AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

 

 A la lueur du feu se révèlent les vraies couleurs...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: A la lueur du feu se révèlent les vraies couleurs...   Dim 30 Juin - 6:45

J’avais jamais été un grand fan d’la Wicca, probabl’ment parce que j’préférais d’loin l’Vaudoo et les Loas, mais p’t’être aussi parce que, simplement, c’était beaucoup moins fun. Bon, j’avais failli réviser mon point d’vue sur l’sujet ces derniers temps, mais p’t’être seul’ment parce qu’Messaline c’était pas privée d’utiliser ses p’tits dons dans l’domaine pour m’faire les quatre cent coups. Bon, faut dire qu’j’l’avais mérité, mais, dans l’histoire, j’pensais surtout qu’on était tous les deux perdants… D’puis la fois où elle s’était débrouillée pour s’pointer chez moi, j’l’avais pas r’vue une seule fois. Et pourtant c’était pas les pubs et les night clubs qui manquaient sur ma liste d’chaque soirée. Elle d’vait p’t’être m’éviter, ou un truc du genre. J’ai essayé deux ou trois fois d’l’app’ler, mais comme elle répondait jamais, j’ai fini par m’lasser, m’dire que d’toute façon, ça pouvait pas finir mieux qu’ça et qu’d’toute façon, même si c’était super fun avec elle, c’était clair’ment pas elle qui m’trottait dans la tête vingt-quatre sur vingt-quatre. Et pourtant… J’sais pas c’qu’elle m’avait fait mais, à bien y réfléchir c’était bien elle qui finissait par m’trotter dans l’ciboulot pendant les heures creuses. D’abord j’m’étais dit qu’c’était logique, qu’après l’coup qu’elle m’avait fait, j’pouvais pas l’oublier d’un claqu’ment d’doigts comme on effaçait une tâche sur une table ou un autre truc. Non ça d’vait être tenace parce que cette fille-là, j’’l’avais eu dans la peau, tout comme son parfum qui m’était resté plusieurs jours dans les narines, sur un bout de tissu, dans les recoins d’mon esprit… J’m’étais convaincu qu’j’irais mieux d’ici quelques s’maines, que c’était qu’passager et j’finirais bien par l’oublier parce que d’toute façon, y’avait qu’Abiguaël qui comptait vraiment, même si elle persistait à pas voir l’évidence et à coucher avec n’importe quel mec qu’elle jugeait digne d’ram’ner à la maison, m’laissant dans ma piaule avec un spectacle sonore des plus distrayants…

Et pourtant, avec tout ça, elle n’avait pas fini par passer c’te garce. Quand j’m’couchais dans mon pieu, qu’j’fermais les yeux pour trouver un peu d’sommeil dans ces fins d’nuits où l’aube pointait d’jà l’bout d’son nez, c’tait elle qu’j’voyais avec ses yeux noirs et ses longs ch’veux. C’tait tell’ment récurrent qu’j’ai bien cru un moment d’v’nir complèt’ment dingue. Puis j’crois qu’j’ai réalisé un soir, j’sais plus trop quand exact’ment. Une fois d’plus, j’savais pas où la Princesse avait mis les pieds mais j’savais avec qui elle rentrait et c’qu’elle allait faire. C’t’à c’moment-là qu’j’avais compris quelqu’chose avait changé, parce qu’au-d’là d’tout c’que j’pouvais r’ssentir à c’te nouvelle vision, c’était l’indifférence qu’avait prit l’dessus, aussi surprenant soit-il. Fallait être idiot pour pas comprendre c’que ça voulait dire mais ça m’retournait complèt’ment. J’saurais pas dire combien j’ai passé d’jour dans ma piaule à m’retourner la tête encore et encore. J’me vois même d’mander au Baron c’qu’il en pense, sachant pertinement qu’c’est général’ment pas une bonne idée d’faire ça. P’tain, j’crois qu’si à c’moment-là on m’aurait proposé la tranquillité d’l’esprit contre une conversion au christianisme, j’s’rai entrain d’croire au bon dieu… M’enfin c’t’histoire ça f’sait pas vraiment mes affaires. Surtout qu’j’avais beau essayer d’me convaincre, ça m’aidait à la r’trouver si j’en avais envie. Bon, j’pouvais toujours r’tourner ciel et terre pour avoir un résultat mais connaissant la bougresse, ça aurait été vraiment comme essayer d’trouver une aiguille dans une botte de foin, une putain d’énorme botte de foin… Heures’ment, tout vient à point à qui sait attendre, et puis j’dois aussi r’mercier p’t’être les hasards du calendrier, même si, au fond, c’tait un peu un coup d’poker qu’j’étais entrain d’tenter, d’ailleurs, pour ainsi dire, j’me sentais pas mieux qu’si j’étais entrain d’essayer d’faire un casse, voire pire.

J’peux pas dire qu’j’étais rompu à l’exercice, ni même qu’j’étais sur d’l’y trouver, mais fallait qu’j’tente l’histoire, l’tout pour l’tout, parce que d’t’façon j’avais pas d’meilleure idée et qu’d’toute façon, c’était mieux qu’rien. On peut pas dire qu’j’avais un plan, plutôt une idée et qu’j’essayais d’la mettre en œuvre. Général’ment, les Wiccans étaient plutôt discrets, surtout lors d’leurs p’tites sauteries privées, mais, comme partout, y’avais toujours des p’tits malins – ou just’ment l’contraire – qui f’saient pas suffisamment attention. J’saurais plus dire si c’était un jeune ou si c’était un vieux, d’t’façon il faisait bien trop sombre pour qu’j’puisse distinguer quoiqu’ce soit à part sa forme. Mais un mec qui s’dirigeait en pleine nuit vers la forêt des Ombres était clair’ment là pour Beltane – la fête du feu. Et j’escomptais bien y trouver Messaline. Elle avait r’noué avec ses origines Wiccans spécial’ment pour tenter d’me clouer l’bec, avec un peu d’chance elle y avait prit goût et continuait ses p’tits tours et trouvait amusant d’participer aux p’tits rituels. Essayant d’suivre l’Wiccan d’assez loin, mais pas trop, j’arrivais enfin vers leur lieu d’rendez-vous. Dans tout ça, j’risquais surtout d’m’faire pincer et d’faire croire qu’j’étais là pour tout foutre en l’air, mais c’tait pas ça. Restait plus qu’à espérer qu’j’passerais r’lativement inaperçu, même si ça, c’était pas forcément gagné. M’planquant derrière un arbre à l’entrée d’la clairière, j’cherchais ma cible du r’gard dans la foule. D’abord j’pensais qu’c’était peine perdue, ou plutôt qu’elle était pas là, mais j’ravalais rapid’ment ma salive. Il suffisait d’la r’garder pour être sûr qu’c’était elle, même à mille lieux d’la femme qu’on connaissait d’la Nouvelle-Orléans… On aurait dit une autre personne, comme métamorphosée, mais j’savais qu’c’était bien elle, légèrement à l’écart. C’était ma chance, j’d’vais pas la manquer où j’pouvais m’en mordre les doigts pendant des décennies. Restant loin des r’gards, j’m’approchais d’elle avant d’l’aborder par derrière – j’sais, c’était pas la plus galante des façons… « B’soir… » C’tait un ton un peu penaud, qui portait surement avec lui pas mal d’excuses…
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: A la lueur du feu se révèlent les vraies couleurs...   Jeu 11 Juil - 7:54

Messaline, debout parmi la foule éparse, attendait que le Grand Mage prenne la parole et que les festivités puissent commencer. Quelques tambours résonnaient ça et là et c'était même à se demander s'il y avait quelqu'un pour en jouer et si ce n'étaient pas quelques sons d'ailleurs, des chuchotements d'autre monde.
Tout s'était figé dans l'attente, impatiente et fébrile, et elle ressentait la même chose, animée d'une tension vive qui ne demandait qu'à sortir, comme un ressort trop longtemps compressé. Elle se balançait d'un pied sur l'autre, et ce mouvement faisait s'entrechoquer les perles dans ses cheveux et sur ses vêtements dans un frisson mélodieux. Son regard allait partout, dévisageant discrètement les autres participants, tous ces visages méconnaissables qui émergeaient peu à peu de l'ombre. D'autres arrivaient encore, des silhouettes silencieuses et chargées d'ornements qui bruissaient dans la lueur des feux, des présences qui se dessinaient ça et là, jusque derrière elle.

Messaline ne sut pas si c'était grâce à quelque sens mystérieux, exacerbé par cette nuit particulière, ou bien quelque chose, un geste ou un bruit, qui l'alerta plus que de raison. Quelqu'un, là, juste derrière elle. Et pas n'importe qui. Elle sentit chaque cellule de sa peau se hérisser comme un chat en colère et se retourna soudain en entendant sa voix.

Merde.

Un instant, elle oscilla entre deux extrêmes; elle était de belle humeur ce soir, tout auréolée de grâce et de la magie de son sang, toute prête à festoyer pour oublier tout ce qui allait de travers dans sa minable existence. Elle aurait pu se réjouir de le voir, et ne rien dire. D'un autre côté, elle avait encore en bouche le goût amer de ses paroles, si gentil, oh, oui, bien sûr qu'il ne voulait pas lui faire de mal, mais qu'y pouvait-il? C'était trop tard. Crétin. Amoureux d'un femme qui le regardait à peine et s'en servait comme larbin, pauvre de toi, Zack.

Elle avait fui, comme de juste. Peut-être l'avait il cherchée, elle ne voulait même pas le savoir. Il avait été prévenu: elle allait disparaitre un moment et c'était très bien comme ça, pour revenir le jour où elle aurait guéri de ces foutus sentiments qui lui étaient venus sans prévenir. Alors oui, elle s'était cachée pour continuer de mener sa vie n'importe comment, pour continuer de l'oublier et de noyer chaque parcelle de son souvenir. Cela avait fonctionné, comme on pose un scelli sur une chose pour ne plus jamais y toucher. Elle avait fui tout ce qui lui faisait penser à lui, et avait fini par prendre conscience de la place qu'il avait prit dans sa vie, sans doute sans même le savoir.

La jeune femme oscilla entre des sentiments contradictoires pendant un instant, le fixant sans un mot, comme si elle n'en croyait pas ses yeux. Et puis, le bon sens reprit enfin le dessus et elle regarda autour d'elle, mais l'arrivée de Zack n'avait pas été particulièrement remarquée, et il fallait qu'il en demeure ainsi.

Messaline l'attira à l'écart, près des arbres, là où la lueur des feux s'estompait dans le noir. L'atmosphère était étrange, ici; le vent s'enroulait dans les feuillages qui semblaient se mouvoir d'eux-mêmes dans de lentes circonvolutions, qui chantonnaient dans l'ombre, d'étranges murmures et de puissants échos qui éclosaient et mouraient dans les sombre remous de la forêt. La lumière mouvante se couchait parfois dans la brise jusqu'à les laisser dans l'obscurité, avant de revenir comme une vague d'or changeant. Elle voyait pourtant distinctement son visage entre deux rafales, et les contours si nets de son corps dont elle gardait encore, malgré tout, un souvenir très net. Cela faisait un certain temps, déjà. Des semaines, peut-être? Elle n'avait pas compté, se contentant d'oublier mais à présent, tout cédait et le souvenir de sa présence, tous les souvenirs, revenaient inonder son esprit et semer le désordre. Quelque chose, indicible et puissant, lui tordait le ventre, une brûlure naissante qu'elle connaissait bien pour l'avoir ressentie, oh, tant de fois en sa présence.

-Qu'est-ce que tu fais là? T'as une idée de ce que tu risques si tu te fais repérer?

Sa voix n'était pas aussi assurée qu'elle l'aurait voulu. Traitresse, elle laissait entrevoir un peu du trouble qui l'avait envahie. La gorge sèche, les mains tremblantes. Tout était un peu différent, cette nuit. Beltane révélait les choses cachées, surtout les choses du coeur. Difficile de rester stoique, et de résister à l'appel. Elle se demanda un instant s'il en ressentait les effets, lui aussi.

Et puis, quelque chose la frappa. Quelque chose avait changé, chez lui, quelque chose d'évident. Elle avait trouvé son regard différent, presque éteint, sans savoir quelle en était la cause. Et puis à mieux y regarder, dans la pénombre, elle voyait enfin.

-Zack, murmura-elle sans oser comprendre. Tes yeux...

La réponse était, là encore, une évidence. Il avait gardé cette malédiction juste parce que ça plaisait à la Princesse; s'il l'avait enlevée, c'était bien que quelque chose était arrivé. Quelque chose d'important.

-Qu'est-ce qui s'est passé?
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: A la lueur du feu se révèlent les vraies couleurs...   Jeu 18 Juil - 13:29

C’était difficile de dire c’que j’attendais vraiment d’cette rencontre. J’m’étais pointé un peu au débotté, sans réellement être certain qu’j’finirais par trouver leurs p’tits rendez-vous secret, encore moins sûr d’la trouver là, elle qui n’avait final’ment r’noué avec la Wicca qu’pour s’venger des p’tits tours qu’j’lui avais joué. J’m’étais même pas posé la question d’savoir si elle voulait m’voir, m’parler, en fait, j’avais même pas réfléchi à c’t’hypothèse, j’avais juste agi comme ça, sur un coup d’tête, parce que ça pouvait plus durer et qu’j’devais faire quelqu’chose pour arrêter l’bordel qui s’était installé dans ma tête d’puis plusieurs semaines. J’d’vais admettre qu’elle était belle ce soir. La Wicca lui réussissait plutôt bien à vrai dire, mais ça c’était une chose qu’j’avais d’jà r’marqué à l’époque quand elle s’était r’penchée dans ses bouquins pour m’mener la vie dure. Elle avait p’t’être des habits d’fête ce soir aussi, mais elle était rayonnante, même si j’savais d’jà qu’un tel adjectif f’sait clair’ment trop fleur bleue… Quand elle s’était r’tournée, j’me d’mandais à quelle sauce j’allais être bouffé. Elle aurait pu m’gifler, m’enguirlander, ou j’sais pas quoi d’autre. Après tout, c’était une « sorcière », elle aurait p’t’être même pu m’transformer en salamandre, ou pire encore. J’suis même certain d’avoir vu son doute sur la marche à suivre dans son r’gard tandis qu’elle m’observait. Elle s’ref’sait sur’ment tout l’scénario d’notre dernière rencontre jusqu’à maint’nant, ou j’sais pas quoi, mais, à mon grand soulag’ment, elle s’contenta d’me tirer à l’écart d’la sauterie, à l’ombre des premiers arbres au bord d’la clairière, là où les lumières n’éclairaient plus autant et où un Vaudouns n’s’rait pas comme un mouche en plein milieu du potage, ou quelqu’chose du genre. J’savais qu’j’avais rien à faire dans l’coin et j’avais même une p’tite idée d’ce que j’pouvais risquer si j’me faisais choper par quelques pontes du coin.

J’étais pas sûr qu’ils gob’raient qu’j’étais pas là pour leur p’tite cérémonie ou les faire chier mais simplement pour voir quelqu’un qu’j’aurais pas pu voir autr’ment. Au fond, j’m’en fichais un peu d’toute façon, y’avait qu’Messaline qui comptait vraiment dans cette putain d’équation qui m’avait poussé à m’montrer ici, là où personne n’aurait voulu m’voir. « Ouais, j’le sais ouais… » Une voix fauss’ment détachée, mais plus sûre qu’j’l’aurais pensée. Bon point. « J’m’expose sur’ment à des trucs supers douloureux voire pire, même si j’doute que les Wiccans aient un esprit plus sadique qu’les Vaudouns. » Une fichue assurance d’ailleurs, même si ça jouait certain’ment pas dans c’qui pourrait m’arriver. Au pire, p’t’être qu’ils s’contenteraient d’me j’ter dehors avec un coup de pied, ou plusieurs, au cul, mais quelqu’chose m’disait qu’la magie s’rait plutôt au rendez-vous et pas d’la plus agréable des manières. Enfin bref, c’était pas important d’toute façon. « T’façon, j’me suis pas fait r’pérer, alors pas la peine d’flipper. » C’était probablement stupide comme comportement, très stupide même, mais j’avais rien d’autre pour essayer d’trouver une certaine contenance, d’pas avoir l’air stupide d’être là pour une raison aussi stupide que ces foutus sentiments à la con. J’m’étais adossé à un arbre, les bras croisés sur l’torse. J’avais pas envie d’commencer à parler, j’sais pas pourquoi, j’me sentais con d’être là, au beau milieu d’une fête Wiccane guindée, comme dans ces foutus films romantiques où l’mec réalisait sa conn’rie et courait sous la pluie pour r’trouver sa dulcinée qui prenait l’premier avion pour l’autre bout du monde. Rien qu’d’y penser ça m’faisait gerber. Non pas qu’j’étais pas romantique, mais trop c’était juste trop quoi. Et là, j’avais vraiment l’impression d’verser dans l’surplus de niaiseries, m’enfin bon, j’étais là quoi, et c’était pas comme si j’allais m’barrer sans rien dire, c’était bien trop tard pour ça et j’en avais trop sur la patate aussi.

Jetant un regard par d’ssus l’épaule d’Messaline tandis qu’j’la sentais m’regarder, j’observais un instant la fête qui semblait continuer sans faire attention à nous. Dans mes tripes j’pouvais sentir quelqu’chose. J’pouvais pas dire si c’était la magie qui se concentrait dans l’air ou simplement le fait qu’j’me r’trouvais d’nouveau d’vant la foutue fille qui m’obnubilait d’puis une dizaine d’jours au moins. Quand elle r’marqua qu’mes yeux avaient changés, j’r’posais mon r’gard sur elle. Ouais, c’était une chose ça aussi… « C’est compliqué… » Rah p’tain, par quoi commencer… Si elle se souv’nait d’pourquoi j’avais les yeux ambrés jusqu’à maint’nant, elle d’vait bien avoir une p’tite idée non ? « J’ai l’vé la malédiction. » Ca n’avait plus d’sens d’la garder, pas après avoir compris qu’final’ment j’étais pas si amoureux qu’ça d’la Princesse, du moins pas d’puis qu’Messaline c’était barrée et qu’j’l’avais pas r’vue. J’soupirais lourdement avant d’ancrer mes yeux à ceux d’la Wiccane. « Tu m’rend dingue Messaline… D’puis qu’tu t’es barrée, j’arrête pas d’penser à toi, quand j’ferme les yeux, c’est toi qu’je vois, c’est nos souvenirs qui m’reviennent en mémoire, pas ceux avec Abigaël. » J’me maudissais intérieurement. « La dernière fois qu’elle est r’venue à l’appart’ avec un autre étalon pour l’monter, j’me suis rendu compte qu’j’en avais plus rien à foutre, qu’au lieu d’m’énerver, j’étais juste lassé, qu’de toute façon, c’qui m’occupait l’esprit c’était d’me d’mander c’que tu pouvais bien foutre à cet instant et si t’avais pas fait une connerie. Alors j’ai compris qu’c’était plus elle qui comptait pour moi, mais toi et j’me suis rendu compte à quel point j’ai été con et stupide et tout c’que tu voudras. » J’soupirais… Au moins c’était dit. « P’tain Messaline, j’sais pas si tu m’as jeté un sort pour t’venger, mais j’arrive pas à t’oublier et, pire que ça, j’veux pas t’oublier… » J’pouvais pas l’faire, à moins d’sauter du haut d’un immeuble ou d’un pont, situations qu’j’envisageais pas vraiment…
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: A la lueur du feu se révèlent les vraies couleurs...   Dim 28 Juil - 13:01

C'est compliqué. ça l'est toujours, et ce genre de discussion commence toujours comme ça. Elle ne put s'empêcher de sourire, un peu, parce que cette fois les rôles étaient inversés et c'était lui qui s'aventurait chez elle pour déposer les armes. Elle comprit très vite où il voulait en venir, avant même qu'il ouvre la bouche, juste à son regard, à l'expression de son visage comme s'il ne se rappelait plus pourquoi il était ici. Il avait l'air de lui en vouloir, quoi de plus normal? Elle avait, elle aussi, foutu un joli boxon dans sa tête, à l'en croire. Elle avait vite compris pourquoi il avait levé la malédiction, parce qu'elle se souvenait très distinctement de la raison pour laquelle elle avait été jetée, mais elle voulait l'entendre de sa bouche, juste pour en être sûre.

"Tu m’rend dingue Messaline…"

Ces mots la frappèrent presque comme une gifle, et elle en frissonna, le souffle court. Elle resta silencieuse et le laissa parler, jusqu'à ce qu'il se taise enfin; et puis, elle eut un éclat de rire, vif comme un verre qui se brise.

-Je fais toujours des conneries, Zack.

Ce fut tout ce qu'elle trouva à dire, au début.
Ses paroles la retournaient toute entière, l'âme, le coeur, les tripes, des pieds à la tête. Son coeur battait très vite, très fort, et elle se sentait comme à bout de souffle, incapable de réfléchir, de penser clairement à quoi que ce fut. Dans la clairière, il semblait que la fête avait commencé; un brusque éclat de lumière les balaya lorsque le feu rituel fut allumé, le grand bûcher de Beltane. Et ce feu là, ce grand brasier qui ronflait dans un son d'orage n'était qu'une braise timide comparé à ce qui s'emparait d'elle à mesure qu'elle arrivait à comprendre, enfin, le sens des paroles de Zack. Durant tout ce temps, elle resta silencieuse, avant de parvenir à reprendre pied, lentement.
Au loin, les tambours battaient et la forêt murmurait. Tout se liguait pour lui faire perdre pied et elle se sentait à un pas du gouffre, de perdre tous ses moyens. La magie était dans l'air, ce soir, et tout semblait s'accorder d'une même voix pour chuchoter à son oreille qu'elle l'aimait encore, et peut-être plus que jamais après cette longue séparaiton forcée.

-Je pourrais dire la même chose de toi, avoua-elle enfin. T'as pas idée du nombre de trucs que j'ai dû éviter de faire, tous les endroits que j'ai fui, toutes les fois où j'aurais voulu me coller des baffes pour te sortir de ma tête. T'étais partout. Même ma piaule je pouvais pas y rester sans que ça me revienne. ça, plus les quelques coins improbables où on s'est envoyés en l'air.

Elle rit encore, chassant d'une main ses cheveux que la brise repoussait sur son visage. Elle avait songé depuis un moment à changer de ville et à s'en aller, puisque rien ne la retenait ici. Il s'en était fallu de quelques jours, sans quoi elle serait déjà loin et Zack n'aurait jamais pu la retrouver. Son esprit vagabond s'était vite senti à l'étroit dans cet endroit sans cesse hanté par sa présence et changer d'air avait été la solution la plus simple et surtout la plus efficace pour l'oublier, mais elle s'était donnée quelque jours pour réfléchir, attendre la fête du feu, et laisser aux esprits du soir le soin de lui souffler la bonne réponse. Mais ce soir, tout ce qu'elle entendait d'eux, c'était le même refrain: aime-le.

-Dire que j'ai failli reprendre la route, lâcha-elle soudain. Il s'en est fallu de peu.

Sa voix ne cessait de faiblir à mesure qu'elle parlait, elle finit par se taire de nouveau, la gorge sèche, l'esprit troublé. Elle ne savait plus quoi faire, et formuler une pensée était un effort surhumain dans le désordre soudain de sa tête. Elle n'arrivait pas à y croire, elle n'arrivait pas à se faire à l'idée et tous les murmures, les sifflements perfides de ses sombres démons se réveillaient un à un. Ils étaient tous faux, cruels, ils ne faisaient que du mal, elle le savait! Pourquoi serait-il différent, pourquoi le croire? Ah, stupide femme, stupide! Tu te retrouvera encore flouée, et il trahira comme tous les autres! Personne n'est capable d'aimer une putain. Il ment, il ment depuis le début.

Tant pis.

Elle se surprit elle-même à réaliser que tout cela n'avait aucune importance et que peu importait le mal qu'il pouvait lui faire, cela valait bien le bonheur d'être à ses côtés. Elle n'avait jamais été plus heureuse que durant les semaines passées ensembles, même lorsqu'il lui avait collé les pires malédictions dans les pattes. Elle tremblait, un peu, et la distance qui les séparait lui semblait insupportable. Quelque chose encore la retenait, un dernier fil, comme s'il y avait encore quelque chose à dire, comme si elle attendait encore quelque chose avant de céder à ce qui lui rongeait les entrailles. Ses yeux sombres le guettaient comme un chat, dévorants comme des gouffres, et trahissaient le désir dans leur éclat profond.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: A la lueur du feu se révèlent les vraies couleurs...   Dim 28 Juil - 15:23

Y’avait quelq’chose dans la posture d’Messaline, quelqu’chose dans ses yeux, dans son r’gard qui m’disait qu’elle savait d’jà pourquoi j’étais là. Ca lui donnait un air, qu’j’étais pas sûr d’avoir d’jà vu chez elle. C’était pas d’la supériorité, mais p’t’être une sorte d’assurance, une qui avait l’chic d’me saper la mienne. Parce que si elle était v’nue m’voir plusieurs s’maines avant pour m’dire qu’elle était amoureuse de moi, j’étais pas certain d’pouvoir dire que c’était toujours le cas. J’avais pu lire beaucoup d’choses dans ses yeux sombres quand on s’voyait, surtout quand elle s’était abandonnée dans mes bras, mais elle avait toujours été capable d’me surprendre, d’cacher son jeu avec merveille, probablement à cause de c’qu’elle faisait, même si, au fond, j’savais qu’elle était pas du genre à mentir ou à cacher quand elle était avec moi, c’était juste qu’elle était comme ça et ça m’avait jamais vraiment gêné, enfin sauf ce soir… Mais bon, c’était p’t’être surtout parce que j’étais d’jà mal à l’aise avec c’que j’avais à dire, p’t’être aussi parce que j’étais un peu débile et qu’j’m’étais rendu compte que trop tard d’ma stupidité et, sans l’ombre d’un doute, elle m’avait sur’ment d’jà traité d’tous les noms possibles et imaginables, m’maudissant au moins sur cent vingt-cinq générations, même si, au fond, j’avais sur’ment rien à craindre des malédictions d’une Wiccane. Enfin d’t’façon ça changeait rien au fait qu’j’devais lui balancer c’que j’avais sur l’cœur, parce que d’toute façon, j’étais pas v’nu ici pour causer sortilèges et chiffons, et encore moins pour profiter d’la fête, parce que d’toute façon, ça m’paraissait quand même un peu trop coincé pour moi c’genre d’p’tites réunions d’famille autour du feu. J’critiquais pas hein, mais quand même, chez les Vaudouns, on avait une meilleure idée d’c’qu’on pouvait faire pour s’amuser entre nous, fallait l’dire. Sans rancune.

Quand j’eus enfin fini d’déballer mon sac, son rire m’fit pas rire, pour ainsi dire. J’me souvenais qu’j’aimais bien la voir sourire et rire, dans un autre contexte, mais là ça m’glaçait presque l’sang, mais bon, la situation était pas la même, sans causer du contexte. Et si elle s’foutait d’ma gueule ? Si d’puis longtemps elle était passée à autr’chose ? En même temps, j’pouvais m’en prendre qu’à moi-même hein, c’était moi qui l’avait gentiment remballée quand elle était v’nue m’voir… C’était pas comme si elle pouvait m’rendre la pareille maint’nant sans l’ombre d’un r’mord, même si ça m’f’rait grave chier. M’enfin, on n’a qu’c’qu’on mérite hein ? Ses seules paroles m’laissèrent un peu sur l’vif. Elle f’sait qu’des conneries ? Ouais et ? Y’avait moyen d’avoir une suite ? C’était d’la compréhension ? Un écho à justement c’te fois où elle était v’nue voir pour m’dire qu’elle f’sait plus qu’en pincer pour moi ? ‘Tin, j’en pouvais plus, j’avais envie qu’d’une chose, qu’ça s’arrête, qu’je sache si j’avais bien fait d’ram’ner mon p’tit cul dans c’te clairière, quitte à m’faire cramer par des dizaines d’Wiccans en colère ou si j’aurais mieux fait d’rester chez moi à écouter la Princesse s’faire culbuter une énième fois et à m’noyer dans une grande bouteille d’whisky ou deux… J’savais pas si c’était Messaline, ou c’que j’ressentais pour elle qui m’mettait les nerfs en p’lote, p’t’être même les deux, mais j’me sentais à vif et j’avais l’cœur qui battait bien trop vite, plus encore que les tambours qui résonnaient dans la clairière embrasée. Même ce spectacle sons et lumières sponsorisé par l’Grand Mage n’arrivait pas à m’atteindre avec la jeune femme d’vant mes yeux et mon propre rythme cardiaque à mes oreilles… Sans ciller, j’l’écoutais briser à nouveau l’silence, parce que d’toute façon, j’savais plus trop quoi dire. J’avais tout dit d’t’façon, ou presque.

D’une certaine manière, j’avais sur’ment plus idée qu’elle n’pouvait l’penser. On avait probablement passé la même période tous les deux, même si, pour ma part, ça avait été plus tardif, l’temps qu’mon cerveau m’fasse comprendre c’que j’aurais sur’ment du réaliser depuis l’début, d’puis cette fois où elle avait atterri dans ma vie à la boite de nuit, après une danse des plus agréables. C’était p’t’être pas c’qu’on pouvait appeler un coup d’foudre, mais, quand j’avais réalisé qu’elle m’obsédait, j’avais aussi compris qu’ça faisait d’puis longtemps qu’elle empiétait ma tête et mes pensées. J’avais seul’ment était beaucoup trop con pour l’reconnaître plus tôt… Quant aux lieux improbables… Ils m’arrachèrent un sourire. C’était vrai que, d’ce côté-là, on avait fait des choses… Haem… Mieux valait p’t’être pas y penser maint’nant. Quand elle avoua qu’elle avait pas été loin d’se tirer d’la Nouvelle-Orléans, j’crois qu’mon cœur avait raté un battement, sur’ment d’soulagement. Parce que j’interprétais ça aussi parce qu’elle était contente d’pas être partie, c’qui pouvait que vouloir dire qu’elle en pinçait p’t’être encore… Ou qu’j’étais trop incapable de penser pour imaginer autr’chose. « J’crois qu’j’ai toujours eu une bonne étoile au-d’ssus d’la tête pour compenser mes conneries… M’faut bien ça j’pense… » Ouais j’étais nerveux, j’devais davantage ressembler à un jouvenceau boutonneux incapable d’parler à une fille qu’au Zack entreprenant qu’elle avait connu. « J’sais pas si c’est trop tard ou pas, si tu veux toujours partir ou pas, mais au moins j’t’aurais tout dit et j’pourrais pas m’en vouloir pour ça… J’suis amoureux d’toi Messaline, aussi déjanté qu’ça puisse paraître, aussi faux qu’ça peut sonner dans la bouche d’un mec face à une fille comme toi, mais j’t’ai dans la peau et pour rien au monde j’voudrais changer ça. »
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: A la lueur du feu se révèlent les vraies couleurs...   Dim 28 Juil - 17:27

Quand elle se rendit enfin compte qu'elle n'avait en réalité rien laissé entendre de précis sur ce qu'elle pouvait ou non encore ressentir pour Zack, Messaline se sentit tellement idiote soudain... Stupide! Comment aurait-il pu savoir, lui qui avait l'air d'avoir déjà du mal à faire le tri dans sa propre tête? Ses dernières paroles la surprirent, mais à bien y réfléchir, c'était sans doute cela qu'elle attendait, le mot de la fin. Juste l'entendre de sa bouche pour sceller le reste, comme pour ne plus laisser le moindre doute.
Elle se sentait réellement désolée pour lui, et ne tarda pas à lui répondre, cette fois. C'était compliqué, pour elle aussi. Tellement compliqué à dire, tout ce qu'elle pouvait ressentir à l'instant, avec les murmures de Beltane qui semaient le trouble...

-Je ne t'en veux pas, dit-elle d'une voix plus assurée que précédemment.

Elle finit par trouver ce qu'elle avait à dire. C'était presque évident, maintenant, et ça venait tout seul comme un fil que l'on déroule.

-Je pourrais jamais t'en vouloir, reprit-elle. C'est humain, c'est comme ça, ça fait tellement longtemps que tu étais amoureux d'elle, ça peut arriver d'être lent à la détente. Mais tu sais, toutes les fois où j'ai repensé à toi et que j'ai eu envie de me fracasser la tête pour que t'en sortes, je finissais toujours par me dire que bordel, ça en valait la peine. Même si j'ai souffert, c'était un faible prix à payer pour avoir été autant heureuse avec toi, même quand tu me balançais des malédictions à la gueule. Et je suis prête à recommencer, Zack.

Une pause, et elle le fixa intensément de ses grands yeux sombres.

-J'te cache pas que j'ai toujours un peu peur d'en souffrir, parce que t'as bien deviné que j'ai pas une expérience très bonne avec les mecs. Mais honnêtement, je m'en fous. Y'a une personne sur cette foutue planète que je veux, et c'est toi, quoi qu'il arrive, depuis le début. Y'en a pas un qui a réussi à prendre ta place et à t'enlever de ma tête, et pourtant y'en a un paquet qu'ont essayé.

Bon sang, ça faisait du bien... Elle parlait, enfin, et mettre des mots sur ce qu'elle ressentait apportait un bienfait inespéré. Tout semblait plus clair, maintenant le trouble était passé, qu'elle avait reprit pied et qu'elle comprenait enfin ce qui était en train de lui arriver. Il y avait encore beaucoup de choses qu'elle ne disait pas, mais cela pouvait attendre encore, ils avaient leur temps, maintenant, toute la vie devant eux s'il le fallait. Elle lui sourit, avec cette innocence joyeuse qu'elle avait parfois, et qui cachait le diable sous un voile de jouvencelle. Ses yeux brillaient dans la pénombre et reflétaient les flammes dans un éclat d'ambre profonde, comme un miroir liquide, une ombre teintée de fauve et de brun, et son sourire était plein de douces promesses alors qu'elle s'approchait de lui.
Elle passa ses bras autour de son cou, l'attirant un peu à elle, et son corps se pressa contre le sien, lentement, comme si elle prenait son temps, comme pour mieux savourer ce moment où elle pouvait enfin l'avoir près d'elle, à elle. Elle se souvint du soir où ils s'étaient rencontrés, et de la manière dont elle lui avait dit au revoir; elle sourit un peu, toujours aussi contente de son coup.

-Je t'aime, Zack, murmura-elle à son oreille avant de déposer un baiser sur ses lèvres.

Chassez le naturel, et il revient au galop, comme on dit. Maintenant que le trouble était passé, que tous les sentiments avaient été bien mis à plat, les confidences et les aveux, elle ne voulait qu'une chose: que tout redevienne comme avant, quand il n'était encore question que de se faire des coups en traître, de s'amuser de toutes les façons possibles et de ne surtout pas songer aux conséquences. Elle avait du retard à rattraper en la matière, après ces semaines sinistres où elle fuyait son fantôme.

Elle se déroba d'un pas agile, et s'écarta de lui en ôtant de ses cheveux et de son cou quelques ornements. Elle souriait, comme chaque fois qu'elle avait une idée derrière la tête, et Zack devait bien reconnaitre cette expression: en général, il n'avait pas le temps de s'ennuyer, après. Elle défit l'une des lourdes ceintures de soie bariolée, chargée de décorations, et la noua autour des reins du voodun, avant de lui passer les quelques bijoux qu'elle venait de s'enlever.

-ça serait dommage que tu ne participes pas à la fête, lança-elle tout en accrochant quelques perles gravées de symboles wiccans aux cheveux de Zack. Tu verra qu'on sait s'amuser, nous aussi, surtout le soir de Beltane.

Ce disant, elle lui adressa un petit clin d'oeil. Elle savait fort bien qu'il prenait les Wiccans pour une bande de bricoleurs un peu guindés et qu'il ne croyait pas un instant que leurs fêtes puissent être à la hauteur des petites sauteries Voodoo. Autant par fierté personnelle que parce qu'elle adorait le contredire, Messaline était fermement décidée à lui prouver le contraire, d'autant qu'il verrait bien vite que Beltane n'était pas la fête du feu et de la fertilité pour rien, et que la chasteté n'était pas exactement au rendez-vous, surtout en fin de soirée, après quelques bouteilles. Plusieurs de ses soeurs et de ses innombrables cousins et cousines avaient même été, et de notoriété publique, été conçus autour des feux de mai.

Quand elle eut terminé, elle recula d'un pas et le jaugea du regard, l'air songeur. Dans le noir, avec un coup dans le pif et sans trop y regarder, il pouvait presque passer inaperçu. De toute façon, la foule était nombreuse dans la clairière et les Wiccans ne lésinaient pas sur les costumes lors de leurs célébrations. Quelques peinturlures de plus, et il ferait un wiccan un peu exotique mais tout à fait convenable; tirant un reste de maquillage de ses affaires, elle s'ingénia à déguiser ses tatouages en quelque chose d'un peu plus raccord avec le ton de la soirée. Une fois cela terminé et toujours sans lui demander son avis et sans prendre en compte ses éventuelles récriminations, elle l'entraina vers les feux en souriant comme un beau diable qui s'est dégotté une âme damnée.
Elle trouva quelques musiciens désoeuvrés près d'un feu et, faisant signe à Zack de l'attendre là un moment, s'en alla les soudoyer en battant des cils pour qu'ils lui jouent ce qu'elle voulait. Très vite, un air de guitare s'éleva et Messaline revint près du feu, les yeux légèrement levés vers le ciel, comme pour s'imprégner de la mélodie. On oublie rarement ce qu'on est, au fond de soi, et Messaline avant tout aimait danser. Tout faisait ventre, pour elle, même cette vieille chanson espagnole, un mélange de flamenco et de quelque chose d'autre. Pourtant, c'était comme si elle avait tout à fait pu se passer de la musique, comme si c'était simplement un accessoire pour remplir un vide, comme si le musicien ne faisait que laborieusement suivre ses pas alors qu'elle s'envolait, qu'elle allait et venait et se tordait au rythme effreiné de ses pas. C'était elle qui menait tout, c'était elle qui captait toute l'attention et l'on aurait effectivement eut tort de ne pas la regarder. Sa taille se tordait comme tout son corps, animé d'une longue et puissante énergie qui la faisait évoluer, des gestes simples et pourtant contrôlés à la perfection, de la pointe des pieds jusqu'au bout des doigts.

Et parfois elle soulevait ses jupes, et parfois elle frappait dans ses mains, silhouette sinueuse, les yeux à demi clos et le visage sévère des dignes sévillanes. Il y avait dans ses pas, dans sa stature, toute la force et la vivacité du sang des gitans et elle faisait honneur à son peuple en ces moments là comme pour montrer que rien de ce qui leur avait été infligé n'avait pu tuer l'esprit de ces gens, leurs traditions et leur art qui s'était perpétué même chez celle qui avait tout renié. Et c'était la violence, la passion et le feu. Dans les gestes, les mouvements, les mains qui se heurtaient et ses pas qui rythmaient la musique. Messaline n'était pas qu'une putain écervelée. Messaline avait son jardin secret, Messaline en dansant se permettait d'être, de renaître, de continuer à être la petite gitane qu'elle avait été avant de tout noyer dans un grand verre d'alcool et de drogue. Et ce soir, oh, ce soir elle était la reine et c'était pour un seul qu'elle se montrait, c'était à un seul qu'elle voulait plaire, il n'y en avait qu'un dont elle cherchait le regard. Ses yeux sombres avaient un éclat renouvelé et elle était bien plus vivante, soudain, plus vivante qu'elle ne l'avait jamais été.

De feuille en feuille, de flamme en flamme, de murmure en chanson, tout l'univers relayait la nouvelle et les arbres chuchotaient entre eux alors qu'elle dansait: Messaline est amoureuse.

D'un geste, elle invita Zack à la rejoindre. Ah, il allait voir, si on s'ennuyait chez les wiccans...
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: A la lueur du feu se révèlent les vraies couleurs...   Lun 29 Juil - 10:18

Pour une des rares fois d’ma putain d’vie, j’crois qu’j’avais l’trac, ou quelqu’chose qui s’en rapprochait trop bien. J’peux pas dire qu’j’sois l’genre stressé, à paniquer pour un rien, loin d’là, mais face à Messaline, j’devais admettre qu’y’avait des fois j’me d’mandais si j’étais toujours l’même mec. Encore plus quand j’v’nais d’lui faire ma confession et qu’j’étais même pas sur qu’elle allait pas m’foutre un râteau, là, en plein milieu d’c’te foutue clairière. En un sens, j’savais qu’j’pouvais l’mériter. Après l’avoir envoyée valdinguée, c’était presque un juste r’tour des choses, mais j’avais pas envie qu’elle fasse ça, parce qu’au fond, j’étais même pas sur d’comment j’allais bien pouvoir continuer si elle m’envoyait sur les roses là, maint’nant, tout d’suite. Non, j’avais pas réussi à m’passer d’elle comme beaucoup d’p’tits minots avant moi, parce qu’elle d’vait éveiller des passions la belle, j’en étais sûr. Combien étaient v’nus lui dire qu’ils l’aimaient ? Probabl’ment des centaines même, parce que fallait pas s’voiler la face, la donzelle avait un passé sexuel chargé, mais ça f’sait partie d’elle et ça m’avait pas dérangé, loin d’là. J’la connaissais un peu la fille qui était en face de moi, j’savais pourquoi j’avais fini dans son lit la première fois et j’savais aussi que j’étais pas l’seul qu’elle avait emmené dans ses draps pour passer un bon moment. En fait, j’savais aussi qu’même si on d’vait finir ensemble, elle pourrait pas s’empêcher d’séduire un mec qui lui plairait. Au fond, j’aurais qu’une seule certitude, qu’elle reviendrait toujours vers moi et que si les autres n’étaient que des histoires, moi j’étais bien plus pour elle. La fidélité c’était pas quelque chose qu’on pouvait imaginer avec elle, pas avec le métier qu’elle faisait de toute façon, mais, vous savez quoi ? J’en avais rien à foutre. J’aimais une putain et ça n’m’gênait pas, parce que je savais que même si d’autres hommes profitaient d’elle, elle ne se donnerait complètement qu’à un homme, celui qu’elle aimerait. M’d’mandez pas d’où j’savais ça, mais j’avais pu l’lire dans ses yeux un soir, comme ça.

L’temps coulait, insidieux, et plus il défilait plus j’me disais qu’elle cherchait sur’ment un moyen d’me dire Merci mais non merci. J’étais presque résigné quand elle m’balança qu’elle m’en voulait pas. Surpris, j’attendais la suite, parce que d’vait forcément y’en avoir une, c’était pas possible autrement. Puis elle vint, c’te fameuse suite et, à dire vrai, j’en ai pas cru mon chapeau… Mon cœur avait du rater trois ou quatre batt’ments, ou un paquet d’autres, ça comptait plus vraiment d’toute façon, y’avait qu’elle qui comptait, c’qu’elle me disait et l’espoir fou qu’ça mettait dans l’fond d’mon crâne, à m’dire qu’elle pouvait pas m’dire ça et m’larguer comme une merde derrière, qu’elle allait forcément m’dire qu’j’étais pas v’nu pour rien, qu’y’avait moyen qu’on r’prenne là où on s’était arrêtés, qu’on oublie les conn’ries stupides entre-temps, mes conn’ries en fait, et qu’on passe à autr’chose, d’plus intéressant, d’plus marrant, d’plus vivant… J’savais qu’elle avait pas eu la vie facile avec les mecs, on n’en avait pas parlé vraiment, mais suffisait d’voir comment elle les considérait pour savoir qu’elle attendait rien d’eux. Au fond, j’savais qu’j’devais m’sentir flatté et j’l’étais. Elle m’f’sait confiance, ou quelque chose comme ça, et elle pouvait avoir confiance. J’allais pas la laisser tomber, pas comme ça, du jour au lend’main. On pouvait jurer de rien, parce qu’après tout, personne pouvait prédire l’av’nir, mais là, en cet instant, j’savais qu’j’tenais trop à elle pour lui faire du mal. On s’engueulerait sur’ment, mais ça c’est comme tous les couples, y’aurait des passages à vide, mais si ça impliquait d’vivre la même chose qu’les quelques s’maines qu’on avait passé tous les deux, alors elle avait raison, ça en valait vach’ment l’coup, et même plus. « C’pas la première fois qu’j’laisse un souv’nir impérissable dans les songes d’une femme… » J’avais dit ça avec un large sourire, p’t’être surtout parce que j’étais rassuré, j’avais r’trouvé ma confiance en moi, mon esprit taquin habituel, bref, j’étais r’devenu moi quoi… « Mais savoir que j’ai réussi avec toi est la meilleure chose qui m’soit arrivée. » Elle savait qu’j’étais du genre fidèle, qu’d’toutes façons, les autres nanas elles f’raient pas l’poids face à elle, mais rares étaient les femmes qui n’aimaient pas les compliments qui les démarquaient des autres et Messaline, plus que toutes les autres, les méritaient.

Ayant r’trouvé mes moyens, j’l’avais laissée s’rapprocher, passant ses bras autour d’mon cou avant d’m’attirer à elle tandis qu’j’me laissais faire presque trop docil’ment avant d’l’enlacer par la taille profitant de la chaleur de cet être qui m’avait tant manqué. J’en avais rêvé des nuits entières et si j’m’étais pas r’tenu, j’aurais probabl’ment fait plus que l’enlacer mais son murmure m’ramena un peu à la réalité avant qu’j’me laisse enivrer par l’parfum de sa peau et le piquant de ses lèvres. J’t’aime aussi Messaline… Difficile d’parler en embrassant mais j’étais convaincu qu’ma façon d’lui rendre son baiser lui en disait long sur c’que j’pensais en c’moment. Soudain, elle s’échappa d’entre mes bras avant d’commencer à tripatouiller ses ornements. J’fronçais les sourcils avant d’comprendre, quand elle m’proposa indirectement d’participer à la fête, qu’elle allait m’grimer en Wiccan. L’idée m’fit sourire. Ca c’était elle tout crachée, mais, au fond, elle avait raison. Et puis, j’savais qu’elle d’vait mourir d’envie d’me faire changer d’avis sur les fêtes Wiccanes. J’haussais les épaules, amusé. « Y’a du boulot pour m’convaincre, tu l’sais. » Un clin d’œil, amusé, avant qu’elle n’commence à bricoler dans ses ch’veux pour y accrocher des breloques qu’elle avait r’tirés d’ses ch’veux à elle. Pour l’aider, j’avais quand même r’tiré quelques trucs typiquement vaudous avant d’les fourrer dans ma poche. Ca plairait p’t’être pas aux Loas, mais j’m’en fichais. Ils d’vaient comprendre qu’c’était pas à cause d’eux, mais à cause d’elle et qu’d’toute façon, ça chang’rait pas ma religion et mes croyances. Participer à une Bar Mitzvah rendait pas Juif aux dernières nouvelles… Sans broncher, je la laissais me tripatouiller l’visage pour maquiller mes p’tites peintures. J’aurais bien donné cher pour avoir un miroir et voir en quoi elle m’avait grimé. M’enfin elle semblait contente du résultat et j’avais d’façon pas mon mot à dire avant qu’elle m’entraine au cœur de la fête, près des brasiers dont elle m’avait d’abord écarté. M’laissant à côté d’l’un d’eux, elle alla parler à des musiciens, avant d’r’venir sur un air qui sonnait espagnol. L’sourire aux lèvres, j’m’étais installé sur une grosse bûche qui servait d’tabouret, observant la demoiselle qui m’offrait un spectacle des plus plaisants. Elle m’avait souvent parlé de danse, m’en avait même montré quelques p’tits bouts mais rien d’aussi grandiose mais, ce soir, c’était différent, et d’une certaine manière, j’me doutais qu’elle d’vait se laisser aller, maint’nant qu’on s’était tout dit, qu’on avait fait l’point et qu’on pouvait enfin profiter, tous les deux. Incapable d’être lassé par un tel spectacle, j’étais presque comme hypnotisé par ses mouv’ments, par sa grâce sauvage et sensuelle. Quel ange ne se s’rait pas damné pour elle ? Quand elle m’invita à la r’joindre, j’hésitais pas, même si c’genre de danse c’était pas mon crédo, et, qu’pour ainsi dire, j’avais jamais dansé ça. « Il va falloir qu’tu m’apprennes, je crois. » Ca aussi c’était une vieille promesse, des mots lancés en l’air un soir, un matin… Danser avec elle… Sans attendre ses conseils, après l’avoir observé longu’ment, j’essayais d’reproduire des mouv’ments similaires aux siens, bien que, il fallait l’avouer, ils étaient bien moins sensuels…
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: A la lueur du feu se révèlent les vraies couleurs...   Dim 11 Aoû - 21:00

Aujourd'hui était un jour de fête. Le feu et la danse, unis dans un même élan, et les ombres mouvantes sous les arbres entrelacés. Soudain tout s'était tu, et dans le silence les flûtes s'étaient élevées comme les flammes, vibrantes, chatoyantes, comme une vague qui prend un élan et s'amasse avant de déferler et de tout envahir. Un instant, tout s'était figé dans le battement des tambours, un roulement, le son de l'orage. Les danseurs s'étaient amassés sous les arbres, tous peints et vêtus de couleurs vives, plumes et perles dans leurs cheveux dénoués, à un pas de la transe, à un pas de la perdition. Ce soir, jour de fête sous la lune! Depuis des milliers d'années la nuit la célébration du renouveau rassemblait chaque wiccan auprès des grands feux. On disait que les amours de Beltaine duraient pour toujours et que les serments de cette nuit étaient les seuls à être éternels. Messaline y croyait dur comme fer quand elle se noyait dans les yeux de son amant, quand elle l’entraînait dans la danse, qu'elle le guidait à sa suite pour lui monter, un, deux, trois, comment l'on dansait dans les pays de son enfance.

Et puis tout avait changé, la musique avait déferlé, les chants et les tambours, et le mouvement viscéral qui amenait l'un vers l'autre, un, deux, trois, comme si personne ne pouvait être seul, cette nuit là. Et dans la nuit teintée d'or rouge, les peaux reflétaient les lueurs des feux, et les spirales et les motifs semblaient prendre vie sur les corps des danseurs qui ondoyaient et se mouvaient avec force et ardeur et projetaient des ombres innombrables tout autour. Ah, il croyait que l'on pouvait s'ennuyer chez les wiccans? Mais la nuit de Beltane était plus puissante que tout, et la magie de ce jour était sans pareille, et même ceux qui n'avaient pas le sang des sorciers pouvaient le sentir, ce lent battement, cet appel à la fête, à la perte et à l'abandon... Le feu couvait en chacun, le feu vivait, poussait les uns vers les autres. Trouve toi, et trouve l'autre au creux des flammes, là où bat le pouls de l'univers. Messaline chantait à l'unisson avec les autres, ces chants anciens de Beltane, et avec les autres tissait le sortilège, au fil des pas, au fil des mots, dans les gestes et les parures. Dans la nuit, tous unis. Les pas, les gestes. Les motifs tracés sur leurs peaux. Rien au hasard, non! Ah, il n'en savait rien, lui; elle lui avait intimé de l'imiter scrupuleusement, mais nul n'aurait eu l'idée saugrenue de soupçonner son voisin, maintenant le sort se nouait de syllabe en syllabe, et que la magie affluait dans l'air, se propageait comme une étincelle... Comme une vague, elle affluait, elle s'amassait, en tourbillons invisibles qui faisaient frémir les arbres et s'emmêlait à leurs branches. Chaque nuit de Beltane, les sorciers allumaient de grands feux et lançaient leurs prières à l'assaut du ciel, pour la fertilité, pour que tout croisse et vive, dans les ventres de la terre et les ventres des femmes.

Et puis, la vague déferla dans le battement frénétique des tambours et les corps entremêlés, les peintures et les étoffes, tout s'emmêla dans un vaste camaïeu d'ors, de rouges, de sang et de fauve, dans l'ombre, les lueurs, l'aveuglante lumière des brasiers. C'était jour de fête. On s'enlaçait dans le noir, et les serments noués, et les promesses chuchotaient s'accomplissaient furtivement dans les fourrés. C'était jour de fête, et bien des enfants naîtraient marqués au sceau des flammes, comme Messaline l'avait été. Soudain, la transe, l'irréel. La foule ployait, s'agitait, ondoyante comme un fleuve bariolé, remplie de rires et de chants, flots d'alcool et flots de feu, et la musique qui s'envolait, folle, débridée, semblait guider chaque mouvement et chaque pensée.

Ce soir, une chose importait: elle n'était pas seule. Pas une fois elle ne s'éloigna de lui, indifférente à tout le reste, parce que c'était ainsi que cela devait être et Beltane lui donnait des ailes. Si elle n'avait pas aimé cet homme auparavant, elle l'aurait fait, à présent et les charmes et les sortilèges, les prières lancées par chaque gorge de chaque sorcier retombaient à présent sur tout un chacun et jetait là, ici, partout, les braises de l'amour et du désir, pour faire vivre, encore, chaque chose et chaque être. L'éclosion, dans les flammes, de quelque chose de nouveau. Serment éternel, éphémère, mais qu'importe? Ce soir, seule importait la joie, et l'abandon. Parce que c'était ainsi que la Déesse les avait faits, façonnés d'argile pure et de bois vert, et que leurs corps, leurs esprits faisaient partie du même don qu'ils se devaient d'honorer. Oh, peut-être que certains se seraient piqués de morale devant la célébration de la débauche et cette religion qui élevait en les choses de la chair; devant ceux qui dans l'ombre s'enlaçaient dans le secret des buissons et des feuillages et les étreintes furtives et joyeuses de ceux qui, à leur manière, partageaient dans un instant d'harmonie débridée le sacrement des plaisirs de l'existence. Sans honte et sans péché, pas ce soir, jamais! Cela attendrait demain.

Et Messaline, cet oiseau de feu, semblait presque s'envoler, radieuse et frissonnante, à mesure qu'elle délaissait quelques vêtements superflus qui laissaient voir alors sa gorge et ses épaules gracieuses, et de voluptueux secrets dans l'ombre remuante de ses jupes. C'était comme le soir où ils s'étaient rencontrés, la première danse, le premier frisson, quand elle avait ressenti pour la première fois quelque chose, émanant de lui. Ce moment de grâce, où la seule chose qu'elle pouvait ressentir était son contact, quand elle se laissait flotter, guider par la musique. Elle sentait le contact de sa peau contre la sienne, son souffle, près d'elle, et le battement effréné de son coeur qui répondait au sien, rien d'autre, les yeux clos pour mieux savourer l'instant, alors que le reste du monde s'effaçait pour qu'il n'y ait plus que lui, et lui seul. Elle sentait, au fond de son ventre, gronder les flammes, l'attirance viscérale, tout ce que la magie pouvait révéler, attiser, augmenter jusqu'à l'ivresse, jusqu'au vertige. Ce genre de choses ne reste guère longtemps caché, le soir de Beltane, et ses sortilèges n'avaient guère besoin de puissance, guère besoin de puiser loin pour réveiller chez Messaline tout ce qu'elle pouvait ressentir et avoir ressenti pour Zack. Qu'elle ne l'ait pas vu pendant des semaines rendait la chose encore plus pressante, à présent, comme un besoin, la soif, la faim, dévorantes, rampantes du fond de ses entrailles, et que le sortilège rendaient irrépressibles. A bien y réfléchir, c'était cette première danse qui avait décidé de tout; elle se souvenait encore de la sensation première, quand il s'était glissé derrière elle et qu'ils avaient dansé, longtemps, à en perdre la tête.

Elle se demanda un moment ce qu'il pouvait ressentir, lui, le voodun, lui qui n'avait jamais prêté l'oreille aux murmures de la Mère. Mais à voir l'éclat de ses yeux, elle le sentait touché, lui aussi, par la puissance du sort qu'ils avaient tous tissés de leurs chants et de leurs danses un peu plus tôt. Encore un peu, encore un instant, pas encore, pas tout à fait. Elle brûlait d'y céder, à cet appel qui lui faisait vibrer les os, lui envahissait la tête, la mettait en nage, lui coupait le souffle. Mais pas encore, non; encore un instant.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: A la lueur du feu se révèlent les vraies couleurs...   Dim 11 Aoû - 23:14

La fête d’Beltane. La plus dévergondée des fêtes Wiccanes, sans l’ombre d’un doute, mais, dans mon esprit, même la plus débauchée d’ces fêtes de p’tits sorciers n’pouvait pas vraiment valoir une vraie soirée entre Vaudouns. C’était pas du racisme, loin d’là, p’t’être des préjugés, à la rigueur, mais il fallait s’rendre à l’évidence, ils n’étaient pas franch’ment connus pour être les rois d’l’amus’ment, d’la débauche ou des plaisirs dans ma conscience, ou même celle d’tous les p’tits fêtards d’c’te ville. M’enfin, même si les Wiccans n’étaient pas des parangons d’la fête, y’avait l’une d’entre eux qui f’sait exception : Messaline, la même qu’celle qui m’avait grimé pour qu’j’ressemble à l’un des leurs pour qu’j’puisse profiter d’la fête avec elle, pour qu’moi aussi j’puisse danser autour des feux, alors même qu’elle m’invitait à danser sur un rythme qui m’était inconnu mais, qu’avec elle, j’étais prêt à danser quand même. A la lueur des flammes de c’te nuit, à ses côtés, j’me sentais d’toute façon beaucoup mieux qu’jamais. P’t’être simplement parce que j’lui avais dit c’que j’avais sur l’cœur et, qu’en plus, ça n’avait pas été trop tard, qu’elle m’attendait encore, d’une certaine façon d’parler. J’aurais pas pu espérer mieux, mais quelqu’chose m’disait qu’la soirée était loin d’être terminée, suffisait d’voir l’sourire qu’elle m’lançait et cette invitation qu’elle m’avait lancée. J’connaissais rien en c’te musique qui était sienne, mais j’avais envie d’m’y glisser, sans l’ombre d’un doute, tout ça parce que ça m’rapprochait d’elle maint’nant qu’j’trouvais insupportable d’être plus loin d’elle qu’d’un r’gard. C’tait idiot, mais, au fond, y’avait rien d’intelligent à être amoureux, on l’savait tous les deux, et qu’y’avait qu’ces putains d’sentiments qui étaient importants et c’qui nous poussaient à faire, à r’ssentir, à vivre. J’brulais d’envie d’savourer c’te danse avec elle, celle qu’elle m’avait offert jusqu’à maint’nant, rien qu’pour voir c’qu’on pouvait en faire à deux.

Alors qu’j’me glissais plus près d’elle pour entrer dans la danse, sans chercher à comprendre, j’suivais ses pas. Ouais, j’étais plutôt du genre à imprimer mon propre rythme, mais c’soir, c’était pas s’qui importait, bien au contraire, la suivre elle c’était un peu comme une communion d’foi, l’envie d’lui montrer quelqu’chose, un message, sans savoir vraiment c’que c’était, juste qu’elle comptait et qu’y’avait personne d’autre avec qui j’avais envie d’passer la soirée. Même si, au fond, y’avait sur’ment personne avec qui j’aurais pu la passer. Et tandis qu’elle m’entrainait dans les méandres de son esprit, dans les affres d’sa vie, parce que c’te danse c’était rien d’autres qu’un truc à elle, qu’elle m’f’sait découvrir comme elle l’aurait sur’ment fait avec personne d’autres. Fallait pas être con pour s’en rendre compte. Des mecs avec qui elle dansait comme ça, y’en avait sur’ment pas dix milles. Même pour s’éclater. Et là, c’était clair’ment pas pour ça, c’était pour quelqu’chose de plus, sans trop vraiment savoir quoi. Et tandis qu’elle m’faisait chavirer autour du feu, j’avais l’impression d’être possédé, en quelqu’sorte, et j’me d’mandais pas si les p’tits sortilèges d’nos amis Wiccans commençaient pas à m’faire d’l’effet. J’avais jamais cru à la Wicca mais fallait pas s’leurrer, leur magie était sans doute pas tell’ment différente d’la notre, ou du moins, il d’vait y avoir suffisamment d’similitudes pour qu’les uns puissent r’ssentir l’pouvoir des autres. J’étais pas trop dans les lignes telluriques et tout l’bazar, même si j’étais pas contre un cours particulier d’ma p’tite Wiccane préférée, mais j’pouvais pas nier d’avoir l’impression d’les sentir c’soir, ou alors c’était p’t’être parce que j’étais déjà ivre du parfum d’ma partenaire et qu’les tourbillons et les flammes faisaient pas bon ménage dans mon esprit. J’étais pourtant incroyablement résistant pour l’alcool, alors quelques tourbillons c’était pas s’qui allait m’retourner la tête, si ? Nah… Ca d’vait être la Magie…

Au fur et à m’sure d’la soirée, j’avais l’impression qu’mes sensations s’démultipliaient encore et encore. C’était même plus une question d’danse, d’incantations bizarres où j’me contentais d’reproduire les sons qu’Messaline faisait pour essayer d’berner mon monde mais j’avais comme dans l’idée qu’les autres avaient rien à foutre d’moi, plus occupés qu’ils étaient d’profiter d’la soirée. Quelques r’gards autour d’moi m’faisaient comprendre qu’y’avait apparemment déjà certains occupés à faire autr’chose que profiter d’la fête et, en posant les yeux sur ceux d’ma p’tite sorcière bienaimée, j’ai compris rapid’ment qu’apparemment c’était monnaie courante. Final’ment, on s’ennuyait pas tant qu’ça dans ces soirées Wiccanes. L’esprit r’tourné par l’ambiance, porté par des sensations exacerbées, chaque contact avec elle était presque brulant. J’étais atteint d’une fièvre que j’avais jamais connu, même quand j’avais pu désirer ardemment une femme. Si j’avais bu quelqu’chose j’aurais dit qu’on m’avait filé un truc pas net, mais j’avais rien bu, du coup, j’me d’mandais si on m’avait pas lancé un sortilège à mon insu. Qu’Messaline ait fait ça m’étonn’rait même pas, mais, au fond, j’savais qu’elle y était pour rien, qu’c’était juste l’évèn’ment, qu’c’était comme ça qu’ça s’passait. Alors quand j’croisais l’regard d’Messaline, encore, j’avais du mal à résister à l’envie d’m’rapprocher, encore, encore. Tout m’pousser vers elle, mes propres sentiments, pour sûr, mais une autre force, sourde, grondante, brûlante qui la rendait encore plus désirable qu’elle ne l’était, pour peu qu’ce soit réell’ment possible. Et c’était pas comme si c’était pas pareil pour elle. Au fond, j’avais d’jà une p’tite idée d’la suite des évèn’ments, un peu comme si on m’soufflait d’jà à l’oreille c’qui allait arriver et rien dans c’que la magie m’murmurait m’paraissait désagréable, bien au contraire. Combien d’temps j’pourrais résister à ça, j’en avais aucune idée, mais plus j’étais proche d’Messaline, plus j’arrivais pas à m’défaire d’elle. J’pouvais plus la quitter, mais en un sens, j’avais envie d’plus qu’un simple rapproch’ment…
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: A la lueur du feu se révèlent les vraies couleurs...   Dim 25 Aoû - 14:51

Ce soir était nuit de fête. Dans les flammes, dans l'ivresse et la danse, et les nœuds liés du charme de Beltane qu'ils avaient tissés tous ensemble d'une même voix, le sort qui dans un même élan unissait le ciel et la terre et faisait bouillir le sang des êtres.

Le rire de Messaline résonnait comme un chant, au milieu du vacarme. Un moment, un homme revêtu d'une peau de cerf et coiffé de ses bois avait tourbillonné au milieu des danseurs, au son sourd et grave des tambours qui martelaient un rythme rapide comme la course des sabots de la troupe. Il avait tourné, ployé, vêtu de la dépouille factice de l'animal sacré, une vision belle et terrible dans la lumière rouge des grands feux, pareille à ces peintures de chamanes sur les rochers à l'ombre d'antiques collines. Depuis des milliers d'années, le même usage, le même rituel et le Dieu cherchait compagne, et c'était la vie qui dansait au milieu d'eux, son incarnation la plus pure. Et puis, le danseur avait trouvé parmi eux celle qu'il cherchait, et l'avait emportée vers les bois sous les vivats de la foule. Une fois, deux fois, trois fois, le Dieu et la Déesse rejouaient leur union éternelle en cette nuit de renouveau, alors que les jours allaient en s'attardant vers l'été encore à ses premiers feux. Messaline ne s'attendait pas à ce que Zack saisisse les subtilités de ce qui était en jeu, ce soir; elle lui expliquerait, peut-être, un jour, plus tard, ce qu'ils avaient vécu là, tous unis dans le même élan. L'heure n'était pas encore aux leçons de mystique wicccane, mais plutôt à la pratique, en vérité.

Et la musique battait encore, plus fort, plus vite, et la jeune femme tourbillonnait sur ses pieds nus à s'en écorcher les orteils à chaque pas, et la danse les emportait tous dans une transe extatique qui confinait à la violence. Un déferlement d'énergie, qui envahissait chaque être et mêmes les arbres semblaient se mouvoir avec eux, ou peut-être était-ce l'effet du sortilège ou des ombres mouvantes, mais tout, à cet instant, semblait animé de la même vigueur nouvelle. Il était là, le secret; Messaline se souvenait à présent. La sensation. Celle de sentir son coeur battre au même rythme qu'un million d'autre, sentir la vie irriguer son corps comme la sève du printemps, la même que celle qui coulait dans les branches tordues au-dessus d'eux et faisait murmurer la terre d'un son sourd. Brusquement, la distance avec Zack était devenue insupportable, comme s'il lui manquait quelque chose de vital et elle s'était blottie contre lui, ses bras noués autour de son cou, comme une première tentative pour ne plus faire qu'un sous la lune. Plus de vide, soudain; la sensation familière de néant intérieur avait été chassée et c'était l'univers tout entier qui battait au creux de sa poitrine, et au centre, Lui. Elle posa une main sur le coeur du voodun, les yeux clos, et sentait l'énergie circuler sous ses doigts, jusqu'à son propre coeur. Partager un même élan, dans la danse et l'ivresse, un même battement, un même souffle. Aveugle à toute autre chose, elle se souvint l'avoir embrassé, et puis...

Là. C'était l'instant. Le bon moment. Quelque chose chuchota dans les ténèbres dansantes: va, ma fille, aime et sois bénie. Qui aime à Beltane, aime pour toute sa vie. Les vieux contes et les histoires, les mythes avaient prit chair et corps dans la nuit folle et c'était eux qui s'adressaient à elle dans son esprit.

L'ombre murmurante de la forêt pleine de chuchotements et de bruissements résonnait encore de la rumeur des tambours et de la lueur des feux, qui filtrait au travers des feuillages comme un soleil tombé à terre. Elle se souvint lui avoir chuchoté quelque chose, une invite. Ils s'étaient éloignés de la clairière, jusqu'aux bois sacrés où d'autres consommaient déjà leur union avec bonheur, et avaient cherché à leur tour un lieu propice. Elle avait prit Zack par la main et ce simple contact était une brûlure, comme tenir une braise au creux de sa paume. L'air était plus frais, au milieu des arbres et le vent soufflait en murmurant dans les feuillages; cela aurait pu leur éclaircir l'esprit mais la douceur de la brise sur sa peau ne faisait que rendre la fièvre plus ardente encore. La lune haute dans le ciel limpide lançait des rayons clairs à travers les branches, et baignait d'une clarté vive quelques trouées au milieu des arbres, dont une semée d'herbe grasse qui sembla plaire à Messaline. Dans ce jeu d'ombres et de lumières, elle voyait Zack apparaitre et disparaitre et se dissoudre dans l'obscurité, parfois, avant qu'un éclat soudain ne lui révèle sa présence. Toujours il était là, comme un prolongement soudain naturel à son propre bras, sa main dans la sienne que ne semblait plus faire qu'une.

Et puis l'instant d'après, comme un battement de cils, comme si le temps ne s'écoulait plus de la même manière, elle était allongée dans l'herbe douce, comme un cocon complice sous la lumière de la lune et le bruissement des feuillages. Oh, il ne se doutait peut-être pas de quelle magie on avait infusé son sang, peut-être ne comprenait-il pas le sens de leurs chants et de leurs danses, qui avaient enveloppé les bois d'un vaste sortilège. Il avait eu l'air jusque là de plutôt sous-estimer les wiccans et leur magie; mais la puissance ne se montre pas toujours à visage découverte et il en était à présent la proie, tout comme elle, tout comme ceux qui étaient présents ce soir, sous l'emprise de ce sort qui faisait s'épanouir plus fort encore, plus ardamment que jamais tous les vertiges de l'amour et de la chair.
Etendue sous la lune, Messaline le laissa venir à elle, et une à une les étoffes et les liens s'en allaient, refluaient, rejetés au loin comme autant de barrières superflues, jusqu'à ce que plus rien qu'un souffle d'air et un reflet de lumière ne puisse s'interposer entre eux dans l'étreinte, les baisers et les caresses. La passion renouvelée de ce soir de fête avait défait tout ce qui pouvait encore les faire douter; ce soir, Messaline aimait comme jamais elle n'avait aimé, et contemplait en souriant le visage de la lune sereine dans le ciel d'été. Il aurait été vain, et bien dommage, de vouloir garder le moindre contrôle. A quoi bon? Une énergie nouvelle l'avait envahie et avivait encore et encore les flammes qui lui dévoraient le ventre, et c'était comme s'ennivrer de lui, comme n'en avoir jamais assez. Même leurs ébats les plus passionnés semblaient bien tièdes à côté de ce qui se jouait là, parce qu'à tous les attraits purement charnels qu'elle avait pu lui trouver, s'ajoutait la certitude absolue qu'il n'y aurait plus jamais personne pour le surpasser à ses yeux. Elle retrouvait la connivence d'esprit et de corps qu'elle avait tant appréciée les premières fois; comme si, au-delà de tout ce qu'ils avaient pu ressentir l'un pour l'autre, ils ne pouvaient que s'entendre, comme si au final, ils étaient faits l'un pour l'autre. Elle n'avait pas pu se lasser de lui, et il semblait qu'elle ne le pourrait jamais car chaque fois il revêtait de nouveaux attraits, et il parvenait toujours à la surprendre.

Dans l'herbe perlée de rosée, environnés de la forêt murmurante, encore une fois rejouer l'union sacrée, ce qui donnait la vie, consommer le feu et la flamme, et le péché ce soir sanctifié par le rituel. A Beltane, tout était permis mais si peu étaient aptes à comprendre ce qui pouvait se jouer dans l'ombre complice des bois sacrés... C'était l'union, parfaite, indissociable, un lien indéfectible scellé à la lueur de la lune. Il avait quelque chose de mystique dans la jouissance, un moment de plénitude parfaite, ce que tant avaient cherché en vain durant des siècles et dont les wiccans gardaient avec une jalousie complice le secret, ce secret ce soir partagé avec celui qui n'était pas de leur sang. Elle espérait qu'il comprendrait, qu'il ressentirait comme elle tout ce qui se jouait là; il y avait un tel bonheur, qu'elle ne voulait le partager qu'avec lui dans ces quelques secondes où les battements précipités de son coeur s'accordaient dans un unisson vibrant avec tout, autour d'elle, tout ce qui vivait, tout ce qui se mouvait, jusqu'aux tréfonds la terre elle-même. C'était comme être frappé par la foudre et sentir un courant d'une puissance invraisemblable traverser son corps de part en part, un trait d'union entre le ciel et la terre; se sentir vivre, plus que jamais, sentir chaque fibre de son corps vibrer d'un même élan.

Sais-tu? Murmurait son regard sous la lune. Les yeux de Messaline, comme des agates sombres, brillaient d'une flamme déroutante. Le sens-tu? Ecoute, respire, ressens, maintenant. Elle était heureuse que ce jour si particulier ait vu l'heure de leur réunion et le fait de partager cela avec lui rendait son ivresse et sa joie plus folles encore, plus ardentes et plus vives. Elle rit, doucement, le souffle court, les cheveux en désordre ruisselant sur elle chargés de brins d'herbe et de feuilles accrochés à ses mèches rousses. Elle était allongée sur lui, sans parvenir à s'en détacher, sans vouloir le quitter et rompre le contact ne serait-ce qu'une seconde. Un vent frais la faisait frissoner, apportant la fraicheur là où le feu et l'effort avaient fait rouler quelques gouttes de sueur dans la courbe de son dos.

-Je t'aime, murmura-elle dans un sourire heureux.

Jamais rien ne fut dit de sa bouche avec plus de coeur et de sincérité qu'à cet instant, à mesure que les mots semblaient dérisoires et faibles, un drôle d'euphémisme pour exprimer tout ce qu'il y avait au fond d'elle à cet instant. Mais ce que les paroles ne disaient pas, son regard le complétait amplement, scintillant de lune dans la nuit d'été.

Qui aime à Beltane aime pour toute sa vie.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: A la lueur du feu se révèlent les vraies couleurs...   Mar 3 Sep - 11:10

Il existait dans c’te clairière, ce soir, quelqu’chose qu’j’aurais jamais pu imaginer des Wiccans en général. D’Messaline à la rigueur, car cette fille respirait la passion, la sensualité et le désir, mais la plupart des autres apprentis sorciers r’ssemblaient tell’ment à des pingouins endimanchés qu’j’pouvais pas vraiment croire c’que j’voyais d’mes yeux. On aurait presque pu croire qu’ils essayaient d’faire concurrence à nos p’tites réunions Vaudoos, où, faut s’l’avouer, ça finit souvent en paire de jambes en l’air, par principe, parce que l’sexe, c’est bon, c’est l’plaisir, et qu’il y’a clair’ment pas d’mal à s’faire beaucoup d’bien. Mais au-d’là d’c’te constatation, j’pouvais r’ssentir que quelqu’chose semblait s’emparer d’moi, d’m’attraper par les trippes et d’me les r’tourner dans tous les sens, mais pas pour m’rendre malade, bien au contraire, mais pour y faire naitre des sensations exacerbées, des envies insolentes à assouvir sans l’ombre d’une minute d’attente. A chaque fois que je posais les yeux sur Messaline, j’avais l’impression d’la trouver encore plus belle, plus sensuelle, plus désirable. Elle était pourtant toujours la même mais j’savais que c’qui nous entourait m’rendait encore plus réceptif à toutes ces qualités qui s’dégageaient d’elle. Certains avaient des sens développés, mais c’soir, c’était pas tout à fait la même chose. J’ne la voyais pas mieux, j’ne la sentais pas mieux, j’la ressentais plus précisément. Chacun de ses gestes, chaque mouvement m’donnait à voir et r’voir c’qui m’avait envouté chez elle sans même qu’elle ait eu b’soin d’recourir à d’la magie, et m’rapp’lait c’te première fois où elle m’avait d’jà envoutée en dansant sur c’te scène des Plaisirs Coupables avant d’me soumettre à son charme – bien qu’on d’vait admettre qu’j’m’étais pas vraiment défendu – et d’me laisser prendre à ses filets. C’était s’jour là qu’j’avais succombé, j’le savais pas encore à c’t’époque mais c’était clair maint’nant, dès c’te première nuit j’étais tombé amoureux d’elle, j’avais seul’ment était trop con pour l’voir.

Mais j’étais loin d’pouvoir encore réell’ment réfléchir. J’vivais, j’ressentais, j’voyais cet homme-bête s’chercher une compagne et l’emporter dans les bois. Oh, j’savais pertinemment c’qui allait s’passer là-bas, mais ça m’semblait incroyabl’ment normal. J’étais pas sûr d’saisir les implications d’cette p’tite sauterie Wiccane mais clair’ment j’étais entrain d’y participer plus qu’de raison et, qu’les Loas m’pardonnent, mais y’avait rien qu’j’pouvais faire pour pas m’laisser subjuguer. Avec un peu d’recul, j’me dis qu’c’était p’t’être just’ment parce que j’suis pas un Wiccan et qu’j’étais pas capable d’reconnaître et d’contrôler – au moins un peu – c’qui m’possédait, c’qui m’donnait c’t’envie insatiable, ce désir rongeant d’me laisser glisser entre les bras d’Messaline, un espoir qui fut entendu tandis qu’elle se lovait contre moi, glissant une main sur ma poitrine, dans un geste qu’j’avais ressenti puissance mille. Jamais une caresse n’avait autant émoussé mes sens et j’ne me trompe sur’ment pas en disant qu’un puceau en aurait sur’ment déjà mouillé son cal’çon. J’ressentais chaque sensation au centuple, et il m’semblait sentir l’cœur d’ma Wiccane au travers d’sa peau, à moins qu’ce fût l’mien qui battait décidément beaucoup trop fort. Et puis y’avait eu ce baiser, à des années lumière d’la réalité, j’me souv’nais pas d’avoir r’ssenti un truc pareil, même avec elle. M’jouait-elle des tours ? Quelque chose n’tournait pas rond avec moi, mais en même temps, c’était tell’ment délicieux qu’ça m’dérangeait pas qu’elle s’joue de moi. J’avais comme l’impression d’redécouvrir les plaisirs de l’amour, mais j’étais pas capable d’dire si c’était parce que j’étais amoureux ou sous l’influence d’un sortilège Wiccan. Enfin, y’avait peut-être pas beaucoup d’différences en fait, n’est-ce pas ? Et y’a eu s’murmure dont l’écho résonnait encore en moins quand elle m’prit la main. J’étais trop envoûté pour pouvoir dire non et même si j’avais eu toute ma tête, j’aurais pas dit non. Alors les yeux fixés sur sa magnifique chevelure, j’la laissais m’guider entre les arbres, observant son r’gard qui s’retournait parfois vers moi.

On s’éloignait des feux, ne restait que la lune, sa lueur pâle qui pourtant sublimait chaque aspérité qu’elle touchait. J’avais l’impression d’être guidé par une Nymphe des bois, l’une de ses créatures magnifiques – bien que je n’y croyais pas vraiment, mais pour l’coup, j’aurais pu y croire vraiment – qui vivaient parmi la végétation. Quelques minutes plus tard, ma guide glissait sur le sol, au milieu d’une clairière pour s’offrir à moi et j’dois admettre qu’j’ai pas attendu longtemps pour la r’joindre, mais p’t’être aussi parce qu’elle m’tenait encore la main à c’moment-là. Et puis, ce fut l’effeuillage, faire tomber les barrières de tissus les unes après les autres, ne plus supporter qu’autre chose que le contact de sa peau, chaude au milieu de l’air frais de la nuit, contre la mienne. J’me souviens plus de grand-chose, hormis qu’cette expérience était unique et qu’elle était à mille lieues de c’que j’avais déjà pu r’ssenti rentre les bras d’ma Wiccane. Mon corps entier semblait vibrer à l’unisson du sien, et, surtout, semblait brûler d’un brasier si ardent que j’aurais pu avoir la sensation de brûler vif d’un désir et d’une passion exacerbés. Ce n’était pas douloureux, bien au contraire, mais pour la première fois depuis longtemps, il me semblait ne pas avoir le contrôle de mon corps. C’était grisant. C’était différent. J’me sentais incroyablement vivant. Et quand Messaline me porta jusqu’à la jouissance… Il n’y a aucun mot pour décrire c’que j’ai ressenti, si ce n’est peut-être que c’était unique. Et j’suis convaincu que seuls ceux qui l’ont vécu peuvent réellement l’comprendre. L’souffle court, j’avais gardé les yeux fermés longtemps, pour m’remettre de l’intensité d’mes émotions, et, quand j’les avais final’ment rouvert, il y avait elle, Messaline, cette femme surprenante et désirable, cette femme qui était mienne, ce soir, et, j’en étais convaincu, qui serait mienne pour tous les autres soirs que cette vie m’offrirait. Son murmure me frappa en plein cœur. Elle n’pouvait pas savoir à quel point c’était « important » pour moi d’entendre ça d’sa bouche. Moi qui avait aimé une femme jusqu’à maint’nant qui m’avait jamais retourné une once d’amour comme j’l’ressentais, entendre ces mots-là était grisant, rassurant, apaisant. Un léger sourire ourlait mes lèvres, ma poitrine se mouvant toujours rapid’ment sous la peau de la Wiccane. Glissant mes bras autour de sa taille, la serrant contre moi dans un geste affectueux, j’levais mon visage vers elle pour l’embrasser bien plus sag’ment que quelques minutes plus tôt. « Je t’aime Messaline. » Un murmure tandis que je laissais retomber ma tête dans l’herbe grasse, l’observant longuement. Elle devait se douter à quel point ces mots étaient importants pour moi, après tout, elle me connaissait surement presque par cœur. « Je retire ce que j’ai dis sur les fêtes Wiccanes, il semblerait que vous sachiez faire la fête aussi, de temps en temps. » Un large sourire malicieux glissait sur mes lèvres tandis qu’j’reprenais mon souffle, bercé par la chaleur de la peau d’Messaline et la fraicheur de l’air ambiant.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé





MessageSujet: Re: A la lueur du feu se révèlent les vraies couleurs...   

Revenir en haut Aller en bas
 

A la lueur du feu se révèlent les vraies couleurs...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
The Voodoo Child :: Beltane - La fête du Feu-
Créer un forum | © phpBB | Forum gratuit d'entraide | Contact | Signaler un abus | Forum gratuit