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 Adrian Case [FINI]

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Adrian Case
Wiccans
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Wiccans


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Emploi: Infirmier
Age apparent: La trentaine
Dangerosité:
23/30  (23/30)

MessageSujet: Adrian Case [FINI]   Ven 4 Mar - 22:49

État Civil

Nom : Case.
Prénoms : Adrian Justin. (a aussi porté les prénoms Yustina Fiona et Quinn dans sa jeunesse, et le patronyme Dzheysonovna)
Race : Wiccan.
Âge : 42 ans.
Âge apparent : Une petite trentaine, accentuée avec la barbe.
Date de Naissance : 6 février 2011. A Volvograd.
Situation de Famille : Célibataire.
Profession / Activité : Infirmier diplômé, Adrian n'a à l'heure actuelle pas d'emploi à la Nouvelle Orléans.

Morphologie

Taille : 1m77
Poids : 72 kilos.
Corpulence : Au premier abord, Adrian n'a pas l'air très fin; il a des épaules plutôt petites mais carrées, et des hanches un peu saillantes. On se rend vite compte que cette légère épaisseur est surtout due à la musculation qu'il entretient le plus souvent possible, pour se garder vif et fort.

Couleur de cheveux : A la base, Adrian a les cheveux châtains foncés. Pour une question d'esthétique d'ordre personnelle, il préfère les teindre en noir, et n'hésitera pas à les obscurcir parfois avec des sorts, pour maintenir leur aspect un peu mat, reflétant peu la lumière. Cela fait maintenant des années qu'il les rase sur les côtés, gardant le haut comme une espèce de crête mal coiffée. Outre le maintient de leur couleur, il ne prête pas très souvent attention à leur allure générale, qui fera donc, en conséquence, toujours décoiffée, mal entretenue.

Couleur des yeux : Adrian a les yeux gris, qu'on le regarde de près ou de loin, ils ne semblent jamais avoir la même teinte. Son humeur a aussi tendance à donner l'impression d'assombrir son regard encore, et les fois où il met du maquillage accentuent une lueur plus claire dans ses iris. A certaines lumières, on peut percevoir le reflet jaune que contiennent ses yeux, qui met mal à l'aise très facilement.

Allure générale : A première vue, on pourrait se dire qu'il ressemble à un groupie adorateur de vampires, ou un goth modéré. Entre le maquillage qu'il aime porter et ses piercings, difficile de croire qu'il est sensé être un adulte mature. Sa démarche est un peu las, lente, vu qu'il méprise se presser. Ses mains sont généralement dans ses poches, et il est souvent penché légèrement en avant, un peu courbé.

Allure vestimentaire : Adrian est quelqu'un qui aime le cuir. Vraiment. La moitié de ses pantalons sont en cuir, le reste sont des jeans sombres. En haut, il a aussi tendance à valoriser la matière, portant la même veste depuis plus de 10 ans, en cuir noir. Il porte des mitaines et des rangers. Il porte majoritairement du noir.
Lorsqu'il n'est pas aussi détendu, il saura porter costume et cravate avec une élégance sans pareilles, avec des chaussures brillantes.

Particularités éventuelles : Outre les cicatrices qui ornent ses épaules, et celle qui décore son visage, il a une multitude de piercing, sur le visage, les oreilles, le nombril et les tétons. Il a aussi des cicatrices là où il a été opéré pour se faire reconstruire le torse, qu'il a toujours refusé d'effacer avec la magie.
Autre particularité : sa barbe. Quoi, vous pensez que ça n'a rien d'exceptionnel? Eh bien vous avez tort. S'il y a bien une chose dont Adrian est fier, c'est sa barbe. Après tout, elle n'a pas poussé facilement ni rapidement, et maintenant qu'elle est là, il en prend le plus grand soin. Généralement il ne la laisse pas partir en vrille, mais l'a déjà laissée pousser jusqu'à pouvoir la tresser sous son menton. Autrement il aime la maintenir en bouc, et la laissera parfois pousser jusqu'à ce qu'il puisse en faire un petit chignon sous son menton - généralement, dit chignon ne durera pas plus d'une semaine, et sera coupé pour retrouver de l'ordre dans son bouc.

Caractéristiques magiques


  • Pour les wiccans : (ne garder que l'option pertinente)
    Potentiel de base : bon
    Influence familiale : famille prestigieuse
    Entraînement: confirmé
    Foi : normale, bien assez pour pouvoir pratiquer la magie, mais aura tendance à faire des offrandes à des moments stratégiques pour avoir de meilleurs résultats dans ce qu'il entreprend - opportuniste.


Cette section est en cours d'enrichissements, nous nous excusons pour l'éventuelle gêne occasionnée par sa nature inachevée

Psychologie

Défauts et Qualités: Adrian n'aime personne. Bon, c'est peut-être exagéré comme façon de dire, mais la vérité est tout de même là : il ne fait confiance à personne. Trop de fois il a été trahi d'une façon ou d'une autre, et a cette tendance à garder ses distances avec des relations de tous genres. On pourrait signaler que cette façon de vivre dans l'isolation date surtout de sa dernière relation amoureuse, qui a finit assez mal dira-t-on. Le wiccan n'a pas peur de dire ce qu'il pense, et a un oeil critique sur le reste de l'humanité, normes et outres dans leur ensemble. Il est aussi quelqu'un de sans pitié, qui voit la mort comme un événement naturel normal, qu'il l'ait causé ou non... Avec le sang qu'il a sur les mains, il ne craint absolument pas d'achever quelqu'un qui mérite d'être euthanasié (être infirmier a ses bons côtés).
Il est aussi quelqu'un de très patient. Il lui ait arrivé d'attendre des heures dans l'ombre d'une ruelle en attendant que sa cible vienne dans les parages. Cette patience est aussi pourquoi il pense que la vengeance est un plat qui se mange froid, très froid. Après tout, il a bien attendu plus d'une décennie pour tuer son premier petit ami après qu'il lui ait fait de nombreuses crasses.
Il a un tempérament calme, si ce n'est même froid. Il parait généralement stoïque, éloigné de tous ressentis émotionnels - que ce soit réellement le cas ou non. Il semble donc détaché de ses états d'âmes, et ne montrera quasiment jamais un signe émotif. S'il y a une émotion qu'il saura plus montrer fréquemment, c'est de la lassitude. Il préfère paraitre blasé de la vie que de montrer ce qu'il ressent réellement... C'est aussi une note à faire : s'il parait particulièrement blasé par votre comportement, vous l'aurez soit fait rire intérieurement, soit énervé - vous ne saurez que bien plus tard lequel des deux c'était.
Cela dit, à cause de sa malédiction, il a des élans de violences soudains et brutaux, qui lui ont coûté de nombreux meubles et murs, sans parler de ses propres os. Il se retrouve dans un état totalement berserk au moins une fois par mois; état qui peut durer entre dix minutes et six heures (c'est son record).
Le wiccan est très sérieux quand il en vient à l'utilisation de sa magie. Il ne supporte pas que l'on le dérange au milieu d'une conception de schéma ou préparation de runes, et aura tendance à se venger d'un dérangement tôt ou tard.
Si on ne l'avait pas bien compris, Adrian est très rancunier. Il est très fier de ses capacités, et considère que s'il a laissé quelqu'un entrer dans sa vie, la personne lui doit un certain respect. La moindre erreur, la moindre trahison, volontairement ou non, lui coûtera son amitié, et peut-être quelques doigts... Après tout, on peut appliquer le triple retour à échelle humaine, non? "Tu m'as brisé le coeur, je t'ai brisé la nuque", ce genre de chose qu'Adrian assumerait parfaitement - faut-il qu'il assume qu'il ait un coeur.

Croyances : Adrian croit en la magie, vraiment, comme source de bien et de mal (diraient les manichéens), la magie fait partie intégrante de ce monde, et quiconque veut le nier se met le doigt dans l'oeil. Lui-même pense que la notion de bien et de mal est floue, ombre et lumière, blanc et noir... C'est un peu simple comme explication, et en plus la notion change selon les gens. Pour pallier à ça, il préfère voir le monde dans des teintes de gris - il y a du bon et du mauvais partout, à des degrés différents, mais rien n'est soit blanc soit noir. Son autre croyance va dans le même sens. Il considère qu'on ne peut jamais connaitre qui que ce soit totalement, que chaque personne peut cacher des choses, et réserver des surprises - d'où sa méfiance.
Pour avoir vécu de plein fouet les événements suivants la Grande Révélation, il connait l'injustice faite aux outres, que ce soit moralement ou concrètement avec les lois de divers gouvernements. Cette inégalité fait qu'il défend fermement les droits des outres, tels qu'ils soient, et est persuadé que parfois, la violence est nécessaire pour faire passer le message.

Religion : Adrian est wiccan. Adrian pratique la magie. Adrian croit en la Wicca, la Triple Déesse et le Dieu Cornu; c'est une évidence. Il y croit, mais il aime bien questionner les principes. Il n'a aucun doute sur la réalité du Triple Retour (sa malédiction lui a bien prouvé cela), mais après, les notions diverses des autres religions, comme la vie après la mort, le Paradis et l'Enfer... c'est encore tout très manichéen tout ça. Il fait donc des offrandes régulières aux divinités wiccanes, sans pour autant être un fervent suivant.

Goûts : Le wiccan mange sucré matin, midi et soir. S'il n'a pas quelque chose de sucré pendant le repas, vous pouvez vous assurer qu'il sera de mauvaise humeur. Il a aussi un goût prononcé pour les alcools sucrés... Mais plus que tout, il adore les pâtisseries.
Sexuellement parlant, Adrian n'aime pas faire la différence homme/femme corporellement. Il a beau être né avec un vagin, cela ne fait pas de lui une femme. Quelqu'un aura beau être né avec un pénis, cela ne fera pas de l'individu un homme. Les personnes sont telles qu'elles sont, et leur genre est tel qu'ils le décident. Avec ça il est ouvert à toutes possibilités, bien qu'il ait une légère préférence pour les personnes à l'expression de genre masculin, le corps l'importe peu sur le principe.

Talents, savoirs notables : Des années à travailler pour la mafia suédoise dans la branche armée lui ont permis d'apprendre à manier de nombreuses armes, à feu et blanches, et a même reçu un entraînement de combat à mains nues. Disons qu'il est un bon compagnon à avoir dans une baston de taverne.
Il est aussi très bon couturier, surtout quand il s'agit de faire des points de suture. Il connait l'anatomie humaine par coeur, et sait où se trouvent les nerfs les plus douloureux à assaillir pour mettre en défaite un adversaire, ou juste faire mal pour le plaisir. Avec ça il a toutes les connaissances nécessaires pour être un bon infirmier.

(+) Espoirs, buts, rêves : Ce qui motive Adrian à l'heure actuelle? Tuer la personne qui a fichu sa merde dans son but précédent : tuer les agents de son oncle qui pourraient venir l'emmerder. Il vit aussi pour le plaisir de faire souffrir des gens; il aime bien annoncer les mauvaises nouvelles aux familles qui visitent les malades à l'hôpital, et annoncer aux patients qu'ils sont atteint (même s'ils ne le sont pas toujours) de cancer en phase terminale. C'est amusant d'observer les réactions diverses et variées.
En dehors de ça, il veut la justice pour tous les outres, qu'ils soient les égaux des normes sur tous les fronts politiques.

(-) Angoisses, regrets, phobies : S'il y a bien un regret qu'il a, c'est de s'être tant attaché à sa dernière relation amoureuse... Surtout vu comment elle a fini, il aurait mieux valu qu'il ne ressente rien pour Oliver, ç'aurait été bien plus simple de le dépecer.
Autrement, il n'admettra jamais qu'il a peur de quoi que ce soit, mais c'est un fait qu'il a une peur irrationnelle de ce qui est masque ou déguisement qui modifie le visage. Par extension, les maquillages très prononcés, type peintures qu'on fait sur les visages des enfants. Pour cette raison il n'est jamais sortit le soir d'halloween ou durant le carnaval, et traverse sur le trottoir d'en face s'il croise un père noël. Cette phobie est une honte pour lui, donc il se garde bien de la révéler à quoi que ce soit.

Si on vous parle des Outres, vous réagissez comment ? Il n'aime pas trop faire la distinction entre tous les outres, tels que soient leurs races. Il sait bien qu'ils font face à des discriminations diverses selon l'espèce, par exemple les vodouns qui sont mal vu par outres et normes à cause de leur réputation de réanimateurs... Pourtant ils devraient avoir autant le droit d'utiliser leur magie que le reste. On ne pourrait pas empêcher un métamorphe de prendre sa forme animale, alors pourquoi demander des restrictions pour toutes les autres espèces? L'idée même qu'on restreigne les utilisateurs de magie lui donne envie de vomir.

Et votre sentiment vis à vis des Normes ? Y'en a des mauvais et des moins mauvais. Ce sont des privilégiés dans leurs existences, dont beaucoup sont secrètement jaloux des capacités des Outres. S'ils avaient la capacité d'effacer les pouvoirs des autres, ils le feraient, et en feraient même une loi. Il a un certain mépris pour les Normes dans leur ensemble.

Êtes-vous satisfait de votre existence ?  Y'a eu beaucoup de merde dans sa vie. Vraiment. Tout n'a pas été reposant, et il a quand même fait pas mal de choix de merde. Il espère être un peu plus satisfait de sa nouvelle vie aux Etats-Unis, même s'il n'est pas franchement convaincu.
Cela dit, il considère qu'il a fait un excellent travail sur lui-même, et a accompli ce qu'il pouvait quant à son corps.

Possibles évolutions ou objectifs futurs : Top secret :p (en vrai je sais pas trop, je verrai avec le jumeau.)


Relations Sociales

  • A l'heure actuelle Adrian a un familier nommé Bendigeidfran, surnommé Bendi ou Bendigeid. Il est rare qu'il l'appelle par son nom complet, à moins d'être très énervé contre lui. C'est un Grand Corbeau de 68 cm, venu de Suède. Son plumage est noir et commence à arborer des reflets bleutés. L'animal est avec Adrian depuis quelques années, et a un caractère bien a lui. C'est une créature fière, qui aime garder ses distances avec le wiccan lorsqu'il n'a pas besoin de lui de façon immédiate. En cas de danger il descendra très vite du ciel ou de son perchoir pour être à ses côtés. Son perchoir de prédilection reste l'épaule d'Adrian - ne pesant pas plus de 900 grammes, il est quand même une bestiole assez imposante qui aime se faire entendre. Ses croassements sont reconnaissables pour le wiccan, par leurs rythmes et timbres, mais cela ne veut pas dire qu'il l'écoute toujours. Leur relation semble se baser un peu sur un respect mutuel de donnant-donnant. Ils ont tout de même une affection l'un pour l'autre, et Adrian apprécie la capacité d'indépendance du corbac.


Relations particulières notables :

Famille.
-Mikhail Yegorovich Kouznetsov : Parrain de la mafia russe et oncle.
-Lidiya Yegorovna Case (décédée) : Soeur de Mikhail et mère d'Adrian, Norme, morte en Islande sous les yeux du wiccan.
-Jason Case (décédé) : Père d'Adrian, wiccan, mort dans sa jeunesse en Russie.
-Sveltana Skyler Yegorovna Case (alias Logan Walker) : soeur jumelle qu'il n'a pas vu depuis leurs douze ans.
Mafia d'Öde.
-Urd : Tête de la branche de Protection, mentor d'Adrian quant à tout ce qu'il sait sur les runes. Il a une grande admiration pour elle et ses capacités. C'est aussi elle qui lui a permis d'avoir le corbeau.
-Skuld : Tête de la branche Armée d'Öde. Adrian a travaillé en temps que son bras gauche pendant quelques années. La grande femme est très joueuse et est allée trop loin dans son jeu avec le wiccan, et a donc dû l'exiler pour montrer son autorité.
-Verdani : Tête de la branche du Renseignement. Adrian ne l'a jamais rencontrée, mais a déjà été en contact avec elle pour transmettre ce qu'il savait des informations recueillies lorsqu'il était en Russie.
Relations personnelles.
-Oliver (décédé) : dernier petit ami d'Adrian, métamorphe lion.
-Silvia : Psychiatre d'Adrian depuis son adolescence, devenue une bonne amie. Wiccane adepte de magie rituelle.


Antécédents :


Quelque chose à dire sur votre Famille ? Dans les grandes lignes, Adrian ne connait pas bien son passé familial. Il sait juste qu'il est issu d'une union russo-américaine, qui a donnée naissance à des jumellaux. Ca et le fait que les deux familles avaient des liens, directs ou non, avec des mafias.
Il ne se souvient pas de son père, mais sait juste que c'est à sa mort que leur mère les a emmené en Islande. Lidiya s'est toujours bien occupée de ses enfants une fois sur l'île, mais dans ses souvenirs, elle n'était jamais très présente lorsqu'ils étaient encore en Russie.
Son oncle est à la tête d'une Mafia Rouge, et est, selon le wiccan, un abruti finit qui ne mériterait qu'une balle dans la tête. Il aurait bien voulu le faire à leur dernière rencontre, mais le bougre est bien entouré, bien gardé. L'attaquer là aurait été du suicide. Alors il maintient juste un mépris pour le type, et espère qu'un jour il aura l'occasion de mettre un terme à ses jours.
Et ce qui est advenu de Skyler? Il n'en n'a aucune idée, mais ressent que sa jumelle est toujours en vie, quelque part. Cela dit il ne ressent pas le besoin de la rechercher; ils ont fait leur vie à part jusque là, ils n'en mourraient pas s'ils ne se revoyaient plus jamais.

Histoire dans les réponses qui suivent.


- Bas les Masques -

Derrière l'écran, vous êtes : Toujours la même larve. Silver, Matou, Kero, toussa toussa.
Vous serez souvent là avec nous ? Autant que possible, comme d'hab.
Comment avez-vous connu Voodoo Child ? Par magie.
Avez-vous déjà un double/multi compte ? Oui, après une biquette, un percussionniste à la tête à l'envers et une alcoolique aux cheveux rouges.
Avez-vous des suggestions, des questions, des compliments ou des tomates à nous jeter à la figure ? Toujours rien!

Vous attestez avoir lu le règlement, et vous engagez à l'appliquer à-la-lettre ? (La main sur le coeur et dites « je le jure » u.u !) : JE LE JURE.


Dernière édition par Adrian Case le Jeu 10 Mar - 22:09, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Adrian Case [FINI]   Dim 6 Mar - 16:29

Histoire.

Adrian regarda par le hublot de l'avion, fixé sur un point invisible à l'horizon. Il gardait les yeux bien ouverts malgré le soleil qui frappait sa rétine. Dans sa tête, les rouages tournaient à plein régime, et son imagination fusait. Il n'avait aucune envie d'aller aux Etats-Unis, c'était un lieu qu'il n'avait jamais foulé, et qu'il n'avait jamais eu l'intention de visiter. Et pourtant, sa fierté le lui obligeait. Maintenant que son regard passait sur les nuages, il se demanda combien de chances il y avait pour que le véhicule volant s'écrase. Il n'y avait pas eu d'incidents depuis quelques années maintenant, du moins, pas de problèmes qui avaient coûté la vie à de nombreux passagers. Un avion de cette taille, contenant autant de personne... Quel était le pourcentage de chance que tous meurent mystérieusement? Il y avait pleins de façon de mourir dans un avion : problème technique, réacteurs qui cessent de fonctionner, tempête qui cause des dégâts, attaque extérieure par missile ou autre... Puis il y avait dans l'intérieur même de l'avion : n'importe qui avec un cerveau et des capacités spéciales pourrait leur faire faire à peu près n'importe quoi, le forcer à chuter vers la mer, le détourner... Lui-même pourrait le faire maintenant, avec un peu d'effort. Mais en toute honnêteté, il était trop blasé pour le faire. Blasé, agacé, et énervé contre bien autre chose qu'un avion qui refusait de s'écraser. La raison était simple : il n'avait pas pu tuer Mikhail et se venger correctement, et la raison se trouvait aux Etats-Unis, à la Nouvelle Orléans.

Tout de même énervé, il décida de relire le dossier que le chef de la Mafia Rouge avait collecté au fil du temps; il n'y avait pas grand chose concernant Adrian, étant donné qu'il avait bien réussi à rester caché pendant un bon temps, avec l'aide de la Mafia d'Öde surtout. Cela dit, une fois qu'on y ajoutait d'autres dossiers venant d'endroits divers et variés, on pouvait voir les grandes lignes de sa vie... Par où il était passé, qui il avait côtoyé... Les factures étaient aussi un bon indicateur du temps passé dans divers milieux médicaux et sociaux. Il s'était promis de faire ça avant... Mais le temps l'avait rattrapé, et vu qu'il avait quelques heures devant lui, il en profita pour trier les dossiers ensemble, les dater, les relier...

Il commença par le dossier qu'il avait récupéré chez Mikhail, avec l'historique de sa famille proche. Il sortit la seule et unique photo de la famille réunie. Jason, grand, yeux doux mais fatigués... Lidiya, soeur de Mikhail, et épouse de Jason. La femme avait l'air plus fragile sur la photo que dans ses souvenirs; si les rumeurs étaient vraies, alors Mikhail lui avait vraiment fait des crasses; pas étonnant qu'elle ait l'air si mal en point. Et puis, dans leurs bras, deux gamines. Pas plus de 4 ans, portant des robes pâles à volants : Yustina Dzheysonovna (dite Fiona) et Svetlana Dzheysonovna (dite Skyler) Case. Une photo très officielle si on y pensait, mais à voir la gueule des jumelles, elles n'avaient pas été bien contentes de la situation, et encore moins des vêtements ridicules.
Quelque part c'était drôle de voir cette photo qu'il n'avait jamais eu l'occasion de voir avant; Lidiya n'avait jamais montré la moindre photo de leur père ou de leur enfance. En même temps, leur véritable enfance n'avait pas été très longue et glorieuse.
Il posa la photo dans le dossier vide, et nota la date au-dessous. 2015, quatre ans après la naissance des jumelles. Il tira l'acte de naissance et le posa au-dessus. 6 février 2011, à Volvograd. Ils n'avaient passés que six ans en Russie, et les quelques souvenirs qu'il en avait étaient des jeux avec leur tortue, Marshi. Adorable bestiole. Pour le reste, il n'avait jamais réellement compris ce qu'il se passait entre les adultes; Yustina et Sveltana avaient passé leurs journées seules pour la plupart du temps. Quelque fois quelqu'un venait leur rendre visite, mais elles n'aimaient pas tant la compagnie des grands. Adrian ne pouvait pas voir le passé comme s'il lui était personnellement arrivé , et pourtant c'était bien le cas... Tant de choses s'étaient passées depuis...

Il tira une nouvelle photo du dossier de Mikhail ; une allure bien différente de la précédente. Rien d'officiel sur celle-ci, et Adrian y reconnaissait clairement l'Islande. Eh oui, ils avaient dû fuir la Russie après la mort de Jason. Le wiccan ne se souvenait pas d'avoir été marqué par cette disparition; l'homme avait été un inconnu pour les jumelles, et n'avait pas marqué leur enfance, étant toujours absent aux quatre coins du monde. Du moins, jusqu'à ce qu'il décide de s'attaquer directement à Mikhail - et échoue. Cela avait forcé Lidiya à prendre la fuite avec les jumelles, usant des contacts de Jason pour atterrir en Islande. Cette photo avait dû être prise part un agent de Mikhail qui avait réussi à les retrouver, peu de temps avant l'assaut sur le moment paisible de la famille... Elle montrait deux gamines plus grandes, plus matures... Elles avaient douze ans sur la photo, et se couraient après au pied de leur maison là-bas.
Dans le dossier, il n'y avait rien de plus que la photo sur cette période, alors Adrian retira le bouchon de son stylo une fois de plus et commença à écrire sous l'image.

"Islande, Húsafell - 2017 à 2023."
Ses premiers souvenirs du pays étaient flous; la chose qui avait dû le marquer le plus était bien l'abandon de leur tortue, Marshi, demeurée en Russie. Puis plus les jumelles avaient grandi, et plus ses souvenirs étaient clairs. Déjà, ils avaient changé de nom dès leur arrivée; Yustina à l'époque était devenue Quinn, Skyler était devenue Logan. Adrian se souvenait vaguement de Skyler se plaindre du nom... Oui enfin, elle au moins n'avait pas eu à s'appeler "Yustina" jusque là. Il aurait pire d'arborer son second prénom cela dit : Fiona, quel con avait décidé de ce nom-là?
Enfin le changement fut difficile pour tous, et l'intégration à la communauté Islandaise encore plus. Leur mère leur avait fait prendre l'accent américain pour coller à l'histoire qu'ils avaient inventé pour rester cachés de Mikhail... La famille Walker ne pouvait pas faire de faux pas, au risque de lever des questions qui pourraient les mettre en danger. Bien sûr à l'époque les enfants n'avaient pas réalisés ça, mais voyant le travail incessant de Lidiya, ils avaient tout de même fait des efforts.  Ils avaient été à l'école, et avaient appris l'islandais sur le tas.
Adrian ne savait pas vraiment à partir de quand il s'était sentit confortable là-bas. Cela avait été progressivement de mieux en mieux, surtout leur mère qui avait reprit des couleurs, et une aise s'était installée entre eux. Pour la première fois de leur vie, les enfants faisaient partie d'une famille qui semblait normale, saine. Cependant en grandissant, la relation entre les jumelles n'avait pas que fleurie; elle avait explosée. Les enfants étaient compétitifs, joueurs, farceurs, et ne se faisaient pas de cadeaux. Ils se chamaillaient et se donnaient souvent des coups. "Comme des garçons" avait-on dit à l'époque. Il rit nerveusement au souvenir. Clichés genrés de merde.

La vie de Quinn avait tourné intégralement autour de sa jumelle pendant ces années-là, et pourtant des fois elles se haïssaient vraiment... Jusqu'à leur dix ans. L'école avait été une étape nécessaire et intéressante en soi, mais très limitée dans leur évolution personnelle. Elles avaient été avec des jeunes de leur âge, entourées de banalité très humaine en soi... Chose qui changea à partir du moment où leurs dons firent surface. La panique de leur mère avait été... Inquiétante sur le coup, puis hilarante. On ne leur avait jamais vraiment prédit des capacités; certes Jason avait été Wiccan, mais rien ne promettait le passage de cette capacité à ses enfants. Cela avait été une éventualité... Une éventualité à laquelle Lidiya n'avait visiblement pas eu envie de songer. Elle était Norme, seule, sans qui que ce soit pour aider ses enfants à maîtriser leurs capacités.
Quelque part, heureusement pour elle qu'il y avait quelqu'un dans le village qui pouvait l'aider... Vu les débordements de pouvoirs qu'Adrian avait vécu par la suite, ils avaient eu de la chance de commencer leur apprentissage avec Áshildur. Une petite vieille islandaise qui était ravie de leur enseigner ce qu'elle savait, n'ayant donné naissance qu'à des Normes. Leur transmettre ce savoir était bénéfique, pour tout le monde. Les enfants avaient développé une grande affection pour la vieille femme, qu'ils surnommèrent rapidement Marshi, en souvenir de leur tortue. Elle-même les appelait parfois par les noms de ses deux fils cadets; elle ne réalisait pas souvent qu'elle le faisait, perdant un peu la tête avec l'âge. Cela dit, ça ne gênait pas les jumelles pour autant; ce n'était pas désagréable ainsi, loin de là pour Quinn, qui commençait déjà à arborer des attitudes et vêtements plus masculins.
Cela aurait pu, aurait dû durer plus longtemps... Peut-être qu'il se serait rendu compte du malêtre qui grandissait avec l'arrivée des hormones. Sauf que non, cette période de paix favorisant l'avancée de leur apprentissage magique ne dura que peu de temps...Deux ans, deux ans de paix étaient tout ce qu'on leur avait accordé. Ils avaient adopté la routine, étudiés pour l'école et la magie, et étaient prêts à continuer ainsi pendant longtemps encore. Mais comme Adrian le verrait plus tard, sa vie ne serait jamais sous une bonne étoile chanceuse...

Le wiccan posa le stylo et frotta ses yeux. Si seulement ils avaient pu rester en Islande, si seulement Mikhail n'avait pas été aussi obsédé à l'idée de retrouver les jumelles... Et maintenant qu'elles utilisaient des formes de magie, il n'y avait pas moyen qu'il lâche l'affaire. Enfin, les choses étaient ainsi, il n'y avait rien qu'il pouvait faire maintenant. Il n'y avait rien dans le dossier de Mikhail sur la suite à part une notice sur le décès de Lidiya... Décès qu'ils avaient causé, les enfoirés. Il soupira en reprenant le stylo, suivant le cours des notes.

"Islande, Húsafell - avril 2023."
Un jour ils étaient rentrés de chez la vieille wiccane pour voir quelqu'un d'autre que leur mère assit dans leur cuisine. Quinn avait reconnu le visage, mais n'avait pas été à l'aise avec la situation; elle se souvenait de lui, mais n'aimait pas plus le voir ici. Non seulement parce qu'il était un envahisseur dans leur maison, mais parce que leur mère avait à nouveau des cernes sous les yeux : une mauvaise nouvelle. Ils allaient devoir fuir à nouveau.
Quinn avait regardé autour d'elle, perturbée à la réalisation qu'ils allaient à nouveau mettre les voiles. Elle détestait l'idée, elle ne voulait pas partir. Tout ce que disait Benedikt, elle lui répondait dans un sifflement insultant, de préférence en islandais pour qu'il ne comprenne pas. Sa mère la reprit bien sûr, mais cela ne l'empêcha pas de continuer. Elle détestait Benedikt pour l'emmener de là. En plus d'amener cette nouvelle avec lui, il n'avait pas été fichu de leur ramener leur tortue. Incapable. Plusieurs fois Quinn était partit de la maison quand la tension devenait trop grande, invitant sa jumelle à faire pareil si elle le voulait.

Elle n'arrivait pas à se faire à l'idée de quitter cet endroit. Elle n'avait pas envie. Elle avait adopté ce pays, et ce pays l'avait adoptée. Frustrée, elle passa les quatre prochains jours à l'extérieur ou chez la vieille wiccane. Elle avait tendance à rentrer assez tard. Le quatrième soir elle rentra assez tôt et se posa pour manger à table.
Quelques minutes plus tard l'anarchie descendit sur le foyer pour les prendre de court. Benedikt leur donna des ordres, que Quinn suivit sans vraiment apprécier l'idée. Se séparer. Ils eurent à peine le temps de préparer le plan que la panique prit les entrailles de la jeune wiccane.

Il ne se souvenait pas de ce qu'il s'était passé à ce moment-là; Yustina avait été tétanisée, et n'avait reprit conscience qu'une fois hors de la maison, avec Lidiya la traînant de toutes ses forces pour qu'elles continuent à courir.
Où étaient-elles? Elle n'en savait rien. La seule chose qu'elle compris sur le coup, c'était que Logan/ Skyler n'était pas avec elles. Où était sa jumelle? Aucun moyen de le savoir. Après quelques secondes elle réalisa qu'elles étaient encore dans le village, et courraient sur le chemin qu'elle avait l'habitude de suivre... Elles se dirigeaient vers la maison d'Áshildur.
Lidiya avait dû voir qu'il n'y avait aucun moyen de quitter le village sans voiture. La vieille wiccane en avait une dont elle avait hérité de son dernier fils lorsqu'il avait quitté l'île. Elle fonctionnait, c'était l'important. Le vent soufflait contre elles, mais elles ne s'arrêtèrent jamais pour respirer. Prises dans la panique et l'adrénaline, elles ne pouvaient qu'avancer. La vieille dame leur ouvrit la porte lorsqu'elles frappèrent à celle de derrière essayant d'être le plus discrètes possible; sa mère expliqua la situation, mais elle n'arrivait pas à entendre quoi que ce soit, se souvenant des coups de feux qu'elle avait entendu derrière elles dans leur fuite. Áshildur leur proposa naturellement sa voiture, mais leur annonça qu'elle était garée de l'autre côté de la rue, chez un voisin qui l'avait réparée. C'était bien leur veine. Cela dit elle avait un double de clé, donc inutile de déranger le voisin pour prendre la voiture.

Adrian soupira bruyamment, penchant son siège en l'arrière, entendant la personne derrière lui grommeler quelque chose sur le respect. Il sourit un instant mais ses pensées revirèrent à son passé. Il ferma les yeux, posant le stylo de côté. Il s'en souvenait comme si c'était hier.

Lidiya regarda par la fenêtre, tremblante d'inquiétude. Elle ne savait pas où étaient Benedikt ou Skyler, mais Quinn le voyait clair comme le jour, elle était inquiète pour eux. La voiture était visible au bout de la rue, à une cinquantaine de mètres. Áshildur garda la main posée sur l'épaule de Quinn, murmurant un vieux poème islandais pour l'aider à se détendre, et sans doute pour la rassurer.

"Je dois aller chercher la voiture... Yusti... Attends-moi juste derrière la porte d'entrée. Quand j'arrive, tu vas devoir courir pour entrer dans la voiture, d'accord? Tu ne regarderas pas derrière toi, compris?"

Quinn hocha la tête, tremblante, alors que Lidiya sortit en courant.
Elle n'eut jamais le temps d'atteindre la voiture. Un véhicule arriva à une certaine vitesse et la percuta. Rien de fatal, mais assez pour faire sursauter Quinn qui regardait à la fenêtre. Áshildur la tira en arrière pour pas qu'elle ne voit... Mais elle entendit les cris, les questions, les réponses de sa mère niant sa connaissance de l'emplacement des filles. Puis les cris. La vieille femme fit soudainement une légère crise, oubliant la situation, et appela Quinn comme son fils, lui disant d'aller se coucher. Elle-même ajusta son peignoir et se dirigea vers sa chambre. Maintenant laissée libre de regarder, Quinn se tourna vers la fenêtre et regarda à nouveau. Lidiya était à genoux au sol, un homme la tenait par les cheveux, maintenant son regard vers eux. Ils lui hurlaient des questions, qu'elle refusait de répondre. Elle les vit prendre une de ces mains, et casser un doigt. Le cri résonna dans sa tête alors qu'elle se mise à trembler violemment. Un autre doigt, un autre cri.
Désespérée, elle donna un coup à l'individu le plus proche et se leva pour fuir en percutant l'autre. Sa course effrénée ne dura que quelques pas, et un coup de feu retenti. Quinn ne respira plus en voyant le sang jaillir de la tête de sa mère. Le temps s'arrêta, et elle entendit vaguement les agents crier entre eux.
Quinn s'écroula sous la fenêtre et ne bougea pas.

Elle n'avait pas pu bouger pendant des jours; Áshildur lui avait donné à boire et à manger, ne comprenant pas réellement ce qu'il se passait. Ils avaient emmené le corps de Lidiya, et il n'y avait plus de signe de vie des agents de la Mafia. Cela dit, pas beaucoup de villageois sortirent non plus. Seul Viggò, un voisin, vint voir comment Áshildur allait. Il discuta autour de la table avec elle après être passé auprès de Quinn. Elle pouvait les entendre d'où elle était.
"Il faut l'emmener loin d'ici. C'est dangereux pour elle de rester.
-Mais où? Demanda Viggò. Je ne sais pas si la voie est libre... S'ils la cherchent encore je ne sais pas."

Il soupira, ébouriffant ses cheveux blonds. D'un coup il eut une illumination.
"Je connais quelqu'un qui pourrait la prendre en charge, le temps de trouver quelqu'un d'autre de sa famille..."
Quinn regarda le mur, yeux morts. Il n'y avait personne d'autre et elle le savait... S'ils avaient eu le choix ils ne seraient pas venus là.
"Où peux-tu l'emmener alors?"
-En Suède."


Ah oui, la bonne idée de Viggò. Adrian se souvint clairement de la suite. La fuite d'Islande, le ferry, la Norvège puis la Suède. Ils avaient passés deux semaines ensemble tout de même, et malgré l'aide de l'individu, Quinn demeura froide et silencieuse. Elle ne pouvait se sortir l'image de sa tête; sa mère tuée lâchement... C'était trop.
C'est sans doute pour cela que la personne qui aurait pu la prendre en charge laissa plutôt les autorités s'occuper de la paperasse. Ce ne fut pas long avant qu'on se rende compte qu'il n'y avait pas de famille qui puisse la récupérer. L'entrée dans le système n'eut aucun effet particulier sur Quinn, qui décida de garder ce nom au lieu du méprisé Yustina. Elle fut envoyée dans un orphelinat pendant quelques mois.
Adrian n'en voulait pas à Viggò de l'avoir juste abandonné; après tout, il avait aussi été témoin de ce qui était arrivé à Lidiya, et il devait déjà avoir assez peur pour sa propre famille. Rien que d'emmener la gamine le mettait en péril.

Adrian grommela quelque chose en se souvenant du désespoir que Quinn avait ressentit... Elle n'avait pas réussi à communiquer avec les autres; cela n'avait même pas été une question de langue... Juste une incapacité à passer du temps avec ces individus si naïfs et bêtes. Ils se chamaillaient pour un oui ou pour un non, se plaignaient qu'ils étaient malheureux... Oui tout le monde était malheureux, mais eux avaient un passé qui pouvait quand même leur permettre d'être adoptés. Quinn avait bien ce défaut-là, et sa capacité à utiliser la magie n'était pas un bonus non plus. Et puis ce n'était pas donné à tout le monde d'adopter une enfant de 12 ans traumatisée... Malgré tout, une famille décida de l'accueillir.

Adrian sortit une photo imprimée de son dossier de l'orphelinat. Une famille d'allure tout à fait ordinaire, croyante et assez peu ouverte d'esprit sur plusieurs points, dont la magie... Rikard, Diana et Iris. Avec Iris, il était difficile de comprendre pourquoi ils voulaient d'un second enfant; la gamine était l'image de la perfection. Elle avait été adoptée peu de temps après sa naissance, et était donc bien intégrée avec les deux adultes, qui étaient d'un tempérament calme et patient. Malgré cette incompréhension quant à l'adoption d'un autre enfant bien plus âgé, Quinn se vit aller mieux, petit à petit. Le calme et l'affection de la famille envers elle la fit remonter une pente qu'elle n'avait jamais pensé franchir ainsi. Même Iris était très sympathique avec elle, et se voyait ravie d'avoir une soeur. Quinn n'avait pas compris à l'époque pourquoi le terme la mettait si mal, et ce n'était pas à cause du fait qu'elle avait déjà une soeur, quelque part... Mais elle n'avait jamais renié les mots de sa nouvelle soeur.
Quinn venait parfois à penser à Skyler, se demander où sa jumelle pouvait être, mais savait, sans comprendre comment, qu'elle était en vie, quelque part. Cela lui suffisait. Elle commença à renier son passé traumatisant au profit d'une vie plus ordinaire, dans une famille quasiment parfaite.
Bien sûr il fallu redoubler de patience avec la jeune wiccane, étant donné la montée hormonale qui frappait parfois brutalement à l'adolescence. A cause de ses capacités magiques, on décida qu'il était plus sage de maintenir Quinn hors de l'école le temps de se stabiliser; le collège était un lieu vicieux parfois, et il ne fallait surtout pas que Quinn subisse des émotions trop fortes, au risque de blesser quelqu'un. Alors on lui fit des cours particuliers dans la maison.

Adrian posa la photo et la data, notant la suite des événements...

"Suède, Östersund - Hiver 2024."
L'adolescence avait été une période assez difficile, mais pas pour les mêmes raisons que les autres jeunes de son âge. Entre les débordements magiques et hormonaux, difficile de savoir quelle était la cause réelle de son malêtre. Iris rentrait tous les jours avec des histoires de sa journée, où elle jouait avec ses amies et se moquait de ses professeurs... Elle s'amusait, et vivait bien l'école alors que Quinn finit par subir ses cours particuliers. Il n'y avait rien à faire pour elle pour se détendre. Elle ne côtoyait pas d'autres jeunes de son âge, et finie par envier Iris et sa capacité à avoir tant d'amis. Même à l'orphelinat Quinn n'avait pas pu se faire d'amis, mais c'était aussi dû à des circonstances aténuantes... Là elle se sentait mieux, elle se remettait de ses maux et vivait bien... Et pourtant elle n'avait pas d'amis. Iris eu donc la bonne idée de lui présenter les siens, et pendant un moment, elle eu l'impression d'avoir une vie parfaite.
On discutait de l'avenir avec elle; ce qu'elle voulait faire plus tard, où elle voulait aller... L'université d'Östersund avait quasiment déjà son nom sur sa liste! Diana et Rikard voulaient le meilleur pour elle, et voulaient vraiment qu'elle ait une chance d'avoir une vie ordinaire sans encombres. Ils donnaient tout ce qu'ils avaient aux deux filles pour qu'elles soient heureuses, et ne se plaignèrent pas une seconde lorsque Quinn fracassa un meuble dans un débordement émotionnel magique; mieux encore, ils lui fabriquèrent une cabane dans les bois où elle pouvait aller se cacher quand elle avait besoin d'être seule. Certes il fallut la reconstruire pas mal de fois, mais ils ne s'en plaignèrent jamais ouvertement. Si bien entourée, Quinn n'eut pas vraiment de période rebelle à proprement parler; bien sûr il lui arriva de se chamailler avec ses parents adoptifs, mais elle était tellement reconnaissante envers eux qu'elle n'eut jamais envie de leur donner raison de la mépriser.

Les années s'écoulèrent donc dans la paix, et, petit à petit, Quinn intégra l'école. Elle découvrit ce que c'était d'avoir des amis dans sa classes, et rejoignit un petit groupe de jeunes qui étaient plus des fauteurs de troubles qu'autre chose. Cela dit, elle était bonne élève, et commençait déjà à regarder vers l'avenir. Il y avait un avenir pour elle, et ça, c'était déjà beaucoup. Mais malgré le déni, elle ne put oublier le passé, et parfois se réveillait au beau milieu de la nuit en hurlant, ayant rêvé que Mikhail venait la chercher dans son sommeil pour la kidnapper et la ramener en Russie... Mais ses nouveaux parents étaient toujours là pour la tenir et lui dire que ce n'était qu'un cauchemar.

Adrian se demanda ce qu'il se serait passé si les choses étaient restées ainsi... Adrian serait resté Quinn sans doute, et il n'aurait peut-être jamais accepté qui il était réellement. Il aurait été à la fac, étudié pour devenir quelqu'un de bien, utile... Il aurait peut-être fait des études dans la justice. Il aurait voulu fonder une famille, et adopter des enfants comme Diana et Rikard l'avaient fait... Il aurait finit comme Iris, heureux et entouré de vie.
Il n'avait jamais revu Iris en tête à tête après ses 18 ans, mais il l'avait vue de loin, dans sa propre maison, entourée d'enfants adoptés. Elle avait épousé une femme superbe, un peu folle quant à ses choix esthétiques, qui équilibrait bien les tempéraments des deux femmes. Elles étaient heureuses, c'était déjà ça.
Il s'était demandé si elle aurait été contente de le revoir. Peut-être, peut-être pas, mais il n'avait pas essayé de lui parler; même s'il n'avait plus la mafia russe à ses trousses, il avait tendance à semer le malheur avec les gens qu'il côtoyait.

Il nota une nouvelle date, grinçant des dents.

"Suède, Östersund - Février 2028."
L'année de ses 17 ans. Une année qui aurait dû être un tournant dans son éducation, qui lui aurait ouvert la voie vers un avenir moins tendu... Sauf que non. Le malêtre de Quinn grandissait, et elle eut le malheur de rencontrer une personne transgenre. A discuter avec elle, son âme entière était frappée par la réalisation que ce qu'elle disait lui correspondait tout autant... Elle avait en face d'elle quelqu'un d'allure masculine, qui se disait femme. C'était possible ça? Mais alors, elle aussi serait...? Non, c'était impossible.
Quelle connerie le déni. Elle n'avait pas voulu y croire. Si elle avait écouté un peu mieux, elle se serait rendue compte que si si, elle était bien dans le même cas de dysphorie, de malêtre... Mais non. Le déni avait été la chose qui l'avait pourrie. Elle s'était moquée de la jeune personne devant elle et l'avait dénigrée au possible.
Une honte encore portée à ce jour.

Donc pour contrer l'idée, renier jusqu'au bout, elle se trouva son premier copain, Tomas, âgé de 23 ans alors qu'elle en avait 17. Le type n'avait pas semblé méchant, et traînait avec ses potes, étant le grand frère de l'un d'eux. Il était affectueux avec elle, et lui portait une attention qui la soulageait. Si on l'aimait comme elle était, comment pouvait-elle être quelqu'un d'autre? Non, elle devait être une fille, point final. Tomas ne serait pas sortit avec un homme, donc elle ne pouvait pas en être un, c'était ridicule.
Sauf que oui, peut-être que Tomas ne serait pas sortit avec un homme, mais ça ne voulait pas dire qu'il respectait Quinn en temps que femme non plus. Il était plus âgé, et avait déjà eu une multitude de petites copines. Quand Quinn lui admit être vierge, il lui promis de régler ça au plus vite... Dès lors elle aurait dû arrêter. Mais non. Ses amis lui disaient que le sex c'était cool, qu'elle kifferait, que Tomas était méga expérimenté donc ça irait bien... Affaiblie par sa rencontre avec la jeune trans, elle accepta tous les faits, voulant se prouver jusqu'au bout qu'elle était une fille et rien d'autre. Si seulement elle avait prit le temps de réfléchir. Elle aimait bien Tomas, mais n'avait pas envie de coucher avec lui, pas si tôt... Sauf que le type avait une force de persuasion sans pareilles, et, mentalement faible, elle se laissa faire à l'idée.
Jusqu'au jour J, où il l'ignora quand elle dit ne pas être prête, où elle lui cria d'arrêter. Il n'arrêta qu'une fois fini, s'étant forcé sur elle, ne lui laissant aucun choix, aucun échappatoire. Il rit en la lâchant, disant "Avoues que t'as kiffé quand même."

Adrian croisa les bras et regarda par le hublot. Au moins Tomas avait eu ce qu'il méritait à la fin. S'il avait eu un minimum d'intelligence, il aurait au moins mis une protection. Cet enfoiré avait été la première étape dans une spirale infernale qui l'avait mené jusqu'ici.

Ce con l'avait mis enceinte. Quinn n'avait jamais été aussi terrifiée dans sa vie qu'au moment où elle avait réalisé qu'elle n'avait plus ses règles; en d'autres circonstances, elle aurait été ravie... Là, il y avait une cause bien réelle à ça.
Iris l'aida pour faire son test de grossesse... Et c'était bien vrai. Elle était enceinte. Iris connaissait des filles à qui c'était arrivé, et ne voyait pas pourquoi Quinn paniquait. La wiccane ne lui admit jamais la situation dans laquelle Tomas l'avait mise, elle-même ne voulant réaliser la réalité du viol qu'elle avait subi. Pour Iris, c'était facilement réglé comme histoire une fois qu'on allait au planning familial, il y avaient des gens sympas qui l'aideraient... Mais là n'était pas la question. L'idée même d'être enceinte était la pire chose qui aurait pu lui arriver.  Elle ne devrait pas avoir la capacité de subir une telle chose, ce n'était pas ELLE.

Sa réaction face à l'événement la fit chuter dans des réflexions magiques. Cela ne devait plus jamais se reproduire, elle ne le supporterait pas une seconde fois.
Elle avait travaillé sur la fabrication de runes légères, généralement pour de la simple protection contre des maux de ventre et des choses comme ça... Elle avait étudié les divers runes et leurs possibilités, en secret vu que ses parents admettaient qu'elle était wiccane, mais n'aimaient pas qu'elle l'affiche ouvertement. Elle trouva donc une rune dont elle inversa l'effet, et se fit un talisman en bois avec une rune contre la fertilité. Elle ne le porta que quelques jours... Ses parents la virent avec, et lui demandèrent de l'enlever dès qu'elle mettait les pieds dans la maison. Ils voyaient ça comme une sorte de rébellion... Elle ne pouvait leur expliquer pourquoi il était si important pour elle de le porter. Même Iris ne comprenait pas l'ampleur de l'objet. Pendant un temps elle fit comme ils demandèrent, et l'enleva une fois à la maison... Jusqu'à ce qu'un jour elle ne l'oublie sur sa table de chevet. La paranoïa et l'angoisse qu'elle subit le reste de la journée était intenable. Elle essaya de dialoguer avec Diana et Rikard, mais ils ne voulaient pas en entendre parler: interdiction de porter des runes dans la maison.

Avec ça, elle dû improviser. Elle ne s'était jamais risqué à faire des runes trop chargées ou puissantes, et limitait au maximum les effets pour ne pas courir trop de risques... Mais cette fois-ci, elle devait rendre l'effet de la rune éternel, et si elle ne pouvait pas porter de runes sur elle, elle la mettrait à même son corps.
Après de multiples essais sur sa peau, elle réalisa que le seul support durable serait... un os, gravé en profondeur. Elle ne connaissait pas l'anatomie en profondeur, mais avait décidé de graver la rune sur son avant-bras. Un procédé douloureux, mais qui, une fois gravé dans l'os, serait toujours là, à vie. Elle n'avait pas réfléchi aux effets secondaires qui pouvaient avoir lieu, chose qu'elle allait regretter, amèrement.
Parce que oui, une malédiction contre la fertilité gravée dans l'os, pourquoi pas. Mais c'était sans compter sur le fait que si on la trouvait en train de le faire, ça aurait l'air très mauvais surtout pendant une dépression (bien que légère).
Deux choses arrivèrent donc très rapidement : D'une part on cru à de l'auto-mutilation, et d'autre part, une fois chez un psychiatre, Quinn devint berserk instantanément en tenta d'étrangler le psy. Alors oui, elle ne produisait plus d'ovules, mais le procédé déclenchait des effets secondaires sur tout le reste, dont les hormones qui provoquaient des sautes d'humeur violentes.

Adrian ouvrit un nouveau dossier et regarda la date d'internement, avant de la noter dans le dossier qu'il emplissait au fur et à mesure. Il y avait le nom de ses médecins, mais ce fut la note de sa psychiatre qui l'intéressa surtout. Silvia B. Elle avait toujours gardé des notes bien propres sur chaque patient. Les notes sur Adrian était fleuries d'observations et de notation diverses et variées... Silvia avait compris très vite ce que Quinn s'était gravée dans le bras, et encore plus ses capacités magiques. Décidément, Quinn était passée de parents adoptifs à parents adoptifs. Silvia s'était occupée d'elle comme de son propre enfant.

"Suède, Göteborg - Hiver 2028."
Diana et Rikard avaient envoyé Quinn à Göteborg, dans une institue psychiatrique réputée. Cela l'envoyait loin de la maison, mais c'était peut-être plus sain comme ça. Ils étaient très inquiets après ses bouleversements émotionnels et ses violences physiques soudaines et inattendues. Il n'y avait pas grand chose qu'ils pouvaient faire. Iris ne pouvait pas non plus être mise en danger par les comportements de sa soeur adoptive. Quinn en avait conscience, et accepta de partir. Si seulement ils avaient cherché à comprendre pourquoi elle avait fait ça, et surtout vu que ce n'était pas de l'automutilation... Enfin.
Quinn fut bien accueillie, son comportement étudié, ses éclatements de violence chronométrés, et une multitude de tests furent effectués pour voir d'où venait le problème. La première à percevoir que ce n'était pas de l'automutilation fut une psychiatre, Silvia, qui commença aussitôt des séances privées de discussion avec elle.

La jeune wiccane ne comprenait pas ce qu'elle lui voulait, jusqu'à ce qu'elles commencent à parler de magie. Silvia était aussi wiccane. La nouvelle était aussi enthousiasmante que terrifiante. Quinn n'avait côtoyé que peu de wiccans, et ne savait pas vraiment quoi dire face à l'annonce. Mais Silvia se contenta de rire et de proposer de l'aider, sur plusieurs fronts. Au début, Quinn n'avait pas compris, puis, au fil des discussions, un thème se fit récurent : son identité, et son genre. Il fallut éplucher des années de déni avant d'atteindre la possibilité de revoir l'éventualité du fait que Quinn était mal dans son corps, faisait des crises dysphoriques, à cause de ses attributs féminins. Une fois le procédé lancé, il n'y avait plus de marche arrière. Tout avança très vite soudainement, avec Silvia lui expliquant les procédés de réassignations de genres, les possibilités de faire en sorte que, physiquement, Quinn se sente mieux.
Elle lui commanda un binder pour commencer, ce qui aida à l'évolution de son humeur. Cela dit, rien n'empêchait les explosions de violences, qui durent être contenues par plusieurs infirmiers à chaque fois. Silvia lae fit travailler sur sa respiration, et tenta plusieurs approches pour raccourcir les sautes excès de violence. Rien que limiter l'explosion à une seule fois par semaine pris plusieurs mois.

La psychiatre prit aussi les devants pour aider Quinn avec sa magie; elle l'accompagna pour acheter un chien, qui serait son premier familier. L'idée avait parut bête au début, mais lorsque Quinn sortit avec un berger allemand de la SPA, iel se sentit persuadé.e que c'était une bonne idée, déjà pour pratiquer la magie et éviter les retours néfastes en pleine face, mais aussi pour avoir un compagnon dans la vie de tous les jours. Silvia l'aida à préparer le rituel, et quelques heures plus tard, Quinn était lié.e à Mercure. Le chien ne lae quittait pas une seconde, et prit petit à petit la capacité à prévenir les crises de violence en aboyant et grattant le sol.

A côté de ça, on lui fit continuer ses cours, et on commença à lae genrer au masculin. Quinn garda son nom un moment, puis en parla avec Silvia. La meilleure manière de tourner la page et de se concrétiser psychologiquement, c'était de changer de nom. Le jour-même il se coupa les cheveux, et demanda à tous de l'appeler Adrian.
Malgré son amélioration quant à ses crises et son humeur, Adrian ne retourna pas souvent à Östersund. L'avenir qui lui avait été promis à l'Université n'était plus possible pour lui. Dès qu'il retournait voir sa famille d'adoption, on le traitait comme quelqu'un de malade, d'abîmé... Comme un enfant. Ils refusèrent de l'appeler Adrian, ne comprenant pas d'où lui venait cette pulsion, cette phase de se prendre pour un garçon. Iris fut la plus compréhensive, mais demeurait sur l'idée que c'était la psychiatre, Silvia, qui lui avait mit l'idée dans la tête.

A peine rentré à l'hôpital un mois avant ses 18 ans, il leur écrivit une lettre. Dans les grandes lignes, il se souvenait vaguement que ça tournait autour de ça :
"Si vous ne pouvez m'accepter tel que je suis alors je préfère ne plus faire partie de votre vie."
C'était peut-être une réaction extrême, mais Adrian avait déjà adopté un comportement de franchise nette, et n'était plus prêt à se faire marcher dessus. Il ne voulait pas couper les ponts avec la famille, mais au moins s'en éloigner un moment, le temps que eux s'y fassent un peu aussi.
Peut-être que cela se serait fait naturellement s'il n'avait pas envoyé la lettre.

Le jour de ses dix-huit ans, Diana et Rikard lui envoyèrent une lettre. "Elle" n'était plus obligé.e de rentrer à Östersund. "Elle" avait la majorité maintenant, "elle" pouvait vivre sa propre vie comme "elle" le voulait. Ils avaient mis un peu d'argent sur son compte en banque pour qu'"elle" puisse démarrer. Inutile de dire que le choc de la lettre le coupa net. Il avait fait tant d'efforts, tant travaillé pour se préparer à rentrer, pour être patient afin d'aider ses parents à se faire au fait qu'il était trans... Le choc avait été tel qu'à ce moment-là il s'était juré de ne plus jamais remettre les pieds chez eux. Le soir même il avait fugué de l'hôpital avec son familier, et disparut du radar.

Là il n'y avait aucun dossier, aucune photo, aucune note sur les dix ans qui suivirent. Il n'y avait rien de glorieux dans ces années-là, mais elles lui avaient permis de comprendre ce qu'il voulait, et ce qu'il ne voulait pas. Néanmoins il se souvenait des dates comme si c'était hier, et commença les notes sur cette période dont peu de gens avaient conscience.

"Suède, Göteborg - février 2029."
Adrian s'était réveillé sous le pont où il s'était installé. Mercure à ses côté était déjà éveillé, et semblait surveiller les alentours. Il ne pu s'empêcher de sourire. La bestiole avait été très protectrice de lui depuis qu'ils l'avaient sortis de sa cage et ramené à l'hôpital... Maintenant il était heureux de l'avoir à ses côtés pour lui tenir compagnie. Le chien se tourna vers lui lorsqu'il se redressa, frissonnant un peu sous sa veste, et vint frotter son museau contre son visage. Riant, Adrian lui gratta la tête entre les oreilles et regarda autour d'eux. Il faisait frai, mais au moins ils n'étaient pas en plein coeur de l'hiver, c'était déjà ça.
Il mangea un maigre déjeuné et soupira. Il avait tellement envie d'un café.
Des passants marchèrent devant sa petite installation sans le regarder, sans le voir. Il y avait quelque chose de désolant dans cette façon d'ignorer les miséreux autour de soi. Il aurait fait pareil des mois auparavant, mais maintenant qu'il se trouvait de l'autre côté de la barrière, il regrettait de ne pas avoir prêté plus attention aux gens qui l'entouraient.

Cela faisait deux semaines qu'il avait élu domicile ici, et passait généralement une bonne partie de sa journée à errer dans les rues ou traîner sous le pont. Il avait déjà remarqué des petites communautés de sans-abris qui avaient élus domicile non loin de là. Il avait discuté avec quelques personnes de là-bas, mais avait refusé leur proposition de se joindre à eux. Tant qu'il pouvait avoir une crise, il préférait rester seul de son côté. Cela n'empêcha pas qu'il passait les voir de temps en temps, donnant une ou deux runes de protection à ceux qui semblaient en avoir le plus besoin. Il ne pouvait pas faire grand chose de plus, et n'en n'avait pas franchement envie. Il avait juste besoin de se donner une bonne image auprès des autres pour qu'on le laisse tranquile. Cela dit, il n'avait pas vraiment de plan. Il avait quitté l'hôpital dans un élan de rage, et ne savait pas franchement ce qu'il faisait dans la rue. Quelque part, c'était agréable de ne pas avoir de responsabilité, de ne pas avoir de plan, de vivre au jour le jour.
Cela n'aurait sans doute pas duré, bien sûr. Mais il n'eut même pas le temps de s'ennuyer... Car on vint le voir avec une proposition intéressante.

Il avait toujours vu des passants marcher devant lui sans le voir, et s'y était fait. Maintenant il avait l'impression d'être observé. Un petit groupe de quatre personnes marchait, les mains dans les poches, passant devant lui sans le regarder. Une personne parmi eux, cependant, s'arrêta, attrapa la manche d'un des autres. Cela fit arrêter le groupe, qui se tournèrent tous simultanément vers la jeune femme, qui leur dit quelque chose qu'Adrian n'entendit pas. Après quelques instants, tous le regardaient. Immédiatement, Mercure avait les oreilles dressées vers eux, queue basse. Adrian caressa le dos de l'animal, regardant le groupe du coin de l'oeil. Qu'est-ce qu'ils lui voulaient? Ils avaient l'air ordinaires, mais il avait appris à se méfier des apparences; il avait entendu les autres sans-abris parler de groupes de jeunes qui s'attaquaient à des gens seuls pour se défouler. Si cela avait été le cas, Mercure aurait sentit leurs mauvaises intentions, et aurait au moins grogné. En lieu de ça, seule la jeune fille s'approcha, sourire charmeur aux lèvres. Adrian mis un moment à percevoir ce qui était étrange chez elle... Un lien, un rayonnement qu'il connaissait : elle avait un familier. L'animal descendit justement du ciel : une colombe, qui vint se percher sur son épaule. Adrian les fixa en silence, main fermement posée sur Mercure. Qu'est-ce qu'elle lui voulait.

"Ton familier a l'air bien comme chien de garde." Dit-elle avec un sourire.

Adrian ne répondit rien et la regarda fixement. Elle avait les yeux luisants d'amusement, les cheveux blonds ondulant sur ses épaules. On aurait dit une étudiante banale, mais son regard contenait quelque chose de bien plus sérieux - ça et son lien avec son familier.

"Quelqu'un comme toi ne devrait pas être seul."
"Quelqu'un comme moi?"
Demanda-t-il froidement.
"Un wiccan."
"Ca change quoi d'être un wiccan ou n'importe quel Outre ou Norme?"


Elle haussa les épaules avec un sourire.
Adrian n'avait qu'une envie, c'était que Mercure se mette à grogner, sentant une mauvaise intention, pour qu'il la remballe et lui dise d'aller voir ailleurs, mais le chien semblait tout aussi attentif à ses mots que lui l'était. Merde, qu'est-ce qu'elle voulait alors?

"Je travaille pour certaines personnes... Qui recrutent des gens comme toi. Pour l'entre-aide des Outres. La solitude ne va pas toujours bien à notre espèce." Elle sourit sincèrement. "Et comme mes employeurs, je ne crois pas au hasard."
"Et si je ne suis pas intéressé?"


Elle rit à cela, le son comme un chant, agréable à l'oreille.

"J'ai dit qu'ils recrutaient, pas qu'ils prenaient n'importe quel wiccan qui se présentait. Je t'offre juste la possibilité de voir ce que l'on fait. Si tu n'es pas intéressé, tu peux revenir dans ta petite installation sous un pont, et continuer ta vie solitaire."

Elle avait piqué sa curiosité, et il se demandait bien quels genres d'individus voulaient employer nombre de wiccans pour les servir... S'il avait affaire à des gens comme Mikhail, il se ferait un plaisir d'en effacer autant que possible. Les Normes qui pensaient utiliser les mages comme des jouets, ça allait cinq minutes, mais ça ne méritait pas de vivre dans le temps. La jeune Norme proposa donc de les suivre d'un signe de main, pour rencontrer les employeurs en question. Il se laissa tenter, et quitta son petit nid pour les accompagner dans la ville.

Une secousse dans l'avion lui fit dresser la tête alors que son estomac fit des bonds avec l'avion. La voix du capitaine se fit entendre. "Nous traversons une zone de turbulance, et demandons à nos passagers de rester assis et d'attacher leur ceintures. Nous demandons à nos employés de cesser le service de distribution des repas."
Adrian grommela quelque chose et regarda quelques personnes regagner leurs places. Une fois le silence retombé un peu, il y eut quelques autres secousses. Agacé, le wiccan n'eut qu'une envie, que l'avion s'écrase une bonne fois pour toute ou le laisse écrire en paix - au choix, il s'en foutait un peu. Une minute s'écoula, et les turbulences se calmèrent, et il pu reprendre ses notes.

Adrian ne s'était jamais renseigné sur les Cartels ou Mafias existants en Suède, ou en Europe tout court. Il n'avait aucune idée que l'une d'elle régnait dans trois points stratégiques du pays... Et il l'apprit plus tard, ces points étaient tous trois des croisements de lignes telluriques. Son nom, la Mafia d'Öde, Mafia du Destin dans sa traduction. Elle était divisée en trois branches. Tout ce qu'Adrian apprit sur la triade qui la dirigeait, c'était qu'elles suivaient le principe des Nornes, et s'étaient surnommées en fonction. Urd, Verdandi et Skuld étaient les trois wiccanes à composer la triade. Selon la mythologie des Nornes, ces trois entités seraient ensemble maîtresse du Destin de chaque Homme et Dieu, nourrissant Yggdrasill et en gravant des runes dedans qui guideraient le destin de chaque individu, divinité ou non. Le principe de cette Mafia tournait autour de cela; les wiccans devaient guider les Normes et autres Outres dans leur destinée, et ainsi rétablir l'équilibre de la vie et de la mort. Adrian en avait rit au début, mais s'était fait à l'idée qu'il y avait des croyants et non-croyants au sein de la Mafia, et que cela n'avait aucune incidence sur leurs actions.
Parce que oui, c'était une Mafia bien active, qui faisait tous types de trafics, donc des peaux de Métamorphes qui semblaient être très prisés. Adrian y rencontra plusieurs marcheurs de peau, et admira leur capacité à se changer magiquement en le totem dépecé. Cela dit, il ne s'y tenta pas lui-même, surtout après avoir apprit comment les peaux avaient été retirées de leurs propriétaires encore vivants.

La jeune wiccane blonde l'avait mené au QG de la branche de Verdani, la branche du Présent. (Urd étant la branche du Passé, et Skuld la branche du Futur, du devenir.) Il ne rencontra pas Verdani elle-même, mais l'un de ses seconds lui expliqua la situation, leurs actions. Verdani s'occupait principalement de l'observation des mouvements Outres dans le pays, du maintient de l'ordre et d'une certaine anonymité de la Mafia. Si quelqu'un ouvrait trop sa bouche, un membre de Verdani s'en occuperait rapidement. Cette branche s'occupait donc du renseignement de manière générale, l'observation de la population, les dangers que pouvaient représenter d'autres Outres, mais aussi les regroupements de Normes qui voulaient se faire violents envers des wiccans ou autres sous protection d'Öde.
L'idée de rejoindre une Mafia fit hésiter Adrian. Après les conneries de ses parents avec la Mafia Russe, il n'était pas sûr de vouloir intégrer un groupe aussi rapidement. Cela dit, il était entouré principalement d'autres wiccans, qui ne cherchaient pas à l'utiliser, et ne l'obligeaient absolument pas de rester parmi eux. Il décida de passer plus de temps avec des membres du bas de l'échelle hiérarchique, discuter avec eux, comprendre la réalité de cette organisation. Ils avaient certes de beaux mots pour décrire ce qu'ils faisaient, mais était-ce la vérité vraie? Il fut agréablement surprit de l'énergie des gens qu'il rencontra. Ces gens voulaient faire une différence, voulaient protéger leur style de vie sans que les Normes viennent les attaquer par peur et haine. Beaucoup avaient foi en leurs trois dirigeantes, et persistaient avec véhémence qu'elles travaillaient pour le bien de tous. Adrian n'était pas entièrement convaincu de ça, mais se laissa tenter. Après tout, il n'était pas lié à vie à ces gens... Et s'il pouvait se rendre utile, peut-être ne serait-ce pas une mauvaise chose. Un autre point qui le motiva grandement fut leurs relations avec la Mafia Rouge ; ils étaient visiblement en assez mauvais termes depuis des années, surtout quand la triade d'Öde avait refusé de leur envoyer des wiccans pour les servir. Au moins, il n'y avait pas de risques de se faire trahir ici, surtout que personne ne connaissait son nom de naissance.

Après de longues discussions quant aux conditions pour rejoindre la Mafia, quelqu'un s'occupa de lire son aura - un événement standard quand on voulait rejoindre le groupe. Voyant son aptitude à la magie runique (il aurait pu leur dire lui-même, mais bon) on lui proposa un poste dans la branche d'Urd. La branche du Passé avec des occupations assez différentes de Verdani. Là-bas, les gens se spécialisaient beaucoup dans les runes de protection, mais aussi les magies rituelles et un peu de minérales. De ce qu'il comprenait, c'était la branche la plus pacifiste des trois, qui travaillait beaucoup sur l'harmonie, l'équilibre, la protection, et l'enseignement de la Wicca. Assez honnêtement, cela convenait très bien à Adrian.

Après quelques jours à peine, on lui paya son billet pour aller à Dalarnas län, la contrée où se trouvait la branche d'Urd. Sa localisation n'était pas un hasard, et malgré la concentration de population dans le Sud, cette branche étendait son influence dans l'intégralité du pays, se divisant en petits groupes. Malgré un nombre assez important de membres, Urd tint à le rencontrer personnellement. C'était une wiccane assez âgée en apparence, mais qui gardait une vivacité dans ses gestes et ses regards. Elle n'avait rien perdu de ses capacités, ça, c'était clair. Le wiccan de 18 ans se vit très intimidé, mais elle le mit à l'aise, et ils discutèrent de ses convictions. Elle ne fut pas surprise d'accueillir une personne trans, et le mis même en relation avec une membre qui pourrait lui fournir des hormones, et d'autres qui pouvaient l'aider à faire des modifications physiques magiques, temporaires ou non. On venait de l'accueillir à bras ouverts, et il développa une certaine admiration et loyauté pour Urd.

Là, il développa ses capacités runiques, avec l'aide d'autres wiccans spécialisés dans le domaine. Il rencontra aussi un spécialiste de magie des mots, qui lui-même ne pratiquait pas souvent vu la complexité de cet art en cas de pépin... Un mot de travers et le sort pouvait se retourner contre soi. L'idée fascinait Adrian, qui le persuada de lui enseigner quelques façons d'utiliser cette magie. Il travailla aussi sur des potions et autres concoctions grâce à l'alchimie.
Les autres savaient qu'il s'était gravé une malédiction dans le bras, et il était clair pour tous que ses éclats de violence venaient de là, un effet secondaire brutal - eux-même travaillèrent à l'aider dans ces moments-là, et il arriva à limiter les éclatements à deux fois par mois.
Il s'intégra bien, et vivait avec les autres membres d'Urd dans un immeuble appartenant à la Mafia. Ils n'avaient pas obligation de travailler tous les jours, mais Adrian trouva que ça ne le dérangeait pas de réduire son propre temps au profit d'un travail de rituel ou de gravures de runes de protections. On expédiait des talismans aux quatre coins de l'Europe, ainsi que des runes et des bols gravés pour de la magie minérale. Tous travaillaient efficacement, avec la confidence qu'ils faisaient quelque chose de bien pour le monde.

Si seulement cela avait pu durer plus longtemps.

Après 4 ans au service d'Urd, le malheur leur tomba sur le coin du nez. Personne ne savait exactement d'où, quand, comment, mais un jour le messager d'Urd perçu des variantes de lignes de mantras provenant de Göteborg, siège de Verdani, qui les prévenait d'un danger imminent. Ils n'eurent pas le temps de réagir que des explosions retentirent dans tout le bâtiment; c'était la panique, le chaos. Ils venaient tout juste d'accueillir des réfugiers qu'ils avaient eu l'intention de soigner quand le bâtiment s'était écroulé sur leur têtes... Bilan, plus de 200 morts, dont une trentaine de wiccans.
Urd avait envoyé Adrian dans le Nord à ce moment-là, donner des talismans à un groupe qui s'occuperait de les distribuer dans les villages aux alentours, et appris la nouvelle par la télé; des reportaires sur place filmaient alors qu'ils sortaient des corps des décombres. Choqué, il avait écouté les théories fuser autour de lui par ses confrères wiccans. Des groupuscules de Normes organisés avaient jurés de se débarrasser des Outres... Mais les cadavres qu'ils sortaient n'étaient pas uniquement des wiccans. Des Normes, des Outres, des réfugiés, des sans-abris, des familles, des innocents. Quelque chose se brisa en lui ce jour-là. Ses collègues et amis étaient, pour la plupart, morts dans l'effondrement. Urd, ayant survécu, s'était réfugiée à Uppsala, siège de Skuld. L'attaque flagrante mis tout le monde sur leurs gardes. Des Normes qui pouvaient faire une telle chose, ce n'était pas normal. Ils avaient frappé au coeur d'une branche qui oeuvrait pour le bien, comment pouvaient-ils faire une chose pareille?
Inutile de dire que l'expérience changea Adrian, et pas en bien. Il rejoignit Urd à Uppsala, et voyant la désolation de la wiccane, ses pensées tournèrent à la haine, la rage et la destruction. Il eut des éclats de violence plusieurs fois par jour, se jetant sur tous ceux autour de lui, perdant son aura  astrale rose au profit d'un noir destructeur. Cela ne passa pas inaperçu dans la branche d'armée d'Öde, et Skuld, tête de cette branche, l'invita à discuter autour d'un repas.

"Sais-tu pourquoi je t'ai invité à manger avec moi?" Demanda la grande dame, clairement une guerrière, les yeux sombres et calculateurs, une stratège.

Adrian, ne la regardant pas, secoua la tête, mâchoire serrée. Il sentait venir quelque chose de mauvais, c'était inévitable; il s'était attaqué à des wiccans de cette branche dans un élan de violence involontaire, et son aura le mettait dans une situation inutile : il ne pouvait pas pratiquer de magie sans recevoir un triple retour violent... On allait lui dire de partir, c'était inévitable.
Lorsqu'il ne répondit rien, Skuld sourit, soulevant un verre à pied contenant du vin.

"Lorsque tu as intégré la mafia pour la première fois, on a bien dû te dire notre plus forte croyance, non?"

Il ne répondit toujours rien.

"Ici, nous ne croyons pas au hasard. Ce n'est pas un hasard si Urd a été attaquée, ce n'est pas un hasard si tous ces gens sont morts, ce n'est pas un hasard si tu as survécu à cette attaque."

Il dressa soudainement les yeux vers elle, regard enragé, meurtri. Elle sourit et marcha vers lui, ses talons hauts claquant sur le sol de bois vernis. Elle s’assit sur le bord de la table à côté d'où il était assit. Elle contempla son verre de vin, le faisant tourner sous ses yeux gris. Elle était très élégante, mais tout chez elle puait le danger. Elle savait ce qu'elle faisait, sa confiance en elle se sentait à des kilomètres à la ronde. Ses longs cheveux roux descendaient en anglaises parfaitement dessinées dans son dos, et sa posture droite rendait sa présence imposante. Le tailleur qu'elle portait lui donnait une allure de femme d'affaires, mais Adrian savait qu'elle devait cacher un certain nombre de sortilèges là-dessous.
Elle bu une gorgée de vin puis le posa devant Adrian. D'une main manucurée, elle posa un doigt sous son menton pour lui faire lever la tête vers elle. Son sourire était charmeur, mais il y avait quelque chose dedans... c'était le genre de sourire qu'on arborait quand on voulait parler affaires. Adrian ne dit rien et la fixa droit dans les yeux. Elle éclata de rire après quelques secondes de silence, caressant le côté de son visage.

"Il y a peu de gens qui osent me fixer aussi longtemps, et c'est rarement moi qui détourne le regard..." Elle se pencha vers lui, son visage à quelques centimètres du sien. "Mais je crois que cette fois-ci, c'est bien ton regard qui fera détourner le mien."

Adrian ne bougea pas, la fixant toujours dans les yeux. Les siens semblaient l'analyser, calculer, manigancer sans cesses. Il n'était vraiment pas surprit de voir une telle personne à la tête de la branche quasi militaire d'Öde. Elle posa une nouvelle fois sa main sur le côté de son visage, caressant sa joue avec un ongle rouge sang.

"Si tu veux bien... J'ai un service à te demander."

Adrian dressa la tête quand il vit un flash du coin de son oeil. Tournant la tête vers le hublot, il vit qu'ils survolaient un énorme nuage noir, quasiment opaque duquel sortaient des flashs réguliers. Au moins le nuage était assez bas pour ne pas causer trop de turbulences à l'avion. La scène était  belle à regarder.
Son observation fut coupée par une hôtesse qui lui proposait d'acheter à manger. Il la regarda froidement; le regard qu'elle lui rendit était plutôt celui de la panique. Grognant, il réclama un grand whisky. Elle courut chercher ça. A nouveau seul il retourna son attention à l'orage au-dessous. Lorsqu'elle revint avec le whisky, elle sourit nerveusement et partit sans réclamer la moindre somme en échange. Adrian sourit narquoisement avant de prendre une gorgée de son whisky, puis secoua son stylo, vérifiant qu'il aurait assez d'encre pour le reste de ses notes. Hochant intérieurement la tête, il reprit.

Skuld, une femme assez extraordinaire. Elle se moquait de qui Adrian était, tant qu'il pouvait lui être utile. Elle avait bien sûr entendu parler de ce type hystérique qui pétait régulièrement un boulard et attaquait n'importe qui à proximité... Et avait bien sûr fait en sorte de savoir quelle était son aura astrale. Le QG de Skuld ne se trouvait pas à Uppsala par hasard; c'était une région où plusieurs lignes telluriques se croisaient, multipliant le danger, mais aussi la puissance de ceux qui utilisaient de telles magies. Il y avait un certain nombre d'adeptes de lignes dans ses rangs, mais peu avaient une aura noire. Ceux qui l'avaient étaient généralement au bas de l'échelle, et s'occupaient des tâches cruelles et ingrates que des personnes trop nobles se refusaient... La torture en faisait partie, les meurtres de sang froid aussi. Pas tout le monde n'était apte de le faire sans remords. Alors trouver quelqu'un qui avait changé d'aura en arrivant... Ca l'intriguait. Jusque là, c'était tout ce qu'elle savait d'Adrian, et c'était tout ce qui l'intéressait.
Skuld était du genre à compter ses cartes, et à ne garder que les meilleurs atouts en main; s'encombrer avec des faibles n'était pas une chose qu'elle se permettait. Elle ne savait pas encore si le wiccan berserk pouvait s'avérer utile dans le temps; en d'autres circonstances, elle ne se serait même pas posée la question... Elle l'aurait laissé à son sort, tel qu'il était. Mais là, elle avait besoin de quelqu'un inconnu de la ville, qui passerait inaperçu... Et Adrian méritait d'être testé. En tous les cas, c'était gagnant-gagnant pour elle, elle n'avait franchement rien à perdre. Adrian était un pion dispensable en cas d'erreurs; or si il réussissait... Là il deviendrait un atout utile.

Adrian avait bien comprit ça, mais s'en moquait assez allègrement. Lorsqu'elle lui demanda d'assassiner quelqu'un, il ne se posa pas de questions. Il détestait tout le monde, mais surtout les Normes quand ils prouvèrent clairement que c'étaient eux qui avaient détruit le QG d'Urd. Là il avait l'occasion de détruire la direction d'un groupuscule Norme lourdement armé; il n'allait pas rater ça.

Autant dire que ces Normes avaient fait l'erreur de se placer à un croisement entre deux lignes telluriques; l'état mental d'Adrian facilita grandement l'utilisation des lignes en guise d'outil de destruction... Mercure en souffrit moins que s'ils n'avaient pas été à un noeud, bien que pour le wiccan, le chien n'était plus une priorité. Il ne ressentait plus rien de positif, et chutait dans une spirale sombre et interminable. Le bien être de son familier était tout à fait secondaire.
Le soir-même il revint à Skuld, lui annonçant la destruction du groupuscule. Cette dernière, visiblement très contente, lui proposa un poste au sein de sa branche. Adrian n'avait plus rien, plus personne, et malgré sa loyauté envers Urd, il accepta. Cette dernière lui proposa néanmoins de l'aider à reconstruire leurs locaux à Dalarnas län, mais il ne pouvait plus se concentrer sur la protection à présent; il avait envie d'agir, de détruire. Urd ne lui en voulu pas, et persista que la porte de sa branche lui était toujours ouverte.

Adrian fut mis sous les ordres du second de Skuld, Eskil. Un wiccan relativement jeune, qui avait gravi les échelons par force de détermination. Il n'avait pas fait que des bonnes décision pour atterrir là, mais Skuld admirait la force de son caractère, et se trouvait être l'un de ses favoris de toute la branche. Inutile de dire qu'Eskil se méfia d'abord du nouvel arrivant dans leurs rangs, surtout quand il avait été spécialement désigné par Skuld elle-même. Après quelques semaines de travail ensemble, il finit par accepter qu'il était quelqu'un qui valait sa place au sein de la mafia.

Six ans. Six ans de meurtres et de destruction, de violence et d'obscurité. (Il apprit à utiliser des armes à feu, bien que l'usage lui rappelait toujours la mort de sa mère... Mais garda une préférence pour les armes blanches, dont des couteaux de lancés). Après si longtemps, Adrian faisait partie intégrante de la mafia. Après deux ans, il était devenu le bras gauche de Skuld. Celle-ci n'avait pas eu pour habitude d'avoir une hiérarchie ainsi formée, mais elle trouva agréable d'avoir deux agents, Eskil et Adrian directement à son service. Sans parler du fait qu'ils lui obéissaient au doigt et à l'oeil. Eskil avait une loyauté féroce envers elle, et un amour passionnel. Il ferait tout pour elle. Adrian était loyal, mais détaché, et comprenait bien sa place dans leur organisation... Il obéissait, jusqu'à un certain point. Elle en fit un jeu d'essayer de le faire tomber amoureux d'elle. Cette préférence apparente pour Adrian rendit Eskil jaloux, mais il n'en fit rien, étant donné que lui ne semblait pas répondre à ses avances pourtant claires.


Dernière édition par Adrian Case le Sam 12 Mar - 14:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Adrian Case [FINI]   Dim 6 Mar - 19:02

Avec sa position en haut de la pyramide hiérarchique, il trouva la liberté d'agir comme il le souhaitait lorsque Skuld n'avait pas de mission pour lui. Avec son aura noir, il limitait la possibilité de sa magie, et ça, il n'aimait pas du tout. Alors il tenta tout de même de passer par d'autres techniques, moins risquées, mais aussi moins communes... Il tomba alors dans la magie du sang.
Il ne comprenait pas, même à ce jour, pourquoi cette magie était si tabou. Cela ne l'avait pas empêché de le faire en secret, au contraire, il aimait bien cette impression de faire quelque chose que personne d'autre n'osait. Son aura était déjà bien esquintée, alors qu'est-ce que ça changerait de la ternir un peu plus? Son envie de puissance et de destruction firent qu'il devint, à un moment, moins méfiant, et se vit trouvé par Eskil, qui fut témoin d'une de ses séances.
Le wiccan savait que la magie du sang était interdite, mais considéra que lui aussi avait fait des choses pas nettes, et accepta de garder ses pratiques secrètes. Le bras droit de Skuld ne voyait pas Adrian comme une menace tant qu'il faisait ses missions et qu'il restait loyal à la tête de la branche armée. Le jeune wiccan lui en fut très reconnaissant, et cette révélation noua de nouveaux liens d'amitié avec lui.

Adrian avait aussi profité de ces années pour changer plus clairement son physique, en prenant des hormones. Il décida même de passer par la voie ordinaire de l'opération pour se faire la reconstruction du torse. Ensuite, il en profita pour retourner à Östersund, mais pas pour voir la famille qui l'avait abandonné... Plutôt pour s'occuper définitivement de Tomas, cet enfoiré qui avait tout fait chavirer. Il mettait la faute sur lui, tout sur lui, et il savait que s'il le tuait, il serait au moins bien soulagé d'avoir mis fin à ses jours pour l'empêcher de ruiner la vie d'autrui. Skuld avait autorisé son absence de quelques jours, appréciant la haine qu'il portait envers le Norme. Inutile de dire qu'il revint, fraîchement revigoré, prêt à recevoir des ordres pour tuer à nouveau.

Malgré les hormones, et son apparence maintenant de plus en plus masculine, Skuld voyait bien qu'il n'agissait pas comme d'autres; il ne courrait après personne, n'était pas soumis à ses pulsions, et était loin de se battre pour avoir la wiccane. Il l'admirait d'une certaine façon, mais vu le nombre de wiccans et wiccanes en chaleur qui lui couraient après, il n'avait pas l'intention d'interférer. C'était sans doute pour cela qu'elle jeta son dévolu sur lui. Elle ne l'aimait pas, mais donnait l'apparence de favoritisme. Skuld aimait jouer, et là c'était une occasion parfaite. Elle aimait avoir le monde à ses pieds, et jusque là, elle avait relativement bien réussi avec toute la branche.
Etait-ce par amusement, ou lassitude d'avoir Adrian stoïque face à ses avances qui la poussèrent à faire ça? Il ne savait pas, mais pour le coup, elle avait bien mal calculé sa stratégie si elle avait eu l'intention de le garder comme bras gauche encore longtemps.
Il n'y a pas d'autre façon d'expliquer que de dire que Skuld lui avait sauté dessus. Au sens littéral et figuré, juste avant une réunion des têtes des groupes armés, dont Eskil.
Cela mis donc le bras droit dans une rage noire lorsqu'il tomba sur la scène. Adrian s'était attendu à l'assaut de la tête de la branche armée, mais peut-être pas de cette façon. Il ne rejeta cependant pas l'avance immédiatement, et ce fut juste assez de temps pour qu'Eskil passe la porte et les voit. Le bras droit était amoureux, fou amoureux de Skuld, et là, directement sur le pas de la porte, il venait de se faire trahir par son ami, et la femme qu'il aimait. Il ne mit pas longtemps à révéler à Skuld le fait qu'Adrian usait de magie du sang. Le mot passa dans toutes les bouches et les oreilles de la branche : sous les nez de la grande wiccane, Adrian avait pu utiliser une telle pratique. Des théories fusèrent rapidement : avait-elle été au  courant? Avait-elle été d'accord pour qu'il agisse ainsi? Cela mit en péril la réputation de la grande rousse, qui, très rapidement, décida d'agir pour affirmer son autorité...

C'est donc à 28 ans, après dix ans de service pour la Mafia d'Öde, qu'Adrian se vit exilé, à vie, du groupe. Cela aurait pu être pire bien sûr, elle aurait pu le faire tuer... Mais quelque part, elle devait avoir de la pitié pour lui, alors se contenta de tout simplement le virer du seul endroit où il s'était sentit intégré.

A ce jour, Adrian ne regrettait pas ces années de service, mais d'avoir perdu sa place pour une chose si stupide... Ca l'énervait. Cela dit, il était maintenant content d'avoir retrouvé une aura plus saine, et surtout une mentalité moins basée sur la destruction, bien que cela avait mis bien du temps...

"Suède, Göteborg - mars 2039."
Dix ans. Dix foutues années. Adrian donna un coup de pied dans le siège devant lui avec un grognement féroce. Mercure à ses côtés sursauta et couina, mais le wiccan l'ignora. La rage bouillonnait en lui, montant le long de ses entrailles sans s'arrêter. C'était injuste, c'était horrible. Enfoiré d'Eskil, enfoirée de Skuld, incapable de se retenir de jouer avec ses atouts. Ils n'étaient que des pions pour elle, et avaient été ainsi depuis le début... Cela ne l'avait pas dérangé, il l'avait admit, accepté, mais là, c'était de la faute de Skuld. Eskil aurait gardé sa gueule fermée si elle n'avait pas sauté sur lui... Et puis merde, y'avait quoi de si problématique avec la magie du sang? C'était juste un stigmate, une crainte stupide... Il donna un nouveau coup dans la chaise devant lui. Cette fois-ci quelqu'un se retourna en criant :

"Nan mais ça va pas?! On peut pas dormir en paix ici?"
"D'autres pourraient si tu ronflais pas, connard."
"Pardon?!"


Le type se leva dans son siège et se retourna vers Adrian, yeux exorbités. Mercure grogna. Oh, alors il se voulait vraiment menaçant? Tant mieux, Adrian avait besoin de frapper quelque chose. Il cracha dans la tronche du type. Tout se passa rapidement, mais le wiccan avait vu bien d'autres combats auparavant, et n'avait pas peur d'un pauvre norme pitoyable. Il eut d'ailleurs de la chance que ce fut bien un norme.
Inutile de dire que l'agression dégénéra, et ils en allèrent aux poings. Mercure aboyait sauvagement face à l'attaque, mais n'interféra pas autrement. D'autres passagers vinrent essayer de les séparer; eux-mêmes se prirent des coups et rejoignirent le premier passager dans son attaque contre Adrian. Bien sûr certains essayaient de le calmer mais voyaient l'option de l'assommer comme une bonne solution.
La situation ne finit pas positivement; il finit étalé sur deux sièges, dos tordu sur les poignées, nez ensanglanté, avec un petit paquet de coups et blessures. Il ne se réveilla que quelques bonnes minutes plus tard. Bon, au moins il était calmé, et aucun signe de ses agresseurs. Mercure était assit à ses côté, léchant son visage. Il grommela quelque chose en se redressant. Bon, au moins ça avait fait passer le temps...

A bout de forces, épuisé, blessé, Adrian s'était traîné jusqu'à chez Silvia. Il ne connaissait personne d'autre, et même si cela faisait dix ans qu'ils ne s'étaient pas vu, il pria pour qu'elle se souvienne de lui. Heureusement pour lui, elle n'avait pas déménagé, bien qu'il apprit aussitôt qu'elle avait quitté son travail à l'hôpital psychiatrique au profit d'un cabinet privé.
Lorsqu'elle lui ouvrit la porte, son visage se décomposa. Elle n'avait pas vieilli en apparence, bien que ses yeux avaient peut-être un peu plus de cernes qu'avant... Il ne réussi pas à sourire en lui disant bonjour, mais elle se jeta néanmoins contre lui en le prenant dans ses bras. Il ne comprit pas ce qu'elle disait contre son épaule, mais il était soudainement soulagé d'être enfin arrivé... Et il n'y avait pas de meilleur moment pour s'écrouler d'épuisement.

Adrian se souvint de son verre de whisky et leva les yeux. Bon, les glaçons avaient fondus depuis un moment, et il avait été trop absorbé dans ses notes pour s'en souvenir. Tant pis. Il bu le tout en trois gorgées et respira profondément.
Le retour à Göteborg avait été une bonne chose, d'autant plus qu'il lui avait ouvert de nouvelles possibilités, dans de nombreux domaines. Ca et il sortirait de sa spirale de violence. Un retour au calme était bien mérité.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, il se trouva dans un lit, douillet et au chaud. Tournant la tête, il vit Mercure, comme si c'était la première fois qu'il le voyait depuis des années. Il était épuisé, mais toute son attention était soudainement tournée vers le chien. Il repensa à ces dernières années, aux blessures qu'il avait infligé à l'animal par pur égoïsme... Et pourtant il lui restait fidèle. Bien sûr qu'ils étaient liés par le rituel, mais le canidé aurait très bien pu se venger d'une façon ou d'une autre... Mais non. Maintenant qu'il le voyait, il se rendait bien compte que son familier s'était prit un sacré coup de vieux. Dorénavant, il s'en occuperait mieux, il méritait bien ça.
La porte de la salle s'ouvrit soudainement, et un étranger entra; grand, aux cheveux attachés en une queue de cheval dont quelques mèches de cheveux blonds s'étaient échappés pour venir perturber sa vue devant ses yeux. Adrian le regarda fixement, froidement. Qui était-il? Derrière lui, Silvia apparut. Il se détendit légèrement, mais maintint un regard méfiant sur le blond.

"Tu vas mieux?" Demanda Silvia, l'air inquiète. "J'ai eu une sacrée frayeur quand tu t'es effondré dans mes bras! J'ai appelé un ami médecin, Oliver, pour qu'il voit si tu étais blessé..."

Adrian se redressa légèrement, mais n'insista pas trop quand il n'eut pas la force de s'assoir droit. Il hocha la tête vers Silvia.

"Ca va... Juste fatigué."

Silvia hocha la tête, mais il voyait bien qu'elle voulait en dire plus... Vraisemblablement, elle n'osait pas, bien qu'il n'en sache pas la raison.

"Tu veux une goutte de quelque chose? De l'eau, du thé, du café?"
"Un café serait pas de refus."


Elle hocha la tête et sortie de la salle. Oliver, qui jusque là était resté silencieux, avança d'un pas hésitant. Il resta au pied du lit, yeux vers le bas.

"Alors vous êtes médecin?" Demanda Adrian une fois que le silence l'agaça. L'allure faible du mec devant lui l'énervait au plus haut point.
"Oui, bien que normalement je ne me déplace pas pour voir des patients; mais je connais Silvia depuis quelques années, je lui devais bien ça..."
"Alors, verdict? C'est contagieux? je vais mourir?"
Coupa-t-il avec un sourire mesquin.
"Non, tu es en bonne santé. Physiquement parlant."

Oliver lui jeta un regard en coin qu'il ne comprit pas, puis sortit. Silvia revint avec un café. Le médecin ne remit pas les pieds dans la chambre; cela ne faisait aucune différence pour Adrian, qui trouva même son absence agréable. Silvia était déjà assez pénible à traîner près du lit pour s'assurer qu'il allait bien.

"Ca fait du bien de te voir, Adrian. Tu as gardé ce prénom d'ailleurs?"
"Ouais."


Elle hocha la tête avec un sourire, l'air contente, bien qu'il ne comprenne d'abord pas pourquoi. Puis il se souvint de leur dernière discussion sur son prénom; s'il avait à nouveau changé, cela aurait peut-être signifié une page tournée pour lui, un déni du passé, quelque chose d'émotionnel comme ça. Il avait envie de rire, la pensée ne lui avait même pas traversé l'esprit. Que cela rassure Silvia ou non, il s'en moquait assez ouvertement. Elle mit un moment à s'habituer à sa sécheresse de ses mots, et eu encore plus de mal à se faire aux éclats de violence qui se faisaient plus fréquents que la dernière fois qu'ils s'étaient vus.
Dans ces moments-là, il lui hurlait de sortir, et elle le faisait, ne revenant que lorsqu'il avait arrêté de tout casser dans la chambre... Elle n'émit jamais de plainte par rapport à ça, mais insista pour qu'Oliver revienne à plusieurs reprises après qu'il se soit blessé lui-même pendant une crise. Si elle savait la quantité de cicatrices qu'il s'était infligé lui-même involontairement... Elle aurait eu une crise cardiaque sur le coup. Adrian accepta de revoir Oliver uniquement pour que Silvia le lâche un peu. En vérité, il n'avait qu'une envie, c'était de repartir et faire sa vie ailleurs. La wiccane était étouffante, et bien que sympathique, elle l’insupportait au plus au point avec ses manies de mère poule. Il détestait être materné, et était hors de question de se laisser faire. Du coup il devint de plus en plus insupportable, plus insolent avec elle. 28 ans, et il agissait comme s'il en avait 13 ou 14. Même avec ça elle ne cessait de lui montrer de l'affection en surcroît. C'était épuisant.
Un jour pendant qu'Oliver l’auscultait et vérifiait son état de santé, il hurla sur Silvia alors qu'elle entra pour lui amener une boisson chaude. Le médecin sursauta à la réaction, et la psychiatre disparut, bredouille. Après un temps où il fallut qu'il respire profondément pour se calmer, Adrian grogna quelque chose et demanda au médecin de partir, non sans sècheresse. En temps normaux, Oliver serait partit; il aurait lâché l'affaire, et n'aurait pas insisté, là, il observait Adrian, son dos nu recouvert de cicatrices qu'il s'était lui-même infligé.

"Pourquoi tu es comme ça avec elle?"
"Parce qu'elle m'énerve. Dégage maintenant."
"Tu ne veux pas qu'elle te voit comme ça, n'est-ce pas?"
"Qu'est-ce que ça peut te foutre, sors de cette chambre."
"Tu veux quitter cette maison?"


Il grinça des dents, silencieux un moment. Bien sûr qu'il voulait sortir, mais c'est pas comme s'il avait mis masse de sous de côté avec la Mafia pour se payer un appart'; il avait eu le stricte nécessaire là-bas, et n'avait jamais demandé grand chose de plus. Et il n'avait pas spécialement envie de réitérer l'expérience de sous les ponts dans l'immédiat,.

"Si j'avais la moindre thune ouais, je serais déjà dehors. Sauf que non, je suis coincé ici."
"T'as peut-être juste besoin d'un peu d'espace. Et si tu venais chez moi, quelques jours? Je suis à mon cabinet pendant la journée, tu passerais beaucoup de temps seul."


Il se retourna vers Oliver, sourcil dressé, assez incrédule.

"Tu me proposes de squatter chez toi? Contre quoi?"
"Je ne veux rien en échange. Bon je n'ai pas de chambre d'amis mais je pourrais dormir sur le canapé et..."
"Une minute. Rien n'est jamais gratuit. Pourquoi tu veux m'aider?"
"Parce qu'être ici te rend malade, et que je n'ai jamais vu Silvia aussi meurtrie et inquiète pour quelqu'un. Est-ce que tu peux au moins y réfléchir?"


Adrian détourna le regard, l'innocence et la sincérité du sien lui donnant un frisson dans le dos.

"Je vais y réfléchir. Maintenant sors."

Oliver le fit. Une fois seul, Adrian regarda Mercure qui était allongé dans un coin de la pièce à dormir. Il soupira et remit son t-shirt, maintenant prêt pour sa boisson chaude.

Quelques jours plus tard.

Oliver ouvrit la porte et la tint pour Adrian, qui traina une valise de vêtements neufs. Mercure lui passa devant, oreilles dressées vers l'avant, queue affolée, s'agitant d'excitation. Le wiccan n'eut pas la patience de retenir son familier, et espéra momentanément que le chien marquerait son territoire sur tous les meubles de l'appartement. Il posa son manteau sur un crochet à l'entrée, mimant Oliver dans son geste. Une fois cela fait, il fit quelques pas et laissa la valise là, contre le mur. La déco était simple, assez claire, dans des tons lumineux, à part le canapé qui était d'un marron sombre, et semblait un peu... Hors de place dans le lieu.

"Spacieux. Ca manque de déco." Constata Adrian sans grande conviction.
"J'ai passé l'âge des posters de femmes nues de magasines." Rit Oliver.
"Pourquoi pas des hommes nus alors?"

Oliver le regarda un instant, incrédule, avant d'exploser de rire. Il ignora le commentaire et commença par faire du thé. Adrian dressa un sourcil avant de hausser les épaules. Maintenant qu'il y songeait, il n'avait aucune idée de l'âge d'Oliver. En apparence, il ne pouvait pas avoir plus de 30 ans... En d'autres circonstances il aurait peut-être essayé de deviner, mais là, il n'y avait pas de photos de famille, d'amis ou quoi que ce soit. L'endroit était dénué de familiarité, de souvenirs. C'était... Stressant, quelque part.
Secouant la tête, il partit s'assoir sans élégance sur le canapé, posant ses grosses bottes sur la table basse. Oliver arriva avec deux tasses et une théière, puis lui donna un coup de pied dans la jambe, tout en dressant un sourcil vers lui. Agacé, il enleva ses pieds de la table basse. Mercure vint à ce moment-là réclamer des grattouilles. Il lui en fit pour essayer d'ignorer Oliver, qui était envahissant par sa présence. Ils prirent le thé, puis le blond sortit faire des courses. Pendant son absence, Adrian décida de fouiller les lieux sous le regard inquiet de son familier.

Il n'oublierait jamais la réaction d'Oliver quand il trouva Adrian à fouiller dans ses sous-vêtements à la recherche de... Quoi? Il ne savait pas, un indice, un trésor caché, peu importe. L'appartement était trop vide pour que l'homme n'ait rien à cacher. Il avait passé assez de temps avec des gens louches pour savoir qu'on avait tous quelque chose qu'on voulait garder pour soi. Et la réaction du type?

"Si tu veux apprendre à me connaître, je te suggère de ne pas commencer par mes boxers."

Il avait eu tellement honte... Il n'aurait pas cherché plus loin si son hôte n'avait rien dit, mais ce dernier décida d'être honnête avec le wiccan, et lui admit ne pas être un Norme. La seule chose qu'il avait à cacher, c'était qu'il pouvait se transformer en lion. Adrian avait côtoyé peu de métamorphe, vu la tendance à prendre leur peau... Mais quelque part, cela changea sa vision du type. Il paraissait doux comme un agneau, et semblait totalement incapable de faire du mal à une mouche... Et pourtant il pouvait se transformer en roi de la savane. C'était quand même classe! Quand il lui demanda de faire une démonstration, Oliver refusa immédiatement. Une fois de plus, il n'aurait pas insisté ou demandé d'avantage s'il s'était tût. Mais voilà, le médecin avait décidé d'être totalement ouvert et honnête.

"J'ai fait des choses dont je ne suis pas fier, surtout sous ma forme animale, et je préfère ne pas reprendre cette forme-là, surtout chez moi. D'autant plus que tu ferais une proie très appétissante." Sourit Oliver.

A vrai dire, il était difficile de savoir s'il était sérieux ou non, mais vu la fragilité qu'il avait exprimé en admettant un passé chargé, il ne pouvait que supposer qu'il voulait détendre l'atmosphère. Alors, pour une fois, Adrian décida de faire de la conversation. C'était étrange après des années à tuer plus qu'à parler, faire une conversation, une discussion banale... Sur son travail, ses hobbies... C'était pas tant mal. Il apprit du même coup d'Oliver avait été chirurgien, avant de retourner dans le domaine de médecine générale.

"Sauver des vies, ça a toujours été important pour moi, mais quand j'étais chirurgien, ça me coûtait trop quand je perdais un patient; il y en avait pour qui on ne pouvait rien faire, rien du tout, et d'autres qui auraient eu une meilleure chance s'ils avaient pu être opérés plus tôt... Et la quantité de succès n'était pas assez pour combler les échecs. Donc j'ai arrêté. Bon, il y a quand même une raison secondaire : la vue et l'odeur du sang, à la longue, avait tendance à rendre mon totem fou, incontrôlable. Alors je préfère m'occuper des douleurs de la vie de tous les jours. C'est plus facile, et agréable, et moins de gens sont morts entre mes mains!"

Il disait ça avec le sourire, mais visiblement il avait quand même bien morflé. Il lui faisait penser aux wiccans de seconds rang de la mafia qui disaient que les vies avaient plus de valeur que ce que les assassins en faisaient... Honnêtement, le concept que la vie de simples Normes valaient autant que n'importe quel Outre lui échappait. De plus, ils avaient tué des gens armés, dangereux, qui auraient fait de nombreux dégâts contre des innocents comme la branche d'Urd. Mais il n'avait pas l'intention de contrarier Oliver. Ses croyances étaient siennes, il respectait ça.

Adrian tira une photo du dossier... Oliver. Il contempla la photo un petit moment. Etonnant que ce soit une personne comme lui puisse réussir à le sortir de sa misère, à lui redonner une motivation autre que de tuer tous les Normes qui voudraient s'attaquer aux autres. Il n'avait pas eu de but depuis qu'il était partit d'Uppsala, mais voir les efforts et le temps qu'Oliver consacrait à ses patients... Ca tenait quasiment du miracle. Il allait même visiter des hôpitaux pour tenir compagnie à des patients sans familles... Quelle idée. Il n'avait pas compris sur le coup, mais le métamorphe avait tout de même eu une grande incidence sur son état d'esprit. En même temps, le nombre de fois où il l'avait traîné avec lui à l'hôpital... Forcément ça l'avait influencé un peu. Bon, il avait passé ces premières séances de visites à terrifier des gens en volant une blouse de médecin pour leur annoncer qu'ils allaient mourir. Leur têtes étaient magiques. Évidemment il l'avait fait autant à des gens en voie de rétablissement qu'à des véritables mourants - il fallait bien varier les plaisirs.
Oliver lui avait tiré quelques fois les oreilles, puis l'avait fait s'assoir avec des employés de l'hôpital pour discuter. Il n'avait pas compris le but premier de l'expérience, mais finit par comprendre la psychologie d'Oliver. Il voulait le motiver, lui montrer qu'il avait des moyens d'aider les autres sans prendre les armes. Au début, cela énerva Adrian plus que tout. Il n'en n'avait rien à faire de ce que lui chantait le métamorphe, c'était toujours la même chose... Mais au fur et à mesure des discours, il avait l'impression d'entendre les mots d'Urd, lui rappelant que la magie défensive avait toujours plus d'utilité que l'attaque. On pouvait tous être bons, tous être destructeurs, tout dépendait du choix que l'on faisait. Ce n'était pas parce qu'on était apte à la destruction qu'il fallait automatiquement choisir ce chemin-là.
Après six mois chez Oliver, Adrian était inscrit pour des études d'infirmier. Pour cela, il décida de partir à Stockholm, et paierait son loyer avec ses économies, et tenterait de trouver un petit boulot sur place.

"Suède, Stockholm. Septembre 2039."
Les études n'avaient pas été évidentes à reprendre ainsi, et Adrian se trouvait entouré de personnes bien plus jeunes et immatures, certain.e.s sortant à peine de leur lycée... Et la quantité de Normes... Bon sang ça puait la banalité à plein nez! Bien sûr ils n'avaient pas conscience du fait qu'il était wiccan, Mercure restant dans son studio durant la journée. Il n'aimait pas être aussi loin du chien, mais n'eut pas trop le choix; il avait entendu parler de violences faites envers des gens présumés Outres, et du favoritisme envers les Normes. Il ne voulait pas qu'on le recale à cause de conneries pareilles, c'était hors de question, pas après ses efforts. Alors il se fit passer pour un humain banal. Ugh. Et puis ces gens qui l'entouraient... Tellement idiots, qui s'engueulaient entre eux pour un oui ou pour un non, avec des vieux ragots circulant sur tout et n'importe quel sujet. Il avait l'impression d'avoir 15 ans à nouveau.

Il avait réussi à retravailler sur son calme, et évita en majorité les catastrophes; il dû cependant s'enfermer à plusieurs reprises dans les toilettes pendant une crise, et quitter un cours en courant. Sa malédiction était vraiment handicapante pour le coup. Mais le plus dur resta le job. Il travaillait par obligation, mais avait du mal à gérer le boulot et les études. Cela ne le surprit pas lorsqu'il échoua sa première année.
Lorsqu'il appela Oliver pour dire qu'il abandonnait, ce dernier l'engueula. Sévèrement. Il fut choqué par la violence de ses propos; visiblement il n'avait pas passé de bons moments non plus. Il refusa donc qu'il arrête, surtout lorsqu'il compris qu'Adrian voulait aller jusqu'au bout, et que son seul problème était ses finances. Il ne pouvait pas non plus aller demander de l'argent à sa famille à Östersund; ils n'avaient pas entendu de ses nouvelles en onze ans, et il n'allait certainement pas leur demander ça...
Oliver prit donc les devants, et lui assura qu'il s'arrangerait avec Silvia pour lui payer le loyer. Il commença par refuser mais il eut à peine le temps de former un mot qu'il avait déjà de l'argent sur son compte en banque. C'était humiliant, mais rassurant. On le couvrait en cas de problèmes... Mais il avait bien l'intention de leur rembourser ça un jour ou l'autre.

En trois ans il avait passé son diplôme, et était aussitôt retourné à Göteborg pour postuler à l'hôpital. Inutile de dire qu'Oliver était ravit, et Silvia fière. Il se permis, malgré son exil, d'envoyer une lettre à Urd pour lui dire qu'il allait à nouveau aider et protéger des gens. Il ne reçu jamais de véritable réponse, sauf une simple lettre de félicitations, sans signature, sans rien. Cela avait été assez. Elle n'avait pas eu besoin de répondre quoi que ce soit, mais elle l'avait tout de même fait. Il en fut bien assez satisfait.
A peine revenu en ville, Oliver lui proposa une collocation dans un nouvel appartement plus près de l'hôpital et son propre lieu de travail. Il ne mit pas longtemps à accepter.

"Suède, Göteborg - Octobre 2043"
Ils avaient emménagé rapidement; Adrian n'avait pas grand chose à part des fringues et quelques bols de magie minérale (et autre stricte nécessaire pour pratiquer sa préparation de runes), et Oliver n'emmena pas de meubles à part le canapé sombre dans le nouvel appartement. Le métamorphe voulait qu'ils travaillent ensemble pour décorer la maison, en faire un chez-eux. Cela aurait un peu embarrassé Adrian comme idée, mais il l'avait tant aidé jusque là, il lui devait bien ça.
Silvia vint les voir au plus vite, ravie de voir Adrian en si bonne santé. Elle fut celle qui lui fit remarquer le changement d'aura. Il n'y avait même pas pensé... Le plus naturellement du monde, il était repassé dans une aura astrale rose, laissant l'obscurité derrière lui. La notion même le choqua. Le changement avait été tellement brutal dans l'autre sens! Là il ne s'en était même pas aperçu! Silvia mit ça sur le compte de l'affection que lui portait Oliver. La réponse de ce dernier à ça? Un sourire gêné, et un visage rouge jusqu'aux oreilles.
S'il avait su... S'il avait compris avant... Est-ce qu'il aurait fait une colloc avec lui? Probablement. Tant que le lion ne lui faisait pas trop d'avances, il trouverait leur cohabitation très supportable. Après tout, ils travaillaient tous les deux, et Adrian était régulièrement de nuit, ce n'était pas comme s'ils allaient se côtoyer trop souvent, pas vrai?

Mercure boita pour poser sa tête sur le genoux d'Oliver, qui lui gratta affectueusement la tête. Adrian regarda avec peine son chien âgé, qu'il avait déjà dû emmener chez le véto à cinq reprises depuis le début de l'année. Il accumulait faiblesses musculaires, début d'un aveuglement, et une attitude signifiant qu'il devenait sourd. L'animal n'allait pas aller en s'améliorant... Le wiccan n'avait pas fait de rituels depuis un moment, ne voulant pas affecter son familier déjà bien amoché par des années de service... Il arrivait sur sa fin, il le sentait. Il n'y avait rien qu'il pouvait faire contre ça. Au moins maintenant, l'animal était en sécurité, mais n'était plus capable de descendre les escaliers pour aller dehors; il ne faisait plus autant d'aller-retours dans la maison, et avait de plus en plus souvent des problèmes de vessie... Il pissait partout sans faire exprès, et avait l'air de s'en vouloir tellement... Oliver le rassurait toujours, et prenait soin de lui dès qu'il était à la maison.

Mercure mourut au début de l'année 2044. Adrian sortit une poignée de photos du dossier. Silvia avait prit Adrian en photo avec Mercure lorsqu'ils l'avaient récupéré à la SPA... Et en avait reprit après son retour à Göteborg, et après son diplôme d'infirmier. La psychiatre avait toujours adoré l'animal, et l'avait toujours trouvé photogénique. Contre la loi, ils l'avaient enterré à la campagne. Silvia avait prit une dernière photo de la tombe improvisée, le cailloux gravé qu'ils avaient placé sur la terre fraîchement replacée... Elle avait demandé à Adrian de garder cette image pour l'honorer... Maintenant elle finissait dans son dossier, c'était le mieux qu'il puisse faire.

Après la mort de Mercure, Adrian s'était plongé dans son travail, ne faisant que des services de nuit à des horaires exagérés... Il ne supportait plus le silence dès qu'il rentrait. Il avait prit l'habitude de venir et d'entendre des glapissements joyeux, au moins les pattes griffues sur le plancher à voir que l'animal l'accueillait à son retour. Oliver essaya de toujours être là quand il rentrait, il ne mit pas longtemps à le comprendre. Ce comportement l'irrita plus qu'autre chose, alors il prit l'habitude de varier ses heures de retour pour éviter le médecin. Cela marcha un moment... jusqu'à ce que...

"Adrian, ça va?"
"Fous moi la paix, Oliver!"


Il était en train de faire une crise. Il s'était réveillé en hurlant, avait arraché son t-shirt et n'avait pas attendu pour enfoncer ses ongles dans ses épaules, hurlant de rage, essayant de se contenir, de limiter les dégâts aux meubles aux alentours. Normalement Mercure aurait aboyé et gratté le sol, au moins qu'il soit réveillé quand la crise commençait... mais son familier n'était plus là, il n'avait plus ce lien, et rien ni personne pour prévenir de la violence qui allait intervenir sans qu'il s'y attende. C'était la première crise qu'il faisait depuis la mort de Mercure, et cela le rendait plus malade encore. Hurlant, il griffa ses épaules et se jeta contre les murs. Il n'entendit pas Oliver rentrer, et sursauta quand le médecin l'empêcha de s'encastrer la tête dans la vitre. Il lui hurla dessus, le poussant de toutes ses forces, déclenchant à la fois une bourrasque violente frappant le médecin de plein fouet et le fit tomber en arrière. Hurlant, Adrian se jeta sur lui et se mit à l'étranger. Oliver réussi à le faire lâcher et lui cria de se reprendre, de regarder ce qu'il faisait. Enragé, Adrian le frappa aux poings à multiple reprises, et n'arrêta que lorsqu'une douleur prit son avant-bras. Oliver n'avait pas de dents mais des crocs à la place, ses ses yeux étaient devenus jaunes, le blanc des yeux devenu noir. Il tenait son bras entre ses crocs, et mordait dans sa chair comme si c'était du beurre. Toute agressivité quitta le wiccan. Il ne pouvait plus bouger, plus parler, observant la transformation sauvage du lion faire marche arrière. Il lâcha son bras, secoua sa tête en se redressant légèrement.
Il n'oublierait jamais le regard peiné d'Oliver. Il n'avait pas encore retrouvé sa voix, mais prit délicatement son bras blessé entre ses mains. Il se courba dessus, tremblant soudainement. Il murmura d'abord quelque chose d'inaudible, puis s'excusa, encore et encore. Adrian était encore trop sous le choc du réveil brutal pour ressentir la douleur, mais son bras avait quand même l'air dans un sale état.

"Je vais chercher un bandage." Dit Adrian, tremblant un peu.

Il se leva et partit chercher de quoi... De quoi quoi? Il avait une morsure de lion dans le bras. C'était assez terrifiant, et maintenant il foutait du sang partout en plus... Il allait devoir aller à l'hôpital, non? Bon, déjà nettoyer la plaie serait un début...
Il n'avait pas encore fermé la porte de la salle de bain qu'Oliver entra, sans rien dire, lui attrapa le bras et sortit plusieurs produits désinfectants.

"Hé, Oli, lâche-moi, je m'en occupe."

Mais le métamorphe refusa de répondre quoi que ce soit, et ne le lâcha pas. Adrian fixa ses yeux qui s'agitaient en préparation aux soins. Il ne l'avait jamais vu aussi sérieux. Lorsqu'Oliver le poussa pour qu'il s'assoit sur le bord de la baignoire, il le fit, et laissa le médecin faire. Il ne le regardait pas, n'essaya pas de parler... Son propre visage gonflait un peu bleu avec les coups qu'il lui avait infligé. Il avait beau lui faire remarquer, aucune expression ne bougea le moindre muscle de son visage.

"Ecoute, après un coup de magie minérale ça ira mieux... J'ai juste à retrouver mon bol de soin, ça sera rapide. Oliver, écoute moi. Oli ça sert à rien!"
"Ta gueule!"
Cria le métamorphe en réponse.

Tous deux restèrent figés soudainement, surpris autant l'un que l'autre de la réaction d'Oliver. Après un moment de silence choqué, Adrian explosa de rire.

"J'aime quand tu me parles comme ça Oli." Rit-il.

Le blond sourit d'abord nerveusement, puis se détendit et rit avec lui. Le con était tellement tendu ça le rendait dingue. Maintenant qu'ils riaient, il fallait quand même qu'ils parlent.

"Je vais pas t'empêcher de désinfecter tout ça, hein. Mais tu sais aussi bien que moi que je peux régler tout ça sans la moindre cicatrice."

Oliver hocha la tête mais continua sans le regarder dans les yeux. Soupirant, Adrian lui ébouriffa les cheveux; cette fois-ci il dressa la tête. Il avait l'air surprit du geste. En même temps il était sensé faire quoi? Attendre en silence qu'il se sorte une multitude de balais du cul? Bien sûr que le méta avait l'air assez traumatisé par des expériences similaires, une perte de contrôle était vite arrivée, mais il ne fallait pas qu'il se cache la tête dans le sable comme une autruche non plus. Le wiccan lui tira la langue. Un geste enfantin, idiot, mais qui fit sourire Oliver. Bon, c'était déjà ça. Mais la communication allait mettre du temps à évoluer s'il fallait continuellement tirer bêtement la langue ou faire des grimaces.

Adrian dressa la tête, un frisson traversant son échine. Ses yeux devinrent minuscules, des fentes derrière lesquelles ses iris couraient de droite à gauche. Le son revint à nouveau, et il regarda dans l'allée de l'avion. Quelqu'un ronflait. Quelqu'un... Ronflait. Pire encore, ce quelqu'un était à l'autre bout de l'allée, et il l'entendait comme s'il était devant lui. Il fixa la gueule grande ouverte, le visage calme du dormeur... Enfoiré. Le son lui tapait sérieusement sur les nerfs. Il fit signe à une hôtesse, qui vint, souriante faussement. Il lui demanda un grand verre de vodka avec un sourire tout aussi faux. Elle le fixa un instant, puis hocha la tête et partie chercher de quoi faire. Lorsqu'elle revint, il l'observa remonter l'allée. Hop un petit coup de talisman télékinétique, et oooouuuups. Un verre de vodka dans la gueule du dormeur! L'hôtesse avait malencontreusement trébuché, quelle tristesse! Le dormeur se réveilla en stupeur, toussant avec de l'alcool plein la gorge, et gémissant alors que la vodka brûlait ses yeux. Il y eu des phrases paniquées balancées par les hôtesses, et Adrian sourit. Au moins, il pouvait écrire avec ces sons-là.

Comme prévu, Adrian avait retrouvé le bol qu'Urd l'avait aidé à graver. La wiccane avait été maîtresse dans l'art de soigner les blessures, autant physiques que mentales, mais s'était contentée de lui montrer de simples schémas qui aidaient à guérir plus vite. Bien sûr, maintenant qu'Adrian n'avait plus de familiers, il ne pouvait pas se risquer à faire d'autres magies pour se guérir, au risque de sévèrement morfler... Du coup utiliser ce bol sur la durée ne présentait aucun danger, vu qu'il était bien équilibré.. Oliver le regarda alors qu'il versa de l'eau dans le récipient. Il laissa son bras baigner pendant quelques minutes. Le méta l'observa avec une attention particulière.

"Et donc ton sort là..." Demanda-t-il. "Il va te permettre de guérir en combien de temps?"
"Pour qu'il n'y ait plus la moindre trace ou cicatrice? Deux semaines à tout casser. Un nettoyage tous les jours fera l'affaire."


Oliver hocha la tête, impressionné. Il sentait qu'il avait une question...

"Dis ce que tu penses, Oli. Sinon tu vas me rendre dingue."
"Bah... Je me demandais... Tu t'es déjà servi de la magie pour soigner des patients?"
"Seulement quand j'étais à Öde. Les Normes qu'on trouve dans les hôpitaux du coin seraient, pour la plupart, un peu trop méfiants. J'ai entendu dire que ça se faisait dans certains services, notamment en Ecosse. Mais pour que ça soit légalisé concrètement, faudrait qu'ils préparent des diplômes spécifiques, et je pense pas que les autorités aient très envie de s'en occuper, vu les répercussions que pourraient avoir la moindre erreur."


Le sujet revint régulièrement après ça, l'effet de la magie sur divers maladies, si elles pouvaient être soignées ou apaisées - il paraissait de plus en plus intéressé, au point où Adrian se demandait ce qu'il pensait au juste. Il lui demanda s'il pensait à des patients spécifiques, à quelles maladies il songeait, mais il ne lui donna jamais de réponse nette. Alors il préféra attendre qu'il le fasse de lui-même ; il n'allait pas lui courir après s'il n'avait pas envie de parler hein.

Leur routine s'installa comme avant, et Adrian prit de moins en moins des horaires de nuit pour passer un peu plus de temps avec Oliver. Silvia venait leur rendre visite de temps en temps, et vu son regard à chaque fois, elle se doutait bien qu'il y avait quelque chose qui se passait. Quoi exactement? Le wiccan n'était pas sûr, juste que depuis sa crise et la morsure d'Oliver, il avait l'impression de mieux connaître son colocataire... Après, il avait déjà compris que le méta était plus qu'intéressé par sa personne.
Si bien que, le plus naturellement du monde, ils se rapprochèrent encore et toujours, et finirent par agir comme un couple avant même d'en être un. Adrian mit le sujet sur la table régulièrement, l'évolution potentielle de leur relation. Plus il en parlait, et plus Oliver était ouvert avec lui. Jusqu'à ce que ça se fasse tout seul. Silvia ne fut pas surprise de les savoir ensemble, elle en était même ravie.
Adrian reprit goût à la magie, mais uniquement des petites choses, où il ne risquait pas gros sans familier. La psychiatre fut la première à lui rappeler qu'il était important pour lui d'avoir un lien avec un animal. Pratiquer la magie des runes ne posait pas de problèmes, mais s'il se lançait dans d'autres magies, ça devenait risqué. Les cercles de sel et l'encens n'allaient pas le protéger de grand chose avec le Triple Retour, et tenter des sorts puissants était hors de question.
Il n'aurait peut-être jamais pratiqué de magie plus puissante si Urd ne lui avait pas envoyé une lettre, lui demandant de venir la voir. Oliver ne savait pas réellement l'étendue du travail que le wiccan avait fait pour la mafia, mais il avait entendu parler de la branche protectrice, et lui suggéra de prendre quelques jours pour y aller... Adrian fit à peine un sac pour y aller, n'emmenant que quelques vêtements de rechange, et rien d'autre. S'il avait su, il se serait peut-être mieux préparé.

"Suède, Borlänge - 2047"
Après 4 ans à travailler à l'hôpital, à cohabiter avec Oliver... C'était étrange d'être seul à nouveau, dans un train pour aller voir une wiccane qui se trouvait à la tête d'une mafia dont il avait été exilé. Mais elle lui avait demandé de venir, sans donner plus d'informations. Il ne s'était pas attendu à ce message; la branche de Verdani faisait bien son travail, il n'avait aucune idée de ce qu'il se passait dans l'organisation, même en cherchant à droite à gauche dans des vieux réseaux il n'avait rien trouvé.
Le nouveau QG d'Urd se trouvait à Borlänge. Un wiccan vint le chercher à la gare pour l'emmener voir Urd directement. Sauf qu'il eut une surprise en arrivant. Il ne fit pas face à Urd, comme prévu, mais Skuld. La grande rousse lui sourit affectueusement avant de venir l'enlacer.

"Adrian mon amour, comment tu vas? Bien? Aller, viens t'assoir qu'on discute."
"Où est Urd?"
"Je lui ai demandé de t'appeler ici. Je savais que tu hésiterais si je t'appelais directement dans mes locaux."
"En même temps, après que TU m'aies exilé..."
"Chut chut! C'est du passé!"


Elle le fit s'assoir sur une chaise, et s'assise en face, grand sourire aux lèvres. Ses yeux luisaient, comme avant. Son regard le contemplait, l'analysait, le rendant nerveux. Des souvenirs de tout ce qu'il avait fait refirent surface, et il n'avait pas franchement envie de rechuter dans cette obscurité-là.

"Verdani pense que tu es coupable... Moi je pense que non." Dit-elle avec un sourire, détournant momentanément le regard.
"Coupable de?"
"Traitrise."


Adrian se leva immédiatement, sourcils froncés, nerfs faisant un bond.

"Pardon?! Quel genre de traîtrise?"

Skuld mit ses pieds sur la table et entama une sucette, qu'elle lécha allègrement en regardant le wiccan. Il dressa un sourcil vers elle. Sérieusement? Même quand ils abordaient un sujet on-ne-peut-plus sérieux elle continuait? Elle sortit la sucrerie de sa bouche avec un sourire aguicheur, puis la pointa vers Adrian.

"Tu étais recherché par quelqu'un... Qui a insisté des années pour obtenir plus d'informations sur toi dès qu'il a apprit que tu étais dans nos rangs... un certain Mikhail Yegorovich Kouznetsov."

Adrian serra des dents immédiatement. Il n'avait pas envie de penser à cet enfoiré maintenant. Que faisait-il dans cette conversation au juste? Pourquoi ne lui avait-on jamais dit qu'il avait été retrouvé par la Mafia Rouge?

"Etait." Dit-il froidement. "Parce que vous lui avez tout dit?"
"Quoi?"
Demanda-t-elle, momentannément surprise, avant d'exploser de rire. "Oh mon amour! C'est tout le contraire! Nous avons toujours refusé de lui donner quoi que ce soit - non seulement parce qu'Urd t'aime bien, mais parce que tu as été mon fidèle bras gauche pendant quelques années."
"Pas suffisament, sinon tu ne m'aurais pas exilé."
"Ce n'est pas moi qui me suis amusée à jouer avec la magie du sang...! Bref, revenons à nos moutons : Mikhail voulait des infos sur toi. Mais a subitement arrêté."
"Quoi? Depuis quand?"
"Oh pas bien longtemps, deux ans peut-être? Verdani pense que tu lui obéis maintenant."
"A qui, Mikhail? N'importe quoi! Si je pouvais je tuerais ce type!"


Elle pencha la tête de côté, ses anglaises glissant sur son épaule dénudée, avant de remettre la sucette dans sa bouche, l'air pensive.

"Nous avons reçu des infos comme quoi un incident similaire à l'explosion du QG d'Urd serait en préparation... Dans MA branche." Dit-elle, contrariée. Il l'avait rarement vu aussi agacée, et elle perdit un instant sa bonne humeur habituelle. "Je veux savoir qui est derrière tout ça; Mikhail fait profil bas à cause de problèmes en Russie, mais je sais qu'il est concerné. Il a un infiltré chez moi, et veut tout faire sauter. Déjà pour Urd il a insisté pendant des mois pour envoyer des troupes chez nous pour enquêter et nous "soutenir". Si la branche armée se prend un coup de plein fouet, on n'aura pas assez de forces pour le repousser au cas-où qu'il tente de s'imposer... Avec ses problèmes en Russie, il sera content d'avoir un pied en Suède pour se remettre."
"Et en quoi ça me concerne moi? Je n'ai jamais reparlé à Mikhail."


Elle lui fit un grand sourire, léchant ses lèvres un instant avant de croquer dans la sucette.

"Tu intéressais Mikhail. Va savoir pourquoi il a arrêté de nous réclamer des informations sur toi, mais il l'a fait pendant un certain nombre d'année. Tu es le pion parfait pour aller là-bas. Après tout, ça serait bénéfique pour nous tous : tu pourras retrouver Mikhail, le tuer si ça te chante, et apprendre qui dans ma branche m'a trahi."
"Et en échange?"
"J'annulerai ton exil, et tu auras à nouveau une place parmis nous."


Elle se leva, posant le bâtonnet sur la table, et se pencha en avant pour que leur visages soient à quelques millimètres de distance. Il sentait l'odeur sucrée qui se dégageait maintenant de sa bouche alors qu'elle approcha encore un peu.

"Que dis-tu, mon chou? Prêt à revivre des aventures avec moi?"

Ils se fixèrent dans les yeux un moment. Son regard était serein dans sa certitude... Elle pensait qu'il n'allait pas hésiter une seconde à accepter. Elle avait l'habitude d'avoir le monde à ses pieds, les agents sous ses ordres l'adoraient, l'aimaient follement... Peut-être que quelques années auparavant il y aurait réfléchi sérieusement. Là...

"Non."

Elle recula d'un coup.

"Non?"
"Non. Peut-être que tu n'as pas l'habitude que l'on te refuse, mais tu ferais mieux de t'y faire, Skuld. J'ai une vie maintenant, un boulot stable, qui ne requiert pas de tuer pour toi."


Elle se leva, soudainement enragée. Elle fit quelques pas pour s'éloigner de lui, puis se retourna sèchement pour le fixer, ses cheveux flottant autour d'elle voluptueusement.

"QUOI?! Tu me refuses? MOI?!"
"Navré, Skuld. Il y a quelques années je me serais amusé à t'obéir. Aujourd'hui non. Navré. Trouve-toi un autre pion."


Elle continua à lui hurler dessus alors qu'il quitta la salle. Skuld était un peu comme ces enfants pourris gâtés à qui on a toujours dit oui... Jusqu'au jour où il faut leur dire non, et ils pêtent un scandale. Adrian n'avait pas envie d'énerver la wiccane, mais il n'avait pas l'intention de la faire continuer dans son illusion qu'elle pouvait tout avoir. Alors qu'il passa la porte, il fit soudainement face à Urd. Il aurait reconnu la petite dame n'importe où, ses cheveux gris désordonnés vaguement attachés dans une queue de cheval.

"Urd!" Dit-il, surprit, entendant les cris de Skuld malgré la porte fermée. "Euh... comment ça va ici? Toujours autant de boulot?"

La wiccane sourit et étendit les bras. Hésitant, il se laissa enlacer. Il n'avait pas vu la wiccane depuis tant d'années, il était difficile de savoir ce qu'elle pensait de lui maintenant. Elle lui tapota la joue.

"Je suis fière de toi, Adrian. Pas tout le monde n'ose contrarier Skuld, mais je suis heureuse que tu l'ais fait. Marche avec moi."

Il la suivit, marchant un peu nerveusement les mains dans les poches. Il avait l'impression d'être à nouveau à l'hôpital... Un hôpital tenu par des wiccans où la magie réparatrice fusait dans tous les sens.

"Je vois que Mercure n'est plus avec toi?"
"Oui, il est mort il y a quelques années."
"Tu n'as pas reprit de familier depuis?"


Il secoua la tête. Maintenant qu'il y pensait, ça le travaillait que Mikhail ait lâché l'affaire. Avait-il trouvé un wiccan à utiliser à sa place? Cela l'étonnerait - c'était une question de fierté pour le mafieux, il ne pouvait pas juste abandonner l'idée d'utiliser les enfants Case. Urd le lu comme un livre ouvert.

"Tu auras besoin d'un familier si tu vas en Russie."

Il la contempla avec un air sérieux. Elle se contenta de sourire en réponse.

"Verdani est déjà sur une piste pour trouver le traître dans les rangs de Skuld. Je crois qu'elle voulait surtout te collectionner à nouveau."
"Je n'ai jamais eu l'intention de retravailler pour elle."
"Et j'en suis très heureuse. Si l'ancien QG n'avait pas été attaqué, tu serais resté dans cette voie, sans jamais tomber dans la violence et la mort... Tu avais ta place parmi nous. Enfin... J'ai cru comprendre que tu étais infirmier?"
"Oui."
"C'est bien, tu as retrouvé la voie du soin."


Il hocha la tête et continua de marcher avec elle. Elle lui fit la visite du bâtiment. Les choses n'étaient pas bien différentes de l'ancien QG, à part qu'il y avait plus de soldats de la branche de Skuld pour patrouiller.

"Pourquoi tu ne resterais pas quelques jours?"
"Je ne peux pas vraiment... Quelqu'un m'attend à Göteborg."


Elle dressa un sourcil avec un large sourire. Elle n'avait pas l'air jeune de manière générale, mais la lueur dans ses yeux était toujours aussi vive, si ce n'est plus encore.

"Dans ce cas-là, suis-moi."

Il la suivit alors qu'elle le guida à travers le jardin. Ils avaient commencé des plantations de légumes, de fruits et d'arbres, pour pouvoir s'auto-gérer sans dépendre d'autres systèmes. Ce n'était pas encore au point, mais visiblement ça commençait bien. Elle lui expliqua qu'il y avait des artisans aussi qui venaient fabriquer des bols spécialement pour les spécialistes en magie minérale - cette magie était déjà si peu répandue, Urd voulait à tout prix favoriser son usage. Adrian se trouva impressionné par la quantité de travail mit dans la structure de la branche. Ce n'était pas une branche de mafia très ordinaire, c'était le moins qu'on puisse en dire. Elle marcha quelques temps jusqu'à atteindre l'orée d'un bois de pins. Elle s'assit sur un cailloux pour reprendre son souffle. Elle dressa la tête et observa quelque chose dans le ciel. Adrian fit de même, et finit par percevoir quelque chose; une tache, toute simple, obscure, qui flottait dans le ciel. Petit à petit elle prit de l'amplitude, et devint enfin distincte. L'oiseau descendit à quelques pas d'eux sur une branche basse, et croassa. C'était un Grand Corbeau. Adrian ne connaissait pas grand chose de ces oiseaux, à part qu'il y en avait dans la région, et étaient une espèce protégée. La créature les contempla avec un regard sombre, mais luisant d'intelligence.

"J'ai sauvé cet animal il y a quelques semaines, et depuis il ne part jamais loin du jardin. Dès que je sors respirer, il est ici."

Cela fit sourire Adrian, sans qu'il ne comprenne bien pourquoi. La sincérité d'Urd lui avait manqué.

"J'en connais une qui doit être jalouse." Dit-il avec un sourire.
"Oh ma vieille Heylin ne s'en fait plus trop depuis quelques années. Pour dire, elle ne quitte plus mon laboratoire. Je pense que cet oiseau sait que j'ai déjà un familier... Et pourtant il est toujours là."
"Il est peut-être juste reconnaissant envers toi?"
"Peut-être. Mais comme tu sais, je ne crois pas au hasard. Ce n'est pas un hasard que cet oiseau soit tombé du ciel devant moi, et ce n'est clairement pas un hasard que j'aie suggéré à Skuld de te faire venir ici, et non à Uppsala."
"Tu savais déjà que Mercure était mort donc."
"Non, mais j'ai supposé. Je t'ai connu peu de temps, mais assez pour te comprendre. Tu tenais beaucoup à ce chien, surtout qu'il était ton tout premier familier. Les jeunes wiccans sont généralement émotionnels avec leur premier familier. Nous vivons bien plus longtemps qu'eux, il est normal de comprendre que nous en aurons plusieurs dans notre vie."
"Alors tu penses que ce corbeau m'est destiné?" Sourit-il.
"Hé, nous ne sommes pas la Mafia du Destin pour rien."
Elle lui fit un clin d'oeil et étendit le bras.

L'oiseau battit nerveusement des ailes un instant, puis s'envola dans leur direction. Il se posa sur une branche plus près d'eux, les observant toujours. Urd attendit un moment, puis se tourna vers Adrian.

"Lève ton bras."

Dubitatif, il le fit. Après quelques secondes, l'oiseau regarda les deux wiccans un à un, puis s'envola, pour se poser sur le bras d'Adrian. Celui-ci ne pu retenir son rire. Urd lui sourit grandement.

"Tu l'as enchanté, admets-le."
"Peut-être un peu, pour qu'il ait moins peur de nous. Mais rien ne le forçait à se poser sur toi."


Le wiccan regarda le Grand Corbeau, son plumage sombre matte et sans reflet... Pourtant il n'avait jamais vu un oiseau aussi fier et élégant.

"il est encore jeune; cela doit faire quelques semaines qu'il a quitté le nid. Il grandira de façon assez conséquente, mais je doute qu'après un chien tu en sois très inquiet."

Il regarda Urd, puis l'oiseau. Il avait certes l'air très docile, mais il ne croyait pas une seconde que la wiccane ne l'avait pas d'avantage ensorcelé.

"S'il me suit jusqu'à la maison, j'y réfléchirais."

Il élança le bras vers le haut et l'oiseau prit son envol sans hésitation. Urd hocha la tête, mains croisées derrière le dos et se remise à marcher en direction du jardin et du bâtiment principal.

A ce jour il ne savait pas si Urd avait réellement ensorcelé l'animal, mais qu'elle l'ait fait ou non, le résultat demeurait le même; il en était très heureux. L'oiseau était un fidèle compagnon, et un familier résistant. Il avait néanmoins prit soin de graver des runes de protection dans son bec, au cas-où qu'un sort mal intentionné tente de l'atteindre.

Le soir-même il repartait en train avec le corbeau lié en familier, mais pas en direction de Göteborg pour rentrer... Il partit directement à l'aéroport. Prendre l'oiseau avec lui lui coûta une petite fortune, et il douta que l'animal soit content de passer sa première nuit dans une boîte... Enfin, il s'en remettrait - et encore, il avait eu le droit d'être en cabine avec lui, c'était toujours ça de gagné. Il regarda l'oiseau qui le fixa, un peu agacé par sa position actuelle; derrière des barreaux, ça lui allait pas vraiment. Urd l'avait déjà nommé, mais bien insisté sur le fait qu'il pouvait le changer... Il n'avait que demandé qu'elle lui explique d'où venait le nom. Bendigeidfran, de son nom complet. Un nom étrange, venant d'une légende galloise. Assez honnêtement, elle lui en avait dit assez pour qu'il maintienne ce nom-là. Bendi, ou Bendigeid, étaient des raccourcis facilement utilisable, et iraient très bien.

Parlant du loup, il entendit un faible croassement. Dressant la tête, il vit l'oiseau s'agiter dans sa cage en se réveillant. Le veinard avait un sommeil plus lourd que le sien, mais s'ennuyait aussi plus facilement. Il se leva pour descendre la cage. Bendi le regarda fixement, les runes ornant son bec obscure luisant de reliefs. Il passa son doigt entre les barreaux et le corbeau se laissa caresser la tête. Il allait devoir trouver quelque chose pour l'occuper, ou la bestiole se mettrait à gueuler. Soupirant, il enleva l'une de ses bagues et la passa au travers de la petite grille. Bendi attrapa l'anneau dans son bec, et se réfugia au fond de la cage pour jouer avec. Il reposa la boîte en hauteur et retourna sur ses notes.

"Russie, Volvograd - 2048."
Il n'avait aucune idée de comment retrouver Mikhail, mais commencer à se balader avec le nom de Case serait un début. C'était étrange pour Adrian de porter le nom qu'il avait eu si peur de dire sans faire exprès dans sa jeunesse, au cas-où que des agents soient dans les parages pour l'entendre, et le tuer comme sa mère - une peur idiote, étant donné que Mikhail aurait voulu l'utiliser, et non le tuer. Cela l'avait tout de même hanté. Maintenant, c'était assez libérateur. Il commença par contacter une cabale, qu'il savait était en relation avec la branche de son oncle. Ce n'était pas évident de les convaincre qu'il ne présentait aucun danger pour eux, et qu'il n'avait aucune part dans la petite guerre des mafias rouges. Un agent lui expliqua qu'eux-mêmes ne savait pas où se trouvait Mikhail. Ils pouvaient cependant le contacter par une ligne d'agents qui transmettraient petit à petit un message; cela pouvait prendre du temps.
Adrian ne voulu pas immédiatement le contacter. Déjà, se présenter avec le nom "Case" avait fait tourner une ou deux têtes. Il s'empressa, en attendant, de contacter Oliver. Il ne savait pas quoi lui dire, mais il savait qu'il devait l'appeler, le prévenir de son absence. Il tomba sur le répondeur, et décida de laisser un message.

"Oli, c'est Adrian. J'ai pas eu le temps de te prévenir avant, mais j'ai une affaire à régler... Une vieille histoire de famille. Je ne sais pas quand je rentrerais."

Il soupira dans le combiné, et finit par un "je t'aime" cliché. Raccrochant, il se mit immédiatement en tête de visiter un peu la ville. Il ne se souvenait pas de s'être baladé dans le coin; en même temps, ses souvenirs d'enfance étaient très limités d'eux-mêmes. Bendigeidfran s'envola gaiement dans le vent frai, spiralant dans le ciel au-dessus de lui. Mains dans les poches, il fit le tour des rues du quartier, souriant à la langue russe qu'il entendait à tous coins de rue. Il n'avait pas pratiqué cette langue depuis tant d'années, et pourtant il la reprenait sans difficulté, comprenant tout ce que disaient ceux autour de lui. Cela dit, lorsqu'il parlait, il avait, apparemment, un accent nordique. Quelle surprise.

Il eu le temps de faire quelques tours avant que quelqu'un l'aborde. Une personne tout à fait ordinaire en apparence, mais ses yeux trahissaient une habitude d'avoir affaire à des gens dangereux; il se méfiait assez visiblement du wiccan. Il lui donna un message, une adresse, un rendez-vous. S'il voulait voir Mikhail, c'était là-bas qu'il devait se rendre.

***

Revoir ce type lui donna autant de réjouissances que d'avoir eu ses premières règles. L'homme le salua chaleureusement, non sans le dévisager avant. Il ne dit cependant rien au sujet de son apparence et, comble des combles, l'appela Yustina. Le frapper aurait été un plaisir s'il n'avait pas été entouré d'hommes armés. Il le corrigea froidement; le mafieux agita la main comme pour éloigner une mouche trop affective. Si seulement il avait eu une crise pile à ce moment-là. Il écouta à peine les mots balancés par ce type; des constatations arrogantes, des réflexions banales, des compliments mensongers. Adrian n'avait pas envie de passer plus de temps avec lui que nécessaire. Il devait savoir, pour de bon, s'il était libre.

"Pourquoi as-tu arrêté de demander des informations à Öde?"
"Des infos?"
Sourit-il en s'asseyant derrière son bureau. "Quelles infos?"
"Des informations sur moi. Ne nies pas que tu as toujours voulu me retrouver pour m'utiliser dans tes rangs."


Le sourire du type était doux, mielleux, il croisa ses jambes et entrelaça ses doigts.

"Je ne nie, ni n'affirme rien. Mais oui, je suis en contact avec Öde depuis longtemps, avant même que tu viennes au monde par ailleurs."
"Donc t'as eu tout ce temps pour infiltrer des agents, pas vrai?"
"Oh quelle mauvaise langue! Toi qui a été exilé de leurs rangs, tu veux quand même leur rendre service? Très noble de la part d'un assassin."


Il le regarda froidement. Alors il savait ce qu'il avait fait dans la branche de Skuld. Pas de doute, quelqu'un là-bas était à sa botte.

"Qu'as-tu à faire des gens que j'ai tué? A moins que tu ne sois derrière leurs attaques aussi?"
"Moi? Jamais!"
Sourit-il, sans changer d'expression. "Cela dit..."

Il se mit à monologuer sur les agissements des groupuscules, et dévoila quelques notions qui firent dresser un sourcil à Adrian. Alors il n'avait pas été derrière, mais avait des agents parmi eux? Il le prenait pour un con?

"Donc quand Öde ne te donne pas ce que tu veux, tu rejoins ses ennemis? T'es encore plus con que je le pensais."

Mikhail explosa de rire, mais Adrian sentit bien que les hommes autour d'eux se tendirent; oh ils n'aimaient pas qu'on insulte leur employeur? Dommage, il n'allait pas s'arrêter là.

"Je n'ai rejoins personne. Öde fait partit de mes alliés! Mais il me fallait quand même des informations sur toi."
"Et tu en as eu?"
Sourit Adrian narquoisement.

Mikhail fit comme s'il n'avait pas entendu la question, et passa à autre chose. Un frisson de fierté traversa le wiccan. Il avait visiblement tué quelques agents infiltrés, et son oncle n'avait jamais pu tirer la moindre information de cette opération. Oh ça avait dû le rendre dingue ça. Mikhail se leva et proposa un whisky à Adrian. Il ne prendrait pas la moindre chose venant de ce type. Le refus ne surprit pas le mafieux, qui se servit un verre et bu goulûment. Tiens tiens, un peu rapide cette façon de boire. Attendant qu'il se décide à parler, Adrian caressa la tête de Bendi qui s'était posé sur l’accoudoir de sa chaise. L'oiseau ne réagit pas particulièrement, semblant faire plus attention à ce qu'il se passait aux alentours qu'aux grattouilles du wiccan.

"Enfin, c'est du passé tout ça." Dit enfin Mikhail, revenant s'assoir avec un sourire qui n'atteignait pas ses yeux.
"Oui d'ailleurs, parlons du présent maintenant. J'ai cru comprendre que tu ne harcelais plus Öde pour des infos. Tu as enfin trouvé quelqu'un qui t'en fournirais? Ou tu as enfin compris qu'il fallait lâcher l'affaire?"


Il savait qu'il ne lui répondrait pas. Mikhail était comme ça; il en avait déjà dit plus que d'ordinaire; maintenant il ne se laisserait certainement plus prendre. Le mafieux sembla réfléchir un instant, ajustant sa tenue. Puis il regarda à nouveau le wiccan, yeux ridés avec un sourire exagéré.

"C'est beaucoup plus simple que ça. On m'a fait une offre que je ne pouvais refuser... Et dans le contrat, il était clairement dit que je ne devais plus te courir après. Simple, non?"

Simple? Qui avait fait ce marché? Et surtout, qu'avait-il prit en échange aussi? Il fixa Mikhail froidement. Il rit en réponse.

"Oh je reconnais bien ce regard! Cesse donc de te méfier et profite de ta liberté!"
"Ma liberté?"


Adrian se leva d'un coup, brûlant de rage. Après toutes ses années, la mort de sa mère ne s'était pas estompée dans sa mémoire, et là, tout son être lui criait vengeance. Il sortit un flingue prit à un membre de la cabale, et le pointa directement vers son oncle; de suite tous les gardes avaient leurs armes sur lui. Mikhail ne fit rien pour les dissuader; alors il prenait ça menace sérieusement. C'était déjà ça.

"Si tu crois que le fait que tu aies arrêté de me suivre pardonne tout, tu peux te crever l'oeil. Tu as tué ma mère, ruiné la possibilité d'une vie paisible pour des enfants innocents!"

Mikhail le fixait sérieusement, platement. Un demi-sourire se dessina sur son visage.

"Si tu m'attaques, et tu en mourras crois-moi, il y aura d'autres répercussions qui se feront. Tu n'as peut-être pas peur de te sacrifier toi, mais qu'en est-il de tes proches? Et je ne parle pas seulement de tes amis."

Adrian fronça les sourcils avant de baisser son arme légèrement. Il mit un instant à comprendre. Naturellement, s'il faisait partit du contrat, Skyler devait en être aussi. Grognant, il baissa l'arme. Mikhail sourit de satisfaction arrogante. Il avait envie de lui arracher la gueule. Il se retourna, Bendigeid s'envolant pour aller sur son épaule. Sous le regard des gardes méfiants, il allait passer la porte, quand la voix de son oncle résonna derrière lui.

"Au fait, si tu veux vraiment m'ôter la vie, commence par ôter celle de la celui qui m'a proposé ce contrat... La Nouvelle Orléans, ça te dit quelque chose?"

Le sourire dans sa voix traduisait le fait qu'il ne croyait pas une seule seconde qu'il en était capable. Enragé, Adrian quitta les lieux au plus vite. Oh il n'avait pas besoin de tuer Mikhail pour le pourrir.

Trouver les taupes dans les branches d'Öde n'avait pas été chose facile, mais convaincre les wiccanes n'avait pas été plus évident... Surtout Skuld, qui lui avait hurlé dessus au téléphone après qu'il lui ait dit qu'Eskil, son bras droit, était payé par Mikhail. Verdani s'occupa de traiter les preuves,  et il reçu ses remerciements. Il serait bien rentré aussitôt à Göteborg, sauf que la tension était montée à un point... Jusqu'à exploser.
Lors de la Grande Révélation, Adrian était toujours en Russie, et fut témoin de violences monstrueuses faites à des Outres, pour la majorité des innocents... Le seul crime qui valait aux yeux de tous : celui d'exister, tels qu'ils étaient. Il ne quitta pas le pays pendant deux ans. Il travailla avec de multiples cabales pour protéger les Outres qui venaient leur demander de l'aide. Il avait l'impression d'être un médecin de guerre; tous les jours des gens venaient, avaient été poignardés, tabassés dans la rue. Il n'eut aucun regret à rester les aider. Il participa aux manifestations pour les droits des Outres qui se virent soudainement très restreints. C'était un combat quotidien qu'il n'avait pas l'intention d'abandonner.
Ce n'est qu'au début de l'année 2050 qu'il décida qu'il était temps pour lui de retourner en Suède. Oliver lui avait donné sa bénédiction de rester en Russie tout ce temps, sans la moindre hésitation; beaucoup des circonstances qu'ils rencontraient étaient similaires, et où que l'on soit, il y avait des blessés à aider de part et d'autre du monde, des révoltes à affirmer... Mais il fallait aussi qu'il pense à son amant, et ne mit pas longtemps à décider de s'en retourner dans le pays nordique.


Dernière édition par Adrian Case le Sam 12 Mar - 15:00, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: Adrian Case [FINI]   Jeu 10 Mar - 16:54

"Suède, Göteborg - Janvier 2050."
Le chemin du retour parut plus long, mais pas pour les raisons qu'il pensait. Bien sûr il avait hâte de revoir Oliver, mais quelque chose d'autre le tracassait. La personne qui avait passé le marché avec Mikhail se trouvait aux USA... Et l'idée même d'y mettre les pieds... Il avait besoin de savoir; qui était derrière ce traité? Et pourquoi le mettre dedans? Il y avait une explication logique à laquelle il refusa de penser... Skyler. Il espérait vraiment qu'elle n'avait rien à faire dans cette histoire, qu'au moins parmi les jumeaux elle se serait libérée des chaînes de la mafia, telle qu'elle soit. Adrian était lui-même retombé en plein dedans avec Öde; certes il était loin de regretter ses années de service, mais quelque part il avait peur de ce qu'il était capable de faire dorénavant...

Le corbeau l'avait regardé alors qu'il songeait à son passé, ses yeux sombres traduisant une sorte de sympathie. Réalité ou illusion, il n'en savait rien. Sans même parler des crises, il avait l'impression que parfois quelqu'un d'autre utilisait son corps pour faire ce qu'il voulait. Le nombre de fois où il avait été cruel, vicieux avec des gens qui ne le méritaient pas... Un effet secondaire de sa malédiction peut-être? Il regarda avec ironie la cicatrice dans son avant-bras. Quelle idée de merde cela avait été; s'il avait su demander de l'aide avant, pour prendre des bains qui modifieraient ses organes... Il n'aurait pas eu besoin de se graver une rune dans le bras. Enfin, au moins il avait commencé à se préparer son propre schéma durant les dernières années. Le but étant de ne plus avoir à prendre d'hormones dans la durée. Enfin, il avait choisi la solution extrême dans sa jeunesse, il trouverait un moyen de rectifier tout ça un jour.
Peut-être qu'il trouverait un moyen de s'en débarrasser? Il en avait parlé à Oliver, qui avait eu un avis partagé sur la question; une chose qu'il avait trouvé fort agaçante. Enfin, c'était surtout les moyens de se débarrasser de la malédiction qui effrayaient particulièrement le métamorphe. Ouvrir le bras et poncer l'os était la façon la plus efficace, pour sûr... Evidemment, ça ne plaisait pas au médecin. Regardant par la fenêtre de l'avion, il songea à en reparler avec lui. L'autre raison qui chagrinait un peu le lion était que même sans les crises, sa haine et sa violence seraient toujours là, sous la surface, prêtes à faire des dégâts. Adrian ne comprenait pas la notion; il n'avait quasiment jamais vu qui que ce soit craquer à sa manière... Mais le méta lui avait assuré que tout le monde craquait, mais personne de la même manière. Certain.e.s pleuraient toutes les larmes de leur corps pour évacuer la frustration et la rage, d'autres frappaient dans des murs, d'autres faisaient du sport pour se défouler... Mais il lui assura qu'un jour ou l'autre, tout le monde craquait.
Oui ben, ils avaient la belle vie ces gens, si Adrian pouvait juste cogner dans un mur pour se calmer, il l'aurait fait depuis belle lurette. Mais non, il avait plutôt tendance à tout casser, hurler, se blesser, volontairement ou non... C'était clairement pas la même chose. Bref, il n'était pas convaincu que le médecin comprenne réellement son point de vue.

Adrian ne s'attendit pas à un changement immense en deux ans, mais lorsqu'il passa la porte de l'appartement, immédiatement il y avait une chose qui le marqua profondément : l'odeur de l'hôpital, de l'antiseptique. Fermant la porte rapidement derrière lui, il lâcha son sac à l'entrée et couru dans la salle de bain; Oliver était là, en train de se mettre un pansement autour du poignet. Il sursauta en voyant Adrian, puis sourit. Le wiccan n'eut pas le temps de réagir d'avantage que le méta s'était jeté sur lui pour l'enlacer. Les baisers se changèrent en anticipation, et ce ne fut pas long avant que tous deux se soient jetés dans la chambre.

***

Le wiccan ouvrit les yeux; un rayon de soleil traversait les rideaux pour toucher le mur au pied du lit. Il pensa momentanément qu'il n'avait jamais rien vu d'aussi beau que cette lueur chaleureuse se déplacer et s'étendre au fur et à mesure du temps sur le mur blanc immaculé... Jusqu'à ce qu'Oliver entre dans la chambre, un plateau fumant dans les mains. Adrian ne retint pas son sourire alors qu'il se redressa pour recevoir ses lèvres sur les siennes, ainsi que le plateau de petit-déjeuné. L'odeur âcre du café remonta dans ses narines, lui donnant un frisson agréable. Il ne put s'empêcher de sourire. Il ne se retint cependant pas de lui faire remarquer qu'il aurait pu se lever pour déjeuner dans la cuisine, mais le méta était adamant; il fallait qu'il se repose et soit aux petits soins, même s'il n'avait rien fait pour le mériter! Au moins, ça, ça n'avait pas changé en deux ans. Il se retint de lorgner trop longtemps son partenaire et regarda la pâtisserie qui se trouvait devant lui avec le café. Elles n'avaient pas tout à fait l'allure de celles qu'il avait l'habitude d'acheter... Et vu l'odeur qui semblait se répandre dans toute la chambre...

"Tu l'as faite toi-même?" Demanda-t-il, sourcil dressé.
"Je sais, c'est pas la même qualité que ce dont tu as l'habitude, et j'ai certainement mal dosé et..."

Adrian lui attrapa la cravate et le tira vers lui, sourire carnassier aux lèvres.

"Si tu essaies encore de te dénigrer, je te mangerais. Encore."

Oliver sourit en approchant son visage du sien.

"Ne me tente pas." Dit-il à voix basse, avant de se reprendre, se souvenant de quelque chose. "Mange donc, mon roi des Kannelbullar."

Il lui vola un baiser avant de ressortir. Adrian le regarda disparaitre par la porte, sans rater la maigreur visible de son partenaire. Il avait l'air mal en point, et ça le travaillait pas mal. Plusieurs choses paraissaient bizarres, mais il aurait le temps d'en parler en temps voulus. Il mangea sa pâtisserie à la cannelle avec un soupire. Ca faisait du bien de se retrouver là, dans en endroit familier... Oliver ouvrit alors la porte, et un dard sombre traversa la chambre à une vitesse fulgurante. Bendi... Qu'est-ce qu'il avait maintenant?

"Désolé, je ne voulais pas qu'il te réveille alors je l'ai gardé dans le salon toute la matinée..."
"Ne t'excuse pas, Oliver, il n'aime pas se retrouver dans des endroits nouveaux, surtout sans moi."


Il dressa le bras et le Grand Corbeau se posa sur lui. Son plumage avait prit une teinte plus brillante et bleutée avec les années, mais se tenait toujours aussi droit et fier. Et sacrée bestiole, elle avait bien grandit aussi tout de même. Adrian finit de manger, maintenant l'oiseau près de lui. Terminant son café, il encouragea l'oiseau à rejoindre le salon, et ramena le plateau. Oliver était sur son téléphone, concentré à envoyer des messages. Adrian passa derrière lui et regarda par-dessus son épaule.

"Tu ne travailles pas aujourd'hui?"
"Non."
Sourit-il, fermant son portable. "J'ai décidé de prendre une journée de repos."

Adrian le regarda un peu de travers mais ne commenta pas. En lieu de ça, il tapota sur son poignet où il avait toujours le bandage.

"Et ça, ça a déjà guérit non?"

Alors qu'il toucha la plaie, Oliver eu un mouvement de recul, tenant son poignet, grimaçant. S'excusant rapidement, il partit s'enfermer dans la salle de bain. Adrian resta silencieux, puis regarda le corbeau qui le fixait aussi. Il avait envie de lui demander ce qu'il regardait, soudainement énervé... Mais bon, parler à un oiseau n'allait pas le détendre non plus. Il se contenta de s'assoir sur le canapé en mettant un CD. Après une dizaine de chansons, Oliver n'était toujours pas sortit. Il l'appela au travers de la porte. Le méta se contenta de lui répondre qu'il avait besoin d'espace. C'était bien nouveau ça. Agacé, Adrian prit son manteau, disant qu'il allait rendre visite à Silvia.

La psychiatre fut heureuse de le revoir, mais lorsqu'il mentionna Oliver, son visage se ternit. Il la regarda fixement, jaugeant sa réaction. Elle savait quelque chose, et elle avait intérêt à lui dire. Il réclama une explication, qu'elle mit un temps à émettre à voix haute.

"Oliver a arrêté de travailler dans son cabinet."
"Quoi? Depuis quand?"
"Six mois après ton départ peut-être? Il est allé à l'hôpital bien sûr, donné un coup de main visiblement... Mais ces derniers mois j'ai l'impression qu'il y est allé de moins en moins."
"Tu le vois souvent?"
"Non, il prétend être occupé. Je ne dis pas parce qu'il ne travaille pas qu'il ne fait rien, loin de là, mais il est de plus en plus réservé. Je ne l'ai pas revu depuis trois mois."


La nouvelle le surprit; non pas que la durée soit en elle-même surprenante, mais connaissant Oliver, il adorait Silvia, et était toujours ravit de l'inviter à dîner avec lui. Cela commençait à faire une petite accumulation de choses étranges, assez hors de caractère. Bon, il ne pouvait pas juger si rapidement, pas après deux ans d'absence, mais son compagnon semblait pourtant bien différent.
Ils parlèrent rapidement d'autre chose, notamment le corbeau, Bendigeidfran. Elle était assez impressionnée par l'oiseau, dont le torse se bombait avec fierté. Elle semblait heureuse qu'il ait réussi à se retrouver un familier après Mercure, dont la mort avait été un tournant pour le wiccan.
Il invita la psychiatre à venir manger le jour d'après; elle serait heureuse de revoir Oliver, et de passer plus de temps avec Adrian, au lieu d'un bref papotage entre deux rendez-vous.

Sur le chemin du retour, Adrian percuta quelqu'un qui sortait de l'immeuble; il s'excusa brièvement en regardant la personne. Cela avait l'air un individu parfaitement ordinaire... sauf ses yeux, trop vifs, trop... Prédateurs. Il eut un léger mouvement de recul alors que la personne le poussa pour passer à côté de lui, visiblement très énervée. Un frisson lui parcouru l'échine, et le corbeau, qui s'était envolé pour profiter de la vue, était rapidement redescendu, sentant probablement la détresse du wiccan, venant pour le protéger au cas-où il aurait besoin de faire un sort. Or le danger n'était pas physiquement présent... Un pressentiment plutôt... Un très mauvais pressentiment. Il courut jusqu'à l'étage et ouvrit. Oliver faisait les cent pas dans le salon. Levant la tête, il le regarda à peine avant de reprendre sa marche quasi-robotique.

"Oliver, qu'est-ce qu'il y a?" Demanda-t-il, un peu trop froidement peut-être. Il n'aimait pas la façon dont son partenaire agissait, surtout quand il ne lui parlait pas, comme il le faisait à l'instant présent.
"Rien."
Un rire rauque échappa de sa gorge, sans humour.

Il aurait peut-être pu y aller plus doucement ce jour-là, mais la crise se faisait sentir, et il ne pouvait pas retenir son mécontentement. Peut-être que c'était de ça qu'Oliver avait parlé, que même sans les crises il y aurait toujours une rage latente, qui se ferait sentir de plus en plus jusqu'à ce qu'il craque... Il n'y avait pas vraiment pensé, pas cette fois-là, ni vraiment les années qui avaient suivi... Parce qu'une fois que la vérité avait éclatée, il n'y avait rien à penser, surtout pas sur lui-même.

Car oui, Oliver avait quelque chose à dire, et il fallu qu'il explose autour de la table alors que Silvia était là aussi... Au moins elle avait été là pour les séparer dans leurs crises mutuelles. Car oui, le moment avait été bien choisi pour Adrian de péter son câble mensuel. Heureusement cela ne dura pas à partir du moment où Oliver s'était mit à hurler, les larmes aux yeux, agitant ses bras comme un dératé. Au moins il s'était lâché, et lui avait dit tout ce qu'il avait sur le coeur... A peu près. La suite vint assez logiquement après.
Adrian regarda le dossier déjà plein de photos d'Oliver, d'eux ensemble, d'eux avec Silvia... Le grand métamorphe souriait sur toutes les photos, sans exception... Et lui tirait toujours une gueule de déprimé. Il prit la meilleure photo qu'il avait du métamorphe seul et la colla dans le nouveau dossier, avec la date exacte de son décès.

Le métamorphe avait été quelqu'un de bien, de combatif, d'extraordinaire pour le wiccan. Sauf que comme tous ceux qui l'approchaient, il allait devoir subir la pire chose qui soit pour eux... Le métamorphe était malade. Gravement malade. Il ne guérissait plus, son système immunitaire était totalement défaillant, et se battait même contre le reste de son organisme, l'affaiblissant à petit feu. Une maladie génétique, que son père lui avait transmis, lui aussi affecté. Adrian ne s'était jamais demandé ce qui était arrivé à la famille d'Oliver, et n'avait pas demandé, de peur d'aborder un sujet douloureux; lui-même n'avait jamais vraiment pu dire au méta ce qui était arrivé à sa famille... La révélation fut douloureuse pour tout le monde. Adrian cessa de parler pendant les quelques jours qui suivirent l'annonce.
Il n'y avait pas de solution miracle; autant de potions ou de runes ne pouvaient rien contre l'avancée de sa faiblesse, qui jour après jour réduisait ses forces. Plusieurs fois il demanda à Adrian de partir, sans jamais que ce dernier n'accepte. Il n'avait pas encore abandonné, lui. Il persistait à tester des magies et des sorts, des potions et des bols minéraux, des amulettes et pleins d'autres choses. Il alla même jusqu'à envoyer une lettre à Urd pour lui demander conseil. Hélas la vieille wiccane n'avait rien à proposer qu'il n'ait pas déjà essayé... Peut-être qu'il aurait été sage de laisser les choses faire... Mais pour lui, c'était impossible.
L'étape la plus difficile fut d'éloigner le suceur de sang qui avait commencé à profiter du mourant pour lui prendre sa précieuse hémoglobine; Oliver avait accepté jusque là, puisque tant qu'à mourir, autant qu'il serve à quelque chose jusqu'au bout. Adrian fut rapide à mettre des protections sur les portes et les fenêtres. Aucun vampire de merde n'allait venir empirer son état.

Leurs efforts le gardèrent en vie quelques temps, plus que le prognostique original... Mais il était faible et vers la fin en 2053... Trois ans à repousser l'inévitable les avait tous endurcis, et épuisé. Adrian ne quittait jamais son chevet, émotionnellement vidé, toutes ses forces aspirées par l'effort de se maintenir heureux pour Oliver, qui, de jour en jour, insistait de plus en plus pour qu'il parte et le laisse.
Jusqu'à ce qu'Oliver lui propose un marché. Il n'avait même pas songé à la possibilité, et il voyait que le métamorphe souffrait. Les mots resteraient à jamais encrés dans sa mémoire.

"Au moins, je serai avec toi pour toujours."

Silvia ne lui pardonnerait jamais ce dernier acte, ce dernier combat... Mais Oliver voulait qu'Adrian prenne sa fourrure. Aussi glauque que cela puisse paraître à n'importe qui, Adrian avait rencontré des marcheurs de peau, et malgré l'illégalité de l'acte, et de la réputation que cela faisait aux wiccans, il avait parfaitement conscience du fonctionnement, et de ce que cela signifiait pour le métamorphe.
Au moment d'accepter, il aurait pu jurer qu'il venait de perdre une part d'humanité. Dépecer le lion encore vivant, malgré une dose massive de morphine, n'avait eu rien de glorieux.

Le jour même il prenait l'avion pour aller à la Nouvelle Orléans. Si ses infos étaient vraies, alors le contractant de Mikhail se trouvait là-bas. Plus qu'à le retrouver, et lui faire sa fête si possible.

Il regarda le dossier; une épaisseur raisonnable pour une vie jusque là. 42 ans, c'était pas des masses... Et pourtant, tant de choses avaient eu le temps de se passer. Il ne ressentait plus rien, ni à la rédaction, ni à la vue des photos. Bien sûr, de nombreux passages l'avaient agacé, surtout à cause des choix qu'il avait pu faire par le passé... Mais en dehors de ça, il n'avait aucune autre émotion qui en ressortait. Fermant le dossier, il soupira, ignorant le corbeau qui jouait bruyamment avec une de ses bagues. Il y aurait encore beaucoup de choses à écrire dans ce dossier...
Il le posa sur sa tablette et regarda par la fenêtre. Ah, le temps était passé plus rapidement que prévu au moins, et ils ne devaient plus être très loin.

Quelques détails à savoir sur votre arrivée à la Nouvelle Orléans? Vous y êtes natif ? Adrian vient tout juste d'arriver... La suite reste à découvrir.
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MessageSujet: Re: Adrian Case [FINI]   Jeu 10 Mar - 22:45

DRIDRI.

Bim prend toi ta validation dans la face. Je crois que je suis en train de péter un plomb à force de lire ta fiche de trois kilomètres de long XDD. Donc a priori pas de problèmes. (Reste éventuellement à voir avec les autres si la maladie d'Oliver était une sorte de pathologie rarissime/unique ou bien si elle touche plus de métamorphes, et à quoi elle pourrait être due. Si tu as une idée plus précise à son sujet n'hésite pas à nous en faire part histoire qu'on puisse y réfléchir).

Pour le reste tu connais le truc : Carnet mondain, Inventaire, Fiche d'identification, Niveau de dangerosité... et maintenant on a aussi les Correspondances !

Bon courage pour la suite o/
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Adrian Case [FINI]

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