était assombrie, à ces mots. La pulpe de ses doigts caressa d’autres fleurs, ses gestes démontrant une tendresse infinie. Elle se mouvait avec précaution, peut-être pour masquer une maigre maladresse, alors que ses yeux verts perçant à travers l’obscurité de son voile se dirigeaient à nouveau vers son interlocuteur.

Elle demeura interdite, quelques instants. Se contentant de l’observer, elle cherchait encore à mettre le doigt sur cette désagréable impression qui l’animait.
En grande observatrice, il n’était en général pas si compliqué pour l’informatrice de reconnaître la nature des passants. Celle qu’elle redoutait le plus, notamment.
Les vampires. Ces créatures nocturnes qu’elle abhorrait. Celles qui, le soir, rôdaient comme des prédateurs et se délectaient des délices qu’un être innocent pouvait offrir.
Les affamés, comme elle les appelait.
Des meurtriers, aussi.

Après tout. N’était-ce pas l’un d’entre eux, qui l’avait poussée à devenir ainsi ? Elle avait connu l’étreint de ses bras puissants, avait aperçu le piquant de ses canines repoussantes ; elle avait senti la froideur de sa peau contre la sienne.

Elle était tombée. Pour la première fois de sa vie de voltigeuse, elle avait chuté.
Poussée par cet être damné.

Ainsi, elle comprit. Un peu tardivement, elle commença à réaliser.
Qu’il était l’un d’entre eux, ce jeune homme à l’apparence arrogante.

Alors, l’air se chargea d’une nouvelle tension ; d’électricité. Même s’il ne pleuvait pas, que le ciel était dégagé, on pouvait pourtant entendre au loin un orage gronder.
Des éclairs déchiraient ses prunelles verdâtres. Le tonnerre résonnait dans sa poitrine creuse.
De délicate bruine, elle n’était maintenant plus que tempête dangereuse.

« Peut-être que celle-ci vous plaira, néanmoins. »

Finalement, ses doigts se refermèrent autour d’une seule fleur.
Un lycoris.
La fleur araignée, la fleur de l’Enfer.

La fleur de la Mort.
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Gauthier Ovronnaz
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Lun 18 Juin - 15:28

Cette rencontre-là promettait déjà monts et merveilles. Gauthier prenait rarement du plaisir à côtoyer des gens, car, il fallait l'admettre, peu nombreux étaient ceux qui montraient un soupçon de créativité dans leur personnalité. La Normalité – et le Vampire ne parlait pas uniquement d'une question de race – était quelque chose qui avait tué l'unicité de l'individu en tant que tel. Tout le monde, ou presque, désirait coller à un moule, sans dépasser ne serait-ce que d'un petit peu. Or, à trop voir ou goûter à la même chose, on finit par s'en lasser indubitablement et ainsi était la majeure partie de la population aux yeux du Vampire après plus d'un siècle d'existence. Heureusement, il restait quelques perles d'authenticité, des personnes sur lesquelles la Normalité n'avait eu aucune prise, que ce soit par nature ou par un bouleversement tel que la mort. Lui-même en était un parfait exemple et il n'avait aucun problème à l'admettre. Avec du recul, sans transformation, en ce sens, avait été un mal pour un bien. Quel homme aurait-il était sans elle ? Rien de plus, probablement, que tous ces gens qui passaient à côté de lui, le remarquant à peine. Combien de ces moutons se rendait compte de la scène qui se jouait, pourtant, sous leur nez ? N'avait-il pas conscience de l'improbable phénomène qui se produisait ? De la beauté sauvage de quelque chose de totalement incongru ? Le majordome n'avait pas eu besoin de beaucoup de temps pour comprendre que la jeune femme qui lui faisait face, au milieu de ses fleurs, avait affronté les affres de la mort, mais pas de la même manière que lui. Lenteur mesurée au parfum légèrement singulier... Elle n'en restait cependant pas moins énigmatique, une curiosité délicate, au moins autant que les fleurs qu'elle vendait, qui, par sa nature elle-même, mais davantage pour son évidence atypique, avait su attirer le regard du Vampire. Il restait cependant à déterminer, par cette rencontre même, si elle saurait se montrer à la hauteur de l'attention qu'elle avait, involontairement, assurément, suscité et que, pourtant, il semblait être le seul à avoir remarqué.

Et c'est ainsi qu'il avait lancé, après de brèves salutations, une bouteille à la mer, une question simple pour une marchande de fleurs, mais aux réponses pourtant multiples. L'appât lancé, il remit sa cigarette entre les lèvres avant de replacer sa main dans la poche, dans une posture que certains pourraient qualifier de nonchalante, mais qui trahissait peut-être seulement, et volontairement, son expectative. Avec une certaine impatience, il l'observa tandis qu'elle observait elle-même ses fleurs, pensive. Elle en caressa certaines, sembla presque intemporelle, irréelle, alors que la foule glissait encore autour d'eux. Elle finit par lui souffler ce qui semblait être la meilleure réponse qu'il aurait pu espérer. Sans tomber dans le cliché de lui demander ce qu'il désirait, elle lui offrit, le plus naturellement du monde, le choix des possibilités. Les significations des orchidées en fonction de leurs couleurs, l'invitant à réfléchir sur le propre sens qu'il voulait donner à cette fameuse rencontre. C'était d'autant plus amusant qu'elle ne se doutait peut-être pas qu'il faisait référence à cette rencontre-là, celle qu'ils vivaient tous les deux en cet instant. Mais de ce quiproquo et de sa réponse naissait un sourire enjoué sur les lèvres, voilé par instant par la fumée glissant des lèvres du Vampire, qui, tirant sur la cigarette qu'il faisait presque léviter à l'extrémité de sa bouche, en soupirait d'un sentiment proche de l'extase. Et puis il y eu quelque chose, de diffus d'abord, puis de plus... frappant. Gauthier ne sut réellement dire si elle avait pris conscience de ce que cette petite scénette représentait véritablement ou si c'était là son jeu naturel, mais de belles rencontres aux fleurs chargées de sentiments, elle glissa sur des possibilités plus sombres. La méfiance. Avait-elle peur de lui ? Son comportement cavalier pouvait en surprendre plus d'un, c'était évident. Mais il doutait sincèrement qu'elle puisse éprouver une quelconque suspicion à son égard. Suspendu à ses lèvres, ou presque, le Vampire attendait la suite, l'observait caresser ses fleurs. Quelles autres possibilités allait-elle évoquer ? Au travers de ses paroles et de ses gestes, elle faisait renaître en lui la flamme de la curiosité, de l'intérêt. La surprise de l'expectative. Allait-il être déçu ?

Et puis, soudain, elle croisa son regard, une nouvelle fois et elle s'arrêta. Elle l'observa, de trop longs instants, pour ne pas douter que sa réflexion était intense. Elle cherchait à déterminer quelque chose et, lorsque ce fut le cas, il y eut soudainement un changement d'atmosphère. Il fallait être idiot pour ne pas comprendre que, d'une seule et même seconde, elle était passée de candide à impitoyable. Qu'est-ce qui en elle avait pu susciter un tel changement soudain ? Elle le délaissa pour retourner à ses fleurs, son choix s'arrêtant sur un Lys-Araignée qu'elle ne nomma pas, se contentant de dire qu'elle pourrait peut-être lui convenir. Le majordome connaissait un peu ses végétaux et cette proposition fit naître un large sourire sur ses lèvres. Cette déclaration était lourde de sous-entendus. En quelques secondes, elle venait de révéler une autre facette de sa personnalité qu'il n'aurait peut-être pas cru déceler. Car s'il savait que toutes les fleurs n'étaient pas sans danger, il n'avait pas nécessairement pensé que celle-ci aurait autant de piquant. Les lycoris, rouge de surcroît, n'avaient pas cette même valeur de passion comme leurs cousines les roses, ou du moins, pas dans le même sens. Offrir de telles fleurs, n'étaient pas un bon signe pour ceux qui les recevaient. Le Vampire attrapa sa cigarette d'un même geste détendu. « Elle est belle, j'en conviens, mais j'aurais peur qu'elle représente une source de confusion pour la personne à laquelle elle est destinée. » D'un geste sûr, il jeta sa cigarette, désormais à l'état de mégot, en direction d'une bouche d’égout proche. « D'autant que nous nous connaissons à peine, il me paraît hâtif de porter un telle jugement sur elle. Il serait malvenu de vous fier aux apparences, vous ne trouvez pas ? » Gauthier ne savait pas ce qui lui vouait ce revirement, presque soudain, dans son comportement, mais si elle ne désirait pas le voir davantage, elle venait de susciter chez lui une curiosité d'autant plus forte et elle aurait probablement encore à souffrir de sa personne.
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MessageSujet: Re: Une rose et ses épines.    Lun 18 Juin - 16:53

Elle s’en souvenait. De la clameur de la foule, de la délicieuse mélodie le l’admiration ; elle jouait cette musique dans sa tête, comme une ronde éternelle, une douce litanie qui lui rappelait de plus heureux souvenirs. Parfois, Elena se surprenait à calquer la cadence de ses pas délicats sur les rythmes affolés d’un public retenant pourtant son souffle. A la porte de sa mémoire toquaient des images vives, colorées, empreintes de parfums sucrés : le pop-corn caramélisé, la babe à papa aromatisée, les fleurs et boissons renversées. Sous les draps de son sanctuaire, elle avait été baignée dans plusieurs lumières. Des rouges, des bleues, pour embellir la courbe de sa bouche et l’éclat cuivré de ses cheveux.
Elle avait l’équilibre au bout des mains, la vie pendue à ses pieds ; elle marchait toujours sans filet. Oscillant, elle se balançait, un pied parfois resté dans le vide, elle s’inclinait. Parfois, c’était sur une belle arabesque qu’elle se mouvait, arrachant à ses fans quelques hoquets happés par un frisson d’effroi.
Puis, des applaudissements remplis d’émoi.

Funambule, parfois jolie crapule ; Elena avait l’habitude de vaciller. D’un côté ou de l’autre du fil, elle trébuchait sans jamais tomber.
Etait-il si surprenant, alors, de la voir balancer d’un côté ou de l’autre de sa personnalité ?
Le Spectre était tout et son contraire ; aux yeux du monde, un vrai mystère.

Elle caressait d’une main qui aimait frapper. Elle souriait d’une bouche qu’elle se mordait sous le coup de la nervosité. Elle fuyait de jambes qui couraient après la Liberté.
Elle était dotée d’un cœur arrêté, mais qui ne cessait de se briser.

Alors, oui. Elle passait de la docilité à une étrange hostilité. Derrière les bords de sa capuche blanche, son regard perdait de ses lueurs innocentes. De proie, elle passait à prédateur. Créature tendre, elle se transformait en monstre de froideur.
Cela ne datait pas réellement de sa résurrection. Plusieurs fois, son cher Alphonse avait subi les changements d’humeur de sa cousine. Il suffisait de le voir, la manipulant avec des pincettes pour ne pas sentir une gifle s’effondrer sur sa joue. Puis la seconde suivante, la voir passer ses frêles bras autour de son cou.
Lunatique. Énigmatique.
Elena ; gamine électrique.

Peut-être existait-il une clé ouvrant le coffre de ses secrets, quelque part. Menant vers tous les trésors qui reconstitueraient son mode d’emploi. Pour mieux anticiper ses réactions, appréhender ses silences, traduire la moindre de ses révérences.
Mais la seule personne susceptible de la détenir était partie. Et avec un peu de chance, peut-être sa main dans laquelle se trouvait cette clé avait-elle été arrachée.

Elle préférait ne pas y penser. Plutôt, la voilà se concentrant sur les réactions de son interlocuteur ; trop charmeur. Était-ce grave de l’avouer, d’ailleurs ? Elle connaissait aux vampires un don d’attraction peu commun, elle les avait étudiés. Néanmoins, la jeune femme avait pensé que son dégoût saurait parfaitement le contrer.
Elle se trompait. Juste un peu. Parce qu’elle était honnête, Elena. Peut-être pas envers le monde, mais envers elle-même, elle essayait de ne pas mentir.

Il avait des yeux d’un bleu profond, qui donnerait envie de s’y noyer. Un sourire de gamin arrogant collé aux lèvres qu’on aimerait arracher du bout de ses siennes.
Mais elle s’éloignait, pourtant. Indomptable, insurmontable ; elle relevait à peine le menton.

Une lueur passa sur son visage. Le révéla, l’espace d’un faible instant. Coula sur sa mâchoire, sur sa bouche close, fit briller l’émeraude de ses prunelles éteintes. Peut-être avait-il pu deviner le grain de beauté sous son œil droit, ou encore ses longs cils bruns.
Elle s’en moqua. Parce que la seconde suivante, elle était de nouveau plongée dans l’obscurité de sa cape.

« Certes, avoua-t-elle. Il nous est appris de ne pas juger si facilement. Après tout, certains aspects repoussants peuvent cacher de bonnes intentions… mais l’inverse est tout autant plausible. »

Ses mains se crispèrent légèrement autour de son chariot. Sa tête s’inclina doucement sur le côté, ses dents capturèrent sa lippe dans un instant de réflexion.
Elle haussa une de ses épaules dénudées.

« Des sourires charmeurs collés sur des bouches qui dévorent. Des gants de cuir enveloppant des mains avides. Des yeux qui brillent, mais qui ne pleurent jamais. On en croise, de ces parfaits tableaux d’innocence qui dissimulent des monstres. »

Surtout dans cette ville, mais elle n’osa le rajouta. Elle-même en était un parfait exemple, de cette dichotomie des apparences.
Joli minois de poupée de porcelaine, qui se douterait de sa dangerosité d’informatrice ? Elle n’était qu’une vendeuse de fleurs mal habillée, un peu maladroite dans ses gestes. Elle ne pourrait faire de mal à personne, n’est-ce pas ?
Tout dépendait, répondrait-elle.
De qui vous êtes. De ce que vous lui voulez.
Combien vos secrets peuvent lui rapporter.

« Les yeux se trompent si facilement. Mais que peut-on faire, lorsqu’un instinct est si viscéral ? »

Qui prend aux tripes, qui met tout son corps en état d’urgence. Le dégoût, la répulsion, la haine.
Elena n’était plus guidée par grand chose. Ni par un idéal, ni par un but, ni par un réel sentiment d’appartenance. Elle était constamment en errance, réduite à l’obéissance ; mais au moins, il y avait encore quelque chose qui lui appartenait véritablement.
Comme une envie de vengeance.

Pour le reste, elle semblait vide. Ne répondait ni à la joie, ni au rire, ni à la tristesse.
Mais la colère, elle, illuminait son regard sombre. Comme un fantôme passait devant ses pupilles, elle réagissait enfin. Elle redevenait cette humaine animée, enflammée ; celle qui à treize ans montait sur scène, à quinze apprenait à danser, et qui à dix-sept n’était toujours pas tombée.
Elle redevenait Elena. La terrible.
La belle incorruptible.

« Je vous ai proposé plusieurs options, reprit-elle en désignant les orchidées, la lavande et le lycoris. »

La méfiance, la séduction, la mort.
Joli triptyque.
Une jolie histoire à raconter, sans doute.

La plus macabre de toutes.

« Avez-vous donc une préférence ? »
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Une rose et ses épines.

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