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 Winruna

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Winruna
Faës
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Faës


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Emploi: Compositeur des Feux Follets
Age apparent: 26
Dangerosité:
29/30  (29/30)

MessageSujet: Winruna   Mar 29 Avr - 10:31

État Civil

Ere moderne
Nom modernisé : O'Callaghan
Prénom modernisé : Liam
Surnom : Grasshopper

Epoques passées
Nom tribal : Idakiil
Nom d'initié : Luonsäa
Surnom proto-celtique : Winruna, "le secret blanc". (C'est par ce pseudonyme qu'il est le plus connu parmi les faës, et aussi celui par lequel il est appelé au sein du Conseil. Seule Titania et quelques faës antiques privilégiés connaissent son véritable prénom et l'appellent de ce fait Luonsäa. L'usage d'Idakiil est prohibé. Nommer un lorialet adulte par son nom tribal est culturellement considéré comme  une insulte à moins d'être très proche du faë concerné, et aussi plus âgé que lui. Pour les humains, cela reviendrait à se faire appeler "gamin").
Surnom prohibé : Yaseeja, le musicien itinérant. En fait, ce n'est pas vraiment un surnom prohibé. Seulement, il réserve son usage à Mareti (la pixie dans son chapeau). Si quiconque d'autre le nomme de cette manière, il fera sans doute semblant de n'avoir rien entendu.
Nom celte : Ó Ceallacháin
Prénom celte : Luam

Race : Faë
Âge : 7863 ans
Âge apparent : 26 ans
Date de Naissance : 5813 avant JC
Situation de Famille : Célibataire
Profession / Activité : Musicien nomade. Membre du conseil faë. Chef de Will'O-the-Wisp et par là-même des Feux Follets
.
Morphologie


Espèce : Lorialet
Aspect de la Trace : Winruna étant un lorialet, sa Trace prend la forme d'une aura lumineuse qui éclaire sa peau ainsi que l'espace entourant sa silhouette. La lumière qu'émet sa Trace est d'un blanc éclatant. Avec l'âge, sa Trace s'est pourvue d'effets kaléidoscopiques dûs à la densité chaotique de son pouvoir, qui force à de rares instants la lumière à se décomposer comme si une nuée de prismes avaient été en train de flotter autour de lui: l'aura blanche est parsemée d'éclats nacrés éphémères : des lueurs couleur de l'arc en ciel. En tant que faë antique, il possède une Trace d'une intensité profonde. Lorsqu'il ne la retient pas, elle est si éclatante qu'il est impossible de la regarder sans blesser sa vue (à l'instar de la lumière d'une lampe halogène réglée sur le degré maximal de luminosité). Il est accessoirement impossible de le voir à travers ce halo de lumière qui occulte complètement si silhouette, qu'on distingue à peine, en "contre-jour". Bien évidemment, il retient sa Trace en permanence : tout au plus, on verra un voile lumineux léger comme de la tulle autour de lui. La plupart du temps, il l'efface complètement.
Taille : 1m92
Poids : 69kg
Corpulence :
Pour un lorialet (comme pour un être humain), Winruna paraît grand. Non seulement il paraît grand, mais il semble aussi très élancé, car il se trouve être très mince. Ses muscles ne sont pas inexistants - les deux gobelins de sa troupe s'en sont assurés - mais ils sont très discrets. Il ne paraît pas déguingandé, car ses membres sont bien proportionnés, quoique longs et fins comme ceux d'une sauterelle. Il possède une apparence somme toute délicate, bien qu'imposante en un sens qu'il est difficile de définir.

Couleur de cheveux :
Ses cheveux sont d'une blancheur parfaite, qui se teinte presque de bleu sous certains angles lumineux. Fins et soyeux, ils encadrent son visage de mèches raides. Dans sa longue existence, il a souvent changé de coiffure. Il a déjà eu les cheveux très longs. Plus rarement, il les a eus très courts. En ce moment, il les a presque mi-longs, taillés selon une coupe décontractée qui va bien avec son allure de poète voyageant en marge du monde.

Couleur des yeux :
C'est l'une des choses que l'on remarque en premier chez Winruna, et de celles qui mettent le plus mal à l'aise en sa présence. Il a les yeux vairons. Le gauche, d'un bleu clair cristallin. Le droit, d'un vert lumineux. Son regard n'exprime jamais de sentiments très clairs. Ils semblent être les gardiens d'un océan de mystères. Lorsqu'on le regarde dans les yeux, on peut presque sentir le poids des âges que ces derniers ont traversés et balayés. Accompagnés d'un semi-sourire perpétuel, ils paraissent toujours pétillants, intelligents et rusés. Très jeunes, et très vieux tout à la fois.

Allure générale :
Grâcieuse, dynamique, dansante, et maîtrisée à la perfection. Winruna dispose d'un charisme taillé par sa personnalité, puis par les siècles d'existence qu'il a accumulé. Il a atteint le sommet de son art. Son comportement laisse souvent perplexe. Il n'est pas humain, ne l'a jamais été, et n'essaie pas d'agir comme tel (sauf dans des moments particuliers). A sa gestuelle, comme à sa façon de parler, il donne l'impression d'être intouchable... Ici, et ailleurs tout en même temps.

Allure vestimentaire :
Le faë évolue à un rythme différent. Rien ne paraît plus pareil, lorsqu'on a dépassé son premier double millénaire... Ainsi, sauf en cas de besoin (notamment lors de l'infiltration de certaines structures humaines, ou durant les périodes où il doit se cacher), il ne change d'allure vestimentaire que lorsqu'il en a envie. Ne nous trompons pas : il n'est pas réfractaire. Comme avec la musique, il pioche dans les nouveautés qui lui plaisent et les mêle à d'autres choses plus anciennes afin d'innover. Certaines constantes restent : notamment, à cause de sa peau fragile de lunatique, il doit porter des vêtements couvrants. On ne le verra jamais sortir sans son chapeau, et lorsqu'il le soulève, c'est uniquement pour en faire sortir Mareti, si jamais elle était coincée en dessous. En ce moment, Winruna garde un style dandy dérivé du XIXème siècle, qui lui donnent une allure de chapelier fou : queues de pie et haut de forme, vestons et canne épée. C'est au niveau des couleurs et des matières qu'il laisse souvent place à son originalité. On ne s'étonnera pas de le voir entièrement vêtu de rouge, ou même de vert à la façon leprechaun, ou porter quelques pièces en cuir, en résille, dans une toute autre matière, avec un motif spécifique, qui sans rompre l'élégance de sa mise, lui rajoutera une once d'espièglerie.

Particularités éventuelles :
Il parle d'une voix douce, ni très grave, ni très aigue. Lorsqu'il chante, il peut s'étendre dans des regitres étonnamment larges, bien qu'il eut à l'origine le ton d'un baryton.

Psychologie

Défauts :
Peut-être un certain manque d'empathie. Et aussi sa folie latente, qui le rend très original quoiqu'elle ne lui fasse jamais oublier ses responsabilités. Winruna se moque de frustrer les autres par son comportement ésotérique. Il se complait dans leur perplexité, qui l'amuse généralement beaucoup. Manipulateur ? Si peu... Mais pas vraiment méchant pour autant. Ou pas volontairement. Sauf lorsque ça l'amuse... Car finalement, sauf obligation quelconque, depuis sa naissance et au détriment des règles et de l'avis des autres, Winruna ne fait que ça : faire ce qu'il a envie de faire. Il aide, puis il trahit. Il entourloupe, puis disparaît. Il donne un peu l'impression d'être le chaos personnifié.

Qualités :
Il est fidèle à ses compagnons faës, ainsi qu'à ceux auxquels il a donné sa loyauté... Encore faut-il être certain qu'il l'a véritablement offerte. Il est sans nul doute au service des éminences, et s'occupe bien de la descendance du lutin Genmo. Mais allez donc demander à Titania si l'on peut pour autant le juger digne de confiance ! Il est rusé, et doué d'une lucidité étonnant pour quelqu'un qui n'a plus toute sa tête depuis plusieurs millénaires. Très stoïque au besoin, il est capable de tout pour arriver à ses fins, surtout lorsqu'elles concernent l'évolution de la situation faë (comprenons l'état déplorable du sidhe originel, qu'on aimerait bien voir retrouver un peu de sa superbe).

Croyances :
Il croit en l'inventivité humaine et en son absence de limite. A chaque nouvelle époque, ils créent différemment. Il croit en la magie des voyages, de la musique, et des rythmes qui marquent sa vie. Il croit en la nécessité d'agir pour sauver leur monde originel, et leur espèce entière. Qu'importe les moyens. Il n'a jamais été quelqu'un de très conventionnel.

Religion :
Les religions... Intéressant concept. Il en a vu quelques unes naître et évoluer.

Goûts :
Le goût du mystère, ça ne fait aucune doute. Le reste par contre, c'est déjà plus compliqué... Il a l'air d'être totalement inactif sexuellement, même si des rumeurs courent sur une relation éventuelle entre lui et la pixie Mareti. Il n'a pas de descendance connue. Du reste il adore la musique, la découverte, la nouveauté, l'exotisme... Il aime l'humanité plus que beaucoup d'autres faës, quand bien même il sait qu'elle est à l'origine de la chute de son peuple. Il aime ce qui est beau et ce qui sort de l'ordinaire, et ce de manière extrêmement générale. Il est capable d'apprécier des sonorités qui le blessent (fortes percussions, guitares électrique), tant qu'elle restent harmonieuses. Car l'harmonie c'est important.

Talents, savoirs notables :
La musique n'a plus de secret pour lui. Il est capable de jouer de tout et n'importe quoi, et de composer n'importe quel type de morceau. Il est aussi très bon danseur. Dans les autres arts, il n'est pas mauvais non plus, mais dans les deux précédents, il excelle. Il est très doué pour ce qui est de se faire accepter dans des communautés qui le rejetaient initialement. De la même manière, il est doué pour infiltrer des positions et monter en grade rapidement, en mettant les bonnes personnes dans sa poche. Grâce à Balko et Sagrara, il est devenu plutôt doué pour esquiver, et sait manier la canne épée avec une belle dextérité.

(+) Espoirs, buts, rêves :
Deux principaux but. La découverte, la création, la composition d'une part. De l'autre ? La prospérité du peuple faë. Il souhaite voir le sidhe originel s'ouvrir à nouveau, et les pouvoirs des siens resplendire comme à l'époque, pas si lointaine, où ils étaient encore bien insouciants. Il a son propre rôle à jouer là-dedans, en tant que membre du Conseil et chef des feux-follets. Il fait ce qu'il doit faire.

(-) Angoisses, regrets, phobies :
La mort de Genmo le hante. Celle de Balko aussi, mais moins. Il regrette de n'avoir pas su comprendre la vision qu'il a eu de la destruction de Kaat, plus d'un millénaire avant qu'elle n'arrive réellement. Si à cette époque, il avait su interprêter cette prophétie correctement, peut-être les faës n'en seraient-ils pas là où ils en sont.

Si on vous parle des Outres, vous réagissez comment ?
Des humains, certes un peu modifiés. Les wiccans sont intéressants. Leur rapport à la magie, intrigant... Une piste à creuser. Les métamorphes et les vampires viennent des démons ? Winruna n'a jamais vu de démon. C'est regrettable, d'ailleurs. Voilà quelque chose qu'il n'aurait pas voulu rater.

Et votre sentiment vis à vis des Normes ?
Des humains. Intéressants par nature, en tant que civilisation, et parfois en tant que personne. Et toujours intéressants en tant que viande de premier choix.

Êtes-vous satisfait de votre existence ?  
Une existence bien remplie, qui ne demande qu'à continuer de se remplir... Non, Winruna ne se lasse pas. La lassitude est un sentiment qu'il ne connait pas.

Possibles évolutions ou objectifs futurs :
Les feux-follets sont à la Nouvelle-Orléans. Partout où ils passent, ils laissent toujours leur griffe d'une manière ou d'une autre. Winruna est un observateur, ne laissant que peu de place aux sentiments. Il modifie son environnement.

Particularités éventuelles :
Trop longtemps sans entendre de musique, le faë se sent agacé. C'est un des rares moyens qui existent pour l'irriter. L'antique dialecte lorialet était une langue rythmée, pourvue de règles précises sur la formation des phrases. Winruna n'a jamais cessé de lui faire honneur. Il ne parle qu'en vers. Le nombre de pieds change avec les époques. En ce moment, il semble avoir décidé de parler en alexandrins uniquement.

Relations Sociales

Relations particulières notables :

Les membres des feux-follets :


  • Mareti : Sa compagne de toujours. La pixie reste en permanence avec lui, et passe le plus clair de son temps dans son chapeau. Elle le connait si bien et depuis longtemps qu'elle est parfois capable de parler à sa place. Autant dire qu'elle ne s'en prive pas. Winruna donne l'impression d'être parfaitement assexuel, mais certaines rumeurs courent depuis longtemps au sujet de la relation fusionnelle qu'il a avec la pixie. Intox ou réalité ?
  • Genmo (décédé lors de la révolution industrielle) : Lutin, et deuxième membre fondateur des feux follets. Winruna l'adorait autant qu'il adore Mareti. Le lorialet prend maintenant soin de la descendance du lutin à sa place.
  • Monomen : le brownie kleptomane, qui aime à collectionner les humains de compagnie. Ils se connaissent depuis l'arrivée des celtes en Irlande.
  • Sagrara : Gobeline, ancienne guerrière aux manières brutes, rencontrée par l'intermédiaire des émincences grises peu avant de prendre contact avec la cour de Titania
  • Balko (décédé) : Frère de Sagrara, rencontré en même temps, puis mort au moment de la fermeture du Sidh faute à une carence magique critique.
  • Neama : Une fée musicienne offerte par Titania lorsque Winruna accepte de lui jurer fidélité. Elle a fait partie de l'orchestre de la Reine, et était considérée comme la meilleure. Cependant, lorsque les feux follets trahissent Titania en quittant son service, Neama suit la troupe, au risque de s'attirer les foudres de sa reine.
  • Andele : Femme lorialet de la tribu d'Ida rencontrée à Acre au temps des croisades. Elle cherche son frère qui a voulu imiter "Luonsäa" et s'est enfui pour découvrir le monde tout seul. Au moment de la fermeture des arches, comme beaucoup de lorialets elle perd le contrôle de ses pouvoirs de clairvoyance et assiste à l'agonie des faës resté coincés dans le Sidh. Elle perd la tête et devient catatonique. Les feux follets continuent ) prendre soin d'elle, ne perdant pas l'espoir qu'elle puisse un jour se réveiller de la longue stase dans laquelle elle semble plongée.
  • Boka : Lutin rencontré à Nassau dans les caraIbes. Il a vu les débuts du Loup Blanc et a ensuite fait partie de son équipage. Puis il a rejoint la troupe.



Les autres :


  • Titania : La reine, avec qui Winruna entretenait de très bons termes fut un temps, puisqu'il a même fait partie de sa Garde Spéciale (... qui se trouvait être les feux follets, engagés par Titania dans ce qu'elle pensait être une bonne idée pour affermir sa réputation). Depuis qu'il l'a mise dans l'embarras en partant comme un voleur, elle est plutôt fâchée contre lui. Néanmoins leur relation reste ambigue. Ils s'adorent sans doute autant qu'ils se détestent. Enfin... Winruna ne déteste pas Titania, en fait.
  • Obéron : Winruna n'a eu que très peu de contacts avec le roi. A priori, il ne l'aime pas. Il n'y a pas de raison précise à cela, mais parfois, il n'y en a pas besoin. Il est possible qu'il soit jaloux de la relation entretenue avec sa tendre (?) épouse.
  • Peter MacConnor : Oh... Un faë tout jeune, qui n'a vécu que l'instant d'une inspiration. Il se trouve être le petit-fils de Genmo, et son portrait tout craché... A l'exception du cercle dans ses yeux qui tourne dans le mauvais sens, mais passons. Winruna possède une certaine affection pour le garçon, qui se trouve avoir un tempérament facétieux semblable à celui de son grand-père. Il fait partie des protégés du lorialet, dont il prend des nouvelles régulièrement.
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MessageSujet: Re: Winruna   Mar 29 Avr - 10:33

Antécédents :


Quelque chose à dire sur votre Famille ?
Des lorialets morts dans le sidhe originel depuis très longtemps. Si ils ont survécu jusqu'à là, ils ont sans doute succombé à la fermeture des arches au XVIIème siècle. Ils n'étaient pas du genre à accepter qu'on les déloge de chez eux.

Événements de votre passé qu'il convient de connaître :
5813 avant JC

Vois l'enfant qui grandit au clair de l'astre blanc,
Initié à la vie, son existence attend,
Vois l'adulte régner au son des instruments,
Isolé dans l'ennui, mais plus pour très longtemps.

L'histoire prend place à une époque révolue depuis plus longtemps que ne remonte la mémoire de l'homme. Durant l'ère néolithique, la civilisation humaine commençait à peine à percer. Les faës quant à eux vivaient encore dans leur paradis d'origine : le véritable Sidh, maintenant inaccessible. Les peuplades faës avaient tendance à vivre séparées les unes des autres. Plus encore que la majorité d'entre elles, les lorialets menaient une existence recluse, quoique nomade et morcelée en nombreuses tribus. Naturellement méfiants envers les étrangers, ils voyageaient sans cesse à travers le Sidh, et fuyaient quiconque s'approchait trop près. Les chefs de tribus dirigeaient leur clan à leur façon et ne se réunissaient que rarement, lorsque le besoin s'en faisait ressentir.

Chaque tribu avait sa spécialité. Certaines étaient composées d'artisans talentueux qui fabriquaient les instruments de la vie de tous les jours. Les plus importants d'entre eux servaient évidemment à faire de la musique. On en trouvait trois principaux : La Sëbaka, l'Itrik et l'Osua. Le premier ressemblait fort à ce qu'on nomme un crwth, et a inspiré la création du dit instrument des siècles plus tard. L'Itrik était une flûte faite en fémur humain, et l'Osua un ancêtre du luth aux cordes de boyaux. Les lorialets n'utilisaient que très peu de percussions, peut-être parce qu'elles étaient capables de les blesser lorsqu'elles étaient mal utilisées, ou bien juste car la majorité d'entre eux avait un tempérament calme et contemplatif.

D'autres tribus étaient faites d'artistes aux ordres de la création. C'est notamment le cas de celle à laquelle on va s'intéresser, considérée comme l'une des peuplades gardiennes des arts musicaux. Faute à la sensibilité connue des lorialets aux rythmes, au son, et à la musique en règle générale, la tribu d'Ida, comme toutes celles qui abritaient une communauté de joueurs, était l'une des plus respectées. Dès le plus jeune âge, chacun consacrait son existence à l'apprentissage. La plupart devenait des Interprètes. Les meilleurs devenaient Compositeurs, et par là-même Prophètes. Il faut comprendre que la norme à l'époque était à l'improvisation. Dans aucune tribu et a aucun moment on aurait permis que le silence tombe sur le clan. Les joueurs se relayaient en permanence pour créer les rythmes correspondant à l'heure. Certains pour mieux dormir... Certains autres pour donner du courage, mettre en appétit, aider à la concentration, ou bien rendre euphorique durant les jours de fête. Cela dit on ne trouvait des Compositeurs que dans les tribus comme celles d'Ida, où l'on formait les musiciens.

Ceux là créaient la musique de façon nettement plus finie. Parfois, il ne s'agissait que de créer un morceau dont les excellentes sonorités ravissaient les oreilles et les cœurs de tous. Parfois, ils créaient un songe. A d'autres, ils parvenaient à voir l'avenir, le passé, ou le futur, avec une précision que les autres lorialets n'atteignaient jamais vraiment. Les Compositeurs étaient connus pour leur tendance à devenir fous très jeunes. Certains mourraient prématurément. D'autres parvenaient à rester suffisamment sains d'esprits pour devenir des figures importantes et respectées de la communauté. Leur "chants" (prophétiques ou non) étaient enregistrés dans des fenka : sorte d'objets enchantés dont les vibrations au toucher permettaient aux lorialets d'entendre et d'apprendre les sons qu'ils contenaient. Les fenka étaient un équivalent magique primitif des partitions, et étaient considérés comme sacrés, notamment car ils étaient capables de faire revivre à celui qui en prenait possession le songe ou la vision qui pouvait y être enfermée. La plupart des fenka étaient de simples cailloux ramassés sur la route, mais une fois enchantées et remplies, elles étaient mises en sécurité et gardées très précieusement. Ces artefacts ont depuis longtemps disparu suite à la fermeture du Sidh. Celles qui ont été amenées à l'extérieur ont perdu leur pouvoir, et les vibrations magiques qu'elles contenaient ne peuvent plus être lues.

Les lorialets ne quittaient presque jamais le Sidh, à l'exception des chasseurs chargés de fournir aux autres la viande humaine qui les nourrissait. Une exception à cette règle était la fête - ou plutôt le phénomène - de l'Elpäaga. Il s'agissait d'un rituel étrange, maintenant disparu, qui se manifestait plus qu'il n'était organisé. Chaque tribu avait ses dates, mais ceux qui vivaient ensemble depuis plusieurs années étaient réglés de la même façon : un besoin furieux animait l'ensemble de la communauté à deux ou trois jours près d'intervalle, généralement à l'approche de la pleine lune. Ils attendaient qu'elle se manifeste pour sortir, et passer la nuit entière à jouer et danser sous ses rayons, en prenant soin de rester loin des villages primitifs humains. L'Elpäaga était un phénomène étrange, car il pouvait facilement sauter deux ou trois cycles lunaires à l'occasion, ou bien se manifester de façon régulière durant une longue période.

C'est au sein de la tribu d'Ida que naquit celui auquel nous allons dorénavant accorder notre attention. Les jeunes lorialets qui n'avaient pas encore fini leur formation n'avaient pas de prénom, mais juste un nom tribal, dérivé de celui du clan : Idakiil, le fils d'Ida. Le dialecte lorialet était - sans surprise - très chantant, très rythmé. On différenciait les Idakiil en fonction des intonations et des longueurs de chaque syllabe. L'un d'entre eux vit le jour en l'an 5813 avant JC, fils de deux interprètes sans grandes ambitions.

Comme tous les Idakiil, il commença sa formation dès qu'il fut en âge de tenir un instrument, de chanter et de comprendre la musique. Ainsi que l'Instructeur eut l'occasion de l'apprendre, Idakiil avait ce quelque chose de plus qui différenciait les lorialets normaux de ceux qui atteignaient le dessus du panier. Il était peut-être même trop différent, au point où cela devenait une gêne pour la tribu : Il était doué, mais aussi doté d'une forte personnalité, innovatrice, curieuse, pétillante et marginale vis-à-vis du tempérament habituellement doux et prudent de ses semblables.

Les adultes commencèrent à s'inquiéter de son comportement lorsque dès l'adolescence, Idakiil ne sortit pas des sentiers battus que de manière figurée. Il ne supportait pas l'inertie typique de la vie de clan des lorialets, et ressentait l'appel de l'inconnu. Friand de découvertes, il commença d'abord à fuguer durant les nuits d'Elpäaga, pour espionner l'activité des villages humains que les siens fuyaient comme la peste. Plus tard il décida de faire des escapades diurnes, dont il revenait avec la peau brûlée mais d'immenses sourires. Il avait fait la connaissance de nombreux humains, tenté de communiquer avec, et presque réussi. Il ne fallut que peu de temps avant qu'il parvienne à amadouer ces primates qui le prenaient pour un étranger singulier venu de terres lointaines. Il parvint à s'intégrer malgré leur méfiance initiale. Idakiil se passionna pour les instruments de musiques primitifs que les humains avaient conçu. Loin de la sophistication des sëbaka et autres osua auxquels il était habitué, ces créations s'avéraient être incroyablement simples et puissantes. De simples lithophones, aux percussions de bois, d'os, de grains aux sonorités aquatiques, jusqu'aux tambours de peau... Les sons violents et désorganisés s'intégraient avec une perfection merveilleuse à la nature alentour. Alors, Idakiil apprit, intégra, et vécut cette musique si différente de celle à laquelle on l'avait habitué. Elle le rendait presque fou. Des morceaux du futur lui parvenaient sous la forme d'étoffes et de visages. Les humains, plus nombreux. Les sons, différents, les rythmes qui évoluaient avec les époques et le renouvellement de population fascinant auquel étaient soumis les Hommes. L'ensemble lui donnait une envie irrépressible de danser, tournoyer, chanter, rire et hurler son amour pour le monde et ses bruits : ceux qu'ils connaissait déjà, ceux qui restaient encore à découvrir, et auxquels il était prêt à destiner sa vie entière.

Evidemment, cela ne plut guère aux membres de la tribu, qui voyaient là une hérésie. Idakiil était beaucoup trop excessif. Il lui manquait le calme et le caractère posé qui faisaient la fierté des lorialets. Il était sans gêne, et prenait des risques incompréhensibles en s'approchant des cultures étrangères. Pis que de tenter de s'intégrer aux autres cultures faës, il avait noué des liens avec le bétail qui leur servait de nourriture : les êtres humains, ces créatures primitives et grossières. Idakiil subit des avertissements, des sanctions. On tenta de l'empêcher de sortir du Sidh, mais il était plus têtu et persévérant qu'une mule, et il était impossible de le priver de l'Elpäaga, à moins de destiner à la mort l'un jeunes lorialets les plus prometteurs des derniers siècles. Lorsqu'Idakiil rapporta de ses escapades des instruments humains grossiers, les autres membres de la tribu froncèrent du nez. Il mélangea ces percussions aux instruments typiques. Il obtint de nouvelles sonorités, subtiles, envoûtantes, comme il mélangeait les sons courts et percutants des pierres et des morceaux de bois, au longues plaintes lancinantes des cordes et des instruments à vent. Il bâtissait un nouveau style. Les autres furent obligés de plier : malgré ses méthodes peu orthodoxes, le dynamisme et la personnalité tempétueuse d'Idakiil formaient une véritable valeur ajoutée qui permit à la tribu d'Ida de gravir des échelons supplémentaires. Plusieurs années plus tard, et lorsqu'il fut évident que la façon dont Idakiil approchait les humains ne mettaient en danger personne d'autre que lui, la tribu s'habitua à son comportement étrange, et accepta son fils tel qu'il était : différent, mais digne de faire la fierté de sa famille. Il acheva sa formation dès ses vingt ans atteints et gagna le droit de porter son nom d'adulte, que le chef de la tribu lui-même offrait à tout jeune lorialet qui prenait ses fonctions : Luonsäa, "la furie dansante".

Devenu Compositeur, Luonsäa continua de créer comme il l'avait toujours fait. De temps à autre il disparaissait un jour, une semaine, un an, une décennie ou même un siècle parmi les humains pour s'immerger dans leur culture et suivre son évolution, qui lui permettait d'évoluer à son tour et d'apporter toujours plus d'innovations au sein des immuables structures tribales de son peuple. Il était un bon prophète et fut à l'origine de quelques importantes fenka qui permirent notamment de prédire une éclipse lunaire le jour d'un Elpäaga. Les faës ne quittèrent pas le Sidh ce jour là mais durent décaler leur fête rituelle d'un jour, ce qui ne plut pas aux anciens, mais valait mieux que d'attendre le cycle suivant. Sa santé mentale ne survécut pas entièrement à sa carrière, ni à la rage avec laquelle il s'évertuait à créer jour et nuit. Cela dit malgré sa folie latente, qui le rendait original, il restait tout à fait capable de raisonnements logiques (lorsqu'il en avait envie uniquement). Rusé et intelligent, il survécut au destin funeste des Compositeurs et devint l'un des membres les plus respectés de la tribu d'Ida. Luonsäa faisait peur aux enfants, impressionnait les adultes, mais lorsqu'il parlait, sa voix était écoutée. C'est ainsi qu'il atteignit son premier millénaire. Plus le temps passait néanmoins, plus Luonsäa prenait en importance pour le clan. Il devenait l'un des anciens, et le chef lui demandait souvent conseil lorsqu'il s'agissait de prendre une décision, car son avis, parfois choquant, contraire aux coutumes ou même illuminé, était toujours intéressant à prendre en compte, afin d'élargir les points de vue et prendre un recul appréciable sur la situation. Arriva le moment où il eut trop de responsabilités pour se permettre de disparaître comme il en avait envie. Il ne supportait que très peu d'être enfermé dans la structure, et l'envie de voyager le démangeait. Arriva le moment où il eut trop de responsabilités pour se permettre de disparaître comme il en avait envie. Il ne supportait que très peu d'être enfermé dans la structure, et l'envie de voyager le démangeait. Il ne put supporter longtemps cette cage confortable dans lequel on tentait de le tenir. Il disparut du jour au lendemain emportant avec lui le minimum d'affaires et ses instruments fétiches. Il abandonnait son clan sans la moindre once de culpabilité. Puisqu'il était dorénavant libre, il décida de ne pas se contenter de vivre parmi les humains qu'il commençait à bien connaître. Le Sidh lui était encore méconnu, au delà des terres foulées par ses semblables. Il partirait à la rencontre de sa mère patrie.

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4611 avant JC

Un souvenir se perd, dans les Terres perdues,
Leurs rythmes vibrants cessent enfin d'importuner,
L'esprit éveillé qui fuyant loin sa tribu,
Rêve de sons lointains, regrette le passé.

Il partit donc, vêtu chaudement. Il avait depuis longtemps perdu le goût des brûlures qu'il récoltait à chaque fois qu'il passait trop de temps dans le monde extérieur, et avait revu sa garde robe en fonction des longs moments qu'il passait hors du Sidh en compagnie des humains. On le reconnaissait notamment à la cape épaisse qui recouvrait son corps, ainsi qu'au chapeau à bords longs sous lequel son visage baignait dans une ombre permanente, éclaircie par la malice perpétuelle de son regard vairon. Dans son dos, il portait ses instruments, un chargement lourd en apparence qui ne semblait pas le gêner outre mesure puisqu'il parvenait tout de même à parcourir de longues distances au fil de son avancée à la découverte du Sidh et de ses merveilles. Libre comme l'air pour la première fois de sa vie, il n'avait jamais été aussi heureux. Il se nourrissait à intervalle irrégulier, lorsqu'il avait faim, n'hésitant pas à s'échapper dans le monde humain de temps à autre pour attirer à lui homme, femme ou enfant que la musique de sa sëbaka aurait accidentellement rendu curieux. Lorsque la lune lui manquait, il décidait lui-même du jour de son Elpäaga et jouait au clair de lune pendant des nuits entières. Son voyage solitaire dura longtemps, bien qu'il ne sut dire combien. Il avait depuis longtemps perdu la notion du temps. Des jours ? Des mois ? Des années ? Dans le Sidh, ces notions étaient floues. Une seule chose était certaine : il n'était jamais resté parfaitement seul durant une période aussi étendue, et malgré son désir de voyager, ce sentiment lourd et pesant le rendait inconfortable.

Quand le musicien itinérant rencontra une peuplade méconnue sur son chemin, il fut heureux d'aller à sa rencontre, mais l'accueil qu'on lui réservait n'était pas fameux. Les elfes refusèrent de le laisser entrer dans leur village. Têtu, Luonsäa ne se laissa pas démonter, se posta à quelques pas de ce dernier, et joua. Le don des lorialets pour les arts et la musique n'était plus à prouver. Malgré leur méfiance, certains parvinrent à dépasser leur préjugés. Intrigués par ce faë solitaire qui voyageait en terre étrangère en dépit des coutumes, et attirés par la musique envoûtante qui donnait l'impression de lui sortir naturellement des mains, ils furent quelques uns à sortir du village pour venir écouter. D'abord debout. Puis assis. Vinrent les clappements de mains, et petit à petit, l'ambiance devint bonne enfant. Il fallut plusieurs jours, ou peut-être quelques semaines, avant qu'on laisse Luonsäa entrer dans le village. Il était persévérant, et mû par le désir d'en apprendre plus sur ces créatures dont il ignorait tout ou presque. Comme longtemps auparavant avec les humains, Luonsäa patienta, et apprit. Vint le jour où on lui proposa l'hébergement. Il resta un moment parmi les elfes, qui ne lui faisaient encore qu'une confiance fébrile, mais dont il parvint tout de même à apprendre certaines coutumes. Il eut l'occasion de voir, d'entendre, et de toucher aux instruments de musique typiques de leur culture, ce qui le transporta de joie. Il considérait cela comme un grand honneur, et comme le but ultime de sa venue. Il fit connaissance avec les musiciens. Partagea ses secrets avec eux, et apprit certains des leurs. Enfin, il décida de repartir. Les elfes lui demandèrent, avec espoir, de revenir un jour passer les voir.

Puis il recommença, chaque fois qu'il rencontrait d'autres faës. A quelques reprises, il ne parvint à aucun résultat, et se mit même en danger lorsqu'il rencontra certaines espèces agressives, mais Luonsäa était téméraire et buté. Rieur même lorsque sa vie était en péril, il fuyait aussi vite que ses jambes voulaient le porter, tournoyait en chantant en évitant de peu de se faire scalper, et rejoignait d'autres civilisations plus enclines à la communication. De cette période, il tira un surnom qu'il ne porta qu'un temps : Yaaseja, "le musicien itinérant". La raison de la durée de vie prématurée de ce pseudonyme  était que Yaaseja ne resta pas solitaire beaucoup plus longtemps. Lors de ses voyages, il rencontrait énormément de musiciens. Deux d'entre eux étaient faits du même bois que lui: avides de rencontres et de découvertes, ils ne supportaient que peu d'être enfermés dans la vie prudente et frileuse de leur espèce faë. L'existence libérée que menait Luonsäa les fascinaient et leur donnait envie. D'un accord commun, ils rejoignirent le lorialet dans son voyage sans fin, et bâtirent un trio qui allait devenir le noyau dur de quelque chose qui, plus tard, prendrait une ampleur insoupçonnée.

La première de ces rencontres fut aussi belle qu'imprévue. Assis dans un champ de fleurs brillantes, qui à chaque brin de vent sifflaient un air cristallin et changeaient légèrement de couleur, le lorialet jouait de l'itrik pour lui-même. Le son des fleurs le faisait entrer dans une transe agréable, les notes montaient comme des larmes sur les bords de ses doigts. Malgré sa vie heureuse, sa tribu et ses sons lui manquaient. Il s'adonnait à la nostalgie comme on plonge dans un bain parfumé. Au gré des plaintes montantes, l'atmosphère vibra. Les brins d'herbes résonnèrent d'une vie insoupçonnée. Une nuée de créatures scintillantes s'éleva de la végétation, avant d'entrer dans une danse lancinante autour du lunatique. Il ouvrit les yeux en sentant des frôlements d'ailes contre ses joues, et manqua presque une note tandis qu'il restait émerveillé par le bal des pixies qui faisaient honneur à sa musique, et l'accompagnaient, pour certaines, en chantant de leur voix minuscule, ou en sifflant des brins d'herbe déchirés entre leurs dents. Un tas de murmure parvenaient à ses oreilles : "Es-tu Yaseeja ? Est-ce toi le lunatique en fuite ?". Ce moment de magie s'acheva lorsque l'une des créatures se matérialisa littéralement sur ses genoux sous l'apparence d'une toute petite humaine, qui profita de sa perplexité pour lui prendre son itrik et tenter de souffler dedans. "Tu m'apprends ?" Lui demanda t-elle. Et il le fit. Visiter l'habitat des pixies était impossible pour un faë de sa taille, mais tous les jours, il revenait. Elle devint tout à fait capable en un temps indéterminé. Des mois ? Des années ? Qu'importe. Un lien d'amitié intense se noua entre les deux compagnons. La jeune pixie, du nom de Lekaa, gagna le droit de garder l'instrument comme elle devenait le second membre de la troupe. Elle prit l'habitude de voyager dans le chapeau du faë, où elle passe depuis la plupart de son temps lorsqu'elle n'est pas sous forme humaine, car les deux acolytes sont devenus inséparables.

La seconde rencontre eut lieu lors d'une fois où Leeka et Luonsäa visitaient une communauté lutine. Malgré les nombreuses fois où il fit les frais de leurs facéties, Luonsäa appréciait énormément les lutins, dont il partageait l'humour et la personnalité survoltée. Cela dit, il était très loin de s'être attendu à ce que l'un d'entre eux surgisse de l'arbre sous lequel il était en train de passer. D'abord étonné, il ne comprit pas pourquoi une masse invisible venait de lui tomber dessus et de lui faire manger la poussière. A plat ventre sur le sol, il remarqua qu'il n'avait plus son chapeau, mais qu'un lutin au sourire jusqu'aux oreilles sautillait face à lui, le couvre-tête lui cachant à moitié le visage car il était beaucoup trop grand. Il agitait un instrument dont Luonsäa n'avait pas connaissance - et qui ressemblait à ce que de nos jours, on nommerait un accordéon. Les grincements comiques qui sortaient de l'invention donnèrent à Luonsäa une envie irrépressible de rire, qui l'amena à se rouler par terre durant quelques longues minutes, tandis que Leeka, irritée, avait pris forme humaine et tentait en vain d'arracher son chapeau aux mains du faë qui faisait son possible pour le garder. Ils parvinrent à le déchirer, ce qui stoppa la colère de l'une et l'hilarité des autres. Le lutin, nommé Paatë, redevint subitement sérieux, s'excusa et invita le duo chez lui, où il rapiéça lui-même l'objet abîmé. Il révéla la véritable raison de son irruption : il avait l'intention de rejoindre les voyageurs si il le pouvait, comme sa vie sédentaire ne lui convenait plus depuis longtemps. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il avait fait bonne impression à Luonsäa, qui l'accueillit avec joie dans sa troupe. Leeka eut plus de mal dans les premiers temps, mais le temps les rendit aussi soudés que les doigts de la main.

Ils formaient maintenant un véritable groupe de musique, qui continua à voyager dans le Sidh durant plusieurs siècles. Souvent, ils en sortaient pour passer de longues périodes parmi les humains, quoiqu'ils les évitèrent plus que Luonsäa n'en avait pris l'habitude lorsqu'il venait seul. Sans cesse en chemin, ils passaient dès qu'ils le pouvaient au travers des forêts, dont Leeka raffolait de l'odeur et de l'ambiance boisée. La nuit, la troupe s'arrêtait dans une clairière et discutait joyeusement autour d'un feu de bois, avant de jouer furieusement, jusqu'au petit matin. La lumière des flammes faiblissant derrière les arbres épais et l'étrange musique qui en provenait attirait parfois de malencontreux humains, que le trio "invitait à dîner", car c'était bien commode. Cette pratique, ainsi que leur grain de folie commun, leur valut auprès des autres faës le surnom de "feux follets", des millénaires avant que la légende ne se répande dans les cultures primates, soit déformée, transformée, et réadaptée en fonction de ses autres souches.

Mais les feux follets étaient des rêveurs. Ils avaient la bougeotte. Après plus de deux millénaires passés entre le Sidh et les terre des humains, ils décidèrent que cela ne leur suffisait plus. Ils voulaient une fois de plus faire ce que les autres faës semblaient trop frileux pour tenter. Au delà des terres bien connues, il y avait l'océan.

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3021 avant JC

Siècles inexplorés, Terres interminables,
Une troupe s'embarque et danse au gré du temps,
Et les notes s'écoulent dans les mains vénérables,
Et les yeux des anciens veillent sur les enfants.

C'était une aventure périlleuse, mais les hommes l'avaient tentée depuis des temps qui même pour Luonsäa et ses compères étaient immémoriaux. Il avait vu les hommes sauvages s'assagir progressivement. Ils avaient fondé de véritables villages. Ils élevaient, cultivaient, s'installaient. L'ancienne culture avait évolué avec l'arrivée de nouvelles populations. Des tertres immenses avaient commencé à s'élever dans le paysage, où les primates enterraient leurs morts. Outre le fait d'être diablement pratiques pour un faë affamé, ces évolutions étaient en elles-mêmes sincèrement intéressantes. Pour une fois les feux follets n'étaient pas les seuls à le penser : Imitant les fameux monuments funéraires, les faës avaient dressé des pierres à leur tour pour signaler quelques arches importantes menant vers le Sidh, ce qui marquait une évolution étonnante de la part des siens, d'habitude si peu enclins à modifier leurs habitudes. La civilisation humaine était encore naissante, cela dit des structures commençaient à se former, et les échanges commerciaux n'étaient pas rares. Un certain nombre d'entre eux avaient lieu par voie maritime. Plutôt que de se lancer à la conquête de l'inconnu au risque de mal terminer, les feux follets décidèrent de suivre les voies tracées par les hommes. Ils visitèrent les côtes jusqu'à tomber sur une zone d'activité maritime, où les pirogues fleurissaient. Ils avaient songé à se procurer une embarcation faë et à s'affranchir totalement de l'aide des hommes, mais après réflexion, chacun était venu à la conclusion que ça n'aurait pas été judicieux. Ils étaient sur le territoire des humains, et bien qu'ils furent encore très mal dégrossis, ils connaissaient mieux ces terres et ces mers qu'aucun faë ne pouvait s'en vanter, puisqu'il était rare qu'ils s'aventurent bien loin du Sidh.

Ils parvinrent à convaincre un windmillien  de les conduire. De la pointe de l'Irlande, ils atteignirent  la frontière entre l'Angleterre et le sud de l'Ecosse. Émerveillés par la sauvagerie de ce paysage qui, contrairement au Sidh, s'était créé tout seul et sans qu'un architecte n'en soit à l'origine, les feux follets suivirent leurs instincts. Ils voyagèrent par le nord, et s'installèrent un bref moment à la pointe de l'île, où ils se plongèrent dans les souvenirs de temps devenus anciens, car l'endroit évoluait avec une lenteur apaisante. Ils voyagèrent ensuite par le sud, à la recherche de nouveauté. Ils embarquèrent et traversèrent le bras de mer qui les séparaient du continent.

De l'autre côté, ils découvrirent  avec étonnement une civilisation plus vaste, moins vacillante que dans leurs terres natales. Les monuments funéraires faisaient légion, au bonheur des faës qui s'y abritaient de manière récurrente, lorsque Luonsäa n'émettait pas le souhait contraire. De temps à autre, les feux follets se mêlaient aux hommes, dont ils étaient tous curieux des avancées. Luonsäa s'intéressait tout particulièrement aux nouveaux instruments, et aux nouvelles manières de jouer et de créer des sons que produisait l'humanité. Doués de leurs mains quoique encore très limités, les primates lui faisaient l'impression de jeunes enfants prometteurs. Leurs vies étaient ridiculement courtes, et pourtant ils faisaient plus de choses en ce laps de temps qu'un faë en plusieurs siècles d'existence. A intervalle régulier, le lunatique éprouvait le besoin de se couper de la civilisation bruyante. Loin d'être assagi par l'âge, il ressentait surtout l'urgence de composer. Et pour composer, il lui fallait du calme. Afin de retrouver sa voix intérieure malgré l'inaccessibilité du Sidh sur ce continent, il passait des journées entières dans les monuments funèbres à goûter à la fraîcheur humide, à l'essence fantomatique des corps couchés. Née de sa fascination pour la vie mortelle et pour le cycle d'éternel recommencement dont il était exclu, il pouvait entendre une musique lente et lancinante dans sa tête. La nuit, il montait au sommet du tertre et prenait une fenka pour traduire ses méditations au clair de lune. De façon récurrente, il avait une vision. Un soleil puissant. Du sable. D'autres tombeaux, beaucoup plus imposants. Des gravures colorées. Puis il trouva le rythme véritable de la prophétie, et la vision s'éclaircit. Il y eut des visages basanés, d'un type qu'il n'avait jamais vu. Le son grésillants d'instruments qu'il n'avait jamais entendu. Des rythmes et des musicalités qu'il ne connaissait pas non plus. Il se réveilla de sa transe survolté, et grava la fenka du sigle qu'on lui avait appris à faire pour que son contenu ne puisse plus s'échapper.

Les feux follets reprirent la route sur l'ordre de Luonsäa, qui n'expliqua jamais les raisons de son itinéraire. Il savait qu'il devait aller vers le sud est. Le groupe traversa donc de nombreuses régions, où il s'arrêta brièvement le temps de faire connaissance avec les populations. Ils ne firent de véritable pause que lorsqu'ils parvinrent dans les Alpes, bien difficiles à franchir, même pour une troupe expérimentée. Peu soucieux de perdre du temps, les faës n'avaient de toute façon aucune intention de se presser pour traverser les montagnes. Le paysage splendide pouvait les arrêter des semaines entières, voire parfois des mois. Âgés de plusieurs milliers d'années, les feux follets pouvaient facilement se perdre dans des phases de méditation qui duraient plusieurs saisons, rythmées uniquement par la nécessité de se nourrir. Luonsäa n'avait cela dit pas oublié sa vision.

Ils quittèrent les Alpes pour ce qui deviendrait l'Italie, et descendirent jusqu'à son talon. Ils prirent la mer une fois de plus, et arrivèrent en Grèce, où ils firent une nouvelle étape, notamment motivée par une rencontre inattendue, lors de la traversée d'une forêt. Luonsäa fut le seul à le remarquer, et se demanda durant de longues années si il n'avait pas été sujet à l'une de ces hallucinations auxquelles les lunatiques étaient souvent sujets : Une silhouette fuyante au coin de son regard, rapidement évanouie dans un buisson. Un homme de petite taille, chèvre au dessous de la ceinture. Luonsäa n'avait jamais vu ce type de faë, et était d'autant plus étonné d'en croiser une ici que le Sidh était bien loin. Les feux follets pensaient - peut-être avec une certaine arrogance - être les seuls d'entre eux à avoir eu le courage de partir à la découverte du monde. Curieux, le lorialet chercha à retrouver la créature pendant des semaines, en vain. Il ne ressentait aucune magie dans cette région. Bien plus tard, il eut vent de légendes qui allaient dans le sens de sa vision, et commença de nouveau à croire en sa réalité.

Après un bref passage dans les eaux de la Méditerranée, qui les amenèrent jusqu'en Crète, puis de nouveau sur le continent, ils traversèrent la Mésopotamie, ce qui fut une véritable révélation. Le monde autour d'eux devenait de plus en plus proche de la vision de Luonsäa, qui savait qu'il lui fallait pousser plus au sud, et revenir un peu à l'ouest... Cela dit, son enthousiasme porta le groupe jusqu'à la ville d'Uruk, à la population de laquelle ils se mêlèrent plusieurs années. D'abord, les habitants furent méfiants. Ils étaient peu enclins à accueillir l'étrange compagnie venue de l'ouest. Ils surent comme à leur habitude pallier à cette barrière à force de patience et de persuasion. L'ambiance était explosive : la vie et l'innovation, la connaissance. Uruk était un monde en soi, différent de tous ceux qu'ils avaient déjà croisés. Ces humains étaient évolués au point de rendre les feux follets nostalgiques du Sidh. Ils avaient des rois, et des royaumes. Ils avaient des cités. Leur énergie agressive bouillonnait, et les guerres étaient courantes, ce qui menait Luonsäa au bord de l'hystérie perpétuelle. Pour la première fois, il quitta son rôle d'observateur. Il s'éloigna du groupe quelques années, et prit un malin plaisir à se rapprocher des dirigeants d'Uruk en usant de sa persuasion naturelle. Jouant de son physique singulier, de sa grâce de lunatique et de sa musique, il parvint à rentrer dans les petits papiers de Gilgamesh, dont il attisa les tendances guerrières naturelles : l'esprit du faë était empli d'une violence qui ne demandait qu'à être traduite en sons. Il s'abreuva des conflits, jusqu'à plus soif. Puis les feux follets disparurent, sans préavis, et sans laisser de trace.

Ils n'étaient de nouveau plus qu'un groupe de musiciens errants. De simples voyageurs, découvrant les mystères d'un monde encore mal connu. Ils arrivèrent aux portes d'un royaume que Luonsäa ne connaissait que trop bien pour l'avoir vu à d'innombrables reprises dans sa vision récurrente. Dès son arrivée, il comprit pourquoi. La musique était omniprésente. Dans la rue, et dans les maisons. Dans les temples, sur les places... Partout ! Il lui semblait être revenu au sein de la tribu d'Ida. C'était étrangement exaltant. Ils s'arrêtèrent à Memphis, où ils firent une fois de plus connaissance avec la population locale. Las de ses précédentes responsabilités, Luonsäa n'avait plus envie que de se consacrer aux sons, et à la découverte. Les feux follets se mêlèrent au peuple et notamment aux artisans, desquels ils apprirent beaucoup de choses. Un bref instant, une éternité, passionnés par la grandiose culture égyptienne, ils perdirent l'envie de voyager loin. Ils changeaient couramment de ville pour garder l'anonymat. Gêné par son physique trop repérable, Luonsäa disparaissait parfois des décennies pour ne reparaître que bien plus tard, dans une autre ville, avec d'autres projets. Ils virent s'ériger des monuments, et participèrent à la construction de certains. Ils virent se succéder les dynasties, les conflits... La civilisation qui sombrait pour se relever de plus belle. L'exode du peuple hébreu, qui se déroula sous leurs yeux. Suite à de nombreux efforts d'intégration, le lunatique parvint à obtenir le droit d'apprendre les arts de l'embaumement, qui l'amusèrent un temps. Parfois, les canopes ne partaient pas dans la tombe aussi remplies qu'elles auraient dû l'être. Puis ils disparurent encore et ainsi de suite, jusqu'au moment où il eut une nouvelle vision, tandis qu'il jouait du baïnit au milieu d'un groupe d'enfants qui s'amusaient de sa tenue fort habillée malgré la chaleur intense de la journée.

Il vit sa terre natale, décorée d'immenses monolithes, devenus nombreux durant leur absence. Il vit l'ancien peuple disparaître, remplacé par une culture inconnue. Sa curiosité attisée, il décida de prendre ce présage comme un message : il était temps de rentrer. Le Sidh commençait à leur manquer cruellement. L'ouest leur était devenu étranger.

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1468 avant JC

De retour au pays, la surprise les guette,
Les landes immuables ont bel et bien changé,
Sur un rythme endiablé le chant part à tue-tête,
Et le sang de le suivre, et le fer de couler.


Ils quittèrent l'Egypte et traversèrent tous le nord du continent africain. Comme à leur habitude, ils prirent leur temps. Sans quitter de vue leur objectif, ils profitèrent des cultures rencontrées et se laissèrent aller à leurs envies, leurs caprices. Pressés ou non, les feux follets restaient cette même troupe chaotique et farfelue qu'ils avaient été depuis le début. Il leur fallut trois siècles pour rejoindre l'Europe par l'Espagne, puis atteindre la France, dans le nord de laquelle ils sentirent avec surprise la présence du  Sidh. Lors de leur départ, il ne s'étendait pas si loin de son origine. Heureux de rentrer chez eux après cette longue absence, ils prirent la première arche venue, se gorgèrent de magie, et avancèrent en découvrant les ajouts que les faës avaient fait à leur monde onirique. Pour beaucoup de jeunes faës, les feux follets étaient devenus une sorte de légende ancienne. On les avait su fous de vouloir partir si loin. On les avait crus morts, engloutis par les flots dès leur première traversée. Les anciens qui les connaissaient venaient à leur rencontre, bouche bée. On ne cessait plus de les interroger sur la vie qu'ils avaient menée. Ils voyagèrent, et ils contèrent leurs aventures aux curieux, en les ponctuant de musiques et de danses empruntées aux époques qu'ils avaient traversées, et aux peuples qu'ils avaient croisé. Chez certains, ils firent naître l'envie de partir à la découverte du monde extérieur.

De retour en Irlande, ils quittèrent provisoirement le Sidh pour partir à la rencontre de cette nouvelle civilisation, qui avait remplacé les hommes primitifs parmi lesquels Luonsäa avait grandi. Le son tonitruants des cors de bronze blessaient presque le faë, et lui rappelaient Uruk, les batailles, et le sang. Leurs pérégrinations de villages en villages les firent tomber sur un duo singulier, constitué d'un jeune humain nommé Kallosta et d'un brownie, Monomen, masqué sous son illusion. L'humain était pauvre. Le faë, sans doute original. Ils menaient une existence nomade, et subsistaient en faisant les poches des voyageurs. L'adolescent eut la mauvaise idée de vouloir prendre la bourse du lutin, à qui on ne la faisait plus depuis longtemps. Un tour de passe-passe plus tard, le duo d'amis était coincé. Contrairement à ce à quoi on aurait pu s'attendre, la soirée se termina autour d'un brasier chaud, dans une ambiance bonne enfant. Les feux follets se firent passer pour une troupe étrangère. Leurs deux invités, inspirés par la vie libre et profuse qu'on leur proposait, rejoignirent le groupe en tant qu'apprentis. Bien qu'il ne le sut jamais, Kallosta eut l'honneur de devenir le seul et unique membre des feux follets à jamais avoir été humain. Bien sûr, il était exclu de certaines activités du groupe, notamment à l'heure des repas. Sa pensée adolescente était étonnamment facile à modeler pour qu'il ne se rende jamais compte de la quantité de fois où on l'avait évincé. Kallosta leur apprit la culture celte, et les aida à perfectionner leur maîtrise de la langue.

Il fut aussi celui qui eut l'honneur de les renommer, sur le conseil de Monomen. A cette époque, beaucoup de faës s'étaient affublés d'un surnom dans la langue des hommes, car cela leur permettait de s'intégrer nettement plus facilement parmi ces humains devenus malins et plus méfiants qu'avant. La "qualité" de leurs repas s'en trouvait décuplée. Luonsäa devint Winruna, "le secret blanc", nommé ainsi en raison de son étrange pâleur et de l'impossibilité qu'avaient les autres de le cerner, à l'exception des rares fois où il expliquait clairement ses raisonnements. Paatë devint Genmo, "le rire malicieux", en raison de sa grande propension aux farces en tout genre. Leeka devint Mareti, "les doigts agiles", en raison de sa dextérité de flutiste. Monomen se spécialisa dans les percussions. Kallosta grandit, puis se mit à vieillir. Vint le moment où il remarqua qu'aucun de ses compagnons ne prenaient de l'âge. Les feux follets étant ce qu'ils étaient, c'est contraints mais sans véritable affliction (à part dans le cas de Monomen) qu'ils changèrent leur ami en gigot rôti, comme il devenait trop bavard. L'expérience avait été amusante, mais contraignante et dangereuse. Il fut donc décidé qu'elle ne serait pas retentée, même si Monomen tentait souvent de convaincre les autres de prendre un nouvel "humain de compagnie" (ce qu'il fit d'ailleurs souvent, mais uniquement à titre personnel).

Les celtes étaient un peuple intéressant, avec lequel les faës furent obligés de coexister, car la nourriture devenait lentement plus difficile à trouver. Ruser devenait parfois nécessaire. Parler la langue des hommes aussi, en conséquence. Comme pitance mais aussi comme voisins, ils étaient aimés des faës, ce qui contribua peut-être à la lente évolution des mentalités dans le Sidh. Ils avaient une musicalité proche de celle que Winruna connaissait depuis son plus jeune âge, ce qui aida peut-être à ce qu'il l'apprécie particulièrement. Des siècles durant, les feux follets n'éprouvèrent pas le besoin de partir. Le Sidh, mais surtout l'Irlande ne cessaient d'évoluer et de les étonner. C'était un temps de réconciliation avec leurs origines. Un temps où les faës devinrent plus proches des hommes qu'ils ne le furent plus jamais, dès lors que l'âge du fer frappa le nord de l'Europe. La matériau toxique commença à se répandre comme une épidémie. Bientôt, il était partout. Les faës se rétractèrent, leur méfiance naturelle ravivée.

Certains d'entre eux n'éprouvaient pas la même gêne que leur majorité. C'était notamment le cas des gobelins. Il ne leur fallut que peu de temps avant de comprendre l'intérêt que pouvait avoir pour eux cette résistance naturelle. Les dirigeants gobelins actuels n'étaient cela dits que peu incités à en profiter. L'agitation gagna leurs rangs. Plusieurs groupuscules se formèrent, avant que l'un d'entre eux n'émerge véritablement et entraîne tous les autres à sa suite. On ne parlait plus que d'un faë : Govei Kaat, un gobelin venu d'une des castes les moins prestigieuses de son peuple, mais qui comme tous les citadins de bas niveau portait fièrement le nom de sa cité : Kaat, pompeusement surnommée la Capitale, comme elle était le seul groupement de gobelins suffisamment important pour porter le nom de ville. On assistait à l'un des premiers cultes de la personnalité de l'histoire du Monde. Sa parole acérée attisa le feu dans les pensées gobelines. Les dirigeants en place furent renversés. Govei devenait dangereux. Les gobelins faisaient parler d'eux dans tout le Sidh, quand bien même la raison de cette guerre civile n'était pas sortie des murs de la Capitale. Leurs intentions ne restèrent pas inconnues bien longtemps, ces créatures n'étant pas spécialement connues pour leur discrétion. Des expéditions entières aidaient les hommes à trouver du minerai, ensuite ramené sous forme brute ou acheté forgé. La présence de fer en grande quantité perturbait les énergies naturelles du Sidh. La création devenait moins aisée. Certains tombaient malades lorsqu'ils voyageaient non loin de la principale cité gobeline. Les éminences grises furent rapidement alertées par l'ensemble de ces signaux, et en tirèrent la seule conclusion possible : les gobelins faisaient ce qu'ils voulaient du Sidh, au détriment des autres espèces dont ils ne se souciaient plus le moins du monde. Il fallait agir, avant que la situation n'empire.

Et Winruna eut une vision, si violente qu'elle l'empêcha de jouer et le coucha par terre, secoué de spasmes, les yeux révulsés. Il se réveilla dans les bras de Mareti. Les visages comiques de Genmo et Monomen penchés sur lui le firent éclater d'un rire musical, teinté de notes tristes. Il avait vu deux choses. Les gobelins, l'arme à la main. Le néant sombre et explosif qui recouvrait Kaat et la réduisait en un tas de cendres magiques... Une catastrophe allait arriver.

C'est dans le même moment que le lunatique fut contacté par les éminences grises, lesquelles lui proposèrent un contrat duquel même Mareti ne connut jamais les termes exacts. Les feux follets avaient attiré leur attention. Ils étaient connus pour leurs pérégrinations. Leurs histoires, telles que celles de Winruna en Uruk aux côtés de Gilgamesh, semblaient prouver leur potentiel. Expérimentés, ils étaient plus malins et plus érudits que beaucoup... Ils savaient s'intégrer à des groupes réticents, n'avaient pas peur de l'aventure et des voyages, et surtout, sous les traits d'un groupe de musique oisif et insouciant, ils ne payaient pas de mine. Ils étaient exactement ce que les éminences recherchaient. De plus, Winruna était un lorialet antique, et un Compositeur accompli. Ses prophéties pourraient leur être utiles. Il l'avait pas prouvé pas plus tard que maintenant en les confirmant leurs doutes : une révolution se préparait. Winruna accepta la proposition, et les feux follets devinrent autre chose. Espions, assassins, musiciens... Ils gardèrent leurs talents de toujours, mais les mirent à profit de manière plus équilibrée. Au service direct des éminences grises, ils reçurent leur premier ordre de mission: Gavei Kaat devait mourir, et il devait mourir maintenant, tandis qu'il s'éloignait de la cité empoisonnée et partait visiter le chef d'une zone gobeline secondaire pour le convaincre de rejoindre ses rangs. Ces façons de faire étaient étrangères aux faës. Ce fut presque trop facile : ils infiltrèrent le campement de Gavei en se faisant passer pour des musiciens à la recherche d'un auditoire (ce qu'ils étaient). Ils attendirent que tout le monde dorme pour égorger le gobelin, puis partir comme des voleurs. Loin d'être le dernier de leur méfait, cette première exécution transforma leur réputation.. Les éminences sortirent de l'ombre et se prononcèrent : Elles se portaient garantes du groupe afin de le rendre intouchable, et qu'on ne les dérange pas avec de vaines vengeances. Quelques têtes supplémentaires durent voler, mais la révolution gobeline fut rapidement endiguée, car elle ne tenait qu'à quelques personnes aux discours convaincants.

Cependant, quelque chose n'allait pas. Anxieux, Winruna forçait souvent les feux follets à faire de gros détours durant leurs voyages. Il souhaitait passer devant Kaat, où il s'arrêtait de nombreuses heures, avec une expression entre frustration et terreur qui ne ressemblait pas au faë, d'habitude souriant et imperturbable. Il psalmodiait parfois durant des heures les mêmes mots, qu'il se mettait à chanter dans l'espoir d'avoir une vision, en vain. Kaat n'était pas tombée. Kaat aurait dû tomber. Kaat allait tomber. Mais quand ?
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MessageSujet: Re: Winruna   Mar 29 Avr - 10:33

633 avant JC


Des échanges taris, on se languit très vite,
Et des langues liées, on se lasse aisément,
Dehors et tout autour, l'univers qui s'agite,
Inspire le voyage à l'esprit somnolent.


Avec le changement de statut des feux follets, qui étaient passés de simples musiciens à exécuteurs sous la protection inconditionnelle des éminences grises, l'accueil qu'on leur faisait dans le Sidh devint très différent. Leur musique plaisait toujours autant, et l'enthousiasme des spectateurs restait similaire à ce qu'il avait toujours été. Cependant, une gêne s'installa. Certains passaient sans s'arrêter, l'air inquiet. On les abordait moins, et on n'osait plus discuter avec eux. Les portes de certaines cités qui ne s'étaient jamais ouvertes devant eux leurs devinrent accessibles, car personne n'osait contredire la volonté des éminences. Partout où ils allaient, le doute s'insinuait dans l'esprit des locaux : n'étaient-ils ici que pour jouer, comme ils l'avaient toujours fait ? Leur apparente oisiveté n'était-elle que feinte ? Étaient-ils ici pour éliminer une cible gênante ? Sauf en cas d'affaire largement ébruitée, il était impossible de le deviner. Après tout, il restait très rare à cette époque qu'un faë mette en danger les autres par son comportement, ce qui était la condition sine qua non à ce que les éminences grises puissent vouloir sa mort. Il arrivait souvent que les membres du groupe eux-mêmes ne surent pas avant très longtemps la raison de leur présence quelque part. Le lorialet était le seul à entrer en contact courant avec leurs employeurs. Winruna agissait comme il avait toujours agi : sur un coup de tête, il planifiait un départ, et n'expliquait presque jamais ses raisons. Ainsi, l'oisiveté de la majorité des feux follets n'était pas feinte, parfois jusqu'à la veille d'un assassinat.

Winruna et les autres finirent par se lasser du Sidh et de ses habitants. L'envie de voyager en se faufilant parmi les humains leur était revenue, renouvelée, fraîche comme au départ d'Irlande en pirogue, des millénaires auparavant. Le lent rythme de vie des faës rendait les obligations des feux follets espacées. Rarement urgentes. Un retour dans le Sidh était possible à tout moment, sans que cela ne contrarie vraiment leurs envies d'exotisme. Les voyageurs humains venus de l'est rapportaient d'intéressants récits. Notamment, d'étonnantes civilisations semblaient être en train de se développer dans l'espace méditerranéen. On parlait de cités. De commerce. D'art. De connaissances nouvelles. Autant de choses qui ne pouvaient que mettre l'eau à la bouche de Winruna, dont la passion était de nouveau attisée. Ils traversèrent les paysages connus de France, et passèrent une fois de plus les Alpes. Là, ils décidèrent de prendre un itinéraire différent du premier. Ils traversèrent l'Europe de l'est avant de prendre le chemin du sud. Ils arrivèrent à Athènes, où ce qu'ils virent les incita à faire leur première véritable escale.

Dès leur arrivée, ils furent accueilli par un drôle de bonhomme au regard vif et malin. Étrangement, l'inconnu marchait pieds nus, et semblait ne pas s'en formaliser. Intrigué par leur apparence, il les questionna sur leurs origines. Les feux follets, toujours très sociaux et avides de nouvelles rencontres, se laissèrent prendre au jeu, malgré leur maîtrise du grec antique encore balbutiante. Quelques minutes plus tard, il n'était plus question de faire connaissance. L'homme les questionnait sur des sujets délicats, et Winruna trouvait cela passionnant. Il leur offrait une vue imprenable sur les rouages de l'esprit humain. Sur ses angoisses, ses limites, et ses points forts. Répondre sans mentir à chaque interrogation soulevée pouvait être un exercice difficile, lorsqu'on était un faë vieux de plusieurs millénaires, incapable de jamais se mettre vraiment dans la tête d'une créature mortelle et éphémère. Cela ne faisait qu'ajouter du piment à la discussion, qui se prolongea chez l'étrange personnage, autrement nommé Socrate.

Athènes était peuplée d'un grand nombre de personnalités amusantes, mais là n'est pas ce qui marqua le plus le lunatique. Ils avaient eu la chance inouïe d'arriver durant l'âge d'or d'un art dont Winruna ne pouvait que devenir friand : la Tragédie grecque. Le lorialet voulut s'y essayer, suivi par Genmo et Monomen dans son initiative. Choriste, il chanta et dansa au gré du texte des acteurs. C'est sans surprise qu'il impressionna ses instructeurs et devint rapidement l'un des meilleurs. Il chantait et dansait depuis sa naissance, laquelle remontait à bien plus longtemps encore que celle des ancêtres de leurs ancêtres. Il voulut aussi tenter la scène. Enfin, lorsqu'il n'en eut plus assez de son rôle d’interprète, il se mit à composer. Mareti l'aidait en écrivant les scenarii et les répliques. Genmo et Monomen, quant à eux, n'étaient jamais à court d'idées, ni de moyens comiques pour les transmettre : durant les séances de création, ils partaient souvent dans des sketchs d'improvisation hilarants, qui rendirent inoubliables de nombreuses soirées.

Indifférents aux guerres qui eurent lieu en cette période, ils ne quittèrent Athènes qu'au moment de l'exécution de Socrate, jugé coupable d'introduire des divinités nouvelles, et de renier celles de l'Etat. Une fois de plus leur jeunesse (trop) durable commençait à effrayer et à porter malchance à leurs connaissances. Bientôt, le problème risquait de les frapper de façon plus directe : c'était là le signe qu'il leur fallait reprendre la route.

Après un "bref" passage (de quelques décennies) dans le sud de l'Italie, les feux follets abandonnèrent leur projet initial de rejoindre Rome dès lors qu'ils entendirent parler de l'influence grandissante d'un jeune roi de Macédoine au caractère paradoxal. Genmo et Monomen continuèrent par le nord pour rejoindre leur destination initiale. Les deux autres allèrent à l'est. Avant même d'avoir rencontré le personnage, il intriguait fortement Winruna. Le voir en chair et en os ne fit que confirmer ce qu'il pensait déjà : il fallait qu'il fasse la connaissance de ce phénomène. Il fit en sorte d'infiltrer ses rangs comme stratège, suivit son avancée avec grand intérêt, et s'amusa à percer les secrets du jeune homme, dont la sexualité  limitée était la source d'un certain nombre de rumeurs.

A la mort d'Alexandre le Grand, Winruna et Mareti voyagèrent jusqu'en Italie. Ils rejoignirent leurs amis délaissés à Rome, où ils restèrent un long moment, malgré quelques voyages occasionnels, dont certains mus par une curiosité malsaine au moment de l'éruption du Vésuve qui détruisit Pompéi, ou encore à Jérusalem lors du procès d'un autre curieux personnage, qui se trouvait être à l'origine d'un phénomène religieux tout à fait fascinant. Ils assistèrent à plusieurs règnes intéressants : notamment celui de Caligula, et celui de Néron. Enfin, Winruna reçut un signal des éminences grises. Il leur fallait rentrer en Irlande : du travail les y attendaient.

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213 après JC


Quelques fois il est bon de cesser de courir,
Lier des connaissances, et puis s'en contenter,
Se boucher les oreilles, et ne plus découvrir,
Puis partir à nouveau, une fois reposé.


Une fois revenu au Sidh, Winruna quitta les feux follets quelques brèves heures. Il revint accompagné d'un duo de gobelins : Balko et Sagrara. Un frère et une sœur, tous les deux taillés comme des rocs - pour des gobelins. Au premier abord grâcieux comme des portes de prison, ils étaient en réalité assez faciles à dérider, et assez peu goblinesques. Durant l'absence de Winruna, les éminences avaient repéré ces deux faës qui avaient fui leur cité durant la guerre civile, préférant largement vivre au jour le jour que d'avoir à mettre à profit leurs capacités guerrières pour tuer leurs propres amis. Ils s'étaient ouverts aux autres cultures, et faisaient preuve d'une certaine curiosité. Les feux follets avaient gagné deux maîtres d'armes, à qui il allait cependant falloir apprendre à manier des instruments qui servaient à autre chose qu'à ouvrir le crâne des gens. C'était un échange sain car les feux follets, malgré leurs prouesses, étaient loin d'être des combattants expérimentés. Excité comme une puce, Winruna se prit au jeu : Comme à son habitude, le groupe passait beaucoup de soirées à la lueur d'un feu. Certains jouaient tandis que d'autres dansaient. Ils échangeaient leurs places à tour de rôle, comme si ils avaient été en train de s'adonner à une étrange activité de chaises musicales. Avec l'arrivée récente des deux gobelins, les chorégraphies habituelles avaient été remplacées par des entraînements plus musclés, mais qui n'étaient pas moins drôles, surtout lorsque Mareti et Genmo combattaient. L'un comme l'autre se plaisaient à commettre des erreurs volontaires, ou à grossir celles qui ne l'étaient pas, pour provoquer les éclats de rire des autres.

Mais ils n'étaient pas revenus ici que pour accueillir de nouveaux membres dans leur troupe. Ils se mirent en route pour rejoindre la cour des fées, où régnaient déjà Titania et Obéron, malgré l'époque reculée. Les portes s'ouvrirent devant eux avec une facilité déconcertante, ce qui était devenu habituel depuis leur "promotion". Ils furent accueillis par des regards inquiets, ce qui là encore était attendu. Ce qui l'était moins fut la  réaction des souverains fées à leur arrivée : on leur fit l'honneur de leur fournir des appartements, et ils furent invités à venir manger avec la cour, au côté des souverains. Titania n'avait mis que peu de temps à comprendre l'intérêt qu'elle avait à agir de la sorte : les feux follets étaient de bons musiciens. Ils étaient sous les ordres directs des éminences grises. Ils étaient admirés et craints. Connaître de tels individus... Et si possible, les avoir à sa botte, ne ferait que la rendre plus admirée et crainte elle aussi. Cette proposition arrangeait le lunatique, lequel n'avait pas fait venir les feux follets ici sans raison : ils avaient une mission, qui consistait d'abord à trouver qui, parmi les proches de Titania et d'Obéron, avait volontairement vendu les siens. L'un des membres de la cour s'adonnait à un trafic dangereux : la vente illégale de doses de sang faë à certains vampires d'Europe du Nord, qui payaient cher pour avoir accès à cette drogue dont ils ne comprenaient ni l'origine ni la composition. Le sang leur était vendu comme le produit d'un quelconque mystérieux rituel wiccan. Cela dit, ce n'était qu'une question de temps avant que ces outres ne se posent plus de questions, et risquent de frôler le mystère du Sidh de trop près.

Winruna et Titania n'eurent pas à se forcer pour avoir des conversations charmantes. Ils s'entendaient naturellement bien. Ils restaient sur un fil froid de conversation, où les sous-entendus florissaient et servaient à nourrir leurs plaisanteries communes. Ainsi, lorsque Titania lui proposa un accord, Winruna décida d'accepter. Titania "offrit" à Winruna la meilleure musicienne de son orchestre. Une jeune fée aux multiples talents, nommée Neama, qui serait un véritable atout pour les feux follets. Elle était très enthousiaste à l'idée de rejoindre la troupe, et se mêla aux autres sans aucune difficulté.

Quelques semaines plus tard, le trafiquant était mort "mystérieusement". Les feux follets, quant à eux, avaient gagné un nouveau statut : celui de garde rapprochée pour le couple royal. Ils jouaient de la musique pendant les dîners et les réceptions. Ils suivaient Titania partout où elle avait besoin de faire bonne impression, ou d'être protégée d'éventuels faës mal intentionnés. Souvent, Winruna tenait compagnie à la Dame, lorsqu'elle exprimait son désir d'être distraite ou occupée. Ses contacts avec Obéron étaient beaucoup plus restreints. Il lui semblait avoir compris n'être pas très apprécié par le souverain, pour une raison qui lui était sans aucun doute personnelle. Si les éminences les appelaient, évidemment, les feux follets répondaient à l'appel prioritairement, ce qui arriva à quelques rares reprises, qui agacèrent la reine sans qu'elle ne puisse s'en plaindre. Les faës commençaient (enfin) à quitter le berceau du Sidh et à visiter le reste du monde, si bien que parfois, ils pouvaient être amenés à partir longtemps, lorsque l'un de ces voyageurs outrepassait ses droits. Ils furent amenés à visiter la Scandinavie à plusieurs reprises. La région devenait intéressante : ils y passèrent parfois plusieurs années même après que leurs obligations aient été accomplies.

Pendant quelques siècles, Winruna s'amusa de cette situation. Cela dit, Titania avait tenté de domestiquer le chaos... C'était chose impossible, et ce qui devait arriver arriva. Les feux follets se lassèrent. Un beau jour, sans prévenir, ils étaient partis, sans l'intention de jamais revenir, ni de reprendre ce rôle qu'ils s'étaient amusés à jouer, mais qu'ils ne vivaient pas réellement. Ils prirent Neama avec eux. Elle était après tout devenue un réel membre de la troupe. A ce que l'on dit, Titania prit très mal cet affront, mais Winruna ne l'a pas revue depuis pour le constater de lui-même. Leur prochaine destination n'était pas encore fixée, mais une chose était certaine : ils retournaient sur la terre des hommes. Récemment, les humains étaient devenus plus intéressants qu'ils ne l'avaient jamais été.

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955 après JC


Un glas sonne à chaque pas, que personne n'entend,
La distance se creuse, et la cloche se fend,
L'insouciance s'efface alors que se répand,
La mort et la douleur, jetés à tous les vents.


Les moyens de transport devenaient plus  nombreux, et plus sûrs. On entendait parler de contrées exotiques que Winruna, malgré son grand âge, n'avait jamais visité. Sa curiosité était piquée à vif. Il n'était pas concevable qu'il attende plus longtemps pour visiter le reste du Monde qui lui échappait encore, d'autant que les faës étaient maintenant partout. Le "travail" pouvait les amener aux quatre coins du globe. Les faës dissidents se pensaient souvent en sécurité, séparés du Sidh par des centaines et des milliers de kilomètres. C'était là une bien naïve idée.

Ils achetèrent chevaux et carriole, et revêtirent l'une de leurs attitudes les plus courantes : Observatrice, faussement passive, et apprenante. Attirés par les conflits au sud de l'Europe, ils esquivèrent les champs de bataille et rejoignirent le nord de l'Afrique, où ils firent connaissance avec les sarrasins. Winruna se gorgea des nouvelles formes d'art qui avaient pris corps en son absence. Ils voyagèrent de villes en ville pour répandre la musique, et s'amusaient des coups d’œil effarés que pouvaient leur lancer les rares faës que, parfois, ils pouvaient rencontrer en chemin. Ils descendirent plus au sud, dans les terres arides. Ici, les hommes semblaient carbonisés par le soleil. Winruna n'avait jamais vu autant de personnes à la peau sombre réunies au même endroit. Dépaysé, il gardait le sourire aux lèvres presque en permanence. Son cœur éclatait au son des tambours et des danses tribales, qui le rendaient presque hystérique. La violence des rythmes africains lui donna envie d'action. Dès lors qu'il entendit parler des Croisades, il voulut visiter Jérusalem. Les faës remontèrent dans le nord du continent, et assistèrent en simple spectateurs aux frasques de Saladin et de Richard Cœur de Lion. C'est durant l'occupation d'Acre qu'il croisèrent un faë en grande difficulté. Il s'agissait d'un autre lorialet, que Winruna fut surpris de voir si loin du Sidh : de tous les faës, les lunatiques, naturellement fragiles et amputés d'une quelconque illusion, étaient ceux qui rechignaient encore le plus à quitter leurs terres natales. La jeune femme, cachée sous d'épaisses loques, tenait un paquet contre son corps. Un groupe de trois soldats l'encerclait. Elle avait vraisemblablement volé quelque chose à quelqu'un. Les feux follets vinrent à sa rescousse (ce qui, avec l'aide de Balko et Sagrara, n'était pas franchement difficile).

Ils découvrirent qu'elle s'appelait Andele, et venait elle aussi de la tribu d'Ida. Elle était bien trop jeune pour que Winruna la connaisse. Elle voyageait à la recherche de son frère qui, à l'instar de Winruna, et sans doute inspiré par sa légende, avait fui ses responsabilités et était parti seul à la découverte du monde. Sans nouvelles depuis trop longtemps, elle s'inquiétait pour sa survie. Le faë avait vraisemblablement vendu sa sëbaka à un commerçant contre quelques pièces pour boire et dormir. Andele avait constaté avec horreur la présence de l'objet sur un étal, en journée. Elle l'avait pris sans réfléchir, ne supportant pas l'idée de le perdre aux mains des humains. C'était ainsi qu'elle s'était retrouvée dans cette délicate situation. Winruna lui proposa de rejoindre la troupe. Il était possible que, durant l'un de leurs voyages, ils en apprennent plus sur le jeune homme disparu.

Les guerres se tarissaient enfin. Il était temps de partir. Leur destination n'était autre que le grand orient, dont ils étaient impatients de faire enfin connaissance. Ils traversèrent l'Europe de l'Est, où ils firent quelques intéressantes escales. Puis ils arrivèrent en Chine sous la Dynastie Yuan, où ils restèrent un long moment. L'Asie était une nouveauté sans précédent. Elle ne ressemblait à rien de ce que les feux follets avaient jamais croisé. Les étoffes, et les instruments... les rythmes et les assemblages de notes étaient autant d'innovations qui rendirent Winruna "brièvement" amoureux de cette partie du monde. Il firent d'intéressantes rencontres, telle que celle de Marco Polo. Vers la fin de la dynastie Ming, aux alentours de 1500, ils prirent enfin la mer et atteignirent les côtes japonaises, à une époque où le commerce entre l'île et les autres nations s'étendait rapidement. Effrayé par l'éventualité d'une conquête étrangère, le gouvernement mit fin à cette ouverture de manière fort inattendue. Les temps devinrent difficiles, pour des étrangers tels que les feux follets. Il en fallait nettement plus pour déranger le groupe, habitué à ce genre de tracas.

C'est au cours du XVème siècles que Winruna fit la connaissance d'une humaine qui la fascina tout particulièrement : Izumo no Okuni, fondatrice d'un art qui évoluerait beaucoup ensuite : le Kabuki. A Kyoto, elle donnait des spectacles de danse parfois très osés. Diverti, le lunatique voulut mieux la connaître. C'est ainsi qu'ils nouèrent une brève amitié. Si Winruna aurait voulu rester plus longtemps pour vivre l'évolution de cet art naissant, il n'en eut pas l'occasion. Il le sut via une vision avant même de recevoir le signal des éminences. Le devoir appelait les feux follets en Europe. L'un des membres de la cour de Titania semblait être devenu trop bavard, et la reine ainsi que son époux venaient de faire une apparition non souhaitable au sein de la littérature humaine.

Il apprirent que le Sidh semblait s'essouffler. Dans le même temps, ils avaient remarqué que certaines actions magiques habituellement réalisées sans y penser les fatiguaient légèrement, et avaient tendance à leur ouvrir l'appêtit. Comme les hommes domestiquaient peu à peu la nature, les faës payaient un prix malencontreux. Rien de grave, pour l'instant, mais dans le principe, cela restait fâcheux. De retour sur le continent, ils entendirent parler de l'Italie, qui semblait avoir fortement influencé le reste de l'Europe du Nord en leur absence. Ils voulurent s'y rendre dans un premier temps. C'est lorsqu'ils atteignirent Verone que les choses prirent un tournant aussi inattendu que fâcheux.

Les faës s'effondrèrent sous l'effet d'un choc interne brutal. Leurs pouvoirs venaient d'imploser. Leurs forces, de les quitter si brutalement qu'ils en avaient eu le souffle coupé. Sous le choc, ils se redressèrent difficilement. La voix de Sagrara hurlait quelque chose. Balko ne se relevait pas. Il était mort sur le coup, vidé de toute sa force vitale. Winruna avait perdu son habituel sang-froid. Il s'était tourné vers le nord-ouest, et regardait l'horizon, les traits hantés par le souvenir, l'incrédulité, le déni. Il avait déjà vécu cette sensation bien longtemps auparavant, mais l'avait presque oubliée. Il en était intimement persuadé: la prophétie s'était enfin réalisée. Il le formula dans un murmure plaintif : Kaat était tombée. Malheureusement, elle n'avait pas chuté seule. D'une façon ou d'une autre, le Sidh avait disparu tout entier, ne leur laissant qu'un soupçon d'énergie résiduelle pour survivre.

Ils durent s'arrêter un moment dans le nord de l'Italie pour regagner leurs forces. Épuisés, ils furent obligés de manger trois fois plus qu'en temps normal pour recouvrir l'énergie nécessaire à leur voyage. Winruna avait l'impression d'être devenu aveugle. Les prophéties lui venaient difficilement. Elles étaient incomplètes, et parfois incompréhensibles. Paradoxalement, des voix criaient dans sa tête à longueur de journée dès qu'il tentait de jouer de la musique. Il lui semblait pouvoir entendre les faës restés dans le Sidh agoniser. Le temps passait. Les voix devenaient de plus en plus fortes et présentes. Elles le rendaient fou. Il hurlait à son tour sans pouvoir s'arrêter, incapable de stopper le flot d'informations. Mareti et Genmo restaient à son chevet, inquiets, impuissants. La puissance et l'expérience de Winruna lui permirent de s'en sortir en quelques jours seulement. Andele n'eut pas cette chance. Elle s'égosilla pendant des semaines s'en s'arrêter, et on dut la retenir de s'auto-mutiler. Lorsqu'elle cessa enfin, son regard était vide, et elle ne bougeait plus. Son corps était en vie mais son esprit absent. Les feux follets n'abandonnaient pas les leurs, si bien qu'elle resta sous la protection de la troupe, qui ne perdait pas espoir. Un jour, peut-être, Andele se réveillerait.

Ils n'avaient pas oublié leurs objectifs : Puck devait mourir, et Winruna savait où il était. Le faë semblait s'être étonnamment bien remis. Si ses visions n'avaient pas retrouvé leur justesse passée, alors il n'en donnait pas l'impression. Ils arrivèrent en Angleterre à une époque troublée. Puck, comme tous les autres faës, avait été salement touché par la disparition des arches. Les feux follets profitèrent de cette faiblesse pour éliminer le faë à un moment où ses pouvoirs ne lui étaient pas encore tous revenus. A l'auberge, ils prirent place autour de la table à laquelle ils mangeait seul. Il ne fallut que quelques secondes et quelques œillades malicieuses pour que Puck comprenne la situation. Il se leva pour fuir, mais l'imposante Sagrara bloquait l'entrée. Il tenta la porte arrière, où Mareti (qui pour une fois n'était pas cachée dans le chapeau de Winruna) l'attendait de pied ferme. Elle prit forme humaine devant lui et dans une galipette gracieuse, profita de l'effet de surprise pour déchirer sa gorge avec la lame d'un poignard. Cette technique était devenue sa spécialité : elle avait mis des années à la mettre au point, et à déterminer l'endroit idéal où poser son arme pour être capable de la prendre en main aussitôt son illusion formée.

Les feux follets s'évanouirent dans la nature. Leur contrat était rempli. Il était temps de faire face à un problème de taille : qu'allaient-il faire, maintenant que le Sidh leur était devenu inaccessible ? Quelles conséquences pouvait-on attendre de cette catastrophe ? Et combien de temps les faës pourraient-ils survivre dans ces conditions, lorsque l'énergie résiduelle qui les maintenait en vie n'avait aucune garantie de rester ?
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1656 après JC


Les regrets inutiles, et la fatalité,
L'espoir qui se défait, mais toujours pas d'idées,
Rien ne sert maintenant de se boucher les yeux,
Pardon ma dignité, nous avons besoin d'eux.


Suite à cet épisode tragique, les feux follets n'avaient pas perdu leur passion ni leur soif de découverte, mais on pouvait dire malgré tout qu'ils avaient un peu déchanté. Le problème du Sidh devenu inaccessible était devenu une priorité. Leur travail de régulation aussi. Les faës vivaient dorénavant parmi les hommes et n'avaient plus d'autre choix que de se cacher parmi eux. Cela forçait à la prudence, et pourtant le nombre d'imprudences augmentait régulièrement. Les premiers temps, les feux follets furent pris dans un feu de poursuites effrénées. Il fallut plusieurs décennies avant qu'ils ne puissent se permettre de reprendre leurs vieilles habitudes de voyage chaotique.

Puis le choc des premiers temps passèrent, et malgré ses nouvelles préoccupations, Winruna retrouva sa soif de découverte, ainsi que cette fascination qu'exerçait encore maintenant sur lui l'espèce humaine. Il décida qu'il voulait voir le nouveau monde. Les feux follets s'embarquèrent sur un bateau en direction de l'Amérique. La traversée fut longue et mouvementée, chargée de jeux et de chansons aux accents agréables, qui éveillèrent la curiosité du lunatique. Il monta sur le pont à de nombreuses reprises pour reprendre à tue tête les chants des marins, danser des pas comiques, et les déconcentrer (un peu) de leur tâches ingrates. D'abord surpris, les corsaires s'adaptèrent à la présence de l'étrange passager. Winruna échangea avec l'équipage comme avec le reste des voyageurs. Ils parlèrent du nouveau monde, et de la menace que représentait la piraterie, actuellement florissante dans les Caraïbes. Quelques semaines plus tard, les feux follets prenaient la direction de Nassau. Il s'y installèrent et débutèrent une carrière d'un type nouveau. A cette occasion, ils eurent la surprise de rencontrer un lutin (surnommé Boka) au sein d'un équipage. Sur sa proposition, Winruna et Genmo décidèrent de le suivre à l'aventure. Quelques années plus tard, ils avaient monté leur propre équipage, mêlé d'hommes et de femmes, d'humains et de faës. Ils laissaient les tâches "de fer" à ceux qui étaient capables de accomplir. Ils traversaient les mers sans presque jamais cesser de chanter, sur des compositions originales que Winruna avait inspiré de ce qu'il avait entendu jusque là. En plus, dans cette profession, la nourriture était facile à trouver. A cette occasion, Winruna récolta un nouveau surnom, donné par l'équipage sans qu'il le décide vraiment : Le loup blanc. Sa participation aux événements de l'époque fut ironiquement assez restreinte, si bien qu'il ne fut pas aussi "connu" que son nom de pirate pouvait le laisser penser. Ils furent obligés de fuir quelques années plus tard malheureusement, tandis que les choses commençaient à chauffer pour les pirates. Les feux follets firent donc l'une des choses qu'ils savaient mieux le faire : ils s'éclipsèrent sans prévenir.

Après quelques années passées à redevenir anonymes (tout en travaillant pour les éminences grises à l'occasion, évidemment), les feux follets revinrent sur le continent, et plus particulièrement en France, où l'atmosphère était explosive. C'était la Révolution. Et la Révolution, c'était bien. C'était chantant. C'était sanglant. Il était assez amusant de voir les hommes se monter les uns contre les autres, et couper la tête de leurs dirigeants dans un accès de barbarie saisissant. Les feux follets tinrent un rôle actif au sein des sans-culottes (D'ailleurs, Louis XVI n'avait pas si bon goût que ça). A la chute de Robespierre, les événements se calmèrent. De nouveau, Winruna et les autres s'envolèrent ailleurs.

Vint le temps de la révolution industrielle, qui avait commencé depuis quelques temps déjà en Angleterre. A Oxford, le lorialet rencontra dans un parc et un peu par hasard un certain Lewis Carrol, avec lequel il échangea quelques mots sur le pouce. Winruna, pour une fois, ne s'émerveilla pas de ce qu'il voyait. Certes, les humains étaient ingénieux... Certes, ils prouvaient une fois supplémentaire leurs surprenantes capacités, qui les rendaient imprévisibles à souhait. Cela dit, ce qui se passait actuellement risquait d'avoir un impact extrêmement négatif sur les populations faës. Les paysages se transformaient. La nature disparaissait, remplacée par des montagnes de fer et d'acier. Ce qu'il restait du Sidh s'affaiblissait de jour en jour. Cela, ils pouvaient le sentir : leurs pouvoirs continuaient progressivement de diminuer. Des faës mouraient couramment. Et un jour, Genmo s'effondra sans prévenir. On le coucha à l'hôtel, et on le veilla sans répit. Winruna restait à son chevet, oubliant parfois de manger. Il était rare pour le lunatique de sembler à ce point perturbé, mais Genmo était devenu une partie de lui, comme Mareti. Il étaient le trio de départ. Ceux par quoi tout avait commencé. Malheureusement, le lutin ne tint pas le choc. Il rendit son dernier souffle une nuit de pleine lune, où Winruna était particulièrement à fleur de peau. Ce fut peut-être la seule fois où les larmes du lorialet coulèrent. Dans les bras de Mareti, Winruna sanglota, jusqu'au matin, chantant des notes entre ses sanglots coupés. Même dans un instant pareil, il continuait de composer. Le chant funèbre deviendrait le Requiem de Genmo, créé en souvenir de leur éternelle amitié. Dès ce jour, Winruna se promit de prendre soin de la lignée du lutin (car il n'avait pas été aussi sage que certains autres feux follets durant sa longue existence, et avait quelques descendants).

L'explosion des technologies eut au moins un impact positif (outre l'apparition de nouveaux instruments). Voyager était devenu ridiculement facile. Dès le début du XIXème siècle, Winruna et les autres visitèrent la France... Et notamment le front nord est, où les champs de bataille fleurissaient. Le lorialet se fit engager comme aide-soignant durant les quatre ans que durèrent les affrontements. Les contenus des tranchées, une fois de plus, fournissaient d'excellentes sources de nourriture. Bien se nourrir était devenu extrêmement important.

Après avoir profité de l'euphorie générale suite à la fin de la guerre, ils retournèrent en Amérique, laquelle vivait une période nettement moins heureuse : c'était l'époque de la Prohibition. Comme les feux follets avaient toujours aimé aller à contrecourant, ils plongèrent avec joie dans les trafics d'alcool illégaux, au sein desquels ils débusquèrent d'ailleurs un faë qu'on leur avait demandé d'occire.

Vint la montée des cultes de la personnalité, qui leur rappela (avec un amusement teinté d'amertume) la rébellion gobeline datant de l'âge du fer. Ils gagnèrent l'Europe au début de la guerre. Winruna ne put s'empêcher d'entrer au service de l'armée allemande, qui enrôlait à tour de bras. Pour cette raison, il parvint à obtenir le grade de lieutenant, et fut envoyé dans le camp de concentration d'Auschwitz, où il avait dès lors une certaine marge de manœuvre. Encore une fois, son initiative n'était pas gratuite. On ne chassait plus l'humain aussi facilement qu'à une époque.

Il disparut à la fin de la guerre. Afin d'éviter d'être jugé pour crime contre l'humanité, il partit très, très loin. On tenta de le retrouver, bien sûr, mais ce ne fut jamais possible : sa fausse identité ne menait à rien. On cherchait un homme qui prenait de l'âge, tandis qu'il n'avait toujours aucune ride. Les feux follets allèrent d'eux-même constater les dégâts à Hiroshima et Nagasaki, résultat de l'invention de la bombe atomique. Rien de très bon pour les faës, qui continuaient de souffrir de la destruction du paysage. Les éminences grises n'avaient toujours pas trouvé de solution pour ré-ouvrir les arches qui menaient au Sidh perdu. A ce rythme, ils couraient à la catastrophe.

Ils s'installèrent ensuite en Russie, juste avant la mort de Staline. Ils assistèrent de ce côté de la barrière au début de la guerre froide, mais ne restèrent que peu de temps en place. Dès cette époque, ils commencèrent à voyager sur des périodes de temps plus courtes. L'aviation avait changé leur mode de vie comme il avait changé celui des hommes. Ils mélangèrent toutes les cultures possibles et imaginables : Asie et Afrique, Europe et Océanie, Amérique et Pôle nord. Ces derniers siècles n'avaient pas été consacrés pleinement à la musique, et ça allait changer. La révélation des outres aux normes ne leur fit ni chaud ni froid, ou presque. Peut-être les fit-elle réfléchir à leur propre situation. Ils mouraient à petit feu, et n'avaient toujours pas trouvé le moyen de sauver leur peuple de la disparition. Dès 2040, ils montèrent de façon officielle (comprenons avec plusieurs disques à la clé)un groupe de folk irlandais qui mêlaient aux sons traditionnels des inspirations du monde entier, et de diverses époques. Le groupe fut ironiquement nommé Will-O'the Wisp, et devint très connu en l'espace de quelques brèves années. Officiellement, Winruna ne jouait pas dedans : il en était le compositeur. Cela dit il était capable de remplacer n'importe lequel des feux follets sur scène, et comme à l'époque des soirées autour du feu, cela devint un de leurs principaux jeux : changer de place sans cesse, au milieu d'un morceau. Surnommé Grasshopper faute à son dynamisme perpétuel, et sautillant, et aussi un peu faute à son look de dandy rétro digne d'un Jiminy Cricket, il accepta ce nom de scène avec amusement.

Enfin, les faës passèrent à l'action. La décision de révéler leur existence au Monde fut prononcée. Le Conseil, créé, auquel Winruna fut naturellement convié à participer (au grand déplaisir de Titania, qui lui en voulait toujours autant). Dès lors, les feux follets n'eurent plus besoin de cacher au monde leur nature féérique, et ils ne le firent pas : ils étaient appréciés d'un large public norme et outre. Leur popularité était susceptible de gagner les humains à leur cause. Winruna faisait partie de ceux qui ne pouvaient révéler sa véritable nature, mais ça ne l'inquiétait pas outre mesure : maintenir des secrets n'avait jamais été un souci pour lui. Il esquivait les questions avec brio, et laissait planer le mystère autour de sa personne.


Quelques détails à savoir sur votre arrivée à la Nouvelle Orléans ? Vous y êtes natif ?  Récemment, les feux follets, restés depuis quelques années en Australie, sont venus à la Nouvelle-Orléans, où ils semblent vouloir s'installer pour une durée indéterminée. Leur objectif ? Quel pourrait-il donc être... Peut-être Winruna est-il simplement curieux de voir comment ce nouveau berceau faë va évoluer dans les prochaines années. Peut-être souhaite t-il simplement imposer sa présence pour agacer Titania (avec qui il garde une relation ambigue, car on ne peut pas vraiment dire non plus qu'ils se détestent, ni qu'ils s'adorent). Peut-être les feux follets ont-ils en réalité quelque chose à faire ici, au nom des éminences grises... Un meurtre ? Une mission de surveillance ? On ne le saura que plus tard, lorsque quelque chose finira pas se passer... ou par ne pas se passer.


- Bas les Masques -


Derrière l'écran, vous êtes :... en train de décéder à force d'écrire. Euh. Asch Very Happy
Vous serez souvent là avec nous ? LOL
Comment avez-vous connu Voodoo Child ? Partenariat avec AF il y a 8000 ans environ.
Avez-vous déjà un double/multi compte ? Ailin Dyce, Blake Davis, Esteban Luz-Descalzo
Avez-vous des suggestions, des questions, des compliments ou des tomates à nous jeter à la figure ? Nop XD

Vous attestez avoir lu le règlement, et vous engagez à l'appliquer à-la-lettre ? (La main sur le coeur et dites « je le jure » u.u !) : Je le jure encore o/
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MessageSujet: Re: Winruna   Mar 29 Avr - 11:17

Re !

Alors tout est en règle, je te valide et te laisse ouvrir tous les topics habituels. Tu connais la musique maintenant ! :)
Bravo pour la fiche !
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MessageSujet: Re: Winruna   Mar 29 Avr - 12:47

Merci Very Happy j'ai pris cher mais je suis content !

J'abandonne provisoirement les alexandrins mais j'y reviendrai bien assez tôt. Hin.
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