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 Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).

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Stephan Carter
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Mar 13 Juin - 12:00

Les choses auraient pu se passer bien autrement. Stephan aurait pu agir très différemment, faire quelque chose, peut-être rester, attendre que la crise passe... Mais non, et maintenant qu'il marchait en direction du pont, il sentait la multitude de remord faire surface, comme une marée montante qui menaçait de le noyer. Il longeait les murs, essayant de se fondre dans le paysage. Il espérait que personne marchant dans la rue ne le reconnaitrait, il n'était pas franchement d'humeur à discuter avec qui que ce soit. Il était trop tard pour revenir en arrière, même s'il imaginait bien le vide qu'il laissait derrière lui. Comment réagirait Asch en voyant qu'il avait disparut sans un mot? Il aurait pu laisser une note, quelque chose, un post-it... Mais il n'y avait pas pensé, enfin, il avait surtout pensé que cela n'aiderait en rien.

Il avait fait de la merde de bout en bout. Ce matin il avait sentit l'espoir d'avoir réussi quelque chose, lorsqu'Asch avait encore été endormi. Il avait été optimiste, positif... Il avait été si certain que les choses ne pouvaient que s'améliorer.. Quelle blague.

Au détour d'une rue il vit la boutique où il était passé acheter les croissants, et il grimaça. Il avait envie de disparaitre, de se mettre dans un coin et se fondre dans le paysage comme une fougère qui n'attire pas l'attention. C'était bien ça, être une plante... S'il avait pu, il aurait bien été un métamorphe ficus, ou une algue; quitte à être ridicule dans sa nature, autant l'être jusqu'au bout hein. Il détourna donc les yeux de la boutique et continua sa route. il marchait lentement, si bien qu'il mit bien une demie-heure de plus que d'ordinaire pour arriver au pont.

Quand il se disait qu'il vivait sous un pont, il était toujours un peu plein de contradictions... Car oui, on avait beau dire qu'il vivait dans un carton, c'était pas tout à fait le cas. Il avait eu le temps de récupérer des vieux meubles laissés à l'abandon, puis il piquait du courant sur le circuit électrique de la ville; c'était pas grand chose, vu qu'il n'alimentait qu'une lampe. Sa petite installation était simple; une table, une chaise, une lampe, et un clic-clac désossé sur lequel il avait mit de la paille au lieu d'un matelas; parce que ces machins là, quand c'était dehors, ça choppait toute l'humidité et ça devenait franchement dégueulasse au bout d'une semaine seulement.

Il n'avait rien de valeur ici; les seules choses auxquelles il tenait étaient dans un casier dans les vestiaires des Plaisirs Coupables; et encore, le contenu se limitait à quelques vêtements et des photos, puis des bouquins. D'ailleurs, il ouvrit sa veste en jean, et dans une poche intérieure se cachait un livre. Il le posa sur la table et alluma la lumière; le son grésillant se fit avant que l'ampoule ne brille. L'ampoule basse consommation prenait du temps à bien briller, mais cela lui laissait le temps de s'adapter un peu. Il s'assit à la table et regarda le livre. La rivière à l'envers. Il sentait plutôt que c'était le monde qui était à l'envers maintenant, et le conte n'avait pas grand soulagement à lui apporter, si bien qu'il n'essaya même pas de lire. Finalement il éteignit la lumière et se déshabilla derrière une palette verticale, et se transforma.

Il monta sur le clic-clac à paille et s'allongea avec un soupir, une oreille frétillante au son des oiseaux à proximité. Il était soit trop tôt soit trop tard pour dormir, mais il n'avait pas l'énergie, et même s'il essayait de maintenir les pensées à distances, il ne pu mettre de côté le souvenir cuisant de l'échec par rapport à Asch. Il revoyait tout, tournant en boucle interminablement dans sa tête, et voyait tout ce qu'il aurait pu faire de différent.

Désespéré au point où les pensées étaient douloureuses et hurlantes, il enfouit sa tête dans la paille avec un soupir sec et bruyant, passant par ses narines humides. Il ouvrit un oeil, la pupille rectangulaire cherchant à voir le lieu autour de lui, voir qu'il ne tanguait pas et que, physiquement, tout allait bien... Avec cette stabilité en tête, il ferma les yeux.

Son oreille frétilla au son de son téléphone, qui émit une brève alarme signalant un message. Il souffla encore et posa une patte sur son museau, comme pour se cacher derrière. Il aurait été difficile de faire disparaitre un biquet de taille et poids assez conséquents, mais c'était pas faute d'essayer pour Stephan.

Avant de s'assoupir il pensa au fait qu'il devait travailler le soir même, et que cela lui permettrait peut-être de se sortir la tête de cette misère, de penser à autre chose; car le problème était là, il avait trop de temps pour penser là maintenant.

Repoussant les pensées négatives le plus loin possible, il essaya de penser à quelque chose de bien, et le visage de Ian apparut dans son esprit, et il pu enfin respirer tranquillement avec la pensée de son oncle, des vagues souvenirs ou ce dernier lui parlait comme à un égal, et aux moments où il avait été là pour le soutenir. Il aurait bien eu besoin de la présence de Ian dans l'instant présent, mais au moins les souvenirs allégeaient un peu la douleur qu'il pouvait ressentir.
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Jesse Coleman
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Jeu 30 Nov - 20:26

[Beaucoup plus tard, dans la soirée...]

Jesse leva les yeux vers la fenêtre de l’appartement qu’on lui avait indiqué. Le salon n’était pas éclairé, mais ça ne voulait pas dire grand chose. De ce qu’il avait compris, l’autre jeune homme était probablement dans un état lamentable, et il était plus que possible qu’il n’ait même pas cherché à allumer les lumières. S’il était dans le salon. Le doctorant poussa un léger soupir et entra dans le hall de l’immeuble.

Sa discussion avec Stephan n’avait pas été très concluante. Le métamorphe-chèvre était trop retourné par les diverses réprimandes et insinuations de Précieuse pour être véritablement efficace, mais le brun en avait entendu (et compris) assez pour se décider à rendre une petit visite au videur absent. Appelez cela de la curiosité morbide si vous voulez...

Ailin allait probablement se demander pourquoi il n’était pas resté plus longtemps, mais il s’occuperait de cela plus tard. S’il finissait ici assez tôt, il avait l’intention de lui proposer de passer chez lui. Il avait quelque chose pour elle. Mais il ne voulait pas la faire attendre pendant des heures, et il ne savait pas exactement ce qu’il allait trouver en poussant la porte de l’appartement du métamorphe loup. Peut-être allait-il être de garde toute la nuit...

La porte d’entrée n’était pas fermée. Pas à clé, non, elle était restée entrouverte. Comme si la dernière personne à l’avoir passée avait fui cet appartement comme la peste et que personne ne s’était soucié de refermer la porte. L’étudiant fronça les sourcils : il avait cru comprendre qu’Asch avait des animaux de compagnie, un jour qu’il l’avait entendu se plaindre d’une « boule de poils collante ».

Un feulement furieux répondit à sa pensée. Le norme baissa les yeux pour voir dans l’encadrement de la porte un chat aussi rouge que son propriétaire, et au caractère apparemment aussi colérique, le fixer, tous poils dressés. Il en fallait cependant plus pour impressionner le jeune homme, qui se contenta de le regarder en haussant un sourcil, et de pousser un peu plus la porte.

L’animal s’éloigna en crachotant son animosité et Jesse passa la porte, cherchant aussitôt l’interrupteur des yeux. Il le trouva et appuya, laissant la lumière lui permettre de constater le désastre. Dans le salon, des viennoiseries maintenant sèches attendaient encore d’être mangées. Apparemment, personne n’était revenu dans la salle depuis la matinée. D’ailleurs, Jesse n’entendait pas de bruit particulier, et pourtant il était certain de ne pas être seul (le chat ne comptait pas). Les lèvres pincées en une moue qui lui donnait l’air encore moins accessible que d’habitude, il fit quelques pas dans l’appartement qu’il continuait d’analyser du regard, et ce dernier se posa sur une porte qui devait mener à la chambre.

« Asch ? »

Quelque chose lui disait que sa venue allait lui paraître encore plus improbable qu’à lui-même.


Dernière édition par Jesse Coleman le Jeu 18 Jan - 10:24, édité 1 fois
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Asch Räder
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Ven 1 Déc - 0:01

C'était une chance que Tarek et Alcide furent... Tarek et Alcide. Le chat rouge avait certes de l'énergie à revendre pour détruire en permanence l'appartement, mais il commençait à se faire vieux, si bien qu'il ne cherchait plus à sortir. L'extérieur, très peu pour lui. Il avait suffisamment à faire dans l'univers domestique au sein duquel il évoluait, et qu'il faisait violemment évoluer à à coups de griffes pour s'occuper. Quant à Alcide, il tenait tant à Asch qu'il n'aurait jamais cherché à fuir. Il était certes sorti dehors à quelques reprises au cours de la journée, profitant de la porte ouverte pour marcher un peu dans l'herbe et aller y déposer ses besoins, mais il était revenu derechef auprès de son maître pour lequel il s'inquiétait tout particulièrement. A sa façon de chien-loup, il se rendait compte que quelque chose n'allait vraiment pas.

Les deux animaux étaient donc à l'intérieur de l'appartement malgré la béance de l'entrée et Tarek était d'ailleurs en train de regarder le nouvel arrivant de la seule façon qu'il savait faire : méchamment. Le félin s'éloigna en manifestant son inimitié, mais ne perdit pas le nord. Il trottina jusqu'à ses gamelles de croquette et d'eau qui paraissaient désespérément vides depuis un long moment. Assis comme un prince à côté des royaux récipients, le chat planta ses deux petits yeux assassins sur Jesse puis se mit à pousser des miaulements rauques et graves, insistants, qu'on aurait sans mal pu traduire par quelque chose de l'ordre du "Donne moi à manger, méprisable humain puant. Je crève la dalle."

On imaginait très bien la bonne volonté que Jesse allait mettre à répondre aux exigences de sa rutilante majesté, tiens. Et d'ailleurs, il avait déjà disparu du salon pour s'aventurer plutôt du côté de la chambre - avec les yeux à tout le moins. Il appela le nom de Asch, qui était effectivement à côté.

Asch, qui ainsi que certains l'avaient pu constater n'avait effectivement pas eu le courage de bouger pour aller travailler. Il n'avait lui-même pas été sûr qu'une telle chose soit possible car il connaissait le sortilège par lequel il était lié, et ce que dernier était en théorie censé rendre impensable sa désertion. Pourtant, lorsque le moment était arrivé, l'obligation magique lui avait parue se manifester largement atténuée. Elle lui faisait l'effet d'un moucheron dans son champ de vision rapidement écarté par un geste de main, ou un coup de vent. Et le mal-être qui l'écrasait depuis ce matin là tenait plus du typhon que de la brise tranquille. Il n'avait donc rien fait pour aller contre cette "bienheureuse" exception. Il craignait de croiser Stephan en ces circonstances, bien sûr. Et puis il n'avait tout simplement pas eu l'énergie de bouger. Le plaisir potentiel lié à l'idée d'agacer Précieuse en se soustrayant à ses plans sans prévenir n'y était pour rien : il n'avait ni planifié, ni souhaité cette situation. Elle s'était juste d'elle-même imposée.

Car les viennoiseries n'étaient pas les seules à avoir attendu sur un plan sans bouger depuis le matin même, jusqu'à se dessécher. Asch avait suivi exactement la même évolution, à cela près qu'il était dans son lit, étalé lourdement et caché sous un drap jusqu'à la taille. Au bout d'environ une ou deux heures à serrer Alcide dans ses bras, son corps avait fini par lui faire mal à force de tenir la position accroupie, et c'est en toute logique qu'il avait utilisé le minimum d'énergie musculaire afin de se laisser tomber sur le matelas adjacent. Et on connaissait la suite : strictement rien ne s'était plus passé jusqu'à l'arrivée de l'actuel intrus. Enfin. A quelques légers détails près.

Il y avait eu, déjà, une évolution mentale considérable, car l'énergie ne pouvait pas se conserver indéfiniment. Lorsque sa détresse éclatante avait fini par retomber, à l'instar d'un soufflé très résistant, mais succombant finalement à l'appel de sa nature première voulant qu'il finisse forcément par s'aplanir, les émotions s'étaient dissipées brutalement, comme soufflées par des bourrasques chaotiques, se heurtant dans des sens divers. Elles avaient laissé place à une base nocive dans laquelle sa journée avait ensuite pataugée : un mélange d'abattement, de pessimisme, et d'une telle inertie qu'il lui fallait chaque fois plus de cinq minutes pour se convaincre d'esquisser le moindre geste. Il n'avait pas faim. Il n'avait même pas eu envie d'aller aux toilettes, comme si absolument tout son métabolisme s'était stoppé, envolé avec sa clarté d'esprit.

Et au travers de ce brouillard morne et noir, des élancements létaux qui le frôlaient. Qui menaçaient de plus en plus de le frapper pour de bon. Chaque pensée qui lui venait se changeait en douleur aiguë. Stephan, parti. Sa vie, sans échappatoire ni sens aucun. Précieuse, égale à elle-même. Sa famille, traîtresse et mal-aimante. Alice, désillusion mordante, qui se moquait bien de lui. Cooper, pour qui il avait essayé de tenir le coup.

Mais Cooper que finalement, il n'avait plus vu depuis des semaines maintenant. Où était-il passé ? Quelle valeur pouvait-il continuer à donner à la promesse qu'il lui avait faite ?

L'envie d'en finir revenait régulièrement. Elle était la plus lancinante, la plus insistante des douleurs. Chaque fois qu'elle remontait il se sentait étouffer. A quoi bon continuer à souffrir ? Quel intérêt d'exister dans ces conditions ? Il n'avait de toute façon plus goût à rien. L'existence était fade. Juste un ensemble de données liées les unes aux autres. Des causes banales changées en conséquences ronflantes desquelles il était impossible de tirer la moindre satisfaction, ni le moindre intérêt. Tout était prévisible et rien ne valait le coup.

Les pensées suicidaires avaient amené Asch à ouvrir le tiroir de sa table de chevet et à en sortir un couteau suisse dont il avait déployé la lame. Cela faisait des heures qu'il avait les yeux fixés dessus et qu'il hésitait à l'utiliser pour s'ouvrir les poignets dans le sens longitudinal. Histoire que ça aille vite. Il ne savait pas exactement ce qui le retenait. Pas le sortilège de Précieuse, c'était certain.

Alcide était couché sur le lit à côté de lui, en boule, le museau collé à sa joue. C'était peut-être ça, finalement, qui l'avait fait hésiter si longtemps. Pouvait-il abandonner ce pauvre chien ? Il ne l'avait même pas nourri, et s'en sentait toujours incapable. Même Tarek ne méritait pas ce traitement. Le temps qu'on retrouve son cadavre, ils seraient peut-être morts de faim. Ou plus probablement de soif, car il leur aurait sinon servi de pitance durant un bon moment.

Il avait vu le jour blanc du matin se teinter des lueurs plus chaleureuses du zénith et de l'après-midi, avant que le voile vespéral ne couvre de feu le paysage au travers de la fenêtre puis que rapidement, il meure et laisse place aux éclats nocturnes argentés. Tout avait été très vite et très lentement. Il n'avait absolument plus aucune notion du temps.

Il fut de ce fait surpris d'entendre quelque chose d'aussi soudain rompre sa longue et morose méditation. Frissonnant doucement, il cligna des yeux à deux reprises, tout en se demandant si il n'avait pas rêvé. Il lui semblait bien qu'on l'avait appelé. Pourtant, cette voix n'était pas celle de Stephan, et c'était bien la seule personne qu'il aurait pu imaginer débarquer ici à cette heure. Avec Précieuse, peut-être. Mais il ne l'imaginait ni quitter son club, ni faire preuve d'assez d'égard pour venir chez lui vérifier son état. Même pour se moquer, ou pour le torturer plus avant.

Pourtant, cette voix ne lui était pas totalement inconnue. Il n'arrivait juste pas à remettre un visage dessus.

Et il n'avait pas non plus l'énergie d'y penser. Ni de répondre. Ni de bouger. Il cligna une nouvelle fois des yeux, et puis se contenta de rester silencieux et immobile, après toutefois avoir légèrement caché le couteau cuisse dans le creux de sa main. Il aurait préféré qu'on ne le voie pas. Il n'avait cependant pas l'énergie de le masquer mieux que ça : la lame dépassait encore un peu entre ses doigts.
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Jesse Coleman
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Ven 1 Déc - 3:09

Jesse ignora le chat aussi royalement que celui-ci cherchait à lui imposer son comportement. Enfin, pas tout à fait. En l'entendant, il se tourna vers la porte, qu'il ferma précautionneusement derrière lui : la dernière chose dont il avait besoin, c'était que les miaulements indignés de la bestiole attirent les voisins.

Une fois l'insonorisation (probablement partielle) de l'appartement garantie, le norme retourna à son exploration, son regard gris se posant sur la porte qu'il supposait mener à la chambre. Avant de s'enfoncer plus avant dans l'antre du métamorphe, il l'appela, cherchant à faire connaître sa présence : Asch n'était peut-être pas en état de venir au travail (malgré tout ce que Précieuse avait pu faire pour l'y obliger en règle générale), mais ce n'était pas une raison pour lui laisser croire qu'un individu mal-intentionné profitait de son état de faiblesse pour s'introduire chez lui. Jesse avait vu le jeune homme en action, et même si le qualificatif de gringalet ne lui convenait plus tout à fait depuis la fin de son adolescence, il savait parfaitement qu'il ne ferait pas le poids face au videur, encore moins s'il se sentait menacé. Hors de question de se taire, donc, ou de faire le moins de bruit possible.

Même si cet imbécile de chat s'était occupé de cela pour lui.

Le doctorant ne reçut aucune réponse. Dans un autre contexte, il aurait pu en déduire que l'appartement était en réalité vide, et qu'il pouvait faire demi-tour. Mais ce qu'il avait entendu (les suppositions de Précieuse, notamment, et les réactions de Stephan à ces dernières) et ce qu'il pouvait constater de son point d'observation (l'état du salon, le sac de viennoiseries en train de dessécher) l'amenaient plutôt à penser que le locataire était bien là, mais qu'il ne voulait pas répondre. Ou alors, il était endormi, mais dans ce cas les miaulements pouvaient y remédier.

Pressentant qu'il n'allait pas être ravi par ce qu'il allait trouver, Jesse s'avança dans la pièce jusqu'à atteindre la porte de la chambre -elle aussi entrebâillée- qu'il poussa du plat de la main.

La première chose qu'il constata fut qu'il s'agissait bien de la chambre, puisqu'il y avait un lit. La seconde, que ce lit était bel et bien occupé, par une forme qui paraissait humaine, d'après la longueur. Remontant jusqu'à la tête du lit, l'étudiant tomba nez-à-nez avec le visage complètement défait, voire amorphe, de l'homme aux cheveux rouges. Enfin, ce qu'il pouvait voir de son visage, étant donné qu'un chien était tout contre lui, la gueule contre sa joue (la boule de poils collante, supposa-t-il).

Et la dernière chose qu'il remarqua (il n'était pas assez détendu pour prêter attention à la décoration) fut l'éclat métallique qui dépassait dans le poing serré de son hôte impromptu.

Jesse n'était pas étranger à ce type de situations. Quand il accompagnait Dylan dans ses virées associatives, il leur était arrivé une ou deux fois de devoir gérer ce qu'on appelait des "situations d'urgence", notamment auprès de jeunes fraîchement rejetés par leurs familles. San Francisco avait beau être reconnue comme la ville la plus LGBT-friendly des Etats-Unis, les attaques de -phobie diverses n'en étaient pas moins rares. Malheureusement.

Il pensait avoir mis les pieds dans une situation délicate entre les deux métamorphes, mais rien qui ne pourrait pas être arrangé par une discussion plus ou moins brutale avec les deux principaux protagonistes. Au fur et à mesure de la discussion au bar, il s'était rendu compte que cela allait être plus complexe (ce qui avait suffisamment titillé son intérêt pour qu'il se décide à venir ici). Mais il ne s'était pas attendu à devoir désamorcer une tentative de suicide (ou plutôt, il avait intérieurement espéré que ce ne serait pas le cas).

A pas prudents (à la fois pour le métamorphe et pour éviter que le chien ne lui grogne dessus comme le chat l'a fait plus tôt), Jesse s'avança en direction de la tête du lit, paumes ouvertes dans un signe de paix universel. Lentement, il s'accroupit devant le visage du jeune homme, son regard perçant cherchant à se plonger dans le sien et pénétrer la couche d'apathie qu'il pouvait y détecter.

"Ne fais pas ça, Asch."

Il aurait pu lui dire que c'était une mauvaise idée, qu'il ne devrait pas leur donner raison (qui que "leur" soit : on était rarement mené à la pensée du suicide seul, il y avait forcément les actes -ou leur absence- de quelqu'un d'autre derrière cet acte) ou encore une remarque ironique sur les draps (ou les poils de son chien) qu'il allait tâcher. Mais s'il s'agissait de sa manière d'être habituelle, il était pleinement conscient que c'était tout sauf ce dont le métamorphe avait besoin en ce moment précis.

Et maintenant qu'il était là, il préférait autant éviter d'avoir son suicide sur la conscience.

"Je sais à quoi tu penses. S'il te plaît, ne le fais pas."

Tout en continuant de lui parler et d'accrocher son regard, ses mains s'étaient approchées du poing serré sur le canif. Ou le couteau, il n'y avait pas prêté assez attention pour l'identifier avec certitude. Ce qui importait était son emplacement, à l'heure actuelle.

"Donne-le moi."

Le ton de sa voix témoignait d'une douceur qu'il n'avait certainement jamais utilisée aux Plaisirs Coupables (ou alors uniquement dans un cadre très privé dont Asch ne pouvait avoir connaissance). L'une de ses mains s'était posée sur le poing serré, et l'autre sur le poignet associé, sans y mettre cependant la moindre force. Il comptait sur l'effet de surprise provoqué par sa venue pour inciter le videur à lui obéir, mais il n'était pas dit que son habituelle nature à refuser de se laisser dicter sa conduite ne reprenne pas le dessus. Auquel cas, il lui faudrait compter sur le fait qu'Asch était visiblement trop à bout pour mettre autant de force qu'il le pourrait dans ses gestes et que le californien serait capable de lui reprendre l'objet sans (trop de) dommages.
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Asch Räder
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Ven 1 Déc - 14:50

En remarquant l'indifférence de Jesse à son égard, Tarek s'enfonça plus allant dans le mécontentement qui le caractérisait. Outré, il miaula plus fort et plus grave durant quelques dizaines de secondes supplémentaires, puis lorsqu'il eut compris qu'on n'allait de toute façon pas s'occuper de lui, il poussa un énorme "BRRRRRROOOU" susceptible de faire trembler le sol et les murs. Il décolla comme une flèche, sauta sur les plans de travail et, changé en boule de bowling, heurta un maximum de matériel qui s'y trouvait. S'en suivit un tohu-bohu auquel s'ajouta les bris de verre de trois récipients qui avaient fait le grand plongeon.

Dans son lit, Asch frissonna. C'était parfaitement typique des crises de mauvaise humeur du chat rouge, mais aujourd'hui, il le supportait plus mal que d'habitude. Parce que cela signifiait que, si il daignait se lever, il allait lui falloir trouver l'énergie de réparer encore plus de dégâts. Et l'argent pour remplacer ce qui avait explosé. Il ne roulait pas sur l'or. Il espérait que ce salopard de chat s'écorcherait les pattes sur les débris. Quant à lui-même, il voyait son envie d'en finir décuplée par un immense sentiment de fatigue et de dépassement. C'était trop. Il ne pouvait pas gérer.

Ce n'était pas vraiment qu'Asch ne voulait pas répondre à la voix qui l'avait appelé. Certes, il en était à un stade où il ne voulait pas être sauvé, et où il aurait préféré rester seul jusqu'à trouver le courage d'utiliser le canif. Il craignait qu'on le lui retire si on remarquait sa présence, mais ce n'était pas pour cette raison qu'il était resté muet. C'était surtout et avant tout parce qu'il se sentait vide d'énergie au point où le moindre mouvement lui paraissait surhumain. Ne parlons donc même pas d'utiliser ses cordes vocales. Il avait l'impression d'avoir oublié comment faire, suite à cette journée d'inaction silencieuse.

Peut-être son visiteur allait-il partir. Ce serait probablement le mieux, car le plus reposant. Il ne voyait pas exactement où il allait trouver la force d'interagir avec lui si il approchait.

Cette option disparut bien vite alors que des pas dans le salon venaient progressivement vers sa position. La porte de la chambre grinça. L'intrus avança jusqu'à être à portée de vue. Asch se força donc à lever les yeux pour voir de qui il s'agissait. Ses cervicales tentèrent de suivre le mouvement, en vain. Elles grincèrent vaguement, frémirent, et retombèrent dans l'immobilité.

Alcide aurait fait un mauvais chien de garde : il aimait trop tout le monde. Il ne se méfia pas une seule seconde de Jesse, se contentant de redresser la tête et des oreilles surprises, puis de pencher l'ensemble, interloqué. Il tira la langue et se mit à haleter joyeusement, comme heureux d'avoir gagné l'aide du nouveau venu pour tenter de retaper son maître.

Asch, quant à lui, observait le visage de Jesse sans comprendre. Peut-être parce qu'il faisait nuit, ou bien parce que son cerveau était loin de fonctionner à plein régime, il avait du mal à le remettre. Il ne lui avait jamais directement parlé jusqu'à présent, ça n'aidait donc pas à se rappeler de son identité. Sans compter l'improbabilité statistique que représentait sa visite.

Enfin, cela lui revint. C'était un client des Plaisirs Coupables, et aussi un très bon ami d'Ailin. Ils s'étaient toujours royalement ignorés jusqu'à présent : Jesse n'en avait jamais rien eu à faire de lui, tandis qu'Asch se méfiait naturellement des amis du vamp blond, car si ils étaient faits du même bois alors il avait tout intérêt à les éviter. Il était donc particulièrement surprenant de constater que c'était ce type, cet inconnu, qui était venu s'enquérir de son état et qui était dorénavant en train de s'accroupir pour se mettre à son niveau. L'état du métamorphe ne lui permettait pas de ressentir la profonde perplexité à laquelle il aurait dû être soumis suite à ce constat, mais il parvint tout de même à lui arracher une toute légère lueur d'expressivité. Un étonnement diffus, noyé au fond de son regard morne.

Il aurait dû se méfier. Vu l'identité de son visiteur, rien ne lui disait qu'il lui voulait du bien. Il était peut-être venu pour arranger Précieuse, qui à en croire les divers appels sans réponse qu'il avait reçu devait avoir tenté de le joindre plusieurs fois dans la soirée et cherchait probablement à savoir ce qu'il foutait. Mais c'était comme tout le reste : c'était bien de savoir rationnellement quelque chose, mais ça ne servait à rien quand on n'arrivait pas à le ressentir. Les émotions d'Asch avaient vraisemblablement d'autres priorités.

Comme par exemple de réagir aux mots et à la douceur qu'on dirigeait sur lui à un moment où il y était tout particulièrement vulnérable. La première injonction rentra en lui comme un poignard qui aurait touché son foie avec une précision douloureuse. Sa bouche s'entrouvrit sous le choc et ses paupières frémirent. Il sentit pour la première fois de la journée le point auquel sa bouche était asséchée. Il était assoiffé. Mais ça n'avait aucune forme d'importance.

Jesse avait tout de suite vu ce qu'il s'apprêtait à faire, malgré sa piteuse tentative pour cacher le couteau. Il n'y avait pas besoin de mots entre eux pour préciser ce qu'était ce "ça" dont on parlait. Un lien parfaitement improbable s'était tissé d'un coup entre les deux hommes, sur simple prononciation de ces mots magiques.

Un lien tendu et très fragile, qu'Asch aurait certainement préféré couper, même si le doute s'était subitement engouffré en lui et qu'il ne savait plus ce qu'il voulait. Les turquoises tristes et perdues plongèrent dans les iris qui leur faisaient face, rendues intenses par la douleur qui le clouait sur place et voulait qu'il cesse d'écouter. Et qu'il plonge enfin sa lame dans la chair de ses avant-bras.

Jesse répéta sa demande. Asch ne cilla pas, ni ne cessa de le fixer intensément, sans juger utile de faire remarquer qu'il avait compris que Jesse avait compris avant même qu'il l'exprime explicitement : c'était probablement clair comme de l'eau de roche, et le rouquin n'avait encore une fois pas cette énergie en réserve.

Les doigts du visiteur touchèrent ceux qu'il fermait durement sur le couteau. Sous ce contact, la main d'Asch frémit, dévoilant une fragilité qui pouvait paraître étonnante à qui ne connaissait que son apparence et les habituels airs patibulaires qu'il se donnait au boulot, ou pour se protéger dans la vie de tous les jours. Comme pour chercher à fuir, il recula sa main d'un centimètre. Geste inutile car Jesse était bien déterminé à aller jusqu'au bout de son initiative. Il tentait d'ouvrir sa main afin de récupérer l'arme et les doigts d'Asch tremblaient, hésitant entre la résistance et l'envie de laisser faire, par manque d'énergie et par besoin de se laisser guider.

C'était rare, pour Asch, d'avoir juste envie de laisser quelqu'un d'autre prendre la tête des opérations. Pourtant il était si confus qu'il aurait fait n'importe quoi pour y voir juste un peu plus clair. Pour avoir l'impression de sentir à nouveau un sol tangible sous ses pieds. Pour cesser de se noyer dans le chaos de ses propres émotions. Au fur et à mesure que sa main lâchait prise, secouée parfois de spasmes régressifs, la respiration du jeune métamorphe devenait plus ample et plus rapide. Son corps entier frémissait. Son rythme cardiaque accélérait. Il avait peur de perdre sa seule option valable, si il acceptait effectivement de laisser le norme agir. Il se rendait compte que cela faisait plusieurs heures qu'il n'envisageait plus du tout sa survie comme une option. Il culpabilisait pour ses animaux et retardait l'inévitable car la mort restait quoiqu'il en soit effrayante, mais il n'avait pas réellement envisagé de survivre à cette journée. Cette perspective qui s'ouvrait peu à peu lui paraissait encore plus flippante qu'un saut dans le Grand Inconnu.

Inexorablement, Jesse tirait sur l'objet qui finit par lui échapper pour de bon des doigts. Son cœur et ses mâchoires se serrèrent. Ses yeux produisirent des larmes qui restèrent à leur surface et se contentèrent de les rendre brillants. Il ne se serait pas cru capable de produire encore autant d'eau, avec tout ce qui était déjà sorti, et sachant que sa cuite l'avait déshydraté. Et qu'il n'avait rien bu depuis ce matin. Il devait avoir l'air pitoyable. Il détestait avoir l'air pitoyable. C'était presque bizarre, parce que c'était actuellement le dernier de ses soucis.

L'idée de devoir continuer encore un bout le désespérait. Il aurait fallu qu'il réponde quelque chose, qu'il demande à Jesse pourquoi il était venu, qu'il fasse quelque chose... Mais c'était trop. Tout était trop. Ce pourquoi il se contenta de plonger son visage dans son bras désormais libre pour étouffer les sanglots silencieux qui menaçaient d'éclater. On notait quand même l'effort qu'il fournissait : au bout de quelques dizaines de secondes, lentement mais sûrement, en assurant ses prises, il fit en sorte de retrouver une position assise. Même si il donnait plus l'impression d'être vautré, écrasé par la vie, plutôt qu'assis de la moindre manière.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Ven 1 Déc - 22:24

S'il avait eu une idée de la catastrophe que le chat allait provoquer, peut-être aurait-il pris le temps de lui remplir ses majestueuses gamelles. Mais ce n'était même pas garanti car Jesse lui-même, à sa façon, supportait mal qu'on lui ordonne de faire quoi que ce soit. Encore moins un vieux chat grincheux et capricieux.

Réalisant tout de même que, malgré son âge, l'animal paraissait particulièrement alerte, le doctorant passa dans le salon en destruction pour se rendre dans la chambre, où il constata la présence du locataire humain et de son second animal de compagnie, mais aussi du canif qu'Asch gardait dans son poing serré. Avançant prudemment pour éviter de surprendre à la fois le videur et son compagnon canin (qui, si il avait au moins la moitié du caractère du félin qui l'avait accueilli, pouvait aisément lui bouffer les doigts), Jesse s'accroupit près du lit, à hauteur du visage du métamorphe.

Puis il parla, parvenant à piquer efficacement l'intérêt amorphe du jeune homme. Du coin de l'oeil, il remarqua également que le chien tenait plus de la peluche que du chien de garde, ce qui l'arrangeait : il devait avant tout récupérer ce couteau des mains d'Asch, et ce serait beaucoup plus facile si l'animal ne se sentait pas obligé de l'attaquer pour protéger son maître. Cependant, l'attention de l'étudiant était entièrement portée sur l'autre humain de la pièce, et il ne manqua pas sa réaction. Il avait réussi à l'atteindre, maintenant il fallait le garder.

Et récupérer ce foutu canif avant qu'il ne décide de s'ouvrir les veines devant témoin.

Jesse répéta ce qu'il venait d'énoncer avec plus de détails (et donc de force) non pas pour s'assurer qu'Asch l'avait compris, mais pour le laisser se concentrer sur ses paroles plutôt que sur les gestes de ses mains. Il savait parfaitement que le métamorphe l'avait compris la première fois. Toutes leurs connaissances communes avaient beau parler d'Asch et de son intelligence en des termes peu élogieux (...sauf Stephan, mais avec sa naïveté chronique son avis ne comptait pas), Jesse préférait ne présumer de rien et se faire sa propre idée. De plus, il aurait fallu être particulièrement obtus pour ne pas comprendre... et quelqu'un qui était capable d'aller mal au point de chercher à en finir n'atteignait pas ce degré.

En attendant, cela lui permit de garder un contact et d'avancer ses mains sur celles du métamorphe, qui tenta de lutter sans vraiment le faire. C'était mal connaître Jesse que de penser que cela allait l'arrêter, néanmoins. Au contraire, il insista doucement, par les gestes et par la voix, jusqu'à obtenir ce qu'il voulait, soit le couteau suisse sans ses propres mains plutôt que dans celles du videur. Attentif à ses moindres réactions, Jesse nota ses tremblements, son souffle plus rapide et saccadé... en bref, la peur que ce lâcher-prise (qui l'était pourtant moins que la solution qu'il envisageait jusque là) lui inspirait.

Et peut-être que l'identité même du norme y était pour quelque chose. Après tout, ils ne s'étaient jamais vraiment parlé, et Asch devait savoir qu'il passait beaucoup de temps avec Ailin, au même titre que lui savait que la vamp ne faisait pas partie des personnes préférées du videur (et inversement).

Se voulant rassurant, le brun laissa un léger sourire se dessiner sur ses lèvres. Pas un de ces demi-sourires qui cachaient bon nombre de ses pensées, mais quelque chose de plus sincère, pour le convaincre de se laisser aller. Et enfin, au bout d'un moment qui avait paru à la fois extrêmement long et infiniment court, les doigts de l'étudiant furent les seuls à entourer le canif, qu'il referma aussitôt pour le glisser dans la poche arrière de son pantalon noir, certain qu'il s'agissait d'un endroit où son hôte ne viendrait pas le chercher. On n'était jamais trop prudent.

Même si Asch, la tête dans les bras, paraissait avoir abandonné, Jesse ne relâchait pas son attention. Ce n'était pas parce que l'arme la plus proche n'était plus disponible que l'idée avec disparue. Il allait falloir plus que cela.

Faisant comme s'il n'avait pas noté les sanglots silencieux qui menaçaient de secouer le jeune homme (son orgueil était si haut en temps normal qu'il valait mieux ne pas risquer de le réveiller), le norme préféra s'appesantir sur les questions (légitimes) qu'il avait vues passer dans le regard turquoise avant qu'il ne le cache.

"Parce que je m'inquiétais."

La voix du doctorant était calme, tranquille. Il énonçait un fait. Celui que cette inquiétude en soi n'était qu'un vague désagrément qu'il aurait pu faire disparaître d'un geste de la main sans mauvaise conscience était accessoire : c'était ce qui lui avait fait prendre la décision de venir. Et une fois sur place, seulement, sa conscience avait pris le dessus.

Il n'avait clairement pas l'intention d'expliquer ce cheminement au loup rouge. D'ailleurs, ce n'était pas ce qui l'aiderait à remonter la pente. Dans un geste amical, Jesse posa une main sur l'épaule d'Asch. Il avait noté sa sensibilité à ses gestes plus tôt et savait qu'il avait probablement besoin de contact humain. Dans une certaine mesure, il était prêt à en donner.

"Je vais aller te chercher un verre d'eau. Je reviens tout de suite."

Le métamorphe n'avait pas donné l'impression d'avoir bougé de la journée, pour manger ou pour boire. Il était temps d'y remédier. Ôtant doucement sa main, pour ne pas donner l'impression que le contact le gênait et que c'était pour cela qu'il partait, l'étudiant leva un doigt en direction du chien.

"Surveille ton maître pour moi, toi."

Puis il partit de la chambre aussi calmement qu'il y était entré, toujours pour les mêmes raisons. Il ne fit pas attention à rester silencieux, au contraire même, ne souhaitant pas qu'Asch pense qu'on l'abandonnait une seconde fois dans la journée. Il fut rapidement de retour, un verre d'eau à la main, et reprit sa place près du lit avant de tendre le verre en direction du locataire des lieux, un sourcil levé en signe d'interrogation curieuse.

"Dis-moi... Ton chat est toujours comme ça ?"

Non, il n'avait pas encore pris la peine de le nourrir. Avec Jesse, Tarek était mal barré : le doctorant ne connaissait pas la lassitude.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Sam 2 Déc - 12:56

La présence d'une autre personne (humaine) que lui dans l'appartement avait un effet implicitement positif sur Asch : il retrouvait doucement mais sûrement un tout petit peu d'énergie. Juste ce qu'il fallait pour fonctionner à bas régime, c'était à dire être en mesure de bouger, d'analyser ce qu'on lui disait, et de répondre. C'était comme si toute la force que Jesse consommait pour faire de même lui parvenait, automatiquement convertie en carburant pour les muscles et l'esprit.

L'étudiant était vraiment arrivé au bon moment. Au dernier moment. Le travail était à peine commencé, et il l'avait pourtant déjà ramené de très, très, très loin.

Asch se retenait de pleurer. C'était laid et bruyant. Il l'avait déjà fait devant Stephan, et c'était déjà suffisamment gênant comme ça. Face à Jesse, hors de question. Non seulement ils étaient de parfaits étrangers l'un pour l'autre, mais en plus de ça, le lunetteux avait de mauvaises fréquentations qui laissaient penser à Asch qu'il pourrait utiliser ça contre lui plus tard. Ou bien raconter ce qu'il avait vu à des personnes qui n'hésiteraient pas à le faire, à tout le moins. Et de fil en aiguille, on revenait à la question qu'il s'était posée sans vraiment la formuler.

Pourquoi  Coleman (tiens, il se souvenait aussi de son nom de famille) était-il chez lui, ce soir ? Pourquoi s'était-il fait chier à se déplacer, et pourquoi faisait-il tout ça pour lui ? Sa générosité gratuite l'inquiétait. Il n'avait pas pensé que ce mec était du genre à donner quoique ce soit pour la beauté du geste.

Il aurait donc pu être perturbé par la façon dont Jesse répondait à ces questions sans même qu'il ait eu besoin de mettre des mots dessus, mais ce ne fut pas le cas. Une fois de plus, la discussion silencieuse avait été aussi éloquente que son équivalent articulé. La réflexion prit le pas sur ses émotions brutes, juste assez pour lui permettre de ne provisoirement plus ressentir l'envie de chialer comme une madeleine. Le bras devant son visage retomba, dévoilant des traits cernés, creusés, éreintés, mais pourtant vifs et efficaces.

La mine d'Asch était sombre à la fois parce qu'il allait mal, et parce qu'il n'avait pas confiance. Sous les arcades sourcilières penchées, son regard perçant dardait le visiteur impitoyablement. Il énonça sur un ton pragmatique, malgré sa voix encore faible et enrouée :

"Tu n'as strictement aucune raison de t'inquiéter pour moi. On s'est jamais parlé. Qu'est-ce qu'il s'est passé au club ?"

Parce qu'il n'y avait que ça. Ça avait dû être entre Précieuse et Stephan. L'un, l'autre, ou les deux, et puis Jesse qui avait dû témoigner de la chose. Parler avec eux. Ce mec PRÉCISÉMENT n'allait pas avoir popé par magie. Non. Ça devait être Stephan. Même si Précieuse savait que quelque chose n'était pas normal, elle ne se serait jamais assez inquiétée pour envoyer quelqu'un. Mais si c'était Stephan, pourquoi Jesse se serait-il intéressé à son cas ? Encore une fois, Asch sentait bien que ce mec n'était pas un bon samaritain. Sans quoi il ne se serait jamais entendu avec Ailin.

Les rouages tournaient dans son cerveau, hésitant entre les deux possibilités et leur fusion, puis il pencha plus pour Stephan. Et subitement, quelque chose le frappa durement.

La situation avait été suffisamment alarmante pour que quelqu'un vienne vérifier chez lui que tout allait bien, et ce quelqu'un était un inconnu. Stephan avait sciemment évité de revenir lui-même. Alors même qu'il se doutait au moins un peu du point auquel les choses avaient pu mal évoluer depuis la matinée.

... Asch avait-il abusé à ce point ? Sa crise de nerfs involontaire avait-elle à ce point débecté le barman ? Asch avait-il encore tout foutu en l'air ? Était-il détestable au point où il suffisait d'une soirée et d'un bout de matinée avec lui et de... bref. Et en même temps, il n'avait plus aucun souvenir de la fameuse soirée. Avec tout ce qu'il avait bu, il avait dû totalement se ridiculiser. Dire n'importe quoi. Des trucs gênants, ou horribles. L'alcool retirait toute barrière, toute inhibition. Ce qui était en lui était haïssable. Ce qui avait donc dû suinter de lui ne pouvait que l'être tout autant. Il y avait dû avoir ça, puis la goutte d'eau qui faisait déborder le vase, ce matin.

Une douleur poignante naquit dans ses yeux. Affligé, il dut prendre sa tête dans ses poings pour ne pas craquer ouvertement.

Et en même temps si il débectait Stephan à ce point, pourquoi avait-il essayé de... de... de. ...L'embrasser en premier lieu ? Non. Il n'avait pas essayé, il l'avait fait. Et puis il s'était rétracté en formulant des excuses ridicules. Peut-être s'était-il rendu compte à ce moment là qu'en fait, il le dégoûtait. Si bien qu'il avait par tous les moyens cherché à se défausser. Puis le craquage, qui avait achevé sa dernière once de patience.

Oh, comme le rejet faisait mal. Très mal. Surtout à ce moment précis où il en avait tant essuyé, et où il avait naïvement pensé trouver autre chose. Sortir de ce cycle maudit d'illusions aussitôt brisées. Comme il était soudain insupportable de constater l'absence de son collègue. Il aurait tout donné à cet instant précis pour avoir sa tronche nerveuse devant lui, quand bien même sa timidité pudibonde maladroite l'avait énervé au premier contact, et avait entretenu par la suite un agacement de commodité routinier. Personne - sa sœur ne comptait pas - ne lui avait jamais souri comme ça.

Il appuyait fort sur ses yeux, se mordait la lèvre presque au sang, avec au fond de la gorge un goût amer et métallique. Il avait à peine senti la main de Jesse sur son épaule - qui sinon l'aurait fait tiquer. Il sentit par contre sa disparition, même progressive. Il faisait froid. Alcide jappa joyeusement au commentaire de Jesse dans sa direction, tout content d'être la cible de l'attention du nouveau venu. Il vint lécher la main de son maître. Il tenta de lécher sa joue, en vain car elle était cachée derrière le masque de ses bras joints. Le husky étant un boulet notoire, ce qui devait arriver arriva : sa langue dérapa accidentellement sur la bouche du métamorphe qui détourna la tête brutalement, en éructant un son de dégoût bruyant.

"AAAAAAAAaaaah.. rg... C'est dégueu Alcide, lâche moi la grappe sac à merde..."

Cela avait au moins eu pour effet de le couper de son affliction, dans laquelle il n'eut pas le temps de retomber comme Jesse revenait dans la chambre avec un verre d'eau à la main. Du côté du salon en bataille, Tarek était toujours en pétard. Il s'était vengé sur le canapé sur lequel il avait fait ses griffes pendant tout ce temps. Puis, en voyant Jesse revenir dans son antre, il avait poussé un nouveau miaulement mécontent, s'était mis à courir vivement, lui avait sauté sur les jambes pour les lui lacérer au travers du pantalon, et était reparti aussi vite se cacher dans son arbre à chat. Depuis, ses petits yeux méchants émergeaient de la hotte fermée dans laquelle il s'était enroulé. On distinguait ses oreilles aplaties dans la pénombre.

On comprenait donc aisément pourquoi Jesse avait choisi précisément ce sujet de conversation pour tenter de rendre la discussion plus naturelle. Asch leva un nouveau regard méfiant sur l'étudiant, mais décida tout de même de capituler : après tout, peu importe les raisons qui l'avaient poussé à venir ici, il était là, et il avait eu le courage et la patience de lui retirer ce couteau des mains. C'était quelque chose qu'il ne pouvait pas lui enlever. Et il y avait des informations dont il se fichait bien de savoir si elles parvenaient à Ailin, Précieuse, ou quiconque d'autre. Il n'en parlait jamais parce qu'il n'était pas d'un naturel loquace, mais au delà de ça, ce n'était pas un secret.

Et puis il se rendait compte qu'il avait besoin de parler. Pas de choses trop importantes, pas maintenant : il ne se sentait pas prêt. Au contraire, il avait besoin de laisser son esprit dériver sur des trucs anodins. De se souvenir qu'il n'y avait pas que la souffrance. Que l'existence ne se résumait pas à cette donnée. Ce pourquoi il se montra étonnamment bavard et conciliant, alors que ce n'était absolument pas son genre.

L'agressivité sous-jacente à son comportement concéda un peu de terrain à la discussion. On pouvait presque la visualiser, impérieuse, sur son trône, en train de réfléchir, ses gros sourcils froncés, avant d'admettre avec un léger hochement de tête et une petite moue snob qu'il fallait qu'elle se retire pour le moment. Cela se traduisit par un apaisement brutal dans l'expression du jeune homme, et par le geste inhabituellement humble qu'il fit en direction du verre d'eau, qu'il avala d'une traite, avec l'impression que son corps absorbait immédiatement l'eau comme une éponge, qui malgré tout restait asséchée. Bon sang, oui, il avait soif. Asch regarda platement le récipient vide durant quatre à cinq secondes, avant d'enfin prendre la parole :

"Avec tout le monde ou presque, oui. Disons que j'arrivais à en faire quelque chose avant. C'est pour ça que ma tante me l'a refilé. Mais il a mal supporté le changement quand ma mère a levé le blocage qui m'empêchait de me transformer. Depuis, c'est juste une chiure insupportable. Quant à lui..."

Il tourna les yeux sur Alcide, qui était en train de s'installer lourdement sur ses genoux et de réclamer des grattouilles dans le cou, qu'Asch offrit en arborant une mine complètement blasée.

"... sans commentaire."
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Sam 2 Déc - 23:17

Surveillant toujours les mouvements du métamorphe, Jesse avait noté qu'il se sortait doucement de cette apathie dans laquelle il l'avait trouvé. Evidemment, si Stephan était parti depuis la matinée (comme les divers indices dans le salon le laissaient supposer), le videur avait eu tout le temps de se plonger dans sa détresse. Les animaux étaient une compagnie mais ils ne stimulaient pas le cerveau humain cmme un autre humain pouvait le faire. Et surtout, ils ne pouvaient pas le raisonner et le convaincre de ne pas mener ses idées suicidaires à leur terme.

Mais maintenant, Asch reprenait vie (sans mauvais jeu de mots) et c'était une bonne chose. Dans ses yeux, le doctorant pouvait voir le fil de ses réflexions, dont une question à laquelle il répondit de façon très succinte, déclenchant une nouvelle émotion dans le regard. Le jeune homme ne le croyait pas, et ne lui faisait pas réellement confiance, ce que Jesse pouvait comprendre. Après tout, ils ne s'étaient jamais vraiment parler, et n'avait au premier abord absolument rien en commun. La raison qu'il venait donc de donner à sa venue était étrange sur bien des points, mais Asch réalisa bien vite le mécanisme qui avait dû être à l'oeuvre, car il enchaîna avec une autre question pleine de bon sens. Que s'était-il passé au club, en effet ?

Le regard gris, rendu un peu moins dérangeant grâce à la barrière des lunettes, pétilla. Si l'employé des Plaisirs Coupables était vraiment aussi peu profond que la plupart de ses collègues (et supérieurs) le pensaient, il n'aurait pas posé la question ainsi. Il aurait pu faire le rapprochement entre Jesse et le club (puisque c'était leur unique point commun), mais pas en déduire qu'un événement particulier s'y était déroulé pour l'amener ici. De ce qu'il lisait dans les yeux turquoise du jeune homme, Jesse était même convaincu qu'il soupçonnait déjà qu'on ne lui avait pas demandé de venir.

L'étudiant ne répondit pas. Il était bien trop tôt pour qu'il fasse ne serait-ce qu'évoquer Stephan, qui était une grande partie du problème qui se trouvait à présent dans sa poche. Et Asch n'était pas encore prêt à parler de cela, c'était évident. La douleur dans son regard très expressif était poignante, alors qu'il formait des hypothèses pour trouver une raison à la présence du brun dans son appartement. La vérité ferait probablement (un peu) moins mal, mais Jesse savait que cette conversation ne pouvait pas avoir lieu maintenant.

Il se contenta donc de l'observer sans mot dire, analysant son comportement et lui apportant un soutien léger d'une main sur l'épaule. Son excellent esprit d'observation et de déduction lui permettait de penser que, quoi qu'il s'était passé dans la matinée entre les deux métamorphes, il n'avait pas s'agit de simple badinages entre amis. La tête de Stephan face aux insinuations de Précieuse avait été éloquente, et l'affliction qui revenait provisoirement chez Asch l'était tout autant. Mais c'était un problème qui attendrait, car Jesse n'avait pas l'intention de parler de cela pour le moment. Il quitta son poste d'observation dans l'idée d'aller chercher un verre d'eau, et donna un ordre au chien qui jappa joyeusement comme pour lui faire comprendre qu'il s'exécuterait. Voilà au moins un des deux animaux qui n'était pas désagréable.

Comme s'il avait senti qu'on lui cassait du sucre sur le dos (ou alors tout simplement parce qu'il en avait envie), le chat choisit de montrer à nouveau son mécontentement envers Jesse quand celui-ci passa sur son terrain. De manière beaucoup plus physique cette fois, puisqu'il attaqua les jambes de l'étudiant sans crier gare, avant de retourner se réfugier dans l'arbre à chat. Le sifflement de douleur de l'humain avait été supplanté par le cri de dégoût de l'autre humain du périmètre, mais cela n'empêcha pas Jesse de jeter un regard froid et mauvais en direction de l'endroit où s'était réfugié Tarek. Une chose était sûre, il ne nourrirait pas cette satanée bestiole.

Il devait néanmoins lui accorder qu'il faisait un très bon sujet de discussion. Neutre, il permettrait aux deux hommes de nouer un contact (certes maigre, mais essentiel) avant de passer à des sujets plus sérieux. Patient, Jesse attendit sa réponse, le verre toujours tendu vers son hôte qui le regardait avec méfiance. Le doctorant ne broncha pas, gardant son regard dans le sien, jusqu'à ce qu'Asch semble décider qu'il n'y avait rien de dangereux à entretenir une telle conversation avec lui. Quand l'étudiant décidait de faire preuve du peu de conscience qu'il possédait, c'était compliqué d'être associé à Ailin... Mais bon, ce n'était pas un problème pour lui, plutôt pour ceux qui décideraient alors de refuser son aide.

Une fois délesté du verre, Jesse se posa contre la table de nuit, jambes tendues devant lui et bras croisés sur le torse, attitude qu'il adoptait fréquemment. Son regard, lui, était toujours tourné vers Asch, écoutant son récit. Il hocha brièvement la tête. La nature de métamorphe du videur ne lui était pas inconnue, vu que Précieuse se faisait un plaisir de le lui rappeler chaque fois qu'elle l'interpellait. Il suffisait d'écouter. Quant aux histoires de famille... ma foi, elles expliquaient certaines choses.

Le comportement d'Alcide et la façon dont son maître en était totalement blasé arracha un demi-sourire amusé à l'étudiant.

"Je me disais tout à l'heure qu'il tenait plus de la peluche que du chien de garde. Après l'accueil que ton chat m'a fait, c'était un soulagement, je dois dire."

Ce n'était toujours qu'un sujet sans importance, mais qui s'approchait de ce qu'il fallait énoncer. Décroisant les bras, Jesse tendit une main en direction d'Alcide et le caressa à son tour avant de s'adresser à lui.

"Il tient beaucoup à toi, ton maître. C'est une bonne chose que tu aies été là."
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Dim 3 Déc - 0:28

La discussion n'avait qu'à peine commencé, mais Asch sentait qu'elle lui faisait déjà du bien au moral. Il n'était pas certain de savoir si c'était une bonne ou un mauvaise chose. Pas certain d'être heureux, ou non, d'avoir été arrêté dans sa tentative d'en finir. Devait-il recommencer dès l'étudiant parti, ou bien devait-il saisir cette opportunité d'essayer de s'en sortir, une fois supplémentaire ? Pour ce que cela lui avait apporté les fois précédentes, il n'était pas certain que cela vaille le coup...

Mais il était prêt à écouter les arguments qu'on pourrait lui offrir en ce sens, notamment parce qu'il ressentait effectivement le besoin de parler, et que c'était devenu tellement rare pour lui d'avoir moindrement envie de quelque chose qu'il n'allait pas perdre cette occasion de vivre un événement plus palpitant que d'habitude, et surtout qui empêcherait à la souffrance de le submerger à nouveau et de l'écraser.

Asch baissa les yeux sur son chien, toujours haletant, l'air à la fois con et heureux dans ses bras. Qu'est-ce que cette bestiole pouvait être stupide quand elle s'y mettait... Mais elle était gentille et de bonne compagnie. C'était quelque chose qu'on ne pouvait pas lui enlever. Le terme de peluche était donc tout à fait adéquat, à cela près que les peluches sentaient meilleur et produisaient moins de bave. Il eut un pâle sourire, expression rare sur le visage généralement renfrogné du métamorphe mal luné.

"Ouais... Enfin c'est pas tout le temps top non plus. Il est tellement collant que ça peut-être fatigant à la longue. Mais c'est sûr qu'il coûte moins cher en entretien que l'autre teigne."

... Ouais. Les animaux de compagnie n'allaient pas être un sujet de conversation qui ferait long feu, en fait. Ça avait été un excellent point de départ, mais ça commençait déjà à devenir gênant. Asch, qui manquait d'inspiration car il n'avait absolument pas l'habitude de complimenter Alcide, ni qu'on le complimente devant lui, avait l'impression d'être en train de décrire la pluie et le beau temps.

Jesse se pencha sur le chien et fit une nouvelle remarque, faussement destinée au canidé, qui très heureux d'être la cible d'autant de caresses lui lécha la main copieusement, comme pour le remercier. Asch lui aurait bien dit qu'il l'avait prévenu qu'Alcide pouvait se montrer collant - ou visqueux, selon ce qu'on préférait -  mais il était trop occupé à devenir rouge comme une tomate et à n'absolument plus bouger un cil, et encore moins la main caressant peu auparavant l'encolure du chien.

Jesse lisait visiblement en lui comme dans un livre ouvert, et c'était excessivement embarrassant. Asch se plaisait à râler à tout va sur Alcide, à dire qu'il était stupide, chiant, trop invasif, puant, encore une fois débile, et puis aussi crevant, mais le fait était qu'il était en effet très attaché à ce husky. Personne ne l'avait jamais vraiment deviné à son comportement, qui laissait plutôt entendre le contraire.

C'était flippant d'être aussi vite cerné, surtout pour quelqu'un d'aussi pudibond qu'Asch qui préférait cacher ses sentiments et qui était très mal à l'aise à l'idée que quelqu'un d'autre que lui-même en ait une idée précise. Il avait l'impression que cela le rendait vulnérable. Qu'il perdait le contrôle. Qu'on se rendait compte de ce qu'il cachait vraiment en lui, dont certaines facettes étaient très loin de l'image de gros dur qu'il se plaisait à présenter au monde.

Non seulement Jesse avait deviné qu'Asch tenait à Alcide, mais il avait aussi deviné que le chien lui avait sauvé la vie. Il ne l'avait pas énoncé clairement mais le rouquin le sentait, encore une fois avec les tripes, avec l'instinct, à la façon dont l'étudiant avait énoncé les faits. Sans Alcide, Asch aurait effectivement utilisé le canif avant que Jesse n'arrive à l'appartement.

Rendu muet par l'embarras, Asch leva des yeux distraits au plafond, essaya au possible de ne pas se bouffer les lèvres, mais se gratta nerveusement la joue avec l'ongle de l'index. Tout en essayant inconsciemment de rompre le contact avec le chien, comme pour éviter de donner raison à Jesse.

"... ahem. Oui, bon. Bref."

... Il fallait qu'il trouve un truc à dire. Maintenant. Sinon ça allait être encore plus gênant.

"... Ça me dit pas ce que tu fous vraiment ici."

Oups. Le sujet était peut-être encore un peu prématuré. Asch n'était pas certain d'être prêt à entendre ça. Et en même temps, Jesse l'avait cherché, là... A quoi pensait-il, à sortir des trucs pareils ?
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Dim 3 Déc - 3:07

Le doctorant était très difficile à surprendre, pour la bonne raison que son intelligence et son don d'observation avaient fait de lui quelqu'un qui savait à quoi s'attendre lorsqu'il s'adressait à ses concitoyens. Il était capable de prévoir les réactions des plus naïfs, anticiper celles du commun des (im)mortels, et parfois même réussir à avoir un mouvement d'avance sur les plus doués des manipulateurs (jouant lui-même dans cette catégorie).

Pourtant, le sourire qu'il vit s'étirer sur le visage du métamorphe parvint presque à l'étonner. Presque, parce qu'il avait évidemment compté sur une réaction de ce type quand il avait commencé à parler de l'animal, mais étonné car cela devait être la première fois depuis qu'il croisait Asch au club qu'il voyait ce dernier esquisser autre chose qu'une grimace de colère ou des dents serrées de rage sur son sempiternel air renfrogné.

Comme quoi, tout pouvait arriver.

Jesse n'eut aucune réaction visible lorsqu'il sentit la langue du husky lui parcourir la main, mais on imaginait sans mal la légère moue dégoûtée qu'il aurait pu avoir dans un autre contexte. Là, il était trop concentré sur les réactions d'Asch pour prêter réellement attention à l'animal, bien que ce soit à lui qu'il se soit adressé.

Le métamorphe transpirait la gêne de façon palpable. C'est comme s'il n'acceptait pas d'avoir le moindre comportement tendre avec quiconque, même avec ses animaux domestiques. Et surtout, il refusait violemment que qui que ce soit constate ce comportement. Cela expliquait pourquoi il donnait toujours l'impression de faire la gueule, usant de son air renfrogné comme d'une protection contre le monde (méthode que Jesse lui-même connaissait bien, à la différence qu'il se protégeait simplement des rencontres inintéressantes).

Cela expliquait aussi pourquoi personne d'autre aux Plaisirs Coupables n'avait remarqué qu'il était plus futé qu'il en avait l'air. Aucun des employés ne faisait l'effort d'apprendre à le connaître, ou ne lui inspirait assez confiance pour qu'il cherche à se dévoiler à ce point.

Enfin, presqu'aucun. Et on voyait où cela l'avait mené.

L'étudiant n'ajouta rien, laissant à son hôte le temps de se reprendre, ou plutôt d'essayer de cacher sa gêne, ce qu'il parvint à faire assez rapidement en remettant sur le tapis la raison de sa venue. Jesse, qui avait détourné le regard une seconde pour le poser sur le chien (et sa main poisseuse et à présent pleine de poils), darda à nouveau son regard gris perçant dans celui du métamorphe. La question sous-jacente était aussi visible que si elle avait été clairement énoncée. "Veux-tu vraiment le savoir ?" Non pas qu'il avait l'intention de le lui cacher (sinon, il ne serait pas venu, tout simplement), mais il était selon lui encore un peu tôt pour lancer un tel sujet...

Oh, et après tout, Asch l'avait voulu.

Essuyant distraitement sa main sur le drap (vu que le chien avait apparemment couché toute la journée dessus, il était clair qu'Asch allait finir par le laver de toute façon), Jesse répondit sur un ton d'évidence.

"Visiblement, je suis là pour t'empêcher de t'ouvrir les veines."

Une étincelle un brin joueuse dansait cependant dans son regard gris. Ils savaient tous les deux que ce n'était pas la réponse attendue, tout en étant l'une des plus appropriés.

"Quant à ce qui m'a fait me déplacer, je ne suis pas certain que tu veuilles en parler dès à présent."

Jesse se redressa, reprenant sa position initiale contre la table de nuit, bras croisés sur sa poitrine. Son regard était clairement amusé alors qu'il le posait sur le videur.

"Après tout, tu as tellement de mal à admettre avoir de l'affection pour ton animal de compagnie, qu'est-ce que ça va être de te faire réaliser que tu es complètement sous le charme d'un de tes collègues."

La bombe était lancée. Le brun n'était pas du genre à passer par quatre chemins, et même s'il avait voulu être plus patient au vu de la situation dans laquelle il avait mis les pieds en passant cette porte, Asch ne lui facilitait pas vraiment la tâche. Alors, il reprenait les bonnes veilles méthodes. Tant pis.

Haussant les épaules, donnant l'impression de faire peu de cas de la réaction du métamorphe alors qu'il y était hautement attentif, Jesse glissa une main dans sa poche pour en retirer son téléphone portable.

"Je te propose de manger un bout avant de continuer cette conversation. Cajun ou pizza ?"

Il acceptait d'autres propositions, bien sûr. Culinairement, il n'était pas très difficile.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Dim 3 Déc - 10:50

Il y eut un instant de battement suite à la question posée par Asch qui permit au métamorphe de retomber mentalement sur ses pattes. La couleur écarlate de son visage se dissipa progressivement. Ses yeux francs plongèrent dans le perçant de ceux qui leur faisaient face, amenant son expression à quelque chose de plus grave, de plus posé. Un message silencieux, résilié. Oh, Jesse pouvait y aller. Ce n'était pas la peine de l'épargner. Il n'en était plus à ce stade. Il se doutait bien que l'étudiant n'était pas venu chez lui parce qu'il se souciait vraiment de ce qui pouvait lui arriver alors qu'ils étaient des inconnus l'un pour l'autre. Il voulait connaître les conditions dans lesquelles c'était arrivé, voilà tout. Ça serait toujours moins difficile que de ne pas savoir, et de se noyer dans les hypothèses.

Bien sûr, Asch était si doué pour faire l'autruche qu'il avait entièrement """oublié""" de prendre en compte le pan potentiellement problématique des explications en question. Il ne lui était pas venu que Jesse allait vouloir parler en détail de la relation qui le liait à Stephan, parce qu'il ne pensait pas que Stephan aurait révélé le moindre détail trop personnel à Précieuse, ni aux clients du club. Inexpérimenté, bien décidé à ne pas voir l'évidence, Asch ne se rendait pas compte du point auquel la relation en question sautait aux yeux pour les esprits terriblement analytiques de la patronne du club, de certains de ses employés, voire même de certains clients. Il fallait dire qu'Asch n'était pas du genre à analyser les gens, à moins d'une urgence comme aujourd'hui, ou d'avoir besoin de se protéger contre les attaques de Précieuse : c'était intrusif. Il considérait que ça ne le regardait pas. D'ailleurs, ça ne l'intéressait pas non plus. Parfois il avait du mal à se souvenir que tout le monde n'était pas aussi intègre que lui.

Sans quoi il aurait plongé dans la discussion avec certes moins d'enthousiasme. Même si tout cela ne concerna en rien la première des réponses fournies par Jesse, qui plongea Asch dans une profonde perplexité. On eut presque l'impression de le voir tomber de manière grotesque, tel un flan chutant d'un mètre et atterrissant piteusement sur le sol dans une explosion mollement gélatineuse. L'ombre de sa mauvaise humeur habituelle se réinstalla sur ses traits, juste suffisamment pour allumer dans son regard une forte lueur blasée.

"Merci Captain Obvious... et à part ça ?"

Asch n'aimait pas trop qu'on se paie sa tête... Même si bon. Ok. Pour le coup il savait que ce n'était pas méchant et il n'était pas réellement énervé. C'était même le genre d'humour noir auquel il aurait pu ricaner dans d'autres circonstances. Mais il était vraiment intéressé par la réponse honnête que Jesse avait à lui fournir et cela l'agaçait donc de le voir essayer de détourner son attention du sujet, même très provisoirement.

L'avertissement qui suivit le fit cligner des yeux, en proie à un léger doute. Il pensait que les choses étaient maintenant claires vis-à-vis de ce qu'il était prêt ou non à supporter. Jesse lui paraissait plus que vif d'esprit, et cela devait donc signifier que ses réserves portaient sur un autre sujet que ceux qui avaient été implicitement abordés. Mais lequel, exactement ?

Il aurait pu le deviner, si il avait été moins buté. Moins enfoncé dans l'idée que rien de toute cela ne pouvait réellement le concerner, et qu'il devait y avoir une erreur quelque part.

Enfin. Aujourd'hui, et vu ce qu'il s'était passé la veille, on ne pouvait pas exactement dire qu'il était resté bloqué à ce stade de la réflexion. Asch était au contraire particulièrement troublé, obligé de remettre en question bon gré mal gré tout ce qui lui avait paru évident, pour admettre qu'il avait choisi volontairement de participer à ce baiser. Et que pour le temps que ça avait duré, il avait apprécié. Et qu'il avait été prêt à plus. Le moment était donc tout particulièrement adapté pour aborder le problème : il fallait battre le fer tant qu'il était chaud, sans quoi il aurait été trop facile pour Asch de retomber dans ses positions habituelles. De considérer que cette péripétie avait été accidentelle. Qu'il avait tant besoin d'affection que cela lui avait fait avoir des comportements qui ne correspondaient pas à ses inclinaisons naturelles.

Jesse le mit donc en face de ses problèmes sans prendre de pincettes, de manière frontale et sans la moindre once de tact. Les couleurs sur le visage du métamorphe refluèrent. Presque immédiatement, une barre rouge foncée apparut sous son regard écarquillé. Un embarras extrême explosa à l'intérieur de lui, l'amenant à réaliser la plus belle imitation de carpe qu'il avait probablement jamais fait de toute sa vie. On n'avait jamais abordé ce sujet avec lui de manière aussi franche et brutale. Il ne pouvait pas se défausser. Il ne savait pas comment réagir.

Ça pouvait paraître être un peu violent de parler comme ça à quelqu'un qu'on venait de sauver in extremis de la tentative de suicide, mais le fait était que cette façon de faire convenait à la personnalité bourrine du métamorphe rouge, qui n'aimait pas passer par quatre chemins et avait besoin qu'on lui parle avec des mots puissants et imparables. Parce que si parade il y avait et que si le sujet ne lui plaisait pas, il allait forcément la trouver, et la prendre.

"Je... Je suis pas... C'est pas... Je... Pas."

Je et Pas. Il allait peut-être en rester là, en fait. Normalement, c'était le moment où il sortait un "JE suis PAS gay" si puissant qu'il manquait de cracher ses poumons, mais là, pour une raison ou pour une autre, il refusait de sortir. Peut-être parce que ça aurait été malhonnête de sa part de hurler ça dans les oreilles de Jesse alors que des images de la veille étaient en train de lui revenir en vrac, mélangées à celles de l'accident que Stephan et lui avaient déjà eu lors de la première saison des amours qu'Asch avait physiologiquement expérimenté en tant que métamorphe. Il se prenait littéralement la tête entre les poings, maintenant, fermait les yeux, serrait les dents, et voyait la barre écarlate au niveau de son nez se répandre progressivement de sorte à remplir à nouveau tout son visage.

"... Je sais pas. Je comprends plus rien. C'était pas censé..."

Heureusement, Jesse vola à la rescousse, empêchant Asch de s'empêtrer plus allant dans ses nœuds de cerveau. La tempête cérébrale se calma aussitôt face à la proposition de se remplir l'estomac. Toutes ses émotions retombèrent brutalement dans l'inexistence, car il se rendait compte qu'il n'avait pas faim. Ou plus précisément si, il avait faim, mais il n'avait pas pour autant envie de manger. L'idée du goût des aliments lui donnait la nausée. Le spectre inerte de l'état dans lequel Jesse l'avait trouvé teintait son expression de vide et de nuances sombres. Il soupira lourdement, comme fatigué par le concept d'existence. Manger, hein... C'était chiant. Fallait couper. Piquer. Mâcher. Avaler. Il n'avait pas assez d'énergie en réserve pour ça.

"... Comme tu veux. Sincèrement, j'en ai rien à faire."

Bon. Cela avait au moins eu pour effet de le débarrasser suffisamment de sa gêne pour qu'il ait à nouveau le courage de regarder Jesse dans les yeux.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Dim 3 Déc - 16:32

De ce qu'il lisait dans le regard posé du métamorphe, il voulait vraiment savoir. Et maintenant. Dans un coin de son esprit, Jesse notait également ce comportement. Depuis qu'il avait passé cette porte, il se rendait compte que le videur n'était pas uniquement l'être borné et renfrogné qu'il avait observé jusque là, et certainement pas l'idiot du village qu'on lui avait décrit. Il y avait chez lui une intelligence certaine et une capacité de retrait, ainsi qu'une grande tendresse et un besoin évident de cette dernière, même s'il faisait de son mieux pour ne pas le montrer.

Le doctorant avait l'habitude de se rendre compte que les gens n'étaient pas ce qu'ils semblaient être. C'était son domaine d'études, sa spécialité. Il distinguait le vrai du faux avec une acuité remarquable, et lisait entre les lignes comme (presque) personne. Evidemment, il n'était pas à l'abri de tomber sur quelqu'un de plus fort que lui à ce jeu, mais ce n'était visiblement pas le cas d'Asch, qui paraissait au contraire incapable de totalement cacher ses sentiments. Le regard expressif qu'il plongeait en ce moment dans le sien en était la preuve.

Et c'était sûrement pour cela qu'il était si facile pour Précieuse de le faire sortir de ses gonds.

Jesse finit donc par répondre à la question en énonçant une évidence qui n'avait pas l'air du goût de son hôte, si on se fiait au retour provisoire de ses traits mal aimables. Cependant, l'étudiant était assez fin pour voir qu'il n'était pas réellement de mauvaise humeur. D'ailleurs, la réplique qu'il lui lança le lui confirma : s'il avait été vraiment vexé, il l'aurait ignoré, comme il le faisait en général jusqu'à ce qu'on le pousse au vice. En réponse, le brun échappa un léger bruit de gorge qui avait tout du ricanement, montrant qu'il appréciait également le trait d'humour. Qui l'aurait cru.

Le moment passa néanmoins rapidement, non seulement parce que le norme savait qu'Asch n'allait pas appréciait s'il profitait encore une fois de cette interlude pour éviter de répondre à la question, mais aussi parce qu'il n'était pas du genre à rétro-pédaler lorsqu'il avait décidé de quelque chose. Il eut juste assez de tact pour prévenir le métamorphe qu'il ne pensait pas que c'était une bonne idée de lancer ce sujet si tôt, mais puisqu'il l'avait demandé, il n'allait pas l'en priver.

La réaction de l'homme aux cheveux rouges avait été à la hauteur des espérances de son visiteur. En lui énonçant les choses de manière aussi franche et brutale, Jesse lui avait coupé toute retraite. Il ne lui restait que deux options : nier en bloc (et se mentir à lui-même), ou accepter avec plus ou moins de mauvaise grâce ce qu'on était en train de lui dire. Visiblement, Asch n'arrivait pas à se décider entre l'une ou l'autre de ces propositions, bien que la couleur qu'avait pris son visage était un message en soi.

Jesse fit mine de ne pas s'intéresser à l'autre humain de la pièce pendant que ce dernier cherchait (en vain) une parade. Il lui laissait le temps de se reprendre et d'analyser ses émotions, même de tenter de se défendre un peu, comme il paraissait vouloir le faire (sans y parvenir complètement, cependant). Enfin, il capitula, et le doctorant tourna à nouveau son visage vers lui. La tête entre les mains, il admettait quelque chose. Bien sûr, il tentait encore de se protéger de ce qu'il devait considérer comme "anormal", mais par de petites phrases sans grand pouvoir de persuasion, ou même sans aller jusqu'au bout de sa pensée. Signe qu'il était sur le point d'admettre quelque chose qu'il n'avait jamais voulu ne serait-ce qu'effleurer jusqu'à présent.

N'ayant pas particulièrement envie de gérer une crise de nerfs et/ou existentielle à ce moment précis, Jesse calma le jeu en proposant à Asch de commander à manger. Il voulait de toute façon partir de généralités pour arriver à son cas spécifique, et ce n'était pas en ayant un métamorphe déboussolé sur les bras qu'il allait y arriver. Sa proposition fut acceptée sans grand entrain, ce qui n'étonnait pas vraiment l'étudiant : après tout, le jeune homme n'avait pas bougé de son lit de la journée. L'idée de faire quoi que ce soit d'autre que d'y rester en discutant devait l'assommer d'avance. Il nota cependant que le sujet l'avait assez calmé pour qu'il puisse à nouveau le regarder dans les yeux, ce qui voulait dire que l'hypothèse de la crise s'éloignait. C'était bien.

Hochant la tête pour montrer qu'il avait entendu, l'étudiant se mit alors à chercher sur son téléphone le numéro d'un restaurant qu'il appréciait particulièrement, avant de passer un coup de fil rapide pour demander un jambalaya pour deux personnes et une boîte de beignets. On lui proposa deux bières pour agrémenter le repas et il déclina poliment après avoir jeté un regard au métamorphe. Sans même savoir qu'il s'était pris une cuite la veille, l'épisode du verre d'eau lui avait montré qu'il était assez déshydraté comme ça. Et mieux valait ne pas ajouter l'alcool à la liste de ce qui rendait ses émotions tremblantes.

Une fois son coup de fil terminé, le brun rangea son téléphone dans sa poche et poussa légèrement sur le meuble où il était appuyé pour se redresser, avant de se tourner de nouveau vers Asch.

"Ils seront là dans une demi-heure. En attendant, je te propose de sortir de cette léthargie dans laquelle tu te complaisais jusqu'à présent et faire un peu de ménage pour pouvoir dîner dans quelque chose qui ressemble à un salon."

Et pas à un terrain vague rendu impraticable par un félin enragé. Ce n'était évidemment pas une proposition qu'il était possible de refuser, comme le prouvait le regard que Jesse dardait sur son vis-à-vis. Il avait tout son temps, et ne bougerait pas d'un pouce tant qu'Asch ne se sera pas décidé à bouger lui-même.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Dim 3 Déc - 18:32

Asch avait tendance à se faire une idée expéditive des gens. Comme il était quelqu'un de très impulsif et, surtout, de très instinctif, il ne lui fallait généralement pas plus de deux minutes pour décider qui valait le coup, qui ne le valait pas, qui était fiable, qui ne le serait jamais, qui était drôle, et qui était ronflant. Il avait tendance à ressentir directement les personnes. Souvent, sa première impression lui permettait de faire un tri plutôt correct bien qu'approximatif des gens qu'il fallait éviter, de ceux qui l'énervaient, et de ceux, beaucoup plus rares, auprès desquels il pouvait s'ouvrir et parler.

C'était pour ça, et bien avant l'accident de la saison des amours, qu'il avait toujours trouvé Stephan énervant. Le voir bégayer devant lui avec sa mine d'ahuri désaxé l'avait prodigieusement saoulé, lors de leur première rencontre, et l'avait amené à le considérer comme un idiot gentil mais si timoré qu'il en devenait agaçant. Pour ça aussi qu'il ne lui avait pas fallu plus de deux minutes d'entretien pour savoir qu'il ne pourrait juste pas admettre de bosser pour Précieuse, au delà du fait qu'il la connaissait déjà un peu de loin via sa mère et la Mafia W. Pour ça encore qu'il s'était tout de suite confié à Alice, ou bien qu'il restait sur ses gardes à proximité de Jesse.

Une fois qu'il s'était fait un avis sur quelqu'un, il était difficile de lui en faire changer, ce que chacun des concernés plus haut avait expérimenté à sa manière. Parfois, c'était problématique, parce qu'il lui arrivait évidemment de se tromper, ou bien d'oublier les nuances. Cela avait rendu les choses très compliquées entre Stephan et lui, et l'avait empêché de voir les qualités du barman. Evidemment, ça ne lui avait pas porté chance avec Précieuse. Se rendre compte qu'il avait idéalisé Alice avait aussi été une sacrée claque.

Dans ce cas précis, il était en train de trouver très bizarre le moment qu'il partageait avec Jesse, qui venait d'émettre un ricanement étouffé suite à son commentaire. Le bougre lui paraissait subitement plus sympathique qu'il ne l'avait fait jusqu'à présent. Ça lui laissait toujours une impression étrange, lorsque sa perception d'une personne glissait doucement vers quelque chose de différent. Oh, il était loin d'avoir confiance en lui. Il y avait quelque chose de froid à propos de son interlocuteur. Quelque chose qui forçait à garder ses distances et à rester sur ses gardes. Mais les relations humaines étaient complexes. Il n'y avait pas que l'amitié, l'amour, toutes ces conneries. Ce qui venait de se tisser entre eux deux reposait sur une base d'humour mordant commun. Ce genre de bases qui laissait penser qu'il pourrait finalement être agréable de discuter avec l'étudiant lorsque l'occasion se présenterait, et ce même si il était trop proche d'Ailin à son goût.

... Si l'occasion se présentait, toujours. Asch n'était pas encore certain de savoir si il n'allait pas choper un autre couteau dès qu'il serait à nouveau seul chez lui.

Malgré la lassitude, la fatigue, la dépression, et son traditionnel air bougon, une lueur acidulée naquit dans les yeux du videur en réponse à celle qu'il lisait derrière les lunettes sérieuses. Une ombre de sourire mordant fleurit sur le visage bourru, avant de presque aussitôt disparaître, parce que Jesse n'était visiblement pas du genre à prendre des pincettes ni à tourner mille ans autour du pot - voilà des qualités qu'Asch savait grandement apprécier - et qu'il était déjà en train de passer à la suite.

Le choc frontal entre Asch et les réalités qu'il avait jusque là fait de son mieux pour éviter fut au bas mot brutal, mais apporta probablement à Jesse une certaine quantités d'informations qui lui seraient utiles par la suite. Il désamorça la confusion du videur en lui parlant de bouffe. Asch n'avait pas envie de manger, mais il aurait été ridicule de refuser, sachant qu'il ne s'était pas nourri de la journée, et que ça devait être une évidence pour tout le monde.

Il se moquait bien de savoir ce qu'ils allaient avaler. Peu importe le plat, tout aurait un goût de carton pâte et lui refilerait la nausée, alors ça pouvait bien être des pâtes, du caviar, un sandwich, un émincé de veau sur lit d'airelles ou n'importe quelle autre connerie que ça reviendrait au même. Il laissa donc Jesse commander ce dont il avait envie. Qu'au moins l'un d'entre eux deux profite de son repas.

Son interlocuteur se désintéressant de lui pour passer le coup de téléphone, Asch remonta ses genoux contre lui et prit sa tête entre ses mains. Il ferma les yeux et reposa le front contre l'os. Un gros soupir lui échappa. Il cherchait en lui la force nécessaire pour suivre le mouvement initié par Jesse, et ce n'était pas évident. Il n'avait qu'une seule envie, et c'était de se recoucher pour dormir dix jours d'affilée. Voire si possible pour ne pas se réveiller.

L'interlude fut trop court à son goût. Quand une fois le coup de fil terminé l'étudiant lui adressa à nouveau la parole, il essaya de s'extraire de la somnolence, mais c'était difficile, et les premiers mots lui échappèrent. Il sortit la tête de sa gangue, cligna lourdement des yeux pour tenter d'y voir droit, et puis bugua.

Un bon moment.

Il se repassait la dernière phrase en boucle, sans réussir à faire entièrement le lien entre elle et son futur proche. Faire un peu de ménage pour pouvoir dîner. Faire un peu de ménage pour pouvoir dîner ? Faire... Un peu de .. ménage ? Pour pouvoir dîner ? Faire...

".. Hein ?"

Il donna l'impression de s'extraire d'un coup d'un tout autre degré de léthargie, et puis il grimaça en silence, car il se sentait parfaitement incapable de "faire un peu de ménage pour pouvoir dîner". Rien que l'idée de se lever lui donnait la gerbe. Alors bouger pour balayer les débris, se baisser pour ramasser les meubles et les objets tombés... A l'instant même, de tels exploits lui paraissaient être de l'ordre de la science-fiction. Il n'y arriverait jamais.

"Euh ouais... T'as de l'espoir. Mais je suppose que ça fait vivre."

... 3615 humour noir, Asch à l'appareil. Hey, mais puisque ça fonctionnait entre eux, autant continuer, hein. Pince sans rire, il eut un simple et discret raclement de gorge amusé, et puis il fit en sorte d'essayer de se lever.

Cela mit un moment, et il donnait l'impression de grincer de partout. Entre son état moral lamentable et les restes de sa gueule de bois, la perception qu'il avait de son propre corps était toute tordue. Le monde tanguait. Il s'accrocha au mur et passa une main sur son visage en soufflant laborieusement.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Dim 3 Déc - 22:13

Et Asch avait raison de rester sur ses gardes. Si Jesse avait décidé de l'aider aujourd'hui, ce n'était pas par bonté d'âme. Ce n'était pas non plus par intérêt. Les choses avaient simplement fait qu'il s'était senti assez titillé dans sa curiosité pour aller vérifier de lui-même où le métamorphe en était rendu, et qui il était exactement. Il n'avait pas d'amitié particulière à son égard (pas encore, du moins), et aurait pu faire demi-tour tout aussi facilement qu'il avait finalement décidé d'entrer chez lui. Ce n'était pas contre lui, mais la loyauté de Jesse était flexible, fonctionnant par intérêts et opportunités, jusqu'à ce qu'il décide de l'offrir sans conditions. Autant dire qu'à la Nouvelle-Orléans, il n'y avait qu'une seule personne qui pouvait prétendre en profiter.

Néanmoins, cela ne l'empêchait pas de se montrer agréable, de plaisanter. Il avait apprécié le trait d'humour de son hôte, et le lui avait signifié à sa manière. L'étincelle qui passa dans le regard de l'homme aux cheveux rouges et le sourire qui marqua un bref instant ses traits montra qu'il avait compris, et que quelque chose venait de changer, leurs personnalités se trouvant un point commun sur lequel ils pourraient éventuellement bâtir une relation. Bancale, peut-être, atypique sans aucun doute, mais présente.

Le moment passa, rapidement, notamment parce que le doctorant décidait enfin de répondre à la toute première question que le métamorphe lui avait posée (avec les yeux, certes, mais quand même). Et il le fit avec tout le tact et la compassion qu'il possédait, c'est-à-dire aucun.e. Forcément, la réaction du métamorphe fut à la hauteur de l'annonce, et bien que Jesse lui laissa un peu de temps pour se reprendre, il ne se désintéressait pas de lui pour autant, étudiant au contraire ses réactions avec une acuité qui pourrait presque paraître terrifiante. D'ailleurs, une partie de se esprit soupirait fortement, se disant qu'au vu de ces réactions, il n'étaient pas sortis de l'auberge...

Finalement, il décida de changer de sujet pour permettre au videur de cesser de se prendre (littéralement) la tête là-dessus pour le moment, et de se concentrer sur les choses essentielles de la vie qu'il avait négligées jusque là. Manger, par exemple. Il ne paraissait pas particulièrement tenté par l'idée mais se fit une raison, laissant au doctorant le choix du menu. Une fois la commande passée, Jesse décida qu'il était temps de sortir de cette chambre, et le signifia non seulement en se redressant, mais également en proposant la prochaine épreuve : rendre cet appartement plus vivable que lorsqu'il y était entré.

Apparemment, c'était beaucoup trop tôt pour Asch, dont le regard incrédule ne pouvait être plus parlant. Mais l'étudiant fit comme si de rien n'était, finissant par convaincre son vis-à-vis de son sérieux, puisqu'il entreprit d'essayer de se lever. La remarque qu'il fit ce faisant amena Jesse à lui hausser un sourcil évocateur, de l'amusement dans le regard. Non seulement le métamorphe n'était pas si con que tout le monde semblait le penser, mais en plus il avait de l'humour. C'était suffisant pour que Jesse entreprenne de rester plus d'une heure.

En le voyant galérer à se tenir debout, le brun s'approcha et lui offrit son épaule sans un mot. Il ne lui proposait pas se s'accrocher à lui, simplement de remplacer l'appui qu'il prenait sur le mur par lui-même. Ils n'avaient qu'une petite dizaine de centimètres de différence, et bien que ce soit tout autre chose concernant leurs corpulences, Jesse estimait pouvoir supporter son poids au moins jusqu'à la première chaise qu'ils trouveraient dans le salon.

"Attention à tes pieds. Je me suis donné assez de mal pour récupérer ce couteau, je n'ai pas envie de devoir faire de même avec un morceau de verre qui se retrouverait là par gracieuseté de ton chat."

Par là-même, Jesse signifiait qu'il était tout à fait conscient que ce n'était pas parce qu'il l'avait délesté de son arme que les pensées suicidaires s'était également envolées. Ils finirent par atteindre le salon, qui donnait l'impression d'avoir été victime d'un cambriolage entre les débris des objets jetés par Tarek, les meubles qui avaient eux aussi pris cher et les reste de nourriture. Le doctorant observa la scène, secoua la tête et, après avoir laissé Asch s'asseoir, soupira.

"Ok, j'ai compris. Mais je te préviens, je ne m'occupe que des débris que tu pourrais avoir envie de t'enfoncer dans le bras. Tu as un balai quelque part ?"

Tout en tendant l'oreille pour obtenir sa réponse, Jesse prit cependant soin -malgré ce qu'il venait de dire- de faire disparaître le sac contenant les viennoiseries de la table. Frontal et sans tact, mais avec une certaine sensibilité quand même.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Lun 4 Déc - 1:08

Le second test était concluant. Asch n'était pas le genre de personne qui plaisantait souvent, moins parce qu'il n'avait absolument personne avec qui le faire que parce qu'il n'aimait pas rire. Lorsqu'il s'y essayait, son humour grinçant était loin d'être universel. Parfois, on ne comprenait même pas qu'il était en train de plaisanter car ses tendances pince sans rire, associées à sa réputation de porte de prison, empêchaient la réalisation. D'autres fois, on prenait tout simplement ses blagues de travers, parce qu'il fallait bien avouer qu'elles étaient la plupart du temps limite.

Asch était donc bien content de découvrir quelqu'un qui était non seulement capable de détecter lorsqu'il était en train de se dérider, mais aussi qui paraissait apprécier le ton de ses plaisanteries. C'était rafraîchissant, cette interaction. Se faire rire tout seul était bien beau, mais ça atteignait rapidement ses limites. Et puis Asch manquait tant d'approbation, de validation, qu'il avait subitement l'impression de prendre un grand bol d'air et d'eau tout à la fois. Le haussement de sourcil de Jesse lui faisait plus de bien que tout ce qu'il avait pu lui dire jusqu'à présent. Leurs regards ne se croisèrent qu'un bref instant, car Asch était plus timide que son apparence ne le laissait entendre. Il détourna bien vite les yeux, mais le sourire plus franc (même si toujours pâle) sur ses lèvres était éloquent. Ainsi que le renfrognement nettement moins marqué de son visage, comme si il suffisait d'arroser la plante avec de l'appréciation pour que ses pétales s'ouvrent en grand.

Reste que tenir debout n'était pas aussi évident qu'on aurait pu le penser suite à une journée entière passée dans un état végétatif, et psychologiquement particulièrement alarmant. Jesse s'approcha de lui pour lui proposer son épaule en guise d'appui. Le rouquin lui jeta un coup d’œil embarrassé. Asch n'avait pas l'habitude de devoir compter sur les autres et mettait un point d'honneur à se débrouiller tout seul, tout le temps, en toute circonstance. Il craignait trop d'être trahi pour se permettre de dépendre des autres. Et puis son ego malmené... Incidemment, sa fierté mal placée, avaient besoin de savoir qu'il était capable de s'en sortir sans aide. C'était aussi, probablement, et comme souvent avec des gens aussi peu renseignés qu'Asch, une question de virilité menacée. Déjà qu'elle tremblait de peur à l'idée de devoir admettre que son propriétaire était attiré par d'autres hommes plutôt que par le genre opposé, si en plus il n'était plus capable de se comporter en fier guerrier viking musculeux qui ne craignait ni les coups, ni les griffes, ni les amputations de la tête, alors là ouille, attention, ça coinçait.

Mais quand même, ça tanguait sévère. Accepter, ou refuser ? Les deux éventualités tournaient aussi fort dans son crâne que le sol était en train de le faire. Est-ce que ça valait vraiment le coup d'avoir l'air ridicule parce qu'après avoir refusé l'aide de Jesse, il allait devoir longer le mur pour éviter de se vautrer ?

Non. Quand même pas.

Alors Asch souffla un coup, et puis il posa effectivement la main sur l'épaule de l'étudiant qui lui servit dès lors de béquille, non sans lui donner des conseils supplémentaires. Comme notamment d'éviter - de toute les façons possibles - les débris de verre laissés par Tarek sur le sol. Jesse lui arracha un nouveau ricanement.

"T'inquiète pas... Si je dois récupérer un objet contondant, je te ferai la grâce d'attendre que tu sois parti. Sans compter que le spectacle serait pas très glamour si tu dois manger en même temps."

Asch se vautra dans la première chaise venue, à côté de la table. Il avait effectivement réussi à ne s'enfoncer aucun débris dans le pied. Il soupira du soulagement d'être assis, puis jeta immédiatement un regard mauvais au chat qui n'avait plus bougé depuis son dernier méfait et était donc encore caché dans son arbre.

"...Raclure de bidet."

Le chat répondit par un miaulement agressif.

"De rien."

Le félin recommença aussitôt de se plaindre mais cette fois, son maître ignora ses réponses, plus intéressé par ce que lui disait l'humain à ses côtés. Jesse paraissait avoir compris qu'il allait devoir nettoyer tout seul, car Asch ne serait pas capable de l'aider. Il n'allait donc s'occuper que d'une partie du ménage. Mais c'était bien plus que ce qu'Asch aurait jamais attendu de sa part.

"Oui, normal. Dans le placard au fond là-bas, tu trouveras ce qu'il faut. D'ailleurs je te dois combien pour la bouffe ?"

Asch n'était pas du genre à se laisser payer ses consommations sans chercher à savoir si on voulait qu'il participe. Ses galères financières étant ce qu'elles étaient, il était très conscient du poids que ce genre de conneries pouvaient avoir sur un petit budget, et il avait cru comprendre que Jesse était encore à la fac. Ce qui n'aidait pas à avoir beaucoup de thune, il fallait bien l'avouer.

Malgré toute la discrétion dont le brun savait faire preuve, Asch, qui était assis à côté, remarqua la façon dont il souleva le sachet de croissants du matin pour le mettre ailleurs, ou peut-être pour le jeter. Le souvenir de l'existence de ces viennoiseries, probablement rassies à force d'avoir attendu qu'on les mange, serra le cœur d'Asch sans prévenir.

Leur destin avorté était une métaphore un peu trop efficace de l'échec relationnel qui s'était déroulé dans cette même pièce entre Stephan et lui, ce matin. Ces pauvres croissants qui n'avaient rien demandé et qui n'étaient même plus bons pour être mangés... Cet acte de gentillesse si... gentil à son égard, qui était tombé injustement dans le néant symbolique. C'était tellement triste, cette issue. Asch avait mal au cœur pour les croissants, vraiment.

A moins que ça ne soit pas pour les croissants.
Pauvres, croissants, quand même.

L'émotion monta, explosive, et il dut prendre une énorme inspiration pour ne pas se mettre à hurler de douleur. Il plongea ses yeux gorgés d'eau dans ses mains, appuya ses coudes contre la table et se mordit fort la lèvre pour garder un minimum de contrôle.

"... Oh ce gâchis..."

Avec ce constat fébrile, tremblotant, il avait essayé de justifier sa réaction, mais au final il ne justifiait pas grand chose. Parce qu'on pouvait facilement se demander ce dont il parlait. Pauvres croissants... Vraiment ?
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Lun 4 Déc - 3:10

C'était bien parce qu'il se doutait qu'Asch était du genre à ne pas accepter l'aide de quiconque (peut-être encore moins de la part d'un autre homme, dans ce type de situation) que Jesse s'était contenté de se poser à côté de lui et de lui proposer silencieusement son épaule. Il savait que l'aide allait de toute façon être difficile à accepter et ne voulait donc pas trop en donner. Aurait-il cherché à passer son bras autour de lui pour être plus efficace, le métamorphe aurait refusé avec véhémence. L'étudiant proposait donc simplement de prendre la place du mur, devenant un peu plus pratique sans être particulièrement aidant, préservant ainsi la fierté masculine mal placée de la montagne de muscles à ses côtés.

Dans un autre contexte, Jesse en aurait ri. Là, il s'abstint, surtout parce que ç'aurait été le meilleur moyen d'amener le videur à se vexer et à nier le fait qu'il avait besoin de support. Il préféra faire une autre remarque, toujours sur ce ton calme mais incisif qui était sa marque de fabrique. Asch fut capable d'en noter la trace d'humour et lui répondit de la même façon. L'étudiant tourna la tête vers lui, pince-sans-rire.

"Ta sollicitude me touche, Räder."

Oui, il connaissait aussi son nom.

Ils finirent par arriver dans le salon, et le métamorphe s'étala sur la première chaise venue, avant d'avoir avec son chat ce que le doctorant ne pouvait qualifier que de dialogue de sourd. Cela lui retira tout de même un petit sourire amusé. Même dans son "milieu naturel", le réflexe du jeune homme était l'agressivité. Pas étonnant qu'il ait (eu) des problèmes de gestion de cette dernière avec tout ça. Secouant la tête face à la scène, le brun abdiqua et se proposa de faire une partie du ménage, plus pour s'assurer que personne n'allait se couper "par mégarde" qu'autre chose.

Tout en attendant de savoir où se trouvait le fameux balai, Jesse fit disparaître le sac de viennoiseries de la table. Il aurait probablement dû le faire avant de traîner Asch jusque dans le salon, mais il avait eu d'autres choses en tête. Son geste n'avait vraisemblablement pas échappé au métamorphe, qui venait de lui répondre tout en lui posant une autre question. De sa main libre, Jesse fit un geste vague en l'air tout en se détournant pour aller vers le fameux placard.

"Laisse tomber. C'est plutôt moi qui devrais te dédommager pour la crise de colère que j'ai fait faire à ta bestiole."

D'autant qu'il était persuadé qu'il n'allait pas manger grand chose. Ceci dit, il appréciait le geste. Bien qu'étant étudiant, il avait la chance de bénéficier d'une bourse d'études grâce à ses résultats exceptionnels et les universités de Yale et de l'Ambassade sponsorisaient sa recherche, ce qui faisait qu'il pouvait vivre décemment sans avoir à (trop) surveiller son budget. D'autant que ses parents tenaient à lui verser un peu d'argent chaque mois pour subvenir à ses besoins, sous prétexte qu'il restait à leur charge tant qu'il n'était pas possible pour lui d'être financièrement indépendant. Il ne roulait pas sur l'or, mais pouvait donc se permettre ce genre "d'écart" sans trop de problème. Et vu le nombre de nuits qu'il passait aux Plaisirs Coupables en ce moment, c'était heureux : Précieuse n'appréciait pas particulièrement qu'on entre sans consommer.

Dès le placard atteint, Jesse avait sorti le balais et s'était mis au travail. Il en avait profité pour jeter les croissants à la poubelle, ces derniers étant immangeables à présent. Et, même s'ils l'avaient été, le doctorant n'était pas certain que de se consoler avec les viennoiseries était une bonne chose. Mieux valait donc les mettre là où personne ne pourrait les voir, et essayer d'avancer dans la discussion.

Étonnamment, ce fut Asch lui-même qui lui donna l'ouverture qu'il cherchait, alors que Jesse venait de faire un tas de poussière et de verre brisé qu'il s'apprêtait à faire glisser d'un coup de balai dans la pelle associée. Il termina son geste et se releva pour observer le métamorphe avant de prendre la parole.

"Je suis plutôt d'accord."

La pelle pleine dans une main, il en fit tomber le contenu dans la poubelle avant de revenir vers l'homme aux cheveux rouges et de s'asseoir dans la chaise la plus proche.

"C'est d'ailleurs ce que j'ai dit à Stephan avant de quitter le club tout à l'heure. Que tu ne méritais pas un tel gâchis."

Il laissa volontairement de côté la partie sur la supposition, et plus encore ce dont il avait réellement été question. Il préférait observer les réactions de son vis-à-vis et continuer à orienter la discussion dans le sens qu'il souhaitait. Surtout qu'Asch aurait vite fait de prendre ses paroles dans le mauvais sens, s'il le laissait faire.

"Dis-moi, Asch. Qu'est-ce qui te gêne le plus dans la possibilité d'être gay : ta masculinité supposément souillée, ou le fait que tu t'ajoutes un soi-disant nouveau "défaut" sur la liste des "choses à ne pas faire pour rentrer dans les carcans sociétaux" ? De ce que j'ai compris, je doute que cela change grand chose aux yeux de ta mère, tu sais."

Avec ça, il allait avoir droit à un panel de réactions fabuleux.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Lun 4 Déc - 11:11

Asch pourrait décidément se faire à ces échanges de piques. Et si ça pouvait occuper un peu plus agréablement ses heures de taf aux Plaisirs Coupables alors, c'était d'une pierre deux coups. Dieu savait qu'il avait besoin de toute l'aide possible pour garder le moral tandis qu'il était forcé à garder la porte de cette antre de débauche. Il ne rebondit pourtant pas sur la réponse formulée par Jesse à sa plaisanterie, se contentant d'un sourire tordu dans lequel on entendait le ricanement cynique, silencieux. C'était bien beau tout ça, mais il n'avait pas non plus une énergie infinie à disposition, et il ne pouvait pas tout utiliser pour faire des blagues. Il en avait aussi besoin pour réussir à fonctionner, surtout au rythme exigeant que lui demandait le brun, pour essayer de le sortir de la torpeur.

Un traditionnel échange houleux avec Tarek plus tard - et en même temps, comment voulait-on qu'il se montre sympa avec cette teigne poilue quand elle n'était capable que d'être agressive et de détruire son appartement en continu, il était déjà bien sympa de garder ce chat chez lui - Asch montra à Jesse l'emplacement des balais, et lui demanda de combien il souhaitait qu'il participe pour la commande de nourriture qu'il avait faite. L'étudiant refusa l'aide financière, et puis cita justement le chat comme excuse, ce qui arracha cette fois un véritable ricanement cynique à son propriétaire. Asch haussa les épaules : il n'allait pas le forcer si il voulait payer tout seul, mais sa proposition tenait toujours :

"Tu parles... Maintenant ou plus tard, il aurait de toute façon tapé sa crise. Si quelqu'un devait être responsable des crises de colère de Tarek, il prendrait pour perpétuité..."

... C'était toujours perturbant, en fait, d'ouvertement discuter des soucis d'agressivité du chat rouge, parce que le parallèle entre eux et ceux de son maître était un peu trop facile à faire. Sans même compter sur leur point commun chromatique. C'était à se demander si ce sortilège foiré qu'ils s'étaient pris tous les deux sur la gueule il y avait de ça très longtemps n'y était pas quelque chose dans leurs problèmes communs de gestion de la colère.

Bon. Comme à toute chose, il y avait des limites, hein : Asch se pensait quand même plus sympa que ce sac à puce qui se plaisait à être absolument désagréable tout le temps, juste pour le plaisir. ... Non. C'était mal formulé. D'aucun dirait probablement qu'Asch aussi se montrait absolument désagréable tout le temps, même si il pouvait en témoigner : ce n'était pas pour le plaisir. Disons que c'était une question de fond. Tarek était tout simplement maléfique. "Mais pourquoi est-il aussi méchant ? PARCE QUEEEEE".

Vint le moment où Asch se rendit compte que Jesse était en train de jeter les croissants apportés le matin même par Stephan. L'acte l'avait profondément ému lorsqu'il avait vu le barman poser tout ça sur la table. Il avait à peine osé y toucher, faute à l'impression qu'il avait eu de ne pas mériter ces attentions. Voire, de ne pas mériter de manger ce genre de douceurs : Asch n'était pas du genre à se faire des petits plaisirs à l'occasion, pour ravir ses papilles gustatives. Il se déconsidérait trop pour ça. Il se nourrissait pour se nourrir, point. Quelque chose le dérangeait dès qu'il sortait de ce schéma.

Et puis tout était parti de travers. Il avait passé sa journée dans la chambre à aller mal. Il avait complètement oublié que les pâtisseries trônaient encore sur la table. De toute façon, s'en serait-il rappelé qu'il n'y aurait pas touché quand même. D'une part il n'avait pas faim, ou pas envie de se nourrir. D'autre part, si déjà il avait l'impression de ne pas mériter tout ça lorsque Stephan était encore avec lui et qu'il n'avait pas encore pris la porte sans prévenir, que dire de ce qu'il en pensait depuis.

Mais voilà. Toutes ces attentions avaient été perdues. Tout ça pour rien. Il faisait naturellement le parallèle entre la bouffe et la catastrophe humaine dont elle avait témoigné plus tôt, ce qui l'amena à craquer nerveusement, et à formuler une phrase douloureuse pour tenter de cacher cette fragilité, de la masquer sous cette histoire de bouffe gâchée. En vain, parce que d'une part, Jesse était Jesse, et que d'autre part, son exclamation fonctionnait dans les deux cas. Ainsi qu'Asch eut l'occasion de le constater très vite, comme l'étudiant sautait sur l'occasion pour aborder le sujet avec lui sous un angle nouveau.

A l'entente du nom de Stephan, Asch redressa le nez aussi sûrement qu'un chien l'aurait fait avec la tête et les oreilles parce qu'il aurait entendu au loin le vélo du facteur arriver. N'en déplaise au loup rouge, tous les canidés avaient des points communs comportementaux, certains moins prestigieux que d'autres, et on ne pouvait jamais entièrement lutter contre sa nature profonde.

Des yeux intenses plongèrent dans ceux du brun. Ainsi, il lui avait donc bel et bien parlé. C'était une chose de l'avoir fortement supposé, et c'en était une autre de le savoir. Les questions se heurtaient dans son esprit, brûlaient sa bouche, prises dans un dangereux carambolage à force de ne pouvoir sortir, car il les retenait, incapable de savoir laquelle formuler en premier. Comment allait-il ? Pourquoi n'était-il pas venu lui-même ? Pourquoi n'avait-il pas répondu à son message ? Le détestait-il vraiment ? Jesse savait-il ce qui l'avait poussé à partir, ce qu'Asch avait fait de travers pour que subitement, une situation qui lui avait paru somme toute positive malgré son lot de surprises et de découvertes leur échappe complètement des mains, et tourne à une pareille catastrophe ?

Et bien d'autres, qu'il aurait probablement fini par poser - au moins l'une d'entre elles - si Jesse n'avait pas décidé de faire honneur à sa future réputation de bélier de guerre. Oui, l'engin de siège. Pas la bestiole. On avait assez d'un animal de basse-cour, à l'heure actuelle. Si il avait fallu y en rajouter un au problème, le cerveau d'Asch aurait implosé et il se serait mis à saigner des yeux.

Et c'est donc absolument sans filtres, et avec une clarté, ainsi qu'une précision désarmante, que Jesse porta à Asch le coup le plus inattendu et le plus efficace qu'on ne lui avait jamais mis dans ce domaine particulier. En temps normal, quand on abordait le problème épineux de sa sexualité, on ne le touchait que de manière partielle. Asch pouvait donc battre en retraite dans les zones qui n'avaient pas été concernées par l'attaque, se cacher derrière sa colère, et continuer à nier en bloc.

Ici, ça n'allait pas être possible. Jesse avait si bien réussi à lire en lui que c'était comme si il avait arraché absolument toute la façade de son bouclier, le laissant nu face aux réflexions imposées. L'étudiant ne lui avait pas seulement coupé toute retraite : il avait formulé tout haut les pensées qu'Asch entendait tout bas dans sa tête depuis un moment déjà, et auxquelles il refusait de prêter attention.

Il en avait oublié de respirer pendant bien dix secondes, yeux ronds, visage figé dans un masque de stupeur qui progressivement était devenu couleur craie. Son sang n'avait d'abord fait qu'un tour et puis, glacé, il avait simplement cessé de tourner. Asch s'était donc changé en mémorable statue de neige, comme sous l'effet du regard de Médusa. Même si les cheveux de Jesse étaient bouclés, il aurait été abusé de les comparer avec des serpents. Il en avait la langue, en attendant. Usée à bon escient, mais tout de même : ça piquait.

Il baissa brutalement les yeux, plus honteux qu'il ne l'avait jamais été de la soirée, même lorsque Jesse lui avait parlé de Stephan en arrivant. C'était un sentiment qui s'insinuait partout en lui, et qui modifiait la perception qu'il avait de lui-même. Il détestait ça. Il avait l'impression que ça le rendait trop différent, et surtout trop vulnérable, par rapport à celui qu'il avait toujours pensé être. L'impression, aussi, que ça le rendait dégueulasse. Celle là, il ne l'aurait pas admise ouvertement. Asch ne voulait pas se montrer homophobe : il avait toujours considéré que c'était ok, tant que ça ne le concernait pas lui. Cela dit si ça lui donnait l'impression d'être dégueulasse quand il l'associait à son identité, c'était forcément qu'il y avait un problème quelque part... Non ?

Normalement, c'était le moment où il niait tout en bloc. Il avait une faculté d'abstraction étonnamment efficace qui lui permettait de repousser les pensées indésirables au loin et de leur clouer le bec aussi bien que si il leur avait enfoncé de la ouate, voire un trou noir dans la gorge.

Mais là, ça n'allait plus. Il y avait ce qui était arrivé hier. Il y avait le sentiment de libération et de joie que ça lui avait apporté. Il y avait aussi l'abattement qu'il ressentait maintenant que Stephan était parti. Il était prêt à essayer d'aller sur ce terrain dangereux, même si chaque parcelle de lui était en train de lui crier d'éluder le problème tant qu'il le pouvait encore. Oui, il était finalement prêt à s'y aventurer, si cela pouvait arranger un peu, même un tout petit peu ses problèmes.

Il se prit littéralement la tête entre les main (... encore).

"C'est... J'ai... C'est..."

Ah. Oui quand même. Il se rendait maintenant compte que ce n'était pas juste une question de volonté. Il faisait vraiment un blocage sévère. Il se mit à trembler, alors qu'il mettait tout son courage dans l'acte de forcer cette limite. Il avait besoin d'exprimer ce qui voulait et ne voulait pas sortir.

"... trop. Tout."

Oui, sa masculinité était blessée par l'idée. Oui, il ne supportait pas de se rajouter ce "défaut" à la liste de tout ce qu'il n'aimait pas chez lui. Oui, il détestait l'idée que sa mère ait conscience de cette spécificité supplémentaire. Peut-être qu'elle n'en aurait rien à foutre. Peut-être qu'elle considérerait ça comme une disgrâce. Il n'en savait foutrement rien. Il n'avait jamais discuté avec elle de son avis sur le sujet.

"... Ecoute. Je me suis toujours pas fait à l'idée d'être un métamorphe donc c'est un peu compliqué, là..."

Et c'est donc en passant par un chemin de traverse qu'il avait, implicitement, réussi à l'admettre. Il n'y avait eu besoin que de ça. La possibilité s'engouffra dans la faille pour de bon, et éclata pleinement dans son cerveau, pour lui faire prendre conscience que c'était effectivement en train d'arriver. Et que c'était pertinent. Il l'avait nié avec véhémence depuis le plus jeune âge, il avait cloîtré dans son cerveau tous ces petits moments gênants, dans l'enfance, dans l'adolescence, où il avait eu des élans de tendresse ou d'envies pour un de ses potes, ou un de ses camarades de classe... Tout cela lui revenait brutalement dans la gueule.

"... Oh bordel c'est pas possible..."

Toujours la tête entre les mains, étalé sous le poids de l'affliction et du dépit, il essayait de se convaincre que tout cela pouvait n'être qu'un hasard. Que ça ne signifiait pas VRAIMENT quelque chose. Qu'il n'avait pas assez d'expérience pour savoir ce qui l'attirait vraiment. Et puis il se souvint de ses piètres tentatives avec la gente féminine, et il sut, sans se l'admettre, qu'il se voilait la face.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Lun 4 Déc - 20:59

Jesse était un taiseux. Ne prenant généralement la parole que lorsqu’il estimait nécessaire de le faire, il n’allait certainement pas se vexer de ne pas entendre Asch lui répondre par la parole. Au contraire, il avait tendance à apprécier cette capacité à pouvoir répondre par le silence, usant d’expressions faciales et autres gestes plutôt que de la voix. Et au vu de ce qu’il allait devoir débiter bientôt, il était globalement heureux de profiter d’un peu de silence, même relatif.

Ils avaient fini par atteindre le salon. L’état du métamorphe ne lui permettait pas vraiment de s’activer plus que cela, l’étudiant accepta donc de faire un brin de ménage, simplement pour éviter que les débris de verre ne deviennent armes potentielles. Asch proposa de payer une partie du dîner, ce que Jesse refusa, arguant qu’il devait de toute façon le rembourser pour ce qu’il était en train de nettoyer. La réplique d’Asch l’amena à arrêter sa tâche pour lui signaler avec un haussement de sourcils amusé.

« Ce n’est pas ce que tu es en train de faire ? »

Prendre perpet’ à cause du chat, en gardant celui-ci chez lui. Allait-il à nouveau lui sortir quelque chose montrant qu’il était plus attaché à l’animal qu’on ne le croyait ? Le doctorant en doutait. Autant avec Alcide, il n’avait pas hésité à le penser, autant là... Quoiqu’il s’agissait tout de même d’un souvenir de sa vie d’avant, de sa famille (il avait dit que l’animal appartenait à sa tante auparavant), ce qui pouvait facilement expliquer qu’il rechigne également à s’en séparer.

Et évidemment, il y avait ce parallèle inévitable entre le caractère de l’animal et celui de son maître. Peut-être Asch savait que personne ne voudrait de ce chat s’il l’abandonnait, et qu’au fond il comparait cette situation à la sienne. Jesse n’avait jamais ressenti l’abandon, ayant eu la chance d’être choyé par ses parents depuis sa naissance (pas qu’il se souvienne de toutes ses années dans le moindre détail, mais on le lui avait assez dit). Mais il était fortement conscient de la chance qu’il avait d’avoir des parents comme les sien.ne.s. La vie d’Asch avait dû être particulièrement désagréable avant qu’il ne s’émencipe... Et au regard de ce qu’il venait de l’empêcher de faire, elle l’était encore.

Jesse n’avait cependant pas l’intention d’aborder ce problème... pas de cette façon, du moins. Il préféra profiter de l’occasion que lui laissa le métamorphe pour revenir sur le dernier problème en date, lançant une phrase l’air de rien en terminant ce qu’il était en train de faire. Il ne manqua pas le mouvement rapide de l’homme aux cheveux rouges lorsqu’il nomma son collègue, et leva intérieurement les yeux au ciel. Etait-il aussi flagrant lui-même ? Il espérait bien que non.

La (ou plutôt les) demande(s) dans les yeux clairs étai(en)t évidente(s), mais l’étudiant ne fit pas le plaisir de lui répondre. Oh, il le ferait. Mais pas tout de suite. Pour le moment, il y avait de nombreux points à éclaircir, et il était temps qu’Asch se rende compte de ce qu’il était, avant d’analyser ses relations. D’une frappe à la précision chirurgicale, Jesse mit en voix tout ce qu’il avait compris du métamorphe et de la peur qu’il éprouvait face à son homosexualité. La réaction ne se fit pas attendre, et le brun la savoura comme il se devait, le dos bien droit contre la chaise, les bras croisés sur le torse et un très léger sourire sarcastique aux lèvres.

Oui, il était fin analyste à ce point. Et il le savait.

L’habituelle colère se transforma en une pâleur de mort témoin de l’ahurissement alors que les informations tournaient dans l’esprit du rouge qui tentait vainement de chercher une échappatoire. Le norme savait déjà que c’était inutile, mais le signifier serait contre-productif : il fallait qu’Asch se rende compte de lui-même que c’était ça le problème, et pas le fait qu’il n’était pas homosexuel (au contraire de ce qu’il affirmait à corps et à cris chaque fois que le sujet venait sur le tapis).

Une fois cette première partie du processus terminée, venait la réalisation, et avec elle un autre type de sentiment : la honte. Jesse fronça légèrement les sourcils à cette issue, mais n’en était pas particulièrement étonné. Après tout, qu’il ait honte de ce qu’il était (et plus encore de cette homosexualité, à cet instant précis) allait avec le personnage et la façon dont il se retranchait derrière sa rage, ne parlait jamais de lui ou n’ouvrait jamais son royaume intérieur à quiconque, de peur que quiconque réalise qui il était vraiment (soit, selon lui, une personne qui ne méritait pas de vivre, apparemment) et ne s’enfuie en courant.

Bien joué, Stephan.

Asch se prenait (à nouveau) la tête dans les mains, et c’était l’instant de vérité : ou il trouvait une parade in-extremis, ou il admettait ce que le doctorant venait de lui mettre en pleine face. Ce dernier n’émit pas le moindre son, continuant d’observer son vis-à-vis de son regard gris perçant, attendant la suite.

Elle vint par petits pas, à force de tentatives, de réalisations et finalement d’acceptation (beaucoup trop) tardive, mais présente. Le métamorphe ne le voyait pas, mais le regard de Jesse s’adoucit, pour laisser passer un peu de cette compréhension qui n’était que difficilement accessible. Ce n’était pas vraiment de la compassion, mais c’en était déjà plus proche que l’analyse froide et l’humour grinçant dont il avait fait preuve jusqu’à présent. L’étudiant décroisa les bras et s’approcha de la table (et par là-même de la tête de son hôte) avant de reprendre la parole.

« Tu t’y es mieux fait qu’à ton homosexualité, puisque tu es capable de prononcer le mot « métamorphe » dans une affirmation. »

Ce qui n’était clairement pas le cas de l’autre problème qu’ils étaient en train d’aborder. Mais Jesse n’allait pas le laisser partir sur le sujet de son appartenance aux outres : il en serait trop heureux.

« Laisse-moi te dire une chose, qu’il va falloir que tu t’enfonces dans le crâne : ce n’est pas ce que tu fais avec tes organes génitaux, pas même quels sont tes organes génitaux, qui détermine si tu es un homme ou non. Tout est là-dedans. » Il leva son index pour tapoter le morceau de front qui était à sa portée. « Si, au fond de toi, tu te ressens homme, alors tu en es un. Peu importe ce que tu fais derrière. Ne laisse personne contredire cet état de faits. »

Retournant dans le fond de son siège, le doctorant eut un nouveau rictus.

« Bien entendu, si tu pouvais ne pas te convertir en connard masculiniste et viriliste, ce serait aussi très apprécié. Mais je pense que tu t’en sortiras. »

Il se tut un instant, puis reprit, les bras à nouveau croisés sur le torse.

« Je vais te poser une question, à laquelle il va falloir que tu me répondes honnêtement. Sans fard. Je ne jugerai pas, et je pense que tu en as besoin pour avancer. Pour toi Asch, qu’est-ce que c’est qu’être gay ? »

Si on lui avait dit qu’il allait passer sa soirée à faire de la psychologie de comptoir, il ne l’aurait jamais cru.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Lun 4 Déc - 23:34

Peu avant que les choses ne s'accélèrent, prenant un tournant tout autre, Jesse avait répondu au commentaire d'Asch sur son chat d'une manière qui lui avait arraché un nouveau ricanement cynique qu'on aurait pu aisément traduire par un "c'est bien vrai".

Dans le passé, Asch aimait bien Tarek. Leurs caractères de merde se comprenaient et s'entendaient d'une bien étrange manière. Mais ça, c'était avant qu'Asch se mette à sentir le loup, et que le félin, se sentant probablement trahi par ce changement d'allégeance, devienne aussi insupportable avec lui qu'avec le reste du monde. Depuis, Asch ne pouvait plus saquer la bestiole, mais Jesse l'avait évidemment une fois de plus bien cerné : le rouquin ne pouvait se résoudre à abandonner l'animal, parce que l'idée lui faisait trop de mal. Tarek ne trouverait personne qui accepterait de s'occuper de sa vieille carcasse acariâtre. Imaginer le vieux chat galérer pour survivre en fouillant les poubelles, ou bien avachi seul au fond d'une cage trop petite, dans un foyer qui risquait de l'euthanasier en deux mois, lui était tout bonnement insupportable. A défaut, il le supportait lui, et lui offrait une fin de vie à peu près correcte, quitte à payer les pots cassés. De toute façon, il ne pouvait pas non plus encore en avoir pour dix ans, non ? Enfin bon... Il avait déjà dépassé depuis un moment l'espérance de vie moyenne des animaux de son espèce.

Puis vint donc le temps de taper très fort dans le lard. Jesse assomma Asch avec des propos beaucoup trop pertinents, retirant au jeune homme absolument toutes les possibilités de retraite qu'il aurait en temps normal choisies prioritairement sur l'exploration dangereuse de sa réalité. Cette efficacité, associée au fait qu'Asch allait suffisamment mal pour avoir manqué de s'ouvrir les veines pas même dix minutes au préalable, donna jour à une alchimie nouvelle dans l'esprit et dans les perceptions du métamorphe, qui s'ouvrit à la possibilité qu'on lui exposait comme il ne l'avait jamais fait avant.

Et qui de ce fait, expérimentait en détail tout ce qui le dérangeait dans cette fameuse possibilité, au point qu'il avait toujours fait en sorte d'éviter de la regarder en face.

Le chemin qu'il venait de faire était déjà énorme, surtout en si peu de temps. Néanmoins, ça ne donnait pas l'air de suffire à Jesse qui s'approcha de lui, avec l'intention de continuer à le cuisiner pour lui tirer d'autres réactions, dont des aveux plus affirmés.

Asch l'entendit marcher dans sa direction et le sentit se baisser à sa hauteur. Immédiatement, il se mit à craindre la suite. La gestuelle de l'étudiant n'indiquait pas qu'il comptait s'adoucir mais au contraire qu'il allait s'engouffrer dans la faille.

Et en effet. Il monta d'un degré en utilisant LE mot. Enfin. Il avait déjà utilisé un synonyme, mais ici, il l'associait clairement à Asch à l'aide d'un adjectif possessif qui en changeait entièrement l'effet. "Ton homosexualité". Bon sang. Voilà qui lui froissait les tympans et qui le faisait frémir de façon parfaitement incontrôlée. Le loup releva juste un peu la tête afin que son regard fatigué, pour ne pas dire hagard, plonge dans celui de son vis-à-vis. Comme d'habitude, on lisait dans ses yeux expressifs comme dans un livre ouvert. Jesse n'aurait pas besoin de traduction pour comprendre le puissant "Pitié, laisse moi respirer deux secondes" qu'Asch lançait sans le savoir, comme un signal de détresse, alors qu'il essayait de trouver ses mots.

"Ton homosexualité".
Bon sang de bois, c'était déjà compliqué de garder son calme. Un élan de rage défensive luttait pour prendre le contrôle. Il serrait les dents et respirait à plein poumons. Aidé par l'instinct du loup, il n'était pas loin de se mettre à grogner. Ce n'était que de justesse qu'il réussissait à juguler sa fureur, inhabituellement lucide sur sa situation : ce n'était pas en faisant de Jesse un bouc émissaire qu'il allait moindrement régler le problème. Lui hurler dessus, lui taper dessus, le faire fuir... Rien de tout cela ne ferait avancer le schmilblick, surtout sachant que le brun était devenu l'unique obstacle qui restait entre lui et la lame du rasoir. Envoyer péter son unique chance de survie sous prétexte qu'elle venait de formuler clairement les attirances qu'il niait depuis qu'il avait l'âge d'en avoir aurait tout de même été un peu con. Tentant, mais un peu con.

Jesse avait raison, n'empêche. C'était maintenant facile pour Asch d'admettre qu'il était métamorphe. Être associé au loup avait été un calvaire pour lui au début, mais peu à peu, il commençait à trouver ça normal et à ne plus être aussi gêné qu'avant par cette particularité. Ce qui avait été étranger était devenu familier et ne lui aurait pas posé de problème, si l'animal en question avait été ne serait-ce qu'un peu contrôlable. Le problème étant qu'il ne l'était pas, et qu'à cause de ça, Asch avait blessé quelqu'un, et qu'il pourrait recommencer.

Il aurait largement préféré dériver sur ce sujet, mais Jesse était impitoyable. Il n'avait visiblement aucune intention de lui lâcher la grappe... Sans mauvais jeu de mot.

La suite fut néanmoins un peu plus facile à entendre, notamment parce qu'Asch ne comprenait pas tout. Il se sentait d'ailleurs particulièrement stupide, à ne pas réussir à cerner où son interlocuteur voulait en venir, ce qui lui procurait un sentiment de honte cuisante. Il détestait ce genre de moments, où il avait l'impression d'être en train de donner raison à tous ceux qui le pensaient con comme ses pieds - son subconscient le premier.

La perplexité eut au moins pour effet positif de le calmer. Il fronça les sourcils et essaya de suivre, la bouche semi ouverte, l'air blasé à force de dépit, mais vraiment, des trucs lui échappaient. Le début, ok. Il savait bien que ce n'était pas l'orientation sexuelle qui déterminait ce qu'on était... Dans la théorie, il le savait, en attendant. C'était beaucoup plus difficile de convaincre ses émotions qu'on pouvait être gay sans que sa masculinité en pâtisse, il y avait trop de liens foireux qui existaient dans sa tête, forgés par son éducation, et rien ne parviendrait jamais à effacer ces liens foireux qu'une expérience réelle. La théorie ne pourrait rien pour lui.

Mais alors ces histoires d'organes génitaux qui ne déterminaient pas si on était... Euh. Hein ? Quoi ? C'était bien la première fois de sa vie qu'Asch était confronté à la théorie disant que le genre d'une personne était situé dans sa tête plutôt qu'entre ses jambes, et comme toute personne non renseignée face à une situation expliquée aussi succinctement, il peinait à suivre les implications, voire même à comprendre de quoi il était question. Il se rappela soudain que Jesse connaissait très bien Ailin. Ailin, dont la nature ambiguë l'avait toujours passablement perturbé, parce que quelque chose ne collait pas, et qu'il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.

... Il y avait un lien, non ?
Il y avait probablement un lien. Ça puait le lien. Mais alors par contre, il n'arrivait juste pas à capter de quoi il pouvait exactement être question. C'était aussi la première fois qu'il entendait ces termes : masculinistes, virilistes. C'était des vrais trucs..? Il était un peu sur le cul, avec l'impression d'avoir vécu dans une cave jusqu'à présent.

"... J'espère que t'as conscience que je comprends pas la moitié du vocabulaire que tu utilises ? Non, sérieusement. J'ai l'impression de venir d'un monde parallèle, là."

Ce n'était pas inintéressant, cela dit, hein... Juste un peu... dense et incompréhensible à ce stade, pour lui. Déjà parce qu'il était encore en proie à des émotions particulièrement violentes, perturbantes, et ensuite parce que c'était le premier vrai contact qu'il avait avec ces sujets.

Finalement, il aurait préféré rester dans le monde parallèle de Jesse, plutôt que celui-ci vienne envahir le sien en lui demandant de mettre des mots sur ce qu'il était encore à peine capable de toucher du bout du cerveau.

Les yeux du rouquin s'écarquillèrent. Il eut un mouvement de recul, tout en restant sur sa chaise. Qu'est-ce que c'était pour lui, que d'être gay ? Sincèrement, il aurait été facile de répondre à cette question avant, quand il avait encore suffisamment de merde dans les yeux pour ne pas se sentir concerné. Mais là maintenant, c'était devenu personnel, et de ce fait il devenait gênant de s'exprimer. Parce qu'il avait l'impression qu'il allait parler de lui même si il restait dans la généralité, et qu'il n'était pas encore prêt pour ça.

"... Gnn... J... Gn."

Durant environ dix secondes, il eut envie de se lever et de tout envoyer péter avec un "NON" tonitruant, suivi d'une volée de "nop nop nop nop nop..." qu'il aurait répété hâtivement tout en courant dans la chambre, les mains autour de la tête comme pour se boucher les oreilles et se mettre des œillères. Il aurait enterré sa tête dans les draps et refusé par la suite toute communication.

"... T'es un peu bourrin comme mec en fait. On dit de moi, mais toi t'es pire je crois, à ta manière."

...Éluder le problème le temps de se remettre les neurones en place lui parut finalement être une meilleure option. Une option qui, encore une fois, ne le coupait pas de la seule interaction qui l'empêchait de retourner chercher de quoi se suicider immédiatement.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Mar 5 Déc - 0:58

Jesse avait bien noté que le métamorphe n'en pouvait déjà plus. Et il était vrai qu'il n'y allait pas de main morte. Mais ce n'était pas pour autant qu'il avait l'intention de lui faire grâce de quoi que ce soit. Tant qu'il n'aurait pas accepté un minimum de choses à propos de lui, Asch ne cesserait de penser à reprendre le geste qu'il avait initié avant que le doctorant ne se pointe sur le pas de la porte. Et il avait clairement fait trop d'efforts ce soir pour qu'ils soient ainsi réduits à néant. Il était donc prêt à le pousser à bout, quitte à réveiller les pires instincts de la bête qui sommeillait chez son hôte (et, pour être tout à fait honnête, il s'en amusait un peu).

Mettre en mots sans aucune autre interprétation possible le fait que le videur soit homosexuel semblait le mettre hors de lui. Et pourtant, il ne répliquait pas, ni par la voix, ni par les poings. Il paraissait (malgré sa détresse apparente) avoir fortement envie d'user de la seconde option, mais il ne le faisait pas. Probablement parce qu'au fond, il savait que Jesse avait raison et que rien de ce qu'il pourrait lui faire ne changerait cet état de faits. Ne restait qu'à faire avec, à l'accepter.

Dans cette optique, l'étudiant tâcha de se montrer un peu plus pédagogue et enchaîna sur une leçon que tous devraient connaître, alors que c'était très loin d'être le cas. Élevé comme il l'avait été, la construction binaire de la société dominante actuelle, basée sur l'association du sexe physique au genre et les stéréotypes, lui tapait particulièrement sur les nerfs. Si la simple distinction qu'il venait de faire à Asch était faite plus tôt et chez tous, on aurait déjà un bien meilleure compréhension de soi et de l'autre sur bien des choses... Sans compter l'ouverture que cela apportait sur nombre d'autres critères.

La tête que le métamorphe faisait montrait qu'il ne comprenait pas tout ce qu'il entendait. Au moins, il ne gardait plus sa tête dans les mains ni ne donnait l'impression de vouloir l'étrangler. C'était donc une évolution positive, même si elle aurait pu être meilleure. En entendant la réplique du jeune homme aux cheveux rouges, qui admettait ne pas avoir compris grand chose, Jesse eut un haussement de sourcils amusé.

"Je donne souvent cette impression. Et si ça t'intrigue assez pour que tu te renseignes par toi-même, j'aurai gagné mon pari."

Il ne le prenait pas pour un idiot. Il avait déjà acquis que cette conception que beaucoup avaient de lui était fausse. Et c'était pour cette même raison qu'il ne lui ferait pas l'affront de lui expliquer tous les mots qui venaient de sortir de sa bouche comme s'il parlait à un enfant qui n'avait pas encore engrangé suffisamment de vocabulaire pour faire sens de ce qu'il venait de dire. Au contraire, il validait implicitement son incompréhension, arguant qu'il s'agissait de quelque chose de commun -à défaut d'être normal- et l'encourageait en mentionnant qu'il pourrait trouver les réponses par lui-même. C'était là un parfait exemple du degré de manipulation mentale dont il était capable.

L'autre raison évidente pour laquelle il n'allait pas perdre de temps à expliciter ce qu'il venait de dire, c'était parce que ce n'était pas le sujet principal de la discussion. Asch avait beau essayer, Jesse était aussi buté que lui et il ne changerait pas de cap tant qu'il n'obtiendrait pas ce qu'il était venu chercher. D'où sa question suivante, qui déclencha un nouveau mouvement de panique chez son vis-à-vis. L'étudiant lui faisait face, assis sur sa chaise, le dos droit et les bras croisés sur le torse, dans une posture qui n'était pas sans rappeler celle qu'il arborait face à ses élèves. Il fallait dire que le métamorphe était plus ou moins en train de gagner une séance de Travaux Dirigés option sexualité accélérée.

Le silence têtu du videur dura une petite dizaine de secondes, avant qu'il ne se décide à botter en touche avec une remarque qui arracha un éclat de rire cynique au brun, avant qu'il ne lui accorde cette (courte) pause en rentrant dans son jeu.

"C'est moins visible quand on n'utilise pas les poings."

Ce qui ne voulait pas dire que cela faisait moins mal, Asch l'avait probablement senti. Quelques secondes de silence, avant qu'il ne reprenne avec un demi-sourire qu'on pourrait presque qualifier de sadique s'il n'était pas si opaque, impitoyable.

"Tu n'as pas répondu à ma question."

S'il avait de la chance, le livreur allait sonner incessamment sous peu et lui accorder un nouveau répit. Mais ça, c'était si Asch était chanceux, ce qui n'avait pas vraiment été le cas jusqu'à présent... Quoique, quelqu'un s'était quand même pointé pour l'empêcher de se tailler les veines avec un canif. Ça devait compter, quand même.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Mar 5 Déc - 10:04

Il était facile de berner quelqu'un qui avait des problèmes d'ego. Il suffisait de piquer sa fierté, puis de lui tendre un moyen de récupérer ce qui venait d'être perdu, et paf, ça faisait des chocapics. C'était exactement ce que venait de faire Jesse en donnant l'impression à Asch d'être parfaitement ignorant, puis en lui laissant entendre qu'il pourrait trouver les définitions qui lui manquaient, si il cherchait. On pouvait être sûr que le rouquin allait ouvrir internet dès qu'il se trouverait seul, avant même d'avoir l'idée de recommencer ce qui avait été interrompu avec l'arrivée de Jesse.

Peu importe si cela signifiait que ce dernier avait "gagné un pari" quelconque. Formulation qui donnait l'impression à Asch d'être le perdant d'un quelconque duel qui se serait déroulé sur un plan dont il n'avait pas conscience. Il considérait que si il apprenait quelque chose et qu'il en ressortait moins con, ça ne pouvait pas vraiment être une défaite. Comme quoi il avait dû évoluer, quelque part, car quelques années auparavant, sa vision des choses aurait été beaucoup plus radicale et manichéenne.

Asch esquissa une petite moue circonspecte : il n'aimait pas se sentir en position de faiblesse, mais il comprenait que tous ces termes n'étaient pas le sujet principal de la discussion et qu'il aurait tout le temps de se renseigner par lui-même plus tard, et il acceptait donc, d'un court mouvement de tête, de s'en tenir à ce constat et de revenir à quelque chose de plus proche de la maison.

Même si finalement il n'était pas dit qu'il apprécie beaucoup plus les sujets de discussion qui le concernaient de trop près. Il venait à peine de s'admettre à lui-même qu'il était POSSIBLE qu'il soit gay (et de comprendre, dans le fond, qu'il l'était complètement, entièrement et définitivement, mais cette fois-ci si sans rien admettre du tout).

Jusqu'à présent il avait été ouvert à la discussion, d'une façon qui chez le loup rouge était plutôt rare, car généralement, les mots ne fonctionnaient pas sur lui. Ceux de Jesse étaient différents. Il avait cette faculté de les utiliser comme des marteaux, et lorsqu'on lui parlait de manière aussi frontale, visiblement, Asch pouvait devenir sensible aux mots, quand il ne comprenait généralement que les actions, flemmard intellectuel qu'il était, qui refusait de prendre en compte tout ce qui était trop lâche ou subtil, parce qu'il considérait ça chiant.

Mais là, Asch atteignait doucement mais sûrement ses limites. Le premier signe qu'il en montra fut la façon dont il mit en place l'un des mécanismes d'évitement dont il avait le secret, en éludant la question avec un constat qui, pour l'humour bizarre et grinçant qui servait de terrain commun aux deux hommes, pouvait être pris comme une semi-plaisanterie.

Ça ne manqua pas : Jesse se dérida brièvement. Et vu comme il avait tendance à garder la poker face en permanence, Asch se demanda en marge de ses principales réflexions si il ne venait pas de lui arracher ce qui pour le commun des mortels aurait correspondu à un rire à gorge déployée. L'étudiant lui fournit une réponse qui l'amusa à son tour par sa justesse acidulée. Il retint un éclat de rire, ses lèvres s'étirèrent, et il dodelina de la tête pour lui accorder le point, d'une façon ouverte, presque humble, qui jurait étrangement avec le personnage qu'Asch se donnait en temps normal.

"...C'est très probable."

Ah. mais Jesse était buté. Voilà qui leur faisait un autre point commun. Qui eut cru qu'ils en auraient autant. Le brun réitéra sa question, amenant le sourire d'Asch à disparaître immédiatement de ses lèvres au profit d'une expression courroucée, accompagnée d'un léger grondement, cadeau du loup en lui qui n'appréciait pas beaucoup plus que l'humain d'être ainsi mis dos au mur, ni qu'on cherche à le dominer. C'était clair, non ? Il ne voulait pas répondre à cette question. Il n'était pas prêt à mettre des mots sur ces concepts, parce qu'il était encore trop flou avec lui-même, qu'il ne savait pas exactement comment se positionner face à tout ça, ni comment retrouver la paix intérieure, sans honte, sans gêne, et sans toutes ces impressions négatives qui teintaient son identité maintenant qu'il avait accepté de regarder ses problèmes en face. Ou presque en face.

"Répond déjà à la mienne : puisque tu as parlé à Stephan, tu sauras peut-être me dire pourquoi il est parti en premier lieu ? Et, sans vouloir t'offenser, pourquoi c'est toi qui est venu, plutôt que lui ?"

Parce que pour Asch, c'était très loin d'être clair. Il y avait une rupture complète entre le comportement de Stephan avant et après ce baiser. Asch se doutait qu'il avait dû le perturber lorsqu'il avait crisé ensuite, les vomissements et les sanglots lourds n'étaient pas principe pas très glamour, mais même si il y avait nombre d'hypothèses désagréables qui couraient dans sa tête pour expliquer le désistement du barman, il existait toujours un doute sur ce qu'il en était en réalité. Asch espérait secrètement que ce n'était pas "aussi grave" que ce qu'il s'était mis en tête. A ce stade, c'était probablement le seul truc qui pourrait lui donner envie d'effectivement ne pas choisir l'option du couteau dans ses poignets.

Même si il avait peu d'espoirs. Si Stephan s'était suffisamment "inquiété" pour savoir qu'Asch avait besoin d'une aide physique urgente, mais qu'il avait attendu plus de douze heures pour bouger l'ongle du petit doigt, et qu'en plus de ça il avait envoyé à sa place un mec qu'Asch ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam, il fallait vraiment qu'il le déteste. Sa conscience l'avait probablement forcé à agir, finalement, mais avec le bout des doigts, et à contrecoeur.

Le rouquin en avait marre de la théorie. Il voulait passer au cas pratique. Parce que les cas pratiques, c'était nettement plus son dada, et qu'il avait besoin de se plonger dans l'exemple avant de réussir à compartimenter tout correctement, et surtout à dire avec la bouche des trucs qui étaient devenus subitement aussi sensibles que "être gay, c'est être attiré par les personnes de même sexe que soi-même". Il ne faisait pas encore la différence entre le genre et le sexe, pour les mêmes raisons faisant qu'il n'avait rien pané au précédent laïus de Jesse. C'était inévitable, et probablement attendu.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Mar 5 Déc - 20:00

Ce n’était pas exactement un pari en soi, si ce n’était le fait que Jesse, tout comme ses parents, tentait quand l’occasion se présentait d’éduquer ses rencontres sur certains sujets. Non pas qu’il avait particulièrement envie de faire ce travail de pédagogue dans tous les aspects de sa vie (enseigner lui coûtait déjà toutes ses capacités de personnage aimable), mais de temps en temps, c’était quelque chose qu’il pouvait se permettre, surtout s’il sentait que ses interlocuteurs en avaient besoin pour avancer.

Et chez Asch, c’était flagrant.

Cependant, il ne voulait pas partir sur ce sujet, car il y avait plus prioritaire et le métamorphe aurait été trop content d’éviter la conversation qu’ils tâchaient de mener depuis plusieurs minutes. Ce pourquoi il avait lancé cette phrase, qui allait lui permettre de commencer son éducation de lui-même un peu plus tard. A ce moment-là, peut-être pourraient-ils continuer à en parler.

Le videur accepta de rester un moment dans l’ignorance, probablement parce qu’il ne s’agissait que de concepts énoncés, et pas de réelle conversation à leurs propos. Jesse fit d’ailleurs en sorte de retourner sur les rails qu’il souhaitait, véritable machiniste de tout ce qui se déroulait sous ses yeux ce soir.

Le jeune homme aux cheveux rouges n’était pourtant pas totalement prêt à baisser les bras, et botta en touche avec une réplique qui amusa assez le doctorant pour qu’il le mentionne et y réponde. En retour, Asch sembla lui accorder le point de sa répartie, et le brun s’amusa intérieurement de voir qu’ils étaient presque capables d’avoir une conversation agréable.

Presque, car bien entendu l’étudiant n’avait pas l’intention d’en rester là et enchaîna en montrant qu’il n’avait pas oublié que cette marque d’humour n’avait été qu’un moyen d’éviter de répondre à la question qu’il lui avait posée. Ce qui n’était pas vraiment au goût de l’humain, ni du loup avec qui il partageait son esprit. Il en fallait cependant bien plus pour impressionner Jesse, qui leva un sourcil face à Asch de l’exacte façon qu’il l’avait fait face à Tarek en entrant dans l’appartement. Il en fallait bien plus pour que le californien se sente menacé, bien qu’il ait compris le message.

Asch parlait de Stephan. Pas seulement de ses actions, mais il énonçait clairement son prénom et posait des questions qu’il n’avait fait qu’effleurer avec les yeux jusque là. Peut-être se sentait-il prêt à en assumer les réponses. Gardant toujours cette même attitude distante, Jesse fixa son vis-à-vis avec un regard plus perçant que jamais.

« Parce que c’est un lâche et un égoïste-heureux dont la peur de l’engagement est si forte qu’il est incapable d’assumer ses conneries. Mais qui t’apprécie. »

Avant qu’il n’ait le temps de répondre à la seconde question, la sonnerie de l’appartement se fit entendre. Tranquillement, le doctorant se leva et alla ouvrir la porte, sachant qu’il s’agissait probablement du/de la livreu.r.se et que le métamorphe était de toute façon trop faible pour le faire de lui-même.

« Ca fera vingt-huit dollars et... Oh, bonsoir m’sieur Coleman !
-Bonsoir Daniel. »

Evidemment, il fallait qu’il s’agisse d’un de ses étudiants. Il était régulier pour Jesse de les croiser dans divers aspects de sa vie privée, puisqu’il donnait des cours dans des formations variées et qu’il était amplement conscient du fait que tout le monde n’avait pas sa chance financière. Ce genre de rencontres n’était donc pas exceptionnelle, même s’il évitait souvent de se faire livrer chez lui pour une raison précise : les étudiants, quel que soit leur âge, étaient bien trop curieux concernant la vie privée de leurs professeurs. Dany, après avoir levé les yeux et reconnu son professeur de communication, avait porté un regard enfiévré sur ce qu’il était possible de voir au travers de la porte. Soit un appartement qui avait connu de meilleurs jours et Asch, toujours sur sa chaise. Un mouvement du doctorant amena le livreur à tourner de nouveau les yeux vers lui, avec cette étincelle de curiosité au fond du regard.

« Voilà. Garde la monnaie.
-Merci ! Eh dites, pour l’exercice de persuasion de demain, je me demandais...
-Bien essayé, mais tu veux juste gagner du temps pour récolter un maximum d’informations que tu refileras ensuite à tes camarades. Retourne au boulot.
-... Comment vous faites ça, sérieux ?
-Tu le saurais si tu écoutais plus en cours. Bonne soirée, Daniel. »

Et, récupérant les sacs de nourriture, Jesse ferma la porte avec un demi-sourire vaguement amusé avant de se tourner vers la table et d’y poser son fardeau. Une fois ceci fait, il leva les yeux vers Asch et reprit, comme s’il n’avait pas été interrompu.

« Il est arrivé en retard à son poste. Sachant que vous étiez deux à être à la bourre et qu’elle essayait de vous appeler depuis un petit moment, je te laisse imaginer l’état d’esprit de Précieuse. C’était assez distrayant, en réalité. Bref, cet imbécile n’avait apparemment pas pensé à la portée que ses gestes (ou leur absence) pourraient avoir, et quand il a fini par le comprendre (pas tout seul, je dois préciser) il s’est dit que ce serait une bonne idée de venir te voir, mais il n’osait pas demander à sa chère patronne l’autorisation de quitter son poste. Qu’elle ne lui aurait probablement pas donnée vu son agacement, certes. »

A part lors de cours magistraux, Jesse ne parlait jamais autant. Là, le videur avait posé une question, et il avait décidé d’y répondre dans toute sa longueur, non seulement parce que cela lui permettait d’évacuer un peu de la colère qu’il ressentait toujours pour l’attitude de Stephan mais aussi parce qu’il songeait qu’il était mieux pour le métamorphe d’avoir une vue globale de la situation. Il haussa légèrement les épaules avant de continuer.

« J’avais d’autres plans pour la soirée, mais comme je te l’ai dit, je ne pensais pas que tu méritais un tel gâchis. Donc je suis passé voir ce qu’il en était. Où ranges-tu tes couverts ? »

Oh, il n’avait pas oublié que son hôte allait à son tour devoir répondre à sa question. Mais cette fois, il était prêt à lui accorder une pause. Quelque chose lui disait qu’Asch n’allait pas prendre toutes ces explications avec le même ahurissement léthargique que celui qui l’avait caractérisé jusqu’à présent.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Mar 5 Déc - 22:16

Jesse avait visiblement décidé qu'il avait été suffisamment pédagogue pour la soirée.  Ou bien, il considérait que puisque Asch ne faisait pas l'effort de répondre à sa question, il n'allait pas non plus faire l'effort de présenter les choses d'une manière que le rouquin serait capable d'assimiler. Ou bien il ne se rendait pas compte du point auquel le fonctionnement d'Asch différait de celui qu'il était en train de décrire, tant et si bien que le métamorphe, chez qui le social n'était pas le point fort, était dans une galère monumentale pour essayer de comprendre ce qu'on lui racontait.

Le perçant des yeux d'Asch s'émoussa donc au profit d'une expression relâchée, un peu perdue. On pouvait presque voir les points d'interrogation apparaître au-dessus de sa tête, nager comme des poissons, et exploser comme des bulles de savon.

Assumer quelles conneries ? Peur de s'engager comment ? S'engager dans quoi ? Merde ! Ça n'avait été qu'un baiser, dans l'absolu, ça n'engageait pas à grand chose. Et si ça devait engager quelqu'un, c'était surtout Asch, qui suite à cela avait été obligé de remettre en question des trucs qu'il refusait de voir avec véhémence depuis toujours. Et puis ils avaient déjà fait pire. Et puis on ne pouvait pas savoir avant d'avoir essayé, ça ne rimait à rien de chercher à attendre 150 ans avant de se lancer. Stephan avait l'intention qu'ils prennent les toiles d'araignée, se dessèchent et se changent en tas d'os avant de trouver le moment adéquat pour explorer ce qui était né la veille, et probablement bien avant, si il regardait le problème en face ? Merde. Voilà qu'il mélangeait tout. Ce n'était pas ça le problème. Ça le serait peut-être resté si Stephan ne s'était pas cassé pendant qu'il vomissait/crisait, mais là, non, ça n'avait plus rien à voir, ce n'était plus la même chose.

Comment pouvait-il l'apprécier et se casser comme ça sans prévenir ? Voilà un mystère qui n'était pas près d'être résolu dans l'esprit du loup rouge qui pour la première fois depuis que l'incident était arrivé commençait à éprouver une once de colère salvatrice à l'égard de Stephan, qu'il avait jusqu'à présent entièrement disculpé, pensant évidemment que tout était de sa faute. Parce qu'il avait été élevé par Rachel pour croire exactement ça : qu'il était responsable de tout ce qui pouvait foirer dans ses relations avec les autres, et dans tout ce qu'il touchait de près ou de loin.

Rendu muet par la perplexité, il fronçait les sourcils et se mit à secouer la tête de droite à gauche en haussant les épaules comme pour expliquer qu'il n'y comprenait absolument rien, et qu'il n'était pas contre un autre éclairage du problème.

Ils n'eurent pas le temps d'aller plus loin, coupés dans leurs élans respectifs par la sonnerie de la porte, indiquant l'arrivée du livreur. Asch esquissa un regard en arrière, mais Jesse s'était déjà levé, ce qui était probablement mieux, compte tenu du fait qu'il avait encore les jambes molles et la tête qui tournait.

Perturbé, il croisa les bras et s'enfonça dans sa chaise. Il se mit à faire tourner en boucle les propos de Jesse dans sa tête à la recherche d'un sens caché, ou d'une signification sur laquelle il n'aurait pas encore mis le doigt, mais rien. Vraiment, il ne comprenait pas Stephan.

Il était probablement plus sain qu'il cesse d'autant se prendre le chou, et qu'il se tourne plutôt en direction de la scène qui se déroulait derrière lui, laquelle se trouvait être plutôt amusante. Il apprenait par là-même que Jesse enseignait, et ça ne l'étonnait pas vraiment. Dans le fond, ça s'était senti à la manière dont il avait orchestré la discussion.

Asch n'était pas non plus très étonné d'apprendre qu'il enseignait la persuasion. Personne n'avait jamais réussi à lui tirer autant d'aveux, et surtout en aussi peu de temps que cette force de la nature, qui visiblement faisait le même effet à tout le monde. A croire qu'il était télépathe, avait 250 de QI, ou bien les deux. Ça aurait dû le rebuter. Le forcer à se méfier doublement. Il savait qu'il ne pouvait pas entièrement lui faire confiance et que Jesse avait la capacité de le manipuler comme de rien, et pourtant il n'arrivait pas vraiment à s'en inquiéter.

Peut-être parce qu'il sentait bien que le brun était vraiment en train de l'aider, dans le fond. Qu'il jouait certes à des jeux d'esprits qui ne lui plaisaient guère, mais qu'il les utilisait à bon escient, et qu'il était effectivement en train de lui faire remonter la pente. Asch se sentait déjà énormément mieux qu'avant. Et ça, c'était très fort, parce que ça avait été loin d'être gagné.

Un vague sourire apparut au coin de ses lèvres. Il trouvait plutôt marrante la tentative du gosse pour essayer de soudoyer son prof, ainsi que les piques que ce dernier utilisait pour l'envoyer bouler. Il fut le premier à s'étonner du fait d'être en train de sourire, parce que blasé de la vie comme il l'était en général, il lui fallait souvent bien plus qu'une anecdote comique pour se dérider même d'un millimètre comme il le faisait maintenant.

Jesse revint à la table, et il arborait une expression similaire. Ça aussi, c'était comique. Mais le temps n'était plus à la plaisanterie. Jesse n'ouvrit même pas les sacs de bouffe, il préféra revenir sans transition à ce dont ils parlaient juste avant. Toute trace d'amusement disparut des traits du métamorphe loup, au profit d'une concentration engagée.

Bien vite, la fameuse concentration disparut alors que le récit se déroulait et qu'Asch tombait des nues, ainsi que dans le dépit plus plus total et profond.

Stephan n'avait pas réalisé.
Il n'avait pas pensé que son départ pouvait être mal pris.
Après ce qu'il s'était passé.
Après ce qu'Asch lui avait dit, même si il ne se souvenait pas tout à fait de tout.
Après ce que Stephan lui avait promis. Qu'il avait cru. Si bien qu'il avait fait avec lui ce qu'il ne faisait avec presque personne : il avait abaissé ses défenses et laissé le barman entrer dans son domaine privé. De ce fait il s'était aussitôt rendu vulnérable aux mots, aux gestes, et surtout, à l'abandon.
Alors qu'il s'était dit qu'il ne le ferait plus. Pas après Alice, car il ne supporterait plus une nouvelle désillusion.

Et cet abruti avec sa bouche en fleur avait vraiment pensé qu'il n'y aurait pas de conséquences. Il avait fallu que d'autres, dont PRÉCIEUSE, et qui n'avaient pas été là pour témoigner, le lui foutent sous le nez.

... Ça lui avait quand même pris plus de douze heures, à vue de nez. Et avec de l'aide. Pendant tout ce temps il aurait pu revenir, mais non. Il avait fallu qu'il se rende compte de ça PENDANT son shift. Pire : si Jesse ne s'était pas déplacé, Asch serait probablement mort parce que Stephan n'avait pas osé braver Précieuse.

C'était juste la chose la plus moche et la plus ironique du monde. C'était mochement drôle. "Drôle". Il n'était pas sûr de trouver ça drôle. Il était juste sûr d'avoir envie de rire. Ses nerfs étaient en train de craquer, d'une façon parfaitement inhabituelle. Généralement ils étaient plus du genre à exploser et à lui faire défoncer des murs.

Mais là, non. Cela commença par un éclat de rire sombre. Suivi d'un autre. Puis d'un sourire sans joie qui apparut sur ses lèvres, bientôt caché derrière une coupe formée de ses deux mains, dans laquelle il plongeait son visage, les épaules secouées de spasmes mécaniques. Son rire s'alimentait tout seul mais ne lui procurait rien d'autre qu'un dépit de plus en plus profond, et l'impression d'avoir le cerveau qui se décrochait et se mettait à rebondir dans tous les sens. C'était hautement ridicule.

"... C'est du grand n'importe quoi. T'es en train de me dire qu'il s'est juste dit que ça allait aller... Genre le mec il vit un jeu vidéo, tu sauvegardes tu te casses et tu reviens trois mois plus tard, le truc a pas bougé. Je sais pas ce qu'il fume mais faut qu'il arrête..."

Rassuré, ou blasé ? Asch n'était pas certain de savoir. Dans le fond, il était quand même heureux d'apprendre que Stephan avait fini par s'inquiéter quand il s'était rendu compte de ce qui était réellement en train d'arriver. Heureux d'apprendre qu'il avait voulu venir. Même si ça le saoulait prodigieusement que l'imbécile se soit encore laissé dicter sa conduite par cette connasse de Précieuse. Ça voulait donc dire qu'il ne le haïssait pas et qu'il en avait quand même quelque chose à faire de lui... Voilà qui était juste suffisant pour redonner un peu confiance à Asch, et pour repousser provisoirement ses envies de s'enfoncer des couteaux dans le bras. Il avait probablement plus intéressant à faire, même si ils partaient visiblement avec de sacrés malus. Il fit un effort pour se calmer. Jesse attendait une réponse à une question, cette fois-ci qu'Asch était prêt à donner. Il dut se mordre la lèvre car vraiment, son diaphragme n'arrêtait plus de se soulever.

"Je crois que t'as bien fait... Crever parce qu'un ahuri congénital est pas capable de voir plus loin que le bout de son nez fait un peu trop pitié, même pour moi."

Il lui pointa du doigt le tiroir contenant les couverts, incapable de mieux faire, car une nouvelle salve de rire nerveux s'emparait de lui, le poussant presque jusqu'aux larmes.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Mer 6 Déc - 0:32

Les réactions d'Asch permettaient à son vis-à-vis de continuer à dresser le portrait de son caractère. Même s'il était excellent à ce jeu, Jesse préférait parfois aller plus loin encore dans l'analyse, pour savoir ce qu'il lui était possible de dire et/ou de faire. Et puis, il ne fallait pas oublier que l'animal lui avait grogné dessus il n'y avait pas si longtemps, signe que les méthodes qu'il avait adoptées jusqu'à présent, bien qu'efficaces, atteignaient leurs limites. Il fallait donc en changer.

Avant qu'il ne prenne le temps d'expliciter ses propos, cependant, la sonnette de l'appartement les coupa dans leur discussion, et le doctorant alla récupérer la nourriture, non sans un échange avec le livreur, qui s'avérait être un de ses étudiants. Ah, il pouvait être sûr que demain, on allait au moins lui poser une question sur l'endroit où il vivait... ou la personne avec qui il le faisait, puisque rien n'intéressait plus ses apprenants que sa vie personnelle. Ils n'obtenaient jamais de réponse mais ne se fatiguaient pas de demander. Alors maintenant qu'ils allaient supposément avoir "de réels indices" grâce à Daniel...

L'idée, associée au fil de leur petite conversation, lui retira un vague demi-sourire amusé dont il capta un étrange frère sur le visage du métamorphe. Qui aurait cru que ce qui les rapprocherait (si tant est que l'on eusse cru à la possibilité d'un rapprochement) serait leur sens de l'humour noir et caustique...

Dès que les sacs de nourriture avaient atterri sur la table, le brun avait reprit la parole comme si rien ne l'avait coupée. Asch l'écoutait avec attention, même s'il fini bientôt par donner l'impression qu'il allait tomber de sa chaise, pour finalement afficher un air complètement dépité.

Jesse le comprenait : il était presque passé par les mêmes choses lorsqu'il avait lui-même témoigné de la scène. En beaucoup plus cynique, évidemment, et beaucoup moins flagrant.

L'étudiant n'aurait pas été étonné qu'il casse quelque chose, à l'image de son chat un peu plus tôt dans la soirée. Après tout, il avait cru comprendre que c'était la seule façon pour le métamorphe de gérer sa colère. Mais apparemment, le dépit avait pris le pas sur l'agacement, car il se mot à rire, d'un de ces rires nerveux, sans joie, qu'on utilisait quand on avait tenté quelque chose en se disant que ce qui arriverait ne pourrait pas être pire que ce qu'on avait en tête et que, pourtant, ça y parvenait. Le californien ne dit rien, attendant que le moment passe. Finalement, l'homme aux cheveux rouges eut une réflexion, analogie que son visiteur impromptu trouva particulièrement adroite. Il était par ailleurs satisfait d'entendre qu'Asch ne validait pas le comportement de Stephan : ç'aurait été difficile, mais possible. Et il n'aurait pas pu s'empêcher de quitter la partie, à ce moment là. Et sans sauvegarde.

Plutôt que de faire part de ses réflexions (ce qu'il ne faisait pas, en règle générale), le brun enchaîna sur la raison pour laquelle il était précisément la personne qui s'était déplacée. Bien qu'il ne l'ait pas dit à voix haute, Asch avait probablement compris que le barman lui avait demandé de venir. Cependant, et comme il l'avait expliqué à ce dernier, ce n'était pas la raison qui l'avait poussé à venir jusqu'ici. Il ne voyait donc pas l'intérêt de mettre en valeur cette piètre tentative que Stephan avait eue d'alléger sa conscience. Sa peur d'affronter ce qui se trouvait dans cet appartement avait été plus grande, de toute façon.

Jugeant qu'il était temps de faire une pause dans la discussion, il posa une question qui trouva sa réponse dans un signe de la main, tandis que le métamorphe énonçait une autre phrase qui lui arracha un rictus alors qu'il se dirigeait vers le tiroir indiqué.

"L'opinion que tu as de toi-même est complètement fausse, biaisiée par ce que je suppose être les brimades incessantes de ta mère, et probablement celles de ta patronne."

...et de certains de ses collègues, mais Jesse avait sciemment décidé de laisser Ailin en-dehors de tout ça. Et oui, il avait décidé de rebondir sur ce "même pour moi", qui n'avait rien d'obligatoire dans cette phrase. La façon dont Asch se dévaluait constamment était un autre de ces problèmes qui l'avaient menés à vouloir utiliser ce canif ce soir, et Jesse en était parfaitement conscient. S'il voulait ne pas avoir à jouer les garde-suicidaire jusqu'au bout de la nuit, il lui fallait faire quelque chose pour ça, aussi. Peut-être pas avant d'avoir clos le sujet précédent, néanmoins.

Il trouva les couverts et ramena le nécessaire sur la table, où il commença enfin à sortir les plats de leurs sacs en plastique (il laissait les beignets de côté pour le moment).

"Stephan s'est définitivement comporté comme un abruti. Il n'a vu la situation que depuis son côté effrayé de la lorgnette et a vraisemblablement oublié que tu n'étais pas du genre à faire entrer n'importe qui dans ton espace privé, car qui pourrait supporter jusque dans l'intimité la personne horrible, indigne d'intérêt et d'attention que tu penses être ?"

La fin de la phrase du norme suintait l'ironie. Quiconque l'écoutant pourrait se rendre compte qu'il n'était pas d'accord avec cette vision des choses. Mais une fois encore, ce n'était pas là-dessus qu'il voulait insister pour le moment.

"Il a laissé sa connaissance de la personne publique, et son incompréhension de cette dernière, prendre le pas sur ce qu'il a découvert de la personne privée, et qu'il apprécie particulièrement." Une nouvelle pause, plus courte cette fois, alors que Jesse tendait une assiette en direction de l'outre. "Bien qu'il le montre d'une façon étrange. Je ne comprends pas réellement ce que tu lui trouves, mais après tout c'est ton crush, pas le mien."

Et heureusement.
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Asch Räder
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Mer 6 Déc - 11:19

Aoutch. Alors ça, pour le coup, ça piquait. Radicalement. Asch ravala sans transition son rire, calmé aussi efficacement que si il venait de recevoir un seau d'eau sur la tête. Il tourna un regard aigu dans la direction de Jesse, qu'on aurait facilement pu comparer à celui d'un animal blessé. Le turquoise trop expressif des yeux d'Asch vibrait de toutes les souffrances, toutes les frustrations qu'il avait endurées depuis qu'il était petit, et puis aussi de celles qu'il endurait encore maintenant, mais qu'il était obligé de taire, les lèvres scellées par un sortilège infâme.

Qu'est-ce qui faisait le plus mal ? L'incapacité de pouvoir entièrement valider les hypothèses de Jesse par la parole, parce que Précieuse le tenait littéralement par les bijoux de famille ? Ou bien le constat réitéré de l'effrayante sagacité de son interlocuteur, lequel venait de deviner des trucs qu'Asch ne racontait jamais à personne ?

Ou bien presque personne. Il s'était un peu confié à Alice sur le sujet. Il l'avait fait aussi avec Stephan ce matin. A chaque fois, parce qu'il avait décidé de faire confiance à ces personnes. Parce qu'il avait cru qu'il pouvait le faire sans risquer de se faire ravager la gueule en retour. Au temps pour sa propre perspicacité...

Il n'avait jamais décidé d'en dire autant à Jesse, mais ce mec n'arrêtait pas de deviner tout seul. Il mettait le doigt sur ce qui faisait mal. Était capable de percer son masque comme si il s'était agi d'une pauvre feuille de papier journal. C'était limite angoissant. Heureusement que c'était aussi en un sens agréable : Asch souffrait énormément du fait d'être uniquement renvoyé à l'image que son physique associé à ses soucis de gestion d'agressivité donnaient. Il était vrai qu'il se cachait derrière volontairement... en partie. Dans beaucoup de cas, il n'essayait pourtant pas. Il se contentait d'être de mauvaise humeur par défaut pour la bonne raison qu'il n'allait pas bien. Mais comme on l'associait direct à des actes ou des pensées qui n'avaient pas été les siennes et qu'il trouvait ça particulièrement dégueulasse/injuste, il s'énervait, et on entrait dans un cercle vicieux.

Donc, Jesse n'était pas particulièrement de confiance, peut-être, mais au moins, il le voyait pour qui il était vraiment, et ne s'en servait pas pour lui exploser mentalement la tronche. Enfin... Il lui explosait mentalement la tronche, oui, si, ok. Mais d'une manière qui faisait du bien en même temps qu'elle faisait mal. C'était uniquement parce qu'il avait conscience de cette nuance qu'il parvenait à ne pas s'énerver face à cette intrusion. L'animal en lui avait envie de sonner l'alarme, de se lever et de laisser son habituelle rage bloquer toute communication future, afin que Jesse ne puisse pas s'insinuer plus loin dans sa tête. On le voyait d'ailleurs lutter contre ce réflexe défensif, vu qu'il était comme à l'habitude incapable de masquer la moindre de ses pensées. Si il n'avait pas été si faible, suite à cette journée de dépérissement physique et moral, il n'était pas dit qu'il aurait effectivement réussi à garder son calme, car comme on le savait, c'était le gros problème d'Asch : il ne savait pas gérer ses émotions. Et encore moins celles qui s'approchaient de la colère ou de la peur.

"... C'est dangereux d'être aussi clairvoyant. Sérieusement... avec des capacités de déduction pareilles, tu pourrais facilement péter quelqu'un. Heureusement que je risque pas grand chose, vu que je suis déjà pété... comment t'as su que c'était ma mère et pas mon père ?"

Asch était sincèrement intrigué. Il pouvait comprendre que son attitude laissait entendre qu'il se détestait lui-même et que ce genre de trucs venait souvent des parents, mais il avait du mal à voir comment Jesse avait pu deviner tout seul de quel parent il était ici question. A moins qu'il n'ait eu des informations préalables à sa disposition, l'aidant à aller jusqu'au bout de son raisonnement plus facilement ? Après tout, il avait des contacts avec Précieuse, et encore plus avec Ailin. Ces deux là en savaient assez.

Le prof était revenu au niveau de la table et il était en train de sortir les plats des sacs plastiques. Asch jeta un coup d’œil peu enthousiaste sur leur silhouette. Ça sentait super bon, mais il n'était pas capable d'apprécier ça à l'heure actuelle. Le fumet puissant lui donnait juste envie de gerber. Il ne savait pas encore exactement comment il allait réussir à bouffer la moindre fourchette de nourriture, mais il allait lui falloir trouver, parce que se laisser crever de faim ne serait pas beaucoup plus utile que de se plonger un couteau dans les veines, si le but ultime était qu'il survive à cette mésaventure.

Ça allait encore piquer. Asch le sut immédiatement au moment où Jesse prononça le nom de "Stephan", suivit de nouvelles explications. Il cligna donc des yeux, ferma la bouche, donna même l'impression de se fermer tout court, mais en réalité il se préparait juste à l'impact qui allait suivre. Oui vraiment : cette discussion lui donnait l'impression d'être un match de boxe. Ce qui était probablement la raison pour laquelle elle parvenait à l'intéresser autant.

Plus Jesse s'exprimait, et plus Asch sentait monter en lui une colère d'un nouvel ordre, bien qu'elle ne fut pas nouvelle, il la connaissait au contraire très bien : cette fameuse colère que l'injustice d'une situation pouvait produire. Au fur et à mesure des explications données, le videur sentait ses poumons s'emplir de fiel, et ses bras d'une force de frappe dangereuse qu'il allait forcément devoir relâcher quelque part à un moment ou un autre, à moins de vouloir auto-digérer ses propres intestins.

Il baissa les yeux sur la table lorsque Jesse décrivit la manière dont il se considérait lui-même : horrible, indigne d'intérêt et d'attention. C'était parfaitement vrai, mais il ne s'en étonnait même plus. Ce type était une véritable singularité dans le continuum des relations sociales. Les lois de la communication standards ne s'appliquaient pas à lui. Il savait tout avant qu'on lui donne les infos qui auraient dû être nécessaires.

Asch avait fait confiance à Stephan, parce que Stephan avait justement su percer ses défenses en premier lieu. Il avait cru que le métamorphe voyait au-delà de ce cliché que tout le monde lui collait sur la gueule par convenance. Il avait été gentil, attentionné, et il l'avait complètement fait fondre. Alors c'était quoi, ce putain de revirement ? Qu'est-ce qu'Asch avait fait pour mériter ça ? Il ne lui avait même pas gueulé dessus, ni rien... Ne s'était pas fermé comme il aurait pu le faire pour se protéger. Au contraire. Il l'avait laissé lui ravager la gueule de fond en comble, mais non. Jesse était en train de lui dire que Stephan avait fait marche arrière à cause de tout ce qu'il y avait eu avant.

Comment n'avait-il pas pu se rendre compte du caractère factice de son inimitié passée, après ce qu'il s'était passé ce matin, et probablement la veille ?

Asch se leva, les jambes subitement fortes à cause de l'imminence du déchargement de ses nerfs. Il ignora l'assiette tendue dans sa direction, pas parce qu'il avait l'intention d'être malpoli, mais parce qu'il n'avait pas d'autre choix. On sentait l'aura dangereuse caractéristique émaner de lui par tous les pores, sans même compter les éclairs violents que lançaient bien involontairement ses yeux sur absolument tout ce qui pouvait les croiser. Il allait péter un truc. Il préférait éviter que ça soit Jesse, la table, ou quoique ce soit de ce qu'il y avait dessus. Ça n'aurait pas été cool. Il était encore capable de faire preuve du discernement nécessaire pour diriger sa rage là où son explosion ne manquerait pas d'égards à celui qui, alors qu'absolument rien ne l'y avait tenu, lui avait sauvé la vie, et continuait de l'aider à y voir plus clair dans tout ce merdier.

Ce qu'Asch trouvait à Stephan ? En temps normal, il aurait su répondre. Mais pour le coup il était tellement en colère qu'il n'arrivait plus à voir les fameuses qualités qui avaient eu raison de lui. Stephan était gentil ? Ouais. C'est vrai que c'était SUPER gentil d'abandonner quelqu'un alors qu'on venait de lui promettre le contraire, et de le troubler profondément en lui roulant une pelle, simplement parce qu'on avait peur. Et la notion de responsabilités, dans tout ça ? C'était pas un truc optionnel, les responsabilités. Ça faisait partie du bagage obligatoire que tout être humain décent était censé porter. Même Asch savait ça. Et pourtant, il était un énorme boulet, en tant qu'être humain. Quand on faisait une promesse, on s'engageait. C'était pas possible de faire marche arrière aussi vite parce que "oh, tiens, là je me sens plus de le faire. C'est vrai que je suis tout seul au monde et que le reste des gens n'existe pas réellement, il ne s'agit que d'une expression altérée de ma psyché qui se présente sous la forme de personnes extérieures avec lesquelles je peux interagir, mais dans le fond je suis la seule entité capable de ressentir et de souffrir, et donc la seule dont les émotions et les envies comptent, si bien que je n'ai pas besoin de réfléchir au reste quand je prends une décision".

Il allait un peu loin dans l'interprétation, ce n'était peut-être pas ça, ou pas exactement ça, mais il était tellement énervé à cet instant précis qu'il était incapable de voir les choses autrement. Il regardait à la fenêtre en soufflant puissamment, un léger grognement présent dans chaque expiration entre ses dents serrées. Appuyé contre un des plans de travail, il en serrait le rebord avec les doigts si fort que ses jointures devenaient blanches et qu'il sentait le plastique/placo/bois stratifié plier sous la pression puissante. C'était vraiment chiant d'être un métamorphe. Ça devenait encore plus facile d'abîmer le matériel.

"... Si ça fonctionnait comme ça, j'en serais pas là..."

.. il ne choisissait pas de tenir ou pas à Stephan. Il était en colère contre lui et à cet instant précis il était le premier à se demander ce qu'il lui trouvait. Mais il ne choisissait pas. Il n'avait jamais choisi, sans quoi cela ferait longtemps que la présence du barman ne serait plus aussi "gênante". Malgré le souvenir cuisant de la saison des amours durant laquelle ils s'étaient rapprochés d'un peu trop près.

Et tout explosa donc d'un coup. Il attrapa un bol en train de sécher avec la vaisselle, et l'explosa brutalement dans le fond de l'évier, en regrettant presque que ça ne soit pas plutôt le crâne de Stephan, qu'il sentait se briser sous ses doigts comme une noix. Des tessons lui rentrèrent dans les doigts. Ça faisait mal, mais il s'en foutait. Il cicatriserait presque aussitôt, et puis cette souffrance l'aidait aussi un peu à évacuer. Parce que ça ne lui avait pas suffi. Il avait encore envie de casser des trucs. Si il arrivait à se calmer avant d'être obligé de se défouler sur les meubles, ça serait pas mal. Il en avait déjà suffisamment renversé la veille, et puis ça coûtait vraiment cher à remplacer.

"PUTAIN. Il a de la chance de pas être sous mon nez. J'ai VRAIMENT envie de lui défoncer la gueule, pour le coup. Au moins ça lui donnerait de vraies raisons de s'inquiéter."

...Stephan était donc son crush. Il n'avait même pas pensé à remettre ce détail en question, et pourtant, une petite partie de lui, celle qui n'était pas encore entièrement soumise à sa colère, était en train de lui glisser dans l'oreille que ça faisait très très très bizarre de le mettre en ces termes. Même si c'était vrai. Il en pinçait pour cet idiot. C'était la première fois de sa vie qu'il en pinçait vraiment pour quiconque.

... Bordel. Il avait vraiment une vie de merde.
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Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).

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