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 Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.

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Luisa Selva Moreno
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Dim 23 Oct - 11:13

...Et voilà, il se marrait. Après avoir réprimandé Luisa (qui, soyons honnêtes, n'en avait rien à faire et lui avait répliqué d'un grand sourire innocent), Gael avait pu entendre Karl ricaner. Il faisait mine de s'en offusquer mais, dans le fond, n'en était pas totalement mécontent d'entendre le Petit se dérider un peu. Depuis la transformation d'Esteban, il l'avait vu majoritairement inquiet, fatigué, bougon... mais il avait toujours été très rare de le voir décrocher un véritable sourire. S'il y parvenait à ses dépends, pourquoi pas. L'expression du garde de corps se teinta d'une douceur que sa camarade de canapé ne manqua pas de remarquer. Elle ne fit cependant pas la moindre réflexion cette fois, laissant la voix de Karl répondre et celle de Gael marmonner un "J'espère bien" qui ne sonnait pas aussi fâché qu'il l'aurait pu, témoin du fait qu'il ne s'agissait là que d'une agréable distraction.

Puis le garde sembla se souvenir du fait qu'il n'aimait pas du tout être sous les feux de la rampe ainsi et s'en plaignit à sa camarade, qui lui répliqua que ce n'était pas la peine d'en faire tout un pataquès et qu'il pouvait bien se montrer un peu plus humain que robotique de temps en temps. Malheureusement, Gael ne pouvait pas contrer cet argument, sachant que Luisa n'avait peut-être pas tort. Par le passé, il s'était souvent demandé si c'était cette façade froide et discrète qui avait incité à Esteban la peur qu'il avait pour lui. Il savait maintenant que ce n'était pas le cas (...même s'il aurait préféré, au fond), mais avait toujours aussi peu de désir d'être sur le devant de la scène. Prendre des décisions ces dernières semaines, même si dans l'ombre et sans que sa patronne ne soit au courant du moindre de ses mouvements, ne lui avait pas parut si simple que cela semblait l'être, et il ne pouvait nier qu'il ne serait probablement pas allé si loin sans l'aide de Karl. Même si, au vu de ce qu'il venait de lire, il aurait préféré faire plus pour aider l'adolescent, qui n'aurait pas dû subir ce qu'il soupçonnait seul.

Mais les deux jeunes hommes arrivaient avec les verres, et le garde réalisa soudainement à quel point il avait soif. Luisa avait pris le premier des mains d'Esteban en lui caressant doucement la joue, sentant plus qu'elle ne le vit le mouvement de recul exercé par son neveu. Elle ne sut quoi en penser sur le moment, mais ses yeux se voilèrent de tristesse alors qu'elle entreprenait de boire le contenu de son verre, puis du second. Il n'était peut-être pas aussi proche de ses émotions qu'elle l'aurait pensé, finalement ? Ou refusait-il tout simplement ses gestes parce qu'il venaient d'elle ? Elle secoua doucement la tête. Inutile de s'imposer une telle réflexion en ce moment, elle ne réussirait qu'à se plomber le moral, et il était hors de question qu'ils aient deux dépressifs sur le dos en même temps. Sinon, il aurai suffi qu'elle aille chercher Olivia ici et maintenant, bien qu'il était clair que personne n'était prêt à la recevoir.

Gael, de son côté, n'avait pas manqué la réaction d'Esteban à son remerciement. Et s'il n'était pas bavard (...en temps normal), il n'en était pas moins un excellent observateur, et presque aussi bon juge de caractère. Il avait une bonne idée de ce que le vampire pouvait penser en ce moment précis, et il n'y avait pas grand chose qu'il pouvait faire pour l'en empêcher, mais il tenait au moins à remettre quelques réflexions en place. Il répondit doucement après avoir avalé quelques gorgées d'eau.

"Esteban... Je me suis mis dans cet état tout seul. C'est moi qui ait pris la décision en te tendant mon bras, tu te souviens ? Je savais parfaitement à quoi cela allait mener. Ne te mets pas un nouveau poids sur les épaules, celui-ci est à moi, et à moi seul."

Il doutait que cela suffise pour convaincre l'enfant qu'il savait ô combien tenir de sa mère. Mais il se sentait obligé d'essayer, non seulement parce que c'était la vérité, mais aussi parce qu'il ne souhaitait pas qu'Esteban prenne cela sur sa conscience. Ils étaient ceux qui avaient tenté de le convaincre de se nourrir (et réussi) après tout... L'argentin préférerait mille fois qu'il leur en veuille à eux plutôt que de s'imposer ce nouveau pêché, ou quoi qu'il puisse l'appeler.

Luisa, plus rapide car moins anémiée que son camarade, avait fini ses verres et fit un nouveau mouvement vers son filleul. Mouvement qui ne fut pas reçu avec beaucoup plus de calme que le premier. Ravalant l'angoisse qui lui montait à la gorge, elle fit mine de rien en continuant la conversation qui l'avait amenée à faire ce geste en premier lieu : elle sentait l'absence de chaleur de Gael, qui l'avait habituée à bien plus. De toute façon, c'était bien connu que les gens ayant perdu beaucoup de sang étaient plus sensibles au froid, puisqu'ils n'avait plus ce chauffage interne qui circulait en permanence (ou du moins pas avec autant de force). Ce fut Karl qui lui répondit, et Gael protesta. Sans qu'elle ne le réalise vraiment, ce fut peut-être ce qui laissa à sa peur ambiante le moyen de s'exprimer, alors qu'elle se récriait contre son ami, qui ne se voyait sûrement pas comme il l'était : presque tremblant (il n'y avait bien que le fait qu'il soit allongé pour empêcher que cela ne se voit réellement) et pâle à faire peur, malgré sa carnation d'origine. C'était bien simple, la dernière fois qu'elle l'avait vu si pâle, il était sur le yacht qu'Olivia avait loué pour ses vingt-cinq ans et tentait vaguement de convaincre tous ceux qui l'approchaient (...et ils étaient peu) que non, il n'avait pas le mal de mer.

"Je n'ai PAS froid."

...Comme cela, exactement. Sauf que le ton fatigué était remplacé par un ton qui laissait entendre qu'il risquait de régurgiter son repas par-dessus bord assez rapidement. La dispute aurait pu continuer longtemps si Karl n'était pas intervenu. La réplique de l'étudiant étouffa toute tentative de relancer la conversation dans l'oeuf, et la mexicaine darda sur le jeune homme un regard qu'il était difficile d'interpréter. Cela ne dura que quelques secondes cependant, comme elle s'en retourna à sa position initiale, ses yeux laissant enfin exprimer la tempête qui la tourmentait fixés sur le plafond, là où personne ne pourrait le remarquer. Elle relança ensuite un autre sujet, qui parut réveiller Esteban, apparemment prêt à se rendre utile...

...ou pas, si l'on écoutait les réponses de Karl qui paraissait avoir vu clair dans le jeu de son ami. Esteban abdiqua rapidement, ce qui aurait également pu paraître étonnant si Luisa n'avait pas elle-même profité de nombreuses fois de cet ascendant autoritaire. Elle les écouta faire sans piper mot, attendant que l'un ou l'autre ne passe à l'action. Finalement, Esteban partit chercher les fameuses couvertures et Karl lui demanda de passer commande, en donnant évidemment son adresse et en demandant au livreur de prévenir en arrivant pour qu'ils puissent envoyer quelqu'un le rejoindre en bas. Evidemment, la même idée lui était passée par l'esprit un peu plus tôt, presque mot pour mot. Elle aurait pu être amusée d'une telle coïncidence, et glisser une phrase le laissant penser, mais elle n'était brièvement plus d'humeur. Sans un mot, elle prit le téléphone de Karl (plus proche que le sien) et entreprit de faire des recherches pour trouver un restaurant indien non loin qui saurait satisfaire ses caprices. Elle en connaissait un excellent au Texas (à force de se taper la nourriture pas toujours adaptée à ses convictions de sa vraie-fausse belle famille, elle avait fini par développer un réseau complémentaire très efficace), mais ils n'auraient pas le temps d'attendre la livraison, même en envoyant un jet quelconque. Aussi étonnant que cela puisse paraître, elle avait faim, maintenant qu'elle avait bu.

Elle venait de trouver son bonheur et d'appeler le numéro en question quand une fusée débarqua, lâchant quelque chose sur son visage et celui du garde du coprs avant de repartir dans un bruit de vent fort. Une porte claqua en même temps que Gael laissait échapper un "Eh merde !" révélateur en bougeant lentement un bras pour que les couvertures cessent de les empêcher de respirer plus qu'autre chose. Luisa sentit le mouvement et fronça les sourcils, mais elle n'eut rien le temps de dire : son interlocuteur décrochait.

Pendant que la mexicaine échangeait des civilités en passant commande, le garde du corps entreprit de se redresser doucement. Assis sur le canapé, enfin à la verticale, il leva les yeux vers la salle qu'il pensait être celle où le jeune vampire s'était enfui. Elle était à l'étage, mais cela ne devrait pas être un problème.

Il se leva, faisant un pas après l'autre. Il ne se rendait pas compte à quel point il était lent comparé à ses réflexes habituels. Il sentait le poids de la fatigue, sans pour autant deviner qu'il devait s'agir d'un miracle qu'il parvienne encore à tenir debout. Et bizarrement, maintenant qu'il était sur ses deux jambes, il sentait effectivement venir le froid...

"... et un curry... Gael, tu veux quoi ? Gael ? Qu'est-ce que tu...Oh bon sang, KARL !"

La main sur le téléphone, Luisa s'était redressée brutalement en voyant que le garde du corps avait entrepris de monter les marches, tenant à peine sur ses jambes. Elle aurait voulu accourir pour le soutenir, mais elle n'avait jamais été capable de le faire en temps normal, poids plume qu'elle était face à lui, et ne le serait certainement pas plus maintenant. Elle espérait simplement que l'étudiant, revenant de la cuisine où il était parti leur chercher de l'eau, serait assez rapide pour qu'on évite un transport d'urgence à l'hôpital pour trauma crânien. Ce que cet homme pouvait être têtu...

"...Mademoiselle ?"

La voix inquiète du restaurateur dans son oreille lui rappela qu'elle n'avait pas terminé sa conversation, ce qu'elle fit le plus rapidement possible. Une fois assurée que la commande ait été prise et que le livreur appellerait ce numéro en bas de l'immeuble plutôt que de sonner à l'interphone, Luisa raccrocha et posa sur Gael un regard sombre d'inquiétude et d'agacement mêlés.

"Le livreur devrait être là dans une quarantaine de minutes. Ne me refais jamais un coup pareil.
-Il faut que... que quelqu'un aille voir, Lu'. Tu... as vu les photos. Tu sais ce dont il... est capable..."


Luisa soupira fortement. Même anémié et en ignorant totalement la faiblesse de son état, l'argentin restait la voix de la raison. Elle détestait ça. N'y avait-il jamais un moment où cet homme faisait autre chose que se soucier des autres au détriment de sa propre santé ?

"Je vais y aller. S'il te plaît, repose-toi."

Et, plus que le ton, ce fut ce qu'il vit dans le regard de Luisa qui convainquit le garde de ne pas répliquer. Elle était follement inquiète, c'était clair comme de l'eau de roche pour lui, qui la connaissait bien. Ce n'était pas beaucoup plus intelligent qu'elle y aille seule, mais il ne pouvait pas répliquer pour le moment. Elle avait besoin de faire quelque chose pour son filleul en cet instant précis, et il n'était pas apte à l'en empêcher. Il pouvait comprendre ce qu'elle traversait. Cherchant le regard de Karl à ses côtés, il tenta de lui faire comprendre de ne rien dire pour le moment. Le Petit était très intuitif, peut-être avait-il vu la même chose que lui, malgré le fait qu'il s'agissait de sa première rencontre officielle avec la mexicaine connue comme froide et secrète. Gael hocha la tête, semblant abdiquer et prendre à nouveau le chemin de la position allongée dans le canapé. Luisa, de son côté, soupira à la fois de soulagement et pour se motiver face au défi qui l'attendait.

Sans un mot, elle se leva et entreprit de monter doucement jusqu'à la porte de la salle de bains. Elle était également lente, mais il était clair qu'elle n'avait pas perdu autant de sang que son camarade, et qu'elle n'était pas aussi fatiguée et maladroite que lui. De plus, son esprit de rébellion et d'affirmation l'amenait à prouver aux deux autres restés en bas qu'elle avait la situation bien en main, ne se laissant pas mener par sa fatigue. Il lui fallut un moment, mais elle parvint à trouver la salle en question. Dans le silence de l'immense appartement, elle s'était laissée guider par le bruit de l'eau tombant à grosses gouttes, certainement celui d'une douche. Luisa eut un maigre sourire. Esteban n'avait jamais supporté d'être sale, et ce depuis qu'il était tout petit. Combien de fois l'avait-elle vu faire des crises énormes juste pour une tâche d'eau légèrement boueuse, quand les autres enfants de son âge étaient plutôt du genre à sauter à pieds joints dans les flaques ?

La douce nostalgie du souvenir s'estompa cependant rapidement comme elle arrivait devant la porte. Elle tenta de l'ouvrir, en vain. Reprenant son souffle (elle se rendait compte que l'ascension avait suffi à lui rendre le souffle court, ce qui n'était pas très bon signe), Luisa frappa vigoureusement (...à ses yeux) à la porte.

"Tebi ? ...Esteban, ouvre-moi s'il te plaît... Ne reste pas tout seul."

Elle se rendait compte un peu tard que sa dernière phrase tenait plus de la supplique qu'autre chose, et elle se détesta pour laisser ses sentiments passer la barrière de ses lèvres. Mais elle ne savait que trop bien ce que l'isolement pouvait lui procurer. Elle l'avait vu plus tôt quand elle avait essayé de lui faire ouvrir cette porte et elle l'avait vu chez sa soeur, bien qu'avec une expression différente. Ils étaient trop sociaux pour accepter la solitude, trop doux pour l'isolement forcé, et surtout... Luisa ne supporterait pas cette idée de ne servir à rien et de faire se retrancher son neveu dans l'isolement quand son unique objectif était justement de l'éviter.

En bas, Gael -avec l'aide de Karl- s'était rallongé et avait avalé un nouveau verre d'eau à une vitesse qui paraissait presque normale, cette fois. A un moment, il fit un mouvement pour sortir un papier plié en quatre de sa poche, un peu froissé, qu'il tendit à Karl en lui adressant quelques mots entre deux prises de respiration, témoins de l'activité inutile qu'il n'aurait pas dû faire.

"Ce serait bien qu'Esteban... lise ceci, quand il le... quand il pourra. Je... te fais confiance pour décider du... bon moment. Je l'ai trouvé... dans le bureau d'Olivia."

Il doutait que le vampire ne l'entende. Et quand bien même ce serait le cas, il n'avait pas peur de sa réaction. Simplement de celle qui serait induite à la lecture de cette lettre, car le garde avait bien remarqué que le jeune héritier se complaisait dans l'idée que sa mère le déteste. Sauf qu'elle ne serait pas dans un tel état si cela avait été le cas. Elle recherchait sa présence dans le moindre recoin, le moindre signe... Gael avait même hésité à garder certaines de ses affaires lors de ce fameux déménagement pour laisser une chemise ou un cadre à sa patronne, qui ne quittait pas ce foutu oreiller...

Bref, il avait trouvé cette ébauche de lettre qui -parmi toutes celles qui cheminaient près de la corbeille à papier- lui avait paru la plus élaborée. Il savait qu'elle ne l'aurait pas envoyée, comme toutes les précédentes. Il s'était décidé à la prendre, se disant qu'il pourrait la transmettre à Esteban le moment venu, quand Karl et lui parviendraient à atteindre le jeune homme. Ce moment était arrivé plus tôt que prévu, et dans des circonstances... particulières, mais Gael restait convaincu qu'il lui faudrait lire cette missive, ne serait-ce que pour dissiper certains malentendus. Il l'avait bien vu dans le regard que le Gamin lui avait adressé quand il avait mentionné sa mère. Rien ne reliait plus ces deux-là à la vie que l'autre. C'était bien terrible qu'ils refusent de l'admettre.

En tous cas, viendrait un moment où Gael serait forcé de retourner à la Casa del Sol, "accident de moto" ou pas, pour accomplir ce pour quoi il était payé. Karl et Luisa, eux, pourraient rester ici sans problème, ce pourquoi le garde du corps laissait la missive entre les mains du Petit. Il doutait que Luisa ait la finesse pour décider du bon moment pour transmettre cette lettre... et Gael avait bien plus facilement confiance en Karl quand il s'agissait de trouver le "bon moment" pour n'importe quoi. Luisa avait plutôt tendance à provoquer la chance qu'autre chose, ce qui n'était pas toujours une bonne idée... même si, pour elle, cela marchait à chaque coup.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Dim 23 Oct - 13:30

Une émotion subtile passa dans les yeux du vampire lorsqu'il entendit le garde du corps s'adresser à lui pour former une phrase de plus de trois mots. C'était rare qu'ils communiquent directement, encore plus lorsqu'ils n'étaient pas séparés par un réseau de câbles téléphoniques. Si il avait été dans son état normal, il aurait probablement réagi encore plus fort qu'il n'en donnait l'air maintenant. Il se serait crispé, ou aurait sursauté. Il aurait donné l'impression d'avoir vu la Sainte Vierge, ou le fantôme de son arrière grand-oncle. Là, rien de tout ça. Juste une trace d'étonnement embarrassé bien vite recouverte de lourdeur, de fatigue mentale. Il parvint à soutenir le regard de Gael tandis que ce dernier parlait, ce qui n'était probablement pas bon signe, et encore moins vu la façon dont il s'abstint de répondre et baissa à nouveau les yeux, le visage fermé. Il n'était pas convaincu, et ça se serait senti à trois kilomètres à la ronde. Il était vrai que Gael s'était mis dans cette situation volontairement, mais ça ne changeait rien à la réalité de ce qui était arrivé, ni à la responsabilité d'Esteban. Ni au souvenir qu'il avait de ces moments de perte de contrôle, qu'il comprenait rationnellement bien plus qu'il ne l'aurait voulu.

Le moment passa. Gael et Luisa prirent leurs deux premiers verres d'eau. Sa tante s'approcha de lui d'une manière qu'il lui fut difficile d'accepter, non parce qu'il était encore dans cette volonté d'éloigner les autres de lui - il avait capitulé pour le temps de leur séjour - mais parce que ce contact mettait en exergue la différence blessante qu'il ressentait entre eux et lui, et qu'il était donc devenu douloureux. Il tenta de se trouver une excuse pour enfin rejoindre la salle de bain, vers laquelle il se sentait irrésistiblement attiré. Néanmoins Karl vit clair dans son jeu et  l'envoya plutôt chercher les couvertures, ce qu'il fit donc, mais ce dont il ne se contenta pas.

Devant son miroir, une partie des émotions qu'il avait refoulées jusqu'à présent éclatèrent au grand jour et lui apparurent dans toute leur hideuse vérité. Suite à un dernier dialogue poignant avec le divin, il se sépara de sa croix, tenta de retirer le sang qui lui souillait le visage mais n'arriva à rien. C'est ainsi qu'il se dévêtit et entra dans la douche, où le filet d'eau chaude lui fit autant de mal que de bien, quoiqu'il ne fut peut-être pour rien à la souffrance perçante qui rentrait en lui plus qu'elle ne daignait sortir par ses yeux.

De l'autre côté de la porte, les réactions ne tardèrent pas à venir. Gael força plus que de raison pour tenter de rejoindre le jeune vampire et l'empêcher de s'isoler, mais dans son état, il ne pouvait faire grand chose de plus que d'aggraver la situation. Luisa cria pour prévenir Karl du désastre à venir, lequel ouvrit des yeux alertés et prit à peine le temps de fermer le robinet d'eau froide avant de quitter la cuisine à grandes enjambées, en laissant les récipients sur place. Il avait un mauvais pressentiment depuis qu'Esteban avait recommencé à se fermer, n'acceptant qu'à contrecœur les marques d'affection de Luisa. Cela ne l'étonnait malheureusement pas outre mesure que quelque chose se soit passé quand il avait le dos tourné. C'était tristement typique d'Esteban.

La dernière chose à laquelle il s'était attendu à faire face, cependant, c'était à un Gael bravant les limites de son corps fatigué en train de monter une volée de marches dans lesquelles il allait immanquablement tomber si rien n'était fait pour l'en empêcher. Ce n'était pas son genre, de faire preuve d'autant de témérité lorsqu'il était évident qu'il n'allait arriver à rien. A moins qu'il ne se rende réellement pas compte de l'état dans lequel il était ? A moins qu'il ait pensé ne pas avoir le choix ? Si Karl cherchait trop longtemps la réponse, le garde allait finir par s'effondrer par terre avant qu'il puisse agir. Il préféra donc foncer dans sa direction et remercia le destin qui voulut rendre son arrivée juste suffisamment rapide pour qu'il rattrape Gael à l'exact moment où son corps penchait au dessus du vide, et où il avait failli dévaler les marches en roulant. L'étudiant serra les dents. Sa force physique n'était pas exactement son atout le plus développé, si bien qu'il faillit partir à la renverse lui aussi et participer au convoi d'ambulances auquel ils avaient presque eu droit. Rendu hagard par la catastrophe qui venait d'être évitée, il jeta un coup d'œil ahuri à Gael, car c'était un miracle qu'ils soient tous les deux debout et indemnes. Il ne put s'empêcher de plaisanter, un sourire à peine perceptible accroché aux lèvres :

"J'admire cette volonté à rendre l'argument de l'accident de moto plus crédible, mais je crois qu'il vaudrait quand même mieux éviter... dans l'absolu."

Il avaient assez de deux anémiés et d'un vampire mentalement sur la faille. Se rajouter des handicaps supplémentaires ne faisait pas exactement partie du déroulement de rêve que Karl aurait souhaité voir arriver. Luisa enguirlanda le garde du corps, qui l'avait cette fois bien mérité, puis ce dernier aborda un point auquel l'étudiant n'avait pas encore eu le temps d'accorder son attention : Esteban avait disparu. Il avait une idée très claire de l'endroit où il devait s'être isolé. Luisa décida de se charger du problème avant que quiconque d'autre ait eu le temps de s'exprimer. Karl sentit le regard de Gael posé sur lui et comprit sa signification avant d'avoir le temps de le lui rendre. Il ne s'opposerait pas à la décision de la mexicaine, laquelle était encore à peu près en état d'agir, contrairement à Gael qui ne pourrait plus les aider qu'en restant immobile. C'était frustrant pour lui, Karl l'imaginait aisément, mais ça n'en était pas moins vrai.

"Retournons en bas. Mais lentement. Prévenez moi au moindre vertige, sinon nous tombons tous les deux."

Esteban, à genoux sous une douche si puissante qu'elle l'assourdissait, regardait platement des volutes rouges se mêler au tourbillon aqueux et disparaître dans l'évacuation. Il lui fallut un long moment avant de trouver le courage de prendre le gel douche et de frotter pour retirer les tâches récalcitrantes. Tout allait mal et pourtant, il y avait quelque chose d'agréable à se laisser ensevelir par ces litres brûlants, bruyants. Cela l'empêchait de penser et par conséquent, diminuait un peu la pointe horrible qui lui ravageait le cœur. Pourtant il restait douloureusement conscient d'être en équilibre sur une planche éphémère. Ce répit ne durerait pas. Le retour à la réalité n'en serait que plus difficile. Il aurait voulu pouvoir rester ici éternellement, ne plus jamais avoir à se soucier de rien, ne plus jamais se souvenir de ce qu'il était et de ce qui l'attendait, à l'extérieur des lourdes vapeurs d'eau.

Malheureusement, la réalité en question le rattrapa plus vite qu'il ne l'aurait voulu. Il tressaillit en entendant frapper. Sa silhouette torturée donna l'impression de diminuer de taille tandis qu'il se prostrait comme pour échapper aux injonctions qui suivraient certainement. Deux grosses larmes chaudes se mêlèrent au flux bouillonnant et il eut du mal à trouver sa voix pour répondre. Ce qu'il avait entendu dans celle de Luisa lui avait fait mal. Lorsqu'elle était comme ça, elle ressemblait à Olivia plus qu'aucun l'aurait cru possible. Il culpabilisait d'autant plus atrocement à devoir aller contre sa volonté.

"Je suis dans la douche, tia... Ce serait particulièrement gênant de t'ouvrir maintenant..."

Mais personne n'était dupe. Il ne s'était pas enfermé que pour se laver et se changer, même si c'était effectivement ce qu'il avait en tête à l'instant donné. Rien ne disait qu'il sortirait une fois qu'il serait décemment couvert. Il ne s'en sentait pas encore capable. Il n'en avait pas encore fini avec lui-même, sans qu'il comprenne dans quelle mesure exactement il lui fallait encore dialoguer avec son reflet. Tout n'avait-il pas été dit ? Ou bien était-ce qu'il avait trop mal à rester près d'eux, et qu'il cherchait vraiment à creuser cette distance ? Esteban devait admettre qu'il ne comprenait plus entièrement les raisons de ses actes. Il était confus, et terriblement endolori.

Quoique Luisa lui dise de plus, il n'ajouterait rien et ne cèderait pas tant que sa douche ne serait pas terminée. Tandis qu'elle était initialement partie pour être interminable, néanmoins, elle finit au contraire par ne durer que le temps strictement minimal, probablement car la présence insistante de Luisa l'angoissait. Il prit une serviette qu'il commença tout d'abord par frotter sur sa tête pour retirer l'eau de sa chevelure dégoulinante.

Son regard clair émergea du tissu éponge et il entraperçut son reflet dans le miroir. Cette vision lui retourna l'estomac. Quelque chose n'allait pas.

Il l'ignora et soupira lourdement tandis qu'il se séchait et se tournait dans la direction d'un tas de linge propre disposé sur un tabouret minimaliste. Il gardait toujours quelques vêtements dans la salle d'eau, car était devenu très tête en l'air ces derniers temps, si bien qu'il lui arrivait souvent d'oublier d'en apporter depuis sa penderie. Une telle négligence lui aurait été inconcevable du temps de son humanité. La glace dans le coin de son champ visuel le brûlait. Il n'arrivait plus à la regarder en face et ce sentiment grossissait peu à peu. Il passa des sous-vêtements, un pantalon noir et se tourna dans la direction d'une chemise bleue nuit qu'il ne parvint pas à attraper. Quelque chose le retenait. Il voulait porter du noir. C'était une couleur adaptée, puisqu'il était forcé de faire le deuil de lui-même. De sa spiritualité, ou de sa pureté à tout le moins. Il faisait les choses dans le désordre. Un peigne. Il lui fallait un peigne.

Hagard, la main tremblante, il dut s'y reprendre à deux fois pour réussir à s'en armer correctement. Il passa l'objet dans sa chevelure humide. Elle se démêlait indécemment facilement, et il lui sembla que c'était incorrect. Ce geste banal était devenu anormal, tout comme le fait que Luisa, Karl et Gael l'attendaient dans les pièces d'à côté. Était-ce la façon dont un vampire devait se comporter ?

Son reflet le brûlait. Son propre regard était difficile à soutenir. Il pouvait voir un dégoût insupportable déformer sa lèvre inférieure. Il s'était débarbouillé et pourtant il pouvait encore voir le sang qui dégoulinait sur son menton. Son image faussement décente prenait forme peu à peu dans le miroir, rappelant ce qu'il ne serait jamais plus entièrement. Il détestait ce qu'il voyait, et pourtant, il continuait.

Une chemise noire vint décorer ses épaules, mais il la garda ouverte, comme si de rester à moitié défait retardait le moment fatidique où il aurait terminé de se préparer. Du coin de l'œil il vit le sèche-cheveux. Peut-être aurait-il dû s'abstenir de l'utiliser. Méritait-il vraiment ce confort, de toute façon ? Il prit un élastique et voulut attacher ses cheveux encore mouillés. Grave erreur. A peine réunis ensemble dans sa main, voilà qu'il donnaient à son visage un air achevé qu'il n'y avait plus vu depuis longtemps. Ses pupilles s'étrécirent et il perdit toute cohérence, emporté par une vague de colère rouge et d'horreur. C'était lui et il était devenu détestable, méprisable. Il ne voulait plus voir ce reflet. Il ne voulait pas se rappeler de ce qu'il avait fait de sa propre carcasse. De la façon dont il avait désacralisé tout ce qu'on lui avait jamais donné de plus sacré, soit sa propre existence, sa propre identité. Il n'était plus là. Désagrégé. Juste un ensemble désynchronisé de puissance et de répulsion qui devait s'exprimer et s'auto-détruire, car c'était sa seule façon d'exister correctement. Ce reflet devait disparaître. Cette petite pièce proprette n'avait pas le droit d'exister non plus. Pas tant qu'il serait dedans. Il arracha le lavabo et le projeta avec force contre le miroir, qui explosa en autant de morceaux, dans un fracas affreux.

Révolté. Il entendait quelque chose ou quelqu'un crier sans interruption, aussi fort, aussi violemment que possible, jusqu'à s'en casser la voix, jusqu'à se faire mal. Tout comme les tessons de glace qui lui étaient rentrés sous la peau lui faisaient mal. C'était juste, et c'était satisfaisant. Il abattit son poing dans le plâtre pour en faire tomber. Encore. Encore. Un nuage de poussière. Un véritable chantier sur le sol où il trouvait enfin sa place. Où il se laissa tomber, à genoux. Allongé sur le flanc. Roulé en position de fœtus le visage dans la saleté, dans les tessons, qu'il faisait rouler contre sa peau et qu'il laissait entrer sous cette dernière avec délice. Yeux écarquillés il retira l'un de ceux qui était fiché dans son bras. La plaie se referma presque aussitôt, ce qui fit monter en lui un éclat de rire dément, incompréhensible. Pourquoi était-ce si drôle ? Il n'en avait aucune idée mais couché au centre de cette destruction, au moins, il n'avait plus envie de s'égosiller jusqu'à se briser les cordes vocales. Le morceau de verre retourna dans son bras. Il tira sur un autre. Longue strie de sang. Douleur. Exister était déjà plus correct, plus autorisé. Il devait probablement continuer. Pour son rire se muait-il en sanglots ? C'était pourtant drôle, non ? Il lui était impossible de garder la moindre plaie plus de quelques secondes. N'était-ce pas drôle ? Ou bien était-ce tragique, quand il essayait avec tant de volonté de tracer des traits dans ses bras affreux, qu'il aurait voulu pouvoir couper, ou faire disparaître. Assumer... Il voulait vraiment assumer ? Quelle blague, quelle plaisanterie... Il était incapable de se supporter. Et il avait voulu se regarder en face ?

Côté canapé, Karl avait pris la missive donnée par Gael sans porter sur elle plus qu'un regard rapide. Il la mit dans sa poche sans curiosité. Il avait une idée relativement précise de ce qu'elle devait contenir et n'avait pas besoin d'en savoir plus.

"D'accord."

Mais même si il avait voulu développer, il n'aurait pas pu. Un vacarme affreux coupa court à toutes ses éventuelles réflexions; Horrifié, il tourna un visage blanchi dans la direction des escaliers et dut s'y reprendre à trois fois avant de réussir à dire à Gael :

"... Restez ici. J'y vais."

Et de monter les escaliers quatre à quatre pour rejoindre Luisa au niveau de la salle de bain, où Esteban venait vraisemblablement d'atteindre un point critique qu'il avait prié pour ne pas voir arriver. Visiblement, rien n'aurait pu empêcher la catastrophe d'advenir.
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Luisa Selva Moreno
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Dim 23 Oct - 23:24

Comme Gael l'avait plus ou moins anticipé, Esteban ne réagit pas au discours qu'il lui fit. C'était peu étonnant, en réalité, mais cela ne coûtait rien d'essayer. Plongeant son regard dans le sien plus de dix secondes d'affilé pour la première fois depuis ses trois ans, le garde du corps fut presque étonné de ce qu'il y voyait. Une légère surprise, au premier abord, mais rapidement un voile de fatigue et de néant qui n'auguraient rien de bon pour les moments à venir. Peut-être était-ce pour cela qu'il avait réagi aussi rapidement quand il avait entendu la porte de la salle de bains claquer. Quelque chose dans ce regard, malgré sa vacuité, était un appel à l'aide. Peut-être n'était-ce pas un autre qu'il appelait, mais bel et bien lui-même, qui devait se reconnaître et se reconstruire, mais il était difficile de résister à une telle chose.

Gael n'avait pas vraiment réfléchi quand il s'était levé. Il était persuadé qu'il ne fallait pas laisser Esteban seul avec ses démons (ils l'avaient déjà trop fait) et personne d'autre que lui n'était en mesure de le faire pour le moment. Bien sûr, il aurait pu prendre la relève de Luisa au téléphone, mais il ne connaissait pas le numéro d'appartement de la mexicaine et, honnêtement, cette alternative ne lui était pas venue à l'idée.

Il s'était donc levé, et avait entrepris de monter les périlleuses marches qui menaient jusqu'à la-dite salle. Elles n'avaient pas semblé si périlleuses tout à l'heure, bien que peu adaptée pour des enfants, par exemple, mais maintenant, il leur trouvait quelque chose de dangereux, presque comme s'il s'agissait de gros ours affamés montrant les crocs pour chercher à vous dévorer...

L'argentin entendit à peine Luisa se mettre à hurler. Tout ce qu'il voyait, c'était les marches qu'il grimpait et qu'il trouvait de plus en plus proches. Il avait froid, aussi. Comme si la gueule de ces monstres était comme entrer dans un immense réfrigérateur... Il sentit plus qu'il ne vit quelqu'un s'accrocher à lui (...ou était-ce l'inverse ?), et les gueules affamées s'éloignèrent doucement. Le regard vide du garde du corps croisa celui, hagard, de Karl, qui finit cependant par sourire légèrement et lui glisser quelques mots à propos d'un accident de moto. L'homme fronça les sourcils.

"...Moto ? Tu n'as pas ... vu les loups ?"

A moins qu'il s'agisse d'ours... Aussi étrange que cela puisse paraître, ce fut la voix de Luisa qui le ramena à un semblant de raison. Du moins, l'argentin parut se rappeler de la raison pour laquelle il avait entrepris de braver cette marrée de monstres (...communément nommés "escaliers") et en fit part aux deux personnes qui l'accompagnaient. Finalement, la brune annonça qu'elle se chargeait d'Esteban et il fut capable de ressentir le sérieux et l'angoisse qu'il y avait dans cette seule déclaration, ce qui l'encouragea à ne rien dire. Par ailleurs, il commençait à comprendre qu'il n'était pas, mais alors pas DU TOUT en état d'accomplir une telle prouesse, et qu'il valait mieux qu'il retourne se coucher avant de provoquer d'autres catastrophes, ou pire, de continuer à délirer.

Karl l'accompagna, ce qui était bien aimable de sa part. Il semblait inquiet, lui demandant de prévenir au moindre signe de vertige. Pourtant, Gael ne se sentait pas proche du malaise, non. Par contre, il commençait effectivement à avoir froid, et sentait le mal de crâne pointer le bout de son nez.

"Tu sais, Karl... A moins que cela ne te convienne mieux... tu peux laisser tomber le vouvoiement et la distance protocolaire."

Il n'aimait pas vraiment ça, au départ. Déjà, en Argentine, son pays d'origine, cela n'existait pas. Il avait eu un mal fou à s'y habituer au Mexique. Et en arrivant ici il pensait en être débarrassé, mais avait découvert quelque chose d'encore pire. C'était fou comme les Luz-Descalzo de tous poils étaient doués pour mettre une distance phénoménale avec de simples mots... Quand ils lui parlaient. Heureusement, Olivia n'avait pas tout à fait pris cette habitude, continuant de s'adresser chaleureusement à lui et sans tout ce protocole, ce qui lui avait tout de même permis de se trouver une place. Mais dans ces circonstances, il trouvait ça franchement hors de propos. Surtout avec Karl. A moins que le Petit trouve cela plus aisé, comme cela avait pu être le cas d'Esteban à une époque.

Puis il fut de retour dans son canapé, et la conversation dériva. Luisa, pour sa part, était arrivée depuis un petit moment devant la porte de la salle de bains, juste assez pour entendre l'eau couler, adresser un appel à son neveu, et se faire royalement renvoyer sur les roses. On se serait attendu de la part de la cheffe d'entreprise sans filtre qu'elle réplique qu'elle l'avait déjà vu nu un certain nombre de fois depuis sa naissance et que ce n'était franchement pas un drame. Mais elle avait retenu la leçon depuis que son filleul avait révélé les attouchements dont il avait été victime et possédait encore assez de jugeote pour ne pas mettre ce genre de sujet sur le plateau des conversations. Bien qu'apparemment, cela n'ait pas gêné le vampire qu'il était devenu de la mordre sans vergogne, lui donnant l'un des meilleurs... BREF, le moment n'était pas à cette discussion.

Et bizarrement, Luisa n'était pas d'humeur à se battre. Cette énième rejet, moins direct que les précédents et pourtant plus vifs, lui fit l'effet d'une douche froide. Pour une rare fois dans sa carrière, elle était désespérée. A court d'arguments. Elle ne voyait vraiment pas ce qu'elle pouvait faire pour aider son neveu. Peut-être était-ce parce qu'il n'y avait rien à faire. Et cette idée la déprimait au plus haut point. Elle insista néanmoins, d'une voix moins forte qu'à son habitude.

"Ouvre, s'il te plaît... Déverrouille simplement la porte. Je n'aime pas te savoir seul dans cette pièce. Personne n'aime te savoir seul ici. Je veux juste pouvoir t'épauler au cas où..."

Pas de réponse. Même si elle s'y était attendu, c'était un coup dur. Elle resta quelque secondes de plus face à la porte avant de s'asseoir contre le mur non loin. Même si elle avait perdu moins de sang que Gael, elle n'était pas pour autant dans une forme olympique et mieux valait qu'elle ne reste pas trop longtemps debout. Il était cependant hors de question qu'elle redescende. Pas sans Esteban.

Quand elle pensait à ce qu'il s'était infligé dans cette "pièce" (...quand elle réaliserait qu'il s'agissait de sa chambre), elle n'osait même pas penser à ce qu'il pouvait se passer de l'autre côté de cette porte. L'eau de la douche avait cessé de couler, mais la mexicaine savait que ce n'était pas pour autant le signe que son neveu allait réapparaître de sitôt. Elle connaissait suffisamment bien ses habitudes pour savoir qu'il mettait un temps fou à se préparer, tant et si bien qu'il se levait toujours à des heures indues quand ils partaient en excursions. Cependant, quand elle finissait par se lever à son tour, il leur était toujours possible de discuter au travers de la porte fermé. La brune prit une moue songeuse. Et si...

"Dis, Tebi, pourquoi est-ce que tu..."

La fin de la question mourut sur ses lèvres, quand elle entendit un immense vacarme provenir de l'autre côté. En un instant, elle fut sur ses pieds, tambourinant à la porte.

"Esteban ?! Esteban que se passe-t-il ?! Esteban ouvre-moi !!!"

En bas, Gael avait donné à Karl une missive qu'il avait trouvée dans le bureau d'Olivia, adressée au fils de cette dernière. L'étudiant la prit, acceptant d'en prendre soin jusqu'au moment opportun, qui n'était clairement pas pour tout de suite. Le garde sentait la fatigue le recouvrir aussi efficacement que la couverture qu'on lui avait mise sur le corps, mais ses yeux s'ouvrirent grands quand il entendit le bruit qui provenait d'en haut. Inutile de chercher bien loin pour découvrir le responsable, les deux personnes présentes au rez-de-chaussée du penthouse échangèrent un regard inquiet. L'argentin se tenta d'acquiescer quand Karl lui ordonna de rester ici. Ce n'était pas comme s'il pouvait bouger de toute façon, il l'avait bien compris cette fois. D'ailleurs, il se sentit soudainement submergé de fatigue, l'inquiétude qu'il ressentait impossible de faire le poids face à son état global. Il avait déjà trop forcé. Sans qu'il ne s'en rende compte, ses paupières se fermèrent, et il plongea dans le sommeil, inconscient du chaos qui se jouait quelques mètres plus haut.

Il était impossible qu'Esteban ne l'entende, pour la simple raison qu'il hurlait plus fort qu'elle. Luisa sentait son coeur se serrer à chacun de ses cris, l'envie de faire disparaître cette cloison qui les séparait et d'accourir à ses côtés de plus en plus forte à chaque seconde qui passait. Chez elle, au contraire de Gael, la fatigue était passée au profit d'une adrénaline tangible, qui s'exprima d'autant plus quand elle entendit un nouveau bruit de porcelaine brisée. Ses traits étaient défaits, et l'assurance qu'elle portait en temps normal effacée pour faire place à la seule terreur qui l'englobait à présent. Elle cria une nouvelle fois.

"Esteban, je t'en prie, par pitié, ouvre cette foutue porte !!!"

Rien à faire. Elle aperçut Karl monter les marches quatre à quatre, la peau plus blanche que la sienne ne pourrait jamais l'être, ce qui ne la rassurait absolument pas. Elle murmura à qui voulait bien l'entendre.

"Pitié, faites qu'il n'ait rien fait de définitif..."

Elle ne se pardonnerait jamais si c'était le cas. Son regard croisa celui de Karl qui arrivait, et ils échangèrent un regard entendu malgré la terreur qu'ils ressentaient tous les deux : il fallait forcer cette porte.L'étudiant se mit immédiatement à l'ouvrage, bien vite suivi par la cheffe d'entreprise. Bien qu'ils n'aient ni l'un ni l'autre la carrure pour ce genre de choses, ils y parvinrent dans un temps relativement rapide, qui en disait long soit sur leur inquiétude, soit sur la qualité des joints de cette entrée. Mais le moment n'était pas à de tels questionnements, même si dans un autre contexte, Luisa aurait eu tôt fait de chercher le meilleur ouvrier de la ville pour pallier à ce souci et un de ses avocats pour régler le litige au plus vite !

L'esprit de la mexicaine était cependant loin de ces considérations au moment où elle passa ce qu'il restait de la porte. Elle avait l'impression d'entrer dans un véritable champ de bataille, au milieu duquel son neveu était recroquevillé, comme un soldat atteint d'une balle qui allait le tuer. Insconscient de ce qu'il se passait autour de lui, il jouait avec un morceau de verre qu'il faisait entrer dans sa peau et tirait sur de longs centimètres pour s'ouvrir le bras, qui se refermait presque aussitôt. Guérissure instantanée ou pas, la vision retira un long frisson d'horreur à Luisa, qui observait son filleul sans pouvoir bouger. Il lui fallut quelques secondes avant de s'approcher de lui, puis de s'accroupir et de poser la main sur celle qui tenait le morceau de verre pour l'empêcher de répéter une énième fois son geste.

"...Arrête. Je t'en prie Tebi, arrête ça. Tu ne mérites rien de tout ça."

Son ton était doux, calme, comme lorsqu'on s'adresse à un animal blessé. Elle laissait néanmoins transparaître son inquiétude, sans totalement s'en rendre compte. Ses pensées dérivèrent à nouveau vers les photos qu'elle avaient vues sur le téléphone de Karl. Depuis combien de temps se mutilait-il ainsi ? Que cherchait-il à évacuer ? Elle avait bien une idée, mais malheureusement, il n'y parviendrait pas... Elle serra sa main dans la sienne, faisant bien attention à ne pas enfoncer le tesson dans sa propre main ou dans la sienne.

"Viens... On va te laver les cheveux, ils sont tous blancs. On dirait le grand-oncle Rodrigo..."

Un peu d'humour n'avait jamais tué personne... pour le moment.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Lun 24 Oct - 11:41

Le sourire amusé de Karl disparut aussitôt que Gael lui répondit quelque chose d'absolument incompréhensible. Lui qui était toujours si sérieux et terre à terre... Ca ne lui ressemblait pas. Et c'était très inquiétant. Le jeune homme enchaîna donc sur une autre réplique, prononcée plus lentement quoique sur un ton aussi fluide et habituel que possible. Il ne voulait pas risquer de vexer le garde du corps en lui laissant entendre ce qu'il pensait de son actuel état mental.

"Il est très important que vous retourniez vous reposer."

L'intervention de Luisa parvint à remettre les yeux virtuels de l'homme en face de leurs trous, à en croire les prochains propos qu'il tint, nettement plus cohérents que les précédents. Une tension quitta l'abdomen du jeune homme qui se rendait compte du point auquel la situation lui déplaisait. L'état de santé alarmant de Gael le préoccupait énormément, ce qui n'arrangeait rien à l'anxiété qu'il couvait déjà faute à Esteban qui, ravagé, ne leur faisait pas de cadeaux non plus. Il était heureux de disposer de nerfs en aciers, sans quoi il aurait probablement rejoint le rang des problèmes plutôt que des solutions. Même ainsi il approchait lentement d'un point de rupture qui lui était inconnu, et qui l'aurait probablement fasciné par ce qu'il lui apprenait de ses limites, si seulement il avait pu se permettre de s'écouter.

Fort heureusement pour tout le monde, il eut droit à une pause tandis que Gael et lui franchissaient les dangereuses marches qui les séparaient du canapé. Un interlude doux et inattendu se fit une petite place au milieu du chaos sordide auquel se résumait le reste de la scène. Karl ne montra pas sa surprise, car il était habitué à ne rien montrer de plus que le nécessaire, mais il dût s'admettre étonné, mais aussi particulièrement flatté par la proposition du garde du corps.

Le jeune homme avait tendance à rester distant et très poli avec tout le monde. Pour rester aux côtés d'Esteban malgré les attentes de la famille Luz-Descalzo et la réprobation qu'il les savait avoir à son égard par rapport à ses "choix de vie" (comme si il s'était agi d'un choix), c'était la façade qu'il avait toujours dû se donner et qui dans ces situations qui les concernaient, ou concernaient ceux qui avaient directement rapport avec eux, lui était devenu naturelle. Il devait admettre qu'il n'aurait pas cru qu'elle dérangeait Gael, lequel disposait du même genre de carapace et paraissait être si embarrassé dès lors qu'un nombre de mots non nécessaire franchissait ses lèvres accidentellement. Karl pensait qu'ils voyaient clair au travers de la retenue de l'autre. La distance ainsi marquée n'était pas émotionnelle. C'était une apparence qui ne survivait pas à l'analyse fine à laquelle ils la soumettaient dans ce temps de réflexion supplémentaire que leur offrait leur position en retrait. A vrai dire, l'étudiant avait même pensé qu'il risquait de mettre Gael mal à l'aise si il prenait l'initiative de rompre ce mur d'austérité, qui leur permettait aussi de rester stables sur leurs pieds. Néanmoins, il était heureux que l'homme exprime un avis contraire et était tout à fait prêt à essayer ce qu'il lui proposait, même si il n'était pas sûr d'être très doué pour ça, habitué qu'il était à rester sur ses gardes en permanence. Il était volontaire pour explorer cette zone inconnue. Impressionné, peut-être, mais exalté à cette idée.

"C'est surtout une question d'habitude. Elles ont la vie dure, hm ?"

Le sourire dans sa voix aurait difficilement pu être manqué. Il ressemblait à s'y méprendre à celui qu'il avait eu à la fin de cette précédente discussion menée entre le canapé et la position des cartons de déménagement. Il n'avait pas pu résister à la tentation de la gentille moquerie, destinée à mettre Gael face à l'ironie de sa demande. Restait à voir si il était suffisamment en forme pour cerner la subtilité de la réponse.

"... D'accord. C'est noté."

De réduire les "distances protocolaires" et de passer au tutoiement n'allait pas le rendre moins friand des réponses courtes, minimalistes et efficaces, cependant. Si Gael croisait ses yeux, il n'y verrait pourtant rien d'aussi froid ni d'aussi strict. Juste une chaleur encore un peu rieuse, quoique barrée de toute cette tension à laquelle il était soumis. La bonne santé du garde du corps n'était pas assurée. De ce qu'il entendait plus haut, Esteban n'avait pas ouvert la porte à Luisa. Tout était loin d'aller bien. Mais au moins, ils étaient revenus au niveau du sofa sans provoquer de catastrophe supplémentaire. Le jeune homme poussa un lourd soupir de soulagement lorsqu'il déposa Gael sur les coussins et qu'il fut certain qu'il ne risquait pas de tomber plus bas. Il n'eut malheureusement pas le temps de souffler. Il écopa d'une lettre et de la responsabilité de la donner à Esteban au bon moment, ce qui ne l'inquiétait guère. Pour ce genre de missions, il avait toujours été la bonne personne. Puis un fracas terrible, mêlé de hurlements à glacer le sang retentit et il fallut qu'il prenne rapidement congé du garde afin de monter aussi vite que possible jusqu'à l'endroit d'où provenait ce massacre sonore.

Il arriva au moment précis où Luisa laissait échapper ses inquiétudes sous la forme d'un murmure dont il aurait préféré ne pas entendre la teneur, car il lui retourna l'estomac. Il tenta de se raisonner. Comment un vampire aurait-il pu se tuer dans une salle de bain ? Il n'y avait ni feu, ni soleil. Quant à trouver un objet contondant et réussir à se couper la tête avec, ça paraissait plutôt compliqué. Bien sûr il y avait une dernière éventualité qu'il n'avait pas listée et à laquelle il se refusait de penser, mais connaissant Esteban et vu les bruits que ce dernier produisait, il ne le pensait pas capable de la réflexion nécessaire à la réalisation d'un tel plan. Ce à quoi ils venaient d'assister, c'était une décharge émotionnelle aussi irrationnelle qu'incohérente. Ou du moins, c'était ce à quoi il voulait croire et se raccrocher, car le contraire eut été bien trop inquiétant.

Les mots étaient inutiles. Ni une ni deux, il fonça sur la porte et avec un grand élan y abattit tout son poids, quitte à se luxer l'épaule. Il fallut ses efforts et ceux de Luisa combinés pour qu'enfin, suite à quelques coups de boutoir désespérés, elle émette un grincement satisfaisant et daigne sortir de ses gonds. Karl faillit tomber en avant faute à la vitesse qu'il avait prise. La vision d'horreur qui l'attendait lui permit de trouver quelque part, dans ses réserves de secours, l'équilibre nécessaire pour éviter de se vautrer de tout son long. Lèvres pincées, il suivit Luisa auprès d'un Esteban recroquevillé dans des bouts de lavabo, de miroir, et dans de la poussière de plâtre. C'était impressionnant. Esteban n'avait jamais su être violent. Qu'il l'apprenne dans cette situation particulière était tristement révélateur du point auquel il devait être dévasté. Il ne faisait que rendre son environnement assorti à sa réalité intérieure. Il avait succombé à la tentation de peindre les murs, le sol, l'entièreté  du décor avec le suc noirâtre que son cœur drainait en pensée.

Le tas de douleur émit un long frisson lorsqu'il sentit qu'on touchait quelque chose qui devait probablement lui appartenir, bien qu'il eut l'impression que l'objet en question était séparé de lui de plusieurs kilomètres. Sa vision brouillée tourna sans trop comprendre ce qu'elle faisait dans la direction d'une silhouette au dessus de lui. Elle parlait mais il ne comprenait plus les mots. La douleur du morceau brillant avait stoppé et c'était mal. Il voulait continuer, mais elle bloquait son mouvement et il rechignait à forcer sa main pour se libérer. Un gémissement frustré siffla dans sa gorge, mêlé de sanglots gondolés qui ne savaient plus si ils voulaient sortir ou rester à l'intérieur pour se noyer. Il roula ce qui devait être sa joue contre le sol recouvert de morceaux coupants afin de mieux sentir leur tranchant lui rentrer dans la peau. Leur grain désagrégé, rouler dans ses plaies, piquer, picoter sans jamais lui laisser de répit, ainsi que c'était juste et ainsi qu'il aurait fallu que ça reste. Il aurait voulu en prendre des poignées et s'en frotter le visage jusqu'à faire disparaître ses traits, jusqu'à raboter tout ce qui ressemblait encore en lui à une trace de personnalité. Il y avait un morceau de miroir dans sa pommette la plus exposée et sa main libre, tremblante, se dirigea vers lui. Il voulait tirer dessus. Avoir mal. Se dévisager. Mais là encore, quelque chose l'en empêcha car le tesson venait de disparaître. Un long cri de détresse échappa à sa carcasse agonisante, qu'il referma comme un coquillage ressentant le danger.

Karl s'était agenouillé de l'autre côté d'Esteban afin de pouvoir agir à son tour, car ils ne seraient pas de trop à deux sur lui pour le tirer de là où il s'était égaré. C'était lui qui avait retiré le débris de sa joue avant qu'il n'ait l'occasion de mettre la main dessus et de se blesser avec. Le jeune homme jeta l'objet contondant loin, dans un coin de la pièce actuellement inatteignable. Du coin de l'œil il vit que Luisa tenait encore la main d'Esteban, dans laquelle il y avait un autre morceau de verre. C'était une bonne chose qu'elle le retienne car il était persuadé qu'il aurait recommencé au moment exact où elle l'aurait lâché. A mi-voix, il lui conseilla :

"Essayez de le lui prendre. Il ne se défend pas."

Si ça avait été le cas, Luisa et Karl auraient été le premier à le savoir, douloureusement de surcroît. L'étudiant posa un regard plein de prudence, de précaution, mais aussi de tendresse dans sa direction. Esteban avait besoin qu'on prenne soin de lui, même si il paraissait persuadé qu'il ne méritait que le contraire. Justement parce qu'il en était persuadé. Karl commença par retirer les morceaux de miroir fichés dans le corps de son ami aux endroits les plus évidents. C'était les plus gros. Ceux qui dépassaient de façon si visible de ses vêtements, de sa peau, qu'on aurait difficilement pu les manquer. Le miroir lui avait littéralement explosé à la figure et il était plein de ses éclats. Lorsque ce fut terminé, Karl pensa qu'il était temps de réussir à le convaincre de quitter son tapis de douleur. Il savait que ça n'allait pas être simple. C'était probablement risqué.

"... Viens ici Esteban. Tu ne peux pas rester par terre. Viens ici... Doucement, d'accord ? Doucement... Tout va bien... Tu es toujours au même endroit, tu es juste assis. On va rester un moment comme ça d'accord ? Rien ne presse, tout va bien..."

Tout en l'accompagnant de sa voix rassurante, il avait pris ses bras entre ses mains et l'avait incité, délicatement, mais fermement, à se redresser. Si Esteban s'était d'abord montré récalcitrant, crispé, tendu, émettant de petits glapissements suraigus d'angoisse et de refus, il avait très vite capitulé et s'était laissé entraîner, poupée de chiffon secouée de pleurs désarticulés. Il reposait mollement sur l'épaule de Karl, abruti, incapable de la moindre pensée ni de la moindre action au delà de l'horreur qui recommençait à sortir de lui par des cris difformes, déchirés.

Karl l'observait intensément. Il englobait chacune des réactions du vampire dans sa conscience et n'en détourna sa concentration que pour dialoguer avec Luisa par le silence. Et maintenant, que faisaient-ils ? Surtout, rien de trop rapide. Le corps de l'outre était encore plein de débris de verre. Le moment était probablement propice à les en retirer. Conscient que le geste pouvait très vite évoquer des choses traumatisantes pour Esteban, Karl prit les bords de sa chemise ouverte et entreprit de la lui retirer doucement, prêt à s'arrêter à la moindre réaction brutale. Mais le vampire devait être loin de penser à son père ni même de faire le lien entre Darian et la façon dont on était en train de le déshabiller, car Karl n'eut aucun mal à aller jusqu'au bout de son geste. Il passa un bras autour de lui pour qu'il sente sa chaleur et sa présence. Peu importait qu'il l'eut refusé en temps normal sous prétexte qu'il trouvait le geste, pourtant chaste, trop tendancieux. Karl localisa un nouveau morceau de verre coincé dans son avant bras, et il le lui retira précautionneusement avant de le jeter en direction des autres.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Lun 24 Oct - 18:58

Heureusement pour tout le monde, la perte d'esprit de Gael avait été particulièrement brève. Si Karl avait pu paraître légèrement affolé, cela n'aurait été qu'une goutte d'eau dans la mer face à la réaction de Luisa si elle avait pu remarquer l'état dans lequel le garde du corps s'était provisoirement plongé. Heureusement, donc, ce ne fut pas le cas, et Luisa put partir s'occuper d'Esteban sans craindre pour la santé mentale de l'argentin, qu'elle laissa à la bonne charge de Karl. Ce fut pour les deux l'occasion de mettre en mots certains de leurs ressentis (...ce qu'ils ne faisaient habituellement jamais).

C'était peut-être cette fatigue extrême qui faisait parler le garde du corps, mais cela n'en restait pas moins un sujet qu'il avait voulu aborder depuis un moment, sans s'en convaincre, pour des raisons qui tenaient essentiellement à son caractère discret et peu avare de conversation de manière générale. Certains se contentaient de penser qu'il avait un caractère froid et évitaient de lui parler, aspect qui avait été exacerbé par son statut de garde du corps. Néanmoins, s'il était effectivement secret et estimait n'avoir à parler que lorsque c'était nécessaire, il était loin de tenir du cliché qu'on lui avait assigné, mais l'avait plutôt entretenu, pour des raisons pratiques : il était bien plus aisé de perler uniquement aux personnes qui l'intéressaient quand l'ensemble de ses connaissances pensait qu'il préférait le silence. Et si c'était souvent le cas depuis son arrivée aux Etats-Unis avec Olivia, il trouvait en la personne de Karl un autre être avec qui il pourrait avoir plaisir à s'ouvrir, ce qui n'était pas étonnant quand on s'apercevait du point auquel ils se ressemblaient.

Malgré sa fatigue, l'ironie dans la voix de l'étudiant ne lui échappa pas, et il grogna vaguement pour signifier qu'il l'avait bien saisie et qu'il n'appréciait que moyennement que le jeune homme se paye (encore) sa tête. Mais il avait également un léger sourire, vaguement amusé. Il haussa les épaules.

"C'est plus simple. Mais je n'aime pas toujours ça."

Il n'avait pas l'intention de s'épancher plus, et ne se sentait de toute façon pas mentalement capable de le faire. La fatigue prenait le pas sur tout et il sentait non seulement le contrecoup de l'anémie lui tomber dessus, mais aussi ces semaines où il avait enchaîné journées de travail sur soirées/nuits de recherche sans en toucher un mot à Olivia et donc sans pouvoir prendre de congé avec une excuse valable. Il manquait de repos, c'était une évidence, et apparemment son corps et son cerveau avaient décidé de le lui faire comprendre de force. Karl lui signifia qu'il prenait en compte sa proposition et l'argentin ne cacha pas un sourire doux, chaleureux en réponse. Il n'attendait pas un discours, loin de là. Cela lui suffisait parfaitement.

Ils atteignirent enfin le canapé et la discussion partit sur un autre point, Gael transmettant à l'adolescent une lettre qu'il avait trouvé dans le bureau de sa patronne. Il espérait que Karl saurait trouver le bon moment pour la donner à Esteban. Il n'était pas trop mauvais pour ce genre de choses, mais le jeune homme aux yeux gris était clairement plus indiqué pour connaître les humeurs d'Esteban et lire en lui le moment le plus propice. De plus, le garde du corps doutait d'être bon à quoi que ce soit durant les prochaines heures... Ce qui fut vérifié quand ils entendirent un vacarme ahurissant provenir de l'étage où se trouvaient Luisa et Esteban, et qu'il fut incapable de réagir. Au contraire, sitôt le jeune Ziegler parti, sans le moindre stimulus direct et l'impression d'avoir néanmoins fait ce qu'il avait pu, l'argentin se laissa envelopper par la douce torpeur du sommeil, incapable de lutter plus longtemps.

A l'étage, Luisa et Karl avaient uni leurs forces pour parvenir à ouvrir la porte de la salle de bains, malgré le fait qu'elle fut fermée à double tour.L'étudiant ayant donné le coup final, il fut celui qui manqua de s'étaler tête la première dans la salle... ce qui aurait pu être comique, dans d'autres circonstances. Pourtant, aucun éclat ne passa les lèvres de la mexicaine, car la situation ne prêtait absolument pas à rire. Ce qui leur faisait face n'était que désolation, et Luisa était bien heureuse que Karl fut parvenu à retrouver son équilibre, car il aurait certainement fini avec de nombreuses coupures à traiter. Ils étaient en plein milieu d'un champ de bataille au centre duquel se trouvait Esteban, complètement défait, se mutilant sans même donner l'impression d'être conscient de ses gestes. Pour la première fois depuis longtemps, Luisa fut soulagée que sa soeur ne soit pas avec eux. Jusqu'à présent, elle aurait sûrement pu trouver des mots, des gestes à avoir, mais là... Elle ne l'aurait pas supporté, sa soeur en était persuadée. Elle-même avait du mal à retenir ses larmes.

La cheffe d'entreprise s'était approchée de son filleul et avait pris sa main dan la sienne pour l'empêcher de continuer à se mutiler le bras. Apparemment, cela le dérangeait, si l'on se fiait aux sons qu'il émettait, mais il ne semblait pas avoir assez de volonté pour la forcer à reprendre son geste. C'était mieux... peut-être ? La brune était complètement perdue. La violence, quelle qu'elle soit... Esteban n'était jamais allé jusque là. Et pourtant il aurait pu ! Qu'aurait-elle donné pour le voir mettre à son enfoiré de père la droite qu'il méritait ?! Et pourtant, il avait toujours été patient, au point d'user des méthodes données par la loi et respectant jusqu'à la moelle le principe de non-violence enseigné par Jésus et ses apôtres. Luisa ne parvenait pas à croire que, pour la première fois qu'il pensait que la violence puisse être une solution valable, il envisage d'en faire usage sur lui-même.

Ce furent les paroles de Karl qui sortirent Luisa de ses pensées. Elle posa sur l'étudiant un regard mouillé, un peu hagard, qui se raffermit au fur et à mesure, empli d'une nouvelle résolution. Elle ne pouvait pas laisser ce gamin en charge de tout ce qu'il se passait ici. Il avait certainement les épaules larges, elle ne pouvait pas le nier, mais si on lui laissait toutes responsabilités, il finirait par craquer lui aussi. Ce qui se passait ce soir était trop gros, trop important pour une seule personne. Hochant sommairement la tête, la cheffe d'entreprise entreprit de faire ce qu'on lui avait demandé et ôta doucement le tesson de verre de la main de son neveu avant de le jeter au loin. Voyant qu'il ne disait rien, elle entreprit d'aider Karl, faisant attention à ne pas se couper elle-même.

Elle avait remarqué le regard que Karl avait posé sur Esteban, et elle se sentit brièvement rassurée d'avoir l'adolescent à leurs côtés. Tant qu'Esteban aurait ce jeune homme pour l'épauler, il lui semblait qu'il pourrait se remettre. Il y avait tellement de tendresse dans ce regard qu'elle aurait pu en être submergée. Dans d'autres circonstances, elle aurait fait une remarque. Mais il s'agissait là d'une circonstance exceptionnelle. Et quelque chose disait à Luisa qu'en temps normal, Karl aurait fait en sorte de ne jamais en laisser paraître autant. Elle connaissait un esprit plus âgé qui fonctionnait sur le même modèle.

Peu à peu, ils parvinrent à enlever les morceaux de verre et de porcelaine les plus évidents. Ceux qui ressortaient, qui étaient à des endroits accessibles. Mais ce n'étaient pas les seuls, malheureusement. Le pauvre enfant donnait l'impression de s'être littéralement roulé dans les débris, et cette façon dont il avait frotté sa joue contre le sol... Pourquoi estimait-il mériter tant de douleur ? Luisa n'arrivait pas à le suivre sur ce point. Était-ce vraiment lié à sa condition et au rejet de sa mère, ou y'avait-il quelque chose de plus ?

Le temps n'était pas ax questionnements. Il fallait agir, pour empêcher une telle scène de se reproduire. Une chose était certaine : Luisa n'allait pas retourner dans son appartement de si tôt.

Sans un mot, elle observa Karl faire venir Esteban à lui, la douceur qu'il utilisait dans ses gestes et dans sa voix, et une fois encore elle s'estima heureuse de l'avoir avec eux. Et d'avoir fait en sorte qu'il soit le dernier humain entièrement fonctionnel parmi eux. Gael y avait certainement pensé, se dit-elle soudain, en faisant en sorte d'être le premier "réservoir" du jeune vampire. Il avait dû estimer que des trois, il était probablement celui qui serait le moins à-même d'épauler Esteban en cas de crise... Ce dont son jeune ami semblait parfaitement capable.

Ami qui lui adressa un regard silencieux, auquel elle répondit en faisant voyager ses yeux sombres sur la salle, puis sur un des innombrables tessons enfoncés dans la peau de son neveu. Il fallait s'occuper de cela d'abord. Ensuite, il faudrait éloigner Esteban de cette salle, et peut-être même lui faire prendre une nouvelle douche. Mais elle n'était pas certaine que celle-ci soit utilisable. Et après ? Après il allait falloir recommencer à se battre pour lui prouver qu'il avait plus que le droit d'exister parmi eux, même comme ça. Surtout dans cet état, selon la mexicaine : personne n'avait plus besoin de ses proches qu'un être déchiré par la vie.

Luisa n'avait pas cillé quand Karl avait enlevé doucement la chemise d'Esteban, le déshabillant avant de l'enlacer dans son étreinte. D'abord, elle ne faisait pas partie de ceux que ce genre de geste affolait, bien que cela fasse d'elle un canard boiteux dans la famille. Ceci étant, l'étudiant n'était peut-être pas au courant. Souhaitant le rassurer sur ce point, elle lui fit un maigre sourire, et l'on pouvait presque voir une étincelle d'amusement mystérieux percer dans son regard. Elle aurait peut-être cherché à voir ce qu'il savait, si la situation n'était pas hautement délicate.

Ensuite, Luisa était une femme d'affaires chevronnée. Et, en tant que telle, elle raisonnait en terme d'efficacité. Ses méthodes n'étaient pas toujours les plus conventionnelles, mais elles fonctionnaient, ce qui était tout ce qu'on leur demandait. Ici, la réaction de Karl n'était peut-être pas la plus appréciable selon certains critères (...dont elle se foutait totalement, au demeurant), mais elle permettait à Esteban de rester calme et de se laisser approcher. C'était par conséquent très efficace, ce qui était tout ce que Luisa demandait pour le moment.

Doucement, elle s'approcha, et prit place dans le dos de son neveu, où il y avait également un certain nombre d'éclats, certainement dus au moment où il avait roulé au sol. Délicatement, elle entreprit d'enlever les morceaux de débris, sans un mot, à la fois dans le dos et dans les cheveux de son neveu. Regardant distraitement le carnage de la pièce, son regard tomba sur le peigne, qu'elle ramassa, avant de le passer dans les cheveux d'Esteban. Petit à petit, le silence relatif de la pièce lui donna une impression de manque, et sa voix s'éleva d'elle-même, douce chansonnette cherchant à alléger légèrement l'atmosphère. Alors qu'elle peignait délicatement les cheveux de son filleul en chantonnant, Luisa ressentait un peu de sa propre anxiété partir. Il était là, il était aussi vivant qu'il pouvait l'être, et il ne s'enfuyait pas en vitesse-vampire ni ne cherchait à nouveau à se faire du mal. Peut-être avaient-ils passé la barrière du pire et le commencement du mieux. En tous cas, elle espérait sincèrement qu'ils ne pourraient pas tomber plus bas.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Lun 24 Oct - 21:16

Luisa et ses mœurs "peu recommandables" avaient fait scandale tant chez les Selva Moreno que chez les Luz-Descalzo. Esteban, qui avait toujours autant que possible suivi les coutumes familiales n'avait pas manqué de s'offusquer comme tous les autres des fameuses libertés que se donnait sa tante. Cela avait immanquablement terminé dans les oreilles d'un Karl rendu particulièrement silencieux par la désapprobation que lui avaient inspiré les tirades véhémentes du jeune héritier. Esteban, qui sans gêne se plaignait ouvertement de la vie sexuelle de sa tante à côté de lui, et semblait oublier qu'il était lui-même d'un de ces bords qu'il méprisait, chose à cause de laquelle ils avaient d'ailleurs failli s'embrouiller définitivement. A l'époque, Karl s'était agacé de voir à quel point Esteban pouvait manquer de tact et être tête en l'air. Ce jour, pourtant, il aurait donné beaucoup pour le voir partir dans l'une de ses séries d'élucubrations aussi légères qu'irréfléchies. Lorsqu'il le regardait, vide de toute énergie sauf de celle de s'égosiller pour sortir de lui l'équivalent de toute la violence et de toute la misère du monde, il lui était difficile de visualiser un avenir lumineux. L'entendraient-il jamais rire à nouveau ? Parler de tout et de rien, faire des associations d'idées absurdes sur ce ton rapide et délicieusement léger qui n'appartenait qu'à lui ? Il était permis d'en douter.

Mais il n'était certainement pas temps d'y penser, si il souhaitait rester capable d'avoir les bons gestes et les bonnes réactions. Ses yeux croisèrent ceux de Luisa, laquelle était en train de lui sourire. Il ne manqua pas de capter la lueur amusée au fond de ses yeux, et comprit immédiatement ce qui la lui valait. La situation l'avait plus ou moins forcé à déshabiller Esteban, et il avait cru bon de l'enlacer d'un bras pour créer une proximité, puisque le jeune homme n'avait pas montré de signe indiquant que le contact physique le dérangeait. Il fit passer son embarras par un regard silencieux : il n'avait trouvé que ça à faire, et il aurait sincèrement préféré éviter d'en arriver là. Si ça se savait, ou bien si Esteban s'en souvenait plus tard et décidait de le lui reprocher, ça finirait par se retourner contre lui. Il avait suffisamment entendu parler de Luisa pour se douter qu'elle ne lui reprocherait pas son geste, mais il espérait qu'elle comprenait l'importance qu'il y aurait à éviter de le crier sur tous les toits, même si ça devait probablement paraître tentant à ses yeux.

Il retourna rapidement à ses précédentes préoccupations, lesquelles consistaient à retirer les morceaux de verre du corps de son ami et à poser sa main sur lui à intervalle régulier, à des endroits chastes, pour lui témoigner sa présence et son soutien affectueux. Il entendit plus qu'il ne vit Luisa bouger et prendre place à côté de lui, où elle l'assista dans son activité. Il fut soulagé qu'elle l'accompagne. Un moment, il avait cru qu'elle n'allait pas tenir le coup et il avait craint de rester seul à devoir gérer le problème. Il avait beau donner l'impression d'être parfaitement maître de lui-même, il savait qu'il ne resterait pas éternellement aussi imperméable à tout. En cas de crise, Karl passait en mode robot. Il était presque entièrement coupé de ses émotions négatives, qui pourtant s'accumulaient en lui, à un endroit qu'il ne pouvait pas voir. Ce n'était que lorsque le calme revenait, que son adrénaline descendait, que le barrage à l'intérieur de lui s'effondrait. Il pouvait alors se sentir extrêmement fatigué, voire étourdi et presque incohérent. Il ne lui était encore jamais arrivé de craquer nerveusement, mais il savait qu'il était possible que cela se passe ce soir. Et il n'était pas certain que le barrage attendrait que l'urgence soit passée. Cette nuit, tout était possible.

Lentement, Karl fit passer le poids d'Esteban de lui-même à Luisa. Il préférait qu'elle continue ce qu'il avait commencé, ce qui lui permettrait de prendre une pause émotionnelle d'une part, et d'envisager la suite de l'autre. Il aurait fallu retirer le pantalon d'Esteban afin de vérifier que rien n'était entré dedans, mais il doutait que le vampire reste aussi calme à cette approche qu'il ne l'avait été pour le vêtement du dessus. Ne restait plus qu'à espérer que le tissu était suffisamment épais pour qu'aucun débris ne soit passé au travers. Il maintint le contact un moment, sans lâcher Esteban des yeux. Luisa avait entreprit de le démêler, ce à quoi il paraissait plutôt bien réagir. Ou plus précisément ne pas réagir du tout, ce qui était dans ces circonstances une bonne nouvelle. Le plus gros des poussières de plâtre qui s'étaient glissées dans sa tignasse partaient en restant coincées dans les dents du peigne. Il en restait encore beaucoup, mais il deviendrait nettement plus facile de les faire partir avec de l'eau. La mexicaine s'était mise à chanter. Les cris que poussait encore l'outre en détresse couvraient sa voix de façon régulière, mais ils finirent par se tasser et par redevenir des sanglots, ce que Karl jugea être une bonne amélioration, compte tenu du fait qu'ils n'étaient cette fois pas accompagnés de quelconques tentatives d'auto-mutilation. Il soupira, se détendit légèrement, puis s'éloigna de quelques pas. Jugeant que sa présence était maintenant devenu facultative, car celle de Luisa l'avait intégralement remplacée, il jaugea le sol en le balayant largement des yeux. Il alla jusqu'à la douche, prit le pommeau, tenta d'ouvrir l'eau. Tout fonctionnait correctement. Satisfait, il commença à pousser du pied les morceaux qui jonchaient le chemin entre les deux Selva Moreno et la cabine, mais constata très vite qu'il n'arriverait à rien de probant sans matériel.

Il fonça vers la porte, s'arrêta devant, posa un regard perçant sur la mexicaine, à laquelle il se savait devoir laisser un fardeau difficile à porter seul. C'était ça, ou bien risquer une blessure problématique pour l'un d'entre eux, potentiellement dramatique pour les deux autres.

"Je reviens aussi vite que possible. Ca va aller. Tout va bien se passer."

Il fallait s'en convaincre et Luisa aurait besoin de s'accrocher à cet espoir, tant qu'elle serait seule avec un Esteban encore loin d'être parfaitement calmé, et encore moins cohérent. Parce qu'il y aurait eu de quoi paniquer. Puis dès qu'il sut qu'il pouvait le faire, il sortit en courant. Il dévala les marches qui le séparaient des cartons de déménagement si vite qu'il se demanda, plus tard, comment il avait réussi à ne pas se vautrer dans les escaliers.

Côté salle de bain, Esteban pleurait moins fort. Son corps était toujours secoué de tremblements, de convulsions, et il sanglotait toujours, mais il était devenu silencieux. La voix douce qui chantait en arrière plan avait fini par percer son crâne et par s'infiltrer dans son paysage intérieur via des volutes de couleur translucides, timides, et pourtant terriblement belles et attirantes. Il se mit à sentir les vibrations agréables de cette voix contre ce qu'il lui restait de la perception de son corps. Elles lui faisaient du bien. La chaleur précédemment inatteignable de sa propriétaire l'engloba. Son besoin de confort, qui avait dangereusement glissé plus tôt, retourna dans sa case attitrée. Léger déclic, progressif, silencieux. Léger hoquet lorsqu'il bascula la tête pour essayer de la plaquer contre cette personne qui le tenait, pas parce que son sang lui donnait soif, mais juste parce qu'il avait l'impression que ces pulsations chantées étaient la seule chose qui existaient encore dans son monde, cassé, dévasté jusque dans ses notions fondamentales qui étaient retournées au néant. C'était la lumière au bout du tunnel, et il s'en approchait aussi fort, aussi volontairement qu'il en était encore capable, désireux de déboucher dans ce monde, tout au bout, où il serait en mesure d'exister sans que cela soit synonyme de souffrir.

Sa main bougea. Il se rendit compte que c'était bien sa main, et c'était étrange, d'en avoir une. D'avoir des membres. Il se rappelait de leur existence et était en mesure de sentir leur extrémité, bien qu'elle lui parurent encore un peu étrangères. Il la posa sur l'épaule de la personne qui le tenait. Son visage tourna, roula contre la peau tendre et bouillante de sa gorge, comme il l'avait fait plus tôt sur le sol recouvert de morceaux coupants. Il gémissait. Il pleurait toujours comme si on avait coupé le son. Il se roulait en boule, et il ne quittait plus ce contact rassurant. C'était le mieux dont il était capable à l'instant présent.

La porte s'ouvrit, laissant passer un Karl alerte et peut-être un peu (trop) hors d'haleine, un balai pliable à la main. Il jeta un coup d'œil au couple dramatique assis au milieu du désastre et ne cacha pas son soulagement : ça commençait à redevenir gérable. Sans vraiment prendre le temps de respirer, il se mit à balayer le sol de sorte à pousser tous les morceaux coupants hors du chemin. Ainsi, ils pourraient continuer ce qu'ils avaient commencé sans prendre de risque inutile. Ses gestes devenaient peut-être moins précis, moins patients qu'en temps normal. Dès qu'il eut terminé, il prit place sur le seul tabouret de la pièce sans chercher à savoir si ce qui était dessus était repassé ou non. Un léger vertige le menaçait, et il comprit que son essoufflement ne tenait pas uniquement à la course qu'il venait de faire.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mar 25 Oct - 13:05

Luisa n'était pas du genre à avoir sa langue dans sa poche, c'était vrai. Elle adorait asticoter ceux qui lui faisaient face et les mettre dans des situations particulièrement désagréables pour qu'ils fassent face à leurs défauts et leur façon biaisée et/ou inappropriée de voir les choses. Mais elle n'était pas pour autant totalement ingrate. Elle savait aussi quand il valait mieux se taire, et s'abstenir de dire quoi que ce soit. C'était ainsi que, par exemple, bien que sa famille se plaigne régulièrement de ses "fréquentations", comme ils les appelaient, ils n'avaient aucun moyen de prouver ce qu'il se passait réellement : Toutes les informations qu'ils avaient étaient celles que Luisa voulait bien leur donner (pour les faire rager, la plupart du temps), mais elle restait dans l'ensemble particulièrement discrète.

Pour cette raison, Karl n'avait pas grand chose à craindre d'elle. La mexicaine n'avait pas l'intention de répéter ce moment à quiconque, tout simplement parce qu'elle approuvait le comportement de l'étudiant. Elle comprenait ce qu'il avait pu ressentir, et le regard qu'elle lui adressait montrait bien qu'il n'avait aucune envie de profiter de la situation. Le sourire qu'elle lui adressait s'adoucit un peu, et elle hocha légèrement la tête, pour lui signifier qu'elle ne dirait rien de plus. Elle n'était pas ingrate, malgré ce qu'on pouvait penser d'elle. Enfin... pas toujours.

Le moment n'était pas propice à ce genre de discussions, cependant. Esteban était toujours en train d'alterner entre hurlements et sanglots bruyants, et son corps était encore recouvert de morceaux du miroir et du lavabo qu'il avait brisés en même temps que le peu d'esprit qu'il lui restait. Une fois que Karl eut réussi à amener le jeune vampire à lui, Luisa s'approcha pour l'aider. Elle sentit plus qu'elle ne vit le soulagement de l'étudiant, ce qui raffermit un peu plus sa résolution. Elle était venue ici pour aider son neveu, non pas pour laisser son meilleur ami tout faire pour elle. Evidemment, le poids de Karl dans cette soirée était non négligeable, mais il restait un jeune adulte... avec un caractère et des nerfs hors-normes, sans aucun doute, mais qui n'avait pas subir autant. Tout comme Esteban lui-même n'aurait pas dû subir autant, et une nouvelle raison pour laquelle il lui fallait tout le soutien possible.

Peu à peu, Luisa sentait qu'Esteban s'appuyait de plus en plus sur elle que sur son ami. Elle comprit rapidement qui était à l'oeuvre, comme son neveu paraissait incapable du moindre mouvement seul. Son regard chercha celui de Karl, qui restait fixé sur Esteban. Il semblait savoir exactement ce qu'il faisait, et la mexicaine décida de lui faire confiance. Ce n'était pas quelque chose qu'elle faisait facilement, mais pour ce qui était d'Esteban, Karl semblait vraiment le mieux placé pour prendre soin de lui en cet instant. Ce qui était inquiétant, quand on y réfléchissait, mais le jeune homme avait caché tant de choses à sa famille qu'il paraissait logique que son meilleur ami soit celui qui ait appris à le connaître le mieux.

Doucement, Luisa avait commencé à démêler les cheveux de son neveu pour y ôter le plus gros du plâtre. Ne ressentant aucune réaction, elle s'était sentie un peu mieux et avait commencé à chantonner, afin de manifester sa présence autrement que par les gestes. C'était aussi un moyen pour elle de se relaxer, et elle espérait que ce soit le cas pour son filleul aussi. Peu à peu, les hurlements du jeune vampire se calmèrent pour redevenir des sanglots, ce qui eut le mérite de rassurer la tante comme l'étudiant. Les pleurs, c'était quelque chose qu'elle connaissait. Elle n'avait pas l'habitude de s'en charger (c'était une tâche qui incombait généralement à sa sœur), mais elle avait bien plus l'habitude d'en être témoin que cette violence qu'elle n'aurait jamais imaginé de la part de son neveu.

Le départ de Karl de leur petit nid fit définitivement réaliser à Luisa qu'elle était à présent celle qui soutenait Esteban. Tendrement, elle passa un bras autour de l'épaule de son filleul, maintenant qu'elle avait fini de lui démêler les cheveux. Elle n'avait cependant pas cessé de chanter, redoutant quelque part que le silence remette Esteban dans un ensemble d'émotions négatives qui pourraient relancer une période sombre dans l'esprit de son neveu. Cependant, quand l'étudiant s'avança en direction de la porte, la mexicaine sentit une montée d'adrénaline. Elle n'était pas certaine de pouvoir calmer efficacement le jeune vampire. Elle ne se souvenait que trop bien des rejets successifs qu'elle avait essuyé jusqu'à passer cette porte.

Son regard se planta donc dans celui du jeune adulte, et elle hocha doucement la tête, comme tentant de se convaincre elle-même que tout allait bien se passer. La partie rationnelle de son esprit parvint cependant à prendre le dessus : Esteban n'avait pas bougé depuis tout à l'heure, et quand on regardait l'état de la salle de bains, on pouvait sans craindre de trop se tromper qu'il avait dû tout donner quand il avait arraché le lavabo. Inutile de se mettre les nerfs encore plus en pelote... normalement.

Chantonnant toujours, Luisa avait baissé les yeux sur son neveu, qu'elle observait avec une douceur rare. Ses yeux s'agrandirent quand elle le sentit se frotter contre elle, à la manière d'un chaton, et un léger sourire pris place sur son visage. Inconsciemment, elle resserra son étreinte. Quelque chose avait changé. Il redevenait l'Esteban qu'elle connaissait, l'être doux et affectueux qu'elle s'amusait parfois à moquer mais qu'elle trouvait toujours aussi attendrissant, sans l'avouer à quiconque. Dans ces moments de solitude, quand ils n'étaient que tous les deux et que son neveu n'était pas au meilleur de sa forme (ce qui ici était un euphémisme), Luisa développait facilement cette douceur et cette tendresse qu'on attribuait normalement à sa sœur.

Elle sourit en sentant la main d'Esteban se poser sur son épaule. Un soupir de soulagement passa ses lèvres. Il réagissait, non plus en cessant de pleurer, mais en bougeant à son tour. Et il venait vers elle. C'était bon signe, c'était forcément bon signe, non ? Caressante, Luisa passa une main dans les cheveux rendus gris à cause de plâtre, murmurant une douce litanie à destination de l'oreille de son neveu.

"Ça va aller, Tebi. Je suis là. Tout va bien se passer. Toujours là, c'est promis."

Des murmures en espagnol qui perdaient parfois de leur sens au profit de la tendresse simple qu'ils véhiculaient. Luisa n'avait qu'une envie, c'était que son neveu la regarde à nouveau avec cet air profondément choqué qu'il n'abordait que lorsqu'elle lui faisait part des nuits qu'elle avait passé ou de ce qu'elle pensait de tel ou tel "voyou", quand elle lui cherchait des noises pour s'amuser. Il finissait toujours par lever les bras au ciel et s'éloigner en disant qu'elle était impossible, pendant qu'elle riait aux éclats. Ces discussions avec son filleul lui manquaient... Horriblement. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux et resserra encore un peu plus son étreinte en se remettant à chanter.

La mexicaine leva les yeux sur Karl quand il passa à nouveau la porte et nota rapidement le balai dans sa main. Elle décida de le laisser faire, reportant son attention sur Esteban, qu'elle avait commencé à bercer dans un très léger mouvement d'avant en arrière. Quelques dizaines de secondes plus tard, elle entendit un bruit sourd et tourna la tête vers Karl, qui venait de s'asseoir sur le tabouret présent dans la pièce et ne semblait pas au mieux de sa forme. Ses yeux sombres formèrent une question muette, emplie d'inquiétude. Est-ce que ça allait ? Elle évita cependant de la formuler à haute voix, ne voulant pas qu'une discussion négative ait un impact quelconque sur Esteban.

Elle attendit néanmoins d'avoir une réponse de la part de l'étudiant et la confirmation que cela allait à peu près pour se concentrer de nouveau sur son neveu, à qui elle parla doucement à l'oreille, en espagnol car elle pensait que ce serait plus efficace pour l'atteindre.

"Tebi ? Tu viens avec moi, on va s'occuper de tes cheveux, d'accord ?"

Tout doucement, sans jamais desserrer son étreinte au niveau des épaules de son neveu, elle chercha à le lever suffisamment pour qu'ils puissent se rendre dans la cabine de douche. Elle serait peut-être amenée à prendre une douche toute habillée, mais elle ne s'en souciait pas le moins du monde. Elle n'avait aucune intention de le laisser seule, ni même de se détacher de lui tant qu'il ne lui en ferait pas la demande explicite. Et puis, ce n'était pas comme si elle n'avait que quelques étages à descendre pour se procurer des vêtements de rechange.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mar 25 Oct - 15:12

Un accord muet passa entre les deux sauveteurs de fortune, ce qui rassura Karl quant aux conséquences de son geste innocent, et pourtant potentiellement scandaleux selon les critères de la famille d'Esteban. Luisa ne dirait rien. Ne restait plus qu'à espérer que le vampire serait tout aussi coopératif. Karl ne se faisait que peu d'inquiétudes à son sujet : étant donné l'état d'esprit dans lequel il avait sombré depuis sa transformation, ce type de geste, qui l'aurait immédiatement fait hurler avant, devait lui passer un peu au dessus. Le visage de l'étudiant se ferma. Il continua d'observer Luisa en silence le temps d'un battement, afin de lui signifier qu'il avait compris. Puis il revint à son principal sujet de préoccupation, soit Esteban qui était loin d'être revenu à lui-même. Depuis quand était-il sujet à ce type de crises ? C'était probablement en se mettant dans ce genre d'états qu'il devait avoir recouvert le mur de sa "chambre" de stries ensanglantées. Il était inquiétant de voir avec quelle facilité il pouvait glisser dans la folie. Esteban avait toujours eu une santé mentale fragile, les expériences traumatisantes qu'il avait vécu depuis l'enfance n'ayant probablement pas aidé à faire de lui un être stable. Mais de ce que Karl voyait, il était en train de sombrer dans quelque chose de bien pire que les troubles anxieux avec lesquels il leur avait fallu composer jusqu'à présent. Cette dernière épreuve était en train d'avoir raison de lui.

Il parvint lentement mais sûrement à déléguer le soutien du vampire à sa tante afin de se libérer de cette charge et de pouvoir envisager la suite. Au bout d'un temps interminable, car chaque seconde de cet enfer semblait durer une éternité, il put se mettre debout et chercher à nettoyer le sol. Mais il n'avait pas les moyens de réaliser ses objectifs, et il fut obligé de quitter la salle de bain. Sans surprise, il lut dans le regard de Luisa qu'elle n'aimait pas beaucoup le voir partir dans ces circonstances, et lui non plus n'appréciait que très peu cette issue. Il sut qu'il devait faire son possible pour l'aider à garder son sang-froid, ce pourquoi il fit en sorte de prendre un ton rassurant, et d'affirmer tout haut ce qu'ils étaient tous en train d'espérer tout bas : tout allait bien se passer. Il le fallait. Rationnellement, on pouvait se rendre compte que le pire était certainement passé. Esteban ne luttait pas, ou bien alors juste contre lui-même. Son accès de violence était terminé. Il donnait l'impression de se calmer, même si c'était tout doucement. L'aller-retour de Karl n'aurait probablement aucune conséquence fâcheuse. Luisa était capable de gérer cette situation, même si elle semblait en douter.

Comment ne pas douter de soi face à un tel cataclysme ? Karl n'avait pas été entièrement confiant non plus lorsqu'il s'était approché pour obliger Esteban à cesser de se rouler par terre. Cependant ils n'avaient pas le luxe de se permettre l'inaction liée à l'incertitude. Il avait été plus urgent d'agir que d'être sûr de le faire bien. Il fallait continuer sur ce modèle. Ils n'avaient pas le choix. Il était persuadé qu'ils étaient tout aussi lucide l'un que l'autre à ce sujet. Quand elle lui donna l'autorisation silencieuse de partir, il ne perdit pas de temps : il fonça comme une flèche, au risque de perdre l'équilibre et de finir à son tour accidenté.

Luisa passa ses doigts dans les cheveux d'Esteban, qui était redevenu suffisamment conscient de lui-même pour réagir au geste. Il frissonna. Ses yeux pâteux s'ouvrirent après quelques tentatives infructueuses. Il lui fallut du temps avant de se souvenir comment faire pour ne pas loucher. Il essayait de superposer les images floues qu'il entrevoyait malgré les cheveux qui lui couvraient le visage. Deux Luisa qui le regardaient avec une attention si concentrée qu'il aurait probablement été intimidé, si il avait encore été capable de ressentir la moindre émotion, ou plus précisément de se rendre compte qu'il le faisait.

Elle lui parla mais il était encore incapable de comprendre la signification des mots. Néanmoins ce n'était pas grave. Leur ton rassurant l'atteignait. Leur vibration, contre lui, faisaient passer dans son corps une onde chaude et réconfortante. La bouche entrouverte sur ses crocs, l'expression à la fois souffrante et absente, il voyait sa tante sans la voir. Sans vraiment se rappeler de qui elle était. Sans vraiment se soucier de qui il était lui-même non plus. Son identité n'avait pas encore terminé de réunir ses pièces. Tandis qu'elle y travaillait, son corps commença à frémir doucement. Un tremblement continu se mit à le secouer, doux mais régulier. On aurait dit qu'il était transi de froid, ce qui n'était évidemment pas possible. C'était juste ses nerfs, qui finissaient de décharger ce qu'ils avaient emmagasiné. On le serrait plus fort et de nouveau, le chant. Il ferma les yeux et se laissa emporter par la vague étrange. Il se sentait comme ivre, ce qui était d'autant plus étrange qu'il ne l'avait été qu'une fois dans sa vie. Les secousses ne baissaient ni en fréquence ni en intensité.

Karl revint et nettoya le sol. Puis ses propres nerfs commencèrent à monter des signes de faiblesse et il fut obligé d'aller s'asseoir. Il souffla et fit en sorte de respirer convenablement. Il devait probablement avoir oublié de le faire au cours des dernières minutes, ce qui avait largement réduit son endurance naturelle. Il croisa le regard inquiet de Luisa. Il hocha la tête pour lui indiquer, aussi direct et efficace qu'il en avait l'habitude, que ça irait. Il n'était pas encore au bout du rouleau. Il fallait juste qu'il se pose quelques minutes et donne le temps à son corps de se remettre des émotions qui l'avaient traversé, ainsi que des pics d'activités qu'il lui avait fait subir. Il pourrait tenir encore un peu, à condition qu'il se ménage lorsque son organisme lui lançait ce type de signaux d'avertissement. Il en montrait le moins possible, car ce n'était pas de lui qu'il fallait s'occuper et qu'il était à peu près certain de pouvoir assumer seul cette fatigue nerveuse agaçante. Pour l'instant, Esteban restait leur priorité.

Une fois de plus, on s'adressa à lui mais il ne comprenait toujours pas. Il sentit qu'on essayait de le faire bouger. De l'amener à se dresser sur ses jambes afin d'avancer quelque part. Il grimaça et émit un gémissement désincarné. Ce n'était pas qu'il lui était difficile de bouger à proprement parler : son corps était étonnamment agile et efficace, au contraire. Mais il peinait à se souvenir de ce qu'il fallait faire pour réaliser le lien entre son enveloppe charnelle et son esprit. Comment réaliser les gestes ? Comment appeler ses muscles à l'action ? Le souvenir lui revenait lentement, à force de gestes maladroits et imprécis. Aussitôt qu'on le lâcherait, il retomberait probablement lourdement sur le sol. Il était encore loin d'avoir retrouvé le chemin de la réalité.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mer 26 Oct - 15:55

Karl sembla aussitôt rassuré par son geste, ce qui en disait plus long sur ce qu'Esteban avait dû raconter à son propos qu'autre chose. Paraissait-elle vraiment si horrible que cela aux yeux de son neveu ? Oh... il fallait avouer qu'elle loupait rarement l'occasion de se moquer, mais tout de même, il lui semblait que quand cela touchait des sujets personnels elle savait faire preuve de tact... Bien que, concernant son filleul, il était vrai qu'elle voulait lui faire réaliser tellement de choses qu'elle lui faisait très rarement de cadeaux. Peut-être paraissait-elle trop dure, en effet... Mais ce n'était pas maintenant qu'elle devait réfléchir là-dessus. Pour le moment, Esteban était le seul qui importait. Elle se pencherait sur son propre comportement plus tard.

Peu à peu, Luisa échut de la place de soutien du jeune vampire. Elle le sentait s'appuyer contre elle et développait une nouvelle douceur à l'égard du jeune homme qui paraissait se calmer peu à peu. Karl prit l'occasion qui se présentait d'oeuvrer pour la suite, et donc de faire un aller-retour rapide pour trouver de quoi nettoyer le sol. L'idée de rester seule avec Esteban, même pendant un temps limité, laissa Luisa un peu affolée, ce qui n'aurait jamais été le cas auparavant. Mais comment rester totalement calme après ce qu'il venait de se passer ? Néanmoins, son côté rationnel reprit rapidement le dessus : le pire était passé. Il fallait se concentrer là-dessus et prendre les décisions qui s'imposaient pour continuer à avancer. Une fois cette discussion avec elle-même terminée, Luisa hocha la tête et laissa Karl s'éclipser pour se concentrer sur Esteban qui se roulait en boule entre ses bras.

Enfin, il eut une réaction. Elle sourit tendrement en l'observant, sa main jouant toujours dans ses cheveux. Apparemment, il n'était pas encore capable de la regarder directement, et ses yeux ne semblaient pas aller exactement dans la même direction. Elle lui rappelait ses jeunes années, quand il se réveillait d'une longue nuit et qu'il avait du mal à émerger. Elle avait souvent vu Olivia poser sur lui un regard aussi tendre que celui qu'elle avait pour lui en cet instant. Si elle avait eu le temps de se faire une telle réflexion, elle se serait dit qu'elle devenait de plus en plus comme sa soeur et cela l'aurait horrifié. Mais ce n'était toujours pas le moment de se plonger dans ce type de réflexion. L'important était de continuer de chanter, de parler, pour essayer de l'atteindre et le reconnecter à la réalité. Et en le sentant frémir contre elle, elle avait l'impression de parvenir à la réalisation de cet objectif. Cependant, quand les frissons se transformèrent en tremblements, elle le serra un peu plus fort, comme pour tenter de lutter contre. Elle avait la sensation que ces tremblements étaient comme les parcelles de sa sanité d'esprit qui se désagrégeait et voulait s'envoler à tout va. En le serrant plus fort, elle pouvait aider à recoller les morceaux. À lui rendre ce qui lui appartenait.

L'atmosphère dans la salle de bains était devenue un peu moins dévastée quand Karl fit son grand retour, s'attelant aussitôt au ménage après s'être rapidement assuré que tout allait aussi bien que possible. Serrant toujours Esteban contre elle, Luisa lui jeta un regard inquiet quand il se posa enfin, paraissant fatigué. Elle ne fut pas étonnée de le voir simplement hocher la tête, minimisant clairement ce qu'il ressentait. Léger sourire aux lèvres, la cheffe d'entreprise haussa un sourcil en hochant également la tête, mais de gauche à droite, comme pour lui signifier qu'elle ne croyait pas un mot de ce qu'il disait (...ou ne disait pas, en réalité). Elle se doutait que l'étudiant devait être bien plus à cran que cela mais préférait ne rien en montrer : elle connaissait un modèle vingt-cinq ans plus vieux qui agissait exactement de la même façon et ce en toutes circonstances. Une fois encore, elle ne fut pas étonnée de la ressemblance qu'elle constatait entre le meilleur ami de son neveu et celui de sa soeur : ces deux paires là se ressemblaient trop pour leurs propres biens à tous.

Luisa n'insista pas plus, pour la simple et bonne raison que leur préoccupation du moment devait rester Esteban. D'ailleurs, elle estima qu'il était temps d'essayer de bouger, et de lui faire prendre une nouvelle douche, puisqu'il avait démontré l'inutilité de la précédente avec force. La mexicaine proposa donc à son filleul de se diriger doucement vers la douche, sans couper le contact. Esteban la suivit, paraissant pendant un instant incapable de tenir seul sur ses jambes. Elle pouvait sentir le poids qu'il mettait sur elle, et leurs dix centimètres de différence (qui n'avaient jamais été en question tant Esteban semblait craindre sa tante, en fin de compte) prenaient pour la première fois tout leur sens. Sur cette petite distance, Luisa n'aurait pas de mal à le tenir à deux bras. Mais si elle devait en ôter un...

"Karl, pourrais-tu t'occuper de l'eau, s'il te plaît ? Je n'arriverai pas à faire les deux."

Et, pour la fatigue du jeune homme, il était certainement mieux qu'il ait un pommeau de douche dans les mains qu'un vampire amorphe dans les bras.

Resserrant une nouvelle fois sa prise autour des épaules d'Esteban, elle descendit son autre main au niveau de la taille du jeune homme, à la ceinture, pour le supporter une fois la position debout atteinte. Ils firent quelques pas et Luisa sentit quelque chose sous la plante de son pied, ce qui l'étonna quelque peu puisque Karl avait passé le balai quelques minutes auparavant. Elle baissa les yeux et tomba sur un bijou qu'elle reconnut rapidement comme étant la croix qu'Olivia avait offert à son fils. Bijou qu'elle savait être en argent. Et même si elle pensait qu'Esteban ne devait pas pousser le blasphème au point d'user d'un cadeau de sa mère, plus encore celui-ci, comme d'une arme, elle ne voulait rien risquer. Le plus discrètement possible, elle poussa le bijou du bout du pied pour l'éloigner de leur chemin et continuer leur route vers la douche. Tout en esquissant son geste, Luisa continuait de parler à son neveu afin de le garder avec eux mais aussi pour que sa voix couvre le bruit du bijou bougeant sur le sol.

"On va enlever toute cette poussière, d'accord ? Bon, il faudra sûrement que tu changes de pantalon aussi après, mais ce n'est pas grave, n'est-ce pas ? Je suis certaine que tu en as des tas de ce styliste..."

Ils finirent par arriver dans la douche. D'instinct, Luisa prit appui sur la paroi, sentant que ses bras pourraient lâcher assez rapidement. Il ne manquerait plus que cela, qu'elle le laisse tomber au dernier moment. C'était hors de question, même involontairement.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mer 26 Oct - 15:58

Karl fronça légèrement les sourcils face à la réaction d'une Luisa qui n'avait pas l'air ne serait-ce qu'un peu persuadée de ce qu'il venait de lui assurer, soit du fait qu'il était encore capable de tenir le coup. Pourquoi lui posait-elle la question si elle pensait connaître la réponse ? Il était mieux placé qu'elle pour savoir si oui ou non il avait atteint ses limites. Il était vrai qu'elles n'étaient plus très loin, mais il restait une marge non négligeable qui l'en séparait. Si il se reposait maintenant, il serait à nouveau capable d'agir dans les prochaines minutes. Il n'avait pas donné son sang, il n'était pas anémié. Si quelqu'un risquait le malaise ici, ce n'était certainement pas lui.

Mais la mexicaine n'insistant pas, l'étudiant ne le fit pas non plus. Il se contenta de mettre son plan à exécution, lequel consistait à respirer amplement, à se détendre, et à regarder la situation évoluer indépendamment de lui. Il fixait Esteban sans détourner le regard. Ce qu'il capta de l'avancée difficile qui suivit, entre le lavabo et la douche, lui laissa une impression mitigée. Le vampire paraissait beaucoup plus calme, mais aussi complètement absent de lui-même. Il se laissait traîner plus qu'il n'avançait. Il tremblait comme une feuille, signe que ses nerfs n'avaient pas fini de faire des leurs. Qu'était-il en train d'arriver à l'intérieur de sa tête ? C'était difficile à dire. C'était comme si Esteban était juste devenu complètement disfonctionnel. Comme si plus aucun circuit n'opérait correctement.

Luisa lui demanda son aide, ce dont il lui fut gré. Il n'aurait pas apprécié qu'elle se mette en difficulté sous prétexte de le ménager, juste parce qu'il avait fait preuve d'un bref instant de faiblesse. Il ne l'aurait de toute façon pas laissée faire, mais il était satisfait qu'elle prenne cette initiative. Il se leva prestement et constata que sa respiration était déjà redevenue nettement plus fluide. Il prit le pommeau et se mit à régler la température, nan sans regarder le manège qui se jouait à côté de lui d'un œil perplexe. La douche était grande, certes, mais ils auraient tout de même du mal à se mettre à deux dans l'ouverture de la cabine. Quant à la manière dont elle était dorénavant en train de tenir Esteban... Non. C'était trop compliqué. Ils n'avaient pas l'énergie de s'adonner à ce numéro de contorsionniste. Puis connaissant la maladresse naturelle du vampire, si il reprenait conscience à un moment quelconque, il risquait de les faire glisser, tomber, et se blesser.

"... Attendez."

Il coinça le pommeau de douche dans son crochet de sorte à récupérer ses mains. Du coin de l'œil il vit que Luisa poussait quelque chose avec son pied. Il tourna la tête mais ne vit qu'un éclat argenté passer dans le coin de sa vision. Intrigué, il nota l'événement quelque part dans sa tête mais décida d'attendre un meilleur moment pour essayer de comprendre de quoi il s'était agi exactement. Il se baissa pour tenir Esteban au niveau de la taille. Là, il incita Luisa à le lâcher et il l'accompagna jusqu'au sol, où il serait nettement plus confortable. Enfin il leva la tête en direction de la tante d'Esteban :

"Je vais sortir, ça devrait être plus pratique comme ça."

Et joignant le geste à la parole, après avoir vérifié qu'Esteban vivait bien l'évolution de la situation, ce qui avait l'air d'être le cas étant donné que son état n'évoluait ni dans un sens ni dans un autre, Karl se leva, récupéra le pommeau de douche et le tendit à Luisa quand elle fut positionnée correctement pour l'utiliser. Il sortit, et resta accroupi en retrait, à une distance suffisamment courte pour qu'il soit prêt à accourir à l'aide au besoin.

Pour Esteban, le monde n'était plus qu'un amas de sensations sans signification. Certaines étaient agréables et il s'y raccrochait. Les autres étaient essentiellement neutres. Il était anesthésié. Incapable de ressentir ce désagrément devenu omniprésent, et qui formait la trame de fond de son existence. Il y eut des propos. Des mouvements incompréhensibles. Le froid humide et glissant d'un nouveau sol contre lequel on le posait. Le bruit de l'eau... L'eau sur sa tête. Chaude, si chaude... Elle l'englobait. Voilà qu'il était dans une bulle agréable pleine de ce bruit assourdissant qui chuchotait dans ses oreilles sans discontinuité. Il prit une ample respiration, fraiche, par rapport au flux bouillant. Les sensations si puissantes lui donnèrent l'impression de plonger un peu plus dans la réalité. Il sentait la douleur de ses genoux et de ses avant bras contre la céramique. Un hoquet lui échappa.

"... Où... Qu'est-ce.. J... ah..."

Des questions tournaient dans le vide. Mais elles tournaient, et c'était une évolution non négligeable. Il cligna des yeux, aveuglé par l'eau. Des traits noirs partaient avec ses lourds clapotement. Il leva une main tremblante, entre les doigts de laquelle l'équivalent d'une longue mèche de cheveux noirs s'était emmêlée. Comment était-ce arrivé ? A quel moment lui avait-on coupé des cheveux ?
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mer 26 Oct - 21:14

L'espace d'un bref instant, les yeux sombres de la mexicaine pétillèrent d'amusement, et d'une douceur bien cachée. Le comportement du jeune homme était en tous points semblable à celui du garde du corps de sa sœur, ce qui vu de l'extérieur était hilarant. Ils avaient certainement remarqué d'eux-mêmes le point auquel ils se ressemblaient, sinon ils ne se côtoieraient pas aussi souvent, mais les voir avec des réactions similaires alors qu'ils n'étaient pas dans la même pièce était assez drôle. Il faudrait qu'elle pense à leur faire à tous les deux une réflexion à ce sujet, quand la tempête serait calmée.

En attendant, il était plus important de s'occuper d'Esteban, et plus précisément de l'amener à prendre une seconde douche, vu qu'il avait ruiné l'effet de la première. Le trajet, bien que court, s'annonçait laborieux, et Luisa crut qu'ils n'allaient jamais y arriver. Entre temps, elle demanda l'aide de Karl, espérant qu'il avait assez récupéré pour lui prêter assistance sur ce coup-là. Car si elle pensait pouvoir réussir à traîner son neveu jusqu'à la douche, parvenir à le tenir tout en actionnant la machinerie pouvait s'avérer complexe. Pendant que le jeune homme s'exécutait, son pied ripa sur un objet qui manqua de lui faire perdre son équilibre. Elle se rattrapa immédiatement, de sorte que le mouvement fut imperceptible, mais ses yeux tombèrent sur la cause de sa presque chute. Elle aurait laissé échappé un rire jaune si elle n'avait pas été aussi préoccupée par l'état de son filleul. La Religion qui manque de la faire s'étaler par terre. Ça n'aurait pas été la première fois.

Cette croix n'était cependant pas n'importe laquelle, et Luisa le savait parfaitement : Olivia en possédait une similaire (qu'elle ne quittait pas et tripotait tout le temps ces derniers temps). La mère avait offert le bijou en argent à son fils des années auparavant, ce qui expliquait potentiellement pourquoi le néo-vamp avait rechigné à s'en séparer. La mexicaine n'était pas vraiment ravie qu'il ait à disposition un outil en argent, surtout juste après une crise de violence qui avait dépassé tout ce qu'elle avait pu imaginer concernant Esteban. Elle doutait fortement qu'il pousse le vice à ce point, mais préférait ne pas le tenter, ce pourquoi elle avait éloigné l'objet du bout du pied alors que Karl lui disait d'attendre et s'approchait après avoir accroché le pommeau de douche à sa place.

Luisa n'était pas convaincue par l'idée de défaire son étreinte autour d'Esteban, maintenant que le jeune adulte s'était enfin réhabitué au contact, mais l'emprise de Karl était ferme, même s'il ne passait pas par les mots. Il avait toujours eu la bonne attitude jusqu'à présent, la cheffe d'entreprise serait mal avisée de ne pas lui faire confiance une fois de plus. Elle le laissa donc faire, suivant leur descente au cas où quelque chose arriverait, mais rien ne se passa. Elle se releva une seconde ou deux avant que Karl ne lui adresse la parole, réalisant au passage qu'elle avait peut-être été un peu rapide : quand on était anémiée, même "peu", mieux valait prendre son temps pour passer d'une position à une autre... N'en montrant cependant rien, elle hocha la tête aux paroles de l'étudiant et attendit quelques secondes de plus avant de prendre le pommeau de douche pour l'approcher de son neveu.

Neveu qui commençait à reprendre contact avec la réalité, apparemment, si on en croyait les respirations qui profonde qu'il venait de prendre. Luisa se sentit expirer de soulagement en réponse. Il avait une nouvelle réaction, qu'il avait initié de lui-même. C'était un très gros progrès, non ?

S'accroupissant à côté de son filleul, elle lui passa un peu d'eau dans le dos et sur les cheveux avant de lui poser une main sur l'épaule.

"Tebi, tu ne voudrais pas t'accroupir ? Ce serait plus simple pour éviter de te mettre des cheveux et de l'eau dans les yeux..."

Ceci dit, ce n'était pas très important pour le moment. C'était surtout lorsqu'il faudrait ôter le shampoing que cela deviendrait problématique.

La réponse d'Esteban fut plutôt étonnante, puisqu'il montra une main dans laquelle se trouvait une longue mèche de cheveux qui lui appartenaient. La bouche de Luisa s'ouvrit dans un "o" d'étonnement avant de se tourner en un sourire amusé. Sa main libre alla vers celle de son neveu qui tenait la mèche, et elle prit les cheveux dans sa main, délicatement, avant de les montrer à Karl avec un sourire qui ne cachait rien de son amusement, cette fois.

"Je crois qu'il va falloir appeler un coiffeur..."

Sans réaction de plus de la part de son neveu, elle poserait le pommeau de douche afin de prendre son shampoing (qu'elle connaissait, oui) et commencer à lui appliquer sur les cheveux en lui massant délicatement le crâne. Elle n'était pas coiffeuse de profession, mais il lui était arrivé de s'adonner à ce genre de gestes affectueux... dans des circonstances totalement différentes, évidemment.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mer 26 Oct - 22:32

Esteban avait renoncé à l'idée de chercher à comprendre pourquoi il était dans la douche, encore à moitié habillé, avec les cheveux pleins d'une substance poudreuse blanche qu'il savait être du plâtre sans se souvenir d'où lui venait cette connaissance. Il aurait apprécié de comprendre pourquoi une longue mèche de ses cheveux, plutôt épaisse, avait été coupée. Il aurait apprécié de comprendre beaucoup de choses, mais il se rendait compte qu'il avait eu une absence de plusieurs longues minutes et qu'il ne servirait à rien qu'il essaie de se rappeler, aussi angoissant que cela put lui paraître. Il commençait à avoir l'habitude de perdre le contrôle et de ne plus se sentir maître de son corps. C'était moins perturbant que dans les premiers temps où ça lui était arrivé.

Dans ses souvenirs immédiats, il n'y avait que des perceptions floues, et des émotions terrifiantes qu'il préférait laisser à leur place dans l'oubli, car les évoquer serait appeler un nouveau cataclysme. Malgré la douleur de fond qui traversait tout son corps et le glaçait jusqu'à l'âme, il se sentait calme, vidé. La douche lui apportait du confort bien qu'il détestât sentir l'eau mouiller les genoux et les mollets de son pantalon. Il était devenu apte à profiter de ce bonheur simple, même si il savait qu'il ne durerait pas. Que ce n'était qu'une pause ridicule, et qu'il retomberait dans l'abysse bien assez tôt. Un abysse lisse, vide de péripéties, duquel la tempête affreuse avait fini par être chassée, mais un abysse quand même.

C'était Luisa, derrière lui, en train de lui mouiller le dos et les cheveux. Sa voix avait cessé de n'être qu'un vrombissement agréable. Elle était désormais plus proche de lui. Il en comprenait le sens. Il n'était pourtant pas prêt à quitter sa position à genoux. Il aurait fallu qu'il recule et sorte les jambes de la douche, histoire d'éviter de complétement détremper son pantalon. Il n'avait pas encore suffisamment confiance en ses gestes pour tenter une chose pareille. A défaut, il avait donc levé une main pour découvrir les pertes humaines inhérentes à sa crise : sa coupe de cheveux n'y avait pas survécu, ainsi que le laissait entendre Luisa de façon détournée. Vu l'épaisseur de ce qui avait été coupé, il n'y avait presque aucune chance pour que cela passe inaperçu. Il allait donc falloir égaliser. Il espérait vaguement qu'il n'y aurait pas à couper ses cheveux trop courts. Il s'était habitué à les porter longs et n'aurait pas apprécié qu'on le force à s'en séparer. Il craignait de mal vivre cette aliénation supplémentaire.

Mais là n'était pas son principal sujet de préoccupations. Il leva vaguement la tête pour essayer de croiser le regard de Luisa, l'air aussi contrarié qu'il pouvait l'être en ayant les traits encore ramollis par sa récente perte de repères.

"Personne... Ne doit savoir où... Ca ne doit pas se savoir... Où j'habite."

Faire des phrases entières et cohérentes lui paraissait encore un peu compliqué, mais il comptait sur sa tante pour avoir compris là où il voulait en venir. Si il se cachait, ce n'était pas que par caprice, ni juste pour empêcher ses proches de le recontacter, même si cette dernière raison avait énormément joué sur sa décision. Il se savait en danger. Le TPH et la plus grande partie de sa famille - qui ne formaient qu'un dans une certaine mesure - avaient de très bonnes raisons de le vouloir mort. Il aurait été exagéré de dire qu'il risquait sa vie dès qu'il sortait dehors, mais si son lieu de résidence était rendu public, Dieu savait ce que Darian et Juan seraient alors capables de faire...

Enfin non. Pas Dieu. Il s'était juré de ne plus conjurer son nom, de ne plus faire semblant d'agir selon ses préceptes alors qu'il avait été banni de sa lumière. Il se mordit la lèvre, ferma les yeux. Il commençait à se souvenir de ce qui lui avait traversé la tête peu avant qu'il perde le fil de son existence.

Karl qui était sorti de la douche et avait donc retrouvé sa liberté de mouvement n'était pas retourné s'asseoir. Il avait d'abord voulu mettre au clair cette histoire d'ombre argentée qu'il avait vue fuser plus tôt. Lorsqu'il croisa la fameuse croix d'Esteban, négligemment jetée dans un angle de la pièce, il fut heureux d'avoir eu cette intuition. Cet objet était d'une importance capitale pour le vampire. Il s'agissait d'un cadeau de sa mère, et pas n'importe lequel puisqu'elle possédait exactement la même. Ils portaient ce bijou en souvenir l'un de l'autre, pour se sentir proches même lorsqu'ils vivaient loin. Son visage se ferma sous l'effet d'une émotion brutale. Qu'Esteban l'ait sortie des cartons lorsqu'il avait laissé moisir tout le reste était tout sauf anodin, surtout lorsqu'on savait qu'il ne pouvait plus la porter, faute à la matière dont elle était faite. La signification de son geste broyait le cœur d'un Karl qui clairement, commençait à se sentir à fleur de peau. C'était quelque chose qui ne lui arrivait jamais. Le point de rupture n'avait jamais été aussi proche.

Il remarqua un bout de linge déchiré qui gisait à terre. On pouvait encore voir les contours de la petite croix dessinés dans ses plis. Il comprit qu'Esteban devait garder l'objet rangé dans ce bout de tissu et il s'empressa de le récupérer afin d'enrouler le bijou dedans. Il n'y avait plus qu'un seul endroit où on pouvait poser des choses proprement dans cette salle de bain, maintenant que l'évier avait été arraché. Il déposa délicatement le paquet sur le tabouret, au sommet de la pile de vêtements bien pliés qu'il soutenait. Ici, elle ne serait pas perdue.

Luisa se tourna vers lui pour lui montrer une mèche de cheveux coupée. Il grimaça vaguement. Oups... Esteban n'allait pas être ravi. Il aimait ses cheveux et de devoir les couper allait beaucoup le contrarier. Même si il était possible de sauver leur longueur, Karl était persuadé qu'il arriverait tout de même à se plaindre qu'il ne pouvait plus les attacher correctement pour ces moments où il sortait habillé en costard... Il prit les paris dans sa tête.

Esteban fut le premier à répondre à sa tante qui venait d'énoncer l'évidence : il allait falloir avoir recours aux services d'un coiffeur. Qu'il soit capable de comprendre ce qui était dit et qu'il tente de s'exprimer lui-même était une évolution extrêmement rassurante et satisfaisante. Le vampire revenait à lui. Il était de nouveau atteignable par la parole et par la raison. Peut-être en avaient-ils enfin terminé avec les tragédies, au moins pour cette nuit, qui commençait à s'étirer douloureusement. A moins que le temps lui eut paru plus long faute à l'intensité de tout ce qu'il se passait dans le penthouse depuis leur arrivée ?

"Vous connaissez quelqu'un de fiable ? Quoiqu'il en soit je pense qu'il vaudrait mieux descendre, si vous voyez ce que je veux dire... De toute façon comme vous avez pu le voir, l'endroit n'est pas adapté pour qu'on y passe la prochaine journée. D'ailleurs vous avez encore mon téléphone ?"

Il préférait passer par des messages cryptés. C'était trop tôt pour annoncer à Esteban que sa tante vivait quelques étages au dessous de lui. Trop tôt aussi pour lui annoncer qu'ils avaient vu sa 'chambre' et qu'ils comptaient bien lui imposer une séance d'aménagement. En revanche, il était largement l'heure qu'eux-même commencent à se soucier de ce genre de détails. Surtout si il fallait songer à commander un coiffeur, en plus de récupérer les sacs de victuailles que le livreur ne tarderait probablement plus à apporter.

Luisa avait commencé à masser le crâne d'un Esteban qui ne pipait plus mot, et n'accordait qu'une importance secondaire à ce qu'il se passait autour de lui. Il était aussi tendu qu'un vampire pouvait l'être. Des pics de stress le traversaient encore et il avait besoin de les évacuer. De ne plus penser à rien. Il aurait voulu relâcher tous ses muscles et ne faisait que le strict minimum pour ne pas s'étaler par terre, visage dans l'eau. Il soupira et se détendit, accordant pour une fois toute sa confiance à Luisa et en la bienveillance qu'elle mettait dans chacun de ses gestes. La situation avait été trop grave pour que sa tante, aussi impossible qu'elle put être, soit d'humeur à lui faire des farces. Il ne se souvenait peut-être plus de tout... Mais il était au moins certain de ça.

Il n'avait pas non plus le loisir de refuser qu'on s'occupe de lui, ni qu'on le soigne. Dans des moments pareils, il ne se faisait plus confiance. A quoi bon nourrir sa soif et éviter de devenir fou faute au manque de sang, si c'était pour trouver d'autres moyens de perdre la raison et de provoquer des catastrophes ? Non. Il devait la laisser faire.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Jeu 27 Oct - 20:21

Esteban ne répondait pas encore aux questions qu'on lui posait (ou aux ordres indirects qu'on lui donnait, en réalité), mais il donnait l'impression de les comprendre, ce qui était déjà un énorme pas en avant, du moins dans l'esprit de Luisa. Quelques secondes plus tard, elle récupéra les cheveux que le vampire tenait dans la main et se tourna pour les montrer à Karl, juste à temps pour voir l'étudiant poser un morceau de tissu déchiré sur le tabouret. Son regard sombre fila vers l'endroit où elle avait éjecté la croix, pour ne plus l'y voir. Elle fit aisément le lien entre les deux éléments et cacha une grimace. Elle avait hésité à demander au jeune homme de récupérer l'objet, qu'elle avait finalement jugé trop personnel et familial pour demander à quelqu'un de l'extérieur de s'en charger. Mais quand elle voyait le soin que Karl avait pris, et la façon dont il déposait le bijou sur le seul endroit de la salle de bains qui ne soit pas saccagé (...au delà de la douche), la mexicaine compris qu'il avait déjà accès à bien des données personnelles. Parce qu'Esteban l'en avait pensé digne. Et que Gael l'avait également fait, très certainement. Ce serait donc faire preuve de beaucoup (trop ?) de méfiance que de penser que le jeune adulte n'était pas aussi impliqué dans leur vie. Après tout, il était là cette nuit... Cela voulait certainement tout dire.

Ne montrant rien de ses réflexions, Luisa se contenta de mettre en évidence la mèche de cheveux d'Esteban, signifiant qu'il allait falloir inviter quelqu'un de plus à leur petite sauterie (car elle doutait qu'Esteban accepte d'attendre plus longtemps lorsqu'il découvrirait le désastre qu'est devenue sa coupe de cheveux). Soyons clairs, l'idée ne lui plaisait guère. Et apparemment, elle ne plaisait pas à son neveu non plus puisqu'il fit là sa première tentative de phrase correcte depuis qu'ils avaient dû enfoncer cette porte, son regard turquoise tentant vaguement d'incendier sa tante, qui lui aurait ri au nez dans d'autres circonstances tellement il avait l'air peu convainquant. Cette fois, cependant, elle n'en fit rien, se contentant d'hocher calmement la tête.

"Je sais, Tebi. On va trouver une solution."

Malgré son envie de voir la figure de son filleul se défaire en apprenant qu'elle vivait quelques mètres au-dessous de chez lui, elle partageait l'opinion de Karl sur ce point : ce n'était clairement pas le moment de lui faire une telle révélation. Il aurait une chance sur deux de très mal le prendre, et s'ils pouvaient éviter les drames pour le reste de la nuit, ce serait appréciable. Elle attendrait donc que le moment soit plus propice.

Les mains pleines de shampoing savonnant le crâne et les cheveux de son neveu, la mexicaine écouta les paroles de l'étudiant Norme sans le regarder, plongée dans sa tâche. Il ne manquerait plus qu'elle mette du savon dans les yeux du gamin : elle savait bien que cela ne pouvait plus vraiment lui faire mal, mais tout de même !

Cela ne voulait pas pour autant dire qu'elle ne prêtait pas attention aux paroles de Karl. Elle avait l'habitude de faire plusieurs choses à la fois, c'était très apprécié quand on gérait un certain nombre d'entreprises à plusieurs centaines de milliards de dollars de chiffre d'affaires. Ses sourcils se froncèrent légèrement, signe de réflexion. La journée ? Mais que serait moins adéquat la journée que tout ce qu'ils avaient déjà... Oh, bien sûr, Esteban ne devait pas rencontrer le soleil. Ce qui, vu la configuration de son appartement, interdisait le salon. Ou l'entrée. Ou toutes les pièces qu'elle avait aperçues en se rendant ici. A part, peut-être...

"Ton... téléphone."

A part la pièce qu'elle n'avait vu qu'en photos, qui semblait entièrement cloisonnée. Et pleine de griffures sanglantes. Ses doigts se crispèrent sur le crâne d'Esteban, et on aurait dit qu'elle avait pâli de plusieurs tons. Sa chambre, sérieusement ?! Il dormait dans cette pièce sordide ? Mais il n'y avait même pas de lit ! Comment pouvait-il...

Luisa se força à inspirer profondément et à reprendre ses gestes. Elle avait envie d'enfoncer ses propres ongles dans le crâne de son neveu pour essayer de lui faire comprendre qu'il n'avait AUCUNE raison de recourir à de telles extrémités, mais elle se rendait facilement compte que ce n'était pas la bonne solution. Elle pourrait aussi partir à la recherche de la chose qui l'avait transformée et essayer de la prendre par surprise : on ne se méfiait jamais assez d'une jolie fille. Ou alors, elle pourrait simplement aller passer ses nerfs sur son enfoiré de beau-frère. Tout ça, finalement, c'était de sa faute.

Son raisonnement était peut-être visible sur son visage, qu'Esteban ne pouvait heureusement pas voir. Mais Karl, lui, n'en avait certainement pas loupé une miette. Après un silence, essentiel pour lui permettre de penser à nouveau de façon rationnelle et sans laisser la colère l'embarquer, la cheffe d'entreprise répondit au jeune homme.

"J'ai laissé ton téléphone en bas. Ce qui est peut-être mieux, quand j'y pense, vu que je ne garantis pas de ne pas me tremper. Descendre me paraît effectivement une triplement bonne idée, même si certains aménagements sont à prévoir avant que la journée ne commence."

Elle était presque certaine de ne pas avoir fermé les volets, puisqu'elle ne pensait pas, à la base, que son escapade durerait toute la nuit. Elle avait clairement sous-estimé le point auquel Esteban allait mal, ce qui lui déplaisait au plus haut point, elle qui se trompait extrêmement rarement. Elle reprit le pommeau de douche dans la main et commença par enlever la mousse sur ses deux mains.

"Olivia a toujours fait appel à la même personne, la coiffeuse qui nous suit depuis l'enfance. Elle lui est plus fidèle qu'à n'importe qui d'autre dans la famille, mais je ne sais pas où elle se trouve en ce moment. Mes contacts à la Nouvelle-Orléans sont plutôt... limités."

Chose à laquelle il allait falloir remédier au plus tôt, finit-elle intérieurement, car ce genre de choses ne pouvait continuer. Les mains dénuées de tous restes de shampoing, elle s'apprêtait à s'occuper d'Esteban quand une inspiration la prit.

"Oh ! Il me semble que la cousine de Cristóbal vit dans le coin... Elle est coiffeuse, et il me doit un service depuis que je l'ai aidé à financer son entreprise. Je dois avoir son numéro quelque part."

Ne jamais sous-estimer le pouvoir de l'immigration mexicaine. Posant une main sur le front d'Esteban, elle s'approcha, non sans jeter à Karl un coup d’œil pétillant.

"Oh, et laisse tomber le vouvoiement Karlito, j'ai l'impression d'être ma soeur quand on s'adresse à moi comme ça. Ou pire, ma mère. Attention les yeux Tebi, je rince."

Et elle s'exécuta aussitôt, l'esprit à moitié parti dans la création d'une carte mentale sur les contacts qu'elle possédait en réalité déjà aux Etats-Unis, et ceux qu'ils pourraient éventuellement utiliser. Elle n'était pas si inutile que cela, en fin de compte.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Ven 28 Oct - 11:42

Karl ayant le dos tourné au moment où Luisa remarqua ce qu'il était en train de faire, il n'eut pas l'occasion de la voir s'arrêter sur le geste qu'il achevait. Néanmoins il sentit quelque chose, dans l'atmosphère. Un silence soudain plus lourd, rempli de réflexions aussi furtives que tumultueuses. Il eut l'impression d'avoir fait une ânerie mais se rappela très vite qu'il voyait mal comment, lorsqu'il s'était contenté de mettre en lieu sûr un objet d'importance. Peut-être Luisa avait-elle simplement eu peur qu'il sous-estime l'importance du présent et par conséquent qu'il s'en occupe mal. Lorsqu'il se tourna vers elle, il ne montra rien du doute qui venait de le traverser. Elle se contentait pour sa part de lui montrer une mèche de cheveux sombres coupée qui n'augurait rien de bon pour l'actuelle coupe de cheveux d'Esteban.

L'idée de faire venir un coiffeur dans sa retraite secrète inquiéta suffisamment Esteban pour qu'il tente tant bien que mal de communiquer. C'était encore difficile pour lui, ce qu'il trouvait très frustrant, surtout lorsqu'on connaissait le flot de paroles impressionnant auquel il avait habitué tout le monde. Il parvint néanmoins à faire passer son message et sa tante le rassura immédiatement. Pas de plaisanteries mal placées, pas de légèreté outrageante... Elle avait compris combien ça pouvait être important. C'était au moins un bout de responsabilité qu'il pouvait lui déléguer, et vu le poids écrasant qu'il avait l'impression de porter sur ses épaules, il était extrêmement agréable de pouvoir s'en débarrasser d'une partie, si petite qu'elle fut. Ses traits pâteux fondirent encore un peu, une lueur rassurée au fond de ses yeux clairs, qu'il ferma presque immédiatement, sans émettre de réponse, et en laissant retomber sa tête. Le haut de son dos était légèrement moins tendu qu'au préalable.

Il avait décidé de les laisser mener la danse. De se laisser faire, pour une fois. Il était clair qu'il n'était pas encore entièrement revenu de l'endroit où il s'était perdu, quel qu'il put être. Le plus efficace pour qu'il y parvienne entièrement, c'était qu'il capitule face aux assauts agréables des vapeurs d'eau chaude et des mains de Luisa sur son crâne. Depuis quand ne s'était-on pas occupé de lui ? Depuis sa transformation, depuis qu'il s'était enfermé seul dans ce mausolée de verre. Mais depuis quand demeurait-il ici ? Il était incapable de s'en rappeler, sa notion du temps rongée par des jours et des jours de malheur, d'inactivité, et de pertes de repères similaires à celle qu'il venait de vivre. Et comme il leur accordait sa confiance et les laissait décider à sa place de ce qui adviendrait ensuite, il n'écoutait plus ce qu'ils disaient.

Il avait donc raté le moment où Karl révélait de façon détournée que les photos sur son téléphone étaient celles de la "chambre" du vampire. Le jeune homme n'avait d'ailleurs pas eu conscience du caractère choquant de son annonce, car il avait pensé que Luisa aurait compris dès qu'elle aurait vu les clichés. Mais peut-être n'avait-elle pas voulu comprendre, dans le fond. Peut-être avait-elle inconsciemment cherché à faire l'autruche pour éviter de faire face à une réalité trop cruelle. Il était probablement temps de lui retirer ses illusions. Suite à ce dont ils venaient d'être témoin, il aurait de toute façon été difficile de faire abstraction de ce dont Esteban était capable pour se faire du mal. Elle avait l'air de très mal vivre la nouvelle. En silence, Karl s'accroupit derrière elle afin de lui signifier sa présence. Il se doutait qu'elle ne pouvait pas exprimer le quart de ce qui avait envie de sortir - ça se voyait à l'expression qu'elle tirait, qui donnait l'impression qu'on venait de la forcer à avaler un mélange d'huile de foie de morue et de jus de chaussette. Lui-même ne pouvait pas faire grand chose pour l'aider à surmonter ce passage délicat, mais il pouvait au moins lui offrir ce soutien silencieux.

Revenus au sujet du coiffeur, Esteban reprit doucement vie car il savait que ça le concernait directement. Il n'en avait jamais eu qu'une seule, de coiffeuse, et c'était celle qui suivait aussi sa mère depuis bien avant sa naissance. Il lui aurait entièrement fait confiance, si seulement elle n'avait pas été plus fidèle à sa mère qu'à lui-même. Il y avait de bonnes chances pour qu'elle cherche à contacter Olivia, voire pour qu'elle lui annonce où il vivait, ce qui était hors de question. C'était sans compter que tout le monde savait que la vieille femme travaillait presque exclusivement pour eux. Ses déplacements étaient peut-être surveillés. Si elle n'allait pas à la Casa del Sol, si elle prenait ses affaires de travail et se rendait dans un endroit inhabituel, on aurait tôt fait de faire le lien avec lui. Peut-être allait-il falloir qu'il se leste d'une vieille habitude supplémentaire... Qu'il accepte un changement de plus. Il avait les moyens de contacter la vieille femme et de la faire venir, mais il décida de ne rien dire, de n'en rien faire.

Il se consolait en se rappelant qu'elle avait tendance à être très conventionnelle, et qu'elle aurait certainement essayé de le convaincre une fois de plus de tout couper. La mèche en moins lui aurait donné des arguments supplémentaires et il aurait eu du mal à la convaincre de se contenter d'élaguer le minimum vital. Peut-être était-il temps de recourir aux services d'une personne plus jeune, aux gouts plus modernes. Probablement nettement moins convenables, aussi, mais il n'était plus à ça près. Dieu l'avait abandonné. Il était une saleté de vampire qui se nourrissait de sang humain à même la veine. Peut-être était-il temps qu'il cesse de faire semblant de rentrer dans cette case proprette qui n'était plus taillée pour lui, et qu'il lui était douloureux d'essayer d'habiter. Et tandis que cette idée lui traversait la tête, elle fit naître en lui un élan étrange. Il n'était pas certain d'avoir envie de comprendre le lien qu'il y avait entre les deux. C'est donc sur un coup de tête qu'il rouvrit les yeux et tenta maladroitement de faire fonctionner ses cordes vocales :

"Karl..."

Étonné que le vampire s'adresse à lui directement, et en face de sa tante de surcroît - il avait tendance à préférer que leurs conversations cœur à cœur se passent loin de tout témoin - l'appelé tourna la tête dans sa direction. Il l'observa en silence mais avec une certaine intensité, pour lui signifier qu'il l'écoutait.

"... Merci d'être venu..."

Leurs deux regards se croisèrent. Karl paraissait retourné, malgré le brio avec lequel il savait cacher ses sentiments. Esteban avait tendance à être ingrat, notamment à son égard, même si il ne le faisait souvent pas exprès. Qu'il remarque que sa présence n'était pas anodine et qu'il prenne la peine de le lui signifier malgré ce que ça risquait de révéler sur leur relation, que l'héritier Luz-Descalzo assumait mal (voire n'assumait généralement pas du tout) le touchait énormément. Esteban quant à lui savait ce qu'on risquait de croire et ça ne lui plaisait effectivement pas beaucoup, d'autant qu'il avouait par là même qu'il appréciait qu'on soit venu à sa rescousse, même si il avait fait de son mieux pour chasser tout le monde de chez lui. Ce n'était probablement pas très malin si il comptait les convaincre de s'éloigner, par la suite, afin de ne pas risquer leur âme plus qu'ils ne l'avaient déjà fait, mais il était fatigué d'aller contre sa nature. Quelle que put être cette nature.

Karl était toujours là pour lui. Même aujourd'hui, quand presque tout le monde l'avait abandonné. Luisa, il s'y serait attendu. Elle était de sa famille et elle avait une relation malsaine avec tout ce qui concernait les outres. Gael ? Il devait probablement s'être mis en tête que c'était la chose à faire, pour sa mère, même si cette dernière ne devait pas être d'accord avec lui. Mais Karl ? C'était son meilleur ami, certes. Mais tout de même. Rien ne l'avait obligé à s'impliquer de la sorte. Et en parlant de ça... Ses yeux dérivèrent sur le vide à côté des protagonistes pour remarquer une absence qui ne l'avait pas heurté avant, et qui lui fit brutalement mal. Ses traits se tirèrent. Il serra les dents et ses yeux se gorgèrent de larmes. Karl comprit immédiatement.

"Sa mère l'a forcée à retourner à New-York quand elle a appris ce qui est arrivé. Ce n'est pas de ta faute. Si elle avait pu, elle serait là aussi."

Au moins une personne censée en plus de la sienne à lui, la mère d'Erin... C'était malheureux mais il devait admettre qu'il était soulagé de ne pas être la raison de sa fuite, même si il avait pourtant tout fait pour le devenir. Un dernier regard passa entre les deux jeunes adultes, plus profond qu'il n'aurait dû l'être en tenant compte de ce que leur relation était censée être sur le papier. Puis Esteban retourna se murer dans son mutisme.

Allégeant l'ambiance par une simple demande, Luisa fit sourire Karl qui trouva ironique qu'on lui demande deux fois en très peu de temps de relâcher son ton. Il répondit par une vague plaisanterie qui grava dans le marbre son accord :

"Toi aussi ? Décidément, c'est ma soirée..."

Esteban ferma les yeux comme on le lui avait demandé et fit en sorte d'orienter sa tête vers le bas pour éviter de tout tremper. Dans un moment où il aurait l'esprit plus clair, il regretterait peut-être ce qu'il venait de se passer. Pour le moment, il voulait juste que l'eau recouvre sa tête et l'empêche une fois de plus de penser.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Ven 28 Oct - 22:31

On aurait pu penser qu'on avait atteint le summum de l'irréalisme quand Luisa et Karl avaient dégondé cette fichue porte pour entrer et découvrir la salle de bains complètement détruite par les mains d'un Esteban en pleine crise. Et pourtant ! Et pourtant, c'était ignorer la capacité qu'avaient les Selva Moreno à incorporer des informations sans toujours en faire des liens les unes avec les autres, très souvent par volonté de faire l'autruche, ou simplement parce qu'ils n'y pensaient pas. Cette fois, c'était Luisa qui avait, consciemment ou non, fait preuve de cette faculté et avait donc omis de comprendre que la salle sombre aux murs striés de rouge qu'elle avait vu en photos sur le portable de Karl pouvait être la chambre d'Esteban. Alors que, si l'on se penchait deux minutes sur l'équation, la réponse était évidente : il ne pouvait s'agir que de la pièce où il était coincé toute la journée, sans aucune possibilité de sortie due aux murs trop vitrés de son immense appartement.

Mais la mexicaine avait préféré ne pas comprendre. Admettre qu'il s'agissait de la chambre de son neveu, c'était admettre qu'il faisait très certainement cela à longueur de journée, et qu'il se perdait dans des crises -telles que celle qu'il venait d'avoir- de façon quotidienne et qu'il finissait toujours par se faire du mal. C'était admettre que sa santé mentale était en bien plus mauvais état qu'elle ne l'aurait pensé, et c'était admettre qu'il allait falloir opérer un soutien quotidien. C'était admettre que cette transformation avait vraiment été l'épreuve de trop et qu'il allait falloir batailler dur pour retrouver le jeune garçon fougueux, naïf et tête en l'air mais si attachant qu'elle connaissait. C'était avoir tellement mal qu'elle luttait pour ne pas avoir les larmes aux yeux mais était incapable de réprimer la douleur et la tristesse qui lui serraient la gorge.

Cependant, Luisa étant qui elle était -soit une tête de mule fière et bornée- avait rapidement trouvé le moyen de surmonter ces sentiments en les transformant en quelque chose qui, pour elle, avait toujours été plus productif : la colère. Bien vite, elle trouva des coupables sur qui se déchaîner intérieurement, et ses pensées se calmèrent. La brune nota cependant que Karl avait pris place près d'elle, comme pour lui témoigner son soutien. Elle qui n'était pas du genre à laisser passer ses sentiments n'avait pas dû être capable de garder son masque de fer, ce qui ne l'étonnait guère au vu de l'heure qu'il devait être et des événements divers et variés qui avaient eu lieu depuis le début de la soirée. L'idée que l'étudiant cherche à lui manifester sa présence lui paraissait particulièrement ironique : ils n'avaient pourtant pas eu une entrée en matière des plus cordiales. Et pourtant, il était resté là (même si, clairement, c'était Esteban et non elle qui importait dans l'histoire) et il faisait à présent preuve d'une délicatesse que Luisa avait vu chez bien peu de monde...

Ce pourquoi elle ne fit pas la moindre remarque quand elle entendit Esteban s'adresser à lui. Contrairement à son habitude, elle suivit la conversation dans un silence quasi-religieux, toujours occupée dans ses tâches de massage de crâne et de listing interne. Elle fit néanmoins une pause dans cette dernière pour observer le comportement des deux garçons. Elle eut un sourire doux en entendant son neveu remercier son meilleur ami et son expression s'adoucit également quand elle vit la réaction de ce dernier. Il était bouleversé, comme s'il ne s'agissait pas de quelque chose qu'il entendait très souvent, ce que Luisa pouvait aisément croire, Esteban faisant parti -tout comme elle- des gens qui pensaient que tout leur était dû. Cependant, il y avait plus, dans cette réaction. Et dans la déclaration en elle-même. Sans connaître tous les détails de la relation entre ces deux-là (mais en ayant quand même une bonne idée, puisqu'Olivia n'avait cessé de se plaindre de ce "jeune homme" qui "tentait de pervertir" son fils chéri, unique et préféré), Luisa pouvait dire, rien qu'en les regardant, qu'il y avait quelque chose de plus. Et elle les trouvait immensément attendrissants.

L'instant prit plus ou moins fin quand il fut mention d'une troisième personne, que Luisa comprit comme étant la petite-amie (...devait-on dire "ex", maintenant ?) du vampire, dont elle avait également beaucoup (trop) entendu parler. Apparemment, sa mère l'avait renvoyée à New-York... la mexicaine avait entendu parler de la femme Chase-Rosenbach, ayant de nombreux contacts avec une des membres du Conseil d'Administration de la Genosis Corp, qui était l'entreprise de cette dernière. Il lui était apparu qu'elle ne paraissait pas très fan des Outres en tous genre... et sa réaction ne faisait que le prouver. L'idée que la fille aurait préféré être à leurs côtés, selon les dires de Karl, la soulagea un peu. Au moins Esteban savait s'entourer, même s'il trouvait les moyens de faire en sorte que personne ne le puisse le suivre quand il prenait des décisions majeures.

Ne souhaitant pas vraiment que l'ambiance, déjà pauvre, soit encore plombée par quelques phrases, la cheffe d'entreprise fit une remarque qui détendit quelque peu l'atmosphère. La réponse de Karl la fit sourire, et elle ne cacha pas son amusement.

"Qu'est-ce que tu veux, c'est ça quand on commence à traîner avec les moins convenables de la famille..."

Car elle considérait Gael comme un membre de sa famille à part entière, même si elle était probablement la seule à le faire avec Olivia. Et qu'elle était certaine que le jeune homme parlait de lui quand il disait ça.

Venait le moment de rincer les cheveux de son filleul, et la mexicaine s'appliqua à la tâche, ne souhaitant pas lui mettre de la mousse dans les yeux ou quelque chose dans le genre. Passant sa main dans ses cheveux, elle nota d'autres mèches qui filaient de ci de là, rendant l'urgence du coiffeur un peu plus réelle. Il allait falloir attendre qu'ils aient terminé, parce qu'elle avait laissé son téléphone dans son sac à main (...et qu'il fallait qu'elle retrouve le numéro de ce charmeur de serpents), mais il s'agirait probablement de sa prochaine tâche, avant de profiter d'un repas bien mérité. D'ailleurs, elle sentait que c'était une bonne chose qu'elle soit accroupie plutôt que debout : la fatigue commençait à se faire de nouveau sentir. Mais ce n'était pas encore le moment. Elle ferma l'eau et se baissa pour soulever un pan de cheveux et voir le visage de son neveu.

"Après-shampoing ?"

Elle s'exécuta sitôt la réponse obtenue, mettant rapidement la main sur le produit. Un nouveau massage crânien plus tard, elle rinça les cheveux de son neveu puis tourna le regard vers son compagnon de fortune.

"Karl, tu pourrais me passer deux serviettes, s'il te plaît ?"

Une pour la mettre autour de la tête du jeune vamp, et probablement une autre pour lui entourer les épaules et lui permettre de sortir de la douche sans a) se mettre encore du plâtre partout et b) la tremper elle plus que ce n'était déjà fait. Une fois l'américano-mexicain prêt, Luisa lui coula un regard plein d'une sollicitude qu'elle ne montrait guère la plupart du temps.

"Est-ce que tu peux te lever à présent, Tebi ?"

Il était temps de renfiler des vêtements propres et de redescendre, continuer le cours de cette tumultueuse nuit.
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Esteban Luz-Descalzo
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Ven 28 Oct - 23:59

Karl réprima un éclat de rire qui n'aurait probablement pas été très poli. C'était bien vrai, il était avec les "moins convenables de la famille" (Esteban comptant dedans car peu importe combien il pouvait tenter de dire le contraire, l'héritier Luz-Descalzo n'avait jamais autant adhéré aux normes familiales qu'il aurait bien voulu le croire. Tant dans ce qu'il choisissait de faire que dans ce qu'il subissait). Néanmoins, ainsi qu'il l'avait dit à Gael les habitudes avaient la vie dure et il avait dû être extrêmement prudent ces dernières années pour être en mesure de rester proche d'Esteban malgré la désapprobation qu'il inspirait au plus grand nombre des membres de son clan (parce qu'on pouvait appeler ça comme ça, à ce niveau). Et en particulier malgré la désapprobation qu'il inspirait à sa mère vénérée. L'étudiant se contenta donc d'un sourire en coin discret, mais trouva quand même le moyen de répondre. Il n'était jamais contre une bonne blague, lorsqu'il jugeait qu'elle était bien placée.

"Qu'est-ce que ça doit être quand on continue après avoir commencé alors..."

Il en avait eu un aperçu plutôt coloré lorqu'Esteban était rentré de son escapade à Las Vegas avec Erin... C'était tout à fait dans le genre de son ami, mais c'était la première fois qu'il prenait autant de libertés et bien que cela n'eut pas dû le surprendre, il se souvenait avoir eu l'impression d'halluciner ce qu'il entendait. Maintenant qu'il remettait le contexte - Esteban mourant, qui tentait de profiter au maximum du temps qu'il lui restait en tant qu'humain - ça paraissait tout de suite moins drôle, et tout de suite plus compréhensible. Néanmoins il ne se leurrait pas trop non plus. C'était surtout l'œuvre d'un Esteban ivre pour la première fois de sa vie. Il aurait probablement fait exactement la même chose, même si il n'avait pas été sur le point de passer l'arme à gauche. Ca lui aurait juste probablement pris un peu plus de temps.

Ne serait-ce que parce qu'il n'aurait jamais accepté de boire la moindre goutte d'alcool avant d'avoir atteint l'âge légal. Enfin. Probablement. Erin savait se montrer extrêmement convaincante, et elle avait sur Esteban une influence que Karl lui-même n'avait jamais réussi à égaler. Cela tenait probablement au fait qu'elle avait plus de volume sous la gorge que lui, et un peu moins sous la ceinture. Ce genre d'attributs avait tendance à calmer la méfiance de son idiot de meilleur ami, sous prétexte qu'il se sentait autorisé à démarrer des romances avec les individus concernés. Et probablement aussi qu'ils l'inquiétaient moins pas défaut, faute à des traumatismes dont il était déjà nettement plus difficile de se moquer même gentiment.

Karl avait compris que Luisa incluait Gael dans le cercle étendu de sa famille et n'avait pas relevé l'information plus que cela. Ca ne l'étonnait guère, en réalité. L'homme avait une importance capitale dans la vie d'Olivia - et d'Esteban, même si ce dernier avait l'air d'ignorer sa présence les trois quarts du temps. De plus il paraissait avoir une relation particulière avec Luisa. C'était donc logique qu'on lui colle l'étiquette des Luz-Descalzo, même si son statut d'employé le séparait du noyau brillant, fastueux, de la richissime généalogie.

Esteban, pour une fois très docile, se laissait totalement dorloter. Il profitait du massage que sa tante lui prodiguait en écoutant la discussion qu'elle avait avec Karl d'une oreille distraite. Il avait l'impression que ces deux là étaient plutôt bien partis pour s'entendre et il en était heureux, car Karl méritait mieux que ce que lui réservaient généralement les gens de sa famille. C'était un éternel sujet de désaccord entre lui et sa mère, qui allait visiblement devenir l'un des seuls sujets de NON désaccord qu'il aurait avec sa tante. Tristement, il se souvint que ça ne pourrait pas trop durer. Il ne pouvait pas les laisser rester proches de lui trop longtemps, même si il voyait mal comment les convaincre de s'éloigner. Surtout après le spectacle qu'il venait probablement de leur offrir. Surtout après les mots qu'il venait d'avoir, qui montraient la réalité qui se cachait sous les blessures et sous les comportements qu'il se forçait à adopter : il ne voulait pas qu'ils partent à nouveau. Leur absence, et cette solitude affreuse, le détruiraient pour de bon. Il avait accepté de se nourrir et s'inquiétait pourtant toujours de sa capacité à assister au procès, pour des raisons maintenant bien différentes.

Luisa lui posa une question. Il lui fallut quelques secondes pour ouvrir les yeux et comprendre ce qu'elle voulait. Ah, oui. Bien sûr. L'après-shampoing. Il aurait été inconcevable qu'il termine une douche sans en utiliser, d'autant qu'il y avait probablement des cheveux coupés toujours emmêlés dans le reste de sa tignasse qui profiteraient de ce lissage huileux pour partir dans l'évacuation. Il pointa une bouteille du doigt. D'habitude, il lui aurait fallu choisir entre beaucoup, car sa collection de lotions ressemblait à s'y méprendre au matériel d'un alchimiste. Cela dit ces préoccupations étaient devenues effroyablement secondaires depuis qu'il avait emménagé ici, si bien qu'il n'avait plus qu'une bouteille de chaque produit à sa disposition.

Ses cheveux rincés, on lui passa sur les cheveux et sur le dos des serviettes propres et tièdes que Karl, aussi efficace qu'à son habitude, avait promptement tendues à Luisa peu après qu'elle les lui ait demandées. Sa pause au dehors du temps était terminée. Il fallait qu'il revienne à la réalité. On arrêta l'eau et le froid s'engouffra en lui aussi efficacement qu'il l'aurait fait contre sa peau si il avait encore été capable de le sentir. Quelque chose creusait violemment là où son cœur était censé se trouver. Un affreux sentiment de manque. D'insatisfaction chronique. Le sentiment que rien n'allait, quand rien n'avait pourtant changé par rapport à la seconde précédente. La futilité de continuer. La nécessité douloureuse qu'il avait de le faire, pourtant. L'effort terrible qu'il lui fallait maintenant faire pour agir, plutôt que de s'effondrer sur place et de dormir ad vitam aeternam. Il avait le regard vide. La voix éteinte. Concentré sur les carreaux de la douche face à lui, sans pourtant donner l'impression de faire le moindre effort pour rien voir, il répondit distraitement :

"Je crois... Je vais essayer..."

Et suite à cette déclaration désincarnée, il s'appuya aux bords de la cabine de douche un peu trop lourdement. Humain, il ne serait peut-être pas parvenu à ses fins. Mais il était un vampire. Ses muscles répondaient à l'appel sans aucune difficulté, même si il était compliqué pour lui de garder son équilibre lorsqu'il avait l'impression que ses membres faisaient dix fois leur taille, et que son corps était en réalité placé à quelques mètres de lui.

"... C'est bizarre... Je me sens en dehors de moi-même. J'ai peur de tomber dans les escaliers."

Son état post-crise, pas encore entièrement remis, le rendait étrangement honnête. Ces perceptions ne faisaient pas parties de celles qu'il aimait partager, même avant. Il faisait toujours en sorte de minimiser ses crises, ou du moins de ne pas en discuter. Elles lui donnaient l'air faible ou bizarre, et avaient toujours fait partie des nombreuses choses qui le faisaient complexer.

Il se tourna vers le tabouret et constata directement la présence de la petite croix, qu'il avait pourtant rangée dans le meuble du lav... Le lavabo était par terre, en morceaux. Ainsi que le miroir. Le mur avait été à moitié défoncé. Voilà qui expliquait cette seconde douche. Il se remit à trembler légèrement, sans trop savoir comment il prenait cette nouvelle. Était-il surpris ?

"... J'ai fait ça ?"

Peut-être un peu, quand même. Il lui fallait un mur, ou quelque chose, le temps d'avaler l'information correctement. Ce fut Karl qu'il trouva sur son chemin, et qui le réceptionna. Une œillade gênée passa.
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Luisa Selva Moreno
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Sam 29 Oct - 11:32

"Mon petit doigt me dit que tu le sauras bien assez tôt !"

Luisa décocha à Karl un clin d’œil amusé. C'était définitif, elle appréciait le jeune homme, à la fois pour son humour mais aussi pour ses capacités à réagir de la bonne façon en cas de crise. Si elle n'avait pas déjà eu un héritier légitime en la personne de son neveu, elle aurait probablement songé à mettre son nom dans son testament pour lui léguer ses entreprises. Mais, quand elle voyait la façon dont le courant passait entre ses deux-là, elle se disait que le nom d'Esteban allait peut-être suffire... A moins qu'une autre rousse pulpeuse fasse son apparition, bien entendu. Ou qu'Olivia fasse une énième crise de "Ce n'est pas convenaaaaaable", mais maintenant que son fils est un vampire, elle se calmera sûrement un peu à ce propos. Du moins Luisa l'espérait, sinon elle se chargerait de lui élargir ses œillères elle-même.

La mexicaine avait bien compris que Karl incluait Esteban dans la liste des personnes les moins convenables de la famille. Parce qu'il avait beau dire, se récrier et faire le beau pour sa mère, il n'était pas le dernier lorsqu'il s'agissait de transgresser légèrement les règles pour faire ce dont il avait envie. Ce que Luisa approuvait fortement, évidemment. Parfois, elle se demandait d'où son neveu pouvait tenir ça, et elle s’enorgueillissait du fait d'avoir peut-être participé à cette ouverture, ne serait-ce qu'un minimum. Entre lui et Christian, les Luz-Descalzo futurs promettaient d'être grandioses... dès que les plus vieux auraient cassé leurs pipes, cela allait sans dire. Surtout l'aîné.

Les minutes qui suivirent passèrent dans un silence relativement agréable, ponctué par le bruit de l'eau et des gestes tranquilles qu'elle exécutait pour finir de laver les cheveux de son neveu. Il fut bientôt temps de sortir de la douche, ce qu'ils firent dès que Karl lui eut donné les serviettes qu'elle lui avait demandé. Luisa le remercia d'un sourire avant de se concentrer à nouveau sur son neveu et de frotter avec les serviettes assez efficacement pour qu'il ne soit plus trempé mais aussi pour lui dire qu'ils restaient là, en toutes circonstances, lui manifester un soutien. Elle avait conscience que l'eau chaude de la douche était ce qu'il l'avait sorti de sa torpeur et craignait que la fin du filet d'eau sonne également celle de son bien-être relatif... Ce pourquoi il valait mieux ne pas lui laisser trop de temps pour penser et passer à la suite.

La brune lui demanda s'il pouvait se lever, ce à quoi il répondit qu'il allait essayer. Prenant de l'avance, Luisa se redressa doucement, sachant parfaitement qu'elle n'était pas non plus au meilleur de sa forme. La fatigue commençait à l'emporter, et elle avait faim, ce qui n'arrangeait rien. Elle pinça les lèvres en observant les gestes lourds de son neveu qui, s'il était maladroit, n'était plus aussi pataud depuis sa petite enfance, ce qui n'était pas très rassurant. Elle avait rarement eu à gérer ses sorties de crise : il n'y avait toujours eu qu'Olivia pour en être capable, pour des raisons multiples et variées tenant principalement au fait qu'elle accourrait toujours au moindre problème (...enfin jusqu'à il y a peu) et prenait les devants avec tons et gestes qui suggéraient la force de l'habitude. C'est pourquoi Luisa fut particulièrement étonnée, et un peu angoissée, quand elle entendit les paroles de son neveu. Elle trouva néanmoins les moyens de s'essayer à le rassurer.

"Ne t'inquiète pas Tebi, ça va passer. De plus, on va les descendre tous les trois, ces escaliers."

Ce n'était pas comme si cela valait la peine de tenter de ranger un peu la salle de bains. Elle était complètement foutue, et ils ne pouvaient même pas la condamner avant qu'une équipe n'intervienne puisqu'ils avaient enfoncé la porte. Oups.

S'avançant en direction du tabouret où restaient des affaires, Luisa suivit le regard de son filleul, qui passa du morceau de tissu dans lequel se trouvait sa croix au lavabo (ou du moins ce qu'il en restait). C'était donc là qu'il l'avait mise... Cela expliquait pourquoi elle avait atterri sous son pied. Au moins, la mexicaine fut soulagée de comprendre qu'Esteban n'avait effectivement jamais eu l'intention de s'en servir pour se faire du mal. Se blesser avec un cadeau de sa mère portant le symbole de Dieu aurait certainement été le summum de l'auto-flagellation... et elle s'estimait très heureuse qu'il n'y ait pas pensé.

Elle fit la moue en entendant la question d'Esteban, plus rhétorique qu'autre chose. C'était surtout son ton. Il paraissait surpris, comme si ces accès de violence n'avaient pas eu la moindre dose de contrôle. Cela dit quand on y réfléchissait, ce n'était pas étonnant puisque ce garçon n'avait jamais eu la moindre once de violence en lui. A part celle que son enfoiré de père lui avait infligée, évidemment.

Luisa s'apprêta donc à lui répondre que ce n'était rien et qu'ils s'assureraient d'appeler les meilleurs décorateurs pour remettre tout cela en place (elle connaissait une équipe particulièrement performante, dont les décors d'inspiration Aztèque étaient une pure merveille) mais son regard tomba sur son neveu finissant dans les bras de Karl, de façon totalement involontaire mais particulièrement évocatrice. Dans le sens tendre, attention. Sans pouvoir s'en empêcher, cette fois, elle soupira avec un petit sourire amusé.

"Dites, les garçons... Si vous voulez que je me taise, il va falloir arrêter d'être aussi mignons ensemble."

Sans attendre de réponse, ni même chercher le regard des deux concernés (elle savait mettre mal à l'aise, mais elle avait également ses limites, quoi qu'on en dise), Luisa s'en retourna vers le tabouret. Délicatement, elle prit le bijou dans sa main et le fit glisser dans sa poche, le temps de choisir dans la pile de vêtements une chemise et un pantalon secs et propres. Il n'y avait pas grand choix par rapport à ce qu'elle savait être la garde-robe de son neveu, mais ce n'était pas comme si il se rendait à un gala. Et puis, il était toujours bien habillé de toute manière. Il avait un indéniable sens du style. Elle se tourna à nouveau vers les deux autres personnes présentes dans la salle de bains, une chemise dans une main et un pantalon dans l'autre.

"Est-ce que cela te convient, Tebi ?" De toute façon, c'était ça ou un détour par son dressing. Elle enchaîna donc. "Est-ce que ça va assez bien pour t'habiller seul ou veux-tu que l'un de nous deux reste pour t'aider ? Dans tous les cas, on se rejoint de l'autre côté du mur."

Ce n'était pas comme si elle pouvait dire "de la porte". Et elle ne voulait pas non plus laisser penser à son filleul qu'elle l'abandonnait, mais simplement qu'elle le laissait libre et maître de ses mouvements. Elle n'était pas sa mère, elle n'aimait pas partir du principe qu'il était trop faible pour faire les choses seul. Même si elle savait que sa fierté pourrait l'amener à répondre qu'il pouvait se débrouiller même si ce n'était pas le cas. Après tout, s'ils entendaient quelque chose, ils débarqueraient aussitôt. C'était exactement ce qu'ils venaient de faire.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Sam 29 Oct - 14:15

Karl n'ajouta rien de plus, jugeant que ce qui avait été dit formait un tout cohérent qui se suffisait à lui-même. La lueur malicieuse dans son regard en disait pourtant long. Et non, il n'en voulait plus à Luisa pour avoir ruiné ses plans. Il n'était pas du genre rancunier. Il était déjà plutôt rare qu'il s'énerve réellement contre quiconque. Lorsque ça arrivait ça n'était que ponctuel, et il considérait que la situation avait réglé pour eux la dissension des premières minutes. Ils avaient largement eu l'occasion de regretter de n'être pas mieux préparés. Tout s'était finalement plutôt bien passé compte-tenu de leur manque de moyens. Il y avait tout lieu d'être content, pas le contraire.

La douche fut rapidement terminée et il fut temps d'en sortir Esteban. Karl accomplit sa corvée de serviettes et sans plus de difficultés, ils parvinrent à sortir le jeune vampire de la douche. Il éprouvait encore quelques difficultés à tenir debout. Il paraissait vaseux et malheureux, mais compte tenu de l'état dans lequel ils l'avaient trouvé en entrant dans la salle de bain, ça restait une évolution plutôt positive. Il paraissait en proie à ce qui ressemblait, selon Karl, à une sorte de trouble dissociatif. Ça n'avait rien de très étonnant. Mieux valait probablement ne pas s'en inquiéter outre mesure, au risque d'empirer la situation plutôt que le contraire.

Luisa tenta de rassurer Esteban, lequel se raccrocha vaguement à ses propos. Il était vrai que son impression de distance et d'étrange légèreté passerait. Avant de revenir d'une manière ou d'une autre, à un moment ou un autre. Il était vrai qu'ils étaient trois et qu'ils pourraient l'aider à descendre les escaliers sans heurt, à défaut qu'il puisse le faire tout seul. Il n'avait jamais aimé se montrer si faible qu'il fallait qu'on l'aide à tout faire, mais il se rendait compte qu'il n'était plus à cela près, et que vis-à-vis de tout le reste de ce qui n'allait pas, cette contrariété ridicule comptait à peine. Il acquiesça en silence, sans pourtant se dérider. On imaginait sans mal le teint grisâtre qu'il aurait arboré à cet instant précis si il avait encore été humain. Les couleurs vives qui peignaient ses joues, nostalgiques car aussi brillantes et saturées qu'avant sa transformation, n'étaient dues qu'à son repas énorme et encore très récent.

C'est alors qu'il remarqua la présence de sa croix, puis que son regard passa d'elle à ce qu'il restait du lavabo. C'est avec surprise qu'il constata le désastre qu'il avait provoqué, car ses souvenirs n'étaient pas suffisamment clairs pour qu'il ait pleinement pris conscience du résultat de sa crise. Les stries ensanglantées sur les murs de sa chambre étaient une chose, et il savait parfaitement d'où elles venaient. Mais ça ? C'était au delà ce dont il pensait être capable. Il peinait à croire qu'il était responsable de cette sauvagerie. Pourtant, il devait admettre que des bribes saccadées lui revenaient. De la souffrance au delà de ce qui était supportable. De la colère et du refus, qui sortaient par le seul biais disponible. Cette scène saccagée illustrait bien ce qu'il n'avait jusqu'à présent qu'intériorisé, à l'exception des quelques traces qu'il avait laissées sur ses murs.

Il avait beau le comprendre rationnellement, cela ne faisait qu'ajouter à son impression d'être extérieur à lui-même, si différente de celle qu'il avait eu juste avant d'être bien trop lui-même tout en ne l'étant plus du tout. Il perdit l'équilibre et ce fut Karl, ironiquement placé pile à l'endroit adéquat, qui le réceptionna avant qu'il n'ait l'occasion de s'effondrer par terre. La gêne induite par la scène parvint à lui faire légèrement oublier le reste de ses préoccupations. Le coup d'œil involontairement échangé avec Karl était affreusement gênant, et le fait que Luisa l'ait remarqué ne faisait qu'empirer cette constatation. Évidemment, elle ne put s'empêcher de commenter ce qu'elle avait cru voir de la façon la plus incorrecte possible, ce qui lui aurait fait piquer un sacré fard si il en avait encore été capable. Outré, il se pinça de cette manière si caractéristique que lui et sa mère étaient seuls à si bien maîtriser. Karl eut l'air légèrement embarrassé dans les premiers temps, mais ça n'était rien à côté du vampire, sur lequel il coula un regard discret. Lorsqu'il vit la réaction d'Esteban, si semblable à celles auxquelles il les avait habitués au fur et à mesure que les années passaient, son désagrément fondit comme neige au soleil au profit d'un soulagement doux. Un léger sourire apparut au coin de ses lèvres. Il voulait bien qu'on se moque d'eux autant de fois que nécessaire, si c'était ce qu'il fallait pour faire revenir son ami de l'endroit sombre où sa personnalité solaire, loufoque et versatile s'était terrée. Puis, des deux, il avait toujours été celui qui assumait. Le faire ouvertement avait failli lui coûter trop cher, si bien qu'il avait rapidement pris l'habitude du secret. Néanmoins, contrairement à Esteban, leur proximité ne le dérangeait pas. Pas vraiment.

"TIA !"

Et c'était là que se trouvaient les limites de son éloquence retrouvée. Néanmoins, le ton choqué de sa voix et son expression effarouchée en disaient plus qu'un long discours. Bien plus long qu'il aurait probablement voulu en raconter. Karl roula des yeux et se contenta d'ajouter calmement :

"Ne t'avise pas d'essayer de partir. Je le sens, tu vas tomber.
- Lâche moi Karl ! Je peux marcher tout seul !
- Ben voyons."


L'héritier têtu voulut en faire une démonstration, et c'est ainsi qu'il perdit effectivement l'équilibre et poussa un cri de souris, avant de se rattraper tant bien que mal au pantalon d'un Karl qui avait bien failli finir par l'avoir sur les genoux. Heureusement, il avait vu l'accident arriver et avait maintenu sa ceinture en place. Il tendait dorénavant une main au vampire, sourcils levés d'un air de vouloir dire "je te l'avais bien dit".

"Tu as fini tes âneries ou bien il faut attendre que tu arrives vraiment à atteindre l'impression inverse de celle que tu essaies de donner ?"

Penaud, Esteban accepta la main de Karl. Rah ! Ce qu'il pouvait être agaçant lorsqu'il prenait ce ton. Surtout lorsqu'il avait raison. C'est à dire relativement (trop) souvent, si il devait (pour une fois) être honnête avec lui-même. L'humiliation cuisante avait au moins eu pour effet de le rapprocher sensiblement de son environnement. La réalité lui paraissait légèrement moins distante. Son corps, légèrement moins étranger.

Puis, décidant d'oublier ce qui venait d'arriver, il se tourna vers sa tante qui était en train de lui montrer deux des vêtements qui restaient de la pile de linge propre du tabouret. Le pantalon était sensiblement similaire à celui qu'il portait encore, détrempé. La chemise, dans des teintes gris perle, n'était quant à elle pas adaptée à son humeur. Il tenait toujours à s'habiller en noir. Un coup d'œil sur les habits entassés lui indiqua qu'il trouverait son bonheur.

"... Je devrais pouvoir m'en sortir. Je préfère m'en occuper seul."

Pour plusieurs raisons évidentes, il ne voulait pas se retrouver presque nu en face de Karl. L'aide de Luisa aurait été moins dérangeante, mais à peine. Il se rendit compte qu'il tenait debout tout seul quand Karl lui avança le tabouret sous les genoux. Il tenait le sèche-cheveux d'une main. L'objet paraissait avoir survécu à l'ouragan.

"Mais d'abord, assied toi. Mieux vaut commencer par sécher tout ça, histoire de se faire une idée claire de ce qu'il te reste sur la tête..."

Puis Esteban ne laissait jamais sécher ses cheveux naturellement, ce dont Karl était parfaitement au courant. Si le vampire ne semblait plus tenir à sa routine avec la même force qu'auparavant, son ami pensait qu'il serait probablement bénéfique de la lui rappeler. En bas, toutes les prises étaient très loin du canapé. Et cela lui ferait un instant d'oisiveté supplémentaire qui ne pourrait qu'améliorer son humeur, si l'on en croyait l'effet que la douche avait eu sur lui.

Il devait eu avoir raison car le vampire obtempéra sans broncher. Karl alluma donc le sèche-cheveux et s'occupa de redonner à la tignasse du vampire son fabuleux soyeux, qui faisait bien des jaloux. Il jeta un coup d'œil informatif à Luisa. Elle devait avoir remarqué autant que lui cette manière absolument inhabituelle dont Esteban se laissait traiter. Avec ses domestiques, ça n'avait jamais été un problème. Mais avec ses amis ? Avec tout membre de sa famille qui n'était pas sa mère ? Et surtout avec lui ? Il n'aurait jamais obtempéré si il avait été dans son état normal. Cela l'aurait amusé dans d'autres circonstances, mais ici, il n'était pas certain de savoir si il était inquiet, ou rassuré de le voir si coopératif.

Quand les cheveux du jeune homme furent secs, il commença à passer dans ces derniers le peigne dont il avait retiré un maximum de poussières. Les derniers résidus ne s'accrochaient pas aux cheveux d'Esteban, comme ces derniers n'étaient plus mouillés. Après un dernier geste, il se mit devant le vampire et prit un air réflexif. Esteban lui rendit un regard craintif.

"... Alors ?
- Je crois qu'il devrait y avoir moyen de garder ta longueur. Tu auras des mèches courtes à l'avant par contre, c'est certain.
- La coupe mulet n'est plus à la mode depuis un certain temps...
- Pas court à ce point, je te rassure..."


Une ondulation dans la voix, Karl se retenait de rire. Il était bon de voir Esteban revenir à lui-même. Il avait peut-être l'air fragile et fatigué, mais il reprenait doucement vie.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Sam 29 Oct - 19:40

Un échange de regards malicieux permit de clore la discussion. Peu importe ce qui avait pu être raconté, dit ou pensé jusqu'à présent, il était clair que la relation entre Karl et Luisa partait à présent sur de bonnes bases. Malgré leurs caractères très différents, ils possédaient des similarités qui ne pouvaient qu'être positives dans leur relation. De toute façon, Luisa s'entendait tellement bien avec le modèle d'une vingtaine d'année de plus qu'il aurait été étonnant que ce ne soit pas le cas avec le modèle réduit, même si cela n'avait pas commencé de la meilleure façon possible.

Après la douche, Esteban tenta de se lever et leur fit des annonces qui paraissaient un peu inquiétantes. Cependant, Luisa ne se laissa pas submerger par ses angoisses et entreprit de rassurer son neveu de quelques phrases, qui lui hocha la tête en signe d'assentiment en retour. Au moins, il comprenait maintenant tout ce qu'on lui disait et participait aux conversations, même si c'était uniquement par les gestes, ce qui était un progrès en soi. La mexicaine tentait de positiver.

Puis vint la réalisation de l'état de la salle de bains, ce qui fit descendre d'un coup l'optimisme de sa tante. Elle craignait que la réalisation ne lui remette des idées noires en tête et s'était donc tournée pour le rassurer, juste à temps pour le voir tomber dans les bras de son meilleur ami. Sourire amusé aux lèvres, elle avait trouvé là la distraction parfaite et n'avait pas hésité sur sa prochaine réplique. Elle s'était détournée aussitôt après l'avoir prononcée, ce qui fit qu'elle ne remarqua pas la réaction de Karl (et heureusement pour lui, parce que sinon elle n'aurait pas arrêté) et que les deux garçons furent de leur côté incapables de voir le rire silencieux qui lui éclairait le visage en entendant son neveu s'insurger. Ah, qu'il faisait bon de retrouver des réactions habituelles ! Luisa pouvait presque sentir un vent de légèreté passer dans la pièce, ce qui n'était pas de trop.

Occupée à récupérer la croix de son neveu et à lui choisir des vêtements sur le tabouret, elle se tourna vers les deux autres occupants de la pièce juste à temps pour voir Esteban s'accrocher au pantalon de son ami pour essayer de ne pas s'effondrer à terre. Secouant la tête avec un amusement évident, Luisa ne fit cependant pas la moindre réflexion, laissant Karl s'occuper de réprimander le jeune vampire. Et après, il osait la contredire quand elle disait qu'ils faisaient un joli couple ! Ce n'était tout de même pas de sa faute s'ils multipliaient les exemples attendrissants ! Bien que si jamais il lui venait l'idée d'exposer son point de vue, Esteban aurait tôt fait de lui expliquer, avec sa mauvaise foi légendaire, que c'était uniquement de sa faute, car sans sa première remarque il n'aurait jamais tenté de s'enfuir... Mais comme elle voyait déjà la discussion entière défiler dans son esprit, elle jugea inutile d'insister.

La mexicaine préféra hocher la tête à la réponse de son filleul, mettant l'ensemble de côté dans un coin de la pièce où ils seraient préservés du plâtre et des débris. Quand Karl prit le tabouret, elle fie de même avec l'ensemble des affaires qui restaient dessus, puis prit place contre le mur, face au duo, laissant l'étudiant s'occuper de sécher les cheveux du vampire, ce qui n'était pas une mauvaise idée.

L'impressionnante docilité d'Esteban la laissait également perplexe. Il était vrai qu'il aimait les attentions et qu'il avait toujours été un être très affectueux, mais il tenait également à prouver qu'il était capable de se débrouiller seul. C'était majoritairement pour cette raison qu'elle n'avait pas insisté pour que Karl ou elle l'aide à s'habiller : elle n'avait pas l'intention de créer une dispute à ce sujet, d'autant que l'américano-mexicain semblait tenir plus solidement sur ses deux jambes. Ils auraient certainement besoin de l'épauler dans d'autres situations plus tard, mieux valait donc préserver au maximum sa fierté mal placée.

Il restait donc étonnant que pour un geste aussi anodin qu'un séchage de cheveux Esteban se laisse faire, maintenant qu'il était en pleine possession de ses moyens. Il n'y avait bien que les domestiques (après tout, ils étaient payés pour cela) ou sa mère pour se permettre ce genre de gestes en général. Bien que surprise, Luisa n'était pas inquiète. Le néo-vamp venait de traverser une crise importante, et peut-être cherchait-il à se rassurer et à rassurer ses proches en les laissant effectuer ces gestes quotidiens. Peut-être avait-il encore besoin d'un peu de temps pour assimiler ce qu'il venait de se passer. C'était moins inquiétant que le moment où il s'était enfermé dans ses pensées avant de rejoindre la salle de bains. Il acceptait le contact, il comprenait leur présence. C'était étrange, un changement par rapport au jeune homme qu'ils connaissaient, mais cela ne paraissait pas négatif aux yeux de Luisa, qui pensait qu'il s'agissait peut-être également d'une façon de profiter de ces contacts sociaux qui lui avaient tant manqué depuis sa transformation.

Elle répondit donc à la question muette de Karl par un regard tranquille, avec un léger sourire en coin. Tant qu'il ne replongeait pas dans l'apathie ou dans l'auto-mutilation, et qu'il reprenait peu à peu vie en adoptant ses comportements habituels, ceux qui trahissaient son caractère vif, parfois boudeur mais toujours enthousiaste, cela ne pouvait pas être une mauvaise chose. La crise était passée. Cela ne voulait pas dire qu'il n'y en aurait plus, mais au moins ils avaient triomphé de celle-ci. Et Luisa espérait bien que la prochaine allait attendre qu'ils aient récupéré pour se manifester.

Le séchage laissa place à la coiffe, le peigne évinçant les dernières mèches coupées, qui tombaient doucement à terre. Luisa en suivit une des yeux, espérant que la souffrance, la tristesse et la désolation de son neveu finirait par s'échapper de la même façon. Il faudrait peut-être du temps, beaucoup de temps, mais ce jour arriverait. Elle ferait tout son possible pour qu'ils y parviennent au plus vite, dans les limites de l'évolution dont son filleul était capable. Mais elle avait bon espoir. Tous ensemble, ils devraient y arriver. Ne manquait plus qu'Olivia pour parfaire l'équation... Son regard prit une teinte sombre : avant que la mère du jeune adulte soit capable de sortir de chez elle en soirée, il allait falloir beaucoup de travail, auquel sa sœur ne pourrait pas s'atteler tant que son neveu n'irait pas un peu mieux... c'était un cercle vicieux.

Voir Karl passer devant elle pour observer la coupe d'Esteban la sortit de ses pensées, et elle pencha légèrement la tête sur le côté pour évaluer elle aussi l'étendue des dégâts. Elle partageait l'opinion de l'étudiant : ils devraient parvenir à garder la longueur, même s'il faudrait couper un peu les pointes fourchues dont il n'avait vraisemblablement pas prit soin ces derniers temps. La discussion des deux garçons lui arracha une expiration ressemblant dangereusement à un début de rire. Rien que d'imaginer son filleul avec une telle coupe...

"Je te rassure Tebi : même moi je ne laisserais pas un coiffeur te faire une telle chose. J'ai vu des photos de ton grand-père avec cette coupe et cela m'a amplement suffi pour ne plus jamais vouloir l'observer sur quiconque. Même si l'idée est alléchante, je pense que si tu veux t'admirer avec ce type de coupe, une retouche photographique devrait suffire. Tu devrais demander à Gael, il est plutôt doué pour ça."

Le garde du corps était en réalité très bon portraitiste, même si la photographie ne faisait pas parti de ses meilleurs domaines d'expertise, préférant le dessin. Mais Luisa ne se pencha pas sur les détails, convaincue que l'argentin lui en voudrait beaucoup si elle dévoilait ainsi ses petits secrets. Elle changea donc rapidement de sujet en se décollant doucement du mur.

"Maintenant que tu es propre et sec, nous allons te laisser te changer. N'hésite pas à appeler au besoin, d'accord ?"

La douceur dont elle faisait preuve n'était pas feinte. Elle savait qu'il était capable de se changer seul, elle avait bien vu qu'il tenait sur ses deux jambes et était capable de se débrouiller, mais elle restait inquiète. Peu étonnant après ce qu'ils venaient tous de subir, certainement. Elle lui tendit ses affaires avec un sourire avant de passer de l'autre côté par ce qui était la porte et de s'appuyer contre le mur de l'autre côté, soupirant en fermant les yeux. La fatigue commençait à se faire sentir, pour une raison qu'elle signifia dans un grognement plaintif.

"J'ai faim...!"

Elle espérait que le livreur n'avait pas encore appelé. Mais ils n'avaient pas pu passer quarante minutes dans cette salle de bains... si ?
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Sam 29 Oct - 22:50

L'air chaud l'avait rendu un peu somnolent, mais pas assez pour faire taire l'inquiétude qu'il ressentait face à Karl, qui était en train de le fixer. Qu'il accorde autant d'importance à sa chevelure quand sa vie entière s'était effondrée sous son poids paraissait ridicule, mais c'était comme ça. L'idée de devoir trop en couper lui serrait les entrailles. Cela faisait des années qu'il ne les avait plus portés courts.

Karl eut tôt fait de le rassurer, ce qui lui inspira une vague plaisanterie pince sans rire concernant une coupe de cheveux horrible qui était à la mode au siècle passé. Soit sa tante avait cru qu'il était sérieux - il fallait dire qu'il n'était généralement pas du genre à plaisanter sans en donner l'air, soit l'image lui avait suffisamment plu pour qu'elle la transforme en monologue complet. En tous les cas, elle choisit de sortir de son mutisme à ce moment précis, provoquant le dépit très vaguement amusé du jeune vampire. Il était mal à l'aise vis-à-vis de la proposition qu'elle lui faisait. Il espérait qu'elle, par contre, n'était pas sérieuse. Il avait toujours du mal à en être certain, avec Luisa. Et comme il était généralement le seul à douter, tout le monde à part lui ayant compris où elle cherchait à en venir, il éprouvait une humiliation cuisante à chaque fois qu'il devenait évident qu'il se trompait.

"Non merci... Si l'envie me prend de me brûler les rétines, je songerai plutôt à regarder le soleil, ça sera probablement moins douloureux."

Sa réponse avait de quoi mettre mal à l'aise pour plusieurs raisons différentes. D'une, il l'avait prononcée sur un ton si las et si fatigué qu'il était difficile de ne pas s'en inquiéter. De deux, personne ici n'était dupe. Tous savaient qu'ils étaient en présence d'un vampire suicidaire. Et ce vampire suicidaire venait d'émettre l'idée qu'il pourrait vouloir regarder le soleil en face à un moment ou à un autre. La blague passait mal, ce dont même Esteban se rendit compte, un peu tardivement, néanmoins. Il avait réussi à refroidir l'ambiance, ainsi qu'il s'en rendit vite compte en croisant l'expression soucieuse de Karl.

"... C'est la première chose qui m'est venue. Je n'y peux rien !"

Tenta t-il de s'excuser maladroitement, le nez pincé comme à son habitude. Karl eut un sourire faible. Il se força à répondre, mais on sentait que le cœur n'y était pas :

"Hey ! Personne n'a rien dit."

Peut-être valait-il mieux couper court à cet échange, qui malgré un début en beauté commençait à tourner au vinaigre. Luisa eut la bonne idée de changer de sujet de discussion. Esteban était sec, il ne lui restait plus qu'à se changer pour qu'il puisse pour de bon quitter la salle de bain sinistrée. Esteban tourna la tête vers elle. Leurs regards se croisèrent durant un temps court et qui pourtant lui sembla durer étrangement longtemps. Elle faisait preuve avec lui d'une attention qui ne lui était pas habituelle. L'ancien Esteban ne se serait rendu compte de rien. Le nouveau, en revanche, manquait tant d'affection que la moindre miette de douceur qu'on pouvait lui jeter en pâture lui apparaissait comme le nez au milieu de la figure. Ca ne ressemblait pas à Luisa, de se comporter de cette façon avec lui. Rétrospectivement, il se rendait compte qu'elle l'avait charrié beaucoup moins qu'elle l 'aurait fait en temps normal, et se malgré la façon dont il s'était donné en spectacle avec Karl. Il fallait vraiment qu'il l'eut inquiétée.

"... D'accord... Mais ça devrait aller. Ca ne prendra pas longtemps."

Il récupéra le tas de vêtements que Luisa avait dans les bras et observa les deux autres sortir, leur adressant un dernier hochement de tête afin de les rassurer avant leur départ définitif.

A l'extérieur, Luisa se plaignit, ce qui tomba dans l'oreille d'un Karl qui esquissa un rictus silencieux, mais ne fit aucun commentaire. Il préférait rester quelques minutes encore afin d'être certain que rien de fâcheux n'arrivait, sans quoi il les aurait précédés et serait retourné au niveau du canapé. Il faudrait qu'ils redescendent très vite et surveillent leurs téléphones. Puis il fallait aussi s'assurer que Gael allait bien.

Dès qu'il fut seul, Esteban se leva et posa ses affaires sur le tabouret. Il retira sa chemise lacérée - irrécupérable - et la jeta dans le panier à linge à défaut de mieux. Malgré l'état désastreux de la salle de bain il préférait éviter de laisser traîner quoique ce soit par terre. Dans le tas de linge il récupéra donc la dernière chemise noire et la passa. Il enleva son pantalon détrempé qui alla rapidement rejoindre l'autre vêtement gâché, puis il se dirigea du côté où Luisa avait laissé l'ensemble qu'elle lui avait initialement sélectionné. Il remis la chemise grise avec le reste de ses vêtements, mais il enfila le pantalon sombre. Tandis qu'il était en train de tout boutonner, un affreux sentiment de manque le gagna. Il cessa toute activité et releva la tête, alarmé. Sa panique montait, à l'instar de l'impression d'avoir été lesté de quelque chose d'éminemment important.

"... Tia ?"

Il regarda partout. L'air horrifié, il resta un long moment sur les canalisations égorgées du lavabo, dans lesquelles il serait devenu facile de perdre un petit objet. Il balaya le sol du regard une fois de plus mais la constatation restait la même : il n'y avait que des débris. Rien qui ressemblât à sa croix, ou au tissu dans lequel elle était rangée.

"TIA ?!"

Il se mit à soulever les vêtements couche par couche, juste au cas où. Lorsqu'enfin la silhouette de sa tante se dessina dans l'encadrement de la porte, il avait perdu le peu de superbe qu'il avait réussi à retrouver. Il tremblait fortement, les larmes aux yeux, son sang-froid évaporé.

"... Où est-elle ? Je ne la trouve pas... Tu l'as vue ? Je ne la trouve pas..."

Il répétait les mêmes gestes inlassablement, comme si ce rituel avait eu le pouvoir de la faire apparaître entre deux couches de tissus déjà maintes fois vérifiées.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Sam 29 Oct - 23:33

L'instant de la plaisanterie aurait pu durer un peu plus si Esteban n'y avait pas coupé court en répondant à la proposition de Luisa par une phrases qui lui glaça le sang. Et pas que le sien, si elle en croyait la fraîcheur qui venait de tomber sur la chape de plomb déjà présente en permanence dans le penthouse. Même sa répartie légendaire mit du temps à se mettre en route, ce qui permit au jeune vampire de se rendre compte qu'il n'avait peut-être pas usé de la meilleure réplique qu'il soit. Il s'excusa rapidement, ce qui retira une légère grimace à sa tante. Ce fut Karl qui trouva la force de lui répondre, même si l'on sentait bien qu'il n'était pas ravi d'avoir à le faire, ni convaincu par ce qu'il entendait.

Sentant que la conversation glissait sur un terrain dangereux, la mexicaine changea habilement de sujet, décidant qu'il était plus que temps de quitter cette pièce. Anxieuse, elle fit tout de même remarquer à son neveu qu'ils restaient juste à côté, au cas où il aurait besoin de quoi que ce soit. Le regard que son filleul lui donna en réponse lui arracha un petit sourire contrit. Il semblerait qu'elle était démasquée, et qu'il avait réalisé qu'elle n'avait pas eu la même attitude que d'habitude. Elle n'avait pas pu se le permettre. Il avait beau penser, comme une bonne partie des membres de leur famille, qu'elle n'était là que pour agir comme bon lui plaisait et les contredire en mettant au jour leurs travers (et les siens), il lui arrivait aussi d'être plus douce, plus calme, plus effacée. Seulement, habituellement, sa sœur était là pour tenir ce rôle. Elle pouvait être ce qu'elle voulait. Mais à ce moment précis, ce qu'elle voulait, c'était être un soutien pour son neveu. Et cela impliquait plus de réserve qu'à l'accoutumée.

Une fois qu'Esteban leur assura que cela irait, Karl et elle sortirent de la pièce, attendant sagement que le jeune vampire ait fini de se changer. Luisa fit une remarque plaintive qui n'avait pas pour but d'accuser quoi que ce soit. Elle n'avait pas l'intention non plus de quitter cet étage sans son neveu, pas encore tout à fait certaine qu'il pouvait être laissé seul. Mais elle sentait son ventre se tordre d'impatience et avait juste éprouvé le désir furtif de se plaindre. Elle ne répondit pas au rictus de Karl, ne pensant pas nécessaire d'épiloguer là-dessus. Son regard dériva vers les escaliers, et elle eut brièvement une pensée pour Gael. Elle trouvait étonnant de ne pas l'entendre demander des nouvelles, sachant qu'il avait risqué le trauma crânien pour venir voir ce qu'il se passait. Elle n'avait pourtant pas l'impression qu'ils aient été bruyants au point que le garde du corps puisse savoir ce qu'il en était en les ayant entendu discuter...

Elle n'avait pas entendu le premier appel d'Esteban, mais elle sursauta en percevant le second. Aussitôt, elle se mit en branle pour le rejoindre, quittant son coin de mur peut-être un peu trop vite, si elle en croyait le bref mouvement de tournis qui la prit. Elle s'appuya contre l'encadrement de la porte (ou ce qu'il en restait) et tenta de fixer son regard sur son neveu, mais il n'arrêtait pas de bouger, semblant chercher quelque chose. Entre ça et l'impression qu'elle avait de sentir la terre tourner, ce n'était pas très simple, mais il lui sembla parvenir à le regarder.

"Tebi, calme-toi... Je l'ai."

Le ton de Luisa était doux, très calme. Elle avait immédiatement compris ce qu'il cherchait, et plongea la main dans la poche de son pantalon pour en retirer le morceau de tissu dans lequel était toujours enfermé le bijou. Elle le lui tendit.

"Je ne savais pas où la mettre, aucun endroit ne me paraissait approprié, surtout si tu dois faire venir des ouvriers pour tout remplacer. J'aurais dû te prévenir que je l'avais prise, je suis désolée."

Elle avait réussi à le fixer, et on sentait qu'elle pensait le moindre de ses mots. Son regard sombre était empli de sincérité, ainsi que cette pointe d'anxiété qui ne l'avait pas quittée depuis tout à l'heure. Sa gorge s'était serrée sous le poids de l'erreur qu'elle venait de faire : serait-elle redescendue pour n'importe quelle raison, son filleul aurait pu repartir dans une autre crise. Il marchait sur des œufs si fragiles qu'il était difficile d'agir comme il le fallait. Les possibilités de faux pas étaient trop nombreuses, et Luisa se sentait extrêmement fâchée de les accumuler.

Une fois qu'il eut récupéré son bien, la mexicaine laissa tomber son bras le long de son corps, et avec lui sa tête, qui prit le parti de fixer le sol, attitude très loin de la cheffe d'entreprise hargneuse qu'elle était.

"...Je retourne t'attendre dehors."

Avant de faire ou dire une nouvelle connerie. Ou que ce foutu tournis l'empêche de marcher normalement. Une fois sortie de la pièce, elle s'assit contre le même mur que celui où elle avait attendu plus tôt, quand Esteban s'était douché seul, un moment qui lui paraissait être une éternité auparavant. Cette nuit s'étendait bien trop pour ses nerfs, pourtant généralement bien accrochés. Il était temps que le livreur arrive. Entre autres.
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Esteban Luz-Descalzo
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Dim 30 Oct - 0:13

C'était bien la première fois de sa vie qu'Esteban parvenait à se calmer aussi vite qu'on le lui avait demandé. C'était probablement parce que la demande en question avait été suivie d'un "je l'ai" inespéré, grâce auquel il retrouva sa respiration perdue au gré d'un long hoquet tout ce qu'il y avait de moins contrôlé. Les larmes coulaient et et ses yeux écarquillés posèrent leur brillance avide sur la petite croix que Luisa lui tendait. Jamais il n'avait été aussi heureux de voir sa forme fantomatique apparaître au travers de cette manche déchirée. Probablement parce qu'il avait longuement été contrarié de ne plus pouvoir la porter. Aujourd'hui, ce n'était plus quelque chose qu'il souhaitait être en mesure de faire, mais il n'aurait pas supporté de l'avoir égarée. C'aurait été comme d'égarer sa mère elle-même. Il ne pouvait plus la voir, mais il voulait la savoir à un endroit sain et sécurisé.

"Oh D... Merci ! J'avais tellement peur qu'elle soit tombée dans le trou... J'ai cru que c'était vraiment arrivé..."

Il écouta d'une oreille distraite les explications données par Luisa, qui à ses yeux n'étaient que très accessoires car il ne lui en voulait de rien. Au contraire : elle avait pris soin de son plus précieux bien pour lui et si elle ne s'en était pas occupée, ce qu'il avait craint de voir arriver ce serait peut-être effectivement réalisé.

"Elle est en sécurité... C'est tout ce qui compte.. Merci tia... En sécurité..."

Cette manière qu'il avait de répéter certains mots, certains bout de phase, avait quelque chose de dérangeant. Le timbre de sa voix restait extrêmement tendu. Il couvait quelque chose de malsain. Une dynamique instable qu'on avait déjà vue à l'action et qui restait malheureusement présente en trame de fond, en permanence, quand bien même elle baissait en intensité à intervalle régulier jusqu'à se faire entièrement oublier.

Il releva le nez au moment où elle baissait le sien, si bien qu'elle n'eut peut-être pas le temps de croiser le sourire tremblant qui apparaissait sur les lèvres de son neveu. Lui-même n'eut pas la délicatesse de comprendre son langage corporel et ne prit donc absolument pas conscience de la culpabilité qui la rongeait. La cécité sociale d'Esteban faisait encore des siennes, toujours dans les moments les plus inadaptés.

Elle le prévint qu'elle allait retourner l'attendre dehors, mais il n'en vit pas l'intérêt, car il en avait terminé ici. Il avait oublié que certains de ses boutons n'étaient pas tout à fait correctement fermés, et que sa mise était entièrement bancale. La crainte d'avoir perdu sa croix et le soulagement qui avait suivi l'avaient tant et si bien pris à la gorge qu'il flottait dorénavant sur un nuage étourdi, qui l'amena à se dresser très vite et à marcher sur les talons de Luisa, plus gai qu'il ne l'avait jamais été depuis qu'elle était rentrée dans le penthouse. Karl remarqua l'expression du vampire lorsqu'il sortit de la pièce et souleva un sourcil étonné, mais l'idée ne lui vint pas de s'en réjouir. Ils avaient vu avec quelle vitesse Esteban était capable d'aller du soleil à l'orage et inversement. Il avait toujours été comme ça mais sa santé mentale fragilisée le rendait encore plus lunatique qu'il ne l'était au naturel.

"Ce n'est pas le moment de s'asseoir ici, tia ! J'ai terminé, tu vois bien... ! Je croyais que tu avais faim ?"

Les yeux fixés sur le bien qu'il tenait entre ses mains comme si il s'était agi d'une relique issue du corps du messie lui-même, Esteban avançait d'un pas trop guilleret dans les escaliers. Il fallait qu'il trouve un nouvel endroit où la poser, où elle ne se détériorerait pas et où elle ne pourrait être égarée. Mais où ? L'air affecté, il prit une pause et regarda autour de lui. Le fait qu'il n'y eut pas de meuble dans ce penthouse lui rendait la tâche ardue. Il sauta en l'air en se souvenant que sa table basse avait des tiroirs et sans plus de manières, il fonça au niveau du canapé, afin de cacher l'objet à l'intérieur du fameux compartiment.

Karl avait toujours les sourcils levés. Appuyé contre le mur, les bras croisés, il regardait son ami faire sans vraiment croire à ce qu'il voyait.

"... J'aimerais dire que ça me rassure de le voir comme ça... Mais je suis à peu près certain qu'il n'a mis qu'une chaussure sur deux, et que ses boutons sont attachés de travers."

L'ouïe vampirique avait cela d'agaçant qu'elle était un peu trop efficace, selon Karl.

"COMMENT ÇA de travers ? Je ne fais pas ce genre de... Ah."

Quoique. Finalement, ça avait un côté drôle.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Dim 30 Oct - 9:39

Esteban n'avait absolument pas l'air de lui en vouloir, mais ce n'était pas ce qui rassurait Luisa. Au contraire, elle l'observait avec circonspection. Il avait les yeux fixés sur cette croix et parlait presque pour lui seul, répétant des parties de sa phrase à la façon d'une personne dont la santé mentale était vacillante. Ce n'était pas son éloquence habituelle qui s'exprimait, c'était quelque chose d'autre. Quelque chose de dangereux, si l'on n'y prêtait pas garde.

La mexicaine se demandait à quel point son neveu faisait le parallèle entre le bijou et sa mère. Était-ce vraiment cette croix, qu'il voulait voir en sécurité ? Certainement, car il s'agissait d'un souvenir, d'u lien à sa mère qu'il ne voulait pas perdre, mais elle avait l'impression qu'une part de lui songeait que si cet objet était sain et sauf, alors Olivia le serait aussi. Comme s'il prenait soin d'elle à travers le bijou, et inversement. Pourtant, pour avoir rendu plusieurs fois visite à sa sœur depuis son emménagement, Luisa savait que si la riche héritière était (relativement) saine et en sécurité, ce n'était que grâce à l'équipe de domestiques de la Casa del Sol qui s'assuraient qu'elle mange à chaque repas, même des doses minimes, ainsi qu'à Gael, qui faisait tout son possible pour qu'elle reprenne une vie normale, sans cette peur du noir particulièrement handicapante, tout en gardant un œil sur elle. Entre l'inquiétude qu'il avait pour elle, et celle qu'il avait développée pour Esteban ces dernières semaines, la tête constamment entre deux eaux, le pauvre homme devait être épuisé. Luisa lui avait souvent dit qu'il travaillait trop, mais il n'avait jamais rien voulu entendre.

Prise dans ses réflexions, elle n'avait pas remarqué qu'Esteban la suivait hors de la salle de bains, ni même qu'il lui adressait la parole. Ce fut donc en le voyant passer devant elle, le yeux toujours fixés sur le mini baluchon de fortune, qu'elle haussa un sourcil étonné. Un regard à Karl lui montra qu'il observait son ami exactement dans la même position, ce qui aurait pu la faire sourire en d'autres circonstances. Là, elle trouvait plutôt cela inquiétant qu'ils soient deux à penser plus ou moins la même chose.

La discussion (par ouïe vampirique interposée) entre les deux garçons eut le mérite de faire légèrement sourire une Luisa qui se relevait doucement pour éviter le malaise avant de se diriger à nouveau vers ce qu'il restait de la salle de bains. Elle en ressortit quelques secondes plus tard en brandissant en direction de Karl une chaussure que son filleul devait effectivement avoir laissée derrière lui. Elle s'approcha de l'étudiant, un petit sourire amusé au coin des lèvres.

"Je pense qu'il mériterait qu'on la lui jette dessus. Mais je ne voudrais pas toucher le Gaucho. Dans son état normal, il attraperait le projectile sans problème, mais là je sens qu'il risquerait plus de me grogner dessus qu'autre chose..."

Un peu de légèreté ne faisait pas de mal, et quelque chose incitait Luisa à partager certaines de ses anecdotes sur le garde du corps avec le jeune homme (celle d'après "repas" était un bonus, prioritairement faite pour ennuyer l'argentin). Peut-être parce qu'elle avait senti qu'ils étaient proches et qu'elle savait que son ami avait du mal à aller vers les autres, alors qu'il était absolument extraordinaire. Ceci dit, le modèle miniature qu'elle avait à ses côtés paraissait fait du même bois... ce qui était peu étonnant. Après tout, Olivia et Esteban se ressemblaient tellement qu'il ne fallait pas être surpris qu'ils s'entourent du même type de personnes... Heureusement, à ce niveau-là, ils ne choisissaient pas si mal.

Puisqu'ils n'avaient plus rien à faire en haut, Karl et Luisa entreprirent de descendre à leur tour les escaliers, la mexicaine peut-être plus doucement que prévu faute à la fatigue et au malaise qu'elle sentait non loin. Bien qu'elle n'eut pas fait de mouvements trop brusques depuis sa montée des étages, le niveau émotionnel avait joué au yo-yo et la brune sentait qu'elle n'était pas très loin du point de rupture. Heureusement, le livreur devrait arriver bientôt, s'il n'avait pas déjà appelé sur les téléphone de Karl pour préciser qu'il poireautait en bas.

Plus ou moins rapidement donc, ils arrivèrent dans ce qu'on dénominait arbitrairement "salon" à cause de la présence du canapé et de la table basse, uniques mobiliers de l'appartement... du moins des pièces que Luisa avait visitées, mais si elle se fiait aux cartons à peine dérangés et à l'état général de son neveu, elle doutait qu'il ait prit le temps de faire de la décoration. Ce qui est dommage, cela l'aurait occupé.

"Tu sais Tebi, une fois qu'on se sera occupés de tes cheveux, il faudra faire venir quelqu'un pour ta salle de bains. Je connais un décorateur dont les motifs d'inspiration Aztèques sont sublimes et qui possède un style assez aérien pour que cela ne dénote pas avec le reste du penthouse. Gael, tu le connais, non ? ... Gael ?"

Le garde du corps ne répondait pas. Ce n'était pas toujours un problème en soi, sauf qu'en général quand on lui posait une question il faisait quand même mine d'écouter, ou juste d'avoir entendu, par un mouvement de tête ou un marmonnement quelconque. Et là... rien. La masse dans le canapé ne bougeait pas. Luisa sentit l'inquiétude monter en flèche, accélérant son rythme cardiaque, et elle s'approcha très vite du canapé, espérant intérieurement que tout aille bien. Elle avait toujours la chaussure de son neveu à la main, ce qui était par ailleurs passablement ridicule. Mais pour le moment, ses priorités avaient changées.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Dim 30 Oct - 10:29

Malgré un bout de discussion très amusant qui fit sourire tant Luisa que Karl lui-même, ce dernier continuait de sentir une lame virtuellement posée contre leur gorge, menaçante. Un danger vertigineux contenu dans une fiole si fragile qu'il suffisait de mal la manipuler pour qu'elle se brise. Ils marchaient sur une corde d'équilibriste. Malheureusement, il craignait que ce ne fut pas un état exceptionnel mais bel et bien celui dans lequel Esteban était durablement plongé depuis plusieurs semaines. Il auraient pourtant eu besoin que l'héritier Luz-Descalzo fasse preuve d'un peu de stabilité, ne serait-ce que durant quelques dizaines de minutes, afin qu'ils puissent souffler, se remettre de leurs émotions. Les siennes continuaient de bouillonner derrière son barrage fissuré, qu'il ne tenait en place qu'à grand renfort d'efforts silencieux. Il allait probablement falloir songer à ne pas trop solliciter le vampire pendant qu'ils prendraient leur repas, afin d'éviter tout risque de provoquer un nouveau cataclysme. Et il faudrait espérer que cela suffise, car l'esprit tortueux d'Esteban, mélangé à un peu trop de temps passé à réfléchir seul dans son coin pouvaient aussi faire des dégâts monstrueux. Ils avaient eu l'occasion de s'en rendre compte plus tôt.

Luisa vint lui dire quelque chose dans l'oreille, sur le ton de la confidence. Elle essayait probablement d'échapper à l'ouïe acérée d'Esteban et elle semblait y être arrivée, à moins qu'il fut trop occupé pour l'écouter s'exprimer. L'espace d'un instant il ne sut plus de qui elle parlait. La suite lui permit de comprendre qu'elle cherchait à viser le vampire et pensait que le garde du corps aurait su rattraper le projectile en cas de trajectoire déviée, mais pas avant qu'un certain nombre de questions lui traversent l'esprit : Voulait-elle se venger de Gael pour ne pas avoir cherché à savoir ce qui arrivait dans la douche ? Le pauvre homme avait bien eu raison de laisser couler. Il avait un besoin urgent de repos et il avait déjà fallu le rappeler à l'ordre une fois. D'Esteban, alors ? Il aurait été malheureux de le rendre responsable de sa maladresse légendaire et plus encore d'une étourderie transcendée par une crise mentale dont ils n'imaginaient probablement pas l'ampleur.  Autant de raisons qui lui rendirent la plaisanterie un peu amère. Il aurait aimé rire afin de détendre l'ambiance, mais il ne parvint qu'à grimacer.

"Si c'est Esteban qui est touché cela dit, ça risque d'être pire que quelques grognements... Je propose de ne pas vérifier."

Encore une phrase qui ne termina dans aucune oreille vampirique, comme il n'y eut aucune réponse venant d'en bas. Il en fut d'abord rassuré, avant de commencer à trouver ce manque de répartie au contraire angoissant. Et si Esteban avait de nouveau décroché de la réalité ? Ils n'avaient plus rien à faire en haut, et tout en bas, pour des raisons qui commençaient à devenir nombreuses. Karl pressa donc le pas, forcé de ralentir malgré tout lorsqu'ils approchèrent des escaliers, car la mexicaine semblait éprouver quelques difficultés à les descendre. Habitué à Esteban, qui dans son état normal refusait toute forme d'aide jusqu'au moment où cette dernière apparaissait comme essentiellement nécessaire, il ne fit aucun geste dans sa direction mais resta proche et dans une attitude indiquant qu'elle pouvait s'accrocher à lui si le besoin s'en faisait sentir. Rien jusqu'à présent ne lui avait laissé entendre que la cadette Selva Moreno ne partageait pas cette tendance à être trop fier pour admettre sa faiblesse avec son neveu.

Au moment où ils arrivaient sur la plateforme du "salon", Esteban était en train de reboutonner les derniers éléments récalcitrants de sa chemise, sur laquelle il tira, satisfait. Pour sa chaussure, c'était une autre paire de manche, dont il s'occuperait... Mais plus tard. Le tiroir de la table fermé, il avait terminé sa mission et le sentiment qu'il en retirait était... semblable à une fiente de pigeon qui se serait écrasée sur un pare-brise. Son élan de motivation s'effondra sur lui-même. Son volume gigantesque fondit comme si il n'avait jamais existé, et il ne se retrouva plus qu'avec une petite parcelle d'énergie tout juste suffisante pour qu'il puisse se mouvoir. Ses traits se tassèrent. Ses yeux retrouvèrent leur vacuité inquiétante. Voilà. On y était. De nouveau plus d'objectif ni de raison d'être à défaut du procès, qui se déroulait avec une lenteur insupportable et ne réussissait certainement pas à combler ses journées et ses nuits de torture existentielle. Il se rendit compte que Luisa lui parlait depuis un moment. Un décorateur ?

"... Je ne peux pas faire venir trop de monde ici. C'est risqué, tu le sais bien."

Cependant, il serait certes un peu gênant qu'il laisse sa salle de bain en l'état. Il y aurait des jours où il devrait voir son avocat et il aurait besoin d'un miroir. Il pouvait s'en procurer un de poche, certes. Ou sur pied. Mais il risquait aussi de mettre du plâtre plein ses vêtements sans s'en rendre compte. Un bon balai ferait peut-être l'affaire...

Par habitude, par réflexe, il avait plus ou moins rampé en direction du canapé sur lequel était couché Gael. Sa présence ne suffit pas à l'empêcher de grimper sur le meuble et de se faire une place tout au bout. Il n'y avait qu'ici qu'il se sentait à sa place, dans ce grand appartement vide. C'était ici qu'il devait être et qu'il devait passer son temps en attendant d'avoir des nouvelles. Incrusté dans le sofa plus qu'il n'était couché dessus, il entendait Luisa s'époumoner en direction du garde de sa mère. De quoi s'inquiétait-elle ?

"... Ne hurle pas tia... Il dort. Son cœur bat normalement et sa respiration est régulière."

Il n'était pas certain de savoir ce qui lui permettait d'en être sûr... Mais il le savait. C'était comme ça. Si les constantes vitales du garde avaient changé, il l'aurait senti. C'était un sens particulier qu'avaient les vampires, capables par le biais de tout un tas de perceptions de connaître d'instinct l'énergie vitale dont disposait chaque créature. Celle de Gael était éclatante, même si fragilisée par une anémie qui avait failli être très dangereuse. Il sentait le regard de Karl sur lui, au minimum.

Eh bien quoi ? Était-on étonné qu'il parle comme un vampire maintenant que c'était ce qu'il était ? Il soupira de dépit et enfonça son nez dans la mousse du canapé comme un chiot l'aurait fait contre le ventre de sa mère. Ses mains glissèrent contre la surface douce avant qu'il ne cesse entièrement de bouger et fixe le vide. Et attende, sans trop savoir quoi exactement.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Dim 30 Oct - 20:32

Luisa n'avait pas vraiment l'intention de lui lancer la chaussure dessus. Et elle plaisantait, quand elle disait que quiconque (Esteban ou Gael) méritait un coup de chaussure parfaitement cirée (même s'il faudrait passer un coup pour ôter le plâtre). Mais apparemment sa plaisanterie n'avait pas été aussi bien prise que cela. Elle aurait dû s'en douter : tout comme Gael, Karl était peut-être un peu trop terre à terre, parfois... Parce que cela ne pouvait pas être elle qui ne prenait pas assez les choses au sérieux. Jamais.

La mexicaine n'avait pas l'intention de s'expliquer là-dessus. Pour cette raison, elle ne répondit pas à Karl, se contentant de lui faire un petit sourire et de commencer à descendre les marches, doucement, histoire d'éviter le malaise et de dégringoler comme le garde du corps de sa sœur avait failli le faire. Karl semblait pressé d'arriver en bas et elle ne pouvait que le comprendre, sachant que le silence soudain d'Esteban était aussi inquiétant que son revirement de joie. Il était toujours passé du coq à l'âne, dans ses humeurs comme dans ses envies ou ses conversations, mais il y avait dans ces changements brutaux une violence qui n'existait pas auparavant. Certainement liée à son état peu stable, ce qui inquiétait la cheffe d'entreprise plus qu'elle ne voulait l'admettre. Et qui lui faisait ironiquement penser que cet enfant était vraiment le fils de sa mère.

Elle grogna légèrement (rappelant à qui l'entendait un certain argentin) en notant que l'étudiant avait ralenti le pas dès qu'ils avaient commencé à descendre les escaliers, cherchant certainement à rester prêt d'elle pour l'aider au besoin. Elle était touchée par sa sollicitude, vraiment. Mais elle avait sa fierté.

"Ne t'inquiète pas, Karl. Ça va, je fais attention. File donc."

Son ton n'était pas mauvais, mais on sentait que l'idée d'être impotente l'agaçait sérieusement. Une certaine tendresse sous-jacente montrait néanmoins qu'elle appréciait l'initiative du jeune homme autant qu'elle ne souhaitait pas en profiter. Et après on se demandait d'où Esteban tenait cette tendance à vouloir se débrouiller tout seul peu importe son état... Mais il ne fallait pas lui dire, elle se récrierait trop fortement.

Ils arrivèrent donc en bas sans que Karl n'accélère le pas (ce jeune homme était trop adorable pour être honnête, décida Luisa dans un accès de mauvaise foi qui ne durerait pas) et Luisa décida de lancer le sujet du réaménagement du penthouse. Esteban avait beau protester, il allait falloir faire quelque chose, car il ne pouvait pas rester ainsi. Il ne s'agissait pas seulement d'une salle de bains impraticable : l'ensemble de son appartement-terrasse avait hautement besoin de matériel. Esteban avait besoin de se sentir chez lui ici, et cela n'allait certainement pas être le cas tant qu'il n'aurait que deux meubles et des cartons à peine éventrés dans l'entrée.

Elle voulut lui proposer de venir de servir chez elle (elle pouvait toujours recommander des meubles, elle), voire se faire livrer chez elle pour ensuite monter ses affaires (après tout, c'était un vampire maintenant, il pouvait sûrement porter un lit seul, non ?), même si de façon plus diplomatique et avec plus de ronds de jambes, parce qu'elle n'était toujours pas convaincue que maintenant soit le bon moment pour annoncer à son filleul qu'elle avait eu la chance de prendre un appartement dans le même immeuble que lui.

Toutes ces considérations étaient donc sur le bout de sa langue quand elle se rendit compte de Gael ne réagissait pas à la moindre de ses stimulation. Ni quand ils étaient en haut, ni maintenant, alors qu'elle l'appelait. Brusquement, l'angoisse qu'il lui soit arrivé quelque chose pendant qu'ils l'avaient laissé seul l'étreignit, et elle fut incapable de bouger. Puis, tout aussi rapidement, ses jambes de débloquèrent assez pour qu'elle se précipite vers lui, les yeux grands ouverts. Ce fut la réplique d'Esteban qui la calma aussitôt, et elle tourna son regard sombre élargi par l'anxiété vers son neveu, sans un mot. Enfin, la réflexion fit son chemin.

"Il... dort ?"

Son regard -qui retrouvait petit à petit une taille normale- passa de son neveu à Gael. Il avait effectivement l'air paisible. Et si Esteban disait que tout était normal, elle n'avait pas de raison de ne pas le croire. Elle tourna à nouveau la tête vers le vampire. C'était bien, qu'il sache ça. Dans un coin de sa tête, son esprit cynique se dit que c'était vraiment une bonne chose qu'il ne voie pas sa mère de suite... parce que si des humains comme elle étaient capables de voir qu'elle n'allait pas bien, il serait sûrement encore plus touché par ce qu'il pourrait percevoir. Elle fit un petit sourire soulagé à Esteban, puis baissa la tête vers le garde du corps. Elle posa doucement sa main sur sa joue, et elle sentit l'homme réagir... pour tourner la tête de l'autre côté, ce qui fit retomber sa main. Luisa fit la moue.

"...Ingrat."

Le ton de la mexicaine était cependant très doux, loin de la colère que le mot était censé représenter. Lentement, Luisa se déplaça pour aller du côté d'Esteban, qui s'était installé sur un bout de canapé, la tête fourrée dans le tissu, les yeux dans le vide. Elle posa une main sur l'épaule de son filleul et lui plaqua une bise sur la joue.

"Merci, Tebi."

Elle ne précisa pas plus. Elle n'avait pas envie de s'étendre sur les possibilités qui se seraient ouvertes s'il n'était pas intervenu. L'idée d'avoir évité un drame pour être témoin d'un autre, la culpabilité qui l'aurait rongée parce qu'elle avait été celle qui lui avait demandé de venir, voire même l'air grognon du garde du corps mal léché au réveil (même si ça, elle aurait pu le dire, ç'aurait été drôle)... non, il fallait mieux ne pas s'appesantir sur les drames évités. Ils en avaient déjà assez subis en direct.

"Tiens."

Luisa lui tendit la chaussure qu'elle tenait toujours à la main. Maintenant qu'elle n'était plus victime du stress de savoir Gael entre la vie et la mort, la faim commençait à reprendre le dessus. Et le vertige, se rendit-elle rapidement compte. Comme quoi, les débordements d'adrénaline ce n'était pas toujours très bon. Elle prit donc le parti de s'asseoir par terre, entre le canapé et la table basse, au niveau de son neveu. Son regard chercha Karl, et elle haussa un sourcil interrogatif dans sa direction.

"Des nouvelles du livreur ?"

Plus le temps passait, plus elle voyait le moment où ils se nourriraient à leur tour comme une libération. Comme si manger pourrait lui permettre d'évacuer tout le stress accumulé depuis qu'elle avait essayé de passer cette porte d'entrée pour la première fois. Elle laissa partir sa tête en arrière, entrant en contact avec les jambes de son filleul.
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Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.

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