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 Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.

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Luisa Selva Moreno
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MessageSujet: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Sam 16 Juil - 20:14

Il n'avait pas fallu très longtemps à Luisa pour s'installer. Quelques jours tout au plus. Il faut dire qu'elle avait eu la chance de trouver un appartement de taille convenable et bien placé très rapidement. En réalité, la voiture qu'elle avait commandée dans l'avion était venue la chercher à l'aéroport, pour l'amener directement à l'agence où elle avait pu signer la transaction et devenir propriétaire avant même d'effectuer la moindre visite. Elle en avait fait une virtuelle en classe business, et cela lui avait suffi, avait-elle déclaré avec cet air tranquille et ce flegme digne de ceux qui n'avaient pas à se soucier de la façon dont ils dépensaient des sommes "ridicules", selon eux. L'agent immobilier, sentant le filon, avait tenté de lui proposer d'autres biens, parce que :

"L'appartement-terrasse de cet immeuble a été acheté il y a peu, mais vous pourriez bénéficier d'une vue toute aussi splendide si vous vous penchiez sur ce penthouse-ci, à quelques centaines de mètres à peine..."

Manque de pot pour sa commission, la Selva Moreno (pas têtue pour un sou), n'en avait pas démordu. Elle avait adoré ce qu'elle avait vu de cet appartement, et si elle voulait profiter du soleil ou de la vue, elle rentrait à Veracruz ou à Cancún, ce n'était pas comme si elle n'avait pas les moyens. Et puis, quelque chose lui disait que cet appartement était le bon, et Luisa avait trop l'habitude de faire confiance à son instinct pour écouter les arguments qu'on pouvait lui opposer.

Elle s'était donc installée quelques heures à peine après avoir atterri, puis avait commencé le bal des livreurs en tous genres, dont certains à qui elle avait pris la peine d'offrir le café (...une fois qu'elle eut reçu la cafetière) pour bénéficier du plaisir de leur compagnie un peu plus longtemps. Enfin, elle s'était effondrée dans un lit tout neuf, épuisée d'avoir dû mener de front son emménagement, la gestion de ses affaires (elle avait en effet passé la moitié de son temps le smartphone à l'oreille, donnant des directives aux divers arrivant par de nombreux gestes) et de sa vie privée, ayant rappelé Gael à la nuit tombée pour prendre des nouvelles et annoncer son installation. Dès le lendemain, le vrai travail commençait.

Une semaine était passée depuis, et Luisa s'était habituée à la ville bien plus facilement qu'elle ne l'aurait cru. La Nouvelle-Orléans avait cette étincelle accueillante et cette atmosphère agréable qui faisait qu'on s'y sentait rapidement à l'aise. A quelques égards, cela lui rappelait Haïti. Sous couvert de balades, elle avait pris ses marques, et même si elle s'était perdue une ou deux fois dans des quartiers où elle n'avait pas vraiment eu l'intention d'aller à la base, la mexicaine avait eu l'occasion de commencer à comprendre ce qui pouvait attirer dans de monde dans cette ville.

Elle n'avait pourtant pas uniquement passé son temps à faire du tourisme. Evidemment, Luisa avait rendu visite à sa soeur, dont l'état l'avait inquiétée plus qu'elle ne l'avait laissé paraître. Quelques discussions sérieuses avec Gael plus tard, elle avait décidé de prendre les choses en main de son côté : le garde du corps avait déjà assez à faire avec Olivia, mais il restait très important de trouver Esteban. Luisa connaissait bien son neveu et filleul, et elle était persuadée qu'il ne s'était pas éloigné : sa fuite avait été trop brutale pour être prévue au point de comprendre un voyage, et s'il voulait continuer le combat qui était le sien contre l'enfoiré de première qui lui servait de père il devait rester en contact très régulier avec son avocat. Luisa avait donc commencé par cuisiner ce dernier, qui ne savait pas grand chose, malheureusement, mais partageait les soupçons de la cheffe d'entreprise sur le non-éloignement de l'héritier. Elle avait donc décidé de continuer à faire confiance à son instinct.

Un jour qu'elle prenait l'ascenseur pour se rendre à son étage, son regard avait dérivé sur la petite serrure qui permettait aux habitants du dernier étage d'accéder à leur penthouse. Elle se souvint alors de la remarque de l'agent immobilier, quelques jours plus tôt. Et là, son instinct la fit tiquer. Se pourrait-il... ?

"Mademoiselle Luisa", comme on l'appelle au Mexique, avait alors commencé son enquête. Sous couvert de chercher à connaître ses voisins, elle s'était présentée à plusieurs d'entre eux, non pas avec des petits gâteaux (elle n'avait pas assez de talents de cuisinière pour cela) mais avec un sourire aimable et un bagout tel que les portes s'ouvraient sans le moindre problème. Elle eut plusieurs fois droit à une réflexion selon laquelle elle se présentait, "elle au moins !", ce qui ne fit que renforcer son impression concernant l'habitant de l'appartement-terrasse. D'autres la reconnurent, ce qui froissa quelque peu son sourire aimable : elle n'avait pas vraiment besoin de ça. Mais cela ne l'empêcha pas de récolter les informations qu'elle souhaitait. Au contraire, cet ancien trader à la retraite avait des idées intéressantes, qu'elle pourrait éventuellement songer à exploiter... plus tard. Pour le moment, elle était occupée.

Des discussions avec les divers gardiens de l'immeuble et membres de la sécurité lui avaient permis de confirmer ses soupçons : personne n'avait vu le nouvel acquéreur. Par contre, un camion de déménagement contenant ses affaires était passé. De nuit. A ce stade, Luisa n'avait presque plus de doutes (et dans le pire des cas, si elle se trompait, elle élargirait son cercle de connaissances). Ne lui manquait plus qu'une occasion.

"Bonjour, j'ai un colis pour le penthouse..."

Et la voilà qui arrivait. Comptant sur le fait qu'Esteban finirait, à un moment ou un autre, par devoir se faire livrer quelque chose (soyons sérieux, c'était son studio qu'il avait vidé et il n'y avait rien dans ce taudis d'étudiant... rien qui satisfasse un Luz-Descalzo digne de ce nom, en tous cas), Luisa avait passé plusieurs soirées d'affilé à attendre dans le hall qu'une telle demande se fasse. Comme quoi, il faisait bon avoir son nez, parfois. Avec un moue satisfaite, elle se dirigea vers les ascenseurs, attendant que le jeune homme le rejoigne. Elle lui adressa un sourire aimable, auquel il répondit de façon un peu plus réservée. Il s'agissait d'un ado, qui faisait probablement ce boulot le soir pour gagner un peu d'argent de poche, comme le faisaient presque tous les américains. Et qui regardait alternativement sa montre l'indicateur d'étage. Exactement ce qu'il lui fallait.

"Vous montez au penthouse ?
-Ouais, j'ai une livraison à faire... un colis à déposer."

Il montra de la tête le carton peu large qui lui arrivait un peu au-dessus de la taille. Rien que Luisa ne pouvait porter, donc. Son sourire s'agrandit.

"C'est mon neveu qui habite là-haut, j'allais justement lui rendre visite, vous voulez que je m'en charge ?"

Le jeune homme lui jeta un regard mitigé. Visiblement, il avait des directives, et il rechignait à les outrepasser. La mexicaine lui répondit par un regard entendu.

"J'ai cru comprendre que tu avais l'air pressé, et je t'assure que je monte." Puis elle ajouta, tentant un coup de poker. "Ton rendez-vous va t'en vouloir si tu es en retard, c'est ça ?"

Un nouvel aller-retour, entre l'ascenseur et elle, cette fois. Avant qu'un soupire gêné s'échappe du livreur.

"...Vous avez pas idée. J'avais trois minutes de retard la dernière fois et j'ai cru qu'il allait me tordre le cou... Pour un métamorphe chimpanzé, il est drôlement à cheval sur les horaires ! ...Sans mauvais jeu de mots."

Luisa pouffa légèrement et vit le livreur se détendre quelque peu. Elle posa une main sur son épaule tandis que l'ascenseur sonnait son arrivée au rez-de-chaussée.

"Je m'en occupe, va. Y'a rien de pire que de commencer un rendez-vous sur une dispute ! Tu n'avais qu'à déposer le colis, de toute façons. Ce n'est pas comme si ton patron attendait une signature."

Le dernier argument fit son effet, et le livreur abdiqua, lui laissant le paquet et la clé qui permettait d'accéder au dernier étage. Depuis l'intérieur de la cage d'ascenseur, Luisa lui fit un signe de la main tout en lui souhaitant bonne chance. Ah, les amours de jeunesse, il n'y avait que ça de vrai...

La curiosité la rongeait, mais elle s'abstint de vérifier le contenu du paquet. Après tout, il pouvait ne pas appartenir à Esteban. C'était un jeu dangereux auquel elle jouait en ce moment, mieux valait préparer ses arguments au cas où la personne qui l'accueillait là-haut n'était pas celle qu'elle s'attendait à voir... parce que dans le cas contraire, par contre, elle savait déjà tout ce qu'elle voulait dire.

Les portes s'ouvrirent bientôt sur le hall d'entrée du penthouse. Sans fenêtres, sol en carrelage noir, les quelques mètres carrés séparant la cage de l'entrée de l'appartement étaient faits de murs en métal brossé, avec des plaques incrustées entre les pans de métal, qui rompaient avec l'austérité de l'ensemble. Heureusement d'ailleurs, sinon Luisa aurait presque eu l'impression de se retrouver dans une antichambre mortuaire. L'ironie à son apogée. Il y avait également des gravures sur les plaques. La mexicaine s'approcha de l'une d'entre elles. Translucides, elles étaient légèrement penchées en avant et éclairées de l'intérieur par des lampes à LED dans des tons de bleu clair apaisants. Un mur d'eau, éclairé lui aussi, recouvrait le pan du mur où se trouve la porte. En bas, l'eau dégouline dans un petit caniveau qui fait le tour de la pièce, avant d'être évacuée par le système qui la réinjecte au sommet de la cascade. Système écologique qui gagna l'approbation de la mexicaine. Sous ses pieds, un tapis hors de prix, et une console luxueuse sans être exubérante était posée contre un autre mur. Luisa laissa échapper un sifflement admiratif. Si c'était bien son neveu à l'intérieur, elle commençait à comprendre pourquoi il avait choisit cet immeuble plutôt que celui que l'agent immobilier avait tenté de lui faire acheter.

Sans laisser le temps à quiconque se trouvant à l'intérieur de l'entendre et de réfléchir plus avant, elle appuya le paquet contre le mur près de la porte et frappa trois coups vigoureux. C'était l'heure du verdict.
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Esteban Luz-Descalzo
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Sam 16 Juil - 22:07

Les paupières d'Esteban frissonnèrent tandis que, doucement, sa conscience s'extirpait des couches de sommeil moelleuses qui l'entouraient confortablement. Parfaitement immobile, silencieux, gourd, il faisait de son mieux pour oublier ce fil de conscience aigu qui tentait de le tirer du rêve, pour le jeter en proie à une réalité glaciale, contondante, qu'il n'avait pas la force d'affronter. En quelques semaines, il était devenu expert pour ce qui était de se rendormir même lorsqu'il n'avait absolument plus sommeil. N'ayant la plupart du temps rien à faire de ses journées ni de ses nuits, il comblait le désintérêt et la souffrance par une inconscience salvatrice, quoique parfois ponctuée de cauchemars cruels.

Bien que le manque de sang et que ses crises de nerfs récurrentes le laissèrent de plus en plus exténué, il était impossible pour lui de dormir éternellement. Les moments où son corps le lui rappelait constituaient la première étape d'une salve fort désagréable, qui deviendrait sa prochaine nuit, ou sa prochaine journée. Quelque chose dans sa tête tirait, pinçait. Son attention refusait de lâcher prise. Quelque chose n'allait pas. Quelque chose faisait mal et le dérangeait atrocement.

C'était généralement à ce moment qu'il se rendait compte de la boule douloureuse qui brûlait le fond de sa gorge. Du trou béant dont irradiait le vide, au milieu de sa poitrine. De l'élancement douceâtre qu'il lui arrivait encore de ressentir en dessous des ongles, car sa régénération était devenue plus lente et plus laborieuse. Il se sentait subitement misérable. Les réalités du monde physique redevenaient une évidence et il serrait ces dents détestables en frottant le liquide poisseux, semi-séché, qui recouvrait encore ses joues. Cette fois n'avait pas été différente des autres. Enfin totalement réveillé, Esteban se laissa peser mollement contre le coin de mur vierge qui lui servait de tanière. Il était perclus de douleur fantômes. Issues de son imagination, ou des réalités d'un corps qui a force de privations semblait vouloir imiter une vie souffreteuse, rachitique ? Quelle que fut la réponse à cette question, il se sentait presque aussi malade qu'au temps de son humanité défaillante.

Ses yeux brouillés, dénués de la moindre once de vie, coururent sur le mur où ses doigts avaient déposé de nouvelles stries carmines il y avait de cela un temps qui lui semblait infini. Combien d'heures avait t-il dormi ? Pourquoi cette information ne parvenait t-elle pas à l'inquiéter, alors qu'il avait des rendez-vous prévus dans les jours à venir ? Et pourquoi cela ne parvenait t-il pas à le convaincre de se lever et d'aller s'assurer qu'il n'avait raté aucune date importante ?

Il soupira lourdement et laissa retomber sa tête. La vérité, c'était qu'il avait bien du mal à éprouver la moindre once d'intérêt pour quoique ce soit et il devait se mentir à lui-même pour réussir à penser que le procès restait toujours aussi important qu'avant. Il avait perdu ses émotions... Il savait, rationnellement, que cet affrontement était la dernière chose qui lui restait et qui le maintenait en non-vie, mais se forcer à agir en fonction était pour lui un effort quotidien.

Bouger le moindre muscle lui paraissait insurmontable. Ce n'est qu'après un moment interminable qu'il parvint à caresser le mur dans un geste lent, difficile. La tristesse changeait le temps et l'espace en cristal. Bouger dans cet univers rigide, c'était comme d'essayer de nager à contre-courant en pleine tempête. Le jeune vampire éteignit son esprit, puisa dans ses dernières réserves de volonté, et s'appuya contre le mur pour se dresser sur ses jambes avec une lenteur quasi surnaturelle. Le nez collé au sol, il longea encore le mur jusqu'à atteindre la sortie du laboratoire photo qui lui servait de "chambre".

Enfin, il eut l'impression d'être un peu moins mort : l'angoisse, sourde, vint prendre en lui une place devenue routinière. Il n'avait pas l'heure. Il ne savait jamais si, dehors, lorsqu'il émergeait de cette espèce d'hibernation léthargique, il allait bien faire nuit. A de trop nombreuses reprises, un rai de lumière lui avait presque brûlé la rétine et il avait dû s'enfermer à nouveau, couvert de brûlures. La douleur physique faisait écho à l'autre, constante. Souvent, la frustration d'être enfermé, banni loin de la lumière de l'astre solaire, faisait monter en lui un sentiment explosif, insupportable. Claustrophobie, panique, injustice, refus, hurlements... Tout se mêlait en vibrant très fort. Les murs comme sa vue se tâchaient de nouveaux arcs sanguins. Il se perdait... Plus tard il se retrouvait, prostré et toujours aussi douloureux. Et il lui fallait à nouveau faire l'effort de se lever.

Par chance, aucune lumière brutale ne l'agressa lorsqu'il ouvrit précautionneusement le battant. Il glissa le nez dans l'entrebâillement et constata, soulagé, le bleu sombre qui tentait de l'aspirer au travers des baies vitrées. Il ouvrit grand la porte, le nez plongé dans le firmament. Le ciel formait son unique escapade. Par lui, sa respiration devenait plus légère, même si ses teintes trop noires, percées d'étoiles trop blanches, parvenaient constamment à mouiller, puis à rougir ses yeux. La nuit était trop longue. Il n'en pouvait plus d'elle.

S'accrochant aux rambardes, aux murs, aux vitres, aux très rares meubles, il évolua lentement jusqu'à l'unique endroit qu'il avait pris la peine d'aménager. Sur une plateforme, un sofa, une table basse, des dossiers ouverts de partout sur sa surface et par terre, qu'on avait tenté maladroitement de garder classés, organisés décemment. Et puis rien d'autre, sauf un téléphone, qu'il attrapa sans grâce. Esteban vérifia sans attendre la date et l'heure. Ce n'était que le début de la soirée et il n'avait miraculeusement dormi que l'équivalent d'une "nuit" normale. Il n'avait donc failli à aucune de ses obligations. Vaguement rassuré, il reposa l'engin et s'effondra dans le canapé derrière lui. Voilà en quoi consistait sa routine, ses principaux trajets : aller de son coin de mur au canapé... Retourner du canapé à son coin de mur avant que le jour ne se lève, perdre la notion du temps, et puis recommencer.

Un picotement paradoxalement heureux le traversa. Son corps vidé de la moindre énergie ne pouvait qu'apprécier le repos qu'il lui offrait enfin. Plus tard il éprouverait de la culpabilité à l'idée d'être installé si confortablement, mais pour le moment, il se remettait encore des mauvais traitements qu'il s'était lui-même infligés. D'un revers de poignet, il souleva ses cheveux épars, lesquels n'avaient pas vu un peigne depuis un long moment. Sa condition de vampire rendait les douches moins indispensables qu'elles l'avaient été lorsqu'il était en vie, mais quiconque le connaissait aurait probablement été effaré de le voir dans un tel état. Pâle, éteint, aussi cerné que pouvait l'être un vampire, négligé. Il portait une large chemise blanche qui avait un jour été repassée. Un pantalon noir qui l'était encore pour l'unique raison que son tissu ne prenait pas les plis et qu'il était ajusté, et ni chaussures, ni chaussettes. A quoi bon être convenable dans une telle situation ? Qui allait donc lui reprocher sa tenue ? Il n'avait même plus l'énergie d'être critique envers lui-même.

Des heures passèrent durant lesquelles il écouta sa respiration. Elle était apaisante. Mélodieuse, pleine d'une vie ridiculement factice mais qui l'emplissait de l'unique parcelle de joie qu'il était encore en mesure de ressentir. Il vit le ciel dégagé se couvrir lentement de nuages fantomatiques. Des gouttes pluvieuses commencèrent à tomber contre les baies vitrées. Ses yeux se plissèrent. Il sombra à l'arrière de sa propre tête, prêt à s'assoupir grâce à l'apaisement inespéré que lui procurait la vue. Longtemps plus tard, il se tourna sur le côté et s'endormit, bercé par les cliquetis de l'averse, devenue violente.

Trois coups puissants le firent sursauter. Par un miracle quelconque, il se retrouva assis avant même d'avoir essayé de se lever. Il se mit debout en trébuchant et s'agrippa au bord de la plateforme afin d'observer la porte d'entrée, les yeux écarquillés. Qui cela pouvait t-il être ? Personne, si ce n'était les gens qu'il payait pour assurer son anonymat, n'était censé avoir la clé de l'ascenseur ! Il songea brièvement à la tutrice vampire et à l'éventualité effrayante qu'elle ait pu vouloir lui rendre une nouvelle visite, puis il se rappela qu'elle n'aurait certainement pas pris la peine de frapper à la porte.

Puis, la lumière se fit. Comme souvent sa mémoire à court comme à long terme lui jouait des tours, son esprit étant bien trop pollué par le caractère insupportable du quotidien pour qu'il se souvienne de quoique ce soit longtemps. Il avait commandé quelque chose la veille. C'était l'une des sociétés qu'il payait pour leur discrétion qui était censée faire l'intermédiaire et lui livrer l'objet, dont la nécessité devenait de plus en plus pressante. La personne qui venait de taper à la porte, c'était donc très probablement leur coursier. Il avait donné pour instruction que ce dernier prévienne de son arrivée, dépose le paquet et reparte aussitôt. Esteban étant resté la bouche ouverte suffisamment longtemps pour accueillir une colonie de mouches, on pouvait décemment penser que la voie était libre et qu'il était largement temps qu'il aille récupérer son bien.

Profitant d'un des rares moments où agir ne lui semblait pas totalement vain, Esteban avança jusqu'à la porte d'entrée. Il avait la démarche d'un vieillard. Le son traînant de ses pas lui donnait envie d'éclater d'un rire sombre, tant il se donnait l'impression d'avoir pris soixante-dix ans en l'espace de quelques semaines. Enfin arrivé à l'entrée, il retira la chaîne et déverrouilla sans réfléchir. Chose qu'il ne faisait pourtant jamais, ne serait-ce que par sécurité. L'épuisement le rendait négligeant.

Tandis qu'il s'appuyait pour ne pas tomber, il ouvrit grand la porte. Il fixait le sol, certain d'y trouver son paquet couché. Effectivement, son paquet était là. Petit problème numéro un : il n'était pas couché du tout. A vrai dire, il tenait même debout. Petit problème numéro deux : il était accompagné d'une paire de pieds tout ce qu'il y avait de plus humains. Si il en doutait encore, l'effluve sanguine que son nez capta subitement et qui amena sa gorge à se transformer en volcan éructant lui en offrit une confirmation radicale.

Il donna l'impression de s'être pris un coup de poing dans l'estomac. Reculant vivement, il faillit s'effondrer. Ses yeux montèrent et son visage déjà gris donna l'impression de devenir verdâtre. Ses yeux quant à eux manquèrent de sortir de leurs orbites. Pour la première fois de sa non-vie, il loua son cœur arrêté car assurément, la réalisation qui l'attendait lui aurait fait frôler la crise cardiaque si une telle chose avait encore été possible.

Cependant, il n'aurait pas été surpris de sentir son muscle cardiaque se mettre à faire des ratés quand même tant la situation qui peu à peu lui apparaissait était indécente d'improbabilité. Sa tante. A la Nouvelle-Orléans. Dans son penthouse. Avec sa clé. Et son paquet. Comment une telle chose avait-elle pu arriver ?

La question attendrait un moment plus opportun. Trois urgences le frappèrent brutalement : d'une, une honte bouillante qui déforma ses traits et les noya sous la culpabilité et le dégoût. Il avait ouvert grand la bouche. Elle avait dû voir ses... Puis il était... gris. Presque blanc, à force de ne pas se nourrir. Sans même parler de son apparence, indigne de la personne qu'il avait été. Humilié de se présenter à elle dans cet état lamentable, il voulait s'extraire à sa vue au plus vite, car il ne supporterait pas qu'elle le voie comme ça.

De deux, il était affamé. C'était miraculeux qu'il ne se soit pas déjà jeté sur elle. L'attraction qu'il percevait était indéniable. Elle lui donnait le vertige, l'impression d'être aimanté. Seul l'épuisement, son mutisme et la vitesse à laquelle il  avait cessé de respirer pour éviter toute tentation lui avaient sans doute permis de garder les pieds sur terre, et il n'avait aucune idée du temps que ça pourrait bien durer.

De trois, enfin... Il ne voulait pas. Il refusait catégoriquement qu'on l'ait trouvé. Pire. Que LUISA l'ait trouvé. Comme elle était, elle aurait mis absolument TOUT LE MONDE au courant dans la prochaine demi-heure, si ce n'était pas déjà fait. Il ne voulait pas qu'elle essaie de... de faire quoique ce soit. Elle ne pouvait pas prévenir Karl. Ni Erin. Ni personne. Surtout pas sa mère ! A peine la pensée effleurée il pensa qu'il allait se briser en mille morceaux. Non... Il avait trop souffert, il souffrait encore, il n'était plus capable de remettre ces préoccupations au premier plan plutôt que de les laisser le blesser secrètement, dans la zone où son subconscient avait tout refoulé pour tenter de préserver une partie de sa santé mentale. Il n'avait plus l'énergie, plus la force... Et au delà de ces raisons égoïstes, il était hors de question qu'il expose ses proches à la damnation qui les attendaient si ils cherchaient à l'approcher. Peut-être ne l'avait-elle pas encore reconnu ? Il était probablement méconnaissable... Si il fermait la porte, y avait-il une chance pour qu'elle pense s'être trompée ? Pour qu'elle n'insiste pas ?

... C'était de Luisa qu'on parlait. Néanmoins, aussi effrayant que ça puisse paraître, Esteban était suffisamment désespéré pour réussir à se convaincre de cette éventualité. Tête rentrée dans les épaules, il essaya de fermer le battant. Une part de rationalité devait malgré tout rester en lui car il eut la pertinente idée de modérer la force qu'il mettait dans le geste, ce qui éviterait probablement  à Luisa de finir coupée en deux dans les prochaines secondes, étant donné ce qu'elle allait probablement tenter.
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Luisa Selva Moreno
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Dim 17 Juil - 0:28

L'attente était longue. Un peu trop longue. Dans un autre contexte, Luisa se serait déjà lassée et aurait entrepris de faire demi-tour. Mais pas cette fois, il s'agissait de son neveu tout de même. Normalement. Si son instinct ne lui faisait pas défaut. Et comme ça n'avait presque jamais été le cas jusqu'à présent, elle possédait une dose de confiance en elle suffisante pour poireauter devant la porte en admirant ses ongles. Il n'y avait presque pas de bruit, la cage d'ascenseur et sa petite musique étant redescendus depuis longtemps pour accueillir d'autres voyageurs, et sans le mur d'eau cela aurait été sérieusement glauque. Mais le clapotis des gouttes tombant le long de la paroi permettait d'entretenir une certaine sérénité.

Enfin, après de longues minutes, Luisa crut entendre des pas. Et pourtant elle fronça les sourcils, légèrement déstabilisée. Ce pas était lourd, traînant, et ne correspondait absolument pas à ce à quoi Esteban l'avait habituée depuis dix-huit ans. Il n'était certes pas un as de l'équilibre et avait tendance à emmêler ses chaussures, mais pas au point de donner l'impression de s'écrouler sur le sol comme un éléphant à chaque pas ! L'éducation stricte d'Olivia Luz-Descalzo ne l'aurait pas permis. Et elle savait de quoi elle parlait, elle l'avait subie elle-même. Ses conclusions en prenaient un sacré coup : était-ce bien Esteban qui allait ouvrir cette porte, ou allait-elle devoir improviser un discours de livreuse qui n'obéit pas aux ordres ?

Le cliquetis d'une chaîne se fit entendre, et la mexicaine inspira profondément. C'était l'instant de vérité. Heureusement pour elle, quiconque se trouvait de l'autre côté de la porte l'ouvrit en grand, limitant l'anxiété de l'attente. Du moins, elle avait cru que c'était une bonne idée.

Un observateur extérieur aurait pu rire des expressions jumelles et pourtant contraires qu'on pouvait lire sur les deux visages. Tandis qu'Esteban (parce qu'il avait suffit d'un coup d'oeil pour que Luisa sache qu'elle avait bien affaire à son neveu malgré tout) allait de bas en haut, le regard foncé de sa tante, lui, avait commencé par ce visage qu'elle connaissait bien, malgré l'inhabituelle broussaille qui lui occultait la vue. Il avait l'air pâle, et elle n'était pas certaine que ce ne soit dû qu'à sa nouvelle condition. Il y avait quelque chose de plus. D'autant que vu la façon dont il s'appuyait contre le mur, il ne devait pas être au meilleur de sa forme. Puis, leurs regards se croisèrent.

Esteban donna l'impression de voir un fantôme. Un sourire ironique se dessina sur les lèvres de Luisa : il lui paraissait tout de même que leurs réactions auraient dû être inversées. Mais Esteban avait toujours eu un goût pour la théâtralité... Il aurait fait un excellent acteur. Il devrait peut-être y penser, maintenant qu'il faisait partie de la catégorie de personnes les plus demandées dans ce corps de métier ! Ceci dit, qu'il ne pense pas à aller à une audition dans cette tenue, entre ses cheveux défaits et sa chemise froissée, sans parler de son teint, c'était un véritable scandale ! Olivia ne s'en remettrait pas, si elle le voyait ainsi.

La pensée de sa soeur fut probablement ce qui permit à la cadette Selva Moreno de reprendre son sérieux. La situation demandait que, pour une fois, elle se départisse de son cynisme habituel. Il était aisé de se rendre compte que son neveu ne le supporterait pas, et Luisa n'avait pas la moindre envie de lui causer du tort. Mais quand même...

"Surprise..."

...c'était trop tentant. Un murmure, juste assez fort pour être entendu, mais doux, car elle ne voulait pas non plus qu'il réagisse trop brutalement. Elle n'avait pas croisé des tonnes de vampires mais en savait assez pour être certaine que s'il arrivait à connecter ses neurones suffisamment rapidement, elle n'aurait jamais accès à cet appartement. Et il était vital (...ou presque), qu'il la laisse entrer.

Alors que le jeune homme faisait un mouvement pour fermer la porte, Luisa entreprit de glisser son pied dans l'ouverture, serrant les dents en prévision de la douleur qu'elle pourrait ressentir (les vampires n'étaient pas connus pour leur délicatesse. ...enfin si, mais pas dans ce genre de cas !). Dans ses mains, elle reprit le paquet qui, à l'horizontale, émit un bruit et bougea de façon à laisser penser que ce qui était à l'intérieur devait être plus ou moins cylindrique. Et dur. Enfin au moins lourd, ça elle pouvait le certifier. Après tout ce qu'elle avait vu et entendu, elle avait sa petite idée sur la nature de l'objet et laissa échapper avec sa verve habituelle.

"T'es pas un peu jeune pour utiliser ce genre de trucs ?"

Tiens, elle n'avait pas l'impression que son pied avait été écrasé entre les deux parois constituées du mur et de la porte. Cela pouvait vouloir dire deux choses : soit Esteban n'avait pas eu la force de fermer plus fort, auquel cas son état était encore pire que ce qu'elle pensait, soit il avait eu la délicatesse de prévoir son geste et de retenir sa force en conséquence. Luisa pouvait reconnaître son abruti de gentleman-filleul dans les deux cas de figure, ce qui ne l'avançait pas. Elle secoua le paquet dans tous les sens avant d'en glisser quelques centimètres dans l'ouverture de la porte, au niveau de la poignée.

"Tu ne veux pas récupérer ton colis ?"

Le ton était joueur, mais pas moqueur (comme il aurait pu l'être dans d'autres circonstances). Et quiconque la connaissant bien savait que cette absence de moquerie montrait que la mexicaine était inquiète, elle qui ne loupait jamais une occasion d'être cinglante. Elle laissa tomber le jeu quelques secondes plus tard, alors qu'elle faisait preuve d'un sérieux que l'on n'avait vu que lors des signatures de contrats et autres discussions serrées.

"Tebi, laisse-moi entrer. S'il te plaît."

Elle savait qu'elle n'obtiendrait pas grand chose du garçon. Il avait fui sans donner la moindre adresse. Elle avait eu une chance monstre ("C'est le cas de le dire !" s'exclamerait-elle si le climat n'était pas aussi tendu) de trouver un appartement dans cet immeuble, et d'entendre assez pour en venir à douter. Sans cela, Esteban serait encore tranquillement en train de se morfondre (parce qu'elle ne voyait pas ce qu'il pouvait faire d'autre). Alors elle était persuadée qu'il ne lui obéirait pas d'un coup d'un seul. Malheureusement pour lui et heureusement pour elle, Mademoiselle Luisa était plutôt du genre têtue... et elle, elle avait gagné des contrats en or grâce à ça. Pas dit que le Luz-Descalzo s'en sorte aussi facilement.
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Esteban Luz-Descalzo
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Dim 17 Juil - 11:55

Esteban, appuyé contre le battant métallique plus qu'en train de le fermer manuellement, attendait le bruit satisfaisant de la porte clanchant. Ce dernier n'arriva jamais. A quelques centimètres de la victoire, un obstacle plus ou moins molletonné l'empêcha d'aller jusqu'au bout de son geste. Il passa un œil affolé dans la fente forcée et tomba nez à nez avec Luisa. Lèvres pincées, il se fit violence pour continuer à retenir sa respiration, et il baissa les yeux. En voyant le pied de sa tante coincé entre volet et encadrement, un sifflement passa entre ses lèvres. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il y avait associé un juron espagnol qui n'aurait jamais quitté ses lèvres en temps normal, un tel manque de convenabilité ne lui seyant vraiment pas.

La tentative de blague de Luisa, si on pouvait appeler ça comme ça, ne valut à cette dernière que de récolter un regard orageux indiquant qu'Esteban n'était absolument pas sensible à son sens de l'humour. Est-ce qu'il avait l'air en état de plaisanter ? Est-ce qu'elle avait la moindre notion de la gravité de ce qui était arrivé ? De ce qu'il se passait ici ? Des risques qu'elle prenait en montant le voir comme une fleur et sans prendre plus de précautions ? Hors de lui, il serrait les lèvres si fort qu'elles allaient bientôt devenir plus blanches que le reste de son visage déjà cireux. Il était dépité de voir que Luisa, qui n'avait pourtant pas l'air d'avoir ouvert son paquet sans autorisation, avait réussi à deviner en moins de deux secondes son contenu. C'était typiquement le genre de choses qu'il aurait voulu lui cacher car sa tante ne savait pas être raisonnable. Non seulement de le savoir changé en vampire ne l'avait pas dissuadée de venir, mais si elle prenait conscience même dans une moindre mesure de l'état dans lequel il était vraiment... Il n'allait plus réussir à la décoller. Pourquoi, de tous ceux qui auraient pu le trouver malgré ses efforts, fallait-il que ça soit ELLE ? Il n'aurait jamais la force de se battre contre Luisa.

Première étape : il ne fallait pas qu'elle confirme ses soupçons. Le véritable contenu du paquet devait donc lui rester parfaitement inconnu, et il devait réussir à la faire douter de la justesse de ses hypothèses. La tâche lui paraissait insurmontable. Désespéré, il était à deux doigts de baisser les bras sans même avoir essayé. A quoi bon se fatiguer pour rien ? Elle était si maligne qu'il aurait une fois de plus l'impression de jouer au poker avec une main totalement découverte. La ruse de Luisa tenait presque du surnaturel... Il n'y comprenait rien du tout.

Usant de ses propres talents magiques à défaut de pouvoir faire mieux, Esteban profita du fait qu'elle avait inséré le colis dans la porte sur quelques centimètres pour passer en vitesse vampire. Sa main fusa si rapidement que l'œil humain ne pouvait pas suivre. Ses doigts se fermèrent très fort sur le carton, si bien que leur étau suffit à extirper le paquet des griffes de la Selva Moreno malgré le frottement du carton contre l'entrebâillement étroit. Il le jeta derrière lui avec force, si bien qu'il retomba une dizaine de mètres plus loin.

Puis une nausée monta en même temps qu'une vague de tournis. Ses jambes se changèrent en coton. Des spasmes révulsèrent ses yeux durant quelques dixièmes de seconde où il s'affaissa contre la porte. Conscient qu'il était sur le point de tomber il agit dans l'urgence : son propre pied appuya fort contre celui de sa tante pour le dégager, il pesa sur la porte et remis maladroitement la chaîne. Puis, définitivement vidé de toute énergie, il s'effondra lourdement sur le sol avant d'avoir pu fermer le battant pour de bon. A quatre pattes, il se rendit compte qu'il respirait bruyamment. L'odeur de sang le submergea. Son corps se crispa. Un gémissement suraigu passa entre ses lèvres brûlantes et il écrasa une main contre son visage pour tenter de contenir la soif hérétique. Presque au même moment, Luisa le priait de la laisser entrer. C'était ce qu'il avait craint d'entendre et il supporta très mal de voir ses peurs prendre corps. Il secoua la tête de gauche à droite, frénétiquement.

"NON !"

Elle n'allait pas le lâcher. Il en était certain. Il était fatigué... Il n'avait pas suffisamment de ressources pour faire face à pareille situation. Ses mains tremblantes passèrent sur ses yeux en soulevant des mèches de cheveux fuyardes. Un long murmure suinta de ses lèvres craquelées :

"Non... non... non non non non non...."

Ses yeux hagards trouvèrent le trou de la porte. Leur lueur indiquait que l'état mental du jeune vampire était probablement aussi vacillant que son corps exsangue. Il fallait qu'elle comprenne... Il fallait qu'elle garde le secret !

"... Ne dis rien... S'il te plaît Tia... Je ne veux pas... Va t'en, ne dis rien... Je t'en supplie..."

Ca faisait longtemps qu'il n'avait pas parlé. Sa voix rauque, émoussée, avait mal supporté ces semaines de mutisme, de cris, de pleurs. Il dut remplir ses poumons d'air. A nouveau, la douce hémoglobine qui le gorgeait le frappa de plein fouet et il retint l'envie de s'arracher la gorge avec les ongles.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Lun 18 Juil - 11:33

Luisa leva un sourcil, étonnée d'entendre un tel vocabulaire passer les lèvres de son neveu. Non pas qu'elle eut essayé de le lui inculquer durant un long moment, mais le petit avait toujours refusé de prononcer de telles "bassesses", vraisemblablement trop bien éduqué par sa mère. Un léger sourire se dessina sur le visage de la mexicaine. Ah, peut-être son influence avait-elle eu un impact, finalement ! Mais ce n'était pas vraiment le moment de s'en vanter, dommage... Elle trouverait une autre occasion.

Tentant le tout pour le tout, Luisa s'essaya à un peu d'humour. Elle aurait dû se douter que ça ne passerait pas. Le regard orageux que lui adressa son neveu lui rappela ces moments où, plus jeune, elle prenait plaisir à contrarier l'enfant qu'il était pour le faire réagir... et interpeller sa mère pour qu'elle règle leurs querelles, à coups de "Mamaaaaa, Tia est méchante, elle ne fait que m'embêter !". A croire qu'il n'avait vraiment pas changé. Si elle n'avait pas eu les mains prises, elle aurait pris une photo (...voire une vidéo) qu'elle aurait aussitôt envoyé à sa soeur, pour qu'elle arrête ses délires de corps sans âme... Malheureusement, elle était déjà en train de lutter pour garder l'attention de son filleul et l'empêcher de lui fermer la porte au nez. Elle s'occuperait d'Olivia plus tard.

La mexicaine glissa quelques centimètres du paquet dans l’entrebâillement de la porte. A la base, le but était de profiter du geste pour agrandir l'ouverture, en utilisant le colis comme poids, qui -par essence- souffrirait moins que son pied. Elle n'avait pas compté sur le fait qu'Esteban utiliserait sa vitesse surnaturelle pour l'empêcher de faire quoi que ce soit d'autre que de laisser le carton lui glisser entre les doigts. Un sifflement agacé (et étrangement miroir de celui que son neveu avait laissé échapper quelques minutes plus tôt) passa entre ses dents quand elle remarqua que, pour une fois, elle s'était fait avoir. Elle n'avait pas l'habitude. Et elle détestait cela.

Cependant, la réaction d'Esteban prit bien vite le pas sur un quelconque ennui de la situation. Inquiète, Luisa n'eut pas l'esprit de réagir quand il poussa son pied du sien. Elle ne le voyait plus, mais les bruits qu'elle venait d'entendre voulaient dire plusieurs choses : il avait dû jeter le colis quelque part dans l'immense pièce qui devait s'étendre derrière lui, remis la chaîne qui l'empêcherait définitivement de passer la porte sans son accord (elle n'avait pas les talents de contorsionniste requis), et il venait également de s'effondrer à terre. Laissant tomber toute possibilité de plaisanterie, la Selva Moreno lui demanda de la laisser entrer, sans grand espoir. Cependant, ce qu'elle entendait de l'autre côté de cette porte n'avait rien d'apaisant. A quel point ce gamin était-il en train de s'auto-détruire précisément ? Elle avait vu sa mère, elle aurait dû le savoir, ils étaient tellement similaires...

Le refus d'Esteban fut clair, précis et poignant. Même Luisa, qui n'était pas réputée pour être particulièrement sentimentale, se sentit mal en l'entendant crier ainsi. Se décalant pour faire face à la petite ouverture, elle s'accroupit pour être à hauteur de son neveu. Elle l'observa, sans un mot, partir dans une litanie de refus qui semblait sans fin. Elle ne l'avait jamais vu comme ça. Et ce regard vide, si loin de l'orage qu'elle avait pu apercevoir quelques instants plus tôt... Quelque chose se pinça en elle.

"Je ne peux pas partir, Tebi. Tu ne peux pas me demander cela. Tu es dans un état lamentable, et tu me demandes de te tourner le dos comme si je n'avais rien vu, en te laissant croupir seul ici ? Impossible."

Elle ne fit aucune remarque concernant le fait qu'il lui ait demandé de se taire. Elle pensait bien que c'était son lieu de villégiature qu'il voulait qu'elle taise, et non pas qu'elle s'abstienne de parler tout court. Quoique, il aurait certainement apprécié ça aussi. Mais ce n'était pas un vœu auquel la Selva Moreno était prête à accéder.

Avançant la main dans l'ouverture, elle parvint à glisser deux doigts près des cheveux tombants de son neveu, qu'elle caressa doucement.

"Imagine un instant que nos positions soient inversées. Partirais-tu sans rien dire, si tu me voyais faible, seule, malheureuse comme les pierres et à deux doigts de m'évanouir de fatigue ? Parce que c'est à ça que tu ressembles en ce moment Tebi, j'en suis désolée pour ton image de gentleman-beau gosse."

Elle n'avait jamais été douée pour consoler les gens. Luisa était plutôt de ceux qui leur secouaient les puces. Si Esteban voulait uniquement de la compréhension et du réconfort, il était mal parti. Mais quelque chose disait à la mexicaine qu'il s'était morfondu bien assez longtemps comme ça, et qu'il était temps de lui voler un peu dans les plumes... mais avec délicatesse. Promis, elle essaierait.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Lun 18 Juil - 13:05

La dernière lueur qui brillait au fond du regard d'Esteban, et qui devait probablement correspondre à l'espoir fou que sa tante comprenne sa requête et y accède, fut comme aspirée par un trou noir dès lors que Luisa ouvrit la bouche pour parler. Il s'était attendu à un refus, tout en n'ayant aucune idée de la manière dont il pourrait bien le gérer, tant émotionnellement que dans les faits. Exténué, il laissa ses paupières tomber et appuya son front contre le chambranle de la porte. Sa tête se tassa entre ses épaules crispées. Il se roula en boule comme pour se protéger de l'agression que constituait l'intervention de Luisa dans sa non-vie. Ce quotidien à peine supportable et pourtant nécessaire... Il était arrivé à l'accepter dans une certaine mesure et il pensait avoir trouvé une sorte d'équilibre, aussi malsain qu'il fut, qui lui permettrait de tenir jusqu'au procès, au bout duquel il pourrait enfin justifier le choix des immenses vitres qui constituaient la majeure partie des murs de ce penthouse. Sa tante était un obstacle à la réalisation de son plan. De plus, elle avait l'air parfaitement inconsciente des risques qu'elle faisait peser sur son âme. Il suffisait de voir comme elle lui parlait. Comme si il était encore humain... Comme si rien de tout cela n'était arrivé. Comme si sa détresse, son "état lamentable", avaient eu la même valeur que du temps où il n'était pas devenu... cette chose.

Ca faisait mal. Quelque part en lui, quelque chose hurlait pour qu'il ouvre et qu'il accepte cette sollicitude inespérée. Il était évident qu'il n'avait pas entièrement fait le deuil de sa propre existence et qu'il aspirait à retrouver un peu d'équilibre et de normalité. C'était son passé perdu qui venait sonner à la porte pour lui rappeler qu'il était encore sien malgré ce qu'il était devenu. Ca aurait pu être rassérénant si il avait eu la moindre intention de survivre à cette histoire et de recoller ensemble les bouts de son identité qui pouvaient encore l'être, mais comme il pensait sincèrement que c'était à la fois impossible et que ça n'était pas souhaitable, ce n'était qu'une torture de plus qu'il lui fallait subir.

Il sentit les doigts de Luisa approcher plus qu'il ne les vit. Sa peau était chaude... Il pouvait entendre les battements apaisants taper contre les parois de ses veines, et il n'avait même pas besoin qu'elle le touche pour en avoir une perception aussi aiguë qu'attirante. Sa réaction fut vive et violente.

Ce fut comme si le peu de fluide qu'il restait en lui se figeait, se changeait en cristaux glaciaux donc les pics cherchaient à transpercer sa peau de l'intérieur. Sa tête devint un immense espace vide où quelque chose se mit à hurler d'horreur. Il était attiré par le précipice autant qu'il craignait de tomber de son rebord. Ses poumons se gonflaient d'une envie puissante, grisante, mais surtout terrifiante. Tous ses muscles se crispèrent et il eut un mouvement de recul brusque. Ses yeux écarquillés fixaient les doigts tendus de l'humaine, si proches, si tentateurs... Durant quelques dixièmes de seconde, son visage devint un masque d'avidité. Sa lèvre inférieure tremblait. Sa mâchoire baissée dévoilait des crocs desséchés qui n'avaient envie que d'une chose : de plonger leur piquant dans une chair palpitante et, satisfaits, de boire jusqu'à la lie le suc vital qu'elle tractait.

Puis le sentiment que quelque chose allait profondément mal jaillit du fond du subconscient du vampire et lui permit de se souvenir qu'il détestait sa condition, qu'il refusait catégoriquement de boire la moindre goutte de sang, et qu'il avait probablement failli mordre les doigts d'un membre de sa famille, simplement parce qu'ils dépassaient et qu'ils étaient la première chose vivante qu'il avait vu en de nombreuses semaines. Sur son visage, la famine fut balayée par la haine et le dégoût farouche qu'il éprouvait à son propre égard. Il détourna la tête après l'avoir ceinte entre ses mains tremblantes et il tira fort sur ses cheveux. Il aurait eu besoin de se faire encore plus mal, mais dans l'urgence, cette douleur était au moins suffisante pour l'empêcher de sombrer à nouveau et de mettre son aventureuse marraine en danger.

Avait-elle conscience du point auquel le discours qu'elle lui tenait lui paraissait décalé... voire parfaitement inapproprié ? Elle qui savait toujours être pertinente, elle qui en tout temps et toute circonstance avait le don de frapper où ça faisait mal... Où était donc passé son perfide talent ?

"Ne me touche pas. Je ne me contrôle plus entièrement. On a certainement dû te prévenir que le paquet devait être déposé devant la porte et que son livreur devait immédiatement repartir. Ces précautions ne visaient pas qu'à entretenir mon anonymat."

Il tremblait encore un peu mais il avait réussi à retrouver un ton de voix à peu près posé. C'était fou ce que ça pouvait aider à paraître froid et détaché, d'être détruit à l'intérieur. Il suffisait de se concentrer juste un peu sur cette douleur, sur ce vide qu'il y avait en lui... Dès lors il lui semblait prendre de l'altitude. Il se mettait à penser très lentement, en même temps qu'il éprouvait une sorte d'étonnement sirupeux face aux singulières perceptions qu'il se mettait à expérimenter. Son corps lui paraissait étranger. Le monde, apparaître comme au travers d'une vitre épaisse. Il ne le concernait plus vraiment. A vrai dire, plus rien ne le concernait plus vraiment, puisqu'il devenait un rien pensant. C'est avec une clarté surprenante qu'il songea à ce qu'il lui fallait faire, maintenant. Un instant durant, il voulut fermer la porte, si bien qu'il s'en approcha en rampant et initia le geste adéquat... Mais il s'arrêta. Qu'il lui ferme la porte au nez n'allait pas dissuader Luisa de revenir à la charge. Au contraire... Elle irait probablement chercher de l'aide. Si Esteban souhaitait qu'on le laisse tranquille, c'était un mauvais plan. A défaut, il s'arrêta donc face à la fente de la porte, dans laquelle il passa un œil terne, dépourvu de la moindre expression. Luisa refusait de voir la vérité en face ? Alors il fallait qu'il la mette face à l'évidence. Ce fut son tour de passer ses doigts au travers de la porte. Dans ce sens là, les risques pour qu'il la blesse étaient moindres. Il était trop affaibli pour être en mesure de défoncer la porte.

"Là. Essaie toi-même. Et ensuite, dis moi si tu penses vraiment que mon 'image' revêt encore la moindre importance. Je t'ai connue plus convaincante."

Il était à peu près certain de l'efficacité de l'effet. Affamé comme il l'était, sa peau devait être glaciale, en plus d'être figée par la mort, dépourvue du moindre battement de vie. Si Luisa le touchait, peut-être arrêterait-elle de dire n'importe quoi. Peut-être se rendrait-elle compte du point auquel tout serait différent, maintenant. Sans qu'il en ait vraiment conscience - et détaché de ses propres sentiments comme il l'était à l'instant même il aurait eu du mal à s'en rendre compte - peut-être son geste avait-il été motivé par un second besoin que celui de mettre sa tante face à l'évidence. Trop seul, dans ce mausolée sordide qu'il s'était imposé, il aspirait au réconfort que pourrait lui procurer le contact d'une vie encore flamboyante. Son être entier aspirait à se perdre dans le réconfort d'une réunion, même fugace, avec l'humanité. Ne parlons même pas des proches sur lesquels il avait tiré un trait. Bien sûr, dans son état actuel, on aurait eu du mal à le convaincre du lien qui existait entre sa peine solitaire et le geste esquissé.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Lun 18 Juil - 14:34

Au-delà de ses brèves prises de paroles, Luisa observait le comportement d'Esteban avec l'acuité d'un aigle royal. Elle remarqua de suite que sa réplique ne lui avait pas plu. Plus encore, elle avait déclenché quelque chose. Et elle avait une idée de ce dont il pouvait s'agir. Son neveu s'était privé de tout contact durant des jours et des jours. L'avocat lui avait confirmé que leurs échanges ne contenaient même plus les banalités d'usage : Esteban se contentait de donner ses instructions, et écourtait les conversations au maximum. La cheffe d'entreprise(s) connaissait suffisamment son filleul pour savoir qu'il n'était pas fait pour une telle isolation. Et pourtant il repoussait la moindre tentative de contact. C'était à devenir fou...

Les actions qui suivirent donnèrent raison à la mexicaine. Alors qu'elle cherchait à caresser les cheveux de son neveu, elle ne l'avait pas quitté des yeux. Et même si cela ne dura qu'un temps extrêmement court, elle eu l'occasion d'apercevoir ce qu'il pensait être le monstre qui vivant en lui. Et la façon dont il le combattait, au détriment de son bien-être, physique comme mental. Ah, elle aimait quand Esteban faisait preuve de caractère et se tenait à ses décisions... le souci étant que, dans ce cas précis, les décisions étaient mauvaises. Très mauvaises.

"Depuis quand n'as-tu rien avalé, Tebi ?"

Il ne se contrôlait plus entièrement. Voilà ce qu'il affirmait lui-même. Luisa retint de peu un soupir : il était assez intelligent pour noter que c'était un problème, mais pas assez pour aller jusqu'au bout de la solution. Il manquait de perspective. C'était un trait qu'il avait en commun avec sa mère et qu'elle avait longtemps espéré qu'elle ne lui aurait pas transmis, car un chef d'entreprise comme un avocat puissant avait besoin de voir plus loin que le bout de son nez, ce que Juan et elle avaient tenté de lui apprendre ces dernières années... mais ils n'avaient pas eu le temps.

Elle allait prendre à nouveau la parole quand Esteban initia le geste de fermer la porte. Incapable de plus, elle l'incendia du regard en silence, comme pour lui interdire de terminer son geste. Dans des moments comme celui-ci, elle ressemblait à sa mère... ce que personne n'avait eu le courage de lui mentionner, au risque de passer un très mauvais quart d'heure. Heureusement pour son neveu, il s'arrêta de lui-même, certainement conscient que sa tante ne le laisserait jamais en paix s'il faisait une telle chose. Il semblait réfléchir, elle lui en laissa le temps. Tant qu'il ne fermait pas cette porte, elle saurait se montrer clémente. Mais un pas de travers et Esteban goûterait à la colère de sa tante.

Luisa leva un nouveau sourcil en voyant les doigts d'Esteban passer la porte. Intérieurement, elle était aussi surprise que si elle les avait écarquillés, ne comprenant pas vraiment la logique derrière le geste de son neveu. Mais ce dernier s'expliqua rapidement. Ce fut plus fort qu'elle. Luisa pouffa.

"Et toi, je t'ai connu plus physionomiste."

Encerclant ses doigts dans les siens, sans même frissonner au contact froid (il fallait dire qu'elle s'y attendait, quoi qu'en pense son filleul), elle ajouta sur un ton qui était à la fois sérieux et doux, comme si elle savait qu'elle allait taper particulièrement fort.

"Ce genre d'argument fonctionnerait avec ta mère, Tebi... mais pas avec moi."

Elle posa sa seconde main sur la première, cherchant à l'empêcher de retirer ses doigts.

"Et laisse-moi te dire que ça ne fonctionnera pas non plus avec Gael, qui n'est pas un simple employé et tu le sais. Ni avec ton charmant ami aux yeux gris dont j'ai oublié le nom... Comment s'appelle-t-il déjà..."

La question n'en était pas vraiment une. Fidèle à ses habitudes, Luisa tentait de titiller son neveu pour essayer de voir ce qu'elle pouvait soulever chez lui. Une réaction, n'importe laquelle, pourrait lui permettre d'appuyer un peu plus fort et de le convaincre de la laisser entrer. Elle passerait la nuit sur ce palier s'il le fallait. Ce n'était pas comme si sa réputation était mise à mal : à part Esteban et elle, plus personne n'avait la clé, à présent.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Lun 18 Juil - 15:43

"Depuis quand n'as-tu rien avalé, Tebi ?"

La voilà, la question qui fâchait. Esteban se doutait qu'elle finirait par la poser. Il se traînait, il réagissait à l'excès au moindre contact et à la moindre bouffée d'air aspiré, il était beaucoup trop pâle - même pour un mort vivant - et, ainsi qu'elle allait bientôt le constater, la température de son corps avoisinait celle d'un glaçon. Il n'était certes pas très doué pour ce qui était de faire le lien entre plusieurs éléments afin d'en extraire l'évidence, mais la situation actuelle le forçait à une concentration dont son cerveau d'étourdi ne faisait pas preuve habituellement. Il avait donc su que sa tante, observatrice comme elle était, ne manquerait pas d'aborder ce sujet à un moment ou un autre.

Il pinça les lèvres. Son silence et son comportement fuyant en disaient trop long à son goût, mais il n'était pas prêt pour un aveu explicite. Il avait l'impression que, si il lui annonçait tout de go qu'absolument rien d'autre que de l'air n'avait passé ses lèvres depuis qu'il avait emménagé ici, dans cette retraite où son existence entière semblait s'être figée, transformée en nature morte, il allait provoquer un cataclysme.

Alors il voulut fermer la porte. Puis il se rendit compte qu'un tel geste ne ferait qu'inciter Luisa à agir inconséquemment, et il chercha autre chose. Comme elle semblait ne pas bien prendre la mesure de la gravité des événements récents, il voulut la mettre face à l'évidence. Il savait qu'elle faisait preuve d'un laxisme dérangeant à l'égard des populations outres, mais il n'aurait jamais cru qu'elle puisse rester de marbre en touchant sa chair froide, uniquement mue par la force d'une magie impie dégoûtante. Et pourtant... Elle avait ri avant de faire le geste, et n'avait pas hésité l'ombre d'un instant. Pire : ça n'avait pas l'air de l'avoir perturbée le moins du monde. Elle l'observait comme si c'était la chose la plus naturelle du monde pour elle de tenir les doigts d'un cadavre animé au travers d'une porte entrouverte. L'expression ahurie du garçon aurait probablement été comique si la situation n'avait pas été aussi grave.

"C'est... Tu.. Ce n'est pas.. !"

... Mais il aurait été malvenu de la part d'un mort-vivant de dicter quelles conduites étaient convenables ou non pour une personne décente, et il se tut avant que sa tante n'en profite pour se moquer de lui. Il n'aurait pas supporté de la voir dédramatiser cette situation plus qu'elle ne le faisait déjà par son comportement naturel. Elle lui donnait l'impression de nier sa souffrance, et cette douleur, c'était bien la dernière chose qu'il lui restait. Pour éviter une humiliation qu'il n'aurait pas supportée, il baissa les yeux et s'empêcha de parler. Il aurait probablement trouvé un sujet de conversation plus pertinent sur lequel enchaîner si Luisa n'avait pas ajouté sa seconde main et n'avait pas, par là-même, attiré son attention sur le contact formé.

Comme si on l'avait blessé, il se tassa. Il prenait conscience de la chaleur des doigts de Luisa et de cette pulsation qui en émanait, laquelle ne cessait plus de le fasciner, maintenant qu'elle lui était devenue étrangère. Il avait voulu la faire réagir en lui montrant combien il était froid, combien sa chair était raide... Il n'avait fait que se piéger lui-même, les sensations inverses lui manquant atrocement. Soudain, il eut l'impression d'être frigorifié. C'était un froid qui venait de l'intérieur, car il était évidemment incapable d'éprouver la température ambiante. Elle lui paraissait simplement tiède, amorphe, constante. Une perception parfaitement accordée à l'existence fade qu'il menait dans l'appartement vide. Son esprit était revenu prendre sa place au centre de ses douleurs sans même qu'il ne s'en rende compte. Il avait perdu son détachement. Par là-même, il avait perdu toute chance de réagir avec pragmatisme aux tentatives que faisait la mexicaine pour le faire plier. Ses doigts traîtres s'étaient tordus en crochets rigides comme pour empêcher l'humaine de partir, et ils tremblaient. Tout son corps tremblait, à vrai dire. Il se rendit compte que des gémissements muets se glissaient dans sa respiration depuis quelques bonnes secondes, au fur et à mesure que des images se formaient dans son esprit assailli par les mots de Luisa, précis comme des scalpels.

Il suffisait d'un nom, ou même d'une allusion pour que des visages se forment sur sa toile mentale. Fermer les yeux ne suffisait pas à les effacer. Il les voyait, souriants, issus du souvenir d'une période plus heureuse. Effrayé, il était rendu à devoir une fois de plus supplier, l'œil aussi intense que mouillé, dressé au travers de la fente :

"S'il te plaît arrête... tais toi..."

Il les imaginait, horrifiés, dégoutés ou attristés. Même lorsqu'il n'avait jamais vu ces expressions sur leur visage en réalité, c'était atrocement facile de se les figurer. Il suffisait pour ça qu'il se souvienne des traits tirés d'un autre faciès, dans une autre situation, qui avait pris place il y avait ce qui lui semblait être une éternité dans une petite salle de bain d'étudiant.

Et c'était le souvenir de trop. Celui qui était probablement à la base de sa pyramide de malheur. Si les choses s'étaient passées autrement, Esteban aurait probablement mal vécu sa transformation tout de même et son plan n'aurait globalement pas changé : il aurait cherché à se suicider après le procès. Mais entre temps ? Peut-être se serait-il un peu moins isolé. Peut-être ne se serait-il pas coupé du monde avec tant de ferveur. Peut-être n'aurait-il pas cherché à se punir constamment via une maltraitance auto-infligée. La respiration lourde, il chercha à couvrir son visage comme pour effacer la trace des larmes qui avaient fini par couler, et n'étaient pas loin de céder leur place à une crise plus importante.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Lun 18 Juil - 22:58

Il ne répondait pas. C'était plus que ce que Luisa aurait pu espérer comme réponse. Chez Esteban, tout silence était un aveu. Il avait toujours été incapable du moindre mensonge. S'il se taisait, c'était parce qu'il rechignait à avouer, mais plus encore à mentir. Ce gamin était trop droit, c'était ce qui avait permis à Darian de profiter de lui aussi longtemps. Malgré tout, c'était un trait que la mexicaine parvenait à admirer chez son neveu. Si seulement son avenir n'avait pas été empli de décisions politiques, économiques et stratégiques qui impliquaient de jouer sans arrêt au poker menteur, elle n'aurait pas essayé de le "durcir" un peu, à force de remarques cyniques. Elle l'aurait laissé mener sa vie, sans l'entraîner avec elle dans certaines de ses aventures, et elle n'aurait pas eu ces longues discussions à son sujet avec Juan, où ils discutaient de son éducation parallèle, celle que sa mère ne lui donnerait jamais. Elle l'aurait observée de loin, lui et son innocence, et elle se serait permis un sourire doux en faisant remarquer à sa soeur que son enfant était trop gentil pour son propre bien... et Olivia aurait souri, ravie, un regard plein d'amour qui aurait voyagé sur la silhouette en train de se relever d'une énième dégringolade dans le sable.

Mais la vie avait été plus cruelle avec Esteban qu'il aurait été en droit de l'attendre. Il avait tout, mais on avait trouvé le moyen de le priver du plus important. Pire encore : on avait agi de telle manière qu'il pensait le mériter. On l'avait éduqué de telle façon que même maintenant, alors qu'il était passé de l'autre côté et qu'il était capable de nier les enseignements qu'il avait reçus, parce qu'il les savait faux... malgré tout cela il trouvait encore le moyen de penser qu'il était celui qui se trompait. Dieu ne pouvait avoir trouvé meilleure ouaille que celle-ci. S'il était vraiment là à regarder leurs moindres faits et gestes, il devrait penser à en faire son Messie. Même avec des crocs.

Luisa, elle, n'avait pas l'intention d'abandonner son neveu et filleul parce qu'il était soi-disant devenu une engeance de Démon. Il n'avait rien bu depuis des jours. Il aurait pu se jeter sur elle et la vider de son sang en moins de temps qu'il en aurait fallu pour le dire, et ce sans le moindre état d'âme, s'il avait vraiment été un tel monstre. Et pourtant, non seulement il ne s'était pas jeté sur elle, mais en plus il cherchait par tous les moyens à l'éloigner de lui... Il devait pourtant savoir, connaissant la cadette Selva Moreno, qu'il n'y parviendrait pas aussi facilement. Et pourtant, il avait l'air si étonné qu'elle prenne ses doigts dans les siens, si ahuri qu'elle lui aurait facilement donné quinze ans de moins. Il balbutiait sans parvenir à faire de phrase complète, mais sa tante savait parfaitement ce qu'il cherchait à dire. Elle lui épargna de plus amples recherches.

"Pas convenable ? Peut-être pas selon tes critères. Pour moi, abandonner sa famille alors qu'elle nous tend les doigts, c'est ce qui n'est pas convenable."

Car il restait sa famille. Elle n'avait pas tiré un trait sur lui, encore moins maintenant, et lui continuait clairement de la considérer comme telle. Sinon, il ne l'appellerait pas "tia", comme il l'a toujours fait depuis qu'il est en âge de parler. Il y avait des liens contre lesquels une paire de dents longues ne pouvait rien. Et il était temps qu'Esteban s'y fasse. Une fois qu'il aura compris cela, elle irait s'atteler au cas de sa soeur, sensiblement plus problématique. Et, enfin, peut-être que ces deux abrutis réaliseraient que ce qui les tuaient à petit feu était le fait de croire qu'ils n'étaient plus rien l'un pour l'autre. Quel constat ridicule. Luisa ne parvenait même pas à comprendre comment ils pouvaient partager une telle idée.

Secouant légèrement la tête, remettant ce souci à plus tard, Luisa posa son autre main sur les doigts de son neveu et reprit la parole. Elle savait qu'elle faisait mal, et pourtant, elle ne faisait pas appel à la personne qui, elle s'en doutait, était le nœud du problème. Parce qu'elle avait la sensation que de parler un peu plus d'Olivia finirait de mettre son fils dans tous ses états, et elle avait besoin qu'il soit au moins capable d'ouvrir cette foutue porte. Alors elle se contenta de quelques noms, de quelques images... mais elle pouvait sentir qu'elles étaient efficaces. D'abord parce que ses doigts ne quittaient plus les siens, et ne semblaient pas vouloir lui laisser une chance de le faire. Mais aussi parce qu'elle les voyait, ces yeux clairs magnifiques, semblables à des joyaux, se protéger des visions invoquées en baissant les paupières, et se remplir d'eau. Il avait besoin de tout ça... Sa main caressa les doigts, resserrant sa prise, montrant qu'elle restait là.

"Tu me détestes autant que tu m'adores, Tebi. Tu me demandes de partir, tu me hais pour avoir réussi à te trouver... mais tu ne veux pas que je parte. Parce que tu détestes cette solitude que tu t'imposes plus que l'empêcheuse de tourner en rond qui la brise. Mais tu ne veux pas l'avouer, ça non plus. Comme tu ne veux pas avouer que tu te dessèches à petit feu et qu'à ce rythme tu ne pourras jamais assister à ce foutu procès."

Elle ouvrit sa main, regarda un instant les doigts redevenus tièdes à son contact, avant d'approcher ses lèvres, faisant attention à ne pas se cogner la tête contre la porte ou le mur. Elle plongea son regard dans le sien, plus sérieuse que jamais.

"Je vais te dire... Je la déteste aussi, cette putain de solitude. Parce qu'elle est en train de me prendre ce que j'ai de plus cher. Tu me manques, Tebi. Tu nous manques à tous."

Par "tous", elle entendait évidemment les personnes qu'elle avait énoncées plus tôt... ainsi qu'Olivia, bien entendu. Mais libre à lui d'interpréter comme il le voulait. Elle posa ses lèvres sur les deux doigts recourbés, sans quitter son filleul des yeux.

"Laisse-moi entrer, Esteban."

L'appeler par son prénom complet était quelque chose qu'elle faisait rarement. Il avait toujours trouvé ce surnom ridicule, elle s'était fait un plaisir de continuer à le lui donner lorsqu'ils étaient dans des situations privées. Pour qu'elle l'appelle ainsi alors qu'ils n'étaient que tous les deux... C'était qu'elle commençait à prendre tout cela encore plus au sérieux, et qu'elle avait l'intention de sortir l'artillerie lourde.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mar 19 Juil - 0:47

Durant un très court moment, le visage d'Esteban prit une expression boudeuse. Il détestait quand Luisa utilisait les mots qu'il venait de dire (ou qu'il avait été sur le point de dire) et les détournait de leur but initial dans l'idée d'en effacer la pertinence. Elle n'aurait abandonné rien ni personne même si elle avait montré un peu plus de réluctance à frôler ses doigts morts. Franchement ! Elle donnait l'impression qu'elle faisait ça toutes les nuits. Il n'y avait rien de convenable à être habitué au toucher d'un vampire affamé.

Et puis même. C'était bien beau d'invoquer la famille, mais lorsqu'il y avait une histoire de transformation en outre qui surgissait au milieu, ça n'était pas pareil. Un point, et c'était tout.

Le papillon d'agacement qui venait de quitter le tombeau de sa personnalité dormante n'eut pas le temps de s'exprimer. Sa peine était trop lourde. Elle le tua instantanément, et bientôt il n'y eut à nouveau plus rien d'autre qu'elle et que ce que le contact des doigts de sa  tante pouvait bien lui inspirer. On prenait mieux conscience d'un manque lorsqu'on pouvait le mettre en perspective. C'était donc maintenant qu'il n'était plus seul qu'il pouvait se rendre compte de la profondeur de son isolement et de la façon dont il le détruisait, aussi sûrement qu'était en train de le faire le jeun. La présence de Luisa était déjà de trop et il n'était pas certain de savoir comment il parviendrait à supporter les moments qui suivraient son départ... Déjà, il était incapable de se résoudre à lui reprendre ses doigts. Mais qu'elle se mette à lui parler de ces autres qu'il avait laissé derrière, bien contre son gré ? C'était trop, et ses émotions débordèrent douloureusement.

Il se sentait comme la coque d'un bateau trouée, qui prenait l'eau de partout, et qu'on essayait de boucher avec la paume. Au bout d'un moment, on commençait à manquer de mains. Son embarcation se remplissait à une vitesse affolante et le moment où il boirait la tasse devenait imminent. La mexicaine serra plus fort sa main. Il aurait dû se douter que Luisa ne le prendrait pas en pitié. Qu'au contraire, elle appuierait là où ça faisait mal afin de briser sa volonté et d'obtenir ce qu'elle voulait de lui.

Il leva un menton qui parvenait à paraître à la fois résigné et terrorisé. Avant même qu'elle ouvre la bouche, il sut qu'elle allait frapper fort plutôt que de l'écouter et de lui laisser un peu d'air. Peut-être était-ce parce qu'ils partageaient le caractère borné qui semblait être l'apanage de tous les Selva Moreno, ou peut-être était-ce à force qu'elle lui laisse des souvenirs marquants, souvent accompagnés d'humiliations cuisantes chaque fois qu'il la voyait, mais Esteban connaissait mieux sa tante que ne l'aurait suggérés la rareté relative de leurs échanges et sa naïveté désespérante. Larmoyant, il se tassa une fois de plus, comme si il s'était préparé à encaisser un coup physique. Ses paupières se scellèrent à moitié et il serra les dents à s'en rompre la mâchoire. Puis il écouta, sans chercher à essuyer son visage ruisselant car il était devenu impossible de cacher les torrents qui tombaient de ses yeux.

Il soupira fort et se détendit un peu. Il était soulagé qu'elle n'ait pas choisi de continuer à parler de Gael ou de Karl. Et surtout qu'elle n'ait pas commencé à citer... bref. La discussion n'était pas pour autant devenue facile. Esteban ne disposait que d'une très faible réserve d'énergie. Comprendre les arguments de Luisa et trouver comment y répondre dépassait de loin les capacités de son organisme défaillant, ce pourquoi il avait l'impression que sa tête était en train d'enfler comme une citrouille. La bouche entrouverte, il l'observait. Son air vacant laissait entendre qu'il n'avait probablement pas tout enregistré, mais il fut impossible de manquer sa réaction lorsqu'elle aborda le problème du procès. De sa présence physique au tribunal, plus précisément. Son regard s'alluma : touché. Ses lèvres pincées, son air préoccupé, les larmes qui avaient cessé de couler sous le choc, en disaient plus que le silence résolu dans lequel il  s'était muré. Ca faisait un moment que son épuisement, et surtout que le caractère de plus en plus insupportable de sa soif l'inquiétaient. Au début il avait pensé être en mesure de les contenir le temps qu'il faudrait, mais depuis quelques temps, il devenait de plus en plus évident que les privations qu'il s'imposait se changeaient en réel handicap. Il pensait avoir réglé l'un de ses deux problèmes grâce au colis qui venait d'arriver. Le second par contre ? Aucune solution viable ne lui était encore apparue.

Luisa était donc censée avoir marqué un point. Oui. Mais ça, c'était sans compter sur la mauvaise foi impressionnante du jeune vampire ainsi que son étonnante capacité à se voiler la face. Il se contenta de ranger le problème là où il ne pouvait pas le voir. Il faisait une autruche convaincante. Ses yeux troubles se levèrent. Luisa avait changé de registre. Elle jouait à nouveau avec ses émotions. Par les mots, elle lui donna un peu d'affection, et ce fut comme de souffler sur une braise mourante : il s'alluma sous l'effet d'une émotion violente. Il frissonna au contact tendre des lèvres de la mexicaine sur le bout de ses doigts.

Depuis sa transformation, il n'avait vécu que des situations difficiles. On l'avait traité avec horreur, avec mépris et, à quelques exceptions près, sans la moindre once de compassion. Il était entré dans un monde froid dans lequel aucune pitié ne lui était réservée et il avait fini par trouver ça normal car, après tout, il n'était plus qu'un monstre. Réveiller le souvenir de ce qu'il était devenu inapte à réclamer était certes très efficace pour lui faire mal et remettre en route son système lacrymal, mais ça n'allait pas lui faire ouvrir la porte. Même si elle l'appelait par son prénom. Peut-être voulait-elle par là lui montrer qu'elle était devenue très sérieuse, mais ça ne changeait rien du tout car après tout, lui aussi était vraiment très très sérieux, et ce depuis le début de cette discussion. A l'agonie, il hocha la tête de droite à gauche et attendit de retrouver la capacité de parler :

"...Si je te détestais, tia, je t'aurais laissée entrer depuis longtemps. Même si je pensais que c'était une bonne idée - et ça n'est pas le cas - c'est trop dangereux. Si j'étais plus en forme ou que cette porte n'était pas là, quelque chose d'horrible serait arrivé."

Il n'en menait pas aussi large qu'il l'aurait souhaité, ainsi qu'en témoignaient les trémolos dans sa voix. A contrecœur, il baissa les yeux sur leurs mains encore liées, puis il se retira et décala son corps afin de ne pas le garder dans l'angle de la porte. Il avait subi suffisamment de dégâts.

"Je t'ai déjà demandé de partir. Et ne t'avise pas de dire où je suis à qui que ce soit... Sinon j'irai ailleurs. Beaucoup plus loin. Cette fois, même toi tu n'arriveras pas à me trouver."

Il aurait voulu penser qu'il était sérieux en disant ça... C'était effectivement une solution qu'il aurait pu envisager si seulement il y avait encore eu en lui la moindre once d'énergie et de volonté pour l'exécuter. Et il y avait aussi le problème des lois ridicules qui régissaient la vie de ces démons de vampires... Il n'avait déjà pas entièrement réglé le souci de sa présence à la Nouvelle-Orléans. Il n'imaginait pas devoir tout recommencer ailleurs. Le ton lourd et rêveur de sa voix trahissait le manque de faisabilité de son plan, mais il n'était pas en état de s'en rendre compte : il était à la fois trop fatigué et trop Esteban pour ça.

Lourdement adossé au mur, il se roula en boule et plongea son visage dans ses mains. L'eau coulait toute seule... Sa gorge lui faisait mal, comme si il avait été en train de retenir ce qui essayait d'en sortir.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mar 19 Juil - 17:39

Ah ! Cette moue d'enfant boudeur, elle la connaissait bien. La déclencher était l'un de ses passe-temps favoris, dans d'autres circonstances. Ici, elle n'avait pas vraiment cherché à l'ennuyer, mais voir qu'il avait encore quelques réactions dignes de sa "vie d'avant" était rassurant, en un sens. Cela signifiait que, malgré tout ce qu'il pouvait être en train de faire, ce chemin de vengeance et d'auto-destruction qu'il empruntait, il restait le même. Temps qu'on parvenait à garder un lien, à ne pas définitivement le perdre, Luisa gardait espoir. Elle se refusait à laisser son neveu seul. Elle avait beau être dure avec lui et le mettre régulièrement dans des situations impossibles, elle l'aimait énormément. Et elle espérait qu'il le savait.

Avec autant de douceur qu'elle en était capable, la mexicaine entreprit cependant de frapper fort. L'absence d'étincelle dans les yeux de son filleul lui apprit qu'elle se démenait pour pas grand chose... et cela l'inquiéta plus qu'autre chose. Dans une autre situation, il aurait râlé depuis longtemps, faisant preuve de ce caractère têtu et borné qui leur était commun, pour ne pas avouer que la mexicaine avait raison. Là, ce silence qu'il lui opposait, ou plutôt ce vide, était inquiétant.

La seule réaction à laquelle elle eut droit fut quand elle mentionna le procès. Dans un coin de sa tête, elle prit note. Esteban restait de marbre, ou du moins essayait, sauf lorsqu'on faisait mention du procès à venir. Elle se doutait bien qu'il y aurait autre chose qui le ferait réagir... mais même elle n'était pas prête à en venir à une telle extrémité. Elle préférait tenter autre chose avant.

Luisa fit appel à tout l'instinct maternel qu'elle ne possédait pas ensuite. Esteban réagit, presque un peu trop violemment. Malgré tout, elle n'aimait pas le voir comme ça. Quand bien même elle n'était pas sa mère. Et elle sut, avant même qu'il hoche la tête en signe de négation, qu'Esteban allait de nouveau lui refuser l'entrée à son domicile. Cet enfant était bien trop têtu pour son propre bien. Vraiment. C'était un trait qu'elle appréciait chez lui, si seulement il n'en faisait pas preuve au mauvais moment. Elle l'écouta lui répondre et ne cacha pas un soupir fatigué. Il allait la forcer à faire quelque chose dont elle n'avait aucune envie...

Esteban coupa le contact. Intérieurement, Luisa ne pouvait que louer sa force de volonté. Il était évident qu'il n'attendait que ça, un soutien, un contact, un moyen de reprendre pied dans ce monde. Et pourtant, il se le refusait, parce qu'il croyait dur comme fer qu'il s'agissait de la meilleure solution. Il avait une foi inébranlable en ce qu'il faisait... ce que sa tante ne pouvait que louer. Elle le laissa partir sans un mot, mais laissa ses mains où il les avait abandonnées. Peut-être que tomber dessus déclencherait à nouveau quelque chose. Mais le néo-vamp avait peut-être pensé à cela, car il se décala et Luisa ne put plus le voir à travers la porte. Il l'enjoignait à nouveau à partir. Quelque chose lui disait qu'il était inutile d'insister pour entrer à présent. Il fallait amener le jeune homme à l'entraîner à l'intérieur, mais comment ? Elle pourrait évidemment s'ouvrir le bras ou la jambe, ce qui serait un moyen efficace de rameuter n'importe quel vampire, mais elle tenait encore un minimum à la vie, quoi qu'en disent tous ces qui la trouvaient bien trop aventureuse. Non, par contre, elle pouvait faire autre chose... Elle se leva en soupirant, semblant battre en retraite.

"...Si tu prenais un minimum soin de toi, Tebi, tu n'aurais pas aussi peur de toi-même. Et tu te verrais peut-être comme je te vois. Comme Gael te voit. Comme ton ami aux yeux captivants te voit. Et comme ta mère te voit également."

Debout, elle fixait la porte, un éclat de tristesse dans ses yeux marrons. Elle ne voulait pas parler d'Olivia. Mais il avait tout fait pour qu'elle sorte les armes.

"Elle n'a pas brûlé ta lettre, tu sais. Au contraire de ce que tu attendais d'elle. Elle est rangée précieusement dans son portefeuille. Elle l'a toujours sur elle."

Luisa fit quelques pas en direction de l'ascenseur et appuya sur le bouton pour l'appeler.

"L'autre jour, elle avait acheté des hibiscus."

Debout devant la cage d'ascenseur, la mexicaine laissa échapper un bruit signifiant qu'elle n'allait peut-être pas aussi bien qu'elle le laissait paraître. Elle passa un bras fatigué sur son front en maugréant des paroles inintelligibles à propos de changement de température et de manque de sommeil. Et tandis que l'ascenseur s'impatientait, sonnant pour annoncer l'ouverture des portes, c'est pourtant le bruit d'un corps s'effondrant au sol qu'on put entendre.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mar 19 Juil - 19:33

Esteban sentait le fil de ses pensées s'effilocher au fur et à mesure que Luisa tailladait dedans à coups d'arguments irrecevables. Plus le temps passait, plus l'impression grandissait en lui de parler une langue différente de celle de sa tante. Leurs dialectes se ressemblaient mais évoluaient sur des plans parallèles. Ils étaient incapables de se rejoindre ni de trouver d'accord, ou même de compromis possible.

Une fois de plus, le jeune vampire ne comprit rien à ce qu'elle racontait. Comment prendre mieux soin de lui aurait-il pu modifier la perception qu'il avait de lui-même et du monstre qui couvait en lui, qui n'attendait que de se manifester lorsqu'on lui en donnerait l'occasion ? Il n'en avait pas la moindre idée. La soif le rendait certes incontrôlable, mais de ce qu'il savait, il pouvait tout aussi bien s'agir d'une évolution normale qui n'avait presque rien à voir avec la famine qu'il s'imposait. Les vampires qu'il avait rencontré étaient violents, cyniques, mauvais et parfaitement inaptes à l'empathie. Ils ne lui avaient donné aucune raison de croire qu'il s'en sortirait mieux qu'eux à force de temps, même si cette "tutrice" avait cherché à lui faire avaler le contraire. Pour qu'il la croie, il aurait déjà fallu qu'il ait confiance en elle, et elle avait avoué tout de go qu'elle n'attendait que de pouvoir l'utiliser. Elle aurait tout aussi bien pu lui faire croire des salades pour qu'il baisse sa garde et se laisse corrompre par le démon plus facilement. Là, elle n'aurait plus eu qu'à cueillir le fruit de ses diaboliques machinations, puisqu'il n'aurait probablement plus eu aucun problème à devenir le complice de pareille meurtrière.

C'était peut-être arrogant de sa part, de chercher à tirer à lui un peu, juste un peu d'approbation divine en refusant de contenter l'atroce nature qui l'avait dévoré. A de nombreuses reprises, coupable, il s'était fait la réflexion. Pouvait-il se considérer meilleur que les autres mort vivants sous prétexte qu'il refusait de partager leurs besoins ? Il n'en savait rien. Néanmoins ça ne changeait rien à deux réalités prioritaires : premièrement, il avait placé la dernière once de fierté et d'estime de soi qu'il lui restait dans cette grève de la faim. Tant qu'il ne se nourrissait pas, il restait un minimum humain. Sans ça, la non-vie lui aurait encore été plus insupportable, et il avait besoin qu'elle le soit un minimum si il voulait réussir à tenir jusqu'à la fin du procès. Deuxièmement, il craignait que le démon ne rentre en lui par le biais des "pratiques vampiriques", et que d'accepter ces instincts accélère la transformation de son esprit. Au tout début il avait presque espéré perdre son âme lorsqu'il serait changé afin de moins souffrir de ce qui lui arrivait. Maintenant qu'il se rendait compte qu'il était globalement resté le même, cependant, l'idée d'une perte d'identité progressive le terrifiait.

Ces réflexions avaient comblé certaines de ses journées de solitude. Elles ne durèrent cette fois que le temps d'un battement de cil car il comprit que ce n'était pas de ça que Luisa comptait discuter avec lui. Si ça avait été le cas, elle n'aurait pas recommencé à citer Gaël. Ni Karl. Dans d'autres circonstances, il se serait agacé de l'entendre vanter les qualités esthétiques de son meilleur ami à tort et à travers plutôt que de le décrire avec la sobriété qui était de bon ton même lorsqu'elle ne se souvenait pas de son nom. C'était gênant, après tout : insinuer qu'il avait compris de qui elle parlait signifiait qu'il était d'accord avec la description, et il n'aurait pas été excessivement convenable qu'il disserte même indirectement sur les yeux gris de Karl Ziegler. Néanmoins, étant donné la gravité de la situation, l'information ne devenait plus qu'un détail incapable de lui arracher la moindre gêne, même succincte. Autant la comparer à une égratignure sur le moignon d'un membre qu'on venait de couper. Comparaison d'autant plus vraie qu'elle enchaîna sur un sujet particulièrement douloureux. Esteban crut d'abord qu'il avait mal entendu. Il se figea, la respiration coupée.

"Et comme ta mère te voit également."

... Oui. Il avait forcément mal entendu. D'une part Luisa avait fait en sorte d'éviter de lui parler d'Olivia jusqu'à présent et bien qu'elle eut un caractère insupportable, il ne la pensait pas suffisamment cruelle pour le blesser volontairement en abordant un tel sujet. D'autre part, cette phrase n'avait aucun sens. Sa mère le voyait comme ce qu'il était : mort. Elle avait encore moins foi que lui en ce qu'il restait de l'humain qu'il avait été. Non seulement elle pensait son âme perdue, mais elle lui avait fait comprendre qu'elle le croyait intégralement parti. Remplacé par un monstre à dents longues, par un imposteur malfaisant. Parfois, il se demandait si elle n'avait pas raison. Et si leurs places avaient été échangées, à lui et à cet Esteban mourant ? Et si il n'avait fait que lui prendre ses souvenirs ? Et si il découvrait peu à peu cette vérité, tandis qu'il redevenait l'être perfide qu'il avait toujours été ?

"Non."

Ca n'était pas très explicite, mais il n'était pas capable de bien mieux, plongé comme il était dans une perplexité éclatante, qui rayonnait de lui comme une fontaine dont giclaient des idées morcelées. Ces parcelles, séparées, finissaient par perdre toute forme de sens. Un bruit suraigu lui échappa. Le son, insupportable à entendre tant il était gorgé de cette intensité vibrante qui lui empoisonnait les entrailles, ressemblait plus au cri d'un animal agonisant qu'à ce qu'une voix humaine aurait pu produire. Il fallait qu'elle cesse de parler d'Olivia. Elle savait pour la lettre. Elle lui avait parlé. Elle avait été en contact avec elle. C'était comme d'être si près d'un rêve qu'on pouvait le frôler des doigts, mais qu'il restait inatteignable, peu importe combien on se démenait à tenter de l'attraper. Il aurait voulu lui demander ce qu'elle faisait. Ce qu'elle lui avait dit, quand elle l'avait vue. Il aurait voulu lui demander de décortiquer par les mots les expressions qui avaient traversé son visage afin qu'il puisse les voir par la pensée. Il aurait chéri chaque moue, chaque phrase qu'elle lui aurait rapporté comme un trésor. Un petit morceau de sa vie, qu'il aurait pu garder avec lui, contre son cœur, pour remplir son vide durant les nuits interminables qu'il subissait en attendant le procès. Il aurait pu... Non. Il n'aurait probablement pas pu, car il se serait ensuite rappelé qu'elle le détestait et il serait devenu fou de douleur avant d'avoir une chance de voir son père assis au banc des accusés. De plus, il donnerait à Luisa plus de pouvoir sur lui qu'il ne pouvait se le permettre sachant qu'elle n'attendait que ça. Mais était-ce vrai ? Avait-elle gardé la lettre malgré le fait qu'il l'eut écrite lorsqu'il était déjà..? Pouvait-elle y voir une forme de souvenir malgré les circonstances ? Prenait-il cela comme une nouvelle rassérénante, ou au contraire coupante... Ou bien inquiétante ? Qu'était-il censé ressentir exactement ? Où étaient passées les nuances des émotions ? Il les avaient subitement oubliées. Il avait l'impression de n'être plus que le cœur enflammé d'une torche.  Il était à vif, et c'était à peu près tout ce qu'on pouvait dire à son sujet.

Des hibiscus... sa fleur préférée. Des fleurs. On achetait des fleurs pour les morts. Il était mort. Il l'avait entendue le nier puis se mettre en colère. Maintenant, elle achetait des fleurs. Il se retourna brutalement. Le métal de la porte émit un grincement sinistre tandis qu'il imprimait la forme de sa main dans cette dernière, incapable de contrôler sa force. Un œil énorme glissa dans la fente.

"Je ne veux pas savoir... JE NE VEUX PAS SAVOIR CA !!"

C'était une chose de savoir ce qui était en train d'arriver... C'en était une autre d'en supporter le récit. Il ne voulait pas qu'on lui conte le deuil que sa mère faisait de lui, prématurément,  tandis qu'il était encore conscient. C'était horrible, et ce que ça lui inspirait était horrible aussi. Il avait l'impression d'être en train de pourrir à l'intérieur. Il était presque capable de sentir l'odeur de mort. Quant à la souffrance que devait traverser Olivia... L'imaginer renforçait sa nausée. Ignoble. Suffisant pour le rendre violent, lui qui n'avait jamais été capable de la moindre action belliqueuse.

Faute à l'état second dans lequel il était plongé, il lui fallut un long moment pour analyser ce dont il avait été témoin à l'instant. Sa tante était vraisemblablement passée de l'état debout à... allongée sur le sol de tout son long. Les portes de l'ascenseur se refermèrent devant son corps inerte. La bouche sèche, il se rendit compte que c'était peut-être un problème, qu'elle ne se relève pas.

"... Tia .. ?"

Sa voix peinait à retrouver la moindre tonalité. Il se rendit compte qu'il aurait dû avoir peur. Constatant qu'il était incapable de ressentir la dite émotion, il eut subitement envie de rire. Ses épaules se soulevèrent en silence, tout d'abord, puis quelques éclats sombres lui échappèrent, accompagnés de larmes arides. Il restait juste suffisamment conscient de la situation pour savoir qu'il ne pouvait pas laisser sa tante dans cet état. Il s'appuya contre la porte jusqu'à réussir à se remettre debout, retira la chaîne, et se laissa tomber.

Secoué de spasmes irrépressibles, il rampa jusqu'à atteindre Luisa. Il repéra l'emplacement de son téléphone, dont il comptait se servir pour appeler les secours. Mais déjà, il fallait qu'il constate les dégâts par lui-même : s'était-elle évanouie ? Faisait-elle un malaise cardiaque? Était-elle morte ? Pouvait-il la sauver en lui donnant son... Non. Clairement, on ne sauvait personne en le changeant en vampire, et de constater qu'une idée pareillement saugrenue puisse lui passer par la tête lui donna envie de rire encore plus fort.

".. Tia, est-ce que tu es morte ? Non... Ton cœur bat encore, je l'entends d'ici... Je me demande pourquoi je me suis déplacé puisque j'aurais tout aussi bien pu l'entendre depuis là-bas... C'est drôle non ? Quel drôle de moment pour tomber... Quel drôle de mot "hibiscus". Que ce soit le dernier que tu prononces, ça aurait le mérite d'être singulier, tu ne crois pas ? Je... ha... c'est... haha... Arrête de bouger je n'arrive pas à prendre ton pouls... Mais... Pourquoi est-ce que je fais une chose pareille je viens de dire que.. ha.. haha... Tu.. Ce n'est pas convenable de bouger lorsqu'on est évanoui... Tu .. haha.. Arrête tout de suite enfin.. ! Ha..."

Eh bien Luisa avait gagné : la porte était ouverte. Quant à l'esprit d'Esteban, il laissait lui aussi passer l'air, vraisemblablement fêlé par un enchaînement de propos et d'événements qu'il n'avait pas supporté. Il regardait sans voir. Il ne s'était même pas rendu compte que si Luisa paraissait éveillée, c'est qu'elle l'était bel et bien. Il était d'ailleurs en train d'essayer de lui prendre son téléphone pour appeler les urgences.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mer 20 Juil - 0:19

Il le vivait mal. Très mal. Elle n'avait pas besoin de le voir pour s'en rendre compte. Et, quelque part, Luisa s'en voulait vraiment : elle aurait préféré ne pas avoir recours à cet argument, ne pas impliquer Olivia et ne pas lui infliger cette peine supplémentaire. Mais Esteban ne lui avait pas laissé le choix, car dans le privé comme en affaires, la cadette Selva Moreno utilisait tous les atouts à sa disposition pour parvenir à ses fins. Ce qui faisait d'elle une adversaire redoutable, et tout le monde le savait. Néanmoins, dans ce cas précis, même elle trouvait son comportement limite. Certainement parce qu'il s'agissait d'une des personnes à laquelle elle tenait le plus.

Elle n'avait pas menti dans la moindre de ses déclarations. Gael était celui qui l'avait tenue au courant des achats d'Olivia, mais c'était elle qui lui avait parlé de cette lettre. Luisa était évidemment passé très rapidement après son arrivée à la Casa del Sol, où elle avait pu se rendre compte de la gravité de la situation. Pourtant, cet épisode lui avait donné un peu d'espoir, qu'il ne lui restait plus qu'à faire grandir, notamment chez Esteban. Mais il fallait avouer que le minot était beaucoup plus réfractaire.

Luisa serra les dents en entendant son neveu hurler. Heureusement qu'elle lui tournait le dos, car elle avait les larmes aux yeux. Ce cri avait tout de celui d'un animal blessé. Et, en quelque sorte, c'était ce qu'il était : un animal blessé, un bébé abandonné par sa mère et laissé pour mort dans une forêt sombre grouillant de prédateurs plus sordides les uns que les autres. La mexicaine n'était pas sa mère, et cela lui faisait déjà un mal de chien... elle ne pouvait imaginer la réaction d'Olivia si elle le voyait dans cet état.

Et pourtant il faudrait qu'elle le voit. L'éclat dont venait de faire preuve son filleul montrait définitivement à Luisa que rien ne pourrait se régler sans l'intervention directe de sa soeur. Elle s'en doutait, bien évidemment, mais elle aurait aimé la protéger de cette vision. Esteban avait été profondément meurtri par la réaction de sa mère, et elle s'en voudrait à jamais quand elle le comprendrait. Au fond de lui, Esteban lui-même pourrait ne jamais totalement la pardonner. La relation fusionnelle si caractéristique des deux Luz-Descalzo voyait certainement là le début de sa fin.

Mais Luisa n'était pas prête à abandonner ainsi. Son neveu ne voulait pas lui ouvrir la porte ? Soit, elle trouverait un autre moyen. Même si la tentative paraissait risquée ce soir. D'un autre côté, si elle lui laissait le répit d'une journée, qui dit ce que son neveu serait capable de faire entre temps ? Elle ne pensait pas qu'il déménagerait réellement, mais le niveau de tristesse et de désespoir qu'elle entrevoyait chez lui la faisait craindre le pire. Elle décida donc de jouer le grand jeu malgré tout, feignant l'évanouissement.

La réaction à laquelle elle eut droit ne fut pas tout à fait celle attendue. Déjà, son neveu s'était fait attendre pour réaliser que quelque chose n'allait pas, mais elle le pardonnait : elle ne lui avait pas mené la vie facile jusqu'à présent, après tout. Cependant, ce rire qu'elle entendit lui fila la chair de poule. Et pourtant, elle en avait vu, des choses plus ou moins flippantes. Mais là, entendre ce rire froid de la bouche de son filleul, mêlé à ces larmes qu'elle pouvait encore percevoir... Elle savait qu'il n'allait pas bien, mais elle n'avait pas pensé que ça allait jusque là. Elle avait bien fait de prendre la première occasion pour monter ici, et il était hors de question qu'elle descende de sitôt !

Une fois n'est pas coutume, quiconque envisageant son raisonnement la jugerait imprudente. Mais Luisa n'avait jamais été la dernière quand il s'agissait de prendre des risques. Et présentement, c'était pour sa famille. Elle était donc prête à tout, même si elle ne put empêcher son pouls de battre plus fort quand elle entendit finalement la porte s'ouvrir en grand, et Esteban ramper sans sa direction. Elle semblait soudain prendre conscience qu'il s'agissait d'un vampire affamé qui se dirigeait vers elle, et qu'elle s'était volontairement rendu sans défense. Une voix dans sa tête (qui avait un ton qui rappelait étrangement celle de son aînée) se fit entendre. "Lu', tu n'es qu'une idiote." Elle n'avait peut-être pas tort... Mais maintenant qu'elle s'était embarquée là-dedans...

"..."

Esteban déraillait complètement. L'incohérence de son discours fit comprendre à sa tante que la mention des fleurs avait définitivement été de trop, même si elle n'avait pas encore fait le parallèle mortuaire qui était tout de suite venu à son neveu. Jouant le jeu, elle avait bougé légèrement quand il avait commencé à lui parler et entreprenait de papillonner des paupières. A la mention des secours, elle leva sur son filleul un regard qu'elle voulait vaseux, et leva la main pour l'approcher de celle qui cherchait le téléphone.

"Tebi... Ce n'est rien... Juste... un peu de fatigue. J'ai... très peu arrêté... ces derniers jours..."

Et elle ne mentait même pas. Ayant mené de front l'emménagement, les recherches, sa soeur et ses affaires, elle n'avait pas pris le temps de respirer depuis son arrivée. Evidemment, sa fatigue n'était pas aussi importante qu'elle le faisait paraître (elle avait bien plus d'endurance qu'on ne le pensait en la voyant), mais ce n'était pas quelque chose qu'Esteban avait besoin de savoir. Avançant son autre main vers le visage de l'héritier, elle lui fit un faible sourire, alors qu'il continuait toujours de rire à contretemps.

"Je n'ai pas choisi... mon moment... je te signale. Il faut simplement... que je me repose..."

Bon, okay, là, elle mentait un peu. Mais c'était pour la bonne cause.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mer 20 Juil - 11:35

Esteban ne se rendit compte que sa tante était en train de faire un geste vers lui que lorsqu'elle toucha sa main, l'empêchant par là-même d'achever le geste qui aurait dû lui faire prendre le téléphone et appeler les secours. Une petite voix parallèle à sa pensée l'assourdissait en parlant à toute vitesse : si il appelait les secours et les faisait venir ici, il pouvait dire adieu à son anonymat. Non seulement on pourrait compter sur Gael, Karl et tout ceux qui n'avaient pas encore tiré un trait sur lui pour venir le déranger dans sa retraite, mais en plus, tous ceux qui lui voulaient du mal finiraient aussi par être au courant. Quelque chose lui disait qu'il ne survivrait pas bien longtemps à cet aléa. L'idée, blasante tant elle s'ajoutait bien à la liste des coups de malchance qui lui tombaient dessus depuis qu'il s'était installé à la Nouvelle-Orléans, l'amena à rire avec une intensité renouvelée. C'était vraiment... Vraiment trop drôle. Et sa tante en rajoutait une couche en marmonnant des choses qui lui en rappelaient d'autres dans son évanouissement décidément très bavard. Un éclat hystérique dans la voix, le jeune homme la pointa du doigt, comme pour réagir à une plaisanterie spécialement efficace.

"... Ce n'est rien... Juste un peu de fatigue.. Ce n'est rien... Juste un peu de fatigue ! Ha... Ha.. Ce.. rien... Fatigue.. Haha ! Tu peux m'avoir sur beaucoup de choses mais ça Tia, c'est ma spécialité, alors n'essaie même pas... Si ça se trouve, tu vas mourir toi aussi. Ce sont des choses qui arrivent quand ce n'est rien et que c'est juste un peu de fatigue... Tu as fait une prise de s... ?"

Son cerveau malade semblait avoir décidé qu'il était soulageant de formuler les choses choquantes, habituellement insupportables, comme si elles avaient été d'insignifiantes banalités. C'était étrangement agréable de laisser ce flot de parole sortir de sa bouche, les secrets et les blessures, s'épancher comme si ils n'avaient jamais été difficiles ni à formuler, ni à accepter. C'était libérateur. Dans le même temps, ça tapait sur quelque chose qui était déjà profondément fissuré au fond de lui et c'était douloureux... Mais cette souffrance était juste. Avoir mal faisait étrangement du bien. Comme lorsqu'il sentait ses ongles accrocher au mur si rudement qu'ils se détachaient de sa peau et laissaient de longs sillons sur les murs blancs de son terrier.

La question qu'il n'avait pas finie de poser l'avait cependant tiré de son délire (ou d'une couche de ce dernier). La mention du sang paraissait lui avoir brutalement rappelé que ce fluide était devenu la base de son alimentation, et qu'il s'en privait depuis des semaines. Il prit tout aussi brutalement conscience du fait qu'il était penché au dessus de Luisa, que cette dernière était humaine, et qu'il ne faisait plus aucun effort pour retenir sa respiration depuis un long moment. L'air était empli d'une odeur délicieuse qui titillait aussi sûrement son estomac que si il était passé à côté d'une boulangerie après être parti en  cours sans déjeuner. Ses yeux écarquillés prirent la teinte sombre de l'envie, laquelle déforma ses traits éberlués. Ses crocs brillaient dans la pénombre, bien visibles au dessus du tremblement brûlant de sa lèvre.

"Tu sens très bon, Tia... Tu me fais penser à un gros croissant. Quoique ce ne soit pas mon type de cuisine préféré... Mais le croissant est une image adaptée. Un croissant tout chaud sorti du four... Tu entends ça ? Ah... C'est vraiment ignoble... haha... C'est drôle... ha..."

Puisqu'il en était au stade où même sa propre monstruosité lui donnait envie de rire... Peut-être était-ce un bon moment pour en faire la démonstration à Luisa, avant qu'il ne craque et la morde pour de bon, et afin d'essayer de faire comprendre à cette tête de pioche la futilité des actions qu'elle avait entreprises ? Il avait enfin compris que son malaise était passé et qu'elle était bien éveillée. Elle ne semblait pas aller si mal que ça, finalement. Et comme elle venait de le signaler, elle avait besoin de se reposer. Il allait donc lui montrer la sortie, afin qu'elle puisse sans attendre gagner un endroit en sécurité où elle pourrait faire exactement ce qu'elle venait de dire.

"Laisse moi te raccompagner à la porte... Il y a des fauteuils dans le hall d'entrée. Je crois. Ha. Haha. Je ne sais plus. Je n'y ai pas vraiment payé attention en arrivant. J'étais juste content d'être enfin arrivé à destination... Au début ce n'était pas si mal, après les égouts.. ha. Haha... Les égouts. Tu as déjà été dans les égouts, Tia ? Je parie que même toi tu n'as pas essayé... ha.. haha..."

La folie douce qui avait pris le contrôle avait détruit en lui toute forme de limite, de barrière. Il avait accès à sa réserve de secours et c'est grâce à cette dernière, forcené, qu'il souleva sa tante du sol avec autant de facilité que si il s'était agi d'un ballot de paille et qu'il se redressa, vacillant, mais décidé. Son doigt appuya sur le bouton d'appel. Les portes s'ouvrirent. Il avança, bien décidé à descendre au rez de chaussée et à empêcher Luisa de se débattre avec toute la force dont il disposait, afin de l'amener à destination.

Il entendait les pulsations de son corps bouillant, tout près du sien. C'était à en devenir complètement fou. Appuyé contre le mur, parfaitement incapable de s'en empêcher, il l'observait comme si il s'était agi d'un bonbon géant. Il luttait pour éviter d'approcher son visage d'elle, mais ses crocs étaient définitivement dénudés.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mer 20 Juil - 15:14

Il ne semblait pas sortir de son étrange crise. Pire encore, les mots que Luisa lui avait adressés semblaient avoir empiré son état. Et pourtant, elle ne voyait vraiment pas ce que ça pouvait être cette fois ! Mais son neveu eut la gentillesse de le lui expliquer.

"J'ai dû faire pléthore de tests avant d'obtenir mon visa, Tebi..."

Elle s'apprêtait à finir sa phrase d'un "je vais bien", mais la façon dont son neveu parlait de la mort... Cela lui faisait froid dans le dos. Esteban était trop jeune pour avoir ce genre d'idées noires. Le regard de la mexicaine se voila de tristesse tandis qu'elle l'observait sans un mot de plus. Il interrompit sa phrase avant de mentionner le sang, et Luisa sut ce qui allait se passer avant même de croiser le regard affamé du vampire. Elle pinça les lèvres, sans laisser la peur irradier de ses yeux foncés. Impossible de cacher la légère accélération de son coeur, cependant. Mais elle n'était pas particulièrement inquiète : Esteban ne s'était pas nourri depuis des jours, peut-être même des semaines... il était épuisé. Elle aurait certainement le temps d'atteindre le spray au poivre qu'elle gardait toujours dans son sac, au cas où les événements tournaient au vinaigre, avant de se faire vider comme une bouteille de tequila frappée... ou bouffée comme un croissant chaud, si elle en croyait les paroles de son neveu.

"...Tant que tu n'oublies pas que je n'ai rien d'une religieuse..."

Parce que Luisa sans son caractère mordant n'était pas Luisa Selva Moreno. Même dans des situations qui demandaient clairement qu'elle se taise et attende que ça passe. Attiser la colère d'Esteban, ou quelconque autre sentiment négatif, quand il était dans cet état n'était clairement pas la bonne option. C'est pourquoi elle enchaîna rapidement en précisant qu'elle avait simplement besoin d'un peu de repos. Le malaise n'était que vagal, il passerait après une bonne heure allongée sur un canapé. Voilà ce que la majorité des personnes en pleine possession de leurs moyens penserait dans une telle situation. Mais il était clair que son filleul ne faisait plus partie de cette majorité. Il proposa de la raccompagner. Dehors. Ou plutôt, dans le hall d'entrée. Cette situation était abracadabrantesque. Si elle avait su ce que toute cette situation allait enclencher, elle ne serait certainement pas montée seule, même pour vérifier une simple hypothèse.

Elle laissa échapper un cri surpris lorsqu'il la prit dans ses bras. Par réflexe, elle mit les siens autour de son cou, sans cependant y mettre trop de force. Elle disait aller mieux, et Esteban ne s'attarderait par forcément à ce genre de détails vu son état, mais elle préférait continuer sa mascarade encore un petit moment.

"Tebi, c'est inutile... Tu ferais mieux de me prêter ta canne."

Elle essayait de descendre, mais le jeune homme ne la laissait pas faire. Croisant un instant son regard plein d'envie, elle fronça les sourcils. Elle avait beau avoir une confiance totale en son neveu, le contexte faisait que même elle n'était pas totalement sereine. Et pourtant, un détail lui revint qui fit qu'elle leva les yeux vers son porteur, une lueur d'intérêt amusé parsemée d'inquiétude dans le regard.

"Non, je n'ai pas encore fait d’égouts... Tu sais, ceux de Paris sont visités annuellement par des centaines de milliers de personnes..."

Ce n'était pas la meilleure façon de changer de sujet. Mais elle n'avait pas grand chose d'autre à proposer pour le moment. Elle réessaya une fois de plus de se débattre (assez faiblement pour être crédible), mais il était impossible de se défaire de l'étreinte du vampire.

"Tebi, laisse-moi descendre. Tu vas t'épuiser, même si je suis un poids plume. Le sol est molletonné."

Luisa soupira. Elle donnait l'impression de laisser tomber. En réalité, bien qu'inquiète de la tournure que prenait la situation, elle s'estimait chanceuse : Esteban allait descendre avec elle. Elle pourrait garder un oeil sur lui jusqu'à ce qu'ils atteignent le rez-de-chaussée. Et, le connaissant comme elle le connaissait, elle était prête à parier qu'il n'avait pas sur lui la clé qui lui permettrait de remonter chez lui : il ne quittait jamais le penthouse, il le lui avait avoué et les voisins l'avaient confirmé. Elle doutait fortement qu'il garde toujours cette clé sur lui.

Elle avait donc une chance de pouvoir le ramener chez elle. A moins qu'il ne prenne la fuite à l'extérieur. Dans ce cas-là... ce serait beaucoup plus compliqué.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mer 20 Juil - 22:31

Le jeune homme, plongé au cœur de la crise, écoutait à peine les réponses que formulait sa tante à chacune de ses répliques. Il n'en attendait aucune. Il était enfermé à l'intérieur de son propre esprit défectueux, et il en fallait beaucoup pour réussir à l'atteindre.

La première fois que Luisa y parvint, c'est lorsqu'elle opta pour une plaisanterie vaseuse. Étant donné le penchant qu'il s'était inopinément trouvé au rire, on aurait pensé qu'il apprécierait un trait d'humour (ou qu'au moins, il ne l'aurait fait réagir qu'en lui tirant un éclat nerveux de plus). C'était sans compter le thème choisi par la mexicaine : la religion. Esteban n'avait pas compris le jeu de mot, mais il lui était clairement apparu qu'elle était en train de se moquer de ceux qui la prenaient plus au sérieux qu'elle n'en avait l'affligeante habitude. Ca ne se faisait pas. C'était indécent. Elle eut mieux fait de se trouver des instincts plus fervents et d'en profiter pour éviter de monter chez lui, surtout si c'était pour tenter de ruiner tous les efforts qu'il avait faits, LUI, pour obéir aux préceptes divins en dépit de tout.

Les yeux brillants d'un éclat mécontent, il la souleva avec plus de force qu'il n'en aurait fallu. On avait eu l'occasion d'entendre une sorte de grondement dans sa gorge fermée, presque comme le feulement d'un chat désapprobateur. Elle voulait sa canne, maintenant ? Comment pouvait-elle être si sûre qu'il possédait un tel objet, d'abord ? Même si il avait voulu admettre cette vérité, la lui chercher insinuait d'entrer dans l'appartement, d'ouvrir le carton, puis de revenir. Il n'avait pas l'énergie suffisante pour un tel périple. Et de toute façon, elle n'avait pas intérêt à se plaindre ! Il la ramenait en bas où elle pourrait s'asseoir et où il y aurait des gens qui pourraient s'occuper d'elle si son état s'aggravait. Si ça ne lui plaisait pas qu'il l'empêche de se débattre ou d'esquisser le moindre geste allant à l'encontre de ses intentions, elle n'avait qu'à se fâcher, et à partir, ainsi qu'il le lui avait demandé depuis le début ! Quand allait-elle comprendre qu'il ne méritait pas son aide ?

Sa poigne devenue plus ferme, et son ton plus déterminé malgré les éclats nerveux qu'il continuait à disperser, il délirait à toute vitesse. A force d'être utilisée, sa voix retrouvait plus de force, devenait moins cassée, et son habituel flux mitraillant refaisait surface tandis qu'il évoquait une image nauséabonde tirée de ses premières glorieuses expériences au sein du monde de la nuit. Les égouts. A ce moment précis, Luisa parvint pour la seconde fois à attirer l'attention du vampire via une réponse qui lui arracha un gloussement cynique. De tout ce qu'Esteban pouvait être (arrogant, capricieux, geignard, excessif...), "cynique" était une nouveauté aussi singulière qu'inquiétante. Ce son cassant, comme l'expression dure qui s'était peinte sur ses traits, ne lui ressemblaient pas. On avait tâché son innocence de sang, et si elle avait survécu à beaucoup de situations compliquées, à l'instar de sa santé mentale, elle n'allait probablement pas s'en tirer à si bon compte, cette fois-ci.

"Oh... Je peux t'assurer que personne ne se serait pressé pour visiter ceux-ci. Et cesse un peu de geindre. Peu importe le nombre de fois que tu le demanderas, je ne te lâcherai pas avant que nous soyons arrivés."

... Du moins pensait-il que c'était une bonne idée, même si il avait du mal à rester suffisamment concentré pour se souvenir des raisons qui l'avaient poussé à la maintenir ainsi suspendue. C'était d'autant plus compliqué qu'il était irrépressiblement attiré par la chaleur qui émanait d'elle et par le cycle fascinant qui, à chaque seconde, faisait de son corps le théâtre d'une fête frénétique. Il n'y avait plus d'autre son parasite que le grondement régulier de l'ascenseur. Il avait une conscience aigüe de l'étroitesse de la pièce, de leurs respirations indiscrètes et de ce battement organique merveilleux, qui le rendait fou de jalousie. Plus de mots, plus de gestes capables de le détourner du trésor qu'il tenait tout contre lui, et qui peu à peu le happait corps et âme. Ces effluves jaillissantes, à peine contenues par une gangue à la texture de fruit, il pouvait les voir , les sentir bondir sous cette peau frémissante. De ne pas pouvoir les libérer tandis que ça lui paraissait si aisé le rongeait terriblement. La frustration atteignait un point dangereux.

Mais au fait... Pourquoi se retenait-il, exactement ?

Il eut un vertige qui le força à s'appuyer contre Luisa. Il en arriva donc à la plaquer contre le mur, à moitié involontairement. Ses yeux élargis approchaient. Son oreille s'était placée toute proche d'une veine pour en écouter le rythme apaisant. Au bout d'un moment, il se rendit compte que son visage avait plongé en direction de sa nuque. Qu'il respirait fort, bruyamment, et qu'il ressemblait à une espèce de prédateur bestial, penché sur elle de la sorte.  Lorsqu'il prit conscience qu'il ne lui aurait fallu avancer que de quelques centimètres pour plonger ses crocs dans sa jugulaire, il fut prit d'un nouveau rire frénétique. Des larmes froides s'écrasèrent contre l'épaule de l'humaine et coulèrent lentement sur sa peau, jusqu'à être absorbées.

...Il n'était plus si certain de la pertinence de son idée, ni même d'être capable de maintenir un contact aussi serré sans succomber à la tentation avant que l'ascenseur ne descende les interminables étages qui les séparaient du sol. Ca aurait encore pu lui paraître drôle, si seulement il n'avait pas perçu le risque inhérent à cette situation. Dans cette cage à lapin, Luisa ne pourrait rien faire pour se protéger si un vampire fou l'attaquait. Il pourrait tout aussi bien la tuer. Les portes tinteraient, puis elles ne s'ouvriraient que pour dévoiler la scène sordide : lui, tenant le cadavre de sa tante au creux de ses bras tandis qu'il la vidait de son ultime goutte de sang.

Vint l'instant de vérité : soit il mordait, soit il partait. Aucune autre alternative n'était envisageable, d'autant qu'il avait déjà préparé ses crocs. La vision invoquée précédemment fut suffisamment forte pour le faire tout lâcher, et reculer d'un coup, malgré les signaux perçants que lui envoyaient son organisme pour se plaindre de cette décision. Il se plaqua bruyamment contre le mur opposé, les mains à plat comme pour tenter de trouver de nouveaux repères qui l'empêcheraient de commettre l'irréparable. Un gargouillement torturé quitta sa gorge trop sèche. Son visage n'eut le temps de rien exprimer car il avait fini par épuiser ses dernières réserves, si bien que le contrecoup profita du geste brusque pour le frapper de plein fouet. Ses yeux se révulsèrent. Virtuellement assommé, il s'effondra comme une masse et ne bougea plus d'un pouce, l'air aussi mort qu'on pouvait l'être. Les vampires ne respiraient pas, lorsqu'ils dormaient. Ni quand ils s'évanouissaient d'épuisement, visiblement...
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Jeu 21 Juil - 15:20

Bien. Il n'avait pas apprécié son trait d'humour. C'était dommage, elle avait pourtant eu l'impression qu'il était du genre à rire, en ce moment...

"Wow !"

Elle laissa échappe un cri surpris lorsqu'Esteban la prit dans ses bras. Pour quelqu'un qui paraissait exténué quelques secondes plus tôt, il avait encore de la réserve, le néo-vamp ! Parce que Luisa était persuadée qu'il ne feignait pas son état, contrairement à d'autres...

Peut-être qu'il serait plus simple ainsi de faire la conversation. Ce n'était pas vraiment comme si elle avait d'autres options, puisque son neveu refusait de la lâcher quoi qu'elle fasse ou dise. Tenter de l'entretenir était la seule solution qu'elle envisageait, en attendant qu'il tombe de fatigue, car cela devait forcément arriver.

L'ersatz de conversation prit une autre tournure quand filleul et marraine parlèrent des égouts. Luisa y fit une seconde tentative d'humour... la réponse d'Esteban lui coupa toute envie de plaisanter. Elle fronça les sourcils en l'observant attentivement, sans lui répondre. Depuis quand avait-il développé ce cynisme acéré ? En temps normal, elle s'en serait réjouie, cela faisait des années qu'elle le titillait en espérant un résultat similaire, persuadée que cela lui serait utile pour mener ses affaires dans le futur. Elle en serait presque vexée qu'elle y soit parvenu sans elle, si le timing n'était pas aussi mauvais. Cet isolement forcé mettait au jour les traits les plus sombres de son caractère, et ce cynisme pourrait se révéler plus auto-destructeur que salvateur... Tout comme la plupart de ce qu'il lui avait montré jusqu'à présent. Comment allait-elle pouvoir ramener vers elle le jeune homme charmant, un peu maladroit mais débordant de gentillesse et d'altruisme que sa soeur avait élevé ? Une chose était certaine, elle n'y parviendrait pas seule, il était bien trop têtu...

Perdue dans ses réflexions, Luisa n'avait pas immédiatement remarqué que la conversation s'était étiolée. Enfin, elle n'était pas stupide au point d'ignorer que si elle ne parlait plus, Esteban n'avait personne pour lui répondre, mais elle était si plongée dans ses pensées qu'il lui avait provisoirement échappé que son neveu n'était pas seulement devenu un cynique solitaire qui avait perdu son innocence (et en cela, il lui rappelait quelqu'un), mais également un vampire qui ne s'était pas nourri depuis des jours... et que la présence humaine qu'elle formait pouvait finir par déclencher ce qu'il y avait de pire dans l'abstinence.

Le choc de se retrouver plaquée contre le mur de l'ascenseur remit brutalement ces constatations en haut de sa liste de priorités. Elle voulut adresser un regard agacé (teinté d'amusement, car il s'agissait de Luisa après tout) à Esteban, mais l'attitude de ce dernier lui coupa toute envie de jouer. Elle prit soudainement ("Enfin !!!" s'écriraient certains) conscience du danger de la situation. Il n'était pas difficile de voir que le jeune homme semblait lutter contre ses instincts les plus vils. Dans l'idée, Luisa était prête à donner à son neveu ce dont il avait cruellement besoin pour être capable de continuer à se battre... et à vivre, accessoirement. Cependant, la situation n'était pas idéale, et s'il y avait quelque chose que la mexicaine avait bien réalisé, c'était qu'il aurait besoin de bien plus de liquide carmin qu'elle n'était capable de lui en donner. Quand bien même elle lui donnait son autorisation, elle était quasi-certaine qu'il ne pourrait pas se contenir. Et s'il recouvrait ses forces, elle n'était pas convaincue que son spray au poivre suffise...

"Esteban..."

Elle murmurait, mais c'était suffisant pour se faire entendre dans la pièce exiguë. De toute façon, il était si près de sa gorge à cet instant que crier serait inutile. Il riait, riait et pleurait tout à la fois. Elle pouvait sentir ses larmes froides tomber dans son cou. La tristesse fit front avec la peur qu'elle ressentait sans pouvoir s'en empêcher depuis quelques secondes. Il était si seul, si triste, abandonné... Elle sentait le besoin irrépressible de l'aider, par tous les moyens possibles. Et la connaissant, elle en avait beaucoup.

Luisa avait dégagé une des mains qui était dans la nuque de son neveu, voulant la passer sur sa joue pour essuyer ses larmes. Elle avait essayé plusieurs techniques depuis leur rencontre, mais la tendresse était bien ce qui avait fonctionné le mieux. Avec Olivia comme mère et principal repère, elle aurait dû s'en douter, mais cela ne faisait pas de mal de se faire secouer un peu de temps en temps... Elle y avait simplement été un peu fort... peut-être. Toujours était-il qu'elle avait compris la leçon, et qu'elle espérait qu'un peu de douceur calmerait l'animal enragé qui sommeillait en son filleul... mais elle n'eut pas le temps de faire quoi que ce soit qu'elle touchait brutalement le sol, fesses les premières. Un nouveau cri, de souffrance cette fois, lui échappa.

"Aïe ! Et après tu cherches à me donner des leçons, mais est-ce vraiment bien convenable de..."

Se frottant vigoureusement le coccyx, Luisa faisait face au mur et ne s'était retournée qu'au milieu de sa phrase, qu'elle stoppa brutalement en remarquant l'attitude de l'autre occupant de la pièce. Apparemment, cet effort avait été celui de trop. Bien qu'inquiète, le visage de la cadette Selva Moreno se teinta d'une douceur inhabituelle pour qui ne la connaissait pas extrêmement bien. Elle s'approcha à quatre pattes de son neveu et termina enfin le geste qu'elle avait commencé plus tôt, essuyant les larmes qui persistaient sur le visage complètement immobile de son filleul.

"Tu fais preuve d'une extraordinaire force de caractère, Esteban. Je ne pourrais être plus fière de toi... Enfin, si tu n'étais pas aussi toxique pour toi-même, s'entend."

Lui adressant un sourire qu'il ne pouvait voir, Luisa entreprit de passer l'un des bras inertes d'Esteban autour de son cou, afin qu'elle puisse le relever. Ils auraient l'air moins "étranges" debout qu'assis dans cet ascenseur s'ils croisaient quelqu'un. Sans compter que l'immobilité du vampire le rendait bien plus inquiétant s'il restait au sol : il paraissait bien trop mort. Alors qu'elle le relevait difficilement (il s'agissait tout de même d'un poids mort ! ...enfin, sans mauvais jeu de mots) prenant le mur de la cage d'ascenseur pour appui, le bruit mentionnant l'arrivée au rez-de-chaussée se fit entendre. La mexicaine grommela un juron dans sa barbe inexistante et attendit l'ouverture des portes, tout en poussant Esteban dans le coin avant-droit de la pièce, opposé au tableau comportant les étages. En général, les gens regardaient le fond de la pièce, et ce pan de mur pour appuyer sur le bouton qui les intéressait, et voilà tout. Elle préférait autant éviter d'attirer l'attention sur Esteban, plus encore quand il était dans cet état. Elle avait beau être une horrible tante aux yeux de beaucoup, elle n'avait pas plus envie que lui que ses ennemis sachent où il se trouve. L'avantage, c'était que peu de personnes savaient que Luisa était en ville, même si la nouvelle se répandrait rapidement. Mais elle savait que Juan aurait tôt fait de la contacter, voire de la faire suivre pour avoir des informations : il n'était que trop conscient du flair qu'elle possédait, que certains nommaient "chance insolente". Plus elle serait capable de faire avant que ce moment n'arrive, mieux ce serait. Bien qu'elle n'aurait aucun scrupule à renvoyer son partenaire d'affaires sur les roses.

"Bonsoir."

La voix provenant de l'extérieur de la pièce la sortit de ses pensées. Elle sourit à la mère de famille, qui rentrait avec ses enfants. L'un d'eux avait déjà couru vers le panneau pour appuyer sur le bouton de leur étage, tandis que l'autre commençait à chouiner parce que c'était sensé être son tour. Luisa soupira intérieurement, à la fois soulagée et agacée : elle détestait les enfants, mais cette marmaille allait être la diversion dont elle avait besoin. Elle répondit à la mère avec un sourire, sortant une clé de la poche arrière de son jean, et s'adressa à celui qui avait les larmes aux yeux d'avoir été tant lésé.

"Tiens, rends-moi un service, et va tourner cette clé dans la serrure là-bas."

Le gamin acquiesça vivement et la mère lui adressa un regard de remerciement. Apparemment, elle avait évité une crise de larmes sévère. Connaissant celles dans lesquelles son neveu avait pu partir plus jeune lorsqu'il n'obtenait pas ce qu'il voulait, Luisa pouvait aisément comprendre le soulagement de l'autre femme. Quelques secondes plus tard, sa mission accomplie, l'enfant lui rendit sa clé avec un sourire ravi.

"Et voilààààà !
-Merci bien, tu es très aimable."

L'enfant redressa le torse, fier comme un coq. La mère le regardait, souriante, comme elle admirait son enfant, rappelant une autre mère au souvenir de Luisa. Le second enfant, cependant, fixait Esteban avec une inquiétante intensité, avant de tirer sur la manche de sa mère.

"Dis Maman, le Monsieur, il dort ?"

Luisa pinça les lèvres. On lui avait toujours dit : deux, c'était trop. Elle était bien contente qu'Esteban soit fils unique... tout comme elle était bien contente que ses parents ait décidé que deux, c'était mieux. Avant de réaliser la tempête qu'était leur cadette, bien entendu.

"Il fait des crises de narcolepsie, il s'endort sans prévenir, et sans avoir besoin d'un lit. Plutôt cool, non ?"

La mexicaine intervint avant que la mère n'eut le temps de se prolonger l'observation de son filleul et tourna un regard étonné à Luisa, qui lui répondit par un regard un peu désabusé et un haussement d'épaules. Le froncement de sourcils qu'elle reçut en retour lui indiqua que la partie n'était pas gagnée, mais les enfants décidèrent à ce moment là d'attirer l'attention de leur mère.

"Trop bieeeeeen ! Dis Maman, moi aussi je peux faire de la narcopepsi ?
-Nan c'est moi, c'est moi qui fais des crises de darcoplexie, regarde !"


Et il s'effondra en plein milieu de la cage d'ascenseur, faisant semblant de dormir à poings fermés. L'autre gosse, ne voulant pas être laissé pour compte, entreprit de réveiller vivement son frangin en le secouant avec force, amenant une crise de rires qui tourna bientôt en bagarre rangée, et ce malgré les injonctions de la mère qui leur disait d'arrêter. Dans son coin, la main fermement agrippée autour de la taille de son neveu inconscient, Luisa laissa échapper un soupir satisfait. Elle n'aimait pas les enfants, mais il fallait dire qu'ils faisaient de très bonnes diversions le moment venu.

Finalement, ils arrivèrent à leur étage. Aussitôt, toute comédie cessa et ils se ruèrent dehors, si vite que la mère dut les suivre après un "Bonne soirée" glissé à la hâte. Luisa ne prit pas la peine de lui répondre, appuyant plutôt sur le bouton de fermeture des portes. Plus personne ne vint déranger leur ascension. Quand les portes s'ouvrirent de nouveau, elle faisait face au même hall que plus tôt dans la soirée. La seule différence était qu'Esteban était à ses côtés, et non pas de l'autre côté de la porte à présent grande ouverte.

"...C'est maintenant qu'on rigole."

Raffermissant sa prise sur la taille d'Esteban, elle passa son autre bras sous ses genoux et le souleva comme elle l'avait été quelques instants plus tôt, avant de se diriger vers la porte ouverte. Elle s'était attendue à ce qu'il soit plus lourd que cela, mais ils devaient faire à peu près le même poids. Elle n'allait cependant pas pouvoir le porter très longtemps. Heureusement, elle trouva bien vite un canapé sur lequel elle put déposer son neveu aussi délicatement que possible. Tendrement, elle passa sa main sur son visage, décalant quelques mèches éparses sur le front froid. Elle frissonna en le regardant. Il avait l'air d'un véritable cadavre. C'était perturbant. Se détournant avant de perdre son sang-froid, Luisa s'éloigna de quelques pas et sortit son téléphone de sa poche. Esteban lui avait interdit de donner son adresse à quiconque, mais elle pouvait toujours donner la sienne, non ?

"Gael ? Je l'ai trouvé. Tu... Oui, mais comment... ? D'accord, je vais transmettre des instructions au concierge pour que vous puissiez monter. ...Oui, lui aussi. On ne sera pas trop de trois. ... Non, c'est trop tôt. ... Tu verras. Je vous attends."

Sourcils froncés, Luisa raccrocha. Il y avait apparemment des informations qu'on ne lui avait pas transmises... Pas que ça aurait changé grand chose à ses plans, mais tout de même ! Soupirant, elle mit ces réflexions de côté et utilisa l'interphone pour ordonner au concierge de laisser monter ses invités. Puis elle mit de nouveau son téléphone à son oreille, en prenant cette fois le temps d'apprécier le paysage. Un sifflement silencieux lui échappa alors qu'elle observait les murs de verres et les escaliers qui paraissaient mener à diverses plateformes. Son agent immobilier avait raison, cet appartement-terrasse était sublime ! Mais elle savait que son neveu avait toujours eu du goût. Un déclic au bout du fil la replongea dans l'instant présent.

"Oui bonsoir, j'aimerais passer commande..."

Si cette petite aventure lui avait appris quelque chose, c'était qu'ils n'iraient pas beaucoup plus loin l'estomac vide. Et Luisa savait être pragmatique quand il le fallait.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Jeu 21 Juil - 18:29

Ce soir, Karl était chez lui. C'était une information notable car depuis quelques temps, le jeune homme n'avait pas arrêté. Il s'était beaucoup rapproché du garde du corps d'Olivia Luz-Descalzo, comme il partageaient un objectif commun, à l'insu de la volonté de l'employeuse précédemment citée : retrouver Esteban. La situation étant spécialement délicate, ils avaient convenu du fait que laisser le BIAS mettre la main sur le jeune homme était une mauvaise idée. Non seulement il avait des ennemis qui n'attendaient que de pouvoir plus facilement le localiser, mais en plus, il était psychologiquement très affaibli, ainsi que l'avait compris Gael suite à un coup de téléphone qu'il lui avait retransmis. Dépressif, désespéré, en cruel manque de contacts sociaux, très probablement suicidaire. C'était le tableau inquiétant qu'ils avaient pu se dresser de l'état de l'héritier suite à l'échange succinct.

Face à ce constat alarmant, il était évident qu'ils ne pouvaient pas le laisser agir comme bon il l'entendait. Gael avait réussi à convaincre Esteban de le laisser organiser le déménagement de ses affaires. La stratégie, qui visait à le localiser grâce au dit transport, n'avait pas entièrement fonctionné : le jeune vampire n'avait accepté qu'à condition de faire dépêcher ses propres livreurs, lesquels devaient impérativement ne pas être suivis. C'est alors que Karl avait eu une idée audacieuse, pour ne pas dire dangereuse : il allait s'installer dans l'un des cartons afin d'être livré chez Esteban comme le reste de ses affaires, puis il allait discrètement sortir de l'immeuble et noter son adresse.

Gaël avait tout d'abord refusé avec véhémence : c'était trop risqué. Non seulement Esteban ne leur pardonnerait jamais cet abus de confiance, si jamais il en venait à être au courant, mais en plus, le garde ne pouvait pas laisser un étudiant se mettre dans une situation aussi dangereuse. Car il était évident que dans ce monde où les outres faisaient légion, il n'allait pas suffire à Karl de se dissimuler dans une boîte en carton pour être certain qu'on ne détecterait pas sa présence. Il faudrait qu'il couvre ses traces. Toutes ses traces. On entendait par là son odeur, sa chaleur, les bruits qu'il pourrait produire (ne serait-ce que parce qu'il respirait ou que son cœur battait), et tout le reste de ce qui le différenciait d'une simple pile de bouquins empaquetés. Ca demandait à faire appel à la magie wiccane, et pas à n'importe laquelle.

Mais Karl savait ce qu'il faisait. Il était parfaitement conscient des risques, et considérait que la gravité de la situation justifiait de les prendre. Peu importait son âge : il voulait aider, et il était le plus à même de mener à bien l'opération. D'une part, il aurait été suspect que Gael ne se présente pas aux livreurs au moment de l'enlèvement des paquets. De l'autre, il aurait eu du mal à tenir dans un espace aussi étriqué, contrairement à Karl qui disposait d'un gabarit plus léger. Il avait fini par réussir à convaincre Gael, même si ce dernier n'avait jamais apprécié le plan. Et tout s'était déroulé exactement comme ils l'avaient souhaité, même si l'achat du sortilège de camouflage s'était avéré.. plus ardu que Karl ne l'avait prévu. Il n'aimait pas se remémorer ce passage, impliquant la désagréable visite d'un nightclub de la ville dans lequel il n'était pas prêt de remettre les pieds. Néanmoins, il ne regrettait rien.

Ils savaient où habitait Esteban. Maintenant, ils allaient pouvoir agir. Ils s'étaient donnés quelques jours pour réfléchir à la meilleure stratégie possible. D'une part, ils ne pouvaient pas monter à l'étage du penthouse sans une clé spéciale. Karl avait hésité à en voler un double lorsqu'il était sur place, mais s'était instantanément fait la remarque qu'Esteban le verrait. Il avait beau être du genre à ne pas réfléchir et à louper les évidences les plus grosses même lorsqu'elles étaient sous son nez, il ne manquerait pas de déceler l'anormalité si ils venaient chez lui en possession d'un laisser passer qu'il ne leur avait jamais donné. Arriver la bouche en cœur devant la porte d'un vampire affamé et bien déterminé à se laisser pourrir seul ne leur avait pas non plus semblé être une option pertinente. Il ne se laisserait jamais convaincre d'ouvrir sans un conflit qu'il n'était probablement pas en mesure d'affronter. Il risquait de perdre les pédales et de les drainer de leur sang (... lui imposer d'avoir la mort d'un proche sur la conscience n'était pas exactement la meilleure méthode pour le ramener vers eux). Enfin, ce n'était pas comme ça qu'ils allaient réussir à gagner sa confiance ni à le convaincre d'accepter leur aide. D'où la décision qu'ils avaient prise de réfléchir soigneusement à leurs prochaines actions plutôt que de foncer dans le tas une fois supplémentaire. C'était aussi l'occasion de récupérer leurs forces suite à cette exténuante opération d'espionnage.

Karl s'était d'ailleurs couché très tôt, ce soir comme les nuits qui avaient précédé. L'angoisse de laisser Esteban macérer seul dans les idées noires s'ajoutait à la fatigue physique : il avait rarement été aussi exténué. Ses heures de sommeil avaient beau être lourdes, sa nervosité les rendait diablement inefficaces. En dépit de sa nature patiente et posée, l'attente lui donnait l'impression d'atteindre la pression d'une cocotte minute furieuse : il était en ébullition perpétuelle. Il avait beau suffisamment connaître son ami pour être à peu près certain qu'il ne ferait pas de bêtise tant que son père n'était pas derrière les barreaux, il ne pouvait s'empêcher d'envisager les pires éventualités : Et si c'était trop dur ? Et si il ne le supportait plus ? Et si il décidait que, finalement, le jeu n'en valait pas la chandelle face aux sacrifices qu'il lui demandait ? C'était improbable, certes, mais ça restait possible.

Couché sur le côté, les lèvres serrées, il n'arrivait pas à s'endormir. Son esprit brassait des boucles d'idées chaotiques, toutes plus alarmantes les unes que les autres. Lorsque son téléphone se mit à sonner sur la table de chevet, il sursauta lourdement. Alerte sans transition, il faucha le combiné et le plaqua contre son oreille sans même prendre le temps de vérifier de qui il pouvait bien s'agir. Vu l'heure qu'il était, de toute façon, il en avait une idée relativement précise.

"Allo ?"

Effectivement, c'était Gaël. Avait-il trouvé un plan pour aborder Esteban ? Ou bien quelque chose d'autre s'était-il passé ? Sa gorge se noua brièvement. Brièvement, car le garde ne lui laissa que peu de temps pour imaginer la raison de son appel. Une fois ne fut pas coutume, Karl ne garda pas son calme caractéristique. Il écarquilla ses grands yeux gris et sentit sa mâchoire tomber. La photo de son visage éberlué se serait probablement vendue cher auprès de ceux qui le connaissaient si elle avait eu la moindre chance d'être prise. L'information qu'il venait de recevoir avait du mal à percuter.

"...Qu.. Hein, QUOI ?"

Au ton de sa voix, on pouvait aisément imaginer la tête qu'il tirait, si bien que même l'audio devait valoir son pesant de cacahuètes.

"... Oui. Je ne sais pas quand, ni comment, mais elle est chez lui et nous a demandé de la rejoindre."

On sentait à son ton que Gael, contrairement à Karl, était plutôt blasé. Il fallait dire que ce n'était pas la première fois qu'il était témoin de ce genre de situation où Luisa possédait une chance insolente. Karl retrouva presque instantanément le calme qu'il avait perdu. Son visage se ferma sur une expression grave. Il laissa plusieurs longues secondes s'écouler, durant lesquelles l'intensité de sa réflexion parut presque palpable, telle des rouages invisibles cliquetant dans l'oreillette du téléphone. On pouvait presque entendre sa désapprobation couler au travers du combiné. Il ne connaissait pas Luisa Selva Moreno mais Esteban lui en avait suffisamment parlé (comprenons, s'en était suffisamment plaint) pour qu'il doute qu'elle ait été la personne la plus à même de prendre le problème en main. Dire qu'ils avaient pris leur temps histoire de trouver les pincettes adaptées....
Au bout d'un moment il reprit, de nouveau égal à lui-même dans le flegme et la précision de ses questions.

"Est-ce que c'est possible de lui demander des détails sur ce qu'il s'est passé, exactement ? Esteban est calme ?"

Gael ne dit rien, laissant Karl à ses réflexions. Quand le jeune homme posa sa question, il y eut un blanc avant que le garde du corps réponde.

"Quand je lui ai demandé comment il allait, elle m'a répondu "Tu verras". Elle a suffisamment parlé avec lui pour estimer qu'il était trop tôt pour qu'Olivia se joigne à nous."

Il s'interrompit. Il serait aisé pour Karl de noter une certaine contrariété.

"Si je peux être totalement honnête, je pense qu'il vaut mieux qu'on y aille rapidement. Luisa peut être assez... brutale, dans ses paroles."

Les lèvres du jeune homme se pincèrent. Alors comme ça, en plus de leur couper l'herbe sous le pied (même involontairement), la tante d'Esteban refusait de leur fournir plus d'informations avant qu'ils n'arrivent sur place ? Charmant... Les informations fournies par Gael n'avaient absolument rien de rassurant, et c'est avec une boule dans la gorge qu'il acquiesça à ses déductions.

"Oui. J'ai entendu... des histoires. Je serai prêt dans deux minutes."

A ce niveau, ils allaient probablement devoir sauver les meubles : il n'était plus temps de se demander si il était prudent ou non d'entrer en si grand nombre sur le territoire du vampire. Karl et son instinct perçant sentaient d'avance qu'il allait falloir s'armer d'une petite cuillère, et être très patient. Il bondit hors de son lit et entreprit de s'habiller, le téléphone toujours sur l'oreille, au cas où Gael ait autre chose à lui dire. Il imaginait que le garde viendrait le chercher en voiture : si il devait se rendre au penthouse par ses propres moyens, il perdrait trop de temps.

"...Elle a la poigne qui manque à Olivia. Mais comme tu peux te douter, Esteban ne réagit pas forcément toujours très bien."

Gael laissa un silence s'installer. Il n'était pas là pour défendre ni enfoncer Luisa. Karl aurait le temps de se faire sa propre opinion, de toute façon. Ce dernier répondit par un silence lourd de sens. Il n'était pas temps d'en débattre, et Karl pensait que la verve dont semblait être dotée la tante d'Esteban pouvait effectivement avoir son utilité, dans certaines situations. Le problème, c'était qu'Esteban n'avait jamais été très stable psychologiquement. Même avant que tout ne parte à vau-l'eau, sa sensibilité ainsi que les épreuves qu'il avait vécues dès l'enfance l'avaient laissé fragile. La moindre contrariété pouvait lui faire avoir des crises d'angoisse impressionnantes. Si un endroit était juste un peu trop bondé, il se sentait mal. On ne réglait généralement rien en lui parlant durement. Ca n'arrivait qu'à le braquer... au mieux. C'était déjà valable avant qu'il ne soit changé contre sa volonté en ce qu'on lui avait appris à honnir. Karl ne savait pas exactement dans quel état se trouvait son ami à l'heure actuelle, mais il aurait mis sa main au feu que ça faisait peur à voir, et que ça allait probablement lui valoir de gagner un forfait psychiatrie gratuit.

"Très bien, je passe te prendre. A tout de suite."

"A tout de suite."

Il raccrocha et enclencha la vitesse supérieure. Quelques minutes plus tard à peine, Gael était dans le parking de la résidence étudiante. Soit il avait eu tous les feux verts, soit les limites de vitesse lui étaient provisoirement passées au dessus de la tête. Karl entra dans le véhicule sans un mot. Le regard qu'ils échangèrent en valait mille. Dans les yeux clairs de Karl, quelque chose faisait écho à l'expression que lui renvoyait le garde. Pour des raisons différentes, quoiqu'elles présentèrent des similarités, ils étaient probablement aussi blasés l'un que l'autre.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Ven 29 Juil - 11:19

Luisa raccrocha son téléphone. Sa conversation terminée, elle chercha un endroit où s'asseoir. Un rapide tour d'horizon de l'étage de l'immense penthouse dans lequel elle se trouvait lui apprit qu'i n'y avait probablement aucun autre endroit où le faire que le canapé où elle avait allongé son neveu. Pas de chaises, vraiment ? La mexicaine soupira. On penserait pourtant d'un multi-milliardaire tel que son neveu penserait à ce genre de commodités d'usage... Il y en avait peut-être à l'étage, mais... non. Qu'à cela ne tienne, elle s'installerait par terre. Elle n'était pas de ceux que cela dérangeait.

La cheffe d'entreprise s'assit donc en tailleur à proximité d'Esteban. Prenant appui sur le canapé contre son dos, elle pouvait surveiller le visage de son filleul du coin de l'oeil. Si il se réveillait, elle le verrait de suite. Elle apprécierait cependant qu'il attende l'arrivée du reste de l'équipe. Pour elle, la prochaine étape était de le convaincre de se nourrir un peu, et elle était assez intelligente pour savoir qu'elle ne devait pas jouer les aventurières au point de tenter cette manoeuvre seule. Sans compter qu'Esteban s'en voudrait à jamais s'il était incapable de se contrôler... Même si elle avait remarqué qu'il possédait déjà un immense contrôle sur lui-même, quoi qu'il en dise.

En attendant la suite des événements, Luisa se mit à parcourir ses mails. Elle était bien partie pour rester ici un moment, mais cela ne l'empêchait pas de diriger ses affaires... elle avait quelques ordres à donner.

Gael, de son côté, s'était rendu particulièrement rapidement chez Karl. Ce dernier ne l'avait pas fait attendre, et ils s'étaient remis en route avec un regard éloquent. Il fallait dire qu'ils n'avaient pas énormément d'informations et qu'il ne servirait à rien de tergiverser dans le vide : tant que Luisa refusait de leur dire quoi que ce soit, ils ne pourraient que brasser du vent. Le garde du corps freina à un feu rouge. Après un soupir, il s'adressa à Karl sans le regarder, pianotant sur l'écran tactile que possédait la berline dernier cri.

"Essayons de mesurer l'étendue des dégâts..."

Sa voix restait calme mais grave, alors qu'il appuyait sur le nom de Luisa dans le répertoire. Le feu passa au vert, et le regard sombre de l'argentin se concentra à nouveau sur la route, tandis qu'un délic se faisait entendre dans les haut-parleurs.

"Vous êtes en bas ?
-Pas encore. Mais il va falloir que tu cesses d'être avare sur les détails, Luisa."


Le ton du garde du corps laissait entendre qu'il était à deux doigts d'être moins aimable que d'ordinaire. Sachant que, dans son état normal, il avait toujours fait peur même au fils de son employeure (...bien qu'Esteban ne soit peut-être pas le meilleur point de comparaison), cela en disait long sur l'agacement que Gael pouvait ressentir, qu'il avait probablement ruminé depuis son départ de la Casa del Sol et qui pouvait potentiellement expliquer la vitesse à laquelle il s'était rendu chez Karl. Luisa sembla le sentir également mais... il s'agissait de Luisa.

"Ne râle pas Gaucho, je pensais tout vous expliquer quand vous serez arrivés, avant qu'Esteban ne se réveille, mais puisque tu...
-Attend... Comment ça, avant qu'il ne se réveille ?"
coupa le conducteur, échangeant un regarde avec l'autre occupant du véhicule. Il aurait dû se douter que la venu de la cadette Selva Moreno rendrait les choses plus compliquées au lieu de leur faciliter la vie. Il n'aurait jamais dû lui dire ce qu'il se passait exactement à la Nouvelle-Orléans.

"Il s'est évanoui. Heureusement, j'ai joué les malades et il a ouvert la porte pour venir m'aider. C'était pas une mince affaire, tu sais qu'il a choisi l'appartement le plus haut de l'immeuble pour éviter tout contact ? Les voisins commençaient à avoir des histoires plus glauques les unes que les autres sur l'habitant du penthouse. Figure-toi que certains pensaient qu'il s'agissait d'un groupe de zombis cannibables qui se seraient échappés de leurs Vodouns pour vivre en...
-Une minute, Lu'... tu as questionné ses voisins ?!
-Techniquement, ce sont plus les miens que les siens."


Un long silence suivit cette déclaration. Si Gael n'aurait pas été en train de conduire, il se serait probablement tapé la tête contre le volant. La chance insolente de cette mexicaine avait de quoi rendre chèvre le plus calme des hommes. Même si l'argentin avait eu le temps de s'y faire, dans ce cas précis, cela tenait du surnaturel.

"...Tu vis dans son immeuble. J'y crois pas. Tu es désespérante, Luisa Magdalena Dolores."

La déduction était évidente, mais le garde du corps avait toujours du mal à y croire. En réalité, il était même peut-être un peu vexé. Avec tout le mal que Karl et lui (surtout Karl) s'étaient donnés pour trouver l'endroit où Esteban avait pu déménager, il y avait de quoi ! Quand il pensait qu'elle s'était tout simplement retrouvée, par chance, quelques étages plus bas... c'était rageant.

"Merci, ça me fait tellement plaisir d'entendre ce genre de compliments de ta bouche ! Et moi qui pensais que vous seriez heureux de ma découverte...
-On savait où il se trouvait, il nous manquait simplement une façon de l'aborder.
-Eh bien, j'ai eu une occasion, je l'ai prise. Tu sais qu'il a acheté une canne ?"
De rieur, le ton de la mexicaine se fit plus sérieux. "Il est dans un état lamentable, Gael. Je pense qu'il ne fallait pas attendre plus.
-Préviens le concierge, je me gare."


Sans attendre de réponse, il raccrocha et coupa le moteur. Reprenant ton téléphone pour le glisser dans sa poche, il soupira profondément. Il jeta un regard en coin à Karl, sans savoir s'il s'attendait à un petit sourire en coin, une moquerie bien placée ou un air inquiet suite à ce qu'ils venaient d'entendre. Il décida de faire comme si de rien n'était. Luisa avait ce genre de relation avec à peu près tout le monde, et même s'il était certainement étrange de voir l'argentin, d'ordinaire si mesuré, réagir ainsi, il n'avait pas le temps de s'expliquer. Le plus important était l'état d'Esteban, et vu le peu d'informations que Luisa avait laissé échapper, il semblait dans un sale état. Le mieux était certainement de monter, et d'en avoir le coeur net.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Ven 29 Juil - 14:58

Le visage fermé, Karl tourna la tête en direction de l'écran de luxe sur lequel le garde était en train de sélectionner le contact de Luisa Selva Moreno. Il n'ajouta rien, plus discret encore qu'il n'en avait l'habitude. Lorsqu'on le connaissait suffisamment, on savait qu'un tel silence, qu'une telle absence de réaction n'était pas uniquement due à la tendance naturelle qu'il avait de s'effacer  du devant de la scène pour mieux pouvoir agir dans l'ombre, quitte à ce que ceux qu'il aidait ne s'en rendent pas compte (... Et lorsqu'on parlait d'Esteban, autant dire que ce cas de figure était loin d'être rare). Karl n'avait pas envie de rire du tout. Il attendait avec une anticipation crispée les résultats de ce coup de fil, car il était à peu près persuadé que la fameuse "étendue des dégâts" allait être  à faire pleurer. Quoique ce fut une nécessité, il n'avait pas très envie d'apprendre à quel point leurs efforts, à Gael et à lui, avaient été anéantis, écrasés sous les gros sabots d'une femme qui n'avait même pas songé à consulter ceux qui étaient le plus au fait de la situation avant d'agir.

Il s'en voulait d'éprouver ces mauvais sentiments à l'égard d'une personne qu'il n'avait jamais rencontrée. Ce n'était vraiment pas son genre de porter un jugement aussi dur sur quelqu'un qu'il ne connaissait pas. Ou même sur quelqu'un qu'il connaissait, en fait. Il avait l'habitude d'être à la fois plus patient et plus tolérant. Si ça n'avait pas été le cas, il se serait probablement moins bien entendu avec Esteban, à qui il passait en permanence son comportement d'enfant gâté dont l'empathie, pourtant très loin d'être inexistante, avait souvent du mal à sortir des barrières de sa compréhension du monde limitée par un statut social et des privilèges aussi outranciers que savait l'être leur propriétaire. Pour une rare fois, il vivait mal qu'on sabote ses efforts, surtout avec si peu de subtilité. Ce qu'il avait dû faire pour obtenir l'adresse d'Esteban l'avait poussé aux limites de ce qu'il pouvait supporter sans garder de marques à long terme. Il se demandait si Gael avait suffisamment bien appris à le connaître, durant ces dernières semaines, pour se douter de quelque chose. Il n'avait parlé des événements des Plaisirs Coupables à personne et il n'avait aucune intention de le faire. Le seul être auquel il aurait pu se confier était en prise à une souffrance déjà amplement suffisante. De plus, il n'avait pas besoin d'entendre ce genre d'horreurs : il avait bien assez de ce qu'il avait lui-même subi plus jeune.

Leur interlocutrice décrocha. Karl se tendit imperceptiblement. Il parvenait à entendre dans la voix de Gael que ce dernier était loin d'être aussi calme qu'il n'y paraissait. Ca n'aurait pas dû l'étonner. Il avait eu l'occasion de remarquer à plusieurs  reprises que le garde du corps partageait avec lui un bon nombre de particularités, notamment dans la manière qu'ils avaient de gérer les crises. Eh bien, ils étaient deux à mal vivre cette situation. Ca le consolait un peu. Il se sentait sensiblement moins seul, à ruminer déception et frustration.

Il tourna la tête avant même que Gael ne réponde à Luisa, formulant par là-même l'exacte question qui lui brûlait les lèvres.

"Attend... Comment ça, avant qu'il ne se réveille ?"

... Comment s'était-il endormi en premier lieu ? Si il s'était aussi peu nourri que Karl le pressentait, il devait probablement être épuisé, mais ça ne ressemblait pas à Esteban, de piquer du nez lorsqu'on envahissait son territoire personnel sans autorisation. Les réponses arrivèrent plus tôt que Karl ne l'aurait souhaité. Il s'était évanoui. Elle l'avait floué, en faisant semblant d'être malade pour qu'il accepte de lui ouvrir. C'était... une véritable catastrophe. Il lui semblait être en mesure d'entendre ses propres dents grincer.

"Une minute, Lu'... tu as questionné ses voisins ?!"

Cette fois, on avait réussi à dépasser la limite de ce que Karl était en mesure de supporter calmement. Et pourtant, sans qu'il ne veuille s'en vanter, cette dernière avait tendance à être spécialement élevée, ainsi qu'on le lui répétait souvent. Il tourna un regard nerveux en direction de la vitre, posa son coude sur le rebord et se servit de sa paume comme repose-tête. Le bruit de claquement, même étouffé, que sa main avait produit en heurtant son front, trahissait l'agacement grandissant qui couvait en lui et qu'il essayait en vain de faire taire. On pouvait en dire de même de ses yeux gris, bien plus sombres qu'à leur habitude tandis qu'ils observaient sans voir le paysage défiler. Le reste ne fut plus qu'une succession d'informations qui ne parvinrent même pas à le surprendre, tant il était désabusé.

Elle avait emménagé dans le même immeuble qu'Esteban. C'était comme ça qu'elle avait compris où il habitait. Bien... Peut-être cela pourrait-il au moins éviter que les voisins ne se posent trop de questions et mettent en danger le secret d'Esteban. Il était plus prudent pour le jeune héritier vampire qu'il reste caché de ceux qui pourraient vouloir faire en sorte qu'il n'ait plus aucune chance d'hériter de la fortune de son père.

Il avait acheté une canne et il était dans un état lamentable. Non, sans blague. Karl ferma les yeux et inspira longuement. Il marmonna entre ses dents :

"Je pense qu'on s'en doutait un peu..."

Ils étaient arrivés à destination. Lèvres pincées, Karl détacha sa ceinture et quitta le véhicule sans prendre la peine de se protéger de la pluie battante. A vrai dire, elle lui était bénéfique. Les gouttes d'eau ne rafraichissaient pas que sa peau. Par réflexe, il leva la tête en direction du sommet de l'immeuble. Il n'était pas en mesure de voir grand chose à cette distance. Une boule se forma dans sa gorge, tandis qu'une impression angoissante s'emparait de lui. Bientôt, ils seraient dans le hall d'entrée. Luisa, ou le concierge, leur donnerait le moyen de prendre l'ascenseur jusqu'à l'étage du penthouse et ils seraient en mesure d'entrer dans le palais de verre au sein duquel Esteban se terrait. Deviendrait-il moins inaccessible pour autant ? L'étudiant en doutait. Si la distance physique avait été la seule chose qui les empêchait d'atteindre l'outre en détresse, ils l'auraient depuis longtemps brisée. L'altitude impressionnante du building rendait sa tête légère et les traits d'eau qui barraient sa vue lui donnaient l'impression de se mettre à tournoyer, tandis que le vent battait ses joues comme pour lui indiquer de faire demi-tour. L'obscurité glaçante empêchait ses yeux douloureux de voir nettement les détails miniaturisés, qu'il n'aurait certes de toute façon pas pu entièrement discerner. Leur insuffisance le laissait insatisfait. Il avait toujours fait confiance à son intuition, car il était très rare qu'elle lui fasse défaut. La consternation dont il était la proie était donc un très mauvais présage. Il soupira lourdement et s'intéressa à Gael.

"... Est-ce que je suis le seul à penser que c'est une très mauvaise idée pour nous d'arriver pendant qu'il dort encore ? Je suis à peu près certain qu'on ne doit pas faire partie de sa conception du réveil idéal... Sans compter qu'il était déjà borné avant, et que ça n'a pas dû s'arranger dans les dernières semaines."

Ils manquaient d'option. N'empêche que les rares dont ils disposaient lui paraissaient fichtrement mauvaises.
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Luisa Selva Moreno
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mer 3 Aoû - 11:23

Luisa décolla le téléphone de son oreille, un léger sourire aux lèvres malgré son inquiétude. Gael allait la tuer. Oh, pas littéralement ni ouvertement, il était bien trop calme et poli pour lui jeter un regard noir, sortir son arme de service ou la remettre à sa place (elle était la petite soeur de sa patronne, après tout), mais elle savait très bien qu'elle aurait droit à toute sa désapprobation. Et, si ses hypothèses étaient justes, elle écoperait très certainement de celles du meilleur ami de son neveu également. De toute façon, pour traîner avec Gael, il fallait qu'ils soient faits du même bois : le garde du corps ne supportait qu'un nombre restreint de personnes, et s'il devait avoir quelqu'un dans les jambes, ils devaient avoir des traits de caractère commun. Bien sûr, l'argentin passait également son temps avec Olivia, et ils étaient le jour et la nuit mais... c'était différent. Et pas parce qu'elle le payait.

Bref, ils allaient arriver, elle devait donc s'entretenir rapidement avec le concierge. Elle se leva pour se diriger vers l'interphone, son regard tombant au passage sur son filleul endormi. Un sourire triste se peignit sur ses lèvres. Esteban avait l'air paisible ainsi, c'était presque rassurant... s'il ne donnait pas l'impression d'être si fatigué et anémique qu'on s'inquiétait plus qu'autre chose. Gael avait beau râler, Luisa restait persuadée qu'il n'aurait pas fallu attendre plus longtemps. Son neveu avait commandé une CANNE, bon sang. Incapable de se déplacer à son âge, sans se nourrir, il aurait eu tôt fait de dépérir au point de ne plus être capable de répondre au téléphone. Et à ce train-là, le procès aurait tôt fait de finir en non-lieu, si la principale vicitme -et instigatrice de toute l'opération- ne se présentait pas et était injoignable... Y avait-il pensé à cela ? Elle adorait Esteban, vraiment... mais parfois, il avait tendance à laisser son impulsivité l'emporter, et à ne pas penser à toutes les implications de ses actes. Il tenait ça de sa mère. (La façon dont Luisa elle-même avait souvent agi sur un coup de tête pour n'en faire qu'à sa guise ne rentrait pas en ligne de compte, puis qu'elle s'en était toujours sortie, elle).

Une fois le message transmis, elle se rassit à proximité d'Esteban. La mexicaine le fixa de ses yeux foncés pendant un moment, sans bouger. Il ne respirait plus. Elle le savait, c'était un vampire. N'empêche que cela lui collait des frissons. Elle n'était pas particulièrement fan des scénarii catastrophes, mais il lui arrivait d'imaginer le plus d'issues possibles à un problème, pour y être préparée et trouver la meilleure façon de le régler, mais la vampirisation de son neveu... même elle n'y avait pas pensé. Couper à ce point les ponts avec ses idéaux, ceux de sa famille, et surtout ses peurs viscérales transmises par sa plus-catho-tu-meurs de mère... Luisa ne pensait vraiment pas qu'il serait allé jusque là. Et si elle pouvait applaudir la détermination du gamin à vouloir enfermer son enfoiré de père là où il le mérite amplement, tout ce qu'elle venait de citer ne pouvait que l'inquiéter un peu plus. Tendrement, elle déplaça une mèche qui tombait sur le visage immobile du jeune homme.

"Qu'est-ce que tu as prévu de faire, Tebi..."

Le ton, doux mais sans véritable questionnement, laissait entendre qu'elle en avait une petite idée. Il faut dire qu'il suffisait de regarder la disposition de l'appartement-terrasse, et ses nombreuses vitres -qui étaient plus importantes que les murs- pour avoir une idée de ce qu'il pourrait penser.

Beaucoup plus bas, Gael observait le jeune homme qui l'accompagnait se calmer les nerfs sous la pluie battante. Il ne pouvait que le comprendre. Sans savoir exactement ce que Karl avait dû faire pour se cacher dans ce camion de déménagement, le garde du corps avait néanmoins compris que cela lui avait demandé beaucoup. Il n'avait pas dû négocier avec les plus tendre des wiccans, et quand on savait ce qui traînait à la Nouvelle-Orléans, ce n'était pas peu dire. Cependant, il restait convaincu que Luisa leur serait d'une grande aide... sur le long terme.

Sortant à son tour de la voiture, l'argentin s'approcha de son camarade de galère. Le silence fut bientôt brisé par Karl lui-même, après un soupir qui en disait long. Gael haussa légèrement les épaules, le regard vissé sur l'entrée de l'immeuble.

"Je doute qu'il y ait quoi que ce soit d'idéal dans sa vie, à présent. Ce n'est sûrement pas la meilleure solution, mais peut-être que l'entourer fait partie des moins pires..."

Il soupira à son tour, se remémorant la conversation téléphonique qui venait d'avoir lieu.

"Luisa est parfois brutale dans ses mots... Mais elle a été élevée par Olivia plus que par Madame Selva Moreno. En l'absence de sa soeur, elle reste un appui non-négligeable."

Il fit un pas vers l'entrée de l'immeuble, avant de se tourner vers Karl avec un sourire qui pouvait paraître à la fois légèrement amusé et totalement désabusé.

"Même si il va falloir qu'on trouve un moyen de la contenir... Ne t'inquiète pas, je m'en chargerai."

Karl aurait bien assez à faire avec Esteban, de toute façon. D'un geste de la tête, le garde du corps montra la porte. Il était temps d'y aller.
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Esteban Luz-Descalzo
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mer 3 Aoû - 21:31

Gael eut vite fait de répondre aux inquiétudes de Karl, lequel ne fut pas grandement rassuré. Il appréciait le garde, et avait autant confiance en lui qu'en son jugement, mais il avait l'impression que quelque chose, dans l'équation qui allait régir leur visite, avait été sous-estimé. Peut-être était-ce juste qu'en l'absence de solution il fallait "bien faire avec", et que l'homme parvenait à être plus pragmatique que lui-même (agacé comme il l'était, il ne parvenait pas à garder intact le flegme qui le caractérisait habituellement). Dans tous les cas, il considérait qu'il valait mieux faire en sorte d'énoncer à voix haute ce qui le chagrinait, de manière à ce que chacun ait, de manière certaine, une idée de ce qui pourrait les attendre de pire une fois en haut.

Le garde crut bon de revenir sur le sujet de la tante d'Esteban. Karl se doutait qu'il devait donner l'impression de la croire spécialement malvenue, étant donné les réactions faibles mais particulièrement éloquentes dont il avait fait preuve juste avant. Il n'en était cependant pas à penser qu'il aurait fallu l'éloigner d'Esteban avant qu'elle ne fasse des âneries supplémentaires. On ne lui en avait pas seulement dressé le portrait comme de celui d'une force de la nature, sans peu de tact ni de retenue, mais aussi comme de celui d'une femme d'affaire à l'esprit vif et retors, pour qui l'échec état un concept aussi lointain qu'abstrait. A quelques reprises où il avait vraiment été agacé par le comportement de la mexicaine, Esteban n'avait d'ailleurs pas hésité à crier à tort et à travers que l'un devait très certainement être en lien avec l'autre et qu'un jour, elle risquait de tomber de très haut. Karl n'avait jamais pu s'empêcher de penser que s'il le disait, c'est qu'il devait être bien renseigné, comme il était le spécialiste reconnu des chutes en tout genre, à caractère comique de préférence. Bien évidemment il n'avait jamais osé formuler ses pensées face à l'héritier Luz-Descalzo, qui les aurait à coup sûr extrêmement mal prises.

Ces souvenirs étaient certes agréables à se remémorer, mais il dérivait. Bref : il comprenait où l'employé des Luz-Descalzo voulait en venir, et il ne doutait pas que Luisa ferait une alliée utile à l'avenir... Surtout si elle songeait à prendre un minimum leur avis en compte avant d'agir. Il hocha promptement la tête et esquissa un vague sourire. C'était faible, mais on pouvait percevoir un reste de crispation dans son attitude. Il était loin d'être rasséréné.

"Dans ce cas je crois qu'un 'bon courage' est de rigueur.. ?"

Suite au semblant de plaisanterie, il se fit plus sérieux. Il avait laissé Gaël s'exprimer jusqu'au bout et il était temps pour lui de renvoyer la balle.

"Mais oui. Il semblerait qu'il nous reste peu d'autres choix que de l'entourer. Seulement j'espère sincèrement qu'il sera déjà éveillé et qu'elle lui aura expliqué que nous sommes en chemin lorsque nous arriverons en haut. Qu'on le surprenne comme ça, et qu'on lui retire tout contrôle sur la situation d'une manière aussi brutale... Dire qu'il pourrait se braquer, c'est peu. J'ai peur qu'il panique."

Ce qu'il allait dire ensuite tenait de la révélation intime et il rechignait un peu à parler. Néanmoins il finit par desserrer les dents. Ça n'était probablement plus un mystère. Esteban allait de toute façon lui en vouloir, et pour bien pire (à ses yeux) que cette anecdote un peu ancienne. Si elle pouvait les aider à contenir le mécontentement du vampire, alors il valait sans doute mieux qu'il laisse tomber le voile qu'il avait longtemps maintenu devant les secrets de l'héritier torturé.

"... Je l'ai déjà vu se mettre dans des états peu fameux. Je ne parle pas de ses crises, mais de ce qui pouvait arriver dans les périodes où le passé le hantait plus fort qu'en temps normal. Il suffisait de l'approcher d'un peu trop près pour qu'il bondisse. Et je ne parle pas d'un sursaut simple..."

Ils étaient entrés dans le bâtiment et le concierge venait d'arriver, ce qui obligea Karl à couper son récit. Il jeta un coup d’œil perçant à Gael pour lui signifier qu'il n'en avait pas fini mais qu'il reprendrait lorsqu'ils seraient à nouveau seuls. L'homme qui avait été prévenu de l'arrivée de ces deux invités ne fit que peu de manières et les accompagna rapidement à l'ascenseur, afin de déverrouiller l'accès à l'étage du penthouse. Les portes se refermèrent et il furent de nouveau seuls. Par prudence, le jeune homme attendit quelques secondes avant de continuer.

"Je l'ai vu terrorisé parce que j'avais essayé de mettre la main sur son épaule. Il m'a fait mal en la balayant. C'était très rare et c'est surtout arrivé dans la période... un peu compliquée qu'on a pu avoir. Mais c'était là. J'ai vu ce qui pourrait arriver si il craquait complètement. C'est pour ça que je ne sais pas si c'est très prudent, ce qu'on est en train de faire."

C'était hypothétique, d'autant qu'Esteban était d'un naturel non-violent, si bien qu'à moins d'être poussé à bout, il n'aurait jamais fait de mal à une mouche. Mais c'était possible. Et les conditions étaient réunies. Et Karl disposait d'un instinct qui ne lui faisait que rarement défaut.

Mauvaise idée ou pas il allait falloir faire avec car suite à un très long trajet ils avaient fini par arriver en haut. Le battant était grand ouvert. C'était une mauvaise nouvelle, car l'étudiant n'imaginait pas le vampire accepter de laisser sa retraite accessible au premier quidam venu. Conscient, il aurait insisté pour qu'on ferme, et surtout qu'on verrouille le loquet. Son dernier espoir résidait dans la taille colossale de l'appartement. Là où il était couché, il ne voyait peut-être pas la porte.

Lèvres pincé, il entra à l'intérieur du somptueux penthouse. C'était la seconde fois qu'il venait ici, mais la vue restait absolument saisissante. Terrifiante, aussi, car à chaque fois, elle lui rappelait douloureusement ce qu'elle devait signifier dans l'esprit de son ami. Imaginer la perte et le deuil qu'ils n'étaient encore pas certains de savoir éviter, c'était comme d'être penché au dessus de l'abîme de sa propre mort. C'était fascinant, et c'était glaçant. Sous la couche de glace qui immobilisait son cœur, des battements paniqués cherchaient à tirer sur la corde, à se remettre sur les rails, à foncer dans ces vitres monstrueuses pour en détruire la symbolique, comme si les détruire avait pu abolir ce danger dont elles n'étaient que le porte-parole.

Il baissa un regard alerte sur une scène qui avait lieu un peu plus bas, sur une plateforme. Malgré sa hauteur, il voyait une tête dépasser. Ce n'était pas celle d'Esteban. Et cela ne faisait qu'ajouter à ce que le silence lui disait déjà. On allait avoir droit à quelque chose de mémorable... pas spécialement dans le bon sens du terme. Faisant appel à toute la résilience dont il était capable, il ne fit aucune remarque mais accéléra la cadence au risque de perdre le garde du corps si ce dernier jugeait inutile de l'imiter. Il s'arrêta devant le canapé. La politesse avec laquelle sa famille avait cru bon de le marquer au fer rouge le força à tourner les yeux sur la femme qui y était assise en premier. Il n'était pas certain de savoir à quel point les présentations étaient nécessaires, mais il prit tout de même la parole, suite à un léger hochement de tête :

"Bonsoir. Je m'appelle Karl Ziegler, je suis un ami d'Esteban."

Dès qu'il en eut l'occasion, il s'intéressa à la forme inerte allongée dans le canapé. Habituellement inexpressif, il eut du mal à contenir l'émotion que cette vision lui inspira. Ses yeux gris pulsèrent sous l'effet d'une blessure silencieuse et les coins de sa bouche descendirent subtilement, trahissant une tristesse à laquelle même lui ne s'était pas attendu. Il avait l'air pâle... Il avait l'air négligé, ce qui chez Esteban ne pouvait être qu'une preuve de malheur absolu. Ravalant la boule qui s'accrochait douloureusement au fond de sa gorge, il s'agenouilla et dut se faire violence pour retenir tout forme de pulsion protectrice ou affective. Esteban n'avait jamais accepté ça de lui et ça n'était certainement pas comme ça qu'il allait pouvoir l'aider. Surtout pas tandis qu'il était évanoui, entouré de trop de personnes alors qu'il cherchait à s'isoler par tous les moyens depuis des semaines.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Dim 7 Aoû - 11:48

Au fil des semaines, Gael avait été amené à côtoyer le meilleur ami d'Esteban bien plus souvent qu'il ne l'avait jamais fait depuis la rencontre des deux jeunes. Karl lui avait toujours paru comme un adolescent pragmatique, un peu introverti peut-être, mais qui avait un effet positif indéniable sur l'héritier de la grande famille. L'attitude d'Olivia envers lui était peut-être ce qui avait donné aux yeux du garde cette tendance à l'introversion timide... ou simplement le jeune homme était capable de reconnaître qu'il était impossible de se battre avec des moulins à vent. Tant qu'Olivia ne condamnait pas les fréquentations de son fils au point de les empêcher de se voir, Karl était capable de faire preuve d'une abnégation hors du commun. D'un point de vue extérieur, on pouvait se demander pourquoi il avait tenu aussi longtemps aux côtés d'Esteban. De là où il se plaçait, pourtant, Gael était plus que capable de comprendre son point de vue.

Tout cela pour dire qu'avec les événements, l'argentin avait appris à connaître le jeune adulte à ses côtés, et qu'il savait que toute cette situation ne l'emballait absolument pas. Qu'on se le dise, ils étaient deux. Même si Gael était le plus apte à savoir ce qu'ils risquaient de trouver en haut, puisqu'il connaissait Luisa personnellement, ce qui n'était pas encore le cas de Karl, il savait aussi bien que lui que la situation était loin d'être idéale. Cependant, pragmatique, il se doutait qu'il n'y aurait certainement aucun moyen de la rendre idéale, justement. Même si Olivia en personne s'était déplacée, ce qui aurait considérablement amélioré leurs chances, rien n'aurait été gagné. La présence de Luisa, malgré son entrée en matière plus que frustrante, était un atout dont il leur fallait profiter.

Le garde du corps exprima son point de vue, et Karl lui exprima le sien, tout d'abord en lui souhaitant bon courage. L'argentin eut un sourire mi-résigné mi-amusé en guise de réponse. Il semblerait que Karl avait entendu parler de Luisa, et pas seulement de sa bouche. Il savait qu'Esteban et elle possédaient une relation étrange, affective certes, mais le caractère survolté et étonnamment ouvert de la cheffe d'entreprise avait du mal à s'entendre avec l'attitude pincée de l'Esteban surprotégé par sa mère et les conventions. Leurs rencontres étaient parfois très calmes, parfois électriques. Apparemment, il y avait eu de l'électricité dans l'air un peu plus tôt. Gael espérait seulement que Luisa allait se calmer à présent...

Ce fut au tour de Karl de s'exprimer sur tout cette affaire, et le garde du corps lui prêta une oreille attentive. Après tout, le jeune homme était certainement celui qui connaissait le mieux Esteban, et il serait ridicule de tourner son expertise en dérision. Ce n'était de toute façon pas le genre de la maison. De plus, jusque là, Gael était d'accord. Il y avait de fortes chances pour que le néo-vampire panique, et il aurait été préférable pour eux qu'il soit prévenu de leur arrivée. Mais son petit doigt lui disait qu'ils n'auraient pas cette chance...

Il écouta la confession de Karl sans ciller, droit et attentif comme à son habitude. Ils entraient dans le bâtiment, où le concierge ne fit pas la moindre histoire et leur déverrouilla l'ascenseur sans discuter. Ce n'était pas très étonnant pour quiconque connaissait l'esprit de persuasion de Luisa, et sa façon d'imposer la discrétion. Elle avait beau faire beaucoup de bruit, il était rare qu'on sache par où elle était passée. Un autre de ses super-pouvoirs, certainement aidé par la montagne de billets qui dormait dans son compte en banque. Karl terminait son récit alors que l'ascenseur entamait sa longue montée vers le sommet. Gael hocha la tête, compréhensif.

"C'est également pour ça que la présence de Luisa sera bienvenue. Une touche féminine le rassurera un minimum. Cela lui fera du bien de te voir là aussi, une fois qu'il se sera fait à l'idée d'être sorti de son isolement. Quant à moi, je tâcherai de rester en retrait jusqu'à ce que mon intervention soit indispensable."

Il avait fallu longtemps pour que la présence intimidante du garde du corps n'effraie plus le fils de sa patronne. Pourtant, malgré sa carrure, Gael était quelqu'un de simple, et de relativement sympathique lorsqu'on prenait le temps de lui parler, car il n'était pas du genre à faire le premier pas de lui-même. Cependant, Esteban avait toujours eu peur de lui. Il leur avait fallu attendre ses dix-huit ans pour en comprendre la réelle raison, et au fond de lui, Gael s'en était toujours un peu voulu pour ne pas avoir remarqué le manège de Darian. Mais malheureusement, c'était Olivia qu'il était payé pour surveiller et protéger. Il avait noté d'autres choses, des secrets qu'il était encore certain d'emporter dans la tombe, mais ça, ça lui était passé totalement au-dessus de la tête. Il en tirait un ressentiment personnel contre le mari de sa patronne, qui ne l'avait de toute façon jamais apprécié. Ses origines, certainement.

Bref, ils arrivaient, et le sujet n'était plus là. Gael fronça également les sourcils en voyant la porte du penthouse grande ouverte. Son raisonnement suivit celui de Karl : Esteban n'était certainement pas encore réveillé, ou il aurait eu tôt fait de fermer cette porte. Porte que le garde du corps referma d'ailleurs derrière lui, tandis que Karl semblait foncer un étage plus haut. Gael le laissa faire, notant le chemin qu'il prenait avant d'explorer de lui-même cet immense appartement. Et puis, son professionnalisme l'amenait à laisser la sœur de sa patronne et le jeune homme faire connaissance seuls.

Luisa avait entendu le bruit de la porte qui se fermait, mais n'avait pas quitté sa place aux côtés de son neveu. Il n'y avait que deux personnes qui pouvaient passer cette porte, elle ne s'inquiétait donc pas de leur identité. Elle suivit des yeux le jeune homme qui montait rapidement pour les rejoindre avant de s'arrêter devant le canapé. La mexicaine nota avec un sourire qu'il semblait se forcer pour la regarder d'abord, malgré l'envie qu'il avait de s'inquiéter avant tout de la forme étendue sur le canapé. Elle répondit à son hochement de tête par le même mouvement, sans quitter les yeux gris du regard, le jugeant en silence, mais avec une certaine bienveillance. Puis elle prit la parole.

"Bonsoir Karl, merci d'être venu."

Elle s'interrompit, lui laissant le temps de faire ce dont il mourrait d'envie, soit s'inquiéter du sort d'Esteban. Luisa les observa en silence, sans un mot. Elle entendait Gael monter les marches à son tour, d'un pas beaucoup plus calme que son prédécesseur. Il s'arrêta non loin, avec un hochement de tête qu'elle aperçut du coin de l'œil. Elle lui répondit d'un vague sourire, avant de se concentrer sur les deux jeunes hommes.

"Tu comprends pourquoi je lui ai forcé la main, maintenant ? Il ne peut plus prendre soin de lui seul, il est en train de se détruire à petit feu... Je ne pouvais pas le laisser comme ça."

Apparemment, son moment seule avec cet Esteban qui ne respirait plus avait eu un sacré effet sur la mexicaine, assez pour qu'elle se calme et laisse transparaître son inquiétude au lieu de ce caractère joueur et de cette répartie hors du commun qui lui valait quelques airs pincés de la part de l'ensemble de la famille.
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Esteban Luz-Descalzo
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Lun 8 Aoû - 0:29

Il fallait dire que Karl commençait tout de même à en avoir un peu marre de s'entendre raconter du "Luisa peut faire ci", "Luisa peut faire ça". Il avait bien compris que la tante d'Esteban pourrait leur être d'une aide précieuse malgré son entrée fracassante, et il n'avait pas besoin qu'on le lui répète encore. Il faisait de son mieux pour contenir son agacement, car il savait qu'il n'était pas entièrement rationnel et que Gael ne méritait certainement pas d'en être la cible. Cependant, il lui était impossible d'accueillir ces propos avec la neutralité, ainsi que la bienveillance dont il aurait préféré faire preuve. En guise de catharsis, il s'autorisa à penser très fort qu'elle avait tout intérêt à se montrer aussi utile que le garde du corps l'attendait d'elle, car après avoir anéanti le fruit de tous leurs efforts, et après leur avoir imposé cette situation impossible, c'était le minimum qu'elle pouvait faire. Il écouta le plan d'action de son compagnon de galère sans ciller ni réagir de la moindre manière, puis il cligna des yeux et parut se tasser sous le poids d'une fatigue invisible :

"... J'espère que ça suffira."

Son marmonnement fondit jusqu'à disparaître entièrement dans le chuintement ascendant, agrémenté des cliquetis et des grincements métalliques inquiétants que produisaient la cabine. Cette ambiance sonore vertigineuse n'arrangeait rien à l'anxiété qui grimpait dans sa gorge aussi vite et aussi sûrement qu'ils le faisaient en altitude.

Plusieurs autres mauvaises augures plus tard, ils étaient arrivés en haut. Karl abandonna toute forme de réserve lorsqu'il repéra où Esteban et son invitée malvenue se trouvaient. Il se dépêcha de les rejoindre et se força, tant bien que mal, à saluer l'unique personne consciente. C'était d'autant plus nécessaire qu'il ne l'avait jamais rencontrée. Dans un cas pareil, ignorer sa présence pour se concentrer sur la silhouette inanimée d'Esteban eut été un manquement clair aux bonnes manières. Son petit doigt lui disait qu'elle ne lui en aurait pas autant tenu rigueur que sa grande sœur, et il n'était pas certain qu'elle méritait qu'il fasse preuve d'autant de révérence, mais il tenait à être irréprochable.

Enfin, il put se concentrer sur le vampire, et il put constater par lui-même l'ampleur des dégâts. C'était une chose d'imaginer combien Esteban pouvait aller mal. C'en était une autre d'avoir sous les yeux le fait accompli. Agenouillé devant le jeune homme inerte, il fut victime de ses émotions, plus fortes encore qu'il ne s'y était attendu. L'absence de respiration de son ami n'y était certainement pas étrangère. Non seulement il avait l'air malade, négligé, et fatigué, mais le fait que sa cage thoracique ne se soulevât même pas, et qu'il manquât ce son régulier et apaisant que pouvait produire l'air au passage dans les poumons, était particulièrement perturbant. Il paraissait trop mort. L'urgence de l'atteindre, et l'impression étouffante de ne pas pouvoir le faire, traversa Karl qui dut retenir un élan paniqué. L'espace d'un instant, il se demanda si tout souffle vital ne l'avait effectivement pas entièrement quitté. Qu'était-il arrivé ? Ne pouvait-il pas être vraiment mort, pour de bon ? Et si il ne se réveillait pas ? Il dut très  rapidement se faire une raison, car on était en train de s'adresser à lui. Esteban ne portait aucune marque visible de blessure : son cœur était toujours bien entier, et il avait aussi la tête bien accrochée aux épaules. Selon toute logique, il allait donc forcément ouvrir l'œil à un moment ou à un autre. Et si ce n'était pas le cas, alors il "suffirait" de lui enfiler du sang dans le gosier, d'une manière ou d'une autre. C'était moins poétique que le baiser des contes de fée, mais ça serait tout aussi efficace. Et en plus, dans un cas pareil, ils n'auraient pas à se battre contre un Esteban récalcitrant à se nourrir, comme il serait bien incapable de donner son avis. Seul bémol : il ne le leur pardonnerait probablement jamais.

Les pas de Gael venaient de s'arrêter derrière lui et il était encore en train de prendre la mesure de ce que la tante d'Esteban venait de lui dire. Ou plutôt, d'oser lui dire. Ses doigts frémirent sur le bord du sofa et il lui fallut fermer brièvement les yeux pour réussir à garder son calme. En l'observant attentivement, il aurait été possible de remarquer la vague légère que formèrent ses lèvres tandis qu'il réprimait son amertume. Les prenait-elle pour des idiots ? Savait-elle seulement qu'ils avaient eu Esteban au téléphone et qu'ils avaient une idée relativement précise de la noirceur des pensées qu'il ruminait ? Qu'ils se doutaient parfaitement de l'état dans lequel ils allaient le trouver ? Ils avaient d'ailleurs suivi un plan particulièrement osé, qui n'allait pas sans sacrifices, afin d'être en mesure d'obtenir son adresse plus rapidement. C'était la seconde fois que Karl entrait dans ce penthouse et il comprenait parfaitement les raisons qui avaient poussé Esteban à en faire l'acquisition. Il appréciait très peu qu'on insinue qu'il s'était tourné les pouces, ou qu'il n'avait pas été suffisamment réactif.

"... Nous étions au courant de tout ça. Nous n'avions pas l'intention de le laisser faire non plus."

Il serra les dents pour éviter de rajouter "juste d'éviter les bavures les plus évidentes en réfléchissant un peu avant d'agir",ou quelque chose de cet acabit, car il n'avait pas l'intention d'être grossier avec Luisa, même si de son point de vue, il aurait trouvé ça justifié. Il entendit un bruissement de tissu et releva un regard rond en direction du vampire, qu'il pensait être responsable. Quelques secondes plus tard, il vit effectivement sa main bouger une seconde fois. Il s'éloigna doucement d'un bon mètre afin de laisser au jeune homme suffisamment d'espace vital pour éviter qu'il ne se sente assailli dès le réveil. Il espérait que ça suffirait. Avec Esteban, ça n'était pas dit, surtout depuis qu'il avait écopé de sens surnaturellement affinés.

Lourd. Sa conscience était lourde et chaque brasse qu'elle faisait en direction de la réalité n'existait qu'au prix d'efforts laborieux, enrobés de mélasse épaisse et débilitante. Tout allait au ralenti, à l'exception peut-être de l'habituelle pointe d'anxiété qui parvint à la surface avant le reste de ses sens. Il n'eut soudain plus aucune envie de se réveiller, car il faudrait se rappeler de ce qui le dérangeait tant, et chacune des étapes qui le séparaient encore du réveil devint encore plus pesante. Ses paupières clignèrent. Il se demanda un moment desquelles il s'agissait : celles de sa chair, ou celles de son esprit ? Avait-il encore la force de produire le moindre rêve lorsqu'il était  à peine capable de bouger un cil ? Un gémissement glissa entre ses dents. Sa voix dérapa, éraillée. Elle se coinça douloureusement au travers de sa gorge et il partit dans une quinte de toux sourde qui lui donna l'impression que ses poumons s'étaient transformés en éponges. Deux grosses éponges incapables de se vider entièrement de l'air qu'elles contenaient, qui le gonflaient de l'intérieur et écrasaient tous ses organes internes. Cette fois c'était certain : il n'était plus en train de dormir. Le monde des songes ne comprenait pas ce genre de douleurs, même si il en était empli d'autres.

Esteban roula tant bien que mal sur le côté. Il se rendit compte que ce sur quoi il reposait était mou, confortable. Il eut l'air étonné. Aucun de ses réveils vespéraux n'avait jamais lieu dans un environnement aussi agréable. Il n'était pas dans le laboratoire photo, et il ne comprenait pas pourquoi. Pourtant, si il s'était bêtement endormi sur le canapé, il ne serait probablement plus là pour constater son erreur, car le soleil aurait vite eut raison de lui. Était-il possible qu'il ne se soit assoupi que quelques minutes ? Quelques heures ? Pourquoi se sentait-il aussi mal en point ? C'était encore pire qu'il n'en avait pris l'habitude.

Il cligna des yeux car il voyait encore un peu flou. C'était bien quelque chose qui ne lui était encore jamais arrivé depuis qu'il était devenu ce monstre, voir flou. Il ne savait même pas que le manque de sang pouvait produire ce genre d'effets, qui lui donnait l'impression nostalgique de se rapprocher de son humanité perdue. La maladie n'était pas le meilleur souvenir qu'il en avait... Mais il le préférait à cette absence permanente de limites qu'il avait expérimenté dans les premiers temps. Qu'était-ce donc que cette tâche rosâtre et noire qu'il avait devant les yeux ? Il battit des cils une fois de plus et commença à apercevoir deux points gris au milieu de cet amas de couleurs inextricables. Elle prenaient peu à peu des reliefs qui lui rappelaient un visage.

Peut-être dormait-il, finalement. Comment quiconque aurait pu se trouver ici, dans cet appartement secret, que personne ne pouvait atteindre sans son autorisation ? La tutrice vampire, peut-être... Mais si ça avait été le cas, il l'aurait su avant, car elle n'était pas d'une patience extraordinaire. Elle lui aurait probablement flanqué une rouste d'être si long à démarrer. Et le bris des baies vitrées, qui d'expérience était aussi effrayant qu'impressionnant, ne l'aurait-il pas réveillé ?

Il força sur ses coudes, déterminé à s'asseoir, lentement mais sûrement, peu importe le temps et les étapes qu'il lui faudrait pour y parvenir. Quelque chose ne tournait pas rond, sans qu'il parvienne à mettre le doigt dessus. Son anxiété montait en flèche, indépendamment de son esprit encore engourdi qui, laissé pour compte, essayait en vain de suivre en se demandant pourquoi tant de précipitation. Enfin, il se rendit compte qu'il inspirait des gorgées d'un air diablement délicieux.

Et c'était absolument anormal. Hébété, il se tourna vers la tâche aux yeux gris. Il en remarqua une autre, ce faisant, entourée d'une mousse de cheveux longs encore très imprécise. Puis une autre, grande et imposante, qui lui glaça immédiatement les sangs. Ses bras lâchèrent et il retomba dans le canapé avec un glapissement aigu. Il porta les mains contre son nez pour empêcher le fumet appétissant de passer, incapable de se souvenir qu'il aurait suffi qu'il cesse de respirer. Les billes verts d'eau se mirent à papillonner en tremblant dans tous les sens en direction des silhouettes, qui devenaient de plus en plus nettes. Il craignait le moment où il reconnaîtrait leur identité.

"N... N... N....Nn... o...n.. Non... V... Veux... p...no..."

Ses yeux roulèrent et sans crier gare, il se retourna brutalement. Le geste, aussi rapide qu'inattendu, lui avait permis de se prostrer à genoux sur le sofa. Il avait les yeux fermement clos, les mains sur les oreilles... Et les dents plantées dans la mousse de l'accoudoir. Lequel étouffait aussi efficacement ses gémissements.
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MessageSujet: Re: Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.   Mar 23 Aoû - 21:41

Gael ne répondit pas. Il avait bien senti que Karl n'était pas d'une humeur brillante et il pouvait le comprendre : après tout ce qu'ils avaient fait pour obtenir le lieu de vie d'Esteban et les réflexions qu'ils avaient encore jusqu'au coucher du soleil pour tenter de l'atteindre, que Luisa ruine tout ce qui avait été entrepris laissait un goût doux-amer. Malheureusement, il allait leur falloir faire avec, et le garde du corps savait que derrière ses mises en scène brutales et son franc-parler, la jeune Selva Moreno savait aussi faire preuve du calme et de la douceur qu'on observait généralement chez son aînée. L'argentin espérait simplement que ce soit suffisant, tout comme Karl le mentionnait à voix haute.

La lente ascension vers le penthouse était terminée, et l'homme de main reprenait sa place : en arrière-plan, les yeux toujours braqués sur la scène, il laissait les acteurs faire leur numéro en tentant de se charger de leur sécurité. Des coups d'oeil jetés au détour d'une fenêtre immense replaçaient un décor qu'on n'avait fait que lui décrire. Alors qu'il montait quelques marches, ses yeux se fronçaient légèrement, signe d'inquiétude rarement montré par l'homme qui avait pour mission de l'inspirer plutôt que de la ressentir. Son regard noisette se posa enfin sur les deux protagonistes alors qu'un troisième les rejoignait. Intérieurement, il espérait que Luisa saurait faire preuve du tact dont elle pouvait parfois se targuer lors des grandes occasions... mais il avait bien peur que ce soit beaucoup demander, vu ce à quoi ils avaient eu droit jusqu'à présent.

Bien qu'elle n'avait jamais rencontré Karl auparavant, elle avait assez entendu parler de lui (que ce soit par Esteban ou par Olivia elle-même) pour se faire un portrait intérieur du jeune homme relativement fidèle à l'original. Elle l'imaginait calme, mais amusant, doté d'un humour pince-sans-rire et à l'intelligence vivace. Elle n'avait pas exactement prévu qu'il se précipiterait sur Esteban comme il venait de le faire, mais elle supposait qu'il possédait beaucoup plus de retenue lorsqu'il n'était pas rongé par l'inquiétude (et qu'Olivia était dans les parages).

Luisa sut rapidement que ce qu'elle venait de dire n'avait pas plu à Karl. Appelez ça l'intuition, ou un esprit d'observation et de déduction particulièrement affûté, mais l'agacement du jeune homme aux yeux gris ne lui échappa pas. Elle soutint son regard en l'écoutant, avant de secouer légèrement la tête, malgré un vague sourire -que l'on pouvait qualifier d'appréciateur- aux lèvres : Luisa était comme ça, elle aimait qu'on lui tienne -un peu- tête. Ça forgeait le caractère.

"Je n'ai aucun doute là-dessus, et ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. Je n'avais que des soupçons sur l'identité de l'habitant de cet étage quand j'ai pris l'ascenseur tout à l'heure. Une fois ces soupçons transformés en certitude... Je n'ai pas pu partir. C'est tout."

Son ton était bas, plus pour ne pas perturber le "sommeil" de son neveu qu'autre chose. C'était un fait : elle avait refusé tout net l'idée de laisser Esteban dans cet état, encore plus maintenant qu'il savait qu'elle était dans le coin (même s'il ignorait à quel point elle était proche en réalité) : vu leur relation, il aurait essayé de s'en aller avant même qu'elle ait le temps de redescendre à son étage. Et puis... elle n'avait pas pu, tout simplement. Le voir dans cet état, lui parler, entendre sa douleur et lui tourner le dos sans rien faire, lui l'unique fils de sa soeur... C'était au-dessus de ses forces, même pour elle. Ses yeux foncés pétillaient cependant d'une certaine malice lorsqu'elle continua.

"Je n'ai peut-être pas ta force de caractère, jeune homme."

Un raclement de gorge discret au fond de la salle lui signifia que son commentaire n'avait été perdu pour personne. La mexicaine était sur le point de se retourner pour lancer une remarque de son cru à son argentin préféré, mais un bruit suspect l'arrêta en plein geste : Esteban se réveillait. Tout comme Karl, elle avait les yeux rivés sur cette main qui tressaillait et inspira profondément tout en reculant de quelques pas, se plaçant légèrement en retrait : si tout ce qui avait précédé avait été particulièrement sportif, ce qui s'annonçait maintenant devrait lui valoir une médaille aux prochains Jeux Olympiques.

De tous les (demi-)Selva Moreno qu'elle connaissait, Esteban avait toujours été le plus prompt à se réveiller. Luisa l'avait vu nombre de fois secouant sa mère à des heures indues, lui répétant qu'il était l'heure et qu'ils allaient être en retard... Elle en avait fait les frais elle-même, et n'avait que peu apprécié. Même adolescent, Esteban était resté lève-tôt (...du moins plus qu'elle), tant et si bien qu'une fois, elle avait fait exprès de réserver deux hôtels différents et géographiquement opposés dans la ville pour avoir le temps de rester au lit avant qu'il ne la rejoigne pour partir en excursion. Le spectacle qu'elle avait à présent sous les yeux était donc particulièrement étonnant, et quelque peu inquiétant. Jamais elle ne l'avait vu prendre tant de temps pour se départir des limbes du sommeil, même quelque peu forcé. Elle n'était pas certaine que l'évanouissement était la réponse à tout ce qui n'allait pas à cet instant précis dans le réveil de son neveu.

Elle échangea un regard avec les autres occupants de la pièce en l'entendant s'étouffer. N'y avait-il qu'elle pour trouver cela anormal ? Gael lui renvoya un regard sombre, mais calme. Ce n'était pas comme si il pouvait y rester, de toute façon. Pragmatique, Luisa se contenta d'observer. Avant toute chose, il fallait laisser Esteban reprendre conscience de lui-même. Ensuite, ils pourraient éventuellement tenter de lui parler.

Luisa suivait le moindre geste d'Esteban. Elle l'observa sans un mot, statique, seul ses yeux bougeaient au rythme des mouvements de son neveu. Elle crut le voir plonger son regard dans celui de Karl... ou du moins tenter de le faire. Elle le regardait se redresser, silencieuse, et pourtant prête à bondir pour l'aider si le besoin s'en faisait sentir (une mauvaise manie héritée de son aînée, sans doute aucun). A nouveau, un regard vers Karl. Mais celui-ci semblait moins vague, comme s'il avait enfin compris quelque chose. Esteban la regarda à son tour. Elle tenta de lui sourire, mais douta de l'efficacité de son geste quand elle vit le regard vert d'eau dévier vers le garde du corps et la réaction qui s'en suivit. Avant de s'approcher, elle se tourna vers Gael pour lui glisser dans leur langue maternelle à tous les deux.

"Qu'il ait deux ans ou dix-huit, tu lui fais toujours aussi peur... Impressionnant."

Le garde du corps roula des yeux pour toute réponse, signifiant que ce n'était ni l'endroit ni le moment pour une autre de leurs petites batailles rangées. Il suffisait de regarder Esteban et la façon dont il était en train de frôler (...ou pas) la crise d'angoisse pour se rendre compte que le temps n'était pas au jeu de verbes. Fronçant les sourcils, Luisa reprit rapidement son sérieux en entendant son neveu essayer de former une phrase. Elle n'était pas parfaite, mais le sens était malgré tout limpide. Ce qui ne voulait pas dire que Luisa (ou quiconque d'autre de présent dans la pièce, en réalité) allait obtempérer aussi facilement.

La mexicaine haussa un sourcil, étonnée, en voyant son filleul se tourner pour mordre l'accoudoir du canapé. Il faisait tout pour les éviter, ce qui était logique : c'était après tout son plan depuis le départ. Manque de pot pour lui, ça ne s'était doublement pas passé comme prévu, puisque chacun d'entre eux avait retrouvé sa trace. Maintenant, restait à le lui faire comprendre et à le convaincre de les écouter... une belle bataille, quand on connaissait le caractère têtu du jeune homme. Heureusement pour l'autre équipe, Luisa possédait également une belle tête de mule. C'était ce qui lui valait son succès dans les affaires.

Doucement, comme l'on s'approche d'un animal sauvage, Luisa s'avança pour faire face à l'accoudoir en question. Elle s'agenouilla sans un bruit, les genoux touchant le canapé, afin d'avoir la tête au niveau de celle de son neveu. Délicatement, elle leva une main pour la poser sur l'une de celles qu'Esteban avait collé sur ses oreilles. Elle tira légèrement dessus, pour tenter de le convaincre de l'écarter sans pour autant le forcer à le faire.

"Esteban... Tebi, s'il te plaît. Laisse-nous t'aider."

Sa voix était basse, douce et lancinante comme elle savait l'être lorsqu'elle voulait, plus jeune, amadouer le personnel pour accéder au bureau de son père, toujours fermé à clé. Ce n'était pas tant les paroles qui importaient que le ton, et la façon dont sa main continuait de caresser celle d'Esteban, cherchant à attirer son attention, à déclencher quelque chose de positif. Son autre main s'affairait également, caressant le front et les tempes visibles.

Même s'il se précipitait sur elle pour la mordre, elle savait que les deux autres réagiraient aussitôt. Le problème était qu'Esteban, lui, ne se le pardonnerait jamais.


Dernière édition par Luisa Selva Moreno le Lun 29 Aoû - 20:46, édité 1 fois
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Luisa, ou l'intuition crochue... pointue. Pardon.

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