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 Encre et aiguille.

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Elena Tsvetanov
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MessageSujet: Encre et aiguille.    Dim 10 Juin - 17:24




Clac, clac, clac.

Avec lenteur, les sandales de la gitane frappaient les dalles des rues pavées ; petits clapotis esseulés. Contre le sol traînaient les bords de sa robe abîmée, tandis qu’un voile volatil dissimulait ses traits séraphiques. De fines éclaboussures filaient autour de ses chevilles, à chaque fois que son pied rencontrait la surface trouble d’une flaque d’eau qu’elle n’avait pu apercevoir. Un peu de boue ternissait ses linges, mais elle ne trouvait ni la force, ni l’envie de s’en offusquer.

Ploc, ploc, ploc.

Ainsi se composait une tendre mélopée ; celle d’une lourde pluie s’écrasant sur le monde. Le ciel pleurait, se drapait d’épais nuages sombres, et menaçait de se déchirer sous l’effet d’un éclair à chaque seconde. Les silhouettes des passants défilaient autour de la sienne, pressées et rapides, courant vers un abri le plus proche pour éviter les averses menaçantes. Progressant à contre-courant, Le Spectre voguait parmi un flot de gens l’ignorant. Tous devaient rêver de retrouver la chaleur d’un foyer accueillant, les bras réconfortants d’un parent ; se glisser sous de lourdes couvertures et peut-être voir la pluie perler sur leurs fenêtres.

Les caprices de la nature se fuyaient, mais Elena, elle, n’avait aucun toit pour s’en protéger.

D’habitude, elle plongeait. Là où quotidien rimait avec vices, que la chaleur se confondait avec les pires délices, elle se perdait volontiers dans de secrets abysses.  
Le dédale. Recoin des rats et des scélérats, où innocence et pureté passaient de vie à trépas ; c’était son abri à elle, vagabonde aux maux éternels.
Elle quittait rarement cette ville souterraine, sauf pour s’occuper de ses fleurs ou autres affaires mystérieuses. C’était ainsi exceptionnellement que l’informatrice, après avoir quitté les paysages étroits des souterrains, découvrait l’urbanisme de l’extérieur.
Sur elle, la pluie ne s’arrêtait de couler, le froid mordant tendrement sa peau sans la faire trembler. Contre sa robe de lin, les gouttes formaient une nuée de tâches sombres sur le tissu clair, alors que dépassaient de sous son voile une ou deux mèches brunes humides.

Dans son poing, elle tenait un papier alors chiffonné entre ses doigts fins, sur lequel s’étalaient quelques lettres frappées à la machine.

« La poupée percée » ; boutique de piercing et autres modifications corporelles. Installée depuis un certain temps déjà, cette enseigne avait certainement vu passer bon nombre de visages connus, mais surtout recherchés par les forces du BIAS - qui lui avait ainsi glissé l'adresse. C’était ici que se rendait la macchabée, silencieuse et secrète, ne rechignant jamais devant une nouvelle occasion de récolter quelques secrets. Après tout, vendre une partie de son corps à un artiste, n’était-ce pas un là un moment intime poussant à la confidence ? Qu’y avait-il de plus bavard qu’une peau pour papier, et une aiguille pour plume ? Peut-être trouverait-elle des réponses, peut-être se perdrait-elle simplement dans la contemplation d’un nouvel art.

Le Spectre avait toujours possédé une étrange fascination pour les corps, après tout. Leur manière de se mouvoir, de s’abandonner aux lois de la gravité ; les histoires qu’il était possible d’y lire. Certaines peaux étaient de véritables cartes de la douleur, dessinant des allées de brûlures et des avenues de cicatrices, retraçant des batailles passées. D’autres témoignaient d’une existence tranquille à travers un aspect lisse et immaculé.
Et puis, il y avait celles de ceux qui y marquaient leur vie à l’encre sombre, ou bien l’habillaient de bijoux. Pour s’embellir, pour faire transmettre un message ; esthétisme ou bien symbolisme, il s'agissait de laisser sa propre marque de passage.

Que disait la sienne, d’ailleurs ? Plus grand chose. Toile froide et pâle, elle ressemblait à une oeuvre inachevée.
Abandonnée.

Sans s’annoncer, si on oubliait cette petite clochette postée au-dessus de la porte d’entrée, Le Spectre pénétra ainsi dans les lieux. Accueillie par une musique assourdie, du vieux métal craché par deux enceintes mal dissimulées, la zombie s’approcha du comptoir sur lequel étaient disposées plusieurs photographies ; commandes d'anciens clients et autres croquis. Tandis que ses doigts passaient avec une attention particulière sur les images, une silhouette bien plus imposante que la sienne ne tarda pas à s’élever devant elle, de l’autre côté du meuble.
Peau sombre, regard vif ; bel artiste la saluant d’un mouvement de la tête. Elle avait entendu dire qu’un tatoueur était de passage dans la boutique, était-ce lui ?

« Bonjour, souffla-t-elle en levant doucement les yeux vers son nouvel interlocuteur. Avec la pluie qui tombe dehors, je cherche à me réfugier quelques instants. J’espère ne pas déranger. »

Sa voix était douce, son ton néanmoins paresseux. Comme sortis d’outre-tombe, ses mots volaient sur de drôles de nuages de mélancolie.
Drôle d’harmonie.

« Ils sont de vous ?, demanda-t-elle en désignant d’un index les quelques planches de dessins. »

Curieuse, sûrement trop, Le Spectre ignora à nouveau l'homme pour laisser ses yeux glisser sur les traits finement esquissés. Un travail de détails, forçant son admiration d’ancienne artiste.

« C’est magnifique. »
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Zénon Petitpas
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MessageSujet: Re: Encre et aiguille.    Ven 15 Juin - 1:21

C'est un de ces jours où Zénon travaille au shop. Une petite boutique de piercing qu'il connait bien, et où il vient régulièrement pour tatouer. On lui a déjà proposé d'y passer plus régulièrement voir de devenir permanant, mais le matou a un peu peur de ne plus avoir son indépendance. Alors ils font cet entre-deux, et pour l'instant ça leur convient.

Les autres sont en pause clope à l'arrière boutique, en savourant enfin un lunch trop tardif pour pouvoir être encore appelé ainsi. Admettons un goûter très très copieux et varié. Zénon, lui, paresse sur sa chaise. C'est un peu mort, aujourd'hui. L'après-midi en tout cas. Il y a eu deux trois clients ce matin, quand il ne pleuvait pas trop, mais maintenant.. Ils rentrent chez eux, et il les comprend.

Quand la clochette tinte, le Chat somnolait presque. Il ne lui faut pas longtemps pour émerger tout à fait et se redresser vers toi. Trempée, menue, drapée d'un peu partout qui n'est pas sans donné un air mystérieux, si on était dans un vieux film cliché. Debout, attentif, Zénon incline la tête sur le côté quand tu lui parles. Il t'a salué d'un moivement de tête, et maintenant attend la suite. Il n'a pas à attendre longtemps. Pendant que tu causes, lui t'observe avec curiosite. Des pieds à la tête, avec un petit crochet par ta main qui tient un bout de papier froissé.

Tu viens te réfugier ici pour échapper à la pluie, donc ? Un léger sourire, mais il ne dit rien et continue de t'observer en silence.

Quand tu lui demandes si les croquis sont de lui, il hoche la tête à l'affirmative. Se penche un peu au dessus de ses oeuvres, en profite pour essayer d'humer ton odeur discrètement. Que le nez d'humain est faible, en comparaison.. Si tu regardes bien, les croquis sont tous signés. Ulthar. Rares sont ceux qui saisissent la référence. Mais ceux qui y parviennent gagne généralement un point dans l'estime du félin, ou en tout cas son intérêt.

- Je fais des commandes, aussi. Je m'adapte.

Tu flattes son égo. Zénon prend. A quoi bon rechigner ? Un compliment c'est toujours agréable, pour ce qu'il vaut. Même lorsqu'on lui en a fait dans le but de lui demander service, le Chat a pris avec la même gourmandise. Il n'a pas acceéé à la requête pour autant, ceci dit.

- Merci. Ceux là sont les plus récents. Des modèles uniques, je ne tatoue jamais deux fois le même motif. Sauf si c'est prévu et demandé par le client de le partager.

Qui n'a jamais fait de matching tattoo dans ce métier ? Des grosses pièces complexes aux petits coeurs entremêlés, il en a vu quelques uns passer.

- Si c'est pour les piercings, l'équipe sera bientôt de retour, Vous pouvez vous mettre à l'aise.


Si c'est pour un tatouage, son attention t'es acquise. Ou alors c'est pour rien. Juste faire la causette en attendant que la pluie ne cesse, c'est ça ?

Zénon sourit un peu, et t'observe placidement. Ses yeux placides pétillent presque, va savoir si c'est de l'amusement ou de l'espièglerie.
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Elena Tsvetanov
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MessageSujet: Re: Encre et aiguille.    Ven 15 Juin - 11:35

Les gouttes de pluie se détachaient de ses longs cils, croulant sur le long de ses joues creuses comme des larmes silencieuses. Sur sa robe perlait l’eau salée, créant sur le tissu de fines rivières sombres. Si seulement son corps réagissait encore normalement aux températures, ses lèvres seraient sans doute bleutées, sa peau granuleuse de frissons incontrôlés ; à n’en pas douter, elle se mettrait à trembler.
Mais non. Tout son être reconnaissait la sensation familière du froid sans y réagir. Ses mouvements étaient lents, délicats, mais mus dans une stabilité peu commune. La pulpe de ses doigts caressait les planches avec une tendresse particulière, tandis que le bout de papier toujours froissé dans sa seconde paume se réfugiait dans l’une des poches de sa robe aérienne. Ses lèvres s’entrouvraient, comme pour laisser s’échapper un souffle qui ne viendrait jamais.

Cela faisait trop longtemps, qu’elle avait rendu son dernier.

Lorsque la voix de son interlocuteur lui parvint, Le Spectre daigna enfin relever les yeux vers ce dernier. Croisant son regard, elle devina dans ce dernier une fine lueur joueuse, voire tendrement moqueuse. Elle le devinait légèrement espiègle, empreint d’une fourberie certainement innocente, à laquelle Elena ne saurait cependant pas répondre. Presque sévère, tout simplement glaciale et morose, la jeune fille paraissait trop sage pour son âge.
Etait-ce la mort, qui l’avait ainsi fait vieillir ? Il était peut-être encore trop tôt pour le dire.

Doucement, la chaleur ambiante de la pièce ne tarda pas à envelopper le corps drapé de la zombie, qui se délecta de cette sensation réconfortante - même si elle n'était habituée aux technologies, elle ne pouvait que bénir le Digital Angel pour lui offrir un pouvoir de ressenti. Sa poitrine se souleva, comme dans un soupir de soulagement, qui ne fut suivi d’aucun son.
Elle se contenta de secouer la tête dans un signe de négation.

« Je n’ai pris aucun rendez-vous, confessa-t-elle. »

A vrai dire, elle n’était même pas certaine de pouvoir apporter la moindre modification à son corps, étant donné sa condition. Ce dernier doté d’un don de régénération poussé à l’extrême, si seulement elle était capable de s’arracher un bras sans craindre de le perdre à jamais, que serait le passage d’une aiguille contre sa peau laiteuse ? Pas grand chose.

Parfois, Le Spectre avait ainsi la cruelle impression d’être prisonnière de son propre corps. Piégée dans une enveloppe charnelle décomposée, enfermée dans une éternelle existence, elle se donnait parfois le sentiment de n’être qu’à peine la spectatrice de sa propre triste vie. Comme si ses yeux n’étaient que deux trous percés dans une boîte, elle voyait sans jamais déceler les limites de l’horizon.
Elle piétinait lorsqu’elle souhaitait s’envoler, en venait presque à désirer s’affamer.

Juste pour retrouver l’envie, le besoin ; l’illusion d’être en danger.
Mais elle n’était plus qu’une ombre, la pauvre gamine.
Une enfant à la triste mine.

« Tous ces dessins, souffla-t-elle en inclinant innocemment la tête sur le côté. Ils doivent tous raconter de belles histoires. »

Dans son ancienne troupe, plusieurs artistes étaient tatoués. Comme une œuvre illustrée, il suffisait d’observer les dessins pour lire l’histoire inscrite sur cette peau abîmée.

« Vous devez être témoin de biens des confessions, n’est-ce pas ? Ou au moins collectionner les souvenirs. »

Elle avait toujours eu cette manière décousue de s’exprimer. Peu compréhensible, en réalité. Elle parlait par énigmes, bien souvent, ou se contentait d’employer des mots qui en apparence n’avaient fait que trébucher sur sa langue.
Mais elle savait ce qu’elle disait. Toujours.

« C’est un beau métier. D’être si proches d’inconnus, de connaître leurs histoires en marquant leur peau. »

D’être un peu comme elle. Un gardien de secrets enfouis.
Sauf qu’elle, elle ne les dessinait pas.
Elle les utilisait comme monnaie d’échange.

« Vous avez de la chance. »
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Zénon Petitpas
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MessageSujet: Re: Encre et aiguille.    Ven 15 Juin - 21:50

Tu gouttes, gouttes au sol sans broncher. Zénon t'observe, et essaye de faire le tri dans les odeurs qu'il a pu espionner. Fleurs, plusieurs. Il n'en connait pas le nom, simplement les fragrances famillières. C'est agréable. Mais il n'y a pas qu'elle. Ton odeur à toi est tapie derrière, et il peine à la trouver. Sous sa forme de chat, ce serait plus simple.

Tu sembles embarassée, quand tu dis ne pas avoir de rendez-vous. Le Chat hausse des épaules, et balaye cette information qu'il considère comme triviale et sans intérêt. Les rendez-vous, ce n'est pas si courant. Enfin, ça dépend des jours. Mais là encore, tout dépend si tu es là pour la pluie, un ou des piercings, ou de l'encre sur toi. Que tu sois venue ici par hasard, il en doute. Tu es rentrée trop brusquement, trop vite, sans prendre le temps d'observer autour de toi tant que ça. Sans avoir l'air étonnée, ou au moins attentive à ce nouveau terrain. Peut-être qu'il se trompe, mais le tatoueur se dit que tu es venue ici dans un but précis. Moins vague, en tout cas, que te protéger de la pluie. D'ailleurs, tu ne fais pas grand chose pour t'essuyer, c'est bien qu'elle ne te gêne pas tant que ça. Pour l'instant, Zénon se dit donc que tu connaissait l'adresse et savait quelle boutique y trouver. Peut-être n'osais-tu simplement pas y entre. Ce genre de magasin, ça peut être impressionnant, après tout. La pluie toffrait aussi un bon prétexte. Ne t'en fais pas, il ne relèvera pas ça. Inutile donc de se formaliser pour si peu, l'impro c'est très bien aussi. C'est d'ailleurs ce qu'il allait te dire alors que tu feuillettes encore et toujours les dessins -qui sont sous pochette plastique, on les lui a trop souvent ruiné- quand tu reprends la parole et lui coupe l'herbe sous le pied. Et là.. Le coup des histoires de ses oeuvres, admettons. C'est banal, mais souvent vrai. Par contre, la suite.. Zneh ne s'y attendait pas.

Des confessions ? Hein ? Quoi ??

Poker face parfaite, le Chat se contente d'incliner la tête sur le côté et de te fixer en attendant que tu aie terminé. Pour avoir plus d'informations, pour mieux comprendre ce que tu veux dire. Et finalement, même lorsque tu conclues, Zénon t'observe encore un peu pour faire bonne mesure. Peut-être que ce n'est pas juste par timidité que tu viens, finalement. Ou alors c'est l'inverse, si timide que tu repousses le moment de demander davantage d'info pratiques. Il ne saurait le dire, et de toute façon, ça ne changerait rien au fait que ton approche n'est pas courante

Un léger reniflement, et le chat hausse finalement des épaules. Que répondre à ça ?

- Les gens viennent, je les tatoue parfois. Pas toujours, des fois il faut qu'ils reviennent. Mais il n'appartient qu'à eux de me dire pourquoi ils m'amènent tel motif, pourquoi ils choississent tel dessin dans mes créations.

Les histoires, les vraies, il ne les obtient généralement pas par les mots. Recouvrire des cicatrices, tatouer un portrait, voir diverse émotions quan dles gens parlent de leurs motifs. Voilà ce qui le rapproche d'eux. Il tatoue qui veut, Zénon. Avocat ou malfrat, peau intacte ou protection contre d'ancienne blessures trop évidentes. Certains viennent le voir pour être encré par un confrère Outre, d'autres parce que c'est tendance et excitant d'en approcher un. Quelques uns, aprce qu'il ne parle ni de ce qu'il entend, ni de ce qu'il voit. Même quand il s'agit de recouvrir un tatouage de gang -c'est arrivé une fois- ou quoique ce soit, Zénon ne juge pas.

Il t'observe un moment encore, après t'avoir répondu, puis décide de te sourire un peu. Tu es sérieuse, mais il y a de la poésie dans tes mots. Que veux-tu, au juste ?

- Je ne sais toujours pas si c'est pour la pluie, les piercings, ou un tatouage.

Ce n'est pas une critique, juste un constat. Puis, avec beaucoup trop de retard..

- Vous voulez une serviette, pour vous essuyer de la pluie ?

Mieux vaut tard que jamais.
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Elena Tsvetanov
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MessageSujet: Re: Encre et aiguille.    Sam 16 Juin - 13:13

Plus jeune, Elena s’était toujours demandée quel motif pourrait bien orner sa peau. Etant une grande aventurière, elle aimait l’idée de se marquer, autrement que par quelques cicatrices égarées. Elle se blessait, souvent, aux entraînements ou en jouant les mauvais enfants ; ses jambes et son dos étaient recouverts de bleus et autres égratignures inoffensives. A la lisière de l’adolescence, en observant d’un oeil rêveur les tatouages de ses pairs, elle s’était innocemment dit qu’un jour, elle aussi, elle décorerait son corps comme un seul habit. Elle traînait le titre de Spectre, mais n’avait jamais été certaine de pouvoir le représenter fidèlement à l’idée qu’elle se faisait de ce dernier ; dans son esprit, il s’agissait bien plus d’une entité qu’une réelle identité.
Lorsqu’elle marchait sur cette corde tendue, la jeune fille ne sentait plus son corps. Elle n’était plus qu’adrénaline, légèreté et danger ; une source immatérielle de beauté. Elle reflétait la lumière sur ses costumes pailletés sans ressentir la moindre chaleur l’irradier. Sa poitrine s’élevait et s’abaissait dans des soupirs, mais elle n’avait plus l’impression de respirer.
Elle était déjà un petit fantôme perché, même lorsqu’elle était au plus proche de cette impression de vitalité ; parce que c’était dans ces moments-là, qu’elle frôlait le risque de la perdre.

Puis. Il y avait également ce second surnom, que lui avait donné Alphonse - cousin, meilleur ami, officiellement futur fiancé. Une appellation à laquelle il donnait des airs d’insulte, notamment au travers de son ton tendrement moqueur, dont il l’affublait lorsqu’elle commençait à filer vers les hauteurs.
Petite araignée. C’était comme ça, qu’il l’appelait.
La petite araignée.

Et celle-ci, elle la voyait. Elle l’imaginait facilement, tissant sa toile dans le coin d’une pièce, glissant entre les larges poutres apparentes d’un vieux plafond menaçant de s’échouer. Elle devinait les perles de rosée reflétant les lueurs matinales sur ses fils fragiles, ses longues pattes et sa grâce volatile. Délicate créature, modèle d’agilité ; c’était la tête en bas qu’elle se sentait parfois la plus à l’endroit.

Mais cette idée, elle l’avait toujours tue. Ce n’était qu’en voyant les créations de l’artiste que ces pensées vinrent toquer à la porte de sa mémoire.
Néanmoins, elle n’eut le temps de s’y attarder : le voilà reprenant la parole.

Elle n’avait toujours pas été claire sur ses intentions ; mais elle ne l’était jamais, en réalité. Elle-même n’était pas certaine de parfaitement le savoir. Le Spectre oscillait entre deux moralités, lorsqu’elle daignait penser en posséder au moins une. D’un côté le profit, de l’autre la curiosité. Elle collectait les secrets à défaut de rassembler les souvenirs heureux - peut-être espérait-elle ainsi s’amuser de ceux, bien plus honteux, des malfrats de la pègre.
Elle n’en savait rien. S’en fichait, un peu.
Elle n’avait rien d’autre à faire que de vagabonder, de toute façon.

« Oh, c’est aimable à vous, dit-elle en hochant doucement de la tête. Je ne voudrais pas ruiner votre boutique, alors si je peux éviter de l’inonder… »

Effectivement. Même si Elena ne s’offusquait pas du droit - le sentir étant presque une bénédiction -, souiller le sol du salon d’eau de pluie n’était pas des plus plaisants. D’une main caressante, la voilà passant alors une dernière fois cette dernière sur les pages plastifiées de l’album, avant de lentement le refermer. Elle recula ensuite de quelques pas.
Passa une main sous sa capuche, pour rabattre une mèche brune derrière son oreille.

« Et, pour être honnête, reprit-elle d’une voix presque abyssale, je ne suis pas certaine de pouvoir profiter de vos services. Je crains que mon corps ne soit pas… disposé à les recevoir. »

Après tout. On pouvait bien lui arracher le bras, piétiner son coeur immobile, ou encore découper sa tête avec une hache ; qu’importaient les sévices et les tortures, il n’en resterait qu’un mauvais souvenir.
Sa peau était une toile solide. Figée dans la mort.

Mais, qui sait. Peut-être se trompait-elle.
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Encre et aiguille.

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