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 Fin de la visite

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La Baronne
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MessageSujet: Fin de la visite   Jeu 7 Jan - 22:43

"Et voilà mesdames, mesdemoiselles et messieurs comment se termine notre visite. N'oubliez pas que vous pouvez acheter des souvenirs dans notre boutique à l'entrée du musée et n'oubliez pas le pourboire !"

D'un geste presque comique, la Baronne fit sauter son haut-de-forme de sur sa tête et le laissa tomber sur un tabouret prévu à cet effet. Le petit groupe de touristes commença à se disperser. Certains restaient encore quelques instants, admirant certaines pièces rares du Dahomey, et d'autres se ruaient vers la sortie, pour échapper à la chaleur étouffante qui régnait dans le musée. Ete comme hiver, celui-ci était chauffé au maximum. Selon la gérante, cela aidait les visiteurs à se mettre dans l'ambiance et ressentir "la chaleur moite et oppressante des plantations de Saint Domingue". C'était surtout un moyen pour elle de les mettre un peu mal à l'aise en accentuant sur les effets dramatique. La Baronne n'avait jamais caché son sens pour le spectacle, et lorsqu'elle avait repris le musée, elle l'avait truffé de petits gadgets censés renforcer l'ambiance. Des machines à fumées aux lumières tremblotantes en passant par les enceintes bluetooth qui passaient en continu d'étranges mélopées composées de chants rituels et de tambours rada.

Alors que la petite meute se dirigeait vers la sorti, la jeune femme poussa un soupir de soulagement.

"Encore une sacrée bande de losers" grommela-t-elle entre ses dents.

Beaucoup de visiteurs du musée venaient là pour des raisons qui lui échappaient totalement. Ils s'attendaient à quoi ? Un cours de travaux pratiques sur comment lancer le mauvais œil à leur voisin ? Des danseuses exotiques à demi-nues dansant autour d'un feu ? La plupart d'entre eux ne voyaient que ce que les films avaient bien voulu leur montrer et ne s'intéressaient pas à la réalité historique du Vaudou. Enfin, c'était une façon comme une autre de mettre du beurre dans le gumbo.

"Tu en penses quoi toi Murray ?"

Murray était un vieux crâne que La Baronne avait trouvé au Dédale quelques mois plus tôt. Le vendeur lui avait assuré qu'il avait appartenu à un grand prêtre Vaudou d'Afrique Noire, mais lorsqu'elle avait tenté de le réanimer quelques secondes pour le faire parler, il avait juste fait preuve d'un sale caractère, d'un répertoire de jurons particulièrement coloré et d'un accent cajun à couper au couteau. Elle l'avait quand même gardé et l'avait baptisé Murray pour une raison obscure. Elle lui parlait de temps en temps lorsqu'elle avait besoin de râler, et l'affublait de chapeaux ridicules lorsqu'elle n'avait pas le moral.
Si tous ces petits touristes en sandales savaient qu'en face d'eux se tenait la Baronne de la Nouvelle-Orléans, ils seraient peut-être moins enclins à coller leur chewing-gums sous les tables et à pouffer bêtement pendant les visites guidées.
D'un autre côté, elle ne tenait pas non plus à devenir elle-même une attraction touristique. Son visage hors du commun attirait déjà assez de questions.
Avec un autre soupir, elle se dirigea vers la caisse enregistreuse et alluma son ordinateur pour passer un peu de musique.
Le musée était désormais vide. La nuit tombait et il n'y aurait vraisemblablement plus de clients. La Baronne ouvrit en grand la porte d'entrée pour faire entrée la fraîcheur du soir tombant, éteignit les lumières et s'alluma une cigarette. C'était son moment préféré de la journée. Un peu de musique, du tabac, la rumeur de la rue....

Tout en tirant quelques bouffées, elle se mit à griffonner distraitement sur un morceau de papier en pensant au récents événements qui avaient agité la ville. Tout le monde était à cran. Plus que jamais, la Communauté allait avoir besoin d'elle, d'un leader fort. Il serait peut-être temps d'appeler à un rituel extraordinaire. Ou à une gigantesque biture.


Dernière édition par La Baronne le Lun 1 Fév - 18:12, édité 1 fois
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Lincoln Greenwater
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MessageSujet: Re: Fin de la visite   Ven 8 Jan - 18:23

La journée avait plutôt mal commencé pour Lincoln. Dès le réveil il s'était levé en retard pour ouvrir la boutique et qui plus est avec un bon mal de crâne, il s'était éclaté un orteil dans un coin de porte, s'était renversé du café brûlant sur les couilles et avait oublié de faire une machine.
Il s'était donc pointé à la bourre, pour retrouvé sa vitrine tagguée, probablement par un des petits cons du quartier. Le reste de la journée avait été chiant à mourir, il avait réalisé un chiffre lamentable, alors qu'à l'extérieur un ciel de plomb menaçait à tout moment d'exploser.
La moiteur ambiante finissait de le mettre mal à l'aise et alors qu'il lui restait encore deux bonnes heures à tirer au magasin, il décida que s'en était trop. Il avait besoin de faire un break, de s'éloigner un peu du tumulte du centre-ville et de ce qu'il avait l'habitude de côtoyer, bref, il était temps qu'il rende visite à sa femme...

Il se rendait compte, alors qu'il prenait le chemin du vieux carré français, que sa dernière visite remontait à plusieurs mois, peut-être même une bonne année. Mais le cimetière St. Louis avait toujours été un lieu de détente pour lui (en même temps, il n'était pas vaudoun pour rien), il y trouvait le réconfort des morts, qui étaient toujours de bon conseil. Il faut dire qu'une fois mort on apprend à relativiser beaucoup de choses. Les morts regrettaient très peu, ce qui en faisaient des interlocuteurs de choix, car il n'avait généralement rien de mieux à faire qu'écouter vos problèmes.
Il avait donc passé le reste de l'après-midi, et le début de la soirée en compagnie de sa défunte femme et de ses voisins de l'au-delà, jusqu'au moment où le gardien l'avait poussé gentiment vers la sortie afin de verrouiller les grilles du cimetière.

Désormais bien plus détendu qu'à l'arrivée, Lincoln s'octroya quelques instants supplémentaires avant de prendre le bus pour retourner au centre. Le vent s'était finalement levé et avait dégagé les nuages, il avait emporté avec lui la moiteur insupportable et avait laissé dernière lui une fraîcheur bienvenue qui rappelait à ceux qui l'avaient oublié que nous étions tout de même en hiver. La lune était belle et les étoiles, bien que voilée par la pollution de la grande ville, arrivaient tout de même à pointer le bout de leur nez. Alors qu'il se baladait d'un pas nonchalant, sa pipe à la bouche, uniquement remplie de tabac, une musique entraînante lui vint aux oreilles. Une musique qui sentait bon le bayou et le vaudou. Intrigué, le vieux vodoun se dirigea sans se presser vers la source de la mélodie.
Apparut alors devant lui la silhouette du musée vaudou, installé dans une vieille bâtisse coloniale d'époque, et il fallait le dire: ça avait de la gueule!

Sous le porche une silhouette se découpait, assise nonchalamment sur les marche du perron, l'immense double porte de l'entrée grande ouverte derrière elle, la jeune femme semblait minuscule. Alors qu'il se rapprochait et que sa mauvaise vision se précisait, il finit par reconnaître le visage qu'il avait de nombreuses fois vu à la télé, et une seule fois en vrai, mais de loin, au moment de son intronisation.
La nouvelle Baronne était une jeune femme atypique, bien qu'un tatouage et des peintures lui recouvre le visage, on décelait aisément une beauté naturelle, mais que rendait étrange, voir presque effrayant, ces yeux dorés absolument pas naturels.
Le vieux maître des poupées avait vu défilé plus d'un baron ou d'une baronne, de caractères explosifs ou réservés, tourmentés ou l'esprit léger, mais c'était bien la première qui arrivait à lui coller un frisson dans le dos. Il ne la connaissait pas, mais force lui était de reconnaître qu'elle l'intriguait, et ce soir, l'occasion lui était donné de peut-être se rapprocher de la donzelle.

S'approchant du perron, il marqua une petite révérence envers son interlocutrice avant de l'interpeller:


"Bien le bonsoir Baronne. Le musée tourne-t-il bien?"
Il laissa échapper un nuage d'épaisse fumée qu'emporta presque aussitôt la petite bise.
"Je dois dire que j'ai été assez surpris d'apprendre que vous aviez jeter votre dévolu sur le musée, j'aurais pensé que la gestion de vos autres propriétés vous auraient largement accaparé. Enfin, ravi de voir qu'il y a encore quelques personnes pour s'intéresser à la culture!"

Un clin d'oeil vint ponctuer sa tirade. Certes, elle n'était pas totalement pour le rassurer, mais elle restait le "chef" de son culte, autrement dit quelqu'un de confiance qui ne pouvait décemment pas lui vouloir de mal...
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MessageSujet: Re: Fin de la visite   Ven 8 Jan - 19:26

Malgré l'hiver, la nuit était plutôt douce. Entre deux bouffées de fumée bleue, la Baronne observait le soir tomber avec délectation. La Nouvelle-Orléans avait toujours fait partie de ces villes qui s'animaient une fois la nuit tombée, mais depuis le coming-out des Outres, qui fourmillaient encore davantage dans cette partie des Etats-Unis, cette tendance s'était encore accentuée. La plupart des Outres étaient des créatures nocturnes après tout, et ils gagnaient en assurance lorsque les ombres tombaient sur la ville.
C'était comme si les maisons alentours s'étiraient après un long sommeil réparateur. Les fenêtres s'allumaient une à une, les gens sortaient par poignées, de la musique commençait à résonner ici et là et des éclats de voix pouvaient se faire entendre un peu partout.
Le musée était situé en plein coeur du Vieux Carré Français et il y avait toujours beaucoup de passage devant sa porte. La Baronne ne put s'empêcher de remarquer que plusieurs badauds la regardaient à la dérobée, mais cela n'avait rien d'étonnant. Lorsque l'on porte sur son visage les marques de sa profession, il faut s'attendre à être dévisagée une fois de temps en temps. Au début, cela l'avait mise profondément mal à l'aide, puis elle s'était habituée. L'avantage d'un visage comme le sien était qu'il ne laissait personne indifférent. Face à l'étrange, la plupart des gens ont beaucoup de mal à dissimuler leurs émotions et il devient alors beaucoup plus facile de lire leurs intentions. Et en ces temps troublés, et les Outres étaient perçus comme beaucoup comme une menace et avec la montée en puissance de la TPH, c'était un atout non-négligeable. Il devenait alors très simple de savoir qui se méfiait de vous, ou qui vous voyait seulement comme une curiosité locale.

Parmi les passants, un homme attira son regard. Un homme d'page mûr, sec comme un coup de trique, au look improbable, entre Jimi Hendrix et Gandalf le Gris. Il était encore loin sur la place et avançait à petits pas tranquilles. En fouillant dans sa mémoire, la Baronne réussi à placer une identité sur ce grand corps improbable. Lincoln Greenwater, le Maître des Poupées. Un homme extrêmement important dans la communauté Vaudoue. Malgré ses nouvelles responsabilités, elle ne l'avait entraperçu qu'une ou deux fois. Son prédécesseur l'avait décrit comme un homme fiable mais excentrique.
Excentrique il l'était certainement. Plus il s'approchait et plus il ressemblait à ce grand-père qui n'hésitait pas à vous retourner une paire de taloches si il vous surprenait la main dans la boite à cookies mais qui vous couvrirait lors de votre première cuite.
Il se dirigeait visiblement vers elle, d'un pas tranquille, cependant lorsqu'il ne fut plus qu'à quelques mètres d'elle, la Baronne décela un léger mouvement de recul. De l'hésitation ? De l'appréhension ?
Le ton badin sur lequel le Maître des Poupées s'adressa à elle la détrompa immédiatement. Il parlait avec assurance et une pointe de curiosité. Sa remarque sur le musée lui arracha un demi-sourire.
Promptement, elle se leva, étirant son corps à la façon d'une marionnette et lui tendit la main.

"Monsieur Greenwater. Heureuse de pouvoir enfin vous voir de plus près. Je suis navrée de ne pas m'être présentée plus formellement à vous lors de ma prise de fonctions."

Elle effectua à son tour une révérence, outrancière mais dénuée de moquerie. Puis se tourna vers le musée, qu'elle embrassa d'un regard presque amoureux.

"Pourriez vous croire que cette bicoque était sur le point de tomber en ruine lorsque je suis arrivée ? Plus personne ne s'intéresse à la culture de nos jours. Tout ce que les gens veulent voir de nous ce sont des clowns morbides qui égorgeons des poulets tous les samedis soirs en écoutant de la musique de sauvage qui réveille tout le voisinage. Tout ceci est faux bien entendu. Je respecte toujours le sommeil de mes voisins, et je préfère les boucs aux poulets."

Un sourire malicieux éclaira son visage, et disparu presque aussitôt pour faire place à une expression de grande résolution. Elle continua sur un ton bien plus grave.

"Pourtant je pense que c'est avant tout par la culture et l'éducation que les Normes et les autres Outres verront que nous ne sommes pas des sauvages. Le musée peut nous aider à accomplir une partie de cet objectif. Mes autres propriétés me donnent un peu d'influence dans certains cercles, et peuvent s'avérer utiles pour certaines négociations, mais je pense que c'est ici que je peux faire le plus de bien pour l'image de notre communauté"

Elle se tourna de nouveau vers Lincoln.

"Et si nous rentrions à l'intérieur ? J'ai un excellent petit rhum Botran de dix-huit ans d'âge sous mon comptoir. Vous pourriez me dire ce que je peux faire pour vous autour d'un verre."
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MessageSujet: Re: Fin de la visite   Mar 12 Jan - 18:25

Il devait bien reconnaître que la jeunette savait mettre les formes. Il avait connu trop de Barons et de Baronnes tellement perchés qu'ils en oubliaient parfois de respecter leurs ouailles. Lincoln n'avait jamais été très porté sur les convenances, en revanche, le respect était quelque chose d'essentiel au sein d'un communauté comme celle des vodouns. Mais le pouvoir avait tendance à rendre arrogant, et l'arrogance avait tendance à faire oublier à certain que la véritable puissance réside dans la solidarité.
C'était là la raison principale pour laquelle Lincoln ne s'était jamais clairement déclaré comme Maître des Poupées. Il avait hérité du titre à la mort de son prédécesseur, mais ne s'était jamais considéré comme plus important qu'un autre membre de la communauté. Il possédait certes un savoir qu'aucun autre ne partageait, la faute en incombait surtout à la mode de la réanimation qui avait trouvé un plus large public que l'art des poupées, plus techniques et beaucoup moins spectaculaire... Quoique.
La remarque de la jeune femme le fit donc sourire intérieurement, elle lui accordait bien plus d'importance qu'il n'en désirait.


"Vous ne me devez rien Baronne, je ne suis qu'un vodoun parmi tant d'autres, j'exerce simplement un talent qui m'est propre. Cela ne fait pas de moi quelqu'un de plus éclairé qu'un autre, et certainement pas quelqu'un de plus respectable."


Ah, la modestie... Clairement une qualité qui faisait défaut aux derniers Barons et Baronnes en dates. Jack Haunt avait clairement été le moins exubérant des Barons, mais sa propension au secret et son air supérieur n'avait pas réussi à convaincre Lincoln. Il avait plus d'espoir avec cette Baronne là, même si pour l'introversion, on pouvait définitivement passer son chemin...
Alors qu'elle l'invitait à l'intérieur en lui demandait ce qu'elle pouvait faire pour lui, il s'empressa de la détromper:


"Oh, je vous en prie, ne vous dérangez pas pour moi. Je ne suis pas venue vous voir en quête de réponse quelconque. Je déambulais dans le coin quand je vous ai aperçu, et la curiosité m'a poussé à vous aborder. Je m'étais fait la même réflexion que vous: nous ne nous étions pas encore présentés."


Chose qu'elle aurait pu prendre mal, Haunt l'avait pris mal, La Baronne l'ayant précédé l'avait pris mal, même le Baron d'avant l'avait pris mal. Bref, Lincoln n'avait jamais eut l'occasion de se présenter avec ces zigotos. Et il n'avait aucune envie de faire des pieds et des mains pour montrer aux autres qu'il existait, il avait bien trop la flemme pour ça.
Il allait prendre congé quand l'appel du foie résonna.
Le mot Botran, suivit du nombre dix-huit avait retentit en lui comme une épiphanie. S'il y avait bien quelque chose qu'il aimait boire après le whisky, c'était le rhum. Il n'avait jamais su résister à un petit verre, et puis ça serait l'occasion d'en apprendre un peu plus sur la nouvelle patronne, qui, comme tous ses prédécesseurs avait vraisemblablement un problème avec la transparence...


"Mais ma foi, si vous insistez, un petit rhum ne serait pas pour me déplaire, et puis cela me donnera du courage pour le retour!"


Il eut un sourire aimable envers la Baronne, et lui emboîta le pas...
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MessageSujet: Re: Fin de la visite   Mer 13 Jan - 17:00

Suivie du vieil homme, la Baronne pénétra dans le musée. La musique était plus forte ici, branchée sur les enceintes bluetooth qui tapissaient le sol et les vitrines, elle semblait venir de plusieurs endroits à la fois. Ajouté à cela, l'obscurité de la pièce et la fumée de cigarette qui s'était accumulée, l'endroit ressemblait davantage à un night-club désaffecté qu'à un musée.
La jeune femme se dirigea vers le comptoir pour baisser un peu le son, histoire qu'ils puissent s'entendre. Lincoln lui emboîtait toujours le pas, et au moment où il rentra, une voix criarde se fit entendre :

"Non mais c'est qui ce mec ? Baronne, je t'ai déjà dit de ne pas faire entrer tous les clodos qui se font passer pour le Père Noël. Bordel de merde, tu veux qu'on ferme boutique pour insalubrité ? Il doit avoir des dizaines d'espèce de bestioles inconnues dans ses cheveux !


- Ferme-la Murray.


Distraitement, elle effectua un signe compliqué en l'air de sa main droite, et jeta une poignée de cendre sur le crâne qui venait d'apostropher grossièrement son invité. Le crâne redevint silencieux, aussi mort qu'au premier jour.

- Désolée pour ça. Murray est un peu possessif, mais il est de bonne compagnie quand les clients se font rares. Et c'est un as de la bataille navale.

Elle farfouilla encore quelques secondes sous le comptoir et en sorti une bouteille rondre rempli d'un liquide ambré, encore aux trois-quarts pleine et deux verres. Elle versa une généreuse dose d'alcool dans les deux, et en poussa un vers Lincoln. Puis elle se retourna et versa une autre dose sur une statuette de Papa Legba qui trônait derrière le comptoir, sur une sorte de petit autel chargé d'offrandes et de bougies.

- A nous, mon cher.

Sur ces mots, elle renversa la tête en arrière et bu son verre d'une seule traite avant de s'en resservir un autre. Celui-là, elle prit son temps pour le siroter à petites gorgées. Elle laissa le silence s'installer quelques instants. Son interlocuteur ne semblait pas vraiment du genre loquace et ce n'était pas pour lui déplaire. Il avait toujours cet air un peu soupçonneux d'une personne qui ne savait pas vraiment sur quel pied danser, mais elle supposa qu'il devait tout simplement lancer cet air là à tout le monde.

"M. Greenwater, j'ai un problème.


Elle laissa les notes de jazz défiler entre eux, comme un fil ténu qui les rattachait l'un à l'autre.

- Je ne sais pas si vous avez reçu ma missive, je l'ai envoyée à tous les Vodouns dont je possédais l'adresse, mais je crains que ce ne soit pas assez. Quoique que les Normes anti-Outres puissent dire sur l'invasion de leurs terres par des dangers publics aux pouvoirs incontrôlés, nous sommes de moins en moins nombreux. Plusieurs de nos frères et soeurs quittent la Nouvelle-Orléans dans l'espoir de trouver une terre plus accueillante ailleurs, et notre influence diminue. J'ai l'impression que beaucoup d'entre nous ne font plus confiance aux pouvoirs en place pour les protéger. Le Maire de la ville est ouvertement contre nous et même les journaux commencent à prendre un ton ouvertement anti-Outre.

Elle regardait désormais fixement le fond de son verre. Sa voix se faisait plus lointaine, comme si elle racontait une histoire, et non pas des faits récents. Les idées tourbillonnaient dans sa tête.

- A ce rythme là, j'ai peur de ce qui pourrait nous arriver dans les mois qui viennent. Les attentats se multiplient, combien de temps avant que nos lieux de rencontre soient touchés ? Imaginez un attentat au beau milieu d'une de nos cérémonies, dans un de nos clubs, ou ici-même au musée...nous allons avoir besoin de nous serrer les coudes plus que jamais."

Sa voix s'était faite légèrement hésitante, comme si elle avait déjà pensé à une solution mais n'osait pas en parler directement. Peut-être attendait-elle de savoir où Lincoln se situait par rapport à tout ceci avant d'en dire plus, peut-être pensait-elle simplement tout haut.
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Lincoln Greenwater
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MessageSujet: Re: Fin de la visite   Dim 24 Jan - 12:46

Alors que Lincoln pénétrait dans la vieille bâtisse, il réprima un sursaut quand une voix atrocement proche et étrangement désincarnée les apostropha en gueulant. Se faire traiter de clodo par un crâne étant tout de même un comble, il se promit de prendre un peu mieux soin de lui... Chose qu'il se promettait assez souvent sans jamais l'appliquer. C'est ça quand on a la motivation d'une huître...
La Baronne fit taire le crâne d'un geste de la main. Ce devait être une nouvelle mode, avoir des fantômes de compagnie... Lincoln roula discrètement des yeux, il n'avait pas l'intention de vexer son hôte, mais il ne pouvait s'empêcher un certain agacement devant la relation des jeunes avec les morts. A croire que ces derniers, sous prétexte d'être privés de corps, n'étaient plus que des outils que l'on pouvait convoquer et renvoyer à sa guise.
Enfin, peut-être avait-il raté un train, peut-être était-ce simplement lui qui était has been, mais tout de même...

La jeune femme déboucha une belle bouteille et en servit deux verres, avant d'arroser d'une belle rasade l'autel de Legba difficile à rater qui trônait derrière le comptoir. Lincoln eut un sourire approbateur. Visiblement la baronne estimait plus les Loas que les esprits. Un point de vue que ne partageait pas réellement le vieil homme. Bien sûr il traitait les Loas avec le respect qui leur était dû, et surtout afin de ne pas s'attirer leurs foudres, mais il avait une meilleure estime des esprits, qui étaient de bien meilleur conseil et surtout d'une patience légendaire.

Alors que la Baronne s'enfilait cul-sec son verre avant de s'en resservir un, elle lui expliqua son inquiétude quant aux mouvements anti-Outre, et à la désertion lente mais significative des rangs vodoun...
Lincoln avait bien sa petite idée concernant cela, cela avait d'ailleurs été l'une de ses plus grande source de mécontentement ces dernières années. Et puisqu'on abordait le sujet...


"La faute à qui à votre avis, Baronne, si nous nous affaiblissons? A vos prédécesseurs, bien entendu! Les chefs spirituels n'ont fait que se succéder à une vitesse alarmante ces derniers temps, à croire que le titre de Baron a été maudit. Certains sont morts, d'autres ont simplement disparu, quant aux autres, ils ont préféré tirer leur révérence avant d'atterrir dans l'une des deux catégories précédentes. Comment voulez-vous que la communauté se sente soutenu alors que même les Barons semblent se désolidariser de la cause."

Il avait ruminé ses mots pendant bien longtemps, et sentait son amertume prendre un peu trop le dessus. Il n'avait pas pour habitude de hausser le ton, mais se surpris pourtant à le faire alors que les mots sortaient les un après les autres de sa bouche. Lui-même s'était sentit quelque peu abandonné ces dernières années. Et s'il avait eut un tant sois peu l'âme d'un leader, il serait lui-même monté au créneau. Seulement il n'avait ni le charisme ni l'ambition nécéssaire pour revêtir le costume de Baron, qui plus est il n'aimait pas les médias et aurait été un très mauvais porte-parole.
Il avait cependant un amour profond pour sa communauté, et était prêt à tous les sacrifices pour la voir perdurer et continuer à exister, même si cette existence devait perdurer loin des projecteurs. Le vaudou était une religion née en Afrique, le Berceau de la Vie, on pouvait très largement supposer qu'elle était presque aussi ancienne que l'Homme lui-même. Quoi qu'en dise des tablettes écrites par un vieux moisi des milliers d'années auparavant, il était convaincu que c'était bien les Hommes qui avaient créer cette culture et par des "démons" venu d'on ne sait où.


Il tenta de se calmer un peu, après tout la jeune femme n'y était pour rien, et elle semblait même vouloir arranger les choses. Il n'était pas vraiment juste qu'elle prenne pour les autres. Seulement les autres n'avait jamais pris le temps de l'écouter, contrairement à elle...


"Vous avez raison, notre communauté a réellement perdu de sa superbe, et je ne parle même pas de l'image que nous renvoyons aux médias, mais bel et bien d'un ressenti général au sein du culte. Mais cela pourrait être pour nous une aubaine, vous ne pensez pas? retourner à des pratiques plus discrètes, moins médiatisées. Il vaut mieux avoir une réputation de fêlés inoffensifs qui dansent à poils dans un champ de coton que de culte sectaire jouant avec les morts."

C'était vrai, pendant des années, avant la Révélation, le vaudou était reconnu de notoriété publique, seulement on considérait ses pratiquants peu nombreux et surtout un peu trop timbrés pour être dangereux. Certes la réputation n'était pas bonne, mais elle n'attirait au moins pas l'attention. Et cela leur avait finalement bien réussi, la majorité des Normes ne suspectaient du coup pas leur voisin d'être Vodoun, pensant que les seuls pratiquants avaient un œil de verre, des dents en moins et vivaient au milieu du Bayou dans une cahute branlante.
Néanmoins, il savait que cette idée de revenir à une pratique plus secrète n'était pas au goût de tout le monde, et il était curieux de savoir sur quel pied dansait la Baronne.


"Mais bien entendu, ce n'est là que l'avis d'un vieil homme, je ne prétend pas avoir LA réponse. Et vous-même, Baronne, avez-vous déjà réfléchi à un projet, qui nous permettrait d'assurer la pérennité de notre communauté?"


C'était bien la première fois, depuis plusieurs années, qu'il avait réellement le sentiment que le chef du culte s'investissait. Plus seulement dans l'image que l'on renvoyait à l'extérieur, mais bel et bien dans les problèmes au sein même de la communauté. Le fait était que les vrais Vodouns, et pas seulement les vodouisants, avaient bel et bien déserté la Nouvelle-Orléans vers des matins plus clairs, et que le nombre de Houngans de Manbos avait diminué de moitié, si ce n'était plus. La preuve en était que la communauté vaudoue n'était plus aussi accueillante et rassurante qu'à une époque. Elle devenait non plus un symbole d'unité, mais une aliénation pure et simple face à la société actuelle. Petit à petit, les Vodouns devenaient aux yeux des Normes un ramassis de parias amer et aigris, qui fomentaient de sombres desseins dans des lieux magiques. Et ce genre de réputation ne pouvait qu'amener les ennuis...
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MessageSujet: Re: Fin de la visite   Lun 1 Fév - 18:51

La Baronne ne put s'empêcher de lever un sourcil surprit en entendant le ton amer du vieil homme. Visiblement, il en avait gros sur le cœur, et avait besoin de partager ce sentiment d'abandon. Et la jeune femme ne connaissait ce dernier que trop bien. La Nouvelle-Orléans n'était pas un cas isolé, et avant de venir en Louisiane, elle avait vu pas mal de Barons délaisser leurs communauté au profit d'autres activités plus ludiques. Certains géraient la pègre locale, d'autres profitaient de leur statut et de leur notoriété pour devenir des jets-seteurs excentriques, d'autres magouillaient dans leur coin en toute impunité et jouaient avec leurs pouvoir au détriment du bon sens.
Même son prédécesseur, pour qui elle avait pourtant énormément d'affection, n'avait pas été exempt de tout reproche. La communauté périclitait, et s'affaiblissait de jour en jour. Le discours de Lincoln lui fit prendre conscience d'un élément qu'elle n'avait pas vraiment pris en compte jusque là : elle comptait bien remettre la communauté Vaudoue sur pied à la Nouvelle-Orléans, et même si elle s'était bien rendue compte que ce ne serait pas chose aisée, du fait de sa jeunesse et du peu de temps qu'elle avait passé dans la ville, elle ne pensait pas que ses frères et soeurs étaient aussi amers. Car à n'en point douter, Lincoln Greenwater n'était pas le seul à penser de la sorte. Il était un pilier de la communauté, un vétéran que beaucoup de vaudouns consultaient quotidiennement, et son opinion était sûrement l'écho de l'opinion générale. Non seulement il lui faudrait réhabiliter les Vaudous dans l'imaginaire collectif, mais aussi leur redonner confiance en eux, leur faire comprendre qu'ils n'étaient pas seuls. Il semblait évident que beaucoup d'entre eux ne faisaient même plus confiance au Baron ou à la Baronne en place, et comment aurait-elle pu les blâmer ? Comment demander à toute une communauté d'avoir foi en un leader qui changeait aussi souvent et qui semblait s'investir aussi peu dans leurs problèmes ? Et ceux qui s'investissaient effectivement connaissaient souvent une fin funeste.
Greenwater n'avait pas tout à fait tort en disant que le poste de Baron était maudit, mais la malédiction avait eu un effet bien plus pervers qu'un turn-over insensé : les Vaudous avaient perdu toute confiance en leur représentant.

La jeune femme regarda son verre d'un air songeur, pensant à l'énormité de la tâche qui l'attendait.

"Monsieur Greenwater, je suis désolée. Je sais que mes excuses peuvent paraître bien maigres par rapport au sentiment d'abandon que vous avez pu ressentir ces dernières années, mais puisque c'est moi qui occupe ce poste à présent. Il me semble que c'est à moi de vous présenter des excuses."

Machinalement, elle tournait son verre entre ses mains. Bien sûr, elle était en désaccord avec le Maître des Poupées sur la solution a adopter, mais ce n'était pas pour autant qu'elle ne considérait pas la chose. L’isolationnisme avait en effet quelque chose de séduisant, et si la situation actuelle n'avait pas été aussi catastrophique, elle aussi aurait été tentée de l'adopter. Mais devant les récents événements qui avaient secoué la ville, ce n'était plus une option.

"Quand aux solution à adopter, je ne suis pas sûre d'être d'accord avec vous. Je pense au contraire que c'est ce culte du secret qui est en partie responsable de nos problèmes actuels. Imaginez, notre religion doit être une des seules à ne pas avoir quitté le monde de la tradition orale, et à ne posséder aucun réel texte religieux écrit, et nous avons toujours célébré nos croyances en secret. Dans ce cas là, il n'est pas étonnant que lesdites croyances aies été déformées et incomprises, que ce soit au cinéma, dans la littérature, bref dans l'imaginaire collectif. Entendons-nous bien, je ne tiens pas à exposer nos secrets et notre religion aux yeux de tous, à écrire sur papier tous nos rituels, mais je pense qu'un peu plus de transparence ne pourrait pas nous faire de mal. Si nous tenons à être vus, comme vous l'avez dit si judicieusement, comme une bande de fêlés inoffensifs, nous devons montrer au monde ce en quoi nous croyons vraiment."

Elle fit une petite pause pour mettre de l'ordre dans ses pensées. La dernière chose qu'elle voulait était que Greenwater pense qu'elle tenait à transformer la religion Vaudoue en un spectacle public, et ses pratiquants en bêtes de foire, animant des talk-shows et invoquant des Lwas en prime-time. Cette simple pensée la dégoûtait fondamentalement. Mais entre l'exposition la plus totale et le secret absolu, il devait exister un juste milieu.

"Je pense de plus en plus à organiser une cérémonie publique, comme cela a pu se faire au début des années 2000 ici-même à la Nouvelle-Orléans ou même à Haïti, avant la Révélation. Pas de grand spectacle, pas d'artifices. Uniquement une cérémonie religieuse, comme il en existe dans toutes les cultures du monde, afin de montrer aux personnes mal renseignées que nous ne sommes rien d'autre qu'une communauté unie autour des même croyances, et non pas des allumés agitant sans cesse des couteaux sous le nez de poulets innocents. La plupart des gens nous voient comme des nécromanciens avec un goût vestimentaire hasardeux, et je pense honnêtement que la seule façon de contrer cette image serait de leur montrer que nous ne passons pas notre temps à ressuciter les morts, mais à prier et à honorer les Lwas, les esprits et nos ancêtres. Le reste ne regarde que nous. Et je préfère savoir que nous avons aux yeux du monde une réputation de doux dingues, que de fous sanguinaires.
Ceci dit, j'étudie également d'autres options, et depuis que j'ai été nommée à ce poste, j'ai tenté de me rapprocher des représentant des autres communautés Outres. Je pense que nous devrions aborder le problème tous ensemble. Voilà où j'en suis pour le moment Monsieur Greenwater. J'ai conscience que ce ne sont pas des solutions parfaites, et qu'elles seront temporaires, mais il me fallait bien commencer quelque part, et avant d'entreprendre quoi que ce soit, je désire savoir que notre communauté approuve mes actions. Je n'ai pas la prétention de savoir ce qui est le mieux pour nous tous."


Elle se tut, un peu essoufflée. La jeune femme avait parlé de façon posée, pesant chacune de ses phrases précautionneusement, mais avec un ton de détermination tout à fait perceptible. Elle avait conscience que ses solutions ne plairaient pas à tout le monde, mais il fallait bien que quelqu'un fasse quelque chose pour tenter de sortie les Vaudous de ce bourbier, et puisque la responsabilité était maintenant la sienne, elle ne pouvait plus rester inactive.
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MessageSujet: Re: Fin de la visite   Lun 8 Fév - 11:55

Le vieil homme dissimula sa surprise face à l'argumentaire de la jeune femme. Il faut dire qu'avoir une Baronne qui se sentait réellement concernée et qui en plus avait d'ores et déjà planché sur une solution, était un vent de fraîcheur bienvenue.

Néanmoins, le Vodoun n'en oublia de rester sceptique. Car si elle avait effectivement réfléchi à la chose, il n'était pas certain que les solutions lui plaise... Et il ne pu s'empêcher un froncement de sourcil quand elle évoqua l'idée d'une réunion avec les autres représentants Outres. Si en ce qui concernait les Métamorphes sont avis était plutôt positif, il devait bien reconnaître que les autres étaient loin de lui inspirer confiance.

A commencer par les Vampires, qui malgré la valeur inestimable de leur sang, restaient des entités totalement contre-nature. Les Wiccans, quant à eux étaient un mal nécéssaire, mais des alliés dans lesquels Lincoln avait la plus grande difficulté à placer sa confiance. Des magiciens qui utilisaient leurs pouvoir à la seule fin de dissimuler leur âge sous un visage d'ange, qu'y avait-il de plus perfide que ces menteurs en puissance?
Et qu'en était-il des Faës? Ces êtres encore mystérieux, qui venaient à peine de se révéler ne semblaient pas réellement enclin aux alliances avec les humains, vivants ou morts...

Lincoln devait reconnaître qu'il avait quelques difficultés à comprendre en quoi discuter avec les autres Outres pouvait bien améliorer la situation des Vodouns. Car si lui (et il ne se savait pas seul) avait clairement des reproches et des appréhension envers les autres races, il y avait fort à parier que les autres races avaient au moins autant de griefs à l'encontre des Vodouns. Non, il n'en démordrait pas, la communauté devait se sortir seule de cette mauvaise passe, c'était le seul moyen pour qu'elle en ressorte plus forte.


"Pardonnez-moi, Baronne, mais je doute que nous rapprocher des autres communautés Outres soient une bonne idée. Si nos inimitiés ont été mises en valeurs ces derniers années avec la Révélation, elles n'en sont pas moins anciennes et parfois profondément ancrées dans les esprits. Je doute que la communauté vous suive sur ce terrain... Les réponses que vous cherchez, vous ne pourrez les trouver qu'au sein de notre communauté, aussi dispersée et fragile soit-elle: seuls les Vodouns peuvent comprendre les Vodouns."

Il avait peur qu'elle ne veuille pas l'entendre. La communauté Vaudoue coulait des jours paisibles avant la Révélation, même si Lincoln n'en avait eu qu'un aperçu bref du à son jeune âge à l'époque. Mais il se souvenait parfaitement de cette insouciance, de cette paix qui entourait la communauté, il y avait un réel sentiment de sécurité que ne venait pas troubler la peur d'être découvert, et encore moins la peur de la persécution. Ces sentiments n'étaient nés qu'après la Révélation. La magie vaudoue leur était propre, quoi qu'on en dise, et ni les Wiccans, ni les Vampires, ni les Faës n'était en mesure de la comprendre, ni de comprendre son intérêt. Ces races étaient toutes tournées vers l'individu, cultivant l'égoïsme et l'amélioration personnelle. Les Vodouns œuvraient avant tout pour leur communauté, les Houngans et les Manbos étaient des guides, ils réalisaient des cérémonies pour les autres, pas pour eux-mêmes.

"Vous parliez d'organiser une grande cérémonie. Je pense que c'est une bonne idée. Bien que je ne partage pas votre avis quant à sa médiatisation, je ne peux décemment pas vous en empêcher. Mais il est effectivement temps de faire quelque chose pour nous, et plus pour les autres. Pas d'artifices, comme vous le dites, rien que nos traditions. Si nous devons donner une image au monde, que ce soit celle d'une communauté n'a plus cure du regard des autres et de leurs attentes. Montrons-leur les vrais fondements de notre religion, qui sont le respect et la célébration des morts comme des vivants."

Il ponctua la fin de sa tirade en vidant ce qui lui restait de rhum dans son verre. Il prit quelques longs instants à faire tourner le liquide ambré dans sa bouche, se délectant de l'arôme et de la puissance du breuvage. Puis il avala et plongea son regard dans celui de la Baronne. Il ne sourcilla pas cette fois. la jeune femme voulait arranger les choses, renouer avec sa communauté, très bien. Mais pour renouer avec sa communauté il faut être en mesure de l'écouter et de la comprendre. Il n'espérait pas qu'elle boive ses paroles et qu'elle fasse comme il l'entendait, il n'avait pas la prétention d'être le porte-parole de la communauté. Mais il était peut-être temps que la communauté soit sollicité dans son entièreté, et plus seulement par quelques représentants. Il eut alors un geste qu'il ne contrôla pas vraiment lui-même, il tendit sa grande main parcheminée, et la posa chaleureusement sur l'épaule frêle de la jeune femme. Il n'estimait pas ce geste déplacé, toute Baronne qu'elle était, elle restait humaine, et le poids de telles responsabilités pouvait parfois être écrasant. Lincoln avait envie de lui prouver son soutien et il semblait que ce geste en était une meilleure preuve que bien des mots. Il eut un sourire bienveillant.

"Si vous voulez vraiment sauver notre communauté Baronne, demandez-lui conseil. pas seulement à moi, pas seulement aux Houngans ou au Manbos, mais à tous les Vodouns et vaudouisants restants à la Nouvelle-Orléans. Ce n'est que quand tous auront donné leur avis que vous saurez réellement quoi faire..."

Il tapota gentiment l'épaule de la jeune femme, avant de ramener son bras vers lui. Il sortit alors sa pipe et son tabac, et avec des geste précis se prépara de quoi fumer...



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MessageSujet: Re: Fin de la visite   Lun 8 Fév - 15:45

Le sourire de la Baronne s'élargit. Elle s'était attendu à ce genre de réaction. Bien sûr, elle ne pouvait s'attendre à ce que toute la communauté vaudoue la suive aveuglément dans sa petite croisade. C'eût été mal connaître le caractère obstiné des vaudous ou être parfaitement stupide pour croire cela. Mais elle n'avait pas été mise à ce poste pour plaire à tout le monde, et il était évident qu'elle se ferait des ennemis en cours de route. Lincoln n'en était pas un, mais son désaccord avec ses méthodes était visible. Elle ne voulait pas se mettre à dos le Maître des Poupée, ce serait stupide et inutile, mais cela ne voulait pas dire non plus qu'elle irait dans son sens uniquement pour le mettre dans sa poche.
Elle s'alluma une autre cigarette et regarda son interlocuteur droit dans les yeux. Rien ne valait l'honnêteté dans ce genre de situations.

"Je vais être franche avec vous : je n'ai rien à faire des vieilles rancœurs. Que telle ou telle communauté ne s'entende pas parce qu'il y a plusieurs siècles untel a fauché la vache d'untel n'est pas mon problème. Nous avons passé l'âge de baser notre appréciation d'une autre race sur des histoires vieilles de plusieurs siècles ou des méfiances qui n'ont plus lieu d'être."

Elle n'avait personnellement rien à l'encontre des autres races, si ce n'était une curiosité inextinguible et une certaine méfiance inculquée par des siècles de traditions. Et c'était justement contre cet instinct grégaire propre à presque toute sa communauté qu'elle désirait aller désormais.

"Certains sont dangereux, c'est vrai. D'autres sont imprévisibles, c'est également vrai. Et je ne dis pas de faire aveuglément confiance à n'importe qui, je n'ai plus six ans. ais je sais aussi que nous n'arriveront à rien si nous restons cloîtrés dans nos vieux préjugés. Une entente au moins cordiale avec les autres races pourrait nous éviter bien des désagrément. J'en ai plus qu'assez de ce status-quo qui pourrait voler en éclat à la moindre incartade, et je ne suis pas devenue Baronne de la ville pour faire en sorte que les choses restent les mêmes. Le monde change, nous devons changer avec lui, ou nous serons balayés, nos traditions, oubliées et notre héritage, une autre légende que les gens se transmettent sans savoir si elle était vraie ou non"

Son ton était désormais bien plus assuré, et inconsciemment, elle s'était redressé. Elle parlait désormais, non à la façon d'un chef jouant de son autorité, mais de la façon d'une personne profondément convaincue par ses propres paroles.

"J'ai commencé à consulter les autre Houngans et Mambos et vous aviez raison : notre communauté est tellement éparpillée que la plupart d'entre eux n'ont même pas pris la peine de me répondre. Je ne vais pas attendre leur bon vouloir pour faire quoi que ce soit, mais je vais agir. Et si ils ne sont pas d'accord avec moi, peut-être se réveilleront-ils enfin et viendront à moi pour exprimer leur désaccord. Au moins la communication sera rétablie et nous pourrons enfin échanger nos idées. Un conflit est préférable à un manque total de communication."

Il était vrai que ce manque de réponse de sa communauté l'avait profondément blessés, peut-être même plus qu'elle ne le montrait. Elle avait écrit à certains, et s'était déplacée pour en voir d'autre, et elle avait le plus souvent récolté une indifférence polie ou un silence radio. Beaucoup d'entre eux préféraient désormais faire cavalier seul ou bien s'occuper d'un petit groupe de fidèles. D'autres avaient tout simplement coupé les liens avec leurs semblables et faisaient leur petite vie dans leur coin. C'était cette indifférence qui l'avait poussée à agir. Au moins, si ils venaient en masse exprimer leur désaccord avec la politique de la nouvelle Baronne, ils seraient de nouveau une communauté unie contre quelque chose. Et tant pis si c'était contre elle. Au moins sa présence aurait servi à quelque chose.

"Je leur ai amplement laissé le loisir de venir me voir, me parler et exprimer leurs opinions à ma nomination. Mais j'en ai assez d'attendre, si ils voulaient me donner leur avis et leurs conseils sur la marche à suivre, il fallait le faire avant. Comment pouvons-nous encore oser nous appeler une communauté alors que nous sommes incapables de communiquer entre nous ? Ma porte sera toujours ouverte pour les nôtres, quel qu'il soit, et je continuerais à assurer mes fonctions de Baronne, mais je ne peux plus les attendre pour agir."

Elle était plus déterminée que jamais. La Baronne avait enfin l'occasion de faire la différence, et de faire du bien aux siens, et elle n'allait pas laisser passer cette chance.

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MessageSujet: Re: Fin de la visite   Dim 3 Avr - 20:04

Le discours de la jeune femme était enflammé et c'était une douce mélodie aux oreilles du vieil homme. Néanmoins, il restait plus que sceptique quant à cette initiative de rapprochement entre les races. Il reconnaissait lui-même qu'il était plein de préjugés, mais bon d'un autre côté, il était vieux et c'était bien là une des prérogatives de l'âge. Il ne comptait pas s'opposer à cette décision, c'était une tentative comme une autre, vouée à l'échec de son point de vue, mais une tentative tout de même!
Il devait bien reconnaitre que la petite avait du cran. Il aurait été tellement plus facile de contenter tout le monde, de se plier aux vieilles inimitiés, de s'engouffrer dans les préjugées antédiluviens.

Il se prit à sourire, et à se projeter. Peut-être que cette Baronne-ci allait réussir à faire la différence, peut-être pas comme elle le voudrait, ni même comme la communauté le voudrait. Peut-être même qu'elle resterait en place suffisamment longtemps pour redonner aux Vaudouns confiance en leur leader. Peut-être... C'était bien là un espoir qu'il n'avait pas eu depuis longtemps. Depuis quelques années, il avait pris l'habitude de la solitude. Les Vaudouns ne venaient guère plus qu'exceptionnellement demander conseil aux anciens, d'abord parce qu'ils se croyaient meilleurs que tout le monde, mais surtout parce que les anciens avaient pour sale habitude de leur claquer la porte au nez dernièrement. Celle de Lincoln était toujours restée ouverte, mais son caractère bougon et sa propre distance avec la communauté publique ne lui avait pas forcément fait bonne presse. Il restait cependant un ancien respecté et que l'on écoutait avec attention. Bien qu'il n'ai jamais prétendu à une telle attention. Il s'était juste contenté de rester fidèle à ses principes et à sa communauté, même s'il ne s'y mêlait pas aussi souvent qu'il l'aurait fallu.

Il fixa longuement la Baronne, prenant le temps de dévisager enfin sans détour son interlocutrice. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre qu'elle n'était pas seule. Il avait pratiqué sa magie pendant suffisamment longtemps pour reconnaître ceux qui étaient accompagnés. Par qui, cela il n'aurait pas pu le dire, car la présence était diffuse, bien décidée à tout faire pour dissimuler au mieux son identité. Mais c'était une présence puissante, et peut-être était-ce cela qui faisait une partie du charme de la jeune femme. Même si son visage, bien qu'en partie caché par son tatouage, était d'une beauté juvénile simple, mais profondément sensuelle. Pour finir, ses iris étaient hypnotiques, définitivement surnaturels, emplis d'une sagesse rare pour une personne aussi jeune, peut-être cette sagesse n'était-elle pas uniquement celle de la Baronne? Peut-être partageait-elle celle de cette présence si étroitement enlacée à son esprit.

Lincoln tira une longue latte sur sa pipe, avant de laisser échapper un nuage épais qui lui dissimula en partie le visage.


"Baronne, je ne puis que manifester mon désaccord face à votre initiative de contact avec les autres races..."

Il laissa planer la fin de sa phrase, son regard intense plongé dans celui de la jeune femme.


"Mais fondamentalement, je ne suis qu'un vieux con plein de préjugés et ce n'est clairement pas maintenant qu'on me les enlèvera!" Continua t-il après un long soupir, alors qu'il se détendait et tirait à nouveau sur sa pipe.

"Vous voulez changer les choses et c'est tout à votre honneur, sachez que je ne m'opposerai pas à vos tentatives, merde, je suis même prêt à vous filer un coup de main, pour ce que ça vaut! J'ai foi en vous, et j'ai foi en notre communauté. Peut-être les choses ont-elles été trop longtemps les mêmes, il y a quelque chose de rassurant à la constance. Mais ce n'est pas la constance qui nous sauvera."


Il prit l'initiative de se resservir un verre de rhum. Oui, c'était pas très poli de faire ça sans demander, d'un autre côté, il doutait que la Baronne lui jette une malédiction pour si peu, et puis après tout, il était entrain de lui apporter son soutien. Un soutien dont elle allait avoir grand besoin pour redresser la barre. Il bu une grande gorgée de son verre.


"Bon par contre, oubliez-moi pour aller parler aux autres races, préjugés, vieillesse, tout ça quoi..."

Et il lui sourit, un sourire franc et sincère, un sourire spontané, qu'il n'avait pas eut depuis des années...
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