AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

 

 Une soirée entière pour se faire plaisir...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: Une soirée entière pour se faire plaisir...   Lun 3 Déc - 21:17

Messaline eut une mine pensive, et puis un sourire vague. Il avait raison, parfois mieux valait ne pas trop en savoir sur ce que pensaient les autres, et s'il avait peur de la perdre d'une certaine manière, c'était compréhensible.

-ça, j'peux le comprendre. Des fois vaut mieux pas trop se poser de questions, et si t'es assez solide pour supporter ça, chapeau.

Son sourire s'accentua un brin mais paradoxalement, son regard était du plus grand sérieux, et pour une fois, pour une de ces rares fois, elle pensait réellement ce qu'elle dit, chaque mot. Un élan de sincérité qui ne lui ressemblait pas, mais il méritait quand même d'entendre ça.

-J'insiste, reprit-elle; t'as du cran. C'est pas de la bêtise de rester près de la nana dont t'es amoureux juste parce que tu veux rester près d'elle quoi que ça te coûte. Y'en a plein qu'auraient tout foutu en l'air ou qui auraient tourné au vinaigre en moins de deux, dans ta situation.

Evidemment, ces paroles auraient eu plus d'impact si elles ne sortaient pas de la bouche incertaine d'une catin échevelée qui tanguait imperceptiblement sur son siège. Mais ses yeux ne mentaient pas derrière leur buée d'alcool, et elle se fichait un peu de la manière dont ce serait accueilli, l'important était de lui avoir dit, il en ferait ce qu'il voudrait.
Et puis alors que le sujet dérivait, voir changeait carrément de bord pour l'aborder elle, la belle se lova sur les coussins comme un chat qui fait le beau, comme pour remettre de la distance entre eux. Il y avait des apparences à respecter et elle sentait confusément qu'elle avait un peu trop dérivé, trop loin de ce qui devait se passer ce soir. Elle se connaissait bien, elle savait que même si elle faisait tout pour ne jamais en dire trop sur elle, il y avait toujours le risque de déraper à un moment ou à un autre. La conversation pouvait devenir aussi personnelle que possible quand lui parlait, mais la réciproque ne serait jamais vraie.

Messaline eut un petit sourire en coin, et la pique lancée par le voodun ramena dans son regard un soupçon d'animation joueuse.

-Oh, fit-elle d'un air de sainte nitouche en battant des cils, crois-moi, tu veux rien savoir! Je te ferais fuir.

Son sourire s'étira encore et elle baissa très légèrement les paupières, très exactement à la manière d'un chat qui envisage sa proie. Elle reprenait confiance, maintenant qu'ils revenaient sur un terrain un peu plus coutumier et moins risqué, et s'amusait du jeu qui reprenait de plus belle. C'était rare de trouver autant de répondant, et elle en profitait. Son visage garda la même expression, impénétrable et un peu hautaine, faussement modeste, alors même qu'elle soupirait intérieurement de devoir de nouveau louvoyer au travers de ses questions. Elle ne savait même pas s'il s'intéressait vraiment à elle pour ce qu'elle était, ou pour l'image qu'elle renvoyait, partiellement fausse et embellie de toutes parts. Elle penchait tout de même pour la seconde hypothèse, mais c'était difficile d'essayer de connaître quelqu'un qui mentait en permanence et avec autant d'habileté.

-Je suis pas du genre à me poser, où que ce soit, ni avec qui que ce soit, dit elle en se penchant vers le cendrier.

Elle écrasa sa cigarette, gardant innocemment la pose pendant un instant, et puis lui lui lança un regard par-dessous ses cils à demi baissés.

-Et puis, sérieusement, tu crois vraiment que ça existe, un type capable de me laisser faire n'importe quoi avec n'importe qui? Reprit-elle d'un ton un brin moqueur. Tant que je ferais ce boulot, j'aurais tous les mecs que je veux, mais pas de relation sérieuse. De toute façon, dans ce milieu, c'est plus un handicap qu'autre chose, ça attire toujours des ennuis.

Il y avait tout de même une grosse part de vérité dans ses paroles; elle ne s'imaginait avec personne, pas avant d'avoir définitivement raccroché, ce qui n'arriverait probablement jamais. Et puis elle pensait sérieusement que personne au monde ne choisirait de se caser avec une fille aussi instable, et savait très bien qu'elle-même était tordue au point de ne jamais vraiment pouvoir être amoureuse une fois de plus. La première fois lui avait assez coûté pour lui couper pour toujours l'envie de recommencer. Elle ne pouvait plus envisager la moindre relation comme autre chose qu'une entrave à sa liberté et à ses caprices, car tôt ou tard il y avait toujours l'envie, la jalousie, tout le reste.

-Cela dit, reprit-elle après un instant de silence, si tu connais un gars comme ça, faut que tu me le présente, il mérite une médaille!

La moquerie dans sa voix s'était accentuée, parce qu'elle ne croyait en aucun cas que ça pouvait exister, et aussi parce qu'elle était à demi persuadée qu'il plaisantait, disant cela.
Elle accueillit ses dernières paroles et trinqua avec lui avec un sourire franc et amusé. ça, c'était sûr, ils n'étaient pas aidés. Mais il fallait faire avec l'existence qui leur était échue, on ne pouvait guère faire grand chose contre les aléas de la vie. Une brève moue songeuse lui courut sur le bout des lèvres alors qu'elle fixait pensivement le fond de son verre, juste un bref instant. Elle aurait bien voulu avoir une autre vie, elle. Quelque chose d'un peu moins pourrit jusqu'à la moelle, sans avoir l'accablante certitude que tout était voué à l'échec et qu'elle en était en partie la cause. Et puis, elle avala le reste de son whiskey d'une gorgée, et se resservit aussitôt.

-Faut faire avec, c'est ça, et puis profiter des bons moments qu'on peut avoir.

Ce disant, elle leva vers lui un regard évocateur assorti de l'un de ses sourires d'une charmante indécence.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: Une soirée entière pour se faire plaisir...   Lun 3 Déc - 23:11

Parler d’ma Princesse n’était pas la chose la plus joyeuse qu’je pouvais faire à une soirée, surtout quand elle était arrosée. C’est pas qu’j’avais l’alcool triste, bien au contraire, mais l’sujet n’avait vraiment rien d’gai et puis, fallait l’admettre, j’sais pas c’que j’aurais pu donner pour qu’elle puisse comprendre c’que j’pouvais ressentir pour elle. M’enfin, comme la Dance Girl m’l’avait dit, si j’lui disais pas en face, elle était p’t’être pas prête d’le réaliser. Mais bon, j’étais quand même convaincu qu’j’l’intéressais pas vraiment. Si elle ressentait la même chose qu’moi, elle se s’rait certain’ment pas privée, un soir, d’me sauter d’ssus sur l’canapé pour m’embrasser. C’était son genre, avec n’importe quel mec, j’vois pas pourquoi ça aurait été différent avec moi, sauf peut-être, si elle avait en tête les mêmes raisons qu’j’avais, c’est à dire qu’elle était pas sûre d’mes sentiments et qu’elle préférait préserver notre amitié. Quelle situation d’merde… Enfin bref. J’avais plus vraiment envie d’en parler. Ca plombait quand même l’ambiance c’t’histoire, même si, final’ment, j’savais qu’elle ça la dérangeait pas d’m’écouter parler. Elle préférait d’ailleurs ça à mes questions, il suffisait d’voir la manière dont elle m’répondait pour être convaincu d’ça, mais bon, ça m’dérangeait pas qu’elle m’serve des demi-vérités, c’tait l’jeu ma pauv’ Lucette, si moi j’mentais pas, c’était mon affaire pas la sienne. Puis, d’un côté, j’avais pas spécial’ment quelqu’chose à cacher, elle p’t’être que oui, et vu sa situation, c’tait pas improbable, mais, encore une fois, ça m’dérangeais pas. « C’est gentil d’me dire ça, on verra bien c’que ça donne, j’suis pas du genre à m’prendre la tête plus que ça. Advienne que pourra d’t’façon. » Après tout, pourquoi s’faire du souci ? Surtout maint’nant, y’avait clair’ment mieux à faire en cet instant, comme descendre cette dernière bouteille d’whisky et p’t’être s’en offrir un p’tite troisième pour la route. Voilà qui semblait plus qu’alléchant.

Quand elle m’fit r’marquer qu’j’préférais pas savoir, j’ai pas pu m’empêcher d’sourire et d’rire. Non sérieus’ment, elle m’disait ça à moi ? C’tait un peu l’hôpital qui s’balançait d’la charité et des patients par d’ssus l’marché ! Enfin c’était plus ou moins la réponse à laquelle j’m’attendais. Elle semblait pas vraiment prête à partager un peu plus d’choses privées sur sa vie mais c’tait comme ça, p’t’être qu’elle finirait par lâcher un morceau ou un autre, d’ici là, j’devais m’contenter des p’tits os qu’elle m’laisserait bien ronger, bien qu’elle était loin d’me traiter comme un chien, sans quoi ça fait longtemps qu’j’me s’rais tiré, et pas la queue entre les jambes. J’aimais pas être traité comme d’la merde, comme tout l’monde j’suppose, mais là c’était juste un jeu, j’avais décidé d’y aller franco, elle moins, c’était comme ça, un point c’est tout. Un peu décevant, mais, encore une fois, compréhensible. « Tu sais qu’tu m’donnes encore plus envie d’savoir c’que tu caches ? C’est pas en cultivant l’secret qu’tu m’feras démordre de mes questions. » Un p’tit sourire aux coins des lèvres. Bon ok, j’reviendrais pas à la charge ce soir d’toute façon, mais on sait jamais, à l’occasion. Elle s’échapperait pas aussi facilement. Enfin, p’t’être qu’j’la r’verrais plus, mais bon, c’était pas l’moment d’penser à c’genre de truc. Le présent Zack, le présent. L’futur et l’passé, c’était des trucs pour les loosers et les gagne-petits, j’étais bien loin d’ces trucs d’miséreux. Sa façon qu’elle eut d’éteindre sa cigarette m’fit sourire. Sérieus’ment, elle jouait bien l’actrice celle-là, j’l’aurais bien vu dans un film, genre femme fatale, et pas dans un porno hein ! J’vous vois v’nir. Nan, elle méritait bien mieux qu’cette pauvre étiquette inutile d’prostituée. Suffisait d’la r’garder dans les yeux pour l’voir ça.

Quand elle évoqua l’fait qu’elle était pas faire pour s’poser quelqu’part ou avec quelqu’un, j’me disais qu’elle avait sur’ment pas tort. Elle avait b’soin d’sa liberté, ça courrait probablement dans ses veines. C’était quelqu’chose qu’on pouvait sentir en la r’gardant, en la voyant faire, agir, être. Son corps tout entier aspirait à cette liberté de chaque jour. Pourtant, on pouvait être avec quelqu’un et être libre non ? Cela n’signifiait pas pour autant s’passer la corde ou des chaines autour du cou comme beaucoup l’disaient. Quant à des types qui pouvaient supporter c’qu’elle était, j’en connaissais quelques uns et j’avais pas b’soin d’aller bien loin pour ça. Mais qu’au fait qu’ça lui apport’rait des ennuis, j’pouvais rien dire, j’connaissais pas assez l’milieu pour juger. J’avais la chance d’être suffisamment attirant, du moins selon mon expérience, pour pas avoir besoin d’avoir eu recours à des filles de joie. Mais peut-être que l’expérience serait à tenter… Du moins pour ce que j’en voyais ce soir. J’eus un p’tit sourire quand elle m’fit r’marquer qu’elle voulait décerner une médaille à un type qui pourrait supporter tout ça. « Si tu en as une sous la main, j’veux bien qu’tu m’la passes autour du cou, si tu veux. » Okay, ça faisait pas très modeste, mais fallait voir les choses en face, j’supportais d’jà pas mal d’choses avec la Princesse et, d’une certaine manière, c’était un peu la même chose non ? J’haussais les épaules. « Pas qu’j’veuille jouer l’modeste, mais, sincèrement. Pourquoi faudrait voir l’attachement à quelqu’un au sens littéral du terme ? » J’posais mon verre vide à côté d’la bouteille qui l’était tout autant.

« Qu’importe c’que tu fais, on peut faire l’amour à quelqu’un d’autre sans en éprouver quelque chose de plus que du désir et du plaisir. Tout l’monde fait un foin sur l’Amour, la fidélité et tout l’reste. Les gens comprennent pas c’que c’est vraiment d’aimer. » M’reposant dans le canapé, j’soupirais une nouvelle fois. « Désir et Amour sont deux notions différentes, en quoi coucher avec quelqu’un d’autres serait la preuve qu’on n’aime pas ? Okay, tu aimes faire l’amour, c’est ton métier ? Et alors ? Est-ce incompatible avec le fait d’aimer quelqu’un ? » J’posais mes yeux dans celle de la jeune femme. « Celui qu’t’aime, tu lui f’rais pas l’amour comme tu l’fais avec les autres, et puis y’aurais quelqu’chose de plus, j’sais pas, tu t’confierais à lui. Tu lui dirais des choses que tu penses vraiment, pas comme à ceux que t’aurais vu toute la journée. » Un nouveau soupir. J’sais pas si l’alcool m’atteignait plus que de coutume, mais bon, j’m’emportais peut-être un peu sur l’sujet. « Tant qu’tu m’montrerais qu’j’suis l’seul que t’aime – et y’a d’autres moyens de l’faire que d’coucher avec moi – tu pourrais faire l’amour avec n’importe qui, qu’j’en aurais rien à faire. Pourquoi ? Parce que j’saurais qu’les autres c’est qu’des coups, des gagne-pains et qu’on partagerait plus, toi et moi, qu’une simple étreinte corporelle. Et puis, j’suis convaincu qu’tu m’f’rais beaucoup mieux l’amour qu’tu n’le ferais avec eux. » Sur ces entrefaites, j’me l’vais. Un sourire amer aux lèvres mais bon… « Enfin, c’était histoire d’te donner mon avis sur la question. J’reviens, j’vais nous chercher une quatrième amie. J’ai la gorge sèche, j’ai débité trop d’âneries j’crois. » Puis j’tournais l’dos en direction du bar.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: Une soirée entière pour se faire plaisir...   Mar 4 Déc - 20:56

Messaline eut un sourire amusé, peut être un peu aguicheur, mais ça n'était sûrement pas fait exprès. Bien sûr qu'elle savait que parfois, le fait de ne rien dire attirait bien plus la curiosité que le fait de tout déballer. C'était dans un sens comme le désir, ça se repaissait et s'enflammait du peu qu'on voulait bien lui laisser et tous les deux s'attisaient d'un même élan par l'absence et la suggestion.
Le fait était que si elle avait vraiment voulu ne rien dire et esquiver totalement ses questions, elle aurait pu monter un mensonge de toutes pièces, faire mine de parler d'elle sans qu'un seul mot ne soit vrai, mais elle ne le faisait pas, et on ne pouvait mettre cette étourderie sur le compte de l'alcool. Sans trop vouloir se l'avouer, elle avait envie d'éveiller sa curiosité, parce que c'était aussi une bonne manière de maintenir l'attention. Et puis, ça faisait partie du jeu, ne pas se dévoiler tout de suite -et ça marchait au sens figuré comme au sens propre- et ne surtout pas abattre toutes ses cartes trop tôt.

-Tu peux toujours poser des questions,
répliqua-elle avec un sourire malin. Mais si tu veux des réponses, va falloir être un peu patient.

Voir très patient. Rares étaient ceux qui avaient réussi à lui faire cracher le morceau, et elle n'était pas vraiment d'humeur ce soir à plonge dans les remous de sa propre existence et à les étaler au grand jour, car cela la forçait toujours à repenser à toutes les crasses qui lui étaient arrivées et dont la liste s'allongeait de jour en jour.
Dans un sens, elle éprouvait une sorte d'admiration face à ceux qui, comme le voodun, arrivaient à parler d'eux-mêmes sans méfiance et sans trop de honte, comme si ça n'avait pas vraiment d'importance. Qu'importe ce que les autres en feraient ou en penseraient, il se livrait avec une simplicité assez désarmante qui n'arrivait cependant pas à faire taire la petite voix dans sa tête qui suggérait qu'il mentait peut-être, lui aussi. Mais qu'importe, le jeu des apparences se déroulait sur tous les plans, et on montrait toujours ce qu'on voulait bien que les autres voient.

Le soupçon du mensonge, ou à tout le moins de l'embellissement de la réalité plana de plus belle quand il réclama pour lui-même la médaille qu'elle promettait à l'homme évoqué. Elle ne put retenir une mine franchement étonnée, ouvrant des yeux ronds au-dessus du verre qu'elle portait à sa bouche. Cette figure mi-figue mi-raisin, partagée entre stupeur et incrédulité s'accenta encore à mesure qu'elle l'écoutait parler. Non, vraiment, il le pensait? Elle scruta son joli visage un peu embrumé par l'alcool, mais nulle part elle ne trouva la plus petite trace de mensonge ou de duperie, ou même de moquerie, pas d'ironie, rien, il avait tout à fait l'air d'être convaincu de ce qu'il disait.
A vrai dire, elle ne s'était pas attendue à ça, même venant d'un type aussi curieux que lui. Il n'avait pas l'air du genre à respecter les convenances et tout le reste, mais à ce point là? Dans un sens, c'était logique. S'il arrivait à supporter que la fille dont il était amoureux fasse ce qu'elle veule avec d'autres gars que lui, ça ne devrait pas le changer beaucoup de finir avec une autre qui aille courir le guilledou à droite et à gauche. Mais quand même, ça, c'était pas banal.

Messaline ne dit rien, tout le long qu'il parla, et ne rien non plus quand il se leva pour aller chercher une énième bouteille. Elle avait perdu le compte, à force, tout comme elle avait perdu le compte des cigarettes qu'elle fumait à la chaîne, choses que son corps se ferait un plaisir de lui rappeler le lendemain matin. Mais pour l'heure elle avait autre chose à penser que les caprices de son organisme malmené et avait la petite mine un peu chiffonnée de la fille ivre morte qui s'efforce de remettre ses idées dans l'ordre. Ses sourcils s'étaient légèrement froncés et elle triturait entre ses doigts une mèche des ses cheveux qui dégringolait sur son front. Quand il revint, elle leva vers lui un regard un peu troublé, disons dérangé par ce qu'il venait de soulever.

-Vraiment? Lança-elle de but en blanc d'un air perplexe. C'est ce que tu penses?

Manifestement, elle avait du mal à se faire à l'idée et il y avait presque une hostilité latente dans sa voix, quelque chose de farouche.

-C'est peut-être ce que tu crois maintenant, mais p'tet' que tu changera d'avis quand tu verra ta nana s'en aller se faire troncher par tout le patelin quand tu aura le dos tourné.

Elle détourna les yeux, se mordillant la lèvre inférieure. Il était là, le souci: il ne rentrait pas dans les cases. Personne n'avait jamais raisonné de la sorte sans finir par rentrer dans le rang des jaloux possessifs à un moment où à un autre. Personne n'avait jamais été totalement sincère avec ces grands discours sur la liberté de faire ce qu'on voulait même à l'intérieur d'un couple et bien souvent c'était monsieur qu'on autorisait à être volage et certainement pas madame. Son discours l'avait dérangée bien plus qu'elle ne voulait l'admettre, sans doute parce qu'il venait de la mettre face au seul genre de relation qu'elle pouvait admettre avec un membre du sexe opposé, quelqu'un capable de la laisser faire ce qu'elle voulait, même les pires bêtises, et qui se contenterait de ce qu'elle voudrait bien lui donner. En quelques phrases il venait de lui rappeler que ça pouvait exister, oui madame, et que cet objectif illusoire, ce modèle inaccessible et inexistant auquel elle aspirait pour justifier son incapacité à s'engager dans une relation pouvait en réalité se trouver. Elle qu'il était juste sous son nez, à l'en croire.

-J'en ai connu, des types qui disaient ça pour faire les mariolles et les grands malins, et puis dès que leur moitié s'en allait un peu trop loin, on les entendait plus sortir leurs grands discours. Y'en a un paquet qui m'ont fait le coup.

Un petit haussement d'épaules, son regard s'était égaré au loin tandis qu'elle allumait distraitement une cigarette.

-Après, vu ce qui t'arrive avec ta douce, ça peut expliquer que tu dises ça. Si tu trouve quelqu'un, tu fera une heureuse, en tout cas.

Ses yeux sombres revinrent se poser sur lui, animés d'une petite lueur mutine. Mais cette étincelle au fond des yeux restait un peu factice, et quelque chose dans l'expression de son visage trahissait qu'elle était toujours un peu ailleurs, occupée à digérer l'information, et qu'en fait elle n'arrivait toujours pas à y croire.

Ou peut-être qu'elle ne voulait pas y croire, pour n'avoir pas à espérer de lui autre chose qu'une joyeuse partie de jambes en l'air improvisée.

Elle secoua la tête comme pour chasser ces pensées, et remplit son verre pour le vider aussi sec et retomba lourdement contre le dossier de la banquette, aspirant longuement la fumée de sa cigarette, rejetant un filet de fumée grise au travers de ses lèvres entrouvertes. Ses yeux de chat flottaient quelque part, et elle finit par lâcher, d'une voix un peu vague, comme à contrecoeur.

-Tu la mérite, ta médaille.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: Une soirée entière pour se faire plaisir...   Mer 5 Déc - 14:39

Poser des questions… C’était certain qu’j’allais pas m’priver d’en poser. D’t’façon j’étais suffisamment patient pour attendre qu’elle m’réponde un jour, si elle l’ferait, car ça, c’était moins sûr. J’étais pas stupide. Si elle causait pas maint’nant y’avait pas vraiment d’certitude qu’elle cause un autre jour. Surtout parce qu’on était même pas sûrs d’se r’voir un jour ou l’autre. Enfin bon, c’était pas la chose la plus importante d’toute façon. L’essentiel, c’était d’passer un bon moment, qu’on évite les questions ou qu’on y réponde c’était pas fondamental et puis j’pouvais comprendre qu’elle veuille pas vraiment s’lâcher sur sa vie personnelle. Et puis, concernant l’ambiance, j’l’avais sur’ment plus plombé avec mon p’tit speech qu’aut’chose. C’était pas comme si j’regrettais quoiqu’ce soit, après tout, j’avais simplement dit c’que j’pensais vraiment, mais bon, c’était p’t’être pas la meilleure chose à faire. Faut dire que l’alcool n’aidait pas nécessairement pour faire des choix judicieux en la matière, hein ? Tandis qu’j’allais vers le bar pour payer une quatrième bouteille sous l’œil intrigué du barman, j’avais même pas jeté d’regard dans la direction d’là où j’venais. Mieux valait probablement tirer un trait sur c’qui v’nait d’se passer et, d’un certain côté, la p’tite pause achat d’bouteille, s’rait la bienv’nue pour pouvoir passer à aut’chose quand j’reviendrais poser mes fesses sur la banquette confortable qu’j’avais quittée quelques minutes plus tôt. A vrai dire, j’étais loin d’me douter qu’ça faisait tourner les méninges de Dance Girl. Pourquoi ? P’t’être parce que j’étais un peu trop embrumé par l’whisky pour ça, mais surtout parce que, pour moi, c’que j’aurais pu dire ou faire n’avait sur’ment aucune importance pour elle. C’était qu’un jeu, non ? Elle aurait pu être surprise, sur’ment, mais pour moi elle aurait pu tout aussi bien juste tirer un trait, comme si elle n’avait rien entendu, ce qui, apparemment, n’fut pas l’cas.

Alors qu’j’posais la bouteille sur la table, j’fus étonné par sa r’marque, enfin, sa question qui avait tout bonn’ment l’air d’une remarque. Surprise ? Vraiment ? Je l’étais aussi en fait, qu’elle remette cette histoire sur le tapis alors qu’j’pensais qu’on allait passer à aut’chose. Lâchant la bouteille, avant d’me laisser sombrer sur la banquette qu’j’avais abandonnée quelques minutes plus tôt, j’la r’gardais, surpris. Quelqu’chose m’disait qu’elle avait pas apprécié c’que j’venais d’lui balancer. Changer d’avis ? Pourquoi j’changerais d’avis ? Toujours un peu surpris, j’me d’mandais vraiment où elle voulait en v’nir. Tandis qu’elle r’gardais ailleurs, j’resservais nos deux verres et j’prenais l’mien avant d’m’adosser aux coussins. Elle poursuivit, m’f’sant comprendre qu’elle y croyait sur’ment pas un mot d’ce qu’j’avais dit pour, selon elle, jouer l’mariole ou mon grand malin. Silencieux, c’était à mon tour d’attendre qu’elle ait fini. D’t’façon, si elle voulait continuer d’parler d’ce genre de truc, mieux valait attendre d’savoir d’quoi elle doutait vraiment histoire d’savoir où lui faire comprendre que même si c’était pas l’genre de trucs que j’balançais au débotté, c’était pas non plus du pipeau. P’t’être que c’était la Princesse qui m’avait « immunisé » à tout ça, mais, au fond, j’savais qu’j’en avais rien eu à foutre dès l’début. On s’en balance de qui baise avec qui, c’est pas ça qui est important dans une relation. Okay, peu d’mecs ne font pas une montagne du fait qu’leur copine couche avec toute la ville, mais, sérieus’ment… Est-ce que ça changeait quoiqu’ce soit ? Et puis, mieux valait p’t’être être au courant et l’assumer, plutôt qu’d’pas l’savoir et avoir l’air d’un con, non ? Mon r’gard toujours posé sur elle, j’savais pas trop si j’devais répondre quelqu’chose ou pas. Ma médaille, j’en avais rien à foutre, c’était pas pour moi les médailles d’toute façon.

« J’laisse volontiers les médailles aux soldats et aux vieux. Ca m’intéresse pas plus que ça. » J’esquissais un p’tit sourire et pris une p’tit gorgée d’mon verre de whisky. « T’sais… Libre à toi d’me croire ou pas. Moi j’te force à rien, j’sais juste que, pour moi, Aimer et Baiser, ça s’conjugue pas d’la même manière. » Jouant un peu avec mon verre, j’savais pas vraiment si j’devais vraiment rev’nir sur l’sujet. Puis, finalement… C’était elle qui l’avait remis sur la table, non ? « J’suis pas du genre chiant. J’l’avoue, si j’avais une copine qui tapinait, j’pense qu’j’aurais une discussion avec elle. J’lui d’manderais si c’est c’qu’elle veut vraiment faire, sans insister, juste pour la comprendre, elle, ses choix. » Une gorgée et un p’tit silence. « Si ça lui plait, ça m’va. J’suis pas chiant. C’est un métier comme un autre, faut pas s’voiler la face. Il est p’t’être même moins hypocrite que beaucoup d’autres… » Au moins, on sait c’qu’elle fait vraiment, les secrétaires, on en est jamais vraiment sûrs, hein ? « L’Amour, s’pas l’sexe. Coucher avec un mec pour l’plaisir d’s’envoyer en l’air, ça d’mande pas d’sentiments, ça d’mande juste de l’envie, ou d’se forcer. » J’jette un r’gard dans la salle, la discussion d’vient trop sérieuse à mon goût mais j’ai choisi d’enfoncer l’clou alors autant s’y mettre à fond. « Si elle m’aime, elle m’le montrera, non ? Qu’importe le nombre de mecs qu’elle s’enverra, pour le fric, pour le plaisir, pour le job… J’s’rai l’seul qui compte vraiment et ça m’suffira. » J’soupire doucement en avalant une nouvelle gorgée, sans la quitter des yeux. « J’désire une fille pour son corps et la manière dont elle s’en sert, mais c’est tout autre chose qui m’fait l’aimer. Et la différence est de taille. » J’finis mon verre avant d’le poser sur la table. « Après, avec c’que j’ai dit, ça dépend pas que d’moi, elle a des choses à faire pour qu’ça marche, mais sérieus’ment, l’sexe, c’est qu’la partie émergée d’c’qui fait d’une relation quelque chose de si spécial. » Ces quelques mots en suspens, j’me d’mandais si j’avais pas fini par foutre en l’air la soirée. « J’ai un peu l’impression d’avoir foutu en l’air une bonne soirée… »
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: Une soirée entière pour se faire plaisir...   Sam 8 Déc - 22:15

Messaline surnageait dans un abîme de perplexité et d'alcool. Elle le fixait dans les yeux, traquant la vérité ou le mensonge dans les remous de ses pupilles dorées. Il avait un regard difficile à soutenir, car elle finissait toujours par s'absorber avec fascination dans les reflets chatoyants de cette couleur si inhabituelle. Quand il bougeait la tête, quand les lumières l'effleuraient, il y avait des éclats soudains, des ombres, qui faisaient comme une animation lente dans le champ luisant de l'iris, comme un miroir liquide, une ambre claire qui captait chaque mouvance, chaque clarté.

Cependant, tandis qu'elle le fixait sans ciller ou presque, son esprit tournait à plein régime dans son bain de whiskey. Elle avait une mine un peu chiffonnée, incrédule et presque boudeuse qu'on avait du mal à saisir. Très vite, le trouble relatif passa et elle remit les pieds sur terre, assez pour prendre du recul par rapport à ce qu'il disait. ça l'avait saisie en traître, mais à présent elle essayait juste de comprendre. Elle n'y pouvait rien, si personne n'avait tenu ce genre de discours devant elle sans y croire vraiment; à mesure qu'il parlait, elle semblait se persuader elle-même que lui, comme tous les autres, rentrerait dans une case, celle des fieffés menteurs qui se prétendaient libertaires pour mieux embobiner les filles.

Oui, c'était sûrement ça. Il y avait finalement une case, pour lui.

Elle baissa les yeux un instant, observant d'un air pensif sa cigarette qui se consumait entre ses doigts, et elle ne cessait de l'écouter avec attention, jusqu'à ce qu'il conclue. Elle lâcha un rire léger, se redressant de nouveau, lui adressant un sourire franc noyé dans une volute de fumée.

-La soirée est pas finie, répliqua-elle avec un haussement d'épaules.

Une pause, et puis elle parla de nouveau, à mi-voix, comme si elle s'adressait aussi à elle-même, et pas uniquement à l'homme assis face à elle.

-J'irai pas jusqu'à dire que ce boulot me plaît, mais c'est sûr, dans l'état actuel des choses, ça m'ferait mal de le lâcher parce que mon homme est chatouilleux sur le sujet. Et je pense que pas mal de filles sont dans mon cas, pour beaucoup, tapiner c'est la seule chose qui nous permette de garder la tête hors de l'eau, alors bon; lâcher un job bien payé pour ça, ça vaut pas la peine. Mais c'est sûr, tu marques un point, c'est moins hypocrite que de devoir coucher avec le patron pour avoir une augmentation.

Elle eut un drôle de petit sourire en coin, alors qu'elle fixait le fond de son verre avant de le vider.

-T'es vraiment pas commun, reprit-elle en levant les yeux vers lui. J'espère que le jour où tu te trouvera une nana tu te tiendra à ce que tu viens de me dire.

Son verre claqua bruyamment sur la table quand elle le reposa d'un geste un peu approximatif et elle pointa un doigt vers lui.

-Sinon, j'te r'trouve et j'te fais ta fête, voodoo boy.

Un sourire pointu, mi-figure mi-raisin, lui étirait la bouche et ses yeux retrouvaient leur étincelle coutumière, dissimulant mal un rire contenu. Ah, pour quelqu'un qui ne supportait pas la contrainte, ce qu'il disait semblait presque parfait, un peu trop, même. Il lui faisait miroiter l'impossible, le saligaud.
Cessant enfin de le pointer d'un doigt tremblant mais vengeur, elle se resservit encore, malgré les protestations de son organisme saturé de whiskey. Elle commençait à y voir double, ou triple, enfin, elle ne savait plus. En tout cas, son champ de vision s'était tellement rétrécit qu'elle devait se concentrer sur ce qu'elle faisait pour y voir clair, et elle entendait sa voix de loin, comme à travers un tunnel, tandis que le monde extérieur s'était mué en brouillard coloré et vague, dansant, et qu'elle peinait encore à distinguer la silhouette du voodun d'en face.

L'alcool déborda de son verre, et elle épongea le tout en pouffant sans pouvoir se retenir, ni savoir ce qu'il y avait de vraiment drôle à ça, mais étant ivre morte, elle s'estimait en droit de faire n'importe quoi.
Finalement, elle prit une deux gorgée à même le verre rempli posé sur la table, et le vida d'un trait. Une cigarette de plus ou de trop fut allumée, et elle resta silencieuse un moment alors que les paroles qu'il venait de prononcer, tout ce qu'il venait de dire, tous les troubles, les pensées, la surprise, tout s'abîma dans un grand bain d'éthanol qui clapotait avec paresse entre ses neurones ravagés. De nouveau, le regard sombre de la jeune femme s'égara vers lui. Depuis le premier instant, elle ne pouvait s'empêcher de le fixer dans les yeux. Des yeux de chat, fauves, translucides comme une pierre polie, comme des billes de verre qui auraient capté la lumière poudreuse d'un soleil d'automne. ça, et le reste. Il lui semblait peu à peu que toutes les choses qui le rendaient unique et différent pesaient plus lourd dans la balance que tous les traits communs qu'il partageait avec les hommes qu'elle avait connus. Il était atypique, sur tellement d'aspects que c'était purement par mauvaise foi qu'elle persistait à vouloir le faire rentrer dans une case, de force s'il le fallait, parce qu'elle ne voulait voir personne dépasser, personne se distinguer à ses yeux, et que William à qui elle devait tant pour une simple nuit ne devait rester qu'une exception miraculeuse dans son existence.

Pas question de recommencer, pas avec n'importe qui. Elle avait très bien conscience que c'était un coup de chance d'être tombée sur quelqu'un d'aussi honnête et aimable que le vampire, et que ça risquait fort de ne jamais devoir se reproduire. Pas de confidences, elle en avait déjà trop dit, de toute manière. Elle s'était trop trahie et tout charmant et tout exceptionnel que soit ce joli voodun, ça n'était, et ça ne serait et ne resterait qu'une passade, comme tous les autres.
Il avait beau dire, s'attacher c'était se perdre, c'était risquer, comme un pari, et risquer gros, parfois.

Messaline lui sourit au travers de son brouillard d'alcool, enfin rassérénée, enfin de nouveau -relativement- maîtresse d'elle-même.

-C'est joli, tes yeux, lança-elle de but en blanc avec cette incohérence typique des gens saoûls qui essaient de changer de sujet. C'est naturel?

Question idiote, mais bon, elle n'était plus à ça près. La chose l'intéressait vraiment, en plus. C'était intrigant, cette couleur, plus encore que tous les tatouages et toutes les peintures, et le reste.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: Une soirée entière pour se faire plaisir...   Dim 9 Déc - 19:07

J’avais un peu déballé mon sac sur cette histoire et c’était p’t’être l’moment pour moi d’arrêter déblatérer des discours, aussi passionnant et vrais fussent-ils. J’avais comme l’impression qu’ça tombait pas dans l’oreille d’une sourde, enfin, surtout qu’on s’éloignait des sujets marrants qu’on avait au début et ça, ça m’faisait chier. Plus y’avait d’alcool, plus on d’v’nait sérieux. C’était quoi l’embrouille là ? J’tant un œil à mon verre, j’eus tôt fais d’le finir d’un trait avant d’poser l’verre sur la table basse sans y toucher tout d’suite. Si la soirée était pas encore finie, mieux valait en garder un peu sous l’coude et, si elle l’était – à cause de mes conneries – au moins il m’resterait encore un peu d’alcool pour m’finir conv’nablement. Au pire, d’vait sur’ment y’avoir un type ou deux « dispos » pour bastonner un peu. Ca f’sait un p’tit moment qu’j’avais pas donné dans les yeux au beurre noir et les bleus en tout genre, c’était p’t’être l’moment d’remettre l’couvert. Enfin, ça, ça dépendant d’la Dance girl en face de moi. A elle d’me dire si elle en avait saoulé d’moi, et du whiskey, ou si elle mettait mes « conneries » sur l’compte de l’alcool et m’en f’rait pas tout une scène. Enfin, ça n’avait pas l’air d’être son genre. J’sais pas combien d’temps on s’observa mais ça m’parut une éternité. J’avais comme l’impression qu’elle m’jaugeait, qu’elle estimait la probabilité qu’j’dise que des cracks. Boah, elle pouvait penser c’qu’elle voulait, ça changeait rien. J’lui avais dit c’que j’pensais, si elle l’voyait comme une manière d’me la péter et d’fanfaronner, ça m’allait aussi. J’étais pas du genre d’me soucier d’c’que les autres pouvaient penser d’moi. Puis si ça lui posait un problème, j’m’imposais pas à elle pour l’empêcher d’partir voir ailleurs. Mais ça m’f’rait quand même chier qu’elle s’barre sur un apriori comme c’lui là. Enfin la vérité n’dessert pas toujours l’bon côté des choses…

J’me prive pas d’un p’tit soupir discret d’soulag’ment alors qu’elle semblait final’ment pas plus r’tournée qu’ça par tout c’qu’on v’nait d’aborder. Sans cesser d’la r’garder, j’essayais d’la déchiffrer, avec l’peu qu’elle voulait bien donner et c’était pas facile. Elle cachait bien son jeu et quelqu’chose m’disait qu’ça continuerait comme ça longtemps. Du moins, au moins toute la soirée. Elle temporisait, gardant l’vrai pour elle, abandonnant du vague, p’t’être même du faux. Affalé dans les coussins, j’l’écoutais sans l’abandonner du r’gard. J’m’plaisais à la r’découvrir encore et encore, chacune d’ses formes, son r’gard, ses ch’veux. Tout en elle respirait la chaleur et l’désir mais est-ce que c’était vraiment naturel ou simplement excellemment travaillé ? « Beaucoup moins. » Combien d’femmes avaient trompé leurs maris pour une augmentation en passant sous l’bureau d’leur patron ? En tout cas plus que le nombre qui l’admettaient serein’ment. Combien d’femmes pensaient simplement qu’c’était même pas « tromper » ? Ça m’faisait tout simplement marrer. L’compliment qu’elle m’lâcha m’fit certain’ment afficher un sourire des plus « niais » mais l’alcool commençait à m’troubler plus que la vue. C’était pas bon signe d’ce côté-là. J’approchais d’ma limite et mieux valait commencer à freiner douc’ment sur l’essence. J’sursautais quand elle plaquait l’verre sur la table tandis qu’elle m’désignait presque furieus’ment du doigt. Des menaces ? V’là qui était intéressant… R’trouvant d’ma malice, j’me fendis d’un sourire provocateur. « C’pas bien d’montrer les gens du doigt. » Puis, pas vraiment à contrecœur mais un peu touché qu’elle m’prenait p’t’être final’ment au sérieux, j’me penchais un peu vers elle. « Promis, j’me tiendrais à carreaux Dance Girl. » Ça valait c’que ça valait mais d’toute façon, j’pouvais pas faire grand-chose d’plus. Quoique rien qu’l’idée d’me faire botter l’cul par elle m’bottait bien, justement.

« Quoiqu’j’aimerais bien voir si t’es douée en fessée… » Un p’tit clin d’œil, fortement alcoolisé, sur’ment, m’enfin tout était dans l’ton. J’la r’gardais se servir un autre verre sans s’empêcher d’en foutre partout. J’crois qu’on était bien allumés elle et moi. Bah, la soirée était p’t’être pas encore finie mais nous on en était pas loin. Enfin, j’commençais à avoir les premiers symptômes d’une cuite à venir. Tandis qu’elle r’trouvait final’ment l’contrôle d’la situation après avoir gâché un peu d’whisky, j’fus surpris par la question qu’elle m’posa. Mes yeux ? C’était bien la première à m’dire qu’c’était joli. D’autres général’ment s’contentaient d’être surprises ou n’en parlaient juste pas. Hélas, c’était pas naturel. J’s’couais douc’ment la tête. « Nope. » Encore une histoire qui tournait autour d’la Princesse… Décidément, même quand on pensait en sortir, on finissait par r’mettre les pieds dans l’plat. « C’est une malédiction qu’j’traine depuis quelques années. » Dit comme ça, ça d’vait sur’ment être surprenant mais, en fait, c’était assez simple comme truc. Rassemblant mes mots, j’prenais sur moi d’en expliquer davantage. « Une sorte de défi. Avec la fille dont j’te parlais. Pour voir qui était l’meilleur en malédiction. On maudit, l’autre doit s’débarrasser d’la malédiction avant d’en lancer une à son tour. Un ping-pong à la vaudoo, en quelque sorte. » A y réfléchir comme ça, ça donnait clair’ment l’idée qu’on était complètement à j’ter mais, en même temps, ça avait été plus qu’marrant d’se mettre des bâtons dans les roues. Puis ça nous avait rapprochés, même si c’était pas allé super loin. Y’avait d’grandes chances que notre situation actuelle fut en partie due à c’qu’on avait fait durant cette partie un peu « macabre ».
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: Une soirée entière pour se faire plaisir...   Dim 9 Déc - 21:15

Alors que la conversation revenait enfin à des sujets un peu moins personnels et délicats, Messaline prit une mine sollennellement satisfaite quand il promit de se tenir à carreaux. Sa bonne humeur, dopée et amplifiée par l'alcool, lui était entièrement revenue.

-Bien! Lança-elle avec cette mine rendue franchement comique par le fait qu'elle était manifestement complètement ivre.

Cela ne dura que quelques instants, avant qu'elle n'éclate d'un rire à demi contenu. Elle lui lança un regard franchement provocateur et répondit à son clin d'oeil par l'un de ses sourires plein d'indécence.

-Encore une chose que je vais devoir te prouver? Je suis douée pour plein de choses, tu sais...

Le sous-entendu n'en était même plus un, à ce stade là. Ils étaient tous les deux tellement ivres que la subtilité s'en ressentait franchement, mais peu importe, c'était toujours aussi drôle de se mettre au défi et ils avaient tous deux l'air de ne vouloir céder sur rien. Une question d'orgueil peut-être? En tout cas, elle avait le pressentiment d'avoir enfin trouvé quelqu'un à la mesure de son caractère. Depuis de le début de la soirée, elle ne cessait de se rendre compte qu'il était capable de lui tenir tête sur presque tous les plans. Ils auraient un programme chargé, si jamais il se revoyaient, et quelque chose lui disait qu'elle ne le laisserait pas partir sans l'assurance de pouvoir lui remettre le grappin dessus à l'occasion, ce qui ne serait sans doute pas pour lui déplaire. Il était peut être amoureux plus ou moins transi de sa princesse, mais il semblait tout disposé à s'amuser en attendant, et elle n'allait pas se priver d'en profiter! Et puis, elle avait un paquet de défis à relever, et ça, elle ne pouvait pas le laisser passer, ne serait-ce que pour préserver sa très déshonorable réputation.

Comme elle s'en doutait fortement, la couleur de ses yeux ne lui était pas venue de naissance. Elle savait que les vooduns fricotaient beaucoup avec des choses pas très normales, tout comme les wiccans, mais de là à se retrouver avec des choses aussi peu naturelles que ça, c'était peut-être aller un peu vite en besogne. Mais qui aurait pu prévoir qu'à cause de cette question anodine, ils allaient en revenir à sa douce? Elle leva un sourcil perplexe quand il parla de malédiction. Ces machins-là étaient plutôt fait pour pourrir la vie des autres non? Mais elle n'en savait pas grand chose, pour tout dire; elle vivait depuis plus d'un an à la Nouvelle Orléans et tout ce qu'elle avait apprit des vooduns se résumait aux rumeurs glanées ça et là, et elle comptait sur lui pour lui en apprendre plus.
Quand il lui apprit comment c'était arrivé, elle ne put retenir un rire franchement amusé et lui jeta un regard moqueur.

-Et je vois que t'as perdu, alors? ça a l'air marrant, ce petit jeu.

ça pour donner d'eux une image de tarés, c'était certain, mais ça n'était certainement pas pour déplaire à quelqu'un d'aussi peu raisonnable que Messaline. Finalement, ça ne l'étonnait pas, venant d'un type aussi fantasque que lui, et sa douce ne devait pas être en reste, à l'en croire. On ne l'imaginait certainement pas entiché d'une fille trop raisonnable et ennuyeuse, ça ne collait ni au caractère, ni au reste. Cette fille devait être un sacré phénomène, en tout cas.

Elle sourit encore, la tête légèrement penchée sur le côté. L'ivresse effaçait un peu de toute la mise en scène qu'elle affectait d'ordinaire et la faisait paraître un peu plus dans ce qu'elle était, un peu timbrée elle aussi, et surtout beaucoup plus spontanée qu'on aurait pu s'y attendre de prime abord. Elle ne cachait plus grand chose à présent de ses réactions qui n'avaient plus rien de mesurées et que l'alcool déformait un peu. Beaucoup plus humaine, finalement, que l'espèce de madone du tapin qu'elle avait pu être en étant sobre, même si elle gardait comme une allure un peu farouche, un peu sauvage, quelque chose d'un chat qui ne se laisse pas apprivoiser si facilement.

-T'as bien fait de te faire avoir sur ce coup, ça te va drôlement bien, reprit-elle doucement. C'est pas commun, et ça doit pas mal aider à emballer les filles non?

Messaline assortit ses paroles d'un petit clin d'oeil avant de se resservir un verre de trop.

Il y en avait bien à qui ça devait plaire, ça; en tout cas, il était très manifeste que ce genre d'excentricité ne la laissait pas indifférente, comme d'ailleurs tout ce qui sortait de l'ordinaire chez un homme. Elle n'y pouvait rien, elle détestait la norme et la banalité. En cela, le voodun était assez peu commun pour avoir de quoi attirer son intérêt, suffisamment pour qu'elle soit restée là toute la soirée après avoir vu s'éloigner ses espoirs d'aller plus loin qu'une longue conversation sur la banquette d'une boîte de nuit. Non, vraiment, quel gâchis... Mais ça n'était que partie remise, et tout retard prit serait dûment rattrapé le temps venu.
Même ivre, le regard qu'il posait sur elle ne lui échappait pas, et elle avait comme l'intuition que lui non plus n'était pas contre le fait de régler leurs différents sur l'oreiller un autre jour.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: Une soirée entière pour se faire plaisir...   Dim 9 Déc - 23:57

C’était bon d’pouvoir changer d’sujet et essayer d’rev’nir à des trucs plus gais et moins prompt à conséquences. On n’était pas fait pour être sérieux, pas après trois bouteilles de whisky et une quatrième en bonne marche. Quel Homme aurait pu être sérieux plus longtemps ? J’en avais aucune idée mais, fallait l’dire, j’en avais strictement rien à foutre aussi ! L’sourire aux lèvres, j’me contentais d’essayer d’m’accrocher à la réalité pour pas sombrer. J’étais pas du genre à m’écrouler d’rire quand j’étais saoul et là j’étais pas loin d’l’être. Rien qu’à l’idée d’me rappeler la triste condition dans laquelle on était tous les deux suffisait à m’rapp’ler qu’on était probablement les pires poivrots d’la boîte de nuit. C’était pas comme s’ils allaient nous balancer dehors, au prix d’la bouteille, mais quand même, on aurait pas l’air fameux quand on respirait l’air frais d’la nuit. J’savais même pas si j’pouvais encore vraiment m’lever après ces derniers verres. Oh et puis zut ! Au diable l’avarice, ou, plutôt… A la diablesse ! Si elle m’avait pas accroché sur la piste de dance cette gamine-là, j’suis pas sûr qu’j’aurais passé une soirée d’ce goût-là. Ca f’sait du bien d’se lâcher d’temps en temps, d’oublier la bienséance et d’juste faire c’qu’on a envie d’faire, d’dire c’qu’on a envie d’dire. La liberté en somme. C’te foutue liberté qu’tout l’monde nous casse le cul avec, c’était là qu’on la trouvait final’ment, avec une bouteille de whisky et une demoiselle à vous damner pour l’éternité ! Fallait pas grand-chose pour s’faire du bien et c’était p’t’être une bonne idée qu’j’m’en rende compte. J’veux dire, j’le savais déjà, en quelque sorte, mais l’expérimenter c’est clair’ment encore autr’chose. Y’a pas d’p’tits plaisirs dans la vie, juste des plaisirs, faciles à saisir et dont on doit pas hésiter une seconde à s’emparer. Saisir la balle au bond…

Quand on est encore capable d’la voir, et pas en double ou en triple ! J’s’rais pas capable d’pouvoir l’faire encore c’te nuit et j’étais même pas sûr d’en avoir vraiment envie. C’était pas physique, enfin, bien sûr qu’elle donnait sacrément envie, n’importe quel mec lui aurait sans doute déjà proposé d’s’envoyer en l’air dans un coin pas trop loin mais, justement, j’avais pas envie d’être n’importe quel mec et j’sentais bien qu’on avait pas b’soin d’ça pour s’amuser. Et puis y’avait la Princesse aussi, m’la rapp’ler à mon bon souv’nir c’était pas l’meilleur moyen pour m’donner envie. Enfin, d’t’façon, nos r’gards, bien qu’allumés des feux d’l’indécence, brillaient surtout des feux d’l’alcool et j’suis pas certain qu’ça donne vraiment envie d’aller plus loin qu’une fin d’discussion qui s’achevait comme elle avait commencée : sur des notes de défis et d’provocations. On en avait dit des choses et on en balançait encore, elle surtout. Comme ça, elle était bonne à la fessée ? J’étais prêt à bien vouloir m’prêter au jeu pour m’en assurer. « Dans c’t’état, permet moi d’en douter un peu Dance Girl ! » Une p’tite pique, juste pour l’animer un peu. Au mot elle m’prendrait sans hésiter, mais j’suis pas certain qu’c’était la meilleure chose à faire. « Mais, j’te laisserais ta chance un jour, après tout, j’dois faire mes preuves moi aussi. » Un p’tit clin d’œil, amusé. Une prochaine fois. Ouais, d’vait forcément y’en avoir une. Comment aurait-il pu n’pas y’en avoir ? Ça aurait été trop triste d’penser ça tout d’suite. Suffisait d’lui d’mander son numéro ou même son adresse, voire d’lui donner la mienne ou l’mien. M’enfin, p’t’être qu’elle fanfaronnait aussi et préférait p’t’être pas m’revoir d’si tôt. Qu’importait, c’était l’genre d’trucs qu’on d’mandait que quand on était dehors d’t’façon. Avec l’bruit, et la gueule tartinée d’alcool, on pourrait confondre un numéro avec un autre… Ce s’rait dommage.

Son rire était agréable à entendre. Enfin c’était p’t’être parce que j’étais à moitié saoul, m’enfin quand même, j’confirme, c’était agréable à entendre. Tout’fois, fallait r’mettre les choses au point, même si, pour les filles, elle avait pas tout à fait tort... « Pour les filles j’dis pas… Faudrait leur d’mander. Ça t’emballe toi ? » Un p’tit rire. Non mais sérieux, fallait quand même qu’j’remette les points sur les « i ». « Par contre, j’ai pas perdu. » Un p’tit silence, l’temps qui fallait pour r’trouver mes mots en fait. « D’nous deux, c’est moi l’plus fort en malédiction, m’enfin y’a qu’ça qu’j’aime dans l’vaudoo… » Ouais, la réanimation, les Zombis, très peu pour moi, p’t’être juste en cas d’extrême nécessité… « C’est juste qu’elle aimait ça, et comme j’voulais lui faire plaisir, j’l’ai gardée. » Pure romantisme de zone B. Pour c’que ça avait marché d’t’façon. Mais bon… Ca f’sait tell’ment longtemps… Et puis j’avais toujours pas abandonné l’idée qu’elle finirait par comprendre l’geste… Rah les femmes. Décidant d’reprendre un verre, j’me r’servais avec attention avant d’descendre un nouveau verre. « J’les aime bien tes yeux aussi t’sais. Ils en disent long sur toi, mais tu sais bien jouer avec. » Assez pour en dire long sur tes envies mais trop peu sur toi-même… Ouais j’aurais pu lui dire ça mais ça s’faisait pas. Elle avait l’droit d’garder secret c’qu’elle avait envie d’garder pour elle. Elle m’devait rien, et moi non plus, c’était ma « faute » si j’avais pas joué c’petit jeu. « M’enfin, j’dois pas être l’premier à te l’dire. Mais y’a quand même une chose qu’tu dois savoir. » J’me penchais doucement, prenant appui sur la table pour pas tomber. « J’le pense. » Un sourire, alcoolisé mais mystérieux, puis j’me redressais pour m’affaler dans les coussins. Il faudrait bientôt plier bagage…
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: Une soirée entière pour se faire plaisir...   Lun 10 Déc - 21:29

Après avoir englouti tous ces flots d'alcool, Messaline semblait avoir atteint le stade de saturation. L'ivresse s'était stabilisée, et il était manifeste qu'elle était fin saoûle, la mine en déroute et le regard trouble, et le sourire un peu hagard, mais toujours charmant dans son côté joyeusement frapadingue. Elle eut un petit clin d'oeil et lança:

-La prochaine fois, faudra p'tet' moins boire, aussi. Je prend note, on a un programme chargé!

Il fallait avouer que dans l'état où elle se trouvait, elle aussi serait bien en mal d'en avoir après la chasteté de qui que ce soit. Elle était tout juste bonne à cramer son paquet de cigarette vautré dans un canapé, n'étant même pas sûre de comment et quand elle arriverait à rentre chez elle, si jamais elle avait le courage d'y rentrer et qu'elle ne se retrouvait pas sans trop savoir comment dans le lit d'un autre.

Cependant, elle n'était pas encore assez inconsciente pour être complètement spontanée et quand il lui demanda si ses yeux lui faisaient de l'effet, à elle, Messaline se contenta d'un petit clin d'oeil espiègle.

-ça s'pourrait, lâcha-elle d'une mine innocente, levant vers le ciel un regard de sainte, dissimulant mal un sourire de diablesse.

Elle n'allait certainement pas lui faire le plaisir de répondre franchement par l'affirmative, quand même! Il y avait des limites qu'elle ne franchissait pas, même dans cet état là. Par contre, elle s'intéressa de près à ses paroles quand il reprit, et elle sentit le point d'honneur qu'il mettait à bien préciser que ça n'était pas lui qui avait perdu, dans l'histoire. Et si elle arrivait à se contrôler encore quand il s'agissait d'elle, parfois, elle perdait un peu les pédales sur ses réactions. Quand elle apprit pourquoi il avait gardé cette malédiction, elle ne put s'empêcher de lâcher ce long "ooooooh" caractéristique des individus de sexe féminin placés face à quelque chose de particulièrement charmant.

-C'est tellement mignon, s'exclama-elle avec un petit rire.

Sur ce coup, là, elle s'était trahie, mais c'était surtout l'abus d'alcool qui la prenait en traître. Il y avait quelque chose d'étonnamment doux dans son sourire, une chaleur nouvelle au fond de ses yeux bruns, qui laissait entrevoir un peu plus que ce qu'elle avait bien voulu montrer. On ne peut guère se contrôler totalement, avec une telle dose de whiskey dans les veines, mais étrangement, elle s'en fichait un peu. Il y avait quelque chose de touchant dans l'expression de son visage, quelque chose de presque enfantin qui trahissait le fait qu'elle était encore bien jeune et que les épreuves de la vie n'avaient pas encore tout rongé jusqu'à l'os. Quelque chose avait été épargné, dans tout ce désastre, quelque chose d'encore sensible, parfois, quand les choses venaient par surprise et qu'elle ne pouvait totalement cacher qu'il existait encore des choses en ce monde capable de l'émouvoir. Tellement humaine, finalement, quand les illusions et les mensonges laissaient entrevoir brièvement ce qui se cachait en-dessous.

Elle ouvrit la bouche pour rajouter quelque chose, mais fut prise de court, et se tut soudain. Il avait raison, ça n'était certainement pas la première fois qu'elle entendait un compliment sur une quelconque partie de son anatomie, quoique d'ordinaire les hommes s'intéressent rarement à ses yeux. C'était peut-être le fait qu'il avait eu l'air sincère jusque là, malgré ce qu'elle essayait de se dire, et ce dont elle essayait de se convaincre; c'était peut-être aussi le fait qu'il n'avait cessé, depuis le départ, de l'avoir par surprise, presque en traître. En tout cas, elle ne put s'empêcher de le croire, et venant de lui, elle appréciait ce compliment bien plus qu'elle n'aurait pu le songer de prime abord. Elle ne dit rien pendant un instant, le fixant d'un regard de chat pris sur le vif, et puis esquissa un sourire.

-Merci, lâcha-elle d'une petite voix.

Une sensation de malaise s'insinuait de plus en plus. Elle n'aimait pas la tournure que prenaient les choses, et se rappelait soudain qu'elle était bêtement en train de se faire avoir et de se montrer un peu plus qu'il ne l'aurait fallut pour son propre bien. Comme un réflexe de défense, un repli, elle détourna le regard, faisant mine de s'intéressait à la foule un peu clairsemée par l'heure très tardive, feignant une nonchalance de façade alors qu'elle avait le sentiment qu'en faisant mouche presque à chaque fois, le voodun commençait à être un peu dangereux pour elle. C'était rare de tomber sur des gens qui arrivaient, sans même le savoir probablement, à l'attendrir ou à la surprendre. Le dernier en date n'avait pas été très glorieux, et n'avait rien fait de bon avec elle, et plutôt crever que de recommencer. Finalement, était-ce une bonne chose de le revoir?

Elle se mordilla la lèvre, un tic inconscient qui trahit une gêne, ou quelque chose qui la perturbait, mais cela passa bien vite et elle retrouva son entrain naturel, quoique forcé et déformé par l'abus d'alcool. Tout ça était beaucoup trop personnel et elle n'aimait pas qu'on arrive à la faire réagir aussi naturellement et aussi spontanément, sans effort. La prudence était de mise, si elle ne voulait pas se retrouver avec la corde au cou avant même d'avoir compris ce qui lui arrivait. Le silence pesa un long moment, s'attardant à mesure que les choses s'embrouillaient dans sa tête et qu'elle n'éprouvait plus que la subite envie d'aller cuver son whiskey quelque part.
Ses yeux sombres revinrent dans sa direction alors qu'elle jouait distraitement avec sa cigarette du bout des lèvres. Elle ne savait pas si c'était l'alcool ou autre chose, mais tout de même, ce type lui faisait un peu trop d'effet pour que ce soit bénéfique pour elle.

-Je sais pas toi, finit-elle par lâcher d'une voix un peu molle, mais moi, je crois que si j'avale une goutte de whiskey de plus, je vais finir par me dissoudre dans mon verre.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: Une soirée entière pour se faire plaisir...   Mer 12 Déc - 14:05

De l’alcool à s’rendre malade. C’était p’t’être pas la meilleure chose à faire. Un verre d’plus s’rait sur’ment l’plus court chemin vers les latrines et une régurgitation peu agréable et loin d’être glorieuse. L’homme avisé connaissait ses limites et j’avais mes p’tites idées sur les miennes, surtout quand il s’agissait d’alcool. Même en l’tenant bien, fallait arrêter d’tenter l’diable parce que ça pouvait vraiment mal finir et j’avais pas envie d’me ridiculiser d’vant une aussi belle jeune femme, non, sérieus’ment, ça aurait pas été professionnel, même si, d’un certain côté, j’en avait franch’ment rien à faire qu’elle puisse m’voir dégobiller l’cont’nu d’une bouteille et d’mi d’whisky. M’enfin, ça aurait été gâcher, et j’aimais pas ça, surtout pour un nectar comme c’lui-ci, même si c’était pas du quatre étoiles. Y’a certaines choses qui méritaient un certain respect, non mais ! Quant à moins boire… C’était une excellente idée, surtout si fallait mettre en branle tout c’qu’on avait pu s’lancer comme défis et promesses jusqu’à maint’nant. « Compte pas sur moi pour boire que d’l’eau c’jour là ! » Manqu’rait plus qu’ça. Et puis être sobre c’était pas non plus la meilleure solution. « A la rigueur… du lait. » Ouais, c’était l’seul compromis qu’j’pouvais facil’ment faire. Boire du lait j’aimais bien moi, j’saurais pas dire pourquoi, mais clair’ment j’en buvais plus que d’l’eau et quand j’tournais pas à un alcool quelconque c’était un nectar blanc qui s’glissait dans mon verre. Certains m’trouvaient zarbi pour ça mais j’y pouvais rien, moi j’trouvais ça bon et puis au moins y’avais peu d’chance qu’on vienne siroter dans mon verre incognito car j’connaissais pas beaucoup d’gaillards qui buvaient d’ce jus-là. M’enfin, j’devais l’admettre aussi, c’était pas comme si on en r’trouvait souvent dans mon verre. Général’ment, c’était rare qu’y’ait un bouge sans alcool et qu’j’doive m’brider d’une manière ou d’une autre.

M’perdant un peu dans les affres de l’obscurité alcoolique, j’étais sans doute pas loin du coma quand elle m’interpella d’sa façon d’commenter c’que j’venais d’lui dire. Un sourcil d’surprise levé, attendant qu’elle s’explique sur son intervention monosyllabique, l’coup’ret tomba rapid’ment. Mignon ? Vraiment ? C’t’idée… Enfin, à la voir rire j’commençais à m’d’mander si elle s’fichait pas d’moi par hasard. Après tout, vu c’qu’elle était, j’me doutais qu’elle avait sur’ment rien à fiche d’un gars mignon. La jouant quand même tranquille, j’préférais pas faire trop d’remous et m’contenter d’un sourire pas très droit et pas très clair en fait, mais vu la dose d’alcool qu’on avait imbibé elle et moi, j’étais presque sûr qu’elle m’en tiendrait pas forcément rigueur. La r’gardant toujours, observant, ou plutôt essayant d’observer avec quelle manière les lumières dansaient sur son corps offert à la banquette, j’m’étais surpris d’me dire qu’j’aurais bien voulu être à sa place – d’la banquette j’entends – mais qu’final’ment, j’étais p’t’être mieux à ma place, hein ? D’toute façon, c’était pas comme si y’avait quoique ce soit à attendre d’tout ça. Mieux valait essayer d’comater tranquill’ment et d’cuver avec douceur car demain ce s’rait clair’ment pas évident, oh ça non. Ce s’rait une super matinée d’lend’main d’cuite et ça s’rait pas folichon du tout… Ca non… Ma p’tite réflexion sur ses yeux sembla la laisser perplexe. J’aurais pas su dire pourquoi et, au fond, j’crois qu’ça n’avait pas vraiment d’importance pour moi à c’moment-là. P’t’être parce que j’étais plus assez dans mes propres chaussures pour penser un peu trop. R’gardant mon verre et le reste d’la bouteille de whisky, je me sentis d’un coup assez misérable mais, dans l’ensemble, heureux. Ca avait été quand même une putain d’bonne soirée. J’suis pas sur qu’j’remettrais ça souvent, surtout avec cette dose d’alcool, mais bon. On n’vivait qu’une fois… Alors autant en profiter !

Tandis qu’elle semblait ailleurs, j’essayais d’me concentrer sur c’que j’pouvais encore voir pour pas sombrer totalement. Il manquait plus qu’j’finisse par m’assoupir sur c’te banquette. Nan m’fallait un peu d’air frais. Ca suffirait à m’tenir éveiller jusqu’à c’qu’je puisse m’écrouler sur mon lit comme le poivrot qu’j’étais ce soir. Quand elle m’fit r’marquer qu’elle pourrait pas avaler un verre d’plus, j’ai pas pu m’empêcher d’opiner comme un alcolo. « J’l’aurais pas dit mieux qu’ça. » En quelque sorte, c’était l’début d’la fin, mieux valait p’t’être s’quitter ainsi, parce que là, ça pouvait p’t’être mal finir… « J’crois qu’j’vais rentrer chez moi. » Poussant sur mes jambes, j’me relevais difficilement avant d’tenir dans un équilibre précaire, mais assez stable. « Ca risque d’prendre un peu d’temps vu mon état, mais j’devrais y arriver. » Une p’tite vanne, parce que, final’ment, restait p’t’être plus qu’l’humour qui tournait encore dans mon cerveau embrumé. Mon r’gard s’posant sur elle, encore alanguie sur sa banquette, j’ai même pas eu l’idée d’faire semblant défaillir pour tomber sur elle, au lieu d’ça, j’lui avais tendu une main. « Tu m’accompagnes dehors ou tu préfères rester encore ici ? » En gros, j’lui d’mandais si elle partait aussi quoi. Y’avait p’t’être moyen d’faire un p’tit bout d’chemin à deux et même si j’étais pas vraiment certain d’c’que ça pourrait apporter, c’était toujours plus agréable qu’de faire l’chemin tout seul sans accompagnement. J’savais pas si j’étais vraiment prêt à faire l’gentleman et à raccompagner la d’moiselle jusqu’à chez elle, surtout parce qu’je doutais d’en avoir la force, mais aussi parce qu’elle avait pas l’air d’être du genre à accepter d’avoir un « chaperon » pour veiller sur elle. Bah, elle était grande, les décisions lui appartenaient encore qu’je sache.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: Une soirée entière pour se faire plaisir...   Mer 16 Jan - 23:54

Messaline fixa un moment le voodun, avec l'étrange et vague impression qu'il avait interpété de travers sa réaction quand il lui avait expliqué la couleur de ses yeux. Elle resta perplexe un moment, cherchant ses mots, mais ses pensées se dérobaient si vite que c'était comme essayer de retenir de l'eau avec ses doigts. L'ivresse noyait son esprit et l'empêchait de réfléchir, si bien qu'elle se retrouva à fixer son verre d'un air absent sans même se souvenir de ce à quoi elle pensait quelques secondes auparavant. La cuite était sévère, si elle n'arrivait même plus à formuler une réflexion claire; le lendemain matin allai être particulièrement difficile à vivre.

Quand il fut question de lever le camp, elle fixa de nouveau le fond de son verre où surnageait un fond d'alcool; la gorgée de trop, il fallait la boire pour savoir qu'elle était de trop, non? Et puis, pas de gaspillage. Elle avala d'un coup ce qui y restait et écrasa sa cigarette d'un geste quelque peu approximatif, lâchant un petit rire amusé.

-ça peut prendre du temps, ouais, lâcha-elle en levant vers lui un regard trouble. Le temps de se rattraper à tous les lampadaires et de se vautrer deux ou trois fois... Et pi pas question d'attraper un taxi, à c't'heure! On est trop cuits pour ça de toute façon.

Et puisqu'il s'agissait de mettre les voiles, il fallait aussi rassembler ses possessions. Il fallut un moment à la jeune femme pour remettre la main sur ses effets et faire l'inventaire de ce qu'il lui restait de cigarettes et d'argent, et tout cela termina tassé au fond de son sac alors qu'elle plongeait sous la table pour traquer les chaussures qu'elle avait malencontreusement laissées traînée toute la soirée près de la banquette. Elle proféra quelques jurons en espagnol, oubliant un temps qu'elle était en train de se ridiculiser à moitié devant l'objet de sa convoitise, pour extirper victorieusement un escarpin de sous le meuble, avec quelques peluches de poussière.

Messaline se redressa difficilement, et réapparut derrière la table en s'appuyant lourdement dessus pour ne pas tomber.

-Je te suis, répondit-elle. Dans mon état, je vais ramper tout du long, ou bien rester là à cramer des clopes jusqu'à ce qu'on me foute dehors à l'aube. Alors je vais profiter que tu tienne un peu mieux debout que moi, pour un petit moment.

Elle renonça à remettre ses chaussures et les garda à la main, avant de se raccrocher au voodun.

-Et puis quatre pieds, y'a des chances d'être un peu plus stable non? J'vais faire un bout de chemin avec toi, si t'y vois pas d'inconvénient.

Sa voix rendue rauque par l'alcool et la cigarette accusait aussi la fatigue du jour, mais restait pleine d'une gaieté avinée. Elle avait quelque chose de touchant dans son allure défraîchie de fin de soirée, le maquillage en déroute et les cheveux emmêlés, le visage gris de fatigue sous le fard et l'allure chiffonée de celle qui a un peu abusé des bonnes choses mais s'en fiche royalement. Accrochée au bras du voodun, elle ne put s'empêcher de sourire toute seule du spectacle qu'ils devaient offrir. Il n'avait guère meilleure mine qu'elle, à vrai dire, et ils étaient probablement aussi soûls l'un que l'autre. Elle avait vite perdu le compte des bouteilles et des verres, mais il y avait de quoi faire bondir tout le corps médical, et valider un nouveau record d'alcoolémie.

Quitter l'atmosphère confinée et surchauffée de la boîte lui fit du bien et soudain le silence du petit matin encore sombre s'engouffra dans ses orelles qui sifflaient de tant de calme précipité. Il faisait noir mais la lumière pointait dans le ciel bleui par l'aube toute proche; c'était l'heure paisible entre toutes, trop tard pour les nocturnes, trop tôt pour les diurnes, quand le jour neuf s'éveille à peine, pas encore usé, tout jeune et plein de promesses. Le ciel était limpide comme un verre bleuté et on entendait dans les toits pépier les oiseaux qui sillonnaient les hauteurs dans un joyeux remue-ménage Tout était calme, et il n'y avait que le silence des rues désertes, dans le halo doré des lampadaires bientôt inutiles. Respirant à plein poumons l'air piquant et frais, Messaline continua de se raccrocher au bras de son compagnon de la nuit pour marcher, d'un pas hésitant, ses pieds écorchés par le bitume crasseux, l'air vaguement rêveur. Elle souriait, un peu, la tête appuyée contre l'épaule du voodun, sentant ses paupières s'alourdir, gagnées par l'épuisement de la nuit. Maintenant qu'ils avaient quitté l'agitation de la boîte, la tension qui l'avait maintenue éveillée jusque là s'était enfuie et tout d'un coup son corps se rappelait qu'elle n'avait pas dormi depuis plus de vingt quatre heures et qu'elle avait en outre perdu un peu plus de sang qu'il ne l'aurait fallut.

Messaline resta silencieuse un moment, et puis finit par lâcher, d'une voix molle et lasse:

-En tout cas, je m'attendais pas à passer une aussi bonne soirée. Ou nuit, plutôt.

Bon, la vérité était qu'elle ne s'attendait à rien du tout, et qu'elle y était allée au hasard; mais c'est toujours dans ces cas là que les bonnes rencontres se font, quand on ne prévoit rien. Pour une fois, elle était satisfaite de la manière dont cela c'était déroulé, bien que de nouveau, rien ne s'était passé comme elle l'avait planifié. La surprise a parfois du bon et puis, ça n'était que partie remise.

Cette pensée fit jaillir dans sa tête le souvenir qu'elle s'était jurée ses grands dieux de ne pas le lasser partir sans avoir le moyen de lui remettre le grappin dessus. Elle n'avait pas intérêt à oublier ça! Ceci dit, le voodun était loin d'être banal, et le retrouver ne serait peut-être pas très compliqué, quand on savait à qui s'adresser. Un autre détail important essayait de lui revenir à l'esprit, mais quoi?

Ah oui: penser à lui demander son nom.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: Une soirée entière pour se faire plaisir...   Mar 29 Jan - 10:17

C’tait l’heure d’partir. Aucune idée d’l’heure qu’il était vraiment à vrai dire, mais avec les verres qu’on s’était enfilé, il aurait pu être onze heure du mat’ qu’ça aurait été la même histoire. J’étais pas mauvais pour tenir l’alcool, loin d’là, mais avant d’sombrer dans l’coma, mieux valait qu’j’ai retrouvé mon plumard sans quoi l’réveil allait vraiment pas être terrible. Et m’réveiller dans un endroit qu’était pas mon pieu, avec la gueule d’bois qu’j’me taperais après avoir décuvé, c’était pas trop mon trip. Apparemment, Dance Girl partageait mon opinion, du moins elle semblait pas vouloir rester plus longtemps. J’esquissais un p’tit sourire alors qu’j’nous imaginais pas très droits, pendus à des lampadaires entrain d’essayer d’nous trainer jusqu’à chez nous. Fort heureusement, ça n’risquait pas trop d’arriver. Malgré tout, j’parvenais à t’nir plutôt bien d’bout et j’me voyais rentrer sans grandes difficultés, p’t’être plus lent’ment mais pas nécessairement avec le besoin d’me r’tenir à chaque lampadaire du coin. « Parle pour toi, Dance Girl. » Une vaine bravade. Okay, j’étais p’t’être mieux qu’elle, mais on jouait sur l’même tableau là, la différence n’était pas énorme et puis c’était pas mon genre d’paraître vaniteux. D’t’façon, avec mon air pas sérieux, j’donnais difficilement l’air d’péter plus haut qu’mon cul. Tandis qu’elle rassemblait ses affaires, j’regardais un peu la salle, sans tourner trop vite parce que, quand même, ça tanguait un peu. Une main sur la banquette, j’matais quelques culs qui s’déhanchaient sur la piste de dance. Plutôt mignon, mais, pour ainsi dire, ça valait pas celui qui m’avait asticoté là-bas quelques dizaines de minutes plus tôt. A cette idée, j’essayais d’me mettre une gifle mentale pour m’ôter ces idées à la mord-moi-le-nœud et j’me r’concentrais sur la belle inconnue qui, après avoir vaillamment fouillé avait remis la main sur ses escarpins qui s’étaient perdus entre temps.

Dire qu’elle se j’ta sur moi était p’t’être un peu fort mais j’dus admettre que c’était pas désagréable comme sensation. Tandis qu’j’essayais d’garder la donzelle contre moi pour éviter qu’elle tombe, sa p’tite remarque m’fit rire et tandis que je faisais quelques pas en direction d’la sortie, pas trop vite histoire d’voir c’que donnait ma stabilité avec une Dance Girl au bras, j’pouvais pas m’empêcher d’croiser les r’gards d’certains mecs, probablement jaloux. « J’suis pas sûr que quatr’pattes soient plus utiles que deux, mais ça m’dérange pas, si j’peux t’éviter d’ramper par terre. » Et puis, franch’ment, ça aurait pas été très classe pour une jeune femme comme elle. Oh, j’l’imaginais bien ramper, sans trop d’problèmes, mais c’était certain’ment pas pour rentrer chez elle. Me secouant la tête afin d’m’enlever ces idées salaces de la tête, l’air frais du p’tit matin, après un passage au vestiaire pour récupérer mon chapeau, m’fit un bien fou. Faut dire qu’après l’ambiance surchauffée de la boîte remplie d’fumée de clopes et d’sueur, ça changeait radical’ment. J’avais rien contre la fumée, mais, quand même, l’air frais c’était quand même mieux. Un r’gard dans l’ciel m’indiqua qu’il f’rait bientôt jour. Damned. La journée promettait d’être difficile, quoique, avec un peu d’chance ce s’rait pas difficile d’la passer à dormir… Après c’te petite halte découverte à la sortie d’la boîte, j’me mis en marche, accompagnée par mon improbable escort girl, veillant à ce qu’elle n’se ratatine pas par terre. On progressait pas vraiment rapidement mais au moins on tenait d’bout. Une bonne chose si vous voulez mon avis parce que si j’me gamellais par terre, j’étais pas convaincu d’vouloir ou d’pouvoir m’relever. Et, à mon avis, c’était certain’ment pas elle qui allait m’aider dans son état, identique, sinon pire, au mien. « Tu habites loin ? J’peux t’raccompagner si tu veux. » En tout bien tout honneur bien sûr !

D’t’façon, j’crois qu’on pourrait pas faire grand-chose dans cet état et puis, j’sais pas pourquoi, la fin d’notre discussion m’avait un peu r’froidi. Si j’avais eu, pendant un long moment, l’idée qu’j’aurais pu accepter des avances d’sa part, c’était plus trop l’cas maint’nant. J’étais p’t’être pas certain qu’elle jouait pas son jeu avec moi. Et si y’a une chose qu’j’aimais pas, c’était être pris pour un con, surtout quand j’étais bourré ! Enfin, c’tait pas important. On vadrouilla silencieusement tous les deux pendant un p’tit moment quand elle lâcha quelques mots qui m’firent sourire. Ouais, d’ce côté là la soirée avait pas été désagréable malgré tout. Et, pour ainsi dire, c’était bien c’que j’étais venu chercher. « Ravi d’avoir égayé ta soirée Dance Girl, moi aussi j’en ai passé une sacrément bonne. » Un bras autour de sa taille pour la maint’nir à niveau tandis qu’elle avait une main sur mon épaule, on donnait effectivement l’air d’c’qu’on était vraiment, c’est-à-dire des ivrognes complèt’ment j’tés. Nul doute qu’les rares passants qui nous croisaient étaient soit pas mieux qu’nous, soit nous imaginais déjà comme un couple d’amants beurrés qui allait continuer ailleurs. Bon j’dois avouer qu’j’profitais p’t’être un peu d’sa proximité, mais rien d’bien entreprenant, j’appréciais juste la chaleur humaine qu’elle dégageait, dans la fraicheur d’la nuit, c’était pas désagréable. « La prochaine fois qu’on r’met ça, si on r’met ça, soit gentille, prend nous aut’chose qu’du whisky. » Tournant à un coin de rue, un déséquilibre flagrant m’obligea à tituber un peu plus pour rester debout avec ma compagne du matin. « S’pas qu’j’aime pas ça, mais autant varier les plaisirs, t’crois pas ? » Ayant fini d’rprendre l’contrôle de la situation, j’me r’mettais en marche avec mon précieux « colis ». Manqu’rait plus qu’j’rate une livraison !
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: Une soirée entière pour se faire plaisir...   Ven 22 Fév - 8:11

Manifestement, elle n'était pas la seule à avoir quelques soucis d'équilibre, et Messaline restait tout de même persuadée de la justesse de sa théorie: plus y'a de jambes et mieux ça tient, ou quelque chose comme ça, elle n'en était plus très sûre, à part qu'elle avait raison. Or donc, se raccrochant au voodun comme à une planche de salut, elle s'en fut clopin clopant regagner ses pénates.
Elle agita vaguement la main dans une direction assez approximative; d'ordinaire, elle alpaguait le premier taxi venu sans se soucier du trajet, ce qui l'amenait parfois à se faire pigeonner par les chauffeurs peu scrupuleux qui faisaient moult tours et détours juste pour faire gonfler la note. En général ce genre de considérations ne l'atteignaient même plus tant elle n'avait qu'un souhait, retrouver son lit et quelques grammes d'aspirine. La vérité c'était qu'elle ne savait absolument pas -et surtout pas dans cet état- comment retourner chez elle. Même une année et plus à la Nouvelle Orléans n'avait pas encore totalement fait rentrer dans sa petite tête le schéma des rues et des quartiers; ceci dit, vu le labyrinthe que c'était, cette étourderie était plutôt pardonnable. Mais tout de même.

-Par là-bas, j'crois, lança-elle avec cette mine froissée qu'elle avait quand elle tentait de réfléchir en étant ivre. Loin, j'en sais rien. Je comptais me vautrer dans le premier taxi que je croise et attendre d'être arrivée.

Elle grimaça en observant la rue déserte.

-Même si, à c't'heure, je pense que je peux faire une croix dessus.

Evitant quelque immondice sur le trottoir, elle se serra encore contre lui en faisant un écart qui lui fit tourner la tête; pas de doute, elle avait bien besoin de deux jambes supplémentaires pour garder son équilibre. Et puis, la compagnie était loin d'être désagréable, et dire que tout ça aurait pu se finir tellement différamment sans un simple sujet de conversation qui avait tout fait clapoter... Bah, ça n'était que partie remise, et lui aussi semblait apprécier sa présence. Ils avaient en plus de cela planifié un certain nombre de choses pour leur prochaine "rencontre", et l'un et l'autre avaient l'air d'y tenir, à tout ça, même si Messaline ne se souvenait pas de la moitié de toutes les choses qui s'étaient dites sur le sujet. Mais bon, elle se rappelait de l'essentiel: les prochaines fois risquaient d'être aussi intéressantes que distrayantes.

Sa réflexion sur leur consommation d'alcool la fit rire.

-Bien sûr qu'on remettra ça, j'vais pas te laisser te défiler après tout ce que tu t'es vanté ce soir! Promis, cette fois, je serais sage et on tournera au jus d'orange pour garder la tête clean.

Ceci dit ce qu'elle planifiait pour ce moment-là n'avait qu'un très vague et très lointain rapport avec la boisson, et ni l'un ni l'autre n'aurait le temps d'être ivre. Et puis, ce disant, elle lui lança un regard moqueur, encore une provocation maligne, et même si elle n'avait plus grand chose de fatal à présent, il y avait encore dans ses yeux bruns la même insolence charmante qu'elle avait eu pendant la soirée. Elle était peut-être ivre morte, mais pas encore assez pour cesser de l'asticoter avec un certain amusement, d'autant qu'elle était presque sûre qu'il y répondrait.

Messaline regarda autour d'elle d'un air vaguement songeur, comme si elle se rappelait de quelque chose. Arrivés à un croisement, elle s'arrêta, fixa chacune des directions d'un air inspiré et vaguement pincé tandis qu'on entendait presque l'effort fourni par les rouages de son cerveau dans leur bain d'alcool pour se rappeler par où il fallait aller. Finalement, avec la même expression illuminée qu'Archimède sortant de sa baignoire, elle entraîna le voodun avec elle dans la bonne direction, ou du moins ce qui s'en rapprochait le plus. Le ciel s'éclaircissait peu à peu alors que la ville se réveillait doucement. Des lumières brillaient aux fenêtres et les voitures étaient déjà plus nombreuses dans les rues qu'arpentaient ceux qui rentraient tard, croisant ceux qui travaillaient tôt. Abrutie par la fatigue et tout ce qu'elle avait bu ce soir, en plus de sa journée éprouvante, Messaline avait mollement posé sa tête contre l'épaule de son compagnon du jour, trébuchant sur ses pieds nus entre les tessons de bouteille et les autres saletés qui parsemaient les rues. Elle essaya de se rappeler depuis combien de temps elle n'avait pas dormi et renonça, c'était mieux ainsi, alors que se rappelait à sa mémoire la morsure que son client avait eu la goujaterie de laisser telle qu'elle, sans même prendre la peine de la cicatriser. Le toubib allait encore faire la tronche, la prochaine fois... Mais baste, à quoi bon être raisonnable si c'est pour s'ennuyer?
Finalement, après quelques tours et détours, elle vit clignoter au loin le néon branlant du motel où elle logeait, ou du moins là où elle stockait ses affaires et où elle se réfugiait quand elle n'avait pas de client chez qui dormir.

-Haha! S'exclama-elle d'un air victorieux. C'est bien la première fois que j'me perd pas en essayant de rentrer à pattes.

Elle lui sourit d'un air satisfait.

-Bien, fit-elle, je vais pas te retenir plus longtemps. ça a été une très bonne soirée. Y'a juste une chose que je voulais faire...

Son sourire s'élargit et, comme si de rien n'était, elle le poussa contre le mur et se lova contre lui. D'un geste, elle l'attira par la nuque pour l'embrasser avec une langueur pleine de promesses alors que son corps tiède se pressait contre lui dans un roulement de hanches évocateur. Son autre main se glissa dans son dos et elle laissa dans la poche arrière de son pantalon un morceau de papier chiffonné où elle avait inscrit son numéro de son écriture maladroite. C'était fourbe, elle le savait bien, mais c'était pour son plaisir à elle, parce que ça la démangeait depuis le début de leur petite danse, et aussi pour lui donner l'envie de la revoir, au cas où il douterait encore.

Messaline se redressa avec un petit sourire content d'elle-même en rejetant ses cheveux en arrière.

-A une prochaine fois, voodoo boy, lança-elle avant de se détourner.

Et ceci étant dit et fait, la jeune femme s'en fut tranquillement regagner ses pénates, titubant légèrement le long de la faible distance qui la séparait de son motel.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar

Invité


MessageSujet: Re: Une soirée entière pour se faire plaisir...   Lun 4 Mar - 17:01

C’tait pas la première fois qu’j’rentrais chez moi avec autant d’alcool dans l’sang, mais c’tait probablement l’une des soirées les plus mémorables qu’j’avais pu faire jusqu’à maintenant. D’la danse, un joli brin d’fille, d’l’alcool. Tout pour un putain d’cocktail de choix, et ça avait été bon ! Bon, j’compte pas les soirées entre potes à s’tirer la bourre, parce que c’est pas l’même genre d’soirées mais pas finir avec des bleus et le cerval en vrac, c’est bien aussi. Puis, y’a pas à dire, qu’on m’donne une femme, un punching-ball et une bouteille d’alcool et j’suis probablement l’mec l’plus heureux du monde. C’bien d’avoir des goûts simples, vous n’croyez pas ? D’ailleurs à y r’penser, c’t’aussi une des rares soirées où j’fais la connaissance d’une belle femme et qu’je finis pas dans son lit… Allez pas dire qu’j’commence à m’faire vieux, ou j’finis par vous emplâtrer la face quelque part où ça f’ra mal. Puis d’t’façon on est beaucoup trop ronds pour ça. J’ai pas l’habitude d’faire ça complèt’ment à jeun , mais avec l’dosage de whisky qu’on a dans l’sang, j’suis même pas sur que je s’rais capable d’être un amant potable. C’est dire… Puis j’crois qu’elle pense pareil. On a eu beau s’tirer la bourre sur nos talents respectifs – et s’donner envie aussi d’ailleurs – qu’on aura pas la force d’faire ça c’soir. Comme on s’était dit, un autre jour, peut-être, voire même surement en fait. J’sais pas comment on s’retrouvera mais c’est p’t’être ça qui est l’plus intéressant dans l’histoire. On s’connaît un lieu commun, on finira bien par s’y r’voir un jour ou l’autre. Et puis, si c’est pas l’cas, et bien tant pis… L’idée qu’cette rencontre puisse pas avoir d’lendemain m’avait même pas effleuré l’esprit, p’t’être parce que j’savais qu’j’aurais fini par essayer d’la r’trouver, d’une manière ou d’une autre. P’t’être elle aussi d’ailleurs…

J’m’étais pas formalisé sur l’fait qu’elle sache pas trop où elle habitait. « Bah, au pire on errera dans les rues jusqu’à avoir décuvés, puis on la r’trouvera après ta piaule ! » C’plan là m’gênait pas non plus. Bon, certes, dormir était une option particulièrement intéressante et aguichante mais bon, ça s’rait pas ma première nuit blanche et puis c’était pas comme si j’finissais à errer dans les rues tout seul, j’étais quand même avec une bonne compagnie. Alors qu’elle m’parlait d’tourner au jus d’orange, j’ai pas pu m’empêcher d’rire. Manquerait plus qu’ça tient ! « J’sais pas pourquoi, j’ai du mal à t’imaginer boire du jus d’orange… » Un p’tit sourire amusé. Enfin si j’lui disais qu’c’était courant d’me voir avec un verre d’lait à la main, elle rirait bien aussi j’crois. Gardons la révélation pour une autre fois, après tout, c’est pas drôle si on dit tout d’un coup, y’a plus rien à découvrir ensuite, mieux vaut en profiter tranche par tranche, cuillère par cuillère et s’extasier d’chaque nouvelle saveur. Même si, de vous à moi, j’avais quand même une certaine envie d’goûter celle qu’elle m’avait fait miroitée une bonne partie d’la soirée. Enfin, d’façon, j’avais quand même l’esprit trop embrumé pour penser longtemps à la même chose, par contre, j’me disais quand même qu’on devait avoir l’air beau tous les deux, titubant à moitié, l’un tenant plus ou moins l’autre debout, enfin d’ailleurs plus moins la tenant debout que l’inverse… J’avais senti sa tête sur mon épaule et ça m’avait amusé, puis ça n’avait rien de désagréable en fait, alors, autant en profiter non ? A chaque fois, j’la laissais réfléchir à la direction à prendre puis j’l’emmenais vers là où elle pensait devoir aller. J’savais pas si on s’rapprocher du but ou si on s’en éloignait, mais comme dit, j’m’en fichais pas mal, du temps, j’en avais.

Puis l’néon rouge d’un hôtel s’fit voir et elle en fut la première surprise. « Dommage, moi qui pensait être parti pour marcher toute la nuit… » Ouais, c’était une pointe de déception dans ma voix. La fin d’la soirée avait définitivement sonnée. Enfin c’était pas un drame non plus. Une chose qu’elle voulait faire ? J’étais trop bourré pour pouvoir réagir en fait… J’me suis donc laissé plaquer contre l’mur tandis qu’elle s’frottait douc’ment contre moi. J’dois dire, c’est un baiser comme j’en ai rar’ment r’çu, j’espère qu’j’ai été à la hauteur pour lui rendre. J’pouvais la sentir bouger contre moi et j’dois aussi admettre qu’elle avait réussi à m’allumer à la hauteur d’ses espérances, enfin du moins c’était d’la façon dont j’le voyais. J’avais senti sa main glisser un truc dans ma poche mais j’étais resté « poli » et j’m’étais pas j’té d’ssus quand elle s’écarta d’moi son sourire sur les lèvres. « A la prochaine, Dance Girl. » Sacrée fille cette nana-là… J’la r’garde s’en aller pendant quelques instants, résistant à l’envie d’la suivre, p’t’être parce que ça s’fait pas. Puis p’t’être parce qu’elle m’aurait claqué la porte au nez, même si j’en doutais un peu. Alors qu’elle disparaissait dans l’hôtel, j’cherchais d’une main c’qu’elle avait glissé dans ma poche et j’dépliais l’ptit papier. Son numéro d’téléphone. Et bah, une chose était sûre, on allait sur’ment s’revoir plus vite qu’on l’pensait. Au moins, j’savais comment faire pour la trouver si j’en avais envie, même si ça j’étais sur d’toujours l’avoir, même après avoir complètement décuvé. Dans un soupir, j’me détournais à mon tour, remettant l’papelard dans ma poche, m’glissant dans la ville pour regagner ma piaule. Il f’rait presque jour en r’tournant chez moi mais c’tait pas un problème. J’avais juste besoin d’m’étaler sur mon plumard, de dormir tout mon saoul puis d’supporter ma gueule de bois… Le lendemain s’rait moins marrant qu’cette soirée, mais, en même temps, n’importe quoi, ou presque, aurait eu une saveur fade en face d’elle…
Revenir en haut Aller en bas
 

Une soirée entière pour se faire plaisir...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
The Voodoo Child :: ¤ SCENE I: Le quartier des affaires ¤ :: ║Le quartier Sanglant║ :: Danse macabre-
Créer un forum | © phpBB | Forum gratuit d'entraide | Contact | Signaler un abus | Forum gratuit