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 [Chez Zack] I never knew delight could be so violent TERMINE

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MessageSujet: [Chez Zack] I never knew delight could be so violent TERMINE   Sam 16 Mar - 11:15

Debout sur le pas de la porte, Messaline rajusta ses cheveux en arrière, vaguement nerveuse. Elle marqua un temps d'arrêt, comme pour bien se rendre compte de ce qu'elle allait faire, dans quelques instants. C'était bien la première fois qu'elle prenait cette décision-là, et c'était bien parce que c'était lui. Lui, lui, et encore lui. Sacré voodun, sacré tête de mule.
Oh, ça avait commencé par la faute de Messaline, comme presque toujours, mais lui, il avait continué; et il s'était vengé, une fois, deux fois, et il avait fini par l'avoir! A cette pensée, elle baissa les yeux dans un sourire, observant le bout de ses ongles. Quelque chose la retenait encore de s'annoncer; elle savait qu'une fois le seuil franchi, elle ne pourrait plus faire machine arrière, mais voilà: il l'avait eue. Il y avait quelqu'un, en ce bas monde, de plus obstiné que la gitane et qui avait enfin réussi à lui faire entendre raison. Rien que pour ça, Zack méritait une médaille, une statue, et tout le saint frusquin, même s'il avait fallu du temps à Messaline, et l'aide discrète de William qui s'y entendait décidément bien plus qu'elle dans ces choses-là, pour qu'elle comprenne où le voodun voulait en venir avec ses entourloupes. Pour qu'elle accepte, aussi, d'avoir failli, et d'avoir cédé, et qu'au final, ça n'était pas si mal.

Au début, ça n'avait été qu'un jeu, pour elle. Elle avait entamé les hostilités en l'embobinant avec bonheur à la soirée des Enfers aux Plaisirs Coupables qui n'avaient alors jamais aussi bien porté leur nom, ce à quoi il avait riposté sans tarder en lui jouant un autre tour pendable. Et puis il y avait eu ce petit sortilège glissé discrètement dans sa poche quand elle l'avait revu; non, vraiment, rien de bien méchant, juste de quoi lui coller une poisse à en faire pleuvoir des chats noirs pendant des semaines. Juste un petit sort un peu farceur, presque rien. En réponse, il l'avait clouée au lit pendant une semaine avant de bien daigner enfin lever cette stupide malédiction qui ne lui avait pas du tout facilité la vie. Rien à faire, il avait bien raison sur ce point: pour ce qui était des malédictions, c'était lui le plus fort et Messaline, qui n'avait jamais été très douée en sortilèges, peinait à rivaliser et les réactions ne se faisaient jamais attendre. Tout cela avait rendu les dernières semaines bien mouvementées... Il l'avait handicapée de toutes les manières possibles, et elle avait tenté d'en faire de même. Cela l'avait obligée à remettre le nez dans les grimoires et les griffonnages légués par la vieille Madalène; faites confiance à une vieille gitane pour savoir comment pourrir la vie de ses semblables!

Au fur et à mesure, Messaline croyait avoir bien cerné le personnage et s'était ingéniée à lui couper tout ce qui pouvait égayer son temps libre. D'abord, un gentil petit sort d'ordinaire destiné à régler les problèmes d'addiction à l'alcool, si possible par la manière forte. Ensuite, sachant qu'il aimait bien échanger quelques gnons bien placés avec les ivrognes du coin, elle avait fait en sorte de le rendre plus inoffensif qu'un chaton. Et le coup de grâce? Oh, le rendre impuissant quelques temps, pour parfaire le tableau et en faire un vrai mormon. Mais il fallait bien avouer -et cela lui faisait drôlement mal à l'ego- qu'elle avait trouvé meilleur qu'elle. Elle avait eu beau se montre la plus fourbe et la plus inventive, en matière de magie, c'était bien lui le plus tordu des deux, et le plus doué.

Alors ce soir, elle était venue rendre les armes. Pour la première fois depuis des années, elle s'avouait vaincue. Pour elle, le coup de grâce, c'était d'avoir réussi à la rendre repoussante pour tout le monde, sauf lui, pour ce qu'elle en savait. Même William, quand elle était venue en désespoir de cause lui demander conseil avait tordu le nez devant elle. Elle avait mit du temps à comprendre; Messaline n'était pas bien fine parfois, et le dégoût qu'elle inspirait à présent aux hommes lui était venu comme une gifle soudaine, une chose à laquelle elle ne s'attendait pas. Elle s'était rendue compte alors à quel point c'était son apparence qui dictait son existence depuis bien trop longtemps. Elle en jouait pour attirer les clients, elle en jouait partout, tout le temps, comme si sa personne ne se résumait plus qu'à ça. Et maintenant qu'elle était privée de cet atout, elle s'était trouvée bien désemparée. Tous les colifichets, tous les sorts et tous les philtres qu'elle connaissait pour pallier à ce genre de problèmes n'avaient pas suffit.
Et puis, son ami vampire, une fois l'étonnement passé, l'ayant écouté raconter sa joute avec Zack, lui avait suggéré qu'il y avait peut-être là quelque chose. Un message? Oh, essayer de faire comprendre quelque chose à Messaline n'était pas chose facile tant elle était parfois butée et incapable de voir plus loin que le bout de son nez. William lui avait simplement, alors, conseillé de se poser des questions sur ses propres sentiments, et sur Zack.

La vérité était que l'escadale de leurs défis accumulés avait été rapide et violente, d'autant plus que Messaline semblait s'ingénier à s'acharner sur lui, pour des motifs qui, si on y réfléchissait bien, n'avaient plus grand chose à voir avec la simple vengeance des coups en traître qu'il lui faisait. La vérité, c'était qu'au fond d'elle, Messaline avait peur. Elle avait peur des choses qu'il réveillait en elle, peur de ces sentiments qui lui venaient, de tout ce qu'elle éprouvait pour lui et qui allaient bien au-delà de la simple attirance purement physique qu'il lui avait inspiré de prime abord. Il y avait quelque chose, là, et elle le craignait, elle craignait l'influence qu'il avait sur elle, ce pouvoir qu'il prenait de jour en jour, elle craignait cela et plus encore les conséquences que cela aurait. Elle haïssait sa propre faiblesse, elle se haïssait de s'être laissée prendre au piège par lui, mais pourtant elle ne pouvait lutter contre ce qui l'obsédait de jour en jour. C'était soudain comme si quelque chose d'autre que le bon sens et la raison agissaient et l'avaient faite s'apprêter de la sorte, et se présenter à sa porte le coeur au bord des lèvres pour y déposer les armes. Fin de la bataille. Il avait gagné, dans un sens; de haute lutte, mais il avait gagné. Messaline renonçait, et une voix sussurait en elle combien c'était un abandon qui amenait avec lui le soulagement de céder enfin et de ne plus se battre contre des élans devenus impérieux.

Zack était devenu la seule personne qui ne tordit pas le nez en la voyant, et curieusement, cela ne la dérangeait plus; qu'importent les autres, leurs regards insidieux et leurs mains baladeuses, qu'importe le reste de l'humanité, elle n'aurait pas supporté qu'il ne la regarde plus. Cette pensée qui lui était venue un jour ne l'avait plus quittée ensuite: quand elle avait enfin compris ce qui se tramait, Zack avait été la première personne à laquelle elle avait pensé. Et lui? L'idée qu'il pouvait également la repousser lui était devenue intolérable, au point qu'elle n'avait eu qu'une idée en tête, le trouver et s'assurer qu'elle n'avait pas changé, à ses yeux. Bien sûr, il avait fait l'innocent, elle n'avait rien dit de ce qui l'avait tourmentée alors, mais elle s'en était sentie tellement soulagée...

La jeune femme baissa les yeux, ne parvenant pas à se décider à se manifester. Cette faiblesse ne lui ressemblait décidément pas, pas plus que ces emportements de jeune fille... Il aurait sans doute été plus sage de fuir et de faire taire tout ce qu'il réveillait en elle, partir loin de lui pour ne pas avoir à lui céder. Mais c'était un poison, doux-amer, comme le miel et le sang mêlés; elle savait qu'elle signait sa perte, en acceptant cela de nouveau, elle savait que cela pourrait finir de la pire des manières, encore, elle savait tout cela et pourtant elle était là, sur le pas de sa porte, prête à lui avouer tout cela, prête à plier devant lui pour que cesse le combat. Il y avait sa propre perte, là; juste sous son nez, derrière les traits souriants de cet homme dont elle s'était éprise. Parce qu'il ne ressemblait à aucun autre? Parce qu'elle lui faisait confiance, malgré tout: il ne lui avait jamais fait de mal, il n'avait jamais outrepassé le stade de la plaisanterie et même si ce qu'il lui avait jeté de malédictions laissait présager un grand pouvoir, le fait qu'il avait respecté les règles et n'était pas allé plus loin prouvait bien que c'était somme toute un gars honnête. Elle savait ce qu'elle risquait à agir ainsi, et la peur se tapissait au fond d'elle, cette même peur qui lui avait fait fuir chaque fois tout homme qui s'approchait d'un peu trop près, qui lui avait fait chaque fois fuir et ravaler ses sentiments. Mais cette fois, il y avait trop, bien trop pour qu'elle ne puisse parvenir à le réfreiner, parce qu'à la toute fin, c'était si simple, si fatal, si terrible à la fois: elle l'aimait, par tous les dieux, par la Mère et le sang de ses Pères. La vérité s'énonçait si facilement, quand on y songeait: elle en était follement, passionnément, désespérément amoureuse, à un point que cela lui semblait si ridicule...

Avant même qu'elle ait songé à ce qu'elle faisait, Messaline avait appuyé sur la sonnette, une fois, deux fois.

Cette fois, c'était trop tard pour reculer et elle avait au coeur la joie funeste du condamné qui s'en va en chantant vers l'échafaud, signant sa propre perte, quitte à tout perdre, encore une fois. Un moment, elle craint que ce ne soit sa Princesse qui lui ouvrît, et puis elle se souvint qu'elle s'en fichait, qu'importe cette femme, qu'importe le reste. S'il l'aimait encore, cela ne l'aiderait que plus encore à se défaire de lui, si elle en trouvait la force. Et puis Messaline n'était pas sans ressources et les nombreux sortilèges qu'elle avait lancés ces derniers temps l'avaient un peu plus entrainée. Rajouter sur le tas quelques sorts destinés à attirer Zack vers elle n'étaient pas hors de sa portée.


Dernière édition par Messaline Alvarez le Mer 1 Mai - 21:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Chez Zack] I never knew delight could be so violent TERMINE   Lun 18 Mar - 16:16

La soirée venait de commencer. Comme à son habitude, Abigaël était sortie sans demander son reste, sans même m’dire où est-ce qu’elle allait. J’m’étais contenté d’me laisser tomber sur l’canapé, d’vant un film d’série B, non sans avoir récupérer un p’tit quelq’chose à boire et un p’tit truc à grignoter. J’n’avais pas de plan pour la soirée. J’finirais sur’ment par sortir, m’trouver un coin pour boire, pour chercher des noises ou pour toute autre chose qui finirait par m’occuper l’esprit, mais, pour l’moment, j’avais pas envie d’bouger. J’ressassais, vautré dans mon canapé, tous les amants qu’j’connaissais à la Princesse. Allait-elle en r’voir un ? Et si elle était tombée amoureuse ? C’tait pas son genre mais bon… Elle croisait tell’ment d’mecs qu’elle finirait bien par s’attacher un jour non ? L’idée qu’elle puisse finir maquée avec l’un de ces abrutis – pour c’que j’avais pu en voir – m’rendait malade. Pourtant j’pouvais pas m’résigner d’lui balancer qu’j’l’aimais. Elle comprendrait pas, pas encore. Elle rirait sur’ment en m’disant qu’j’étais pas sérieux, qu’c’était pas possible. Et puis j’essayerais d’m’accrocher, d’lui faire comprendre et j’savais déjà qu’ça risquait d’mal finir, alors p’t’être valait-il mieux d’pas lui dire, simplement. Ca nous évitait des problèmes, autant pour elle, qu’pour moi. Puis p’t’être que j’avais pas l’courage d’me faire remballer par elle parce que final’ment, ça impliquait j’avais plus aucune chance. Sans lui d’mander, j’avais toujours c’t’espoir d’pouvoir finir avec elle. L’espoir… J’en v’nais vraiment à penser qu’j’étais quand même minable dans c’genre là. Pourquoi fallait-il qu’j’m’entiche d’elle ? Y’en avait d’autres, plein d’autres, et pourtant c’tait elle et pas une autre. Des fois, j’pensais vraiment qu’j’avais plus qu’à m’jeter du haut d’un pont… M’enfin, j’avais fait la promesse d’veiller sur elle, j’pouvais pas abandonner mon poste, surtout qu’la Princesse avait clair’ment besoin d’recadrage de temps en temps. Si j’étais pas là pour ça, elle s’rait sur’ment partie en vrille d’puis longtemps.

Toujours vautré dans l’canapé, l’verre vide et l’air comateux d’vant ce pauvre film qui n’faisait peur à personne, penser à toutes ces autres filles m’poussa à songer à Messaline. Ah… Messaline… Un sacré caractère cette fille là ! J’devais admettre qu’on s’entendait plutôt bien. D’puis la fois où elle m’avait glissé dans son lit en jouant l’inconnue masquée, on avait passé plusieurs soirées ensemble, alcoolisées, sexualisées, parfois les deux. C’était du plaisir, rien de plus. L’envie d’satisfaire un sentiment profond. J’me doutais qu’pour elle j’étais qu’un homme parmi d’autres, peut-être moins lassant et p’t’être un « bon coup », j’lui avais jamais d’mandé, et, au fond, j’m’en fichais un peu. On passait du bon temps tous les deux, malgré la petite guerre qu’on se livrait tous les deux et, qui, final’ment, ne faisait qu’rajouter un peu de piment à tout ça. C’était moi qu’avait vraiment commencé, parce que j’voulais prendre ma « revanche » sur l’tour pendable qu’elle m’avait joué avec son masque. Rien d’bien méchant, j’m’étais juste fait passé pour un d’ses clients, avec des goûts… particulièrement spéciaux. C’était amusant sur l’coup d’la voir se soumettre à des demandes « spéciales », mais, au fond, j’savais que c’était son boulot et qu’elle s’posait sur’ment pas beaucoup d’questions. Mais on gagnait pas d’argent avec des questions. S’en était suivi une suite logique de revanches, d’abord elle, puis moi… Comme avec Abi et notre ancien concours de malédictions, on n’arrêtait pas de renchérir, encore et encore. J’me souviens encore d’ses p’tits coups bas, comme le talisman de malchance ou l’sortilège qui m’faisait détester tous les alcools qu’j’pouvais ingurgiter au point d’me les faire recracher. Son p’tit sort qui avait touché à ma virilité était également bien trouvé, et j’devais admettre que ça l’avait foutu mal devant une fille qu’j’avais prévu d’honorer. Mais c’était l’jeu, et, finalement, c’était marrant.

Et puis, d’t’façon, j’lui avais suffisamment rendu la pareille. Puisqu’elle s’était servie de sortilèges, apprenant ainsi qu’elle maitrisait la Wicca – ce qui en un certain sens ne faisait que la rendre plus intriguante et intéressante – j’avais décidé d’utiliser mes talents Vaudouns pour lui montrer qu’j’étais capable de riposter. J’y étais allé crescendo mais avec l’escalade, j’avais surenchéri rapid’ment, comme notamment c’te fois où j’l’avais clouée au lit, en la privant d’ses deux jambes pendant quelques jours. Rien d’bien méchant, mais, dans ses occupations, ça devait pas être très pratique. La dernière en date, c’était assez moche, j’l’admettais. M’enfin, après l’coup de l’impuissance, elle méritait bien ça. Et puis l’idée m’plaisait bien. J’saurais pas dire pourquoi. Enfin bon, d’t’façon maint’nant c’était fait, d’ailleurs, j’me d’mandais si elle s’en était rendue compte. J’avais poussé l’vice jusqu’à la maudire d’telle sorte qu’son apparence soit déformée aux yeux des autres. Elle qui était belle à se damner, devait probablement être considérée comme l’pire laidron d’la ville. C’était vache, j’le savais, surtout qu’elle gagnait sa vie avec son corps mais d’t’façon j’avais déjà prévu d’la dédommager si c’était nécessaire. C’était juste trop tentant pour qu’j’me retienne d’le faire. Tandis que tout ça m’remontait un peu l’moral, l’bruit d’la sonnette m’fit sursauter. Qui pouvait bien v’nir ? J’attendais personne et Abi était d’sortie… Un ancien amant qui s’faisait trop collant ? A cette idée j’avais pas vraiment envie d’aller ouvrir, ou alors j’risquais d’lui mettre un gnon dans les dents. Quand elle retentit une seconde fois, j’bougeais final’ment mon cul du canapé m’décidant à aller ouvrir. En ouvrant, j’dus admettre qu’j’m’attendais pas à ça. « Voilà une charmante vision ! » Belle. Comme d’habitude… Et pour cause, la malédiction n’m’affectait pas, moi. Elle était trop agréable à r’garder pour qu’j’m’inflige ça, puis ça pouvait l’induire en erreur, p’t’être. J’ouvrais la porte en grand et l’invitait à rentrer. J’me d’mandais comment elle avait trouvé où j’créchais, mais les questions pourraient attendre qu’elle soit à l’intérieur. « Mais, j’t’en prie, entre. » J’refermais final’ment la porte derrière elle avant d’la diriger vers l’salon. « Tu as des talents insoupçonnés pour trouver l’endroit où j’crèche. Je t’offre quelque chose ? »
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MessageSujet: Re: [Chez Zack] I never knew delight could be so violent TERMINE   Lun 18 Mar - 22:32

Elle était venue pour rendre les armes, tout avouer, être sincère, pour une fois. Mais dès qu'elle le vit à la porte, avec ce sourire plein d'une tranquille insolence, tout lui revient d'un bloc, toutes les raisons pour lesquelles elle refusait encore, avait toujours refusé de s'attacher à quelqu'un. Parce qu'il lui ferait du mal, parce qu'il était comme les autres au bout du compte, ah, qu'espérait-elle? Elle le haït, un instant, d'être fait de la sorte, d'être ainsi qu'elle avait pu tomber amoureuse de lui. Quelle idiotie.

Messaline hésita un instant sur le pas de la porte, et un sourire aigre étira machinalement ses lèvres quand il la salua.

-Charmante vision? Santa mierda, ça fait tellement longtemps qu'on m'a pas parlé comme ça que je suis demandée un instant si t'avais pas la berlue, voodoo boy.

Elle avait été bien plus sèche qu'elle ne l'aurait voulu, mais c'était sorti tout seul. Elle n'arrivait pas à réfreiner l'agacement agressif qu'il lui inspirait, soudain; car elle lui en voulait, au final, elle lui en voulait malgré elle de l'avoir fait plier et d'avoir jeté son orgueil aux orties. Il n'était sans doute pas conscient de tout cela; à le voir, tout n'était encore qu'une vaste blague, comme toujours, et sans doute n'avait-il aucune idée de toute les implications de leur petit jeu. Pourtant, pourtant William lui avait mit la puce à l'oreille. Il devait bien avoir un peu d'affection pour elle, sinon pourquoi serait-il venu si souvent vers elle quand il ne supportait plus d'entendre sa princesse faire des galipettes de l'autre côté du mur? Et puis, il était probablement le seul homme dans cette ville pour qui elle gardât tous ses attraits. Le vampire avait dit que ça voulait sans doute signifier quelque chose, sans en dire plus. Messaline ne comprenait guère, mais tout ce qui lui importait, c'était que lui puisse encore la regarder dans les yeux sans chavirer de dégoût.

La jeune femme semblait tendue, et son regard trahissait quelque chose qu'elle réfreinait à grand peine. Il avait aux lèvres ce sourire qui lui donnait autant envie de le gifler que de l'embrasser. Quelque chose en elle lui hurlait de tout dire, tout dévoiler, alors même que le reste de son être faisait machine arrière, lui rappelant qu'elle se trompait encore et que ça finirait mal, comme toujours. Ne t'attache pas, à rien, à personne, jamais. Tu ne peux même pas compter sur toi-même, alors un autre? Et un homme? Ne pouvait-elle vraiment pas se satisfaire de ce qu'elle avait de lui? Trois miettes d'attention, un soir par-ci par-là dans son lit; pas d'implications émotionnelles, à priori, rien qui ne se fasse entre adultes consentants, comme on dit. Un pacte implicite: le premier qui tombe a perdu. Il en aimait une autre, diable, pourquoi s'enticher de la sorte?
Ah, tout avait été si simple, avant de le revoir, tout avait été si simple quand elle avait prit cette décision, et les courants contraires, en tourbillons incessants, balayaient toutes les certitudes, pour ne laisser place qu'à une mer de doutes.

-T'es pas difficile à trouver, répliqua-elle d'un ton un peu plus aimable que la première fois. J'ai eu qu'à demander où créchait la Baronne. ça aurait été bien plus facile si j'étais pas laide à faire peur, mais j'ai quand même réussi.

Ce disant, elle se retourna vers lui, les bras croisés, la mine décidée.

-A ce propos, lâcha-elle avant de s'interrompre, comme si elle parlait à contrecoeur; j'ai un truc à dire.

Rien qu'à l'expression de son regard, on sentait bien à quel point son orgueil bien forgé de gitane se refusait à ce qu'elle allait dire. Elle prit une grande respiration, avec cet air buté qu'on lui voyait parfois, comme si on lui arrachait chaque syllabe de force.

-Eh merde, lâcha-elle enfin; t'as gagné. Tu m'as eue, c'est toi le plus fort, d'accord. Maintenant, par pitié, lève-moi cette foutue malédiction.

Ah, ses yeux sombres étincelaient d'une colère froide, à présent. "Et si je t'aime, prend garde à toi", disait Carmen. Les gitans sont ainsi fait semble-il que l'amour et la haine ne sont séparés que d'un pas, et les deux soudain se mêlaient dans le regard de Messaline qui avouait sa défaite, digne encore, et si fragile soudain, comme si ces paroles révélaient quelque chose, un non-dit, la faille. Qu'il aille au diable. Un tremblement, le poing fermé. Elle le haïssait de l'avoir menée là, le coeur au bord des lèvres à sonner à sa porte pour venir s'aplatir à ses pieds, avouer sa défaite, dévoiler la faiblesse. Et elle se tenait bien droite, animée d'un feu soudain, plus fière que jamais, alors même qu'elle venait de se rendre.
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MessageSujet: Re: [Chez Zack] I never knew delight could be so violent TERMINE   Mer 20 Mar - 12:03

Avant qu’elle ouvre la bouche, j’aurais pas parié qu’elle était autant à cran. Bon ok, c’était difficile d’le d’viner en quelques s’condes puis c’était pas vraiment la première chose qu’on r’gardait chez une jolie fille, si ? T’façon, elle m’fit rapid’ment comprendre qu’elle était pas forcément là pour parler dinette. Si elle était dans c’t’état, y’avait pas trente-six solutions : elle s’était sans doute rendue compte d’qu’elle avait une autre malédiction sur la tête. J’y étais pas allé d’main morte, j’devais l’admettre, p’t’être même un peu trop. R’fermant la porte sur une demi-furie, j’me d’mandais si j’allais pas finir carbonisé sur place ou transformé en j’savais pas quoi. Si j’avais bien appris une chose ces derniers temps, c’tait bien qu’fallait s’méfier des Wiccans. Comme les Vaudouns, ils avaient d’quoi faire chier leur monde s’ils en avaient l’envie et leurs pouvoirs étaient apparemment un peu plus « directs » que les malédictions. L’Vaudoo, ça prenait du temps, du doigté, d’la précision. La Wicca aussi, sans doute, mais certains semblaient capables d’utiliser leurs talents sur demande, et c’était généralement pas en bien. Enfin, qu’importait. J’répondis pas vraiment à sa première phrase, préférant laisser passer la tempête. Les disputes, c’taient pas mon truc, non pas qu’j’préférais les éviter, mais, d’t’façon, j’savais pas comment j’aurai pu la calmer si elle était vraiment en rogne contre moi. Et, d’une certaine façon, elle avait son charme ainsi. J’saurais pas dire pourquoi, mais c’était assez excitant d’la voir énervée, comme si tout l’sang chaud qui pouvait parcourir son corps s’exprimait d’une manière différente mais qui lui correspondait tell’ment. J’savais qu’elle était pas du genre à s’laisser marcher sur les pieds, après tout, elle m’l’avait bien montré en répondant à chacune de mes provocations, poussant l’bouchon et la situation jusqu’à l’endroit où on en était aujourd’hui. En réalité, j’me d’mandais même pourquoi j’avais pas encore reçu un sort en pleine face, parce que c’était l’jeu.

Quand elle m’fit r’marquer qu’elle avait trouvé l’endroit en cherchant la crèche de la Baronne, j’ai pas pu m’empêcher d’sourire. Pas parce qu’elle m’faisait r’marquer qu’ma malédiction l’avait handicapée, mais simpl’ment parce qu’elle avait quand même du galérer à convaincre les gens d’lui indiquer l’chemin. Il y avait quand même peu d’Vaudouns qui connaissaient l’information et p’t’être encore moins qui étaient enclin à la donner à n’importe qui, p’t’être même encore plus quand la personne qui demandait était laide comme un pou. J’allais dire quelqu’chose mais comme elle m’apostropha avant, s’retourna vers moi les bras croisés – et l’Baron savait qu’elle avait l’air incroyablement désirable à c’moment-là – j’laissais r’tomber mes lèvres pour pas avoir l’air d’me ficher d’elle. « J’t’écoute Dance Girl. » J’savais déjà c’qu’elle allait dire mais comme elle semblait pas prête à m’en parler. Adossé au mur, j’m’attendais à c’qu’elle m’apostrophe, voire même qu’elle m’rentre dans le lard physiqu’ment mais elle semblait garder son calme, du moins suffisamment pour pas m’sauter d’ssus. Quand elle m’supplia, presque, d’lui enlever la malédiction, j’restais silencieux quelques instants. Qu’est-ce qu’elle v’nait d’dire avant ? Qu’j’avais gagné ? Elle ? Elle admettait ça ? Ouh ! C’jour était à marquer d’une pierre blanche ! Plus sérieus’ment, j’avais un bonne idée d’combien ça lui coutait d’dire ça. Poussant un p’tit soupir, j’me dirigeais vers l’canapé avant d’m’y laisser tomber, l’invitant à s’installer aussi d’un geste, qu’elle choisisse un fauteuil ou la place à côté d’moi. « C’est… inattendu. » J’la r’gardais quelques instants, silencieux, appréciant son regard, comme j’l’avais parfois fait à l’aube, alors qu’j’avais passé une nuit avec elle. Elle avait d’beaux yeux, expressifs, que ce soit dans la colère, dans la passion ou dans la détresse. Jetant un œil sur l’verre vide qui y’avait sur la table basse, j’changeais finalement d’avis et m’rel’vait quelques instants pour en chercher un autre et une bouteille de whisky.

M’affalant d’nouveau dans l’canapé, j’nous servais deux verres avant d’lui en tendre un. « Tiens, prends ça, ça t’f’ra du bien. » Prenant l’mien, j’me laissais r’tomber contre le dossier sans cesser d’la r’garder. « J’vais t’enl’ver la malédiction. » C’était qu’un jeu, j’avais aucune raison d’la pénaliser plus que ça, et elle était v’nue m’demander d’l’enlever, alors j’l’enlèverais, j’étais pas un salaud. Pourtant, c’qui m’gênait, c’était la situation dans laquelle on s’trouvait maintenant. Quelqu’chose m’disait qu’on était plus vraiment dans l’jeu et, j’sais pas pourquoi, ça m’gênait un peu. « Ca prendra un peu d’temps, mais j’m’en occuperais, t’en fais pas. » J’soupirais douc’ment. « J’ai l’impression qu’j’ai poussé un peu trop loin l’jeu… » J’la r’gardais quelques instants avant d’prendre une gorgée ambrée. « J’suis désolé si j’t’ai blessée, d’une manière ou d’une autre… » Même si j’étais dans l’flou en fait. J’étais pas certain d’avoir vraiment dépassé les règles, puisqu’au fond, j’étais même pas sûr qu’il y en avait. Après tout, après l’dernier coup qu’elle m’avait fait, ça justifiait bien d’la priver d’sexe pendant quelques temps aussi, non ? « Et, ça va d’soi, si ça t’a porté préjudice, côté argent, j’avais déjà prévu d’payer les pots cassés. » Ca aussi c’était pas un problème. A vrai dire, j’avais déjà prévu d’rembourser les éventuelles « pertes » qu’ma malédiction pouvait lui engendrer. J’savais qu’elle gagnait sa vie avec son corps et, forcément, la rendre moche comme pas possible, ça aurait forcément des répercutions sur son business. Est-ce que c’était ça qu’elle m’r’prochait seulement ? D’m’être laissé un peu allé et d’avoir touché à c’qu’elle utilisait pour gagner ça vie ? J’l’avais d’jà fait, moins violemment, mais ça avait pas eu l’air d’la déranger… J’avoue qu’j’étais pas certain d’comprendre son regard…
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MessageSujet: Re: [Chez Zack] I never knew delight could be so violent TERMINE   Mer 20 Mar - 19:45

La mine boudeuse comme une enfant contrariée, Messaline saisit le verre qu'il lui tendait et se laissa tomber sans un mot dans un fauteuil en allumant une cigarette d'un geste rageur. Elle le laissa parler, ruminant sa propre rancoeur, et tout ce qui se tordait et s'emmêlait dans sa tête de dans son ventre. ça avait été si simple avant de le voir, avant de se décider et de sonner à cette foutue porte, c'était si simple, avant de céder.
La jeune femme baissa les yeux sur le verre entre ses mains, la cigarette fumante à sa bouche; pas un mot, pas encore. Elle se sentait suffoquer, doucement, et cette boule au ventre qui lui donnait envie de s'enfuir, ou de se battre, pour ne plus jamais être faible.

-Merci, lâcha-elle d'une petite voix.

Une pause. Prononcer chaque mot réclamait un effort immense, comme crachés, arrachés à sa gorge nouée.

-Tu m'emmerdes, Zack, lâcha-elle au bout d'un moment. J'aime pas me faire avoir. Et là, tu m'as eue.

Il l'avait eue bien plus qu'il ne semblait le penser, d'ailleurs. Il avait réussi à la faire céder sur quelque chose, et il avait gagné, mais l'avait fait bien au-delà que ce qu'il se doutait, bien plus, plus encore... Le pauvre ne devait guère comprendre pourquoi elle se mettait dans cet état là. Elle aurait voulu tout dire, tout lâcher, sans détour, mais quelque chose en elle s'y refusait et elle ne pouvait que rester là, osant à peine le regarder, de peur de céder et de s'effondrer, montrer la faiblesse, et la blessure tout au fond qui rongeait chaque chose, empoisonnait jusqu'au plus simple sentiment.
Elle avala la moitié de son verre d'une gorgée, laissant un épais nuage de fumée s'échapper de sa bouche entrouverte.

-Je dis pas que je l'ai pas mérité, reprit-elle. C'était même vachement bien joué après ce que je t'ai fait.

La malédiction, elle s'en foutait, en réalité. C'était parfaitement dans les règles, mais elle avait l'orgueil sensible, et là, il avait tapé en plein dedans, tout comme elle l'avait probablement fait avant. Il avait touché à ce qui faisait son identité, mais aussi sa valeur aux yeux du monde. Pire que tout, il lui avait rappelé que tout ce qui faisait son existence ne tenait somme toute qu'à peu de choses, ce fastueux train des apparences qui était peut-être la chose la plus fragile, ici-bas.
Les yeux à demi-clos, elle fixait le bout rougeoyant de sa cigarette, cherchant ses mots, luttant avec elle-même pour le simple fait de s'exprimer. Mais non, ça ne sortait pas. Une boule dans la gorge et le ventre serré, comme si son corps se refusait à prononcer ces quelques mots qui étaient la clef de tout. Elle se retrouvait muette, impuissante, et détestait ce sentiment, détestait perdre le contrôle.

-C'est juste... Je me suis rendue compte avec tout ça que j'aurais pas supporté que tu me regardes plus, toi non plus.

Elle avait parlé, soudain; la tête baissée, les yeux fixés au fond de son verre, comme si elle n'assumait pas pleinement ce qu'elle disait. Vulnérable, soudain, presque honteuse de cette faiblesse qui la poussait à courber l'échine devant lui. Mais il y avait autre chose, bien plus que ce qu'elle venait de lâcher à contrecoeur, comme si ce n'étaient que les premiers graviers qui annoncent l'avalanche, et qu'elle était si proche de céder...
Quoi qu'on en dise, ça changeait tout. Tellement d'implications nouvelles, à avouer tout ça: elle ne s'étonnerait même pas qu'il la délaisse, après ça. Zack n'était certainement pas du genre à s'encombrer de ce genre de choses, déjà empêtré qu'il était avec ses propres sentiments. A quoi bon se compliquer plus avec ceux d'une autre? Elle avait bien compris que ce qu'il aimait avec elle c'était la simplicité et la franchise des choses; pas de non-dit, juste s'amuser un peu, sans trop se poser de questions parce que tout ça n'avait aucune importance. Alors, que venait-elle donc faire ici, à part lui dire qu'à la toute fin, il avait gagné?

Idiote.

-ça me fout en rogne.

Elle ferma les yeux, brièvement. Pourquoi avait-il fallu qu'elle en arrive là?

-Les autres, je m'en foutais. Pas toi. Moi et mon foutu caractère, on peut pas l'accepter.

Messaline remplit de nouveau son verre, rallumant une cigarette au mégot de la précédente qui fumait encore entre ses doigts un peu tremblants. C'était presque trop tard, déjà, maintenant qu'elle avouait à demi-mot qu'il y avait peut-être à ses yeux autre chose qu'une simple aventure. Boire, danser, s'embrasser et faire l'amour, après tout, elle aurait pu s'en satisfaire, c'était tout ce qu'elle demandait à un homme. Mais il avait fallu que ce qui restait de son foutu coeur de gamine se réveille, et s'entiche d'un type qui en aimait une autre. De tous les hommes qu'elle avait rencontrés, de tous ceux qui auraient vendu père et mère pour ses beaux yeux, il avait fallu qu'elle s'attache à celui qui était déjà occupé à courir après d'autres jupons.

Idiote.
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MessageSujet: Re: [Chez Zack] I never knew delight could be so violent TERMINE   Jeu 21 Mar - 17:49

Pour la première fois d’puis un bon moment, en fait même d’puis la première fois qu’j’l’avais rencontrée, j’étais pas certain d’être capable de pouvoir la comprendre ou même de pouvoir prévoir quelles allaient être ses prochains gestes ou paroles. C’tait troublant. P’t’être parce que j’avais été habitué à c’que tout soit simple entre nous. Y’avait jamais eu d’chichis, jamais d’complications. Elle m’prenait dans son lit parce que j’lui plaisais et qu’ça l’amusait et j’m’y glissais parce que ça m’permettait d’penser à autre chose tout en profitant d’une très belle – et experte – femme. Y’avait rien d’plus. Quelques discussions autour d’un verre, deux ou même plus – qui comptait vraiment ? – mais c’était jamais du sérieux, juste des mots, des discussions loin d’être banales mais qui n’avaient pas de conséquences. Or celle-là, quelqu’chose m’disait que ça n’allait pas s’passer aussi facil’ment. Suffisait d’la voir pour ça, d’habitude, elle était pas aussi silencieuse. Non pas qu’elle était bavarde, mais elle avait clair’ment l’verbe facile – c’était loin d’m’ennuyer, au contraire – alors qu’là elle semblait plutôt chercher ses mots, ou alors p’t’être qu’elle se f’sait violence pour me parler. Moi j’devais admettre qu’j’avais probabl’ment l’air d’une truffe, mais en même temps c’était pas comme si j’pouvais dire quoiqu’ce soit pour meubler la conversation. J’savais pas trop pourquoi elle était là, enfin à part pour m’d’mander d’lever la malédiction. J’pouvais comprendre qu’ça l’ennuyait, ou plus sincèr’ment qu’ça la f’sait chier, mais maint’nant qu’c’était fait elle aurait du s’détendre, elle savait qu’j’étais du genre à t’nir mes paroles, mais pourtant elle semblait encore plus contrariée. Nan, décidément, c’était pas un bon plan là. J’commençais presque à r’gretter mon film de série B, bien chiant mais, probablement sans conséquences. Qu’est-ce qu’elle pouvait bien avoir sur le haricot pour agir de cette façon ? J’avais l’impression d’pouvoir m’attendre au pire, même si j’savais pas vraiment c’que le pire pouvait être…

J’avais presque l’impression qu’elle avait rien à foutre qu’j’la rembourse, d’t’façon, j’savais qu’j’aurais eu à faire à son orgueil d’gitane pour ça, mais j’y avais d’jà eu à faire avec lui et j’connaissais quelques leviers pour l’faire plier. Mais là, c’était différent. J’avais l’pif – ou pas – pour les emmerdes. Et là, j’avais presque l’impression qu’elle allait m’sortir qu’elle était enceinte. L’idée m’traversa si rapid’ment l’esprit qu’j’eus soudain’ment un coup d’adrénaline dans l’sang. Non pas qu’on avait œuvré comme des lapins mais c’était l’genre de choses qui pouvait finir par arriver même si, final’ment, j’étais plutôt convaincu qu’elle faisait ça d’puis longtemps et qu’si elle savait pas gérer s’genre de détails, ça f’rait sur’ment longtemps qu’elle s’rait en cloque. Non ça pouvait pas être ça, défintiv’ment, même si une partie d’mon esprit arrivait pas à l’oublier. Puis les premiers mots vinrent. Tu m’emmerdes… Sur l’coup, j’étais un peu pris à contrepied. Ca d’vait su’rment s’lire sur mon visage d’ailleurs. J’étais pas du genre à jouer les marbres d’toutes façons. M’enfin là, la surprise était d’taille. Elle m’disait qu’j’l’avais eue, même si elle aimait pas ça. Jusque là, si elle causait d’la malédiction, j’étais plus ou moins sûr de suivre, mais elle m’faisait toute une montagne parce qu’elle avait perdue c’petit jeu qu’on s’était implicit’ment lancé ? Un p’tit jeu qui m’avait rappelé c’lui qu’j’avais eu avec Abigaël, avec les malédictions. C’tait insensé, Messaline était loin d’être – d’mon point d’vue – une fille qui s’bourrait l’mou pour si peu. Pis elle m’félicita pour le coup, alors là, j’crois qu’elle m’perdit d’nouveau. J’comprenais pas où elle voulait en v’nir, et j’avais beau tourner son blabla dans tous les sens, j’commençais à m’dire que, comme toutes les filles, elle commençait à d’v’nir trop compliquée pour moi là. C’était pas son genre pourtant…

Et puis vient autr’chose. Tandis qu’j’la r’gardais, elle, elle fixait son verre. C’tait probablement la première fois qu’elle osait pas m’regarder en face. Et pourtant elle était sûre d’elle, Dance Girl. Qu’ce soit pour m’mettre dans son lit ou pour m’parler d’sexes et de débauches, elle avait jamais plié l’échine pour r’garder ailleurs qu’dans mes yeux. Elle avait pas honte de c’qu’elle était et c’était un truc que j’aimais bien chez elle aussi. Après tout, c’était qu’un métier, dégradants pour certains, personnellement, j’étais plutôt du genre à penser qu’il était gage d’excellentes soirées d’hiver… Mais pourtant là, c’tait comme si elle essayait d’éviter d’me r’garder. A vrai dire, j’comprenais toujours pas trop. Elle avait peur qu’j’la lâche après l’avoir maudite ? C’était stupide, c’était un jeu, pas une vengeance. Même le surplus d’explications m’laissa perplexe. M’redressant un peu, j’reposais mon verre après l’avoir machinalement vidé. « J’suis pas sur d’tout comprendre. » J’eus un p’tit sourire désolé, bien qu’carrément enjoleur. « J’suis un peu lent à la détente parfois, t’as du t’en rendre compte. » Il soupira. « J’voulais pas t’mettre en rogne, mais comme j’aurais eu du mal d’te rendre impuissante… Vu l’état dans l’quel tu t’mets, j’crois qu’j’suis allé trop loin, quoiqu’t’en dise, j’suis désolé Messa. » C’était sincère, mais j’étais toujours pas bien sûr d’comprendre pourquoi elle était dans c’t’état là. Etait-ce seul’ment l’fait qu’j’avais p’t’être ruiné son image vis-à-vis des autres ? Et pourquoi « moi » ? Pourquoi j’aurais arrêté d’la r’garder ? Rah ! Pourquoi fallait-il toujours qu’les nanas parlent comme si tout était d’une évidence pour tout l’monde ? Attrapant la bouteille, j’me resservais un verre, perplexe, avant d’tendre la bouteille pour la r’sservir aussi, si elle le voulait. J’continuais d’la r’gardais, en espérant qu’elle finirait par s’expliquer un peu mieux, en voyant qu’j’en menais pas large.
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MessageSujet: Re: [Chez Zack] I never knew delight could be so violent TERMINE   Dim 7 Avr - 19:30

Messaline ne put s'empêcher de sourire quand elle releva les yeux vers lui; il avait l'air sincèrement désemparé face à ses paroles et elle aurait mit sa main au feu qu'il n'avait strictement rien compris à ce qu'elle venait de dire. Au moins, cela avait le mérite de l'obliger à être franche, maintenant que ses sous-entendus n'avaient clairement eu aucun effet.

Sois forte, ma fille.

Elle tira longuement sur sa cigarette, et attrapa la bouteille pour remplir son verre. C'était maintenant ou jamais, et il allait falloir être claire, elle n'avait plus vraiment le choix à présent. Parler, ou s'en aller sans rien dire; maintenant qu'elle avait commencé à dire ce qu'elle avait sur le coeur, elle avait le sentiment de ne plus pouvoir faire machine arrière; elle s'était préparée à cela, même si cela lui faisait un mal de chien d'avouer toutes ces choses. Mais maintenant, c'était trop tard, et il saurait, quoi qu'il arrive.

Il saurait, et rien ne serait plus comme avant. Trop tard pour lui, et pour elle, trop tard pour tout le monde! Pas de temps pour les regrets.

Elle vida plusieurs fois son verre, d'une traite. Un, deux, trois, quatre, jusqu'à ce que le monde sois prit de tourni et que son esprit un peu plus embrumé se taise enfin et la laisse s'exprimer. C'était toujours ainsi qu'elle faisait quand quelque chose clochait, s'assommer l'entendement d'un coup de bouteille, le noyer au fond d'un verre et attendre que passe la tourmente.
Elle reposa enfin son verre d'un claquement définitif et se redressa, soudain très droite et très digne malgré l'ivresse rampante. Cette fois, elle le regarda dans les yeux, fermement, et elle avait quelque chose de touchant alors dans la franchise qu'elle avait.

-Je t'en veux pas, pas vraiment. C'est compliqué.

Une pause, elle leva brièvement les yeux au ciel, cherchant ses mots.

-Quand j'ai compris que tout le monde me voyait comme la pire des souillons, j'ai bien sûr pensé que c'était toi. C'est idiot, mais ça m'a fait l'effet d'une douche froide, déjà que c'était pas agréable de me faire renvoyer balader par un régulier. J'ai eu peur que je sois devenue affreuse pour toi aussi et j'ai pigé à ce moment-là que... Et bien que j'aurais pas supporté que tu m'envoies sur les roses, toi aussi.

Elle se tut de nouveau, un bref instant, se sentant tellement idiote tout d'un coup, à lui dire ces choses auxquelles il n'avait même pas pensé. Pour lui, ça n'était qu'un jeu, sans complications... Plus maintenant.

-ça m'a fait prendre conscience d'un truc. Je... Je me suis beaucoup plus attachée à toi que j'aurais dû. Voilà.

Ses yeux sombres se fermèrent un instant. Son souffle s'était éteint dans sa poitrine, et c'était comme flotter dans un instant d'irréel, une euphorie désespérée alors qu'elle avait l'impression de détruire par ses paroles cette relation qui n'en était pas vraiment une, et tout l'intérêt qu'ils avaient pu avoir à se fréquenter, sans ses poser de questions, juste pour s'amuser.

-ça m'emmerde, parce que j'aime pas m'attacher comme ça.

Elle ouvrit la bouche de nouveau pour parler, mais les mots ne venaient pas, et elle n'arrivait pas à exprimer clairement pourquoi elle était en colère, encore, contre lui. Peut-être tout simplement qu'il n'arriverait pas à comprendre ce que c'était que de d'aimer quand on était dans sa situation, avec tant de haine et de rage au fond du coeur, tellement de souffrances, tellement de peines. Tellement brisée, que ce qui ne pouvait éclore d'elle n'était qu'un amour tordu, une affection bancale, quelque chose de difforme qui se haïssait d'être.

-Oublie ça, reprit-elle. L'important c'est que...

Une seconde, elle hésita, ses yeux se détournèrent un instant. Le souffle lui manquait tout à coup et elle qui faisait en toutes choses preuve de tant d'audace n'osait pas, soudain. Parce qu'elle n'était pas en terrain familier, parce qu'elle n'était plus si assurée, soudain.

Oh, et puis qu'importe? Elle passait son temps à détruire sa vie, son être et son âme, cette fois ne devait guère faire exception.

-Tout ça a fait que je suis tombée amoureuse de toi, Zack. C'est tout.
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MessageSujet: Re: [Chez Zack] I never knew delight could be so violent TERMINE   Ven 12 Avr - 10:08


Dire qu’je comprenais rien était un doux euphémisme. En même temps j’étais pas trop habitué à c’qu’elle vienne m’voir direct’ment chez moi, comme ça. A vrai dire, c’tait même la première fois. On s’était toujours arrangés pour s’voir chez elle, ou dans un bar, ou juste ailleurs. Pas d’complications, pas d’prises de tête, juste du plaisir quand elle en avait envie, quand j’en avais envie. Une p’tite échappatoire sensuelle, parfois même juste un verre, une danse, pour parler, pour s’faire plaisir, pour changer. Elle était un moyen d’oublier un peu mes « problèmes » avec Abigaël, surtout quand elle ne se gênait pas pour m’rappeler qu’elle avait du succès avec les hommes. Et j’étais quasiment sûr que j’étais aussi une sorte de « passade » pour Messaline, quand elle avait envie d’prendre du plaisir autrement qu’avec ses réguliers, s’faire plaisir pour elle et pas pour eux, même si, d’une certaine manière, j’étais probabl’ment d’venu un régulier moi aussi, un peu différent. Mais ça n’avait jamais été plus difficile que ça. Comme j’l’disais, pas d’prises de tête. Si j’étais pas là, ou si elle était pas là, pas d’scènes, pas d’rancune. Un peu de déception, p’t’être, mais rien d’plus. Et pourtant, elle s’trouvait là, d’vant moi, chez moi. Une surprise, toujours, même si j’le montrais plus. Alors, elle avait toutes ses raisons d’être là, rien qu’à cause de la malédiction qu’j’lui avais lancée, mais j’me sentais mal à l’aise parce que j’sentais qu’c’était pas pour ça qu’elle avait prit « le risque » d’venir ici, à la volée. J’m’attendais à c’qu’elle m’apostrophe, qu’elle m’demande d’lever c’te malédiction mais, au détour d’un verre, ou d’une explication entre quatre yeux chez elle, mais pas ici… Tandis qu’elle m’r’gardait, même son sourire m’semblait détonnant avec la situation, quelqu’chose au fond d’moi m’disait qu’j’allais pas apprécier la suite de cette discussion.

Assis dans l’canapé, j’attendais, peut-être même qu’pour la première fois d’puis longtemps, j’étais pas total’ment serein. Et l’pire dans tout ça, c’était qu’elle avait déjà réquisitionné la bouteille pour se remplir des verres aussi vite qu’elle les descendait. J’étais habitué à ça, mais encore une fois, j’étais pas sur qu’ça augurait quelqu’chose de bon. L’espace d’un instant j’me disais qu’elle v’nait p’t’être m’annoncer qu’elle était enceinte. Pourtant, elle était pas du genre à faire une faute de « débutante » et elle m’avait pas l’air d’vouloir de la marmaille entre les pattes – volontairement ou non – aussi ça m’semblait louche. Elle se serait arrangé avec l’hopital et m’en aurait même pas causé… Tandis qu’elle buvait j’arrêtais pas d’me faire des idées et ça n’d’venait pas plus agréable avec le temps qui passait. C’est qu’au dernier verre, claqué sur la table, qu’elle accrocha enfin mon r’gard et son air déterminé me scotcha au canapé. Ses premiers mots ne m’aidèrent pas vraiment. Elle m’en voulait ? Elle ne m’en voulait pas ? Qu’est-ce qui pouvait être compliqué entre nous alors qu’on s’était arrangé pour que tout soit simple, sans obligations, sans responsabilités ? Pour la première fois d’puis longtemps, j’commençais à avoir quelques sueurs froides. Quelques détails supplémentaires… Rien d’plus que c’qu’elle avait déjà dit plus tôt en fait, et pourtant, cette répétition commençait p’t’être à m’faire comprendre c’qu’elle essayait d’me faire sentir. Elle t’nait compte de mon avis… Enfin, p’t’être pas qu’c’était la formulation exacte, mais c’tait l’idée, enfin j’crois. Et ça… Ca… Ca n’pouvait signifier qu’une chose… J’commençais à compter pour elle, et c’était ça qu’elle supportait pas. Le temps d’réaliser ça, elle v’nait d’le confirmer. Mais j’savais déjà qu’elle aimait pas l’attach’ment, elle avait été claire là d’ssus. Nos p’tites escapades, c’était rien d’plus que ce que c’était, et, surtout, ça continuait tant qu’ça lui plaisait, ça j’l’avais toujours su.

Pour m’donner une cont’nance, j’pris la bouteille et m’servait un autre verre avant d’me reposer dans l’canapé. Et alors qu’j’portais l’verre à mes lèvres, elle lâcha le morceau, c’lui qu’j’commençais à entrevoir mais qu’j’aurais pas imaginé aussi gros. Avalant après quelques instants la gorgée que j’avais dans la bouche, je fixais Messaline pendant plusieurs secondes, silencieux. Amoureuse ? Elle avait bien dit, Amoureuse ? « Sérieusement ? » C’était contre toutes les « règles » qu’on avait érigées officieusement entre nous, pas d’attachement, du moins pas plus que celui nécessaire pour s’envoyer en l’air et prendre son pied avec la même personne plusieurs fois. Et puis elle savait qu’j’étais amoureux d’une autre. Depuis l’début même. C’était elle qui avait voulu m’mettre dans son lit, même si j’avais pas beaucoup résisté. Mais j’avais jamais imaginé qu’ça puisse virer à « ça »… Posant l’verre sur la table, j’passais mes mains sur mon visage. « Ecoute… C’est… Hum… Inattendu. » R’portant mon r’gard sur la jeune femme, j’comprenais maint’nant mieux son état. Elle qui voulait s’attacher à personne, la voilà qu’elle v’nait d’le faire avec moi… Mais pourquoi ? Comment ? Y’avait probablement aucune solution à ça… La faute à pas d’chance… « J’sais pas quoi t’dire Messaline… Tu sais qu’j’suis amoureux d’une autre fille, tu l’savais depuis l’début… » J’me r’levais soudain’ment, j’avais b’soin d’bouger, d’faire quelqu’chose. Ca m’faisait chier, pour elle, parce qu’au fond, j’savais c’qu’elle r’ssentais. Pourquoi ? Parce qu’au final, j’vivais p’t’être la même situation avec la Princesse. J’savais combien ça f’sait mal, combien ça pouvait rendre dingue, et j’voulais pas qu’elle puisse vivre la même chose. J’me r’tournais vers elle, cherchant son r’gard. « Qu’est-ce que tu comptes faire ? »
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MessageSujet: Re: [Chez Zack] I never knew delight could be so violent TERMINE   Dim 14 Avr - 12:49

Un silence. Messaline, muette un instant, avait fermé les yeux, brièvement, laissant sombrer ses yeux d'ambre derrière les rideaux de perle maquillée. Une infime pudeur, soudain; la seule dont elle était bien capable. Juste fermer les yeux, se cacher, une retraite, sauver le peu qui restait encore à dissimuler après avoir tout dit, trop dit, craché le venin qui s'était insinué jusqu'au fond de son coeur.

Qu'est-ce qu'elle allait faire, maintenant? Oui, bonne question, bien pensé, Zack. Qu'est-ce qu'on allait faire d'elle?

Ah, qu'est-ce qu'on allait bien faire de toi? Pauvre, pauvre âme. Elle se prit à sourire, comme un automatisme, une crispation des lèvres qui lui faisait montrer les dents, alors qu'elle ouvrait de nouveau les yeux. Derrière le joli lever de rideau, il étaient noyés d'une amertume profonde, noirs soudain de désillusion, noirs, noirs comme elle l'était au dedans, à boire jusqu'à la lie le vin de sa propre déchéance, à en ronger le calice. Bien sûr, qu'elle savait, bien sûr qu'il en aimait une autre, elle ne le savait que trop, l'avait toujours su, dès le début. Mais quand on parle de déraison, il n'y a point de limites, point d'avertissement qui fasse sens, non, rien.

-Je sais, dit-elle enfin en balayant ses paroles d'un geste. Je sais tout ça. Je voulais juste te le dire.

Une pause, et elle reprit:

-Là, pour le moment, je vais attendre que cette malédiction soit levée, et je vais probablement aller m'assommer la gueule dans le premier rade venu et fêter comme il se doit le retour de ma belle gueule. Pas besoin de te faire un dessin, je suppose.

Elle termina sa cigarette d'une longue et puissante aspiration, et en ralluma une nouvelle avec le mégot encore fumant, aspirant la fumée pour s'en remplir les poumons. Oh, il la connaissait assez maintenant pour comprendre très précisément ce qu'elle comptait faire des jours prochains. Se noyer, à en perdre le souffle et la raison, et s'en aller continuer à se détruire chaque jour un peu plus.

-Pour le reste, on verra. J'en sais rien.

Sa voix s'était envolée, environnée de fumerolle, crachée comme ses vapeurs de tabac qui s'emmêlaient à ses cheveux, s'élevaient comme un encens dans l'air, alors qu'elle baissait les yeux en soufflant pour raviver la braise entre ses doigts. Il y avait en elle, soudain, une étrange paix, comme si elle s'était soudain librée d'un poids, comme si, en parlant, elle avait ôté un peu du poison de la plaie, comme pour se dire, qu'à la toute fin, tout cela était bien inutile et que ça ne servirait qu'à les séparer, tous les deux. Mais peut-être était-ce le mieux, après tout: s'en aller, la porte close pour toujours sur leurs amusements et leurs jeux, et leur inconséquence à jamais plombée par tous ces sentiments d'idiots, par cet aveu en rage. Peut-être oui, sans doute; noyer le souvenir de ces yeux d'or dans un flot d'alcool, effacer à force d'étreintes nouvelles le souvenir de ses mains sur elle, car tout passerait, tôt ou tard, elle le savait bien.

Lentement, elle se leva, se sentant vidée de toute substance, faible à n'en pouvoir faire un pas de plus. Mais c'était terminé, tout ça; elle n'avait maintenant plus rien à faire ici.

-T'en fais pas, reprit-elle. Je te demande rien. Je pouvais pas tenir ma langue plus longtemps, fallait que tu le sache.

Une pause, et elle le fixa un instant de ses yeux sombres.

-On se reverra peut-être, lâcha-elle enfin. Quand ça me sera passé.

Le détachement qu'on sentait dans ses paroles, comme une absence, n'était pas feint. C'était le vide, soudain, le vide derrière ses beaux yeux, le vide, dans sa voix qui ne tremblait plus; comme si, après avoir parlé, il n'y avait plus rien, là. Au-dedans le silence s'était fait, long, lourd et funeste, le silence, mortuaire, et le gouffre, qui hurlait pour qu'on le remplisse. Elle pourrait y vider des tonneaux entiers, y laissez s'y perdre un million d'âmes, sans qu'il ne se sente rassasié. La vérité, c'est bien qu'elle était seule, et cela depuis trop longtemps, et que nul n'en savait rien, et que nul n'y pouvait rien. La jolie façade, joyeuse, aguichante, s'était fissurée et laissait enfin entrevoir, là, le néant de cette existence jetée aux flammes, consumée, jusqu'à l'os, par une vaine fuite en avant.

Fuir, elle ne pensait jamais qu'à cela, et n'était-ce que pas ce qu'elle faisait en cet instant, à lui faire des adieux?
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MessageSujet: Re: [Chez Zack] I never knew delight could be so violent TERMINE   Jeu 18 Avr - 22:25

A vrai dire, j’en rev’nais toujours pas. V’nant d’elle c’était même carrément incroyable. Non pas qu’c’était pas possible, mais juste qu’elle s’donnait l’air toujours si sûre d’elle quand elle causait des mecs ! Elle donnait clair’ment l’air qu’elle en avait rien à foutre d’se donner à n’importe qui, d’se flinguer la vie à coup d’cigarettes, d’alcool et de sexe. Elle suintait la démesure de tous ses pores – et c’était pas pour me déplaire –, elle semblait même fière d’sa vie, d’cette façon d’pouvoir s’offrir un détach’ment incroyable vis-à-vis du reste des gens, comme moi, qui, eux, finissaient par tomber amoureux et s’faisait du mal. Ouais, pour moi, elle d’vait m’prendre pour un idiot, un idiot charmant, probablement bon au pieu pour l’nombre d’fois qu’elle m’y avait accueilli, mais un idiot quand même, un idiot qui s’faisait des idées ou qui, au mieux, perdait son temps. Non pas qu’ça pouvait m’faire quoiqu’ce soit, d’un côté, j’savais tout ça et, moi-même, j’savais qu’j’étais probabl’ment qu’un imbécile, mais j’pouvais pas y faire grand-chose. L’amour c’était pas rationnel, et moi-même j’étais loin d’l’être d’toute façon, alors c’était comme ça, mais ça m’dérangeait pas. Apprendre maint’nant qu’elle était amoureuse de moi avait d’quoi m’retourner la tête en bas. Elle… La fière gitane qui s’amourachait ? Non, j’avais quand même du mal à croire ça possible. Elle s’foutait d’ma gueule, elle m’f’sait tourner en bourrique, ça d’vait être ça. P’t’être qu’c’était sa vengeance pour la malédiction, qu’elle s’faisait un p’tit plaisir à m’voir les yeux écarquillés, la bouche béate et l’air d’un flan… Mais p’t’ain ça n’avait pas d’sens. Elle aurait pu attendre, m’faire l’coup chez elle, ou ailleurs, elle avait pas b’soin d’me chercher pour v’nir l’annoncer sur l’pas d’ma porte mais p’t’être que c’était qu’une partie du jeu, une façon d’rendre ça plus crédible, plus efficace et, dans tout ça, j’faisais qu’marcher dans son p’tit tour.

Pourtant quelqu’chose m’disait qu’c’était pas l’cas. Qu’elle plaisantait pas et ça, ça m’f’sait peur. Enfin, pas peur au sens qu’j’me chiais d’ssus, mais simplement qu’j’savais pas trop c’qu’il r’ssortirais d’tout ça. Et rien qu’à la r’garder, j’savais qu’ça s’rait pas facile. Ouais, c’tait fini les p’tites soirées amusantes, entre du whisky, du sexe et d’la parlotte. Quand les sentiments entraient en ligne d’compte, d’toute façon, c’était la merde. J’le savais, elle aussi. Y’avait d’fortes chances qu’elle préfèrerait aller voir ailleurs, qu’elle s’beurerait la gueule comme il faut pour oublier, probabl’ment comme j’le f’sais les soirs ou la Princesse s’ram’nait avec un mec pour s’faire prendre comme il fallait. Au fond, l’pire dans tout ça, c’était qu’j’pouvais la comprendre, qu’j’ressentais c’qu’elle r’ssentais et ça, ça m’faisait chier parce que j’me doutais bien qu’elle devait en chier elle aussi, et qu’ça d’vait lui faire mal d’me dire ça. Tin, on vivait quand même dans un monde de merde, où, final’ment, les sentiments c’était bon qu’pour les contes de fées. Ca n’apportait rien d’bon ces saloperies, juste des emmerdes à plus savoir qu’en faire. Mais en même temps on pouvait rien y faire, on avait beau se saouler la gueule, s’dévergonder comme des bêtes et d’venir pire que des Hommes, on restait des Hommes, soumis à nos propres démons, à nos propres chimères… L’Amour… Une bien belle connerie, sans l’ombre d’un doute. J’baissais l’regard alors qu’elle m’avouait qu’elle s’soulerait la gueule plus tard, en fêtant l’retour d’sa belle gueule. C’était un peu d’humour mais j’savais qu’au fond, elle s’foutait d’ça. Si elle était comme moi, elle aurait probablement préféré qu’j’lui dise qu’c’était réciproque, qu’j’voulais la garder pour moi ou c’genre d’choses-là, mais j’pouvais pas… Même si j’aurai bien voulu lui dire, rien qu’pour éviter d’la faire souffrir, mais j’pouvais pas m’faire ça, autant à moi qu’à elle, parce qu’ça aurait été lui mentir et qu’ça, j’pouvais pas l’faire non plus.

Jouant avec mon verre distrait’ment, j’avais gardé l’silence. J’l’avais r’gardée, un peu, mais j’savais pas quoi lui dire. Y’avait rien à dire au fond, rien à faire… Tout était dit et y’avait rien à y répondre, hélas, pour elle, pour moi, pour tout l’reste. Monde de merde. Ouais… Monde de merde. Alors qu’elle s’levait, j’arrivais finalement à plus la quitter des yeux. J’pouvais la laisser partir, ouais, sur’ment, mais pas comme ça. C’était pas l’aider qu’d’la r’tenir mais j’pouvais pas vraiment m’faire à l’idée d’plus la r’voir avant « longtemps ». Puis, au fond, j’savais qu’si c’était comme moi, ça lui pass’rait jamais vraiment. Alors qu’elle partait vers la porte, j’posais mon verre sur la table basse et j’m’relevais pour la rattraper. « Attends ! » J’donnais pas d’faux espoirs, puis d’toute façon, elle m’avait suffisamment entendu parlé d’c’que j’ressentais pour la Baronne pour qu’elle puisse m’croire une seule s’conde. J’croisais ses yeux une nouvelle fois. « C’est égoïste, p’t’être, mais j’peux pas t’laisser partir. Pas comme ça. Tu veux t’saouler la gueule ? J’ai ce qu’il faut pour ça. » J’soupirai. Qu’est-ce que j’étais entrain d’faire ? Bon dieu Zack arrête, t’a l’air d’une quiche là ! « Et crois pas qu'j'dis ça qu’parce que j’aime pas l’idée d’perdre un plan cul. Tu m’connais maint’nant, tu sais qu’j’suis pas comme ça. J’t’ai foutue dans la merde avec cette histoire, c’est d’ma faute. » C’était vrai et faux, mais, d’une certaine manière, j’en avais carrément rien à foutre. « Alors laisse moi t’aider à t’sortir de ça. J’peux pas t’laisser toute seule dans ce merdier parce que j’sais c’que c’est et j’ai pas envie qu’tu vives le même enfer que moi. » Y’avait quelqu’chose dans mon r’gard, j’aurais pas su dire quoi mais Messaline d’vait sur’ment s’en rendre compte.
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MessageSujet: Re: [Chez Zack] I never knew delight could be so violent TERMINE   Ven 26 Avr - 19:00

"Attends!"

Messaline se figea sur place. C'était ce qu'elle redoutait, dans un sens: elle ne voulait pas qu'il la retienne, parce qu'elle ne se sentait pas la force de perséver dans la fuite et de faire ce qui était le mieux pour eux, mais aussi le plus douloureux. C'était le plus raisonnable, s'en aller et lui tourner le dos, au moins pour un moment, et laisser le temps faire son oeuvre et tout emporter. Cela prendrait un jour, un an, plus encore peut-être mais elle l'oublierait, à toute force, comme elle avait oublié Ange et toutes les blessures qu'il avait laissées derrière lui. ça n'était qu'une question de temps, et il ne tarderait pas à emporter dans son flot régulier tous les débris de la mémoire, tous les souvenirs, des fantômes de sentiments comme des squelettes blanchis de sel... Elle était à la dérive, depuis si longtemps, que son esprit était comme une roche attaquée par la mer, rongée de tous bords, dont des pans entiers étaient engloutis dans les flots noirs de l'oubli. Tout passerait, encore, et encore, lavé dans l'alcool, noyé dans les effluves aigres de la sueur des autres, et des relents bon marché des hôtels de passe. Tout s'en irait, qu'il se rassure; et cela répugnait à disparaître, Messaline savait y faire pour délaver ses souvenirs et tout effacer.

Tandis qu'il parlait, elle osait à peine le regarder en face; ses paroles apportaient soudain autant de peine que de réconfort, et c'était bien tard, à présent, qu'elle comprenait qu'il avait pu s'attacher à elle. Elle savait qu'il disait vrai, quand il jurait qu'elle était un peu plus qu'une simple partenaire de jeux pas très innocents; elle en savait assez long sur lui à présent pour le croire et c'était bien ça, le problème. Il disait vrai. ça aurait été si simple, tellement plus simple qu'il n'ait pas eu la moindre affection pour elle et qu'elle n'ait pas à le blesser de la sorte... Il était parmi les seuls ici-bas qu'elle ne veuille pas voir souffrir, comme un insigne honneur seulement échu à quelques-uns. Elle distinguait quelque chose, tapi au fond de son regard, dissimulé dans l'expression de son visage. Etait-ce vraiment de la peine? Elle ne pouvait réellement le dire, et ne savait que penser. Il n'était pas indifférent à tout cela, elle le voyait bien. Mais il ne pouvait pas l'aider, pas encore, plus maintenant.

-Tu peux rien pour moi, répliqua-elle, fermant les yeux brièvement, comme pour rassembler ce qui lui restait de force. Laisse-moi gérer ça toute seule. J'ai déjà vécu tellement pire, si tu savais... C'est rien. T'en fais pas pour moi.

Ah, oui, s'il savait... Elle n'avait pas survécu jusque là pour se faire avoir de la sorte par un simple chagrin d'amour, il lui en faudrait tellement plus pour céder.
Une pause, et elle le fixa d'un regard absent.

-Si tu sais ce que c'est d'être à ma place, tu sais aussi sans doute que ça sert à rien de te revoir, à part empirer les choses. Je veux juste essayer d'oublier tout ça.

Ses paupières se baissèrent à nouveau. Elle aurait pleuré, peut-être, si elle en avait eu la force, si elle n'avait pas eu trop de fierté pour cela. Rester forte, encore, malgré tout. Même devant lui, elle ne lâchait rien, la silhouette droite et les poings serrés, comme pour retarder encore le moment où tout cela cèderait. Mais pour l'heure, il fallait encore sauver ce qu'elle pouvait des apparences, et fuir, et se cacher. Elle avait déjà bien trop dit, elle avait déjà bien trop dévoilé d'elle pour pouvoir se permettre de se laisser aller devant lui, maintenant qu'elle avait décidé que tout était terminé. Elle en devenait froide, à force de vouloir rester digne, comme un vain défi, un dernier baroud d'honneur, juste avant de céder, juste avant la chute. Elle ne voulait rien d'autre que s'en aller, et fuir quelque part, loin de lui et en paix, pleurer tout son saoûl comme une enfant blessée. S'accorder le luxe et le loisir de s'apitoyer sur son sort un moment, avant de noyer ses chagrins de coeur dans les bras des autres, dans les tonneaux de mauvais alcool, avant de traîner les restes de son coeur dans la boue et la décrépitude, toute détruire, tout salir, et s'en aller dans un tourbillon de perdition.

-Je ne suis pas comme toi, Zack, je ne peux pas rester près de toi sans rien faire, tout en sachant que tu ne sera jamais à moi. Et plus que tout, je ne veux pas des miettes que me laisse ta princesse. C'est toi, ou rien. Je ne veux plus me satisfaire des moments où tu n'aura rien d'autre à faire que de m'appeler, même si ça doit être ma seule chance de te voir.

Elle le regardait droit dans les yeux, disant cela. Orgueilleuse Messaline, orgueilleuse putain, trop fière pour se contenter des restes que pourrait lui laisser une autre. Pourquoi devrait-elle se taire, et s'en satisfaire en silence, et chérir ces moments comme un trésor, quand ce n'étaient que les rebuts qu'on lui jetait comme un os à un chien? Peu importait de tout détruire, et de dire adieu à ces moments où il était enfin tout à elle; elle ne pouvait vivre ainsi, dans l'ombre d'une autre.
Mais ce sursaut d'arrogance était bien vain, même si chaque mot était vrai. Elle tremblait, un peu; la mâchoire serrée, comme pour lutter contre un impérieux élan intérieur qui toujours comme la marée la poussait vers lui. Au-dedans s'affrontaient les courants contraires; il y avait ce murmure qui disait qu'elle était bien faible, et qu'elle n'avait plus qu'à fuir, et se cacher loin de tout pour laisser le temps apaiser ses blessures. Et tout au fond, chuchotait cette voix qui disait qu'elle n'avait pas à tout affronter seule, et qu'il n'y avait pas de honte à accepter d'être aidée. Il suffisait de si peu, pour la faire pencher de l'un ou de l'autre côté... Un sursaut de force et de fierté pour s'arracher à sa présence, ou bien y sombrer et s'y laisser perdre, et céder à la faiblesse.
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MessageSujet: Re: [Chez Zack] I never knew delight could be so violent TERMINE   Dim 28 Avr - 14:26

J’voulais pas qu’elle parte, j’voulais pas qu’elle souffre, mais pourtant, j’savais déjà qu’j’pouvais rien faire pour la soulager. Ouais, lui proposer d’s’bourrer la gueule chez moi c’tait pas une solution, j’l’savais. Quoiqu’j’puisse lui offrir, rien qu’le fait qu’ça vienne d’moi suffisait à tout gâcher. Pourtant j’aurais donné cher pour l’aider, mais, comme pour moi, j’savais qu’c’était une situation désespérée. Dans c’genre d’cas y’avait pas trente-six solutions. Soit on finissait par avoir c’qu’on voulait et alors ça allait bien, soit on finissait par oublier c’qu’on avait voulu une fois et on essayait d’faire comme si ça allait. J’savais qu’j’aurais du la laisser partir mais j’avais pas pu m’y résigner, pas avant d’être sûr qu’elle voulait pas d’mon aide, qu’elle préférait m’oublier, pour l’moment. Parce qu’j’pouvais rien lui offrir. J’aimais la Princesse, j’le savais. Même si j’en prenais plein la gueule à chaque fois qu’elle s’envoyait en l’air avec quelqu’un d’autre sous mon nez. Et, comme un con, j’y croyais toujours parce que, final’ment, j’savais qu’elle prenait qu’des coups d’un soir qu’elle foutait parfois à la porte elle-même le matin. Qu’tout ça c’était qu’pour l’plaisir et qu’donc, j’avais toutes mes chances d’pouvoir un jour lui faire comprendre c’que j’ressentais pour elle. Mais j’savais qu’maint’nant c’était pas l’moment. Elle m’aurait ri au nez, p’t’être parce qu’elle m’voyait que comme un p’tit frère. C’lui qu’elle avait toujours eu à ses côtés et c’était même pour ça qu’elle n’s’rendait pas compte à quel point elle m’faisait mal quand elle s’envoyait en l’air avec n’importe quel péquenaud venu. Enfin, c’était pas la question d’t’façon. C’était l’cas d’Messaline et, au fond d’moi, j’savais déjà c’qu’elle endurait et ça m’faisait chier pour elle, parce qu’y’avait qu’une façon d’régler s’problème actuellement et qu’cette solution lui f’rait pas du bien. Rien qu’d’l’imaginer j’en étais malade, elle méritait pas ça, pas après tout c’qu’elle avait fait pour moi, en quelque sorte.

Quand elle répondit, elle n’fit qu’confirmer c’qu’on savait déjà tous les deux. Mais ça m’fit mal d’réellement l’admettre. Pire encore, j’crois qu’j’pouvais pas m’empêcher d’imaginer c’qu’elle entendait par « tellement pire », même si j’me doutais qu’elle d’vait avoir sacrément souffert d’sa vie. Général’ment les putains n’avaient pas une existence de princesse d’conte de fées et c’étaient pas des filles qui pouvaient s’vanter d’avoir une cuillère en argent dans la bouche, bien au contraire. Quant à s’revoir, ouais, j’savais qu’ça pouvait qu’empirer les choses mais bordel qu’est-ce qu’ça pouvait m’faire chier ! J’voulais pas la laisser partir, j’voulais pas qu’elle passe c’te putain d’porte pour jamais la r’voir. Comme j’lui avais dit, elle n’était pas qu’un plan cul pour moi, et ça, j’le pensais. J’aurais pas su dire c’que c’était en vrai, mais on avait clair’ment dépassé c’stade là. Elle aussi d’ailleurs, sans quoi elle s’rait pas v’nue m’dire qu’elle m’aimait. Putain… Rien qu’d’y penser j’y croyais toujours pas. Elle… Messaline. Dans sa bouche, j’étais presque sûr qu’ces mots étaient bannis d’puis longtemps. Fallait croire qu’j’m’étais trompé mais, d’une certaine manière, j’étais presque sûr qu’elle pensait pas s’y r’trouver confrontée elle aussi. Quand elle m’avoua enfin qu’elle était pas « comme moi », qu’elle pouvait pas supporter d’pas m’avoir pour elle seule, d’se contenter des miettes, j’pouvais qu’la comprendre, même si, au fond, j’avais même pas les miettes qu’on daignait m’laisser moi et, surtout, qu’c’était pas vraiment des miettes qu’j’lui offrais. M’enfin, l’idée générale j’la comprenais et j’pense qu’elle avait pas b’soin d’le répéter pour que j’l’intègre. J’me d’mandais c’qu’elle pouvait bien penser dans sa tête, comme ça pouvait réellement tourner là-haut, c’qu’elle ressentait vraiment. Si ça la f’sait vraiment chier ou si elle s’contentait d’se protéger comme elle pouvait, comme elle l’avait toujours fait.

j’restais silencieux quelques instants tout en la r’gardant. J’pouvais pas m’résigner à la laisser partir, mais fallait bien qu’j’le fasse. Elle avait raison, sur toute la ligne et m’obstiner n’pourrait pas apporter quelque chose de bon. Sans un mot, j’faisais quelques pas pour rompre la distance qui nous séparait tous les deux et j’la prenais dans mes bras, l’enlaçant doucement, posant sa tête contre mon épaule, enfouissant la mienne dans sa nuque, dans sa longue chevelure dont l’odeur m’enivrait toujours autant. J’restais silencieux encore plusieurs instants, m’contentant d’cette étreinte physique, de cette chaleur dont j’appréciais la caresse probablement pour la dernière fois. « J’suis désolé Messaline, vraiment. » J’avais murmuré ça, doucement. Elle l’avait entendu, sans l’ombre d’un doute, mais c’était pas la question. J’m’écartais un peu d’elle, déposant un bisou sur sa joue avant d’prendre son visage entre mes mains et d’déposer un autre baiser sur son front. Posant mon r’gard dans le sien, j’essayais d’lire en elle mais, comme toujours, j’étais incapable d’le faire. « Même si m’voir n’pourra pas aider, si jamais t’as b’soin d’quoiqu’ce soit, laisse moi un message, j’verrais c’que j’peux faire. » Espérant qu’elle accepterait quand même, je fis un pas en arrière, relâchant mon étreinte sur la jeune femme. « Prends soin de toi Messaline. Tu vas m’manquer. » C’était vrai. J’aurais eu du mal à mentir d’toute façon, dans c’te situation, c’était pas mon genre. J’redoutais d’la laisser partir, d’la laisser franchir la porte qui se trouvait derrière elle, mais j’savais qu’y’avais plus rien qu’j’pouvais faire pour la retenir. Peut-être plus tard, peut-être un autre jour, mais, au fond, je savais qu’elle tiendrait sa « promesse » et qu’elle oublierait tout ça, que, finalement, je ne deviendrais plus qu’un nom parmi d’autres et que, dans ses souvenirs, je ne serais plus grand-chose….
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MessageSujet: Re: [Chez Zack] I never knew delight could be so violent TERMINE   Mer 1 Mai - 21:17

Messaline allait se détourner de lui, une dernière fois, trouver la force de s'enfuir, quand elle sentit ses bras se refermer autour d'elle. Son odeur, la chaleur qu'il dégageait la submergea un instant et elle lutta, longuement, pour retenir ses larmes. C'était tellement idiot tout cela, à bien y repenser; un chagrin de petite fille, un bête chagrin d'amour. Rien de plus, et si peu au regard de ce qu'elle avait déjà traversé, mais elle s'y était si peu préparée qu'elle se rendait compte qu'elle ne savait plus comment y faire face. Depuis combien de temps ne s'était-elle pas attachée de la sorte à quelqu'un? Depuis combien d'années n'avait-elle pas, tout simplement, été amoureuse?

Elle se raccrocha éperdument à lui, dans cette ultime étreinte, comme pour garder encore avec elle un peu de lui, un peu de son souvenir, même si c'était à présent le poison dont elle devait se débarrasser. Le visage enfoui contre son épaule, elle resta là un moment, sans se sentir capable de lâcher prise, comme une enfant qui refuse de partir, parce que de tout coeur, elle ne souhaiter qu'une chose: ne pas s'en aller, ne plus bouger. Juste rester là, parce que c'était là, près de lui, qu'elle trouvait enfin la paix, comme si sa seule présence suffisait à elle seule à chasser ses démons. Juste un peu, encore un peu... Quelques secondes de plus, encore un isntant. Elle n'en n'avait jamais assez, les poings serrés, les yeux fermés pour ne pas se laisser aller, parce qu'elle était encore bien trop fière pour pleurer devant lui. Il y avait quelque chose au fond de son ventre, qui se serrait comme la corde au cou du condamné, qui lui faisait si mal soudain! Bien sûr que cela passerait, mais comme toutes les blessures, celle-là était si douloureuse, alors, si profonde, si terrible, commes ces peines d'enfant dont on croit ne jamais pouvoir se remettre.

Ce fut Zack qui rompit le contact, car elle en aurait été bien incapable. Elle resta là immobile un moment, avant de reprendre son souffle, les yeux baissés. C'était comme une drogue, elle savait que c'était mal, elle savait que ça ne ferait qu'aggraver les choses et la détruire un peu plus, mais, par la Mère, elle ne pouvait résister, c'était bien plus fort qu'elle, elle n'avait tout simplement pas la volonté nécessaire pour cela. Savait-il combien il lui faisait mal, en agissant ainsi? Chaque geste, chaque contact, chaque baiser, jusqu'au moindre mot, tout cela la mettait au supplice. Elle ne pouvait s'y opposer, ne pouvait que rassembler la moindre parcelle d'énergie et d'amour-propre qui lui restait pour s'empêcher de s'effondrer.

Et puis, sans savoir comment, à deux pas de la chute, elle parvint à se détourner de lui, juste pour qu'il ne voie pas son visage, juste par fierté, par un orgueil dérisoire.

"Tu va me manquer."

Qu'il aille au diable! Elle ne le regarda même pas, silencieuse un instant.

-Toi aussi, Zack, prends soin de toi et de ta princesse.

Une pause. Sa voix était vide, absente, et flottait, comme désincarnée, entre deux eaux.

-A la prochaine.

Bien sûr qu'ils se reverraient. Bien sûr qu'elle ne l'oublierait pas; elle tâcherait juste, un moment, d'effacer tout ce qu'elle avait pu ressentir pour lui, quitte à se perdre dans les bras d'un autre, quitte à se détruire à demi, tout, pour ôter de son coeur cette épine.

Mettre un pas devant l'autre, s'éloigner. C'était comme laisser derrière soi une partie de son âme, comme se défaire d'un peu de soi, et laisser sur le plancher un bout de son cœur. Messaline s'en fut à pas lents, sans se retourner, l'esprit vide et l'âme vacante, juste pour sauver les apparences, encore un peu, juste pour quelques instants encore. Et puis, dès que la porte fut refermée sur elle, dès qu'elle scella leurs adieux d'un claquement sec, elle courut, loin, le plus loin possible, s'enfuyant comme une voleuse dans le crépuscule. Fuir, se cacher, cacher ses blessures, et s'en aller, loin de tout ça, loin de la souffrance, loin de ses souvenirs, encore si proches...
Elle avait encore, sur la peau, capturé dans ses cheveux, imprégné sur ses vêtements, le fantôme de son odeur, le fantôme de sa mémoire encore trop vive, qui jetait un feu douloureux sur la plaie encore ouverte. Elle aurait voulu arracher tout ça, s'ôter de la chair ce qu'il y avait laissé, se détruire tout entière pour détruire avec elle tout ce qui lui restait de lui. Ces souvenirs la hantaient encore alors qu'elle allait comme un spectre, au hasard des rues, loin de tous les endroits qu'ils avaient fréquenté, jusque dans ces lieux sombres et désolés, jusque dans ces lieux obscurs où personne de sensé n'osait vraiment se perdre. Précieux, et haïssables. Elle n'arrivait pas à s'en défaire, non, pas encore...

Alors, parce que c'était la seule chose qu'elle pouvait faire pour se sentir mieux, elle investit le restant de ses maigres économies dans une bouteille de mauvais alcool plus propre à déboucher les éviers qu'à être bu, dans autant de paquets de cigarettes qu'elle put en acheter, et alla se planter sur un bout de trottoir, sous les lueurs hystériques d'un néon sale. Le regard des gens sur elle avait enfin changé, elle le sentait. La malédiction avait été levée, elle l'avait bien deviné, mais c'était une bien maigre consolation. A tout le moins avait elle à présent un moyen de plus de se détruire joyeusement... Un flot d'alcool, des visages inconnus, des cigarettes à la chaîne, des pincées de poudre de blanche, et au bout du tunnel, l'oubli. La purge, dans la déchéance, comme un feu purifiant, le nettoyage par le vide. Brutal, efficace.

Messaline ignorait encore comment elle avait réussi à se souvenir de la route. ça faisait un moment, mais c'était l'unique endroit où elle savait pouvoir trouver, peut-être, le réconfort dont elle avait besoin, la seule personne devant qui elle n'aurait pas honte de pleurer parce qu'il savait déjà tout de ses blessures. Elle s'était endormie, assise devant chez lui sur le bord du trottoir, la tête dans les bras. Difficile de savoir ce qui lui était passé par la tête, mais elle avait été probablement trop ivre et dans un état trop second pour réussir à frapper à la porte, ou mieux à l'ouvrir avec sa clef. A la fin de cette course folle, cette fuite désespérée dans le vide, c'était là, qu'elle avait fini par trouver refuge.
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