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 Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.

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Esteban Luz-Descalzo
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Lun 31 Oct - 18:09

Karl retenait très difficilement le sourire qui aurait voulu éclore sur ses lèvres. Ah! Il en aurait mis sa main au feu. Esteban ne tenait pas cette tendance à vouloir tout faire tout seul sans aide même lorsque c'était parfaitement déraisonnable de nulle part, même si le norme pensait que sa mère devait probablement être le principal modèle duquel il avait tiré ce comportement. Il ne la connaissait pas suffisamment bien pour pouvoir l'affirmer de manière certaine, si bien qu'il se contenterait pour cette nuit de remarquer cette ressemblance comportementale entre Luisa et son neveu. Elle pouvait bien dire de Gael ! Elle ne faisait pas mieux que lui, et pour de mauvaises raisons.

Mais comme Esteban l'avait justement largement habitué à ce type de réactions induites par sa fierté prodigieusement mal placée, Karl ne cilla pas. Il savait exactement comment se débrouiller dans cette situation d'une part pour continuer à faire ce qu'il voulait, et d'autre part pour éviter de trop froisser son interlocutrice. Une main dans la poche, il haussa les épaules, l'air de dire que leur vitesse de marche lui importait peu. Personne ne serait dupe. Si ça avait été Esteban, il n'y aurait vu que du feu. Néanmoins, sa tante était connue pour être beaucoup plus maligne. Elle avait certainement compris combien cela le démangeait de dévaler les escaliers pour aller vérifier que tout allait bien au niveau du canapé, puisque plus personne ne leur répondait.

"J'ai l'estomac un peu retourné, mieux vaut probablement que j'évite de trop le secouer."

Ce n'était pas entièrement faux, mais évidemment, il exagérait afin de se donner une bonne excuse pour rester au rythme de Luisa. Si elle savait ce qui était bon pour elle, elle ne chercherait pas à lui répondre. Par cette déclaration il annulait le rapport de force qui avait pu naître à leur insu du fait de leurs états de santé respectifs. Ca n'était évidemment que virtuel, tout le monde le savait, mais parfois, c'était tout ce dont il y avait besoin.

Arrivés en bas, ils trouvèrent Esteban dans un état de nouveau quasi végétatif. Ces sautes d'humeur avaient beau être prévisibles, elles n'en restaient pas moins impressionnantes. Les dispositions d'Esteban lui paraissaient impossible à saisir, impossible à dompter. Elles étaient comme une savonnette qui leur échappait des mains à chaque fois qu'ils pensaient pourtant avoir une prise ferme dessus. Une épée de Damoclès au dessus de leur tête qui leur rappelait en permanence que le calme actuel n'était pas forcément ce qu'il paraissait être, et qu'il pourrait se rompre avec fracas d'une seconde à l'autre, selon ce qui passait par la tête du vampire affaibli.

Seul point rassurant : Esteban paraissait être encore en état de mener une discussion, même si il n'avait pas l'air d'en avoir très envie. Il empêcha Luisa et Karl de paniquer grâce à une intervention si pertinente qu'on aurait eu du mal à croire qu'elle était de lui - c'était un peu méchant, mais, désolé, ça n'en restait pas moins vrai. Esteban était capable, tous les trente six du mois et lorsque les planètes étaient alignées, d'avoir un comportement adéquat. Néanmoins, la plupart du temps, il était complètement à côté de la plaque. Ce n'était pas un reproche : ça lui donnait un côté attendrissant et ça faisait entièrement partie de sa personnalité. Certes, tout le monde aurait probablement pensé être soulagé de le voir se mettre un peu de plomb dans le crâne, Karl le premier. Pourtant, maintenant qu'une telle chose avait effectivement l'air d'être arrivée (il faisait moins de contre sens et paraissait plus capable qu'avant d'avoir une discussion sérieuse), cela le rendait indiciblement triste. Parce que ce n'était pas l'évolution normale que sa personnalité aurait dû suivre. Il avait trop souffert sans personne pour l'épauler. Et dire qu'il comptait continuer...

L'intéressé avait les yeux fixés sur l'absence de motifs du canapé. Il en étudiait la trame du tissu platement, rassuré par cette vision simpliste et qui lui donnait l'impression d'être rangé dans une petite boîte  de reliefs cotonneux. Il aurait probablement dû fermer les yeux. Cela ne servait pas à grand chose qu'il les garde là-dessus indéfiniment. Il se sentait trop paresseux pour bouger les paupières, et puis, cette couleur grise qui remplissait son champ de vision avait une étrange façon de l'apaiser.

Il ne vit pas l'étonnement de sa tante lorsqu'elle se tourna vers lui pour répéter ce qu'il venait de dire. Oui, Gael dormait. Il ne se rendit pas compte de ce qu'il venait d'empêcher. Il s'était agi pour lui d'une déclaration toute naturelle et il n'en faisait pas grand cas. Ou presque pas. Il restait très étrange d'être capable de ce genre de perceptions. Et de l'assumer avec tant de flegme, de facilité. Quelques heures auparavant, il en était certain, de tels mots n'auraient pas su quitter sa bouche. Des portes s'étaient débloquées à l'intérieur de lui, il se voyait plus clairement, et il se détestait plus qu'il ne l'avait jamais fait, mais au moins, cela lui avait donné les moyens d'exister aussi longtemps qu'il le faudrait. Et de faire ce qui devait être fait. Pour cela, il devrait probablement remercier Luisa.

Plongé dans des pensées sombres, il ignora le geste qu'elle eut pour Gael, qui n'aurait pas manqué de le rendre perplexe. Il manqua l'absence de réaction de Karl qui avait observé la scène en silence, mais jugé bon de garder ses pensées pour lui. A ce stade, plus grand chose ne devait l'étonner. Il manqua tout ce qu'il pouvait bien se passer, à vrai dire, jusqu'au moment où Luisa posa une main sur son épaule et le fit légèrement sursauter, car ce contact le ramenait vers la réalité. Elle l'embrassa sur la joue. Il frissonna, visiblement surpris par ce geste. Esteban, surpris de recevoir une marque d'affection, lui qui en avait été couvert par sa mère à outrance depuis l'enfance. Cela voulait probablement tout dire.

Il leva des yeux brièvement remplis d'émotion brute sur Luisa. Ils s'éteignirent et il les baissa aussitôt, comme honteux. Il gardait le nez collé contre le canapé, le visage à moitié caché derrière une main.

"Ca n'a pas grand chose d'extraordinaire... C'était facile, et on sait d'où ça vient."

Quelle ne commence pas à lui dire que ses nouvelles capacités étaient une bénédiction plutôt que le contraire, surtout... Il allait très vite s'en agacer. Néanmoins, il restait content d'avoir pu servir à quelque chose, même si il ne voyait pas trop pourquoi elle paraissait si reconnaissante à son égard. Depuis quand sa fierté permettait-elle à Luisa d'être honnête à ce point avec lui ? C'était agréable, mais c'était presque gênant...

Il récupéra sa chaussure, ce qui lui permit d'éviter d'avoir à analyser plus longtemps ce sentiment inconfortablement plaisant. A moins qu'il ne fut plaisamment inconfortable ? Il s'occupa de la mettre platement à son pied puis de retourner s'étaler comme une crêpe sur son bout de canapé. Ce faisant, il capta la discussion qui avait lieu entre Luisa et Karl.

"Je viens de regarder, on a raté quatre appels il y a cinq minutes. Je lui téléphone et j'y vais. Il doit attendre devant la porte."

Platement perplexe - toujours platement, il n'était plus capable de faire quoique ce soit autrement que platement - Esteban observa Karl qui prenait la direction de la porte de sortie. Il se rappela vaguement d'une discussion à laquelle il n'avait prêté qu'un intérêt restreint, avant qu'il n'aille s'enfermer dans la salle de bain. Ce n'était que maintenant qu'il se rendait compte du point auquel ce qu'ils baragouinaient pouvaient n'avoir aucun sens à ses yeux. Et de la nécessité brûlante qu'il avait de leur demander ce qu'ils tramaient. Il détestait quand on le laissait hors d'une confidence. Plus encore, lorsqu'il ne comprenait rien à une discussion à laquelle il était censé participer.

"... Mais où est-ce qu'il va, enfin ?"

Il fronça les sourcils et esquissa une moue boudeuse. Platement.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Lun 21 Nov - 21:53

Luisa n'était absolument pas dupe du manège que lui faisait Karl. Il avait beau dire, elle savait parfaitement qu'il disait ça uniquement pour la délester de l'idée d'être un poids pour lui, qui aurait préféré descendre les marches quatre à quatre pour essayer de comprendre la raison du silence subite d'Esteban. Et dans le regarde de la brune, on sentait qu'elle n'y croyait pas une seule seconde.

Malgré tout, elle ne dit rien. Cela ne servait à rien de parlementer. De toute façon, ils finiraient par arriver avant que l'un ou l'autre ne décide de jeter l'éponge : Luisa avait rapidement compris que Karl n'était pas du genre à laisser tomber. Il ne serait pas auprès de son neveu depuis si longtemps, sinon. Elle n'insista donc pas plus, et continua à descendre les marches avec le jeune adulte à ses côtés. Le silence était angoissant, et la mexicaine ne savait pas vraiment quoi en penser. Non seulement l'absence de blabla d'Esteban (alors qu'il était prêt à discuter de tout et de rien quelques instants plus tôt) était inquiétante, mais en plus elle commençait à s'intriguer du silence de Gael. Certes, le garde du corps n'était pas très bavard en temps normal, mais elle pensait qu'il aurait fait un effort pour s'adresser à Esteban.

C'est pourquoi elle s'inquiéta d'autant plus rapidement quand elle n'entendit pas l'argentin répondre à ses paroles. Son angoisse refit surface, et elle aurait pu être beaucoup plus violente si Esteban n'avait pas aussitôt désamorcé la bombe en annonçant sur un ton quasi-clinique que l'homme était tout simplement endormi. Cela eut le mérite de calmer la mexicaine aussi efficacement qu'une douche froide, et d'éviter à Karl de paniquer à son tour. Luisa répéta l'information, comme si elle avait du mal à réaliser. Et pourtant, c'était vrai qu'il donnait l'impression de dormir. Elle eut un geste tendre auquel il réagit, pas forcément d'une manière agréable, mais en réalité Luisa s'en fichait : l'important était qu'il y eut réaction. Elle se tourna ensuite vers Esteban pour le remercier, et fronça légèrement les sourcils quand il frissonna à son contact. Ce n'était pas comme si le geste était peu commun, il lui arrivait souvent de l'embrasser ainsi sur la joue, et elle savait que sa mère faisait exactement la même chose. Se pourrait-il qu'il ait manqué de contacts à ce point ?

Le bref regard que Tebi tourna vers elle la prit aux tripes. Oui, peut-être que ce manque était en effet "à ce point". Il y avait beaucoup de choses à rattraper. Des liens à réparer. Cela allait demander du temps, et beaucoup d'amour. Luisa s'en rendait compte dans cet échange bien trop court, avant qu'Esteban ne détourne à nouveau le regard sur le canapé avant de lui répondre. Elle eut un léger sourire.

"Peut-être, mais ça ne m'empêche pas de te remercier d'y avoir prêté attention, Tebi."

Il aurait pu les laisser s'inquiéter jusqu'à réveiller Gael (ce qui n'était pas l'idée la plus brillante, puisque le garde avait très certainement besoin de repos), en refusant d'accéder à ces perceptions. Mais il avait agi autrement. Luisa n'avait pas l'intention de voir ses nouvelles capacités comme une bénédiction, elle n'était de toute façon pas adepte de ce genre de vocabulaire. Elle avait simplement analysé la situation, et fait des constats, raison pour laquelle elle remerciait son neveu. En tant que personne. Cela n'allait pas plus loin.

Elle lui donna sa chaussure et entreprit de s'asseoir par terre près de son filleul. Une fois fait elle se tourna vers Karl pour avoir des nouvelles de la livraison qui était censée arriver. Elle commençait vraiment à avoir faim, tant qu'elle se demandait si le léger mal de crâne qu'elle ressentait n'y était pas lié... entre autres sensations, certainement. L'étudiant lui répondit qu'il y avait bien eu des appels manqués, et elle pinça les lèvres.

"J'espère qu'il n'est pas parti ! Le quatorzième hein !"

Elle ne savait plus si elle l'avait précisé ou non. Mais au moins, comme ça, elle était certaine qu'il aurait l'information. Elle posa ensuite sa tête contre le canapé, les yeux rivés vers les vitres du plafond, très haut au-dessus d'eux. Elle ne répondit pas tout de suite à la question d'Esteban. Elle pesait le pour et le contre intérieurement, mais vint bien vite à la conclusion qu'il était inutile de lui cacher l'information plus longtemps, plus encore si ils voulaient qu'il vienne passer la journée (...et les suivantes) chez elle.

Elle tourna donc la tête pour lui adresser un regard en coin et pouvoir étudier sa réaction.

"...Chez moi. J'ai donné mon adresse au livreur. J'habite quelques étages plus bas. C'est comme ça que j'ai réussi à savoir que tu te cachais ici."

...Peut-être aurait-elle dû commencer par lui dire qu'elle avait déménagé à la Nouvelle-Orléans quelques semaines plus tôt. Oups.
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Esteban Luz-Descalzo
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Ven 25 Nov - 13:32

Il fronça vaguement les sourcils. Il avait du mal à accepter les remerciements de Luisa, même avec les justifications qu'elle lui offrait. Il n'avait pas eu à prêter attention à grand chose. Éteint, il ajouta à moitié pour lui-même, à moitié pour sa tante :

"... Ce n'est pas comme si je pouvais ne pas l'entendre. C'est omniprésent... Ça me dégoûte."

Non pas qu'il trouvât les battements de cœur de ses proches dégoûtants, mais le fait d'en être en permanence témoin et diablement conscient par contre, c'était autre chose. Cela n'était qu'une chose de plus qui lui rappelait qu'il n'était plus humain, ce qu'il avait conclus être bien obligé d'accepter, mais ce qui ne lui faisait pas plus plaisir qu'avant pour autant.

La discussion changea de sujet. Il était question du livreur qui aurait dû arriver avec la nourriture. Il paraissait avoir tenté d'appeler un petit nombre de fois, ce qui contrariait Karl autant que sa tante.

"Eh bien si il est parti, il reviendra... Je m'en occupe."

Esteban ne savait pas vraiment comment il s'étaient débrouillés pour ne rien faire livrer chez lui, et les propos échangés entre Karl et Luisa finirent par l'interpeller, ainsi qu'il en donna la preuve en boudant et en posant la question qui s'imposait : Où allait-il ? Pourquoi le quatorzième ? Qu'est-ce que c'était que cette histoire exactement ?

Il vit Karl disparaître par la porte d'entrée. Qu'importe où il était parti... Il y était allé sans hésiter.

Luisa ne le fit pas plus attendre. Elle lui fournit une réponse qui eut du mal à lui monter jusqu'au cerveau. Durant de longues secondes, son visage ne fut qu'un masque d'incompréhension. Puis, on vit ses yeux s'écarquiller légèrement, sous l'effet d'une surprise délicate qui prouvait qu'il avait fini par connecter ses deux neurones. Dès lors, plusieurs émotions se succédèrent sur ses traits : son étonnement atteint tout d'abord un sommet très haut perché, avant de s'effondrer presque immédiatement. Il dégringola dans une sorte de colère scandalisée et de refus de l'évidence. Ce n'était pas possible. Une telle chose n'avait pas pu arriver ! La chance de Luisa ne pouvait TOUT DE MÊME pas atteindre de telles proportions ! C'est à ce moment précis qu'il tourna la tête en direction de la mexicaine, qui évidemment était en train d'observer sa réaction avec avidité.

Puis, le dépit violent. Son visage qui tombait en déconfiture. Ses yeux dans lesquels toute lueur avait fini par mourir. Bien sûr, que sa chance pouvait atteindre de telles proportions. Comment aurait-il pu en être autrement ? Il se sentit abattu. Tellement blasé qu'il n'avait même pas envie de chercher à savoir ce qui l'avait poussée à venir s'installer aux USA, même si il en avait une idée relativement claire de toute façon. Un sourire sans joie monta en même temps qu'il détournait la tête, une main frottant son front comme pour tenter d'évacuer son non-sentiment consterné.

Tous ces efforts pour se cacher de sa famille et de ses amis. Pour éviter de succomber à la tentation de les approcher. Pour les épargner au possible de celle de venir le rejoindre à leur tour. Tout ça pour qu'elle emménage dans le même immeuble que lui et tombe, certainement par hasard, sur une information qui lui avait mis la puce à l'oreille. C'était donc ainsi qu'elle l'avait retrouvé, malgré les efforts qu'il avait fait pour rendre la chose aussi compliquée que possible.

Il eut un éclat de rire froid, bientôt suivi d'un autre. Une hilarité glaçante plus que soulageante, compte tenu de son expression dure et du fond de cynisme et de désespoir qu'on pouvait y entendre. Il hocha la tête de droite à gauche, vaincu. Et ne rajouta rien de plus. Parce qu'il ne voyait rien à dire. C'était juste.... C'était.
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Luisa Selva Moreno
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Sam 3 Déc - 21:33

"Tu aurais pu ne pas en faire cas, pour ces mêmes raisons. Bref."

Il avait peut-être marmonné pour lui-même, mais Luisa tenait tout de même à donner son avis, non sans en profiter pour couper court à la discussion. Elle savait parfaitement qu'il était inutile de rentrer dans ce genre de discours avec son neveu, parce qu'ils possédaient tous les deux ce même côté borné qui les forçait presque à vouloir avoir le dernier mot même si cela amenait à des arguments totalement grotesques, comme ceux qu'ils commençaient tous les deux à fournir. Quelle que soit donc la réponse qu'Esteban lui fournirait -s'il décidait de continuer-, sa tante n'y prêterait aucune attention, préférant se tourner du côté de Karl qui réalisait que le livreur avait apparemment appelé un certain nombre de fois, ce qui les contrariait tous les deux. La mexicaine fit une remarque à laquelle Karl répondit en annonçant qu'il s'occupait de récupérer la nourriture. Luisa lui adressa un sourire reconnaissant.

"J'espère bien qu'il reviendra ! ... Merci, Karl."

L'étudiant pris ensuite la direction de l'entrée du penthouse, non sans qu'Esteban ne se plaigne de ne rien comprendre à ce qu'il se passait. Sa marraine lui fit enfin l'honneur de répondre à ses questions à moitié sous-entendues, lui avouant qu'elle avait acheté un appartement quelques étages plus bas. Elle aurait pu le lui cacher encore quelques temps en disant simplement qu'elle avait donné une adresse bidon et expliqué que la sonnette ne fonctionnait pas et qu'il fallait donc qu'il appelle, mais Karl et elle s'étaient bien mis d'accord sur le fait qu'il était hors de question que le vampire reste seul les prochains jours. Et comme sa "chambre" était hors d'usage selon leurs critères, il n'avait plus qu'à venir chez lui. Garder le secret était donc inutile.

Dans un autre contexte, la réaction d'Esteban aurait été hilarante. Luisa était presque capable de voir les rouages tourner dans son esprit, jusqu'au moment où il sembla réaliser ce qu'elle venait de dire. L'énorme surprise, suivie de la consternation la plus totale. Vraiment, si elle avait été de meilleure humeur, elle aurait sorti son téléphone pour prendre l'ensemble en vidéo. Pour le moment, elle se contenta d'un léger sourire, plus amusé qu'autre chose, mais également un peu désolé, comme si elle voulait faire passer le message selon lequel elle n'avait pas vraiment fait exprès de le trouver. Elle avait juste eu de la chance.

Même si, effectivement, c'était là le noeud du problème.

Cela dit, le dépit et la consternation qu'elle lut dans le regard clair d'Esteban eut tôt fait de calmer tout l'amusement qu'elle aurait pu ressentir. Cette froideur ne lui plaisait vraiment pas, et pourtant ce n'était pas la première fois qu'elle le voyait ainsi. La scène de l'ascenseur, un peu plus tôt, lui revint en mémoire et elle ne put s'empêcher de frissonner. La santé mentale de son neveu était chancelante, ils avaient tous eu l'occasion de s'en rendre compte plus tôt. Cependant, c'était ces éclats de rire froids, cyniques, qui heurtaient le plus la mexicaine. C'était comme si son neveu était devenu une personne totalement différente : à ses yeux, il n'avait jamais été capable d'appréhender une chose telle que le cynisme. Pas au point de l'utiliser ainsi.

"Tebi..."

Luisa se contenta donc de murmurer en posant sa main sur le bras le plus accessible du jeune homme. Elle le regardait avec un air mi-impuissant mi-désolé, ne sachant pas vraiment quoi lui dire. Il était d'ailleurs fort possible qu'il n'y ait rien à dire, ce qui était encore plus frustrant pour la mexicaine.

Un grognement en provenance de l'autre côté du canapé rompit le silence. Il semblerait que les éclats de rire d'Esteban avaient réveillé Gael. Le garde du corps leva un bras pour se passer une main sur le visage pour se réveiller. Il lui fallut un moment avant d'ouvrir les yeux et de les poser tout d'abord sur Esteban, puis sur Luisa, un cran plus bas. Cette dernière lui sourit doucement.

"Salut, Belle au Bois Dormant ! Pile à temps pour le dîner."

Elle se redressa en même temps que l'argentin qui prenait la peine de s'asseoir, libérant une place sur le canapé que Luisa s'empressa se prendre, avant de s'approcher d'Esteban pour poser sa tête sur son épaule, dans une sorte d'excuse. Elle était certes venue pour le chercher (et s'occuper de sa soeur), mais elle ne s'était pas attendue à le trouver aussi facilement. Promis.
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Esteban Luz-Descalzo
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Sam 10 Déc - 19:58

Maussade, Esteban se contenta de hausser les épaules quand Luisa lui opposa une énième réponse. C'était une de leurs disputes habituelles : il n'arriverait pas à la convaincre, et le contraire était tout aussi vrai. Moins démoralisé, il aurait été capable de répondre longtemps et il aurait fallu attendre que l'un des deux se lasse avant qu'on ne passe à un autre sujet. Mais il n'avait plus la force de se battre d'une quelconque manière avec qui que ce soit, ce qui se traduisit donc par ce geste désincarné, et par le gargouillement de mauvaise humeur qu'il lui associa.

Karl partit chercher les sacs de victuaille en bas, ce qui intrigua le vampire. Il posa une question suite à laquelle sa tante lui annonça qu'elle avait par hasard emménagé quelques étages au dessous de lui. Sa réaction ne tarda pas. Sidéré, courroucé, puis enfin tant et si bien désabusé que la boîte de Pandore qu'il gardait close à l'intérieur de lui s'entrouvrit, laissant passer un filet de cynisme sombre des plus inquiétants. Le jour où on le blesserait suffisamment pour que le couvercle se soulève pour de bon, le résultat serait probablement terrifiant, et peut-être cela pouvait-il se sentir à l'instant même tandis qu'il chancelait, gardait difficilement son équilibre sur la corde d'équilibriste qui lui servait de voie, au dessus d'un gouffre de ténèbres sans fond.

Son rire sans joie autant que son attitude comme détachée de ce qui lui arrivait avaient largement refroidi l'atmosphère. Luisa l'appela doucement et posa une main sur son épaule. Le contact le fit très vaguement frémir, peut-être parce qu'il ne s'y était pas attendu. Peut-être parce qu'il lui rappelait qu'il existait encore un monde autour de lui et que ce n'était pas le moment qu'il s'effondre (encore) sur lui-même, cette fois noyé dans le défaitisme et dans la désillusion. Il tourna lentement son visage vers elle. Leurs yeux se croisèrent. Son sourire glacial disparut au profit d'une parfaite absence d'expression. Ses yeux paraissaient vides sans pour autant être vacants. Ils émettaient comme un filet d'ombre lugubre, suintant d'un désintéressement blasé vis-à-vis de tout, et en particulier de lui-même. Voilà ce qu'il restait d'Esteban, lorsqu'il n'était pas en proie aux émotions insupportables qui l'avaient jusqu'à présent torturé, et quand il regardait en face les plus sombres sentiments que ces semaines de solitude et d'affliction avaient indubitablement fait naître en lui. C'était sans doute dans cette boîte effrayante que la crise des minutes précédentes avait puisé, pour rendre violent un garçon qui, avant, n'avait jamais été capable du moindre geste abrupt.

Le contact visuel ne dura pas plus de quatre à cinq secondes, mais donna l'impression de s'étendre une éternité. Enfin, Esteban détourna ses billes de turquoise assombries et poussa un soupir désincarné. La nouvelle qu'il venait d'apprendre aurait pu lui paraître amusante, rétrospectivement, si la situation n'avait pas été ce qu'elle était. Là, il trouvait ça tout bonnement désespérant. Et rire - même de cette manière désabusée - lui avait pris le peu d'énergie qu'il pouvait encore lui rester. Même l'inquiétude que Luisa dirigeait vers lui le fatiguait, à vrai dire. Ça ne servait à rien. Il souffla quelques mots difficiles :

"Laisse tomber..."

D'ailleurs elle avait mieux à faire. Gaël était en train de se réveiller, ce dont il prit conscience avant elle faute aux constantes biologiques qu'il était en mesure d'entendre et dont il captait le changement progressif. Ses yeux tournèrent leur lame aiguë sur le garde avant même qu'il se mette à grogner et rappelle à Luisa sa présence. Le jeune vampire cessa de bouger, n'esquissant aucun geste même quand Gael posa les yeux sur lui. L'Esteban que tout le monde connaissait aurait probablement détourné les yeux ou bien se serait tassé sur lui-même, impressionné par l'intérêt qui lui était porté. Mais là, rien. Il n'eut même pas la force de s'en étonner, et pourtant il était conscient de l'étrangeté de ses propres réactions.

Luisa posa sa tête sur son épaule, ce qui eut pour effet de le détourner de sa contemplation muette. Il la laissa faire. Quelle raison aurait-il eu de la repousser ? Il avait déjà essayé de la faire partir... De  tous les faire partir, en vain. Il n'y était pas arrivé. Il n'avait plus envie d'essayer. Il sombrait dans une sorte de normalité anormale... De banalité dénuée de sens, dans laquelle il n'avait plus d'actions possibles. Ils étaient là. Il s'était nourri, si bien qu'il n'avait plus besoin de concentrer tous ses efforts dans le simple fait de ne pas les attaquer. Il avait bien fallu qu'il accepte ce nouveau rapport que le contexte avait tissé entre eux contre son gré. Tout cela, c'était des choses auxquelles il ne pouvait rien faire. Il ne lui restait plus qu'à rester passif. La vacuité était probablement préférable à l'horreur qu'était devenue sa vie, le reste du temps. Il se prit à espérer que cela puisse rester comme ça jusqu'au bout. Ainsi, il souffrirait moins.

Il ne pouvait rien faire à propos de rien et il était fatigué. Il en avait marre. Il voulait juste tout mettre sur pause. Alors, il laissa sa propre tête tomber contre celle de Luisa, et il se contenta de fixer le ciel au travers du plafond.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mer 25 Jan - 23:56

Luisa vit du coin de l’œil son neveu hausser les épaules à sa dernière phrase, avant qu'elle ne se tourne vers Karl pour parler du dîner. Elle n'avait pas l'intention d'insister, et savait dans tous les cas que c'était inutile. Ils avaient eu de nombreuses discussions du genre par le passé, qui s'étaient toutes terminées de la même façon, sur un éternel désaccord. La réaction d'Esteban ne sortait donc pas vraiment de l'ordinaire (si ce n'était que la plupart du temps il émettait plus de sons pour exprimer son avis) et sa tante ne s'en inquiéta pas le moins du monde, préférant terminer sa discussion avec Karl. Elle retourna son attention vers le vampire lorsque ce dernier posa une question à laquelle elle décida de répondre le plus honnêtement du monde, avouant à Esteban qu'elle vivait un peu plus bas depuis quelques jours. La réaction du jeune homme ne se fit pas attendre et même si Luisa n'espérait pas qu'il exulte de joie, elle n'apprécia pas vraiment ce qu'il montrait. Le cynisme n'était pas une qualité qu'elle avait observé chez son filleul jusqu'à présent, et cela l'inquiétait, tout autant que cette attitude froide et trop détachée qu'elle avait déjà observée un peu plus tôt.

Dans l'espoir de le ramener un peu dans le monde réel, Luisa s'avança pour poser une main sur l'épaule de son neveu en l'appelant par son surnom. Tebi tourna son visage vers elle et elle soutint son regard, sans s'empêcher de frissonner face au vide assombri qu'elle rencontrait. La mexicaine n'avait jamais vu Esteban ainsi. Elle connaissait par cœur ses yeux rieurs, son regard grognon, ses petits yeux à peine éveillés tentant de s'extraire de la brume de sommeil et plein d'autres expressions encore, mais cette absence, ce désintérêt total, sans la moindre trace de curiosité qu'elle aurait cru toujours présente chez lui... Même pour elle, c'était perturbant. Elle ne reconnaissait plus son neveu, quand elle plongeait son regard dans le sien. Et cela l'ébranlait bien plus qu'elle ne l'aurait laissé voir.

Elle dût cependant montrer bien plus d'expressions qu'elle ne l'aurait cru, car Esteban lui adressa deux petits mots prononcés sur un ton aussi blasé que le reste de son attitude. Il réussit néanmoins à la faire sourire, de façon mi-narquoise, mi-sarcastique.

"Tu sais pertinemment que cela n'arrivera jamais... Pas mon genre."

Ils n'eurent cependant pas le temps de rentrer dans une nouvelle bataille de volonté (car c'était clairement ce qui se dessinait quand ils agissaient de cette manière, à la façon de ce qui s'était déroulé juste avant que Karl n'aille retrouver le livreur) car le garde du corps endormi commença à montrer des signes de réveil. Il gagna donc l'intérêt de Luisa, qui le salua d'une remarque amusée dont on ne pouvait pas vraiment ignorer le soulagement, bien que l'argentin ne prenne pas la peine de lui répondre.

Encore un peu dans les vapes, Gael avait fixé Esteban sans réellement s'en rendre compte. C'était en reconnaissant l'allure générale du fils de son employeure qu'il avait réussi à réaliser où il était et que les souvenirs de ce qu'il s'était passé lui revenaient en mémoire. Son regard tomba ensuite sur Luisa, qui était à terre. Il comprit qu'il était allongé sur le canapé et entreprit de se redresser afin de laisser une place à la cheffe d'entreprise. Une fois assis, il passa une main sur son visage avec ce qui semblait tenir à la fois du soupir et du grognement : apparemment, il n'était pas particulièrement aimable au réveil. Son regard noisette enfin départi des restes de sommeil dans lequel il s'était embourbé sans le vouloir, le garde du corps inspecta les alentours. Remarquant qu'il manquait quelqu'un, il fronça les sourcils.

"Où est Karl ?"

Pendant ce temps, Luisa s'était installée sur la place qu'on lui avait faite, entre les deux hommes. Elle s'était approchée d'Esteban et avait posé sa tête sur son épaule, à la fois pour s'excuser et pour lui signifier son soutien. Quelque part, c'était un peu bête de se sentir coupable de l'avoir trouvé aussi facilement, mais Luisa pouvait comprendre que le gamin soit particulièrement vexé : il était passé -elle en était convaincue- par de nombreux stratagèmes pour que ni ses ennemis, ni sa famille ne le retrouvent, et voilà qu'elle tombait sur lui par hasard. C'était rageant. Mais d'un autre côté, elle ne regrettait absolument pas de l'avoir retrouvé et d'être intervenue ce soir. Karl et Gael attendaient peut-être d'avoir un plan, mais vu l'état du vampire, il n'aurait pas fallu attendre plus longtemps.

Les lèvres de la mexicaine s'étirèrent en un léger sourire en sentant la tête d'Esteban peser contre la sienne. Ce n'était peut-être rien, et il le faisait peut-être plus par fatigue et par dépit qu'autre chose... mais personne ne l'avait forcé à le faire. Aux yeux de sa tante, c'était un début. Maigre consolation par rapport aux peurs en série qu'il lui faisaient depuis la scène de l'ascenseur, mais début tout de même. Elle espérait simplement qu'ils arriveraient à parler plus que cela à présent : depuis qu'ils étaient sortis de la salle de bains, Esteban n'avait pas été des plus bavards.

Gael posa une question et Luisa tourna son regard le plus vers lui possible, sans changer de position. Elle lui fit un sourire amusé.

"Ton protégé est parti à la rencontre du livreur. Tu nous as collé une sacrée frousse, tu sais..."

Son ton était moins railleur qu'il aurait pu l'être. En réalité, maintenant que l'adrénaline des diverses scènes était passée, Luisa se sentait fatiguée. Il ne fallait pas oublier qu'Esteban s'était nourri d'elle aussi, et si Gael avait clairement payé le plus lourd tribu, la mexicaine commençait elle aussi à ressentir les effets de la légère anémie dont elle devait être victime. Se collant un peu plus contre son filleul, elle prit doucement son bras et enroula l'un des siens autour, comme pour le garder près d'elle (...alors qu'elle s'appuyait déjà sur lui, oui). Ses paupières se mirent à papillonner et elle étouffa un bâillement.

"...Mhm... Prévenez-moi quand il arrive, d'accord ? J'ai faim."

Cela ne l'empêcha pas de fermer les yeux en bougeant la tête pour la placer plus confortablement sur l'épaule d'Esteban. Mais elle ne dormirait pas voyons. Elle avait décidé que non, cela ne pouvait donc pas arriver.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Jeu 23 Fév - 16:35

Esteban retint un soupir mais ne put s'empêcher de redresser ses yeux sombres et de les plonger brièvement dans ceux de sa tante, qui avait profité de deux mots de sa part pour les détourner de leur sens initial et faire passer le message qui l'arrangeait. C'était tout Luisa, ça. En d'autres circonstances ça aurait pu l'agacer, le mettre hors de lui, ou au contraire l'amuser follement si cela n'était pas dirigé contre lui. Là, tout ce que ça parvenait à faire, c'était à le fatiguer. Il se sentait vaguement emprisonné dans ce souci qu'on se faisait pour lui. Il étouffait à petit feu, la gorge nouée par la contrariété et par ce défaut de liberté soudain.

Il n'en avait pourtant pas fait grand chose de bien, de cette liberté qu'il avait eu jusqu'à là. Pas de bien pour lui en attendant, mais c'était l'idée : ses invités surprises attendaient de lui qu'il vise un objectif de cet acabit, lorsqu'il avait plutôt l'intention d'agir pour le bien commun ce qui, dans son esprit, allait à l'encontre de son propre bien-être.

Il ne répondit rien, conscient du dilemme que Luisa lui posait. Conscient qu'elle en était consciente aussi. Effectivement, maintenant qu'elle savait où il vivait et qu'elle avait vu dans quel état il se trouvait, et comme elle n'avait pas l'air de le considérer autrement qu'avant malgré sa métamorphose, il pouvait être certain qu'elle n'allait littéralement pas le lâcher. Encore une perspective exténuante. Cette fois il aurait très probablement lâché un soupir digne des bourrasques du grand méchant loup contre les trois petits cochons si Gael n'avait pas montré des signes de réveil muets qu'Esteban seul était alors capable de capter, car cela tenait à ses perceptions vampiriques.

Gael s'éveilla pour de bon, attirant l'attention de la mexicaine ce faisant. Il n'eut pas l'air de remarquer la façon dont Esteban le fixait sans détourner les yeux. Il était probablement encore trop désorienté pour cela. Et c'était mieux ainsi. Tant qu'à faire, Esteban préférait rester en retrait. Ne plus être le centre de l'attention, et laisser les autres bien faire ce qu'ils voulaient. Se fondre dans le paysage était une autre façon d'atteindre l'isolement et la solitude dont il avait été de force sorti. Non pas qu'il appréciât ni l'un ni l'autre, mais il continuait de se sentir coupable vis-à-vis de l'ensemble de cette situation. Ce qu'ils faisaient était mal, et qu'il ne fasse rien de plus pour l'empêcher l'était encore plus, quand bien même cela s'expliquait par son épuisement mental faute aux multiples batailles qu'il avait menées et perdues durant la soirée.

Il posa sa tête sur celle de Luisa et plongea dans la contemplation du ciel étoilé à défaut d'avoir mieux à faire - et de pouvoir faire mieux. Un frisson au fond de ses entrailles lui rappelait que ce contact était plus agréable qu'il n'aurait fallu et qu'il avait bien trop besoin de ce genre d'étreintes. Il l'ignora, comme tout le reste de ce qui pouvait se passer autour de lui.

Gael qui cherchait à savoir où Karl était passé. Luisa qui lui répondait, toujours sur le même ton railleur. Puis elle demanda à ce qu'on la prévienne quand l'étudiant reviendrait les bras chargés des victuailles commandées et elle prit son bras en otage. Il sentit son corps se tasser contre le sien et c'est presque par réflexe qu'il répondit à cette approche en guidant sa main libre contre le bras de Luisa pour mieux l'entourer de sa tiédeur volée.

Geste encourageant ? Once d'espoir au fond du trou dans lequel ils se débattaient ? Pas vraiment. Les yeux du vampire étaient toujours tournés sur le ciel, vacants. Il n'était pas vraiment là. Son corps avait réagi par réflexe afin de fournir à Luisa le plus de confort possible.

Restait à voir si le garde du corps tenterait d’entamer une quelconque conversation - chose mal aisée lorsqu'on connaissait la relation compliquée avec Esteban - ou bien si il se contenterait de garder le silence, chose qui apparaissait être comme la plus probable. Dans tous les cas, l'instant ne durerait que quelques brèves minutes, au bout desquelles la porte d'entrée émettrait de lointains coups frappés, résultat des diverses tentatives de Karl pour l'ouvrir. Puis le battant s'ouvrirait, laissant place aux éclats grésillants de la bataille qui se livrait entre l'étudiant et une armée de sachets en papier.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Dim 26 Fév - 18:09

On pouvait penser que Luisa était inconséquente. C'était un reproche qu'elle avait souvent reçu lors de son adolescence, et dont elle avait fait peu de cas, comme la plupart des réprimandes qu'on pouvait lui faire.

D'un point de vue extérieur, l'attitude de la mexicaine, à tenir ainsi tête à son vampire de neveu, était une nouvelle inconséquence. Et pourtant, Luisa savait parfaitement ce qu'elle faisait. Petit à petit, elle tentait de récupérer son filleul. Elle voyait bien qu'il ne réagissait à aucune de ses sollicitations, ou alors très peu. Aurait-elle été moins têtue, elle aurait commencé à se sentir désemparée. Mais c'était mal la connaître.

Luisa continua donc de faire ce qu'elle faisait de mieux après gérer des contrats, soit ennuyer Esteban, sans s'offusquer de son manque de réaction. Puis Gael se réveilla, ce qui leur offrit une pause bien méritée. Ils discutèrent un petit moment avant que la mexicaine ne sente la fatigue l'envahir. Ils avaient atteint une période de transit, tout le monde allait plus ou moins bien, et elle sentait un peu de tension s'en aller, laissant place à la fatigue induite par l'anémie.

Sans prendre la peine de le consulter, Luisa s'installa contre Esteban et ferma les yeux. Un léger sourire glissa sur ses lèvres lorsqu'elle sentit l'autre bras de son filleul contre elle, même si elle ne criait pas victoire : avec tout ce qui venait de se passer, elle doutait qu'il s'agisse réellement d'un mouvement conscient et volontaire. Mais, en soi, cela voulait dire beaucoup. Ils pourraient peut-être continuer de tenter de le retrouver à l'affectif. De ce qu'ils avaient essayé jusqu'à présent, c'était clairement ce qui avait le mieux fonctionné.

La mexicaine n'avait pas l'intention de s'endormir, mais ainsi installée, il était difficile de lutter contre le sommeil, si bien qu'elle finit par partir quelques minutes.

Minutes pendant lesquelles Gael avait récupéré son attitude habituelle, observateur et silencieux. Il n'était pas particulièrement à l'aise à l'idée d'entamer une conversation avec Esteban en temps normal, et la situation actuelle était tout sauf normale, ce qui la rendait d'autant plus compliqué. Son regard noisette finit par dériver sur la forme nichée dans les bras du vampire et il eut un très léger sourire, vaguement amusé.

"Vu comme ça, elle a presque l'air agréable..."

Le garde du corps n'attendait pas particulièrement de réponse, et d'ailleurs y en aurait-il eu la conversation n'aurait pas duré très longtemps puisque des bruits se firent entendre dans l'entrée. Aussitôt, l'argentin se leva pour aller prêter assistance au jeune homme qui se débattait avec les commandes. Le mouvement soudain du canapé incita Luisa à se redresser, pour jeter un regard faussement noir en direction du garde avant de tourner la tête vers son neveu.

"... J'ai entendu, tu sais."

Ce qui voulait très certainement dire qu'elle se vengerait, d'une manière ou d'une autre. Elle s'étira légèrement avant de déposer un rapide baiser sur la joue de son filleul.

"Merci, Tebi."

Qu'il le prenne comme il voulait. Dans le meilleur des cas cela permettrait de relancer la conversation, sinon... Et bien, elle qui n'était pourtant pas du genre à laisser d'autres agir à sa place espérait que Karl saurait quoi dire pour dérider son meilleur ami.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Dim 12 Mar - 22:28

Au bout d'un temps impossible à évaluer, Gael émit un commentaire qui tira Esteban de sa rêverie éveillée. Le son lui parvint de très loin, comme si il s'était reclus dans un tout petit bout de sa propre tête et qu'il lui fallait faire un long chemin avant de prendre à nouveau possession de son corps et d'être capables d'interagir avec les autres.

Il savait que ce n'était pas poli, mais il se sentait incapable de répondre. Déjà, parler avec le garde du corps de sa mère avait toujours été... embarrassant, au bas mot, dans ses meilleurs moments. Parfois, cela pouvait devenir complètement terrifiant. Ce n'était pas le cas ici. Pour une raison ou pour une autre, le garde n'arrivait actuellement plus à l'impressionner. Mais interagir avec lui restait étrange, décalé.

Puis il fallait aussi prendre en compte l'épuisement mental d'Esteban. Les pensées noires qui continuaient de lui traverser le crâne malgré les efforts de ses invités pour les faire taire. Tout au mieux, ils parvenaient par leur présence à les éloigner provisoirement. Mais elles n'étaient jamais loin, on en avait la preuve flagrante, tandis qu'il état lentement mais sûrement en train de retomber au fond du trou.

Ses yeux clairs glissèrent sur le crâne de Luisa, seul indice qu'il avait bel et bien entendu Gael et qu'il n'était pas complètement perdu dans ses pensées. Ou bien dans leur absence. Presque aussitôt, Karl rentra avec les sacs et Gael bondit à sa rescousse. Esteban suivit ce déplacement du regard, l'air vaguement inquiet au delà du manque d'expressivité global de son visage, monotone, attristé. Le jeune vampire n'était pas certain qu'il soit bien raisonnable pour Gael, encore affaibli par le manque de sang, de se relever si rapidement et d'essayer de déambuler dans le penthouse gigantesques. Les escaliers restaient dangereux pour qui n'était pas en pleine possession de ses moyens. Et même si le sol avait été plat, vu comme le garde avait été mal quelques instant plus tôt, Esteban n'aurait pas été étonné de le voir encore s'effondrer faute à ces efforts déraisonnables. Il ne chercha pas à l'arrêter, laissa Luisa interagir avec lui, mais énonça finalement ses réserves dès que ses oreilles furent hors de portée. Soit au moment presque exact où sa tante posa ses lèvres sur sa joue - geste qui par ailleurs ne le fit qu'à peine réagir :

"... Je ne sais pas si c'est très judicieux..."

Mais après tout, ce n'était pas à lui d'en décider, et il était trop las pour s'en soucier plus longtemps. Il ferma les yeux, déterminé à attendre que le temps passe. Cela résumait bien son existence, ces derniers temps. Et d'ailleurs, comme pour en représenter l'autre unique partie importante, son téléphone, posé sur la table basse, se mit à vibrer.

Le vampire sursauta presque. Ses yeux moribonds flambèrent sans aucune forme de préavis, formant un contraste perturbant entre cette nouvelle attitude dure et déterminée, et les instants d'apathie précédents. Esteban remua pour s'extraire du canapé.

"Excuse moi je dois aller voir..."

Il rampa à quatre pattes jusqu'à la table, dans une attitude qui n'avait très certainement rien de convenable. Il avait perdu l'habitude de se comporter comme il fallait en société, à force de vivre reclus dans cette immense geôle de verre. Il venait de recevoir un mail, ainsi que le lui apprit le smartphone dès qu'il eut le nez collé dessus. D'un œil expert, il en avisa très rapidement le contenu puis il se tourna dans tous les sens à la recherche d'un dossier précis parmi tous ceux qui étaient étalés sur le sol. Son doigt glissa contre le papier, sillonna parmi les lignes de minuscules caractères et très vite, il parut trouver ce qu'il cherchait. L'ombre d'un hoquet lui échappa. Les yeux écarquillés, il commença à taper fébrilement une réponse contre l'écran, parfaite allégorie de l'efficacité faite obsession. Pour sûr, il savait ce qu'il faisait et il savait où chercher parmi les dizaines et les dizaines de pages qui jonchaient le sol à proximité. Il pouvait bien. Depuis des semaines, c'était la seule activité qu'il avait. La seule chose qui parvenait à le sortir de sa triste aboulie, quitte à le plonger dans des états de nerfs contraires, pas beaucoup moins néfastes. Il se mordillait la lèvre de telle sorte que l'un de ses crocs dépassait, inconscient du spectacle qu'il était en train de donner.

La mèche que les bris de miroirs avaient mutilée plus tôt glissa soudainement devant son visage, rappelant l'urgence qu'il y avait à faire venir un coiffeur pour arranger sa coupe ravagée. Il émit une sorte de grognement mécontent alors qu'il essayait de coincer la rebelle derrière son oreille. Elle lui chatouillait le bout du nez et elle l'empêchait d'y voir clair, voilà qui était très fâcheux.

Du côté de la porte d'entrée, Karl se battait avec les sacs afin de réussir à tous les faire rentrer sans se prendre le battant dans le nez. Lorsque Gael arriva à son niveau, il y était presque arrivé. L'étudiant leva le nez, conscient des pas en approche mais visiblement incrédule : il ne s'était pas attendu à ce que l'homme vienne l'accueillir compte-tenu de l'état dans lequel il l'avait vu être plus tôt. Il fronça des sourcils vaguement réprobateurs. Certes, il partageait cette tendance qu'avait le garde à en faire plus que de raison quitte à dangereusement tirer sur la corde. Mais pour cette fois, Gael allait peut-être un peu trop loin, même au goût de sa "version miniature".

"... Je pouvais me débrouiller, mais merci."

... Mais comme c'était de Karl qu'on parlait, ce dernier n'exprima évidemment ses réserves que de manière très détournée, sans passer par le moindre reproche. Après s'être assuré que Gael était effectivement capable de faire ce pour quoi il était venu, il fit même en sorte de lui tendre une partie des victuailles. Ce n'était pas très lourd de toute façon. Juste encombrant.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Dim 26 Mar - 21:24

Gael n'était pas surpris de l'absence de réponse d'Esteban. Il ne s'en formalisait pas non plus. Leurs conversations n'avaient jamais été beaucoup plus que cela : des phrases qu'il tentait et qui ne trouvaient que rarement une réponse, et plus rarement encore sous la forme qu'autre chose qu'un regard effrayé entre deux mini-hochements de tête. La sensibilité discrète du garde du corps lui permit cependant de faire la différence entre l'attitude habituelle et celle dont il était témoin à présent. Esteban ne lui répondait pas, non pas par peur, mais simplement parce qu'il n'en éprouvait ni la nécessité, ni l'envie. Son moral était toujours au plus bas, et même s'il n'avait pas été témoin de la scène de la salle de bains, il était conscient que l'état du jeune vampire était toujours aussi inquiétant. Intérieurement, l'argentin était convaincu que seule une réunion entre le fils et sa mère permettrait une évolution durable, mais malheureusement cette dernière n'était pas possible de suite, pour de multiples raisons.

Il aurait peut-être tenté un autre sujet de discussion si l'arrivée de Karl ne lui avait pas permis une échappatoire rapide (quoi qu'on en dise, Gael n'était pas extrêmement à l'aise non plus, encore moins avec cette "version noire" du fils de sa patronne), et donné l'occasion en or de laisser à nouveau la tante et le neveu seuls. Tante qui lui fit d'ailleurs une remarque à laquelle il ne répondit que par un très léger sourire, signe de son amusement, avant de se diriger (prudemment, quoi qu'on en dise) vers l'entrée.

Luisa haussa un sourcil en entendant la phrase de son filleul. Elle ne comprit pas immédiatement à quoi il faisait référence, faute à la fatigue qu'elle essayait vainement de cacher mais qu'elle ne pouvait pas éviter. Elle fit donc la moue.

"Ce n'est pas une question de judicieux ou non, tout de même..."

Et puis elle entendit les pas prudents mais rapides dans les escaliers et elle comprit.

"Oh, tu parles de Gael... Non. Mais essaie donc de le faire changer d'avis, toi... Il est plus têtu qu'une mule."

Comme si elle était bien placée pour faire ce genre de commentaires. La mexicaine s'apprêtait à relancer la conversation quand le téléphone de son neveu se mit à vibrer, et ce dernier s'animer aussitôt. Elle se décala sans faire le moindre commentaire, son regard sombre le fixant avec une lueur d'inquiétude.

Elle aurait pu se réjouir se le voir retrouver un peu de vie... mais elle était trop consciente qu'il n'y avait qu'une seule chose qui lui donnait cette énergie, et que cela ne lui était pas salutaire. Pas plus que la façon dont il était en train de se jeter dans la tâche, comme s'il s'agissait de la seule chose qui importait.

"Ton avocat n'attend pas nécessairement une réponse dans la minute je pense, Tebi... Je doute qu'il travaille de nuit."

Luisa avait néanmoins un très léger sourire sur les lèvres. Ce n'était peut-être pas une bonne raison pour retrouver autant d'énergie (...ou du moins pour que ce soit la seule qui lui procure de l'énergie), mais elle ne pouvait nier qu'il était agréable de le voir récupérer une attitude proche de l'enfant qu'elle connaissait. Son expression pensive et la façon dont il s'agaçait de cette mèche un peu trop courte, notamment. Elle descendit doucement du canapé et s'assit à côté de lui, avant de lui passer une main dans les cheveux.

"Laisse-moi voir si je peux t'aider..."

En les attachant suffisamment haut, il serait probablement possible de prendre également les mèches plus courtes. Bien sûr, ce serait loin du catogan bas dont il avait l'habitude, mais il s'agissait d'une solution d'appoint jusqu'à ce qu'ils puissent faire venir quelqu'un.

"J'appellerai mon contact dès demain matin, pour que quelqu'un vienne le plus vite possible. On pourrait faire ça chez moi, pour plus de discrétion."

Bien entendu, elle n'avait pas l'intention de faire autrement. D'autant que Karl, Gael et elle-même semblaient d'accord sur le fait qu'Esteban allait avoir besoin d'une présence constante à partir de maintenant, et qu'entre l'état de sa chambre et le désastre de la salle de bain (principale ?), il était hors de question qu'il reste ici pour le moment. Mais le lui dire ainsi serait s'exposer à une crise de colère digne des plus grandes contrariétés qu'avait pu subir l'héritier dans sa vie (...et il y en avait une très longue liste, si on le lui demandait), donc autant passer par des moyens détournés pour que cela paraisse plus comme une invitation qu'autre chose.

De son côté, le garde du corps avait rejoint la porte et aida le jeune homme à entrer avec toutes ses victuailles. Il décoda sans mal l'expression de Karl et lui répondit d'un très léger hochement de tête, signifiant "Je vais bien". Et c'était le cas. Il se sentait effectivement plus faible que d'habitude, mais pas au point de s'effondrer dans les escaliers ou de ne pas pouvoir porter trois sacs. Ce que le Petit sembla comprendre, car il lui tendit une partie de la nourriture qu'il avait dans les mains, avant de reprendre la direction du salon, où Luisa, sa tâche achevée, les accueillit à bras ouverts.

"Ouiiiiii, du curryyyyyyy ! Tebi chéri, aurais-tu de la vaisselle quelque part ?"

Parce que ce serait plus pratique, tout de même. Et c'était un moyen comme un autre de le décoller de ses papiers et de lui faire rejoindre la réalité. Peut-être allait-il même réaliser que Karl était rentré, puisqu'il avait demandé après lui plus tôt. La mexicaine était à deux doigts de faire une remarque à ce sujet, mais elle s'abstint, se contentant d'un sourire amusé pour elle-même. Une autre fois, peut-être.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mer 5 Avr - 23:02

Sans comprendre immédiatement que sa tante avait mal interprété ses propos - ce genre de choses lui arrivant très rarement - Esteban entama une rotation perplexe de la tête. Luisa se reprit avant qu'il n'ait eu le temps de faire la moindre remarque. Témoins d'un éclat de finesse inhabituel, ses yeux s'allumèrent et s'emplirent d'un zeste d'ironie. D'un cynisme peut-être un brin amusé, même si c'était beaucoup supposer de ses capacités à éprouver la moindre émotion positive, d'utiliser cet adjectif pour le décrire ces derniers temps. Bien sûr, il ne trouvait pas beaucoup plus judicieux que Luisa insiste pour rester proche de lui et faire preuve de la moindre affection à son égard, mais il avait abandonné l'idée de le lui faire remarquer. Ils avaient eu cette discussion en long en large et en travers avant et après qu'il "daigne la laisser entrer" dans le penthouse, et ça n'avait servi à rien. Elle restait accrochée à son idée. Elle et les deux autres, d'ailleurs. Il ne comptait pas relancer cette discussion, ou du moins pas maintenant ni dans cette situation. L'énergie lui manquait. Puis il fallait bien dire qu'ils avaient réussi à semer le trouble dans sa tête, même si ses vieilles convictions étaient si solides qu'elles essayaient encore de se frayer à chemin au travers des révélations récentes qui lui étaient apparues.

Le jeune homme resta muet. Le voir aussi peu loquace restait probablement toujours aussi perturbant, tant cela contrastait avec ce que tout le monde connaissait de lui. Il se contenta de détourner son attention sur la silhouette du garde dont le pas manquait encore d'assurance, même si il faisait en sorte que cela ne se voie pas, ou peu. Il haussa les épaules en même temps qu'il échappa un long soupir. Effectivement, même Esteban en savait assez sur Gael pour admettre que cette façon d'agir n'avait absolument rien d'étonnant de sa part, qu'elle fut ou non prudente et pertinente.

Puis Esteban reçut un message et cela détourna son attention avec une efficacité inquiétante. Subitement plus animé qu'il ne l'avait été depuis le retour de la salle de bain, il fonça sur son téléphone et se mit à travailler religieusement sur ses dossiers. Luisa tenta bien de le dissuader de s'atteler à cette tâche mais pour toute réponse, elle ne reçut qu'un froncement de nez méprisant et un geste nonchalant de la main qui lui indiquait avec une éloquence relativement peu convenable qu'elle ferait mieux d'abandonner.

"Bien sûr que si qu'il travaille de nuit... Si il n'avait pas su s'adapter, j'aurais directement su qu'il valait mieux que j'en change."

Des propos que la plupart des gens auraient considérés comme froids, d'un pragmatisme dérangeant, mais qui chez les Luz-Descalzo comme chez la plupart des Selva Moreno tenaient lieu de logiques évidentes.

Sans un regard de plus pour Luisa, Esteban continuait de parcourir les petits lignes de texte à la recherche des éléments qu'il lui fallait. Ses cheveux vinrent s'en mêler en lui tombant devant le visage de manière inopportune. La mexicaine y trouva évidemment là une occasion de plus pour s'approcher de lui et se montrer attentionnée. Esteban se crispa vaguement. Ses mains et son visage tremblèrent. Il n'avait vraiment plus aucune habitude qu'on fasse attention à son attitude et qu'on se soucie de ce qui pouvait le déranger. Ni qu'on offre de l'aider.

Pourtant, il avait été élevé dans une atmosphère surprotégée qui aurait dû le rendre totalement insensible à ce genre de détails. Il était habitué à ce qu'on fasse tout pour lui et à trouver ça normal. Ces semaines de solitude avaient vraiment changé énormément de choses.

L'air nerveux, presque penaud, il la laissa passer derrière lui et s'échiner à attacher toute sa tignasse de sorte à ce qu'elle tienne entière dedans malgré la mèche plus courte. C'était désagréable car le nœud était inhabituellement haut. En temps normal, sauf en cas d'occasion mondaine, Esteban préférait les nœuds lâches à ceux qui étaient trop serrés, ce qui ne le rendait pas spécialement tolérant à cette gêne, qui de plus était accompagnée d'un inhabituel sentiment.

Il n'aimait pas sentir ses joues dégagées. Il se sentait à nu. Honteux d'exister, il avait l'étrange besoin de se cacher derrière le voile capillaire, qu'il n'avait jamais vraiment pris l'occasion de coiffer durant sa retraite morbide. Distrait des propos de sa tante, il leva les mains jusqu'à son ouvrage. Il frôla les doigts qui s'y trouvaient encore.

"... Merci tia, j'apprécie l'intention, mais je crois que je préfère la glisser derrière mon oreille, ça tire trop comme ça..."

Mieux valait probablement qu'il ne donne pas ses véritables raisons de défaire l'ouvrage de sa parente, même si il était probablement naif de sa part de penser qu'elle serait dupe de ce mensonge - ou de cette demi-vérité - éhontée. Bientôt, les longues mèches noires furent donc de retour à l'état sauvage. Et Esteban eut enfin l'occasion de calculer la proposition qui lui avait été faite plus tôt de faire venir la coiffeuse que connaissait Luisa chez elle plutôt que dans le penthouse. Il se figea quelques secondes avant de se tourner vers elle, anxieux. Il détestait l'idée de quitter le penthouse. Une unique raison le forçait à éviter de faire une scène : comme lorsqu'ils avaient fait livrer à l'adresse de Luisa plutôt qu'à la sienne, c'était probablement plus prudent ainsi. On risquerait moins de découvrir où il habitait vraiment.

L'idée restait difficile à accepter. Si l'intérieur de l'appartement lui paraissait morne et déprimant, son extérieur lui était devenu hostile et inconfortable. Le quitter autrement que pour une brève incursion chez son avocat dépassait les limites de ce qu'il se pensait capable d'accomplir. Être vampire dans ce cadre devenu habituel, c'était une chose. Le devenir au-delà de ces murs et retrouver l'affreux sentiment de nouveauté corrompue, par contre...

Il cherchait encore quelle posture adopter, miraculeusement détourné de son travail pour le procès, quand Karl et Gael revinrent à leur niveau. Luisa exprima copieusement son enthousiasme concernant le repas qui venait d'arriver. Quant à Esteban, les vapeurs de curry lui donnaient la nausée. Ce n'était pas tant qu'il avait "assez mangé", mais surtout que ces effluves ne représenteraient plus jamais la même chose pour lui. Ce n'était plus de la nourriture. Le fumet qui aurait dû lui paraître rassurant, réconfortant, n'était désormais plus qu'un vague parfum étranger. Ce n'était plus de la nourriture. Tout au plus, c'était une friandise déraisonnable. La moindre consommation de nourriture humaine avait dorénavant son lot d'inconvénients : il n'y avait rien de plus désagréable que se faire vomir, et c'était ce qu'il serait à jamais obligé de faire dès qu'il succomberait à une ancienne gourmandise, à moins d'avoir envie que ces produits pourrissent en lui jusqu'à ce que ça devienne parfaitement olfactivement insupportable.

Les épaules affaissées, les bras ballants, il soupira encore. Ses yeux se baissèrent et dérivèrent sur les papiers en dessous de lui, mais cette fois-ci il ne les lisait pas. Son regard cherchait en vain à s'accrocher à quelque chose. Il comprit rapidement que ce quelque chose n'existait pas, et que le seul moyen qu'il avait d'en simuler un minimum l'existence était de se montrer utile là où on lui avait demandé de l'aide. Cela lui fournissait au moins un but à suivre.

"... J'en ai vu dans les cartons tout à l'heure..."

Il se redressa machinalement et commença à s'éloigner, sous le regard inquiet d'un Karl qui, maintenant déchargé de son fardeau de sacs, avait tout le loisir de faire à nouveau de lui sa principale priorité.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Ven 14 Avr - 5:30

Il était vrai que c'était bien rare de la part de la cadette des Selva Moreno de faire des erreurs de compréhension. Au contraire, elle était plutôt du genre à comprendre ce qu'on essayait (vainement) de ne PAS lui dire, mais ce que son instinct et son intelligence acérée parvenaient tout de même à capter. Luisa rétablit d'ailleurs rapidement le bon sujet de la phrase, non sans déclencher chez son neveu une réaction entre amusement et cynisme. Réaction que la mexicaine n'eut pas l'occasion de noter, notamment à cause de sa fatigue, mais aussi parce qu'en comprenant finalement de qui il était question elle avait tourné la tête en direction du principal concerné. Gael avançait d'un pas un peu moins sûr qu'à l'accoutumée, mais c'était à peine visible, ce qui ne l'étonnait pas : le garde du corps était toujours le dernier à faire savoir qu'il allait mal, et était particulièrement doué pour le cacher. Le lui signifier serait cependant inutile, voire contreproductif, car cela ne suffirait qu'à le rendre un peu plus bougon. Elle le savait pour avoir essayé plusieurs fois depuis qu'ils se connaissaient.

Luisa prit la peine de préciser ses pensées à voix haute et Esteban ne répondit pas, ce dont elle ne le blâma pas vraiment : autant le filleul qu'elle connaissait était en général bavard et très prompt à donner son avis sur tout un tas de choses, autant l'argentin ne faisait pas vraiment partie de ses sujets de prédilection. Après tout, pour la majorité des Luz-Descalzo et Selva Moreno, les employés étaient un décor, parfois très utile. Gael avait certes un statut un peu particulier, car il était avant tout un ami d'Olivia, mais il restait un employé. Et puis, il faisait peur, y compris au très jeune Esteban, qui ne s'en était apparemment jamais remis. Bref, en sachant que le sujet dérivait dans cette direction, la cheffe d'entreprise n'attendait pas de réponse.

Le silence retomba donc sur le salon principal et ce jusqu'à ce que le téléphone d'Esteban se mette à vibrer. A cet instant, la mexicaine put voir son neveu se réveiller, comme on pouvait remonter une boîte à musique : le néovamp fit un bond et se mit aussitôt à la recherche de plusieurs informations, apparemment d'importance vitale. Luisa lui fit une remarque un peu moqueuse, qui n'obtint qu'une réplique qui, associée au ton et aux gestes du jeune homme, voulait clairement dire qu'elle l'ennuyait fortement à raconter des bêtises.

...Et, en soi, il avait tout à fait raison. Avec une moue réflexive, Luisa fut obligée de se ranger à son avis. On se demandait même, au petit sourire amusé qu'elle abordait, si elle n'avait pas lancé cette phrase à dessein, pour essayer de le dérider. Avec elle, impossible de savoir exactement ce qu'elle avait en tête.

"Je te reconnais bien là."

Puis, elle avait noté l'agacement que lui procurait ses quelques mèches plus courtes suite à la débâcle de la salle de bains, et décida de l'aider en lui attachant les cheveux à une hauteur raisonnable. Il la laissa faire, mais la brune sentait bien qu'il n'était pas exactement à l'aise (eh, elle avait beau avoir du mal à prendre soin d'autrui, il s'agissait tout de même de son neveu : il ne pouvait pas lui cacher grand chose... façon de parler). Néanmoins, elle termina son geste, et attendit qu'il lui sorte son excuse et que les cheveux retombent en rideau devant son visage pour agir : elle passa ses doigts dans quelques mèches, comme on ouvrirait un rideau, justement, et posa ses lèvres sur la joue du jeune homme avant de lui murmurer à l'oreille, sur un ton très doux.

"Tu sais Tebi, nous te voyons quand même."

Elle n'insista pas plus. C'était déjà largement suffisant, et elle avait fait beaucoup de propositions en quelques minutes. Luisa avait beau prendre plaisir à enfoncer des portes et à forcer les choses, elle avait compris qu'avec Esteban, il fallait y aller doucement. De plus, elle préfèrerait qu'il accepte de lui-même de venir chez elle plutôt qu'ils soient obligés d'user de tous leurs arguments de raison (et éventuellement de la force) pour le faire descendre de quelques étages.

Coup de chance pour le vampire, Karl et Gael revinrent avec la nourriture et la mexicaine était bien trop affamée pour insister jusqu'à obtention d'une réponse. Luisa n'en avait pas pour autant oublié de stimuler son filleul, consciente que le repas risquait de le déranger. Elle lui demanda donc de leur trouver des couverts, et le jeune homme s'exécuta, plus par politesse qu'autre chose... mais au moins, il bougeait, c'était un progrès.

Une fois n'est pas coutume, elle ne perdit pas le regard inquiet que Karl lança vers la silhouette du vampire, et lui donna un léger coup de coude avant de lui lancer avec un clin d'œil amusé.

"Tu devrais aller l'aider. Il n'a fait que demander après toi, de toute façon."

Esteban allait la dé-tes-ter... mais ce n'était pas comme si elle n'avait pas l'habitude. Sans un autre regard en direction des (faux) étudiants, Luisa se tourna vers les sacs en papier qu'elle commença à déballer avec une lueur intéressée non dissimulée. Après un soupir et un très (très) léger sourire, Gael entreprit de faire de même avec les sacs qui étaient en face de lui. Il s'était assis de nouveau, en tailleur et le dos contre le canapé : on avait beau avoir peur de son imprudence, il restait raisonnable, contrairement à d'autres.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Ven 28 Avr - 16:16

Esteban n'était pas devenu terriblement agréable à fréquenter, son tempérament fougueux, rieur, remplacé par une austérité glaciale, un mutisme intimidant qui n'étaient que le résultat, appliqué à sa personnalité, de longues semaines d'horreur et de douleur. Il ne cherchait plus à se montrer antipathique, vaincu par les assauts vaillants d'une Luisa qui avait jusqu'au bout refusé de l'abandonner à son sort, mais il n'arrivait tout simplement pas à se montrer plus aimable. Cela lui aurait demandé une énergie dont il ne disposait plus.

Pour cette raison, il cessa de répondre ou même de donner l'impression d'entendre ce qu'on lui disait, jusqu'à ce qu'une mèche lui tombe dans la figure et que sa tante cherche à l'aider. Malheureusement, la solution qu'elle avait trouvé ne lui convenait pas. Il avait besoin de sentir ses cheveux l'encadrer et, si il avait cherché à cacher les raisons de cette nécessité, trop alarmantes, trop embarrassantes à son goût pour être partagées, Luisa ne fut pas dupe.

Elle ne l'était jamais. Il ne voyait même pas comment il parvenait encore à s'en étonner.

Le jeune homme frissonna donc, ses yeux trop vite dardés sur l'humaine indiquant, par la lueur pointue qu'on y lisait, qu'elle avait une fois de plus tapé dans le mille. L'effet de sa déclaration avait été décuplé par la façon dont elle s'était penchée et avait posé ses lèvres sur sa joue. A cet endroit, il sentait encore comme une brûlure. Un serpent incertain gigotait dans son ventre. Il n'était pas sûr de savoir si la sensation était agréable, ou bien si c'était tout l'inverse. Elle était en tous les cas très perturbante. La paume plaquée contre sa joue à l'endroit du contact, il resta un instant pensif, les yeux détournés sur un point stratégique, soit celui qui était le plus éloigné de toute forme de présence.

"Je me sens mieux comme ça tout de même."

Il n'en dirait pas plus, cette déclaration en dévoilant déjà plus sur l'état de sa psyché qu'il ne l'aurait souhaité. Enfermé dans sa tête, l'endroit où il se trouvait était sombre, étroit, profondément enfoui sous des kilomètres d 'air lourd. Il ne souhaitait à personne de disposer d'une fenêtre sur cet environnement oppressant. Il n'avait pas été capable de tenir ses engagements et de faire ce qu'il fallait pour, jusqu'au bout, porter son fardeau seul, mais il y avait encore des choses et des sujets desquels il préférait exclure l'ensemble de ses visiteurs, tant qu'il était capable de les encaisser.

A la demande de Luisa, il se leva pour aller chercher de la vaisselle dans les cartons éventrés. Cette proposition était en réalité bienvenue car elle empêchait toute discussion de s'aventurer plus loin, en terrain dangereux, et lui donnait de quoi s'occuper la tête et les mains. C'était aussi l'occasion pour lui de fuir les effluves alimentaires qui se dégageaient des sachets, qui le gênaient pour de multiples raisons.

Il ne remarqua pas le regard que Karl lui coulait, comme il avait le dos tourné, mais il ne manqua pas la remarque de Luisa, laquelle le fit se figer brutalement. Blasé, trop las pour paraître vraiment courroucé, il tourna sur elle un regard sombre et grommela quelques mots incompréhensibles avant de reprendre :

".. N'importe quoi. Ne t'embête pas Karl, il n'y a pas besoin d'être dix pour ramener deux assiettes et quelques couverts..."

Il se retourna sans attendre de réponse et pressa le pas, appuyant ce faisant son indirecte autorité. Les bras croisés, Karl assistait à ce spectacle en levant le sourcil bien haut.

"... Je vais éviter de le contredire. Quand il est comme ça, ça peut devenir rapidement explosif."

En contrepartie, il s'éloigna en direction de la salle de bain dans laquelle il avait l'intention de récupérer le balai qui, suite à la tourmente, devait être resté sur place. Il allait faire mine de le ranger. Aucun des deux autres ne seraient dupes, mais Esteban n'y verrait que du feu, ce qui était l'effet recherché. Karl n'était pas certain que l'héritier parvienne à ses fins sans commettre la moindre catastrophe, ce qui était d'autant plus vrai qu'il soupçonnait les fourchettes, couteaux et autres cuillères présentes dans les cartons de n'être pas fondues dans du laiton, de l'étain, ni dans un banal inox. Ce n'était tout simplement pas le genre de la maison.

Effectivement, tandis qu'il sortait, matériel en main, il entendit un cri de douleur résonner fort contre les gigantesques parois de verre, qu'il eut presque peur de voir éclater sans crier gare. Un bruit de porcelaine cassée suivit.

Il roula des yeux et prit la direction du carnage. Le jeune vampire, au milieu des morceaux d'assiette, observait les yeux grand ouverts, plongé dans l'incompréhension, la fourchette échouée probablement responsable de l'incident.

"Je m'occupe des débris et de l'argenterie. Apporte leur donc les assiettes intactes pendant ce temps.

- ... Mais ?"

Karl fronça les sourcils. Esteban paraissait éprouver d'énormes difficultés à comprendre ce qu'il se passait. Se pourrait-il qu'il ne fut pas au courant.. ?
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mar 9 Mai - 0:43

Luisa avait bien compris que la première étape pour permettre de sortir son neveu de la dépression dont il était sévèrement atteint était de l'entourer au maximum. Lui montrer qu'il était aimé, et qu'on avait besoin de lui autant qu'il pouvait à nouveau avoir besoin d'eux. Pour autant, elle voulait y aller doucement. Elle avait déjà beaucoup insisté pour qu'il accepte leur présence sous son toit et qu'il se nourrisse, et ne voulait pas qu'il se braque plus qu'il ne l'était maintenant.

Cependant, cela ne l'empêcherait pas de faire des efforts dans sa direction quand il menaçait de se refermer. Comme maintenant, alors qu'il tenait à garder ses agaçantes mèches le long de son visage, parce qu'elles permettaient de le cacher du monde. La mexicaine n'insista pas sur la mise en forme, mais fit comprendre à Esteban qu'elle avait parfaitement compris le manège qu'il jouait. Le regard qu'elle reçut en échange lui montra à quel point elle avait eu raison de forcer le passage de cette porte quelques heures plus tôt. Elle lui renvoya un sourire doux, pour une fois sans la moindre trace de ce sarcasme ou de cet amusement qui la personnifiaient. La cheffe d'entreprise ne chercha pas à répondre à la phrase que son filleul lui lança. Comme elle l'avait préciser peu avant, elle ne voulait pas qu'Esteban se braque. Leur conversation avait déjà été assez houleuse comme cela.

Néanmoins, elle nota qu'il n'avait rien dit concernant sa proposition de venir chez elle, ce qui était en soi une bonne chose. Le fait qu'il ne leur oppose pas un "non" ferme et définitif était probablement la réponse la plus positive qu'ils pouvaient obtenir. Luisa note l'information, dont elle se servirait très certainement plus tard. Pour le moment, et heureusement pour tous, la nourriture fit son apparition dans le salon. La norme se désintéressa de tout ce qui n'était pas contenu dans ces sacs en papier, demandant au passage à Esteban s'il pouvait sortir de ses cartons quelque chose qui leur permettrait de manger convenablement : certains enseignements avaient la vie dure.

Malgré son obsession pour les plats qui venaient d'arriver, elle remarqua la réaction de Karl et ne résista pas à l'opportunité de charrier un peu son neveu. Neveu qui réagit exactement de la façon à laquelle elle s'attendait. Elle haussa un sourcil dans sa direction mais ne répondit rien d'articulé. Esteban la connaissait suffisamment bien pour savoir que ce geste voulait dire qu'elle ne croyait pas un seul des mots qui venaient de sortir de sa bouche (même ceux qu'elle n'avait pas compris) et qu'il serait grand temps qu'il arrête de se voiler la face. D'autant que (pour une fois) elle n'avait fait que dire la vérité !

La réplique de l'étudiant aux yeux gris l'amena à tourner à nouveau son regard vers lui et à esquisser un sourire joueur.

"Justement, c'est le moment le plus drôle !"

Luisa n'allait cependant pas insister. Bien qu'elle ne soit jamais contre un petit moment de rigolade, bien souvent aux dépends de son neveu, elle était d'accord pour dire que l'instant n'était pas particulièrement bien choisi. Son ton et sa phrase avait plus été utilisé pour faire la conversation qu'autre chose, car on sentait qu'elle n'avait aucune envie de mettre son plan à exécution en en rajoutant une couche en direction du jeune vampire.

Elle ne fut cependant pas dupe en voyant Karl s'éloigner. Il allait trouver une manière détournée d'arriver à son objectif initial, soit s'assurer qu'Esteban n'allait pas avoir besoin d'aide ni déclencher un cataclysme. Son regard sombre se tourna vers Gael, qui se reposait, les yeux fermés, contre le canapé en attendant de pouvoir faire quelque chose de plus productif. Se régénérer en fer, par exemple.

"C'est fou ce qu'il te..."

La mexicaine n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase, car le cri d'une voix qu'elle aurait pu reconnaître parmi bien d'autres la coupa dans son élan. Sa tête se tourna immédiatement en direction de la cuisine, tout comme celle de Gael, qui s'était brutalement accroupi, prêt à bondir, malgré la main que la brune posa sur le bras du garde alors que le bruit de porcelaine brisée ne faisaient que les intriguer un peu plus.

Dans le silence qui suivit, les paroles de Karl furent parfaitement audibles même pour leurs oreilles de normes. Gael et Luisa se regardèrent, tous deux aussi effarés l'un que l'autre. Se pourrait-il qu'il ne sache pas ?

Lentement, la main de l'entrepreneure quitta le bras de l'argentin pour atterrir avec un bruit sourd sur son propre front. Elle n'y croyait pas. Et pourtant il n'y avait bien que cette explication pour que Karl ne se soit pas affolé ou ne leur ait pas donné plus d'informations concernant ce qu'il se passait dans la cuisine. Aurait-elle eu plus d'énergie, elle aurait probablement laissé échapper un rire nerveux qui aurait fini par être contagieux. L'argenterie. Cet idiot n'avait-il pas compris ? Après tout, c'était bien pour ça qu'elle avait retrouvé cette croix dans la salle de bains, enveloppée dans un linge, non ? Comment pouvait-il ne pas avoir fait le lien ?!

...Parce qu'il y avait autre chose, réalisa-t-elle soudainement. Cette croix n'était pas seulement en argent. Il s'agissait d'une croix. Un symbole du Seigneur. Dont il était, grâce à des années d'enseignements catholiques, convaincu d'être devenu l'antithèse. Il n'avait pas cherché plus loin que le symbole. Bien que l'idée qu'il ne soit pas au courant de cette faiblesse connue de toute la population lui faisait penser que son neveu n'avait décidément pas bien préparé son coup.

"Tebi ? Viens voir."


Soupirant fortement, Luisa détacha le collier qu'elle avait autour du cou, avant de le mettre dans sa main droite. Il s'agissait d'une croix chrétienne, qu'on lui avait offert à sa première communion. Elle l'avait toujours gardée parce qu'elle appréciait la façon dont le bijou léger lui habillait le haut de la poitrine. Et puis, c'était une façon comme une autre de satisfaire ses parents. Pour sa soeur, elle avait le chapelet, qui traînait toujours dans son sac. Elle était incapable de s'en servir correctement, cependant.

Bref. Cette croix, elle, était en or blanc, tout comme la chaîne qui la portait. Elle attendit qu'Esteban vienne et pose les assiettes (que Gael commença ensuite à servir) pour lui demander de s'approcher d'elle.

"Je voudrais que tu fermes les yeux et que tu ouvres ta main. Promis, tu n'as rien à craindre."

Elle lui avait probablement fait le coup avec des choses un peu plus désagréables durant son enfance. Elle se souvenait de l'épisode du lézard... Mais cette fois, elle ne risquait pas de faire une blague pareille, et son filleul serait obligé de se rendre à l'évidence, et de la croire. Une fois ceci fait, elle glissa le bijou dans la main de son neveu et referma sa main, gardant la sienne par dessus.

"Est-ce que ça brûle ?"

Elle savait bien que non, donc ne lui laissa que très peu de temps pour répondre avant d'enchaîner.

"Peux-tu deviner ce dont il s'agit ?"

Luisa aurait pu directement lui dire de but en blanc que c'était l'argent de la croix de sa mère qui le rejetait, et non la croix elle-même (ou Dieu, ou Olivia, ou quoiqu'elle puisse représenter d'autre aux yeux du jeune vamp), mais elle avait préféré agir par paliers. Il faudrait qu'Esteban en profite, parce que ce n'était pas toujours qu'elle faisait preuve de ce genre de considérations. Il fallait bien qu'il s'agisse de lui.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Dim 14 Mai - 18:28

Interdit, Esteban ne répondit à Karl rien de plus que ce "mais" suspendu dans le temps, dont il oublia bien vite suite et signification. La fourchette en argent disparut de son champ de vision, promptement ramassée par son ami, aussi efficace qu'il en avait à tous donné l'habitude.

Son esprit gourd peinait à mettre du sens sur ce qui venait d'arriver. Le métal des couverts l'avait brûlé aussi fort que celui de sa croix. Jusqu'à présent, il avait toujours cru que la raison de cette allergie provenait du symbole religieux, qu'il n'avait plus le droit de porter maintenant qu'il était devenu une créature indigne du Seigneur. Néanmoins, ni dans la Bible, ni dans aucun autre écrit de saint, ni même dans les textes apocryphes aux sources et significations douteuses, il ne se rappelait avoir jamais lu quoique ce soit à propos d'une quelconque fourchette sacrée. Et cela aurait d'ailleurs été foncièrement ridicule, si ce n'est blasphématoire. A moins, peut-être, d'y voir un lien symbolique avec la très sainte nourriture... Le pain, et le vin.

Mais de manière évidente, il aurait été ridicule de chercher à manger son pain à la fourchette, et plus encore d'essayer de le rompre avec.

Voilà qu'il était encore en train de s'égarer dans des considérations foncièrement insensées. Pour qu'il s'en rende compte tout seul, il fallait vraiment que cela soit parti loin.

Esteban hocha tristement la tête, de droite à gauche. Il n'y comprenait plus rien. Ses nerfs étaient à bout, et ses émotions saturées. Cette frustration était de trop, il avait envie de pleurer. Malgré tout, aussi digne qu'il en était capable, il ramassa les assiettes encore entières et revint au niveau du canapé depuis lequel Luisa l'avait appelé pour qu'il approche.

Il posa les affaires sur la table, où Gael commença à servir le repas. Ensuite, il retourna s'installer sur le sofa, à côté de sa tante qui semblait vouloir s'adonner à un étrange jeu nécessitant qu'il ferme les yeux et lui donne sa main en pâture. Le jeune vampire ramena ses genoux contre son torse, et les entoura de ses deux bras serrés. A cette position défensive s'ajouta un regard en biais, dont la méfiance était plus éloquente que n'importe quoi de ce qu'il aurait pu dire à la place. Cela n'aurait pas été la première fois qu'elle lui jouait un mauvais tour, même après lui avoir dit qu'il n'avait pas à s'inquiéter. C'était même généralement lorsqu'elle lui disait ça qu'il craignait le plus ses facéties.

Il n'avait pas la force de débattre avec elle. Elle finirait donc par le convaincre d'une manière ou d'une autre, et il préférait que cela soit sans user le peu d'énergie qu'il avait réussi à reconstituer. Il soupira, serra ses paupières et ouvrit donc sa paume, pas tout à fait à l'aise.

Une petite forme froide glissa à l'intérieur de sa main. Il reconnut le toucher granuleux, très caractéristique, de la chaîne qui s'enroulait dans le creux de sa paume. Il comprit aussitôt de quoi il en retournait, car depuis le temps qu'il portait ce même genre de bijoux, il avait appris à en reconnaître la texture.

Il afficha une moue blasée et immédiatement, rouvrit les yeux. Le jeu avait déjà perdu son intérêt. Il avait compris où Luisa voulait en venir. Même si il n'avait pas encore exactement tout cerné, il n'était pas d'accord avec elle.

"Non."

Vu le ton qu'il venait d'adopter, très réprobateur, on pouvait légitimement se demander si le message qu'il cherchait à faire passer tenait plus du "non, ça ne brûle pas" ou bien du "non, tes sottises ne me convaincront pas". Il ne répondit pas à la seconde question, jugeant cela inutile. L'absence de surprise sur son visage lorsqu'il ouvrit la main et tomba nez à nez avec le bijou en disait suffisamment long.

Eh bien d'accord, c'était compris. Ce qui l'avait brûlé n'était pas le symbole, ainsi qu'il l'avait cru initialement. Soit. Cela ne le convainquait que d'une chose : le Seigneur était plus subtil qu'il ne l'aurait cru lorsqu'il s'agissait de rejeter l'engeance damnée. Ce n'était finalement que très peu étonnant. Il était rare que Dieu donne des preuves tangibles de son existence. Fallait-il pour autant attendre d'être témoin d'un miracle, assorti d'une lourde représentation, pour avoir la foi ? Heureusement que non, sans quoi il n'y aurait eu que très peu de croyants. La croix ne le brûlait pas ? Et alors. Le soleil le faisait toujours autant. Ce rejet ne s'expliquait pas par la science. L'analyse de cette répulsion était tout aussi forte que celle du crucifix, et celle-ci, on ne pouvait pas la réfuter.

Le visage dur, les sourcils froncés, Esteban était entièrement fermé à toute forme de discussion. Il prit la chaîne entre deux doigt et tendit sèchement le bras à Luisa pour qu'elle récupère son bien.

"Remet là donc, plutôt que de prêcher des idioties."

Il se détourna ensuite de sorte à regarder devant lui, assis bien droit sur le sofa, toujours les genoux relevés, et les deux bras noués à leur sommet. Son visage boudeur était perdu quelque part dans l'enchevêtrement des ses manches. Il essayait toujours, tant bien que mal, de comprendre le lien entre cette fichue fourchette et la petite croix que lui avait offerte sa mère.

C'était très vexant, car il devenait évident qu'il s'agissait d'une faiblesse qu'avaient les vampires et au sujet de laquelle il n'était pas renseigné. Non seulement tous les normes ici présents paraissaient être plus au courant que lui, qui était pour le premier concerné, mais en plus, il venait d'une famille très impliquée dans les activités du TPH. Il en avait lui-même fait partie très brièvement. Quand on entendait chasser les outres, il fallait encore connaître leurs points faibles. Il avait honte d'être aussi ignorant. Honte de la déception qu'il représentait pour tout le monde, et dont il venait de découvrir une facette supplémentaire. Il s'était vautré dans l'idée qu'il n'avait pas besoin de trop en savoir sur ces créatures qu'il honnissait, mais c'était faux. Il aurait fait un bien piètre chasseur.

C'était encore plus embarrassant sachant qu'il avait surveillé une nuit entière cette vamp, mère de famille, à cause de laquelle il avait décidé de se retirer des activités de l'organisation un moment, car il était empli de doutes et ne se sentait pas encore prêt à participer. N'aurait-il pas dû savoir ce que Juan et les autres avaient utilisé pour la mettre dans cet état ? Il sursauta lourdement, sous l'effet d'une réalisation. Des images lui revenaient, ainsi que des morceaux de conversation.

"Tu ne devrais rien risquer. Elle est criblée de balles en argent et les barreaux en sont faits aussi, mais si quelque chose se passe, appelle Christian immédiatement."

"... Rgent !"

Les yeux écarquillés, Esteban utilisa sans s'en rendre compte sa vitesse surnaturelle. Sa silhouette se flouta. Un millième de secondes plus tard il réapparut presque au même endroit mais dans une autre position. Il tirait durement sur le bras de Karl qui venait de revenir vers eux. Karl, qui serrait les dents pour ne pas qu'Esteban remarque qu'il était en train de le blesser. On ne savait pas comment il aurait encore réagi à cette réalisation. Mal, très probablement.

Esteban approcha le doigt d'un manche de couteau. Il le toucha, et retira immédiatement sa main en la secouant.

"Aie !
- ... Tu as l'air ravi, c'est perturbant."


Il recommença avec une cuillère.

"Mais aie ! Mais... Je me souviens ! C'est comme Juan avait dit ! Aie !"

Le vampire tremblait. Il avait les larmes aux yeux. la scène commençait à devenir alarmante, car il n'arrêtait plus d'approcher la main de l'ensemble de couverts pour se blesser. Il aurait dû fuir l'électrochoc douloureux, et pourtant il cherchait à le reproduire encore et encore, comme pris d'une subite addiction. Un rire nerveux le guettait. Karl leva sur les deux autres un regard alerté, tandis qu'il essayait sans grands résultats d'éloigner l'argenterie d'Esteban avant qu'il ne recommence à jouer avec. La force du vampire surpassait de loin la sienne, et Esteban faisait de son mieux pour l'empêcher de partir.

"Esteban, je pense que tu ferais mieux d'arrêter... Luisa et Gael en ont besoin pour manger. Ce ne serait pas une bonne idée de les faire attendre plus longtemps."

Aucune mention au fait qu'il n'était pas non plus une bonne idée qu'il cherche à se faire autant de mal. Karl avait l'intuition qu'une telle déclaration risquait d'avoir l'effet inverse de celui qui était recherché. A défaut, il avait essayé de parler posément, intelligiblement, pour transmettre à son ami un petit bout d'équilibre, comme il paraissait être en train de perdre le sien.

Esteban paraissait légèrement plus hésitant, mais il ne s'était pas calmé. Les épaules voûtées, il respirait difficilement, comme si de grand flots d'eau restaient coincés dans sa trachée. Ses tremblements devenaient incontrôlables. Karl essayait doucement de reculer pour obliger le vamp à lâcher son bras. L'opération paraissait bien partie, mais rien n'était encore gagné. Le temps avait comme suspendu son souffle, à défaut de son cours.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Dim 10 Sep - 6:23

Luisa ne avait pas ce qui l'étonnait le plus : qu'Esteban ne sache pas l'impact de l'argent sur les vampires, ou qu'il n'ait pas cherché à se renseigner après les probables brûlures infligées par la croix en argent offerte par sa mère. Puis, elle réalisa qu'il avait une explication toute faite pour la seconde hypothèse, et qu'elle aurait donc plutôt dû être intriguée par la première solution. Et enfin, elle se fit la réflexion que son neveu avait bien trop tendance à se jeter tête la première dans les ennuis, avant de se rendre compte de ce que cela signifiait (ce qui n'était pas du tout un trait commun à tous les Selva Moreno présents dans cette ville, mais passons sur cet insignifiant détail).

Rien de tout cela n'aurait dû l'étonner, en fin de compte.

Malgré tout, la mexicaine tenta de faire encore raison à son filleul. Même lui ne pouvait pas se dire qu'il y avait un rapport quelconque entre Dieu et son service à déjeuner, n'est-ce pas ? Si elle se doutait qu'il avait effectivement cherché un lien, elle aurait probablement ouvert la bouche dans une expression ahurie qui aurait valu son pesant d'or... Mais heureusement pour elle, elle n'en su rien, et heureusement pour Esteban, ce dernier n'en était pas rendu au point de croire aux explications alambiquées qu'il pourrait se fournir à lui-même.

C'est probablement pourquoi le jeune vamp ne mit pas très longtemps à accéder à la requête de sa tante et à venir s'asseoir près d'elle. Luisa fit mine de ne pas s'offusquer de la position qu'il prenait, même si elle ne pouvait pas s'empêcher de le noter dans un coin de son esprit et de s'en inquiéter. Esteban n'avait jamais autant été sur la défensive. Même avec elle, qui lui en avait pourtant fait voir des vertes et des pas mûres. Il allait falloir qu'elle s'attèle sérieusement à ce problème. Mais chaque chose en son temps.

Malgré une réticence évidente, l'américano-mexicain finit par lui accorder ce qu'elle demandait, bien que ce fut de courte durée. A peine Luisa avait-elle glissé sa croix dans sa main qu'il fit la moue et rouvrit les yeux, avant de lui adresser un "Non" catégorique. Sa marraine ne chercha pas à retenir le soupir blasé qu'elle lui rendit en retour : elle avait sous-estimé son côté bigot, finalement.

Luisa aurait probablement dû insister, lui disant qu'elle ne voulait pas parler du message biblique transmis par tout cela, et que ce n'était absolument pas de l'absence de ce dernier dont elle tentait de le convaincre (...même si ça aurait pu être une bonne chose), mais plutôt du lien qui l'unissait à sa mère, sous-entendu par cette même croix. Cependant, elle était capable de savoir quand son neveu adoptait un ton qui ne souffrait aucune réplique, et qu'il était donc inutile d'en rajouter. Et c'était là.

En temps normal, elle se sentirait fière de le voir ainsi lui tenir tête (et pas en boudant, comme la plupart du temps... ou en se réfugiant dans les jupes de sa mère). Mais dans ce cas précis, c'était particulièrement agaçant.

De fait, elle ne prit pas la peine non plus de lui répondre quand il lui intima (ou plutôt, lui ordonna, comme si ça allait la convaincre de l'écouter) de cesser de dire des bêtises. Elle reprit le bijou qu'il lui tendait sans un mot, mais ne le lâcha pas du regard, montrant clairement qu'elle n'était pas ravie du contenu de cette discussion, mais mentionnant également par son silence qu'elle ne prendrait pas le risque de continuer cette discussion. Pour une rare fois, Esteban avait "gagné" face à son aînée, et cela valait la peine d'être souligné.

Les instants suivants passèrent dans un silence presque trop lourd, entrecoupé seulement par les bruits discrets de Karl cherchant les couverts dans la cuisine. Gael avait fini de disposer les assiettes sur la table basse, ayant déplacé les papiers qui s'y trouvaient, puis posé le sachet en plastique contenant le plat de chacun dans l'assiette correspondante. Il ne manquait donc plus que les couverts pour que la fête commence, et l'argentin sentit ses yeux s'alourdir à nouveau. Il fallait dire que, malgré ses divers entraînements, il ne pouvait pas grand chose contre la fatigue induite par l'anémie.

Le garde du corps était à deux doigts de s'endormir de nouveau, la tête posée contre le canapé, quand l'exclamation d'Esteban le fit sursauter, l'éloignant efficacement du pays des rêves. Il lui jeta un regard intrigué, en même temps que Luisa qui observait son filleul, sourcils froncés.

Ah. Il venait seulement de comprendre. Cela expliquait certaines choses. Cependant, son comportement était inquiétant. Elle ne l'avait pas vu bouger. Elle ne l'avait pas vu, et pourtant il était clair qu'il avait bougé, puisqu'il tenait maintenant fermement le bras de Karl qui venait à peine de les rejoindre. Un peu trop fermement, remarqua-t-elle aussitôt en levant les yeux sur l'étudiant, qui faisait pourtant son maximum pour ne rien laisser paraître.

Luisa ouvrit grand les yeux en observant le manège de son neveu. Mais, qu'est-ce qu'il faisait, ce idiot ?! Et de quoi parlait-il exactement ? Qu'est-ce que Juan lui avait dit, au juste ? Elle n'aimait pas du tout les implications que tout cela sous-entendait. Néanmoins, elle fit bien attention à ne pas faire la moindre remarque à haute voix, ayant le sentiment que ses questions seraient particulièrement malvenues à cet instant précis. Son regard croisa celui de Karl, qui paraissait aussi inquiet qu'elle. Cette réaction n'était pas normale, Esteban ne devrait pas rechercher la douleur ainsi...

Le regard de la cheffe d'entreprise se voila de tristesse l'espace d'une seconde. Elle n'était pas dans la tête de son neveu, mais elle en avait assez u pour imaginer ce qu'il pouvait s'y passer à cet instant précis. Ce besoin de se faire mal, de se punir, de se sentir exister... c'était mauvais. Très mauvais.

Alors que Karl essayait de raisonner le jeune vampire, Luisa s'approcha de ce dernier, doucement, histoire de ne pas l'effrayer pas un mouvement brusque. Etant à côté de lui dans le canapé, elle fut rapidement contre lui et passa tendrement un bras sur ses épaules et l'autre autour de sa taille, avant de chercher à le ramener gentiment contre elle, et contre le dossier du canapé.

"Viens par là Tebi, shh..."

Sa voix était douce et calme, bien loin de la tempête et de la tristesse que cette crise provoquait au fond d'elle. Quelque chose était bel et bien brisé chez Esteban, et elle ne savait pas s'il serait réellement possible de le réparer un jour.

Elle continuait de lui murmurer des paroles qui n'avaient pas grand sens, posant sa joue contre ses cheveux et le serrant contre elle. Elle avait gentiment posé une main sur la sienne à un moment, pour le convaincre sans vraiment insister de lâcher le bras de Karl, qui devait avoir bien plus mal qu'il ne le montrait. Mais Luisa ne fit aucune réflexion à ce sujet, se contentant de bercer son filleul autant de temps qu'il le faudrait pour qu'il se calme, et surtout pour qu'il cesse de ressentir le besoin de s'automutiler... jusqu'à la prochaine fois.

Les photos qu'elle avait vues sur le téléphone de Karl ne quittait pas ses yeux clos, qu'elle avait volontairement fermés pour éviter d'y laisser passer la moindre larme. Esteban n'avait pas besoin de cela.

Il avait besoin de réconfort, et c'était tout ce qu'elle vouait lui donner. A défaut de pouvoir lui amener la personne qui saurait faire cela bien mieux qu'elle.
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Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.

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