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 Opération publicitaire.

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MessageSujet: Opération publicitaire.   Jeu 26 Juin - 3:53

Deux heures trente du matin. Les docks. Égaux à eux-mêmes.
Suant, sale, puant, transpirant la pauvreté de ses ouvriers et les sécrétions de prostituées de passe à pêcheurs. Suintant l'ordure par chacun de ses pores de béton, urinant sa fange sur les pauvres diables qui s'y éreintent jour après jour.
A toute époque, tout lieu, les quais et docks ont toujours montré à la face du monde l'âme profonde et répugnante d'une ville en marche et phagocytant ses rejetons. Si la Nouvelle-Orléans est une grande dame, sa zone portuaire est la prostituée violée ad nauseam cachée dans l'ombre de la duchesse.
Et pourtant, malgré son aversion pour l'évident mépris que subissent ces endroits, et l'ambiance délétère qu'il entraîne, Vlad Vissarionovich se tient en ces lieux.
Malgré son dégoût de ce que ce monde tient tant à faire des zones ouvrières, au plus profond de la nuit, à des heures indues, le métamorphe consent à s'y rendre et s'y tenir. Non que le flash grésillant, aléatoire et aveuglant des lampadaires industriels soient propres à le mettre en joie.
Non que ces marchandises entassées ça et là l'émeuvent.
Mais cette nuit, il a rendez-vous.
Cette nuit, il doit sortir de l'ombre.

...

Depuis deux semaines, Vlad s'était mis à la recherche d'un vampire. Un vampire arrogant, jeune, méprisant, universellement détestable et raciste.Pas un vampire en particulier, pas CE vampire, mais un vampire qui correspondrait à ce portrait. Il lui fallait une victime pour sortir de l'anonymat relatif dans lequel il s'était de lui-même plongé avec satisfaction. Avec la nouvelle donne de la Grande Révélation, il devait impérativement rejoindre la hiérarchie des "siens", pour peu que "sien" signifie quelque-chose, afin d'avoir une influence. Mais à cause de sa volonté de rester en dehors des affaires des métamorphes pendant des années, il ignorait comment les contacter. Il lui fallait attirer leur attention. Il lui faut un holocauste, un sacrifice pour une cause sacrée. Une mort dont la portée effacerait l'aspect condamnable. Un martyr.
Mais exécuter une pauvre créature qui ne voulait de mal à personne, qui ne planifiait rien, Outre ou Norme qui n'aspirait qu'à la paix, était inenvisageable. Un sacrifice, mais pas une monstruosité. Il importait de choisir une victime méritant son sort. Dans sa lubie d'entente des espèces, viser un opposant à cette idée demeurait la meilleure option.
Alors deux semaines durant, avec un manque voulu de discrétion, dans les lieux qu'il connaissait fréquenté par des métamorphes, il fît passer le mot, se faisant passer pour un vengeur. Il demandait  sans cesse si quelqu'un avait le signalement d'une jeune vampire emporté et arrogant, n'aimant que ses pairs. Il dût broder une histoire d'ami assassiné en sa présence par une ombre, un vampire dont il n'avait pas vu le visage, et qui se serait lancé dans une diatribe raciste, etc etc. Peu importe que les gens croient en son histoire. tant qu'au final il obtenait ce qu'il désirait, et que cela attire l'attention des têtes métamorphes. Nul doute qu'ils n'apprécieraient pas s'attirer une mauvaise image à cause d'un des leurs qui aurait pété les plombs et décidé de se faire justice lui-même. Il finit par en repérer un. Une saleté violente. Un certain Harry qui se faisait surnommer "Luniev" pour se donner de grands airs. Il le suivît pendant un temps, en apprendre un peu plus à son sujet. Vu son comportement insouciant et sa grande gueule, son emportement, son manque de distance, il semblait être jeune.
Il n'affichait pas plus de vingt ans. Un jeune couillon sapé victorien, parce qu'il avait certainement appris en regardant ces fameux films qu'un vampire devait forcément être ridicule.
Vlad en apprît un peu de ses habitudes. Et il savait qu'un soir sur trois cet imbécile s'offrait un petit plaisir auprès de "filles du port". Amen mes frères, nous avons enfin retrouvé Dracula, il se cachait donc là.
Crétin.

...

Au fond de la nuit, Vlad a amplement le temps de s'allumer une cigarette avant de voir apparaître sa cible. Un meurtre vengeur sur les quais. Le tigre n'en revenait pas de donner spectacle si cliché. Il s'en giflerait presque.
Ç'aurait pu être pire, cela dit. Grâce à l'été, il n'a pas eu à enfiler son manteau long pour s'acquitter de sa tâche.
Mais il a quand même le chapeau pour ne pas être non plus trop reconnaissable. Au cas où, des témoins indésirables, ça peut s'avérer gênant.
Clope au bec, il aperçoit alors au loin, sortant d'une baraque, sa proie. Marchant fièrement, l'air satisfait de ses conquêtes et de sa chasse. Un instant de fierté impériale, qui n'est gâché que par le rehaussement de son pantalon.
Silencieusement, l'ukrainien se met en marche dans sa direction. Il ne doute pas le moins du monde que le vampire le remarque grâce à ses sens développés. Mais tant qu'il ne manifeste pas d'action agressive trop tôt, il ne risque rien.
Arrivé dans le dos du jeune homme, il dégaine alors. Lentement, il se saisit de son TT-33. Avec douceur et en silence.
Il aurait pu prendre du Nagant, avec son silencieux, mais l'assassinat invisible et discret n'est pas vraiment le but. Le seul impératif, c'est que personne d'autre qu'un métamorphe ne puisse l'identifier. Mais le reste... Autant rameuter du monde. Au moment même où il reculera le chien du pistolet, le vampire réagira. Le bruit du mécanisme. Alors il convient d'armer et de faire feu dans la même seconde. Viser l'arrière du crâne. Avec la distance et la puissance du calibre, cela devrait suffire pour terrasser ce genre de sangsue. Si le cerveau vole en éclat, théoriquement, même un vampire ne peut s'en relever.


"Je peux savoir ce que tu fabriques ?"

Merde.
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Blake Davis
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MessageSujet: Re: Opération publicitaire.   Dim 29 Juin - 20:03

Eh bien. Il y avait du grabuge à la Nouvelle-Orléans, ces derniers temps. Rien d'étonnant à cela : il était rare qu'une ville reste longtemps tranquille dès lors que Blake s'y installait. La pègre s'affolait, et les dégénérés locaux se souvenaient subitement qu'ils avaient des ennemis. Il arrivait de façon assez récurrente qu'on lui propose un contrat "de prévention". De peur d'être visés, les gens préféraient voir ceux qui ne les aimaient pas trop morts et enterrés, afin qu'il ne leur arrive pas le même genre de bricole. Un sacré cercle vicieux, dont Blake goûtait l'ironie mordante. Humains, outres, tous les mêmes. Mettez lui une arme létale dans les mains, l'humanité (au sens large du terme) ne savait plus faire que s'entretuer. Ce n'était pas le problème de Blake, qui n'était que l'outil de cette grande cacophonie. Un outil ne réfléchit pas. Il exécute. C'était exactement ce qu'il était sur le point de faire.

Il se trouvait d'ailleurs à l'endroit parfait pour cela. Les docks, en pleine nuit. Les odeurs de saleté humide qui suintaient de tous les pores des bâtiments. Les recoins sombres qu'on pouvait à juste titre soupçonner de cacher quantité de scènes indécentes. Le bruit de l'eau croupie clapotante et glauque, qui ne faisait que mettre un point final sur le tableau peu accueillant que le loup avait sous les yeux. Blake se sentait étonnamment assorti au paysage. Cette décadence décrépie, et cette tristesse insalubre, étaient entrées dans sa vie aussi bien que la rouille dans les gonds des portes d’entrepôt. Les clapotis faisaient écho au froid glacial qu'il ressentait en permanence, fantomatique, insaisissable, et pourtant bien présent. Ce n'était pas le moment d'y prendre garde. Il tenait son esprit bien occupé. Le cadre, auquel il n'accordait qu'une attention suffisante et nécessaire, apaisait sa bête qui pour une rare fois ces derniers temps n'essayait pas de prendre le contrôle aux dépends de son humanité. Il avala une dernière fiole de sang de vampire, par sécurité. Il lui était arrivé trop de bricoles ces derniers temps pour qu'il ne prenne pas de précautions. Posté dans l'une de ces fameuses zones d'ombre, il ne quittait plus des yeux la cible qu'il avait filé depuis la ville.

Norme. Grand, baraqué, chauve comme un œuf, la quarantaine. Un docker solide, qu'il aurait été tout à fait normal de trouver dans le coin si il n'avait pas été cette heure indécente de la nuit, et si les lieux avaient été soumis à une quelconque activité. Il venait de le voir planquer sa cargaison. Il était temps de dire adieu à Monsieur Propre, lequel était d'ailleurs plutôt spécialisé dans l'argent sale. Outre ses activités publiques, il s'agissait aussi d'un revendeur dorénavant connu pour ses excès. L'homme refilait sa came sur le port, en pleine nuit. Il visait une clientèle particulièrement faible et exposée, qu'il pouvait ensuite soumettre au chantage. Il augmentait ses prix vente après vente, histoire de se prendre une marge coquette sans que personne ne se doute de rien. Sauf que ce genre d'entreprise osée, ça pouvait parfois devenir dangereux. L'une de ses victimes, une ancienne prostituée, avait eu la chance de rentrer dans les petits papiers d'un membre de la pègre plutôt bien nanti. Une cure de désintox et un mariage inattendu plus tard, elle voulait, sans surprise, se venger. Et c'était là qu'on avait contacté Blake. C'était la raison pour laquelle il était là ce soir, un doigt sur la détente de son Heckler & Koch Mark 23, prêt à tirer.

L'inattendu l'empêcha d'accomplir son forfait. Un homme sortit d'un bâtiment. Témoin indésirable, dont la présence fronça les sourcils du tueur et déforma la bouche dans un juron silencieux. Il le surveillait du coin de l’œil afin de s'occuper prioritairement de sa cible, et espérait qu'il s'éloignerait suffisamment vite pour qu'il n'ait pas à changer sa position de tir. Une troisième forme entra dans son champ de vision. Alerté, il s'obligea à changer la source principale de son attention. Ainsi eut-il tout le loisir de voir un nouvel intrus s'avancer furtivement dans le dos du premier, d'une façon qui ne laissait pas de doute quant à ses intentions. La Nouvelle-Orléans n'avait qu'à bien s'accrocher ! Voilà qu'elle comptait au moins deux tueurs de sang froid dans sa population. Sauf que rien n'allait se passer comme il faut pour le fameux assassin, car il n'avait (malheureusement ?) pas vu la cible de Blake arriver par l'arrière.

"Je peux savoir ce que tu fabriques ?"

Tout arriva très vite. Le vampire (à en croire son odeur de mort) se retourna en sursautant. Blake fit sauter le crâne de son docker - allez hop, contrat terminé. Il dut ensuite choisir sa prochaine cible, parce qu'il ne pouvait décemment pas laisser filer les deux témoins si facilement. Et très franchement, il n'avait aucune préférence. Pile, ou face ? Un ricanement discret lui échappa, et il décida de jouer. Le premier qui attaquerait l'autre aurait la tête en charpie. Il profita d'un très court temps de battement pour changer d'arme : son Glock 18 était chargé avec des munitions en argent, nettement plus adaptées à l'actuelle situation. Il eut le temps de voir le vampire sauter sur son agresseur dans une tentative désespérée pour lui déchirer la gorge. Environ une demi seconde plus tard, le mort-vivant n'avait plus rien de vivant, et des bouts de son cerveau décoraient le visage du dernier homme, qui avait peut-être été blessé. Blake hésita à le finir. Ça aurait sans doute été plus simple... Mais sa curiosité était attisée. Qui était cet homme ? Et pourquoi avait-il tenté de commettre un assassinat ? Vu qu'il n'était pas près de quitter la ville, c'était une info qui valait peut-être le coup d'être obtenue. Il attendit de voir la réaction de l'outre pour savoir si il pouvait ou non baisser son flingue. Parce que, oui... Maintenant qu'il y pensait, ça puait le métamorphe, et l'odeur ne venait pas de lui.
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MessageSujet: Re: Opération publicitaire.   Lun 30 Juin - 12:53

Pas suffisamment de précautions. Bien sûr le but de l'opération était de se faire remarquer, mais de là à se mettre en danger...
Une fois le gêneur dans son dos éliminé par une autre force en présence qu'il n'avait pas repérée, Vlad dût faire face à sa cible bien décidée à lui faire la peau. Le métamorphe eût le temps dans cette fraction de seconde d'effectuer un rapide mouvement du bras gauche pour placer le canon sous le menton de sa victime devenue agresseure, constatant avec un certain plaisir que la rage lisible dans les yeux du vampires laissa place à une soudaine panique incrédule. Mais la détonation vînt d'ailleurs. La mort qui accueillit Luniev, fauchant son crâne et l'expulsant partout alentour dans une gerbe de sang et de cervelle, trouvait son origine à la gauche de ce couple mortifère. L'heure n'était pas aux actes héroïques, Vlad imaginait bien être dans la ligne de mire du tireur. Mais ne pas mourir dans la même seconde que le vampire dont la tête crevée se répandait sur le béton, dont le sang se mêlait à la crasse et aux déjections des docks, le laissait sous-entendre qu'immédiatement répliquer n'était pas forcément nécessaire. Il savait très bien que le moindre signe d'agressivité lui vaudrait le même sort que les deux macchabées autour. Alors son arme laissée le long du bras, il se retourna en direction de la détonation. Se découpant dans la lumière blafarde des néons, le vieil ukrainien pût découvrir un homme blanc affichant un âge mûr, pourtant vêtu d'habits empreints de jeunisme, à la coupe de cheveux incertaine, et avec une arme de poing dressée droit devant lui, le bras sûr et le visage serein de celui qui tue comme il fait ses courses.

Un tueur de sang froid. Parfait. Un imbécile un brin emporté, ça aurait évidemment été trop simple, n'est-ce pas ? Encore une situation facile à démêler. Peut-être un psychopathe de passage ? Non, l'attitude calme suggérait plutôt une habitude routinière plutôt qu'un plaisir de malade incontrôlable. Un assassin, une gâchette à vendre ? Possible. Peut-être Luniev avait-il exaspéré trop de monde. Le pauvre docker abattu peu auparavant était sûrement un témoin gênant. Peu importe, ce grand crétin en face, qui le dévisageait avec son canon, venait de lui dérober son holocauste. Il avait privé Vissarionovich de son meurtre rituel. Sans parler évidemment de la frustration plus mesquine, moins avouable. Cet imbécile n'acceptant pas sa vieillesse, camouflée maladroitement à grands renforts d'artifices trompeurs et ridicules, avait eu l'outrecuidance de séparer Vlad de son exercice. La joie d'exécuter s'était consumée dans la nuit. L'illusion de retour des grandes heures de Vlad, ce paradis artificiel des exécutions, l'âme vivace et rugissante du chékiste, se droguer à la copie malhonnête, au portrait contrefait de ses grands actes pour la cause, dispersée, évanouie, éclatée. Au mépris du danger, pour prix de son insolence, et de son inconscience, Vlad se serait fait un plaisir de terminer celui-ci.
En finir avec cette frustration. Loger une balle dans le front ridé de cet inopportun.

Puis l'odeur. Fugace, vive, puissante. Animale. Cet homme menaçant s'avérait être un métamorphe. La rage sourde regagna sa niche, aussi soudainement qu'elle s'était faite jour. Finalement, cette nuit porterait peut-être ses fruits. La déception d'avoir dû céder la place pour le meurtre n'avait plus lieu d'être. Cette déception égoïste et violente. Quoi qu'il en fût, de toutes les façons, la mort de Luniev, du fait de Vlad ou d'un autre, attirerait forcément l'attention vers lui, vu le cirque effectué pour être remarqué. Mais il pensait qu'il faudrait au moins un jour, peut-être deux, avant que les métamorphes ne tentent de le retrouver pour s'assurer de la culpabilité de qui que ce soit. Mais tomber directement sur l'un d'eux... L'orgasme de la prostituée. Inattendu et inestimable.

Vlad passa la main droite le long de son cou afin de s'assurer l'absence de toute plaie. Bien, au contact, aucune blessure. Il ne ressentait aucune douleur, du reste. Il toisa le porte-flingues, et déclara :


"Tu peux baisser ton arme, frère, je ne représente aucun danger."

Le ton était neutre, détaché. Il aurait pu déclamer un de ces bulletins télévisés sans âme ni intérêts. Pas de diplomatie, aucune supplique. Une simple information. Et ce "frère" imbécile lâché pour mettre à l'aise, simuler la solidarité raciale, légitimer les bons contacts par le sang. Sait-on jamais...
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Blake Davis
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MessageSujet: Re: Opération publicitaire.   Mar 1 Juil - 21:33

Blake avait disposé d'un bon angle de tir. En plus, la situation avait été à son avantage : les trois protagonistes étaient trop occupés par leur situation, figée dans la surprise, pour s'occuper du quatrième facteur qu'il représentait. Pour le flingueur expérimenté qu'il était, l'élimination de ces trois cibles n'aurait pas été difficile. Pourtant, il décida de laisser la vie sauve au dernier homme. Son comportement l'intriguait. C'était d'autant plus vrai qu'il l'avait vu braquer le vampire au moment même où son doigt appuyait sur la gâchette, juste avant de lui faire éclater la cervelle. Le métamorphe, qui qu'il fut, savait se battre.

L'outre se tourna vers lui. Blake fut en mesure de le détailler, malgré la pénombre au travers laquelle ses yeux ne voyaient plus depuis longtemps : comme de nombreuses autres capacités, il avait perdu la nyctalopie du loup lorsqu'il l'avait rejeté. C'était un individu assez grand, de ceux qui donnaient l'impression d'être naturellement tirés à quatre épingles, comme si les diverses règles sociales auxquelles ils se pliaient avait rigidifié leur corps autant que leur esprit. Il aurait pu donner l'impression d'être un soldat... A Blake, il faisait surtout l'effet d'un lit fait au carré. Un lit qui portait une arme à feu dont il était vraisemblablement prêt à se servir. Vu la façon dont il observait Blake, le loup n'était disposé ni à baisser son flingue, ni à retirer le doigt de la gâchette.

Puis il y eut un changement, comme si quelque chose dans l'air lui-même avait fini par se détendre. C'était un ensemble de petites tensions qui disparaissaient. Des muscles dans le visage qui se relâchaient. Une animosité palpable qui s'étiolait. Tout un tas de petites choses que les instincts du tueur captèrent, et qui apaisèrent sa méfiance, juste un peu. Comme pour corroborer sa pensée, le changeling prit la parole. Il y avait quelque chose de chantant, dans sa voix. Un accent qui n'était définitivement pas d'origine nord américaine. Blake n'avait jamais voyagé au dehors des USA, mais si il avait fallu qu'il parie, il aurait sans doute opté pour l'Europe de l'est, ou les Balkans. Il n'était pas très doué pour mettre le doigt sur ce genre de choses. Bah. Tant que ce type parlait anglais, qu'importe sa nationalité. Ce n'était certainement pas ses oignons. De même il pouvait bien lui donner du "Frère", ce n'était pas ce qui allait émouvoir Blake, lequel n'avait plus de clan depuis longtemps. Les métamorphes n'étaient pas ses alliés. Dans son monde, il n'y avait que trois types de personnes : les clients, les cibles, et les autres, qui selon les cas pouvaient devenir l'un, l'autre... passer de l'un à l'autre. Jamais de l'autre à l'un. Le jour où Blake ne finirait pas un contrat, c'est qu'on l'aurait fait à sa place, ou bien qu'il serait lui-même mort.

"Range la tienne, et je ferai de même."

Commenta t-il sur un ton blasé, presque traînant, qui donnait l'impression qu'il s'ennuyait. En réalité, il réfléchissait. Il avait prévu d'effectuer un contrat propre. Un mafieux connu pour avoir pas mal d'ennemis qui disparaît avec une balle standard dans le corps, ça n'avait rien de très étonnant. Blake avait comme à son habitude observé sa cible vivre un petit moment, histoire de connaître ses habitudes avant de choisir le moment opportun pour l'éliminer sans témoins. Il n'était même pas trois heures du mat, et pour être déjà venu plusieurs fois à cette heure ils savait que les quais auraient dû être déserts. Pourtant, il avait encore fallu qu'un imprévu casse ses plans. C'était chiant à force... Entre ça, l'Antiquaire et la Femme au Chapeau, il récoltait les emmerdes. Cette ville lui portait malheur, et pourtant il était encore loin d'être au chômage. Il avait des échéances : il fallait qu'il boucle tout ce qu'il avait commencé ici avant de se casser au pays des élans pour satisfaire la demande de la Sorcière. Puis il se souvint qu'il n'en avait, au fond, pas grand chose à foutre. Quinze ans qu'il jouait avec le feu. Quinze ans qu'il attendait que l'éclat du canon ne sorte plus de sa main, et lui rentre plutôt dans le crâne pour que cesse cette traque sans fin ni finalité. Voir la ville s'agiter tandis qu'il remuait sa fange lui procurerait ce même plaisir masochiste dans lequel il se vautrait depuis trop d'années. De toute façon, il n'en aurait plus pour longtemps : il avait déjà commencé à perdre les pédales. Cette pensée l'apaisa instantanément. Il tendit l'oreille, juste au cas où. La discussion qui se déroulait à l'heure actuelle, à l'instar de son contexte, n'étaient pas de celles pour lesquelles on souhaitait avoir un témoin.

"Chercher à tirer sur un vampire à bout portant. Fallait oser, je dois l'admettre. Une raison à ça, ou bien c'est juste pour un record personnel ?"

Les morts vivants n'étaient pas faciles à tuer "pour de bon", mais comme tout le monde, ils avaient des points faibles. La tête, le cœur, l'argent... Peut-être cet homme n'était-il pas capable de suffisamment de précision pour effectuer ce genre d'actions, mais ça n'était pas l'impression première que Blake avait eu, dans cette fraction de seconde où il l'avait vu retourner la situation.

Le yeux morts du tueur simulaient un amusement qu'il ne ressentait pas. Ils ne trompaient personne.
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MessageSujet: Re: Opération publicitaire.   Lun 14 Juil - 20:33

Ranger son arme ?
Frère ou pas frère, cette proposition semblait des plus cavalières, sinon osées. En règle générale, le premier rendez-vous n'est pas suffisant pour se mettre à nu devant l'autre. Ce nouveau protagoniste faisait preuve d'impétuosité. Un fléau de cœurs emportés que nulle époque n'avait su dompter, quel que fût le cadre. Autre temps, autres mœurs, tu parles. A l'exception du désormais historique Bloc de l'Est, qui seul parvint à briser cette folle volonté des esprits de déconner à plein tubes. Que ce temps manquait à Vlad. Alors, pareille fougue auprès d'un agent comme ceux dont il faisait partie vous envoyait directement en vacances prolongées dans les paysages luxuriants de Sibérie, ou en appartement de fonction à la Lubyanka, pour la période la plus dirigiste de l'URSS.
Rengainer et se trouver à la merci d'un tueur ? Faut-il être insolent ?
Cela dit, arme en main ou pas, des deux Vlad n'était certainement pas le tireur en position de force. Son pistolet n'était pas braqué vers l'autre changeling, ce qui représentait un déséquilibre. Il était tout autant en danger maintenant que s'il était désarmé, à ceci près que les mains vides, il ne représentait plus une menace bornée refusant tout signe de détente. Certes, il pourrait tenter l'épreuve de bêtises crasse et essayer de renverser la vapeur, mais tout correct tireur qu'il fût, Vlad n'était pas un dieu de la gâchette hollywoodien, et risquait surtout de finir héroïquement mort.
Il semblait donc dans sa grande mansuétude, et par la force des choses, disposé à tolérer cet emportement, qui semblait, à l'odeur, fort juvénile. Un outre avoisinant la quarantaine, peut-être un peu plus ? Si l'odorat était fiable, il n'était pas infaillible. Mais il était évident que son interlocuteur était de très loin bien plus jeune.

Dans un geste conciliant, Vissarionovich rengaina.

Puis du canon de l'arme le braquant, les yeux de Vlad passèrent au visage de la menace.
Le possible âge couplé à l'apparence n'était pas pour rassurer l'ukrainien. Le tueur avait ses années gravées sur la peau, à la manière d'un norme. Peut-être un peu moins, cela dit. Mais le problème aisément devinable n'en disparaissait pas plus. Cet homme avait mis de côté sa vie animale. Bazardé ce qui faisait de lui un outre. Sauf surprise bienvenue, il avait choisi comme bien d'autres de vivre en se cachant, en gommant sa particularité. En soi, rien de dérangeant, qu'il mène sa vie comme bien lui semble. Mais on pouvait deviner une conséquence de ceci : aucun rapport concret avec les outres en tant que tels. Et Vlad n'en tirerait rien. Pas même la satisfaction d'abattre qui lui avait, au final tel qu'il le pensait au départ, dérobé son sacrifice, maintenant qu'il n'avait plus son arme à la main. De toute façon, les plans façon Clint Eastwood, très peu pour lui.
Fichtre.
Pendant ce temps-là, la conversation devait bien suivre son cours.


"Une tentative, bien piètre je le crains, d'attirer l'attention."

Soit Vlad était suspicieux et susceptible, soit le tireur en face de lui brodait effectivement quelque-chose pour la forme plus qu'autre-chose. Ces yeux glacés qui feignaient à grande peine le réconfort, et ce ton détaché...
Une fatigue lasse. Un poids que l'on traîne jusqu'à ce qu'il emporte nos jambes et le reste. Vlad n'aurait su déterminer si son interlocuteur était sévèrement rongé par le mal-être ou s'il ne faisait que s'ennuyer. Auquel cas, cela n'augurait rien de bon pour les vieux jours du slave. Un homme avec une arme jusqu'alors ayant votre tête en ligne de mire, et trahissant un profond ennui dans la discussion, ne vous laisse la plupart du temps que peu d'espérance de vie.
Quitte à suspecter de se faire trouer la peau, autant y aller.


"D'ailleurs, saurais-tu m'indiquer comment contacter quelque sachem des environs, je te prie ?"

En priant un quelconque dieu métaphorique et virtuel d'avoir fait une erreur dans l'analyse de l'âge.
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Blake Davis
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MessageSujet: Re: Opération publicitaire.   Jeu 31 Juil - 15:09

Le duel entre Blake et l'autre métamorphe ne dura pas longtemps. Son interlocuteur était intelligent. Il avait compris qu'il n'était pas en position de force et qu'il lui fallait rengainer s'il souhaitait que la nuit se termine autrement que dans un bain de sang supplémentaire. Blake garda son arme levée quelques secondes de plus, puis il y fit comme il l'avait dit : il baissa lentement le canon, et rangea prudemment le revolver. Pas question pour lui de baisser sa garde : si l'étranger changeait d'avis et décidait de l'attaquer, le loup avait l'intention d'être en mesure de riposter.

Rien de tout cela n'arriva. La tension baissa d'un cran. Blake obtint une réponse à la question qu'il avait posée. Plutôt que de la satisfaire, la dite réponse creusa sa curiosité. Attirer l'attention... C'était un motif relativement peu courant pour un meurtre, à moins bien sûr d'être un homme de main impliqué dans une quelconque diversion destinée à cacher des méfaits de plus grande envergure. Ce type n'avait pas la gueule d'un homme de main... D'un soldat, peut-être, oui. Mais certainement pas celle d'un chien de garde. Il parlait trop. Il y avait une lueur dans ses yeux que Blake interprétait d'instinct comme celle d'une volonté, d'une ambition qui lui étaient propres, et n'appartenaient à personne d'autre. Aussi, il y avait peu de chance pour qu'il s'agisse d'un collègue venu lui faire concurrence. Les tueurs à gage n'agissaient pas à leur propre compte, et ils ne tuaient pas "pour attirer l'attention". Ou du moins cela n'arrivait-il que très rarement.

Quelque chose ne tenait pas debout. Ce n'était pas un lieu pour tuer dans l'espoir d'éveiller la méfiance de la communauté métamorphe. Peut-être était-ce Blake pour qui la mort violente était devenue routinière, mais selon lui, les États-Unis n'étaient pas un pays suffisamment sûr pour qu'un meurtre unique remue à ce point la communauté, à moins d'avoir buté un homme politique, ou une quelconque figure d'autorité. Pourtant, ce drôle d'individu demandait à rencontrer le Sachem. Blake tentait de recoller entre eux les morceaux de cette histoire abracadabrante, mais pour le moment il lui manquait trop d'éléments pour y parvenir. Il n'avait aucune intention de laisser entendre à son interlocuteur qu'il était perplexe, ni même troublé. De toute façon, il ne ressentait la curiosité que de façon très lointaine, détachée. Il contemplait ses propres sentiments comme à travers une épaisse plaque de verre qui l'en séparait. Il n'était pas forcé d'aller jusqu'au bout de cette envie de réponse qui l'avait amené à entamer une discussion plutôt qu'à éliminer l'étranger. Rien de cela ne le concernait, à part peut-être le besoin d'être certain que cet homme ne dirait rien de compromettant à son sujet. Blake n'avait plus d'arme en main, mais son regard froid, analytique, braquait l'autre tueur sans ciller.

"Il y a d'autres moyens d'attirer l'attention tout aussi efficaces, et moins dangereux que de prendre la vie d'un homme... Surtout à cette heure, et dans ce genre d'endroits."

Il eut un ricanement cynique, qu'il se destinait à lui-même. Blake n'avait eu besoin de tuer personne pour se faire tomber dessus par l'une des figures d'autorité de la communauté métamorphe du coin. Enfin... "se faire tomber dessus", c'était un bien grand mot. Elle ne lui avait pas exactement cherché des noises. A sa façon, elle avait même essayé de l'aider, et elle l'avait fait en lui indiquant les endroits où se regroupaient les poilus, plumés et écailleux de la ville. Depuis, il esquivait habilement ces lieux, étant donné qu'il voulait avoir le moins de contact possible avec les autres changeling. Étrangement... Quelque chose, il n'aurait su dire quoi, le retenait de lui fournir directement toutes les informations qu'il avait en sa possession. Il ne lui faisait pas confiance. Blake tenta de se raisonner : il n'avait que peu de scrupules, mais il y avait bien des raisons pour lesquelles envoyer un éventuel danger au cœur du "quartier général" d'une faction avec laquelle il n'entretenait des contacts ni positifs, ni négatifs, desservirait sa cause et irait contre ses principes. Ce n'était rien que ça. Absolument rien d'autre. Du moins tentait-il de s'en convaincre.

"Je ne connais pas le Sachem. Mais je sais où tu peux trouver sa Combattante. Qu'est-ce que tu lui veux ?"

Le vieux loup - bien que jeune selon le point d'un certain nombre de changelings - n'était pas né de la dernière pluie. Il restait prêt à dégainer au cas où subitement, son interlocuteur tente sa chance et décide d'essayer de le mettre en joue pour le faire parler.
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