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 Repérage des lieux

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MessageSujet: Repérage des lieux   Sam 17 Mai - 14:04

Le néon indiquant le nom de l'endroit lançait vers le ciel une lumière violente. Alecto s'était tout de suite senti attirée par ce genre d'endroits. Après tout, en tant que nouvelle venue, elle pouvait aussi se payer un peu de bon temps non ? Et puis il était grand temps qu'elle fasse le tour des établissements susceptibles de l'engager. Même une vampire doit payer son loyer et ses factures, et elle ne comptait pas moisir éternellement dans le petit motel pourri qu'elle avait dégoté. Et elle avait envie de chanter. C'était sa drogue, plus forte que toutes les autres sensations. Elle se sentait comme prisonnière à l'intérieur de son propre corps, incapable de déployer ses ailes et prendre son envol sur les sons saturés d'une guitare électrique ou les notes calmes d'une trompette.  
Qui disait Cabaret disait forcément spectacle et elle pourrait peut-être se faire engager ou au moi prévoir une ou deux dates qui lui permettraient de vivre pendant quelques semaines. Elle avait largué son groupe New-Yorkais en partant pour la Louisiane. Même si la condition de vampire n'était plus un secret honteux que l'on devait cacher à tout prix, elle ne se voyait pas les embarquer avec elle dans sa nouvelle vie. Ils trouveraient bien quelqu'un pour la remplacer.

Repartir à zéro ne faisait pas peur à Alecto. Ce n'était pas la première fois qu'elle prenait la décision de tout plaquer pour une nouvelle existence et ce ne serait sûrement pas la dernière. Et puis si elle se retrouvait à la rue...après tout ça ne serait pas la première fois, et sa nouvelle condition lui permettrait sûrement de survivre plus facilement que du temps où elle était humaine. Moins de risques de se faire agresser par une petite frappe Norme du samedi soir. Il lui suffirait de dévoiler ses crocs au cas où les choses s'envenimeraient pour que l'importun dégage sans demander son reste.

Le Cabaret était passablement plein. C'était visiblement une soirée open-mike et plusieurs artistes en herbe défilaient sur la petite scène pour montrer leurs talents ou pour certains, leur absence de talent. Certains musiciens - sûrement habiués à l'endroit - buvaient un coup en bas de la scène. Sûrement près à accompagner les participants de la soirée à leur demande. Elle était habituée à ce genre d'endroit. A New York, après avoir été chassée de chez ses parents, elle avait débuté dans les pianos-bar avant d'être recrutée par Moebius, son ancien groupe. Non loin de la scène se trouvait une liste où les personnes désirant participer à la soirée devaient inscrire leur nom. Un maître de cérémonie au look d'un Baron Samedi défraîchi les appelait ensuite chacun à leur tour. Alecto inscrivit son nom dans une des dernières cases de libre. Il y avait une bonne quinzaine d'autres participants avant elle, ce qui lui permettrait de juger des capacités de la faune locale avant de monter sur scène.

Au bar, elle commanda un whisky, plus pour l'odeur que pour la sensation. En tant que vampire, elle ne pouvait plus vraiment savourer l'alcool mais les vieilles habitudes avaient la vie dure. Elle se trouva une table de libre non loin de la scène et s'y installa, les yeux rivés sur les artistes.
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Brume Sullivan
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MessageSujet: Re: Repérage des lieux   Dim 18 Mai - 23:51

La soirée ne s'annonçait pas si mal, quoique moins prometteuse que prévu au départ par textos avec l'un des serveurs. Brume travaillait souvent tard le soir, mais son besoin incessant de s'occuper pour ne pas trop penser la conduisait souvent quand elle terminait plus tôt à proposer à des amis d'essayer les bars ou pubs du coin. Le Cadavre Rieur faisait partie de ceux qu'elle appréciait le plus pour son calme et son ambiance tamisée. Après une journée entière dans les bruits de sèche-cheveux et autres machines infernales, elle n'était pas mécontente de retrouver une atmosphère plus douce. Malgré quelques couacs parfois involontaires des potentielles nouvelles recrues de l'endroit. Il était vrai que découvrir de nouveaux talents n'était pas nécessairement une mauvaise chose, il faut bien débuter quelque part. Elle s'était cependant attendue à découvrir le nouveau peloton de tête du « Riant Mort » comme l'appelait sa mère -dont la fâcheuse manie de déformer les noms ne la quitterait sans doute jamais- et pas assister au casting en lui-même. Mais comme dirait l'autre, il faut bien que jeunesse se fasse !

Toute en noir pour ne pas changer, elle se glissait comme une ombre le long des murs de la rue. Une attitude féline qu'elle avait sans se rendre compte. La nuit lui donnait des instincts de chasseur, l'envie de ne surtout pas se faire repérer pour pouvoir mieux sauter sur ce qu'elle verrait d'intéressant. Même si bien sûr elle n'était absolument pas à la recherche d'un petit en-cas sur quatre pattes. D'autant que sous apparence humaine, croquer une souris en pleine rue ne serait pas un comportement digne d'une dame. Il n'y a des choses qu'il ne faut pas quand l'on a une paire de seins, du moins selon son père la liste se restreignait à ne pas s'abaisser à dire de grossièretés non justifiées et à ne pas donner plus qu'une gifle pour humilier un homme. A chacun ses principes...

Quelques personnes s'entassaient près de la porte pour fumer ou en attendant d'autres amis, sans doute. Les bras croisés pour fermer son long gilet noir, elle les contourna, adressant un sourire poli à une jeune femme qu'elle était sûre d'avoir déjà vue et qui la salua d'un léger signe de tête. La chaleur de l'intérieur la prit comme une bouffée étouffante et fiévreuse, mais elle s'en remis vite quand elle entendit les notes d'un blues modernisé s'échapper d'une basse, rapidement suivie d'une guitare électrique. Elle était à bon port, il n'y avait pas de doute. Sans se poser de questions, elle se fraya un chemin jusqu'au bar en se faufilant dans la foule relativement dense. Il y avait toujours du monde, mais rarement à ce point. Il devait y avoir dans le lot pas mal de participants, d'autres devaient être là pour les encourager, chose tout à fait naturelle.

Une fois parvenue à son point de chute, elle grimpa sur un tabouret haut au côté d'une jeune femme brune à laquelle elle ne fit pas spécialement attention d'abord, mais dont l'aura lui glaça immédiatement l'échine. Outre, c'était sûr. Pour le reste, elle n'était cependant pas sûre de vouloir savoir, mais quelque chose au plus profond d'elle lui certifiait qu'elle n'était pas une métamorphe. Pourquoi ? Elle n'aurait su véritablement l'expliquer, c'était quelque chose de tellement abstrait et à la fois tellement concrète qu'elle en était presque certaine. Elle était en revanche incapable de se décider sur l'appartenance exacte de cette personne à une quelconque race, les odeurs étaient trop nombreuses et se mélangeaient trop pour qu'elle puisse en tirer une information supplémentaire. Tant pis, elle n'était pas là pour faire une enquête sur les gens !

Le barman la salua chaleureusement avant de lui servir un bon whisky, comme elle avait l'habitude d'en prendre en ce lieu. On ne change pas les bonnes habitudes. Boire seule n'était cependant pas ce qu'elle appréciait le plus, mais elle savait que certains habitués aimaient bien discuter avec tous ceux qui venaient boire un coup.
Arriva cependant l'inévitable : un jeune homme un peu timide, pas mauvais musicien mais malheureusement pas sûr de sa voix qui avait sans doute pensé bien faire en poussant la chansonnette. C'était à prévoir, mais elle ne put s'empêcher d'avoir sur le coup un petit pincement au cœur en voyant qu'il perdait pied au plus les paroles défilaient, car il sentait lui-même qu'il aurait mieux fait de rester sur la mélodie. Chose qu'il fit, au bout du compte, donnant alors à entendre un bien meilleur atout. Ce n'était pas facile de passer seul sans autre pilier musical, elle s'en doutait, mais il eut le courage d'aller jusqu'à la fin. C'était déjà une bonne chose. Tout en applaudissant comme d'autres, elle entendit le barman lui demander en riant :
« Alors, vous vous êtes pas inscrite ? » Elle rit à son tour de bon cœur avant de répondre sur le même ton : « Oh ça, non ! Entre mon accent et le fait que je chante comme une casserole, je crois qu'il vaut mieux que je m'abstienne, je crois qu'il y a suffisamment de balbutiements ce soir ! »

Elle se rappela soudain qu'à côté d'elle se tenait quelqu'un, à qui d'ailleurs le barman n'arrêtait pas de jeter des coups d’œil furtifs. Ne voulant pas faire de gaffe avant même d'avoir adressé la parole à la personne en question, elle se tourna légèrement vers elle pour lui dire avec un léger sourire : « Je plaisantais, excusez-moi si vous participez vous aussi ! ». Elle fut cependant frappée par la beauté de la jeune femme dont elle n'avait pas encore vu le visage. L'hypothèse de la femme vampire pointa alors, mais après tout, il peut exister des beautés irréelles même chez les Normes. Elle comprenait en tous les cas maintenant pourquoi le barman ne cessait de la mater en douce. Les hommes, tous les mêmes !
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MessageSujet: Re: Repérage des lieux   Mer 21 Mai - 14:10

Les performances n'étaient définitivement pas toutes du meilleur goût. Il semblait que tout ce que la Nouvelle-Orléans comportait de soi-disant artistes s'étaient donné rendez-vous au Cadavre Rieur. A plusieurs reprises, Alecto ne put s'empêcher de grincer des dents. Elle qui avait un rapport sacré à la musique, il lui était difficile de supporter certains numéros. Elle dû s'empêcher de couvrir ses oreilles de ses mains plus d'une fois. Cela n'aurait pas été très poli. Après tout, elle aussi avait débuté dans ce genre d'endroits et avait dû endurer bon nombres de critiques négatives et parfois même d'insultes. Elle se souvenait même d'un concert particulièrement cuisant où un homme particulièrement éméché lui avait lancé un verre de bière au visage. Et c'était les cheveux dégoulinants de houblon que la jeune femme avait terminé sa performance.
Enfin, de l'eau avait coulé sous les ponts depuis, et il n'y avait plus aucune raison que cela se produise de nouveau – du moins l'espérait-elle. Sa voix avait gagné en beauté et en puissance et si les musiciens de ce soir ne se débrouillaient pas trop mal, elle serait capable d'offrir aux clients un numéro d'un tout autre niveau que ce qui se déroulait actuellement sous ses yeux.

Rêveuse, la jeune vampire laissa dériver son regard dans la salle. Le Cabaret se remplissait encore et encore, et bientôt, il n'y eût plus de places de libres. Le siège près d'elle était désormais occupé par un petit bout de femme qui semblait déborder d'énergie. Comme Alecto, l'inconnue prêtait une attention polie à la catastrophe naturelle présente sur la scène. Mais contrairement à la vampire, elle semblait presque apprécier le carnage. Ses applaudissements à la fin de la performance se voulaient sûrement encourageants alors qu'Alecto aurait bien enfoncé la tête du performeur dans le mur pour le punir de son manque de justesse et de technique vocale.

Au fond, je suis peut-être trop dure, pensa la jeune femme. Tout le monde n'a pas eu la chance de se faire payer des cours de chant par papa et maman dès leur plus jeune âge.

Si tous les chanteurs du coin avaient ce niveau, Alecto pourrait peut-être se faire une petite fortune en tant que professeur de chant. Idée à creuser.

La blondinette près d'elle parlait maintenant allègrement avec le barman qui avait l'air de la connaître. Sûrement une habituée. Elle possédait une énergie presque contagieuse. Même assise, elle donnait l'impression de sauter sur place et de rayonner de joie. Le contraste entre la jolie blonde solaire et la vampire était saisissant. Elles étaient physiquement aux antipodes l'une de l'autre, et cela donnait un tableau assez surréaliste.
Il fallu plusieurs secondes à Alecto pour réaliser qu'on lui adressait la parole. Perdue entre les mondes musicaux des artistes et la rumeur des conversations autour d'elle, la vampire avait un peu perdu la notion des choses. Cela lui arrivait encore fréquemment. Elle ne s'était pas encore habituée à ses sens vampiriques et son ouïe comme sa vision accrue lui jouaient parfois ce genre de mauvais tours. Elle se perdait dans les conversations des autres ou dans l'observation de gestes insignifiants mais qui lui semblaient soudain d'une grande beauté.

Elle secoua la tête, comme pour chasser toutes ces pensées parasites et se retourna vers la jeune femme qui lui avait adressé la parole.

« Pardonnez-moi, vous disiez ? »

Sa voix était chaude et pleine de nuances, bien qu'un peu distante à l'heure actuelle. Elle tenta de se souvenir ce que la blonde près d'elle avait pu lui dire.

« Oui, je suis inscrite ce soir. Je n'ai aucune idée de comment tout cela fonctionne mais cela me semblait une bonne idée. »

Un sourire illumina son visage, la perspective de chanter la mettait toujours de bonne humeur. De sombre et renfermée quelques secondes plus tôt, elle était désormais ouverte et souriante. Le changement était saisissant.

« J'aime chanter. Je ne vais pas rater une occasion pareille. Au fait, je m'appelle Alecto. »

Elle tendit sa main aux ongles vernis de noir à la jeune femme.
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MessageSujet: Re: Repérage des lieux   Ven 23 Mai - 22:54

Un sourire encourageant aux lèvres, elle se rendit bien compte qu'elle avait pris au dépourvu sa voisine de bar au dépourvu avec sa question. Finalement, elle n'aurait peut-être même pas remarqué ni pris pour elle sa phrase lâchée avec tant de naturel, et sans aucun doute qu'elle ne l'aurait pas pris pour elle. Elle n'aurait su dire quoi exactement dans l'attitude de la jeune femme lui fit penser immédiatement que c'était une personne confiante en ses capacités, ce calme apparent, sans doute, et si c'était bien le cas, elle ne s'était pas sentie concernée. Une bonne chose, mais les précautions valent toujours mieux quand on se retrouve au milieu de personnes que l'on ne connaît pas ou à peine.

« Excusez-moi, je vous ai sortie de vos pensées ! » lança-t-elle plus par politesse tandis que la jeune femme lui confirmait en toute innocence qu'en effet, elle n'écoutait pas vraiment. Elle admit sa surprise en entendant une voix aussi avenante passer les lèvres de cette jeune femme dont la beauté lui donnait des airs certes un peu irréels mais surtout un air lisse. Un sourire sur ce visage était bien la preuve qu'elle était on ne peut plus vivante, et mieux encore, pleine de vie ! Son interlocutrice paraissait dès lors beaucoup moins impressionnante quoique toujours dotée d'une présence indéniable. Un sourire et tout est plus facile !

Le changement soudain n'avait pas échappé aux sens de Brume, et il aurait de toute façon difficile de ne pas le noter. Elle aurait pu tout simplement avoir repris conscience du monde qui l'entourait, mais quelque chose lui disait que le thème abordé était une bien plus grande source de joie pour la jeune femme qu'une simple conversation avec une inconnue à la bonne humeur explosive. Son sourire se fit presque maternel à l'encontre de la jeune outre, qui devait sans doute être plus jeune qu'elle -encore que, en tant qu'outre elle pouvait tout aussi bien ne pas faire son âge- et qui paraissait brûler d'une passion des plus adorables pour le chant.

La blonde serra chaleureusement la main délicate et manucurée d'Alecto sans se soucier de lui présenter une main aux ongles courts mais impeccables et à la peau légèrement abîmée par les produits cosmétiques :
« Enchantée, je m'appelle Brume. »

Se mettant plus confortablement sur son tabouret, elle se tourna légèrement plus vers la jolie brune, s'accoudant au bar. Puisque le chant semblait être le thème de la soirée, autant ne pas s'en éloigner. S'il y avait bien de toute façon un sujet qui ralliait souvent beaucoup de monde, c'était la musique. On pouvait ne pas être d'accord sur les goûts des uns et des autres, peu de gens disaient détester en écouter tout court, et la plupart du temps savait au moins dire ce que cet art leur apportait. Autant dire que c'était en effet une source intarissable de discussion pour qui aimer échanger avec les autres.
En ce qui concernait la péruvienne, elle ne s'était jamais trouvé une passion particulière pour la musique en elle-même, mais plus pour son interprétation corporelle. Si son père et son demi-frère avaient de belles voix bien que ne faisant pas partie de la même famille, elle se contentait parfaitement d'un timbre commun et de chanter juste quand elle y faisait attention, mais il ne fallait pas lui en demander bien plus, et encore moins de se produire en public. A chacun ses capacités ! Elle avait passé des années à répéter des gestes jusqu'à la perfection et à les enchaîner en rythme sans oublier d'essayer d'y donner un sens et de l'émotion, et elle avait toujours trouvé cela beaucoup plus facile qu'exprimer bien fort des nuances sonores avec des cordes vocales, surtout les siennes qui n'étaient absolument pas entraînées. Ses mollets l'étaient bien plus, la différence consistait sans doute là-dedans.


« C'est toujours bien d'avoir une activité artistique, mais je crois bien que la musique est la discipline la plus intéressante, elle est utilisée dans tellement de domaines. Mais je trouve quand même que c'est assez dur, surtout chanter. Il y a beaucoup de choses à prendre en compte, et parfois je me demande comment certains musiciens tiennent le rythme ! Je pense qu'il faut beaucoup de courage pour chanter devant du monde, surtout des personnes qu'on n'a jamais vues avant. » Son regard fut soudainement attiré par un mouvement à côté d'elle. Rien de grave. Il faudrait peut-être qu'elle pense à se calmer, un jour. « Vous avez l'air radieuse à l'idée de chanter. Vous devez avoir l'habitude, n'est-ce pas ? Vous avez vos styles préférés ou vous essayez de vous diversifier au maximum ? »
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MessageSujet: Re: Repérage des lieux   Dim 25 Mai - 14:02

Alecto laissa courir ses yeux sur le corps de la femme en face d'elle. Son discours était celui de quelqu'un qui était bien plus sensible à l'art qu'elle ne l'avait d'abord supposé. Elle était fine, élancée, ses gestes étaient emprunts de la grâce de ceux qui avaient appris à transformer chacun de leurs mouvements en une œuvre d'art, et chacune de leur position comme un tableau. Mais un certain laisser-aller se laisser cependant deviner, comme si ces attitudes étaient plus le restant d'une expérience passée.
Brume, puisque tel était son nom avait sûrement été une comédienne ou une danseuse à une certaine époque, mais elle ne pouvait en avoir la certitude.
La jeune vampire fut soudain frappée par le fait que son interlocutrice pourrait tout à fait être une Outre. Elle n'avait pas beaucoup de temps qu'existence en tant que créature surnaturelle, à peine un an à vrai dire et elle n'avait rencontré que très peu d'Outres à sa connaissance. Elle venait d'un famille de Long Island très conservatrice et pro-Norme et pendant ses années d'errance dans les rues de New York, elle avait croisé quelques métamorphes et un ou deux vampires mais n'avait pas vraiment discuté avec eux. La Nouvelle-Orléans était réputée pour être un des endroits des Etats-Unis où la concentration d'Outres était la plus forte et elle devait s'attendre désormais à en croiser à chaque coin de rue.
Elle dévisagea un instant Brume, brûlant de lui demander ce qu'elle était mais un fond de bonne éducation en elle lui souffla que ce n'était pas forcément quelque chose de très poli à faire.

Une fois de plus, le regard d'Alecto dériva vers la scène. Une jeune chanteuse avait succédé au désastre de tout à l'heure et chantait un vieux standard de jazz. Le résultat était beaucoup plus agréable et elle ferma quelques instant les yeux pour profiter de la technique vocale de la femme.

« Chanter est....

Elle parlait presque à mi-voix, comme si elle s’apprêtait à révéler le secret de la vie et de l'existence.

- C'est la forme d'expression la plus pure qui soit. La musique ne ment pas, la voix ne ment pas. Il est impossible de cacher ses sentiments lorsque vous chantez. Tout ce que vous êtes n'a pas d'autre choix que de transparaître dans des instants pareils.

Elle s'interrompit et attrapa machinalement son verre de whisky, le tournant entre ses doigts avant de le porter à ses lèvres. Réflexe encore tout à fait humain de ponctuer sa discussion par des petites gorgées d'un alcool fort dénouant la langue et les émotions.

- Si vous mentez, votre voix ne sera pas juste, les mots ne sonneront pas et même le plus doué des musicien de pourra cacher cette cacophonie sentimentale. Et le public...il le sentira aussi.

Alecto s'arrêta quelques instants pour applaudir la femme et reprit. Elle ne savait pas si Brume l'écoutait encore ou si elle se parlait à elle même désormais.

- Le public ne m'a jamais posé problème. Sur une scène, on ne le voit pas, il est invisible. Je n'ai jamais fait de théâtre mais je suppose que c'est la même chose pour un comédien. Sur les planches, on est seul, face à soit même. Je n'ai jamais eu l'impression de chanter pour les autres mais pour moi. C'est beaucoup plus difficile de chanter devant quelqu'un que vous connaissez. C'est comme se déshabiller entièrement et en pleine lumière devant votre premier amour, il n'y a rien de plus difficile, c'est humiliant et excitant à la fois, et malgré la promesse d'une extase, il y a toujours la peur de décevoir ou pire, de faire rire.

Pour la seconde fois en peu de temps, Alecto chassa ses pensées de son esprit avec la nonchalance de quelqu'un qui chasserait une mouche.

- Je suis désolée. Tout ceci est bien aride. Parlez-moi plutôt de vous Brume, que faites-vous dans la vie ? Et que savez vous de cette ville ? Je viens moi-même d'arriver et je ne connais pas la Nouvelle-Orléans. »
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Brume Sullivan
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MessageSujet: Re: Repérage des lieux   Mer 28 Mai - 0:35

La jeune outre en face d'elle semblait comme habitée par la passion de la musique et surtout du chant. Si chez certains ces attraits pouvaient paraître surdimensionnés voire inquiétants, il n'en était rien pour cette jeune femme. Il y avait certes un léger transport dans sa manière d'en parler, mais elle en parlait avec science et savoir. Qu'elle soit habituée à la scène ou non, une chose était sûre à l'entendre, elle avait longuement étudié la chose, et ça n'était pas par obligation familiale. Elle avait envie de lui demander si c'était depuis toute petite ou si cela lui était venu plus tardivement. Dans le cas de Brume, elle était littéralement tombée dedans quand elle était petite. Sa mère tenait une école de danses diverses, et ce n'était pas pour rien qu'elles étaient devenues ballerines, sa demi-sœur et elle. On ne les avait pas forcées, bien au contraire, mais accéder à un milieu professionnel avait été pour elles beaucoup plus facile que pour d'autres qui parfois travaillaient d'arrache-pied -souvent au sens propre du terme- et ne parvenaient pas à passer les sélections ou restaient toute leur vie deuxième corps de ballet. En cela, Soledad était sans doute à la fois la plus détestée, la plus redoutée et la plus respectée au cours des diverses distributions de l'année. Elle n'avait pas besoin de beaucoup travailler, mais elle terminait toujours première, et restait détestablement sympathique à l'encontre de tous. Elle avait été victime de plus d'un sabotage !

Brume avait toujours été plus tranquille dans les périodes de répétition. Les castings étaient en revanche toujours le moment le plus horribles des saisons. Tout le monde s'attendait à ce qu'elle fasse des performances au-delà de celles de sa sœur, mais bien entendu, cela était parfaitement impossible, même si elle avait souvent eu le rôle peu gratifiant mais ô combien désiré de première doublure en cas de blessure ou de maladie. Ce qui n'était fort heureusement arrivé qu'une fois, et pour des raisons bien moins raisonnables. Mais c'était une autre histoire. La seule conclusion que l'on pouvait tirer de tout ceci était que même en travaillant très dur, il était souvent difficile de vivre de sa passion, et de pouvoir l'exercer à la vue et au su du plus grand nombre. Se contenter de moins était certes faire acte de sagesse, mais ce n'était absolument sain ni pour la création, ni pour l'ego. Si le mot rêve existait, ce n'était pas pour rien.

Ecoutant attentivement Alecto, elle essayait de se figurer ce qu'elle essayait de lui transmettre par la parole, même si la métamorphe se doutait que chaque expérience en la matière devait être unique, encore beaucoup devaient être d'accord sur l'aspect extatique du chant. Elle comprenait en revanche parfaitement ce qu'elle lui disait sur la justesse et la disparition la plus complète du public lorsque l'on est sur scène. Oui, elle connaissait parfaitement cette sensation. Exécuter le geste à la perfection, se rappeler des sentiments, des émotions que le corps doit refléter. Le tout entouré par quatre pans de noir complet, d'où s'élèvent à la fin de quelques longs moments de souffrance et d'aveuglement le plus complet des applaudissement tantôt polis, tantôt tonitruants. Il était vrai, c'était grisant, mais ce n'était pas vraiment la même chose que chanter. Avec un corps, on peut tricher, le grimer, le costumer, le mettre en pleine lumière ou au contraire dans la pénombre et lui donner un tout autre aspect. Mais elle avait tout de même entraîné son corps pendant des années, tout comme son interlocutrice avait dû le faire avec sa voix. Le talent sans travail n'est qu'une mauvaise manie, comme on dit.

A l'excuse de la jeune femme, elle leva une main avec un sourire et secoua doucement la tête de droite à gauche deux fois pour lui faire comprendre qu'elle n'avait pas à le faire.
« Ne vous en faites pas. C'est toujours passionnant de discuter avec des personnes de leur grande passion. On apprend toujours des choses très intéressantes. » Buvant à son tour une légère gorgée, elle prit une seconde pour répondre aux questions de l'outre en face d'elle. « Je ne fais rien d'extraordinaire. Je tiens un salon de coiffure sur la rue principale, à deux pas d'ici. Je dois être ici depuis... une dizaine d'années. Quelque chose comme ça. J'ai vécu à divers endroits avant, mais je crois vraiment que c'est une des villes que je préfère. Ici, tout est possible, même pour des personnes un peu étranges. Les gens sont assez ouverts, et vous trouverez des communautés vraiment très soudées. C'est une ville qui bouge pas mal, et on trouve du travail assez facilement. Je pense vraiment que c'est un des meilleurs endroits que l'on peut choisir pour vivre, même pour quelques temps seulement. »

Elle marqua une courte pause puis reprit : « Et pour le chant, je pense comprendre ce que vous voulez dire. J'ai fait pas mal de danse par le passé et malgré tout ça se ressemble un peu. Si on n'y croit pas, on fait juste une belle démonstration mais on n'a pas raconté l'histoire. C'est vrai que c'est gratifiant, quelque part, comme toutes les formes d'art, mais je trouve que le chant, il y a une prise de risques supplémentaires. Vous, par exemple, vous êtes habituée à chanter, vous vous êtes entraînée, mais votre voix reste unique. En danse, on a tous un corps unique, mais la plupart du temps on doit rentrer dans la masse et ne pas se faire remarquer. J'ai l'impression que dans le chant il y a plus de possibilités pour se mettre en avant, on peut faire un petit groupe et réussir. A l'inverse, ce n'est pas possible pour les ballets. »

Elle adressa un nouveau sourire à son interlocutrice. « Et vous venez de loin ? Qu'est-ce qui vous a attirée à la Nouvelle Orléans ? »
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MessageSujet: Re: Repérage des lieux   Sam 31 Mai - 15:27

Pouvoir parler de son art faisait un bien fou à Alecto. Sa condition de vampire était encore toute nouvelle pour elle et le chant lui permettait de se rappeler de sa vie mortelle, tout comme en discuter avec une personne éclairée. Brume avait raison, la Nouvelle-Orléans avait quelque chose de fascinant : elle n'y était que depuis quelques semaines et déjà elle trouvait quelqu'un qui comprenait sa passion. A New York, les gens étaient souvent trop sûrs de leur propre importance pour parler comme cela avec le premier venu. La jeune femme avait toujours trouvé la Grosse Pomme très superficielle. C'était une ville qui se disait ouverte mais il suffisait de creuser un peu pour se rendre compte de l'incroyable cloisonnement mental de ses habitants. Les étudiants fréquentaient les étudiants, les banquiers ne parlaient qu'aux banquiers, et tous se croyaient supérieurs à leurs voisins, Outres comme Normes.

Ici, c'était différent. Cette ville pulsait, bouillonnait de vie et de créativité. Les gens ne se prétendaient par artistes par ce que ça faisait joli, mais créaient et communiquaient pour répondre à un besoin formidable.

« C'est drôle, dit-elle. Il y a quelques nuits j'ai rencontré un jeune peintre avec j'ai eu eu le même genre de discussion que nous avons en ce moment, et lorsque je lui ai demandé pourquoi il peignait, sa réponse a été :
Parce que je ne sais rien faire d'autre, et je ne suis pas sûr de pouvoir faire quelque chose d'autre. J'ai l'impression que des voix se disputent en permanence dans ma tête, et la seule façon de les faire taire, c'est de créer. Je trouve que c'est la définition la plus juste que j'aie jamais entendu. Quel que soit la discipline artistique que nous choisissons, nous la pratiquons avant tout pour nous. Pour trouver une réponse aux questions qui nous hantent ou simplement pour que le calme se fasse enfin en nous. »


L'heure tournait, les artistes se succédaient toujours. Alecto estima qu'il devait lui rester une bonne dizaine de minutes avant de monter sur scène. Un frisson d'excitation envahit son corps à cette perspective. Malgré ses années de pratique, elle était toujours sujette au trac. Son cœur se resserrait, sa respiration devenait plus haletante. Le désir de briller brûlait dans sa gorge comme le plus doux des alcools. Cette sensation ne ressemblait à aucune autre, entre le plaisir et la souffrance, la peur et la hâte. Mais une fois qu'elle poserait les pieds sur la scène, Alecto savait que toute appréhension s'effacerait. Elle s'efforça de faire le vide et continua la conversation.

« Pour répondre à votre question, je viens de New York. Ce n'est pas précisément la porte à côté. Je crois que ma nouvelle...condition réclamait un changement de vie radical. Et j'ai souvent entendu dire que cette ville était très tolérante envers les Outres, ça me semblait un bon endroit pour m'installer. Et puis une vampire à la Nouvelle-Orléans, cela faisait tellement cliché que je n'ai pas pu résister. »

Alors qu'elle allait continuer sur sa lancée, elle entendit son nom dans la rumeur des conversations alentours.

« Alecto ? C'est votre tour mademoiselle. »

Le trac revint, aussi violent qu'un coup de poing dans l'estomac. Elle adressa à Brume un nouveau sourire et se leva.

« Veuillez m'excuser, je crois que c'est à moi ».

Elle se dirigea vers la scène le plus lentement possible. Pour calmer le léger tremblement de ses jambes mais aussi pour savourer la délicieuse extase qui l'attendait. Les musiciens du bar, qui étaient là pour accompagner les personnes qui le désiraient la regardèrent monter sur scène avec un regard bienveillant. Il y avait quelques décennies, on ne pouvait trouver dans les bars jazz que des musiciens de formation classique, mais la musique, comme les mœurs, avait bien évolué. Il y avait devant elle un guitariste électrique, un batteur, quelques cuivres et une basse.
Elle les salua et discuta quelques instants à voix basse avec eux avant de leur passer quelques feuilles sur lesquelles étaient écrites une tablature. La chanson qu'elle s'apprêtait à chanter avait été écrite au début du XXIème siècle et était vite devenu un classique dans le milieu du jazz metal. Il ne devraient pas avoir trop de mal à la suivre.

Alecto empoigna son micro. Et se laissa porter par la transe.

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Brume Sullivan
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MessageSujet: Re: Repérage des lieux   Mar 3 Juin - 23:46

Il était vrai qu'entretenir une conversation construite sur un sujet aussi vaste et rapidement sensible pour certains qui n'appréciaient que peu la critique ou l'échange -chose en parfaite contradiction avec le fait même de créer, car on ne crée pas uniquement pour garder les choses pour soi-, entretenir donc une telle conversation même avec une inconnue avait quelque chose d'agréable et de réconfortant. On ne peut pas parler de tout avec tout le monde, et pourtant l'art devrait être un sujet que l'on devrait pouvoir aborder avec tout le monde, elle en était persuadée. Réfléchir sur ce que veulent exprimer les autres et comprendre leur mode de pensée ne faisait de mal à personne, sans parler de la quête de la beauté qui reste une problématique essentielle pour l'humanité depuis des temps immémoriaux. S'il y a bien une chose qui rassemble les hommes, ce sont les représentations, les chants et les danses. On peut être en désaccord idéologique le plus parfait avec une personne d'une autre contrée, on aura des difficultés à ne pas reconnaître que l'on n'apprécie pas quelque chose dans la vaste culture de sa population.

Il n'existait pas vraiment de voix qui cherchait à se faire entendre dans l'esprit de la métamorphe, même si elle comprenait parfaitement la métaphore employée par son interlocutrice. Il fallait l'avouer, sans être non plus sans imagination, sa créativité s'exprimait de façon bien plus discrète. Dans sa manière de danser, elle s'était surtout faite remarquée pour une facilité déconcertante à entrer dans le bon état d'esprit et rendre l'émotion qu'il fallait sans avoir des gestes non plus parfaits, sans être mauvais. Contrairement à d'autres qui avaient la simple faculté d'avoir des manches à balais à la place de la colonne vertébrale, elle vivait ce qu'elle dansait, mais son manque de précision sur certains détails ne lui avaient que rarement donné une véritable chance d'être à la première place, même si elle était la plupart du temps la doublure de sa sœur. Non, sa manière d'expression restait toujours dans la décontraction, ce qui lui donnait paradoxalement une plus grande liberté d'émotion. A plusieurs reprises elle s'était dit que c'était peut-être sa manière à elle de vraiment parler d'elle, mais elle n'avait jamais vraiment réfléchi comme un peintre le faisait à faire passer un message particuliers. On le lui avait toujours dicté selon la partition, le livret, la mise en scène, et il avait été rare au cours de sa carrière de pouvoir véritablement créer. Cette occasion ne lui était donnée que lorsqu'elle dansait pour son loisir, ou alors quand elle allait donner un coup de main à sa mère en créant une chorégraphie pour ses élèves ou en participant à la représentation de fin d'année de sa petite école de danse. Mais le manque de ces chances de se produire de façon isolée et concrète ne lui posait pas véritablement problème. Au contraire, elle admirait ceux qui pouvaient donner de leur personne librement sans avoir peur du jugement des autres.
Néanmoins, elle savait que la jeune femme avait parfaitement raison dans sa manière de voir les productions artistiques des uns et des autres.


« Je suis bien d'accord avec vous ! C'est un peu notre seule issue, par moments. »

Voir l'excitation d'Alecto étira ses lèvres dans un sourire bienveillant. C'en était presque mignon à voir, et elle comprenait exactement l'état dans lequel elle se trouvait. Sa sœur disait toujours et à juste titre : « Avoir le trac, c'est comme respirer : tu t'aperçois que c'est vitale quand il n'est plus là. Et quand il n'est plus là, c'est qu'on n'a plus rien à faire sur scène. » Soledad n'avait pas tort, et c'était bien ce que pensait sa jeune sœur. Avoir peur de mal faire est le signe flagrant que l'on est habité par l'envie de toucher à la perfection, et que l'on est donc encore plein de passion pour ce que l'on fait. L'inverse démontre  le désintéressement voire la lascivité de l'artiste, et quelque part un manque de considération envers le public qui vient tout de même pour voir une performance adorée à l'avance.
Ses efforts pour se concentrer sur la conversation étaient louables, et l'heure avançant, son tour ne devait pas tarder.

New-York, donc ? Brume aurait été bien en peine de parler d'une telle ville pour n'y avoir presque jamais mis les pieds, et encore de façon entièrement touristique lors de représentations sur place, chose qui ne lui était arrivée qu'une fois de façon prolongée et une autre en visite éclair d'une journée. Autant dire qu'elle n'avait pas eu assez de temps pour se forger une véritable opinion de cette trop grande agglomération pleine de bruits et d'odeurs désagréables. Avoir les sens d'un petit félin n'était pas toujours la chose la plus aisée pour vivre.
Le mot « vampire » la glaça en revanche, même si elle savait que tous n'étaient pas des tordus. C'était comme partout, il y avait des gens biens et des gens moins biens, et la bonne impression qu'elle avait eu jusque là de la jeune femme ne devait pas ternir pour une simple question de crocs plus développés ni d'un goût prononcé pour le sang. Après tout, chacun est comme il est, et elle paraissait tout à fait saine d'esprit. Comme quoi, son psy avait raison, on a beau se remettre de certaines choses, il existe d'autres réflexes inconditionnés que l'on ne s'enlève pas de l'esprit. Elle devrait commencer à s'en faire à partir du mois de janvier, elle devait bien se le mettre dans le crâne une bonne fois pour toute.

Son sourire fut tout de même encourageant à l'encontre d'Alecto qui s'éloigna poliment pour rejoindre la scène d'un pas mesuré et emprunt d'une sorte d'humilité.
Plaisir de la scène, quand tu nous tiens ! Pensa-t-elle avec un sourire plus sincère. Il y eut l'échange habituel avec les musiciens pour les partitions et les directives à suivre, un léger brouhaha monta, puis redescendit immédiatement quand les clients virent chaque personne à sa place. Une ou deux secondes se suspendirent... avant que la musique ne commence. Même si Brume connaissait le style de musique jouée, elle devait avouer être assez surprise. Son âge lui avait fait connaître les joueurs de jazz plus traditionnels et malgré les nombreuses avancées techniques, elle restait toujours surprise d'entendre ces musiques comme des standards, qui n'étaient pas ceux de son enfance ni de sa jeunesse. Tout évolue, rien ne stagne. Et ça n'était pas plus mal !

La musique avait quelque chose d'endiablé, et Alecto aussi. Dans le bon sens du terme. Elle semblait complètement ailleurs, et pourtant elle ne pouvait pas être plus présente sur scène et donner autant de sa personne. C'était une performance agréable à écouter, sans tache, maîtrisée et qui semblait si facile. Et pourtant, le jazz était loin d'être un style simple à maîtrisé. Aucun instrument n'est laissé de côté, chaque musicien a sa place et doit savoir la prendre. Les possibilités d'improvisation en faisait un genre complet et libre, avec pourtant des codes bien respectés. Une chose était sûre, cette jeune femme était faite pour être sur scène. Et si elle ne parvenait pas à vivre de la musique, ce serait vraiment un manque de chance incroyable. Elle chantonna le refrain discrètement, la main autour de son verre, balançant légèrement la tête et les reins du haut de son tabouret. Ah, ça ! Si elle se mettait à leur faire jouer des morceaux comme ça au Cadavre Rieur, il risquait de voir plus souvent la métamorphe. En fin de journée après la radio, ça faisait du bien d'entendre de la musique travaillée.

Le silence se refit dans la salle, et personne n'applaudit de façon polie, cette fois. Ce fut une salve sincère et pleine d'enthousiasme. Quand l'on fait face à des connaisseurs, on ne peut rien faire d'autre que s'incliner et leur manifester que l'on apprécie. Un sourire plus tranquille et gracieux aux lèvres, elle attendit que la jeune femme reprenne sa place près d'elle pour la féliciter chaleureusement :


« C'était super ! Vraiment super. Je ne sais pas quoi dire, c'était... wouah, je crois que tu les as tous soufflés ! » acheva-t-elle en riant légèrement, puis elle porta sa main devant ses lèvres, légèrement gênée. « Oh, pardon, je suis un peu familière, mais tu m'as tellement estomaquée ! » Se reprenant un peu, elle attendit moins d'une minute avant de continuer : « Tu as vraiment beaucoup de talent. C'était... Je ne sais pas comment dire... On avait l'impression que c'était facile, que ça te venait tout seul. Mais tu as combien d'années de pratique pour avoir un tel niveau ? »
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