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 Skyler Skinner

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Skyler Skinner
Wiccans
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Wiccans


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Emploi: Pharmacien - Ambassadeur du Talion et Dealeur de sort de la W
Age apparent: 31 ans
Dangerosité:
26/30  (26/30)

MessageSujet: Skyler Skinner   Lun 11 Jan - 3:08

État Civil

Nom :Case (originellement). Skinner (depuis son arrivée aux USA)
Prénom :Skyler (a aussi porté les prénoms Svetlana et Logan durant sa vie, et le patronyme Dzheysonovna)
Race : Wiccan
Âge : 42 ans
Âge apparent : 31 ans
Date de Naissance : 6 février 2011 à Volvograd
Situation de Famille : Polyamour à géométrie distraitement variable (distraitement variable dans le sens où Skyler est souvent peu attentif aux autres : il fait un mauvais compagnon si on attend de lui des sentiments profonds, et nombre de ses relations s'étiolent très vite, sauf celles qu'il entretient avec des personnes qui fonctionnent un peu comme lui.)
Profession / Activité : Ambassadeur du Talion. Pharmacien : Il a son diplôme et il gère sa propre boutique ce qui au passage lui permet de s'adonner à quelques activités illicites qui, en toute franchise, sont la raison même pour laquelle il a choisi cette profession : il deale illégalement des hormones pour un prix modique. C'est aussi le cas de tout un tas d'autres médicaments soumis à prescription médicale stricte, mais pour lesquels il fait cette fois payer plein pot : les bénéfices reviennent directement au Talion. Skyler deale aussi des sorts pour la W en même temps qu'il fait tourner le reste de sa boutique : cette place lui a permis de rapprocher son organisation principale de la Mafia par laquelle il obtient de façon récurrente des subventions. De l'argent contre un marché florissant, des renseignements, voire de l'aide pour mener à bien certaines opérations musclées. Les deux structures s'entendent bien.

Morphologie

Taille :1m77
Poids :67kg
Corpulence : Skyler possède une carrure fine, à la limite de la maigreur, à cela près qu'il a un profil athlétique : des muscles secs qui saillent sous sa peau, et lui façonnent des épaules et des bras dont le caractère n'a rien à envier à leur propriétaire. Assigné fille à la naissance, il a procédé à une mammectomie peu avant son arrivée aux USA.

Couleur de cheveux : A l'origine châtain foncé, mais si il y a bien un truc qui n'arrête pas de changer chez Skyler, c'est ses cheveux. Un coup rouge, un coup vert, un coup bleu, et pourquoi pas rose ou arc en ciel... Ses coiffures, la longueur erratique de ses cheveux (généralement rasés sur un ou deux côtés) ainsi que leurs couleurs varient en fonction de l'humeur et de l'envie. Il s'aide de la magie wiccane pour les faire repousser au besoin et pour pouvoir continuer de se les teindre quotidiennement sans se les foutre en l'air.

Couleur des yeux : Gênante. Grise. Enfin, à peu près. Les prunelles de Skyler dont on ne sait pas si elles sont vraiment claires ou foncées ont pour particularité de prendre des reflets jaunes sous certaines lumières. Le résultat est aussi perçant que perturbant... Et Skyler en est parfaitement conscient.

Allure générale : Skyler ne laisse personne indifférent : il peut gêner, impressionner, fasciner, agacer, dégoûter, mais ce n'est pas le genre de personne sur lesquelles le regard passe sans s'arrêter. Ça ne tient pas uniquement à son apparence singulière : il possède une confiance en lui rayonnante qui le munit d'un charisme souvent aussi bruyant et cinglant que son sens de l'humour. Sa gestuelle permet de le reconnaître de loin : il parvient à mêler nonchalance et autorité en quasi permanence.

Allure vestimentaire : Variable (c'est le moins qu'on puisse le dire), mais il ne donnera jamais l'impression de pouvoir rentrer dans un gala même lorsqu'il prend la peine de s'habiller d'une manière jugée socialement convenable. De façon générale, il a des goûts assez proche des tendances punk contemporaines. Il se vêt de façon très masculine à neutre sans distinction, traduisant sciemment dans son expression son identité demi-masculine neutrois.

Particularités éventuelles : Sa voix grave et son apparence lui permettent de rendre difficile à qui ne le connait pas de deviner son genre assigné à la naissance, ce sur quoi il compte bien : de toute façon ça ne regarde personne d'autre que lui et ses plus "intimes connaissances". Des tatouages au niveau du cou et sur ses bras. L'un d'entre eux notamment,un serpent stylisé, lui descend de l'épaule jusqu'au milieu de l'avant-bras droit (et représente son premier familier). Lorsqu'il a dû en "changer", s'est rajouté le profil d'une hyène aux traits fumeux, éthérés, au niveau de sa clavicule gauche. Il apprécie de tenir le registre de ses compagnons magiques actuels et passés en se servant de sa propre peau comme d'un parchemin. De nombreux piercings sur les oreilles, le visage, l'arrière du cou... Un peu comme ses cheveux, ils ont tendance à changer en permanence. Parfois, il se teint les ongles en noirs. Il lui arrive plus rarement de se peinturlurer la figure (jamais de façon féminine) pour rehausser une tenue et choquer les petits vieux et les coincés de sa rue, mais ce n'est pas une pratique courante pour Skyler. Plus jeune il avait un accent russe prononcé qu'il a été forcé de perdre très vite. Néanmoins il peut encore le prendre très facilement lorsqu'il en a envie, ce qui lui arrive occasionnellement soit pour aller avec le ton d'une de ses plaisanteries hasardeuses, soit lorsqu'il fait semblant de ne pas savoir parler anglais (pratique pour éviter des discussions chiantes comme la mort avec certains emmerdeurs).


Psychologie

Défauts : Skyler a tendance à avoir trop confiance en lui, et si il a souvent de bonnes raisons pour ça, il lui arrive de se mettre dans la merde jusqu'au cou parce qu'il a surévalué ses capacités. Notons que cela lui arrive aussi lorsqu'il a été trop téméraire. C'est une chose courante, car c'est une véritable tête brûlée. Il n'a peur de rien, même lorsqu'il devrait, ce qui peut amener à des situations parfaitement surréalistes. On le considère cynique et insensible. Il n'est pas doué dans les relations humaines lorsqu'elles dépassent le stade d'une amitié standard. On le trouvera souvent désintéressé, mordant, voire blessant. Rien ne saurait arrêter son sens de l'humour déluré, pour ne pas dire très particulier. La plupart du temps, il se moque de ce que ses propos infligent aux autres et il lui arrive même de se plaire à contrarier ses clients par sa cruauté (Paradoxalement cela dit il est très sensible aux problèmes de discrimination et n'usera jamais de ce type de mécanisme pour se moquer d'autrui, ou du moins pas consciemment, et pas sans regrets si il s'en rend compte).

Qualités : A moins d'avoir de bonnes raisons de vous rouler dans la farine, Skyler est une personne franche et il ne prend pas de détours. Il n'agit que pour ce en quoi il croit, et il y va sans compter. Le Talion l'a depuis longtemps convaincu de la justesse de ses objectifs. Il est aussi impliqué dans tout un tas d'autres actions, et n'est pas avare en temps donné. Skyler est doué en magie et doté d'une intelligence fine bien qu'elle soit souvent parasitée par ses tendances à agir par coups de théâtre trop spontanés. C'est une personne charismatique qui vous embobinera très facilement si vous n'y prenez pas garde. Son imagination débordante rend sa parole très imagée et très... fleurie. Comme il ne s'embarrasse pas de nostalgie, il est rare qu'il ne soit pas opérationnel. Il a très peu souvenir de s'être jamais senti vraiment déprimé malgré les débuts chaotiques de son existence. Certains disent qu'il lui manque une case. C'est un gros bosseur mais dans son cas c'est à la limite du défaut plutôt que de la qualité : il se surmène sans compter au point d'oublier parfois d'avoir une vie personnelle ou de veiller sur sa santé.

Croyances : La justesse des luttes sociales quelles qu'elles soient forment la pierre angulaire autour desquelles s'articulent ses actions. Pour lui, le Talion est la réponse adéquate à ce que les normes font vivre aux outres soit parce qu'ils cherchent à les utiliser (comme Mikhail), soit parce qu'ils les traitent comme de la merde voire les mettent en danger, lorsqu'ils n'essaient pas sciemment de les buter à la façon du TPH. Pour le reste c'est assez dur à définir : comme dit, Skyler est un être globalement très cynique. On est jamais entièrement certain de savoir où les limites de son amoralité se trouvent.

Religion : La Wicca standard principalement, entrecoupée de bribes de sa version islandaise. Les Sleeman n'ont pas réussi à lui faire oublier ce qu'il a appris de sa première instructrice.

Goûts :Skyler est pansexuel et aromantique. Il aime la singularité chez lui comme chez les autres : la norme l'ennuie. Il aimait bien la cuisine de sa mère, quand même. Parce que lui il n'a jamais rien réussi à faire qui soit mangeable en définitive. Globalement il n'a pas de véritables préférences culinaires, ce n'est pas un gros mangeur. Un fumeur et un buveur, ça par contre c'est autre chose, quoiqu'il ne consomme jamais beaucoup d'un coup. Il n'en a pas besoin (et ses connaissances le remercient car personne, mais alors vraiment PERSONNE ne veut voir ce dont il serait capable complètement torché). Les arts ne l'intéressent pas spécialement, mais il n'a rien contre un bon roman (si il trouve par miracle le temps de lire), ou contre tout ce qui s'écoute bien et qui ne lui donne pas envie de dormir.

Talents, savoirs notables : Les principaux talents de Skyler reposent dans sa magie, et dans son intelligence survoltée qui lui a permis de développer les capacités qui vu son poste lui sont nécessaires : faculté d'embobiner son monde facilement, persuasion et sens aigu des complots comme des affaires. Il est aussi docteur en pharmacie et possède les connaissances qui vont avec.

(+) Espoirs, buts, rêves : Ce sont des termes bien forts pour lui. Le paragraphe "croyance" suffisait : il sait pertinemment que les choses ne changeront pas du jour au lendemain mais tant qu'on oeuvre à leur réalisation alors, l'espoir réside. Et rien n'empêche de remettre les abrutis à leur place en attendant. (Et non, raté, il se fout complètement de revoir sa soeur ou pas).

(-) Angoisses, regrets, phobies : Il a développé un traumatisme fort lors du raid d'Husafell où il a été séparé de sa famille et où il a dû se protéger en tuant un homme avec l'arme lâchée par un cadavre encore chaud, alors qu'il n'avait que douze ans. Il se sent mal dès qu'il ne porte plus d'arme sur lui et fait de l'hypervigilance. En situation de danger, il lui arrive de perdre son sang-froid, sa cohérence et d'agir sans réfléchir. Le peu de ses scrupules et de sa capacité d'attachement disparaissent au profit d'un instinct de survie brut et bestial. Il peut devenir dangereux même pour ses plus proches amis.

Si on vous parle des Outres, vous réagissez comment ? Salut les potes ! Je ne fais pas de préférences : c'est pas vraiment dans l'idéologie du Talion.

Et votre sentiment vis à vis des Normes ? Hmm, y a pas grand chose à récupérer de cette bande de moldus lâches et haineux. Mais j'imagine qu'ils peuvent pas tous être mauvais. J'en ai même croisé des sympas. #notAllMoldus (lolz)

Êtes-vous satisfait de votre existence ?   Ça va tranquille. J'aurais pas dit ça il y a 25 ans.

Possibles évolutions ou objectifs futurs : Continuer à faire tourner ses affaires : faire tourner sa pharmacie et le trafic illégal qu'elle abrite, bosser pour la W, bosser pour le Talion, ne pas oublier de visiter les assos de temps en temps et s'éclater lorsqu'il reste un peu de temps.

Particularités éventuelles : Parce que vous en savez pas déjà assez ?

Relations Sociales
Familiers :
Skyler aime les animaux dangereux. Son premier familier était un python noir affublé du doux nom d'Agony. Il ne lui aura pas porté chance puisqu'au cours d'une attaque périlleuse, la pauvre bestiole implosa à moitié et vécut quelques dernières minutes spasmodiquement difficiles. C'est marrant comme faire exploser des serpents a l'air d'être à la mode chez les criminels wiccans hein...

Son familier actuel : Rictus, une hyène tachetée domestiquée par la magie qu'il s'est procuré sur le marché noir quelques années au préalable, avant d'obtenir par le même biais le droit légal de posséder l'animal. La hyène est soumise à un sortilège qui la pousse à la docilité. A moins que Skyler baisse volontairement son emprise sur son familier, elle n'est généralement pas plus dangereuse qu'un chien, dont elle a d'ailleurs acquis le goût du jeu... en plus vicieux.

Relations particulières notables :

Mikhail Yegorovich Kouznetsov : Parrain de la mafia russe et oncle
Lidiya Yegorovna Case : Soeur de Mikhail et mère de Skyler
Jason Case : Père de Skyler
Yustina Yegorovna Case (alias Quinn Walker) : Soeur jumelle
Benedikt : Ancien allié de ses parents, figure paternelle et plus vieil ami
Áshildur : Wiccane islandaise qui lui a appris la magie à l'apparition de ses pouvoirs
Margaret et Joseph Sleeman : Parents adoptifs, relation (très) conflictuelle
R.S : Connaissance du Talion anglais
Vulpine : Ancien maître, trafiquant de l'ex-cabale clandestine anglo-américaine "Salem".
Alie Williams : Amie et première relation
Arsene Kerner : Ancien ambassadeur du Talion de Louisiane
Lakisha Clark : Langue du Talion de Louisiane, ex-relation
Cyriel Fruta : Arnaqueur aux ordres de Skyler
Milan Dvorak : Avocat, ex-membre de la LEDO, faussaire et ex-relation. Source d'agacement.
Précieuse : Complice amicale et collègue dealeuse de sort à la NO... parait-il, n'est-ce pas.

Antécédents :


Quelque chose à dire sur votre Famille ?


Citation :
Le 23 septembre 2027

Il y a des façons plus ou moins singulières d'entrer dans l'existence. Des plus tranquilles que d'autres, et d'autres encore qui peinent à être crues lorsqu'elles sont racontées. L'histoire des jumelles Case fait partie de cette dernière catégorie, façonnée dans un milieu intransigeant qui explique peut-être, au moins un peu, la psychologie retorse des progénitures qui en ont été issues.

Les Sleeman ne savent plus quoi faire avec Skyler. Elle est vive, et rien ne semble vouloir l'empêcher de réussir ses études : ça leur fournit des arguments en moins. Comment l'obliger à travailler plus et à rester à la maison lorsque un effort minimal lui permet d'obtenir des résultats tels qu'on pourrait difficilement en demander plus ? C'est une ado maintenant, et elle est un peu trop consciente de qui elle est. Futée, mais téméraire. J'ai peur qu'elle mette ses doigts dans la nitroglycérine pour la touiller. J'ai tenté de la suivre hier soir mais elle m' a repéré - je la soupçonne d'avoir posé un sort de détection. Je suis pourtant certain de l'avoir vue parler à R.S. Ma mémoire s'embrouille. Elle ne veut pas que je me souvienne. Il faut pourtant que je lui dise ce qu'elle risque. Je...

La note s'arrête brutalement. La page déchirée semble être longtemps restée coincée dans les revers de couverture du journal élimé.

Ce bon vieux Benedikt... Plein de bonnes intentions, vraiment, mais un esprit d'une fragilité.. ! Bon en l'occurrence, c'est ma faute de ne pas avoir voulu l'écouter et je me suis tendu ce piège tout seul. Est-ce que je regrette ? Pas vraiment. Les Sleeman m'agaçaient : m'extraire de leur éducation oppressante m'a permis d'enfin vivre ma vie comme je l'entendais. C'est fou comme on va vite à mettre sur le compte d'une crise d'adolescence presque tout ce qu'on veut faire et qui va contre la volonté des parents... Pourtant parfois, on pourrait plus facilement parler de "crise de vieux schnock", dans ces moments où ils cherchent juste à t'empêcher d'être différent d'eux-même. Bref... C'est pas comme ça que je vais finaliser mon ingrédient moi... Va falloir que je reprenne du début, chronologiquement. Ça me fatigue d'avance... Si j'avais voulu raconter ma vie à un bout de papier, j'aurais tenu un journal intime.

Je n'ai presque aucun souvenir de mon enfance. Il va donc me falloir reposer copieusement sur les notes prises par Benedikt afin de retracer cette histoire correctement. Par chance, il en a fait tout un roman : je le soupçonne de nous surveiller depuis bien avant la trahison de mon père et la fuite qui s'en est suivie. Pourquoi le Talion s'intéressait tant à deux gosses, même pas nés ? Qui était mon père exactement avant d'arriver en Russie ? Son identité explique sans doute au moins partiellement les raisons qui ont poussé l'organisation à nous suivre d'aussi près. Impossible, malgré ma position, d'obtenir ces informations : soit quelqu'un s'évertue à nous les cacher - et il y arrive bien - soit elles ont été détruites depuis longtemps.

Tout ce que je sais de lui, c'est qu'il faisait partie de la famille d'un parrain de la pègre russe, installée aux USA. Mikhail Yegorovich Kouznetsov était loin d'être le premier mafieux issu de cette généalogie : Cela faisait plusieurs générations que nous étions installés dans ce pays et c'est ainsi que naquit mon père, Jason Case, de l'union d'une femme de notre fratrie et d'un wiccan inconnu.

Jason développa des pouvoirs, ce qui ne manqua pas d'intéresser Mikhail. Désireux de faire sienne la puissance wiccane, il proposa à mon père d'entrer dans son organisation. Le bougre avait le sens des affaires : il n'accepta qu'à la condition d'obtenir un poste de choix. La place de Brigadier s'était mystérieusement libérée quelques semaines plus tôt : une maladie foudroyante avait emporté le malchanceux sans prévenir, qui laissait derrière lui une veuve pas franchement éplorée. Si vous voulez mon avis, je dois probablement à ma mère mon penchant pour les fioles et les médicaments... La dite veuve, qui était aussi la sœur de Mikhail, ne le fut pas longtemps puisqu'on la maria à Jason pour officialiser son contrat avec le Parrain. C'est dans ce contexte que Yustina et moi naquirent, un an et demi environ après le mariage et après que mon père ait pris ses nouvelles fonctions.

Événements de votre passé qu'il convient de connaître :

Citation :
Le 8 février 2017, Volvograd

Jason et Lidiya sont devenus imprudents. Je ne cesse de leur répéter que le moment n'est pas venu, qu'il faut encore attendre qu'au moins, leur frère cesse de se méfier d'eux, mais rien ne les fera m'écouter. Ils comptent agir la semaine prochaine. Je n'ai pas su convaincre mes supérieurs de nous envoyer de l'aide : un conflit ouvert avec la Mafia Rouge les rebute, et je comprends aisément leurs réticences. J'ai vu ce dont ils étaient capables : on ne veut pas être en mauvais terme avec ces gens.

Mais dois-je me dire étonné ? Lorsque la silhouette décharnée de Lidiya s'est extraite de l'ombre hier soir, et tandis qu'elle gravissait les marches qui la séparaient du seuil de la porte, j'ai vu les traces noires et boursouflées qu'on avait laissé sur son visage. J'ai vu la façon dont elle boitait douloureusement. Et je ne veux savoir le reste de ce que je n'ai pas pu voir, caché sous ses vêtements de honte qu'elle griffait fébrilement entre ses bras croisés. Elle m'a ignoré, je n'ai même pas pu croiser son regard. La seule chose qui voulut passer ses lèvres était un murmure désincarné : "Où est Jason ?". Je n'en savais rien. Parti, probablement, et je culpabilisai à l'idée d'en être rassuré. Là où son travail de couverture le menait il risquait moins.

Elle avait encore laissé les enfants seuls à la maison. Je plains ces pauvres gosses... D'un autre côté, je ne les comprends pas. Leur monde est en train de s'écrouler autour d'eux, pourtant rien n'a l'air de pouvoir les perturber. Je les ai regardés jouer par la fenêtre. Elles étaient assises l'une en face de l'autre et tiraient sur les pattes d'une tortue domestique. Elles souriaient comme des enfants, mais des enfants qui ont tout. Est-ce qu'elles n'ont jamais eu l'occasion de se rendre compte de ce qui aurait dû être leur tandis qu'elles n'y ont jamais eu droit, ou bien est-ce juste une façon pour elles de se protéger en ignorant le monde menaçant des adultes qui les entourent ? Je voudrais passer du temps avec elles, mais encore et encore, Lidiya me le refuse sévèrement.

Ce grand type qui nous observait fixement par la fenêtre me fichait les chocottes à intervalle régulier... Je crois qu'il pensait qu'on ne le voyait pas, mais on a trop souvent tendance à sous-estimer les enfants. C'est un des seuls souvenirs que j'ai de cette époque, et peut-être est-ce parce que Benedikt en faisait partie. Non pas que je sois sa groupie hein... Mais à force de voir sa tronche à longueur de journée, il y a un moment où on commence à avoir du mal à l'oublier. C'est bien dommage, parce qu'on peut pas vraiment dire que la nature l'ait gâté, et tant qu'à avoir un visage tatoué sur le cerveau j'aurais aisément pu trouver mieux que cette face de rat avarié. Bref... J'arrête mes conneries, j'ai pas envie de passer la nuit là dessus.

Résumons : un parrain de la mafia russe, Mikhail Yegorovich Kouznetsov, sa soeur Lidiya Yegorovna mariée à son wiccan de second, Jason Case. Et deux jumeaux braillards par dessus le marché : Yustina Dzheysonovna (dite Fiona) et Svetlana Dzheysonovna (dite Skyler) Case. Soucieux de faire honneur à leurs cultures respectives ils avaient choisi de nous donner deux prénoms : l'officiel était russe, le second américain. Nous fimes rapidement notre choix entre les deux d'un point de vue officieux et aucun de nos parents ne remit en question notre choix. J'optai pour Skyler sans l'ombre d'une hésitation. Les sonorités de l'autre me donnaient envie de régurgiter des boules de poils comme le chat de notre vieille peau de voisine. Est-ce que j'avais la tête de porter un sobriquet aussi fleuri ? (probablement que oui pour quiconque devait m'observer me dresser bien fier et bien droit sur mes deux ans et trois pommes). J'étais alors loin de comprendre les véritables raisons derrière mon choix : j'ai été plutôt long à la comprenette. Yustina quant à elle eut plus de mal à se décider entre ses deux prénoms qu'elle exécrait au plus haut point et c'est par dépit qu'elle sélectionna le premier. En même temps je la comprends : moi non plus j'aurais pas aimé.

Notre qualité de vie se dégrada rapidement. Ma mère restait seule avec nous à la maison tandis que mon père était absent la plupart du temps : lorsqu'il ne bossait pas pour Mikhail, son travail de reporter l'amenait à quitter le pays durant de longues périodes. Ses obligations devaient probablement s'entrecouper si bien qu'il lui arrivait d'être parti pendant plus de quatre mois sans revenir. Pour des enfants de notre âge, c'était une éternité sans le voir. Bizarrement, ni Yustina ni moi ne nous en souciions guère. Jason était à peine plus qu'un étranger pour nous et lorsque sa présence se fit plus courante, nous approchions les cinq ans et nous étions perturbés plus qu'autre chose par la façon dont il avait tendance à accaparer notre mère jadis très présente dans nos vies. Leurs messes basses faites dans la cuisine ne nous inquiétaient guère, mais c'est à cette période que nous développâmes une fascination particulière pour la tortue domestique que Jason nous avait apporté en guise de cadeau lors d'un de ses derniers retours. Bien... Et je n'arriverai pas à réunir plus de détails, alors autant en venir à ce qu'il s'est réellement passé à ce moment là.

Par le biais des écrits de Benedikt j'ai appris que Mikhail abusait de ma mère (de diverses façons et comme lui je crois que je préfère ne pas les lister). Ne le supportant plus, elle mit Jason dans la confidence et ce dernier accepta de collaborer avec elle. Benedikt s'est montré très vague dans ses explications. Je crois qu'il avait peur que le journal tombe entre de mauvaises mains même si très franchement, ce qu'il y a écrit dedans aurait suffi à mettre nos parents dans la mouise quoiqu'il en soit. Je crois deviner qu'ils avaient prévu de faire assassiner Mikhail et que Jason prenne sa place à la tête du groupe. Ça n'était pas très avisé, mais la témérité inconsidérée doit probablement être génétique dans notre cas. Je ne sais pas ce qu'ils firent mais en tous les cas on peut dire qu'ils se sont lamentablement foirés. Peu après le jour de notre sixième anniversaire notre mère nous réveilla en nous pressant de nous lever et de nous habiller. Nous n'avions pas le temps de réunir nos jouets ni nos vêtements, ni même de prendre avec nous la tortue Marshi qui dans son vivarium avait encore moins idée que nous de ce qui était en train d'arriver. Nous insistâmes aussi longtemps qu'il était possible de le faire pour prendre avec nous l'animal mais maman nous ficha des baffes mémorables du moment que nous firent mine de lui désobéir et d'arracher Marshi de sa prison de verre. Enfin convaincu (Lidiya ne nous avait jamais frappés : bien que choqué je compris ce que ça pouvait signifier sur l'urgence de notre départ), je me laissai emmener par sa poigne rude sans broncher plus longtemps. Elle glissa des papiers dans notre poche et tapa sur les doigts de Yustina lorsqu'elle essaya de les en sortir pour regarder ce dont il s'agissait. Nous nous engouffrâmes dans le trafic routier et embarquèrent dans un avion qui avait été depuis longtemps réservé. Prévoyants malgré leur impatience, nos parents avaient prévu cette fuite dans le cas où leur tentative se solderait par un échec. Je ne demandai jamais où était passé Jason. J'étais étrangement persuadé que je ne le reverrais plus jamais et en éprouvais une forme de soulagement. Yustina prit tout de même l'initiative de s'enquérir de son sort, et notre mère confirma ce que j'avais pressenti : "Papa n'est plus là". J'étais nettement plus contrarié par la perte de Marshi, qui laissait un vide tel que je me sentais comme un manchot dont le bras fantôme le grattait.

Citation :
Le 14 avril 2023, à Copenhague

Les nouvelles sont malheureusement mauvaises. Jason et Lidiya avaient bien joué et pendant un temps j'ai bien cru que Mikhail avait abandonné l'idée de les retrouver, mais notre homme en veut à sa sœur et compte bien récupérer les enfants. Je n'ai pas osé écrire avant d'être arrivé hors du territoire russe. C'est idiot : je pense qu'il me serait facile de voir si quelqu'un m'espionne de suffisamment près pour être en mesure de lire par dessus mon épaule, mais la tension a refusé de me quitter jusqu'à ce que l'avion atterrisse dans cet aéroport où j'attends mon prochain vol.

Je ne pense pourtant pas que Mikhail me soupçonne. Je pourrais me tromper : je ne serais pas le premier qu'il aurait induit en erreur et rendu trop confiant en laissant entendre qu'il pourrait mettre sa vie entre ses mains quand en  réalité il est sur le point de mettre à jour sa traîtrise. Je pourrais finir comme Jason, mais tant pis. Je dois les prévenir avant qu'il ne soit trop tard.


Ah... L'Islande. Il m'arrive d'être nostalgique de ce pays, ce qui est à noter parce que ce n'est pas vraiment un sentiment qui fait partie de ceux que j'ai l'habitude d'avoir. Par rapport à notre logement puant de Volvograd, la modeste Húsafell correspondait au bol d'air du siècle. Le ciel et les montagnes à perte de vue, les neiges éternelles égarées dans un bleu moutonneux, aux contrastes étourdissants... Les lacs et les cascades, et cet espace ahurissant que je n'avais ironiquement jamais connu dans mon pays d'origine, alors que celui-ci était immensément plus grand et probablement encore moins dense en population... Hey toi, oui, toi là ! Arrête de regarder ta face de punk dans le miroir : tout le monde a droit à ses moments de poésie (comme je serai probablement le seul à avoir l'occasion de lire ce manuscrit, autant que je me fasse un peu rigoler, avant de finir avec une crampe à l'anus provoquée par la frustration intense que je ressens à l'idée d'être très loin d'avoir fini mon histoire).

Bref... Húsafell. La période la plus calme qu'il m'a été donné de vivre et qu'on rapproche sans doute le plus d'une "existence normale" dans l'imaginaire des gens du commun. L'adaptation fut pourtant rude : nous n'avions plus le droit de parler russe au dehors de la maison, où ma mère nous incitait tout de même à exercer la langue afin que nous n'en perdions pas la maîtrise. On avait jusqu'à la fait peu d'efforts pour nous apprendre l'anglais si bien que si nous le comprenions, notre accent n'était pas des plus convaincants. Notre mère nous fit passer des heures devant des vidéos pour nous exercer à prendre l'accent américain, stricte et intransigeante même lorsque l'ennui et la fatigue nous donnaient la tête qui tourne et l'envie de vomir. Nous devions mentir pour garder un secret dont nous étions incapable de comprendre l'enjeu, et cerise sur le gâteau, la tortue nous manquait ! Nous dûmes nous habituer à un nom et des prénoms différents, ce qui là aussi nous perturba un peu. Nous devînmes la famille Walker. Yustina eut moins de mal que moi à accepter ce changement : Elle avait hérité du prénom de Quinn qui lui plaisait mille fois plus que ceux entre lesquels elle avait eu le choix la première fois. Je n'abandonnai qu'à contrecœur le mien au profit de celui de Logan, qui ne me déplaisait pas complètement. Seulement, j'avais adopté Skyler et n'appréciait que très peu l'accumulation des changements qui traversaient notre vie. Une fois ce temps d'adaptation passé, notre scolarisation commença, plus difficile que pour les autres comme nous ne parlions pas un seul mot d'islandais au début.

Passée la première année, notre vie devint plus facile. Nous tombâmes dans une routine confortable, ce qui nous fit du bien ainsi qu'à notre mère qui perdit progressivement la maigreur de ses pommettes et ses cernes noirâtres au profit d'un visage nettement plus épanoui. Elle s'occupa de nous correctement, ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps. Je ne sais plus si nous avions des amis : mes souvenirs d'Húsafell sont plus nombreux que ceux de Volvograd, mais je ne retiens presque que ceux que j'ai partagé avec ma famille. Vu la quantité de temps que je passais avec "Quinn", je doute que nous ayons eu le temps de fricoter avec d'autres gamins. On devait être un peu maso, parce qu'on ne peut pas dire qu'on s'entendait si bien que ça: nous étions tous les deux du genre à nous chercher des noises, voire à ne rater aucune occasion de nous taquiner plus ou moins gentiment... (comprendre plus ou moins méchamment). Une façon comme une autre de jouer !

Nous soufflâmes notre dixième bougie et c'est peu après que nous commençâmes à développer précocement des dons pour la magie wiccane, seul héritage solide que nous ai jamais transmis notre père. Notre mère s'était inquiétée de cette possibilité mais ne s'attendait pas à la voir se réaliser si rapidement. Jason mort, il ne restait plus personne pour nous apprendre à maîtriser nos dons. Elle chercha de l'aide dans le village et nous eûmes la chance de trouver Áshildur. C'était une vieille femme dont le mari décédé, un norme, ne lui avait à son plus grand regret donné que trois fils, tous normes. La wiccane était ravie d'avoir enfin des apprentis à qui transmettre son savoir qui sans cela serait perdu. Nous allions chez elle tous les week-ends et certains soirs de semaine : peu nous importait l'intensité de ces séances, car Áshildur nous plaisait à tous les deux autant que nous plaisions à Áshildur. Maman commença à devenir jalouse, et nous, à appeler la vieille Marshi. Elle adopta le sobriquet avec plaisir et sans jamais savoir d'où il venait, ce qui amenait Yustina et moi à nous moquer d'elle à intervalle régulier lorsqu'elle avait le dos tourné. La pauvre perdait un peu la tête et il lui arrivait de nous prendre pour ses deux fils cadets, ce qui je crois plaisait autant à Yustina qu'à moi-même : nous ne la corrigions jamais. Cette période dura deux ans, pendant lesquels nous acquîmes des bases solides. Nous apprenions vite. Áshildur était ravie de nos résultats. C'était la belle vie, quoi. Tout cela dura jusqu'à ce qu'un jour pas comme un autre, nous rentrions chez nous pour découvrir Benedikt dans la cuisine, en train de discuter avec notre mère dont l'expression anxieuse nous rappela brutalement le fantôme de la femme malheureuse qu'elle avait été par le passé.

Citation :
Le 16 avril 2023, à Húsafell

Je suis bien arrivé en Islande et je ne sais pas si c'est l'île qui me fait cet effet, où bien la certitude des kilomètres qui me séparent de Mikhail, mais mon anxiété est retombée. Je sais que je ne dois pas baisser ma garde : nous n'avons que très peu de temps devant nous avant que ses hommes de main débarquent, mais je suis confiant : mes contacts ont pris le relais, et nous devrions avoir nos papiers et une réservation dans la semaine, dans le pire des cas.

C'est étrange de les revoir après tout ce temps, même si je recevais des nouvelles d'elles à intervalle régulier. Les jumelles ont bien grandi, elles sont méconnaissables. De véritables terreurs en devenir si j'en crois leur caractère railleur. Je suis rassuré. Après ce qu'elles ont vécu, j'avais peur qu'un traumatisme les handicape durablement, mais plutôt que les enfants timides et craintives que j'avais peur de trouver, ce sont deux gamines solides et confiantes que j'ai rencontrées. J'irais même jusqu'à plaindre leur mère... Elles ont une façon de te fixer sans gêne et de répondre à tout et n'importe quoi sur un ton insolent qui prédit une adolescence compliquée.

Elles m'ont sermonné parce que je ne leur avais "pas ramené Marshi". Je n'ai pas cherché à comprendre, j'ai peur de demander à leur mère si c'était bien le nom de la tortue. Qui sait ce qui a pu advenir d'elle après leur départ ?

Pauvre Benedikt. Pour une fois qu'il aurait presque pu se passer d'anxiolytiques, il fallait que ça se passe de travers. Nous n’eûmes jamais le temps d'attendre les papiers promis, parce que Mikhail avait intercepté certaines transmissions à destination de notre allié et était au courant de sa traîtrise avant même de lui annoncer qu'il nous avait localisés. Si le parrain avait réussi à apprendre par ses propres moyens que nous nous étions cachés en Islande, il n'avait pas encore réussi à nous mettre la main dessus à proprement parler : il savait dans quelle région chercher, mais pas dans quel village. Il était près du but, mais c'est bien Benedikt qui lui avait permis de nous trouver plus rapidement : il l'avait fait suivre par un espion suffisamment doué pour qu'il ne se soit douté de rien jusqu'au moment où c'était déjà trop tard.

Quatre jours après son arrivée, nous étions à table en train de prendre le repas du soir lorsqu'il remarqua une lueur inquiétante par la fenêtre. Il nous ordonna de ne pas tourner la tête et de continuer à agir normalement, tout en improvisant un plan à la vitesse de l'éclair : Ils étaient probablement plusieurs mais nous aurions plus de chance de nous en sortir si nous nous séparions et par là-même divisions leurs forces. Il leur faudrait un temps de réflexion pour former leurs groupes, autant de microsecondes qui nous seraient précieuses dans notre fuite. Yustina irait avec Lidiya et moi, avec Benedikt. Nous nous enfoncerions dans les ruelles tortueuses d'un quartier récemment développé du village qui était un véritable entrelacs de bâtiments en construction et, dès que nous aurions perdu leur trace, nous ferions en sorte de voler une voiture et de rouler jusqu'à la plus proche ville portuaire ou nous nous rejoindrions sur les quais avant d'improviser un voyage clandestin à bord d'un quelconque paquebot. Benedikt nous demanda si nous étions capable de ralentir nos poursuivants avec la magie. Yustina et moi nous regardâmes, anxieux, et c'est le dernier souvenir que j'ai d'elle. Nous étions jeunes et encore inexpérimentés malgré notre talent, et nous n'avions de toute façon pas assez de temps pour préparer le moindre sort. Il nous faudrait compter sur la force brute, et comme aucun de nous n'avait de familier, cela serait à nos risques et périls.

Nous nous écroulâmes par terre et rampâmes avec la puissance de forcenés. Les coups de feu me glaçaient le sang. Je voulus prendre la direction de la porte du jardin mais Benedikt nous hurla de nous précipiter sur l'entrée principale : nos ennemis n'étaient pas idiots et ils auraient pris le temps d'inspecter tous les angles de la maison avant de choisir, stratégiquement, de se laisser voir par les fenêtres donnant sur la rue et d'ouvrir le feu de cet unique côté : le gros des forces ennemies devait nous attendre côté potager. J'ignore encore comment j'ai trouvé la force de pousser un bras devant l'autre jusqu'à atteindre le hall sans m'évanouir. La porte explosa, des soldats entrèrent mais Benedikt fut plus rapide et la tête de l'un d'entre eux partit en arrière tandis qu'un trou de sang y apparaissait brutalement. Il s'écroula et je vis l'un des deux hommes restant viser Benedikt. Je m'interposai sans réfléchir et sans non plus m'en rendre compte : j'avais une seule pensée en tête, prendre l'arme chargée que le cadavre avait laissé tomber sur le sol. L'homme faillit tirer mais son compagnon l'en empêcha en lui ramenant sèchement le bras vers le sol. La détonation perça le plancher et j'entendis hurler : "PAS LA GAMINE. ON DOIT RAMENER LES DEUX VIVANTES, IDIOT !!". Je sus alors que je ne risquais rien de grave et cette certitude puissante se mêla à l'adrénaline qui me faisait déjà exploser les poumons. Je me sentis grandir intérieurement tandis que je pointais mon arme sur les hommes de mains rieurs qu'à cet instant précis, j'aurais voulu pouvoir réduire en bouillie grâce à l'énergie magique que je sentais bouillonner autour de moi et taper contre mes tempes douloureuses. Encore une fois, on sous-estimait bien trop souvent les enfants.

Le coup partit. Je ne savais pas comment utiliser un revolver et j'avais de la chance qu'il soit prêt à tirer. J'avais aussi de la chance que dans mon ignorance, j'aie tenté de viser le cœur : le calibre trop gros pour ma poigne me revint si violemment dans la figure que je crus m'être cassé le nez. Du sang coulait sur mon visage et j'étais sonné, mais ce n'était rien par rapport au soldat dont je venais par chance d'ouvrir la jugulaire. Le dernier homme resta abasourdi par ce qui venait d'arriver et c'est ce qui nous sauva Benedikt et moi : il me prit par la taille et me porta dehors en courant comme un dératé. De mon côté l'illusion de pouvoir défaillait et lorsque je me mis à me tourner dans tous les sens à la recherche de Yustina et de ma mère, j'avais l'esprit confus, embrouillé. Je ne les voyais pas. Avaient-elles pris un autre chemin malgré les conseils de Benedikt ? Avaient-elles tenté de sortir par une fenêtre, ou bien avaient-elles profité de la confusion pour fuir tandis que je mettais en joug nos ennemis, qui n'avaient d'yeux que pour la "ridicule menace" que je leur adressais ? C'est une question qui demeure sans réponse encore à ce jour.

J'ai un trou noir à partir de ce moment. Je crois que Benedikt me porta jusqu'aux fameux bâtiments par lesquels nous passâmes, et qu'il tua nos derniers poursuivants en profitant des nombreux couverts que cet endroit offrait. Il avait la mine lugubre et ne cessait de répéter qu'il n'y en avait pas assez. Pour ma part, je trouvais qu'il y en avait déjà bien suffisamment, mais je comprends maintenant ce qu'il entendait : ceux qui n'étaient pas après nous, c'était à ma mère ainsi qu'à Yustina qu'ils devaient s'être pris. Une fois que nous fûmes sûrs d'être seuls, il ouvrit une voiture et fit en sorte de la faire démarrer sans clé, ensuite de quoi nous prîmes la route sans nous soucier des excès de vitesse, ce jusqu'à être séparés d'Húsafell d'une bonne vingtaine de kilomètres. Lorsque Benedikt ralentit la cadence, il remarqua l'arme qui était restée dans ma main crispée, et que je ne semblais plus vouloir lâcher. Sur un ton détaché, il me demanda si je voulais bien lui donner. Je refusai sèchement, et il n'essaya pas de me l'enlever. Je ne la lâchai pas jusqu'à atteindre la ville portuaire, et même à ce moment, c'est dans la ceinture de mon pantalon, sous mon gilet, que je décidai de la garder. Je n'allai plus jamais sans arme.

Nous attendîmes deux jours entiers sur le port, en nous cachant dans les angles morts. Benedikt fit de nombreuses patrouilles, mais rien : ni Yustina, ni Lidiya, ni nos poursuivants ne firent mine d'arriver. J'insistai pour attendre encore mais Benedikt refusa : c'était fini pour ma mère et pour ma sœur et il nous fallait fuir tant que nous en avions encore l'occasion. Je le suivis à contrecœur, fort de la certitude que Yustina devait vivre, et qu'il ne pouvait en être autrement. Si elle était morte, je l'aurais su. J'ignore encore d'où me venait cette certitude : on dit des jumeaux qu'ils sont capables de sentir ce genre de choses, mais Yustina et moi n'étions pas tout à fait en symbiose, quoique nous fûmes proches à notre manière crissante.

Citation :
Le 25 juillet 2025, York

Toujours pas de nouvelles de Yustina. Nous allons bientôt cesser de la chercher. Nous n'avons trouvé que le corps de Lidiya. Nous avons supposé que la gamine devait avoir été enlevée par les hommes de Mikhail mais nos espions encore infiltrés dans la Rouge ont fait chou blanc. Nous avons perdu trop de temps à chercher en Russie tandis que les réponses se trouvaient peut-être encore bien en Islande : ils ne l'ont pas eue, eux-mêmes n'ont aucune idée de l'endroit où elle peut se trouver. A t-elle miraculeusement réussi à leur échapper ou bien est-elle morte dans un endroit à l'écart où personne n'aura songé à aller la chercher ? J'ai peur qu'il faille songer à la seconde solution.

Skyler n'est pas au courant des recherches qu'effectue le Talion pour retrouver sa sœur. Ça a déjà été suffisamment difficile pour elle de se retrouver subitement orpheline et de perdre sa jumelle. Elle n'avait que douze ans quand c'est arrivé...  Je n'ai pas envie de lui donner de faux espoirs, d'autant que je suis persuadé qu'ils sont vains. Elle ne se débrouille pas si mal pour une gosse qui a presque tout perdu deux fois. Evidemment elle est plus taciturne qu'elle ne l'était la première fois que je l'ai rencontrée à Húsafell , mais je crois que les Sleeman lui tapent sur les nerfs. Ils sont trop attentionnés, trop protecteurs, et étrangement elle déteste ça. C'est peut-être la crise d'adolescence qui arrive... Après tout elle a déjà quatorze ans.

La puberté semble lui causer des soucis. Elle devient violente dès que les Sleeman essaient d'aborder le sujet avec elle. Elle a récemment fait brûler l'ensemble de sa garde-robe et menacé de recommencer autant de fois qu'il le faudrait jusqu'à ce qu'on daigne lui laisser porter ce qui lui plaisait, et je crois qu'elle est sérieuse : aucune des punitions que lui infligeront les Sleeman ne la feront changer d'avis. Ils feraient mieux de la laisser faire. Je n'aime pas la façon qu'ils ont d'essayer de contrôler sa vie jusqu'à ces détails de l'ordre de l'intime. Pour reprendre ses termes exacts : "C'est n'est pas non plus comme si elle avait voulu se faire une crête et partir torse nu dans la rue en short jaune fluo et en criant "fuck the police" dans un haut-parleur couvert d'autocollants subversifs". J'aimerais bien voir ça, tiens...

Ah Benedikt, si tu savais... J'aurais dû t'emmener à la gay pride 2026, je suis sûr qu'on aurait bien fait les cons, tous les deux. En dessous de la face de rat, c'est un homme beaucoup plus déluré qu'il n'y parait qui se cache... Si si. Pas sa faute si de s'occuper de nous lui a fait prendre de sévères rides d'expression ! Le Talion ne lui a pas donné le job le plus aisé du monde. (PS : heureusement que ces notes vont brûler en même temps que je finalise le rituel, parce qu'il essaierait de me tuer si il tombait là-dessus).

Après une brève escale au Groenland où il parvint à contacter le Talion pour qu'il nous fournisse les papiers qui nous donneraient une vie légale ailleurs, Benedikt m'emmena en Angleterre, à York. Au moins cette fois, je n'avais pas besoin de rajouter une corde à mon arc linguistique pour réussir à m'en sortir : je parlais déjà anglais. Benedikt fit en sorte que je sois le moins déstabilisé possible : il accepta que je me nomme Skyler à nouveau. De toute façon, Mikhail ne connaissait de moi que le nom officiel, inscrit dans les registres nationaux. Il ne s'était pas suffisamment intéressé à moi avant la trahison de Jason pour connaître mon prénom d'usage. Un couple sans enfant m'adopta : Margaret et Joseph Sleeman, deux wiccans expérimentés membres du Talion comme Benedikt l'était. Il n'y avait rien d'innocent ni d'hasardeux dans ce choix : j'étais à l'abri de la Mafia Rouge, mais c'était le Talion qui me possédait tout entier. Ça ne me dérangeait pas. On ne me le cachait pas, et on m'avait aussi expliqué que l'organisation œuvrait contre les injustices faites aux outres. Il était étrange qu'ils souhaitent me sauver du crime organisé et de ma famille de sang qui voulait m'utiliser comme un outil pour me plonger dans un réseau qui n'avait rien à envier à celui que je venais de quitter, mais soit : j'acceptais. Ils ne m'obligeraient par aucun moyen brutal, et je les savais tous sincèrement bienveillants à mon égard. C'était suffisant pour que je les préfère à ce qu'il restait de mon ancienne famille.

Les Sleeman étaient... urg. Trop... conservateurs... à mon goût. Ils se sentaient aussi un peu trop investis dans la mission qui leur était confiée de s'occuper de moi et de m'aider à "surmonter mon grave traumatisme". La mort de ma mère ne me fit pas plaisir et la disparition de ma sœur non plus, et je pense que dans les premiers temps, j'allais mal, mais ce n'était pas une raison pour me couver comme un œuf non éclos : j'avais au contraire besoin d'espace où exprimer la colère et l'injustice que je ressentais. Ces gens ne comblaient pas ma solitude. Leurs manières m'agaçaient. Tout ce que je faisais et qui ne leur plaisait pas devait forcément être une "séquelle" de "cette soirée là". Leurs tons conspirateurs me donnaient envie de leur foutre des baffes. Le pire, c'est qu'ils pensaient que je ne les entendais pas. Je ne cessais de me dire en roulant fort des yeux qu'ils devaient avoir gravement surévalué l'isolation sonore de leur baraque.

Je subis une éducation qu'ils voulurent excessivement stricte. Les pratiques d'Áshildur déviaient de la Wicca standard et ils en profitèrent pour croire que je n'avais strictement rien appris tandis que je vivais "chez les nordiques". Leurs remarques ostracistes me valurent de les insulter copieusement à de nombreuses reprises, mais sauf des interdictions de sortie hardiment ignorées, je ne gagnai pas grand chose à les provoquer. Ils s'enorgueillirent de m'apprendre tout ce qu'ils savaient. Dès la seconde année chez eux, je commençai à fuguer durant de longues périodes, qui se firent plus courtes quand ils commencèrent à savoir où me chercher : je résidai régulièrement dans un squat où je retrouvais des amis qui me soulageaient de l'ambiance horripilante que Margaret et Joseph me faisaient subir à la maison. J'étais soulagé quand ils allaient loger ailleurs : les "Sleenisters", comme on les appelait entre nous, mettaient alors plus de temps à me retrouver.

Le pire, c'est que malgré le nombre de leçons que je séchais tant avec les Sleeman que dans les cours normaux chez les moldus (oui, je suis devenu fan d'Harry Potter à cette période, ma relation conflictuelle avec les Sleeman aidant probablement à me faire détester les Dursley), j'arrivais à maintenir un niveau correct. J'apprenais,je comprenais, je retenais vite. Je ne me rendais pas vraiment compte de la chance que j'avais, comme ces capacités avaient toujours été relativement naturelles chez moi. J'agaçais mes tuteurs comme mes camarades de classe parmi lesquels je ne me fis aucun ami. Ils ne cherchèrent pas à me harceler pour autant : ma dégaine autant que les "mauvaises fréquentations" qu'on me disait avoir les impressionnaient trop pour qu'ils essaient. J'en découvris plus sur moi à cette période, comme je rencontrais tout un tas de personnes différentes et m'éduquais sur des sujets qui auraient probablement amené les Sleeman à multiplier les syncopes. Je leur en réservai juste une, le jour de mes dix-sept ans, où je leur fis mon coming-out trans. Mais revenons juste un an en arrière.. L'année où je fis une connerie monumentale que, pourtant, je ne regrette absolument pas d'avoir accompli !

Benedikt a raison : je savais qui j'étais. J'avais pertinemment conscience d'avoir été élevé dans des milieux pas franchement recommandables et j'étais au courant que presque tous mes contacts même actuels baignaient dans des affaires sordides. Autrement dit, j'avais d'avance le bras long. On m'avait interdit de m'impliquer dans les affaires du Talion et de ses associés. Vous savez ce que ça fait, un ado en colère à qui on interdit de faire un truc ? Bingo : ça y fonce la tête la première. J'attendis donc la visite de R.S. Juste les initiales, pas de nom. Il s'était pour une raison ou pour une autre toujours présenté ainsi. C'était le supérieur direct des Sleeman je crois, et j'avais laissé traîner mes oreilles : j'avais appris qu'il avait des contacts au sein d'une cabale clandestine nommée Salem. C'était une organisation de taille modeste qui possédait deux bases : une Angleterre, une aux Etats-Unis. Elle fait partie des nombreuses organisations wiccanes illégales qui ont fusionné avec la Mafia W lorsque cette dernière gagna en influence. Je ne piquai absolument pas le téléphone qu'il avait laissé traîner sur la table de la cuisine tandis que les deux pigeons de service lui faisaient boire le thé dans le salon. Absolument pas ! Ce n'était pas la première fois qu'il faisait cette erreur, R.S. Il se sentait trop en sécurité dans la maison de ses alliés et il baissait sa garde, truc qu'on n'aurait jamais fait chez nous à Volvograd, même mes souvenirs épars me permettaient de l'assurer. Je volai le numéro des contacts qui correspondaient à ce que j'avais entendu et c'est par ce biais que quelques jours plus tard j'intéressais Vulpine, l'un des trafiquants de Salem déployés dans la ville. Bien sûr ça ne resta pas secret longtemps : R.S m'appela un jour que je profitais d'une ballade en ville avec Benedikt - qui me visitait régulièrement. Je m'éloignai pour lui parler mais je savais que Benedikt aurait entendu quelque chose si bien que j'opérai sur lui un des sorts d'amnésie que j'avais préparé d'avance, conscient du risque qu'il y avait pour que quelque chose de ce genre arrive. J'arrivai à négocier le silence de R.S de la même façon : je l'avais convaincu de me rencontrer en personne dès le lendemain pour qu'on organise ma sortie rapide de Salem et la façon de l'annoncer à Vulpine tout en le suppliant de ne rien dire aux Sleeman. Il ne se méfia pas suffisamment, et le tour fut joué. Le désavantage de ce sort était qu'il mettait du temps à devenir opérationnel et Benedikt eut le temps de me filer, mais il oublia rapidement tout ce dont il avait été témoin, tout comme R.S oublia notre discussion. Vulpine me prit à l'essai. Il m'apprit les cordes du métier et je me rendis compte que ça rentrait plutôt vite : on eut dit que j'étais fait pour ce genre de magouilles.

Lorsque je fis mon coming-out aux Sleeman, la situation était déjà tendue. Ils le prirent très mal et devant la violence de leurs réactions, l'organisation en la personne de Benedikt décida de leur retirer ma tutelle, ce que ses supérieurs validèrent rapidement. Benedikt voulut m'accueillir chez lui mais le rejet des vieux schnoks avait transformé mes intestins en un réservoir de fiel enflammé qui ne voulait plus s'éteindre, et je voyais l'ennemi dans chacune des personnes qui avaient constitué mon quotidien jusqu'à présent (à l'exception de mes rares amis de fugue). L'une d'entre eux,  Alie Williams, avait fini par se poser dans un petit appartement à proximité du centre-ville. Je m'installai chez elle et quelques mois plus tard, vécut à ses côtés ma première et unique expérience de couple exclusif. Je n'étais pas amoureux : c'est un sentiment que je ne connais pas en tant qu'aromantique. Ça ne m'empêche pas d'être capable d'éprouver d'autres formes d'attachement et Alie était ma meilleure amie, mon unique véritable amie. L'attirance qui existait entre nous rendit notre vie commune explosive. Pourtant, je lui cachai mes liens avec le Talion comme avec Salem. Elle divisait mon existence en deux pôles imperméables.


Quelques détails à savoir sur votre arrivée à la Nouvelle Orléans ? Vous y êtes natif ? (Vous venez d'arriver ? Comment ça se fait tout ça ... ?)

Citation :
Le 6 décembre 2030, Buenos Aires

Je n'aime pas être séparé de Skyler. Il est trop malin et ça le rend trop confiant. On a déjà vu ce que ses imprudences pouvaient faire, la dernière en date m'obligeant d'ailleurs à m'éloigner de lui : Mikhail s'attend à nous retrouver tous les deux ensemble quelque part dans le monde, et si je reste plus longtemps avec lui ils auront  tôt fait de lui tomber dessus. Pour une fois, j'aimerais qu'il puisse réussir à passer une décennie au même endroit sans avoir besoin de fuir. Je détournerai l'attention de Mikhail sur moi.

Cela dit il semble aller bien. Libéré des Sleeman il s'épanouit et je crois que d'avoir le droit et l'occasion d'être "lui-même", pour reprendre ses mots, lui a permis de trouver une forme de stabilité qui lui manquait. Bon, ça reste Skyler : inutile d'espérer le trouver dans la chorale de son université ni même au club de sciences, des lunettes sagement posées sur le nez tandis qu'il fait exploser un bécher. Quoique la dernière partie de ma phrase puisse encore lui correspondre. Tant qu'il n'en utilise pas le contenu pour faire péter la Réserve Fédérale, j'estime qu'il s'est arrangé !

Salem nous a communiqué des informations intrigantes : il paraîtrait que Mikhail recherche encore activement une jeune fille et comme certaines des opérations qu'il a menées ont eu lieu en même temps qu'il tentait de récupérer Skyler au Royaume-Uni, il se pourrait que ça concerne Yustina. Je prie pour que cet espoir se concrétise, mais pas question d'en parler à Skyler tant que je n'aurai pas plus d'informations.

Pas brillant, la manière dont je me suis fait avoir. En même temps comment aurais-je pu savoir que Salem, cette petite cabale à l'influence ridicule, avait des contacts avec la mafia russe et que le peu des miens trouveraient le moyen de me vendre à eux contre une bonne affaire ? Yup, je suis totalement de mauvaise foi : R.S m'avait prévenu des risques. Mikhail savait pertinemment que je risquais d'être en contact avec un grand nombre de wiccans et il avait initié des alliances avec de nombreuses petites organisations du même type que celle-ci. En tous les cas j'avais dix-neuf ans quand Benedikt vint me trouver en tirant sa tronche des mauvais jours (je l'appelle "le rat pestiféré", parce qu'il donne l'impression d'avoir des cernes buboniques qui lui ont poussé sous les yeux, tandis que sa bouche forme un cul de poule plongeant à environ trois kilomètres de l'infection). C'est R.S qui a intercepté l'information grâce à l'un des rares membres de Salem qui avait un tant soit peu  de morale (... ou bien qui devait m'apprécier). Je profitai des nouvelles démarches visant à me fournir de faux papiers pour changer de genre officiel, et j'entamai une transition non-binaire. Le Talion paya ma mammectomie : mon changement d'apparence radical les arrangeait, je serais moins facile à retrouver à partir de maintenant. Une fois remis, je partis pour les USA. Pour une fois tout se passa comme sur des roulettes : les russes n'attaquèrent pas avant que j'aie eu le temps de m'envoler ailleurs.

Je n'étais pas le seul gamin auquel le Talion fournissait une pension : de jeunes outres qui galéraient sans le sous parce que leurs parents étaient morts ou les avaient reniés, c'était courant, et l'organisation ne se contentait pas de faire couler le sang : elle utilisait aussi ses moyens pour faciliter la vie de ces victimes qui bien souvent se transformaient en armes entre ses doigts agiles. Je pus louer un appartement et enfin vivre comme bon m'entendait. C'était perturbant et la liberté me donna le tournis dans les premiers temps mais rapidement je pris des décisions et entrai en école de pharmacie, bien décidé à ouvrir ma boutique et à emmerder le système en facilitant l'accès aux hormones pour ceux qui en avaient besoin et n'arrivaient pas à obtenir d'autorisation, ou qui tout simplement manquaient d'argent. Grâce à Vulpine, j'avais les connaissances nécessaires pour me lancer dans ce genre de trafics illégaux. J'ai un souvenir mitigé de l'université : j'étais motivé mais subitement le niveau grimpait et mes facilités ne me permirent pas de me tourner les pouces plus longtemps. J'appris à travailler, ce qui fut difficile comme je n'avais jamais eu besoin jusque là d'aller contre mes instincts de Flemmard Majeur. Je ne fis que peu de rencontres dans ces milieux, préférant grogner sur la majorité des gens que je trouvais désespérément désespérants, eux et leur façon de penser étriquées. Je multipliai les adhésions au sein d'associations militantes où là, au moins, je me retrouvais. Inutile de faire une liste exhaustive des gens que je rencontrai par ce biais : ils étaient nombreux et bien souvent ils ne firent que de fugaces passages dans ma vie, même lorsque ces passages impliquaient une relation plus qu'amicale à un moment ou un autre. Et je passai ainsi mes six premières années d'études supérieures dans un calme auquel je n'étais plus habitué depuis l'Islande. Bien évidemment, il n'était pas fait pour durer.

Citation :
Le 18 novembre 2035, Singapour

Bientôt le doctorat. Qui aurait imaginé ça de lui, hein ? Je suis plutôt fier de ce que fait Skyler depuis son arrivée aux Etats-Unis. Fier comme un père le serait de son fils, probablement... Misère. Voilà ce qui arrive à suivre de trop près l'évolution d'une jeune pousse.

Mais je ne me fais pas d'illusion et j'ai compris ce qu'il m'a expliqué de ses projets entre les rares lignes que nous avons eu l'occasion d'échanger sans risque d'être pris à communiquer ensemble. Attendre sagement derrière son comptoir de donner à une bande de petits vieux le contenu de leur ordonnance, ça n'est pas pour lui, ou pas du moins sans une bonne part de piment à côté. Je n'ai donc pas de regret à recommander sa candidature à la Dent américaine. Quelque chose me dit que l'idée lui plaira...

Espérons tout de même qu'ils attendront qu'il ait soutenu sa thèse. Je m'en voudrais qu'il rate ses études à cause de moi.


Dernière édition par Skyler Skinner le Ven 15 Jan - 0:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Skyler Skinner   Jeu 14 Jan - 23:07

Je me permets un rire nerveux, et j'envoie un bisou sinistre à Benedikt. Nan... En vrai je ne lui en veux pas, et comme j'ai quand même réussi ma thèse, je passerai sur le fait que le Talion ait réquisitionné mon aide deux ans avant que j'en aie terminé avec l'université. J'avais vingt-cinq ans et je n'étais déjà pas loin de me surmener, puis on vint me voir chez moi pour me proposer de devenir Magouilleur de la nouvelle branche du Talion qui était en train d'être créée en Louisiane, histoire qu'il soit certain que je friserais le burn-out étudiant. D'office on me proposait un poste à responsabilité quand on aurait très bien pu m'envoyer chez les pions. J'avais le sentiment que le Talion me le devait après m'avoir abandonné aux griffes insupportables des Sleeman durant toutes ces années, mais malgré ça j'étais flatté, conscient qu'il s'agissait d'un privilège singulier qui prouvait que l'organisation avait confiance en moi et me pensait talentueux. Dans ces conditions, comment aurais-je pu refuser ?

J'entrai dans le Talion comme on plonge dans un bain bouillonnant. J'avais l'expérience de Salem, mais je n'avais alors jamais eu de véritables responsabilités si bien que je découvris tout une facette du métier que je n'avais jusqu'à présent eu l'occasion que d'observer, et d'au mieux toucher très timidement. Pour faire simple, disons que je me retrouvai dans l'obligation de négliger mes études durant quelques bonnes semaines et d'acheter un nouveau, gros carnet d'adresses. Les premières personnes dont je fis la connaissance furent évidemment l'Ambassadeur et la Langue que le Talion avait choisi pour bosser à mes côtés. Le premier, un dénommé Arsene Kerner, se montra très chaleureux avec moi dès notre première rencontre. Il avait le même type de profil que Benedikt : un grand pâle dégingandé aux joues creuses et au front soucieux. Je l'appréciai dès les premiers instants, probablement aidé en cela par la ressemblance troublante qu'il avait avec mon mentor. La Langue, elle aussi, me plut instantanément : Lakisha Clark était une vaudoun dotée d'un charisme cinglant et il était bien souvent impossible de savoir lorsqu'elle était sérieuse ou pince sans rire. Était-elle jamais sérieuse ? Elle pouvait passer du froid glacial à la plaisanterie vicieuse en l'espace d'une seconde. Elle se servait du bruit que faisaient ses tresses, comme un bruissement de papier, afin de ponctuer ses phrases lorsqu'elle voulait être agaçante. Arsène me mit très vite en relation avec un des arnaqueurs que j'aurais sous ma supervision : Cyriel Fruta. Il le présenta comme une recrue d'exception dont je serais bien avisé de me servir des talents sans compter. Je restai circonspect, peu convaincu par ce que je voyais du minet minaudeur et de ses ronds de jambe. Je ne voulais pas douter de l'avis de l'Ambassadeur mais j'avais l'impression qu'il était subjectif. Je ne me laissai pas impressionner : si il était doué, il faudrait que Cyriel me le prouve avant que je lui réserve le moindre traitement spécial.

J'eus quelques surprises, comme lorsque je retrouvai au sein des recrues qu'on nous envoyait Milan Dvorak, une ancienne connaissance que je n'aurais jamais crue versée dans ce type d'activités. Je me sentis vexé de n'avoir rien remarqué avant d'avoir le nez dedans : l'avocat, ex-membre de la LEDO dont il m'avait à l'époque rabattu les oreilles jours après jours, avait été membre du CA d'une association LGBT que j'avais pas mal fréquenté. Il n'y avait d'ailleurs pas que l'asso que j'avais pas mal fréquenté : n'avoir jamais rien su de sa double-identité de faussaire me frustrait d'autant plus qu'il faisait partie de mes ex. Bien qu'il ne l'avoua jamais, je suis persuadé que le Talion l'avait envoyé pour me surveiller en remplacement de Benedikt. Il m'aura au moins appris à devenir plus méfiant.

Je tentai doucement de reprendre les cours. Une vraie blague, lorsqu'on voyait la façon dont ma vie avait évolué depuis la dernière fois où j'avais mis les pieds à l'université. Mes efforts de concentration échouèrent lamentablement dans un premier temps : la Branche de Louisiane était en pleine formation et c'était un moment critique où elle réunissait tous ses alliés, et devait se débarrasser de ses ennemis les plus gênants. Parmi ces derniers, un petit cartel faisant dans le trafic de sang de vampire nous tapait sur les nerfs : malgré nos tentatives nombreuses (voire magiquement musclées) pour négocier une alliance, rien n'avait abouti, et leurs pratiques allaient de toute façon à l'encontre de nos idéaux comme ils étaient du genre à chasser le vampire pour le vider de son jus puis tout revendre sans état d'âme. J'ai un souvenir cocasse de ces moments cernés où j'observais les pages brouillées d'un article en cours d'écriture tandis que je me collais des post-its partout sur les bras et le front jusqu'à trouver celui où figurait le numéro des bons contacts. J'appelai donc la tête du trafic de Détroit avec la même nonchalance que si je m'étais apprêté à prendre rendez-vous chez le docteur. Oui je sais, ça ne vous étonne pas de ma part. Reste que cette fois, la fatigue qui m'accablait était en grande partie responsable de mon manque d'émotivité. Cette initiative fut ma première vraie réussite : j'avais entendu parler de ce type par mes connaissances. Je savais que son organisation appartenait à la notre et je savais aussi qu'il était de la Nouvelle-Orléans. Je savais qu'il se plaignait souvent de l'avoir quittée pour des horizons qui le débectaient. Je lui proposai donc de revenir pour étendre ses activités ici, pour nous, en même temps qu'il nous aiderait à démanteler ce réseau de cafards qui osait nous faire de la résistance. Avec son aide, ce fut chose faite en à peine plus d'un an.

La fin de ma thèse approchait et je me demandais constamment où j'arrivais encore à trouver le  temps de dormir. C'est une période à laquelle j'abandonnai toute vie sociale extérieure à mes obligations. Je fronçai les sourcils en remarquant qu'un numéro inconnu m'appelait. Si j'avais été moins fatigué, je me serais probablement rendu compte que ça puait sévèrement. A l'autre bout du combiné j'obtins un de mes arnaqueurs. J'étais étonné car il était rare qu'il me communique ses rapports par un biais aussi direct. Il m'informa sur l'état d'une affaire en cours : SelfDecency,une boîte de moldus, nous emmerdait la vie en vendant des produits d'auto-défense contre les outres à peine légaux sur le marché, et nous souhaitions y mettre fin depuis un bon moment. On avait opté pour la méthode douce, conscients que de faire exploser leur locaux ne serait pas bien plus utile que d'essayer de couper la tête d'une hydre. Nos espions avaient mis la main sur une affaire juteuse concernant leur direction. Le seul témoin qui aurait pu parler contre s'était malheureusement fait dessouder quelques temps auparavant, mais ça n'était pas vraiment un problème pour nous : on avait déterré les os du macchabée et comme on était loin d'être à court de réanimateurs compétents, on s'en était servi pour faire chanter nos zigotos. Ça avait bien fonctionné et on avait fini par pomper quasi toutes leurs finances, les laissant donc au bord de la faillite. Il était temps de leur proposer un rachat puis de faire évoluer leur affaire à notre guise. Je ne vis pas tout de suite pourquoi bidule chouette voulait que je vienne l'aider à finir le boulot, mais je me laissai convaincre par ses flatteries : La direction était loin d'être aussi psychologiquement brisée qu'il l'aurait voulu et mes sorts de confusion étaient connus pour leur efficacité, si bien qu'ils lui seraient d'une grande utilité pour achever ce travail qui était loin d'être de moindre importance pour nous.

Je râlai un peu de devoir quitter mon poste de travail, mais j'allai avec lui rencontrer les représentants de SelfDecency. Je fus étonné de voir que les négociations passèrent crème : des fameux sorts que j'avais préparé, je n'en utilisai aucun. Je crus d'abord que mon subordonné avait exagéré les choses : le trouillard s'était à moitié pissé dessus à l'idée de devoir faire ça tout seul et il était venu pleurer dans mes jupes. Arrivé dans le garage où notre véhicule attendait, je remarquai qu'il avait ralenti le pas pour marcher derrière moi. Cela me mit la puce à l'oreille et je sentis le fantôme d'une très vieille peur grimper dans ma nuque et la prendre entre ses serres grinçantes. La paranoïa me fit me retourner d'un coup, à temps pour voir son arme sortie. Mon réflexe de survie fut ironiquement ce qui coûta la vie à mon familier; Agony (encore une chance que j'aie eu l'habitude de l'emmener dans sa cage de voyage, dans ma bagnole, à chaque sortie risquée) : je lâchai sur l'homme une décharge telle que l'arme lui fut arrachée des mains et qu'il serait tombé en arrière si je ne lui avais pas sauté dessus comme un forcené, si je ne l'avais pas pris par le col. Je lui plaquai le canon de ma propre arme si fort dans la gorge que je n'aurais bientôt plus besoin de tirer pour le tuer. J'ai tendance à me mettre dans ce genre d'état lorsque quelqu'un fait mine d'attenter à ma vie : yeux écarquillés, réactions directes passant à peine par le cerveau, souvenirs flous lorsque je retrouve pleine conscience de moi-même. C'est comme ça depuis Húsafell.

Je lui fis éclater la tête avant de penser à lui demander des explications. Mes yeux hagards balayèrent la zone. Si un témoin avait été présent à ce moment précis, je l'aurais probablement tué. Je traînai le cadavre entre deux voitures puis cherchai dans ses poches. Je trouvai son téléphone. Après m'être assis lourdement sur son dos, je fouillai les messages : rien. Il avait tout effacé. Prévoyant mais pas suffisamment : l'analyse du journal d'appel m'indiqua les coups de fil qu'il avait passé ces derniers jours, et m'apprirent que mes subordonnés étaient une bande de fieffés abrutis. Je m'attendais à trouver tout un tas de numéros inconnus ou privés qui ne donneraient rien si je les rappelais, mais non : c'était le portable de Cyriel qui figurait à au moins trois reprises dans la liste. Pour changer j'optai pour la solution bourrine et appuyai sur la touche de rappel, pour entendre Cyriel se trahir et me demander si "j'avais réussi". Comme je gardai le silence je l'entendis se glacer. Je connaissais sa traîtrise et à l'exception d'Arsène, j'avais plus d'alliés que lui. De plus si je l'ouvrais, je n'aurais pas besoin de lever le petit doigt pour qu'il reçoive une punition digne de ce qu'il venait d'essayer de faire. Mes menaces portèrent et je le convainquis d'une part de faire profil bas pour les temps à venir, d'autre part de se débarrasser du corps comme il avait très probablement prévu de faire disparaître le mien si les choses s'étaient passées autrement.

Mais que voulait Cyriel, et pourquoi m'en voulait-il suffisamment pour tenter de m'assassiner ? Je décidai de réfléchir à cette question en même temps qu'aux démarches que je devrais entreprendre concernant cette charmante épine que j'avais dans le pied. Il était trop dangereux de le laisser agir à sa guise.

Citation :
Le 19 septembre 2037, Dubrovnik

Je suis inquiet. Ça fait plusieurs mois que je ne reçois plus de ses nouvelles, ni de sa part ni de ceux qui sont là-bas avec lui. Quelqu'un intercepte probablement nos courriers. Il faut que je trouve un moyen de contacter Milan pour le prévenir : en m'écrivant il se met peut-être en danger plus qu'autre chose. Ce n'est pas la façon d'agir de Mikhail, je crains que le risque vienne d'ailleurs.

Je devrais peut-être le rejoindre. La mafia rouge est probablement le dernier de nos problèmes à cet instant précis. La menace est à côté de lui, et j'ai peur d'en découvrir la nature. Au moins, Mikhail le veut vivant.


Quel dramaturge, je te jure... Bon ok, je l'ai échappée belle à ce moment là, mais je ne sais pas si je dois rire ou m'agacer de sa tendance à vouloir me couver comme un oisillon. Bref... Ma soutenance approchait, je venais de manquer de me faire tuer par un de mes propres hommes, et le jour où je devais passer il fallut qu'un de ces abrutis se fasse refroidir et que je sois le seul à même de terminer sa mission. J'arrivai en retard à l'examen, manquai de me vautrer sur l'estrade et marmonnai dans un rire nerveux des excuses pour les tâches de sang qui gâchaient ma chemise. Je prétendis avoir accidentellement heurté quelqu'un a la cafétéria et que son plateau m'était atterri sur le ventre: impossible de faire partir le ketchup. Je me payai la honte en voyant mon jury lever des sourcils interloqués face à ma pitoyable explication et rageai intérieurement contre Cyriel : il n'était probablement responsable de rien de tout ça, mais je me persuadai que ça devait être de sa faute, et qu'il l'avait fait exprès pour m'embarrasser en ce jour important. Ce qui me déstabilisa le plus ne fut pourtant pas ça, mais le faciès de Benedikt assis au fond de l'amphithéâtre qui me dévisageait en se retenant de rire. Je passai rapidement de l'effarement à la panique, de la panique à l'irritation, puis enfin j'eus un sourire mauvais à son égard avant de réussir à me remettre de mes émotions et à faire ce qu'il fallait pour décrocher mon diplôme.

J'expliquai la situation à Benedikt qui resta et entreprit de surveiller Cyriel. Il n'apprit pas grand chose : l'échec avait rendu le bougre plus prudent. Je pus enfin ouvrir ma boutique comme je l'avais prévu des années plus tôt. Le Talion m'apporta les fonds nécessaires pour l'achat des locaux et la création de l'entreprise. Mon projet avait évolué avec mes responsabilités : je ne m'arrêterais pas au trafic d'hormones et comptait bien développer des activités plus juteuses dont les résultats viendraient grossir nos trésoreries.

Dans le même temps, peu soucieux de ne pas respecter la part du marché que j'avais passé avec cette ordure, j'avais essayé d'obtenir des hautes-sphères du Talion le droit de vengeance légitime contre Cyriel - comprenons le droit de l'assassiner sans qu'on vienne m'emmerder pour ça. Arsène avait été attristé d'apprendre la nouvelle de la trahison de son petit préféré mais il me promit de relayer l'info au chef de branche qui la ferait remonter. Je devais avoir une réponse dans la semaine... Eh bien je pus me brosser. Trois mois plus tard, toujours rien. Je demandais souvent des nouvelles à Arsène mais il me répétait que l'affaire était en cours, quoique malheureusement retardée. Un jour il m'annonça simplement que ma demande avait été refusée, et je compris enfin qu'il y avait anguille sous roche. J'avais été long, très long à la détente. Quand j'en parlai à Benedikt, il me fit part de ses propres soupçons et des résultats de son espionnage : Arsène, à plusieurs reprises depuis l'assassinat raté dont j'avais été la victime, avait cessé de me donner les bons conseils qu'il m'avait prodigué jusqu'ici et m'avait poussé dans des directions absurdes qui n'auguraient rien de bon. L'Ambassadeur poussait des pièces sur l'échiquier. Mon atterrement amusa Benedikt qui eut tout de même la bonté de me rassurer : j'apprenais encore les ficelles du métier et compte-tenu du boulot que j'avais dû abattre pour obtenir mon doctorat en même temps que je creusais ma place dans le Talion, je ne m'étais pas si mal débrouillé.

A ce moment, le temps commença à ralentir. Benedikt voulait que je me pose un peu et qu'en même temps je prenne de la bouteille : Plus je serais ancien et expérimenté, moins on chercherait à m'évincer comme ça avait eu lieu par le passé. Je savais qu'Arsène jouait dans mon dos mais Benedikt me persuada de ne pas m'en occuper. Enfin, pas exactement. Il me convainquit plutôt de le laisser m'aider à contrecarrer les plans du vioc, car je voulais participer. Ces séances se révélèrent particulièrement instructives. L'esprit retors d'Arsène parvint, ironiquement, à affûter le mien en lui donnant de bons exemples à suivre. Les plans de contre-attaque de Benedikt en firent autant. Quand je disais qu'ils se ressemblaient !

Quatre ans passèrent comme une bourrasque. J'avais à peine eu le temps de m'en rendre compte que j'avais trente et une piges, ainsi qu'une réputation solide dont les erreurs de jeunesse avaient rapidement été effacées. J'en eu subitement marre d'attendre, plutôt que de jouer franc jeu. Je fis part de mes plans à Benedikt qui fronça d'abord du nez avant d'admettre qu'il était peut-être temps d'en finir avec cette mascarade, car l'Ambassadeur lui-même finirait par se lasser de ce duel silencieux qui se jouait entre nous. Il fallait agir avant lui. De plus, si Arsène mourait mystérieusement, j'avais de bonnes chances d'être celui qui serait choisi pour le remplacer.

Vous savez ce qu'il y a de bien à être pharmacien lorsqu'on mange très souvent avec l'homme qui secrètement vous déteste et souhaite votre ruine, pour ne pas dire votre mort ? Bingo.

Le pauvre Ambassadeur fut la victime d'une vilaine indigestion (ou était-ce une insuffisance cardiaque ?). Il fut vite enterré. Il était vieux, déjà bien abîmé, et personne n'avait songé au fait que l'accident dont il avait été victime aurait pu être criminel. Nous attendions de savoir qui le remplacerait. Le choix irait probablement entre Lakisha et moi, mais on pouvait tout à fait faire venir d'ailleurs un remplaçant. Le verdict tomba au bout de quelques jours : J'avais gagné le droit de changer de casquette.

Je me rendis rapidement compte qu'Arsène n'avait jamais transmis ma requête concernant Cyriel. Parmi ses notes je trouvai des preuves flagrantes qu'il avait essayé de le faire nommer Magouilleur à ma place et je compris mieux l'inimitié qu'ils m'avaient tous les deux voué durant toutes ces années. Je corrigeai la "négligence" de l'ex-Ambassadeur et obtint très vite gain de cause : je me fis un plaisir de faire durer celui du toutou d'Arsène à la hauteur de l'attente qu'il m'avait fallu supporter avant d'obtenir réparation. Puis je m'habituai à mon nouveau rôle, ce qui ne fut pas un souci majeur : mon ancien poste m'avait entraîné pour. Ainsi qu'on me l'avait dit plusieurs fois par le passé, l'un était la suite logique de l'autre.

Trois ans plus tard, j'avais fini par nouer des contacts avec la Mafia W. C'était quelque chose que j'avais longuement hésité à faire, car j'étais certain qu'elle comptait tout comme Salem l'avait fait des années au préalable nombre d'alliés de Mikhail. C'était par ce biais qu'il m'avait retrouvé en Angleterre, mais je me rendis compte avec une surprise ravie que mon oncle ne me faisait plus peur. J'étais devenu important, j'étais loin d'être l'enfant qu'il avait tenté de s'accaparer, et il aurait été totalement ridicule et malavisé qu'il tente de mettre la main sur moi étant donnée ma nouvelle position. La balle était dans mon camp. J'acceptai une offre de la W qui me proposait d'entrer à son service comme dealeur de sort contre une généreuse subvention pour le Talion. Ma pharmacie était un lieu stratégique, mes capacités les intéressaient, ainsi que l'application de certains de mes travaux de recherche. Ceci fait je n'attendis pas que Mikhail me retrouve : je pris l'avion pour aller le rencontrer en personne, accompagné de trois clampins et d'une idée que je n'avais même pas pris la peine de poser.

Quelle ne fut pas la tête de mon oncle lorsqu'il me vit débarquer et me présenter à lui comme l'un des deux enfants qu'il avait cherché à enlever pendant vingt-cinq ans. Il tomba des nues quand je lui fis comprendre que ma position lui interdisait toute action insensée : le Talion et son organisation étaient en mauvais termes mais il s'agissait encore d'une guerre couvée. Si il m'attaquait sciemment alors que je me livrais pour lui proposer les termes d'une paix prospère, il était possible que la situation éclate. Et autant dire qu'en Russie, le Talion était largement plus puissant qu'aux USA : mon oncle, que ses alliés ne suivraient probablement pas dans cette aventure, risquait de ne pas se relever.

Quel intérêt avait-il à continuer de me poursuivre de toute façon quand je lui proposais un échange d'informations qui nous arrangerait tous les deux ? J'étais même prêt à lui faire des prix sur mes productions qu'il avait tant voulu faire siennes par le passé, si il daignait me foutre enfin la paix, laisser Benedikt tranquille et me dire tout ce qu'il savait sur Yustina. Tout ce qu'il savait, ce n'était pas grand chose : Elle était vivante, mais il n'avait jamais réussi à la coincer. Lorsqu'elle apparaissait quelque part elle se défendait comme une diablesse - voilà qui ne m'étonnait en rien de ma jumelle - éliminait quelques uns de ses hommes puis s'évanouissait à nouveau dans la nature. Lancé comme j'étais, je lui arrachai aussi la promesse de laisser Yustina tranquille par l'avenir : il était tellement content de notre marché qu'il aurait dit oui à presque tout ce que j'aurais pu lui demander à cet instant précis, je crois.

C'est probablement depuis lors que j'ai gagné la réputation d'être une tête brûlée culottée sans la moindre once de prudence. J'ai traité Mikhail avec condescendance et rien que par principe il aurait pu le prendre mal et agir sans aucune considération pour mes menaces, qu'elles furent fondées ou pas. Et certaines ne l'étaient pas : je n'étais pas certain que le Talion ferait le branle-bas de combat juste parce qu'un de ses gradés s'était lancé dans un mission suicide à moitié personnelle dans laquelle il l'avait utilisé comme bouclier. J'aurais probablement dû songer à m'acheter un jeu de poker.

Citation :
Le 28 octobre 2045, La Nouvelle-Orléans

Ce gosse va me rendre taré, si ce n'est pas déjà fait. Combien d'années ai-je passées, ai-je sacrifiées à le protéger lui et sa tête de mule multicolore ?? Tout ça pour qu'il se JETTE dans la gueule du loup comme si de rien n'était, comme si le danger n'avait jamais été là, que ses parents étaient morts pour rien, que ces années de fuite n'avaient jamais eu de signification !

Je sais qu'il n'a pas cherché à ridiculiser la vie qu'on a mené jusqu'à présent en montant ce coup tordu, mais je ne peux m'empêcher d'être blessé, et très contrarié. Pire, je suis horrifié par les risques qu'il a pris. Ce qui me fait le plus peur, c'est que je le sais tout à fait capable de recommencer. C'était un coup de maître. Je suis fier mais je me mords un peu les doigts de lui avoir appris à jouer.

Qu'est-ce qu'il va nous trouver à faire la prochaine fois ? Je crois que je commence à avoir des cheveux blancs.

On pourrait en dresser une longue liste puisque depuis, je suis resté au poste d'Ambassadeur à la Nouvelle-Orléans pendant huit ans. J'aurais quelques anecdotes marrantes à raconter au sujet de ma dealeuse de sorts préférée. Mes mésaventures avec Milan, Lakisha et d'autres vous auraient probablement fait mourir de rire (puis vous m'auriez conseillé d'arrêter immédiatement d'essayer d'avoir une vie amoureuse comme sexuelle, car c'est visiblement mauvais pour ma dignité). Cela dit je n'ai pas prévu de faire publier ma biographie, je commence à avoir sévèrement mal à la main, et en plus, j'ai largement ce qu'il me faut pour arriver au bout de ce fameux rituel (PS : si ça ne fonctionne pas, je bute quelqu'un. Un voisin de préférence. J'en ai marre d'entendre la télé de la vieille d'à côté rediffuser les épisodes des Feux de l'Amour 1973 plein pot à longueur de temps. Sérieusement, quelle idée de se faire vampiriser à 90 ans quand on est déjà à moitié aveugle et sourde comme une pelle à tarte ?).

Le Talion de Louisiane va bien et moi aussi. Personne n'a jamais plus attenté à ma vie suite à ces épisodes houleux. Il fallait juste le temps que je parvienne à consolider ma position. Je ne dis pas que le boulot ne comporte aucun risque mais au moins, on ne me vise jamais personnellement. Bien, voilà qui conclut mon histoire. Il commence à faire jour, j'ai intérêt à remettre ce journal à sa place fissa, sinon ma dernière affirmation va rapidement devenir fausse. Allez ! Envoyé, c'est pesé (je me demande bien pourquoi je m'emmerde à l'écrire. Et je continue en plus ! Ta gueule Skyler. T... Ok. Je suis pitoyable. Si ces dernières lignes font buguer le sort, je promets de me faire la coupe de Justin Bieber à quinze ans pendant une semaine... ouais non, peut-être pas quand même).


- Bas les Masques -


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Vous serez souvent là avec nous ? Dès que cerveau veut bien
Comment avez-vous connu Voodoo Child ? En étant dessus hin
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Vous attestez avoir lu le règlement, et vous engagez à l'appliquer à-la-lettre ? (La main sur le coeur et dites « je le jure » u.u !) : Wiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
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MessageSujet: Re: Skyler Skinner   Ven 15 Jan - 0:51

Bon Very Happy faut encore que je corrige les fautes mais sinon c'est terminé (Autant prévenir maintenant XD)
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MessageSujet: Re: Skyler Skinner   Dim 17 Jan - 1:01

Tin tin tiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin...

...

Validé

Va donc faire ton carnet, identification, inventaire et tout un tas de trucs que tu sais faire de toute manière Very Happy

Cette loose, j'ai fais ça sous le mauvais compte ! Very Happy
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Skyler Skinner

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