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 Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).

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Asch Räder
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MessageSujet: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Ven 28 Oct - 16:49

La première des perceptions qu'eut Asch lorsqu'il s'extirpa suffisamment du sommeil pour prendre conscience de lui même fut un fort battement à l'arrière de sa tête, qui élançait, explosait douloureusement à intervalle régulier. La douleur l'aurait fait gémir, si il avait su retrouver sa voix. Et c'est la que la deuxième de ses perceptions matinales entra en jeu : ses cordes vocales lui donnaient l'impression d'avoir passé la nuit dans un puit de charbon. Elles étaient enrouées, douloureusement mazoutées. En extraire le moindre son demandait le double d'efforts supplémentaires, et sa voix devait probablement avoir baissé d'une ou deux octaves dans la nuit. Génial. Ça allait être une journée fameuse. Il se tapait une gueule de bois magistrale, comme on en faisait pas deux. C'est alors qu'il se rendit compte que son estomac non plus n'était pas spécialement heureux de se lever. Ni aucun de ses organes internes, lesquels lui donnaient l’impression d'être en train de se liquéfier, ou bien de s'auto-essorer en frétillant douloureusement et en murmurant des "tuez moi" plaintifs, qui ressortaient sous la forme de gargouillis dégueulasses. Oh. Il allait falloir qu'il se redresse doucement, ou bien sinon, il allait gerber.

"Oh putain de merde... J'en tiens une grosse, là..."

Si il avait remarqué dans quelle configuration exactement il était en train de se réveiller, il aurait probablement évité de sortir tout haut des phrases dont le double sens flagrant avait toutes les chances de lui paraître terriblement "gênant" quelques secondes plus tard. Par chance pour lui, il n'y aurait d'autre témoin à cette scène que Tarek, couché au pied du lit, qui l'observait avec un air curieux qui ne lui ressemblait guère, et qu'Alcide dans l'entrée qui était visiblement en train de s'énerver sur sa balle en mousse. L'objet faisait des "skweek" aigus chaque fois qu'il la secouait, ou qu'il mordait dedans. Ce bruit de fond pathétique lui rappela subitement à quel point sa vie était à la fois ridicule et merdique, et il eut envie de rire de dépit. Il n'en fit rien, parce que ça aurait probablement détruit ce qu'il restait de sa tête. Et de son système digestif. Aucune secousse, doucement... Ou ça allait mal se finir.

Erreur, néanmoins. Ce n'était pas juste lui, Tarek et Alcide. Il y avait quelqu'un d'autre, ce qu'il avait évidemment oublié puisque ses souvenirs s'étaient évaporés avec les vapeurs d'alcool qu'il avait dû évacuer durant la nuit. Certains reviendraient certainement au fur et à mesure que la matinée s'écoulerait, mais pour le moment, c'était le trou noir complet. Il n'arrivait même pas à se rappeler à quel moment exactement se trouvaient ses derniers souvenirs de la veille. Il avait tellement l'habitude de terminer à l'envers qu'il n'en avait d'ailleurs plus rien à foutre. Il était plus inquiété par l'espèce de truc chaud et vivant sur lequel sa tête reposait. Et qu'il était en train d'enlacer, plus ou moins. Enfin. Il était plaqué contre à la manière d'un animal. Il se rappelait Alcide lorsque le chien avait décidé qu'il voulait passer la nuit avec lui en contact rapproché.

Il ouvrit grand les yeux et sentit son cœur s'arrêter durant une micro seconde. Son visage perdit ses couleurs. Son estomac faillit en profiter pour vider son absence de contenu, tant la surprise avait dérangé son métabolisme agonisant. Il y avait comme un courant d'air... Sur son cul. Ah. Non. C'était ses cheveux qui lui caressaient le dos et pas que. Ce qui signifiait qu'il était à poil. Ce qui expliquait la chaleur humide de son bras collé contre une peau inconnue et.... AH. Pas que son bras. Puis évidemment c'était le matin alors c'était sensationnellement peu discret.

Il n'y comprenait rien mais était à peu près certain qu'il voulait décoller cette partie un peu trop rigide de son corps du truc chaud et vivant contre lequel elle était plaquée. Il n'était suffisamment proche de personne pour que ça soit une bonne idée de l'y laisser. D'ailleurs il se demandait bien comment quiconque avait réussi à se retrouver chez lui, dans son foutu lit. Parce qu'il était chez lui. Les bruits du chien qui prenait son pied avec le jouet couinant voulaient tout dire. Il aurait reconnu les glapissements joyeux d'Alcide entre mille. Peut-être un truc de canidés...

... Son esprit essayait de partir en vacances pour tenter d'oublier la présence du truc à côté de lui. C'est vrai que c'était un peu compliqué de gérer à la fois cette envie de gerber magistrale, le mal de crâne et la douleur généralisée qui allait avec, et la mauvaise surprise de se retrouver avec quelqu'un dans son pieu. Et nu. Et en plus, ça sentait le mâle, et c'était pas lui. Enfin si mais pas que. A cet instant précis, où il avait juste envie de pleurer, il maudissait ses sens augmentés par sa "transformation" tardive. C'était complètement con et incohérent : il aurait fini par découvrir qui était dans son lit sans cette information spécifique, mais voilà : il se raccrochait à ce qu'il pouvait, et trouver un responsable sur qui taper avait toujours été l'une de ses premières réactions lorsqu'il lui fallait d'urgence trouver une soupape de sécurité.

Oh pitié non. Ça sentait le foin. Non, pas le foin. Mais un truc qui lui évoquait les odeurs de ferme et donc de foin. Un animal cagneux fait d'os plus que de chair qu'on trouvait à la campagne et en montagne. Fallait-il vraiment le nommer ?

Non. Non non. Ni même le regarder en fait. Pâle comme un mort, Asch se redressa à toute vitesse et chercha tant bien que mal à arracher les couvertures histoire de cacher sa nudité. Eh voilà... Il avait bougé trop vite, et son envie de vomir faillit passer au delà des limites du glamour. Sa tête faillit exploser. Il porta une main devant sa bouche et attendit que ça veuille bien se calmer. Il avait la tête qui tournait super fort. Il était encore bourré.

"... Qu'est-ce que c'est que ce BORDEL."

Si on se fiait à son expression, on aurait dit qu'un cataclysme nucléaire venait de s'abattre sur l'ensemble de la Louisiane, voire peut-être des Etats-Unis.
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Stephan Carter
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Dim 30 Oct - 13:58

Il y avait une chose qu'on oubliait après des années à dormir dans un abri improvisé sous un pont : le confort d'un matelas moelleux et chaud. Enfin, Stephan n'avait pas oublié la sensation, mais il fallait bien admettre qu'il l'avait peut-être volontairement écartée de son esprit pour mieux supporter sa condition de sans domicile... Mais il fallait admettre que là, dans le moment, il se trouvait dans un paradis assez magique. Il n'avait pas mal au dos, il ne se sentait pas rouillé ou courbaturé par les ressors de son matelas, il n'y avait pas le bruit de véhicules et gens passant sur le pont en allant au travail. Stephan se trouvait dans un calme interne assez magique, et pour une fois depuis longtemps, il se sentait tranquille, léger. Une bonne nuit de sommeil après un craquage émotionnel, ça faisait ce genre d'effet, bien qu'il ne s'y était pas vraiment attendu.

Il était réveillé depuis un moment, mais était ravi de juste rester là, les yeux fermés à contempler le calme qu'il ressentait. S'il n'avait pas été si pris dans cela, il se serait certainement levé pour aller préparer un petit déjeuner ou quelque chose pour Asch. Il se doutait bien que ce dernier n'allait pas être dans le meilleur des états en se réveillant. Mais pour le moment, entre la tranquilité et le fait que le videur était toujours collé à lui, il s'était dissuadé de bouger. A un moment il avait ouvert les yeux, pour voir le chat rouge assit sur le sol de son côté du lit. Ce denier l'observait; mais lorsqu'il vit que Stephan le voyait, il grogna un peu et lui tourna le dos, quittant son champ de vision. La biquette aurait pu rire s'il n'avait voulu réveiller Asch en le faisant. Il préférait que ce dernier émerge à sa façon, à sa vitesse... Se souviendrait-il juste des événements du soir précédent? Il n'en n'était pas certain, mais verrait bien le moment fatidique arrivé.

Stephan restait inquiet néanmoins. Asch avait des réactions tellement vives, tellement inattendues qu'il avait peur qu'il s'énerve à peine se rendrait-il compte, enfin sobre, que Stephan était là, dans son lit, et que lui-même eh bien... Etait nu. Il pria subitement pour que cela ne creuse pas le fossé existant déjà entre eux; Asch avait besoin de soutien, et il l'avait bien prouvé quelques heures avant. Maintenant fallait-il que, sans la facilité de l'alcool, ce dernier daigne l'admettre. Ivre, Asch était bien plus approchable; sobre, c'était un tout autre animal.

Il entendit les gargouillements plaintifs de l'estomac d'Asch avant d'entendre le méta lui-même... Sa phrase aurait d'ailleurs fait rire Stephan, et il aurait même laissé échapper un "je ne te le fais pas dire" si la situation n'avait pas été critique pour que leur relation prenne une stabilité dont le videur avait besoin. Il lui fallait quelqu'un sur qui compter, quelqu'un qui le lâcherait pas au premier problème arrivé. Il voulait comprendre le métamorphe rouge, et pour cela il fallait vraiment gagner sa confiance. Si seulement c'était chose facile. Peut-être qu'il se souviendrait de quelques trucs? Après tout Stephan l'avait accompagné tout du long sur sa route ivre hier soir, et avait fait de son mieux pour que le loup aille bien...

Il croisa intérieurement les doigts et laissa son esprit dériver un peu en attendant qu'Asch reprenne un peu conscience, notant que sa voix était très rauque. Il devait avoir soif, et faim... Il devait être tellement déshydraté, la gueule de bois devait se faire sentir. Il se demanda alors si cela n'aurait pas été mieux, qu'il soit dans la cuisine ou quelque chose quand Asch se réveillait correctement. Le choc aurait peut-être été moins violent pour lui? Trop tard maintenant. C'est ainsi que Steptan demeura immobile comme une statue, attendant que le videur réagisse, ou agisse, ou n'importe quoi. Il préféra faire mine de dormir tant qu'à faire; il préférait l'idée à ce qu'Asch ouvre les yeux et le voit en train de le fixer. Tu parles d'horrible comme réveil.

Il sentit le métamorphe rouge bouger, se retirer un peu de lui (alors qu'il avait été heureux comme une moule collée à un rocher avant) - peut-être s'était-il rendu compte qu'un être vivant autre que son husky était à ses côtés? En même temps, avec les bruits que faisait Alcide et son jouet, c'était facile de deviner que c'était ni lui ni Tarek. En même temps, avec le chat rouge ça risquait pas d'arriver. Faisant toujours l'inconscient, Stephan écouta attentivement Asch. Ce dernier dû capter quelque chose, nul doute de ça d'ailleurs. La biquette ouvrit automatiquement les yeux d'inquiétude pour voir que le méta s'était redressé à toute allure pour attraper de façon paniquée un bout de couette afin de protéger ses parties intimes. Et voilà qu'il allait se faire des idées, à tous les coups. Après leur mésaventure pendant la saison des amours, il allait en pleuvoir des accusations de perversité et de "profitage des personnes ivres". Si cela ne serait dit à voix haute, il était certain qu'Asch, nouvellement réveillé, aurait ces pensées-là au moins une fois. Ca et le fameux "je suis pas gay" qu'il lui avait hurlé en pleine figure auparavant. Mais passons, pour le moment, il avait juste exprimé son "étonnement" ou plutôt sa confusion de la situation dans son ensemble. Son expression était à la fois terrifiante et hilarante... Dire qu'il avait caressé ce visage sous forme lupine le soir d'avant... Les choses changeaient après une nuit de sommeil. Y allant avec des pincettes, Stephan se redressa doucement, sans pour autant se rapprocher d'Asch. Il leva ses mains en reddition, comme pour vouloir le calmer ou le rassurer.

"Du calme Asch, il ne s'est rien passé, tu t'es transformé hier, c'est tout."

Oui, commencer par ça semblait être une relativement bonne idée, vu leur relation. Cette impression de déjà-vu était assez désagréable somme toute. Il se voyait mal à expliquer tout d'une traite les événements du soir précédent, surtout avec un Asch assailli par la gueule de bois.

"Je t'ai juste ramené chez toi, tu étais ivre."

Si ce n'était dire TRES ivre, mais passons. Maintenant Stephan se retrouvait dans la situation pénible où Asch avait toutes les chances de paniquer s'il ne se souvenait de rien. Au lieu que cela n'arrive ainsi, il préféra se lever doucement.

"Je vais te trouver un truc à manger, et quelque chose pour ton crâne. Tu dois avoir un mal de chien."

Fuir, Stephan? Non jamais voyons. Il était vrai qu'il était plus dans la confrontation que dans la fuite, mais se confronter à Asch aurait été la pire des erreurs possibles, surtout qu'il ne voulait pas le gêner ou le froisser. Au moins il aurait le temps de s'habiller, de se remettre un peu les idées en place pendant que Stephan trouvait un truc pour soulager son estomac gargouillant.
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Asch Räder
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Sam 12 Nov - 12:44

A l'extrémité de son champ de vision périphérique, Stephan eut l'excellente idée de lui dire tout de go qu'il ne s'était rien passé. L'information monta à sa bouche avant de passer par le cerveau :

"... T'es sûr ?"

... Puis il se rendit compte que c'était le dernier des trucs à dire, et il devint aussi rouge que ses cheveux. Il se mit à balbutier en essayant de se justifier. Et pendant ce temps son estomac produisait des bruits inquiétants. Et sa nausée montait en force, histoire qu'il se sente encore plus mal qu'il ne l'était déjà.

BIEN SUR qu'il était sûr.. Hein ? Il ne lui aurait pas menti quand même ? Ok Stephan était régulièrement con et naïf et il l'agaçait, surtout quand il se laissait copieusement avoir par Précieuse qui lui faisait son numéro de la gentille patronne - même lorsqu'elle le forçait à porter des tenues tendancieuses et clairement moqueuses à l'encontre de son totem - mais au point de lui cacher un truc pareil ?

Et puis de toute façon, c'était évident, qu'il ne s'était rien passé. Enfin bon ! Même bourré, en dehors de la saison des amours, qu'aurait-il été foutre à faire ce genre de trucs avec un autre mec ? Asch savait qu'il paniquait à un point où ses émotions ne sauraient bientôt plus sortir que par une explosion de colère, sauf qu'il n'était pas certain de savoir contre qui la diriger. Stephan aurait été une cible facile, mais il était tellement paumé qu'il n'arrivait même plus à quoi savoir lui reprocher. Il était d'autant plus troublé que la chèvre était en train de lui dire qu'il s'était transformé dans la nuit. Et il n'avait bouffé personne ? Le barman l'aurait donc ramené tandis qu'il était ivre.

Toujours aussi cramoisi, Asch avait ramené ses genoux contre lui et on voyait qu'il faisait tous les efforts du monde pour ne éclater. Pour ne pas se mettre à taper sur tout ce qui bougeait - ou qui ne bougeait pas - autour de lui. Pour réguler sa respiration frémissante et éviter de succomber à l'envie qu'il avait de hurler. Il avait baissé la tête. Deux doigts entouraient l'arête de son nez et il essayait de réfléchir, le visage secouée de spasmes. Donc, reprenons : son collègue l'avait ramené chez lui tandis qu'il était ivre ?

Ça devait être vrai, parce qu'il se rendait compte que certains trucs lui revenaient, par flash. Une image de Stephan, déformée par l'alcool et qui lui parlait de trucs bizarres... Concours ? Vraisourire ? Des shots... Oh, fichtre. Le goût de la vodka lui revint en bouche et il dût se concentrer pour ne pas gerber, la main fermement plaquée contre sa bouche.

"... Je me suis transformé et j'ai attaqué personne. TU TE FOUS DE MOI ? Comment est-ce que je suis censé croire CA ?"

... Et voilà. Quelque chose avait fini par déborder mais il suffisait de le regarder pour se rendre compte qu'il ne croyait pas une seconde à ce qu'il venait de dire. Il avait juste fallu qu'il sorte un truc, quitte à ce que ça soit de mauvaise foi. Il paraissait extrêmement perturbé par les informations qui lui étaient données.

Stephan eut une nouvelle bonne idée, laquelle était de quitter la chambre provisoirement, sous prétexte de lui apporter de quoi soigner sa gueule de bois. Double bonne idée en fait. Il avait vraiment mal et il appréciait son aide.

.... ET DEPUIS QUAND APPRÉCIAIT-IL L'AIDE DE STEPHAN ?
C'était inconcevable et pourtant, il sentait qu'il y avait quelque chose de différent, au bord de ses souvenirs. Quelque chose qui était à la fois là, et pas là. Peut-être que ça lui reviendrait plus tard. Il n'était pas sûr de le vouloir parce que ça lui faisait sacrément peur. Que s'était-il exactement passé, cette nuit ?

Pour toute réponse, il poussa un grognement de mauvaise humeur, mais d'assentiment. C'était tout le mieux dont il était capable pour le moment.

Dès que Stephan eut quitté la chambre, Asch tira les couvertures, et les plaqua sur lui comme une espèce de cape de honte qui lui cachait le visage, presque au point de l'empêcher de respirer. Il en avait eu, des blackouts... Mais alors ça faisait longtemps qu'il n'en avait pas eu un d'aussi cuisant.
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Stephan Carter
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Mar 15 Nov - 15:55

Asch avait réagit de façon prévisible, mais ça n'en restait pas moins facile pour Stephan qui voulait juste qu'il se calme. S'il y avait eu un moyen rapide et efficace pour le rassurer, il l'aurait fait de suite; déjà il avait dit que rien ne s'était passé entre eux, c'était un bon début selon lui (par expérience avec les gens comme le videur.)

Cependant le "t'es sûr?" qui échappa du méta rouge le fit le regarder. Il n'était pas sûr si c'était pour cause de ce qu'il venait de dire ou un quelconque malaise dû à sa gueule de bois, mais il lui semblait particulièrement rouge. Pas qu'il allait commenter dessus, au risque de mettre son collègue plus en rogne encore. Pourquoi ça ne pouvait pas être facile comme situation....? Il hocha néanmoins la tête en réponse à Asch, ne disant rien, préférant faire comme si de rien n'était.

Il continua en lui expliquant qu'il l'avait ramené. Et quelle aventure ça avait été... Déjà pour le faire boire ses shots rapidement qui avait inévitablement mené à l'éjection des liquides ingurgités... Il aurait peut-être fallu s'y prendre autrement, mais il avait trouvé urgent de ramener Asch chez lui. Et puis en plus, le barman lui avait bien fait comprendre qu'il s'était déjà retrouvé dans des états aussi lamentables, et tout ça pour se retrouver à dormir dans la rue. Ce n'était pas quelque chose qui pouvait arriver sous supervision de la biquette.

L'explication de sa nudité avait été l'une des premières priorités, mais c'est seulement maintenant qu'il semblait le capter. La façon dont il se recroquevilla, tremblant, le visage parcouru de spasmes nerveux. La vue fit de la peine à Stephan, qui aurait voulu juste lui montrer qu'il était sincère, et qu'il n'avait eu aucune intention de le mettre mal à l'aise.

Les pensées devaient tourner dans sa tête si bien que Stephan pouvait presque en entendre les rouages... Mais Asch était une créature d'action, il fallait le dire. Lorsqu'il se plaqua la main contre la bouche pour ne pas vomir, Stephan fut persuadé qu'il s'empêchait d'hurler. Ca fit plus mal qu'il ne l'aurait anticipé... Les mots suivants d'autant plus. Le débordement émotionnel frappa le méta chèvre de plein fouet, si bien qu'il plissa un peu des yeux tout en se penchant pour s'éloigner d'Asch par réflexe. Il détourna le regard, sentant une douleur remonter de son estomac à sa gorge. S'il avait regardé le méta rouge à l'instant il aurait vu que ce n'avait été que ça, un débordement, mais il n'osa pas le regarder. Ca faisait mal de le voir ainsi, de l'entendre dire des choses comme ça...

Il n'y avait rien d'autre à faire que de se lever, fuir, chercher un truc qui calmerait Asch et, il le supposait fortement, son mal de crâne. Il espéra subitement qu'il avait au moins un truc à grignoter dans son frigo... Il s'arrêta à la porte, ne se retournant pas pour ajouter :

"Tu as si peu confiance en toi que tu penses que tu serais forcément agressif sous forme lupine... Mais je ne t'ai jamais vu aussi calme que sous cette forme."

Maintenant c'était à son tour d'avoir les mains qui tremblaient. Ca l'énervait qu'Asch pense ça de lui-même. Si seulement il pouvait se voir correctement...! Rah, chier. Tant pis. Non sans enjamber les meubles tombés à la nuit d'avant, il entra dans la pièce... C'était le boxon ici. Il commença par trouver la poubelle pour y mettre tous les contenus des cendriers, et il posa les cadavres de bouteilles vers la porte provisoirement. Faudrait jeter tout ça mais il ne savait pas si y'avait une benne pour dans le coin. Il remonta ses manches alors qu'il chercha une boite d'aspirines ou quelque chose... Ah à côté de la machine à café, une boîte ouverte. Stephan soupira. Il n'y avait pas grand chose de surprenant à ce qu'elle se trouve là. Il retint son envie de grommeler et chercha le nécessaire pour faire du café.

Une fois ce dernier en route il prit un élastique de son bras et s'attacha les cheveux, nettoyant ce qui était en dehors de l'évier... L'intérieur allait devoir attendre, il n'y avait pas assez de place pour tout faire sécher en même temps. Une fois cela laissé à sécher, il se posa devant la machine à café, regardant le liquide noir dégouliner dans le récipient. Appuyé au comptoir, il constata qu'il grinçait des dents. Bon, non, fallait pas qu'il lâche l'affaire. Il se redressa pour regarder dans le frigo. Lorsqu'il l'ouvrit, il eut une petite remontée gastrique qu'il cessa au plus vite. Okay, tout là-dedans était à jeter, et à ce qu'il avait vu, y'avait même pas un truc mangeable. Chier, il allait devoir acheter quelque chose... Du pain serait un début. Mais pour ça il attendrait qu'Asch soit un peu plus réveillé, pour qu'il puisse venir lui ouvrir au retour quand même... Et qu'il puisse lui dire qu'il sortait acheter quelque chose; pas qu'il croit qu'il le lâchait totalement sans prévenir.

Il se remit donc face à la machine à café, qui grognait. Parlant de grogner, il cru entendre quelque chose à ses pieds... Tournant la tête, il vit Tarek le chat rouge assit, le regardant. Il grogna et se retourna une fois que leurs yeux se croisèrent, mais le félin ne partit pas loin. Il s'assit sur le bout de comptoir libéré de vaisselle sale. Le chat fit mine de l'ignorer, mais il ne rata pas l'oreille qui se tournait vers lui de temps en temps, comme faisant attention à ce qu'il faisait. Stephan sourit.

"T'as de la fierté toi aussi hein... Et un caractère de merde. Je me demande qui tu me rappelles tiens..."


Il soupira; le café était finit. Avant tout il essuya la table pour y poser un verre d'eau et deux cachets. Il prit deux tasses propres mais ne servit que la sienne, attendant qu'Asch apparaisse pour lui servir le sien. Il s'appuya un peu sur le rebord du comptoir et bu son café. Après quelques gorgées il sortit ses propres clopes et s'en fuma une. Au moins, il pouvait jeter sa cendre dans un cendrier tout propre!
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Jeu 17 Nov - 0:22

Du coin de l’œil et suite à sa plainte bruyante, il avait vu Stephan reculer. Et ça lui avait fait inexplicablement mal de le voir réagir de cette manière. Comme si il lui avait fait peur, finalement. C'était pourtant quelque chose à quoi il était habitué. Lui qui tirait la gueule en permanence et s'énervait au moindre souci. Les gens n'aimaient pas ça, et après, ils s'éloignaient, et l'évitaient. Ça ne lui avait pas toujours plu dans tous les cas. Ça avait amené à de gros malentendus avec des personnes avec lesquelles il aurait voulu réussir à s'entendre (Alice en étant l'exemple le plus flagrant), mais dans le cas de Stephan, ça aurait dû l'arranger. Alors pourquoi se sentait-il l'envie de chialer ?

A moins que ce fut juste son humeur habituelle qui pointait son nez au dessus de la couche de gueule de bois... Il y avait peut-être de ça. Mais il avait l'impression que ce n'était pas tout.

Avant de partir, Stephan s'adressa à lui. Et ça aussi, ça faisait mal. Les yeux du loup s'écarquillèrent. Il peinait à croire que ce son collègue lui disait - qu'il avait été plus calme sous forme animale qu'il ne l'était habituellement sous forme humaine - mais ce n'était pas ça, qui le dérangeait vraiment. C'était plutôt l'ironie de toute cette affirmation. Il parlait dans le vide. Il n'était au courant de rien. Un vent de colère épars monta en lui. C'était injuste, de lui dire ça. N'avait-il pas pensé une seconde qu'il lui manquait des informatisons ? L'absurdité de toute cette situation le frappa, tant et si bien que ses émotions finirent par trouver un biais alternatif pour sortir : Il éclata d'un rire sans joie. Presque muet, et dont on voyait comme on entendait qu'il pourrait facilement se transformer en sanglots. Il dut attendre que la crise daigne se calmer, une dizaine de secondes plus tard. Puis il marmonna à l'égard de la chèvre, qui était dans l'autre pièce, et sans se rendre compte que son ouïe pouvait effectivement lui permettre de l'entendre parler :

"... C'est pas possible d'à ce point parler sans savoir... Imbécile..."

Cela avait au moins eu un effet positif : il s'était pris une sorte de douche froide. Il n'était pas énervé contre Stephan, étrangement... C'était juste que son affirmation tristement à côté de ses pompes l'avait plombé, ce qui avait eu le don de calmer sa panique aussi, ainsi que l'envie qu'il avait de tout péter. Tant que ça durait...

Ces préoccupations annexes écourtèrent peut-être un peu le temps qu'il passa à bader sur son lit, dans les couvertures, à se demander pourquoi la vie. Se réveiller à poil avec Stephan Carter dans son lit aurait été en mesure de lui filer une gueule de bois même si il n'avait rien bu. Pourtant au bout de dix à quinze minutes, il parvint à se faire une raison. Il retrouva ses fringues et les passa, en attendant de faire mieux. Il avait l'impression de flotter, la tête bourdonnant. Il avait volontairement déconnecté son cerveau histoire d'éviter de criser.

Il ne pouvait décemment pas laisser Stephan galérer seul dans sa cuisine, même si il n'était pas certain de savoir comment il vivait sa présence. Ça aurait été comme... de le snober. Snober quiconque aurait été franchement indécent de la part d'un mec comme lui. Même si c'était pour protéger ses émotions d'une attaque de gêne supplémentaire.

Il passa la porte à l'exact moment où Stephan, en grande conversation avec son chat, était en train... De parler de lui. Très probablement. De la fierté et un caractère de merde... C'était la description succincte qu'on lui associait généralement. Et il était trop au courant de la véracité de la chose pour réussir à s'en offusquer dans ces conditions. Aurait-il été plus en forme, ça aurait été à voir. Embarrassé par la situation, il se racla la gorge, avant de se rendre compte que c'était une très mauvaise idée. Maintenant, Stephan allait se rendre compte qu'il l'avait entendu, et ça allait être encore plus compliqué.

Il détourna les yeux, en panique. Il n'osait même plus s'asseoir à sa propre table. Il s'approcha machinalement d'Alcide, qui était en train de dormir dans sa panière, et il lui remplit son bol de bouffe. Et celui de Tarek aussi, parce que le laisser crever la dalle n'aurait quand même pas été super cool. Puis, il caressa le poil du chien qui poussa un gémissement d'aise et se tourna sur le ventre à la recherche des caresses. Parfait... Au moins, il savait quoi faire de ses bras. Même si il n'allait pas pouvoir faire ça pendant trois heures. Ça allait finir par être suspect. Merde... Qu'est-ce qu'il était censé glander ?
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Stephan Carter
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Jeu 17 Nov - 1:59

Stephan avait fuit la scène, non sans lâcher un dernier commentaire. Il ne comprenait plus rien, il voulait aider Asch au possible, mais comment faire quand lui-même daignait comprendre qu'il le méritait? Certes il ne le connaissait pas bien, mais avec les informations recueillies grâce à Alice et Cooper, il pouvait au moins se faire une petite idée de l'envers du décor... Sans parler de ce dont il avait été témoin la nuit d'avant. Il avait envie de crier, de hurler, de faire rentrer dans son crâne épais qu'il valait mieux que ce qu'il pensait... Mais ça n'apporterait rien. Asch n'avait pas besoin qu'on lui hurle dessus, il avait besoin de soutien, même si lui-même ne le savait peut-être pas réellement.

En quittant la salle, il ne s'était pas attendu à une réponse, mais c'est lorsqu'il vidait les cendriers qu'il l'entendit... Il resta immobile l'espace d'un instant, figé, et regarda l'objet qu'il avait dans les mains. Okay, il connaissait mal le videur, ne savait pas en détail ce qu'il avait vécu ces dernières années depuis qu'il bossait aux Plaisirs Coupables... Mais merde... Qu'il se fasse traiter d'imbécile par le méta rouge fit plus mal qu'il ne l'aurait imaginé. On l'avait souvent insulté, et de façon plus violente et flagrante... Mais cette douleur là les surpassait toutes. Il grinça des dents et continua de ranger, faisant comme si son ouïe de métamorphe ne lui avait pas permis d'entendre. Des fois il aurait voulu être un norme lambda, comme Cooper, qui traînait avec des Outres mais n'avait pas à en subir les effets immédiats. Ces effets qui les dissociaient du reste de l'humanité.

Il tenta tant bien que mal de garder son esprit occupé, essayant de ne pas penser aux mots du videur. Oui il parlait peut-être trop et n'avait pas conscience de tout... Mais merde il essayait pourtant de pas en faire trop...!

Il évita tout marmonnement en nettoyant les lieux, du moins débarrassant ce qu'il pouvait au possible. Il fit donc le café, ouvrit le frigo, puis retourna au café. La vaisselle était un tier faite, il songeait à faire la suite... Mais non. Il préféra parler au chat tiens.

Au même moment Asch se râcla la gorge. Il se tourna rapidement pour le voir, subitement rouge du fait qu'on l'ait surprit dans sa conversation avec Tarek (bien que conversation n'était pas tout à fait le mot. Monologue était plus propice). Il le vit détourner les yeux et même s'éloigner un peu pour remplir la gamelle d'Alcide. Ce dernier était sagement en train de dormir; une aubaine pour Stephan. Il n'était pas près de vouloir reproduire l'expérience du soir précédent. La chèvre en profita pour rapidement passer un coup d'éponge sur la table et y mettre le verre ainsi que les cachets. Il se servit un café, puis rempli la seconde tasse qu'il mit sur la table. Asch était pas prêt de revenir vers lui dans ces circonstances... Bon. Il entendit plus que vit Asch et Alcide. Il sourit faiblement. Maintenant il avait l'impression d'imposer sa présence dans ces lieux, surtout qu'on ne lui avait pas demandé.

Gêné plus par sa propre présence que celle du videur et ses animaux, il bu quelques gorgées de café avant de reposer sa tasse. L'atmosphère était lourde de gêne, et il n'allait pas supporter ça longtemps. il fallait prendre une décision, maintenant qu'Asch était là. Stephan traversa donc la salle sans regarder le videur et se dirigea vers la porte, disant un peu trop rapidement :

"Je sors acheter un truc, tu m'ouvriras la porte?"

Il partit sans attendre de réponse, son visage chaud, ses mains tremblantes. Se sentir impuissant était la chose la plus pénible qu'il pouvait ressentir. Lui qui avait été si détendu le matin même avant que le méta rouge ne reprenne conscience... Penser qu'il avait vidé ses émotions négatives avait été une erreur ; d'autres revenaient à la charge pour les remplacer. Ugh.

Il suivit le trottoir, mains dans les poches de sa veste en jean, cigarette à la bouche. Il prit bien attention à l'adresse pour pouvoir retrouver l'appart d'Asch; ça serait con qu'il parte et revienne pas parce qu'il s'était perdu. Heureusement qu'il avait un bon sens de l'orientation. Il y avait quelques personnes qui marchaient dans la rue, plusieurs avec du pain sous le bras - il leur demanda où se situait la boulangerie la plus proche, ou l'épicerie peu lui importait. On lui indiqua l'établissement, et il y entra rapidement, après avoir jeté son mégot dans une poubelle, tout en ayant failli sursauter à la sonnette qui indiquait son entrée. Brr, il était trop tendu. Il acheta du pain et un petit sachet de pâtisseries - des "pains au chocolat"; son accent français était vraiment dégueulasse cela dit.

Il rebroussa ensuite chemin pour retourner chez Asch, courses dans les bras. Il espéra subitement qu'Asch n'avait pas verrouillé la porte, et allait le laisser rentrer... Il n'y avait pas de raison pour qu'il le fasse, mais on ne savait jamais. Le méta rouge était imprévisible maintenant qu'il avait vu d'autres aspects de lui. Le barman avait très certainement fait un jugement hâtif sur son caractère... Et ça il le regrettait. Maintenant il tenait à se rattraper, du mieux qu'il pouvait.

Une fois arrivé il frappa trois coups sur la porte et attendit qu'on lui ouvre.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Ven 18 Nov - 13:56

... Bon. C'était un peu.......... Gênant. Au bas mot. Stephan continuait de s'affairer dans sa cuisine sans lui adresser le moindre mot. Il commença à se sentir de trop alors qu'il était pourtant chez lui. Est-ce qu'il lui tirait la gueule ? Pourquoi est-ce que ça lui importait ? Et qu'est-ce qu'il aurait dû faire, merde ? Il se sentait complètement paralysé, incapable de tourner son regard du poil d'Alcide et de faire autre chose que de continuer ces mouvements pour flatter le chien. Chien qui paraissait aux anges. Il n'avait pas l'habitude qu'Asch lui accorde autant de temps ni ne se montre aussi affectueux. Pas quand il ne puait pas l'alcool, du moins.

... Est-ce que Stephan pouvait dire QUELQUE CHOSE, oui ou non ? Ça devenait franchement perturbant. Angoissant, même. Et enfin, sa voix s'éleva, mais pas exactement dans le sens où Asch l'avait attendu.

"Je sors..."

Son estomac lui tomba dans les talons. Il se crispa sous l'effet d'une panique subite. Il ne voulait pas être seul. Euh... Deux secondes. Être avec Stephan n'aurait-il pas dû être pire ?

"... acheter un truc, tu m'ouvriras la porte ?"

... Ah. Ce n'était rien que ça. Il fit de son mieux pour cacher le soulagement étrange qui le submergea. Il avait honte d'être en proie à ce type d'émotions, d'autant plus qu'il ne captait pas d'où elles lui venaient. Merde... Comment répondre. Il ne voulait pas l'envoyer chier - ça aurait été indécent - mais d'un autre côté, lui donner son accord lui faisait mal à la gueule. Accepter de lui ouvrir la porte avait quelque chose de symbolique. C'était accepter de réduire la distance entre eux. Accepter ce qui s'était probablement passé cette nuit. Les réactions de Stephan à son égard n'avaient rien de commun avec ce qu'elle avaient été tout ce temps et Asch avait beau être con, il ne l'était pas encore assez pour ne pas se rendre compte de ce qui formait la différence. Il avait été bourré en présence du barman. Il devait avoir eu des réactions... éclairantes.

Mais la porte claqua et le loup s'en trouva instantanément soulagé. Il préférait ne pas avoir à mettre de mots là-dessus. Ne rien avoir à valider par la parole, même si il allait être condamné à devoir agir. Suite à quelques dernières secondes de paralysie, il se redressa, l'esprit gourd.

Sa tête tournait. Il avait toujours aussi mal partout et envie de gerber, mais ce n'était pas que pour ça qu'il avait l'impression de flotter à trois mètres au dessus du sol. Il était en pleine hallucination. Lentement, il posa les yeux sur le paysage rafraîchi. Stephan avait rendu la cuisine plus présentable. Fait le café. Il avait même commencé à nettoyer la vaisselle. Il baissa les yeux au sol et passa une main sur ses lèvres. Une vague de honte le submergea. Il n'avait pas à se tracasser à ce point pour lui. Ça aurait probablement été moins embarrassant qu'il s'en retienne.

Il fallut bien trois ou quatre minutes au rouquin pour réussir à se décider à bouger. Tout ce temps il avait gardé les yeux fermés, et avait essayé d'ignorer les sentiments de haine de soi mêlés d'embarras qui l'avaient envahi. Ce fut la raison qui le sauva.

A ce rythme le café allait refroidir. Ça aurait été irrespectueux vis-à-vis des efforts de Stephan qu'il laisse une telle chose arriver. Irrespectueux aussi qu'il profite du fruit de son travail pendant qu'il était absent. Il était incapable de lui montrer de la reconnaissance directe, parce que ça impliquait trop de trucs. Néanmoins il pouvait au moins faire en sorte de donner à ses attentions la valeur qu'elles méritaient.

Bien. C'était décidé. Il prit une grande inspiration et avança jusqu'au plan de travail où se trouvait un rouleau de sopalin, dont il coupa deux bouts doublés. Il alla en recouvrir les  tasses de café dans l'espoir d'en garder la chaleur jusqu'au retour de son collègue. Puis il remplit le verre d'eau et avala le cachet qu'il lui avait préparé. Ensuite, il prit une chaise, se percha dessus et resta dans cette position, le nez entre les doigts, tout le temps qui sépara ce moment du retour de la chèvre. Ça n'était pas bien difficile de patienter : il avait tellement mal à la gueule que c'était l'action, plus que l'inaction, qui lui était devenue difficile à maintenir.

Trois coups frappèrent. Sa gorge se serra. Néanmoins il avait pris sa décision depuis longtemps. Laisser Stephan à la porte aurait été très moche. Même sa fierté ne l'aurait pas admis. Il prit son courage à deux mains et approcha du loquet, qu'il ouvrit. Il poussa le battant de quelques centimètres pour laisser Stephan entrer mais ne prit pas le temps de croiser son regard, afin de lui cacher son expression de gêne distendue. Il retourna s'asseoir à table et retrouva sa position précédente.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Dim 20 Nov - 1:32

Stephan avait peut-être été un peu trop pressé de sortir, mais en même temps, il n'avait pas vu d'autres options. Peut-être que s'ils avaient réussi à commencer une conversation il se serait éclipsé un peu plus tard, ou sans cette impression qu'un rocher allait lui tomber sur la gueule des cieux s'il ne partait pas dans l'instant. Les moments tendus avec Asch il y en avait toujours beaucoup, mais rien de comparable à ça.

Avant de partir il n'avait pas su quoi faire ou dire, donc il avait juste fait ce qui lui semblait pas plus simple... Nettoyer, ranger un peu. C'était déjà mieux comme ça déjà, mais ça ne retirait pas le nuage presque opaque de tension dans la salle. D'autant que le videur avait entendu Stephan parler au chat, et ça c'était gênant dans l'action même... Surtout qu'il avait comparé le caractère du félin rouge au métamorphe loup. Bien sûr Asch n'avait pas commenté dessus outre s'être raclé la gorge. Etait-il énervé? Avait-il été vexé par la comparaison? Est-ce qu'il aurait préféré que Stephan se casse tout bonnement mais ne savait pas comment trop lui faire comprendre?

Bien sûr, une discussion claire aurait répondu à nombre de ces questions, mais ce n'était pas gagné entre un type constamment gêné par le barman et ce dernier qui pensait juste qu'il allait faire plus chier le videur qu'autre chose. Enfin bon.

Du coup il était sortit rapidement après avoir servi le café, mais n'avait qu'à peine entamé le sien. Il n'aurait pas supporté de rester plus longtemps, même pour finir la boisson... C'était juste trop pesant. La fuite avait donc été accomplie ainsi, et il était partit acheter de quoi manger. Du pain, des pâtisseries, c'était un bon début déjà. Il essaya de ne pas se demander depuis quand Asch n'avait pas eu un bon repas... Il n'en savait rien, et préférait ne pas penser à la vaisselle en guise de réponse. Ca avait tendance à s'accumuler ces trucs-là, donc ça ne pouvait pas vraiment être un indicateur, si?

Rah toutes ces questions sans réponses, ça l'angoissait. N'importe qui serait peut-être pas allé jusque là, et ça aurait sans doute été mieux selon son humble avis. S'il était partit avant qu'Asch se réveille, ce dernier se serait certainement demandé comment il était rentré et ce qu'il s'était passé, mais n'aurait pas eu à subir le réveil cuisant qui avait suivit. Il se mordit la lèvre. Il se sentait coincé entre un buldozer et une fosse pleine d'orties. Il voulait aider Asch, il était même allé jusqu'à interroger les gens à qui il tenait le plus...! Il avait été assez naïf de croire qu'il y avait une solution miracle... Pourtant la nuit précédente avait eu quelque chose de révélateur. Il était certain que, ivre, Asch était une personne extrêmement seule, et en souffrance. Sobre il ne donnait pas cette impression, mais il savait par expérience que l'alcool pouvait multiplier des effets émotions internes... Ou changer une personne totalement. Il avait eu de nombreuses discussions avec ses collègues au Texas, leur demandant leur avis dessus. Les avis étaient généralement divisés, donc c'était pas plus évident de trouver une réponse là-dedans.

Ugh, il tournait en rond dans sa tête, comme un hamster sur sa roue... Il avait envie de se donner une baffe; mais en plein milieu de la rue c'était moyen quand même. Du coup il dirigea plutôt ses pas en direction de chez Asch. Une fois arrivé et l'adresse bien vérifiée, il frappa trois coups sur la porte.

Peu de temps après, celle-ci s'ouvrit, mais uniquement un petit peu. Devant cette porte à peine ouverte, Stephan demeura immobile une seconde puis la poussa pour rentrer. Asch semblait avoir trouvé sa place à table; le barman y vit que le verre d'eau était vide, et le cachet ne semblait pas visible. Au moins il avait prit ça, c'était déjà ça. Fermant la porte derrière lui, il passa près de la table où il posa un sachet opaque. Il posa le pain à côté, un peu plus d'Asch.

Il ne prit pas longtemps, dans ce silence pendant que le videur contemplait... Quelque chose...? Bref, il vit les deux tasses de café avec un morceau de sopalin apposé dessus. Il regarda entre Asch et les tasses, puis sourit.

"Merci d'avoir gardé le café au chaud, mais tu aurais dû entamer le tiens pendant qu'il était bien frai."


Sans attendre il prit les tasses et les posèrent sur la table; une devant Asch et une de son côté. Ensuite il ouvrit le paquet avec un sourire... qu'on ne pourrait que qualifier de benêt :

"Et voilà du pain et... Des pains au chocolat!" (prononcé pènochoclate) "Mange, ça devrait aller mieux pour éponger l'estomac."

Il avait envie de dire vingt millions de choses et rien à la fois. C'était difficile, il voulait lui demander s'il se rappelait de quoi que ce soit de la nuit d'avant, lui demander si c'était comme ça qu'il se sentait vraiment ou il avait juste l'alcool triste? Ugh, il se sentait bloqué le cul entre deux chaises... Il mit le nez dans sa tasse pour avoir autre chose à faire que de dire de la merde qui mettrait Asch mal à l'aise. (ou disons PLUS mal à l'aise.)
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Dim 20 Nov - 21:40

Stephan approchait. Asch ne le voyait pas, pour la bonne raison qu'il avait les yeux fermés. C'était quand même super pratique de pouvoir fermer les yeux, dans la vie. Ça évitait d'avoir à fixer des situations gênantes, par exemple. Et il ne faisait aucun doute que l'entrée de son métamorphe de collègue faisait partie de la catégorie de situations susmentionnée.

Cependant il posa un truc sur la table, ce qui força la curiosité d'Asch. Il avait dit qu'il allait acheter quelque chose avant de partir, n'est-ce pas ? Mais quoi ? Le son et l'odeur laissaient peu de place au doute. Il cligna des yeux et tourna leur pointe craintive en direction des victuailles, immédiatement submergé par un sentiment de honte cuisant. Il se sentait vraiment mal que Stephan fasse tout ça pour lui. Tout ça parce qu'en plus, il n'avait même pas pris la peine de s'occuper de sa cuisine correctement. Bon ok, il n'avait prévu d'y inviter personne... Mais quand même !

Stephan le tira brièvement de ce sentiment atterrant en lui parlant, le sourire aux lèvres. Son sourire aidait. Si si.. Pour de vrai. Les prunelles turquoises d'Asch avaient toujours été excessivement expressives par rapport à son visage, qu'il essayait en vain de garder fermé. On pouvait facilement lire en lui comme dans un livre ouvert, et en ce moment même, ce qu'on voyait dans ce regard clair, c'était de l'effroi pur. Il ne savait absolument pas comment réagir dans cette situation sur laquelle il n'avait aucun contrôle valable, et le fait de perdre ainsi ses moyens ainsi que ses outils (anti)sociaux habituels lui donnait l'impression d'être aussi vulnérable qu'un escargot sorti de sa coquille.

C'est donc sur Stephan qu'étaient posés ces yeux hagards, figés dans un appel à l'aide muet tandis qu'il essayait de trouver quoi répondre.

"... Je trouvais pas ça cool."

Bon ben voilà. C'était dit hein. Et maintenant, il était approximativement aussi rouge que ses cheveux... Et sa propre rougeur lui donnait envie de rougir encore plus tellement il avait honte que sa honte soit aussi visible. Avant de se faire accidentellement colorer les cheveux par sa tante, il était quand même roux. Sa carnation claire avait tendance à le foutre très rapidement dans la merde dès qu'il se trouvait être dans une situation un peu embarrassante.

Pour oublier sa gêne et pour tenter de cacher sa couleur, il retira vivement le sopalin sur sa tasse de café, dans laquelle il plongea copieusement le nez. L'un de ses sourcils tiquait nerveusement, signe qu'il était vraiment mal à l'aise.

Peu de temps après, Stephan lui présentait tout ce qu'il avait acheté... Bon sang il en avait pris pour tout un régiment. C'était... gentil. Mais Asch se sentait vraiment mal. Atterré, les yeux ronds de surprise, il regardait tout ça avec l'air de ne vraiment pas savoir comment faire pour l'accepter. Visiblement, personne ne lui avait jamais acheté de pâtisseries pour le matin. Ou alors si sa sœur l'avait fait, elle avait été la seule à jamais réaliser cet effort, ce qui ne comptait pas vraiment pour qu'il ajoute la situation dans sa liste des cadres sociaux habituels et facilement gérables.

"... C'était pas la peine de faire tout ça... Stephan."

Première fois qu'il prononçait son prénom en étant sobre. Cela lui fit une impression bizarre, mais lui rappela peut-être que c'était bien une personne, qu'il avait devant lui. Et pas un concept gênant qu'il pouvait ignorer en clignant des yeux pour éviter de le voir.

Asch leva les yeux pour croiser ceux du barman. Quelques secondes passèrent avant qu'il ne les détourne. Merde... C'était difficile d'être reconnaissant quand on avait envie de disparaître dans le sol et quand en plus, la cible de sa reconnaissance était un mec avec lequel on avait autant de passif. Ses neurones avaient du mal à le considérer comme une cible de sympathie acceptable, quand bien même il sentait que quelque chose avait profondément changé dans la façon dont il le voyait. Qu'est-ce qu'il aurait pu faire ? Ou pu dire ?

... Manger aurait probablement été une façon sympa de lui montrer qu'il appréciait le geste, sauf que là il se sentait paradoxalement trop merdeux pour oser le faire. Comme si il n'avait pas eu le droit de se nourrir. Comme si c'était trop bien pour lui.

"... A chaque fois que je me suis transformé, j'ai fini par attaquer. La Combattante était là pour m'arrêter mais la dernière fois... ça a pas suffi. Il y avait cette fille... Je lui ai déchiré le ventre et je lui ai mordu le bras encore plus fort."

... En fait c'était le mieux qu'il pouvait faire. Revenir sur leur discussion précédente en ignorant les moments gênants, et livrer l'information qui avait manqué à Stephan pour comprendre. Ses doigts se mirent à trembler contre la tasse de café et il dut se mordre la lèvre. Il regardait le plafond. Un coin de la pièce. Non c'était faux, ses yeux n'étaient pas humides.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Mer 23 Nov - 20:58

Une multitude d'expressions passèrent sur le visage, dont principalement et sans surprise : la gêne. Il y avait aussi une certaine... Douleur peut-être? Par rapport à ce que Stephan venait de poser sur la table? Il n'était pas sûr, mais tout dans le comportement du métamorphe rouge hurlait "malaise". Il préféra détendre l'atmosphère en souriant sincèrement, faisant comme si tout était parfaitement normal, comme une discussion entre deux personnes qui se connaissent un peu.

Il avait commenté sur le fait qu'Asch aurait dû boire pendant que le café était frai, mais la réponse du videur le fit d'autant plus sourire. C'était très sympa de sa part, mais il n'était pas certain que le dire à haute voix ne les bloquerait pas d'avantages dans leur conversation; le méta loup était tellement facilement gêné, n'importe quoi pourrait le faire se refermer comme une huître... Et Stephan n'était pas prêt à aller l'ouvrir au couteau - si on continuait dans la métaphore quoi.
Déjà il était aussi rouge qu'une tomate à sa propre phrase, et, visiblement à voir son expression, aussi rouge de honte à sa honte, si c'était quelque chose de physiquement possible... Stephan ne connaissait pas ce genre de chose. Bon, au diable le silence.

"Merci." Dit-il avec un sourire tout à fait sincère.

Il avait ensuite montré ses victuailles avec une certaine fierté (et hâte parce qu'il aimait bien ça quand même.) Le regard que lui jeta Asch alors qu'il sortit son nez de sa tasse mis Stephan mal à l'aise. Lui-même ne l'était pas, et c'était pas le but... Il avait l'impression de marcher dans un terrain instable, qui pourrait le faire chuter et échouer à tout moment. Il fit néanmoins mine de rien et tenta tant bien que mal de sourire gentiment face à la surprise du videur.

Lorsqu'il lui répondit que cela n'avait pas été la peine de faire tout ça, son sourire faibli un peu, mais il reprit de sa clarté, buvant dans sa propre tasse. Néanmoins dans tout ça, c'était la première fois qu'il l'entendait dire ainsi son prénom. En général ça se limitait à des "gnrf" ou "eh, toi".

"Peut-être pas nécessaire mais ça me fait plaisir." Admit-il.

Il bu une ou deux gorgées, puis se rendit vite compte que le regard d'Asch avait du mal à soutenir le sien, comme s'il essayait de dire ou faire quelque chose mais qu'il n'y arrivait pas. Stephan se trouvait dans cette posture frustrante où il voulait aider Asch, l'encourager, mais n'avait absolument pas les moyens ou les outils pour le faire. Ugh. Il allait prendre un pain au chocolat pour lui quand il entendit la voix d'Asch. Il se figea totalement.

Il avait l'impression qu'un rocher venait de prendre toute la place dans son estomac, et un frisson désagréable le traversa. Une goutte de sueur froide glissa dans son dos. Immobile, il baissa juste le regard vers la table, comme glacé en plein mouvement. Lentement il reposa sa main, sa gorge se fermant douloureusement. Il ferma finalement les yeux, mains sur les genoux. Il ne savait pas quoi faire, quoi dire...

"Je... Je suis désolé."

Et il l'était, mais il ne savait même pas pourquoi réellement. Déjà il avait parlé vite sans savoir quoi que ce soit, sans savoir ce genre de chose... Mais il était aussi désolé qu'Asch ait fait ce genre de chose, comme si lui-même avait été fautif. Il se mordit la lèvre inférieur, mâchoire grinçante. Après un silence, il regarda son café, regard vide, peiné.

"Mais... Pourquoi à ton avis? Pourquoi je ne me suis pas fait attaquer alors? Je... Je comprends pas. Est-ce qu'il y avait des circonstances spécifiques qui ont fait que tu étais plus apte à attaquer...?"

Il avait l'impression, et montrait cet aspect désespéré. Il ne pouvait croire après ce qu'il avait vu que le loup rouge était gratuitement méchant ou quoi que ce soit! Il voulait une réponse, une explication, quelque chose qui sortirait cette image que ne pouvait être que fausse de la tête d'Asch. Il ne pouvait pas penser que cela était la vérité, il devait y avoir plus d'éléments dont il n'avait pas conscience. Il avait les sourcils froncés, fixés sur Asch si bien qu'il oublia totalement de prendre un pain au chocolat.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Jeu 24 Nov - 1:16

Quand Stephan le remercia, Asch eut l'impression de se figer, statufié. Il n'osa pas tourner les yeux sur lui. Il perdit brièvement le réflexe de respirer, mais il eut une réaction nette, immanquable. Il avait tiqué si fort que ça avait presque été un sursaut. Il avait cligné des yeux, et maintenant, il paraissait complètement dépourvu de moyens. Il n'était pas certain de savoir si il était soulagé au encore plus crispé. Le sens que prenait sa relation avec le barman le faisait totalement flipper. Il ressentait des trucs bizarres qu'il n'était pas certain de vouloir analyser, et c'était vraiment très difficile à contenir. Surtout si il ne voulait pas que ça se voie de trop.

"... Pas de quoi..."

Grommela t-il donc finalement en détournant les yeux, l'air embêté d'avoir dû parler, mais incapable de se taire pour autant. Il avait bien remarqué que Stephan était du genre à ne rien capter avec les sous-entendus. Ça lui avait sauvé les miches plus d'une fois, mais d'un autre côté, ça entretenait quelque chose de faux entre eux et il voyait bien que ça blessait son collègue. Visiblement, il avait trouvé une limite à ce qu'il était capable de faire par pur égoïsme. Laisser le barman se faire des idées dans le seul but de sauver les apparences lui paraissait bien trop immoral. Pourtant il en avait fait, des trucs immoraux, durant sa jeunesse. Peut-être en avait-il juste marre. Ou peut-être sa dernière agression avait-elle été la goutte d'eau qui faisait déborder le vase.

Il en avait marre de faire du mal à tous ceux qui l'entouraient ou le croisaient.

Stephan lui avait listé ses achats et il avait éprouvé une vive gêne à l'idée qu'il se soit donné tout ce mal faute à sa cuisine mal réapprovisionnée.

"Peut-être pas nécessaire mais ça me fait plaisir."

Le cœur du loup rata un battement. Quelque chose brilla vivement dans les prunelles qu'il redressa bien involontairement sur son collègue, le cœur plus léger. D'apprendre qu'il s'était fait plaisir en braquant la  boulangerie le soulageait d'un énorme poids. Cela le soulageait de la responsabilité de l'acte, en un sens. Il n'était pas encore prêt à profiter de la gentillesse dont on avait fait preuve à son égard, mais il était en bonne voie pour cesser de s'en vouloir de recevoir ces attentions, grâce à cette simple phrase qui remettait les choses à leur place. Il eut une longue inspiration et ajouta, sur un ton étrangement fragile et désincarné, qui ne collait pas à l'image qu'on se faisait de lui en temps normal :

"... Ok."

Il acceptait l'information, même si il avait encore un peu de mal à la processer. Il n'était pas encore prêt à se servir en pâtisseries mais d'ici trois ou quatre minutes, peut-être qu'il y arriverait. En attendant il plongeait le nez dans son café et cherchait un moyen de briser le silence et de se montrer un peu plus reconnaissant.

Il finit par passer à des aveux poignants, mais qu'il jugeait nécessaires faute à une discussion qu'ils avaient eu plus tôt. Dans son champ de vision périphérique, Stephan cessa de bouger. Il parut se crisper et Asch regretta instantanément d'avoir parlé. Ça avait l'air d'avoir fait plus de mal qu'autre chose. Il se frotta le front d'une main, l'air contrarié, en se traitant mentalement d'une série de noms d'oiseaux colorée.

"... Je te disais pas ça pour avoir des excuses..."

Non c'était plus... Pour mettre les choses à plat. Mais c'était pas un truc évident à faire, et il s'en rendait compte un peu tard. Néanmoins Stephan le sortit (encore) de son embarras en posant une question qui était loin d'être bête. Asch se figea à son tour, saisi. On pouvait le voir essayer de réfléchir, malgré son état peu propice à ce genre de tentative. Il jeta un coup d’œil rapide sur son collègue.

Des circonstances spécifiques ? Pas vraiment, à part qu'il était un gros énervé de la vie et que ça jouait vraisemblablement aussi sur les nerfs de son loup.

"Justement. Je ne sais pas... En règle générale je pète un câble dès que je me transforme. Je me suis payé un retour de sort sur la tronche quand j'avais quatre ans... comme tu peux le voir."

Il pointa vaguement ses cheveux du doigt, pas très à l'aise avec cette nouvelle salve d'aveux.

"... par interférences magiques ça a bloqué toute forme de transformation chez moi jusqu'à il y a deux ans. Ma mère m'a activé un sort sur la tronche juste pour le plaisir de vérifier si sa théorie était correcte... Ça a pas manqué. Comme avant ça pouvait pas sortir alors que ça aurait dû depuis longtemps, si j'ai bien compris, il y aurait eu un trop plein et c'est devenu incontrôlable. D'autant que j'ai pas vraiment eu l'occasion de m'y habituer, donc je savais pas trop quoi en faire."

Il en parlait comme de quelque chose d'extérieur à lui, parce qu'à ce moment là, c'était ce que c'était pour lui. Il avait été un norme qui se découvrait propriétaire d'une bête intérieure inconnue, qui tentait de prendre le contrôle de ses émotions, comme un "vent intérieur" qui manquait de lui faire péter un câble de manière récurrente. Ça devenait bizarrement plus facile de parler. Peut-être parce qu'ils ne se concentraient pas sur la gêne entre eux mais sur un autre sujet. Il fronça les sourcils et plongea son nez entre ses mains, coudes sur la table. Il réfléchissait toujours.

"... A vrai dire c'est la seconde fois où j'attaque pas en me transformant. La première... C'était quand Cooper est arrivé. Il a sauvé la situation après... après."

Il baissa les yeux, un peu désespéré. Quel était le point commun de ces deux situations ? Le fait qu'il n'était pas énervé ? Mais il n'avait pas été énervé non plus la toute première fois, même si la présence de l'ours lui avait procuré un sentiment de danger. Perdu, il ferma les yeux et soupira.

"... Je sais pas. Je sais pas ce qui tient au fait que je commence à m'habituer, et à celui que j'étais pas en train d'avoir la rage à ce moment là."

Avouer qu'il était un peu trop agressif piquait un peu... Mais en même temps c'était pas une grande nouvelle. Seulement, il n'y pouvait rien. Il savait pas faire autrement. Ça montait tout seul et ensuite, il fallait que ça s'exprime.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Jeu 24 Nov - 2:00

Etre en face d'Asch dans cette situation n'avait rien d'évident. C'était difficile de savoir comment jauger ses propres réactions ainsi que ses paroles. Il ne fallait pas le froisser, mais il fallait néanmoins mettre les choses au clair non? Dire que même une conversation banale comme garder le café au chaud et attendre que le biquet revienne était une situation emplie de risques. C'était un peu comme avec un animal souffrant; bien qu'il n'émettrait jamais cette similarité à voix haute connaissant le caractère sensible de son collègue. Mais la métaphore restait la même : un pas de travers, une phrase mal formulée et c'était comme un geste d'agression. Il ne pouvait être certain de rien alors avançait à tâtons.

La réponse d'Asch à son remerciement le fit sourire. Il trouva cela plus propice de boire son café au lieu de continuer un blabla qui aurait plutôt vite fait de les mettre dans un silence plus pesant encore. Heureusement, lorsqu'il sortit ses courses, la réaction d'Asch avait permis une continuité. Evidemment, Stephan n'avait pu que répondre qu'il l'avait fait par plaisir, pas par besoin ou pitié. Stephan n'était pas prône à la pitié. L'empathie oui, le partage d'une douleur ou souffrance oui... Mais regarder les gens de haut, les considérer comme moins que lui... Il n'en n'était pas capable. Ce n'était pas lui, ce n'était pas son caractère. Le jour où ça le devenait, il ne mériterait pas de vivre. Aussi drastique que la pensée soit, il était sincère.

Néanmoins cette simple phrase sembla soulager le métamorphe rouge. La raison lui échappait, peut-être était-il très mal à l'aise avec l'état de son appart, et le fait que son frigo ne contenait rien que de la vie qu'on ne souhaitait, en aucune circonstance, donner à manger aux bactéries intestinales. Sa réponse fut brève, mais suffisante pour arracher un autre sourire à Stephan.

Puis le sujet de l'attaque tomba sur le tapis. Plus rien n'existait autour d'eux que ces deux individus et cette conversation. Les croissants? Oubliés, le café pareil. Il fut surprit de la douleur que provoqua cette révélation. Pas seulement pour lui, mais pour Asch lui-même. Qui d'autre le savait à part les concernés? Qui l'aidait à porter ce poids, cette connaissance qu'il avait blessé quelqu'un ainsi...? Là il voyait mieux le pourquoi du Asch de la nuit d'avant. Cette souffrance imperceptible à l'état de sobriété qui s'était déversée après la consommation de vodka... Mais il n'arrivait pas à se mettre en tête qu'Asch ferait ça sans raison, ou son loup... C'était bizarre de dissocier les deux quand lui-même n'avait toujours été que conscient de ses faits et gestes sous forme de chèvre, et n'avait jamais eu de problème de contrôle. Certes il arrivait que sous forme animale ses émotions étaient plus proches de la surface et faisaient agir en conséquence, mais il ne pouvait imaginer perdre le contrôle au point de blesser quelqu'un.

C'était pour ça qu'il avait appuyé la question. Il y avait forcément une raison. Cette révélation l'avait vraiment plombé moralement, mais ce n'était pas lui qui en souffrait le plus, pour sûr... Evidemment qu'il s'était excusé, et la réponse d'Asch lui fit secouer la tête de frustration. Il écouta néanmoins le raisonnement d'Asch en silence. Oui, la couleur non naturelle de ses cheveux avait été sujet de réflexion pour le barman. Puis il écouta tout aussi calmement la suite, non sans grincer discrètement des dents et froncer les sourcils régulièrement. Il avait entendu parler brièvement du comportement de sa mère... Du fait que cela avait eu un effet fort néfaste sur le jeune Asch, et l'Asch d'aujourd'hui d'ailleurs. Il y avait des cicatrices qui ne partaient pas facilement.

Puis il admit que ce n'était pas la première fois qu'il n'avait attaqué personne, mais la seconde. Stephan comprit que cela avait dû se passer juste après sa perte de contrôle initiale. Il essaya tant bien que mal de mettre les similitudes possibles en commun. Il ne connaissait pas assez de détail pour ça, mais quelque chose était clair pour lui. Il était encore en train de réfléchir quand Asch émit sa propre théorie.

Stephan s'était un peu détendu, et tentait de prendre un point de vue plus pragmatique, extérieur. Il se gratta le menton un instant, regardant ailleurs.

"De ce que tu dis..."
Commença-t-il calmement. "Si on ignore la première fois, c'est que les deux fois, et donc celle-ci comprise, tu étais avec quelqu'un que tu connaissais? Peut-être est-ce un facteur? Peut-être qu'un sentiment de danger imminent face à un inconnu serait déclencheur?"

Il grommela quelque chose dans sa barbe avant de dire :

"Et quand tu as attaqué cette personne c'était ta première transformation? Je veux dire... Si ce que tu dis... Tu avais ce loup en toi depuis longtemps, comme tout métamorphe, mais qu'il était incapable de sortir, invisible, ignoré... Je ne serais pas surprit si au moment où il était sortit il aurait tout lâché. Tout ce que tu as dû ressentir a dû s'accumuler en lui, et exploser dans cette transformation."

Il s'assit contre le dossier de sa chaise, bras croisés. Inspecteur Steupho en action - ça ou scientifique au point où il en était.

"Et le fait que tu sois sensible à ton environnement te rend certes moins patient..." au bas mot, "Peut-être que sous forme de loup c'est démultiplié? Honnêtement je ne sais pas, mais si j'ai bien compris il n'a pas beaucoup de moments de sortie le lupin."

Ses yeux s'illuminèrent un instant.

"Tu as déjà essayé de te transformer volontairement dans un endroit un peu calme et isolé? Genre la forêt? Peut-être que c'est tout dont tu as besoin...? Enfin, pas tout évidemment, mais ça resterait à tenter..."

Puis il se souvint du malaise par rapport à son totem et soupira.

"Je comprends que ça serait difficile pour toi, mais si le loup en toi a autant besoin de s'exprimer que le toi humain, ça pourrait être salvateur. Je mettrai ma main à couper que ça vaut le coup d'être essayé."


Voilà, Stephan spécialiste des métamorphes, psychologue et médecin certifié. S'il n'était pas autant à fond pour aider Asch, il se serait facepalmé. Le monologue lui donna soif, et il bu donc une gorgée du café avant qu'il ne refroidisse.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Jeu 24 Nov - 10:52

Asch cligna des yeux, presque étonné d'entendre Stephan reprendre le flambeau de la discussion et de se mettre à émettre des théories. Ce n'était étrangement pas désagréable. Avant, c'était avec Alice qu'il faisait ce genre de trucs, mais quelque chose avait changé entre eux depuis cette fameuse nuit... Puis cette autre fameuse nuit où Stephan et lui avaient terminé dans les toilettes, pendant qu'une véritable catastrophe se produisait côté bar, impliquant Précieuse, Ailin, Alice et son mari. Depuis, il n'avait plus jamais cherché à lui demander son aide. Déjà parce qu'il n'aurait pas osé après l'avoir autant foutue dans la merde, et ensuite, parce qu'elle lui avait largement fait comprendre qu'il l'emmerdait.

Seulement le jeune loup était encore très loin de se comprendre lui-même, d'un point de vue métamorphique encore plus que pour le reste. Ce n'était pas en discutant avec Cooper qu'il allait réussir à combler ce trou, le norme n'en sachant strictement pas plus que lui à ce sujet. Avoir Stephan avec lui ce matin pour aborder ce problème était un soulagement tel qu'il ne l'aurait pas cru possible.

... Enfin. Ce le fut du moins au début. Il hocha vaguement la tête en signe d'assentiment à la première théorie formulée. Oui. Le sentiment de danger imminent faisait partie des choses qui l'amenaient à attaquer. Pas que, néanmoins. Ça aurait été simple, sinon.

"Ca en fait partie... Mais pas tout le temps."

Et ce fut à partir de ce moment que les théories de Stephan partirent dans une direction erronée. D'abord, il fit l'erreur de penser que la fois où il avait mordu la jeune fille pâle était sa première transformation complète. Il voulut le tirer de cette fausse conception, mais Stephan était tant et si bien parti qu'il ne trouva pas de moment pour en placer une. Il aurait pu le couper, mais il se savait plutôt brutal quand il faisait ce genre de choses - comme tout le reste de ce que les gens faisaient sans brutalité au contraire de lui en fait - et il n'avait pas envie de le brusquer une fois supplémentaire. Il avait été sympa avec lui, et malgré tout ce ça impliquait de gênant, il avait envie de lui rendre la pareille.

A défaut ses épaules se crispèrent. Ses lèvres se serrèrent. Honteux, il se tassa et donna l'impression de diminuer de volume, ce qui n'était pas négligeable lorsqu'on connaissait son gabarit impressionnant. Il plongea la tête dans le café avec un air coupable qui ne le quittait plus.

Le barman marqua une pause. Ça aurait été le moment idéal pour qu'Asch lui explique qu'en fait, c'était loin d'être sa première transformation en loup, mais il avait la bouche pleine de café et le temps qu'il en avale le contenu, son collègue avait repris. Une vague panique passa dans les yeux verts du videur, qui se trouvait un peu dépourvu face à cette déferlante d'idées qui n'auraient pas été bêtes, si seulement elles n'avaient pas été aussi à côté du sujet. C'était assez typique de Stephan... Mettre les pieds dans le plat quand il ne fallait pas, et les mettre complètement au dehors lorsqu'il y aurait fallu. Loin d'Asch l'idée de lui en vouloir pour le coup, mais il craignait que la chèvre vive plutôt mal les explications qu'il allait devoir lui fournir à la fin.

"...mais si j'ai bien compris il n'a pas beaucoup de moments de sortie le lupin."

... Était-il possible de se tasser encore plus sur soi-même qu'il l'était à l'instant présent ?

"Tu as déjà essayé de te transformer volontairement dans un endroit un peu calme et isolé? Genre la forêt? Peut-être que c'est tout dont tu as besoin...? Enfin, pas tout évidemment, mais ça resterait à tenter..."

... Ah. Eh bien oui, visiblement oui, c'était possible. Il retournait le couteau dans la plaie, là... Asch sentit les larmes précédemment ravalées lui monter aux yeux et une boule d'angoisse se former dans sa gorge. C'était là ce qu'Alice avait préconisé, et ce qu'ils avaient déjà, depuis bien longtemps maintenant, essayé de mettre en place. La toute dernière phrase était de trop et il secoua la tête de droite à gauche, penché sur la table, la main devant le front, tenant du pouce et de l'index ses tempes avec un air profondément dépité. Sa voix paraissait éraillée quand il trouva enfin la place et le courage de s'exprimer :

"Alice a eu la même idée que toi, mais il y a approximativement deux ans. On faisait des sorties dans le Bayou récurrentes pour essayer de régler ce problème d'accumulation. C'était compliqué au début, je savais pas comment faire et ça me foutait juste la trouille. Elle a sorti le grizzly pour me foutre les jetons et provoquer un réflexe de survie et j'ai finalement pu me transformer. Dans ce cas précis je l'ai attaquée en partie parce qu'il fallait que je me défende... Mais c'était pas tout. Par la suite j'ai fini par comprendre comment ça marchait mais ça n'a rien changé à mes réactions."

Il soupira. C'était quand même un peu gênant de parler de ça, fallait bien l'avouer. Même à Alice et à Cooper il n'avait jamais avoué ce qu'il ressentait lorsqu'il se changeait en loup et que la férocité de l'animal prenait le dessus sur sa raison.

"... Je sais pas. C'est juste comme si tout devenait haïssable. Tout devient une menace potentielle. Tout est hostile."

Il ne s'en rendait pas compte, mais il ne parlait probablement pas que pour le loup à cet instant précis, et c'était probablement le cœur du problème. Asch se sentait rejeté par le monde, et cela l'amenait à détester le monde en retour.

"... et il a tellement la rage d'avoir été en cage pendant toutes ces années... Il a besoin de passer ça sur quelque chose. Les cibles mouvantes sont les meilleures options. Pourtant je commençais à y arriver... J'ai réussi à pas flipper. J'étais pas parti pour attaquer tout ce qui bougeait à ce moment précis... Je me suis laissé emporter trop loin par l'animal du coup je crois. Je.. euh. J'ai couru après un lapin pour le bouffer. Je crois."

Petit interlude comique imprévu tandis que son visage prenait une expression perturbée. Il avait relativement peu de souvenirs de ses transformations complètes à l'exception de celle qu'il avait eue avec Cooper, si bien que ses instincts animaux lui paraissaient encore complètement... étrangers.

"... Puis on était en pleine forêt, donc. Et j'ai croisé la fille en question. Elle était venue au club plus tôt c'est à cause d'elle que j'ai dû partir en forêt, elle m'a saoulé et j'ai failli me transformer en pleine rue... Alice est venue me chercher, j'avais même pas fini de taffer. Je sais pas ce qu'elle foutait là en pleine nuit..."

Sa voix se brisa. Une inspiration saccadée le prit par surprise. Son visage tressaillit et il ferma les yeux, plongeant son visage dans ses mains closes sous le coup d'une émotion subite, violente. Il  y avait eu tellement de trucs pourris qui étaient arrivés cette nuit là qu'il ne s'était jamais vraiment rendu compte de cet élément de dépit supplémentaire, qui passa au dehors de lui sans qu'il ait le temps d'y mettre le moindre filtre ou la moindre retenue :

"... J'y étais presque..."

Et blam. Quelque chose de plus cassa, à l'intérieur. Malgré la présence de Stephan à côté de lui, il se trouva incapable de retenir la crise de sanglots qui le menaçait depuis tout à l'heure, et qu'il laissa donc l'emporter à défaut d'avoir une autre option.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Dim 27 Nov - 17:20

Stephan était partit loin avec ses théories. Il avait préféré toutes les émettre au cas-où au moins l'une ou deux d'entre elles serait la bonne. Il avait certainement été un peu prétencieux de sa part de se dire que ses mots allaient aider à trouver une solution, mais comme d'habitude il voulait juste bien faire... Sauf que jusque là il y avait été avec des pincettes, en faisaint bien attention à l'attitude et aux réactions d'Asch.

Là il était partit dans son monologue sans interruption après la première confirmation d'Asch que oui, l'environnement aidait pas pas lorsqu'il y avait sentiment de danger imminent. Quel boulet ce biquet... Surtout sans prendre en compte les réactions d'Asch qui pourtant étaient bien claires par la suite et lui auraient indiqué à quel point il avait tort. Essayer de se faire tout petit quand on est immense, ça reste quelque chose qu'on ne voit pas tous les jours... Pourtant Asch le faisait devant son nez, mais il ne le voyait pas. Il était trop absorbé, trop en pleine réflexion. Il aurait certainement fallu que le méta rouge intervienne, surtout lorsqu'il n'avait pas conscient d'avoir absolument tout faux dans certaines théories, surtout les dernières qui faisaient bien plus de mal que de bien.

Non, ce ne fut que lorsqu'il eut terminé sa tirade qu'il se rendit compte que l'état d'Asch. Tassé, essayant de disparaitre dans le mobilier... Stephan regretta immédiatement d'être partit aussi loin. Il était crispé, bloqué, comme formant un mur pour se défendre de la déferlante d'idées qui étaient sortit de sa bouche. S'il avait pu voir avant, il n'aurait certainement pas fait autant de mal, et n'aurait certainement pas remué le couteau dans la plaie. Stephan était trop franc pour son propre bien, et ce, bien trop souvent.

Asch prit la parole, et la teneur de sa voix lui indiqua bien qu'il avait vraiment fait une connerie. Pourquoi ne pouvait-il suivre ses propres instructions?! Surtout quand il savait ce que ça pouvait déclencher chez Asch! Il se maudissait vraiment.

Il écouta néanmoins, non sans la voix à l'arrière de la tête qui l'insultait allègrement. Il ne savait pas qu'Alice avait tenté ça, il n'avait jamais été proche d'eux pour le savoir. Plus il parlait et plus Stephan suivait attentivement. Il grinça des dents lorsqu'il parlait du fait que tout devenait haïssable, une menace... Stephan eu la clarté d'esprit de voir cette réflexion reflétée chez le videur à l'état humain. C'était ça qu'il devait voir tout au long de ses journées. Même si le méta rouge n'en n'avait pas conscience, le biquet avait eu l'occasion de constatées les circonstances qui étaient propices au danger... Dont à la Thriller Night, où tout était tellement partit en steak vegan... Il se sentait mal de ne pas avoir comprit certaines choses plus tôt.

Son coeur était serré, sa gorge aussi, son estomac noué de façon impossible... C'était douloureux, et c'était loin d'être aussi violent que ce que ressentait Asch. Il s'en voulait tellement d'avoir dit de la merde qui n'avait rien arrangé. Néanmoins il ne le coupa pas comme le videur ne l'avait pas fait. Pourquoi d'ailleurs ne l'avait-il pas stoppé dans son flot? Si ça lui avait permis de moins souffrir il aurait dû... Mais il se doutait qu'il y avait une sorte de bienveillance derrière, de pas vouloir le froisser... Ce n'était pas franchement la peine, il aurait mérité une claque de rappel.

Il l'écouta témoigner de ce qu'il avait ressentit, et Stephan écouta en silence. Sur l'histoire des cibles mouvantes il comprenait, bien que ça ne mettait pas à l'aise sa proie intérieure. Il tenta un faible sourire rassurant lorsqu'Asch prit une expression perturbée, comme s'il ne comprenait pas tout, détaché des émotions et ressentis de son totem.

Il grinça des dents légèrement lorsqu'il entendit parler de la fille en question, celle qui avait été attaquée. Mais il ne le faisait pas pour sa souffrance, mais surtout pour le fait que c'était déjà de sa faute qu'il ait dû partir. Pourquoi Asch avait-il une telle malchance? Pour tomber sur elle au milieu de la forêt... Puis là la voix du videur se brisa, et Stephan sent comme un rocher dans le fond de son estomac. Son coeur rata un battement alors qu'il regarda Asch. La manière dont il plongea son visage dans ses mains fut douloureuse à voir.

Sa dernière phrase eu tôt fait d'achever le barman. Il avait mal, ça faisait mal. Le voir ainsi et se savoir impuissant... c'était douloureux. il n'avait pas les mots pour l'aider, il n'avait pas les gestes pour le sauver, il n'y avait rien qu'il était capable de faire pour tirer Asch de ce cauchemar. Il se leva immédiatement néanmoins, déterminé à faire quelque chose au moins. Il passa du côté de la table du videur pour mettre sa main son épaule. Il ne savait pas quoi faire, il se sentait impuissant, et le voir ainsi était fortement douloureux.

Après une seconde, il prit son courage à deux mains et se pencha pour mettre, ses bras autour de ses épaules, posant sa tête contre la nuque du videur. Il voulait le serrer, lui dire que tout irait bien, l'aider d'une quelconque façon... Mais il ne savait pas si cela servirait, il ne savait pas...

Non sans avoir la voix légèrement étranglée, il réussi à dire:

"Je suis vraiment désolé... Je voulais pas te faire du mal en abordant le sujet..."


Il était fautif, Asch n'avait pas à souffrir de ses conneries, ça faisait mal, c'était chiant et douloureux, il savait plus où donner de la tête, et avait du mal à savoir si les tremblements étaient les siens ou ceux de Asch. Il resserra tant bien que mal son étreinte.

"Je veux être là... Dès que tu as besoin de moi. T'as pas à supporter tout ça tout seul. Je veux t'aider..."

Il repensa à la nuit précédente, à sa réaction face au rejet de Stephan par rapport à Alcide... Aussi con et gnangnan que ça paraisse et que ça sonne dans sa tête, il ne pouvait que le dire... Même si cela ne fut qu'un murmure étranglé.

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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Sam 10 Déc - 12:53

Asch était encore bourré, c'était une évidence. Si ça n'avait pas été le cas, il n'aurait jamais autant parlé, même en considérant l'aide que Stephan lui avait apporté, qu'il avait remarquée et qu'il était finalement parvenu à apprécier malgré les efforts que cela lui avait demandé, faute à la base hasardeuse sur laquelle leur relation avait malheureusement été fondée.

Cette fois-ci, il se souviendrait de tout. C'était un mal pour un bien.

Un bien car même si ses souvenirs de la précédente soirée étaient encore presque inexistants, et qu'ils ne reviendraient que très morcelés, la relation qu'ils avaient tissée la veille n'était pas totalement partie en fumée et on en voyait les résultats maintenant, à un moment dont Asch pourrait difficilement nier l'existence plus tard, comme il avait retrouvé suffisamment de neurones pour enregistrer la situation dans sa totalité. Un mal en vue de la discussion qu'ils étaient en train d'avoir et qui avait pris des directions problématiques. Les mots de Stephan avaient involontairement eu l'effet d'un éléphant rentrant dans un magasin de porcelaine. Le peu de maîtrise qu'Asch avait encore sur ses émotions explosa en morceaux dès lors qu'il mit des mots sur certaines déceptions qu'il n'avait jamais vraiment eu l'occasion d'analyser.

L'ascenseur émotionnel qu'il avait subi, notamment, lorsqu'il était passé de l'espoir d'enfin réussir à se transformer calmement, à laisser s'exprimer son loup sans que cela se résume à des épisodes de violence terrifiants, à l'horreur la plus totale quand la rencontre avec la jeune fille blanche avait finalement tourné au drame et que rien de ce qui était arrivé ensuite n'avait su adoucir la brutale réalité de cette attaque. Si il la lui manquait encore, cela avait été la preuve qu'il était un véritable danger public et que si il était encore en liberté, c'était parce que personne ne l'avait livré au BIAS. Si ça avait été le cas, on l'aurait enfermé. Au minimum. Il n'aurait pas été étonné d'apprendre qu'on euthanasiait les métamorphes dans son cas de figure comme on l'aurait fait avec une bête enragée.

Cette descente aux enfers, débutée depuis des strates d'optimisme inhabituellement légères,  s'était déroulée en moins d'une trentaine de minutes. Ça avait fait très, très mal. Surtout en vue des réactions diverses que cela avait suscité chez les autres protagonistes de la scène. Alice qui lui avait brisé le dos et qui s'était comportée comme si cela n'avait pas la moindre importance quand ensuite elle lui avait demandé de participer au sauvetage. Sur le moment, il s'était senti si mal qu'il n'en avait lui non plus strictement rien à faire, mais rétrospectivement, il souffrait de cette absence d'inquiétude. Il l'imaginait l'avoir mérité, mais faute à tout ce qu'il avait plus ou moins involontairement transféré sur Alice, ça avait été comme de se faire rejeter une fois de plus par sa mère. Comme d'être sous le crible de ses reproches encore une fois, tandis qu'il avait cru y avoir échappé et tandis qu'il pensait avoir trouvé un endroit sûr où il pourrait exister, et s'exprimer sans craindre d'être jugé et déprécié.

Tout ce qu'elle lui avait dit. La façon dont elle lui avait reproché son attitude affolée alors qu'il était bien incapable de penser rationnellement... Celle enfin dont la blessée avait refusé son aide et l'avait traité comme une infecte aberration que plus rien ne pouvait rattraper, et surtout pas sa culpabilité ainsi que les gestes qu'il pourrait tenter de faire pour réparer ses erreurs. Tout cela avait fait s'envoler cette illusion de sécurité, d'appartenance. Il s'était retrouvé seul dans un endroit sombre et froid, avec un miroir pour seule compagnie dans lequel l'image qui se formait ne lui donnait plus qu'une seule envie : celle de vomir. De détruire cette personne détestable qu'il était malheureusement bien obligé d'incarner. Il y avait eu des fois où il aurait voulu pouvoir quitter son propre corps et oublier qui il était. C'était probablement une des raisons qui l'avaient poussé à se noyer dans l'alcool.

C'était tout cela qui remontait d'un coup et qui tentait de passer sa gorge. Trop de choses, qu'il était bien incapable de sortir d'une traite, comme si elles étaient remontée sous la forme d'une boule solide qui restait coincée à la sortir de son œsophage, parce qu'il n'y avait pas assez de place dans sa gorge pour qu'elle puisse passer. Il n'y en avait que des filets qui parvenaient à sortir, et ils étaient déjà d'une violence rare. Des pleurs vibrants pleins de désillusion, et d'une profonde haine de soi, qui exprimée lui blessait les oreilles et qui s'auto-nourrissait donc via un cercle vicieux qui paraissait difficile à briser.

Il eut tôt fait de ramener ses genoux contre lui, pieds posés sur la chaise. Dans cette position, il prenait moins de place. Il était probablement moins visible. L'intérieur de son ventre palpitant cherchait à se cacher du monde, bien maladroitement lorsqu'on l'entendait mugir entre ses mains fermement pressées.

La main de Stephan sur son épaule le ramena vers la réalité, que son esprit à la dérive avait quitté à grande vitesse suite au début de cette crise de pleurs inattendue. Il hoqueta, donnant l'impression nette de réagir au contact plutôt que d'émettre un énième son spasmodique. Quelqu'un parlait derrière lui. Il n'entendait plus vraiment ce qu'il disait. Il sentit par contre nettement ses bras ceindre ses épaules. Un visage glisser dans sa nuque et lui arracher une nouvelle vague de frissons indescriptibles. Une seule chose était certaine : cette chaleur et cette fermeté lui faisaient du bien. Cela lui donnait quelque chose à se raccrocher. Il avait l'impression qu'on tentait de ranger ses émotions éparses dans une boîte plutôt que de les laisser partir n'importe comment au gré du chaos glacial qui habitait la zone entre son estomac et ses intestins. Cela le structurait. L'invitation était à la fois bienvenue et inespérée.

On le sentit dans la manière qu'eut sa main de grimper, dans une sorte de réflexe de survie, afin de prendre fort entre ses doigts celle de Stephan, nouée sous sa gorge. Il était encore relativement incapable de comprendre les phrases entières qu'il entendait, ce qui était probablement providentiel. Asch avait beaucoup de mal avec les effusions verbales. La franchise brutale du barman aurait potentiellement été capable de l'effrayer et de lui faire avoir un mouvement de retrait instinctif, par lequel il se serait protégé de tout ce que ces mots pouvaient avoir de "gênant". L'information passa sous forme de ressentis. Il comprenait qu'on lui offrait de l'aide et qu'on était prêt à le soutenir. Il n'était pas en mesure de refuser. Surtout pas quand c'était ce à quoi, dans le fond, il avait toujours aspiré. Est-ce que c'était trop demander d'avoir dans son entourage une seule personne qui ne le méprise pas, et qui se soucie de son bien-être indépendamment de toute la merde qu'il lui arrivait de faire ? Et qui ne parte pas du principe que tout était de sa faute, même lorsque ce n'était pas lui qui initiait une situation pourrie, ou alors qu'il ne le faisait vraiment pas exprès et qu'ensuite il s'énervait de voir qu'on le lui reprochait quand même ? Était-il à ce point haïssable ? Il était convaincu que oui, mais il aspirait à ce qu'on lui prouve le contraire, parce que sinon, il ne savait pas exactement comment il allait réussir à survivre.

Tant pis pour ce que ça pouvait sous-entendre... Sa fierté n'était qu'un point minuscule dans son paysage intérieur qui ressemblait à une peinture abstraite réalisée par jets de couleurs violents. Ami ou autre chose... Parce que c'était difficile de considérer Stephan comme "juste un ami" après ce qui était arrivé, il avait besoin qu'il reste et qu'il tienne parole. Il ne supporterait pas une déception supplémentaire.

Asch se rendit à peine compte qu'il était en train de se tourner afin de faire face à l'autre métamorphe, par dessus la chaise. Ses propres bras se fermèrent dans son dos. Abattu, à l'instar de toutes ses barrières et de la quasi intégralité de ses inhibitions, il laissa sa tête tomber contre sa clavicule.

"S'il te plaît... Ne change pas d'avis... Je peux juste pas... je peux plus..."

Si d'autres mots suivirent, ils étaient incompréhensibles, noyés dans des gargouillis implosifs.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Mer 22 Mar - 0:10

Stephan était passé du côté d'Asch lorsque celui-ci c'était recroquevillé. Il s'en voulait énormément d'avoir été aussi franc, autant dans son choix de termes que dans la façon de s'exprimer, comme avec la certitude d'avoir toutes les réponses alors que de toute évidence il n'en n'avait aucune. Il était une personne extérieure, inconsciente du vécu d'Asch, ou du moins il en avait un savoir bien trop limité pour pouvoir exprimer une opinion. Ses théories n'avaient pas été la bienvenue, mais Asch n'avait rien dit, ne l'avait pas coupé, et s'était juste enfermé dans son désarroi devant la déferlante de suggestions. Pourquoi il n'avait rien dit, Stephan n'était pas certain, peut-être qu'il n'avait pas voulu le froisser. Si Asch en était au point de se laisser souffrir pour ne pas blesser le méta chèvre, alors c'était que son estime de lui-même devait être au plus bas... Et c'était d'autant plus gênant pour Stephan qui aurait voulu ne pas le blesser.

Il avait passé ses bras autour de ses épaules dans une étreinte. Il savait pertinemment que les réactions du méta rouge étaient imprévisibles, et que n'importe quel geste n'était pas nécessairement la bienvenue. Mais de toute évidence, là c'était la chose à faire. Non sans crainte de le gêné, il l'avait ainsi enlacé, puis avait posé sa tête contre lui. Il avait dit des choses qu'il pensait sincèrement... Peut-être était-ce stupide, mais le loup avait besoin de cela, avait besoin d'une présence qui l'autorisait à se laisser aller, vu qu'il ne semblait pas se le permettre seul.

Bien des pensées traversèrent son esprit à ce moment-là, l'incertitude, la crainte, mais aussi un certain soulagement lorsque son geste ne fut pas repoussé. Bien au contraire, Asch prit finalement ses doigts dans les siens. Il s'accrocha à lui, tentant dans son esprit de lui donner tout ce qu'il avait de bon à offrir, sous formes d'ondes mentales; bien qu'il doutait de son efficacité, mais passons. Il aurait voulu faire plus, avoir les bons mots... Cependant après ce qu'il venait de se passer, il doutait que les mots étaient assez efficaces et surtout les bons spécifiquement.

Il ne comprit qu'après coup que ce qu'il venait de dire quand à l'aide qu'il apporterait à Asch était une promesse, une vraie, une qu'il comptait véritablement tenir... Il ne pouvait se permettre de l'abandonner d'une quelconque façon au risque de perdre tout contact avec le métamorphe loup. L'état d'Asch en témoignait de façon générale, il avait besoin d'aide, besoin de soutien. Sous cette apparence rustre et taciturne, le méta rouge cachait ses faiblesses et sa douleur, chose qui ne pouvait qu'être néfaste à long terme. Stephan était bien déterminé à le sortir de cet état, d'une manière ou d'une autre, même si cela prendrait beaucoup de temps. Il était prêt à consacrer ce qu'il en fallait pour l'aider; il avait besoin d'aide, plus que quiconque dans son entourage. Il était difficilement faisable de dire que Stephan avait de nombreux amis, mais il voulait compter parmis ceux d'Asch, et il voulait qu'on puisse compter sur lui, surtout dans des situations qui semblaient aussi désespérées. Le biquet avait la tête dure pour ce qui était de la détermination. Il lui était difficile de changer d'avis en cours de route, surtout quand il avait vu certaines facettes chez des gens qui ne donnaient pas l'impression d'avoir ces aspects dans leur personnalités.

Soudainement Asch se retourna; Stephan le laissa bouger, non sans le lâcher, et le laissa passer ses bras dans son dos pour le tenir. Lorsque sa tête fut contre sa clavicule, Stephan posa une main contre sa tête, tenant l'autre fermement contre son épaule comme pour le rapprocher. Il posa finalement sa joue sur le sommet de son crâne et ferma fort les yeux à ses mots. La douleur qui en sortait était telle qu'il la ressentait comme une vague déferlante, désespérée qui tentait à tout prix de se raccrocher à quelque chose pour survivre. Il devait survivre, et Stephan ferait tout pour que ce soit le cas. Il le serra plus fort, quitte à juste être une présence rassurante. Il n'arrivait pas à trouver les mots, pas à les sortir, il se sentait bête, étant un habitué du blabla incessant... Mais Asch n'avait pas besoin de blabla, il avait besoin d'une présence, et c'était ce qu'il lui offrait.

Si Asch avait tenté d'en dire plus, Stephan ne comprit pas, le tout n'étant que des sons étouffés. Même après tout ce qui'l avait pleuré le soir précédent, il en avait encore bien trop au fond de lui, et il faudrait un certain nombre de ces "séances" pour tout libérer... Et encore, il n'était pas sûr qu'Asch était prêt à tout lâcher. Ce qu'il avait au fond de lui s'était accumulé au fil du temps, et dans sa solitude il n'avait eu personne à qui parler... Ou du moins il avait eu Alice, jusqu'à ce que les choses tournent au vinaigre.

Il ne serait pas comme elle, il subirait les conséquences telles qu'elles soient. Si un jour Asch perdait le contrôle en sa présence, il devait tout faire pour ne pas lui en tenir rigueur. Ce qu'il subissait n'était pas de sa faute, son loup était bien trop étranger à sa propre personne pour qu'il puisse le contrôler, c'était normal... Certes il ne pouvait dire qu'il n'avait aucune crainte si un jour cela venait à arriver, mais il se devait de s'accrocher au méta rouge, le soutenir, le maintenir la tête hors de l'eau au risque de se noyer véritablement dans l'obscurité solitaire.

C'était bizarre de sentir qu'il devait protéger Asch alors que c'était ce dernier qui avait toute l'apparence du garde du corps imbattable... Comme quoi, les apparences étaient bien plus trompeuses que ce que l'on pouvait penser. Il était déterminé à aider, au maximum de ses capacités.

"Compte sur moi, autant que tu peux."

C'était con à dire, mais il le pensait sincèrement. Il savait qu'Asch aurait du mal à se défaire de sa coquille, mais ce qu'il avait vu le soir avant n'avait été que la surface, et il savait qu'un jour peut-être le méta rouge n'aurait plus peur que la situation devienne gênante. Il finirait par comprendre que compter sur quelqu'un, et avoir quelqu'un qui comptait sur lui en retour n'avait rien d'embarrassant, que tout le monde, d'une manière ou d'une autre, était comme ça. Peu de gens étaient véritablement isolés... Il était important d'avoir quelqu'un à qui se confier, quelqu'un avec qui passer un peu de temps, même si c'était juste boire une bière devant un film con. Même si cette personne ne s'avérait pas être Stephan au final, si Asch rencontrait quelqu'un qui pourrait tenir ce rôle mieux que lui, sans mener le méta rouge plus bas que terre par sa connerie, alors il serait ravi pour lui. Il se savait égoïste, avec un besoin presque maladif d'aider... Même s'il lui était parfois difficile de s'en rendre compte.

Si un jour aider voulait dire garder ses distances, alors il accepterait cela. Mais pour le moment, ce futur possible paraissait bien loin, et là, dains l'instant, Asch avait besoin de lui, et il était là pour lui. Décidément, il n'avait pas songé à passer la matinée ainsi, mais c'était pas plus mal.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Lun 24 Avr - 16:35

Il y avait des moments où l'on perdait la sensation d'être une personne et qu'à la place, on en venait à se percevoir  comme quelque chose de plus étendu, chaotique, parfois morcelé. Ici, Asch n'était plus qu'un océan tumultueux trop immense pour condenser la moindre pensée, dont le fil était de toute façon vite perdu sous les vagues immenses. Perdu sous la mousse noire, cruelle, de ces flots colériques qui, chaque fois qu'un morceau de lui pensait retrouver la surface, submergeait encore la fragile flamme de son espoir moribond sous des souvenirs douloureux, humides et collants.

Au sein de cet enfer tourmenté, il y avait un point stable, un point chaud, un point à taille humaine qu'il ressentait avec des bras pulsants qui n'étaient pas les siens, ouverts et fermés à la fois. Avec une peau dont la mystérieuse réalité ne lui paraissait tangible que par des perceptions ésotériques, comme si il avait alors percé un voile spirituel. Le contraste entre l'infinité douloureuse et la finitude humble et rassurante lui donnait le tournis, plus encore que ne pouvaient le faire les restes d'alcool. Si Stephan n'était pas là, il serait probablement tombé par terre. Il devait certainement peser lourd contre lui, même si sa nature de métamorphe devait dans une certaine mesure rendre ce poids supportable.

Les mots agirent comme la ligne aventureuse d'une canne lancée malgré le typhon. Le hameçon accrocha sa conscience, assez pour qu'il perce plusieurs couches d'eau noirâtre et se retrouve projeté face à son support, sur lequel il braqua des yeux aussi mouillés qu'étourdis. La phrase résonna en lui, se mit brutalement à tourner en boucle dans sa tête, tentant comme elle pouvait de recouvrir le tumulte des vagues débilitantes.

Une lueur faiblarde s'alluma. On y lisait besoin et dépendance. Depuis qu'il avait quitté Orlando en situation de crise, dans l'espoir de s'éloigner de ceux qui lui avaient menti et qui lui voulaient du mal, et pour trouver aide et compassion ailleurs dans un cadre moins malsain,  il avait bien déchanté. Sa fuite n'avait fait que le rendre vulnérable à d'autres monstres. N'avait fait que le séparer de la seule famille qu'il avait jamais eue et sur qui il avait jamais pu compter.

Sa sœur lui manquait énormément. De plus en plus, à vrai dire. Mais cette nuit probablement, et ce matin aussi, Stephan avait réussi à combler le vide que son absence avait laissé. C'était effrayant pour lui de se rendre compte qu'il en était au point où cette proposition de soutien et d'amitié, si généreuse qu'elle fut, lui donnait immédiatement l'impression d'accueillir celui qui l'avait faite dans sa famille. Surtout compte tenu de la relation conflictuelle qu'ils avaient entretenue jusqu'à présent.

Son étreinte encore renforcée devait probablement devenir douloureuse, sachant qu'il ne contrôlait plus sa force, devenue effarante depuis que ses transformations avaient commencées. Il retourna enterrer ses yeux contre la clavicule du barman et durant quelques minutes supplémentaires, il sanglota. Il sanglota jusqu'à ce que tout ce qui était en mesure de sortir à l'instant présent... Toute la douleur, l'amertume, la solitude, le dégoût... Jusqu'à ce que tout cela sorte et le laisse vide et tremblant. Seulement alors son esprit se rappela son humanité et la nécessité qu'il avait de se structurer de façon cohérente afin de le rendre capable d'envisager la suite de la journée. Même si cette perspective ne faisait que le fatiguer, et le déprimer doublement. Il aurait juste voulu se coucher et dormir jusqu'à ne plus se réveiller.

La sensation du corps de Stephan contre le sien devint plus tangible et, doucement mais sûrement, il se remit à ressentir la gêne caractéristique. Ses joues s'empourprèrent, ce dont il se rendit compte immédiatement faute à la bouffée de chaleur qui entourait sa tête et ses oreilles. Il releva le nez avec sur le visage une moue confuse, malaisée.

"Je.. Euh... Désolé..."

Pour une raison ou pour une autre, il n'arrivait pourtant pas à bouger, ni à détourner les yeux du visage angélique de son sauveur. Non parce que bon... Il fallait quand même qu'il ait la patience d'un saint pour lui offrir ce soutien inespéré, surtout compte tenu de la façon dont Asch l'avait envoyé chier depuis qu'ils se connaissaient, parce qu'il avait été incapable de gérer le souvenir cuisant de la saison des amours qui les avaient "rapprochés". Parce qu'il n'avait jamais été capable d'admettre l'attraction qu'il ressentait depuis à son égard, et que ça avait été plus facile de faire exactement le contraire, soit de le rejeter avec véhémence. Mais maintenant qu'il ne pouvait plus se le permettre, qu'était-il censé faire avec cette foutue envie de le regarder et de le toucher ? Quoi faire maintenant que ce n'était plus juste quelque chose de physique, mais qu'une attache émotionnelle solide venait de se tisser ?

... Il allait falloir que Stephan fasse quelque chose parce qu'il était lui-même incapable de bouger. Ou bien si il le faisait, l'action risquait d'avoir des conséquences malheureuses. Du genre dans la direction du barman. Et bien qu'il n'était pas trop sûr de savoir ce qu'il était sur le point de faire, il était approximativement certain que ça n'impliquerait rien de son répertoire habituel. Pas de poings, pas de pieds, pas de coups de boule. Qu'était-il en train de lui arriver ?
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Ven 5 Mai - 23:45

On pouvait regarder la situation de n'importe quel côté, n'importe quel point de vue, il n'y avait aucun doute que le fait que Stephan soit passé le soir d'avant au Trick avait été une très bonne chose. Sans cela, il n'y aurait pas eu le premier domino qui avait mené à maintenant. Bien sûr la route avait été tumultueuse, la soirée longue, la matinée pas encore terminée et déjà il semblait que tout durait éternellement... Mais ne c'était pas une éternité désagréable pour Stephan. Il lui semblait qu'il prenait si rarement le temps de se poser, passer du temps avec quelqu'un... Sa vie était d'habitude un enchaînement d'événements répétés tous les jours, un quotidien pareil, régulier, sécurisé pour lui. Stephan était une créature d'habitude, il lui était rare de quitter le sentier battu pour s'aventurer dans l'inconnu.

Il avait saisi l'occasion, foncé tête baissée... Et voilà où ils en étaient. La situation pouvait pas être super pour Asch, mais l'alternative aurait-elle été mieux? Il aurait peut-être dormi dans la rue, se serait réveillé couvert de son propre vomi... Aurait-il seulement réussi à rentrer sans l'aide de Stephan, dans l'état qu'il avait été? Il en doutait assez, et il avait bien fait comprendre le soir d'avant que cela n'avait pas été la première fois qu'il aurait dormi sur le trottoir. Au moins là il avait dormi dans un lit, et avant ça pu évacuer un peu de ce qui le dévorait de l'intérieur. Maintenant encore il en avait besoin... Sans, comment se serait déroulée sa matinée? Il ne voyait pas comment elle aurait pu bien se passer. Après, peut-être qu'il pensait un peu hautement de lui-même... Peut-être qu'Asch avait apprit à gérer tout seul, et qu'au contraire c'était la présence du biquet qui avait fracassé les barrières qu'il avait érigé avec habitude... Il n'en savait honnêtement rien.

Mais maintenant qu'ils étaient dans cette situation, Stephan avait l'intention de tout faire pour qu'Asch soit bien, ou du moins, moins pire que l'état actuel. Il le tenait, le serrait, tentait de lui dire des mots rassurants... C'était plus facile à dire qu'à faire, surtout quand le méta loup semblait perdre un peu sa notion de force et commençait un peu à lui broyer les lombaires... Mais il ne dit rien. Il serra les dents, se disant que ça aurait pu être bien pire, et qu'un rejet maintenant pourrait faire retomber Asch dans un puit dont il tentait désespérément de sortir.

Asch l'avait regardé avec un tel désespoir, une telle nécessité... Il ne savait pas quoi faire, alors quand le loup reposa sa tête contre sa clavicule il tint ses bras autour de ses épaules, presque au niveau de son cou. Il voulait tellement l'aider, le soulager du fardeau qu'il portait... Mais il ne pouvait qu'écouter ses sanglots, les laisser se déverser contre lui. Combien de temps Asch aurait-il encore tenu avec tout cela en lui? Il ne pouvait imaginer les séquelles déjà présentes chez le videur qui devaient se faire déjà trop présentes... Il se sentait rigide, ses muscles tendus. Il était énervé, énervé contre tous les gens qui avaient pu lui faire du mal, tous ces gens qui l'avaient rejeté, rabaissé, fait qu'il était aujourd'hui en train de pleurer ainsi. La biquette voulait le protéger, voulait tout faire pour qu'Asch ne se retrouve plus jamais dans cette situation.

Il ne savait pas ce qui traversait l'esprit du loup rouge à l'heure actuelle, mais c'était certainement mieux comme ça. Stephan pouvait se douter de la profondeur de sa douleur, de par ses pleurs... Cependant tout n'était que suppositions de son côté. Il savait trop peu de choses, et il espérait qu'un jour Asch soit peut-être capable d'en parler, que cela le soulèverait d'un poids... Déjà une étape était passée cela dit : il y avait eu contact, fort différent de la froideur habituelle depuis leur aventure de la saison des amours...

Les pleurs d'Asch s'estompèrent un peu, et il le sentit se redresser légèrement pour s'écarter. Là Stephan fut prit d'une légère angoisse; comment allait-il réagir? Jusque là le videur avait été étrangement ouvert et sans trop de gêne, mais le moment serait-il venu où il se renfermerait dans sa carapace? Il le laissa s'éloigner non sans anticiper la suite. Est-ce qu'il allait lui demander de partir? Cela lui paraissait presque impossible, mais au point où il en était, il ne pouvait avoir aucune certitude... Sa confiance en la stabilité de sa relation avec Asch était des plus limitées. Il voulait y croire, mais n'avait pas l'intention de se faire de faux espoirs.

Il regarda Asch, sourire léger aux lèvres en secouant la tête à ses mots. S'excuser, mais de quoi? Après une seconde ou deux il se rendit compte que le regard d'Asch ne le lâchait pas. Il demeura figé pendant un instant dans l'incompréhension totale. Le visage du videur était rouge, et il y avait quelque chose dans ses yeux... Stephan sentit un frisson. Tiens, il reconnaissait ce frisson. Là il aurait du mal à dire qu'il interprétait mal; on regardait pas quelqu'un dans les yeux comme ça, juste comme ça. Son coeur se mit à battre très vite, son propre visage rougissait, en commençant par ses oreilles.

Prit au dépourvu ainsi, un million de pensées traversèrent son esprit... Un million et rien, entre autre. Rien n'avait de sens, il ne savait pas quoi faire, comment agir, tout son corps lui disait de faire quelque chose mais sa peur de mettre Asch mal à l'aise le retenait. C'était dur de combattre avec le regard d'Asch sur lui ainsi.

Finalement il ne pu se retenir, même si toujours blindé d'incertitudes; s'il ne bougeait pas maintenant il finirait par perdre tous ses moyens et faire n'importe quoi. Alors il leva ses mains vers le visage d'Asch, tremblant, terrifié à l'idée de faire quelque chose de mal... Puis il regarda dans les yeux du videur et c'était fini.

Ni une ni deux ses lèvres vinrent au contact des siennes, s'abandonnant à la situation. Son esprit était une nuée de pensées folles, son corps se rapprochant le plus d'Asch au possible, son être voulant juste être au plus près, au mieux... Qu'est-ce qu'il était en train de faire...
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Lun 8 Mai - 0:49

Il y eut cet instant de flottement.  Ce moment, parfaitement indescriptible, durant lequel le temps sembla se figer. La réalité retint son souffle, plus silencieuse que dans l'oeil d'un cyclone. Les expressions sur les visages des deux métamorphes, qui se regardaient intensément dans les yeux, auraient probablement été à en hurler de rire dans d'autres circonstances.

Stephan se mit à rougir, ce qui ne fit que rajouter à son expression ahurie. Asch remarqua qu'il prenait des couleurs et qu'il paraissait désormais subjugué, ce qui n'eut pour effet que de lui faire écarquiller les yeux un peu plus, au risque de lui donner l'air d'être en pleine imitation de poisson mort.

Il en avait la réactivité cérébrale, en attendant. Incapable de prendre une décision, il resta spectateur et de la situation, et de ses réactions physiologiques, lesquelles lui indiquaient un réchauffement de plus en plus brutal de sa température corporelle.

Puis, au bout d'une courte éternité, il entendit Stephan bouger. Les mains du barman se posèrent sur ses joues. La chaleur monta encore. Non. Ce devait certainement juste être celle des mains de son collègue qui lui donnait cette impression.

... Non. Ce n'était définitivement pas que ça, ainsi qu'en témoignait certaines autres réactions dont Stephan n'allait fort heureusement pas être en mesure de témoigner, faute au dossier de la chaise, qui formait entre eux une sorte de barricade sécuritaire.

... Non, non, et non. Hasard purement fortuit. Ca ne pouvait pas avoir le moindre rapport avec ce qui était en train d'arriver pour la très bonne raison que Stephan n'avait pas ce qu'il fallait pour attiser en lui ce genre de désirs. Ou du moins, qu'il n'aurait pas dû avoir ce qu'il fallait.

C'est donc sans savoir exactement où il en était qu'Asch aborda la suivante approche du méta chèvre qui, coupant par là toute lamentable tentative de réflexion de la part du rouquin, posa ses lèvres sur les siennes sans autre préavis.

Quelque chose explosa dans la tête d'Asch, qui perdit jusqu'au dernier filament déchiqueté de ses fils de réflexion déjà bien abimés avant que le contact ne devienne plus physique. Ses pensées fondirent dans une sorte de masse unique, chaude et agréable.

Les mauvais sentiments, la douleur et le désespoir étaient transcendés par une émotion inconnue, aussi sûrement qu'un rayon de soleil serait passé au travers des nuages. Un courant électrique passait contre sa peau, le rendant frissonnant, bouillant, essoufflé et impatient. De l'énergie lui venait d'une réserve jusqu'à présent ignorée qui le poussa en avant.

En avant, où il commença à faire il ne savait trop quoi. Sa main happa la nuque de Stephan pour le rapprocher de lui. Ses lèvres répondirent aux siennes, hésitantes, maladroites, mais assumées malgré tout avec force à chaque geste. Bon sang, il n'avait jamais fait ça.

... Il n'avait vraiment jamais fait ça et il n'était vraiment pas sûr qu'il était en train de le faire correctement. D'ailleurs, n'y avait-il pas comme un problème..?

Il ouvrit brutalement les yeux, interdit. Il se rappela qu'il était avec Stephan. Il se rendit compte de ce que la scène devait rendre, vu de l'extérieur. Mais pouvait-il seulement dire que ce n'était "pas ce qu'on croyait" ? Comme le baiser prenait fin, peut-être un peu prématurément faute à la façon dont il avait reculé la tête pour observer le visage du barman, l'air totalement perturbé, il essaya de mettre un sens sur ce qui était en train d'arriver. Qu'était-il en train de foutre ? Pourquoi cela ne le gênait-il au fond pas plus que ça ? Pourquoi cela lui plaisait-il autant ? Ca n'était pas normal !

... Tout comme n'était pas normal cet élan irrésistible, cette bouffée de chaleur et d'enthousiasme venue d'ailleurs qui fit défaillir son regard un bref instant. Il sentait toutes ses résistances se défaire, petit à petit, comme les verrous d'une porte qu'on aurait peu à peu crochetée. Etait-ce bien important, que cela fut totalement inadapté, et plus encore hors d'une saison des amours ? Etait-ce bien le moment de se poser des questions angoissantes sur les points les plus obscurs de son identité, qu'il avait toujours refusé de regarder en face ? Il ne voulait pas retomber dans cette douleur qui l'attendait, au delà de ce nuage de désir inattendu. Pour une fois qu'il se sentait à peu près bien... Pourquoi n'aurait-il pas pu profiter ? Sa fierté à la con valait-elle plus que sa santé mentale ?

... Et puis cette force d'attraction. Il ne pouvait rien contre elle.

"... Et... puis merde. Fais chier."

C'est ainsi que ses derniers cas de conscience sonnèrent la retraite et qu'il décida qu'il se foutait totalement des conséquences à long terme. Il avait ces choses en lui qui avaient besoin de s'exprimer et les laisser faire, pour une fois, lui procurait un bien fou.

Il prit l'initiative d'un second baiser, approfondi. Même si il ne savait toujours pas ce qu'il était en train de foutre et qu'il était encore moins sûr qu'avant de s'y prendre correctement. Mais il y avait toujours cette foutue chaise, qui l'empêchait de sentir Stephan contre lui. Il grogna de mécontentement, se redressa, foutu un coup de pied dans la chaise pour qu'elle se barre de leur champ d'action (... et la cassa au passage, mais peu importait). Mains glissant contre sa mâchoire, il enserra ensuite la taille de Stephan de l'autre pour renforcer le contact entre leurs deux corps, lequel devenait par conséquent encore moins innocent. Sans jamais cesser de l'embrasser, au point où il commençait à se demander pourquoi il avait la tête qui tournait (respiration, quand tu ne nous tiens pas), Asch se mit inconsciemment à pousser en direction du salon. Pourquoi est-ce que ça reculait ? Merde, c'était chiant, ça. Il essayait de s'approcher, mais du coup ça marchait moins bien.

...A ce rythme, il allait encore y avoir un drame domestique.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Lun 15 Mai - 1:12

Il n'était pas fréquent pour Stephan de se laisser abandonner à ses pulsions, d'autant qu'il n'en n'avait pas de manière très fréquente... Il avait travaillé dans tant d'établissements qui se concentraient sur le plaisir des clients, avait vu tant de choses, de tenues (ou disparitions de celles-ci); ces choses qui étaient faites pour que des gens se mettent à baver comme des bêtes en chaleur... Du coup, il était maintenant plutôt insensible à ce qui pouvait être du genre "excitant" pour le commun des mortels. Ca l'empêchait pas d'apprécier, mais d'une façon distante et détachée; à moins qu'il ne s'agisse de la saison des amours et là c'était une toute autre affaire.

Mais pour en revenir à nos agneaux, il se trouvait maintenant dans une situation nettement plus intime, chose qu'il n'avait pas réellement vécu depuis qu'il était arrivé à la Nouvelle Orléans. Trop concentré sur son travail, ses préoccupations diverses, il n'avait pas vraiment pris le temps de s'attacher à quiconque. Il y avait eu quelques personnes par-ci par-là, mais Stephan était une personne qui avait du mal à s'attacher, surtout romantiquement. Il ne cherchait pas le grand amour, il ne cherchait pas un.e partenaire à vie... Il voulait juste passer du bon temps, tel qu'il soit, avec n'importe qui tant qu'il était bien et à l'aise.

Maintenant... Asch était... Différent. Stephan n'avait rien eu contre le videur dès le départ, au contraire; son besoin maladif d'aider les gens avait fait qu'il avait eu, pour parler franchement, pitié du métamorphe rageux, violent, qui démarrait plus de bagarres qu'il n'en n'arrêtait. Il était le genre de personne à maintenir tout le monde à distance, et à présent il savait pourquoi : pour se protéger lui-même de possibles attaques, de douleurs, d'abandons qu'il ne pourrait supporter.

Evidemment, la saison des amours avait été un tournant fâcheux pour leur relation. Stephan n'avait jamais compris pourquoi il avait si mal pris la situation. A partir de ce moment-là le videur avait tout fait pour éviter le barman, ce qui avait fait un peu mal, il devait l'admettre. Il aurait voulu avoir une discussion à ce propos, mais le loup rouge était évasif, et la présence même du biquet le faisait fuir... Alors il avait laissé la situation ainsi, s'était lui-même reculé pour lui laisser l'espace dont il semblait avoir besoin...

Mais des choses avaient mal tourné. Asch avait empiré, presque du jour au lendemain, ça avait été une horreur à voir de loin. Stephan n'avait pas su comment faire pour l'approcher, car il était clair pour lui qu'il fallait que quelqu'un fasse quelque chose... Et voilà où ils en étaient. Asch s'était rendu malade avec de l'alcool, et pas pour la première fois. Cela avait été son moyen de gérer les événements, sa vie... Ce n'était pas une façon de vivre, c'était un suicide à retardement.

Cela aurait pu durer si Stephan n'avait pas pris son courage à deux mains et n'était pas allé au Wild Bar. Il avait attendu assez longtemps dans l'inaction, mais sa crainte que l'état du videur n'empire avait été telle qu'il avait considéré ne pas avoir eu le choix.

Cette relation n'avait jamais été telle... Stephan avait ressenti un besoin physique d'être intime avec Asch lors de la saison des amours, et cela avait très mal tourné... Maintenant qu'il était avec lui, face à lui et ses problèmes, il comprenait un peu mieux, et voulait d'autant plus aider... Mais ce qu'il faisait maintenant aidait-il vraiment? Succomber à son envie d'embrasser Asch n'avait rien d'anodin. Le videur ne pourrait supporter une autre déception, un autre abandon. Est-ce qu'il allait au-delà des limites qu'il se serait donné lui-même s'il avait été plus préparé? Il ne voulait pas faire de mal à Asch, tout au contraire. Le protéger était nécessaire, vital pour la survie du loup...

Bien sûr le videur avait eu ce regard qui avait fait avancer Stephan... Mais s'il le regrettait plus tard? Et s'ils s'éloignaient à nouveau car Asch ne supportait pas l'idée d'avoir été avec lui de façon si intime? Ce n'était pas comme un coup d'un soir, ou une amitié avec bonus physique... Cela faisait si longtemps que Stephan ne savait pas s'il saurait s'attacher, ou s'il s'attachait et qu'Asch non s'il arriverait à supporter le rejet. C'étaient des pensées idiotes, mais qui devaient être réfléchies, ne serait-ce qu'un peu...

Bien sûr il n'eut pas le temps de penser à cela lors du premier baiser... Mais lorsqu'Asch se retira, reculant sa tête pour regarder le barman, ce dernier eut une douleur au ventre, comme si ses intestins étaient subitement pleins d'acide. Son regard était perturbé, paniqué presque... C'était un rejet presque physique qu'il voyait. Etait-il si dégoûté qu'ils soient capables d'être proches ainsi, était-ce trop?

Il détourna les yeux, rouge de honte. Il ne voulait pas qu'on le regarde comme ça, qu'on le voit comme une chose répugnante, comme les regards de sa famille sur son totem. Il s'était juré qu'il se serait plus jamais affecté par le regard d'autrui, mais l'envie de proximité avec Asch l'avait fait baisser la barrière qui le protégeait, ne serait-ce que pour laisser entrer un loup rouge dans le besoin... Il avait eu besoin de partager, de vivre et de ressentir ce que vivait Asch... Tout ça pour se prendre un coup dans la gueule.

En revanche il ne pouvait pas lui en vouloir. Asch n'était pas bien, il était dans cette situation désespérée où on se raccroche à ce qu'on peut pour ne pas se noyer. Stephan avait été la seule bouée, son ouverture la seule solution provisoire.

Le rejet fit plus de mal qu'il ne l'aurait cru, et pendant un instant il se sentait répugnant, dégoûtant, une chose qui ne méritait pas de se prétendre une aide. Il allait retirer ses bras pour s'excuser quand il entendit Asch... Et sentit ses lèvres contre les siennes.

Il fut surprit de la violence du geste, du besoin, de cette nécessité de se rapprocher. Stephan se laissa embarquer dans le baiser, mais les dégâts avaient été fait. Il avait peur. il avait peur que subitement à nouveau Asch reprenne conscience et le repousse, le regarde comme une créature dévergondée et monstrueuse.

Au lieu de ça il se redressa et poussa la chaise violemment pour se rapprocher de lui. Stephan capta à peine les dégâts fait au meuble, essayant de se laisser envahir par la sensation enivrante qu'il savait proche... Alors pourquoi avait-il encore la boule au ventre, comme si un alien allait s'en échapper?

Les gestes d'Asch étaient incertains, des tentatives de bien faire quand on ne sait pas comment bien faire. Cela faisait presque juvénil la façon dont ils s'embrassaient sans savoir quoi faire ou comment faire. Stephan ne savait pas comment réagir aux tentatives du videur, son attention captée notamment par son haleine alcoolisée qui l'empêchait un peu de se mettre dans le mood.

Il sentit le corps d'Asch contre lui, le poussant d'une certaine façon en arrière, comme s'il voulait s'approcher plus, se fondre avec lui... Les pensées incertaines fusaient chez Stephan, la crainte présente, mais aussi le besoin d'aider Asch, de lui donner ce dont il avait besoin...

Bientôt il sentait sa tête s'alléger; ils allaient devoir respirer un coup quand même! Il mit ses mains de chaque côtés du visage d'Asch avant qu'ils ne se retrouvent totalement dans l'autre partie de la pièce, et se recula pour reprendre son souffle, maintenant provisoirement le videur à distance. C'est avec un sourire qu'il décida de parler, bien qu'un peu essoufflé... Le loup devait le regarder dans les yeux s'il voulait vraiment en avoir le coeur net.

"Asch... Je veux pas casser l'ambiance mais..."


Trop tard mais bon... Malgré ce qu'il avait dit juste avant de l'embrasser, il devait en avoir le coeur net.

"Je dois savoir si tu assumeras ce qu'on fait... Je veux pas que tu t'éloignes..."


Et c'était sincère, sa peur véritable. Perdre le contact pourrait être fatal au videur, il fallait donc qu'ils se recentrent, qu'ils puissent tous deux assumer... Il devait le savoir, il ne voulait pas faire d'erreurs.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Lun 15 Mai - 14:32

Asch avait eu un instant d'hésitation, entièrement lié aux problèmes qu'il entretenait avec lui-même. A ces pans d'identité qu'il refoulait si farouchement, au point de s'être entièrement égaré dans ses propres mensonges et ses propres omissions, et de ne plus comprendre ni ce qu'il ressentait, ni ce qu'il était en train de faire. Quelque part dans son histoire, il avait dû apprendre à avoir honte de ces tendances qu'il était en train d'exprimer, au point de refuser d'en être le vaisseau pour donner une raison de moins au monde, et à sa mère, de le mépriser comme la sombre merde qu'il se sentait être.

Il ne lui serait pas venu à l'idée d'accuser Stephan, cette fois. Même sa mauvaise foi avait des limites. Il était vrai que le barman avait pris l'initiative, mais cela faisait plusieurs secondes qu'il buguait devant lui avant qu'il n'agisse et lorsque leurs lèvres s'étaient touchées, Asch avait compris que cette chose indéterminée qu'il attendait sans réussir à la cerner, ni à comprendre sa nature, c'était ça. Ce n'était pas la saison des amours. Il n'était plus assez bourré pour pouvoir mettre ça sur le compte de l'alcool. Il ne pouvait faire autrement que de se rendre compte qu'il était face à un désir qui n'appartenait qu'à lui, et cette réalisation était hautement perturbante.

C'était ce qui avait justifié la façon dont il avait bloqué, l'espace de quelques instants. A ce moment précis, il aurait pu choisir le retrait. Ça aurait probablement été plus simple parce qu'il aurait pu continuer de nier. Il savait que si il prenait la moindre initiative de plus qui allait dans l'autre sens cette fois, il ne pourrait plus faire marche arrière. Il serait obligé de regarder en face ce monstre qui restait toujours dans le coin de son champ de vision. Ce tas de pulsions rejetées, refusées, qui pourrissaient en lui et ne faisaient qu'ajouter à la puissance de son mal-être.

Mais tout stopper ici, ça aurait été dire non à ce bonheur qui avait provisoirement rempli le vide. Qui avait remplacé le froid solitaire et la douleur perçante. Cela aurait été se verser sur la tête un seau de glace qui non seulement l'aurait anéanti, mais dont il n'était pas non plus certain qu'il suffirait vue l'intensité de l'attraction qui le poussait vers Stephan.

Perdu dans sa propre tête, il ne vit rien de l'effet qu'eut cette brève pause pleine d'états d'âmes sur son partenaire, qui le vécut comme un rejet supplémentaire. Asch n'avait pas idée de la tête qu'il était en train de tirer, ni de ce qu'elle pouvait facilement inspirer à quelqu'un d'extérieur à lui, qui plus est manquant durement d'estime de soi, et qu'il avait déjà non moins durement envoyé sur les roses suite à la première malencontreuse expérience qu'ils avaient eue ensemble.

Sourd et aveugle au dilemme que vivait Stephan, Asch mit donc fin au sien en choisissant d'envoyer paître toutes ces limites et ces préoccupations encombrantes, qui l'empêchaient de se réaliser comme il avait besoin de le faire. L'impulsivité et la brutalité faisaient partie de son tempérament. Il ne connaissait aucune autre manière de s'exprimer ni d'échanger socialement. Ces gestes valaient mieux pour lui que mille discours dont il n'aurait peut-être pas encore été capable d'assumer la signification autant qu'il le faisait avec ces sensations. Il n'avait jamais été doué pour parler, et encore moins pour réfléchir.

Surtout pas quand on lui demandait de le faire avant l'action qui allait avec. Non seulement il n'en était pas familier, mais il ne savait pas s'y prendre. Comment mettre du sens à une abstraction qui ne se basait sur aucun vécu ?

Ainsi, perdu dans la passion brûlante associée à cet instant symboliquement très important pour lui, car il venait de briser une limite abstraite et explorait sciemment, pour la première fois, ce qui se trouvait derrière, il ne s'était pas attendu à ce que Stephan cherche à prendre de la distance, ni à éteindre le feu.
Plus perspicace, il aurait pu deviner que son partenaire ne partageait pas son état d'exaltation au manque d'enthousiasme qui transparaissait dans leur échange. Mais la perspicacité, ça n'avait jamais été son fort. Ça leur faisait un point commun. Il y était encore moins sujet quand il se trouvait sous le joug d'une aussi puissante émotion, qui court-circuitait le peu de cerveau qu'il daignait bien utiliser.

Ainsi il fut extrêmement surpris de sentir le barman s'éloigner, bloquant son visage entre ses mains pour créer un vis-à-vis poignant. Les yeux ronds d'angoisse et de perplexité, Asch cessa tout mouvement. Le moment était très mal choisi pour l'arrêter. Il avait eu l'impression d'y voir clair tant qu'il agissait. Ce qu'il voulait et devait faire était alors très évident. Mais maintenant qu'on l'avait arrêté en pleine course ? La confusion revenait au galop. Elle le remplissait comme un vase et ne tarderait plus à submerger son cerveau.

La panique monta, impitoyable. Les mots de Stephan résonnaient creux dans sa tête. Il avait l'impression de s'être fait poser une colle. Il se sentait piégé. Il y avait forcément erreur quelque part... On l'avait fait asseoir à une table d'examen pour un cours qu'il n'avait même pas encore commencé. Comment était-il censé réagir ?

".... Je...."

Sa bouche s'ouvrit à quelques reprises pour ne rien dire. Il tremblait légèrement, terrorisé par cette situation pour laquelle il ne possédait aucun outil.

"... Mais..."

Il avait envie de dire que c'était prématuré. Qu'il ne comprenait pas sa question. Qu'il voulait juste suivre ce qu'il avait ressenti comme étant la chose qui était juste à faire dans l'instant, et qu'il n'était pas prêt à poser des pensées dessus. Il n'était qu'une masse d'émotions à vif qui cherchaient un sens cohérent dans lequel s'exprimer. Sauvages, elles ne supportaient pas qu'on essaie de les dompter. La main fraîche qui cherchait à modeler l'éruption de lave ne faisait que la transformer en basalte. La coulée noircie retombait lourdement sur le sol. L'euphorie d'Asch à l'instar cessait de planer au dessus de son paysage intérieur désolé. Elle retournait s'écraser sur le sol où elle se mêlait à la couche mazouteuse sordide qui s'étendait à perte de vue. Il cherchait désespérément à s'accrocher à ces restes d'émotions positives, mais les prises disparaissaient à mesure qu'il essayait de s'en emparer. Tout s'effondrait inexorablement. Il n'avait plus envie que de se tasser dans un coin, de mettre ses oreilles dans le creux de ses paumes, et de hurler jusqu'à perdre l'esprit, ou bien jusqu'à s'évanouir. Ou mieux encore : les deux.

Pourtant il était encore debout. Figé, les dents serrées, ses yeux mouillés implosant derrière une montagne de non-pensées grouillantes au travers il ne voyait plus rien du tout, mais il avait par miracle réussi à garder cette douleur à l'intérieur de lui, tandis qu'il cherchait quoi répondre. Parce qu'il devait répondre. Il s'en sentait l'obligation critique. Si il fuyait cette fois, il foutait tout en l'air. Il était au moins certain de ça : il ne voulait pas tout foutre en l'air.

Ça n'aurait probablement aucun sens, parce qu'il n'était déjà plus cohérent. Tant pis. Dire tout ce qui lui passait par l'esprit était l'unique chose qu'il restait capable de faire. Parler lui demanda un effort immense. Cela s'entendait à la façon dont sa voix sortait enrouée, et régulièrement hésitante.

"... Je veux pas non plus... Je sais pas. Je comprends pas ce que tu dis. J'ai jamais... Je connais pas ces trucs... Ça m'est jamais arrivé avant je sais pas... Je croyais que c'était la saison mais ça a continué, maintenant je sais plus... Pas des mots... ça fait mal je sais pas quoi faire avec..."

... Est-ce que Stephan allait le jeter à son tour ? Est-ce qu'il était insuffisant, parce qu'il n'était pas capable de comprendre ce que Stephan voulait, ni ce qu'il aurait dû faire ? Est-ce qu'il avait mal répondu ? Mutilé de cette partie d'existence qui paraissait si facile, si naturelle au reste des autres, il avait l'impression d'être anormal. Désespérément bête, naïf, incompétent et inexpérimenté. Au bas mot.

Il baissa des yeux honteux, toujours immobilisé par cette terreur sourde qui au creux de son ventre se mêlait à l'envie de mourir foudroyé sur place. Est-ce qu'il aurait dû reculer ? A défaut de disparaître, il serait bien allé se cacher dans la panière d'Alcide. Les chiens, c'était plus facile à comprendre.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Mar 16 Mai - 14:49

Stephan savait qu'Asch était une personne impulsive, mais ne savait pas la profondeur de l'indécision et de l'incertitude en lui, qui faisaient que son geste désespéré de continuer le baiser était un moyen de se raccrocher à cette positivité, de mettre de côté les pensées nocives et pourtant ancrées en lui par des années de souffrance. Stephan n'était pas capable de voir ça, plongé dans sa propre crainte du rejet, de perdre le progrès qu'ils avaient accompli ensemble. Maintenant il avait l'impression que les choses allaient trop vite, que dans l'élan de bonnes choses ils prenaient leur aise et se laissaient emportés par la vague sans jamais se soucier où cela allait les faire s'échouer... Sa crainte la plus grande était qu'Asch tombe des nues et le repousse, le traite comme une vermine, un déchet, une chose à éloigner de soi.

Toute sa vie il avait gardé ses distances, à part lors de rares occasions comme avec Nathalie qui avait été une perche tendue au milieu d'un océan trouble, un geste bienvenu, un îlo de paix sur lequel se reposer et reprendre son souffle... Mais elle aussi était partie. C'était comme une histoire récurrente où le héro n'apprend jamais de ses erreurs, et se laisse embobiner à chaque fois, incapable de voir les sentiments des autres, trop concentré sur son propre besoin d'attention. Il avait perdu Nathalie comme il avait perdu Sven avant elle, et sa camarade d'école Ellie avant lui... Des personnes et des relations qui s'étaient enchaînées mais n'avaient jamais bien terminées.

Il pensait qu'après Nathalie il aurait apprit à garder ses distances, mais même à l'heure actuelle il n'avait aucune certitude sur ses émotions par rapport à Asch. Il voulait l'aider, comme il voulait aider 98% des gens sur la terre... Mais il y avait autre chose aussi, plus discrète, moins visible... Qui se faisait toute petite en lui comme par peur de se faire écraser par de gros sabots, comme une fleur fragile dans un bois surpeuplé de cerfs. La fleur n'avait pas eu le temps de réellement prendre racine, mais donnée l'occasion elle le pourrait... Mais cela vallait-il le coup? Est-ce que cela vallait le coup d'être déraciné plus violemment encore si les choses tournaient au vinaigre? Cette peur de prendre racine, il la vivait au quotidien pour d'autres états d'âme. Il n'avait jamais cherché d'appartement, de lieu où réellement se poser. Il avait plusieurs lieux où il s'était installé avec très peu de choses à lui... Sous un pont, à l'orée de la forêt... Il n'avait pas d'attachement à ces lieux qui lui servaient d'abri, pas de racines. Le seul lieu où il avait prit, c'était aux Plaisirs Coupables, parce qu'il aimait bien la stabilité que le métier lui apportait, et l'occasion de témoigner de choses plus louphoques les unes que les autres... Et passer du temps avec Précieuse, qu'il appréciait énormément comme patronne et amie. Mais il avait fui toute forme de relation.

Sauf avec Cooper, avec qui l'amitié était réelle et sincère, mais même lui était une personne occupée pour diverses raisons, et ne passait plus autant de temps aux PCs qu'avant... Et puis il y avait Asch. Asch, créature impulsive et violente, avec des agissements à l'opposée de Stephan qui se voulait diplomate et calme. Asch qui l'avait repoussé et ignoré après leur mésaventure lors de la saison des amours... Mésaventure qu'il avait vu comme quelque chose de bien sur le coup, mais devenue négative par la suite des événements où la relation n'avait jamais été aussi distante. Pourtant il aurait voulu l'aider...! Et maintenant ils n'avaient jamais été sur un fil aussi fragile. Il avait fait de la merde en entamant ce rapprochement physique. Il avait risqué tous les efforts fait des deux côtés de la balance. Asch s'était ouvert à lui, peut-être trop... Trop pour son propre bien, car Stephan n'était pas la stabilité dont il avait tant besoin, du moins, pas suffisante.

Alors il s'était reculé, maintenant la tête d'Asch à distance pour le regarder dans les yeux. Il vit les couleurs et émotions passer sur son visage, et sentit sa propre culpabilité monter. Mais il se savait juste dans cette situation. Il ne pouvait pas laisser le feu prendre ainsi, feu qui pouvait partir hors de contrôle et détruite le fil sur lequel ils étaient en équilibre. Il avait du mal à jauger les émotions sur le visage d'Asch, cette crainte et cette incertitude étaient pourtant refletées sur son propre visage, mais le videur passait par une toute autre sorte de réflexion.

La bouche du loup rouge s'ouvrit, et cette forme de panique était audible. Le barman comprenait quelque part que ce "rejet" était certainement pas clair dans son esprit, la raison n'étant pas réellement expliquée dans ses mots... Il ne savait pas comment dire à Asch que le chemin qu'ils prenaient pouvait être dangereux et amener à des choses négatives, qu'ils couraient le risque de tout perdre, de détruire la fondation qui commençait tout juste à se stabiliser. Le caractère impulsif du loup était clairement en jeu, qu'il aurait certainement préféré mener les choses à bout et ne se soucier des conséquences que bien après, mais ils n'avaient pas ce luxe. Il fallait prendre le temps de respirer, de réfléchir à ce qu'ils faisaient pour ne pas prendre un mauvais tournant... Mais Asch n'était pas en mesure de comprendre cela. Stephan devait prendre ses responsabilités, prendre le temps d'expliquer... Mais il préféra laisser le temps à Asch de digérer, de prendre en compte ce qui venait d'être dit. La réflexion qu'il devait se faire ne pouvait être la bonne, il pouvait bien mal interpréter la gestuelle et les mots du biquet...

Il avait l'impression de voir le videur se décomposer devant lui, et il ne savait pas quoi faire, sachant qu'il ne pouvait qu'attendre qu'il reprenne la parole pour expliquer ce qu'il voyait au plus profond de lui. Sa voix était bloquée, et la façon dont les mots sortirent enfin paraissait compliquée, douloureuse. Les phrases en elles-mêmes étaient saccadées, incertaines, ce qui en disait long sur son état d'esprit du moment. Ses yeux luisaient, il avait peur, aussi peur que Stephan mais pas de la même façon, ni pour les mêmes raisons. Ils étaient très différents, et cela pouvait aussi être un fossé qui les séparerait encore... Mais ça pouvait aussi être une façon de les rapprocher, car être trop similaires les auraient peut-être envoyés dans une spirale infernale dont aucun ne sortirait indemne.

Il n'y avait que peu de choses que Stephan pouvait faire, alors il lâcha son visage et se rapprocha, enlaçant Asch, mettant son visage contre son épaule, une main montant dans le cou du loup rouge qu'il tint fermement, tremblant un peu. Il se sentait perdre pied de la situation, lui qui aurait dû garder le contrôle jusqu'au bout... Mais il n'avait pas la stabilité nécessaire, alors il ne pouvait que s'efforcer de rester à la surface.

"C'est pas grave..."
Dit-il enfin, voix tremblante.

Il avait peur, peur que tout ceci soit une erreur, et pourtant il sentait dans un coin de son esprit qu'il avait bien fait.

"On n'a pas besoin de mots... On a besoin de temps."

Car oui, il en fallait du temps, pour recoller les morceaux de Asch dispersés de part et d'autre, les resouder pour reformer une masse cohérente... Ce n'était pas une mince affaire, mais Stephan n'avait pas l'intention d'abandonner le navire. Il se prendrait toutes les échardes du monde si cela ferait l'affaire.

"Je suis là, et je veux être là pour toi. Ensemble ça sera plus facile, tout ce que tu ne comprends pas, sur toi, sur tes émotions... On mettra les pièces du puzzle ensemble pour que tu puisses voir et comprendre ce que ça représente... Moi même je ne sais pas ce que tout ça veut dire, ce que nous voulons dire... Mais on apprendra. On apprendra à passer les étapes unes à unes, commencer doucement pour y voir clair, ne pas se jeter à corps perdu dans les choses qui nous échappent et que nous pourrions regretter. On m'a diit un jour qu'une amitié ça se construit comme une maison, avec des fondations solides... On peut pas brûler des étapes ou tout s'effondrera... Je sais pas si tu comprends..."


Il soupira, c'était dur de parler, de trouver des mots qui feraient qu'Asch comprendrait plus facilement.

"Tout ce qui compte pour le moment c'est qu'on soit là, tous les deux, et que tu saches que je suis pas près de te lâcher."
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Mar 16 Mai - 23:02

Il venait d'arrêter de parler et il était approximativement certain que ce qu'il venait de dire était n'importe quoi. Ça n'avait absolument ni queue ni tête. Si ça avait été un test, alors on pouvait être sûr qu'il venait de l'échouer.  Stephan allait lui dire que ça n'allait pas et que tout devait s'arrêter ici. Mais quel était ce "tout", exactement ? Il n'en avait aucune idée. Il découvrait, avec une surprise ingénue, qu'il avait des attentes par rapport à cette situation pourtant très inattendue. Il ne les comprenait pas, et elles lui faisaient peur. Mais d'un autre côté, c'étaient aussi elles qui lui avaient procuré ces émotions chaudes, rassérénantes, dont il avait provisoirement été irradié. Il tendait à les retrouver au moins autant qu'il craignait de s'en tenir à sa décision d'assumer ses envies.

Mais la balle n'était plus dans son camp. Stephan avait décidé de freiner des quatre fers. Asch n'avait plus le moindre pouvoir décisionnel dans cette histoire, et il venait probablement de gâcher son unique chance de désamorcer la b...

"C'est pas grave..."

... Ah. Vraiment ?

Ce n'était pas le genre de réponses auxquelles il s'était attendu. Bon, d'accord. Il ne s'était pas attendu à grand chose car il évoluait sans filet, et sans la moindre notion de ce qu'il pouvait se passer et/ou se dire durant ce genre de discussions. Les yeux toujours arrondis par le choc que lui avait fait Stephan en coupant leur élan, il se laissa enlacer. Asch complètement déboussolé, son corps était en fonctionnement automatique. Ses bras se levèrent donc lentement, distraitement, pour remonter dans le dos du barman, lequel reposait contre son épaule et le serrait fort dans ses bras. Il se rendit compte du bien que lui faisait cette étreinte et il la rendit avec autant de force, dans un soupir épais, rempli de pleurs inexprimés.

Le loup rouge éprouvait un soulagement diffus. Il n'avait pas fait fuir Stephan. Cela calmait légèrement la tempête d'émotions et de confusion qu'il était toujours en train de traverser. Pour autant, il n'était pas entièrement tranquille. Il était toujours dans le noir total. Il ne comprenait pas ce qui était en train d'arriver.

"On n'a pas besoin de mots... On a besoin de temps."

Sous le coup d'une impulsion stupide, il faillit répondre "Ah bon ?". Par chance sa gorge était encore bloquée, et ce fut plus parce qu'il se sentait incapable de parler que parce qu'il jugeait sa réflexion idiote qu'il resta silencieux, les yeux intensément fixés sur le mur d'en face alors qu'il faisait de son mieux pour essayer de déchiffrer le sens de cette déclaration.

Du temps pour quoi, exactement ? Pour continuer cette existence fade et sans saveur, uniquement piquetée d'intensités négatives qui lui donnaient envie de s'arracher tous les organes internes en les faisant sortir par la bouche ? Du temps pour stagner ? Du temps pour entretenir cette confusion fatigante dans laquelle il se complaisait depuis si longtemps, prompt à détourner le regard de la moindre des choses qui le dérangeaient ? Asch n'avait pas l'impression d'avoir besoin de temps. A son goût, il en avait bien trop. Dès qu'il ne savait plus quoi en faire - soit bien trop souvent - c'était là que les choses devenaient le pire. C'était bien pour ça qu'il préférait noyer sa conscience dans l'alcool. Pour que ce foutu temps passe plus vite et sans qu'il s'en rende compte, jusqu'au prochain moment où il serait bien obligé d'agir, et où il serait provisoirement insensibilisé à cette douleur permanente. Stephan était-il en train de lui demander de revenir en arrière, à ce stade régressé, derrière ce mur de pierre, quand il venait enfin de réussir à l'escalader et à apercevoir, de l'autre côté, une lumière inespérée ?

Le videur était de plus en plus confus. Les gestes et les mots étaient paradoxaux. Les mots, qui devenaient nombreux et qui ne faisaient que le perdre un peu plus, tant leur résumé impressionniste lui donnait l'impression de se contredire.

Quant à leur détail, Asch n'arrivait pas à en assimiler le sens. Bout à bout, ça donnait l'air de vouloir dire quelque chose, et il avait l'impression d'arriver à suivre le raisonnement. Pourtant dès qu'il essayait d'y réfléchir vraiment, c'était comme si il n'y avait plus eu que du vide entre ses deux oreilles.

Concrètement ça signifiait quoi ? Que ce qui venait d'arriver était annulé ? Que cette étincelle fantastique qu'il avait senti naître en lui, cet océan de possibilités qu'il avait entrevu et qui lui avait donné l'impression qu'un immense poids quittait ses épaules et qu'il pouvait mieux respirer devait retourner au néant ? Il était pourtant heureux que Stephan cherche à le soutenir avec autant de zèle. Il ne se sentait pas mériter cette attention. Sa persistance et son enthousiasme l'intimidaient et l'émouvaient. Il aurait sincèrement voulu que ça suffise, parce que c'était déjà plus que ce qu'il aurait jamais osé demander.

"Je sais pas si tu comprends...
- ... Non. Je... Sais pas. J'ai juste mal à la tête là..."


Il ne pouvait pas lutter contre cette pointe amère qui venait d'apparaître dans sa gorge et dans son estomac. C'était comme se prendre un énorme coup de marteau dans la gueule. On pouvait essayer de faire semblant de ne pas avoir mal, mais ça restait difficile de cacher la façon dont on marchait de traviole et dont on pissait le sang sans s'arrêter. Non seulement la déception le prenait à la gorge, mais en plus de cela ses complexes le rattrapaient. Haut les mains, vous êtes en état d'arrestation. Vous avez le droit de garder le silence et de retourner vous murer dans vos blocages.

Il se mordit la lèvre. Sa tête rentra dans ses épaules sous l'effet de l'émotion brutale, indiquant qu'il arrivait au bout de ce qu'il pouvait encaisser sans craquer. Toutes ces tentatives pour réfléchir, pour démêler son ressenti et la signification de ce qui arrivait et de ce qu'il entendait, l'épuisaient à grande vitesse. Cette fatigue agissait non seulement sur sa cognition de moins en moins claire, mais aussi sur ses capacités émotionnelles déjà surchargées à l'origine. Il fallait qu'il recule. Qu'il fasse le vide. Cette proximité lui faisait du bien mais tout à la fois elle devenait trop difficile.

"D... d...Désolé je... Ah... Désolé ça v.. p..."

Ces choses que le barman lui inspirait redevenaient inconfortables à mesure qu'il acceptait son verdict et retombait dans la fatalité. C'était même encore pire parce qu'il avait l'impression que de les ressentir, ou d'involontairement les montrer ne serait plus une mauvais chose que pour lui - parce que c'était gênant et qu'il ne voulait pas les éprouver - mais pour Stephan aussi. Il ne voulait pas les lui imposer, puisque ça paraissait lui poser problème. Il ne savait pas comment le gérer.

Et puis il y avait cette part de deuil étrange. Ce sentiment de perte irrationnel, qui lui donnait l'impression d'avoir accidentellement lâché toutes ses affaires par dessus le pont d'un bateau, qui étaient maintenant en train de rejoindre le fond des océans. Sa respiration devenait bruyante et saccadée. Sans savoir ce qu'il faisait il rompit l'étreinte. Il se rendit compte qu'il avait un violent tournis, et qu'il marchait de travers. Ah, oui. Parce qu'il marchait. Il fallait qu'il s'éloigne Voire même qu'il change de pièce, parce qu'il avait trop honte de ce qui était sur le point de sortir. D'exploser. Les toilettes. Quelle bonne idée ses jambes avaient eues. Il s'effondra par dessus la cuvette, au moment où un spasme lui retournait l'estomac. Ça faisait tellement mal que ça lui donnait envie de vomir, même si rien ne semblait vouloir sortir.

Presque immédiatement, une crise de pleurs hystériques prit possession de lui, à la limite où son corps n'était plus certain de savoir si il voulait rire, sangloter ou hurler. Les coudes sur la lunette, il tenait son visage entre ses mains. Ou bien il le griffait. C'était flou. La dernière fois qu'il s'était mis dans cet état, c'était avec Alice, dans la forêt. Les raisons étaient cette fois bien différente. Il y avait juste eu trop d'émotions. Trop de doutes. Trop de remises en question avortées. Trop de déception, face à ce rejet inattendu, qui malgré toutes les nuances que Stephan y avait mis n'avait donné l'impression au loup rouge, pas très subtil dans son approche de l'existence, que de s'être pris un très lourd râteau en pleine figure. Bien sûr, il n'était pas conscient de la nature de ce sentiment. Ni de ce que cela pouvait signifier, qu'il se fut allumé si vif en lui suite à ce qui venait d'avoir lieu.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Jeu 1 Juin - 17:20

Pourquoi est-ce qu'il en était arrivé là? Son esprit était vide alors qu'il passait le pas de la porte, sans regarder derrière lui à l'échec total qu'il laissait dans l'appartement d'Asch. Qu'est-ce qu'il avait fait?

Quelques minutes auparavant.

Stephan avait prit Asch dans une étreinte sincère, essayant désespérément de le faire comprendre la raison de son "rejet". La situation était trop complexe, trop fragile, le biquet était trop plein de doutes pour se laisser aller. Pour quelqu'un de fort naïf, il avait quand même un grand degré de réflexion quand il s'agissait des relations... Pas les coups d'un soir, ou les moments d'amusement et de batifolage inoffensifs. Là, c'était du sérieux. Asch, malgré l'allure taciturne, froide et violente était quelqu'un de très sensible, même trop pour son propre bien. Mais que pouvait-il y faire? Tout ce qu'il avait la capacité de faire, c'était de ne pas le briser, de ne pas l'assommer et achever de le mettre dans des états impensables.

Stephan parlait, trop pour son propre bien et celui d'Asch, mais comme d'habitude il ne réalisa que bien trop tard. Le videur rendit son étreinte, et pendant quelques instants il avait l'impression de se sentir un peu libéré, que le loup rouge ne l'avait pas repoussé... car même s'il avait besoin de cette attention, de cette affection, il aurait très bien pu mal prendre la situation dans son ensemble, d'ailleurs il était presque étonné que rien n'ait dégénéré jusque là. Il pensait bien faire, que ça marcherait ainsi...

Quel optimiste de merde. Bien sûr qu'Asch était confus, bien sûr qu'il ne comprenait pas, lui même avait lancé cette course effrénée en l'embrassant, sur le coup d'une impulsion sortie de nullepart, et c'était surtout lui qui y avait mis un terme. Il ne savait pas comment Asch pouvait réagir, mais songeait au mieux, dans l'espoir que le résultat soit tel... Mais quelle erreur.

Il venait de monologuer avec des images et des métaphores, choses qu'il aurait dû savoir n''étaient pas le forté d'Asch, d'autant que les monologues, comme il l'avait vu avant, n'avaient rarement un bon effet. Sur le coup il ne voulait que bien faire, mais comme d'habitude était focalisé sur lui-même et sa propre personnalité. il avait néanmoins demandé si Asch comprenait...

Bien sûr que non. Stephan était subitement fatigué de lui-même. N'arriverait-il jamais à trouver les mots pour atteindre Asch? Peut-être que c'était là tout le problème. Asch était une créature d'action, pas de longues discussions à coeur ouvert... A l'opposé de Stephan donc, qui se voulait diplomate et verbal.

Il sentit Asch se raidir contre lui, sa confusion palpable, son désespoir presque tout autant. Stephan ferma les yeux, serra la mâchoire et fronça les sourcils, essayant de tenir Asch plus fort, de s'agripper à lui pour ne pas le perdre. Mais il était déjà trop tard. Il sentit la volonté de fuir, plus forte qu'autre chose, de s'effacer, de disparaitre, d'être n'importe où sauf là. Il le sentit se recroqueviller, autant physiquement que mentalement. Au fil des secondes, Stephan sentait son échec de plus en plus cuisant. Trop de mots, trop de gestes cessés en plein élan, trop de conneries, trop d'incapacité à assumer ce qu'il faisait. Prendre de la distance, il faisait ça depuis toujours, et les rares fois où il avait laissé une approche se faire, cela avait toujours été voué à l'échec. Il ne pouvait se leurrer, les gens avec qui il avait été en relation ne l'avaient fait que pour l'utiliser d'une façon ou d'une autre... il avait été le calice de Nathalie après tout. Pourtant il avait aimé détourné le regard de la vérité, il avait aimé se sentir utile, même si cela avait été comme vulgaire sac de sang duquel se servir quand l'envie prenait contrôle.

Mais Asch n'était pas comme ça, et c'était peut-être là aussi un problème auquel il n'arrivait pas à faire face. Il avait été assez satisfait de se faire prendre pendant la saison des amours, presque comme un vulgaire objet pour assouvir les pulsions bestiales du loup rouge, tout en assouvissant les siennes au passage. Etre un objet, un sac de sang, un outil... ca l'importait peu, il détournait les yeux et acceptait sa condition tout en en tirant ses propres avantages, tels qu'ils soient. Là, c'était différent, il voulait être une vraie personne, et en même temps ne savait pas comment le faire. il se complaisait dans sa situation de naïveté et d'aveuglement, d'ignorance et d'amusement pour autrui. Il ne savait même plus comment être une personne à part entière, et se sentait complètement dans le noir pour la situation actuelle. Aurait-il vécu cela avant, il aurait laissé la pulsion poursuive, sans retenue, mais le doute... Le doute c'était installé, et c'était trop.

Asch s'écarta, et tituba, ses mots à moitié formés, ses gestes encore moins certains, plus comme un vulgaire pantin qu'on n'arrive pas encore à faire se mouvoir correctement. Stephan le regarda, bras encore légèrement étendus devant lui là où Asch avait été juste avant. Le vide autour de ses bras prit un moment à se faire réellement comprendre et sentir, encore plus quand il entendit les bruits venant de la salle de bain.

Son coeur se serra, sa tête se mise à tourner, et il ne prit pas longtemps pour chercher le mur le plus proche, main sur sa bouche, yeux au bord des larmes. Un gloussement pathétique lui échappa, il tremblait, essayant désespérément de se maintenir droit avec le soutien du mur. Il regarda vers la porte des toilettes. S'il y entrait... Que changerait-il au juste? Il avait mené d'Asch de mal en pis, son échec d'autant plus violent qu'il n'avait jamais souhaité en arriver là, au point où le loup rouge se perdait... Il ne savait pas précisément ce qu'il se passait, mais il pouvait se faire une bonne idée.

Ses jambes flagellèrent, yeux vides dont l'humidité ne cessa pas. Il ne pouvait plus rien faire de bien ici. Il regarda la table où ils avaient été assis ne serait-ce que quelques minutes avant. Comment avait-il pu autant faire dégénéré cette situation déjà si mauvaise...?

Il ne voulait plus y réfléchir, il voulait se débarrasser du trou noir qui s'était fait dans ses intestins, aspirant ses organes sans vergogne. Il marcha jusqu'à la porte, l'ouvrit et sortit.

Dans la rue il longeait les murs, bras contre lui comme pour se maintenir, tenant ses épaules dans l'espoir de se maintenir entier. Il n'avait vraiment fait que de la merde, et maintenant tout ce qu'il voulait s'était se vautrer quelque part pour qu'on l'oublie, et ne pas penser aux répercussions que cet échec allait avoir. Asch ne lui adresserait même plus un regard, et tous les efforts qu'il avait fait pour arriver jusque là seraient en vains.

Il secoua la tête, cheveux tombant devant ses yeux. Il allait devoir assumer, accepter la situation, accepter le vide... Il avait vraiment fait que de la merde.
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MessageSujet: Re: Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).   Jeu 1 Juin - 19:21

Les minutes qui suivirent furent floues et douloureuses, dénuées d'identité, et même de réel rapport au temps. Il y avait une voix qui hurlait, une gorge qui faisait mal, des griffures sur un visage, un trop plein d'émotions confuses. De la douleur, et l'impression de ne rien comprendre. Encore un peu de douleur, et le sentiment que tout était devenu insupportable, jusqu'au concept d'existence, de respiration, voire d'habiter un corps physique. Encore beaucoup de bruits, de douleur, l'impression que son cerveau était en train d'imploser, et puis doucement mais sûrement l'épuisement qui montait et qui serait son seul salut, car ni ses larmes ni ses plaintes n'étaient capables d'épancher son mal-être, ni de soigner l'impact d'obus géant qu'il avait l'impression d'avoir dans la cage thoracique.

C'est ainsi que peu à peu, Asch se mit à pleurer moins fort, plus lentement, ses épaules secouées par des spasmes de plus en plus légers jusqu'à ce que finalement, son corps à bout s'effondre contre la cuvette des toilettes. Il peinait à ne pas tomber dedans. A cet instant tout était tellement cassé que de plonger la tête dans l'eau des chiottes lui paraissait être une issue comme une autre. Est-ce que ça aurait été si grave ? Qu'est-ce que ça pouvait bien lui foutre, que ça soit crade ? Plus rien ne paraissait avoir d'importance, face à cette destruction majeure qu'il vivait et qui recouvrait tout de noir et de nausée.

Sangloter demandait trop d'énergie. Il poussa un large soupir, de ceux qu'on aurait plus facilement pu attribuer à une personne tellement ivre qu'elle était sur le point de gerber tout le contenu de son estomac. Il n'avait aucune idée du temps qu'il avait passé dans la salle de bain. Ses souvenirs étaient décousus, autant que sa perception de la réalité le restait. Il sentait pourtant que quelque chose n'allait pas, outre tout ce qui de base allait de travers dans son existence, et qui se résumait à absolument tout, jusqu'à son essence même. Le silence autour de lui était lourd, sirupeux. Il l'angoissait sans qu'il parvienne à mettre le doigt sur la raison à cela. Il aurait fallu qu'il se lève. Qu'il trouve le courage de sortir de cet endroit et de récupérer ses propres morceaux brisés afin de comprendre l'origine de ce malaise dans le malaise, mais il s'en sentait parfaitement incapable, comme si il avait été si fatigué qu'il en était devenu virtuellement paralysé.

Ainsi il resta encore un temps considérable parfaitement immobile et muet, couché sur la céramique dans une involontaire imitation de scène de crime macabre. Cela aurait pu continuer plus longtemps encore si des griffes discrètes n'avaient finalement pas décidé de tracer le chemin entre le salon et la salle d'eau.

Alcide s'approcha d'Asch suffisamment près pour qu'il sente sa chaleur. Le chien-loup émit un gémissement plaintif et colla son museau contre la joue du métamorphe, avant de timidement tirer sa langue poisseuse et de lécher les stries salées qui avaient depuis longtemps séché sur le visage du rouquin. La sensation força Asch à sortir de sa longue torpeur. Il donna l'impression de s'animer d'un coup, quoiqu'avec une lenteur lourde. Il leva la tête avec difficulté pour regarder le chien, qui haletait à quelques centimètres de son visage.

"... Alcide..."

Sa voix était cassée. Elle sortait éraillée et encore plus grave qu'elle ne l'était habituellement. Il toussa à s'en décrocher les poumons, puis passa une main sur son visage en soupirant, reléguant sa tempête cérébrale au second plan. Il était  toujours aussi perdu, mais un quelconque mécanisme de survie venait de lui rappeler qu'il fallait qu'il redevienne fonctionnel, au moins un bref instant, et qu'il parte d'ici. Et qu'il se souvienne. Mais de quoi ?

Subitement, un nom lui revint dans un flash de douleur. Il eut l'impression que quelque chose se déchirait encore un peu plus à l'intérieur de lui. Les yeux ronds, il essayait de compter. Combien de temps ? Il essayait de comprendre. Quel était ce silence insupportable ?

"... Stephan."

Sauf si la tristesse l'avait fait délirer, sauf si il n'avait en réalité fait que rêver de tout ça et qu'il venait de se réveiller après avoir passé la nuit sur ses chiottes, après avoir dégueulé et être tombé dans une sorte de semi-coma éthylique, l'appartement n'aurait jamais dû être aussi calme. Ce calme... trop calme, qui lui donnait envie d'exploser des trucs pour qu'il le soit moins et que ses oreilles aient de quoi s'occuper. Par chance pour le mobilier, il était trop exténué pour être violent.

Il avait peur de comprendre. Il se redressa doucement et se tourna en direction de la porte grande ouverte, et qui n'atténuait donc pas les sons qui auraient dû lui parvenir du salon. L'angoisse lui permit de trouver l'énergie de se remettre sur ses pieds chancelants. Il avait la tête qui tournait, et ce n'était pas juste la gueule de bois.

Il avança jusqu'à atteindre l'encadrement de la porte, sur laquelle il s'appuya. Déconfit, il observa le désert qui attendait derrière. Personne sur le canapé. Personne vers les plans de cuisine. Il tourna la tête et remarqua les pâtisseries. Personne à table, mais les victuailles que le barman lui avait ramenées étaient toujours ici, ce qui prouvait qu'il n'avait rien inventé et que ça n'avait pas été un songe. Cette révélation lui procura une émotion brutale, faite de deux composantes paradoxales. Tristesse, voire dépit, et vague consolation. Sa gorge recommençait à faire mal. Pourtant, son visage resta parfaitement inexpressif :  il n'avait plus rien à sortir. Il était trop fatigué pour pleurer.

Son esprit lui donna l'impression de tomber dans le fond de ses chaussures et son corps, d'être trois fois plus lourd qu'il l'aurait dû. Le silence oppressant était devenu capable de l'écraser. Le monde tournait de plus en plus fort. Il essaya tout de même, presque timidement :

"... Stephan ?"

Tant bien que mal il avança jusqu'à la chambre, mais elle aussi était vide. Il fallait se rendre à l'évidence : son collègue était parti. Comme ça. Sans prévenir, et sans que rien ne soit achevé dans un sens ou dans un autre. La prise de conscience associée lui donna l'impression de s'être pris un nouvel obus dans la gueule. Il avança jusque dans un coin de la pièce, juste à temps pour éviter de s'effondrer. Là, il se laissa glisser contre le mur et se roula en boule dans un coin, abattu par deux de ses plus terribles ennemis : la solitude et l'abandon. Si il n'avait pas été à plat, il aurait encore hurlé. Il aurait tout pété. Il en avait besoin, et ne pas être en mesure de le faire rendait tout encore bien pire, car tout restait dedans. Il n'avait pas assez de place en lui pour stocker ces émotions négatives, qui étaient en train de le péter comme une tornade née à l'intérieur d'une maison l'aurait fait avec la structure en question. Alcide l'avait suivi. Les yeux d'Asch donnaient l'impression de ne rien voir. Il happa pourtant le chien sans difficulté afin de le serrer fort contre lui, seul repère qu'il lui restait pour éviter de se noyer.

Il était parti. On l'avait encore lâché. Il aurait dû savoir que ça finirait comme ça. C'était toujours pareil. Il aurait aimé être capable de lui en vouloir, parce que ça lui aurait permis de transformer cette douleur en rage et de la diriger vers une autre cible que lui-même, qui ne pouvait plus en supporter plus. Mais il ne pouvait pas lui en vouloir. Il n'avait jamais mérité son aide. Il ne pouvait pas lui en vouloir parce qu'il imaginait bien ce à quoi les dernières minutes avaient pu ressembler, et que de partir sans prévenir avait probablement été la chose la plus censée que Stephan avait fait depuis la veille au soir. Il ne pouvait pas lui en vouloir, tout comme il ne pouvait pas lui en vouloir d'avoir arrêté ce qui était en train d'arriver avant que tout ne parte à vau-l'eau, même si ça faisait mal.

Enfin, il aurait encore peut-être pu réussir à lui en vouloir à l'aide d'un peu de mauvaise foi, mais deux autres raisons l'en empêchaient. La première tenait à son manque d'énergie, qui le rendait incapable d'éprouver la moindre once de rancœur et encore moins de la mettre en pratique. La seconde était qu'il n'avait plus envie d'éprouver de sentiments négatifs à l'égard de Stephan. Il s'en était très longtemps contenté, et c'était devenu has been. Surtout face à ce qu'il lui avait apporté en moins de vingt-quatre heures... Même si il ne se rappelait pas de tout, les impressions restaient. Des flashs revenaient. Il voulait arrêter de mal s'entendre avec lui parce qu'en réalité, il l'aimait bien, et que ça lui avait fait du bien d'être avec lui et de lui parler.

Pourquoi avait-il fallu qu'il parte ? Asch ressentait le besoin viscéral d'entendre la porte poussée, une voix lui parvenir depuis l'entrée... N'importe quoi. Qu'il soit allé acheter quelque chose, faire une course de plus en attendant que la tempête se calme... Mais surtout qu'il revienne et qu'il rompe cette insupportable isolation dans laquelle il l'avait laissé. Ça ne pouvait pas se terminer comme ça... Et pourtant, comment aurait-il pu oser lui demander de revenir ? Il avait trop honte pour ça. Il se sentait trop illégitime. Il avait trop peur de ce que sa présence risquait encore de lui faire ressentir qu'il ne comprenait pas, et qui était devenu encore plus tabou qu'avant maintenant que Stephan avait mis à frein à cette chimie inexplicable.

Quand il y repensait, la confusion montait et se mêlait au reste de ce qui n'allait pas, rendant le tout encore plus insupportable. Il secoua la tête brutalement. Évacua de force ces idées avant de devenir complètement fou. Et il se rendit compte qu'il avait sorti son téléphone, mu par le besoin irrépressible de dire quelque chose pour ne pas laisser la situation avorter d'une façon aussi injuste et ridicule. Mais qu'allait-il bien pouvoir oser dire ? Il ne voulait pas imposer ni ses besoins, ni son mal-être comme il l'avait justement fait avant, ce qui avait provoqué ce désastre.

L'esprit gourd, il se mit à taper des trucs qu'il n'arrêta pas d'effacer, parce que c'était trop gênant, ou trop osé, ou trop les deux. Cette occupation lui permettait au moins de canaliser son attention sur quelque chose de stable et de sain, même si ça n'allait pas durer longtemps. Au bout d'un temps qui lui paraissait désespérément long, il parvint à écrire :

"Merci pour hier et ce matin. Pardon pour le spectacle. Hésite pas à repasser."

C'était à la fois succinct et inhabituellement long pour Asch, qui ne savait pas s'épancher et trouvait ça immédiatement "gênant", surtout quand il s'agissait de Stephan. De plus, il était extrêmement rare qu'il dise merci ou qu'il s'excuse. Il venait de faire les deux d'un coup, pour la énième fois de la matinée. Avant de risquer de changer d'avis il cessa de relire le message et chercha le nom de Stephan dans sa liste de contact. Ils bossaient au même endroit, alors ils avaient chacun le numéro de l'autre, même si jusqu'à présent ils ne s'en étaient jamais servis.

Asch appuya sans réfléchir sur le bouton d'envoi, attendit d'avoir confirmation que ça avait bien fonctionné, puis, embarrassé par son initiative, il jeta le téléphone à l'autre bout de la pièce et retourna enfouir sa tête dans les poils d'Alcide, pris dans une nouvelle salve de sanglots légers, presque inaudibles. Il avait tout juste retrouvé la force pour ça. Ce soir, il n'allait peut-être pas être capable d'aller bosser.
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Un réveil qui déboîte. Non pas comme ça (enfin si un peu).

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