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 La loyauté d'un loup

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Blake Davis
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MessageSujet: La loyauté d'un loup   Jeu 17 Nov - 17:08

Une fois n'était pas coutume, Blake avait décidé de ne pas veiller toute la nuit. Il avait beau être du genre noctambule, ses insomnies chroniques le fatiguaient excessivement et il ne devait de tenir le coup qu'à sa capacité retrouvée à communier avec le loup, qui lui avait permis de retrouver une meilleure forme physique. Reste que de temps en temps, il fallait qu'il essaie de dormir correctement. Ce soir était l'un de ceux où il avait fait en sorte d'au moins essayer.

Il était couché dans sa bagnole, sur la banquette arrière, qu'il avait essayé d'aplatir au maximum afin de se donner plus de place pour bouger. On pouvait à juste titre se demander pourquoi il choisissait de crécher ici quand il aurait largement eu les moyens de se payer une chambre d'hôtel. Il avait décroché, mais ces presque deux décennies de travail lui avaient permis d'accumuler un pactole coquet, qui lui aurait largement permis de se payer une vie de luxe pendant un petit nombre d'années. C'était que paradoxalement, sa voiture lui paraissait plus confortable. Dans un environnement inconnu, il était à peu près certain qu'il n'aurait jamais réussi à vaincre cette incapacité handicapante à s'endormir.

Une pluie finie commençait à tomber sur les vitres. Le silence des rues l'apaisait, puis il y avait ces effluves familières. Le toucher caractéristique des sièges. L'odeur de clope froide, de cuir, et même ce fond d'hémoglobine qui finirait par disparaître entièrement à force que cette bagnole ne serve plus à cacher ni à transporter aucun cadavre l'entouraient d'un voile agréable. C'était ce qui ressemblait le plus pour lui à une maison. Un endroit où il pouvait provisoirement oublier le creux béant qu'il avait au milieu de la poitrine et qui cherchait en permanence à l'absorber dans sa noirceur. Il aurait été aisé de retomber. L'effet des réalisations qui l'avaient frappé durant son année au Canada commençaient à s'atténuer, et sa vie était toujours aussi vide et dénuée de sens. Pas qu'il en fut grandement étonné... Il n'était pas revenu à la Nouvelle-Orléans dans l'espoir de reconstruire sa vie, qu'il savait de toute façon foutue dans des proportions indécentes. Seulement, il avait pris des décisions qui lui étaient devenues difficiles à tenir. Revenir en arrière, respecter ses désirs profonds, c'était bien beau, mais quel intérêt si c'était pour finalement n'en avoir que plus envie de crever ?

Il se raccrochait au souvenir de ce qui avait failli lui arriver. Son loup était en train de devenir taré. Il aurait fini comme Terry. Même au fond du trou, même durant ses périodes les plus noires, il s'était toujours fait un devoir de ne pas finir comme cet enfoiré. Comme l'homme qui avait massacré sa famille. Il en avait blessé bien d'autres, des familles, mais au moins avait-il été conscient de ce qu'il réalisait. D'autant que cela n'avait pas changé grand chose qu'il participe à cette chasse à l'homme géante. Maintenant, d'autres le faisaient à sa place. C'était ainsi que fonctionnait ce monde de merde. Cette constatation le frappait avec la même réalité froide que du temps où il était complètement coupé de ses émotions humaines. Une vague de cynisme s'était réinstallée sur son terrain interne laissé vierge, effacé par les neiges du Grand Nord il y avait cela de longs mois.

Il grogna. Son dos grinçait. Il fallait bien avouer que la position n'était pas extrêmement confortable, surtout compte tenu du fait que son corps avait vieilli et ne supportait plus aussi bien ce type d'épreuves qu'avant. Il songea à se transformer. Les pensées du loup étaient moins retorses. Les laisser prendre le devant de sa scène mentale l'aiderait probablement à trouver le sommeil. Puis il douillerait aussi probablement moins, comme c'était quand même nettement moins inconfortable pour un canidé de dormir sur la banquette d'une voiture que pour un humain.

Au moment où il commençait à y songer sérieusement, son téléphone sonna. Il bugua quelques secondes, étonné qu'on l'appelle à cette heure. A une époque, ça aurait été courant. Mais ça faisait un moment qu'on avait cessé de l'appeler de manière trop récurrente pour lui proposer des contrats. La nouvelle de sa retraite commençait à s'être pas mal répandue. Blake se contorsionna pour attraper l'appareil. Dès qu'il vit le nom d'Esmera s'afficher, il répondit.

C'était pour ce genre de raisons qu'il n'avait pas encore complètement reviré. Il y avait des gens qui comptaient sur lui. Il avait bien l'intention de ne pas les décevoir.

"Allo ?"

Lentement, ses yeux s'ouvrirent alors qu'elle était en train de lui exposer son problème. Enfin... Elle était très vague, mais le principal y était. Il se redressa énergiquement en position assise.

"Donne moi ta position exacte. Je suis là dans dix minutes."

Les détails attendraient qu'il soit vers elle. Elle paraissait totalement retournée. La priorité était donc qu'il la rejoigne, car elle paraissait avoir besoin de son soutien, et pas seulement téléphonique. Par chance il n'était pas très loin d'une entrée des égouts. Il avait passé sa soirée dans le squat, qui était encore l'un des endroits où il préférait... squatter (tadam) lorsqu'il n'avait pas de raisons de se trouver ailleurs. Elle avait eu du bol qu'il décide de remonter pour dormir. Là en-bas, il n'était pas certain que ça aurait capté.

Dès qu'il eut les bonnes infos, il se pressa en direction de la bouche d'égout, qu'il souleva. L'odeur lui retourna vaguement l'estomac. C'était le souci lorsqu'on retrouvait subitement un odorat surhumain dont on n'avait plus l'habitude depuis plus de quinze ans... Face à ce type de puanteur, ça devenait un peu difficile de ne pas défaillir. Néanmoins il n'était plus à sa première fois, et il avait vu et senti des trucs encore plus dégueulasses au cours de sa vie. Comme à son habitude il prit sur lui et descendit dans les conduits sombres afin d'y retrouver Esmera.

Plusieurs minutes d'exploration plus tard, il entendit plus qu'il ne vit sa destination approcher. Il n'eut aucun mal à reconnaître la silhouette de la jeune femme malgré la pénombre épaisse. Il s'approcha d'elle à pas mesurés, désireux de ne pas la surprendre. Si elle s'était cachée ici, c'est qu'elle craignait d'être suivie. Ou recherchée. Elle lui avait annoncé avoir été piégée, n'est-ce pas ? Ça ne lui disait rien qui vaille. Le métamorphe s'accroupit à côté d'elle, vaguement soucieux.

"... Esmera. Je suis là."

Il aurait voulu enchaîner pour s'enquérir de ce qui lui était arrivé, mais il ne voulait pas trop lui en demander. Pour le moment, c'était déjà important qu'elle se rende compte de ça. Du fait qu'il était là, et qu'elle n'était plus toute seule face à son problème.
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MessageSujet: Re: La loyauté d'un loup   Ven 18 Nov - 16:30

Dix minutes…Ce n’est pas la mer à boire, mais là tout de suite ça me parait une éternité. Et moi qui pleure devant ma bougie et une vielle bouteille de la prohibition…J’ai l’air totalement ridicule. Et en même temps, je me sui faite piégée comme une idiote. Ce petit enfoiré est tellement bon, que si je n’étais pas se que je suis, je pourrais presque croire que c’est vraie. Que c’est moi qui l’ai agressée. Qu’en fait il ne voulait pas se faire mordre mais juste avoir une aventure. Sainte Vierge ! Besse m’avait dit de me méfier des maquillages trop prononcés !

Bon, il faudrait que je bouge un peu. Je ne suis pas sûre que mes explications fussent très claires et les caves des speakeasy n’étaient pas faites pour que n’importe qui tombent dessus par hasard. Mais prendre le risque de sortir… Non, ça ne devrait pas être dangereux…pas encore. Il faut que le BIAS arrive, puis calme la foule en colère, recueille la déposition de Caïn, si seulement c’est bien son nom, compare les descriptions pour faire un portrait robot et enfin se mettre à ma recherche. Je sors donc de la cave pour être un peu en vue dans les tunnels.

Le mur froid et humide contre mon dos nue encore une sensation bien réelle. Je me laisse glisser au sol. Le jupon en voile tombe mollement sur le côté de mes cuisses. Et si c’était vrai ? Et si je l’avais vraiment agressé ? Comment est-ce que je peux être certaine que je ne l’ai pas attaqué ? Est-ce qu’une seule fois il a dit clairement qu’il voulait être mordue ? Il l’a sous-entendue. Toute la soirée… Toute la soirée il ma pousser à changer mes habitudes, mais jamais il n’a dit le mot… C’est sur ce détaille que tout va se jouer.

Mais comment ai-je pue être aussi crédule ? Je l’ai laissé mener la danse. Je l’ai laissé me mener où il voulait. Maintenant je vais me faire arrêter et juger. Qu’est-ce qu’on fait aux vampires qui agressent les gens ? On les enferme peut être. Mais combien de temps ? Si ce n’est pas le TPH qui me met la main dessus avant les véritables forces de l’ordre.

Non ce n’est pas possible ! Pas avec se qui s’est passé il y a trois ans. Je me suis moi-même exilé pendant trois ans. Trois ans pour me convaincre. Je ne suis pas un monstre. Je le sais ! Je ne l’ai pas agressé ? Je ne lui ai pas volé son sang, il me l’a offert.

Je sens sa présence, ou plutôt je sens son odeur de métamorphe. Pourtant, je ne me sens pas la force de bouger. Je n’ai que la force de pleurer, mais pas avec violence. Non ! Tous les sanglots et les cries, je les ai déjà tous poussés il y a trois ans. Il ne me reste plus que des larmes silencieuses qui coulent tel un torrent. Pas de hoquet, ni de soubresauts gémissants. Juste des larmes. Seul le mur derrière moi m’empêche de trembler.

Je sens du mouvement. Il a due s’accroupir prêt de moi, mais je n’arrive toujours pas à bouger. Aucune motivation et toujours ces larmes qui coulent et qui ne se tarissent pas.

Il me parle et plus que tout, sa voix me fait l’effet d’un électro-choque salvateur. Je lève à peine un visage en larme .J’aurais au moins pue me frotter la bouche, la peau des lèvres me tire, je dois encore avoir du sang. Ça c’est une tête d’innocent.
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MessageSujet: Re: La loyauté d'un loup   Dim 20 Nov - 20:39

Esmera n'avait pas réagi à son approche. Elle ne s'était même pas tournée vers lui lorsqu'il s'était accroupi à côté d'elle. Le visage du vieux loup était un masque inexpressif qui ne montait rien des émotions qui l'assaillaient actuellement. Et pourtant, il était inquiet. Il en avait déjà eu la vague idée tout à l'heure au téléphone, mais quoiqu'il put être arrivé à Esmera, c'était grave. L'état de choc complet dans lequel il venait de la trouver en était la preuve.

Il ne voulait pas la brusquer, n'étant même pas certain qu'elle avait repéré sa présence, alors il commença par lui parler pour qu'elle le remarque. Il obtint enfin une réaction. Elle leva le bout de son nez et il put voir son visage en larmes, déformé par tant de détresse qu'il sentit son coeur se serrer. Ses lèvres se pincèrent. Ses yeux au prélable moribonds se  teintèrent d'une lueur compatissante.

Elle avait le visage ensanglanté, mais il n'en tint pas rigueur. Il se rappelait ce qu'elle lui avait dit au téléphone : on l'avait piégée. Plusieurs théories commençaient à germer dans son esprit. Et puis même si ça n'avait pas été le cas... Même si elle avait réellement agressé quelqu'un et que c'était à cause de ça qu'elle avait besoin d'aide, ça aurait été du pareil au même.

Il avait donné sa parole à Esmera et il n'en avait qu'une. Il l'aiderait quoiqu'il arrive, quoiqu'elle fasse. Ils n'avaient toujours pas réussi à mettre la main sur l'enfoiré qui l'avait transformée, mais c'était évidemment toujours au goût du jour, et si cette épreuve supplémentaire n'avait rien à voir, il s'en foutait pas mal. C'était pour ça qu'il était encore en vie. C'était la seule chose qui donnait du sens à son existence, en ce moment. Elle avait pris de l'espace dans son coeur en cours de décomposition, là où l'amour qu'il avait pour ses enfants résidait. Au début, il avait vu sa fille en elle, si elle avait eu l'occasion de grandir. Maintenant, le sentiment avait évolué. Il savait qu'Esmera n'était pas Kathleen, et pourtant, il était resté attaché. Dans le fond, il l'avait probablement un peu adoptée.

Elle était désespérément seule et dans le besoin. Abandonnée par les siens aussi sûrement que Blake avait abandonné le peu qui lui restait quand on l'avait mutilé de sa vie. Des âmes pétées comme les leurs ne pouvaient que s'entendre. Une belle famille de bras cassés recomposée, à qui il arrivait des crasses et qui en faisaient en retour, parce qu'on ne ressortait jamais intact de ce genre d'épreuves, à moins vraiment d'être un foutu ange.

Calme et posé, Blake réfléchissait à la meilleure approche à adopter. Elle n'était pas prête à parler. Se laisserait-elle toucher ? Il pensait qu'elle en avait peut-être besoin, mais en même temps elle pourrait aussi paniquer, se sentir oppressée si il l'approchait. Se faire rejeter ne lui aurait personnellement fait ni chaud ni froid. Il n'avait pas de fierté immature à protéger et, froidement, il fonctionnait en terme d'intentions : il cherchait à la soutenir. Si le biais par lequel il passait pour ce faire était mauvais... Eh bien ça arrivait. Pas de quoi en faire tout un pataquès. Dire qu'il n'était pas parfait aurait été un sacré euphémisme. A quoi bon craindre d'en donner la preuve supplémentaire ?

Non par contre, ce qu'il voulait à tout prix éviter, c'était d'empirer son état. Néanmoins l'inaction n'allait probablement pas lui faire beaucoup de bien non plus, alors ça valait probablement le coup qu'il essaie. Il tenta d'approcher doucement une main de sa joue pour essuyer les larmes qui coulaient. Il voulait voir si ses réactions à cette première tentative étaient ou non positives. Il essaya de l'amener à le regarder. A approcher son front du sien.

"Esmera... Hey. Regarde moi. Je suis là, et je vais t'aider. Quoiqu'il ait pu t'arriver... On va s'en occuper, d'accord ?"

Lentement, il essayait de poser son autre main contre son épaule afin de l'amener dans une étreinte qu'il voulait ferme et rassurante. Il n'irait au bout de son geste que si elle ne montrait aucun signe de résistance. Blake n'était plus vraiment habitué à ce qu'on l'accueille ouvertement.

"Ça va aller. Personne ne viendra nous chercher ici dans la minute. Et même si c'était le cas je saurais où aller."

Tenter de la rassurer sur leur sécurité relative était la deuxième meilleure idée qu'il avait pour le moment, afin d'essayer de lui venir en aide.
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MessageSujet: Re: La loyauté d'un loup   Lun 21 Nov - 10:57

Sa main approche et se pose sur ma joue. Elle est chaude, sa me donne envie sangloter, mais je n’en ai pas la force, juste des larmes silencieuses. Je le laisse faire, me concentrent sur ce qu’il me dit. Mon front touche le sien. J’écoute…Se sont des mots de réconforts. Il ne sait pas encore se qu’il s’est passé, mais il dit qu’il va m’aider. J’ai envie de le croire, mais je ne voie vraiment pas comment on pourrait s’occuper de ça. C’est bien trop catastrophique. Mais j’ai envie de croire se qu’il me dit, sinon, il ne me reste plus qu’à mourir.

J’hoche la tête. Je suis sûre que si j’ouvre la bouche, un flot incompréhensible de sons en sortirait, alors je préfère ne rien essayer de dire pour le moment et laisser cette boule qui m’étouffe à sa place. Je ne veux pas qu’elle remonte. Même si j’ai l’impression que sa me soulagerais, je ne veux pas être soulagé, car quand sa arrivera, je devrais voir la réalité en face et chercher un moyen de m’en sortir.

Il me prend dans ses bras et là c’est trop. Ma gorge va exploser en milles morceaux si je me retiens d’avantage. La boule est aux bords de mes lèvres et je la libère. Me voilà secoué de sanglots bruyants.

« Je…je…j’suis trop b…b…bête... je…je…je…j’aurais…ais…du…due…m…m…méfier. Pa…pa…pa…pardon…J…je…j’aurais….pas due….mordre.»

Et voilà, ça ressemble à rien, ça n’explique rien, ça ne sert à rein !

« Tais-toi … »

La tête enfuie dans l’épaule de Blake, je ne suis pas sûre qu’il entende ce que je dis et encore moins qu’il comprenne au milieu des larmes qui sont maintenant très bruyantes. Les phrases saccadées et entrecoupées de pleures, et voilà que je me parle à moi-même. Ça me pendait au nez. J’essaye de me calmer, mais c’est peine perdue.

Les mots de Blake n’aident pas mais sont réconfortant. Elle aussi à trouver un endroit où se cacher, mais elle est rassurée de savoir qu’il a déjà prévue un lieu sécurisé. Elle voudrait lui dire que la cave n’est pas loi, mais elle n’arrive plus à aligner deux mots. Et puis là au sol dans ses bras, elle est bien, elle peut se laisser aller et ça, ça aide un peu.

« M...m....meu...meu...»

Même bredouiller un merci est devenue trop compliqué pour elle.
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MessageSujet: Re: La loyauté d'un loup   Sam 10 Déc - 21:05

Blake était coincé entre deux sentiments contradictoires. D'un côté, l'inquiétude résidait. Il était évident que quoi qu'ait pu vivre Esmera, c'était quelque chose de grave, et la sortir de ce mauvais pas n'allait pas être de tout repos. Le loup noir n'était jamais contre un bon challenge et il n'en était pas à son premier contrat difficile, mais avec le peu qu'il savait à l'heure actuelle, rien ne lui permettait de savoir si ses compétences suffiraient. Celles de certains de ses contacts feraient très certainement le reste, mais d'ici là, il allait falloir mettre Esmera en sécurité, sachant qu'il y avait de bonnes chances pour que le BIAS soit après son cul.

...Eh bien ça ferait deux d'entre eux. Le BIAS n'était pas activement à sa recherche, comme il avait miraculeusement réussi à sauver sa couverture malgré les conneries énormes qu'il avait enchaînées lors de sa première arrivée dans cette ville, mais si ils avaient su de quoi il était coupable, nul doute qu'il aurait fait un aller simple en direction du couloir de la mort.

D'un autre côté, il était rassuré de voir que ses tentatives d'approche fonctionnaient et qu'elle ne le rejetait pas. Elle l'avait appelé, donc en un sens c'était qu'elle voulait quelque chose de lui, mais dans l'état qui semblait être le sien à l'heure actuelle, elle aurait tout aussi bien pu refuser tout forme de réconfort. Ou bien ne pas avoir ce genre d'attentes le concernant.

Néanmoins elle avait clairement besoin de soutien, et c'était donc une bonne chose qu'elle réagisse positivement à sa présence. Subitement, il la sentit imploser entre ses bras. Elle vint enfouir son visage dans le creux de son épaule. Il la serra fermement contre lui, afin qu'elle comprenne par les gestes qu'il n'avait aucunement intention de la lâcher. Au sens propre, comme au figuré. Le menton posé sur sa tête, il se mit à caresser doucement ses cheveux et il ferma les yeux, concentré sur les sanglots qui la secouaient pour essayer d'y comprendre quelque chose.

C'était presque peine perdue. Elle n'était pas en état de parler, et le peu qu'il parvenait à deviner de ses propos ne lui apprenait pas grand chose de neuf. Si ce n'est qu'elle aurait dû se méfier, et qu'elle avait mordu la mauvaise personne. Ça allait dans le sens de ses théories, et ça n'augurait rien de bon. Mais avant d'y mettre la moindre pensée supplémentaire, il attendrait qu'Esmera aille un peu mieux. Ce n'était pas le moment de tracer des théories dans le vent. Elle était en détresse, et ce n'était pas de parler, qu'elle avait besoin à cet instant précis, mais d'évacuer ce trop plein d'émotions et de tension qui débordait de tous les bouts. Il ne fallait pas qu'elle lutte. Elle n'avait pas besoin de se justifier avec lui.

Elle ajouta quelque chose qu'il ne fut pas certain de comprendre, car ça paraissait hors contexte, à moins qu'elle ne soit rendue au stade où elle se parlait à elle-même. Peu importait : quand on était dans ce genre d'état, c'était plus ou moins normal de dire n'importe quoi, et parfois c'était ce dont on avait besoin, alors il ne ferait aucun commentaire, et il se contenterait de garder sa propre ligne de conduite, qui consistait à essayer de la rassurer. De lui montrer, doucement mais sûrement, qu'il n'y avait aucune raison concrète de paniquer tant qu'ils étaient dans cet environnement secret, protégé. Et qu'ils auraient tout le temps de penser son problème de façon rationnelle afin de le régler, en minimisant au possible les dégâts.

Il n'eut pas l'impression que ce qu'il disait avait le moindre effet. Elle se détendait lentement, mais il y voyait là le résultat de la façon dont elle était en train de tout lâcher plus que d'une quelconque intervention de sa part. Ça ne l'empêchait pas d'essayer. Il savait par une expérience acquise il y avait de cela une éternité que le ton d'une voix rassurante était en mesure d'aider tout créature animale ou humaine à retrouver l'apaisement qui lui manquait. Par extension, ça fonctionnait aussi sur les vampires.

"Prend ton temps... Lâche tout... C'est le plus important pour le moment. Ne te soucie pas du reste... On va s'en occuper."

Il se répétait, mais on s'en foutait un peu. L'important, c'était que le message passe.
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MessageSujet: Re: La loyauté d'un loup   Jeu 29 Déc - 11:11


Depuis combien de temps suis-je entrain de pleurer ? Combien de minutes à tremper la veste du métamorphe loup ? Je suis pathétique, ridicule et détestable ! Pourquoi a-t-il fallu que je sois si faible ? Pourquoi suis-je passée par cette ruelle au lieu du grand boulevard ? Pourquoi ai-je voulu faire la fête il y a trois ans ? Pour quoi on m’a transformé puis abandonné ? Suis-je si pathétique ? Si haïssable que même mon monstrueux créateur n’a pas voulu de moi ? Et maintenant je suis punie pour un crime que je n’ai pas commis ce soir mais il y a trois ans. Peut être que ce n’est pas plus mal. Peut être que je devrais laisser Caïn ou quelque soit son véritable nom, faire. Je devrais me rendre, comme ça se serait réglé. Et ma vengeance alors ? Personne y pense ? Je ne me laisserais pas tuer une deuxième fois sans avoir d’abord fait payer celui qui est responsable de tout ça ! A quoi bon ? Jamais on ne le retrouvera. Ça fait trois ans maintenant. C'est impossible qu'on tombe dessus par hasard, et quand bien même. Plus le temps passe plus le nombre de mes alliés diminue à vue d’oeil. Bess me l’a dit : plus il est vieux, plus le vampire est fort. Je ne serais donc jamais en mesure de le détruire. C’est certain que ce n’est pas en pleurant que les choses changeront.

Les sanglots diminus. Les caresses semblables à celles de mon père commencent à m’apaiser, faisant appel à des souvenirs agréables, si loin de maintenant. J’aimerais suspendre le temps...mais c'est chose vaine. Au moins j'étais à l’abris enfermée dans ma maison. Je n'aurais pas dû sortir. Devenir un hermite n’est pas une solution. Je le sais mais c'est tentant.

Il est gentil de vouloir s’occuper de moi, moi qui n’est rien fait pour lui. Je ne sais pas se qu'il pourrait bien faire. Le mal est déjà fait. J’imagine facilement Caïn en train d’expliquer aux agents du BIAS comment je l’ai agresseur alors qu'il pensait avoir à faire à une jeune femme normale. Tout en jubilant intérieurement comme le monstre qu'il est. Il a bien choisi son nom. Caïn, le premier assassin, le premier monstre.

”Merci... “

Ça y est, j’arrive enfin à prononcer des mots entiers. Pas certaines que je puisse réaliser le même exploit avec des phrases. Complètes. Mais il le faut. Il faut qu'il se rende compte de la gravité de la situation.

Je ne veux pas échapper à son étreinte et m’accroche à son dos. J’essaye tan bien que mal de mesurer la force qui est mienne, mais je ne sais pas si j’y arrive. La dernière fois il ne s'est pas plaint alors que j’enfonçais mes ongles dans sa chaire. Je garde ma tête dans son coup. Il faut croire que je suis dans un état bien étrange. Posée contre sa carotide, j’entend son pull et pourtant...la Soif ne se manifeste même pas.

” Il était gentil avec moi...mais il voulait que je le morde...je le jure. Je ne voulais plus mordre les gens.“

Ça non ! Je ne voulais plus et me voilà vacciné pour un long moment.

”Il m’a poussé à le faire. Il m’a fait entrer dans un bar d’humain et il a râlé quand j'ai voulue boire une bière.“

J’essaye d’organiser mes pensées pour dire les phrases dans le bon ordre mais ce n’est pas facile. Ma rencontre avec ce personnage incongru, je n’aurais pas dû rester avec lui. Son numéro digne d’un mauvais filme et moi qui tombe dans le panneau.

”Il a tout fait pour me convaincre et quand je l’ai mordue il s’est mis à hurler et tout le monde à crue que je l’attaqué...m..m…mais c'est pas vrais. “

Les pleurs reprennent le dessus pendant quelques secondes. Qu'est-ce que j'aimerais pouvoir m’endormir d’epuisement.
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MessageSujet: Re: La loyauté d'un loup   Mer 8 Mar - 18:07

Le silence profond coupé uniquement de respirations saccadées qui se réverbéraient contre les murs des souterrains formait le dernier repère qu'il était possible de garder dans cet environnement. Ça, et le contact frissonnant du corps de la jeune vamp inconsolable. Il faisait sombre. Blake finit par perdre la notion du temps, uniquement concentré sur la tâche qui lui incombait de soutenir Esmera dans cette nouvelle épreuve, survenue alors même qu'ils n'étaient encore arrivés à rien concernant la première - son créateur, son violeur, était toujours dans la nature.

Il restait aussi concentré sur les éventuels parasites sonores qui auraient pu naître dans l'obscurité sans qu'aucun d'eux deux, ni un quelconque rat aussi aventureux qu'inoffensif, en soit à l'origine. Il avait beau eu dire et répéter qu'ils ne risquaient rien tant qu'ils étaient cachés ici, on n'était jamais trop prudent. Il existait toujours un risque faible pour qu'Esmera ait été remarquée par des témoins, ou suivie, ou encore pour qu'un agent un peu trop malin ait deviné qu'elle viendrait se planquer ici.

Au bout d'un temps qui aurait pu ne durer que quelques secondes autant que plusieurs dizaines de minutes, il la sentit remuer contre lui, ce jusqu'à ce qu'elle parvienne à articuler deux syllabes. Un mot stable, un mot cohérent. Le premier depuis qu'il était arrivé. Mieux ne valait pas crier victoire trop vite cela dit. Il sentait à son étreinte forte que ce calme illusoire ne tenait qu'à un fil et qu'il aurait suffi de rien pour qu'elle se noie à nouveau dans les eaux gluantes de la panique et de la détresse. A vrai dire, ça aurait probablement été douloureux si son corps avait été moins entrainé. Sa nature métamorphe et sa musculature solide lui donnaient les moyens de supporter cette pression sans véritable handicap. Ça aurait été gênant qu'il soit obligé de lui demander de restreindre ses ardeurs afin qu'il puisse respirer. Il ne voulait pas la perturber. Elle en avait visiblement déjà eu assez.

Elle resta encore un moment ancrée à lui sans ajouter un mot de plus. Il fit de même, les yeux posés sur ce qu'il apercevait du haut de son crâne échevelé, sans cesser de lui rendre son étreinte, qu'il cherchait à rendre la plus rassurante possible.

Elle parvint enfin à parler. Blake n'accusa aucune surprise. Les traits de son visage s'assombrirent, mais on ne pouvait y lire qu'une résignation mortifiée. Elle était en train de confirmer ses craintes. Ces théories auxquelles il n'avait pas voulu donner de suite avant qu'elle ne le mette effectivement sur leur piste.

Placide, impavide, il écouta les explications d'Esmera sans chercher à l'interrompre. Elle avait donc rencontré une personne qui avait été gentille avec elle et qui souhaitait qu'elle la morde. Esmera avait eu de mauvaises expériences qui l'avaient amenée à éviter cette façon de s'alimenter mais on l'avait convaincue après l'avoir "innocemment" invitée à aller boire un coup dans un endroit d'apparence anodin. L'infâme marionnettiste devait être très fort, parce qu'il avait malgré tout réussi à obtenir ce qu'il demandait. Et dès que c'était arrivé, il avait retourné sa veste afin de faire croire à un viol sanguin.

Blake devait doucement mais sûrement s'être mis à grincer des dents, car il prit subitement conscience qu'il avait les mâchoires serrées et douloureuses. Il relâcha la pression et soupira, cherchant l'ordre dans lequel délivrer les informations qu'il avait en sa possession. Ce mode opératoire lui était trop familier pour que ça ne soit qu'une coïncidence. Il fallait qu'il informe la rouquine. Il fallait qu'elle sache ce à quoi elle avait à faire. Et qu'elle comprenne qu'elle n'y était pour rien. Cette ordure était un professionnel, au même titre que Blake l'avait été. Il n'y avait pas de quoi être fier de ce genre de records.

"Le marchand de mort. Il est en ville et il t'a prise pour cible. C'est une des pires raclures dont j'ai jamais entendu parler..."

Il marqua une très brève pause afin d'organiser ses pensées.

"On en sait très peu sur lui. A vrai dire on ne sait même pas si c'est une personne unique ou bien si ils sont plusieurs. C'est un manipulateur expert, un acteur, un pro du déguisement, si bien qu'il reste parfaitement anonyme parce qu'il n'arbore jamais la même identité. Cela dit on penche plus pour une personne unique dans le sens où aucune de ses actions n'a jamais eu lieu à deux endroits simultanément ni sans qu'il ait eu le temps de faire le trajet correspondant. On le pense affilié au TPH dans le sens où ça serait  presque impossible qu'il puisse masquer ses pistes aussi efficacement si il faisait cavalier seul. Comme je disais, une vraie petite raclure, qui prend plaisir à jouer avec le mental de ses victimes."

Un grognement énervé lui échappa enfin tandis qu'il rajoutait entre ses dents serrées :

"... Mais il ne va plus rire très longtemps. Il ne peut pas se casser immédiatement à moins de vouloir griller sa couverture, ça le rendrait trop facile à identifier, à pister. On va se le faire avec des petits oignons..."

Et effectivement, le contexte leur était favorable. Blake n'était peut-être pas fan des cosmétiques capillaires, des lentilles, des postiches et autres atours favorisant l'anonymat, mais lui aussi était un professionnel reconnu dans le milieu de l'assassinat rémunéré. Mieux : la traque était l'une de ses spécialités, si bien qu'il relevait le défi avec joie. Cette pointe d'excitation malsaine qu'il ressentait toujours avant la chasse se distillait présentement dans ses veines, accompagnée d'un nuage de culpabilité nettement plus exotique. C'était un sentiment qu'il n'avait réappris que récemment.

Sans compter qu'ils ne seraient pas seuls. Il aurait mis sa main au feu que le marchand de mort faisait partie des cibles numéro un du Talion. Il n'avait pas de contacts louisianais dans l'organisation, mais il savait de source sûre qu'il était bien présent dans la région. Non vraiment... Cette racaille avait mal choisi sa cible. L'heure des comptes avait sonné.
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MessageSujet: Re: La loyauté d'un loup   Jeu 14 Sep - 10:12

Le quoi ? Qu'est-ce que c'est un marchand de mort ? Pour quoi il s'en est prit à moi ? J'écoute ce que Blake me dit sans vraiment comprendre. Il y aurait vraiment des gens dont la seule passion dans la vie serait de pourrir celle des autres à ce point ? Je n'arrive pas à y croire. Et pourtant n'est-ce pas ce qui vient de m'arriver ? C'est carrément surréaliste !

Pas tan que ça... après un petit temps de réflexion. Ce n'est pas plus difficile à croire que les nazis qui persécutaient les gitans et les juifs. En fait, l'Homme de change pas et s'attaque encore et toujours à ce qui est différent de lui. La cible change, mais pas les raisons...la peur de la différence. Je vais lui donner des raisons d'avoir peur... Non ! Je ne dois pas laisser la colère m'envahir. Tout ça arrive parce que je suis bien trop naïve.

Il joue avec le mental de ses victimes ? Voilà qui me fait l'effet d'une douche froide. Ça me renvoie à mon instabilité qui dure depuis bien trop longtemps. Je suis déjà brisée ce n'est pas un scoop. Mais c'est vrai que je tentais de me reconstruire ce soir. Et voilà le résultat. Ça n'a pas due être trop dur avec moi pour le génie de la manipulation que me décrie le métamorphe.

Le choc a eu ça de bon que je ne pleure presque plus. Mes sanglots se sont arrêter, même si les larmes elles continuent a couler, au moins je ne suis plus secouée de tremblements. J'arrive à lâcher Blake. Mon sauveur. Le seul en trois ans qui n'a pas essayer de me faire du mal.

Qu'est-ce que je peux faire maintenant ? Je relève la tête et lâche sans conviction mon étreinte. J'ai beaucoup de mal à quitter la sécurité de la chaleur corporelle qui m'offre si gentiment. C'est bien trop dur de m'éloigner et de me priver ainsi de ses bras réconfortant, mais je dois le faire...pour avancer !

« Qu'est-ce que tu veux dire par là ? »

Voix faible et presque implorante. Je ne sais pas qu'est-ce que j’attends de lui. Est-ce que je l'ai appeler seulement pour avoir du réconfort ? Ou je voulais plus ?
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MessageSujet: Re: La loyauté d'un loup   Sam 11 Nov - 12:10

Esmera l'avait lâché et elle s'était redressée, accroupie face à lui mais moins effondrée maintenant qu'elle avait pu dans une certaine mesure évacuer angoisses et affliction. L'étreinte avait été remplacée par une connexion invisible, dans le noir. Il observait les seules choses qui s'en détachaient : sa silhouette dans la pénombre. Ses yeux dont la cornée brillait du peu de lumière qui parvenait à passer dans ces couloirs profondément isolés de la moindre source directe.

Ses yeux, qu'il devinait exprimer un doute qui n'avait pas lieu d'être. Ne lui avait-il pas déjà offert son aide ? Ne s'était-il pas déjà lié à elle par un serment, prononcé sur un coup de tête lors d'une soirée printanière étrange où le son d'un violon l'avait guidé au travers de la forêt ? Même à l'époque où on ne pouvait plus se fier à lui, car il était capable de retourner sa veste contre un ancien employeur dès qu'il avait mené à bien la mission qui lui avait été donnée, Blake avait toujours mis un point d'honneur à honorer ses contrats. Cette époque était révolue, il avait retrouvé des parties de lui qu'il avait crues mortes et enterrées pour de bon. Ce contrat là, de ce fait, n'avait ni date de péremption, ni limite de cibles définie.

"Je t'ai dit que je t'aiderais à retrouver l'enfoiré qui t'as transformée. Parce que c'est une ordure, et parce qu'il t'a fait du mal. Le monde se  portera mieux sans lui. Eh bien il se trouve que le marchand de mort correspond aussi à cette définition. La nuance, c'est qu'il va falloir le piéger avant de l'étriper, si on veut avoir une chance de t'innocenter. La bonne nouvelle, c'est que je sais avec qui nouer des contacts pour y parvenir."

Il marqua une pause de plusieurs secondes alors qu'il réfléchissait. Il y avait bien d'autres choses qu'il voulait dire, mais cela faisait longtemps qu'il n'avait plus aucune expérience en terme de quelconques effusions et il n'était pas certain de réussir à s'exprimer clairement. Ni tout à fait sûr d'avoir envie d'en dévoiler autant. Esmera avait essuyé un nouveau coup dur et on pouvait compter sur le marchand de mort pour avoir creusé une estime de soi qu'il savait vacillante. De là, les états d'âme de Blake ne comptaient plus. Il se considérait encore et toujours comme un homme mort qui foulait par accident la terre, parce qu'on avait oublié de l'achever. Lui était foutu. Il avait fait son temps. La meilleure chose qu'il lui restait à faire, c'était d'utiliser cette capacité qu'il avait encore d'agir sur le monde physique au profit de ceux à qui il tenait. Ian, Stephan, et maintenant Esmera. Peu importait ce qui était bon ou pas pour lui.

Il posa un genou à terre de sorte à s'approcher plus près de la jeune vamp, sur l'épaule de laquelle il posa une main ferme.

"Le soir où je suis arrivé chez toi pour la première fois, j'errais sans but. J'avais perdu toute raison de continuer à vivre depuis un grand nombre d'années, et j'avais aussi perdu ce qui depuis m'animait, à la place. La haine, la rage, le goût de la traque, la mécanique facile d'une vie qui leur est dédiée : accepter une cible, trouver la cible, piéger la cible, éliminer la cible, et puis recommencer. Je me suis retrouvé plus jeune dans certaines des épreuves que tu as vécues. Tu... m'as évoqué d'autres choses, parmi celles que j'ai perdues. Et puis quelque chose s'est passé au fil de la discussion. Je ne t'ai pas proposé mon bras uniquement par charité."

Il arrivait que des semi-transformations arrivent lorsque un métamorphe ressentait une forte émotion. Le plus souvent, il s'agissait de la colère. Mais cela pouvait aussi arriver avec d'autres, telles qu'un fort élan de loyauté et d'affection inconditionnelle. Les yeux que Blake pointait sur la rousse étaient maintenant différents. L'éclat jaune vert typique des prunelles d'un prédateur nyctalope dardait sur elle sans faillir.

"Je veux que tu saches que tu peux compter sur mon aide, si tu en veux, peu importe la situation. Tu mérites d'être heureuse et de prendre ta revanche sur cette bande de connards, et sur le monde au passage. Hors de question que je les laisse pourrir ton existence les bras croisés. Ni que je les laisse te convaincre que tu n'en vaux pas la peine. Ni eux, ni personne d'autre."
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La loyauté d'un loup

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