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 La nuit, tous les vampires sont gris

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MessageSujet: La nuit, tous les vampires sont gris   Dim 17 Juin - 0:54

Il faisait nuit, comme de juste. Il faisait toujours nuit. Toujours, toujours les ténèbres. Rafaël avait fini par ne plus les voir, et la clarté jaune des lampadaires était son jour, le pâle astre argenté qui le fixait de sa vieille face ravagée était son soleil. L'ombre, bleutée, translucide sous ses yeux de vampire se diluait dans la lumière, s'effaçait totalement. S'il existait autre chose que cette atmosphère vibrante de lueurs aveuglantes et d'obscurité profonde, il l'avait oublié, et de toute manière s'en foutait bien.
D'humeur maussade, Rafaël avait fini par échouer dans ce qui semblait être le quartier de la ville où s'étaient concentrés ses semblables. C'était une habitude un peu nouvelle pour lui, accoutumé à la chasse solitaire et peu enclin à l'instinct grégaire qui poussait toujours les gens à s'entasser quelque part; chaque ville semblait à présent avoir son propre lieu pour accueillir les buveurs de sang, mais là, c'était un peu différent, sans doute beaucoup plus ancien.

Cette ville lui plaisait. Elle avait quelque chose, quelque chose d'ancien; plus jeune encore que sa vieille Saint Pétersbourg natale et ses façades de pierre, il y retrouvait néanmoins le même relent persistant du passé qui imprégnait tout, qui se répandait de toutes parts, comme un brouillard, malgré toute la modernité, les néons, tout le reste. Cette ville avait une âme, une âme aussi solide que la pierre, une âme ancrée de toutes ses forces au plus profond des troubles remous de la mer et des marécages. Il aimait toujours les villes de caractère, car il se sentait toujours plus chez lui dans les endroits anciens que dans les lieux où ne régnaient que les relents de neuf et d'acier encore brillant, ces villes écloses comme des champignons où il errait sans les comprendre.

Rafaël allait, d'un pas pesant, fendant la foule indifférente sans prendre garde à ceux qu'il pouvait bousculer, allant comme un brise glace dans une direction qu'il était le seul à connaître. Les passants se pressaient autour de lui, une foule hétéroclite, beaucoup trop de Normes pour un quartier de vampires, mais ça aussi, il s'y habituait, un peu. Ah, cette bonne blague, les vampires qui emballait toutes les filles et tous les garçons qu'ils voulaient... Rafaël était à peu près aussi attirant et aimable qu'une porte de prison. Il ne pouvait que ricaner quand il entendait les soupirs énamourés de certains qui louaient à grands cris la gent vampirique, leur délicate blancheur mortuaire, leur regard magnétique, leur charme naturel qui émanait d'eux comme une aura... Mais quand on avait été autant esquinté que lui par la vie, difficile de faire à ce point bonne figure. On peut dire beaucoup de choses à propos de choses que dégagent les vampires, elles ne font pas de miracles, et seul un ravalement de façade en bonne et due forme était capable de rendre Rafaël réellement attirant.

Comme souvent, il était d'humeur à chasser. Chaque fois qu'il croisait un humain, son regard sombre, vif comme celui d'une bête aux aguets se posait sur lui, le suivait un instant, avant de bondir sur un autre, et de fil en aiguille en venir à imaginer qu'il pouvait suivre n'importe qui, jusqu'à un endroit discret, traquer, pister comme un chien l'odeur du sang et finir par tuer, encore et encore, juste pour la jouissance magnifique du sang brûlant qui se tarissait dans la mort... Il se secoua. Sa course avait dévié sur les traces d'une jeune femme en tenue légère. Son parfum lui parvenait encore, mélange de sang métisse et de peau moite, et des relents artificiels d'alcool et de machins synthétiques que les filles se collaient systématiquement sur le corps. Il ralentit le pas, essayant d'oublier le murmure indidieux de son esprit qui lui susurrait à quel point il serait plaisant de tout prendre, tout boire, jusqu'à la dernière goutte, de courir, chasser, tuer, tuer, rien que tuer...

Encore une fois, il se secoua, se redressa, respira à pleins poumons le festival de relents mêlés dégagés par les gens qui l'entouraient. Gaz d'échappements, sueur, relents animaux, bitume encore chaud de la journée, effluves de poubelles, de tabac... Il respira à plein poumons l'odeur de sa cigarette, garda la fumée dans sa bouche et sa gorge le plus longtemps possible avant de cracher un petit nuage vite dilué dans l'air mouvant. Il s'était arrêté, s'appuyant contre un mur pour reprendre ses esprits. Dieu qu'il détestait ça. Cette frustration intense qui lui rongeait le ventre et les muscles depuis des années, qui faisait courir des pointillés ardents dans sa moelle épinière, qui lui rendait les crocs presque douloureux à force de vouloir mordre le vide... C'était à devenir fou. Cinglé, il l'était déjà pas mal, alors il savait très bien que tout ce bordel aurait vite raison de lui.

Tirant à grandes bouffées sur sa cigarette, regardant passer les Normes avec envie, il resta là, un moment. Tapi dans son coin comme un fauve à l'affût, il savait qu'il serait repéré illico si jamais un exécuteur ou une autre balance du genre promenait ses guêtres dans le coin. Rafaël ne se cachait jamais de ses instincts meurtriers, raison pour laquelle il finissait tôt ou tard par s'attirer des emmerdes, partout où il allait. Continuant à fixer la foule d'un regard un peu dément, il sortit de sa poche une vieille flasque ternie par les années et avala quelques gorgées d'un sang tiède et sans goût. A peine de quoi calmer un peu cette démangeaison furieuse qui lui donnait une terrible envie de mordre le premier qui s'approcherait de lui. Au moment où il s'apprêtait à reboucher la petite bouteille, un passant plus pressé que les hautres le heurta, et le récipient tomba au sol avec fracas, répandant son contenu de toutes parts, et surtout sur les chaussures de Rafaël.

Hors de lui, le vampire déversa un flot de jurons sonores dans sa langue natale, et se retint de coller une bonne paire de baffes à l'abruti qui venait de gâcher le peu de réserve qu'il gardait avec lui.
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MessageSujet: Re: La nuit, tous les vampires sont gris   Dim 17 Juin - 17:40

Il y a des jours où on préfère rester chez soi mais où ce n’est clairement pas envisageable. Aaron avait besoin d’air, d’air frais. Non pas que tout allait mal, bien au contraire. La Meute s’était installée dans un entrepôt de la banlieue convertie en garage. Tout le monde s’était trouvé une occupation plus ou moins prenante. Ses qualités d’Alpha n’étaient pas ouvertement critiquées, même si, il le savait, certains n’osaient pas dire tout haut ce qu’ils pensaient. Toutefois, cela avait surement déjà été le cas lorsque Sam était encore en vie, aussi n’y avait-il pas vraiment de raisons de s’inquiéter outre mesure. Il faisait ce qu’il pensait être juste pour les Werewolves et ne dominait pas par la terreur. Si des Loups avaient quelque chose à dire ou demander, il s’était toujours montré à l’écoute même si cela le changeait grandement de son rôle de Stigma. La face publique avait toujours été le domaine de Sam, ou de Luka. Aaron lui était un grand solitaire. Chasser un Werewolf renégat sur des centaines de kilomètres avec pour seule compagnie sa moto et le bitume ne l’avait jamais dérangé. Mais voilà qu’aujourd’hui beaucoup de choses avaient changé, peut-être même trop. Le retour de sa sœur, la mort de Sam, sa propre relation avec Luka. Entre eux d’eux rien n’était plus vraiment comme avant, ce n’était pas désagréable, ni même autre chose. Aaron était bien avec Luka, après tout, c’était un peu comme s’ils le savaient depuis longtemps mais n’avaient jamais vus la vérité en face. Pourtant le loup qui sommeillait en lui n’était pas tout à fait d’accord. Les relations mâles-mâles étaient contre-nature dans la mesure où la vie naissait d’un mâle et d’une femelle. Les animaux ne connaissaient pas le concept d’homosexualité et Aaron savait que son instinct rejetait cette relation avec Luka.

Voilà pourquoi il avait besoin de prendre l’air. En plus la saison des amours n’était pas encore terminée et le besoin viscéral qu’il ressentait de s’accoupler n’était que trop peu voire pas du tout satisfait par la relation entretenue avec Luka, aussi charnel qu’elle soit par moments. Aussi, au lieu de tourner comme un loup en cage, il avait décidé de sortir. Attrapant son nouveau cuir et fermant la porte. L’Oméga trouverait surement un film de série B à regarder si besoin, il ne se faisait pas de soucis pour lui. Qui plus est, Aaron avait l’intime conviction que ce dernier lisait en lui comme dans un livre ouvert, ce qui n’était pas très agréable en soi, mais avait l’avantage de permettre à l’Alpha de ne pas avoir à expliciter tout haut ses besoins. Le besoin de solitude n’avait jamais vraiment quitté le Werewolf et se retrouver seul dans la rue, à une heure où la nuit était déjà tombée lui ferait probablement le plus grand bien. Il espérait seulement qu’il ne tomberait pas sur une « femelle » particulièrement aguichante et entreprenante, car il avait bien peu de chance de parvenir à canaliser l’instinct qui accepterait certainement sans hésiter cette possibilité d’enfin s’accoupler. Comme notamment cette fois, avec la Vampire. Un scénario qu’il préférait oublier, si possible. C’était le genre d’histoire qu’on évitait de rendre publique, fort heureusement, il n’y avait eu aucun témoin, sinon un cadavre de vampire sans tête qui n’allait surement pas révéler à quelqu’un ce qu’il n’avait pas vu. Ce qui était plus dérangeant, actuellement, c’était de faire en sorte que la Meute ne sache rien sur la vraie relation qu’entretenaient l’Alpha et l’Oméga, sans quoi, probablement, ils allaient aux devants de problèmes légèrement plus importants que ceux, actuels, qui concernaient surtout tous les Métamorphes et pas que les Werewolves en particulier.

Le climat politique actuel était en pleine mutation et n’augurait surement rien de bon pour les Outres. Il restait à espérer que rien ne déborderait mais Aaron n’était pas aussi optimiste que ça. Le message avait été explicite à leur encontre et la profanation du Mentis n’augurait vraiment rien de bon. Les Métamorphes n’étaient pas plus en danger que les autres Outres mais il serait certainement plus difficile de les tenir en laisse maintenant qu’on s’en était pris à l’un des leurs. L’Alpha comprenait parfaitement. Si les Werewolves étaient frappés de plein fouet, il y avait peu de chance pour qu’il puisse contenir sa propre fureur et donc encore moins celle des siens. Le sang appelle le sang et il est difficile de ne pas tomber dans ce cercle vicieux, car si les Métamorphes commencent à rendre les coups qu’on leur porte alors la Nouvelle-Orléans risque de redécouvrir la couleur de ce fluide vital. C’est perdu dans ses pensées qu’il arpentait les rues de la ville, pas vraiment au fait de sa destination et pas réellement concernée par celle-ci. Il allait, tantôt à gauche, tantôt à droite ou alors tout droite, regardant à peine devant lui, les rues étant, bien que pour certaines animées, généralement assez vides. Tournant à un coin de rue sans regarder plus avant, il poursuivit le long du mur – la plupart des passants marchant proche de la route – et n’aperçut que trop tard les pieds d’un promeneur en pose, juste avant de le percuter assez violemment. Alors qu’il relevait les yeux, quelque chose passa dans son champ de vision à contre-mouvement et heurta le sol dans le retentissement métallique propre aux contenants personnels. Son regard attiré par l’objet lui fit remarquer que le contenu en avait profité pour s’échapper. Ce furent les jurons – du moins vu l’intonation car la langue n’était pas familière au Werewolf quoique ça ressemblait beaucoup à ce que disait Luka, du moins quand il se laisser aller à sa langue natale, donc à des propos pas très élogieux - qui lui firent enfin remonter les yeux vers l’interlocuteur.

Rapidement son instinct aurait pu le faire grogner. Non pas à cause des insultes, même si généralement cela faisait démarrer Aaron au quart de tour, mais surtout ce qu’il avait senti. L’odeur du sang. Et peu de gens se baladait avec du sang en bouteille. Un Vampire. Avec l’air pas très aimable et plutôt négligé. L’Alpha hésita un instant, ses yeux d’or posé sur le sombre inconnu. « Désolé, j’t’ai pas vu. » Faut dire que sa tenue n’aidait pas vraiment. M’enfin il n’allait pas en faire un drame et Aaron n’irait probablement pas plus loin en termes d’excuses, fallait pas s’attendre à mieux. Après tout c’était qu’un petit incident. Y’avait pas mort d’homme, enfin pas encore.
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MessageSujet: Re: La nuit, tous les vampires sont gris   Lun 18 Juin - 13:48

Rafaël était de mauvaise humeur. Il l'était toujours plus ou moins, mais là, c'était pire que d'habitude, et son instinct meutrier exacerbé par la proximité de tant d'humains le rendait plus irritable encore. Les poings crispés pour ne pas en envoyer un dans la figure de l'inconnu, il gronda entre ses dents une volée d'insultes, le fixant de ses yeux grisâtres comme s'il allait lui sauter à la gorge.
L'odeur de l'homme, qui le dépassait autant en hauteur qu'en largeur, l'informa vite de ce qu'il avait en face de lui. ça n'était pas un métamorphe, fut-il aussi bien bâti que lui, qui allait l'inciter à la boucler. Des deux, difficile de trancher lequel était le moins humain, et pour l'heure la balance penchait nettement en faveur de Rafaël qui n'avait rien, mais alors rien du tout de la belle image des vampires qui faisaient tant rêvasser les groupies. Il n'était pas porté sur le contrôle de soi, et ça se sentait, rien qu'à sa manière de se comporter, un peu comme un chien furieux.

Il soutint sans ciller le regard que l'homme posait sur lui, essuyant sa bouche encore maculée de sang d'un revers de main et répliqua avec un mouvement de tête agressif:

-La prochaine fois regarde où tu va, p'tit con!

Il voulait bien admettre qu'il avait une tronche de clodo et qu'on ne remarquait que rarement ces gens-là, mais quand même... A la réflexion, Rafaël était si mal embouché ce soir-là que la plus petite contrariété aurait pu le mettre hors de lui, et il était à deux doigts de déborder. Si le méta ne décampait pas fissa, il n'était pas sûr de se pouvoir se retenir de se défouler un peu sur lui.

Son regard perçant se posa sur la jugulaire qui battait à un rythme rapide sous la peau. En tendant l'oreille, il pouvait presque percevoir le murmure continu du sang qui coulait dans ses veines et abreuvait chaque organe, et le chuchotement de la machinerie interne qui vivait, respirait, se mouvait sans s'arrêter. Ce devait être épuisant, ce bruissement continu, avoir tout ça à l'intérieur de soi sans cesse en mouvement, ne s'arrêtant jamais. Heureusement que les mortels n'avaient pas son oreille, heureusement qu'il n'entendaient pas tout le bordel sonore qu'ils pouvaient produire... C'était à finir cinglé. Lui, en tout cas, ça le rendait dingue. Il avait presque envie d'y mettre fin. Il avait vraiment faim pour penser des trucs pareils... Mais ça, c'était la faute à ces foutues loies qui l'empêchaient d'aller chasser comme bon lui semblait, et l'obligeaient à devenir un crève la dalle qui peinait chaque jour à trouver quelqu'un à se mettre sous la dent. Et puis on pouvait dire ce qu'on voulait, rien ne valait un bon repas, rien ne valait un humain vidé jusqu'à la dernière goutte.

Rafaël, s'apercevant qu'il fixait la gorge de l'inconnu avec beaucoup trop d'insistance pour que ce soit honnête et innocent, se détourna avec un grondement sourd. Il sortit de ses poches une cigarette, et le bref éclat de la flamme sur son visage lança une incandescence malsaine dans ses yeux sombres.
L'autre avait l'air d'un dur, mais ça n'était pas le genre de choses qui le faisait reculer, lui et sa mauvaise foi taillée dans le granit. Rafaël ne cédait jamais le premier, ce qui lui avait valu pas mal de mauvais coups, mais depuis qu'il était mort, il s'en foutait royalement et profitait sans vergogne de ses capacités de régénérations pour se bastonner joyeusement avec le premier qui le regardait de travers. ça lui permettait d'évacuer un peu de sa frustration, calmer sa perpétuelle mauvaise humeur, retarder l'inévitable moment où il ne pourrait plus supporter d'entraver ses instincts et ses habitudes beaucoup trop profondément ancrés, et où il irait commettre un joyeux massacre avant de se faire éclater le pamplemousse par les exécuteurs.

Une belle fin en perspective.

En attendant, Rafaël resta planté là, sa cigarette à la bouche, appuyé contre le mur. Il baissa les yeux sur sa flasque toujours à terre.

-Ramasse.

Comment ça, il cherchait les ennuis? Non, une juste réparation à l'outrage subi. La mauvaise foi du vieux russe était sans fond.
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MessageSujet: Re: La nuit, tous les vampires sont gris   Lun 18 Juin - 16:37

Aaron n’était pas de spécialement bonne humeur non plus, et même s’il n’aurait pas sauté à la gorge du premier venu sans une raison plus que valable, il n’allait certainement pas accepter de se laisser marcher sur les pieds, même si, d’une certaine manière, c’était de sa faute si l’autre empaffé se retrouvait avec du sang sur les pompes et une flasque complètement vide qui trainait par terre. On n’allait pas faire un drame de quelques gouttes de sang et de quelques minutes de nettoyage. L’Alpha était déjà rentré dans un état pire encore et n’avait pas fait tout un foin pour son cuir qui était devenu importable. Au pire ça se lavait, au mieux ça se changeait. Et si l’autre péquenaud ne se mettait pas ça tout seul dans le crâne, le Werewolf veillerait surement à le lui faire comprendre, d’une manière ou d’une autre, et elle ne serait certainement pas subtile, c’était évident. Les insultes passées comme le vent souffle sur une maison faite de briques et de béton, les yeux dans les yeux, il s’était contenté d’un « désolé » de circonstances, espérant que cela suffirait car il était de toute façon hors de question qu’il aille plus loin. La remarque cinglante que lui rétorqua le malfamé qui se tenait devant lui le fit tiquer. Il se crispa légèrement, ses battements de cœur s’accélérant un peu sous l’effet de la nervosité qui venait de grimper d’un cran. Les insultes en russe, ça pouvait passer. Ce n’était pas un problème, parce que, d’un côté, il ne les comprenait pas. C’qu’il venait de dire, c’était autre chose. Qu’il soit énervé était compréhensible, mais si dans ces cas-là on retenait difficilement des propos déplacés, Aaron n’appréciait pas vraiment qu’on l’insulte ouvertement en pleine rue. Quelques passants avaient tournés la tête devant l’incident, certains s’étaient même arrêtés un peu plus loin, faisant mine de discuter entre eux alors qu’ils regardaient dans la direction des deux protagonistes.

Les deux « hommes » s’observèrent pendant de longs instants, ou plutôt le Métamorphe observa le Vampire qui, lui, semblait regarder autre chose, et ce n’était pas ses yeux. Loup et homme s’accordaient sur une chose, si ce débris essayait de les mordre, il y aurait une nouvelle fresque sur le mur, de l’art moderne décomposé que l’on pourrait certainement nommer « suceur de sang, sans dessous dessus ». Les secondes s’écoulèrent lentement et si Aaron voulait passer son chemin et oublier ce petit désagrément, le Loup lui n’était pas trop de cet avis et avait pris l’insulte comme une véritable menace qui méritait d’être châtiée. Ils auraient été dans un endroit plus désert, l’homme aurait certainement été du même avis et pas contre quelques morsures bien senties pour le remettre à sa place mais en pleine rue, c’était dangereux, surtout que ce n’était pas vraiment le moment de finir en taule. Même pour une baston de rue. Il avait un job, sérieux, une sœur qui comptait sur lui, sans oublier Luka et les Werewolves. Bref, trop de choses importantes pour les envoyer valser d’un coup d’orgueil mal placé. Quand le Vampire s’occupa enfin à autre chose qu’à l’regarder bizarrement, Aaron souffla un coup, l’observant à peine allumer sa clope et préféra détourner maintenant son chemin du sien et reprendre sa route. Il avait une petite supériorité sur le loup et mieux valait en profiter avant que ça ne dégénère plus en avant. Se détendant quelque peu, il se décala un peu et commença à reprendre sa route, préférant oublier ce qui avait été dit, trop vite probablement et commençant à repenser à toutes les idées qui l’assaillaient avant qu’il ne percute cet oiseau de malheur, aussi noir qu’un corbeau et aussi belliqueux qu’une pute à l’orgueil blessé.

Il stoppa pourtant net son initiative. L’ordre, prononcé sur un ton méprisant le fit s’arrêter net, sans réfléchir. Sans se tourner vers l’imbécile qui croyait peut-être se rendre intéressant, Aaron inspira un grand coup pour se calmer, le loup en lui ne rêvant déjà que de bondir sur l’impudent. « Je ne suis pas ton larbin et encore moins ton chien. » Le ton était calme, froid et dur. Il trahissait peut-être l’agacement et la fureur qui commençait déjà à gronder dans l’esprit du métamorphe. Il se retourna lentement et planta son regard ambre dans les iris cendreux de la chose, il n’était guère de propos plus adéquat, qui se tenait contre le mur, entre deux volutes de cigarette. « Alors commence déjà par demander plus poliment. On verra ensuite. » Il n’était bien entendu pas question qu’il ramasse la flasque qui se trouvait par terre, ne serait-ce que parce que cet idiot s’était grillé en le traitant de « petit con » et en lui ordonnant quelque chose. Qui plus est, cette feignasse était surement capable de le faire lui-même mais il croyait probablement que le méta lui devait quelque chose pour ce malencontreux choc. S’il devait passer sa frustration sur quelqu’un, choisir le Werewolf n’était pas une excellente idée pour lui. Les Vampires étaient certes forts, mais les métamorphes n’étaient pas tellement en reste et Aaron encaissait plutôt bien de manière générale. L’Alpha préférait éviter d’en venir aux mains en pleine rue mais si c’était le loup qu’il cherchait ce branquignol, il allait finir par le trouver, avec les griffes et les crocs qui allaient avec…
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MessageSujet: Re: La nuit, tous les vampires sont gris   Lun 18 Juin - 20:52

Rafaël eut un long, long sourire sinistre qui dévoila ses crocs comme un chien montre les dents. Il ne pouvait pas s'en empêcher, c'était tellement plus fort que lui... Toute cette rage, cette colère rentrée qui brûlait en lui depuis des décennies ne pouvait pas toujours être retenue, et il fallait, parfois, qu'il la laisse sortir sous peine d'imploser. C'était un mauvais hasard, et un bien mauvais jour pour tout le monde. Le minuscule incident lui avait fait perdre le peu de contrôle qu'il pouvait avoir sur lui-même, dommage pour tous les deux. Et si le méta rechignait à se battre en public, ça n'était pas le genre de choses qui était de nature à faire reculer Rafaël. Les culs de basse fosse, il en avait connus des tas et rien de toute manière ne pouvait être pire que six années à ramper dans la boue glacée de Sibérie.

Alors que le bonhomme faisait mine de s'éloigner, par pure provocation, il avait craché cet unique mot comme on crache à la figure d'un autre, regardant avec satisfaction le bonhomme s'arrêter net.

-Pas mon clébard? Grogna-il, un vilain sourire tordant ses traits creusés.

Une pause, il renifla l'air avec une lueur moqueuse dans l'oeil.

-T'en as l'odeur, en tout cas.

Il sourit encore, plus largement, avec toujours cette espèce de clarté mauvaise qui brillait dans ses yeux gris, tranchants comme une lame de couteau, pétillants de cette espèce de volonté mauvaise et qui agissait semblait-il pour le simple plaisir de nuire.

Allez, allez, viens donc te frotter à moi, semblait-il dire. Il écoutait le coeur du métamorphe battre un peu plus vite sous l'effet de la colère, alors qu'il parlait d'une voix dont Rafaël déchiffrait les inflexions dures et froides. Il y était presque. Il savait que dans l'esprit de toute métamorphe, il y avait une part d'humanité et une part de bête; vu le gabarit et l'odeur du type, il n'était sans doute pas du genre à se transformer en souris blanche. Un fauve, sans doute, peut-être un loup, mais il avait du mal à déceler précisément l'odeur au milieu des remugles de tous ces gens. Il ne remarqua même pas le cercle qui s'était formé autour d'eux et s'en foutait complètement, tout comme il se fichait bien du fait qu'il s'attaquait à plus fort que lui.

ça n'était pas la première fois, et il avait par-dessus tout besoin de se défouler. Trouver un adversaire à sa taille, voire au-dessus était le meilleur moyen de calmer ses nerfs et s'il pouvait au passage se permettre d'y mordre un coup, c'était toujours ça de prit...

Les bras croisés, adossé au mur crasseux, Rafaël dévisagea le lycan d'un air gognenard. S'il voulait frapper, il lui laissait le premier coup. Une joie mauvaise enflammait ses pupilles grisâtres, y jetait une curieuse lueur bleutée, et soudain ses traits s'animaient, semblaient effacer un peu de leur usure, un peu de leur misère apparente, et le vampire vieillissant et négligé semblait retrouver un peu de sa superbe. Imperceptiblement, il s'était voûté, ramassé sur lui-même comme une bête prête à bondir, soudain tous les sens aux aguets. Oh, que ça lui manquait, tout ça... Que la bataille lui manquait, la chasse et la violence, seul remède à la colère qui bouillonnait en lui chaque instant, seul remède à la souffrance, infligée, distillée patiemment depuis presque cent ans. C'était dans ces moments là qu'il se sentait vivre, un peu, quand il concentrait chaque fibre de son corps sur un seul et unique but, le sang versé et les coups donnés.

Sa flasque, il s'en foutait, c'était une camelote achetée en Russie lors de son dernier passage. Elle resterait là, selon toutes probabilités...
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MessageSujet: Re: La nuit, tous les vampires sont gris   Lun 18 Juin - 23:50

Se battre, toujours se battre. Il semblait impossible pour l’Alpha de se sortir de cette boucle dans laquelle il était rentré dès qu’il était jeune, à la mort de ses parents. Après tout, s’il avait rencontré l’ancien Stigma des Werewolves, ce n'était probablement pas pour rien. Peut-être était-il fait pour cela, pour semer le chaos sur son passage et briser quelques nez. Pourtant, il aurait préféré éviter un accrochage de ce genre, surtout avec un Vampire. Ces bêtes-là étaient assez increvables et les tuer demandait souvent une certaine boucherie. Il suffisait de repenser au dernier qu’il avait dû décapiter avec un pied-de-biche pour avoir enfin la paix alors que ce dernier ne faisait qu’essayer de se repaître de son sang. Non mais oh ! Il ne manquerait plus que ça. Certes il n’avait pas pu s’empêcher de servir de casse-croûte – modérément - à une autre Vampire, plus puissante et dont le sex-appeal démeusuré avait réveillé les appétits sexuels de l’animal qui sommeillait en lui. Après un domptage en règle – même s’il s’était bien battu -, elle ne s’était pas privée pour se satisfaire et le satisfaire lui aussi bien qu’il avait refusé net la morsure et qu’elle s’était contentée du sang qui avait ruisselé de ses plaies dont elle avait été à l’origine. Néanmoins, cette fois, c’était entièrement différent et si le loup désirait mettre sur la gueule à ce connard qui apparemment ne reculait devant rien, il n’avait pas envie de satisfaire un quelconque appétit sexuel. La Saison des Amours avait beau être forte, il restait des situations où elle s’éclipsait totalement de l’instinct d’un animal, notamment lorsqu’il se savait agressé et qu’il fallait riposter, d’une manière ou d’une autre. Aaron laissait toutefois à l’inconnu une chance de reculer et de ne pas se laisser emporter dans une baston qui pouvait finir mal pour eux d’eux, une chance qu’il ne prit pas la peine de saisir apparemment.

Le grognement de petit malin collé contre son mur fit sauter un premier verrou. Oh, il aurait certainement pu lui sauter à la gorge et profiter de son petit air de malin pour répandre son sang aussi vite qu’on déchirait une feuille de papier avec rage, mais il préféra se contenir, ne pas céder trop rapidement à la colère et à l’instinct de tuer. L’odeur d’un clébard hein ? Si tu savais c’que tu sentais mon gars… Leurs regards échangeaient déjà des étincelles. Les ambres fixaient avec une passion déjà trop sauvage. Le pire dans tout cela, c’était la certitude qui régnait dans l’esprit de l’Alpha, tranquille, sereine, mais dépitée. Il allait se battre pour une pauvre bouteille renversée, parce qu’un con avait la rancune trop tenace et n’était pas capable de ravaler sa fierté pour ramasser son bien et éviter de chercher des noises à n’importe qui. D’un côté, il se disait aussi qu’il aurait pu tomber sur un pauvre Norme qui n’aurait pas fait long feu. Enfin, d’un côté, ça n’aurait pas été son histoire et il aurait pu continuer à marcher tranquillement. Au lieu de cela, il allait se battre. Luka allait être content tiens. Il devrait encore le rafistoler une fois de plus, parce que c’était certain qu’il ne sortirait pas indemne de cette bagarre. D’un côté, il se demandait si l’un des spectateurs n’appellerait pas les flics et qu’ils finiraient au trou tous les deux, au moins pour la nuit, sinon plus. Il aurait bien aimé attirer l’autre sur un autre terrain mais il y avait déjà trop de curieux, trop d’imbéciles. Quoiqu’il pourrait peut-être leur faire peur et attirer l’suceur du dimanche dans un endroit moins visible.

Ils s’observèrent assez longtemps. Aaron savait que le Vampire était déjà prêt, malgré ce que certains pouvaient penser. Pourtant le Werewolf avait besoin d’un plan. Pas pour gagner, ça il verrait plus tard, mais pour se dispenser de public. Le premier coup serait important parce qu’il savait que son adversaire ne s’embarrasserait probablement pas de telles considérations pourtant l’Alpha n’avait pas envie de finir au trou. Il était plus ou moins connu des services de police et il ne donnerait pas aux flicaillons le plaisir de se laisser attraper aussi facilement. Certes son casier était encore relativement vierge à la Nouvelle-Orléans, et encore, le massacre d’un bar devait déjà être associé à son portrait-robot, même si l’affaire remontait déjà à plusieurs mois, une petite rixe avec une Viper qui avait bien failli lui tourner la tête. Heureusement, d’une certaine manière, elle était partie avant que tout ne dégénère. Cela lui avait évité de trop se triturer les neurones et d’éventuellement songer à une quelconque trahison de son clan. Enfin l’heure n’était pas vraiment au souvenir. Avisant une ruelle sombre qui démarrait assez proche d’eux, il se dit qu’elle les mènerait bien quelque part. Déjà l’obscurité serait un avantage, pour échapper au public mais également pour leur combat à eux. Sans crier gare, il se jeta sur l’inconnu et l’empoigna par les vêtements, l’emportant avec lui dans son élan vers ladite ruelle, brisant le cercle des spectateurs s’écartant dans des éclats de voix. Il poussa le Vampire jusque contre le mur avant de l’entrainer, ou de se laisser entrainer de plus en plus vers l’obscurité. Aaron n’allait pas fuir, mais il fallait mettre de la distance entre les yeux voyeurs et eux deux car certains n’hésiteraient surement pas à les suivre, malheureusement. Lâchant le Vampire, Aaron tourna les talons. « Voyons voir si tu cours plus vite qu’un clébard, sangsue. » La lune se refléta un instant sur son sourire carnassier avant qu’il ne glisse dans la nuit. A sa connaissance il y avait un terrain vague non loin, à l’abri des regards, un parfait terrain de jeu, assurément.
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MessageSujet: Re: La nuit, tous les vampires sont gris   Mar 19 Juin - 22:14

Rafaël n'y pouvait rien, si ça n'avait pas été lui, ça aurait été n'importe qui d'autre. N'importe qui, vraiment, et il valait mieux, tout bien réfléchi, que le vampire se défoule sur quelqu'un capable d'encaisser ses coups. Vraiment, il n'y pouvait rien et s'il était du genre à s'excuser, il l'aurait sans doute fait une fois calmé, mais comme ça ne l'était pas, il garderait ça pour lui. Non, vraiment il n'était pas un mauvais bougre, juste un peu trop soumis à ses instincts, et personne ne lui avait apprit à les contrôler, ou alors trop tard, beaucoup trop tard. Dommage pour tout le monde et pour lui le premier, s'ils croyaient que c'était rigolo, ces empaffés bien élevés, de devoir se surveiller chaque seconde et de tout garder à l'intérieur sous peine de finir aussi agité du ciboulot qu'une cocotte minute?

Il resta un moment immbolise, sachant que l'autre était bien décidé à présent à lui faire ravaler ses moqueries. C'était amusant de voir à quel point il n'y avait pas besoin de grandes phrases pour mettre quelqu'un hors de lui... Visiblement, son adversaire était lui aussi un peu sur les nerfs, à moins que ses insultes n'eussent chatouillé son instinct animal. Visiblement, il n'avait pas envie de se battre en public, et il le vit chercher une échappatoire. Rafaël était patient, il savait que ça viendrait tôt ou tard, et il savourait d'avance le moment où les coups commenceraient à s'abattre.

Quand le méta se décida enfin à agir, le vampire ne fut pas surprit d'être entraîné à l'écart, tout comme il ne fut pas étonné de la facilité avec laquelle il fut déplacé. C'était dans ces cas-là, comme souvent, qu'il regretta de n'être pas mort en pleine santé et de traîner pour l'éternité ses blessures de guerre et ses stigmates de crève la faim. Heureusement que depuis il avait prit des forces et qu'il n'avait surtout pas oublié ses leçons de l'armée...

Le choc contre le mur lui fit lâcher un ricanement; comme une bête, l'aiguillon de la douleur ne faisait que lui donner envie de se battre davantage. Il entendit la provocation hargneuse du méta, avant de le voir s'éloigner; sous le regard aiguisé de Rafaël, les ténèbres n'en étaient plus. Il se débarassa de son encombrant manteau, le jetant négligemment sur une poubelle qui traînait par là. D'un index péremptoire assorti d'un sourire dément, il prévint les quelques badauds qui insistaient pour assiter à la rixe et s'étaient massés à l'entrée de la ruelle, n'osant pas encore avancer.

-Le premier qui y touche, j'le bute. Dégagez, maintenant!

On déconne pas avec les clopes.

Et sur ce, il s'en fut à la poursuite de son copain du soir, remontant sur ses avant-bras balafrés les manches de sa vieille chemise. S'enfonçant dans l'ombre, il put le suivre à la trace en se concentrant un peu mais à vrai dire n'eut pas besoin de beaucoup chercher, de toute manière, il se savait attendu. Un sourire sinistre dévoila ses crocs quand il vit l'endroit où on l'avait attiré. Idéal pour une petite bagarre de nuit, pas de témoin, ou presque. Il se méfia cependant, des fois que le métamorphe eut quelques copains de-ci de-là, mais il n'entendit rien de particulier, et la seule odeur vaguement animale qu'il sentait, excepté quelques rats, était celle de son adversaire.

Se redressant de toute sa hauteur, Rafaël sourit largement en faisant craquer les articulations de ses poings.

-Allez ma jolie, viens prendre ta raclée, lança-il dans un feulement narquois.

La lune dans le ciel clair éclairait largement le terrain abandonné, à peine baigné par les lueurs diffuses de la ville. Un humain n'y aurait pas vu grand chose, à peine des ombres combattre, mais Rafaël y voyait parfaitement clair. Maintenant qu'il avait laissé l'autre frapper, à son tour!
Sans prévenir, il s'élança vers lui, les poings en avant, visant d'abord la mâchoire.
Ah, se battre, c'était tellement bon, perdre les pédales, complètement, lâcher la bride et laisser les chiens de guerre hurler et mordre tout leur saoûl. Et puisqu'on parlait de mordre, manifestement, Rafaël était décidé à attaquer à la gorge, exactement comme un fauve, et si son adversaire pouvait en adopter l'apparence, Rafaël en avait presque le comportement et les insincts.
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MessageSujet: Re: La nuit, tous les vampires sont gris   Mer 20 Juin - 10:38

Il n’y avait aucune surprise dans son premier assaut, Aaron le savait, mais au-delà de la surprise, il y avait surtout la volonté d’esquiver les ennuis jusqu’au cou, parce qu’il avait autre chose à faire que de se faire pincer par les flics à cause d’un demeuré congénital de Vampire qui était trop stupide pour ramasser lui-même sa foutue flasque à trois dollars cinquante. Si les flicaillons lui tombaient dessus, nul doute qu’ils se feraient une joie de le coffrer pour diverses charges, même si, pour la plupart, elles n’étaient que mineures et lui vaudraient, tout au plus, quelques mois de prison sous caution. Heureusement que, pour le reste, il avait été suffisamment subtil pour ne pas se faire impliquer directement ou laisser des preuves qui pointaient dans sa direction de manière trop flagrante. Les différents meurtres dont il était responsable étaient suffisamment écartés temporellement et spatialement pour éviter qu’on ne cherche à les rapprocher de trop près, puis généralement, on finissait par attribuer ça à un gang du coin qui, pour le coup, n’en était pas à l’origine. Aaron s’était bien débrouillé en tant que Stigma et cela continuerait surement, même s’il espérait qu’il n’y ait pas de futures défections au sein des Werewolves, mais son caractère sanguin l’avait poussé à réagir peut-être trop brutalement à certaines occasions, comme dans des bars, ou des établissements du même genre. Les bagarres ne manquaient pas et il était probablement possible de lui en coller une longue liste sur le dos, sans oublier les dommages collatéraux, autant matériels que sur des personnes. Généralement, ceux qui cherchaient le loup ne finissaient pas dans un très bon état. C’étaient d’ailleurs eux qui finissaient au poste pour les interrogatoires et l’Alpha ne doutait pas qu’ils s’étaient fait une joie de donner aux policiers une description détaillée de celui qui leur avait refait le portrait. Probablement une question de justice…

Enfin, avec l’obscurité de la ruelle et celle qui baignerait l’endroit où le Métamorphe voulait aller, ce dernier ne doutait pas du fait que les témoins seraient peu nombreux et même s’ils appelaient directement les policiers depuis là où ils étaient, il y avait peu de chance pour que ces derniers ne les retrouvent facilement et, surtout, ne débarquent en nombre suffisant pour l’empêcher de s’enfuir. A supposer que le Vampire ne cache pas très bien son jeu et le mette minable avant. D’ailleurs ce dernier semblait prendre beaucoup de plaisir à voir le Werewolf craquer et le petit ricanement qu’il laissa échapper lorsqu’il se retrouva plaqué contre le mur trahissait de manière évidente l’envie qu’il avait d’en découdre par pur plaisir. Il avait envie de se battre, tout simplement. Aaron était probablement mal tombé mais peu importait maintenant. Les choses avaient commencées et elles ne s’arrêteraient pas d’un claquement de doigts, mais plutôt d’un écrabouillage de gueule en règle de l’un ou l’autre et, afin d’éviter de se faire un peu trop sermonner, une nouvelle fois, par Luka, mieux valait que ce soit lui qui éclate, plutôt que l’inverse, mais, contre un Vampire, ce ne serait pas une chose aisée. Il n’entendit pas son adversaire lancer une bravade aux spectateurs concernant le manteau qu’il délaissait dans la ruelle et poursuivit sa course vers le terrain vague. Il n’y avait personne, pas un chat, et c’était tant mieux. Aaron se débarrassa de son cuir qu’il jeta dans une direction sans prendre vraiment la peine de regarder. Il serait loin, en hauteur, c’était suffisant pour ne plus s’en inquiéter. Il songea un moment à se laisser submerger et à se transformer mais mieux valait peut-être éviter de finir nu en plein milieu de la ville. Surtout à cette heure-ci. Et il était « trop tard » pour prendre le temps de se dessaper correctement parce qu’il était déjà là. Apparemment un peu méfiant, mais l’Alpha avait quand même un certain sens de l’honneur, enfin d’une certaine manière.

Comme un écho, le Werewolf profita également de ce « petit calme » avant la tempête pour se préparer, autant mentalement que physiquement, d’un craquement de plusieurs os et d’un refoulement léger de la bête. Il n’était pas question de se laisser porter par la sauvagerie même si l’instinct serait un redoutable allié dans la lutte à venir, car, il fallait l’admettre, sa partie animale l’avait « sauvée », en quelque sorte, plus d’une fois dans ce genre de petites discussions musclées. « Parle pour toi, danseuse. » Ce serait probablement les derniers mots qui seraient échangés avant la fin de ce « duel » improvisé dans un lieu glauque et parfait pour ce genre de divertissements. Dès que le Vampire bondit, Aaron se plaça sur la défensive, protégeant de ses poings les parties vitales qu’étaient le torse et la tête. Il se doutait que son adversaire frapperait fort et vite, et n’hésiterait pas à toucher tout ce qui passerait à sa portée. Le méta bloqua le premier coup, qui ne manquait pas de force et sentit immédiatement qu’il n’y avait pas que des blessures classiques et un petit combat de rue en suspens. Ce petit salopiaud avait dans l’idée d’se taper une part du sang du méta. Une révélation qui fit bouillir ce dernier et ramena la bête un peu plus près. On avait déjà failli planter des crocs dans son cou, il était hors de question que cela se reproduise. S’il voulait mordre, Aaron finirait par mordre plus fort ou le premier en tout cas il devrait d’abord lui passer sur le corps pour espérer n’obtenir qu’une goutte de sang. L’Alpha poursuivit l’échange de coups, aussi bien de poings que de pieds. Difficile de percer une défense mais il était rare de pouvoir prendre l’avantage au début d’un combat. Les esprits étaient échauffés certes, mais les corps encore frais. Il faudrait un peu de temps avant de commencer à sentir l’érosion des esprits et des corps, menant généralement à des ouvertures que l’on pouvait alors saisir. Un coup de pied rapide et « surprise » vint néanmoins à passer au travers de sa défense et à le frapper directement en plein abdomen, l’envoyant en arrière, quelques mètres plus loin et lui coupant la respiration pendant quelques brefs mais déjà trop longs instants. Le métamorphe se releva rapidement, prêt pour rendre la pareille.
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MessageSujet: Re: La nuit, tous les vampires sont gris   Ven 6 Juil - 0:13

On y était. Le point de non retour. L'esprit embrumé de joie sauvage, Rafaël avait bondit les crocs et les poings en avant, comme au bon vieux temps dans les neiges de Sibérie, quand il chassait le Yakoute pour se guérir de sa propre folie. Le sang, le sang, le sang chantait dans les veines épaisses de l'homme-loup. Fort comme un boeuf et taillé comme un roc, il dépassait la grande carcasse voûtée du vampire en hauteur et en largeur. Mais pour ce qui était de la hargne, on pouvait compter sur un vieil aigri semi-dément comme lui!

Le premier coup, bloqué, se répercuta dans tout son squelette comme une onde de choc. Il entendait presque les chairs et les os s'écraser. Un, puis deux, et c'était comme un déluge, furieux. Le lycan avait visiblement compris que les crocs de son adversaire n'étaient pas là pour la déco et que le moindre bout de viande et de veines qui lui passerait à portée serait mordu sans distinction. L'idéal étant bien sûr d'aller puiser directement à la jugulaire qu'il voyait battre à son cou, mais il saurait se satisfaire de n'importe quoi.

Il apparut bien vite que si Rafaël s'appliquait à rendre coup pour coup au Méta, il n'était pas en très bonne condition physique. Ses doigts amputés, rongés d'engelures, ses bras balafrés, et cette faiblesse qu'on sentait poindre au côté droit, autant de failles apparentes que sa condition de vampire ne compensait qu'à moitié. Pourtant, il se défendait si bien qu'il réussit à percer la défense de son adversaire et le repoussa quelques mètres plus loin. Voyant cela, le vampire s'avança vers lui de son pas traînant, les poings serrés, attendant qu'il se relève pour frapper de nouveau.
Si son entraînement militaire (et ses nombreuses bagarres de rues depuis plus d'un demi-siècle) n'arrivait pas tout à fait à compenser les ravages subis par son organisme, en revanche, sa hargne et cette espèce de flamme démente qui animait ses yeux sombres semblait capable de le faire combattre jusqu'au bout, même réduit à presque rien, même à demi-mort. Finalement, était-ce vraiment un adversaire convenable, cet espèce de semi-clochard cadavérique, rongé de toutes parts, couturé de cicatrices? Les failles étaient visibles, et ces failles étaient des gouffres.

Pourtant, pourtant Rafaël se plaisait, là, dans le déchaînement de la plus gratuite et de la plus absurde des violences, contre quelqu'un qui ne lui avait rien fait, qui avait juste commis l'erreur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, alors que le vampire avait à se défaire d'un peu de cette folie progressive qui lui rongeait l'âme à force de restrictions et de privations, la brûlure de la frustration. Tout ça le rendait fou. Fou! Fou de ne pas pouvoir laisser libre court à ce qui dormait en lui, la rage, la colère, ce feu qui n'avait pas faibli depuis le premier jour, le premier coup, la première trahison, la première humiliation. Depuis le froid, la neige, depuis l'horizon implacable de Kolyma et les glaces de Sibérie.
Et toute cette furie démente avait toujours un goût de froid, un goût d'hiver sans fin et de boue gelée, un arrière-goût d'amertume et de goulag. Toujours. Les anciennes plaies jamais refermées. Les anciennes désillusions jamais acceptées. Tout, laver tout cela dans le sang et les coups, laver tout ça dans la violence la plus absurde.

Rafaël frappa, encore. Les poings, les pieds. Peu à peu, alors que jusque là il avait semblé garder un semblant de contrôle, il semblait lâcher prise sur lui-même et s'abîmer, se déchaîner, presque à l'aveugle. Quelque chose passa à portée de sa bouche, il mordit, un peu de sang jaillit; à peine plus qu'une égratignure, à priori, mais cela suffit à tout faire basculer dans son esprit. L'odeur affolante du sang qui se répandait dans la nuit comme la fumée d'un encens lui court-circuitait la moelle épinière et branchait le circuit internet directement sur l'estomac et la mâchoire. Juste mordre, mordre et boire, boire tout son saoul et au diable les règles, les lois, et tout le reste! Oh, tuer, juste tuer, encore, ça faisait si longtemps... Longtemps, longtemps dans la neige et les collines, tue! Tue! Les noirs veneurs, la chasse sauvage. Juste le plaisir de traquer, le plaisir d'y laisser presque la peau pour une proie, la sentir se débattre et lutter, et puis la sentir abandonner, mourir, se défaire, se déliter, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de vivant dans un tas de viande encore fumante bonne pour les corbeaux.

Pas une seule pensée rationnelle ne traversait son esprit et le vampire semblait avoir sombré dans une espèce de transe, de frénésie meurtrière qui le rendait plus monstrueux encore sous son masque d'humain. Humain? Il n'en n'avait plus rien, il s'en foutait, il était mort, mort et re-mort. Vampire, oui madame, rien de plus qu'une sangsue hélas affligé d'un esprit à défaut d'une conscience, conscient de lui même sinon du bien et du mal, une épave à la dérive, un chien galeux, un loup solitaire.

Le choc violent d'un poing qui s'écrasa avec une précision milimétrique sur son visage et lui dévissa quelques cervicales le ramena à la réalité. Il cligna des yeux dans le noir, désorienté, soudain revenu à un semblant de réalité, l'odorat exacerbé par l'odeur du sang qui lui enfumait le cervelet, et le temps qu'il lui fallut pour revenir à un état de conscience à peu près normal fut mis à profit par son adversaire qui le plia en deux d'un coup magistral. Dommage que personne n'était là pour voir ça... Rafaël trouva la force de ricaner et tituba. Voilà un avertissement suffisant de ce qu'il risquait s'il se laissait encore obscurcir le jugement par tout ce qui lui rongeait la caboche de l'intérieur.
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MessageSujet: Re: La nuit, tous les vampires sont gris   Jeu 12 Juil - 20:41

Un rictus de douleur se dessina un instant sur les lèvres du Métamorphe qui se relevait néanmoins avec une souplesse qui ne cadrait pas trop avec son gabarit mais en disait long sur le fait qu’il n’était pas humain. Le Vampire approchait déjà, prêt à en découdre à nouveau. Instinctivement, le Loup savait qu’il ne serait rassasié de ce combat qu’une fois qu’il aurait pu planter ses canines dans sa gorge et satisfait une envie primaire de sang frais. Une volonté qu’il n’avait pas l’intention de lui laisser, même s’il était mort et qu’il s’agissait peut-être de sa dernière. Le combat n’avait pas cessé le temps. Juste le temps de faire quelques pas avant de reprendre l’échange de coups et de ne laisser aucun répit à l’autre. Coups de poings, de pieds, hauts, bas, médians… L’avalanche était aussi rapide que brutale. Difficile de dire si Aaron parviendrait à tenir le coup longtemps. Il connaissait les pouvoirs des Vampires et il s’était déjà fait tanné la figure une fois. Heureusement pour lui, elle avait eu une idée beaucoup plus intéressante, selon elle, de se nourrir de son sang, et, plutôt que d’aller le chercher à la source, sa jugulaire, elle l’avait récupéré sur ses blessures qu’elle lui avait infligé, profitant par la même de l’émoi suscité pour s’offrir un autre petit plaisir. Il fallait dire que la Saison des Amours n’avait pas aidé le Méta qui, sérieusement blessé, n’avait pas réellement pu contenir son instinct qui s’était contenté de saisir, au vol, cette possibilité de s’accoupler avec une femelle attirante et, surtout, puissante et féroce, une qualité très appréciable que l’on cherchait dans une louve. Pourtant, il semblait moins puissant que cette femme dont il avait le souvenir et quelque chose lui disait qu’il y avait une chance pour qu’il puisse en venir à bout, ou du moins s’arranger pour le mettre suffisamment longtemps hors de combat pour pouvoir fuir. Ce n’avait rien de glorieux mais il savait que la police finirait par arriver, à un moment où à un autre, et ne pas finir en taule était une chose qui arrivait en priorité sur pas mal d’autres.

Songeant un peu trop à cette flicaille, il laissa trainer, dans un moment d’inattention, son bras sans défenses un peu trop près du visage de son adversaire qui ne se gêna pas pour essayer de le mordre, y parvenant à moitié. L’entaille fit l’effet d’une brulure mais n’était pas profonde, heureusement. Un mince filet de sang s’en était échappé et glissait le long de son bras mais ça aurait bien vite cicatrisé, il ne se faisait pas de souci là-dessus. Toutefois, le sang nouvellement jailli changeait la donne et, apparemment, cela semblait lui donner des ailes, si l’on pouvait parler ainsi. Les coups se firent plus violents, plus anarchiques, s’il y avait une quelconque logique dans les précédents, désormais tout était désordonnés, chaotique. Il y avait dans tout cela une rage indescriptible, il devenait comme possédé par la seule envie de satisfaire un besoin primaire : le sang. Peut-être n’avait-il pas bu depuis longtemps ? Qu’importait réellement, il était hors de question qu’il serve de pochette de sang sur pattes. Ce n’était même pas négociable. Alors qu’ils se tournaient au tour, Aaron légèrement sur la défensive car ne sachant pas trop contre quoi il se battait vraiment en cet instant, il trouva finalement une ouverture, infime, une fenêtre rapide dont il se saisit avec empressement, jetant son poing à l’intérieur, avec toute la force qu’il possédait. Le choc fut rapide, précis et il lui sembla entendre quelques craquements lointains mais, de toute façon, il fallait bien plus que cela pour tuer une de ces maudites créatures. La dernière avait été décapitée à coup de pied-de-biche mais il n’avait rien de tel sous la main et quelque chose lui disait que ce ne serait pas aussi simple avec celui-là.

Profitant de la désorientation de son ennemi, Aaron envoya un coup de genou chirurgical dans l’abdomen de son adversaire. La puissance du coup était importante, mais, encore une fois, il n’y avait pas de quoi réellement mettre en danger un vampire. Un Norme aurait été probablement soufflé sur le coup mais lui, il serait tout au plus malmené, rien de plus. Il eut d’ailleurs encore le souffle pour un ricanement alors qu’il titubait sur le côté. Instinctivement Aaron eut l’envie de se jeter sur lui pour le mordre à la gorge mais il se ravisa, préféra tendre l’oreille quelques instants mais n’entendit rien. Il avait encore du temps devant lui. Malheureusement, ce temps passé à l’écoute laissa le temps au Vampire de se redresser pour la suite des festivités. Il voulut lui glisser deux ou trois mots suggérant que c’était inutile qu’ils n’avaient rien à y gagner mais il savait qu’il ne faisait pas cela pour gagner quelque chose mais simplement pour lui mettre sur la gueule et peut-être aussi pour s’en prendre quelques coups au passage. On ne connaissait pas facilement les gens en les regardant mais, en le combattant, on finissait par apprendre des choses et Aaron était persuadé que celui-là n’en avait rien à foutre de se battre pour une cause ou pour rien du tout. Il avait juste trouvé un adversaire et s’ingéniait à en profiter jusqu’à ce que l’un des deux se brise ou que d’autres se mêlent à la fête. S’arrêterait-il seulement si les flics débarquaient ? Ils avaient de bons moyens persuasifs contre toutes les Outres, Métas comme Vampires. Nul doute qu’ils finiraient dans les emmerdes jusqu’au cou s’ils se faisaient attraper…
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MessageSujet: Re: La nuit, tous les vampires sont gris   Dim 22 Juil - 1:05

S'étant remis debout après le dernier coup porté, Rafaël huma l'air de la nuit. Le lycan semblait inquiet, et il crut le voir guetter l'ombre, craignant peut être des visiteurs indésirables. S'ils n'étaient pas trop bêtes, tous ceux qui les avaient vus s'éloigner avec la ferme et manifeste intention de se battre avaient probablement appelé quelques renforts. Ou peut être qu'ils n'en avaient rien à carrer et qu'ils s'étaient tous contentés de les laisser s'entre-tuer sans soucis. Difficile de juger, et pour le moment, le vampire n'entendait rien de suspect.
Il respira, longuement, et l'odeur du sang imprégnait encore l'air nocturne alourdi par la chaleur précoce de l'été tropical qui stagnait comme l'eau trouble des marais. Des remugles sourds, terreux, s'ajoutaient au parfum suave du sang et à l'aigreur de la sueur qui imprégnait tout.

Il sourit, ses dents comme des lames. Pour l'heure, son esprit dérangé oscillait entre la fureur cruelle inspirée par le sang et toute cette frustration morbide accumulée par des années de restriction, et la calme froideur cynique qui l'habitait d'ordinaire. A ce stade-là, c'en était presque de la schizophrénie et les vagues passaient sur son visage usé comme des remous hésitants, trahissant les états d'âme changeants dont il était la proie, hésitant, sur un fil, entre la folie et une moindre déraison tellement plus froide et plus insidieuse...

Traînant la patte, il ménagea une pause, laissa son adversaire tenter l'attaque, profitant de ce répis pour essayer de se rassembler d'un côté ou de l'autre de cette ligne tracée au milieu de son esprit et qui partageait son être entre deux gouffres. Ses yeux sombres, gris dans la lumière rare, surnageant dans cette cornée rendue jaunâtre par l'âge et l'usure, restaient fixés sur le lycan. Un homme-loup. Il en avait l'allure, et il en avait l'odeur. Fauve. Dans l'homme, on sentait se profiler la bête; peut être un mouvement, une attitude, la façon de se tenir à l'affût, comme s'il n'y avait qu'à gratter un peu pour trouver l'animal sous la calme façade de l'imposant personnage.

Manifestement, s'il avait répondu sans tarder à sa provocation, le bonhomme craignait tout de même les ennuis et espérait qu'ils puissent être tranquilles, sentiment partagé par Rafaël, dans une moindre mesure. Il savait ce à quoi il s'exposait en agissant de la sorte, mais il restait toujours aux limites du punissable, veillait à ne pas être attrapé, et traînait un casier judiciaire grand comme une armoire à linge. Mais s'il pouvait éviter d'explier à la police locale pourquoi il se retrouvait à se battre avec un inconnu dans un endroit sombre sans raison apparente, c'était préférable.
Mais justement, n'était-ce pas une sirène de police qu'on entendait au loin? Rafaël gronda comme un chien furieux et tendit l'oreille, alors que quelque chose le poussait à s'en foutre et à continuer de tabasser son adversaire jusqu'à ce que mort s'en suive et au mépris total du reste du monde. Pas très porté sur le self control, le vampire hésita longuement, ses poins noueux se dépliant et se crispant alternativement, reflets manifestes des hésitations contraires qui l'agitaient.

Le bruit se rapprochait. Il était peut être temps d'agir? Une seconde, deux encore. Le bruit, strident, la sirène furieuse qui balayait la nuit d'un feu bleuté, il le voyait presque se profiler dans l'ombre, et c'était comme une excitation supplémentaire. Un fond d'inquiétude réveillée, qui ravivait les braises d'un feu nouveau et lui donnait envie de ne pas fuir, et de se battre. Toujours faire front, ne plus s'incliner, ne plus jamais connaître le goût amer des défaites et des trahisons, plus jamais faible, plus jamais floué, quitte à tout perdre et tout consumer. Les lumières se rapprochaient et leur éclat soudain révélait dans un reflet le regard dément du vampire qui souriait, immobile, voûté sur ses poings serrés. La raison? Fi de la raison! Les chiens de guerre hurlaient leur envie d'en découdre, quitte à en crever. Peu importait, à la toute fin, ce qu'il adviendrait de cette carcasse qui survivait depuis trop longtemps, qui avait cessé d'avoir sa place sur cette terre depuis le jour où il avait tout perdu.

Et la colère, comme toujours, avait un goût de neige, un goût de Sibérie. Les vagues avaient cessé de déferler, il avait abouti à une certaine stabilité, un point de non retour, peut-être. La fuite, peut-être, mais pas sans résister. Il jeta un regard à son adversaire, guettant sa réaction, car sans doute celui-ci allait s'avérer être finalement un allié, si tant était qu'il suive la même voie que le vampire. L'homme semblait un brin plus raisonnable que Rafaël -ce qui n'était guère difficile- mais pouvait réserver des surprises...

Un sourire tordit sa vieille face burinée et il daigna enfin parler.

-Je crois qu'on a de la compagnie, lâcha-il d'une voix rauque qui ressemblait à un grognement.

Une pause. On venait vers eux.

-Il est temps de mettre les voiles, camarades.

Les articulations de ses doigts amputés craquèrent de manière sinistre dans le noir, et il souriait de toutes ses dents, le bougre, dément et fier de l'être, le bateau ivre de sa conscience s'étant depuis longtemps abîmé dans les reflux de sa folie.
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MessageSujet: Re: La nuit, tous les vampires sont gris   Sam 4 Aoû - 19:39

Les flics… Bien entendu qu’ils n’allaient pas trop tarder non plus. L’occasion était trop belle et parmi les passants, un s’était sans doute empressé de passer un coup de fil pour attirer l’attention des représentants de la loi sur un règlement de compte en bonne et due forme. Peut-être même que certains avaient reconnus des Outres en eux et si l’information avait filtrée jusqu’à la police, il fallait parier qu’ils arriveraient en nombre, probablement trop content de pouvoir essayer d’en coffrer l’un ou l’autre. On aurait pu parier qu’ils feraient au plus vite, mais quand même qu’ils prendraient un peu plus de temps. A croire que les pauvres témoins n’avaient pas hésités longtemps avant de donner « l’alerte ». Pendant un instant, Aaron se demanda ce que cela pouvait leur faire que deux inconnus se tapent sur le coin de la gueule. Allaient-ils être blessés ? Certainement pas, il y avait même veillé personnellement… Peut-être auraient-ils du rester là-bas, au moins, même avec des dommages collatéraux, ils auraient peut-être été plus tranquilles. Enfin, il fallait être réaliste, il en doutait sincèrement. Les sirènes étaient encore loin mais elles ne traineraient pas en route. Une fois qu’elles auraient rejoints les sonneurs d’alarme, retrouver leurs traces ne serait qu’une question de minutes, voire de secondes, s’ils décidaient d’y aller au pas de course. En tout cas pas suffisamment pour les deux bonshommes de terminer convenablement leur petit combat avant de s’éclipser en douce. Qui plus est, il n’aurait pas été tout à fait réglo de laisser quelqu’un sur le carreau juste pour qu’il soit cueilli par les poulets sans même pouvoir se défendre. Du moins c’était ce qu’il considérait. Peut-être que le Vampire n’aurait pas été aussi « gentil » avec lui et l’aurait peut-être utilisé volontiers comme une diversion pour pouvoir échapper aux mailles du filet. Après tout, il lui avait bien sauté dessus, ce n’était peut-être pas pour avoir plus tard des remords à le laisser se débrouiller avec la flicaille…

Finalement le combat stoppa. Ils avaient tous les deux entendu ce à quoi ils allaient faire face prochainement et, apparemment, même le Vampire ne semblait pas très motivé à l’idée de continuer leur duel avec ce nouveau et gênant public. Sa remarque fit sourire le métamorphe qui répondit sur un ton plus ou moins identique. « On dirait bien. » La fin du combat venait de sonner. Cette trêve, face aux forces de l’ordre, était plus ou moins inespérée, mais bienvenue. Mieux valait se « donner la main », en quelque sorte, pour faire face plutôt que de se tirer dans les pattes en essayant de sauver sa peau tout en offrant celle de l’autre en pâture. A deux, ils auraient les moyens de s’enfuir, à supposer qu’en face, les policiers n’étaient pas venus en trop gros nombre et trop armés. S’ils devaient faire face à une petite armée débarquée rien que pour eux, ce serait beaucoup plus compliqué à gérer. Quoiqu’il en soit, alors qu’une petite pause lui était accordée, Aaron prit la direction de son blouson avant de le ramasser et de l’enfiler. Il n’était pas question de laisser une pièce à conviction sur place. Il aurait suffisamment fort à faire pour éviter de trop s’exposer. Devenir un homme recherché n’avait rien de fantasmant. « Je suis tout à fait d’accord avec toi, pour une fois. » Ils devaient mettre les voiles, effectivement. Faire face à une vingtaine de policiers ne lui disait pas plus que ça et même s’ils en avaient surement les moyens, ajouter à leur casier des agressions d’agents de forces de l’ordre n’était certainement pas une excellente une idée, surtout pour Aaron.

Les premières sommations fusèrent des lors qu’on parvint à aligner plus ou moins quelques faisceaux de lampes-torches dans leur direction. Plissant les yeux, l’Alpha envisagea une petite ruelle. Il ne savait pas où elle déboulait mais c’était probablement mieux que de foncer tête baisser dans un amas de flicaille prêt à tirer sur eux. D’une tape sur l’épaule, il attira l’attention du vampire sur la possible option de fuite. Ils auraient toutes les occasions du monde pour tabasser du flicaillon pour s’offrir un peu de temps si son ancien adversaire souhaitait à ce point se servir de ses poings. Sans attendre de réelle confirmation, préférant ne pas offrir une cible trop facile aux policiers, Aaron détala en direction de la ruelle, se fondant dans les ombres. S’adaptant à nouveau à la pénombre, ses yeux l’aidèrent à se frayer un chemin dans la petite passe où plusieurs obstacles et recoins pourraient servir. Il remarqua rapidement que le vampire suivait et alors qu’ils tournaient à un coin avisant une grande benne, il s’arrêta, jugeant opportun de s’octroyer quelques secondes de plus par rapport à leurs poursuivants dont les cris étaient déjà relativement proche. Dans un mouvement rapide, aidé par le vampire qui comprit rapidement ce qu’il voulait faire, ils déplacèrent ou plutôt projetèrent la benne vers le coude formé par la ruelle bousculant l’un ou l’autre des policiers au passage. Bien, ne plus trainer ici maintenant. Ils avaient gagnés quelques instants mais rien n’indiquait qu’ils seraient tranquilles aussi facilement. La petite ruelle déboucha sur une autre rue, plus large. Pas de flics à l’horizon mais ces petits salopards avaient généralement des radios et leurs voitures des GPS, tout un arsenal pour les guider droit vers eux et ils ne tarderaient surement pas à leur tomber dessus. Se séparer ou continuer ensemble au cas où ? Le métamorphe jeta un œil vers le Vampire…
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La nuit, tous les vampires sont gris

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