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 Débarquement

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MessageSujet: Débarquement   Jeu 10 Oct - 22:09

La saison avait été bonne : les congélateurs du thonier débordaient, aucun blessé n'avait été à déplorer (hormis les inévitables entorses qui se produisaient quand on glissait sur un pont luisant d'écailles de poissons, et quelques coupures sans gravité), les rixes avaient toujours été calmées avant de dégénérer, et la paye serait particulièrement élevée, le prix du thon étant au beau fixe depuis que l'espèce se raréfiait. L'ambiance pendant le déchargement de la cargaison était euphorique : encore quelques heures de travail, et les marins seraient en congés, sur la terre ferme, pour la durée de leur choix. Après quatre mois en mer, c'était une récompense bienvenue.

Benjamin partageait l'enthousiasme de ses camarades. Même si son totem avait été ravi de vivre et de travailler dans son élément pendant si longtemps, et sans se cacher, sa partie humaine avait envie de faire de nouvelles rencontres. De plus, l'horizon océanique avait certes le pouvoir de le remplir de bonheur, mais il fallait bien admettre qu'il s'avérait souvent répétitif ; la perspective de découvrir une ville inconnue le faisait frémir d'impatience.

Le déchargement de la cargaison de thons congelés pris moins longtemps que prévu, mais la journée était tout de même bien avancée quand le capitaine donna congé à ses matelots. Ben fut parmi les premiers à mettre pied à terre et il s'attarda au pied de la passerelle, tanguant un peu sur la terre ferme après son long séjour en mer. En le doublant, les autres marins lui tapaient sur l'épaule et lui souhaitaient bonne chance pour la suite : à partir de ce point, chacun prendrait un chemin différent, quitte à se retrouver plus tard, sur ce bateau ou un autre, pour une autre campagne. Il y avait fort à parier que Ben en reverrait un certain nombre : il s'était construit une légende au cours de ces derniers mois, et beaucoup le considéraient comme un porte-bonheur et auraient sans doute envie de reprendre la mer à ses côtés. Travailler avec une baleine avait ses avantages : il sentait les tempêtes avant les instruments de mesure, repérait rapidement les bancs de thons et était capable de repêcher les matelots tombés à l'eau. Si personne n'était mort au cours de cette campagne de pêche, c'était grâce à lui. Le capitaine et tout l'équipage avaient très vite compris l'atout qu'un tel métamorphe représentait pour le navire.

Quelques marins proposèrent au jeune homme de passer la soirée avec eux pour fêter, dans l'alcool, la fin de la campagne. Ben préféra décliner l'invitation. C'était une chose de passer quatre mois coincé sur un bateau avec un métamorphe capable de vous sauver la vie. C'en était une autre de se bourrer la gueule avec lui dans un tripot mal famé : l'alcool aidant, le vernis de civilisation ne tiendrait pas longtemps, le racisme éventuel se dévoilerait rapidement et les poings seraient prompts à se dresser. Le métamorphe n'avait pas envie de ternir l'image qu'il avait de ceux qu'il considérait presque comme sa famille.
Le capitaine fut le dernier à quitter le navire. Il s'avança vers le jeune homme et lui assena un bourrade.
- Mon garçon, je ne dis pas ça souvent, mais je suis heureux de t'avoir eu à bord. J'avais entendu le capitaine Merthow parler de toi, dans un bar de Paulsboro, et je me demandais si t'étais pas devenu un petit branleur arrogant, du fait de ton... don. J'ai failli te refuser l'accès à bord, il y a quatre mois. J'aurais fait une belle connerie, tiens ! T'es un bon gars. Quand tu auras envie de repartir, je serais heureux si tu décidais de le faire avec moi.
Benjamin lui lança un regard stupéfait. Le capitaine n'avait jamais parlé autant, et surtout pas pour débiter des compliments.
- Merci, capitaine. Je ne sais pas combien de temps je resterai ici, mais j'ai été ravi de travailler pour vous.
- Pas de lèche, gamin. Tu sais où me joindre.
Après une nouvelle tape sur l'épaule, le capitaine prit le chemin du bureau du port, où il avait encore quelques formalités administratives à régler. A en juger par ses grommellements, ce n'était pas la partie du job qui l'intéressait le plus.

Ben secoua la tête en souriant, puis balança son paquetage sur son épaule et se mit en route. Il commença à errer sur le quai, emplissant ses poumons de l'odeur écœurante qu'il appréciait tant, mélange de mazout, d'algues en décomposition et de tripes de poissons séchées ; mélange d'éléments artificiels et naturels, mélange de produits humains et animaux. Cette odeur lui correspondait. C'est en partie elle qui lui avait donné envie de devenir ce qu'il était aujourd'hui. La nouvelle avait rendu fous ses parents, qui espéraient un autre avenir pour lui. Mais objectivement, comment un métamorphe aquatique aurait-il pu s'éloigner de la mer ?
Ben haussa les épaules : ses parents avaient fini par comprendre, et puis les autres membres de la fratrie avaient choisi des destins plus conventionnels. Il faudrait qu'il les appelle pour leur signaler qu'il était de retour sur terre pour quelques temps.

En attendant, il avait une ville à explorer. Quittant le port, il se dirigea vers des zones plus "civilisées". Le nez en l'air pour évaluer le paysage urbain qui s'étendait autour de lui, il mit un peu de temps à repérer les regards désapprobateurs et les froncements de nez qui l'accompagnaient. Il finit par comprendre : son t-shirt "blanc" était taché de sang de poisson et son short, en partie déchiré, ne valait guère mieux. Il émit son rire particulier, un son de gorge rentré qui évoquait une avalanche sous-marine. En quatre mois, il avait oublié le goût prononcé des terrestres pour l'hygiène irréprochable.

Ne souhaitant pas imposer davantage sa présence puante au commun des mortels, il se mit en quête d'un hôtel, et dénicha rapidement une pension tenue par une matrone afro-américaine charmante. La femme l'obligea presque à se déshabiller dans le hall, séquestrant ses oripeaux pour les laver et lui prêtant en échange des vêtements appartenant à son fils (t-shirt vert et jean délavé), avant de le pousser dans la première salle de bain venue. Ben se laissa faire, trop amusé par les commentaires mi-horrifiés, mi-maternels de la gérante pour résister.
Il délaissa la baignoire (c'était bien trop frustrant d'être dans un réceptacle si minuscule) et choisit la douche. Il n'aimait pas se laver à l'eau douce, mais en société il n'avait guère le choix. Une fois propre, habillé et inspecté par la gérante de la pension, il ressortit.

Son errance reprit et le soleil se coucha. Il déambulait dans une rue quand, passant devant un bar, il ressentit la présence d'un grand nombre de métamorphes. Intrigué, il poussa la porte et resta un moment immobile, balayant la salle du regard pour sonder la clientèle. Il espérait que l'odorat plus fin que la moyenne des métamorphes ne s'offusquerait pas des derniers effluves de poisson qui s'accrochaient à sa peau.
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MessageSujet: Re: Débarquement   Ven 11 Oct - 23:41

Des discussions par dizaines se croisaient, un joyeux brouhaha résonnait dans ses tympans depuis maintenant une heure, ce qui ne l’empêchait pas de s’endormir à moitié au comptoir, les yeux rivés sur son verre à whisky vide, ou sur une mouche qui venait faire un tour sur le bois vernis du bar. La jeune femme était fascinée par un rien. Elle bailla un bon moment, avant de se concentrer sur les gens autour. Des hommes, des femmes, tous différents, à priori rien ne les reliais tous sans exception, enfin ça, c’était pour les individus incapables de regarder ce qui les entouraient, ils étaient tous du même monde, avaient tous les mêmes problèmes, les mêmes préoccupations, le même don. Et ici, tout le monde était au même niveau, pas de discrimination, on savait à quoi s’attendre. A vrai dire, elle trouvait ça beau, un lieu de rassemblement comme celui-là, ça permettais d’oublier un instant que l’on est « différent ». Elle sourit avant de fermer les yeux quelques secondes.
Une puanteur et une sensation de froid au niveau de son ventre la tire de son demi-sommeil. Une espèce d’ivrogne fin plein venait de lui renverser sa bière dessus. L’enfoiré. Notre amie était trop engourdie pour lui en foutre une de toute façon, elle en avait parfaitement conscience, et puis il se faisait du mal tout seul dans son état. Bichette. S’asseoir au bar était une mauvaise idée, même si on est dans son coin, on finit par se faire emmerder.
Bon, mission n°1 : se sortir de cet état de fatigue. Shady se leva lentement, pour traverser la salle, une chose était claire : il y avait du monde. Comment c’était-elle retrouvée là déjà ? Ah oui, comme tout soirs, elle s’ennuyait après avoir passé la journée à courir un peu partout, elle avait même découvert qu’elle pouvait  escalader la façade de son immeuble jusqu’à son appartement au cinquième, c’était pratique quand on avait pas ses clés ! Bref, cette fois, elle avait décidé d’animer un peu sa soirée en allant boire un verre au Wildbar, elle était déjà passée devant, d’ailleurs ce bar porte bien son nom, ça sentait la bestiole en tout genre à plein nez ! Mais c’était bien ce rassemblement qui était accueillant. Pour faire court, l’ambiance était sympa, elle y repasserait sûrement quand elle serait dans un meilleur état, elle s’était vraiment trop agitée dans la journée et le corps a ses limites.

Elle arriva devant une porte où était représenté un personnage en jupette, destination atteinte. Elle avança vers le lavabo avant de s’asperger le visage d’eau. Son reflet dans le miroir faisait peur, des valoches sous ses yeux charbonneux, et un teint à faire sourire un génocide. Une sale tronche, et un T-shirt « blanc » taché et empestant la bière en prime. Après un long soupir, elle retira veste et haut pour laver se dernier. Bon, du savon en mousse ce n’était pas le top pour nettoyer, mais c’était déjà ça, si au moins ça pouvait atténuer l’odeur infecte qui était sur le tissu… Oui, elle vouait une haine profonde à l’odeur de la bière c’est assez clair. Histoire de pas finir à moitié dépoilée, elle remit sa veste de survet’avant de sortir des sanitaires, laissant son T-shirt sur le bord du lavabo. Pause clope pour se réveiller.
Clope à la main, elle se dirigeait vers l’entrée en cherchant son briquet, les poches de son short étant minuscules, il n’y était plus, bien évidemment, les joies de la féminité. Elle leva les yeux au ciel, ce n’était pas son jour. Avançant d’un pas lourd, elle espérait trouver des fumeurs devant le bar. Arrêt.

Une espèce de gigantor était devant l’entrée. Enfin, gigantor… Si on ne considère pas notre amie comme une naine, non, il faut le reconnaitre, elle est minuscule, fichée dans ses rango’, une veste lui arrivant au milieu des cuisses, des bas déchirés comme si ils étaient passé sous un tank… Un microbe dans une toge grecque, c’était à peu près ça en fait ! Elle s’avança vers lui.

Hé ! Bonsoir, excuse-moi, mais tu aurais pas du feu par hasard ?

Une odeur nauséabonde lui fit froncer le nez, elle lâcha un éternuement ridicule, quelle idée d’avoir hérité d’un odorat si sensible hein ? Cette odeur ne lui était pas inconnue, et ça la troublait un peu il faut l’avouer, c’était un mélange de savon, de sel, d’algues, de… Poisson ? Ouais c’était ça, et à en juger son regard un peu perdu, l’inconnu devait pas venir dans le coin tous les jours. Elle pris un air faussement embêté.

Et le prends pas mal mais...

Son ventre grogna bruyamment, elle ne pût retenir un sourire.

Mais tu sens la bouffe !
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MessageSujet: Re: Débarquement   Sam 12 Oct - 1:41

Benjamin s'apprêtait à entrer plus avant dans le bar, plutôt que de rester planté comme un idiot en travers de la porte, quand il vit se diriger vers lui une jeune femme assez remarquable. Oh, ce n'était pas une beauté fatale, mais son style "un peu" destroy comme sa carrure de boxeuse - poids plume - accrochaient l’œil. Pas le genre de fille qui aimait avoir quelqu'un sur son chemin, on aurait dit. En fait, le métamorphe pensa immédiatement qu'elle saurait se faire respecter en deux temps, trois mouvements, sur un bateau de pêche. Il ne put retenir un sourire en l'imaginant dans un ciré jaune en train de hurler face à la tempête.

Bonsoir ! Du feu ? Oui, tout de suite !

Il ne fumait que rarement - comme les bouteilles d'alcool, les paquets de cigarettes disparaissaient toujours très rapidement pendant une campagne de pêche, alors mieux valait ne pas être accro -, mais il avait toujours un briquet sur lui, au cas où. C'était la première fois que ça lui servait à quelque chose, d'ailleurs. Il fouilla un moment dans sa poche arrière et en sortit un briquet Zippo qu'il tendit à la jeune femme.

Il s'appelle Reviens, il appartenait à mon grand-père. On peut fumer à l'intérieur, à la Nouvelle-Orléans, ou c'est dehors ? Tous les Etats n'ont pas la même politique, et la Louisiane...

Il haussa les épaules sans finir sa phrase : il n'aimait pas parler pour ne rien dire, et elle voulait juste du feu, pas qu'il lui tienne la grappe et lui détaille sa biographie.
Quand elle s'approcha pour attraper le briquet, il la vit froncer les narines. Arf, autant pour l'odeur. Son éternuement le surprit et le fit grimacer : c'était si incommodant ? Il s'apprêtait à s'excuser quand elle lâcha un commentaire qui le prit au dépourvu. Il se mit à rire.

Je vis dans le poisson depuis plusieurs mois, ça s'incruste, mais je ne suis pas aussi comestible que mon odeur le laisse croire, désolé. Je me ferais bien un plateau de fruit de mer, cela dit.

A l'idée d'une assiette de crevettes roses, il passa brièvement la langue sur ses lèvres. C'était presque aussi bon que le krill, et ça lui manquait.
Tout en parlant à la jeune femme, il essayait de déterminer quel était son totem. Terrestre, il en était sûr, les aquatiques étaient plutôt rares - la plupart mouraient au cours de leurs premières transformations, s'il n'avaient pas d'eau à proximité et qu'ils n'arrivaient pas à reprendre forme humaine à temps -. Prédateur, il était prêt à le parier. Mais son instinct ne lui disait rien de plus. C'était frustrant. Ça lui donna envie de prolonger la rencontre. Et puis, c'était la première nouvelle tête qu'il rencontrait ici, à part la gérante de la pension, ce serait dommage de la laisser filer aussi vite.

Tu es une habituée ? Je t'offre un verre, après ta clope ?

Il ne savait pas tellement comment s'y prendre avec les filles, même quand il n'avait pas d'arrière-pensées en tête. Il espéra qu'elle ne considèrerait pas sa proposition comme de la drague lourde. Il ouvrit la bouche pour s'en défendre, puis décida que ça ne ferait que l'enfoncer. Il se balança d'un pied sur l'autre, un peu gêné. Elle était quand même impressionnante, cette jeune femme qui ne lui arrivait pas à l'épaule !
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MessageSujet: Re: Débarquement   Sam 12 Oct - 18:55

Shady alluma sa cigarette, avant de fixer l’autre métamorphe, elle lui tendit une clope et le zippo’, fumer seule, c’est quand même nul. Elle se demandait d’où il débarquait comme ça, monsieur bossait dans le milieu de la pêche ou quelque chose comme ça donc, et sa seconde forme, c’était quoi ? De toute évidence il devait aimer l’eau et ce qu’il s’y trouvait, un aquatique ? Pas courant, mais c’était tout à fait probable, mais quoi exactement ? Elle voulait en savoir plus, ça pouvait être sympa. Et puis sa remarque sur l’odeur qu’il trimbalait lui avait donné le sourire, tant mieux !

Merci ! Alors, s’il y a bien une chose qui n’a pas changé depuis un moment ici, c’est le fait de fumer à l’intérieur, personne te dira rien si tu clope ici.

La miss étai sortie de son état de fatigue, devoir parler à quelqu’un l’avait remise sur pieds. Elle s’étira lentement. Bon, son interlocuteur n’avait pas l’air très à l’aise le pauvre, il lui avait proposé un verre, mais semblait tout embêté. Un brin timide ? Elle sourit légèrement, quand on a un gabarit pareil, comment être peu sûr de soi ?

Bah alors ? C’est quoi cette mine ? On refuse pas un verre, donc ça sera avec plaisir ! Pour ton envie de fruits de mer, je ne sais pas du tout si on trouve ça dans le coin par contre, je traine pas souvent par là.
C’est vrai qu’elle aussi elle avait faim, est ce qu’ils servaient de quoi grailler ici ? Elle n’en avait aucune idée. La jeune femme s’étira longuement, tira sur sa cigarette. Il n’y avait pas à dire, c’était génial de se pourrir les poumons, en plus ça réveillait. Elle souffla sur une mèche de cheveux qui lui passait devant le visage, c’était pas pratique les cheveux longs, elle les attacha, dévoilant ses coté rasés et ses oreilles équipées de dizaines de piercings. Bah oui elle était comme ça, et ça gênait quelqu’un, qu’il aille se faire frire ! La question du « d’où venait ce mec » lui traversa à nouveau l’esprit.

Bon alors comme ça tu n’es pas vraiment d’ici ? Je sais je pose pas mal de questions, mais c’est quand même pas tous les jours qu’on rencontre quelqu’un qui se balade avec l’odeur d’un bateau de pèche entier sur lui hein !

Elle était curieuse, mais briser un peu le silence permettrait d’en finir avec le gêne de l’autre métamorphe, elle n’aimait pas mettre mal à l’aise quelqu’un, elle mange pas, enfin… Si on l’emmerde pas. Bref, il avait rien à craindre d’elle après tout, elle le regardait d’un étage en dessous et ses bras devais faire la moitié de ceux du jeune homme. Non elle ne comprenait pas ce malaise en fait. Fin bon, ça passerait sûrement.
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MessageSujet: Re: Débarquement   Dim 13 Oct - 0:48

Ben accepta la cigarette avec un hochement de tête et un sourire pour remerciement, et il enfouit à nouveau le briquet dans sa poche après l'avoir allumée. Puisqu'elle lui confirmait qu'on pouvait fumer à l'intérieur, il tira une bonne bouffée - c'était encore meilleur quand ça faisait longtemps qu'on n'en avait pas profité - et entra plus avant dans la salle. Il avisa une table inoccupée, qu'il désigna à la jeune femme. Voyant qu'elle semblait avoir envie de passer un peu de temps avec lui, il se détendit.

Content que tu acceptes ma compagnie. Je ne sais pas toujours comment m'y prendre pour sociabiliser avec mes semblables. Les humains, je veux dire. Au fait, moi c'est Ben.

Il la vit s'étirer pour la deuxième en trois minutes, et sourit : on aurait dit un chat. La même élégance, la même nonchalance. D'ailleurs c'était peut-être son totem ? L'indice semblait un peu trop mince pour en être persuadé. Elle acheva son étirement en remettant sa chevelure en place, dévoilant son crâne et ses oreilles. Ca lui allait bien, et ça complétait parfaitement son style. Il s'installa en commentant :

Journée épuisante ? Ou alors tu vis la nuit et c'était plutôt un étirement de réveil ?

Il prit ses aises sur sa chaise en se rejetant contre le dossier. Le grincement qu'il entendit l'inquiéta et il se redressa un peu. Il n'était pourtant pas si lourd ! Il tira une nouvelle bouffée de tabac et ferma les yeux un instant pour la savourer. La jeune femme lui posa alors une nouvelle question et il se concentra de nouveau sur elle :

Non, je ne suis pas d'ici. Je suis arrivé en fin de matinée avec le bateau de pêche sur lequel je travaillais. On est partis mi-juin de Hampton Roads, en Virginie, mais je suis originaire de Californie. C'est la première fois que je mets les pieds ici, et j'avoue que j'ai tellement entendu parler de "la plus importante communauté Outre des Etats-Unis" que ça a piqué ma curiosité. L'avantage de mon métier, c'est qu'on voit du pays. L'un des avantages, plutôt, parce qu'il y en a d'autres, et pas des moindres. L'inconvénient, c'est qu'on perd de vue sa famille et qu'on ne s'attache nulle part.

Il écarta les mains - les battoirs qui lui servaient de mains - en signe d'impuissance. Pour la deuxième fois de la journée, il se promit d'appeler sa famille rapidement.

Et toi, tu es du coin ? Quels sont les coins à ne pas rater à la Nouvelle-Orléans ? Je me suis promené cet après-midi mais plutôt en marchant au hasard. Et qu'est-ce que tu fais dans la vie ?

Le bar se remplissait progressivement à mesure que les minutes passaient. Pas de doute, le Wild Bar était LE rendez-vous des métamorphes de la ville. Ben balaya la salle du regard, se sentant apaisé par l'impression de sécurité et d'égalité qui se dégageait du lieu.

C'est sympa, ici. Tu étais déjà venue ? Oh et au fait, qu'est-ce que tu prendras !?

En attendant sa réponse, il fit signe à un serveur qui passait à proximité.
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MessageSujet: Re: Débarquement   Dim 13 Oct - 16:01

Shady le suivit, s’asseyait en face de lui, cigarette en main. Elle rit doucement en le voyant peu rassuré sur le dossier de sa chaise, expirant sa fumée un peu trop vite, une quinte de toux remplaça son rire. LE fail du siècle, les larmes aux yeux, elle le fixait.

Bah tu vois… Quand on est petit, c’est plus compliqué d’avoir ce problème de chaise qui craque !
Sinon, Moi c’est Shady, et oui, j’ai eu une journée très fatigante même si techniquement j’ai pas foutu grand-chose !

Elle écoute attentivement son explication sur son activité. Ça ne devait pas être tous les jours génial, en pleine mer avec des dizaines d’autres personnes, bon, même si de toute évidence il était revenu vivant, tant mieux pour lui, elle se demandait comment il faisait pour supporter ça. Et puis la mer… Ne pas pouvoir se poser sur quelque chose de parfaitement stable, ne pas pouvoir courir sur plus de quelques mètres, impensable. Enfin, c’était son affaire, pas celle de la jeune femme après tout. Mais quand même, il devait vraiment aimer cet univers pour faire un choix pareil. Son hypothèse sur un totem aquatique était validée, en même temps… Logique.

Je vois… T’as bien du courage tu sais ! Ça doit pas être facile tous les jours !
Oui je suis du coin, en fait, je n’ai jamais bougé d’ici, c’est tout à fait l’inverse de ta situation en fait, je suis née ici, et je reste ici. Je fais rien de particulier, je me débrouille tout le temps pour arriver à manger à ma faim, ne me demande pas comment. Bon et pour les lieux à visiter… Comment te dire, je traine très peu dans les lieux touristiques, ou fréquentés par beaucoup d’individu, donc pour ça, c’est n’est pas à moi qu’il faut demander, en revanche, si tu veux t’en mettre plein les yeux, un conseil, monte sur les toits en centre-ville, la nuit, c’est calme là-haut, le temps s’arrête et personne viens t’emmerder.

Elle cendra dans le cendrier posé sur la table, en repensant à tous ces soirs qu’elle avait passé à observe la ville vivre la nuit, les lumières et les buildings s’opposaient complètement au ciel bleu-nuit et ses étoiles, on en oubliait presque tous les problèmes que l’on peut avoir en bas. Elle inspira profondément, sourire aux lèvres, la voix de Ben la tira de sa rêverie. Que voulait-elle ? Bonne question, elle tourna la tête vers le bar, regardant un peu les différentes bouteilles qui étaient derrière le barman.

Hum… Aller, ça fait longtemps, un Jack Dan’ !

Elle lui sourit en guise de remerciement. Puis revint ses interrogations au sujet de l’activité de l’autre métamorphe.

Et tiens, tant que l’on est dans les questions, ça va peut-être te paraître étrange mais… T’as réussi à te faire accepter pour tout le monde en mer ? Enfin je veux dire… Vivre pendant plusieurs semaines, en permanence, sur pas grand-chose comme place, t’es tombé sur des cons intolérants ou ils ont été cools avec toi ?

C’était peut-être un peu indiscret, mais après tout, ils étaient dans le même bateau pourrait-on dire, et il n’avait pas l’air traumatisé non plus. Gérer des transformations dans une situation comme celle-là ça devait être comique tout de même, oui, notre amie se prenait la tête pour pas grand-chose, il faut l’avouer.
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MessageSujet: Re: Débarquement   Lun 14 Oct - 10:28

Quand le serveur arriva à leur table, Ben commanda un whisky pour Shady et une pinte de brune pour lui, et il écouta a jeune femme lui en dire plus sur sa vie. Elle n'avait pas l'air de vouloir s'étendre sur les activités qui lui permettaient de gagner sa vie, ce qui laissait assez peu de doute quant à leur légalité. Il hocha la tête sans plus insister : il ne voyait rien d'immoral à intervenir sur le marché noir, quelle que soit la marchandise qu'on y vendait. Quand elle lui suggéra de grimper sur les toits de la ville, il resta perplexe. A son expression, c'était vraiment un truc qui lui procurait à la fois plaisir et sérénité. Il sourit quand elle revint à l'instant présent.

Escalader ? Je me doute que la vue vaut le coup, mais j'ai le vertige sur un escabeau. Rien que de penser à ton idée me met mal à l'aise. Et je n'ai vraiment aucun talent particulier pour grimper : j'ai quand même une certaine... masse à faire bouger, et "agile" n'est pas un qualificatif qu'on m'a déjà donné. Mais je t'envie, c'est vrai que ça doit être bénéfique de pouvoir s'isoler dans un endroit où personne ne peut nous suivre. En fait j'ai beaucoup d'admiration pour tous ces métamorphes qui vivent en ville, au milieu de la foule. A moins que ton totem soit un animal sociable ? D'ailleurs, l'escalade, c'est un plaisir "humain" ou tu le partages avec ton totem ?

Une autre remarque qu'elle avait faite l'intriguait.

Tu n'as jamais eu envie de voir autre chose que la Nouvelle-Orléans ? Je veux dire... Pour moi c'est impossible de rester statique. J'ai passé 17 ans dans la même ville et je m'y sentais vraiment prisonnier, à la fin. Partir, revenir, c'est nécessaire à mon bonheur. Je ne te juge pas, hein, mais j'avoue que j'ai du mal à comprendre les gens qui s'attachent à un lieu en particulier.

Il termina sa cigarette au moment où les boissons arrivaient. Il remercia le serveur et trinqua avec Shady. La première gorgée lui fit tout autant plaisir que la première bouffée de tabac. Un sourire presque béat s'étala sur son visage et il s'adossa à nouveau sur sa chaise, ignorant le grincement qui reprit.

A la tienne ! Ouah, ça fait vraiment du bien d'être de nouveau sur la terre ferme, quand même !

Reposant sa bière, il réfléchit un instant avant de répondre à ses dernières questions.

Hum, les marins sont des gens un peu... bruts de décoffrage, mais aussi des gens pragmatiques et qui ne se prennent pas la tête. On a tendance à penser que les pêcheurs sont étroits d'esprit, mais c'est faux. En fait, c'est marrant, mais quand ils ont appris que les métamorphes existaient, les marins du monde entier ont été une des communautés les moins surprises : ça ne faisait que confirmer toutes les histoires de sirènes qu'on entend dans les ports depuis 3000 ans.
Du coup, j'ai signalé au capitaine dès l'embauche que j'étais un métamorphe. Il le savait déjà. J'ai... une réputation dans le milieu. Pour tout dire, mon totem est le rorqual commun. Une petite baleine. Enfin petite à l'échelle des différentes espèces de baleines, quoi. Du coup, je suis plutôt utile sur un bateau de pêche : je "sens" les tempêtes arriver, je repère les bancs de poisson. J'ai aussi pu sauver plusieurs matelots qui étaient tombés à la mer. Alors oui, j'étais plutôt bien accepté par mes collègues. Du moment que je ne me transforme pas à tort et à travers juste pour faire le spectacle, ça passe. Bon, il y a toujours des cons, mais en fait, les gens qui "m'attaquaient" critiquaient plus mes origines sociales que mon état de métamorphe.


Après avoir autant parlé, il s'accorda une bonne rasade de bière.

Et toi, comment ta nature est acceptée par ici ? Est-ce qu'il y a beaucoup de monde au courant, d'ailleurs ? Les Normes sont aveugles quand ils ne veulent pas voir... Et tu as une famille ou une bande de potes pour te soutenir en cas de souci, ou tu préfères gérer en solitaire ?
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MessageSujet: Re: Débarquement   Mar 15 Oct - 21:55

Elle sourit largement en l’entendant parler. Ils n’étaient pas du tout du même monde, enfin, chacun ses habitudes, mais c’est tout de même surprenant ! Elle trinqua avec lui, le remerciant d’un sourire.

Hum… Disons que je supporte mal la foule, donc les voyages longs avec d’autres personnes, très peu pour moi, je préfère me déplacer avec mes pattes disons, et puis j’ai besoins de repères, les endroits où je peux trainer, ceux à éviter… Mine de rien, cette ville est assez grande pour y passer une vie entière sans avoir le temps de tout voir. Et puis simplement, j’ai pas les moyens, simplement, même si c’est sûr que ça doit être sympa de voyager comme tu le fais, j’ai pas cette chance !

Les yeux dans le vague, elle réfléchissait à sa situation, c’est vrai qu’après tout, à part les alentours de la ville, elle n’avait rien vu d’autre. Mais bon, c’était comme ça, elle ne supportait pas de ne pas connaitre parfaitement les lieux qu’elle fréquentait. Ici, elle avait grandi, tout appris, à vrai dire, elle aimait trop cette ville pour s’en éloigner de trop. Il l’avait interrogée sur sa vie sociale, oula, le pauvre, Shady était sans doute la personne la plus compliquée sur le sujet social.

Alors… Comment te dire, personne ne me supporte assez pour me considérer ne serais-ce comme une amie, et de toute façon, je refuse de m’attacher de trop à quelqu’un, les gens sont faux, et finissent par s’exploiter les uns les autres, je sais, c’est pessimiste, je sais, mais les gens « bien » sont peu nombreux de nos jours, je préfère rester seule. Et si quelqu’un m’emmerde, Il le regrette rapidement.
Elle écrasa sa cigarette dans le cendrier. Elle devait paraître peu sympathique en fait, son avis radical sur les relations humaines pouvait sans doute en effrayer plus d’un, elle tenait à rassurer Ben’.
Mais je « mange » pas les gens comme ça pour le plaisir je te rassure ! Pour en revenir aux toits, on va dire que mon totem m’aide pas mal pour grimper ! Et tu sais, pour ton problème de vertige, les escaliers existent, on trouve toujours un accès au toit ! Et… ça fait voyager des vues comme ça !


Shady bût une gorgée de son verre ça datait. Les souvenirs de ses premières soirées, à l’époque où elle n’était encore totalement associable, lui revinrent, les cendriers pleins, les bouteilles vides et les toques à moitié endormies qu’ils étaient tous… Et le chien de son pote qui bavait sur leurs genoux. Elle rit discrètement, perdue dans ses pensées. Qu’est-ce que les individus canins étaient crades quand ils s’y mettaient ! Elle secoua la tête, revenant à Ben. Donc… Passe-temps, vertiges, sociabilité… Elle retrouva ce qu’elle voulait dire.

Et toi alors, cette passion pour le poisson et la mer, tu la partage avec ton totem ? Et tu as une famille, des amis d’où tu viens ?

La jeune femme pris à nouveau une gorgée, avant de le fixer, attendant sa réponse.
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MessageSujet: Re: Débarquement   Mer 16 Oct - 10:37

Ben hocha la tête en écoutant la jeune femme.

Je comprends ça, je n'aime pas trop la foule non plus. Mais sur un bateau de pêche, on est plus comme une famille, donc c'est plus facile à vivre. Et je crois que je comprends aussi ton besoin de repères. Ça n'est pas évident de tout remettre en cause du jour au lendemain en permanence. Je trouve ça grisant, mais ça n'est pas le cas de tout le monde.

Quand elle lui expliqua sa vision des relations humaines, il afficha un air intrigué. Tant d'amertume ! Par quoi était-elle passée pour être aussi blasée des hommes ? Il aimait la solitude, mais il savait apprécier la compagnie des siens, et il n'affichait pas une méfiance particulière vis-à-vis des inconnus. Il était gauche et maladroit, mais pas inquiet, quand il rencontrait des gens.

Hum... Je ne m'attache pas tellement non plus, mais c'est plus parce que je vis au présent. Quand je pars, je ne suis pas sûr de revenir, et vivre avec les souvenirs des bons moments passés avec des gens, et avec la perspective d'en découvrir d'autres, me suffit. J'espère que tu finiras pas rencontrer des personnes qui te feront changer d'avis sur l'humanité. Je crois sincèrement que beaucoup de gens méritent d'être connus. Malgré la Révélation, malgré le racisme anti-Outres, malgré les défauts inhérents à chaque race, je pense qu'on peut tous se créer un groupe de personnes avec qui on se sent bien et en qui on a confiance.

Il gloussa, avec son rire caverneux si particulier.

Enfin, il paraît que je suis un grand optimiste. En tout cas, quand tu dis que tu n'acceptes pas de te faire marcher sur les pieds, je veux bien te croire. En fait, j'ai l'impression qu'il n'y a pas grand-monde qui s'aviserait d'essayer. Quand je t'ai vu avancer vers moi tout à l'heure, je t'ai trouvée... intimidante.

Elle revint ensuite à la charge sur sa passion pour l'exploration des toits de la ville. Il réfléchit un instant, puis dit, pensif :

Ouais, par les escaliers, ça peut se tenter. J'avoue que je suis curieux d'essayer, même si je serais sûrement malade d'angoisse. Ça doit valoir le coup. Si un jour tu t'ennuies et que tu veux traîner une baleine au sommet d'une tour de la Nouvelle-Orléans, j'essaierai de prendre mon courage à deux mains pour te suivre...

Il essaya de s'imaginer sur le toit d'un building et sentit le vertige le prendre rien qu'à cette idée. Il dévia rapidement ses pensées pour revenir sur le pont d'un bateau. Là au moins, il était à l'aise. Il était ravi que la jeune femme ait envie d'en savoir plus sur lui et son totem.

La passion pour la mer, oui, je la partage avec mon totem. J'ai beaucoup voyagé, mais je n'ai vu que des ports et des zones côtières. Si je ne sens pas la mer, je commence à déprimer. C'est automatique, j'en ai besoin pour vivre. Je crois qu'aucune créature terrestre ne peut comprendre la liberté qu'on ressent quand on est capable de nager au milieu de l'océan et de plonger sur plusieurs dizaines de mètres. Tout le monde dit que la mer est "le monde du silence". Il l'est pour les Normes. Moi, quand je suis sous forme animale, je reçois des fréquences bien plus nombreuses : l'océan est une symphonie où tout a un sens. Quand il n'y a pas de bruit, c'est qu'il y a un gros problème, un peu comme dans une jungle qui devient silencieuse tout à coup.
Le poisson, par contre, ce n'est pas une passion, c'est plutôt un moyen de concilier mes deux natures. Mon totem mange du krill, des petites crevettes, pas des trucs aussi énormes que des thons. Mais être pêcheur me permet d'être en mer. J'aurais pu devenir manœuvre sur un porte-container, cuisinier sur un bateau de croisière, n'importe quoi, du moment que je naviguais.


Il gloussa à nouveau.

Pardon, je me laisse emporter. Pour ce qui est de ma famille, oui, j'ai encore mes parents, un grand frère et une petite sœur. Ils sont tous méta, et terrestres (à part ma sœur qui est un faucon). Quand mon totem s'est révélé, ça a été un choc. Heureusement, j'étais dans la piscine. Que j'ai presque vidée par mon poids, d'ailleurs.

Cette fois-ci, il rit franchement.

Tu aurais dû voir la panique de mes parents ! Sur le coup, je n'en menais pas large non plus, mais avec le recul, la scène devait vraiment être comique : tu détournes le regard un instant, et ton gamin de 8 ans qui barbote dans l'eau est remplacé par une baleine de 6 tonnes ! Sous le choc, mes deux parents et mon frère se sont transformés aussi. Une belle ménagerie ! Je ne les vois plus très souvent, mais on ressort l'histoire à chaque repas de famille.

Après un moment d'hilarité, il parvint à retrouver son sérieux.

Et toi, finalement, quel est ton totem ? La première transformation n'a pas été trop difficile ?


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MessageSujet: Re: Débarquement   Mer 16 Oct - 19:58

Shady ne pût s’empêcher de rire en écoutant le récit de sa première transformation. En effet, c’était plus sympathique que la sienne !  Ce jeune homme était donc une baleine dans sa forme animale ? Pourquoi pas, ça changeait ! Voilà qui expliquait pas mal de choses, son calme, sa taille, et son amour pour la mer. Comme il disait, aucun individu « terrestre » ne pouvait comprendre cette passion pour un endroit aussi peu accueillant, enfin elle pouvait parler, son amour pour les lieux mal fréquentés, déserts la plaçaient mal pour critiquer. Elle reprit un peu son sérieux, même si son sourire était toujours présent.

Hum… La mienne s’est bien passée, puisque ça m’a sans doute évité de finir à l’hosto’ ! Je me suis faite coursée par une bande de zonards il y a quelques années, et j’ai paniqué en me retrouvant dans une impasse, finalement j’ai découvert pourquoi j’étais aussi à l’aise sur les terrains les moins praticables, imagine juste mes frères et sœurs entre 3 et 7 ans qui voient un tigre rentrer dans l’appart ! C’était assez sympa, mais je n’ai pas eu la chance de voir s’ils ont eu droit eux aussi à une transformation, je suis partie trop tôt pour voir ça.

Son sourire s’effaça légèrement, bien qu’elle ne semble pas tellement atteinte par l’absence de sa famille, elle aurait aimé assister à tous ces moments-là. Il y a maintenant 12 ans qu’elle avait fait le choix de partir, pour vivre par ses propres moyens, ce n’est pas maintenant qu’elle regretterait sa décisions, après tout elle était bien comme ça non ? Elle avait trouvé son bonheur dans la solitude et les relations amicales ou amoureuse de courte durée, ça lui allait, elle n’était que de passage dans la vie des gens, et les gens n’étaient que de passage dans la sienne.

Je n’ai pas dit que les gens bien n’existent pas, mais qu’ils ne sont pas nombreux, c’est sûr que ça ne me ferait pas de mal de rencontrer quelqu’un de bienveillant, mais la vie est comme elle est, je verrais bien !

Elle leva les épaules en signe d’impuissance.

Et puis… Si un jour j’en ai l’occasion, je trainerais ta carcasse sur le toit d’un immeuble pour que tu admire le paysage ! Oh et, te fous pas de moi, toi, intimidé par un microbe ?
Elle sourit en pensant à un truc, elle parlait à un mec qui dans sa forme animale devait prendre plus de 10 fois sa taille, et le poids, n’en parlons pas, c’était sympa comme situation. Une question lui  vint soudainement.

Mais en fait… Comment tu as fait lors de tes premiers mois après l’histoire de la piscine, on contrôle absolument pas ses transformations au début, ça devait être un peu galère non ?

Elle finit son verre d’un trait, tirant une légère grimace, l’alcool, elle avait oublié : l’alcool fort, ça brûle !

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MessageSujet: Re: Débarquement   Jeu 17 Oct - 14:34

Les circonstances de sa première transformation étaient déjà, en elles-mêmes, un début d'explication à sa méfiance vis-à-vis des autres. Se faire coincer par une bande de loubards alors qu'elle n'était qu'une enfant, c'était scandaleux. Le fait qu'elle s'avère être une tigresse ne l'étonna pas outre mesure. Ça collait avec sa nonchalance feinte et l'espèce d'éclat décidé qu'il avait lu dans son œil quand elle avait voulu sortir fumer avant de s'arrêter devant lui.

Les abrutis qui t'ont suivi ont dû avoir la peur de leur vie, et je peux imaginer la surprise de ta famille. Je te voyais bien avec un totem prédateur, mais je ne vise pas souvent juste, dans ce domaine. Quand je dis que tu es intimidante, ce n'est pas par rapport à ta taille, plutôt parce que tu as l'air... déterminée. Quand on te voit, on n'a pas envie que tu deviennes une ennemie. Même un microbe peut coucher un géant, après tout.

Il se demanda ensuite pourquoi elle avait décidé de quitter le domicile familial, et quelle avait été sa vie ensuite. Avait-elle été livrée à elle-même ? Comment pouvait-on se construire sans l'amour d'un proche, sans la stabilité conférée par une famille, même restreinte ? Si elle ne savait pas si ses frères étaient métamorphes, ça signifiait qu'elle ne les avait sans doute jamais revus. Qu'est-ce qui pouvait justifier une telle rupture ? Non, décidément, ce n'était pas étonnant qu'elle soit si farouche et qu'elle ne tienne pas à s'attacher.

J'ai l'impression que tu as vécu plus de choses que moi, même si tu as vu moins de pays. Je suis toujours resté dans les chemins balisés...

Il ne savait pas quoi lui dire. Il admirait le courage qu'il lui avait fallu pour affronter seule, et jeune, les réalités de la vie, mais elle ne verrait sûrement pas son parcours comme digne d'être admiré. Et puis il n'en savait pas assez, et il craignait surtout de lui donner l'impression qu'il avait pitié d'elle et de sa solitude, ce qui n'était pas le cas.
Il finit par sourire :

Franchement, tu n'es pas facile à cerner. Ta tendance à tenir les gens à l'écart, ton refus d'en dire plus sur ta vie professionnelle... Discuter avec toi, c'est comme plonger vers une fosse sous-marine : on sait qu'on n'arrivera jamais au bout et on a quand même envie d'essayer parce que ça vaut le coup. En même temps, je comprends très bien que tu te méfies des gens en général, et d'un type que tu as rencontré il y a même pas une heure dans un bar en particulier. J'espère que mes questions ne t'ont pas paru trop intrusive, en tout cas.

Pour ne pas trop avancer sur ce terrain qu'il sentait miné - du moins pour lui, vu sa propension à dire des choses socialement inappropriées à force de franchise -, il répondit à sa nouvelle question sur son passé.

Les premiers mois après la révélation de ma nature ont été une période étrange, mais assez géniale. Mes parents m'ont retiré de l'école, pour ma sécurité et celle des autres : une métamorphose dans une salle de classe aurait sans doute conduit à l'étouffement de mes voisins de table, et même si une baleine peut vivre hors de l'eau, elle se dessèche très vite et ça conduit à des blessures cutanées assez importantes. Pour ne pas faire de jaloux, ils ont fait connaître le même traitement à mon frère et à ma sœur, qui s'est révélée quelques semaines après moi. Bref, on a passé presque un an à proximité de cette foutue piscine, à s'entraîner quotidiennement à contrôler nos transformations. En fait, c'étaient presque des grandes vacances : mes deux parents travaillent dans le cinéma, et ils ont passé leur temps à mettre en scène des situations pour nous déstabiliser, pour qu'on apprenne à maîtriser la surprise, la peur, la colère, etc. On a passé d'excellents moments cette année-là.

Ses yeux brillaient en évoquant ses souvenirs : son frère, ours brun, qui feignait d'attaquer sa sœur pour le mettre en colère ; sa mère qui orchestrait en secret avec son père son propre enlèvement pour rendre les trois enfants malades d'inquiétude - il leur en voulait encore un peu -, leurs sorties à la plage où sa sœur le suivait dans le ciel pendant qu'il nageait, la récompense ultime - des plateaux de crevettes - quand il "passait un niveau" défini par ses parents... C'était parfois dur, mais il se savait aimé et entouré, et les journées étaient généralement parsemées d'éclats de rire. Il mesurait la chance qu'il avait eue de tomber dans une famille complètement décomplexée, et déjantée.

Après, la vie a repris son cours normal, puis j'ai fait ma crise d'ado et j'ai pris un peu de distance vis-à-vis d'eux. Un peu trop peut-être. On ne fait plus partie du même monde, même si je pense à eux souvent. Mes parents appartiennent au microcosme hollywoodien, sans être des stars pour autant. Mon frère et ma sœur sont des notables, et des pointures dans leur domaine. Moi... Il ricana. Eh bien, je suis une pointure dans mon domaine aussi, mais je n'ai pas le même rythme, les mêmes fréquentations et le même salaire, disons.

Il secoua la tête et se redressa.

Au fait, tu dis que tu veux bien me traîner sur un toit. Si de ton côté ça te dit d'aller en pleine mer, ça peut s'arranger aussi. S'accrocher à la nageoire dorsale d'une baleine, ça fait moins rêver qu'à celle d'un dauphin, mais je crois pouvoir dire que c'est vachement plus original. Et puis les tigres aiment bien l'eau, il me semble.
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MessageSujet: Re: Débarquement   Dim 20 Oct - 21:16

Shady le fixa un instant. Wow, elle ne savait pas que des parents pouvaient autant s’impliquer dans la vie de leur enfant. Les soins n’avaient ni les moyens, ni le temps, et peut-être l’envie n’y était pas non plus. Elle enviait un peu ces familles unie et soudées de cette façon, elle avait dû arrêter les cours pour s’occuper de ses frères et sœurs, à vrai dire, elle avait plus joué le rôle de parent que de sœur. Bref, elle repensa à ce qu’il lui disait sur elle… C’était une bonne comparaison à vrai dire, même elle, elle ignorait encore certaines choses sur son caractère, ses réactions, pourquoi, comment ? Mais tout de même, il y avait bien une fin, une exhaustivité à toute liste !

Je n’irais pas jusque-là, il faut juste très longtemps avant de me connaitre parfaitement, c’est pour ça que je suis seule, même toi, qui a l’air patient, tu n’aurais pas le courage de tenir plus d’une semaine en me voyant tous les jours ! Enfin bref, ne t’en fais, je suis aussi curieuse que toi, donc ça ne me dérange pas que tu t’intéresses un peu à la personne qui est en face de toi, c’est normal !

Son récit sur les techniques proposées, ou plutôt imposées par ses parents, pour que lui et sa fratrie puissent se maîtriser, était tout de même assez comique, et pour le moins original.

T’as eu énormément de chance d’avoir de parents aussi attentifs avec toi, tu t’en rends compte hein ? Ne leur en veux pas, c’est peut-être grâce à ça que tu es en vie, tu imagines en plein milieux de la rue ? Pouf, mode baleine : on et impossible de revenir à ton état initial ?

Il avait choisi sa voie, et elle admirait ça plus que tout, une personne capable de dire merde à tout ce qu’elle avait, à son beau monde, à son confort, pour aller vivre par elle-même, et faire ce qui lui plaisait, c’était énorme, et Shady aimait les gens comme ça, le goût de risque, une vie riche en émotion, rencontres, et dans le cas de Ben : paysages variés, ça c’est une vie ! Elle s’en approchait un peu, enfin, elle était partie de rien, avec rien, pour arriver à rien, quel changement ! Elle sourit à cette idée.

T’as de la chance d’avoir passé le pas, t’as pas un totem banal, tu ne dois pas être banal, et tant que tu te plais dans ta vie, qui va t’emmerder hein ?

Liberté. Voilà ce qui rythmait sa vie, depuis maintenant… 18 ans ? Oui c’est à peu-près ça, sa première transformation avait été le déclic, elle savait qu’elle n’avait plus rien à faire avec sa famille, qui avait quasiment honte d’en parler à leur enfants, enfin… C’était comme ça, elle était fière de ce qu’elle était, et puis Fu’.

Hum… et… Qu’appelles-tu « pleine mer », il est vrai que mon totem adore l’eau, mais à côté de la confiance que tu peux avoir en tant que… Grand cétacé dans ce milieux immense, c’est un peu différent quand tu fais un peu plus d’un mètre cinquante tu vois ? Et ne pas voir le fond, ne pas voir ce qu’il y a en dessous… brr, rien que d’y penser ça me fout une boule au ventre.

La seule fois qu’elle avait quitté les rives, elle avait crût mourir, crise de stress par excellence, la respiration coupée, le cœur battant à la chaman, tout ce bleu, ce « vide », ce milieux totalement inconnu, incertain, et surtout, instable, c’était trop. Elle avait pourtant pas bien peur de grand-chose, mais quand même, il faut bien craindre quelque chose non ? Personne n’est infaillible, elle la première.

C’est quand même drôle… On est tous les deux terrorisés par la passion de l’autre, on a pas l’air cons !

Elle ris avant de ressortir une cigarette, en posant une seconde sur la table en direction de Ben si ça le tentait.


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