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 Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).

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Jesse Coleman
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Mer 6 Déc - 22:33

Dès que les mots eurent quitté sa bouche, Jesse sut qu'il avait touché juste. Pas que ce soit exceptionnel le concernant, il avait bien montré jusqu'à présent qu'il était de ceux qui n'ouvraient la bouche que pour exprimer des vérités criantes, mais au vu de la détresse et de la douleur dans laquelle on pourrait se noyer en plongeant dans le regard de son hôte, il s'agissait sûrement de la forêt cachée par l'arbre. Son rapport à sa mère.

Il avait tant et si bien ciblé le problème que le métamorphe paraissait se faire violence pour justement éviter d'en user. Tranquille, le doctorant ne craignait pas cet excès de rage. Tout d'abord, parce qu'il n'y avait pas grand chose qui lui faisait réellement peur, et ensuite parce qu'il s'y attendait : c'était la technique de défense de l'homme, de se cacher derrière sa colère lorsqu'il entendait quelque chose qui ne lui plaisait pas ou qu'on le mettait au pied du mur. Et comme Jesse enchaînait l'un et l'autre depuis qu'il était arrivé, cette issue était plus qu'attendue.

Mais aussi parce qu'il voyait qu'Asch ne voulait pas donner libre cours à cette violence. Tant que l'étudiant n'en rajoutait pas, ou ne faisait pas mine d'être effrayé, il parviendrait probablement à se calmer de lui-même. Après tout, il n'était pas un animal à qui on pouvait ordonner d'arrêter d'aboyer, mais un être humain avec des capacités de réflexion bien plus développées que ce que l'on pourrait croire au premier abord.

Finalement, quand il eut retrouvé assez de contrôle pour prendre la parole, le locataire des lieux fit à son tour un constat plein de justesse. Jesse lui répondit par un léger sourire qui, allié à l'éclat dérangeant de ses prunelles grises, pourrait paraître dangereux. Parce qu'il l'était, effectivement. Et il le savait. Evidemment, être capable de récolter autant d'informations aussi facilement n'était pas dangereux uniquement pour les autres, mais aussi pour lui-même, s'il les partageait avec les mauvaises personnes. Mais le brun possédait assez de discernement pour ne pas risquer ce genre de fin : il savait parfaitement à qui il pouvait lancer ses déductions sans crainte et face à qui il fallait faire preuve de beaucoup plus de discrétion. La question de l'outre, néanmoins, était légitime, et il prit le temps d'expliquer.

"C'est mon domaine d'études. J'observe, j'écoute, j'analyse et j'apprends. Tu as de la chance, je ne partage que rarement mes conclusions. Pour ta mère... Freud. C'est toujours la faute de la mère."

Un léger rictus pour montrer qu'il n'était pas vraiment sérieux sur cette dernière partie, avant de continuer.

"Tu as dit qu'elle avait levé le blocage de ta transformation. Si cela avait été fait avec de bonnes intentions, tu n'en serais pas à accepter à peine être métamorphe. Tu aurais été au courant et eu connaissance de ta nature avant de te la prendre en pleine face. Pour avoir levé (et je suppose mis) ce blocage elle-même, il s'agit probablement d'une wiccane. L'inimitié entre métamorphes et wiccans fait partie de ces choses immuables. Il existe des exceptions, bien entendu, mais au vu de ce fameux blocage, je doute que ta mère porte ce type d'outres dans son coeur. La déduction était facile."

Il finit avec un haussement d'épaules. Facile pour quelqu'un possédant ses capacités d'analyse et de réflexion, ainsi que son intelligence générale.

S’occupant brièvement de la nourriture, il revint sur le sujet principal de leur entrevue (parce qu’à ce stade on pouvait presque penser que l’un s’était converti en psychologue et le second en client) en mentionnant Stephan. Dans son champ de vision, il pouvait voir le métamorphe-loup se préparer à l’impact aussi efficacement que si ses paroles étaient des coups de poings... et finalement, il n’avait peut-être pas tort.

Le brun voyait la colère de plus en plus éclatante au fur et à mesure de son discours. Ce n’était une fois de plus pas étonnant. En effet, qui pouvait penser qu’on était plus soi-même dehors que dans son petit nid douillet ? Stephan avait merdé sur ce coup, et dans les grandes largeurs. Sa peur de l’engagement était si évidente que le doctorant se demandait comment il pouvait se retrancher derrière le fait qu’Asch avait eu deux comportements bien différents (car, bien qu’il n’ait pas été témoin de la scène entre les deux métamorphes aujourd’hui, il avait lui-même expérimenté les deux facettes de l’homme aux cheveux rouges, rien qu’en venant ce soir).

Son hôte baissait les yeux alors qu’il mettait, même ironiquement, en mots les pensées qu’il devait avoir sur lui-même depuis qu’il était assez grand pour le faire. Certains parents avaient un don pour briser leur progéniture, et nul doute que c’était ce que la mère d’Asch avait accompli. Il allait lui falloir du temps, et beaucoup de soutien pour passer au-dessus de cela.

Surtout si le soutien en question était un idiot incapable de voir plus loin que le bout de son nez.

Jesse tendit une assiette pleine en direction du métamorphe, mais il ne la prit pas, pour la bonne raison qu’il était debout et vraisemblablement enragé, cette fois. Loin d’être vexé, l’étudiant posa le plat sur la table et entreprit d’en servir un autre, pour lui-même cette fois. Il n’allait pas intervenir avant que le videur ne se soit calmé. Non seulement parce qu’il avait un instinct de survie suffisant pour savoir qu’il valait mieux dégager du chemin de l’homme à cet instant précis, mais aussi et surtout parce qu’il avait besoin de cette colère. Elle était bien plus bénéfique que l’état lamentable dans lequel il avait été jusqu’à présent, et ne devait pas être intériorisée, sinon elle pourrait résulter en quelque chose de bien plus compliqué à gérer.

Le métamorphe trouva néanmoins le moyen de répondre à sa question sous-entendue, d’une phrase qui fit pétiller d’amusement son regard gris caché derrière ses lunettes. Oui, en effet, cela ne fonctionnait pas comme ça, il était bien d’accord. Et il était bon qu’Asch lui-même soit conscient de cela, parce que vu son gros souci avec sa sexualité, Jesse n’était pas certain qu’il avait cette vision des choses. Mais voilà qu’il le lui confirmait, ce qui était une bonne chose.

Et soudain, la colère éclata. Enfin, un objet qui était dans la cuisine, toujours. Sous l'impulsion du métamorphe, qui apparemment n'avait réussi à réguler sa rage que le temps de trouver une cible socialement acceptable. De son côté, Jesse avait commencé à manger. Il savait parfaitement que le videur n'allait pas pouvoir le joindre de suite, et c'était meilleur chaud.

A sa nouvelle réplique, l'étudiant eut un rictus. Ce serait amusant d'être témoin d'une telle scène... Avant une mise en couple, si les deux protagonistes étaient intéressés, pouvait-on parler de violences conjugales, ou pas encore ?

Non, le brun n'avait aucune compassion pour le barman. Il méritait les pensées assassines que son collègue lui destinaient. Les coups, certes, moins... mais ça c'était parce que son côté mesquin avait décidé de s'exprimer.

Après quelques secondes de silence, Jesse se décida à intervenir.

"Tu as déjà pensé à investir dans un punching-ball ? Je suis certain qu'il en existe renforcés à la magie wiccane pour être plus résistants à la force des métamorphes... Parce qu'à ce train-là, ça doit te coûter une petite fortune en mobilier."

Quel intérêt de rebondir sur ce qui venait d'être dit ? Autant continuer la conversation. Au moins, cela aurait une chance de calmer le jeune homme.
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Asch Räder
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Jeu 7 Déc - 1:24

Jesse était flippant. C'était le moins qu'on pouvait dire, et cette impression n'était en rien arrangée par la façon dont il fixait Asch depuis que ce dernier avait fait le constat qui s'imposait : ce mec était dangereux. Cette capacité qu'il avait de cerner les gens extrêmement rapidement, et avec peu d'informations, aurait pu être utilisée de bien des manières perverses. Vu les fréquentations du jeune homme, à vrai dire, Asch préférait éviter de penser à ce qu'il faisait effectivement lorsqu'il était dans de moins bonnes dispositions que ce jour là.

Pour une fois qu'Asch n'était pas la cible de la méchanceté d'un des manipulateurs en chef de la ville, il n'allait certes pas se plaindre.

Parce que c'était peut-être son "domaine d'études", ainsi qu'il s'en justifiait, mais Asch ne restait pas persuadé que toutes les personnes qui étaient dans son "domaine d'études", même à aussi haut niveau que lui, furent aussi douées pour mettre en pratique leurs théories.

Avant qu'il ne comprenne que c'était une blague, la réflexion sur Freud laissa Asch perplexe, ce qui se vit à la tête qu'il tirait. Non pas qu'il y connût grand chose, car après tout il avait lâché ses études prématurément, mais il se rappelait plutôt bien de sa sœur lui expliquant à une quelconque occasion que les théories de ce mec étaient depuis longtemps dépassées, et qu'on ne lui accordait plus qu'un crédit ridicule, tandis qu'aux débuts de la psychanalyse il tenait lieu de figure de proue et de modèle pour toute la profession.

Mais le rictus du brun leva toute trace d’ambiguïté. Une lueur de compréhension passa dans les yeux du rouquin, qui eut cela dit du mal à rire avec son vis-à-vis ce coup-ci, par parce qu'il ne voulait pas le faire, mais parce qu'il n'était pas sûr d'avoir les connaissances nécessaires pour comprendre toutes les nuances de la plaisanterie, et qu'il n'était pas très à l'aise à l'idée de le montrer.

S'en suivirent des explications plus sérieuses dont Jesse lui faisait visiblement le cadeau peu commun, car il avait l'air de dire qu'il s'adonnait rarement à cet exercice. Asch écouta avec attention, très curieux de comprendre comment il avait pu cerner autant de choses sur lui sans qu'il ait eu conscience de permettre de telles déductions. La concentration requise lui permit d'évacuer l'agacement initial et de perdre toute envie de bouffer le nez de Jesse pour se venger d'avoir été mis une fois de plus dos au mur.

Il comprit rapidement que c'était, en partie, une question de mémoire. Asch avait déjà oublié avoir parlé de la façon dont sa mère avait levé le blocage qui l'empêchait de se transformer, mais effectivement, maintenant qu'il le disait, il se rappelait de cet épisode de la soirée, qu'il avait pensé anecdotique. Non seulement Jesse s'en était souvenu, mais en plus de ça il avait su invoquer le souvenir au bon moment afin de tirer de cette information le maximum de conclusions possibles.

Par la suite il avait fait divers liens, dont certains un peu hâtifs bien que tout de même partiellement pertinents. Malgré les quelques "erreurs" qu'il avait faites, il en était arrivé à deviner quelque chose de très précis et de très juste, en usant d'argument très logiques qu'Asch comprenait parfaitement maintenant qu'ils étaient énoncés. Un raisonnement pareil, il avait fallu le sortir, et Jesse l'avait fait en temps réel, en même temps qu'il devait gérer une situation de crise. Le rouquin esquissa une moue impressionnée. Un mouvement de tête valida l'ensemble, même si il se sentait obligé de fournir des précisions là où quelques détails péchaient. Il était presque heureux que ces détails existent. Ça avait quelque chose de rassurant de voir que son interlocuteur ne pouvait pas non plus tout deviner.

"A vrai dire pour le blocage, c'est plutôt ma tante qu'il faut blâmer. Elle est juste nulle pour la Wicca. Elle m'a accidentellement mis au centre d'un accident magique quand j'avais quatre ans et visiblement ça a déglingué quelque chose. Quant à ma mère, elle a d'autres raisons plus personnelles pour blâmer les métamorphes... mais je dois admettre que je partais de toute façon perdant. Elle détestait déjà l'idée que je sois juste un norme. Ensuite, c'était évidemment pire. Pour diverses raisons, du coup."

... Il ne savait pas trop pourquoi il lui racontait sa vie. Ce n'était pas utile. Ça ne faisait pas avancer le schmilblick et en plus de ça, il venait probablement de lui donner de quoi deviner environ un autre million de trucs sur lui. Si ça se trouve, ça lui aurait peut-être suffi pour capter dans quel cadre avait eu lieu sa naissance. Ou même que sa mère faisait partie de la mafia W, même si bien des wiccans sans lien avec cette organisation pouvaient se montrer quoiqu'il en soit méprisants à l'égard de ceux qui ne partageaient pas leur magie.

Asch avait probablement plus besoin de parler que de rester prudent. Il était si rare que quelqu'un le comprenne qu'il profitait de l'occasion, quitte à se mettre en danger. Et en même temps il avait été sur le point de mettre fin à ses jours, alors comment dire que l'auto-préservation, il s'en foutait à l'heure actuelle un tantinet...

Cet interlude terminé, le sujet revint presque immédiatement sur Stephan et Asch eut le réflexe bien avisé de se préparer à encaisser quelque chose de difficile. Malheureusement, cela ne fut pas assez pour juguler la colère intense qui s'empara de lui lorsqu'il assimila ce que Jesse était en train de lui dire sur Stephan.

Sur la manière dont le barman l'avait finalement tout aussi mal jugé que le reste du monde, si bien qu'Asch se demandait même pourquoi il s'était emmerdé à s'ouvrir à lui. Manque de bol, ainsi qu'il le signifia à Jesse, on ne choisissait pas à qui on s'attachait ou pas. Malgré l'énervement qu'il éprouvait, Asch savait qu'il ne pourrait si facilement tirer une croix sur Stephan après ce qui était arrivé.

Et même si pour le moment, il avait juste envie de lui éclater la tête. Cet ahuri avait du bol de ne pas être ici en ce moment, sans quoi Asch ne savait pas si il aurait su retenir son envie de lui refaire le portrait. Mieux valait qu'il casse des objets maintenant plutôt qu'il ne garde cette rage en lui et risque d'effectivement blesser Stephan plus tard. C'était après tout à cause de ce genre d'épisodes qu'on finissait par le juger durement, et il n'avait pas envie d'en rajouter lorsqu'il restait une chance pour que les choses se passent mieux. Surtout que bon : la situation était déjà suffisamment compliquée telle qu'elle. Envenimer ce "conflit" (qui n'en était pas vraiment un à l'heure actuelle) ne ferait que blesser un peu plus tout le monde.

Exploser ce bol n'avait pas suffi. Asch était toujours aussi énervé et craignait d'en arriver au stade où il allait effectivement défoncer un nouveau meuble, aux dépends de son budget limité. Pour tenter de limiter les dégâts, il attrapa cette fois-ci un plat qu'il lança en se retournant et en hurlant aussi fort qu'il en était capable. Il avait visé la chambre, à travers la porte, histoire de se donner autant de place que possible et de peut-être éviter de trop abîmer l'appart en lui-même. La tentative était louable, mais n'eut aucune forme d'efficacité : l'objet s'enfonça quand même dans le mur comme si il s'était agi de beurre, avant de se fissurer légèrement.

Tant pis pour sa caution. De toute façon, il l'avait déjà perdue depuis longtemps, à cause de Tarek d'une part, et à cause de ce genre de conneries de l'autre. Il était loin d'en être à sa première fois.

Le loup avait fini par réagir à la colère : ses yeux s'étaient jaunis, et les crocs commençaient doucement mais sûrement à remplacer les dents humaines dans sa bouche. Ses ongles noircis avaient pris la forme de griffes sombres. Il ferma les yeux, tremblants, et se laissa glisser sur le sol, contre les plans de travail. Il respirait laborieusement, les mains autour de la tête, dans un effort vraisemblablement colossal pour réussir à dépasser cette impossible rage. Il ne fallait ni qu'il défonce l'appart, ni qu'il fasse de Jesse un dommage collatéral, ni qu'il laisse une transformation complète arriver dans ce cadre où il était approximativement sûr que le loup rouge se montrerait d'humeur meurtrière.

Alors il se concentra sur l'idée fournie par Jesse quelques instant plus tôt, à laquelle il n'avait pu répondre. Il se concentra dessus, comme si plus rien d'autre n'existait. Il fit de son mieux pour oublier Stephan et tout le reste, jusqu'à ce que plusieurs minutes plus tard l'envie de hurler et de frapper diminue suffisamment pour lui permettre de baisser un minimum sa garde, et par là-même, d'expliquer :

"C'est devenu pire depuis que je vais plus à l'entraînement... Si je tape sur le matériel je risque de le péter, et si je tape sur quelqu'un je risque de le tuer. Ca laisse peu d'options... Mais j'avais pas pensé à ça."

Et bien sûr il y avait aussi le job moins légal qu'on lui avait proposé au Trick, mais le poste n'était pas assez intense pour qu'Asch puisse décharger son agressivité autant qu'il en aurait eu besoin. Il aurait eu plus d'occasions de le faire si il avait été capable de maîtriser le loup et de l'utiliser pour des combats. Mais il était encore bien trop loin d'un stade où il pourrait se permettre. Si il y arrivait un jour.

Il n'était pas encore tout à fait suffisamment calmé pour revenir à table. Il tremblait encore, les semi-transformations ne voulaient pas disparaître. Son corps entier était pris de spasmes électriques, comme si chacun de ses muscles avait demandé à être actionné violemment. Et pour ne rien aider, parce qu'il entrait dans des émotions qui lui étaient bien plus habituelles que l'intensité de son désespoir précédent, lequel avait atteint des niveaux jamais vus, il sentait l'emprise de Précieuse gagner progressivement du terrain. Viendrait le moment où il n'allait plus être capable de l'ignorer.

"... Je devrais être au taf. Je dois aller... Non. Pas ce soir. Pas ce soir. Pas ce soir putain j'en ai marre..."

... Et c'était même arrivé plus tôt que prévu. Le sortilège avait profité de la confusion provoquée par sa fureur pour installer bien confortablement ses fesses sur son cerveau. C'était maintenant à cause de lui qu'il peinait le plus à retrouver calme et cohérence.
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Jesse Coleman
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Jeu 7 Déc - 3:43

La chance qu'avait Asch était que Jesse ne se préoccupait pas réellement de lui. Ni en bien, ni en mal. C'était un intérêt neutre pour la vie d'une personne qui l'avait fait pousser sa porte ce soir, et c'était ce même intérêt qui le faisait rester jusqu'à présent. Il devait avouer que le métamorphe avait suscité une plus grande curiosité chez le doctorant, qui avait reconnu les marques d'une vivacité d'esprit peu exprimée et d'un humour agréable. Peut-être même qu'à présent, c'était essentiellement pour ces raisons qu'il était prêt à l'aider.

Tout cela pour dire que malgré le point auquel Jesse pouvait être dangereux, son hôte ne craignait rien de lui. Du moins tant que son comportement et ses actions n'entravaient pas les siennes.

Et il était probablement d'assez bonne humeur, il fallait l'avouer. Sinon, pourquoi aurait-il prit la peine d'expliquer son raisonnement ? C'était ce qu'il faisait quotidiennement en cours pour tenter d'apprendre aux jeunes esprits à s'affûter, et il n'appréciait pas particulièrement de devoir faire preuve de la même pédagogie dans le privé. Il préférait de loin deviser avec des personnes qui avaient ce même don pour lire entre les lignes, et c'était pourquoi le courant était si bien passé avec Ailin dès le départ. Mais cette soirée était spéciale, semblait-il.

Sa rhétorique parut impressionner le videur, ce qui n'était pas une réaction inhabituelle. Ce qui l'était plus, était le fait qu'on lui réponde en lui donnant de plus amples précisions. Jesse n'était pas un vantard, mais il ne s'étouffait pas non plus dans la modestie : il était très conscient de ses capacités et de leurs limites. Cependant, on se contentait en général d'approuver entièrement, partiellement, ou de nier. Il était très rare qu'on rectifie les "erreurs" qui venaient de son jugement. Soit parce qu'on voulait garder cet avantage sur lui, soit parce qu'il était si près de la réalité qu'on n'en voyait pas l'intérêt.

Ce fut donc au tour de l'étudiant d'écouter les explications avec attention, une étincelle de compréhension nouvelle s'allumant dans son regard gris. Il hocha légèrement la tête.

"La même tante que celle qui t'a donné ce chat, je suppose..."

Ce n'était pas vraiment une question. Entre les informations qu'Asch avait déjà donné sur la bestiole et la couleur qu'ils partageaient, il était même plus que probable que l'accident en question ait mené à cette pigmentation inhabituelle. La Wicca n'était pas au coeur de l'étude de Jesse, mais il en savait assez pour se faire une idée des possibilités.

Il laissa de côté les informations que le jeune homme lui donnait concernant sa mère. Cela ne voulait pas dire qu'il ne les notait pas, loin de là. Asch avait déjà pu s'apercevoir que rien de ce que l'étudiant entendait n'était jamais perdu, et ressortirait probablement à un moment où on autre. Actuellement néanmoins, ils avaient un sujet plus urgent à traiter, et le brun décida de revenir dessus.

Il suffit de cela pour déclencher la colère du videur. Oh, pas contre lui, heureusement, mais contre un pauvre bol qui n'avait rien demandé mais qui faisait un bon exécutoire. Et qui était toujours mieux que la tête de la source de sa rage, soit Stephan. Quelque chose faisait dire à Jesse que son hôte n'avait pas tout à fait le cran qu'il fallait pour commettre un homicide volontaire. Mais il pouvait se tromper. Il fit une remarque pour tenter de le calmer, sans quitter sa chaise : il n'avait pas l'intention de suivre le bol dans sa déchéance, ni de servir de punching-ball avant qu'Asch ne se procure un modèle correspondant à ceux cités.

Après son intervention, le doctorant s'en retourna donc à son repas, surveillant du coin de l'oeil ce qu'il se passait du côté des plans de travail. Il ne sursauta même pas quand l'homme aux cheveux rouges se mit à hurler. Par contre, sa tête suivit la trajectoire du plat avant qu'il ne le regard atterrir dans le mur avec un vague rictus que l'on pourrait qualifier d'impressionné. Force métamorphe ou non, il fallait reconnaître la dextérité du geste.

Il s'intéressa de nouveau à Asch quand il vit ce dernier disparaître, ses mains griffues entourant son visage. Cette fois, il posa ses couverts sur la table. Il était peut-être temps qu'il s'en mêle. Il s'apprêtait à se lever quand il entendit la voix du métamorphe répondre à la question qu'il avait posée un peu plus tôt. Il pouvait comprendre le raisonnement. Décidant de terminer son geste, il se leva et commença à s'approcher du videur tout en continuant d'orienter la conversation sur un sujet qui lui paraissait neutre.

"Entraînement de boxe, ou autre ? Tu as pensé à aller courir pour te défouler ? J'ai toujours trouvé ça très efficace."

Jesse n'était pas particulièrement doué dans l'art du "small talk" : il parlait peu de base, et le faire en ayant pour sujet la pluie et le beau temps ne l'intéressait absolument pas. Mais dans un cas comme celui-ci, c'était nécessaire. Et ce n'était pas pour le peu d'indices qu'Asch allait récolter sur lui ce faisant.

Cependant, le jeune homme le coupa tout net dans ses idées de conversation en abordant un sujet que le norme trouva si étonnant qu'un de ses sourcils se souleva. Penser à aller travailler ? Maintenant ? Même de la part de quelqu'un qui adorait son boulot, c'était étrange, compte tenu du fait qu'il venait de faire une tentative de suicide et n'avait toujours pas avalé quoi que ce soit. Mais alors, de la part d'Asch, qui ne cachait pas son dégoût pour les Plaisir Coupables, c'était complètement improbable.

Dans une attitude qui n'était pas sans rappeler celle de la scène de la chambre, un peu plus tôt dans la soirée, l'étudiant s'accroupit pour être au niveau du métamorphe et pouvoir regarder celui-ci dans les yeux, et ainsi tenter de lire ses émotions et n'importe quel autre indice visible sur son visage et dans son attitude.

"...En effet, je doute que tu puisses aller travailler ce soir. Pas dans cet état, alors que tu viens d'enchaîner une crise de rage à une presque tentative de suicide, et qu'en prime tu n'as bu qu'un verre d'eau pour toute alimentation de la journée. Tu ne tiendrais pas sur tes jambes."

Sourcils froncés, à présent, Jesse observait son hôte intensément. Quelque chose ne collait pas. Il lui manquait vraisemblablement une pièce du puzzle, parce que...

"Mais évidemment, tout cela, tu le sais déjà..."

Et d'ailleurs, il avait explicitement fait comprendre qu'il ne voulait pas y aller. Alors pourquoi avoir eu cette exclamation en premier lieu ? C'était comme si quelque chose l'avait forcé à en parler. Le sujet était venu comme un cheveu sur la soupe. Oh, ils avaient parlé du club, rapidement, mais uniquement parce qu'il s'agissait de Stephan. L'idée de manquer le travail ne l'avait jusque là pas angoissé, alors que le doctorant l'avait mentionné lui-même. Cette affirmation ne venait pas de lui, mais en ce cas...

Jesse était (un peu trop) familier des méthodes que Précieuse pouvait utiliser pour manipuler son entourage. Après tout, Ailin était une de ses cibles favorites, et elle lui en avait déjà parlé plusieurs fois. Il connaissait également la réputation de la wiccane, et il suffisait de se rendre à l'une des soirées à thème des Plaisirs Coupables pour réaliser que les compétences de la blonde au chapeau en matière de magie étaient prodigieusement hautes. Tout cela l'amena à formuler une hypothèse à voix haute.

"Ne me dis pas qu'elle te force à y aller ?"

Une autre discussion lui revenait. Deux phrases prononcées par Précieuse elle-même alors qu'il était au club plus tôt dans la soirée. "Asch connaît extrêmement bien ma politique concernant ses absences. Pour en être rendu là, il doit être très mal en point." Il n'avait prêté attention qu'à la seconde partie sur le coup, parce que c'était ce qui lui avait paru le plus intéressant, mais il semblerait que ce n'était pas tout à fait le cas.
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Asch Räder
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Jeu 7 Déc - 19:41

Un léger sourire naquit sur les lèvres d'Asch, lequel n'était cette fois absolument pas étonné que son interlocuteur ait compris la teneur de l'accident magique qu'il venait de lui décrire. A ce stade de la discussion, il aurait été surtout surpris du contraire. Ni la couleur de cheveux d'Asch ni celle des poils de Tarek n'étaient naturelles, et il avait bien dû remarquer que le métamorphe n'était pas du genre à se faire des teintures récurrentes - et encore moins à son animal - pour le plaisir d'être original. Il n'était pas compliqué de comprendre que ces couleurs, ainsi que leur persistance, ne venaient pas d'une volonté quelconque de rendre Asch et son chat rouge. Si ça n'avait été que le videur, encore, Précieuse aurait pu être responsable... Mais qu'aurait-elle bien eu à foutre de ce fichu félin, dont il n'était même pas certain qu'elle connaisse l'existence ? Asch n'allait pas l'inviter chez lui, et elle n'avait pas assez de temps à perdre avec lui pour s'inviter d'elle-même.

Et donc par conséquent, ne restait plus que la fameuse théorie de l'accident. Il aurait pu en vivre plusieurs, surtout vu comme sa tante était à chier pour la magie, mais quand même, il n'avait visiblement pas encore à ce point la loose. Et puis c'était une question de probabilités : un foirage majeur qui rendait un homme et son chat rouge à perpétuité sans qu'il soit possible de démêler le sortilège, pourtant rituel si bien qu'il aurait dû par nature être provisoire, était déjà rarissime. Mais en subir un autre après, qui aurait de façon tout aussi définitive (quoique réparable, puisque sa mère avait réussi à le faire) bloqué ses pouvoirs ? Voilà qui devenait presque impossible.

"J'aurais été déçu que tu ne trouves pas celle là."

Marrant. Il se prenait au jeu. Pourtant, ce genre de prises de tête n'étaient habituellement pas du tout de son goût. C'était trop intellectuel et par conséquent, ça devenait tout de suite chiant. D'autant qu'il était beaucoup trop con pour participer à ce genre de trucs. Il était évident (pensait-il) qu'il allait finir bon dernier. Et comme il était mauvais joueur, il préférait éviter de finir bon dernier. Ça serait toujours une opportunité en moins de taper trop fort sur quelqu'un sous prétexte qu'il était énervé.

Le ton changea très rapidement dès que Jesse revint sur le précédent sujet : Stephan. Il lui avait accordé une pause de courte durée, mais elle touchait maintenant à sa fin.

Jusqu'à présent, le loup rouge avait fait preuve d'un self-control rare, qu'il devait principalement au degré de destruction interne dans lequel Jesse l'avait retrouvé avant de commencer à le ramasser à la petite cuillère. Mais sous la lumière des nouvelles informations que son visiteur lui apportait maintenant, cette drôle d'inhibition ne suffisait plus. Son habituelle rage monta tant et si bien qu'il fut obligé d'exploser un bol, puis de lancer un plat dans le mur d'en face, pour tenter d'en réguler les manifestations.

Ça ne suffisait toujours pas : les semi-transformations s'enchaînaient et ne disparaissaient plus. Il se laissa glisser au sol pour tenter de gérer ça de façon plus silencieuse et si possible moins destructrice, mais c'était très compliqué.

Un punching ball adapté à sa force lui aurait en effet été très utile et lui aurait évité bien des mésaventures. C'était bien un truc auquel il n'avait jamais pensé, ainsi qu'il le fit remarquer à Jesse dès qu'il en trouva la capacité émotionnelle.

Il entendait les pas du visiteur approcher de lui, et il sortit donc un bout de nez d'entre ses mains afin de le regarder faire.

"Boxe anglaise et tae kwon doe principalement..."

Il aurait bien aimé expliquer qu'il doutait de l'efficacité de la course à pied en ce qui le concernait, parce qu'il avait besoin de brutalité, de confrontation, et qu'il ne trouverait rien de tout cela dans le sport en question. Par ailleurs il continuait tout ce qu'il pouvait encore faire sans risquer de buter quiconque ni d'exploser le matériel (en grande partie, la musculation, donc). C'était physique. Il poussait ses limites à leur maximum histoire d'avoir mal, d'avoir l'impression de se battre contre lui-même. C'était un palliatif valable, mais certainement pas suffisant.

Mais la phrase qu'il avait commencé était lentement morte dans sa gorge, et ce n'était pas pour rien : son esprit s'était fait hijacker par l'intrusif sortilège de Précieuse qui cherchait, même dans cette situation, à le forcer à aller travailler. Il se retrouva donc à psalmodier la nécessité en question suivie d'un tas de bouts de phrases destinés à se convaincre lui-même du contraire. Il n'était pas en état de se déplacer, et encore moins d'aller bosser cette nuit. Aller là-bas pour se vautrer par terre n'aurait en plus de cela strictement servi à rien. Il espérait être en mesure de combattre l'obligation magique jusqu'à la fin théorique de son shift, parce qu'il lui paraissait impensable de pointer le bout de son nez aux PC ce soir.

Jesse était en train de mettre en mots ce qu'en effet, Asch savait déjà. Il se rendit subitement compte qu'il existait peut-être un espoir aussi bienvenu qu'inattendu pour qu'enfin, toutes ces années plus tard, quelqu'un comprenne l'exacte horreur de sa situation.

Cette réalisation brutale annula en lui toute colère. Il sortit lentement les yeux de ses mains, puis leva la tête tout aussi lentement, afin de fixer Jesse, sans un mot. Parce qu'il ne pouvait rien dire, mais que le sortilège n'allait pas jusqu'à l'interdire de donner l'impression d'attendre quelque chose.

"Ne me dis pas qu'elle te force à y aller ?"

Son sang ne fit qu'un tour. On y était. Enfin. Ses lèvres scellées se pincèrent. Ses yeux se gorgèrent d'une nouvelle émotion douloureuse, et aussi d'une frustration qui débordait par tous les bouts. Bien sûr, il ne pouvait pas répondre honnêtement à cette question. Pire : une non-réponse aurait constitué un aveu silencieux, et le sortilège n'aimait pas ça. Il allait être obligé de dire un truc. Il réfléchissait très vite et très fort pour que le truc en question soit capable de mettre Jesse sur la piste, sans pourtant amorcer la puissante contrainte magique.

"... Même si........ Non. Bien sûr que non, il manquerait plus que ça."

... Eh merde. Il avait essayé de dire "Même si elle me forçait à y aller, c'est pas quelque chose dont elle me laisserait parler", mais ce n'était pas ça qui était sorti. Evidemment. Ça aurait été trop facile. Il soupira d'agacement et détourna les yeux, tandis qu'il réfléchissait activement à autre chose. Une occasion comme ça était trop rare pour qu'il la gâche. Ce n'était pas avec Stephan qu'il aurait pu tenter le coup. Ce mec vénérait tellement Précieuse qu'il n'aurait probablement pas compris où Asch voulait en venir, même si il avait effectivement réussi à dire ce qu'il voulait.

Une idée frappa soudain sa conscience et donna l'impression que de petites loupiotes s'allumaient dans le fond de ses yeux. Il grimaça presque aussitôt. Finalement, il n'aimait pas cette idée. Mais il n'avait que ça à disposition, alors tant pis :

"Quand on était gosse, ma sœur me forçait à regarder avec elle toute une collection de vieilles vidéos que ma mère lui avait dégoté. Je sais pas si tu as déjà vu la petite sirène. Le dessin animé, là. Le vieux truc."

Il lui décocha ensuite un regard mauvais.

"... Fous toi de ma gueule à cause des cheveux et je te mets une mandale."

La ressemblance avec Ariel était malheureusement frappante. Il n'avait pas envie d'être comparé à Ariel, ne serait-ce que parce que c'était une femme et que malgré toute la bonne volonté dont il essayait de faire preuve, sa virilité en avait pris un coup un peu plus tôt, lorsqu'il avait à moitié admis ses penchants.

... Ne restait plus qu'à espérer que Jesse avait été abreuvé aux mêmes très vieux classiques que Karin et lui-même. Et/ou qu'il aurait su interpréter ses multiples hésitations.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Ven 8 Déc - 2:13

Le doctorant eut un rictus amusé à la réponse du métamorphe, qui validait son hypothèse. Effectivement, cette déduction là était facile, surtout comparé à la logique dont il avait fait la démonstration auparavant.

Il aurait pu continuer leur petit jeu en demandant si le comportement colérique était également venu avec le sort, mais le videur s'était déjà empêché une fois de lui sauter dessus pour lui arracher les yeux, et Jesse ne voulait pas pousser sa chance. Il préféra donc orienter la conversation -et par extension la rage de l'homme aux cheveux rouges- sur quelqu'un d'autre, et se remit à parler de Stephan.

L'effet fut immédiat, mais Asch préféra passer sa colère sur les divers objets sur le plan de travail plutôt que sur les meubles ou sur l'étudiant lui-même, qui lui en fut reconnaissant. Un bol brisé et un OVNI dans un mur plus tard, Jesse tenta de calmer le jeu en embrayant sur une conversation plus innocente, à base de sport et de gestion de la colère. Il aurait presque pu lui conseiller un collègue psychologue de l'université spécialiste dans ce genre de problème, s'il n'était pas convaincu que ce type de sessions aurait un effet plus négatif que le contraire sur l'outre, au vu de son tempérament de base.

Il préféra donc continuer à s'intéresser aux sports qu'il pratiquait, et lui en proposer un autre au passage. Bien qu'il ne pourrait jamais battre un métamorphe loup (leur endurance était simplement trop élevée face à celle du pauvre norme qu'il était), l'idée de faire une course dans le Bayou un de ces jours était presque tentante... Cela faisait bien longtemps que Jesse n'avait pas eu l'occasion de courir avec quiconque, étant donné que saon partenaire habituel.le était à plus de 5000 kilomètres de là.

Mais ni Asch ni Jesse n'eurent le plaisir de continuer cette discussion car soudainement, le videur laissa échapper une phrase qui intrigua assez le professeur pour qu'il s'approche de lui et étudie plus attentivement son comportement. Il n'y avait aucune raison logique pour que son hôte se mettre soudainement à parler de son travail. Encore moins pour qu'il éprouve le besoin de mentionner qu'il devrait y aller. Ni son physique, ni son mental ne le lui permettait actuellement. La réplique était donc aussi inappropriée qu'inattendue, ce qui amena le brun à se dire que quelque chose ne tournait pas rond.

Au fil de ses réflexions, il eut une réalisation -hallucinante, mais probable, connaissant Précieuse- qu'il se sentit obligé de faire à haute voix. La réaction du videur ne se fit pas attendre. Il était de toute façon incapable de cacher la moindre de ses émotions (cela, Jesse l'avait réalisé bien avant de mettre les pieds chez lui), mais il était clair qu'il ne cherchait pas à le faire en cet instant précis. Qu'au contraire, il voulait s'exprimer, mais que quelque chose l'en empêchait. La frustration qui émanait de lui était telle que même le plus insensible des êtres aurait pu la noter. L'étudiant ne quittait pas le visage du métamorphe du regard, son esprit explorant toutes les explications possibles.

Son regard gris se fit plus perçant encore quand Asch prit à nouveau la parole pour une phrase avortée au profit d'une autre. Mais ce changement n'avait pas été naturel. Cette fois, c'était certain, il avait été forcé de s'interrompre. L'hypothèse d'un sort était de plus en plus probable, mais ce ne fut que quand Asch fit une référence qui aurait pu paraître obscure pour beaucoup que Jesse eut sa réponse.

Son hôte avait de la chance. Comme beaucoup d'enfants avant lui, Jesse avait été élevé à la lecture de conte de fées et à leur adaptation cinématographique. Au contraire de beaucoup de ces mêmes enfants, cependant, les lectures et visionnages du jeune californien avaient été parsemés de remises en questions et de débats critiques et d'ouverture à de nombreux questionnements sur le fonctionnement de la société patriarcale, orchestrés par Dylan iel-même.

Il connaissait donc "La Petite Sirène", bien que ce soit effectivement très vieux. Et même si ce qu'il en avait retenu était principalement la vision rabaissée de la femme dans cette histoire (bien que Dylan et lui avaient établi qu'il était probablement impossible d'apprendre à écrire sous la mer, mais en ce cas-là comment Triton pouvait-il signer un contrat -ou Ursula l'écrire d'ailleurs- ?), il se souvenait globalement de l'histoire. De cette jeune fille qui avait donné sa voix à une sorcière en échange de la possibilité de vivre sur Terre, et qui ne pouvait donc pas prouver son identité auprès de son crush.

...Il doutait que ce soit pour cette dernière partie qu'Asch lui avait cité ce film. Restait donc la première partie, d'autant que -comme il le précisait d'une remarque qui avait tout de l'avertissement- il était facile d'apparenter le métamorphe au personnage principal. De là à en déduire que non seulement, en effet, Précieuse le forçait à travailler pour elle, mais qu'en plus elle avait trouvé le moyen de l'empêcher d'en parler (de façon directe en tous cas) à qui que ce soit, il n'y avait qu'un pas.

Pour quelqu'un avec un esprit tel que celui du norme, du moins.

"Je vais devoir me contenter des yeux alors..."

Il n'avait pas pu s'en empêcher. Il fallait dire qu'en le menaçant ainsi, le videur n'avait fait que le chercher. Jesse n'aimait rien tant que répondre au danger. Néanmoins, il reprit bien vite son sérieux, parce que la situation l'imposait.

"Le machiavélisme retors de cette femme est redoutable."

Il y avait quelque chose qui ressemblait dangereusement à de l'admiration dans la voix du doctorant. D'un point de vue strictement objectif, il fallait avouer que, quel que soit le sort qu'elle avait jeté à Asch, il était particulièrement efficace. Vraisemblablement, il le forçait à aller travailler dès qu'il était un minimum apte à le faire (même si, dans le contexte actuel, Jesse doutait encore que ce soit le cas), et il l'empêchait aussi de faire part de cet arrangement à quiconque. C'était impressionnant.

Cela ne voulait pas dire pour autant que l'étudiant appréciait ce que tout cela sous-entendait. Peu importe la raison pour laquelle Asch était sous l'emprise de ce sort (qui sait, peut-être l'avait-il cherché ?), il était hors de question qu'ils le laissent gagner ce soir. Jesse plongea son regard sérieux dans celui de son vis-à-vis.

"Elle devra faire sans toi ce soir. Quoi qu'en pense cette épée de Damoclès qu'elle t'a mise au-dessus de la tête, tu n'es pas en état de sortir. Je ne suis pas venu ici ce soir pour que tu t'effondres dehors sur des tessons de verre."

Qu'il n'essaie même pas de nier, l'étudiant savait parfaitement que c'était possible. Asch paraissait correspondre totalement au profil des personnes qu'on qualifierait de "loosesques", à qui toutes les pires choses arrivaient. Ce dont il était témoin actuellement n'était qu'un indice de plus.

"Où sont tes clés ?"

Première étape, l'empêcher de sortir. De la même façon qu'il lui avait supprimé son arme, Jesse avait bien l'intention de fermer cet appartement à double-tour et de garder la clé sur lui. S'il le fallait, à un endroit où il était certain que le jeune homme ne viendrait pas la chercher. Après, si le sort l'amenait à détruire la porte pour sortir quand même, il était quasi-certain que le bruit amènerait les voisins à appeler la police. Ou il pourrait très bien le faire lui-même. Mais il espérait ne pas en arriver à cette extrêmité.

Un sourire presque roublard se dessina sur les lèvres du brun. Rien que cela, c'était mauvais signe. Jesse ne souriait jamais avec l'ensemble de son visage. C'était toujours un demi-sourire, des yeux qui pétillent, potentiellement les deux. Mais un vrai sourire, jamais. Ou presque. Là, il avait clairement une idée en tête, qu'il n'avait pas l'intention de garder pour lui.

"S'il faut que nous reparlions de sujets qui fâchent pour que tu ne sentes plus l'influence de ta patronne te forcer à aller prendre ton poste, je te suggère de tenter de répondre à ma question."

Oh non, il n'avait pas oublié. Asch devait l'avoir compris maintenant, surtout avec la démonstration précédente : il n'oubliait jamais rien.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Ven 8 Déc - 13:42

Asch eut l'impression de sentir un poids s'envoler de ses épaules, car il était évident à en croire l'expression faciale de Jesse qu'il avait compris ce qu'il essayait d'exprimer malgré tout ce qui l'empêchait d'être clair. La référence qu'il avait trouvé à la volée avait été une bonne idée, il devait en convenir. Il était rare qu'il parvienne à être aussi rusé. Néanmoins rien ne lui avait dit que son interlocuteur connaîtrait cette histoire et c'était un pari hasardeux.

Même si Jesse était de ce genre de personnes qui donnaient l'impression d'avoir une culture générale si étendue que rien de ce qu'on pourrait aborder avec elles - surtout de ce qu'Asch, inculte chronique, pourrait aborder avec elles - ne leur serait étranger.

Et que, même si il n'avait pas compris le parallèle, le sujet de conversation était suffisamment déroutant pour lui mettre la puce à l'oreille en attendant qu'Asch trouve un plan alternatif. Pourquoi se serait-il mis sans transition à parler d'un vieux dessin animé insignifiant, coupant toute discussion lancée, si il n'y avait pas anguille sous roche ?

Asch avait donc compté sur la culture potentielle de Jesse et sur ses incroyables facultés de déduction, et il avait vraisemblablement eu raison. Il soupira avec force. Il n'avait pas de mots - au sens propre comme au figuré - pour exprimer le soulagement que lui procurait l'idée qu'enfin, quelqu'un sache. C'était la chose la plus rafraîchissante qu'il avait vécu de la soirée. Même si ce n'était certes pas un critère. Disons alors du mois. Ou de l'année.

Cela même si c'était loin d'être l'occasion de faire la fête, ainsi qu'il le découvrit juste un peu plus tard.

Déjà, parce que son interlocuteur paraissait avoir décidé de se montrer moqueur, alors même qu'Asch venait de lui demander d'éviter. A croire qu'il avait décidé que le rouquin allait suffisamment mieux pour supporter quelques railleries. Problème : Asch était tout particulièrement susceptible et détestait qu'on se paie sa tronche, du moment qu'on le faisait dans des domaines qu'il n'avait pas autorisé. Entre perplexité et sentiment blasé, Asch décocha un regard mauvais à son interlocuteur. On sentait qu'il lui laissait le bénéfice du doute : il y avait un double sens dans la phrase. Il pouvait être en train de lui faire remarquer que les cheveux n'étaient pas le seul point commun qu'il avait avec Ariel et qu'entre autres choses la couleur de ses iris en était un flagrant. Il pouvait aussi vouloir signifier la capacité qu'il avait de lire ce qu'il souhaitait dire dans ses yeux à défaut de pouvoir le faire sur ses lèvres. Ou bien il pouvait aussi vouloir dire les deux. De ce qu'Asch savait du personnage, il n'en aurait pas été incapable.

Et ensuite. La suite, qui lui déplut profondément. Asch ne cacha pas la grimace de déplaisir que lui inspirait le ton qu'avait pris Jesse pour décrire Précieuse. Cette garce ne méritait pas d'être admirée de la moindre manière, et surtout pas pour cette façon de contraindre et torturer ceux qu'elle avait décidé de s'approprier. L'envie lui vint de faire remarquer à Jesse qu'il s'extasiait des mêmes tendances qui forçaient son grand pote le vampire a des trucs qui ne lui plaisaient pas beaucoup plus qu'à Asch. Le métamorphe était peut-être con, mais il n'était pas aveugle. Parfois Ailin prenait son pied en travaillant aux PC, certes. Parfois néanmoins, il était évident à son attitude qu'il avait autant envie qu'Asch d'être là-bas.

Il se tut parce qu'il avait encore l'un de ces sentiments instinctifs, qui lui dictaient que Jesse allait probablement mal prendre le commentaire et qu'il risquait de perdre la bienveillance neutre qu'il lui avait jusqu'ici accordée. Asch avait encore besoin de lui.

Il eut au même moment une autre réalisation qui lui venait des tripes et d'un raisonnement subconscient plutôt que d'un cheminement logique volontaire : Jesse avait compris ce que Précieuse lui infligeait, mais il ne l'aiderait pas avec ça. Pas naturellement, du moins. Pas sans bonne raison. Il était peut-être devenu son unique chance d'échapper aux griffes de cette sorcière et c'était donc intensément frustrant. Il fallait pourtant qu'il résiste à l'abattement qui menaçait de le submerger à nouveau et faisait naître des teintes sur son visage qui ressemblaient dangereusement à celles qu'il avait arboré, quand Jesse l'avait trouvé couteau à la main. Il essaya de se raisonner : tout n'était pas forcément perdu d'avance. Et puis, qu'une personne dans son "entourage" (pour peu qu'on puisse dire qu'il en avait un) soit au courant était déjà une victoire en soi.

"Précieuse est une connasse."

Par cette remarque bien sentie, gorgée de haine et d'agressivité dirigée sur la wiccane, Asch exprimait tout ce qu'il était obligé de taire autrement. On comprenait mieux pourquoi il se plaisait à insulter la sorcière dès qu'il en avait l'occasion : il n'avait que ça pour lui résister. Il en profitait aussi pour signifier sa désapprobation face à l'attitude de Jesse, qui paraissait porter aux nues de bien étranges "qualités" chez ses pairs. Et en même temps, il traînait avec Ailin.

"Si tu en doutes encore, Ailin pourra t'en dire plus. Pire entretien d'embauche que j'aie jamais passé de tous les temps... et pourtant, j'en ai collectionné des bien pourris."

Il n'aurait pas compté sur la parole du vamp en temps normal mais là, c'était différent : ce n'était pas lui qui demanderait mais Jesse, que le blond snobinard semblait apprécier et respecter. Du coup, peut-être qu'il en tirerait quelque chose. Comme peut-être, par exemple, le détail du reste de ce qu'il ne pouvait pas lui dire. La façon dont le sort agissait si il avait le malheur d'essayer de frapper Précieuse. Et dont elle en abusait ensuite.

Il releva le nez, aussi sérieux que l'étudiant venait de le redevenir. Peut-être que Jesse ne l'aiderait pas avec Précieuse, mais il l'aidait ce soir, et c'était déjà pas mal. Ils étaient d'accord sur un point : Il était hors de question qu'Asch laisse le sortilège le forcer à ramper jusqu'au club cette nuit.

"Dans la théorie, je suis plutôt d'accord."

Rah que c'était chiant d'être contraint à choisir précautionneusement ses mots... Asch était définitivement aux limites de ce que lui permettait le sortilège. Lui résister l'épuisait presque à un niveau physique.

Jesse lui demanda ses clés. Asch aurait bien aimé lui répondre, mais un doute le prit. Hésitant, il se mit à tapoter ses poches.

"... Je sais plus. J'étais tellement torché hier soir, je me rappelle plus du moment de rentrer. Mais je devais les avoir si la porte est entière et puisqu'on est rentré... Peut-être sur la porte? Nan... je suppose que j'ai suffisamment galeré à ouvrir. Mais peut-être que Stephan a fermé... J'espère que ce con les a pas gardées sur lui."

Il se tourna en direction du battant de l'entrée, mais il n'y avait rien.

"... Vérifie à côté du four ?"

Il n'y avait que ça : c'était le seul endroit où on aurait pu poser un trousseau sans risquer de le perdre, car il y avait ici des récipients destinés à contenir les petites choses inclassables qui ne se rangeaient nulle part ailleurs. C'était ça, ou bien alors dans la chambre.

"Enfin tu sais... ouverte ou fermée, la porte sert pas à grand chose si je veux vraiment passer."

... Houlà. Asch tourna un regard sensiblement inquiet sur Jesse car celui-ci était en train de tirer une tête étrangement expressive, et ça ne lui disait vraiment RIEN qui vaille. Il lui rappelait le pote wiccan de la connasse... Skyler, croyait-il se souvenir qu'il s'appelait, lorsqu'il était sur le point de dire ou faire une connerie.

"... quoique tu sois sur le point de sortir : Non."

Jesse demanda quand même et Asch eu l'impression d'avoir eu des pensées prophétiques. En effet : Non. Il avait déterminé à deux reprises déjà qu'il ne voulait pas mettre de mots là-dessus. Il était trop tôt. Il avait besoin de preuves, d'actions, avant de plonger plus avant dans des théories qui étaient devenues gênantes.

Il roula des yeux et poussa un râle d'agacement profond.

"... Mais c'est pas possible... T'es chiant !"

Avec tout ce qu'Asch lui avait raconté il aurait pu trouver mille sujets sensibles à aborder plutôt que de revenir sur celui-là.. Mais non. Il était vraiment aussi buté que lui.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Ven 8 Déc - 23:35

A part dans quelques situations très particulières, Jesse n'était pas doué pour obéir aux ordres qu'on lui donnait, qu'ils soient directs ou non. Il avait même, dans une certaine mesure, cet esprit de contradiction qui l'amenait à faire exactement ce qu'on lui demandait de ne pas faire. C'est pourquoi il n'avait pas pu s'empêcher une petite remarque au métamorphe, quand ce dernier lui avait interdit de mentionner la ressemblance (plus que troublante, quand on y réfléchissait) entre l'héroïne du dessin animé dont ils étaient en train de se servir pour communiquer et lui-même. Bon, évidemment ils n'étaient pas bâtis de la même façon, mais au-delà de cela, ils avaient bien des similarités : l'incapacité de se fondre dans la société, les soucis de communication, les relations tendues avec les autres membres de la famille... et les yeux, évidemment, qui furent la cible de la moquerie de l'étudiant.

Le regard mauvais qu'il reçut en retour ne lui fit ni chaud ni froid. Malheureusement pour Asch, son invité impromptu n'était ni influençable, ni impressionnable. Bien sûr, la donne serait différente s'il avait décidé d'en venir aux mains, mais il paraissait être doué d'assez de raison pour comprendre que cette action entraînerait purement et simplement le retrait du doctorant, et qu'il avait encore besoin de lui, surtout au vu de ce qu'il venait de lui confier à grand renforts d'idées détournées.

Pour les mêmes raisons, le déplaisir qu'il lut sur les traites de son hôte alors qu'il complimentait l'habileté de Précieuse ne le toucha pas plus. Tout d'abord, ce n'était pas parce qu'il admettait qu'elle était doué qu'il cautionnait ses actes. Il était au contraire très critique vis-à-vis de la wiccane, notamment à cause du traitement qu'elle infligeait à Ailin. Ensuite, il manquait d'informations. Il savait que la blonde au chapeau ne faisait jamais rien sans raisons (mêmes si ces dernières pouvaient constituer en une simple envie de faire souffrir), et il était toujours possible qu'Asch ait cherché cette issue, d'une façon ou d'une autre. Des informations qu'il avait en sa possession, il en déduisait que ce qu'Asch était le plus capable d'avoir étaient des informations. Ce n'était pas son caractère ou son intelligence (bien que sous-estimée) que Précieuse craignait.

Car elle craignait quelque chose, de cela le norme était certain. Cette femme n'attachait auprès d'elle que ceux qui avaient un moyen ou l'autre de lui nuire. Ou, comme avec Ailin, qu'on lui avait demandé d'attacher. Avec Asch, ces dernières circonstances ne collaient pas.

La remarque pleine de hargne du métamorphe sortit le brun de ses pensées. Il eut un de ces demi-sourires amusés, comme s'il goûtait une blague qu'il était le seul à comprendre.

"Oui. Mais elle est douée, d'un point de vue purement objectif."

Le même point de vue qui lui permettait de comprendre pourquoi Asch la détestait autant, et pourquoi Ailin arrivait parfois à l'apprécier. Lui-même entrait plutôt dans cette seconde catégorie, même s'il s'amusait à la décrypter en silence, comme plus tôt dans la soirée.

Le nom d'Ailin, prononcé par Asch, amena Jesse à hausser un sourcil intrigué dans sa direction. Il espérait que la vampire allait le soutenir contre Précieuse ? Avait-il si mal jugé sa collègue ? Il lui avait pourtant semblé meilleur juge de caractère...

Bien qu'il pouvait comprendre que, s'il cherchait encore à le convaincre, recourir à l'argument de la personne la plus proche de lui dans ce club était logique. Si l'étudiant le lui demandait, Ailin lui raconterait volontiers toute l'histoire, ce qui ne pourrait que corroborer l'histoire du videur. Mais cela ne voulait pas dire qu'Ailin ou lui allaient compatir.

"Oh, je n'en doute pas."

La remarque servait de réponse aux deux phrases qui avaient été énoncées. Il allait probablement demander quand même des détails à Ailin, plus parce que l'histoire devait être particulièrement intéressante que parce qu'il ne croyait pas aux paroles de son hôte. Et aussi, parce que cette phrase sous-entendait que Précieuse avait fait plus que forcer son videur à venir travailler et à se taire à ce propos, et que la curiosité du doctorant était piquée.

Mais ceci était une autre discussion, et elle n'allait pas avoir lieu de suite, donc il la laissa de côté pour se pencher sur le problème qui était le leur en cet instant précis. Asch n'était absolument pas en état d'aller travailler et -bien qu'il pense que cela ait été totalement mérité- Jesse n'avait pas laissé Stephan dans un état permettant la confrontation avec l'homme aux cheveux rouges (qui aurait d'ailleurs été capable de lui refaire le portrait une fois sur place, et ce malgré sa faiblesse physique et morale actuelle). Il était donc bien mieux pour tout le monde que le videur reste chez lui, quoi que le sortilège de Précieuse puisse penser.

L'homme en face de lui paraissait de la même opinion (le contraire l'aurait étonné), et il fut prompt à l'aider dans sa démarche en cherchant ses clés aussitôt la question posée. Cependant, cela n'allait pas être aussi facile. Le métamorphe n'avait apparemment aucune idée de l'endroit où elles se trouvaient, ce qui allait potentiellement leur compliquer la tâche. Suivant ses instructions, et sans faire le moindre commentaire concernant le reste de la réplique, l'étudiant se releva et se dirigea vers le four avant de regarder autour de ce dernier. Rien. Cependant, un éclat métallique par terre attirait son attention alors qu'Asch faisait à voix haute une remarque pertinente qu'il avait déjà eue lui-même.

"Oui, mais tu es particulièrement buté, et le fait est que tu ne veux pas vraiment passer. Sers-toi de cette attitude contre ce sort plutôt que contre moi, tu verras, ça va aider."

Pas uniquement pour lui permettre de rester chez lui, d'ailleurs. Après s'être penché pour récupérer les clés, le jeune homme allait se diriger vers la porte pour la fermer quand il eut une autre idée. Apparemment, elle devait se voir sur son visage, car le métamorphe le prévint qu'il ne voulait pas l'entendre. Dommage, car comme on l'avait dit plus tôt, Jesse n'était pas du genre à écouter quand on lui donnait ce type d'ordres et fit donc ce qu'il avait envie, soit remettre sur le tapis un des sujets que le videur ne voulait surtout pas aborder. La réaction d'Asch lui arracha un éclat de rire, avant qu'il ne se détourne pour aller fermer la porte à double tour, et mettre la clé dans la poche arrière de son pantalon, où elle rejoignit le canif. Ensuite seulement, il accorda à nouveau toute son attention à l'homme-loup, rictus amusé sur les lèvres.

"Merci. Je te retourne le compliment."

Parce que niveau tête de mule, il se défendait plutôt bien. Il lui fit cependant la grâce de changer -un tout petit peu- de sujet, en se dirigeant de nouveau vers son assiette qui l'attendait.

"Très bien. Alors dis-moi plutôt... Loin de moi l'idée de vouloir défendre Stephan, tu as certainement déjà compris que je n'approuvais aucunement son attitude dans cette histoire. Mais est-ce que le fait que tu sois rentré chez toi complètement désinhibé et ait probablement dit des choses que tu n'aurais jamais dites sobre n'a pas joué sur le fait que, le lendemain, il ait eu peur de ton attitude ?"

Le doctorant fit une pause pour prendre une bouchée de son plat avant de tourner la tête dans la direction du locataire des lieux.

"Enfin, je ne sais pas vraiment ce que vous avez fait ensemble hier soir et ce matin hein... Mais c'est une possibilité. Evidemment, si tu me racontais exactement ce qu'il s'est passé, ce serait plus simple."

Voilà. Peut-être que ça allait le gêner (ou l'agacer) assez pour que l'emprise du sort disparaisse, au moins provisoirement. Et si non... cela aurait au moins le mérite de satisfaire la curiosité -malsaine ?- de l'étudiant.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Sam 9 Déc - 12:00

Jesse ne faisait rien pour que la colère d'Asch cesse de brûler profondément dans le haut de son abdomen, juste sous le diaphragme. Franchement, qu'en avait-il à foutre que Précieuse soit "objectivement douée" ? Que ce fut en magie, ou bien pour manipuler, ou dominer les autres contre leur volonté ?

"J'ai grandi chez une personne douée d'un point de vue purement objectif. Ca n'en a pas fait quelqu'un d'admirable. Ni de 'doué' au delà de ses seuls domaines d'expertise, par ailleurs."

C'était sorti tout seul. Il était étonné de parler si aisément de Rachel face à Jesse, surtout qu'il avait à plusieurs reprises souligné le point auquel il ne pouvait pas laisser sa méfiance s'endormir en sa présence. Et en même temps, se taire aurait-il vraiment servi ? Jesse avait déjà deviné tout ça. Alors le rouquin pouvait bien se servir de sa mère pour expliquer pourquoi tout ça le laissait de marbre : il avait soupé de ce genre de "qualités", chez les adultes de sa connaissance, depuis son plus jeune âge. Non seulement ça ne l'impressionnait pas, mais ça lui donnait la gerbe.

Ils n'allaient pas se mettre d'accord. Si Jesse traînait avec Ailin, c'était bien pour une raison. Et cette pensée en amena d'ailleurs une autre dans l'esprit du loup, qui voyait l'esquisse d'un plan se dessiner dans son esprit. Il n'avait jamais osé penser qu'il pouvait peut-être se sortir des griffes de Précieuse si il œuvrait avec patience et prudence, parce qu'il n'avait jamais réussi à faire passer le moindre message à quiconque, même de manière détournée, pour que ces personnes soient en mesure de comprendre ce qu'il lui arrivait. Maintenant que Jesse avait réussi à percer les défenses du sortilège, néanmoins, tout était très différent. Et cela même si le seul témoin d'Asch n'allait vraisemblablement pas se montrer très coopératif. Au moins, il existait. Le problème de sa bonne volonté restait plein, mais il pourrait y réfléchir plus tard. Pour le moment, son objectif n'était pas là.

Asch confia donc à son interlocuteur que son ami vamp avait d'autres informations à lui fournir sur le fameux sortilège. A en croire l'expression du brun, soit il n'avait aucune intention de laisser voir à Asch ce qu'il pensait vraiment, soit il n'avait pas compris où il voulait en venir. Il aurait été ironique que le métamorphe, boulet notoire, parvienne à garder une longueur d'avance sur cette force de la nature, tiens...

Visage fermé, regard droit et perçant dressé avec une volonté de fer dans celui de son interlocuteur, Asch ne répondit rien. Il était à peu près sûr de plusieurs choses : Jesse demanderait à Ailin, parce qu'il paraissait simplement trop curieux pour se contenter d'informations partielles. Ailin lui répondrait en détail, parce qu'il aimait bien Jesse, et parce qu'il ne pourrait probablement pas s'empêcher de raconter cette histoire tant elle avait été humiliante pour Asch, et tant elle devait probablement encore l'amuser. Une toute petite partie de lui espérait que Jesse fasse preuve d'un tant soit peu d'humanité à l'écoute de ce récit complet, et qu'il lui offre son aide aussi gratuitement qu'il était en train de le faire ce soir, parce qu'il peinait à comprendre comment quelqu'un pouvait se sentir si détaché du malheur d'autrui. Surtout lorsque ce malheur s'apparentait à de la torture mentale, infligée jour après jour, en permanence, à la victime.

Cela dit ce n'était pas sur de la compassion, qu'il comptait. Il voulait juste que quelqu'un de bienveillant, ou à tout le moins de neutre et d'accessible à la négociation (... et donc pas la blondasse à longs crocs, dont il savait qu'il ne pourrait rien faire tant elle devait se plaire à le voir souffrir, comme sa patronne) sache entièrement, complètement, ce qu'il vivait.

C'était la première étape d'un long processus. Asch préférait les trucs expéditifs, mais là, il n'avait pas le choix : c'était ça ou bien rester à vie attaché à Précieuse. Quitte à choisir, il préférait encore prendre 2, 5, 10 ou 20 ans de sa vie pour niquer la gueule à la sorcière et ensuite retrouver sa liberté, plutôt que de baisser les bras sous prétexte qu'il n'existait pas de solution rapide. Entre temps il serait peut-être mort, ou bien emprisonné encore autrement parce qu'il aurait fini par tuer quelqu'un à cause de son loup incontrôlable, mais ça n'était pas une raison pour ne rien essayer. Cette nature d'outre avait au moins ça de bien : les années n'avaient pas la même signification. Autant parce qu'il en avait de nombreuses devant lui que parce qu'il ne vieillirait plus. Il pourrait refaire sa vie, même dans vingt ans. Comme si deux jours seulement venaient de passer.

Asch ne voyait pas l'intérêt de dévoiler ce processus mental à Jesse, ni même ses plans. Vu le personnage, ça n'aurait pas été foncièrement contre-productif, mais ça n'aurait pas été utile non plus, donc au final, peu importait ce qu'il avait compris ou pas. Le loup rouge se désintéressa du sujet, afin de revenir à celui que Jesse abordait, plus urgent. L'enchantement cherchait à le forcer à aller travailler, maintenant qu'il avait renoncé à l'idée de se planter ce soir, et c'était pour de nombreuses raisons une très mauvaise chose.

Il était parfaitement d'accord pour filer ses clés à Jesse, même si il était sceptique quant à l'efficacité finale de l'idée, parce qu'il aurait tôt fait de défoncer la porte comme si il s'était s'agi d'un battant coulissant en papier de soie. Le problème était qu'il ne savait absolument plus où il les avait foutues, parce que alcool. Même si il les avait posées à un endroit correct, si jamais elles avaient été à portée du chat, rien ne disait que l'abruti de félin ne les avait pas chopées pour jouer avec dans un coin. Bref... Les possibilités étaient aussi larges que les bords du trou de mémoire monumental que le rouquin se payait. Il essayait de se souvenir de la dernière chose qui avait été claire, la veille, dans son esprit... Et c'était pas évident.

"Grammaticalement parlant, il y a une différence entre "essayer" et "pouvoir". Va falloir que j'arrête d'essayer de parler de ce genre de trucs justement. C'est en train de me laminer le cerveau plus efficacement que la gueule de bois."

Comme pour lui donner raison, un mince filet de sang échappa à l'une de ses narines, qu'il essuya avec le dos de l'index avant de jurer entre ses dents, les yeux posés sur la trace. Ce n'était pas juste de trouver les mots qui voulaient bien passer qui faisait éclater une migraine horrible à l'arrière de son crâne... Il prenait effectivement cher physiquement, à force de jouer avec la limite. Il fallait qu'il cesse de parler de ce sort, même de manière détournée. Ça risquait de finir par devenir littéralement dangereux.

Il tourna les yeux sur Jesse, en train de se pencher, et fut rassuré d'apercevoir l'éclat métallique dans sa main. Youpi. C'était au moins une catastrophe d'évitée dans la journée : les clés n'avaient pas disparues. Si il avait fallu changer la serrure, il n'aurait probablement pas pu manger pendant quatre mois.

Le visage de Jesse prit une expression très inquiétante, Asch le garda bien d'aller au bout de son idée, mais bien évidemment il le fit quand même, entraînant les râleries du loup rouge, exaspéré par l'insistance de son "invité". Jesse riait, Asch était cette fois-ci nettement moins amusé, mais il ne répondit rien à ce qui suivit parce qu'il n'y avait rien de nouveau sous le soleil : Oui, Asch aussi était chiant. Il le savait. C'était pas comme si le monde entier n'essayait pas de le lui faire comprendre en permanence dès qu'il ouvrait la bouche ou bien essayait de revendiquer quelque chose pour lui.

L'humain s'éloignait. Asch se rendit compte qu'il était calmé et capable, donc, de le suivre, surtout que le sortilège avait l'air de vouloir le laisser tranquille pour le moment, peut-être parce qu'il broyait vaguement du noir, agacé qu'il était par l'insensibilité discrète, mais tout de même blessante, du visiteur. Il prit donc place face à lui, devant cette assiette qu'il se sentait incapable d’entamer, et à laquelle il accorda un regard nauséeux, aussitôt dressé sur Jesse quand celui-ci se mit à lui parler d'autre chose.

L'attitude d'Asch changea du tout au tout en deux secondes. La confiance que Jesse avait su lui redonner était fragile. Elle supportait très mal ces nouveaux sous-entendus, d'autant qu'il ne se souvenait absolument plus de rien de ce qui était arrivé lorsqu'il était au pic de son alcoolisation, la veille. Et si c'était pour ça, qu'il ne comprenait pas Stephan, ni son départ ? Et si ce qu'il avait montré de lui à ce moment là l'avait débecté ? Qu'il n'était resté ensuite que par compassion désintéressée ? Qu'il avait donc fui dès que les choses s'étaient corsées, parce qu'Asch le débectait, et qu'il ne voulait rien avoir à faire avec lui de ce genre de manières ?

... Oui enfin. C'était quand même Stephan qui avait initié le baiser. Asch n'avait fait qu'y répondre. Ça devait bien vouloir dire quelque chose.

Ou bien alors pas ?
Fichtre. Ça y était. Il venait de s'empêtrer une fois de plus dans ses nœuds mentaux. Extrêmement mal à l'aise, il prit son visage entre ses mains et le frotta comme pour tenter de se réveiller, en soupirant lourdement.

"... Je sais pas. J'en sais rien. J'étais complètement torché. Le concept de blackout, mec... Tu connais ou bien ?"

Il avait le choix entre tomber dans l'auto-apitoiement et une nouvelle brutale salve de haine, dirigée sur lui-même, ou bien s'agacer des exigences de l'étudiant, qui lui demandait un rapport sur des choses tombées au fond d'une nébuleuse alcoolisée. L'agacement paraissait moins contre-productif.

Ça paraissait être le thème de la demi-heure en cours : il essaya tout de même. Ne serait-ce que parce qu'il avait envie d'y voir un peu plus clair, et qu'une tentative de récit chronologique pourrait l'y aider. Peut-être que des souvenirs remonteraient... On ne savait jamais.

Chassez le naturel, il revient au galop. L'une des dernières formulations émises par Jesse piqua quelque chose en lui et le crispa si fort qu'on pouvait voir l'air autour de lui se figer à son tour.

"... On a rien fait ensemble hier soir."

Pour ce matin... C'était un peu différent. Même si ça n'était rien d'aussi... profond, que ce qui aurait pu être sous-entendu par cette phrase. Pourquoi était-ce important qu'il le dise ? N'était-ce pas censé être passé de date maintenant qu'il avait à moitié admis qu'il aurait effectivement bien voulu qu'il se passe un truc ? Oui, mais entre admettre implicitement et mettre des mots sur l'idée, il y avait un monde. Asch ne se sentait pas capable de donner de la puissance à ces choses admises informes en les formulant vraiment. Cela lui donnait l'impression de les rendre intenses et de les graver dans le marbre. Ça le terrorisait. Il n'était pas prêt.

"... J'étais au bar. J'avais déjà bien commencé, je crois, quand Stephan est arrivé. Il m'a suivi. Il voulait... je sais plus exactement. Il a compris que ça allait pas du coup... Voilà."

Asch désinhibé, Stephan sur une autre longueur d'onde... Ils s'étaient parlés ouvertement pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, mais c'était parti dans tous les sens, parce que chacun avait gros sur le cœur, avec leurs univers très différents. C'était confus. Trop compliqué pour qu'il se souvienne de ce qui s'était exactement dit, parce que ça aurait déjà été dur à retenir sobre.

"Y a eu de la vodka... Beaucoup de vodka. Je crois qu'on a dû faire un concours pour finir des shots. Je sais plus exactement, je m'en suis juste souvenu par flashs en me réveillant. Et puis alors après... Aucune idée."

Il leva les yeux au ciel, dans un effort évident pour tenter de récupérer des bouts de sa propre mémoire.

"... Quelque chose avait changé. Mais tu sais... Enfin je sais pas si t'as déjà été fait à ce point. Ça arrive parfois, avec les blackout. Tu te souviens plus de ce qui est arrivé, mais le sentiment que quelque chose est différent persiste. Je crois... j'arrivais plus à être agacé. Pourtant il m'a toujours énervé, avec ses manières timorées et sa gueule d'ahuri perpétuel..."

... Il serra sans prévenir les dents. Son regard blasé tressauta asymétriquement faute au craquage nerveux d'une paupière. On pouvait presque voir une veine gonfler sur sa tempe.

"... J'imagine que c'est pour ça que je lui ai pas cassé la gueule quand je me suis réveillé à côté de lui. Mais il s'est RIEN passé. Il l'a dit lui-même. Visiblement je me suis juste transformé... Il a eu de la chance que je lui arrache pas la jugulaire dans son sommeil. Sincèrement je comprends toujours pas comment j'ai pu faire une transformation complète dans mon appart et le retrouver entier le lendemain, avec ses trois autres habitants sains et saufs. Jusqu'à présent ça s'est moins bien passé..."

Il n'avait pas spécialement envie de repenser à cette fille blanche des pieds à la pointe des cheveux qu'il avait failli tuer. Il avait déjà trop de soucis en tête sans devoir prendre en compte celui-là aussi... Mais en même temps, si Jesse voulait la suite, il n'allait pas avoir le choix que d'aborder le problème, vu que c'était ce dont Stephan et lui avaient parlé avant que tout ne dégringole.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Sam 9 Déc - 22:17

"Ce qui rend compliqué voire impossible la moindre analyse objective, je conçois tout à fait."

L'étudiant haussa imperceptiblement les épaules, lassé. Le point de vue d'Asch ne l'intéressait pas, pour la simple et bonne raison qu'il savait déjà que le caractère du métamorphe l'empêchait de faire cette part des choses requises pour l'objectivité qui était la méthode de travail (et de comportement journalier) du brun. Les indices qu'il laissait tomber à propos de sa mère ne faisaient que le conforter dans cette opinion. De plus, Jesse n'avait pas dit qu'il approuvait les méthodes de Précieuse ou qu'il était de son côté, simplement qu'il reconnaissait son talent. Que le jeune homme s'échine à vouloir lui prouver qu'elle n'était qu'une horrible personne peu importe ce dont elle était capable avait donc tendance à faire baisser de quelques degrés la bienveillance neutre qu'il pouvait actuellement éprouver à son égard.

C'est peut-être pour cela qu'il ne perça pas immédiatement à jour l'idée du métamorphe derrière le fait de demander à Ailin de lui raconter tout ce qu'elle savait des déboires du videur. Ce dernier avait cependant deviné juste, car la curiosité scientifique de Jesse l'amenait toujours à récolter tous les éléments possibles sur une situation avant de passer à la suivante (ou de prendre la décision de s'en mêler plus activement). Il était donc certain qu'il demanderait un récit complet à la vampire, et cette dernière se ferait probablement un plaisir de l'obliger. Et peut-être même qu'une fois ce nouvel éclairage en main, le doctorant deviendrait moins objectif concernant le comportement de la sorcière...

Mais rien de tout cela n'était encore arrivé, inutile donc de tirer des plans sur la comète. Pour le moment, face à l'absence de réponse de son hôte, le norme en conclut que ce pan de la discussion était clos et qu'ils pouvaient donc passer à autre chose. Le plus urgent était de trouver les clés de l'appartement, pour tenter d'ériger une barrière physique (certes maigre, mais présente) entre le métamorphe et le sort qui lui imposait de se pointer sur son lieu de travail.

Jesse demanda donc à son vis-à-vis s'il savait où elles se trouvaient, avant de se mettre à les chercher activement dans la direction indiquée. La tentative d'humour qu'il lança ce faisant ne fut pas pas aussi appréciée que les précédentes, mais il hocha la tête, montrant qu'il comprenait qu'il allait falloir cesser la discussion autour du sort pour le bien-être physique et mental du métamorphe.

Quelques instants plus tard, les clés étaient retrouveés et avaient permis de fermer la porte à double tour avant de finir dans les poches du doctorant, qui démontra qu'il n'avait pas perdu le nord en relançant une discussion qui avait été avortée de longues minutes auparavant. Evidemment, Asch n'apprécia pas et lui fit un commentaire que l'étudiant lui retourna avec un amusement certain. Néanmoins, la blague ne fut pas retournée. Apparemment, Asch n'avait pas saisi que le brun n'appliquait pas cela à l'ensemble de la personnalité du rouge, mais simplement aux refus multiples qu'il opposait à ses multiples insistances. Le visage du jeune professeur retrouva sa neutralité alors qu'il se détournait vers la table pour retrouver son repas.

Il nota d'une oreille le bruit siginifiant que l'autre jeune homme le suivait, et en profita donc pour enchaîner sur un autre sujet, extrêmement proche de l'initial. La réaction du métamorphe ne se fit pas attendre, et Jesse le vit se défaire, en proie à des sentiments négatifs qui ne lui plaisaient guère, bien qu'il fasse mine de s'intéresser plus à son repas qu'à son interlocuteur. Il fronça les sourcils quand Asch lui répondit sur un ton entre la fatigue et l'agacement, vaguement agressif. Cependant, il ne répliqua rien, continuant sur ce qu'il avait prévu de dire. De froncé, l'un des sourcil se haussa, dans un signe d'interrogation mutin. L'étudiant avait bien entendu réalisé que, si le videur prenait la peine de préciser "hier soir", c'était qu'il n'en était pas de même pour les événements de la matinée. Mais il n'allait pas l'interroger là-dessus. Par encore. Pour le moment, il attendait le récit en continuant de dîner, fidèle à sa nature.

Pas une seule fois il n'interrompit le jeune homme aux cheveux rouges. Il se contentat de l'écouter, l'observant attentivement sans réellement en donner l'impression, prenant en note et analysant ce qu'on lui disait, comparant à ce qu'il savait déjà, réorientant mentalement ses hypothèses. Enfin, quand Asch aborda le sujet de ses transformations, qui jusqu'à présent avaient été plutôt sanglantes -pouvait-on supposer au vu de la formulation- le doctorant releva le nez vers lui pour plonger une fois encore son regard gris perçant dans le sien.

"Peut-être parce que, pour une fois, ce n'est pas sous le coup de la colère, ou pris dans un tourbillon d'émotions négativo-agressives que tu t'es transformé."

Si Précieuse régissait sa vie comme ce sort semblait le lui permettre (ne serait-ce qu'en contrôlant ses horaires et ses paroles), il n'était pas étonnant que la rage domine l'esprit du métamorphe (et donc celui du loup) la majeure partie du temps. Rien que tout à l'heure, c'était la colère qui avait entraîné la transformation partielle dont le norme avait été témoin. De ce qu'il entendait à présent, au vu des informations qu'il avait, la veille au soir, c'était la tristesse, et peut-être même l'envie de réconfort, qui l'avait poussé à changer de forme. Il n'était pas spécialiste des métamorphes, mais il lui semblait que d'un point de vue psychologique, cela pouvait faire beaucoup.

"Tu n'es pas une bête sauvage et sanguinaire, Asch. Oui, tu as un caractère orageux. Oui, ton animal totem est tempétueux, d'autant qu'il a été enfermé contre son gré pendant très longtemps. Et d'un certain point de vue, vous l'êtes encore, tous les deux. Mais cela ne veut pas dire que tu es destiné à semer la destruction chaque fois que tu laisses sortir ton loup."

Il fit une pause, avalant une nouvelle bouchée de son plat, baissant provoirement son regard à lunettes pour le remonter ensuite, plus intense encore.

"On parlait de différences grammaticales, tout à l'heure. Il y en a une autre, entre "laisser sortir", et "prendre le dessus". Tant que, quelque part dans ton esprit, tu verras ton totem comme un ennemi, seule défense contre les injustices que l'on t'inflige et avatar de ta colère qui cause tant de dégâts, non seulement tu craindras la transformation, mais ton loup aura envie d'agir ainsi. N'étant pas concerné je sais que je ne suis pas bien placé pour donner ce genre de conseils, mais nous savons tous les deux que ni toi, ni ton loup n'ont l'âme d'un meurtrier."

Au-delà de l'instinct de chasseur de l'animal, évidemment, mais c'était une précision que le brun ne voyait pas l'intérêt de faire. Asch avait très certainement compris ce qu'il voulait dire, et il ne vouait pas lui faire l'affront de minimiser son intellect en lui explicitant plus ses propos. Par contre...

"Et au sujet de Stephan... Je ne voulais pas dire que tu aurais pu l'effrayer en te comportant d'une certaine manière lors de cette soirée. Au contraire. Je pense qu'il a été très ému par ce qu'il a découvert de toi hier soir... mais qu'il a eu peur que tu te retranches à nouveau derrière cet agacement. Il y a eu quelque chose de différent pour toi, qui a sans doute réalisé le point auquel tu en pinçais pour lui à ce moment-là, ce qui t'a décidé à t'ouvrir à lui..."

Un suspens, le temps d'un demi-sourire amusé.

"...mais il n'y avait probablement pas grand chose de différent pour lui, que tu attires comme un papillon probablement depuis votre première expérience."

Oui, Ailin lui parlait vraiment beaucoup. Surtout quand il s'agissait de lui raconter des anecdotes qui l'amusaient. Il haussa à nouveau les épaules.

"Et puis, il a peut-être cru qu'il profitait de ta faiblesse. Après tout, il avait moins bu que toi, mais il a quand même fini dans ton lit, ce qui n'est pas anodin même s'il ne s'est rien passé durant la nuit. Apparemment ce qu'il s'est passé ce matin a dû le convaincre de cela et l'amener à prendre la décision stupide de te fuir plutôt que de t'épauler, et éventuellement t'affronter le moment échéant."

Posant sa fourchette, le doctorant haussa un sourcil en direction du videur. Parce qu'il s'était passé quelque chose ce matin, qu'il était inutile de le nier, et qu'Asch avait même intérêt à cracher le morceau avant qu'il ne le persuade de le faire.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Dim 10 Déc - 12:48

... Mais c'est qu'il continuait, en plus ? L'insistance de Jesse pour reconnaître à Précieuse des qualités dignes d'être saluées était en train de gentiment lui courir sur le haricot, ainsi qu'en témoigna immédiatement la manière dont son visage donna l'impression de tomber d'une octave, et dont ses yeux, déjà sombres, devinrent assassins et se mirent à jeter sur le visiteur la lueur la plus mauvaise, et la plus blasée qu'il lui avait jamais accordé jusqu'à présent. Le même genre de regards qu'il pouvait justement accorder à Précieuse en temps normal, ou même à Ailin les rares fois où le vamp venait le faire chier.

Qu'on soit bien clair : Asch était complètement imperméable au discours du brun pour la bonne raison qu'il ne jugeait pas l'objectivité comme un critère indiscutablement infaillible. Pour Asch, il y avait des moments où la fameuse objectivité devait être jetée volontairement aux oubliettes, au risque sinon de manquer d'humanité et de se tromper aussi sûrement que l'aurait fait un robot, une intelligence artificielle, toujours moins avisée qu'une véritable personne justement parce qu'elle ne pouvait composer avec ces nuances, ni comprendre les composantes d'une situation qui n'étaient pas purement rationnelles. Qu'en avait-il à foutre, donc, que Précieuse soit douée dans tous ces domaines - dont les deux tiers étaient débectables ? Ça n'en faisait pas pour autant une personne digne d'admiration. Il persistait, et signait.

Asch n'était pas du genre à lâcher l'affaire facilement, mais il sentait d'avance que cette discussion serait stérile et il n'avait pas d'énergie à y mettre non plus. Il pouvait dépasser ses limites à ce niveau lorsqu'il était face à une injustice majeure. Lorsque la personne qu'il visait avait mérité d'être remise à sa place, et lorsqu'il paraissait être la seule personne à s'en rendre compte. Rien de tout ça ici : il n'avait pas d'inimitié spécifique contre Jesse. Il n'était pas d'accord avec lui, et ça s'arrêtait là. Ou du moins ça le pouvait. Voire, ça le devait. Il ne fallait pas être devin pour comprendre que le métamorphe saoulait le norme autant que le contraire était vrai. Plus tôt, ils avaient trouvé un terrain d'entente commun sur la question de l'humour. Maintenant, ils en découvraient visiblement un autre sur lequel il leur fallait absolument éviter de s'aventurer, car ils ne tomberaient jamais d'accord.

Asch préféra donc passer à autre chose. En l’occurrence, donner à Jesse des informations qui le pousseraient certainement à demander des détails à Ailin. Il deviendrait alors un témoin de choix, avec en main la notion complète de ce que Précieuse lui avait fait. Un témoin que sa fameuse "objectivité" (haha) rendrait apte à écouter une proposition future.

Asch donna à Jesse le moyen de trouver ses clés à défaut de pouvoir les lui rendre en main propre : la soirée avait été telle hier soir qu'il était bien incapable de se rappeler d'où il les avait foutues. Si la porte n'avait pas été ouverte et entière, pour ce qu'il en savait, elles auraient très bien pu trôner dans le fond d'un quelconque caniveau, voire être passées au travers d'une grille d'égouts. Rien de tout ça bien heureusement : elles s'étaient juste glissées quelque part, par terre, là où on ne les voyait pas immédiatement.

Jesse fit une nouvelle fois preuve d'insistance, prouvant encore le point auquel il pouvait se montrer buté, et soulignant donc l'une des ressemblances inattendues que le videur et l'étudiant pouvaient avoir. Asch n'étant pas en reste, il refusa une fois de plus de répondre en usant de son agacement comme stratagème d'évitement. S'en suivit une tentative d'humour qui, pour toutes les raisons qui faisaient qu'Asch n'était plus dans d'aussi bonnes dispositions qu'au préalable, ne parvint pas à le dérider. Ce n'était pas qu'il ne comprenait pas ce que Jesse avait voulu dire, il avait tout à fait saisi que c'était ses multiples stratégies pour éviter de répondre qui lui avaient valu de se faire traiter de chieur. C'était plutôt qu'il n'était plus apte à s'en amuser. Son inconscient paraissait préférer faire des associations d'idées. Lui rappeler sous forme d'affects, et pas de pensées formulées, à quel point il emmerdait tout le monde, et par là-même, rendre son humeur encore un peu plus noire.

Malgré l'abattement mêlé d'exaspération dans lequel Asch nageait bien contre son gré, il restait conscient de ce que Jesse avait fait et continuait de faire pour lui alors qu'il ne lui devait rien. Il faisait donc preuve d'autant de bonne volonté que possible. Cette bonne volonté s'exprimait dans la manière dont il faisait en sorte de rendre son humeur de merde passive, soit de ne pas la laisser s'écraser sur son interlocuteur. Par la façon, aussi, dont il essayait de s'accrocher au plan prévu : il s'approcha de la table, s'y installa, et essaya de se mettre en tête qu'il allait bouffer quelque chose. Rien de tout cela n'était évident. Surtout l'idée de manger, qui lui donnait la gerbe.

Le sujet de discussion dériva encore sur Stephan. Et comme à chaque fois que le sujet dérivait sur Stephan, Asch prit cher. Ce qui se vit. Bien qu'englué dans les doutes, la honte et la haine de soi, le loup rouge entendit la demande qui suivit, s'exaspéra du fait que Jesse lui demandait de raconter des événements dont il ne se souvenait pas à cause de l'alcool, mais accepta tout de même de tenter un résumé, déjà parce que ça lui ferait du bien d'essayer de remettre de l'ordre et du sens dans les événements de la veille et de la matinée, et ensuite parce que Jesse et son fin sens de l'analyse pourraient peut-être l'y aider. Il parla donc longtemps, et beaucoup.

Enfin... Avant de s'y mettre vraiment, il se sentit obligé de préciser que Stephan et lui n'avaient rien fait de bizarre ensemble la veille, ce qui malheureusement fut pris de la mauvaise (... ou de la bonne ?) façon par Jesse, qui comprit que quelque chose était donc arrivé dans la matinée. Asch accusa le coup, cligna des yeux, avant de les détourner très fort, au risque de se décoller les muscles oculaires. Son visage si prompt à prendre des couleurs vira au rouge sans lui demander son avis.

"... Ni ce matin. Pas vraiment. Enfin c'était... Pas. Quand même. Ca aurait été encore plus bizarre vu comment ça s'est terminé..."

Échappant comme il le pouvait à l'embarras, il essaya donc de rembobiner la cassette jusqu'au début de la soirée. Malheureusement, le film était très abîmé. Il n'en restait que des images ponctuelles. Bon gré mal gré il avança jusqu'au moment de son réveil, sans donner trop de détails, mais expliquant tout de même qu'il s'était réveillé à côté de Stephan, lequel lui avait expliqué qu'ils n'avaient RIEN fait, et qu'il s'était juste transformé dans la nuit. Cela sous-entendait qu'il s'était réveillé à poil, mais il ne fallait pas compter sur lui pour le préciser.

De toute façon il préférait dériver sur le sujet de cette fameuse transformation, dont il s'étonnait sincèrement qu'elle n'ait pas posé plus de problèmes. C'était la première fois qu'il se transformait entièrement sans agresser quiconque ni faire le moindre dégât matériel. Jesse tenta d'émettre une hypothèse pour justifier cette différence, qui ne fit malheureusement qu'abattre un peu plus le métamorphe, dont les épaules se tassèrent et dont le regard se teinta de désespoir coupable.

"Y a quelques semaines je t'aurais dit peut-être... Mais j'ai la preuve cuisante que c'est pas aussi simple."

Il détaillerait plus tard. Jesse n'avait pas fini. Il écouta donc le reste de ses hypothèses, plongeant toujours plus profondément dans le désespoir au fur et à mesure qu'il se rendait compte du point auquel son interlocuteur sonnait comme Alice, la première fois qu'il l'avait rencontrée. L'espoir qu'elle avait su lui insuffler était devenu un souvenir douloureux, tant il s'était par la suite démontré vain. Pire : Stephan lui avait sorti presque exactement la même chose la veille, ce qui avait déjà provoqué en Asch l'apparition d'un accablement similaire. Entre le fait qu'il s'agissait maintenant de la troisième occurrence, et la douloureuse réalisation qu'il avait fait fuir les deux premières personnes qui lui avaient tenu ce discours, c'était encore pire. Les yeux profondément ancrés sur le sol, dans une attitude qui tenait presque de la pénitence, il profita de la première pause marquée par Jesse pour souffler dans un filet de voix :

"J'aimerais bien que ça soit vrai..."

Malheureusement, son loup semblait vouloir lui prouver le contraire. Ses accès de destruction lui paraissaient complètement aléatoires et incohérents.

La suite du discours de Jesse n'aida en rien. D'ailleurs, Asch hocha la tête en signe de négation à plusieurs reprises : non, ce n'était pas vrai. Il avait dépassé ce stade où il voyait son loup comme une menace, une aliénation qui ne lui appartenait pas. Avec Alice, il avait vraiment essayé de l'accepter. De l'accueillir comme un ami, comme une véritable partie de lui, et cela avait été laborieux, mais il avait réussi à se transformer sans colère. Il avait communié avec l'instinct joueur et chasseur du loup. Il avait vraiment cru qu'il était en train d'y arriver, et puis tout était parti en steak quand même, parce que l'animal qu'il était pouvait se montrer aussi soupe au lait, aussi dangereux que l'humain qui n'avait jamais été capable de contrôler ses accès de colère.

Il avait tout cela au bout de la langue - il lui semblait nécessaire d'expliquer pourquoi il se montrait si sceptique - mais Jesse stoppa tout ce qui aurait pu sortir de sa bouche en usant d'un unique nom qu'on commençait à bien connaître, ainsi que son effet radical sur le loup.

Stephan... ému par ce qu'il aurait découvert de lui la veille, lorsqu'il était sous le joug de l'alcool et aurait laissé sortir des trucs qu'il gardait la plupart du temps pour lui, voire qu'il se cachait à lui-même parce qu'il n'était pas capable d'accepter ses émotions, sa fragilité, ou son attachement ? Ce n'était donc pas qu'il l'avait débecté, ou mis définitivement mal à l'aise ? Mais l'idée formulée par le brun était-elle vraiment plus positive ?

Il était en train de dire que Stephan avait eu peur de son caractère. Et Asch ne pouvait pas le nier : il ne serait jamais revenu à l'attitude précédente, froide et agressive, qu'il avait eu à l'égard de son collègue, parce que cette attitude venait d'un refus d'admettre qu'il l'appréciait plus qu'il ne l'aurait voulu, et qu'il était  trop tard pour qu'il revienne là-dessus : la boîte de Pandore était ouverte. C'était pas quelque chose qu'on pouvait juste refermer comme si rien ne s'était passé. Cela dit Stephan n'avait pas entièrement tort dans le sens où il était possible qu'Asch se montre plus virulent, plus agressif, plus pincé, selon les caprices de son tempérament de merde. La preuve : quelques minutes au préalable, il avait été prêt à lui exploser le crâne. Bon. Il avait certes eu de bonnes raisons pour s'énerver, mais tout de même, dès qu'il le faisait, ça prenait des proportions impossibles.

Et c'était bien ça le problème. Avec son loup, et de tout temps dans sa vie humaine. L'émotion monta brutalement, le forçant à se mordre la lèvre pour retenir les larmes qui menaçaient de tomber. Il parvint à les garder à quai, mais ses yeux brillaient tant qu'il ne trompait personne. Il abattit ses coudes sur la table des deux côtés de l'assiette afin de prendre le bas de son visage dans la coupe de ses mains. Et d'essayer de contrôler le flot d'émotions qui, comme tout chez Asch, était spécialement intense et brutal.

"... J'en ai marre de pas pouvoir me contrôler. J'en ai sincèrement, vraiment, complètement ras le cul. Ça fait tout foirer. Sur tous les plans."

Mais Jesse n'avait pas terminé.

"...mais il n'y avait probablement pas grand chose de différent pour lui, que tu attires comme un papillon probablement depuis votre première expérience."

Court-circuitant brièvement l'émotion, la honte cuisante qu'Asch ressentait chaque fois qu'il se remémorait ce souvenir déborda et recouvrit tout le reste. Deux billes hagardes dressèrent un angle aigu sur l'humain en même temps qu'il devenait cette fois-ci complètement cramoisi. Limite violet. Depuis tout ce temps.. ? C'était possible ? Il avait tant essayé d'ignorer Stephan pour éviter d'avoir à prendre en compte ce que lui-même ressentait suite à ce qui était arrivé, et pour essayer de rendre évident pour tout le monde qu'il n'existait strictement RIEN entre eux, qu'il n'avait juste rien vu. Il s'était volontairement rendu aveugle et sourd. Mais attendez. Ce n'était pas ça le problème. Jesse savait..?

"... Me dis pas que toi aussi tu as entendu parler de ça..."

A ce stade, Asch espérait que ce n'était qu'Ailin qui lui avait raconté. Quelle espérance de vie un ragot pouvait-il bien avoir...? Quand est-ce qu'on cesserait enfin de se gausser dans leur dos, en les regardant de travers, parce qu'on se remémorait cette histoire ?

... Pas d'ici bientôt, si Asch et Stephan réglaient effectivement leurs problèmes et décidaient de reprendre où ils s'étaient arrêtés la veille. Eh merde.

"... C'est vrai que le réveil a été un peu bizarre et que j'ai failli lui sauter à la gorge mais bon... ça s'est calmé après. J'ai même été lui ouvrir la porte et tout..."

Ouais. Bravo. Quel exploit. Mais il ne fallait pas oublier qu'à ce stade, il était encore décidé à ne pas admettre ce qu'il ressentait vraiment. Et qu'il ne se souvenait presque plus de la veille.

"On a parlé un moment. De ça, justement, du loup... Tout ce que tu m'as dit là c'est bien beau mais ça fait des années qu'on me bassine avec. Alice m'a convaincu que c'était vrai. On a tout essayé je crois, mais elle a fini par tirer une croix sur moi, à ce stade. Même elle pense que je suis un cas désespéré. Stephan a essayé ce matin aussi. Il m'a dit la même chose. Vous dites tous la même chose, mais la vérité, c'est que j'ai réussi à me transformer dans le calme, sans pétage de câble, et que j'ai vraiment cru que j'avais réussi, mais qu'il a suffi que je croise une fille dans la forêt pour que je lui saute dessus et que je l'éventre presque. Je l'aurais probablement tuée si Alice m'avait pas arrêté. Va me dire que mon loup n'a pas l'âme d'un meurtrier après ça..."

Il omettait de dire que la fille n'était pas exactement une inconnue et que juste avant, sa présence papillonnante en face des PC, dans lesquels elle hésitait à entrer ou ne pas entrer, l'avait agacé au point où il avait failli se transformer et l'agresser en pleine rue. Mais selon lui, ça ne justifiait rien.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Dim 10 Déc - 21:11

Bon. C'était établi, Précieuse n'était pas un sujet à aborder dans le détail. Ailin en était probablement un autre, quand on y réfléchissait. Le manque de compassion et d'humanité au sens large dont Jesse faisait régulièrement preuve était ce qui expliquait partiellement le fait que son cercle privé était très limité. L'autre raison étant bien entendu le fait qu'il s'intéressait peu aux autres. Mais les deux étaient liés.

La bienveillance neutre du doctorant n'était pas innée. Elle provenait de son éducation. Dans la vie de tous les jours, il lui était bien plus simple d'ignorer les problèmes des autres et leurs états d'âme que de s'y intéresser. Seuls quelques thèmes particuliers faisaient qu'il se mêlait volontairement de la vie d'autrui, et encore, rien n'était jamais garanti. Il était bien plus fréquent qu'il fasse preuve de cette objectivité scientifique, à la limite du robotique.

Dans ce contexte, l'étudiant aurait pu se lasser et quitter tout simplement la discussion qu'il était inutile de continuer, puisqu'Asch et lui ne parviendraient jamais à un accord. Cependant, il resta, pour la même raison qui faisait qu'il était venu en premier lieu : la survie du métamorphe était loin d'être certaine, et même si cet interlude l'avait légèrement agacé, le californien continuait de penser que le videur ne méritait pas un tel gâchis. Ce qu'il prouva une nouvelle fois en changeant volontairement le sujet de la discussion, ce qui convenait parfaitement à son vis-à-vis. Voilà qui était réglé.

Une porte barrée plus tard, la conversation reprit, même si de mauvaise grâce. Enfin disons que les demandes du norme exaspéraient l'homme aux cheveux rouges, dont l'humeur s'était sensiblement noircie, et qu'il ne manquait pas l'occasion de le montrer (consciemment ou non). Néanmoins, il faisait l'effort d'essayer de lui répondre, et Jesse était assez fin pour savoir qu'il s'agissait là d'une preuve de bonne volonté indiscutable. Allié au fait que le métamorphe s'était relevé pour le rejoindre dans le salon et même tenter de s'approcher de son assiette, il n'allait pas le fustiger pour sa mauvaise humeur.

Bien évidemment, le sujet revint sur Stephan. Après tout, il était au coeur du problème d'aujourd'hui, et la raison qui avait poussé le videur à presque se tailler les veines. Non pas qu'il était la seule raison, tous deux savaient qu'il y avait là une accumulation effarante, mais le barman était le dernier déclencheur... et par conséquent, le plus simple, théoriquement, à dés-enclencher.

Asch eut une formulation qui amena son interlocuteur à lui adresser une question muette, qui fut reçue avec une rougeur que le doctorant commençait à bien connaître avant que son hôte n'explicite. Ou tente de le faire du moins. Il était évident que quoi qu'il ne se soit pas vraiment passé, cela avait eu un impact. Jesse n'eut pour toute réponse qu'un autre regard significatif, montrant qu'il ne croyait pas réellement à l'explication. Il ne tenta pas de faire avouer plus de choses à son vis-à-vis, non seulement parce qu'il ne voulait pas se le (re)mettre à dos alors qu'il paraissait de nouveau dans de bonnes dispositions pour parler, mais aussi parce qu'il paraissait fouiller dans ses souvenirs pour lui donner plus de détails, et qu'il ne voulait pas interrompre cette réflexion.

Comme il n'interrompit pas le récit, et ne chercha pas à réorienter (de suite) la discussion sur le sujet qui l'intéressait. Son hôte paraissait avoir besoin de parler de cette histoire de transformation, et si le brun savait se montrer particulièrement obtus et refuser la mise en place de telles stratégies d'évitement, c'était différent avec Asch, simplement parce que le pauvre gosse avait tellement de problèmes qu'un sujet où l'autre était épineux. Et puis, il aurait le temps d'y revenir.

Acceptant donc de faire un point là-dessus, Jesse embrayant sur le rapport qui existait entre le métamorphe et son totem, ainsi que sur des causes possibles. Il n'était pas concerné, et les métas ne faisaient pas partie de son domaine d'expertise, mais il avait avec eux une certaine affinité, par le biais de Len et des culture et traditions de ses ancêtres qu'il avait tenu à lui transmettre. La chevalière à son majeur en était la preuve flagrante.

Les Hopi, tout comme une grande majorité des peuples des premières nations d'Amérique et d'Océanie, avaient un rapport à l'animal et à la nature particulier. L'idée d'un animal totem correspondant à chacun faisait partie de leur quotidien, et ce depuis la nuit des temps. Ce n'était d'ailleurs pas pour rien que la plupart des surnoms que Len utilisait possédaient une référence animalière. Les autres étaient liés à la Nature. Même le rapport au temps était différent, et s'en ressentait dans leur langage, qui avait dû s'adapter aux us et coutumes du colonisateur pour tenter de survivre.

Bref, Jesse n'était pas métamorphe, mais il avait des connaissances et un passif qui lui permettaient de dire des choses avec une certaine justesse. A voir son attitude et ses remarques, pourtant, le jeune homme lui faisant face ne paraissait pas vraiment convaincu. Son estime de lui-même était-elle si basse ? C'était fort possible, ce pourquoi le brun décida de revenir sur Stephan, principalement parce qu'il y avait eu un malentendu lors de sa précédente sortie et qu'il tenait à le rectifier.

Oui, Stephan était lâche et peureux. De ce que le doctorant avait observé, il passait son temps à fuir les conflits, qu'il s'agisse de sa patronne, de ses collègues, ou vraisemblablement de sa vie personnelle. Même face à lui, lorsqu'il l'avait provoqué avec des mots très durs qu'on ne devait pas accepter de la part de (quasi)inconnus, le barman n'avait pas osé répliquer. Il s'était aplati et n'avait même pas cherché à le contredire. Cette attitude ne devait pas dater d'hier, et Jesse était prêt à parier qu'il avait dû être forcé à faire de même durant toute son enfance et son adolescence, et que ça devait être ce qui l'avait mené ici, à la Nouvelle-Orléans.

Mais cela ne voulait pas dire qu'il n'appréciait pas l'autre métamorphe. Au contraire, de ce qu'il avait pu observer et des infos qu'il avait, c'était plutôt l'inverse.

Face à son constat, Asch laissa échapper une phrase qui lui fit à nouveau froncer les sourcils, mais il ne répliqua pas de suite car il n'en avait pas fini avec lui. Ce qui ne voulait pas dire qu'il ne notait pas la phrase pour y répondre dans un futur proche. Il voulait simplement le mettre en face des sentiments que le barman éprouvait réellement pour lui, comme il l'avait fait plus tôt avec sa sexualité.

Et comme à ce moment là, la réaction d'Asch n'eut pas de prix. Il répondit au regard qu'il lui lançait par un demi-sourire tranquille, presque mystérieux allié à l'éclat étrange de ses prunelles grises. Il donnait l'impression d'un vieux sage dans un corps de jeune homme, tant qu'on pouvait se poser des questions sur son appartenance aux normes. Parfois, il paraissait plus proche des énigmatiques faës que des humains, et ce sur de nombreux points.

A la réplique du videur, Jesse haussa légèrement les épaules.

"J'ai de très bons informateurs."

Il ne fallait pas oublier que c'était via Ailin et Peter qu'il avait connu les Plaisirs Coupables. L'un comme l'autre possédaient une grande proportion machiavélique à partager les plus grandes hontes d'autrui, surtout quand ils ne portaient pas particulièrement autrui dans leur coeur. Asch et Stephan étant des sources d'amusement constantes pour l'un comme pour l'autre, il fallait s'attendre à ce qu'ils fassent souvent référence à des épisodes gênants de la vie de l'un ou de l'autre. Et Jesse retenait tout ce qu'on lui disait. Avec raison : c'était bien la preuve que cela pouvait servir.

Puis Asch dévia à nouveau le sujet sur le loup, malgré une petite mention sur les événements de la matinée. Une fois de plus, l'étudiant le laissa parler, profitant du fait qu'il n'avait pas besoin de l'ouvrir pour terminer son assiette. Puis il releva les yeux sur le métamorphe, une moue septique sur le visage.

"Nous allons y revenir. Avant, juste..."

Il ouvrit la boîte contenant les beignets. Lui qui était très sucreries (partiellement à cause de l'hypotension dont il avait beaucoup souffert plus jeune) adorait ces spécialités de Louisiane. L'étudiant en prit une entre deux doigts, avant de continuer.

"Ton problème de contrôle est un problème. Nous sommes d'accord. Cependant, arrête de penser que tu es toujours le seul à être en tort. Nous avons déjà établi que ce n'était pas le cas, et que Stephan s'était comporté comme le dernier des abrutis. Je viens de t'expliquer la façon dont il a pu penser. Ca reste une réaction d'abruti. Même si le fait que tu ne saches pas entièrement gérer ta colère n'aide pas."

Il croqua dans la pâtisserie avec une certaine satisfaction.

"Tu sais, je pense que ce gars n'a pas eu une adolescence facile, lui non plus. A sa façon de faire, j'ai tendance à croire qu'il a toujours été bizuté par des têtes de noeuds qui te ressemblaient un peu physiquement. Des gros tas de muscles. Ca a dû lui faire bizarre de réaliser que tu es loin de te limiter à ça. Fuir, c'est son réflexe d'auto-défense."

Comme la rage était celui d'Asch.

"Un réflexe pourri qui mène à des résultats catastrophiques, mais les réflexes sont de l'ordre du subconscient, contre lequel il est extrêmement difficile de lutter."

Voire impossible. Et voilà qui liait les deux thèmes que le doctorant voulait aborder de front.

"C'est comme avec ton loup. S'il ne s'agit pas de quelque chose de conscient, contre lequel tu peux lutter ou avec lequel tu peux travailler pour vous rendre la vie plus facile, c'est que ça vient de quelque part ailleurs. De plus profond. De l'irrationnel, sur lequel tu n'as pas prise. Ton loup ne sait pas gérer cette infinité d'émotions et de traumas, parce que l'animal n'est normalement pas confronté à cela. On dit que les métamorphes sont "en phase" avec leurs totems parce qu'ils arrivent à contrôler l'animal, mais c'est une extrapolation. Les métamorphes sont en phase avec leurs totems quand ils parviennent à empêcher leurs traumas humains de déboussoler l'animal."

Il posa le beignet sur le bord de l'assiette et plongea son regard dans celui si expressif du rouge, avec une lueur presque fraternelle dans les yeux, mais qui fut si vite envolée qu'on était en droit de se demander si elle avait vraiment existé.

"Ce qui pour toi -entre tes soucis avec ta mère et le reste de ta famille, l'impression que tu as de n'être qu'un raté, ce que t'impose ta patronne, ta sexualité sur laquelle tu acceptes à peine d'ouvrir les yeux et ton crush qui se comporte comme un gros boulet- n'est pas vraiment gagné, je te l'accorde. Mais ça ne veut pas dire que ton loup a l'âme d'un meurtrier."

Si un jour, vous avez besoin de quelqu'un pour défoncer un crâne sans qu'il y ait la moindre trace, appelez Coleman.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Dim 10 Déc - 23:26

Asch était en train d'essayer d'expliquer qu'il ne s'était PAS passé ça ce matin. Autre chose, peut-être, mais pas ça. Jesse tirait une tête bizarre, comme si il ne le croyait pas, mais c'était pourtant vrai. Ne pouvait-il pas comprendre où il voulait en venir sans qu'il soit obligé de le formuler ? Pourtant il l'y avait jusqu'à présent habitué... Il était sûr qu'il faisait exprès !

Sans quitter son impressionnante carnation rouge, il baragouina encore quelques mots aussi incompréhensibles qu'incohérents tout en essayant de faire des gestes peu clairs pour se faire comprendre, puis il soupira et lâcha l'affaire. Tant pis pour Jesse si il voulait jouer à l'abruti. Le métamorphe n'était pas dans des dispositions où il avait envie d'expliciter.

Quelques minutes après ça, il s'était passé beaucoup de choses. Jesse avait parlé longuement, provoquant chez son interlocuteur diverses réactions, allant de l'accablement à la tristesse brute. Puis il revint une fois de plus à la honte cuisante, faisant encore plus fort qu'avant et devenant instantanément violacé. Jesse avait visiblement entendu parler des... Problèmes qu'Asch et Stephan avaient rencontré durant la première saison des amours qu'ils avaient passée tandis qu'ils bossaient tous les deux aux PC.

Mais si il le tenait de ses "informateurs", alors c'était probablement toujours ça de gagné. Mieux valait ça que de se dire que tout le club parlait encore de cette histoire et qu'il suffisait de devenir client régulier pour bénéficier du récit détaillé de cette soirée maudite.  Asch pensa immédiatement à Ailin, qu'il avait déjà soupçonné avant d'obtenir cette confirmation. C'était bien parce qu'Asch pensait le vamp capable de colporter ce genre de ragots aisément, histoire de se payer sa  tête, qu'il avait incité Jesse à lui demander des détails sur le jour où il avait pris ses fonctions aux Plaisirs Coupables, après tout.

Il préféra éviter de faire le moindre commentaire de plus. C'était suffisamment gênant comme ça.

Et puis il y avait d'autres choses sur lesquelles il devait revenir. Notamment, sur cette histoire de loup. Jesse avait émis des hypothèses que le sort avait invalidé depuis longtemps. Ne serait-ce que dans un souci d'exactitude, il fallait qu'Asch lui explique.

Cela aurait été étonnant de sa part, mais l'humain ne se laissa pas démonter. Il rebondit presque immédiatement sur le sujet, sans donner le moins du monde l'impression d'avoir été contrarié par l'écroulement de ses premières théories.

Sans quitter sa position endolorie, et donc toujours le visage entre les mains, les coudes sur la table, Asch écouta très attentivement les nouvelles théories qu'on lui proposait. Il en était à un stade où il prenait tout. Absolument tout, si c'était susceptible de lui redonner l'espoir que quelque chose était possible. Qu'il existait un avenir dans lequel il pourrait supporter son existence, et cela sans coulées de sang.

Il ne fallait effectivement pas qu'il oublie que Stephan avait merdé, dans cette affaire, et qu'il n'était pas juste question de son caractère de merde, d'autant plus que ce dernier ne s'était pas manifesté dans la matinée, ou du moins pas entre le moment où Asch s'était ouvert à Stephan, où Stephan l'avait embrassé, et où il s'était cassé sans demander son reste. Dans cette situation, ses soucis de contrôle n'avaient pas encore eu le temps de devenir un problème. Même si on pouvait comprendre d'où l'idée lui était venue, étant donné la façon dont Asch avait agi jusqu'à présent, avec lui comme avec le reste du monde. Mais ils en avaient déjà parlé : que Stephan ne comprenne pas qu'il avait été plus authentique ce matin là qu'il ne l'était tout le reste du temps était la raison pour laquelle il avait pété un bol et envoyé un plat dans le mur un peu plus tôt. Il acquiesça en silence pour indiquer qu'il avait compris, et qu'il allait essayer de se raisonner, et puis il redressa presque aussitôt le regard, surpris du tournant que prenait l'argumentaire de son interlocuteur.

Il n'aurait pas pensé que Jesse allait lui parler de l'adolescence de Stephan. Ni de la manière dont il s'était probablement fait bizuter. Le totem n'avait certes pas dû aider... Mais quand même. Se faire immédiatement coller l'étiquette "tête de nœud gros tas de muscle" à cause de son apparence physique faisait un peu mal à la gueule... Sa paupière tressauta.

Ok. Pendant le lycée, il avait merdé. Il avait fait des trucs dont il n'était pas fier et qui pouvaient s'apparenter à du harcèlement. Dealer, racketter des gosses de riche, faire chanter des junkies pour le compte de la mafia qui embauchait son "gang". Il avait fait d'autres trucs qu'il ne regrettait pas aux ordres de la W. Certaines personnes méritaient qu'on leur casse la gueule.

... Mais depuis qu'il était gosse, à l'école, ça n'avait pas été la même. Il n'avait jamais eu d'amis. Tout le monde l'évitait. Il aurait juste aimé qu'au moins, on le laisse tranquille. On se foutait de sa gueule à cause de la couleur de ses cheveux. Parce qu'il était le cracmol de service de la grande famille de sorciers du coin. Parce qu'il n'avait pas l'air de s'intéresser aux filles, et que certains avaient dès lors tiré les conclusions qu'il ne s'était lui-même pas tiré avant aujourd'hui. A cause de sa médiocrité, parce que son désamour du système scolaire avait bien souvent fait de lui l'un des derniers de la classe... Quand il se faisait chier à venir en cours. Les années passant, sa pratique sportive l'avait amené à développé la musculature qu'il avait et on avait cessé de venir lui chercher des noises. Reste qu'il avait longtemps été la cible du harcèlement de ses camarades de classe. Il avait eu la chance d'être né combattif, avec un caractère de teigne, et il renvoyait les coups bien avant de les voir arriver, si bien qu'on l'emmerdait forcément moins, et toujours de loin. Reste que d'être associé à cette catégorie de petits cons qu'étaient les "gens populaires", surtout ceux du collège, l'emmerdait profondément.

Il savait que ce n'était pas à Jesse qu'il fallait le dire, et il n'était même pas certain qu'il ait raison sur toute la ligne vu qu'il n'émettait que des suppositions, mais il se sentit obligé de l'interrompre en pointant un doigt sur sa tête. Sur cette foutue tête pleine de cheveux rouges, qui lui avait valu bien des emmerdes.

"Parce que c'est vrai qu'avec ça sur le crâne j'ai dû l'avoir facile... Et qu'à douze ans, j'avais la même corpulence. Non, pis au naturel, j'ai tellement d'amis. C'est évident que je corresponds au profil. J'ai dû être quaterback dans une vie antérieure."

Oui, vraiment. Ça l'agaçait d'avoir pu être confondu avec ces poseurs superficiels, qui mesuraient leur valeur aux nombres de filles qu'ils avaient sur le bras et de mecs qui n'étaient pas dans le moule qu'ils traumatisaient. Ça l'agaçait encore plus sachant les véritables expériences délinquantes qu'il avait eues et qui lui faisaient encore honte.

Il fut bien obligé de se calmer. Jesse abordait encore un autre sujet, ou plus précisément, revenait sur celui de son loup, pour lui soumettre une hypothèse qui le captiva immédiatement. Parce qu'il n'y avait jusqu'à présent jamais pensé. Et que quelque part au fond de lui, il sentait que cela lui parlait. On voyait dans son regard que quelque chose faisait résonance.

Il tiqua bien évidemment quand Jesse recommença à mettre des mots sur ce qui dérangeait. "Ta sexualité sur laquelle tu acceptes à peine d'ouvrir les yeux. "Ton crush". Il ne se récria pas, ne réfuta pas la vérité de ces affirmations, mais on sentait qu'elles lui posaient encore problème.

"... T'es en train de me dire que si je veux rendre le loup tenable, faudrait déjà que ma vie ressemble à autre chose qu'une vaste blague ?"

... Ils n'étaient pas sortis de l'auberge, si c'était vrai. Voilà qui lui donnait presque envie de rire, très nerveusement. D'ailleurs, un rictus cynique était en train d'apparaître au coin de ses lèvres.

Cela dit l'idée était séduisante... Parce que si c'était vrai, ça lui faisait toujours un souci en moins sur lequel se concentrer. Et d'autres sur lesquels il lui faudrait absolument se focaliser prioritairement. Au moins, il aurait retrouvé un espoir. Et une forme de marche à suivre, même si comme dit plus tôt... Ils n'étaient pas sortis de l'auberge.


Dernière édition par Asch Räder le Lun 11 Déc - 9:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Lun 11 Déc - 0:48

Bien entendu qu'il le faisait exprès. Le norme n'avait pas perdu son objectif premier de faire ouvertement admettre au videur qu'il était gay et qu'il en pinçait pour son collègue. Parce que jusqu'à présent, tout était sortir à coup de demi-mots et de gestes et expressions criantes, mais rien n'avait été mis en mots. Pas par le métamorphe du moins. Et le doctorant était têtu.

Il s'amusa donc de voir son hôte enchaîner des syllabes sans queue ni tête qu'il illustrait de gestes qui n'étaient pas moins obscurs. Cela se voyait dans la façon dont son regard, même partiellement caché derrière ses lunettes rondes, pétillait. Cependant, Asch finit par abandonner en soupirant, et Jesse eut un rictus, mais ne relança pas. Il y avait bien d'autres sujets à aborder, une fois encore.

Une longue conversation s'en suivit, sur un thème similaire (Stephan) et un autre différent (le loup). L'étudiant essayait d'éclaircir le portrait du premier pour favoriser la compréhension, tandis que son interlocuteur voulait plutôt parler du second, ce qu'ils finirent par faire également, Jesse lui proposant une série de pistes qui furent presque aussitôt invalidées par le métamorphe. Qu'à cela ne tienne, il en avait d'autres. Mais d'abord, il souhaitait mettre quelque chose au clair.

Il n'aimait pas cette tendance qu'avait le jeune homme aux cheveux rouges à se penser responsable de tout ce qui tournait mal dans sa vie. Il y avait probablement des choses pour lesquelles il l'était, responsable. Mais pour bien d'autres, soit ce n'était pas le cas, soit il s'agissait d'un malheureux concours de circonstances, soit il n'était que partiellement fautif. Comme pour cette histoire avec Stephan. Et il fallait qu'il l'intègre, parce que sinon, cela ne ferait que le desservir... La preuve, il avait manqué de se tailler les veines à cause de cela un peu plus tôt.

Le videur hocha la tête, signe qu'il comprenait et qu'il allait probablement tenter de faire des efforts. Très bien. Le brun s'en contenterait pour le moment, parce que c'était déjà un progrès en soi, et parce qu'il avait encore plein de choses à dire.

En venant ici, il n'aurait jamais cru qu'il finirait par défendre Stephan. Enfin, trouver des raisons logiques qui pourraient justifier son comportement. Il s'était contenté jusque là de le trouver ridicule et de le mentionner plusieurs fois. Il le pensait toujours d'ailleurs. Néanmoins, il était évident que le plus gros souci entre ces deux-là (enfin, après le refus d'Asch d'admettre son homosexualité, mais il semblerait que celui-ci soit en bonne voie de résolution) était leur incompréhension mutuelle. Le moins qu'il pouvait faire était de mettre ses immenses capacités d'analyse à profit pour tenter de régler le problème.

La réaction surprise, puis blasée, puis agacée du métamorphe lui prouva qu'il n'avaient probablement pas partagé leurs souvenirs d'enfance. Ce qui n'était pas vraiment étonnant. Malgré l'ironie mordante dont le videur faisait preuve, le californien sentait qu'il était blessé et énervé, ce pourquoi il leva légèrement les mains, paumes ouvertes en signe d'innocence, malgré un rictus amusé.

"Hey. Ne blâme pas le messager, petit. Je ne fais que te faire part de mes suppositions. Il n'y a qu'un seul moyen de les vérifier."

Bon, en réalité, il y en avait plusieurs... Mais le plus efficace était évidemment de demander au principal concerné.

Enfin, il revint sur le sujet du loup, et sur les autres théories qui pouvaient expliquer le problème de contrôle du métamorphe. Vu comment il semblait pendu à ses lèvres, c'était une explication qu'il n'avait jamais entendue (au contraire de la précédente apparemment) et qui lui paraissait plus plausible. Le fait que la Combattante elle-même n'ait pas ce recul sur sa nature et la façon de la gérer aurait pu déranger le doctorant s'il en avait eu quelque chose à faire. Après tout, si elle était censée garder les métas dans le rang, elle devrait aussi pouvoir les aider efficacement, non ? Mais bon, il ne faisait pas partie de cette race, il se souciait donc peu que la hiérarchie soit peu (ou pas) capable. Il avait déjà bien assez à faire avec la sienne.

Jesse eut un demi-sourire amusé (oui, encore) à la réaction parlée de son hôte impromptu. Dit comme ça, forcément...

"Disons que pour mettre de l'ordre dans l'esprit de ton totem, il va falloir commencer par mettre de l'ordre dans le tien, oui. Mais admettre qu'on est attiré par les hommes et que cela n'a rien de scandaleux, amoral voire immoral ni diminuant est un début."

Il reprit une bouchée de beignet pour cacher un éclat de rire.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Lun 11 Déc - 10:42

Tiens. C'était exactement ce qu'il s'était dit avant de prononcer quand même les mots : Jesse n'était pas celui auquel il fallait qu'il se plaigne, et puis il n'était même pas dit qu'il ait entièrement raison malgré ses capacités de déduction titanesques. Il avait quand même ressenti le besoin de le formuler. Il avait teinté le tout d'une ironie mordante qui pourrait faire passer ça pour une blague, mais l'étudiant avait bien vu qu'il n'était pas uniquement en train de plaisanter. Que l'idée que Stephan le prenne pour un de ces mecs qui s'éclataient à terroriser plus faible qu'eux pour le sport et parce que ça les amusait et leur permettait de mieux briller dans les petites sociétés merdiques du collège et du lycée lui faisait mal.

"... Je sais. Mais ça M’ÉNERVE."

Voilà qui, connaissant Asch, n'avait rien d'étonnant. Et le jeune homme était effectivement en train de serrer les dents et de respirer plus fort que la moyenne, pas loin d'arborer des naseaux de taureau à chaque fois qu'il expulsait l'air et tentait d'évacuer dans le même temps cet énième sentiment d'injustice et de blessure. Il ne lui fallait vraiment pas grand chose pour ressentir en grand tout ce qu'on lui disait, et tout ce qu'il vivait. Être à la fois à ce point colérique et à ce point hypersensible pouvait être un véritable handicap. Il en avait d'ailleurs déjà parlé, même si pas en ces termes, parce qu'il n'aurait jamais assumé la dite sensibilité, qui faisait partie des trucs qui auraient blessés sa masculinité absolument pas déconstruite si il avait dû les regarder trop en face.

Un peu en décalé par rapport au timing de la situation, Asch tiqua, constatant que Jesse venait de lui parler comme à un gamin. Sachant qu'il ne devait pas être beaucoup plus âgé que lui (rien ne lui disait qu'il n'était pas plus jeune, même), c'était... décalé. Dans un autre contexte ça aurait pu l'agacer, mais ses émotions couraient déjà dans tous les sens si bien qu'il n'arrivait pas à éprouver quoique ce soit de plus à ce sujet qu'une impression bizarre, parce que lorsqu'on faisait 1m95, il était plutôt rare de se faire traiter de "petit" par quiconque. Il avait effectivement l'impression d'avoir à nouveau douze ans.

En parlant de trucs qu'il regardait trop en face, on allait bientôt y revenir. Jesse venait de lui soumettre une idée intéressante, arguant que son loup se montrait peut-être aussi furieux parce que l'humain, ou plutôt la base sur laquelle les deux facettes de son ego reposait, n'était pas saine. Expliquant qu'il aurait besoin de mettre de l'ordre dans son existence avant de trouver l'apaisement autant pour la partie de lui qui était humaine et pour celle qui était plus poilue.

Ce n'était pas con. C'était très loin d'être con. Asch avait bien conscience que son tempérament irascible ne lui venait pas de nulle part. C'était son enfance bafouée qui l'avait construit. A un moment, il avait compris que rien de ce qu'il ferait ne suffirait jamais pour contenter sa mère, pour qu'elle fasse attention à lui quand elle l'ignorait, pour qu'au contraire elle change de cible quand sa colère s'abattait violemment sur lui sous forme de coups. Il avait compris qu'il ne pourrait jamais avoir son amour, et il avait arrêté d'essayer. A partir de là, dès l'enfance, quelque chose en lui était devenu sombre et agité. Il était devenu agressif. Il avait commencé à se défendre par les coups, à son tour. Il s'était mis à aligner les conneries juste pour pouvoir exister. Pour qu'elle le remarque et soit obligée de faire avec lui, même si ça devait être via l'agacement. Via les emmerdes qu'il lui causait et qu'il la forçait à gérer.

Le pire dans tout ça, c'est qu'il avait probablement essayé d'avoir son attention, de récupérer des miettes d'approbation - notamment en entrant à son service dans la W - jusqu'au moment où elle avait violemment révélé sa nature et qu'il avait non moins violemment appris la vérité sur sa naissance. Ce n'était que là qu'il s'était vraiment mis à la détester. Tout ce temps, il s'était probablement senti fautif, et s'était haï lui-même au lieu d'elle. Sachant combien il l'exécrait maintenant, et combien il s'exécrait encore tout seul, on pouvait imaginer ce à quoi sa vie avait pu ressembler jusqu'à présent...

Mais là où il essayait d'en venir, malgré ces pensées parasites, c'était au fait que le gros de ses soucis d'agressivité lui venaient du rejet de ses parents, puis de celui qu'il avait récolté ailleurs, partout, en permanence, même lorsqu'il semblait l'avoir cherché. La réprobation, le ressentiment que le monde entier semblait vouloir lui vouer, juste à cause de ce dont il avait l'air, et de la superficialité apparente de ses actions, ou de ses pétages de câble.

Ses réflexions furent interrompues par un commentaire piquant, et il se félicita lui-même de n'avoir pas commencé à manger, parce que si il l'avait fait, il se serait probablement étouffé avec un grain de riz. Instantanément son visage tourna encore au cramoisi et il réagit à la brutalité des propos - Oui.. pour lui, c'était brutal - au quart de tour, viscéralement, avant d'avoir eu le temps de réfléchir à ce qu'il était en train de raconter.

"J'ESSAIE, bordel ! Je sais pas si tu te rends compte du point auquel c'est déjà COMPLIQUÉ de t'entendre raconter ça en boucle sans vouloir t'éclater la tronche ni affirmer le contraire. J'en suis à un point où c'est devenu réflexe. Laisse moi le temps de me faire à l'idée, ok ? Et de..."

L'élan furieux mourut, et avec lui la voix du métamorphe, qui baissa les mains qu'il avait plus ou moins levées autour de sa tête pour exprimer par la gestuelle son exaspération. C'était tout de suite beaucoup moins facile de parler de ça maintenant qu'il n'y avait plus ce mouvement vers l'avant à l'intérieur de lui qui le forçait à désenfouir tout ça. Un soupir accompagna son geste vaguement abattu.

C'était là qu'il s'en était arrêté dans son raisonnement précédent. C'était quelque chose qu'il avait su, mais qu'il n'avait jamais lié à son loup, ni à son caractère incontrôlable : il avait besoin de ce qu'il n'avait jamais vraiment eu jusqu'à présent. D'une famille. Ou d'une meute, probablement, si il écoutait les envies profondes de l'animal, qui lui restaient accessibles même lorsqu'il était sous forme humaine, même si il lui était encore difficile de les déchiffrer, de les analyser. Il avait besoin de personnes qui l'apprécieraient. Avec qui il pourrait être lui-même sans avoir peur ni honte de qui il était.

Il fallait qu'il cesse d'être seul. Qu'il trouve un, ou des endroits auxquels appartenir.

C'était vrai : tout était bien pire depuis qu'il ne ressentait plus le Trick O'Clink de cette façon. Depuis qu'il ne voyait plus Alice comme son alliée. Peut-être fallait-il qu'il tente de régler les choses avec elle, au moins pour savoir ce qu'elle pensait réellement de tout ça. Il ne lui avait plus vraiment parlé depuis cette soirée fatidique. Ils s'étaient mutuellement évités. Stephan n'était pas le seul avec lequel il avait des choses à régler.

Et puis oui, aussi. Il y avait Stephan. Et le fait qu'il était probablement... Non. Assurément, totalement, et définitivement g... g.. gay. Et qu'il désirait ardemment une relation avec cet imbécile, par lequel il était attiré depuis que les choses avaient tournées bizarrement entre eux, ce qu'il avait fait de son mieux pour éviter d'admettre jusqu'à présent. Voilà. Il avait réussi à le penser de manière non détournée, à défaut de le formuler. Il devait être encore plus rouge qu'avant, et arborer l'expression de la gêne absolue. Mais si cela devait aussi aider à calmer les élans sanguinaires du loup, alors il voulait bien faire le double d'efforts. Quitte à mourir de honte avant l'heure.

"... Je suis pas à l'aise avec les mots. Toi c'est ton truc, pas le mien. J'ai déjà essayé de le dire à Stephan, il a pas eu l'air de comprendre. J'ai besoin de la pratique avant de me faire à la théorie. Si ce con veut bien arrêter de me fuir, je veux bien faire de mon mieux pour que ça ait l'occasion de se faire. Ensuite, peut-être que j'arriverai à le dire. Pour le moment, rien que le fait d'y penser me bloque complètement..."

Si Jesse ne voyait pas l'amélioration drastique qui s'était faite en l'intervalle de deux jours, alors c'est qu'il ne l'avait pas bien regardé avant. Asch n'en revenait pas d'avoir effectivement dit ce qu'il venait de dire.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Lun 11 Déc - 22:22

Attendri malgré lui par la réaction du métamorphe (sa colère et son ironie, qui cachaient mal son indignation et sa blessure), le doctorant eu un léger sourire.

"Et tu as le droit d’être agacé. Tu as aussi le droit d’exprimer tes blessures autrement, ceci dit. Ca ne changera rien de qui tu es."

Non, il n’avait pas non plus oublié que la masculinité froissée d’Asch était une grosse partie de ce qui faisait qu’il n’assumait pas d’être ou d’avoir des réactions assimilées plus généralement au «  féminin  » (ou pire, à ses yeux  : à l’homosexualité). Cependant, il n’avait pas l’intention de se battre avec lui de suite sur ce sujet. Si le jeune homme avait besoin de s’énerver pour montrer ses sentiments, il le laisserait faire pour le moment. L’important était d’abord qu’il s’expriment, ils verraient l’art et la manière un peu plus tard.

...Oui, aussi étrange que cela puisse paraître, Jesse était en train de se dire qu’il ne serait pas contre apporter son aide un peu plus longtemps à ce gamin abandonné par la vie. Peut-être parce que, dans de nombreux et divers aspects, il retrouvait en lui chacun de ses parents. L’intelligence vivace de Len et son humour pince-sans-rire, dont il était capable d’user même dans les moments les plus critiques  ; la sensibilité de Cameron (même si iel ne la cachait pas sous des couches d’agressivité)  ; l’honnêteté et la verve de Dylan, qui n’hésitait jamais à dire ce qu’iel pensait et à mettre les points sur les i lorsqu’il le fallait. Tous ces petits détails qui faisaient partie de ces personnes qu’il adorait, et qui l’amenait à rester encore un peu, alors qu’il aurait pu se barrer dès qu’il avait remarqué que le sortilège de Précieuse ne semblait plus aussi invasif que plus tôt dans la soirée.

Mais il était toujours là, et à présent il essayait même de trouver des explications pour le comportement du loup, qui apparemment lui en faisait voir des vertes et des pas mûres. Ses premières hypothèses tombaient à l’eau, mais il en fallait plus pour le perturber, et il en proposa aussitôt d’autres, qui semblèrent parler beaucoup plus à son hôte. Quand on y réfléchissait, c’était logique. Ce n’était pas uniquement parce que sa bête était «  apparue  » plus tard dans son évolution, ou parce qu’elle avait été forcée de se taire, qu’elle devait se changer en monstre chaque fois qu’on lui laissait le champ libre. L’animal n’avait pas cet instinct de vengeance sur le long terme. Le loup aurait dû être heureux de vivre enfin, simplement.

Mais la psyché d’un humain n’était pas simple. Encore moins pour un animal, dont les envies et besoins étaient radicalement différents. Similaires, aussi, mais si l’humain était trop complexe, l’animal ne suivait pas, et se concentrait sur la chose qui lui apparaissait avec le plus de clarté. Et, chez Asch, c’était cette colère, dont il se servait comme bouclier et grâce à laquelle il cachait tout ce qu’il ressentait et réglait tous ses problèmes.

Ou tentait, du moins.

C’était en réglant ses problèmes autrement, et au fur et à mesure, qu’il parviendrait à avancer et ainsi à calmer le loup. Cela ne voulait pas dire que ce serait facile et qu’il n’y aurait pas des couacs en chemin, mais au moins, on pouvait en tirer une méthode, que l’esprit scientifique de Jesse voyait se dessiner avec une certaine clarté.

Et le premier était de lui faire accepter cette partie de lui qu’il niait depuis (beaucoup trop) longtemps. L’étudiant fit donc une nouvelle remarque, sur un ton amusé qui rendit le visage du métamorphe aussi rouge que ses cheveux, avant qu’il ne lui réponde avec cet énervement qui lui était coutumier, sans réfléchir.

"..."

Le brun ne dit rien, mais ses yeux pétillaient de quelque chose qui ressemblait à s’y méprendre à de la fierté. L’éclat de locataire des lieux n’avait rien d’inattendu, mais les mots qu’il lançaient étaient bien plus significatifs que tout ce qu’il avait pu dire jusqu’à présent. Et ça, c’était déjà beaucoup. Même énormément, sachant qu’ils n’avaient commencé à travailler dessus que depuis quelques heures. En silence, le californien hocha donc sobrement la tête, pour signifier que oui, il comprenait, et qu’il allait effectivement lui laisser le temps de se faire à l’idée. Parce que parler ainsi, c’était ce qu’ils obtiendraient de plus proche d’une admission pour le moment.

... Ou pas, si le norme se fiait aux expressions du visage du métamorphe, qui paraissait avoir une très intéressante conversation avec lui-même. Intéressante et extrêmement gênante semblait-il, ce qui amusait grandement le doctorant, bien qu'il n'en montre rien : ç'aurait été la meilleure manière de le braquer, et à ce stade c'était une réaction qu'il voulait à tout prix éviter.

Enfin, Asch s'ouvrit. Il lui expliqua qu'il n'était pas fait pour les mots, mais pour les actions, et qu'il avait besoin de preuves concrètes avant de pouvoir définitivement avouer quoi que ce soit. Et qu'il était plus que prêt à essayer quelque chose avec son collègue barman, si seulement il arrêtait d'être con.

Jesse fit immédiatement taire la vague de contrariété qui menaça de l'envahir à la mention du comportement du barman. Il avait déjà pris une décision concernant l'autre métamorphe, et il préférait éviter d'accumuler trop d'arguments qui l'amèneraient à dire quelque chose qu'il finirait par regretter. ...Même si, au vu du peu d'estime qu'il avait pour le brun, c'était peu probable. Plutôt que de rester sur ce sujet, il préféra donc embrayer sans transition, avec cette franchise qui lui était propre.

"C'est excellent, Asch. Tu vois, je crois qu'en à peine deux heures nous avons avancé sur beaucoup de choses."

Parce que ce n'était pas seulement une mention d'acceptation qu'il venait de faire. Il venait de se projeter dans l'avenir. De parler de suite. De s'exprimer au futur. Pour quelqu'un qui avait passé la journée avec de sérieuses pensées suicidaires en tête, c'était un exploit. Mais cela ne voulait pas dire qu'il fallait s'arrêter en si bon chemin.

Jesse avait fini son beignet depuis un moment, et il en reprit un autre dans la boîte avant de continuer.

"Je comprends que tu ne sois pas du genre à laisser tes sentiments s'exprimer autrement que par les poings. Mais je veux essayer de te proposer quelque chose. Bon, tu as été élevé dans la religion wiccane, mais je suppose que tu connais le principe du confessionnal ?" Il attendit une réponse (si négative, il expliciterait le principe et si positive, il enchaînerait). "Tu devrais t'y mettre."

Il croqua dans son beignet.

"Je ne te parle pas du fait de te pointer à l'église et de balancer ta vie à un inconnu. Tu peux te confier à n'importe quoi : un journal, un enregistreur, ton téléphone... une personne si tu le souhaites, bien que j'en doute. Tu peux même parler à Alcide, si tu veux. Mais sort ce que tu ressens. Pas seulement en cassant de la vaisselle. Parce que finalement, tu évacues la frustration, mais la blessure, elle, est toujours là. Et tant que tu ne l'expulseras pas par des mots, sur un support neutre dont tu ne vas pas craindre la réaction, elle restera."

Oh, ça allait probablement lui paraître un peu trop "féminin" pour lui... Mais au moins l'idée était lancée. Jesse savait qu'il y réfléchirait.
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Asch Räder
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Mar 12 Déc - 0:33

Asch dressa un regard rapide sur Jesse, vaguement gêné - pour changer - mais aussi curieux, interrogatif. Il ne savait pas trop si il allait ou non répondre à son affirmation. Il n'était pas sûr de savoir comment la prendre, à vrai dire. Il avait peut-être le droit d'exprimer ses blessures autrement, mais c'était bien de ça dont il était question avec le loup rouge : il ne savait pas faire autrement.

Même lorsqu'il cachait sa propre sensibilité sous les couches de colère et de cynisme, pour éviter de paraître trop fragile, il n'en était pas vraiment conscient. C'était automatique. Asch était trop spontané pour avoir pleinement la notion de ce mécanisme. Tant et si bien qu'il ne s'était même pas entièrement rendu compte du point auquel il avait vraiment été blessé, considérant juste que les hypothèses formulées par Jesse sur les raisons de la fuite de Stephan l'avaient "énervé". Maintenant que son interlocuteur le formulait ainsi, c'était vrai. Il s'en rendait mieux compte : ce n'était pas juste que ça le foutait en rogne. Ça faisait vraiment mal. Au point où il avait envie de chialer de dépit.

En l'espace de quelques secondes, donc, son expression fondit de la colère à une tristesse qu'il cachait mal et qui restait bloquée dans sa gorge, où elle formait un nœud douloureux. Ah. Ça y était. Maintenant il comprenait où Jesse avait voulu en venir. Il baissa les yeux et se mordit la lèvre. Ça ne changerait peut-être rien à qui il était, mais il ne voulait pour autant pas se montrer dans ce genre d'états devant quiconque, même si aujourd'hui il s'était décidément montré sous un jour peu glorieux. Face à Jesse, ce soir. Face à Stephan le matin même, lorsque ses nerfs avaient lâché.

La discussion qui suivit à propos de son loup l'intéressa énormément et le fit beaucoup réfléchir, ce qui l'amena à oublier ce bref instant gênant et à recouvrir son naturel et ses habitudes : dès que Jesse lança dans sa direction des propos qui étaient faits pour le déranger, il s'énerva à nouveau et répondit donc sous le coup de l'impulsion, sans réfléchir.

Il s'arrêta lorsque le dit élan le quitta, pour se rendre compte qu'il était au milieu de ce qu'il disait et qu'il allait falloir terminer, même si c'était devenu très épineux, car ce qu'il avait sorti était tout particulièrement sensible et qu'il ne se serait probablement jamais aventuré sur cette voie sans cet élan de colère. Il pouvait sentir le regard de Jesse le brûler, et il faisait de son mieux pour éviter de le croiser, parce que c'était suffisamment difficile ainsi et qu'il n'était pas certain qu'il trouverait le courage d'aller jusqu'au bout des choses si il se plongeait dans ces yeux qu'il devinait discrètement moqueurs.

Dans sa tête, il se fit donc des aveux difficiles. Par les mots, il se contenta d'exprimer la difficulté qu'il avait justement à les manier, surtout quand il ne pouvait pas se baser sur un cas pratique qui lui permettait d'être sûr de ce qu'il avançait, et de ce qu'il ressentait. Enfin seulement il redressa le regard, par ailleurs surpris par le ton que son interlocuteur adoptait. Jesse paraissait satisfait. Voilà qui était étonnant de sa part. Jusqu'à présent, il s'était montré exigeant au point qu'Asch ne se serait pas cru capable d'effectivement lui donner ce qu'il paraissait chercher.

... Et sa paupière tiqua encore. Ce spasme lui était caractéristique. Il l'avait dès qu'un truc le perturbait où l'agaçait plus que la moyenne. Ici, c'était le ton de l'étudiant qui lui avait vaguement déplu. Il avait vraiment l'impression qu'on lui parlait comme à un gosse, cette fois. Il avait l'impression de se faire chaperonner, et il n'appréciait pas totalement cette idée, qui appuyait sur une notion d'infériorité, d'infantilisation, avec laquelle pour des raisons évidentes, lorsqu'on connaissait sa vie, il n'était pas à l'aise. Si Asch était allé voir un psy, il aurait probablement eu des problèmes avec : au bout de la seconde séance au maximum, il aurait renversé le bureau en demandant au praticien si il le prenait pour un con.

Là où on voyait qu'Asch était de bonne volonté avec Jesse, c'est en constatant qu'il ne faisait rien pour donner corps à ce pic précis d'énervement. Il était conscient des efforts que son interlocuteur faisait sans que rien ne l'y oblige et ça justifiait qu'il passe l'éponge sur d'éventuelles formulations qui ne lui plaisaient pas.

"Considérant qu'il y a deux heures j'étais sur le point de m'enfoncer un canif dans le bras... je suppose."

L'idée continuait de lui paraître tentante. Néanmoins il était prêt à essayer quelques trucs au préalable, maintenant qu'il avait retrouvé un peu d'espoirs, à plusieurs niveaux. Surtout qu'ainsi qu'il l'avait dit bien plus tôt, "mourir parce qu'un abruti n'était pas capable de voir plus loin que le bout de son nez lui paraissait sincèrement trop pitoyable, même pour lui".

Enchaînant sur un discours dont le ton plaisait beaucoup mieux à Asch - dont le visage se détendit donc en fonction - Jesse amena son interlocuteur à prendre un air circonspect. Asch haussa les épaules. Oui... Il voyait bien de quoi il voulait parler.

"Difficile de vivre dans ce pays sans savoir ce que c'est... Les chrétiens sont aussi bruyants et invasifs que des voisins qui pensent que tout le monde fait la fête dans l'immeuble la veille de Noël et qui foutent la sono à fond sous prétexte que tout le monde fait pareil. Non, mauvaise métaphore : ils feraient littéralement ça, en vrai, si Noël était une fête dansante."

Asch n'aimait donc par principe pas trop les chrétiens en question, même si la Wicca ne lui avait jamais grandement porté chance dans la vie jusqu'à présent. C'était quand même la loose d'être un métamorphe lorsqu'on avait été élevé dans un tel monde, où cette race était tout particulièrement méprisée. Surtout sachant que sa nouvelle "famille" d'appartenance appréciait de façon générale tout aussi peu les sorciers. La façon dont il avait été élevé pouvait donc être un sacré souci dans ses nouvelles relations... et il n'avait pas besoin de ça pour galérer à en maintenir au moins une ou deux de correctes et d'agréables.

Bref. Tout ça pour dire qu'il fut passablement perplexe lorsque Jesse lui conseilla le confessionnal. Il avait l'air d'être du genre à pointer son cul dans une église ? Puis son interlocuteur explicita et son visage s'adoucit légèrement sous le coup d'une compréhension qui se transforma cela dit rapidement en détresse. Il haussa les épaules une fois de plus et secoua la tête de gauche à droite, en signe d'impuissance.

"Sincèrement je doute que ça fonctionne... C'est pas que je veux pas parler. Généralement j'y arrive juste pas. Ça reste bloqué. Je sais pas exactement pourquoi... Mais par les gestes c'est différent. Pas juste les coups. C'est juste plus facile comme ça. Je suis spécialement bavard aujourd'hui. Peut-être parce que c'est tellement la merde... J'ai presque jamais été aussi loin. J'imagine que ça a dû libérer autre chose que de l'adrénaline. J'ai pas arrêté ce matin avec Stephan, quand on parlait du loup. j'avais encore de l'alcool dans le sang. Et maintenant avec toi... Mais c'est rare que ça sorte aussi facilement. Je sais jamais d'avance... Je contrôle pas ce qui voudra bien passer ou pas. Tant qu'à faire je crois que je préfère encore faire ça avec quelqu'un. Je me sentirais vraiment con à parler à une télécommande ou un bout de papier."

Même si c'était saccadé, maladroit, et que ça lui donnait l'air débile, c'était subitement devenu plus facile de parler, justement. Comme si le fait de s'être lancé lui avait donné l'élan nécessaire pour continuer un peu. Ou bien était-ce simplement qu'il sentait quelque chose fondre un peu entre Jesse et lui, si bien qu'il se sentait vaguement plus en confiance qu'au préalable ? Il n'aurait pas dû. Il le savait. Mais c'était comme Jesse disait : il avait besoin de ça. Et tant qu'il y était... Il prit une grande inspiration.

"... écoute vu que j'en suis là, je vais finir. Parce que ça me paraît quand même aberrant. Enfin je veux dire... Je suis nul pour ces trucs là. J'y connais rien. Mais même à moi il me paraît... Enfin il me semble que ça se fait juste pas."

C'était le moment où il fallait qu'il ne réfléchisse pas et qu'il sorte juste tout ce qui était sur le bout de sa langue. Si il réfléchissait trop, il allait se retrouver comme un con, la bouche ouverte et le souffle coincé dans la gorge aussi efficacement que si il avait encore été en train d'essayer de parler du sortilège que Précieuse lui avait foutu sur la gueule.

"... Je vais finir l'histoire. Ce matin. Je t'ai dit que j'ai parlé de cette histoire d'agression dans la forêt, et de loup, à Stephan. J'ai les nerfs qui.. euh. Ils ont lâché quoi. Et c'est un peu confus. On s'est retrouvé à se regarder dans les yeux d'un peu trop près et il..."

... Et de se frotter le front très fort, à s'en arracher la peau. Pourquoi c'était si compliqué ? Il poussa un juron violent :

"Merde. Il m'a roulé une pelle, voilà. Il a fait ça et j'ai... suivi le mouvement."

Il allait probablement bientôt repasser au violacé.

"... Et après ça ce con a semblé trouver que c'était une bonne idée de tout annuler. Tu sais. Comme si ça avait déjà pas été suffisamment compliqué de lâcher prise et de pas.. Je sais pas. J'aurais pu lui foutre une tarte, à la place, par exemple. J'veux dire. En temps normal elle serait partie direct. Je l'ai pas bien vécu... J'ai crisé. Pas contrôlable. Juste... La gerbe complète. Et quand ça a été fini y avait plus personne."

Il dressa un regard douloureux sur Jesse, en quête d'approbation :

"... Ça, je comprends juste pas. Je veux dire... Je suis con à ce point ou bien ? Ça se fait pas, non ?"

Tout ce dont ils avaient parlé lui avait permis de dresser un portrait plus précis de Stephan et des raisons qui avaient pu le pousser à le fuir, mais rien ne répondait à cette dernière blessure, à cette dernière question. Pourquoi s'être ainsi rétracté après avoir de lui-même commencé ? Pourquoi, alors qu'il avait forcé Asch, par là-même, à se défaire de ses derniers mécanismes d'auto-défense ? Et on voyait où ça avait failli le mener...
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Mer 13 Déc - 5:14

A l'expression de détresse qu'Asch arbora, l'universitaire en déduisit qu'il venait de réaliser que sa colère n'était pas une finalité en soi. Elle cachait d'autres sentiments, ces choses plus profondes qu'il lui fallait expliciter pour pouvoir avancer. Le parcours allait être de longue haleine, et s'il avait fallu que Jesse le mentionne pour qu'il s'en rende compte, c'est que cela n'allait pas se faire tout seul, mais c'était déjà un début.

Après cette réflexion interne, le doctorant explicita les autres hypothèses qu'il avait concernant le loup. Et au vu de ce dont il venait d'être témoin, ces explications étaient probablement plus proches de la vérité que les premières. D'ailleurs, cela fut confirmé par la façon dont le métamorphe se passionna pour son discours... Jusqu'à ce qu'il l'agace à nouveau en le forçant à admettre ce avec quoi il avait le plus de mal pour le moment.

Mais étonnamment, le videur avoua cette fois beaucoup plus que tout ce qu'il avait fait jusqu'à présent. Le californien ne cacha pas son appréciation, qui fut reçue avec agacement et sarcasme. Sachant qu'il n'avait absolument pas prononcé ces paroles en songeant que leur ton pourrait être mal pris (il fallait aussi dire que Jesse prenait naturellement les gens de haut, sans vraiment s'en rendre compte parce que, soyons honnêtes, il le pouvait), il se contenta d'ouvrir à nouveau brièvement les paumes en signe d'innocence. Et de proposer autre chose.

La réflexion du jeune homme aux cheveux rouges sur le christianisme lui arracha un éclat de rire sans joie. Agnostique convaincu, Jesse avait sur les religions un regard bienveillant, mais critique (...comme sur à peu près tout). Mais il devait avouer que les religions monothéistes dominantes, notamment celles qui avaient permis par la colonisation l'oppression systémique de peuples minoritaires dont il faisait indirectement partie, bénéficiaient de moins de bienveillance que les autres. La métaphore d'Asch lui paraissait donc agréablement acidulée.

Cela ne l'empêcha cependant pas de continuer sur sa propre métaphore, en lui suggérant d'user un système similaire à celui du confessionnal. L'étonnement sur le visage de l'outre laissa bientôt place à une détresse qui semblait vouloir dire qu'il avait déjà essayé.

Ou pas tout à fait. Le brun écouta attentivement ses explications en le scrutant du regard. Il semblait avoir un problème avec l'acte de verbaliser les choses, mais...

"...Tu as déjà essayé d'écrire à quelqu'un ? Pas à un journal, mais à une personne. Je ne sais pas... Tu ne faisais pas ça avec ta soeur Arielle ?"

Bon, il jouait à un jeu dangereux là, si Asch s'offusquait qu'il relance la conversation là-dessus... Mais le doctorant avait bien fait attention à ce que son ton montre qu'il parlait du nom de sa soeur, et non pas qu'il se moquait (à nouveau ?) de la ressemblance entre le personnage et son vis-à-vis. Pour éviter de l'amener à trop y penser, il continua presque aussitôt, lui laissant à peine le temps de répondre.

"Parce que de ce que tu dis, j'ai vraiment l'impression que les mots sont physiquement bloqués dans ta gorge. Ils ne le seront pas forcément sous tes doigts. Et si tu préfères parler à quelqu'un et bien... Internet est un vaste océan, et ton smartphone est rempli d'applications plus que ravies de remplir cet office."

Il sortit son propre téléphone de sa poche pour lui montrer le logo vert d'une bulle de bande dessinée dans laquelle se trouvait un téléphone, au-dessous d'un chiffre anormalement élevé.

"Je communique avec ma famille, mes directeurices de thèse, certain.e.s de mes objets d'étude et mes différentes classes via ce truc. C'est parfois épuisant, mais sacrément utile. Ceci dit, ce n'est que pour communiquer avec des personnes dont tu possèdes le numéro de contact. Mais si tu veux parler avec des inconnus, je peux t'en suggérer d'autres."

Vivre à plus de 5000 kilomètres de parents protecteurices et très intéressé.e.s par la vie de leur enfant sans être réellement envahissant.e.s amenait à avoir une certaine connaissance des divers moyens de communication à distance utilisables. D'ailleurs, il lui faudrait jeter un coup d'oeil à ces notifications un peu plus tard. Il était presque certain que Dylan l'avait encore menacé de prendre le premier avion s'il ne donnait pas rapidement de nouvelles.

Il allait attendre un peu, juste pour voir.

De toute façon, il était pour le moment occupé, et fut bien vite intrigué par la prise de parole du méta loup, qui venait apparemment de décider de partager avec lui quelque chose qu'il n'avait pas voulu dire jusqu'à présent. Il venait de finir son second beignet quand il comprit qu'il s'agissait du récit de ce qui s'était passé dans la matinée. Sourcil haussé en signe d'intérêt, Jesse prêta son entière attention à son vis-à-vis, notant la moindre de ses hésitations et de ses rougeurs, la façon dont il se frottait le front en signe d'hésitation et de forte gêne...

...et tomba des nues. Il fallait le noter, car c'était particulièrement rare. Ailin, notamment (mais également d'autres) seraient déçus de ne pas avoir pu assister à cette scène. Derrière les lunettes, le regard gris s'était écarquillé un bref instant. Pas à la mention du baiser en lui-même non, ça, il s'en doutait depuis que le métamorphe refusait de lui dire ce qu'il s'était passé.

Ce qui surprenait le norme, c'était que Stephan était celui qui avait initié le baiser. Avant de renoncer. D'avoir des remords, ou plutôt les chocottes, et de faire comme si rien ne s'était passé.

Evidemment, Asch avait mal réagi. Viscéralement. Le gamin était à peine conscient de ce qu'il était à présent, et cela avait demandé (presque) tous les éléments de forcing argumentatif dont Jesse était capable. Comment aurait-il pu bien vivre un tel rejet ?!

Pire que cela, Stephan n'était même pas resté pour s'assurer que le rouge s'en remettait. Il aurait pu rester, et introduire une discussion -qui aurait été salvatrice- sur les raisons qui l'avaient poussé à initier (puis à arrêter) cet échange. Mais non. Il avait d'abord rejeté le jeune homme, puis il l'avait abandonné en plein détresse.

Merveilleux.

"Je... Pardon ?!"

Il avait laissé parler Asch jusqu'au bout, simplement parce qu'il avait été tellement difficile pour lui de se mettre à parler que le couper aurait été complètement contre-productif. Mais la dernière réplique du métamorphe avait eu raison de son impressionnant self-control.

Fermant un bref instant les yeux, Jesse inspira profondément, passant rapidement une langue sur ses lèvres pour les humecter, comme il avait déjà beaucoup parlé et s'apprêtait à le faire plus encore. Puis il porta un regard glacial sur son interlocuteur, bien que l'on pouvait facilement se rendre compte que cette froideur polaire n'était pas dirigée vers lui.

"Non. Non, ça ne se fait pas. Et ôte-moi ce sentiment de culpabilité de ton esprit tout de suite. Tu n'es en rien responsable de cette situation."

Evidemment, qu'il avait dû se dire qu'il était normal que Stephan l'abandonne, parce qu'il n'était qu'un être horrible, comme sa mère l'avait probablement toujours suggéré... Pour la première fois depuis le début de cette soirée, l'étudiant s'étonna d'être arrivé à temps pour retirer le canif des mains de son propriétaire.

"Le seul responsable, c'est ce barman qui n'est pas capable de réaliser, quand quelqu'un s'ouvre à lui, l'invite chez lui et partage des aspects potentiellement traumatisants de sa vie, que cette personne n'est probablement pas uniquement intéressée par la présence humaine, mais par la sienne en particulier.

Cet égoïste qui pense qu'on peut engager quelque chose et se rétracter comme s'il s'agissait d'un acte banal, sans penser aux conséquences chez les autres. Et qui refuse ensuite de braver les-dites conséquences de ses actes et préfère fuir, par peur d'assumer ce qu'il recherche pourtant depuis votre première rencontre ou presque."


Oh, il allait retourner voir cet abruti dès ce soir, c'était certain. Et il lui dirait très clairement sa façon de penser. Il n'était pas du genre à se mêler des histoires d'autrui, mais il était bien trop impliqué à présent pour faire autrement. Et Stephan méritait qu'on le secoue un peu. Ne serait-ce que pour s'assurer qu'il n'y avait pas que du vide entre ses deux oreilles. Il soupira.

"C'est normal d'avoir peur quand on engage un nouveau paradigme dans une relation. Particulièrement quand on connaît le contexte... particulier du commencement de la vôtre. Mais cela ne justifie en rien les réactions de Stephan. Il n'aurait pas dû rompre ce baiser sans justification correcte et il n'aurait pas dû te laisser seul alors que tu étais mal. Il aurait dû assumer sa réaction de merde, rester, t'épauler le temps de ta propre crise et ensuite mettre tout ça à plat. Votre relation est sans dessus-dessous parce que vous êtes incapables de communiquer normalement." Il leva une main avant que le métamorphe puisse se récrier. "C'est un constat, pas une critique, et ça s'explique une fois encore par vos débuts chaotiques. Vous vous plaisez, ça se voit comme le nez au milieu de la figure, et pourtant, vous en êtes... là."

Il fit la moue.

"La prochaine fois, ne lui laisse pas le temps de parler. Et plaque-le contre la porte, tant qu'à faire. Il ne pourra pas s'enfuir comme un couard une nouvelle fois, comme ça."

L'étincelle dans ses prunelles grises (qui avaient depuis longtemps retrouvé leur taille normale) montrait qu'il connaissait également le sort qui avait été réservé à la porte des toilettes lors de cette fameuse première expérience. Pas dit que la tentative d'humour porte au point où il l'aurait souhaité, cependant.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Mer 13 Déc - 11:15

Asch aurait pu s'offusquer de cette nouvelle référence, un peu trop directe pour qu'il ne la choppe pas d'une manière ou d'une autre, au dessin animé dont il avait usé plus tôt pour parler de façon détournée du sort qui l'empêchait de mieux faire. Cela dit, Jesse venait d'aborder un point excessivement sensible : sa sœur. Qu'il le voulut ou non il eut donc d'autres priorités, comme par exemple de baisser vivement les yeux sur la table et de serrer les dents pour cacher l'émotion que cette simple mention lui procurait.

"... Elle s'appelle Karin."

Quand même. Tant qu'à faire, il préférait que Jesse utilise son véritable prénom. Jesse avait l'air de vouloir lui parler d'un truc alors il le laissa faire, même si il n'avait pas terminé ce qu'il voulait lui-même dire. Avec un scepticisme qu'il ne prenait même pas la peine de cacher, il l'observa donc sortir son téléphone, et lui montrer une application de messagerie instantanée. Asch se donnait l'impression d'être un grand-père avant l'heure : il n'utilisait presque pas internet, et sûrement pas pour communiquer avec quiconque. Le truc qu'il connaissait et qui se rapprochait le plus de ça, c'était les sms. On voyait comme ces derniers lui avaient porté chance jusqu'à présent. Enfin cela dit, il n'était pas non plus entièrement contre essayer, même si ça lui paraissait foutu d'avance, mais avec qui l'aurait-il de toute façon fait ? Parler à des inconnus lui paraissait flippant. Et Karin n'était pas une option, pour des raisons qu'il expliciterait juste après.

"Non, j'ai jamais fait ça. A vrai dire j'ai rapidement décidé que tout ce qui se passait entre un morceau de papier et un crayon ou leur équivalent et moi, ça faisait pas très bon ménage... ça a déjà été une plaie de supporter le système scolaire jusqu'au bout. J'allais pas m'imposer ça en dehors."

Asch ne tenait pas en place, et ses profs n'avaient jamais été hautement compréhensifs non plus. Il était donc rapidement devenu l'image même du dernier de la classe, qui non seulement ne suivait rien mais avait des tendances d'agitateur, même si il n'emportait personne dans son délire, parce qu'il n'avait jamais été très populaire - sauf, vers la fin du lycée, pour des raisons purement esthétiques qui ne l'avaient jamais mené très loin, vu qu'il éconduisait tout le monde avec toute la mauvaise grâce dont il était capable... c'était à dire beaucoup. Comme il fatiguait tout le monde et était le premier à se penser stupide et inadapté, le monde de l'école, dont il était loin d'avoir connu les meilleurs éléments, n'avait fait que lui renvoyer de lui cette image amplifiée. Et comme à la maison on n'avait rien fait pour l'aider à améliorer la dite image...

Il avait développé la certitude profonde de ne rien pouvoir avoir à faire à toutes ces choses calmes, théoriques, académiques, lesquelles n'étaient pas censées faire partie de son univers.

"... De toute façon je peux pas reprendre contact avec elle. Ma mère est un danger public. Si elle se rend compte que Karin sait où je suis, et qu'elle le lui cache - parce qu'elle le fera..."

Il s'arrêta brièvement, en proie à une émotion brutale. C'était ce genre de moments où il ne savait pas si les mots allaient sortir, parce qu'ils faisaient trop mal. Les émotions s'agglutinaient autour d'eux jusqu'à former d'immenses boules et c'était à cause de ça qu'elles ne voulaient plus sortir. Parce qu'il ressentait tout trop fort. Sortir ça de lui, et le ressentir ENCORE plus fort, représentait une épreuve qu'il n'était pas tout le temps capable de mener à son terme. Il était conscient qu'il en avait beaucoup trop accumulé, cela dit, et qu'il avait l'occasion de parler avec l'une des seules personnes à la Nouvelle-Orléans qui comprenait son fonctionnement. Si ce n'est la seule, parce que les autres à qui il avait cru pouvoir faire confiance avaient échoué. Il n'avait pas eu ça depuis Karin, justement. Et si sa santé mentale avait été "à peu près" préservée jusqu'à présent, c'était en immense partie grâce à Karin. Justement parce qu'elle savait comment il fonctionnait et qu'elle avait toujours agi comme Jesse était en train de le faire avec lui à présent : en lui tirant les vers du nez, pour l'aider à évacuer ce qu'il était incapable d'exprimer seul.

"... Je veux pas qu'elle vive ce que j'ai vécu. Si Karin déçoit notre mère, cette connasse lui laissera peut-être un peu plus de droit à l'erreur qu'à moi... Mais je connais ma sœur et elle lâchera pas l'affaire. Je veux pas qu'elle se la mette à dos."

Il aurait pu disserter longtemps sur chacune des phrases qu'il venait de sortir. Chacune d'entre elles était un monde en soit. Était constituée d'une multitude de tiroirs, chacun en contenant plusieurs autres, pour expliquer tous les tenants et les aboutissants de cette situation. Pourquoi il ne voulait pas que Karin vive le même rejet. Pourquoi il était carrément dangereux pour elle d'aller contre la volonté de leur mère. Il jugeait en avoir assez dit pour être compréhensible, cela dit, et il avait déjà une boule dans la gorge et les larmes aux yeux, alors il s'arrêterait là, parce qu'il n'avait pas envie de faire comme le matin même et de se mettre à sangloter devant quelqu'un d'autre. On avait vu que ça s'était mal passé.

En parlant de ça, et puisqu'il était clair qu'il avait réussi à se délier au moins un peu la langue, il se dit qu'il faisait mieux d'en profiter. Il avait soudain l'impression d'être encore un peu ivre. Cette façon dont il avait libéré des trucs qui n'étaient jamais sortis de lui jusqu'à présent lui faisait un peu tourner la tête. Ils avaient parlé de plein de trucs, mais il y en avait un qui dans sa tête ne trouvait pas encore de réponse et il avait besoin d'un autre avis que le sien, lequel n'était clairement pas objectif. Pour le coup.

Il prit son courage à deux mains et fit donc en sorte, même si c'était gênant et compliqué, d'expliquer dans un détail suffisant ce qui était exactement arrivé ce matin. La tête de Jesse était impayable et l'aurait fait rire si il n'avait pas été sous le joug d'émotions aussi brutales, et du besoin brûlant d'obtenir une réponse. Il voyait sans que Jesse n'ait besoin de parler qu'il ne s'était pas attendu à ça du tout. Pendant tout ce temps, il avait pensé que c'était Asch qui avait pris l'initiative. Il ne pouvait pas vraiment lui en vouloir. Généralement, il était effectivement celui qui sur un coup de tête agissait n'importe comment. Que le contraire soit arrivé, ici, était en soi exceptionnel.

"Je... Pardon ?!"

Pour toute réponse, il haussa les sourcils. Mais le message était clair : oui oui. C'était comme ça que c'était arrivé. Pas dans l'autre sens. Est-ce que ça changeait à  ce point la donne ? Il n'arrivait pas à s'en rendre compte.

La confirmation vint très vite, mais avec elle, aucune joie. Aucun soulagement. Ses épaules se tassèrent et il se remit à fixer la table, l'air trompeusement neutre. C'était probablement déjà ça de savoir qu'il n'était pas responsable... Mais en quoi cela l'avançait-il, finalement ? Stephan n'en était pas moins parti. Absent. Asch posa une nouvelle fois ses coudes autour de l'assiette qu'il n'avait toujours pas touché afin de soutenir son visage. Ses yeux regardaient loin au travers de la table, vibrants d'émotion contenue. Il entendait tout. Tout était très rapidement assimilé dans son esprit car tout paraissait logique et juste. A ce stade il n'avait même plus honte... Ça coulait simplement de source, même si ça faisait mal. Lui aussi avait peur, notamment de ce qu'il était obligé d'assumer maintenant qu'ils en étaient là. Effectivement, la communication entre Stephan et lui avait été pourrie. En grande partie de sa faute d'ailleurs, parce qu'il l'avait littéralement refusée pendant des mois, pour ne pas dire des années. Effectivement, Asch aurait ardemment voulu que Stephan ne parte pas tandis qu'il était en train de criser dans la salle de bain. Il avait eu besoin de lui. A vrai dire, il en avait encore besoin.

La blague lui échappa. Peut-être parce qu'il était un peu perdu dans sa tête, à présent... Dans un mode de pensée lent, orageux, alternatif. Il répondit sur un ton distrait, comme si il était mentalement très loin. Ce qui était plutôt vrai.

"... C'est probablement ce que je risque de faire que je le veuille ou non si ça continue comme ça, oui."

Et subitement, une petite lueur dans ses yeux. Un instant de réalisation. De clarté rare, dans son esprit, concernant ce dont il avait envie. Ou plus précisément, la nécessité. Ça avait été évident. Il avait même envoyé un sms pour le demander, et tout. Et pourtant il avait l'impression de le découvrir à nouveau. Peut-être parce que lui-même ne s'était pas entièrement rendu compte du besoin qu'il avait que ça soit Stephan, et pas quiconque d'autre, qui reste auprès de lui. La preuve : Jesse était là, et ça faisait du bien, mais c'était loin de tout régler.

"... J'ai besoin qu'il revienne."

C'était gênant. Ce n'était pas gênant. Ça aurait dû être gênant mais il n'était pas en état d'être gêné. Son esprit était parti trop loin, ainsi qu'en témoigna la lueur hallucinée qu'il dirigea sur Jesse au bout de cinq secondes de lag.

"Je peux pas... C'est pas une conclusion, même provisoire. Je peux pas vivre avec ça. C'est juste insupportable."

Comme pour répondre à ses exigences, le téléphone qu'il avait glissé dans sa poche se mit à vibrer, très en retard. Le réseau avait enfin décidé de lui transmettre ce qui aurait dû lui être livré il y avait maintenant plus de deux heures. Il sauta presque en l'air et aussitôt, l'objet fut dans sa main. A la limite de l'obsession - il avait oublié la présence de Jesse - il pianota fiévreusement jusqu'à ouvrir le message. Son cœur s'arrêta lorsqu'il vit de qui il était effectivement.

"Désolé je viens tout juste de voir ton message et merci pour l'offre, je repasserai volontiers chez toi. A bientôt, porte-toi bien."

Asch eut l'impression de tomber comme une grosse pierre à l'intérieur de lui-même. Trois réactions simultanées firent en lui leur apparition : une envie de rire nerveuse face à l'ironie involontaire de ce texto, le soulagement d'avoir la preuve définitive que Stephan voulait encore le voir, et puis, évidemment, la colère. Qui recouvrit comme d'habitude le tout, et convertit des bouts du reste à sa cause.

Il pausa violemment le téléphone sur la table, releva la tête avec un air de dire "il se fout de ma gueule ?", serra les dents, et prit bien dix secondes pour réussir à contenir l'envie brutale qu'il avait une nouvelle fois de casser quelque chose. Dès qu'il fut suffisamment calme pour réussir à utiliser le téléphone sans l'exploser, il se mit à pianoter rageusement sur les touches afin de rédiger une réponse impulsive qui, parce que le sort avait décidé de se moquer d'eux jusqu'au bout, se perdrait encore des heures à l'intérieur du réseau avant d'effectivement arriver à sa destination.

"Reviens immédiatement quand ton shift se termine, ducon. Et c'est pas une option."

Envoyé. Il ne regrettait aucun mot. Pas même ce "ducon" vaguement agressif mais qui avait été dûment mérité. Et que Stephan ne se cache pas derrière la peur qu'il lui inspirait prétendument... Sinon, il aurait peut-être effectivement des raisons de s'inquiéter.

Il posa l'objet sur la table et la colère reflua, ne laissant derrière elle que l'amertume, la tristesse, et cette envie de rire nerveuse qui ne l'avait pas quitté. Chaque phrase de ce message était une blague. "Désolé je viens tout juste de voir ton message". Après l'avoir quitté sans prévenir tandis qu'il était au plus bas, il n'avait même pas songé à juste vérifier qu'Asch ne l'avait pas contacté. "Et merci pour l'offre, je repasserai volontiers chez toi.". Ouais. Il n'avait pas manqué l'absence de date. Encore la fuite, et même pas le courage d'assumer ce qui se cachait derrière cette motivation tiédasse. Alors qu'à côté de ça, tout l'intérieur d'Asch brûlait, faisait mal, avait besoin de régler cette situation correctement, l'autre con comptait éventuellement repasser dans trois mois. Ou bien l'année prochaine. Et puis le pire de tout, qui passa ses lèvres sans qu'il s'en rende vraiment compte, perdu qu'il était entre ses mains jointes, avec lesquelles il s'était violemment pseudo-facepalmé avant d'encore s'en servir comme support pour sa vie entière.

"... Porte toi bien."

Une première secousse. Ça y était. Il succombait au rire nerveux. Il ne tarda pas à avoir un second spasme, puis un troisième plus rapproché, puis enfin à devenir rouge tellement il n'arrivait plus à respirer, emporté dans une crise électrique frémissante qui avait tout du craquage nerveux. Il répéta, comme si il ne pouvait pas y croire :

"... Il a vraiment écrit porte toi bien."

Mais quel con. Mais QUEL CON. C'était pas possible d'être aussi con. De foutre autant les pieds dans le plat. De se rendre compte à ce point de rien. Une telle naïveté frôlait l'insensibilité maladive. Et pourtant, il voulait le voir. Et pourtant il tenait à lui, et même à cet instant précis alors qu'il avait envie de le tuer en l'assommant avec la table, il ne pouvait s'empêcher d'éprouver quelque chose de puissant, entre ses côtes, au niveau du sternum. Un élan d'affection qui faisait beaucoup trop mal, compte tenu du fait que la personne à qui il était destiné n'était pas là pour le recevoir.

Comme probablement attendu, le rire se mua lentement mais sûrement en sanglots violents, apparemment intarissables.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Mer 13 Déc - 21:40

Karin. Finalement, obtenir son nom avait été plus facile que ce que Jesse avait pensé, ayant témoigné de la suceptibilité effarante du métamorphe. Mais apparemment, le sujet était assez sensible pour qu’il soit plus emporté par l’affliction que par la colère, ce qui arrangeait fortement le doctorant qui n’avait de toute façon pas l’intention de lui laisser le temps de se plaindre, et enchaîna aussitôt.

Le videur paraissait septique, et il expliqua rapidement ses raisons. Plutôt que de convaincre Jesse, cette explication ne fit que le conforter dans l’idée que le jeune homme aux cheveux avait un impressionnant potentiel sous-développé. La façon dont il s’exprimait ne traduiasit en rien la médiocrité en laquelle il paraissait croire. Et le portrait qu’il dressait d’un enfant qui n’était pas fait pour le système scolaire arbitraire tel qu’il était mis en place aux Etats-Unis était une nouvelle preuve fomantant une hypothèse que l’étudiant avait hâte de mettre à l’épreuve sur d’autres niveaux.

Mais Jesse était avant tout quelqu’un de patient, lorsqu’il s’agissait d’atteindre ses objectifs, et il était clair que le moment était mal choisi pour s’interroger sur le réel niveau d’intelligence de son hôte. Ils avaient d’autres sujets à aborder, notamment la soeur du jeune homme en question, avec laquelle il entretenait visiblement un lien privilégié, mais qu’il avait coupé en venant ici. Le brun n’en était pas particulièrement étonné. De ce qu’il avait compris, Asch avait avant tout fui sa famille (ou plutôt sa mère), et il était logique qu’il ne donne pas de nouvelles, au regard des indices qu’il lui avait déjà mentionnés. Malheureusement, sa soeur paraissait être un pilier très important de son existence, et leur absence de contact n’avait fait qu’augmenter le déséquilibre émotionnel existant chez le métamorphe. Il tenait visiblement beaucoup à elle, au point de se faire du mal en voulant la protéger.

La protéger de ce qu’il avait subi, apparemment sous le joug d’une mère tyrannique, autoritaire et exigeante, qui avait fait comprendre à son fils qu’il n’était qu’une déception géante depuis qu’il était en âge de le comprendre. Il y avait également la notion de danger. Il voyait sa mère comme une menace, non seulement pour lui et sa soeur, mais aussi pour le reste du monde, s’il en croyait la notion de « danger public ». Etant donné qu’il avait confirmé plus tôt qu’il s’agissait d’une wiccane, Jesse commençait à se demander si elle ne faisait pas partie d’un de ces groupes d’outres particulièrement organisés qui prônaient la supériorité de leur race ou qui oeuvrait contre sa propre race...

Mais le brun ne demanda pas de plus amples informations, car le métamorphe avait l’air de vouloir parler de quelque chose, et il avait été tellement compliqué de lui faire dire quoi que ce soit jusqu’à présent qu’il aurait été bien mal avisé de le couper dans son élan. D’autant que ce serait dans tous les cas des informations intéressantes.

Aux révélations d’Asch, l’universitaire eut deux réactions bien distinctes. La première, un étonnement profond qu’il fut incapable de cacher : oh, il se doutait que Stephan avait dû être celui qui avait stoppé le baiser avant de s’enfuir, incapable d’assumer la discussion qui aurait dû suivre, mais pas qu’il était celui qui l’avait également initié. Ce qui changeait énormément de choses, et mena à la seconde réaction : une froideur telle qu’il n’en avait pas encore fait preuve depuis qu’il avait passé la porte de l’outre.

Jesse n’était pas prompt à l’énervement. Pour lui retirer un tel sentiment, il fallait s’attaquer aux personnes ou aux thèmes qui lui tenaient particulièrement à coeur. Ici, sans être réellement attaché à Asch, il compatissait dans une certaine mesure avec l’histoire de l’homme, et la façon dont il avait été malmené toute sa vie. Jesse avait eu la chance de naître dans une famille qui l’avait toujours choyé et supporté dans la moindre de ses actions, mais il pouvait aisément comprendre qu’il n’en était pas ainsi pour tout le monde. Plus que le reste, ses soucis de sexualité lui avaient parlé, parce qu’il était passé par une très longue phase de questionnement et que, même s’il avait été bien plus documenté que le métamorphe sur bien des sujets liés, ce n’était pas toujours si facile. Et voilà qu’un abruti mettait les pieds dans le plat en faisant pile ce qu’il fallait pour rendre els choses plus compliquées encore, jour après jour. Comme si cette première expérience sordide lors de la saison des amours n’avait pas suffi. Comme si le fait qu’ils s’évitent ensuite comme la peste n’était pas un indice suffisant sur la gêne occasionnée.

Le doctorant avait soupiré lourdement avant de s’expliquer sans donner l’impression qu’il allait à son tour frapper dans quelque chose. Il voyait bien que ses mots étaient reçus, mais cela ne paraissait pas arranger l’état général du videur. Au contraire, vu comme il venait de se prendre (encore) la tête entre les mains. Même la vague tentative d’humour qu’il fit à la fin de son discours ne fut pas reçue comme il l’attendait. Asch se contenta d’acquiescer.

Et puis, soudain, son regard s’illumina, comme s’il venait de réaliser quelque chose. Le doctorant fronça un sourcil, pas franchement convaincu que ce qui allait sortir de la bouche de son vis-à-vis allait être une bonne chose. Mais finalement, celui-ci le surprit à nouveau. Mais positivement, cette fois-ci. Un léger sourire doux étira les lèvres du brun, ses yeux gris pétillant d’un amusement retenu. Il ne le prononçait pas, mais quiconque lisant dans son regard pourrait voir le « Evidemment, idiot » presque attendri qu’il avait sur le bout des lèvres.

Il aurait peut-être fini par le dire, si la réception d’un sms n’avait pas eu un énorme effet boule de neige. Sans un mot, sourcil haussé, l’étudiant observa son hôte se ruer sur son téléphone pour y faire apparaître le message. Sans même avoir accès à l’écran, il savait déjà que l’expéditeur était Stephan. Le barman avait décider de l’écouter, en fin de compte... cela voulait probablement dire qu’il n’était pas un cas aussi désespéré qu’il le pensait. Quoique vu les différentes réactions d’Asch, le doute était encore permis. Evidemment, la colère fut la plus imposante. Une nouvelle colère qui cachait la détresse ? Impossible de le savoir de façon certaine sans demander plus de détails, et Jesse ne pensait pas qu’il s’agissait du bon moment pour le faire. Il préféra observer le métamorphe et répondre à sa question non formulée par une moue blasée qui voulait tout et rien dire à la fois, le laissant se calmer de lui-même sans casser un quelconque objet. Ca aussi, c’était un progrès.

Jesse le laissa répondre sans se manifester. N’importe qui aurait pu se vexer d’être ainsi ignoré, alors qu’ils avaient jusqu’à présent une stimulante conversation. Pas Jesse. Il profitait de l’occasion pour prêter attention à des choses qu’il n’avait pas eu le temps de remarquer jusque là : la décoration, l’emplacement emblématique de certains objets, la présence (ou non) de photos, la gestuelle de son objet d’étude lorsqu’il n’était pas en train de s’exprimer.

Parce que oui, Asch était devenu un objet d’étude pour le doctorant. Pas dans le carde de sa recherche officielle, celle qu’il effectuait pour sa thèse, mais celle à laquelle il oeuvrait tous les jours, en étudiant le comportement humain général. De la part du californien, c’était une marque d’intérêt, lui qui ne prêtait généralement que peu d’attention aux personnes, se contentant d’observer le monde.

La façon dont le jeune homme replongea sa tête dans ses mains amena son visiteur à porter à nouveau attention à son visage. Il y distingua rapidement de la tristesse, avant que trois petits mots ne passent la barrière de ses lèvres, suivi d’un rire nerveux et d’une phrase un peu plus longue qui donna également à Jesse l’envie de se frapper le front du plat de la main.

...Y avait-il une seule connerie que Stephan pouvait ne pas faire, ou était-ce trop demandé ? Même lorsqu’il tentait de faire quelque chose de correct, il trouvait le moyen de tout faire foirer. C’était à se demander s’il ne le faisait pas exprès. La naïveté de cet homme dépassait tout ce que le californien avait pu affronter jusque là, et il avait pourtant rencontré pas mal de naï.f.ve.s en vingt-cinq ans d’existence.

Et voilà que maintenant, Asch se mettait à pleurer. L’étudiant pinça les lèvres. Il n’était pas doué avec les personnes qui pleuraient, pour la bonne raison qu’il n’avait pas assez de sensibilité pour savoir comment agir correctement dans ces cas-là. Cameron était une exception, mais iel faisait partie de sa famille. Et bien sûr, il y avait Ailin, mais le contexte avait été totalement différent. Il était hors de question qu’il agisse avec le métamorphe comme il l’avait fait avec la vampire. De toute façon, Asch n’apprécierait certainement pas.

Il fit donc la seule chose qu’il était capable de faire en cet instant précis : Profitant du fait qu’on ne lui prêtait aucunement attention, Jesse s’empara du téléphone qu’Asch avait laissé sur la table pour prendre connaissance de l’entière situation. Il n’était en général pas de ceux qui foullaient dans la vie privée des autres, mais n’hésitait pas quand la situation l’exigeait. Et puis, Asch finirait bien par le remercier. Au bout d’un moment.

L’universitaire retint un gros soupir en lisant l’échange de sms entre les ceux collègues, symptomatique de leur communication défaillante. Ceci dit, Asch avait fait un effort en ordonnant à son crush de le rejoindre après son service, et Jesse allait s’assurer qu’il le ferait avec les bonnes cartes en mains. Il n’avait pas vraiment envie de passer ses journées à empêcher le suicide du méta loup. Il avait autre chose à faire.

Il s’aventura ensuite dans la liste de contacts, cherchant un nom en particulier, qu’il trouva. Son propre téléphone étant toujours sorti, il copia rapidement le numéro de Karin. Il allait évidemment essayer d’être le plus subtil possible pour ne pas que le frère lui démonte la tête en apprenant ce qu’il comptait faire, mais il était évident qu’il fallait trouver un moyen de le réunir avec sa soeur pour éviter un autre drame. Enfin, il ajouta un autre contact dans le téléphone, avant de mettre l’application dont il avait parlé plus tôt à télécharger. Il n’allait pas inscrire le jeune homme contre son gré, mais au moins, il ne pourrait pas se chercher plus d’excuses.

Une fois ceci fait, il reposa le téléphone où il l’avait pris, avant de se lever et de faire le tour de la table pour aller poser une main sur l’épaule du videur. A la fois pour attirer son attention et pour lui offrir un appui léger, mais présent.

« J’ai enregistré mon numéro dans ton téléphone, et je t’ai aussi téléchargé l’application dont je te parlais. Réfléchis-y avant de te décider, mais c’est une option comme une autre. » Un léger rictus. « Par contre, je ne suis pas toujours très réactif. »

Et il n’était pas non plus assistant social, ce que le métamorphe avait probablement déjà compris. Il offrait à nouveau son aide, sur le plus long terme, mais que cela ne donne pas l’idée à son hôte de faire de lui son confident à chaque heure du jour ou de la nuit. Il avait une vie, et il entendait bien continuer à la mener comme il le souhaitait. Mais cela ne voulait pas dire qu’il n’était pas prêt à laisser Asch s’y faire une place.

« Je vais chercher des mouchoirs. »

Comme plus tôt dans la soirée, Jesse défit lentement sa pression sur l’épaule du métamophre, pour lui faire comprendre qu’il n’était pas en train de l’abandonner. Car non, il n’allait pas partir de suite. C’aurait été se comporter exactement comme Stephan, ce qui était donc l’attitude à prohiber.

Ce qu’il allait faire, par contre, c’était se rendre dans la chambre pour tenter de trouver des mouchoirs, et en profiter pour aller dire au chien de retourner jouer la peluche auprès de son maître. Puis, une fois les bouts de tissu trouvés, il se rendit à nouveau dans la salle principale, pour tendre le paquet au jeune homme, sans faire le moindre commentaire sur la crise dont il était témoin.

« Tu devrais boire un nouveau verre d’eau. »

A ce stade, il avait abandonné l’idée de lui faire avaler la moindre nourriture.
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Asch Räder
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Jeu 14 Déc - 0:46

L'appartement d'Asch ne payait pas de mine. Peut-être même trop peu suffisamment. Lorsqu'on observait un peu ce qui le constituait, on comprenait rapidement que le lieu était hautement impersonnel. Chaque meuble était là pour des questions pratiques, sans souci d'esthétique. Chaque objet, à sa place parce qu'il était utile. Pas une babiole. Pas la moindre trace de fantaisie, comme si le propriétaire des lieux ne considérait pas utile de laisser à ses goûts la place de s'exprimer. Comme si, finalement, ils se contentait d'exister sans profiter, et surtout sans laisser sa trace nulle part, pas même dans son propre appartement. Car après tout, cela aurait été obscène, du moment que cela aurait exprimé quelque chose de cet ego qu'il exécrait.

Dans la même idée, l'appartement était vide de loisirs : pas un livre (même si ça n'avait rien  d'étonnant). Pas un magazine. Pas le moindre film. Pas de console de jeux, rien. C'était lisse, vide, minimaliste, spartiate. Au point que les deux trucs les plus hallucinants de la pièce étaient la télé accrochée au mur et l'ordinateur qui reposait fermé dans un coin. On était à un stade où il était presque surprenant qu'Asch possède l'un et l'autre, et on pouvait imaginer qu'il ne les utilisait pas de façon follement plus drôle que tout le reste.

Toujours pour les mêmes raisons, et peut-être parce qu'il n'en aurait de toute façon pas eu masse à accrocher, il n'y avait aucune photos nulle part non plus. Le bric à brac des animaux paraissait limite plus chaleureux et personnalisé que ses propres affaires.

Autant de détails que Jesse put analyser tandis qu'Asch succombait au craquage nerveux qui lui pendait au nez depuis un petit moment. Il aurait potentiellement pu l'éviter si Stephan ne lui avait pas porté le coup final avec la maladresse de son message, mais là, c'était de trop. Au moins, ça lui déchargeait les nerfs. D'une façon plus bénéfique - même si il n'était actuellement pas en mesure de s'en rendre compte - que si il avait dû encore une fois tout péter pour arriver au même résultat.

Ça n'en finissait plus de couler. Ni les spasmes ni les pleurs ne semblaient vouloir s'arrêter, malgré le fait qu'Asch se sente de plus en plus mal à l'aise à l'idée de chialer, et de chialer aussi longtemps devant témoin. Il commençait à en avoir marre, car ça devenait une habitude dont il se serait bien passé : il s'était déjà ridiculisé de la sorte devant Alice. Devant Cooper. Devant Stephan. Et maintenant devant Jesse. Alors ok. Il avait, au début, souhaité qu'on le laisse avoir des émotions et les exprimer si elles avaient besoin de le faire, surtout quand Alice lui avait à plusieurs reprises fait comprendre qu'il n'était pas légitime à se plaindre et qu'il n'aurait pas dû se montrer aussi émotif Mais il y avait des limites. Entre ça et tout ce qu'il avait été forcé d'avouer, ce qui lui restait de fierté était en train de se faire atomiser façon canon plasma.

Trop enfermé dans sa douleur et dans le fait qu'en plus de ça, elle l'embarrassait, il ne se rendit absolument pas compte du fait que Jesse avait pris son téléphone pour faire des trucs dessus. L'aurait-il vu faire qu'il l'aurait probablement arrêté : Asch était quelqu'un de très secret, on l'avait compris, et il n'y avait rien de plus personnel qu'un portable.

Il pleurait peut-être un peu moins fort, mais il continuait à pleurer lorsque Jesse se leva et vint poser une main sur son épaule, entraînant une réaction instinctive immanquable : cette proximité subite avait fait sursauter Asch de surprise. Il n'avait pas l'habitude qu'on se comporte ainsi avec lui. Non seulement il n'était pas fait à ce type d'échanges, mais en plus de cela, la timidité maladive qu'il cachait sous d'épaisses couches de mauvaise humeur et d'agressivité rendait l'acte passablement "gênant", pour changer. Asch glissa d'abord un coup d’œil furtif derrière lui, puis se mit au contraire à ne surtout pas regarder Jesse.

L'embarras l'aida de manière tout à fait imprévue à se calmer : il hoquetait et reniflait encore, son visage était humide et cerné, il se sentait patraque, mais il était un peu revenu dans la réalité. Juste assez pour entendre les propos du brun, qui lui arrachèrent une moue circonspecte. Il n'aimait effectivement pas l'idée qu'on ait touché à son téléphone, mais au moins, Jesse avait l'honnêteté de le prévenir. Et puis c'était trop tard. Et puis c'était parti d'une bonne intention, même si il aurait préféré que l'étudiant évite. Ou lui demande. Certes, il aurait probablement refusé. Ça restait sympa de lui avoir filé son contact.

... Dont on pouvait être sûr qu'il n'abuserait pas. Si Asch craignait bien un truc, c'était d'être un poids pour les personnes dont il avait un minimum quelque chose à faire. Les inconnus, ceux qu'il détestait, il s'en foutait bien : tant mieux si ils le trouvaient désagréables. Ça faisait les pieds aux uns. Les autres le laissaient tranquille. Mais dès lors qu'il avait un rapport ne serait-ce qu'un peu neutre-positif avec quelqu'un ? Il aurait été mort de honte et de remords si il avait dû apprendre qu'il s'était montré trop exigeant. Comme dans le fond, son subconscient lui rappelait en permanence qu'il ne méritait pas qu'on s'intéresse à lui, l'idée de se montrer suffisamment arrogant pour pomper quelqu'un qu'il aimait bien le terrorisait. C'était bien pour ça qu'en premier lieu, il n'en avait même pas voulu à Stephan pour son départ précipité. Il s'était, en un sens, persuadé qu'il avait dû en demander plus qu'il ne méritait d'obtenir.

"... Ça devrait le faire. Si l'immeuble prend feu je commencerai par appeler les pompiers. Et je suis même pas sûr de l'utiliser... Mais merci quand même."

Sa voix sortait difficilement, car l'émotion était encore bien présente. Il avait cela dit réussi à intégrer une sorte de blague à sa réponse. Même si on entendait aussi un brin de circonspection dans son timbre, indiquant le déplaisir que lui provoquait l'idée que Jesse se soit montré un peu trop intrusif.

Avec mauvaise grâce, parce qu'il détestait être dans cet état, Asch devait bien admettre qu'il aurait bien eu besoin de mouchoirs. Un peu pincé, il acquiesça mais ne répondit rien d'autre à l'oral. Pas dans le but d'être désagréable, mais simplement parce qu'il n'était pas à l'aise. Et toujours un peu secoué. Au moins, les larmes coulaient en silence, maintenant. Il essaya de les essuyer joue par joue, mais il suffisait qu'il en fasse une pour que l'autre soit à nouveau trempée.  Le flot était juste trop important.

Le contact se brisa, de manière très douce, si bien qu'Asch ne sentit pas la différence, peut-être aussi parce qu'il était trop concentré sur l'idée de retrouver son sang-froid.

Dans la chambre, Alcide était resté couché sur le lit. Il paraissait tendre l'oreille, comme si il essayait de comprendre la discussion qui avait lieu dans l'autre pièce, mais il n'avait pas jugé nécessaire de suivre le mouvement. Sur incitation de Jesse cela dit, il poussa un jappement joyeux et se releva ainsi de trottiner énergiquement devant lui, pour rejoindre le salon. L'intelligence de l'animal était cependant trop limitée pour qu'il comprenne où exactement Jesse avait voulu en venir. Le chien alla plutôt se coucher dans sa panière, dressant tout de même sur son maître un regard aigu, suivi de couinements inquiets. Il avait remarqué que quelque chose n'allait pas. Ce n'était plus qu'une question de temps pour qu'il  prenne l'initiative d'un rapprochement plus important.

Asch prit le paquet qu'on lui tendit. Il se moucha silencieusement dans le premier tissu qu'il prit. Le second lui servit à s'essuyer le visage un peu plus efficacement.

"Désolé pour ça..."

Jesse avait raison : il avait soif. Très soif. Le verre d'eau de tout à l'heure ne lui avait pas suffi à se désaltérer, et maintenant qu'il avait autant pleuré, ça n'allait pas aller en s'améliorant.

"... Ou un pichet. Mais j'ai pas de pichet. Prenons l'équivalent..."

Il n'avait même pas de chope. Rien qui ressemble à un récipient adapté pour faire un très gros verre. Décoration minimaliste, et minimum nécessaire. Précautionneusement, il fit en sorte de se relever. Son corps était à nouveau difficile à bouger, cette nouvelle crise n'ayant pas amélioré son équilibre. Mais il n'allait pas attendre qu'on le serve, quand même. Il se traîna jusqu'à l'évier afin de boire au moins cinq verres d'eau cul sec, à la suite. Très, très soif.

Il posa le récipient pour de bon, fixa intensément le mur pour éviter de regarder quiconque et posa la question qui lui trottait en tête depuis quelques minutes. parce qu'il n'était pas con au point d'ignorer qu'il avait laissé son téléphone ouvert sur la conversation sms entre Stephan et lui. Jesse avait forcément, au minimum, dû en voir un bout. C'était un réflexe on ne pouvait plus naturel. Mais Asch doutait qu'il se soit contenté d'un aperçu.

"... Tu as lu ?"

Tant qu'à faire. Si c'était le cas, Asch préférait en tirer partie. Il était trop perdu par lui-même au milieu de cette situation pour refuser l'aide qui lui était tendue.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Jeu 14 Déc - 3:44

L'observation de l'appartement avait mené Jesse à une conclusion (qu'il s'était certes déjà faite) : Asch ne vivait pas. Il survivait. Il n'y avait rien de personnel ici, comme s'il ne souhaitait pas s'installer définitivement. Ou plutôt, comme s'il se l'interdisait. Comme si montrer une autre part de lui dans cet appartement allait faire réaliser à tous qu'il était ce monstre qu'il craignait tant. Il y avait une possibilité qu'il s'agisse également de sa personnalité secrète, mais pour l'être lui-même, l'universitaire avait des doutes : on pouvait trouver plus d'indices sur lui dans son studio étudiant qu'en fouillant le moindre recoin de cet appartement. Et il n'en laissait pourtant pas tant que ça.

Une fois son inspection terminée, il était plus décidé encore à mettre en oeuvre une autre partie de son plan. Pour ce faire, il emprunta le téléphone du videur, dont il profita pour lire la récente conversation, chercher un numéro et inscrire le sien, ainsi que télécharger une application. Puis, il reposa l'objet à sa place avant de se diriger vers le métamorphe pour lui apporter un signe de soutien physique. Il haussa un sourcil en sentant le jeune homme sursauter, mais ne dit rien à ce propos, se contentant de mentionner deux des actions qu'ils avait effectuées avec le téléphone : cela ne servait à rien de le cacher, puisque de toute façon il finirait bien par s'apercevoir qu'il y avait un contact en plus dans son répertoire. Par contre, il n'avait pas besoin de tout savoir.

La petite blague eut le mérite de dessiner un demi-sourire sur les lèvres du doctorant, qui avait également bien noté le ton, mais n'en fit pas vraiment cas. Et puis, il pouvait comprendre. A la place d'Asch, il n'aurait pas apprécié non plus.

"Il vaut mieux, je ne serais pas très utile en cas d'incendie. Et tu n'es pas obligé de le faire, mais au moins tu en as la possibilité à présent. Et le droit."

Malgré la remarque qu'il avait faite concernant son temps de réponse, l'étudiant n'aurait pas pris la décision de donner son numéro de téléphone à son hôte s'il n'était pas prêt à l'écouter au besoin. C'aurait été complètement ridicule. Mais il le précisa en ces termes, parce qu'il était persuadé que, quelque part dans son esprit, Asch ne se sentait pas légitime pour demander de l'aide. On l'avait probablement royalement rejeté quand il avait pu le faire dans son enfance, et il avait dû intégrer le mécanisme. Des scènes comme celle avec Stephan ce matin persistaient à lui donner raison. Cependant, Jesse était prêt à insister pour qu'il change de point de vue, même si cela allait être un travail de longue haleine. Et cela commençait par là.

Finalement, il partit à la recherche de mouchoirs, envoyant au passage le chien dans le salon, qui l'obligea joyeusement. Bon, il n'alla pas jusqu'à poser le bout de son museau sur la jambe de son maître comme il aurait pu le faire, mais l'universitaire restait convaincu que sa présence ferait du bien à court ou moyen terme. Il tendit le paquet de mouchoirs à son hôte, qui le prit et commença à en faire usage avant de dire trois mots qui amenèrent le brun à croiser les bras sur son torse et froncer les sourcils. Son ton était cependant tout aussi calme et tranquille qu'il l'avait été durant la grande majorité de leur discussion.

"Tu n'as pas à t'excuser. Je te l'ai déjà dit : tu as le droit d'exprimer tes émotions autrement que par la colère. Il n'y a pas de honte à avoir, et encore moins d'excuses à donner."

Plutôt que d'insister plus encore, il décida de lui faire remarquer qu'il ferait mieux de boire un verre. Ou plusieurs. Le jeune homme semblait concorder, et il se leva (difficilement) pour aller se chercher un verre, qui fut rempli et vidé plusieurs fois avant que la conversation ne reprenne.

Jesse s'attendait à cette question. Il s'attendait aussi à ce qu'elle ait ce ton particulier qu'on donne aux questions dont on connaît déjà la réponse. Le rouquin semblait vouloir regarder partout sauf dans sa direction, et pourtant il voulait son avis sur la question. Le doctorant afficha une mine particulièrement blasée -bien qu'on ne le regardait pas.

"Les trois messages d'aujourd'hui, oui. Tu dois vraiment arrêter de t'excuser pour ce genre de choses. Même si vu ce qu'il s'était passé à ce moment-là, je comprends que tu en aies ressenti le besoin. Et la naïveté blessante de Stephan est choquante. Il est temps de lui mettre du plomb dans la tête. Tu as eu une bonne réaction."

Après tout, il lui avait bien conseillé quelques minutes plus tôt de ne pas laisser Stephan s'échapper la prochaine fois qu'il le verrait. Il n'allait pas lui dire maintenant qu'il avait fait une connerie, d'autant que ce n'était pas ce qu'il en pensait. Maintenant, il restait à espérer que le barman n'allait pas prendre peur face au ton du videur et s'enfuir une nouvelle fois, mais le brun irait s'assurer lui-même que le méta chèvre ne se défile pas.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Jeu 14 Déc - 16:11

La première réponse de Jesse ne recueillit que le silence du videur, mais un silence significatif. Il regardait fixement la table, un peu comme si il avait dû se concentrer pour intégrer le fait qu'il pouvait effectivement accepter cette main tendue. Qu'il n'était pas obligé de la repousser au loin par principe puisqu'elle avait été donnée volontairement à deux reprises, sur un ton peu équivoque. Malgré tout il lui était difficile d'envisager la réalité de cette possibilité, tant il avait l'impression de ne pas valoir autant de soucis. Il esquissa un court mouvement de tête positif, pour indiquer qu'il appréciait la proposition et l'envisagerait. Ou ferait de son mieux pour le faire, puisque ça ne lui était pas naturel.

Asch n'était pas le genre de personnes qui demandaient de l'aide. Il avait dû s'y résoudre par le passé, notamment avec Alice, parce qu'il n'avait eu aucun autre choix, mais en vue de comment ça s'était passé, et de la manière dont on lui en avait tenu rigueur par la suite, les divers résultats obtenus avaient été tout particulièrement cuisants et l'acte était devenu encore plus difficile. La preuve en était : Stephan avait été obligé de prendre l'initiative et l'avait trouvé la veille dans un état urgent et lamentable. Sans même parler de ce qui avait failli arriver ce soir, et qui aurait eu lieu si Jesse n'était pas venu chez lui.

Il prit les mouchoirs qu'on lui tendait et s'essuya le visage, avant de s'excuser pour son comportement. La réaction de Jesse fut radicale et immédiate et le fit involontairement tiquer. Il lui jeta un coup d’œil rapide, sans trop savoir ce qu'il pensait de son avis, si ce n'est qu'il était perturbant. C'est vrai qu'il lui avait déjà dit ça avant... qu'il avait le droit d'exprimer ses sentiments autrement que par la colère. Mais dans ce genre précis de cas, Asch n'aimait pas ça. Se montrer vulnérable était flippant, déplaisant, humiliant. Et puis Jesse était bien l'une des seules personnes à lui avoir jamais tenu ce genre de discours.

"Peut-être.. Je sais pas. Je sais juste que je commence à en avoir ras le cul que ça arrive tout le temps en ce moment... tout le monde le prend pas aussi bien que toi. Sans même parler du plus évident d'entre eux."

Ça avait fait fuir Stephan, ils en avaient déjà parlé. Mais là pour le coup, encore une fois, il pensait à Alice. Elle lui avait bien fait comprendre qu'il aurait mieux fait d'arrêter de chouiner parce qu'il n'était qu'un méta à problème insignifiant et qu'il y avait des gens qui vivaient bien pire que lui.

En tous les cas il avait besoin d'eau, chose que Jesse avait aussi compris, alors il se leva comme il put et alla jusqu'à l'évier pour se vider le contenu de plusieurs verres dans le gosier. Se réhydrater correctement devrait lui faire beaucoup de bien.

Une fois ceci fait, il formula une question qui lui trottait dans la tête depuis un petit moment, au sujet de l'échange de textos que Jesse avait probablement dû lire. Il évitait de regarder l'étudiant, parce qu'il n'était pas très fier. Il assumait mal sa propre participation dans la conversation écrite. Surtout la toute première, car il pensait encore tout du message qu'il venait d'envoyer et n'avait pas non plus de problème avec le ton qu'il avait adopté, selon lui mérité. Le premier message par contre était cheesy comme pas permis. A ce moment là il allait spécialement mal et ne comprenait pas le rejet qu'il venait de vivre. Il aurait tout fait pour pousser Stephan à revenir sur ses pas. Mais quand même. C'était gênant.

C'est vrai que ça tapait encore dans le même sujet, d'ailleurs. Cette tendance qu'il avait à s'excuser d'avoir trop monopolisé l'attention faute à une effusion émotionnelle impromptue. Il avait déjà dit à Jesse ce qu'il pensait de ça juste un peu plus tôt et il resta donc muet, cette fois, considérant n'avoir pas changé d'avis et donc ne pas avoir besoin de se répéter.

La mention de sa bonne réaction, par contre, fit naître en lui un brin d'amusement inattendu probablement pour tout le monde, lui le premier, qui explosa sur ses lèvres sous la forme d'un rictus auto-dérisoire, accompagné du ricanement presque inaudible assorti.

"... Si c'est le cas alors c'est probablement une première. Mais ça va probablement juste le conforter dans son idée que je me passionnais pour le football au lycée."

C'était un cliché gratuit qu'il avait déjà utilisé une fois quelques minutes plus tôt, mais qu'il assumait quitte à taper dans le comique de répétition parce que ça restait drôle et qu'il ne connaissait de toute façon aucun personnage sympathique qui aurait correspondu à cette définition.

Cette bouffée ironique lui avait redonné un peu d'énergie et permis de retrouver un contrôle vague mais néanmoins existant sur ses nerfs. Il s'en servit pour retourner à table, probablement dans l'idée de continuer à essayer de se forcer à bouffer quelque chose. Pour le moment il n'y était pas arrivé, d'autant qu'il avait eu d'autres priorités, la discussion n'ayant été ni facile ni anodine pour lui. Asch, lorsqu'il avait décidé de quelque chose, n'était néanmoins pas du genre à abandonner facilement - ainsi que Jesse aurait eu l'occasion de le remarquer à plusieurs sujets ce soir. Son invité avait payé pour cette nourriture. Réussir à foutre deux ou trois coups de fourchette dedans lui apparaissait comme étant le minimum de décence.

Alcide se redressa d'un coup, tout content de voir son maître posé à un endroit où il pouvait se vautrer lourdement sur lui sans problème. Ce qui devait arriver arriva donc : le chien prit de l'élan et lui sauta littéralement sur les genoux, tel une boule de canon poilue qui entoura aussitôt ses épaules de ses pattes puis se mit à lui lécher copieusement le visage, gouttant probablement au passage le sel de ses larmes, qui y était encore collé.

Problème : le chien était grand, lourd, et pataud. Ou du moins clairement pas doué. L'une de ses pattes arrières avait donc malheureusement ripé contre sa cuisse pour taper en plein dans une zone sensible qui n'avait rien demandé à personne... Ou en tous cas certainement pas au chien. S'en suivit la réaction qu'on attendait. Bruyante.

"AIIIIEUUUH PUTAIN ALCIDE, ESPÈCE DE CLEBS TEUBÉ"

Le visage tordu par la douleur, Asch repoussa la gueule visqueuse de l'animal avec le plat d'une paume tout spécialement agacée. Alcide sembla ne pas avoir à en faire grand chose : il était habitué et se remit donc à lui lécher le visage tandis que le métamorphe abdiquait dans un soupir lourd, son expression se teintant peu à peu de mauvaise humeur et de lassitude. La douleur commençait un peu à refluer, mais il était quand même plié en deux.

Aussi blasé qu'exaspéré, il tenta mollement de séparer le chien de lui une dernière fois, sans trop y croire. Puis de se mettre à commenter, avec cette nonchalance cynique qui était généralement plus facile à atteindre, avant ou après un craquage nerveux.

".... Je suis littéralement entouré d'abrutis."

... et de pointer un doigt imprécis sur Jesse sans vraiment le regarder.

"... Pas toi. Mais alors le RESTE. Qu'est-ce qu'il est con ce chien... Jamais vu un boulet pareil."

Et de réfléchir quelques secondes avant de rajouter :

"... Quoique."

Puis enfin de revenir à son inertie passée, tout en se laissant recouvrir de bave en donnant l'air d'avoir envie de se pendre avec les intestins du husky, après les lui avoir arrachés.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Jeu 14 Déc - 20:04

Jesse n’attendait pas plus que ce hochement positif de la tête, aussi court soit-il. Il avait depuis longtemps réalisé qu’Asch n’était pas du genre à accepter facilement l’aide qu’on lui proposait, probablement parce qu’il avait eu son lot de mauvaises réactions à ce sujet, la dernière en date ce matin même. De son côté, le doctorant n’avait pas l’intention d’insister plus. Il l’avait mentionné une seconde fois pour s’assurer que son interlocuteur n’allait pas prendre sa réflexion sur le temps de réponse pour une fausse invitation, mais il n’allait pas non plus le pousser à le contacter. A présent, le métamorphe savait qu’il pouvait le faire, et le ferait s’il le voulait vraiment. C’était suffisant pour l’un comme pour l’autre.

L’étudiant fut un peu plus catégorique quand il revint avec le paquet de mouchoirs et que son hôte en profita pour s’excuser de son comportement. Cette manie qu’on avait de penser qu’il ne fallait pas s’autoriser à montrer ses larmes, sous prétexte qu’on était un homme, ou qu’il y avait pire que sa situation dans le monde était quelque chose qui agaçait prodigieusement le brun. Il avait été élévé dans un environnement où la place des sentiments, des ressentis et de la communication était primordiale, et s’il y avait effectivement des situations pire que la nôtre, ce n’était pas une raison pour s’interdire de parfois se sentir triste, affolé ou submergé par ce que l’on vivait jour après jour. Chaque être humain était différent, et faisait comme iel pouvait. Le minimum de décence était de lui donner un appui bienveillant lorsqu’on pouvait se le permettre soi-même.

« Je peux comprendre que ce soit usant à la longue... Mais dis-toi aussi que si ça arrive, ce n’est pas par hasard. Tu en as probablement besoin pour parvenir à évacuer. Et ceux qui sont incapables de différencier les larmes d’une absence de masculinité ou de force mentale sont des idiots, tous autant qu’ils sont. C’est un cliché véhiculé par les valeurs d’une société patriarcale qui aurait dû tomber il y a bien longtemps, mais auxquelles les élites s’accrochent parce qu’elles leur permettent de rester bien confortablement assis sur leur petit piédestal à profiter des abus qu’elles autorisent. »

L’universitaire était conscient qu’il se montrait plus vindicatif qu’il ne l’avait été depuis son arrivée, lui qui généralement ne mettait jamais un mot plus haut que l’autre. Il n’avait pas perdu son allure tranquille, mais on pouvait sentir que le sujet l’animait particulièrement. Néanmoins, il savait aussi que ce n’était pas vraiment le lieu ni le moment de lancer un tel débat (parce que ce genre de conversation finissait toujours en débat animé), et changea donc rapidement de sujet en proposant au métamorphe de boire un verre d’eau, ce qui était apparemment une initivative que le rouquin avait été sur le point de prendre.

Vint ensutie une question à laquelle Jesse s’était attendu, et à laquelle il répondit sans ambages. Evidemment, le videur ne réagit pas plus à la première patie de son discours qu’il ne l’avait déjà fait plus tôt, mais cela n’étonnait ni ne perturbait le doctorant. Le rictus ironique qu’il reçu à la dernière lui fit cependant hausser un sourcil, mais l’outre s’explicita rapidement, et un rictus similaire apparut sur les lèvres de l’universitaire.

« S’il est capable de garder une telle opinion de toi après tout ça, c’est qu’il s’agit vraiment d’un abruti fini et que tu ferais mieux de consacrer ton temps à quelqu’un d’autre. »

Mais évidemment, on parlait de Stephan, et le concernant, le doute était encore permis, malgré l’effort qu’il avait fait en suivant le conseil du norme en répondant à ce fichu sms. Pour ce qu’il en avait fait...

Ne souhaitant pas (encore une fois) s’énerver intérieurement sur le barman, le brun préféra se concentrer sur les occupants de la pièce. Ainsi, il nota qu’Asch retournait vers son assiette, probablement pour s’échiner à faire un effort et avaler quelque chose. Cela ne pouvait de toute façon lui faire que du bien, même si la spécialité culinaire était moins bonne une fois rafraîchie. Et évidemment, il s’amusa fortement de la scène qui suivit, bien qu’il ne le montra qu’avec un léger sourire et des yeux gris pétillants de malice.

Voilà que le chien avait décidé d’approcher son maître, et en déclenchant une catastrophe comme il en avait apparemment l’habitude. Une moue brièvement esquissée montra que l’étudiant compatissait à la douleur de l’humain, mais il était bien trop amusé pour faire plus. L’animal avait finalement rempli son office, à savoir détourner l’attention du métamorphe de ses idées sombres. Bon, ce ne serait que provisoire, mais c’était déjà un début.

Un de sourcils du doctorant se haussa quand Asch mentionna être entouré d’abrutis, avant de se baisser quand il ajouta qu’il était exclu de cette affirmation. Et heureusement ! Il n’avait cependant pas quitté son léger sourire amusé.

« Vois le bon côté des choses : il aurait aussi pu plonger la queue dans ton assiette. »

Comment ça, il n’était pas encore à l’abri que ça arrive ?


Dernière édition par Jesse Coleman le Ven 15 Déc - 19:53, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Ven 15 Déc - 12:39

Une moue pensive apparut sur le visage d'Asch, qui était bien obligé d'admettre qu'effectivement, ces crises n'arrivaient pas par hasard. Si ces émotions avaient été futiles, optionnelles, alors il aurait su les contenir. Ce qu'il faisait après tout en permanence, d'une manière ou d'une autre, pour masquer le fait qu'il était justement trop vite touché par tout. Même si sa colère en était l'exemple flagrant permanent. Mais cette émotion là était, bizarrement, socialement acceptée, alors même qu'elle était objectivement plus casse-couille et potentiellement problématique qu'un trop plein de tristesse quelconque, et qu'il emmerdait tout le monde avec. Il avait le "droit" d'être agressif.

Cette introduction lui permit de mieux vivre la suite du commentaire qu'il ne l'aurait fait sinon. Il fut malgré tout un peu piqué au vif, même si il avait bien compris que la virulence de Jesse ne le visait pas lui directement, mais les personnes qui lui avaient demandé plus ou moins implicitement d'arrêter de chialer lorsque ça lui était arrivé. Il ne se vexa donc pas autant qu'il l'aurait pu. Et pas volontairement. Mais quand même. Outre le fait qu'il ne comprenait pas le quart du vocabulaire utilisé par Jesse et que sa façon de voir les choses lui donnait l'impression d'être en train de témoigner du passage d'un ovni, il se sentait un peu concerné par cette histoire "d'idiots incapables de différencier les larmes d'une absence de masculinité ou de force mentale". Sur le principe il comprenait qu'on pouvait revendiquer le droit d'exprimer cette violence intérieure sans passer pour une tar.... mauvais vocabulaire. Il allait probablement devoir cesser d'utiliser ce genre de termes, même dans sa tête, si il voulait un jour réussir à être en paix avec lui-même. Disons alors, sans passer pour un acteur de mélodrame. Il avait d'ailleurs été très blessé et agacé quand Alice s'était montrée dure avec lui pour ce genre de raisons à un moment où il avait eu besoin de compassion. Mais au-delà de ça ? Il existait en lui une voix qui parlait sans son avis et qui lui faisait ressentir exactement ça : le manque de masculinité, et surtout, plus encore, de force mentale d'un tel craquage. C'était au minimum hormonal : ses sentiments auraient dû être atteints moins facilement. Si ce n'était donc pas qu'il était plus faible qu'il aurait fallu, pour chialer aussi aisément que quelqu'un qui ne disposait pas de ce bonus de résistance, alors il comprenait mal de quoi il était question.

Le changement sur son faciès fut subtil et progressif. Il se ferma. La lueur dans ses yeux s'éteignit, ne laissant plus dans son regard que cette trace irascible, mal lunée, blasée qui définissait son attitude générale à l'égard du monde hostile dès lors qu'il y était confronté. Une attitude détachée sur fond d'absence de goût à la vie ou à son propre ego qu'il avait développée à force d'être la cible du mépris de Rachel, puis maintenant de Précieuse, dans les moments où il n'avait ni le courage ni l'envie d'y répondre par l'affrontement - qui était son second et unique autre mode de communication et de fonctionnement dans le cas général.

"Si tu le dis c'est probablement vrai..."

Le sujet du verre d'eau était donc doublement bienvenu pour éviter à Asch de retomber dans des pensées nocives et dans une triste inertie. On repassa sur le sujet de Stephan - pour changer. Que Jesse considère qu'il avait bien agi donna envie de rire à Asch, lequel ne put s'empêcher de répondre en mélangeant autodérision et sérieux de cette façon qui lui était caractéristique, comme il appréciait le faire lorsqu'il discutait avec quelqu'un qu'il n'avait pas dans son collimateur. L'envie de rire lui passa rapidement car la réponse fournie par son interlocuteur fut en revanche dénuée de plaisanterie. Asch n'avait du moins pas envie de blaguer à ce sujet, parce que c'était trop vrai à son goût.

"Je sais pas si je peux encore faire ça. J'aimerais bien. Ou peut-être que j'ai justement pas le choix... C'est trop tard pour hésiter ou tenter d'y aller lentement. Il se rend même pas compte que de mon côté je me suis déjà lancé dans le vide... J'imagine qu'il faut qu'il choisisse. Soit il se lance aussi soit on arrête tout aussi net, mais je supporterai pas ses conneries plus longtemps. Et c'est même pas une question de volonté je crois..."

Le sujet avait dérivé lentement de la peur que Stephan avait de lui à l'attitude qu'il avait voulu adopter dans leur relation. Vouloir revenir au stade "essayons déjà d'être potes" alors qu'il venait de le débaucher et de faire sauter l'antique barrage mental qui le séparait de toute possibilité de relation gay lui paraissait ridicule et impossible depuis le moment où le barman avait essayé de lui expliquer son point de vue. Même si à ce moment là, son avis avait été plus confus et larmoyant. Au fur et à mesure de la discussion, il prenait conscience de ce qu'il allait imposer à Stephan lorsqu'il le reverrait. C'était probablement ce qu'on appelait un ultimatum. Asch était comme ça, d'autant plus quand il allait aussi mal et qu'il avait besoin de mettre de la clarté dans sa vie plutôt qu'encore plus de doutes et de confusion. Il n'aimait pas tortiller du cul cent cinquante ans. Il détestait tourner autour du pot. Soit on faisait, soit on ne faisait pas. Point. Même si c'était bourrin. Le reste le saoulait dans le meilleur des cas - à ce moment là il pouvait encore faire un effort si il en avait envie - et lui était insupportable dans le pire d'entre eux. Genre celui qui était en train d'arriver.

Le loup retourna s'installer, devenant aussitôt l'objet de l'affection discutable du chien qui parut vouloir essayer de le castrer à l'aide de ses pattes arrières.

Suite à un interlude douloureux, Asch évacua en se plaignant, avec une nonchalance presque comique, de la quantité de boulets qu'il paraissait être voué à traîner. Le parallèle entre Alcide et Stephan, qui faisaient mal lorsqu'ils essayaient d'être sympa, lui était apparu avec une ironie mordante.

Il prit tout de même le temps de préciser qu'il n'incluait pas Jesse dans l'équation, même si cela paraissait évident qu'il ne pouvait faire partie de la liste des abrutis incriminés étant donnée la pertinence à toute épreuve dont il avait fait preuve jusqu'à maintenant. C'était cette pertinence impressionnante qui l'avait d'ailleurs probablement amené à formuler tout spécifiquement cette phrase. Asch n'était pas prompt aux compliments. Le peu de fois où il en faisait, c'était sous ce genre de forme.

Poussant un large soupir d'exaspération - qui visait le chien toujours, pas Jesse - Asch leva les yeux au ciel et répondit sans réfléchir au commentaire qui venait d'être prononcé :

"Parle pas de malheur..."

Non parce que provoquer une autre catastrophe à la suite de la première, Alcide en aurait été plus que capable. Il n'en était pas à sa première fois.

Asch soupira une fois de plus. Le husky ne le lâcherait pas avant d'avoir eu la dose d'affection dont il avait envie, alors il faisait mieux de s'y mettre tout de suite. Il prit le chien dans ses bras, qui glissa donc dans son cou et se mit à lui lécher plutôt la joue et l'oreille. Asch lui flatta l'encolure et tapota son dos.

Une réflexe qu'il n'aurait pas forcément eu à une époque l'amena aussi à glisser le nez dans les poils du chien, au niveau du cou. Un loup sans meute était rarement un loup heureux. Sans qu'Asch s'en rende vraiment compte, sa bête exprimait ce manque dans le comportement qu'il avait vis-a-vis de l'autre canidé, même si c'était un chien. Ses yeux changèrent de couleur sans prévenir. Il cligna des yeux, la semi-transformation s'annulant presque immédiatement.
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Jesse Coleman
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Hier à 22:56

Si Asch parvenait à comprendre qu’il avait le droit d’être triste et d’exprimer cette tristesse pour ce qu’elle était plutôt que de passer par la colère, c’était déjà un pas de fait. A son niveau, Jesse n’en attendait pas plus, car il savait qu’il y avait un long travail de déconstruction à faire pour que la suite de son discours lui paraisse réalisable. Preuve en était, il était visiblement en train de se fermer, prenant potentiellement pour lui les reproches que l’universitaire lançait sur la société actuelle. Et certes, le métamorphe possédait ce biais, comme beaucoup d’autres. Mais ce n’était pas en faisant comme si c’était normal qu’on allait pouvoir changer les choses.

Pas que Jesse soit aussi activiste que Dylan, mais il avait été à bonne école, et certains principes étaient restés ancrés. Parfois parce qu’il s’y identifiait, d’autres fois parce qu’il les trouvait justes, tout simplement. Comme celui-ci, et ce même si le videur ne semblait pas (encore) partager son avis.

Le doctorant haussa les épaules et changea de sujet. Il n’était pas temps d’organiser un tel débat, bien qu’il aurait pu arguer qu’il ne détenait pas la Vérité pleine et entière comme le faisaient soi-disant les entités supérieures de ce monde. Mais quelque chose lui disait qu’il était inutile de le préciser. Le métamorphe savait probablement faire preuve de ce genre de discernement, même s’il admettait implicitement que le brun avait eu raison sur toute la ligne le long de leur discussion.

...Bon, excepté concernant Précieuse, peut-être. Il ne reconnaîtrait certainement jamais cela.

La discussion passa du besoin d’hydratation du rouquin à Stephan, non sans rappeler la situation de départ. L’étudiant goûta à la plaisanterie de son hôte, mais préféra rester sérieux, ce qui amena ce dernier à l’être également. A son explication, Jesse répondit d’un hochement de la tête, bref mais éloquent. Et finalement, il décida de faire à son tour preuve d’un peu d’humour.

"Personne ne pourrait supporter ses conneries aussi longtemps que tu l’as fait."

Et il ne parlait pas seulement d’aujourd’hui, mais aussi d’avant. Après tout, n’était-ce pas déjà Stephan qui l’avait poussé à bout lors de cette fameuse saison des amours ? Il semblait avoir un penchant pour agir sans réfléchir, et surtout sans assumer les conséquences de ses actes. Le genre de défauts humains qui agaçaient Jesse, plutôt deux fois qu’une. Ce n’était pas pour rien qu’il passait plus de temps à observer son prochain et à analyser son comportement qu’autre chose.

Par conséquent, il approuvait l’idée de lancer un ultimatum au métamorphe chèvre. Il était évident que si on lui laissait la moindre possibilité, il choisirait la fuite. La preuve : ce matin encore, il s’était enfui dès que le videur n’avait plus été capable de l’empêcher de le faire par sa présence. Ce soir, il avait fui ses responsabilités et cela l’avait amené à arriver en retard au travail. Et plus tard, il avait encore été incapable de trouver la force de faire ce qui aurait dû être fait, par peur de renvoyer balader une femme qui n’en avait pourtant clairement rien à faire de lui. Jesse était même convaincu que Précieuse aurait été amusée de voir Stephan tenter de lui tenir tête, si seulement il avait essayé. Bien entendu, cela ne veut pas dire qu’elle l’aurait laissé partir, mais il n’avait même pas essayé.

Avant qu'ils ne dissertent une fois encore sur le caractère du barman, Alcide décida de faire des siennes, détendant sensiblement l'atmosphère malgré sa maladresse. Asch laissa fortement entendre son mécontentement, le doctorant se contenta d'une vague moue compatissante. S'en suivit une affirmation et ce qui était probablement un compliment, même si l'étudiant espérait bien ne pas avoir besoin de faire preuve d'autant de pertinence pour qu'on réalise qu'il n'entait pas dans la même catégorie que les deux autres. Vaguement amusé, il fit une remarque à laquelle Asch répondit aussitôt, visiblement habitué à ce que son animal soit un adepte de l'effet domino. Jesse eut un bruit de gorge (ce qui se rapprochait le plus d'un rire, chez lui), mais prit quand même l'initiative de décaler l'assiette pour la mettre plus au centre de la table, et ainsi hors de portée immédiate du husky. On n'était jamais trop prudent.

Pendant ce temps, le métamorphe semblait avoir décidé de donner à son compagnon à quatre pattes ce qu'il était venu chercher, et l'autre humain de la pièce ne fut pas franchement surpris de le voir se pencher lui-même pour récupérer un peu d'affection. De même, il ne manqua pas le changement de couleur de ses yeux, bien qu'il fut très bref. Ce désir d'appartenance faisait partie de ces choses que la partie humaine et animale du métamorphe partageaient, ce qui n'était pas étonnant au vu de ce qu'il avait compris de sa vie. Cela ne faisait que le conforter dans son opinion : il allait falloir réunir le frère et la soeur, et ce le plus rapidement possible, car il s'agissait probablement de la seule personne dont il pouvait accepter les marques d'affection sans broncher. Heureusement pour tout le monde, il avait déjà une petite idée en tête.

"J'ai l'impression que ça va un peu mieux. Malgré sa maladresse, ce chien fait des miracles. Espérons qu'il ne soit pas le seul."

Et que la comparaison allait tenir la route.
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Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).

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