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 Pourquoi refuser de se faire plaisir ?

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Messaline Alvarez
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MessageSujet: Re: Pourquoi refuser de se faire plaisir ?   Mer 11 Jan - 12:58

Messaline était sûre d'une chose: sa mission était pour le moment réussie, et ils n'étaient même pas arrivés à destination qu'elle sentait déjà que William avait laissé ses soucis dans un autre coin de sa tête et n'y pensait plus du tout. Elle le voyait sourire, sincèrement, et ses yeux qui brillaient doucement dans l'ombre avaient perdu l'ombre lancinante de cette tristesse qui les hantait auparavant. Le gris-vert s'y disputait à l'or, comme des paillettes et des reflets du précieux métal mélangé à l'eau claire de ses iris. Elle était douée pour remonter le moral aux autres; dommage qu'il n'y ait que l'alcool pour lui remonter le sien...

Elle rit, encore, quand il parla de sa vision des choses. Ah, pour elle c'était si étrange, il vivait décidément dans un autre monde. Des types comme lui, qui pensaient cela, ça ne courait pas les rues pour ce qu'elle en savait, mais elle savait très bien qu'elle ne voyait jamais de l'humanité la face la plus reluisante et que les gens biens, les honnêtes et les normaux n'allaient pas aux putes. Ceux-là avaient femmes et enfants et tout ce dont elle serait toujours privée; ceux-là n'éprouvaient pas le besoin d'aller noyer leurs chagrins, leur solitude dans les bras d'une autre, ceux-là n'avaient pas besoin d'assouvir à tout prix ce qui leur tourmentait l'entrejambe.

-Oh, t'es pas seul au monde, tu sais, répondit Messaline. Y'a encore des hommes comme ça, et heureusement. Surtout reste comme ça, c'est devenu assez rare pour que ça marche du feu de dieu avec les filles.

Ce disant, elle poussa la porte du bar en lui adressant un sourire et un clin d'oeil grivois. Elle parlait sans même savoir si le vampire avait ou non une femme auprès de laquelle aller soupirer, ou même si la raison précise de sa mélancolie d'avant était une femme; mais elle s'en foutait un peu, la délicatesse ne faisait pas partie de ses qualités et elle était plutôt du genre à mettre les pieds dans le plat. Il allait devoir s'y habituer mais pour le moment il ne semblait pas s'étonner de la franchise un peu brusque qui était la sienne, et qui la poussa donc à adresser un vigoureux doigt d'honneur à celui qui avait laissé traîner ses yeux sur elle de manière un peu trop insistante, et qui se ravisa bien vite en voyant qu'elle était accompagnée. Elle était comme ça, Messaline. Un caractère taillé dans le granit, du genre à se retrouver dans les ennuis pour une parole trop vive ou une gifle bien sentie. Elle se vendait peut être sur les trottoirs mais ça n'était pas pour ça qu'elle se laissait faire, au grand damne de beaucoup.

Et pourtant, pourtant il y avait de la douceur, une sérénité de madone blessée dans son visage dont la lumière tamisée atténuait doucement les contours, dans le regard qu'elle posait sur lui, ce vertige d'ambre noire qui s'illuminait d'un éclat vif quand elle souriait.

-Vraiment?
Répondit-elle à son invitation à boire à l'oeil. Tu sais pas dans quoi tu t'engages, tu sais... Mais soit, je te laisse payer, ça me permettra de rester au lit demain à soigner ma gueule de bois.

Elle avait peut être sa fierté, mais elle était avant tout complètement fauchée et comme presque tout son argent passait en boisson, ça lui ôtait une grosse dépense, déjà. Et ça lui permettait de faire l'impasse sur une journée de boulot, ce qui après une bonne cuite n'était jamais négligeable.

Messaline trinqua, et avala d'une traite une bonne partie de son verre, avant de le reposer avec un soupir de contentement. La brûlure de l'alcool submergeait sa bouche, sa gorge, jusqu'à son ventre, comme une trainée de feu. Déjà, l'ivresse rôdait dans un frisson, et elle tira une interminable bouffée sur sa cigarette, jusqu'à ce que ses poumons n'en puissent plus. La fumée l'enveloppa, s'échappant de sa bouche entrouverte, en longues volutes qui s'accrochaient à ses cheveux et se diluaient dans l'air, grises, blanches, bleutée dans la lumière jaune du bar. Elle avait fermé les yeux à demi, et puis les rouvrit soudain quand William lui demanda comment elle comptait rentrer ce soir, si ce n'était sur ses deux jambes.

-Je trouverai bien quelqu'un pour me ramener,
répondit-elle avec un sourire en coin. Je finis toujours par réussir à rentrer, même si c'est en rampant.

Elle avait posé un coude sur la table, le menton appuyé au creux de sa main. Elle leva son verre à hauteur d'yeux, et fixa un instant le vampire au travers.

-ça te manque pas, une bonne murge de temps en temps? Demanda-elle en faisant tourner le liquide à la belle couleur d'ambre jaune. Tu fais quoi, pour remplacer ça?

Cela dit, il avait l'air du genre un peu trop sérieux et un peu trop propre sur lui pour ce genre de choses, mais elle savait d'expériences que même les plus cintrés des porteurs de cravates avaient besoin de perdre les pédales de temps en temps. Et puis, les vampires avaient souvent de quoi compenser l'absence d'éthylisation massive, mais elle était curieuse. Et puis à lui de parler, un peu.
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William Delacroix
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MessageSujet: Re: Pourquoi refuser de se faire plaisir ?   Jeu 12 Jan - 8:29

Sa mission était effectivement un franc succès. Elle avait eu le don de délier sa langue, d’éveiller sa curiosité de telle sorte qu’elle avait fini par prendre le dessus sur sa mélancolie et son esprit avait préféré ce nouveau sujet de réflexion plutôt que l’ancien, qu’il ruminait déjà depuis plusieurs jours. William ne se leurrait pas, il savait qu’après cette soirée, aussi bonne fut-elle, il reviendrait à ses sombres pensées mais cela n’avait aucune importance, pas maintenant, pas alors qu’il faisait une pause dans son broyage d’idées noires et qu’il se sentait mieux. Autant profiter de cette rencontre inattendue, saisir la balle au bond et passer une bonne soirée avec une jeune femme qui, peut-être, avait aussi besoin de faire une petite pause dans sa vie. Il savait qu’elle devait être rompue à son métier, qu’elle s’était sans aucun doute forgé la plus solide des carapaces pour résister à ce que les hommes lui faisaient, cela n’empêchait pas que, parfois, il était agréable de pouvoir dire stop, de déposer son armure pour souffler, respirer. Avait-elle besoin de se changer les idées ? Il n’en savait rien, peut-être que son désir d’alcool, ou plutôt de prendre une bonne cuite, était son moyen à elle de déconnecter, de ne plus penser à ce qu’elle faisait, d’oublier, l’espace de quelques heures, qu’elle n’était, pour certaines personnes, qu’une poupée de plaisir qu’on manipulait sans vergogne, sans respect, sans rien… Pourtant le traqueur, s’il avait vu la prostituée dans la rue, il ne s’était jamais intéressé à elle en tant que telle. Il aurait pu, certainement, essayer d’oublier Florence en se payant le luxe de faire l’amour à cette belle femme, elle aurait peut-être même accepté, pour un supplément, qu’il la morde, mais les relations monnayées n’avaient jamais été son… truc. Non, il préférait parler à cette femme, sous la prostituée, qui, finalement, avait voulu lui remonter le moral et y était parvenu. Pourrait-il faire de même si elle en avait besoin ? Peut-être pas ce soir.

Mais un autre jour peut-être, s’il y en aurait un autre. Il esquissa un sourire alors qu’elle riait à sa qualification d’antiquité. Après tout, il allait sur son second siècle d’existence – et espérait bien en vivre encore d’autres – mais il commençait à être aussi vieux que certaines choses auxquelles certaines personnes accordaient beaucoup de valeur. Il s’imagina un instant vendu aux enchères et un autre sourire illumina son visage alors que son interlocutrice lui faisait remarquer qu’il n’était pas encore tout à fait seul et que ce comportement, rare, plaisait beaucoup aux femmes. Il haussa un sourcil, souriant à son clin d’œil. « Ah oui ? Et ça te plait à toi ? » C’était une taquinerie avant tout. Un moyen aussi d’en apprendre un peu plus sur elle. Peut-être une proposition, mais seulement dans une hypothétique hypothèse. Elle lui plaisait, assurément, comme à la majeure partie des hommes présents dans le bar, mais il savait qu’il n’était pas forcément prêt à ce genre de choses, pas maintenant, pas tout de suite, pas après ce qu’il s’était passé avec Florence. En l’évoquant, il repensa à elle mais chassa bien rapidement les idées, qui revenaient avec une certaine violence, de son esprit, se concentrant sur l’instant présent et installant la jeune femme à la table avant d’y prendre place à son tour. Il préféra fixer son regard sur elle, l’observer un peu dans son comportement si particulier. C’était une femme forte, c’était étonnant d’ailleurs qu’elle se retrouve sur le trottoir, à faire les volontés d’hommes lubriques désirant satisfaire des envies purement instinctives. Il aurait voulu lui demander comment elle en était arrivée là, mais, au fond de lui, il savait que ce n’était pas le sujet sur lequel glisser. Ils ne se connaissaient pas. Parler à un inconnu n’engageait souvent à rien et pouvait soulager mais beaucoup préféraient ne rien évoquer du tout et ce en présence de n’importe quelle personne. Mieux valait rester dans le léger, l’agréable, ils avaient tout le temps pour le reste.

« C’est certain que tu ne risques pas de séduire beaucoup d’hommes avec les restes d’une soirée arrosée. » A son tour de lui faire un petit clin d’œil mais il était certain qu’avec une gueule de bois, elle aurait du mal à séduire quelques hommes. Enfin, qui pouvait savoir ? Certains se fichaient complètement de celle qu’ils besognaient, pour certains pervers, elle pourrait presque être inconsciente ou morte que cela ne les dérangerait pas. Enfin là n’était pas la question. Lorsqu’elle lui répondit qu’elle trouverait quelqu’un pour la ramener, il eut un sourire. Il avait déjà un avis sur la question mais il était surement inutile de le préciser. « En rampant hein ? J’imagine bien la scène. » Et effectivement, il s’imaginait bien la jeune femme entrain de ramper, complètement ivre, mais il préférait ne pas aller plus loin dans cette direction. Il l’observa quelques instants, jouer avec son verre avant qu’elle ne lui demande si les « cuites » ne lui manquaient pas trop. Il haussa les épaules. « Je ne suis même pas certain d’avoir été saoul une fois dans ma vie. Quand je le pouvais encore, ce n’était pas trop dans les « mœurs » et puis j’ai toujours aimé garder un minimum de contrôle. » Il but une gorgée de son whisky. « J’me défoule. Sport. Ça vide bien l’esprit. J’avoue quand même, que ça me ferait peut-être du bien une fois, de pouvoir prendre une vraie cuite sans penser au lendemain. » Il eut un petit sourire et avala une nouvelle gorgée de son verre. « Tu vois, c’est pas si avantageux que ça d’être Vampire… » Son regard brilla d’une petite lueur malicieuse. Il n’était pas insatisfait de sa condition, bien au contraire, mais il fallait admettre qu’on perdait certaines choses en devenant Vampire, une juste compensation pour ce que l’on gagnait. « Et comme ça tu aimes les Vampires ? Du moins c’est ce que tu m’as dit je crois. Qu’est-ce que tu aimes chez eux ? »

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Messaline Alvarez
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MessageSujet: Re: Pourquoi refuser de se faire plaisir ?   Dim 15 Jan - 17:09

Messaline sourit à sa question. Pour un type qui ne voulait pas d'elle, il n'était pas si désintéressé que ça, finalement. Elle ne savait trop si ses sourires, la malice de ses taquineries et l'élégance de ses manières avaient un but ou non. Peut être qu'il se comportait comme ça avec toutes les femmes, auquel cas ça devait se bousculer au portillon.

-ça me plaira le jour où ça m'arrivera, répliqua-elle d'un air innocent.

Qui donc prenait la peine de séduire une prostituée? L'affaire était conclue d'avance. Une prostituée ça n'est pas une vraie femme, une femme honnête, ça se couche pour un billet et ça ment comme ça respire. Le plus vieux métier du monde n'avait pas beaucoup changé de ce côté là. Messaline savait quel stigmate elle portait, apposé au fer rouge sur elle. Elle était plus bas que terre, elle n'était rien qu'une jolie fleur qu'on cueille à merci et qui n'a plus que ça pour vivre, se vendre, se débiter en petites pièces pour les monnayer au plus offrant, tout perdre et puis recommencer.
Non, tout ça n'était pas pour elle. Tant pis.

Forte, elle l'était peut être pour vivre ainsi à la merci des autres, pour juste avoir la volonté de continuer alors même qu'elle n'avait plus rien. Mais personne au monde ne savait ce qu'il y avait au-dedans, quelle faille camouflait la muraille, quelle blessure justifiait la fuite en avant qu'était devenue son existence. Personne. Personne n'en saurait rien, motus et bouche cousue. Fragile, elle l'était toujours, et celui qui avait su le mieux en tirer profit avait fait d'elle une esclave, lui avait passée au cou une bride si solide que des années après c'était son fantôme et son souvenir qu'elle fuyait, et son nom qui lui revenait quand on lui parlait d'amour et d'hommes. Fragile, elle se cachait, pour que ça ne recommence pas. Lui, c'était la drogue, qui détruit dans un ravissement, qui cache son poison sous la volupté d'un instant d'ivresse. Lui, elle en ressentait le terrible manque autant qu'elle le haïssait. A distance, il avait encore tout pouvoir sur elle.

Alors, elle faisait comme si. Comme si elle ne souffrait de rien, comme s'il n'y avait rien qui lui rongeait l'âme et le coeur depuis tant d'années. Elle souriait, elle était gaie, elle était de bonne compagnie et faisait ce soir la charité à un triste vampire, autant pour lui changer les idées à lui que pour se reposer un peu, elle-même.

Messaline sourit, un sourire en coin bref et vif, comme tracé par une lame de couteau. Elle hésita à répondre à ses paroles, et puis ne dit rien, pour ne pas avoir à déverser un peu de son amertume, quand elle le voyait un peu trop innocent, quant à ce qu'elle faisait de ses journées. Séduire? C'était pour les clients les plus classes. Les autres se contentaient de rappliquer la bave aux lèvres dès qu'ils voyaient une femme courte-vêtue faire le pied de grue sur un trottoir.
Quand il dit qu'il l'imaginait bien renter chez elle en rampant, elle lui adressa un sourire moqueur et n'ajouta rien. L'image était à peine exagérée vu l'état dans lequel elle regagnait ses pénates certains soirs.

Elle arrêta de jouer avec son verre pour le finir d'une gorgée, et sourit.

-ça peut faire du bien de perdre tout contrôle, c'est sûr. C'est une soupape de sécurité, en quelque sorte; à toujours vouloir rester impeccable, y'a de quoi péter un câble, non? Le sport, j'peux comprendre. ça peut marcher un peu comme l'alcool sauf que ça dure moins longtemps.


Une pause, elle sourit.

-Quoi donc, comme sport, si c'est pas indiscret? Moi, c'est la danse, depuis que je suis toute petite.


La question qu'il posa ensuite la surprit un peu, et puis elle sourit encore, doucement, levant les yeux au ciel alors qu'elle faisait mine de réfléchir. La réponse, elle la connaissait déjà, mais pas question de la cracher comme ça, à un presque inconnu. Pas question d'avouer quelle sombre volupté, quelle perversion de son esprit l'attirait dans les bras de ceux qui venaient trouver leur subsistance à même les plaies de sa chair. Se détruire, se brûler, à tous les feux, mêler la souffrance au plaisir et l'amour à la mort. Trouver sa propre fin, là, dans la morsure d'un mort. Cela dit, son regard trahissait peut être ce qu'elle ne voulait pas encore avouer, une lueur dansante qui y brillait, reflétant ses pensées pas innocentes du tout.
Elle tria pensivement sur sa cigarette et répondit enfin, un léger sourire aux lèvres.

-J'apprécie tous ceux qui me permettent de me faire un peu de blé sans passer à la casserole. J'ai pas mal traîné dans des quartiers à vampires, en Europe, et la plupart venaient prendre leur casse-dalle sur moi, et basta. ça m'a pas mal esquintée au passage, mais c'était toujours mieux que tapiner ailleurs. Ma grand mère m'aurait tuée si elle avait su.

Elle rit, doucement, baissa les yeux pensivement.

-Abuela disait à tout le monde de se méfier des gens qu'on voyait le soir. Pour elle, n'importe qui était suspect à partir du moment où elle ne l'avait pas vu en plein jour.

Et puis la vieille Maria Madalène avait de quoi en vouloir aux vampires, après ce qu'il s'était passé... Elle ne s'était jamais aussi montrée aussi méfiante, voir paranoïaque, qu'autrefois. Mais Messaline avait oublié. Messaline soignait la blessure comme elle le pouvait, car c'était l'humain qui avait fauté, pas le vampire. C'étaient les hommes du village, des Normes, qui avaient attaqué. Messaline n'avait pas de rancoeur. Messaline oubliait.

Elle cligna des yeux, lentement, sortant de ses pensées, et reprit.

-Et puis, même si j'en ai croisé des salement tordus, la plupart des tiens ont un peu plus de manières que les clients habituels, et j'avoue sans détour qu'ils sont le plus souvent plus agréables à regarder que la moyenne. C'est un plus non négligeable.

Ce disant, elle leva vers lui un regard malicieux. Des yeux de chat, où planait un sous-entendu. Elle évitait ordinairement que cela se voie, mais si on regardait attentivement, on pouvait distinguer sur la peau claire de son cou, à la naissance de la poitrine, et à divers endroits un peu plus intimes le fantôme léger des morsures passées. Pas étonnant qu'elle soit enchantée de donner son sang, c'était tellement plus plaisant que ce qu'elle offrait d'ordinaire...
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William Delacroix
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MessageSujet: Re: Pourquoi refuser de se faire plaisir ?   Lun 16 Jan - 9:19

William était un « vieux de la vieille », un homme de l’ancienne époque. Un Vampire vivait souvent encore un peu au temps auquel il avait été transformé et les années passant, si elles avaient un poids non négligeable sur son existence, n’effaçaient pas tout de l’homme qu’il avait pu être par le passé. A son époque, séduire les femmes était un jeu pour lui, un jeu dans lequel il avait excellé mais surtout une époque où même si on ne considérait pas les femmes pour l’égal des hommes, la galanterie leur vouait un nombre de règles dont le Traqueur ne s’était jamais départi. Respecter les autres était une sorte de crédo, ou de leitmotiv, mais c’était encore plus vrai avec les femmes dont il aurait pu abuser, encore et encore, notamment grâce à son « charme naturel » depuis qu’il était devenu un être de la nuit. A croire que cela ne l’avait jamais intéressé plus que ça. Peut-être parce que, finalement, le plaisir n’était pas que dans la « consommation », de sang ou de chair, mais aussi dans la discussion, dans la séduction éventuelle qui pouvait s’en suivre, parce que la « chasse » était plus excitante encore que la capture en soi, si l’on faisait dans la métaphore. Il s’intéressait à Messaline oui, c’était une évidence, comme toute personne devrait s’intéresser à celle avec qui il va passer une partie de son existence. Il aimait cette femme, non pas d’amour ou de désir, mais il l’aimait simplement, comme on aime un chocolat chaud ou une pâtisserie délicieuse. C’était un plaisir d’être à ses côtés. Elle était effectivement la petite douceur qui fait passer le goût amer d’une désillusion quelconque, dans son cas, amoureuse. Il voulait la connaître, parce qu’elle le méritait, et, surtout, parce que peu de personnes devaient s’intéresser à elle.

Ceux qui la prenaient sans une pensée pour elle n’étaient que des salops sans vergogne mais, hélas, il s’agissait probablement de son quotidien. Il n’avait pas réagit à sa dernière phrase avant qu’ils n’entrent dans le bar mais il était évident qu’il ne viendrait jamais à l’idée de quelqu’un de séduire la prostitué qu’il venait de se faire pour satisfaire un besoin primal. Pourtant, lorsqu’on y regardait de plus près, elle avait surement bien plus d’atouts, de charme et d’intérêts qu’une femme « ordinaire » quelconque. En d’autres circonstances il aurait peut-être pu essayer de la charmer, de lui montrer que, finalement, rien n’était impossible dans ce monde, mais, ce soir, ce n’était pas le jour, façon de parler, ni l’endroit aussi. Et puis elle aurait pu se méprendre sur ses intentions. Non, non, il n’avait pas envie de laisser planer un quelconque doute, même si c’était déjà peut-être fait, mais il ne la toucherait pas plus ce soir qu’un galant homme n’est amené à toucher une femme lorsqu’il sort avec elle. Il espérait seulement qu’elle avait également oublié toute idée d’essayer de le glisser entre ses draps. « Pour le sport, il suffit de le faire durer. Finalement une bonne cuite ça ne dure pas longtemps non plus et bonjour le lendemain difficile. » Il eut un sourire. « Pour le reste, j’ai toujours eu le sang-froid, surement un héritage de ma mère, alors je perd rarement le contrôle. » Il était vrai que William ne s’énervait que très rarement. Il prenait le plus souvent sur lui, en silence, et les choses finissaient par passer, s’évacuer lentement. Il était rare qu’un trop-plein s’accumule ou qu’un petit malin arrive à lui faire perdre ses nerfs. Non il était bien trop calme pour ça. C’était peut-être son métier qui faisait ça.

« Des sports de combat pour la plupart. Boxe, arts martiaux divers et variés, un peu de musculation aussi… Enfin j’imagine que tu vois le genre. » Cela faisait peut-être un peu cliché, mais, en un sens, c’était plus des entrainements pour ce qu’il faisait que des défouloirs, du moins en temps normal, même s’il fallait admettre que frapper un punching-ball avait quelque chose de profondément agréable lorsqu’on avait des nerfs en pelote. « Quel genre de danse pratiques-tu ? » Il s’attendait certainement à ce genre de danse que pratiquaient certaines stripteaseuses, ou alors d’autres, aguicheuses à souhait, mais, dans un certain sens, il espérait qu’elle lui parlerait aussi d’autre chose, d’autres danses, parce qu’il savait qu’elle valait mieux que ça et, que pour lui, il l’imaginait plus à évoluer comme une ballerine que d’aguicher encore les hommes en tournant autour d’une barre en métal froid. Lorsque la direction tourna sur les Vampires, dont il faisait partie, il l’observa, amusé, lever les yeux au ciel comme pour chercher la réponse à la question qu’il venait de poser. Elle n’était pas un ange et il se doutait bien qu’elle ne parlerait pas de la beauté de leur teint. Il ne fut d’ailleurs pas surpris qu’elle évoque la morsure. Il était vrai que certains Vampires n’allaient voir les filles des rues que pour ça, même si, à la Nouvelle-Orléans, ils étaient suffisamment nombreux et surs d’eux pour chasser ouvertement et se laisser aller au plaisir supplémentaire de la « chasse ». Néanmoins William comprenait que, dans certaines villes où les autres étaient moins nombreuses, il soit plus discret et plus facile de recourir à des prostituées qui, elles aussi, pouvaient y trouver au change. Son sourire s’accentua à son rire et sa remarque avec sa grand-mère lui décrocha un regard taquin. « Ta grand-mère semblait avoir une dent contre les Vampires. Néanmoins ses propos sont sensés. » Il lui fit un clin d’œil. « Vampire et homme, je ne donnais pas cher de ma peau avec elle. »

« Pour ce qui est du charme, je crains que notre nature renforce notre magnétisme naturel. Certains normes à faible volonté pourrait trouver magnifique le plus laid des Vampires. Je t’avoue que cela m’ennuie un peu…» Il se pencha un peu, prenant un air de conspirateur. « Cela m’empêche de profiter pleinement du plaisir de la séduction. » Il eut un sourire et se redressa. William n’était pas un dom juan, mais il restait un Vampire et devait se nourrir de temps en temps et il était bien plus agréable de goûter à du sang chaud que de planter ses dents dans une poche de sang frais, et, dans ce cas, séduire une charmante demoiselle pour pouvoir goûter à la saveur exquise de son nectar vital devenait une charmante nécessité. Hélas, néanmoins, ce magnétisme propre aux Vampires faussait un peu la donne et enlevait un peu de piment à toute cette histoire. Enfin, peu importait vraiment. Il prit une gorgée de son verre et le reposa sur la table, sans avoir quitté du regard la jeune femme, ses yeux posant sur elle un regard presque protecteur, bienveillant. « Alors, dis-moi, tu veux savoir quelque chose sur moi de particulier ? Profites-en, c’est le moment, je ne suis pas sur de renouveler cette offre. » Il lui avait posé beaucoup de questions, c’était un juste retour des choses.

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Messaline Alvarez
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MessageSujet: Re: Pourquoi refuser de se faire plaisir ?   Dim 22 Jan - 12:57

Messaline sourit, une étincelle au fond du regard. Comme il l'espérait, elle avait totalement mit de côté l'idée d'aller plus loin avec lui ce soir que de boire un verre. Elle avait suffisamment fait pour aujourd'hui et pour le moment elle n'aspirait plus qu'à s'amuser un peu et à se débarrasser des miasmes et des traces laissés sur elle par trop d'hommes empressés.
La conversation semblait prendre un tour qui lui plaisait, et, écrasant sa cigarette, elle fit signe au serveur de lui apporter la même chose, agitant son verre vide dans sa direction. Il n'y plus qu'à ajouter à cela un sourire charmant et ça passait à chaque fois, malgré l'impolitesse du geste -ce dont elle se foutait éperdument.

Attendant qu'on la reserve, elle humecta le bout de son doigt dans le fond d'alcool qui restait au fond du verre, le passant sur le bord pour le faire chanter. Elle releva les yeux sur William, un sourire en coin. Il pouvait dire ce qu'il voulait, elle ne connaissait pas une personne au monde qui n'eut parfois besoin de se défouler un coup, et qui ne sut totalement se contrôler.

-Typiquement anglais, ça;
dit-elle avec l'ombre d'une moquerie dans la voix. ça vient certainement pas de ton côté français.

Elle éleva cependant un sourcil un peu étonné quand il lui énonça les sports qu'il pratiquait. Elle ne le voyait pas vraiment pratiquer des sports de combat, il semblait presque trop calme, trop poli, trop paisible pour ça. Il était à mille lieues des praticiens ordinaires de ce type de discipline qu'elle avait pu connaître, mais à vrai dire il semblait à mille lieues de beaucoup de choses, ce monsieur.

-C'est marrant,
reprit-elle. Je te voyais pas vraiment faire ça, je sais pas trop pourquoi...

Elle le fixa un instant d'un regard pénétrant, l'un de ceux qui lui donnaient des yeux de chat, noirs et ambrés, où une nuance brune et chaude se diluait dans l'ombre. Un battement de cils chassa cette impression et elle sourit, soudain.

-C'est pas assez classieux pour toi, je suppose,
conclut-elle avec malice, portant une cigarette à sa bouche.

Messaline aurait ri, si elle avait su les pensées qu'il eut quand elle lui disait pratiquer la danse. Elle ne s'en serait pas étonnée, car c'était tellement commun pour elle, qu'on lui prête ce genre de choses... Non pas qu'il eût tort, car elle avait un temps délaissé les trottoirs pour aller s'effeuiller en public, mais ça n'avait guère duré, et puis pour elle ça ne relevait pas de la danse, bien que se dévoiler au regard des autres fût un art qu'elle pratiquait en tant qu'experte. Non, il manquait quelque chose, beaucoup de choses, et il y avait comme souvent la marque, la salissure: elle faisait ça non pour son propre plaisir, mais pour celui des autres. Comment aurait-elle pu s'en satisfaire?
Alors, en réponse, elle sourit encore et un éclat gagna son regard, bref et intense comme un feu de paille.

-Je fais du flamenco,
dit-elle avec aux lèvres un sourire joyeux.

C'était son jardin secret, son évasion et son ivresse. C'était trois pas de danse esquissés dans la solitude d'une chambre, c'était un instant parfait, dans les remous des jupes et le claquement des talons, dans la musique folle qui lui courait dans le sang, la chair, les os, cette musique qui chantait son peuple, son pays, la poussière des routes d'où elle était issue.
Un secret? Oh, pas tant que ça, mais personne ne prenait jamais la peine de s'intéresser à elle, alors personne ne savait ce qui plus que tout au monde la faisait vivre et rêver.

-Je te montrerai un de ces jours, si tu veux.

Et elle souriait, le visage noyé dans les boucles brunes de ses cheveux qui glissaient en arabesques le long de ses joues claires, enveloppaient son cou et ses épaules de leur draperie de fils de soie mouvante. Ses yeux sombres avaient un éclat qu'ils n'avaient pas, auparavant, et de seconde en seconde on la sentait se libérer peu à peu de ses entraves, comme si elle se débarrassait peu à peu d'un fardeau trop lourd et qu'elle oubliait un peu de son quotidien pas reluisant, comme si, tout simplement, elle passait enfin un bon moment. Il y avait de la chaleur dans son sourire, dans son regard qui vaguait parfois de-ci de-là, et on aurait presque pu débusquer une inconscient innocence dans la manière qu'elle avait de se tenir, de rire, de parler, comme si elle avait laissé la putain sur le paillasson et abandonné ses oripeaux de petite vertu.

Un rire vif lui vint quand il parla de sa grand mère.

-Abuela avait une dent contre tout ce qui n'était pas de sa famille, et surtout contre les hommes. Tu n'aurais pas fait un pli face à elle, tout le monde avait les chocottes quand elle poussait une gueulante.


Et ça filait doux, quand Maria Madalène commençait à gronder! Cela faisait bien longtemps que Messaline avait cessé de la pleurer, cela faisait bien longtemps qu'elle parlait des siens et de son passé comme d'une histoire lointaine qui ne lui appartenait plus vraiment, qui était restée sur l'autre rive, de l'autre côté du gouffre où elle avait précipité des années de sa vie, et dont elle ne gardait qu'un souvenir très vague.
Son sourire était toujours là mais s'atténuait un peu quand elle parlait, et son regard lointain trahissait le fantôme d'un regret, l'ombre de ce qui avait été et du manque qui hantait les confins comme une bise glacée. Elle baissa les yeux un instant, laissa tomber quelques cendres qui furent réduites à néant, à l'image du passé, avant qu'elle ne retrouve le fil de la conversation.

Elle fit une moue amusée.

-Vois le bon côté des choses, ça permet aux moches d'avoir leur chance avec les filles, tout est bien qui finit bien, non? Et puis avec vos histoires comme quoi faut demander la permission pour vous servir, vous devez être quand même bien contents que la moitié des normes vous idôlatrent. Cela dit je te l'accorde, quand la chasse est trop facile, c'est moins drôle.

Elle comprenait évidemment ce que voulait dire William. Elle-même se plaisait beaucoup à ce jeu-là, et les rares qui voulaient la mettre dans le rôle de la proie risquaient d'être déçus, car hors boulot, Messaline mettait un point d'honneur à ne jamais se laisser attraper. Ne serait-ce que parce qu'elle n'avait toujours pas fini de se remettre de la dernière fois où elle s'était laissée aller à s'attacher à quelqu'un.

Son regard se fit curieux quand il lui proposa de poser des questions à son tour, et elle resta pensive un instant.

-Quel âge tu as, exactement?
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MessageSujet: Re: Pourquoi refuser de se faire plaisir ?   Lun 23 Jan - 9:02

Le Vampire ne pouvait s’empêcher de l’observer, de regarder, d’admirer cette femme qui était assise devant lui et qui, il fallait bien l’admettre, le fascinait. Une question lui brulait les lèvres en réalité mais sa « qualité » de gentleman le poussait à ne pas la poser. C’était indécent, irrespectueux et surtout, il se doutait que ce serait forcément douloureux. Il n’y avait pas trente-six manières de finir sur le trottoir, à vendre son corps pour continuer d’exister. Lui demander comment elle avait pu arriver à cette extrémité aurait revenu à remuer le couteau dans une plaie au mieux déjà cicatrisée, au pire dans une plaie encore sanguinolente, ce qui, dans un cas ou dans l’autre, n’aurait rien de très agréable pour elle. Il voulait passer un bon moment, oublier ses tracas, peut-être en satisfaisant aussi sa curiosité à propos de cette femme qui l’avait, littéralement, ramassé dans la rue, car oui, c’était elle qui l’avait ramassé, mais en un certain sens, il voulait qu’elle passe aussi une bonne soirée, et cette clause là, sous-entendu, non-dit, suggérait certaines règles que le Traqueur ne franchirait pas. Pas ce soir. Peut-être une autre fois, s’il devait y en avoir une autre. Le sourire qu’elle lui adressa, lorsqu’il lui fit par de sa « recette miracle », réveilla chez lui un sentiment de bien-être qu’il n’avait plus ressenti depuis fort longtemps. Il baissa les yeux vers son verre lorsqu’elle se « moqua » de lui et de son tempérament British. « Je pense aussi. » Il était certain que les Français, de manière générale, n’étaient pas réputé pour être des modèles de stoïcisme. « Je remercie ma mère pour ce présent inestimable. » Il avait levé le reste de son verre dans un sourire et finit le reste de celui-ci d’un trait pour porter son toast.

Quand le serveur arriva avec la commande de Messaline, William en profita pour en reprendre un lui aussi. Après tout… Autant l’accompagner, même si ça ne lui ferait pas le même effet. La remarque qu’elle émit sur les sports qu’il pratiquait le surpris. Ainsi donc il n’avait pas une « tête » à pratique des sports de combat ? L’idée le fit sourire. Si elle connaissait son métier de la nuit, elle comprendrait certainement mieux pourquoi il faisait ce genre de sport chez lui. « Trop classe hein ? Tu me voyais jouer au golf ou au polo ? Peut-être même le cricket, je suis sur ! » Il eut un rire franc, s’imaginant lui-même jouer à ce genre de jeux. Il pourrait y être plutôt doué, mais il n’avait clairement pas de temps à perdre sur un green. Enfin l’idée pouvait être intéressante, un jour peut-être. « Je commence à me demander si tu n’as pas une trop haute opinion de moi, je ne suis peut-être pas si gentil que tu le penses… » Il lui fit un clin d’œil entendu et leva légèrement son verre dans sa direction avant d’en prendre une gorgée. Elle saurait bien assez tôt si elle désirait le savoir. William n’avait rien à cacher dans cette ville. Il chassait les « méchants », mais il n’était pas certain d’être ce qu’on pouvait appeler un « gentil ». Après tout, la clémence ou la pitié, ce n’était pas trop sa tasse de thé, il fallait l’avouer. L’entendre dire qu’elle dansait du flamenco ne l’étonna pas, ni la façon dont son corps avait réagi à l’évocation de ce fait. Il ne doutait pas un instant que cette danse devait lui aller comme un charme et qu’elle devait être divinement sensuelle lorsqu’elle se laissait emporter par cette musique. Sa proposition le fit sourire. « J’accepte volontiers, peut-être pourras-tu m’apprendre quelques pas. »

Il n’était pas trop mauvais danseur mais ne connaissait que les « vieux » classiques. Les danses modernes n’étaient clairement pas son fort et il préférait largement des danses « classiques » comme le tango ou même la valse. Hélas, il était relativement rare de trouver des endroits où ce genre de danses était privilégié. Alors que la discussion avançait, la jeune femme semblait libérée d’un étau invisible, soulagée d’une pression indicible, et, comme depuis le début, il n’avait pas l’impression de parler à une prostitué, mais simplement à une femme, comme les autres, comme s’il l’avait rencontré quelque part et qu’il lui avait simplement proposé un verre, pour la charmer, même si ce soir, ce n’était pas le cas. Son rire avait quelque chose d’agréable, comme une récompense pour lui changer les idées autant qu’elle le faisait. Finalement, il n’était peut-être pas le seul à se faire aider à cette table. Elle lui décrocha un nouveau sourire alors qu’elle parlait de sa grand-mère. Oui, il n’en doutait pas, il n’aurait probablement pas pu « faire un pli » face à elle. « Ne me sous-estimes pas trop. » Un regard en coin, un sourire taquin, c’était une riposte pour la forme, pas pour le fond. Elle devait être la mieux placée pour parler de sa grand-mère et il s’imaginait très bien ne pas pouvoir en placer une devant l’ire de la mégère qui n’aimait pas les hommes ni les vampires. Heureusement que Messaline, elle, semblait les apprécier un peu plus que son ancêtre. « Ma mère était un peu pareille, je t’avoue que mon père et moins filions doux aussi lorsqu’elle n’était pas de bonne humeur. » Il s’agissait là de bons et d’agréables souvenirs quand, complices, son père et lui mettaient sur pieds des stratagèmes pour ne pas se faire enguirlander.

Le passé avait une saveur spéciale, différente maintenant qu’il l’évoquait en compagnie de Messaline, de sa joie de vivre et de son tempérament si particulier. C’était agréable. « Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit ! Je ne m’en plains pas. Cela me chagrine un peu, c’est tout. » Il aimait séduire celles qui finissaient par lui offrir leurs sangs, bien entendu, en échange, elles passaient généralement une nuit inoubliable, car, en plus du plaisir de la morsure en soi, William veillait toujours à ce qu’elle soit entièrement comblée. Ce que beaucoup de ses confrères ne faisaient pas systématiquement. Encore une fois, les bonnes manières se perdaient vraiment de nos jours. Mais il préféra ne pas l’évoquer à voix haute. Elle comprendrait peut-être ou se doutait déjà de ce qu’il pouvait faire avec ceux qui lui offraient du sang. Il ne voulait pas évoquer le sexe, pas de peur de la choquer, cela aurait été un comble, mais simplement parce que leur discussion ne tournait plus autour de ça depuis longtemps, même si, dans le cas présent, cela n’aurait été qu’une simple vérité plus qu’un sujet de conversation. Bah… Il préféra lui laisser le choix des questions. Cela pouvait être dangereux, car elle pouvait poser n’importe lesquelles mais, en même temps, le Traqueur n’était pas privé de véto même si, il fallait bien l’avouer, il n’avait rien à cacher. La première question le fit sourire. Quel âge ? Il eut un petit moment de réflexion. Bien des vampires n’auraient pu lui répondre avec exactitude mais William lui se souvenait très bien de sa date de naissance. « Si je suis toujours bon en calcul, et j’aime à croire que c’est le cas, je dirais cent quatre-vingt dix huit ans, six mois et huit jours. » Il eut un petit sourire. Deux siècles d’existence et encore sensible aux chagrins d’amour… Ironique non ? « Comme cela ne se fait pas de demander son âge à une demoiselle, je fais l’impasse sur la question. Tu veux savoir autre chose ? » Ses yeux brillaient de malice. Quelle allait être sa prochaine question ? Il l’attendait avec une certaine impatience.

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MessageSujet: Re: Pourquoi refuser de se faire plaisir ?   Ven 3 Fév - 15:03

Ah si, Messaline avait su quelle question pressait l'esprit de William, quelle interrogation lui brûlait les lèvres... Ah, si elle avait su déceler dans son regard que lui, comme beaucoup d'autres, se demandaient ce qui avait pu la pousser sur les trottoirs... Elle lui aurait probablement ri au nez, parce que ça n'était pas à elle de raconter quelle plaie encore ouverte palpitait en elle, et sur quel gouffre immense s'était construit son être. Et puis quand bien même posait-il la question, à quoi cela l'avancerait-il? Non, pas de question et encore moins de réponse, qu'il se taise et c'était mieux ainsi.

La belle eut un sourire amusé quand il lui répondit.

-J'ai pas un très bon vécu avec les gars qui font ce genre de sports. La plupart que j'ai connus étaient cons comme un balai, et t'as pas l'air de faire partie de ces gens-là.

Une pause, son sourire s'élargit, moqueur et vif.

-Cela dit, j'ai pas un très bon vécu avec la plupart des hommes, je suis pas une bonne référence.

Elle le considéra un instant d'un regard un peu songeur, et puis inclina légèrement la tête sur le côté, vaguement intriguée, avec toujours aux lèvres un sourire léger. Bien sûr que non, il n'avait pas l'air assez bête pour s'amuser à taper à longueur de journée sur un sac de sable. Dans sa tête se formait une étrange image, elle l'imaginait en gentleman un peu bohème mais avec lettres de noblesses dorées sur tranche, et fortune qui allait de paire avec le titre. Qu'il ne fut pas flanqué d'un nom à rallonge ne l'étonnait pas trop, ne serait-ce que parce qu'elle n'avait de la haute société qu'une vision très parcellaire et pour l'essentiel faussée. Difficile pour une fille comme elle de savoir ce qui pouvait bien se passer chez les plus riches qu'elle -bien qu'elle en eut fréquenté parfois.

-ça fait un peu cliché,
lâcha-elle en riant. Mais oui, c'était plutôt ça que j'imaginais, des trucs un peu plus classes que foutre bêtement sur la gueule à un autre pinpin.

Il avait sans doute raison, elle l'idéalisait sans doute un peu trop. Malgré tout ce qu'elle pouvait dire, malgré toute la défiance qu'elle avait envers tout membre du sexe opposé, elle ne pouvait s'empêcher d'avoir cet étrange réflexe qui venait aux trop humbles et à ceux dont l'amour-propre était presque inexistant, à mettre sur un piédestal tout ce qui semblait un peu plus fortuné, un peu mieux élevé, un peu plus élégant que soi. Pas aussi gentil qu'il n'en avait l'air? ça, c'était certain, et il pouvait être le plus agréable compagnon du monde, le plus malheureux et le plus inoffensif personnage, Messaline ne pourrait jamais s'empêcher de se méfier de lui, et ne jamais croire aucune de ses promesses. Elle ne savait que trop, depuis son enfance, ce qui pouvait se cacher sous ces visages avenants, sous les belles paroles, sous tout ce qui faisait qu'on pouvait aimer un homme.

Elle répondit à son clin d'oeil par un vif sourire en coin, tandis que ses paupières s'abaissaient un peu à la manière d'un chat méfiant.

-Ne t'en fais pas pour ça, je reste toujours sur mes gardes, répliqua-elle à voix basse, avant d'ajouter: ça me fait pas peur.

Oh, idiote. Même s'il était clair que William plaisantait, elle n'avait pu s'empêcher de se sentir un peu menacée, comme un bref rappel qu'elle ne devait jamais oublier face à qui elle se tenait, vampire et homme, doublement prédateur pour elle. Méfiante, toujours, derrière le doux sourire, mais cela passa bien vite, comme pour rappeler à lui aussi que la femme qu'il avait en face de lui ne serait probablement là que pour un soir, qu'il ne ferait d'elle jamais autre chose qu'une charmante compagnie du soir.
Elle avait susurré ses derniers mots comme un défi, avant de se redresser un peu, piquant une tête dans son verre, le fixant d'un regard qui ne cillait pas, profond comme un gouffre, un infini noir, sombre, ambré, doré, un reflet comme un œil de chat, un piège, qui disait "approche si tu l'ose".
Pauvre Messaline, qui ne pouvait envisager les relations entre hommes et femmes que comme un combat permanent...

Elle reposa son verre et son sourire revint, comme si de rien n'était.

-Pourquoi pas t'apprendre quelque chose, oui, répondit-elle.

Alors que l'ivresse gagnait du terrain, elle se détendait, et les confins embrouillés de sa vision sombraient dans le flou. Le monde, ivre, tanguait un peu au fond de son verre où clapotaient des reflets d'ambre et d'or sombre, s'emmêlait à la fumée de sa cigarette. La réalité devenue enfin supportable relâchait sa pression constante sur elle.
Elle cligna des yeux d'un air incrédule quand il répondit à sa question. Deux cent ans? ça donnait le vertige.

-Je suis qu'une gosse, à côté de toi, répliqua-elle en souriant.

Une pause, puis:

-T'en n'as pas marre à force?

Elle était redevenue soudain sérieuse, le fixant d'un œil pensif, un peu intrigué. L'immortalité relative dont jouissaient les vampires l'avaient toujours étonnée, et à vrai dire, ça la terrifiait un peu. Être condamné à vivre pour toujours, tout voir changer, tout perdre, exister sans arrêt. Elle, son espoir à la toute fin, c'était que ça se finirait bien un jour, cette chienne de vie. Qu'un jour elle aurait la paix et pourrait s'en aller. Messaline vivait quotidiennement avec cette idée de mourir un jour, et c'était bien ça qui la rassurait, quand elle ne supportait même plus son sort et sa vie.
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MessageSujet: Re: Pourquoi refuser de se faire plaisir ?   Mer 8 Fév - 8:53

La réponse de la jeune femme ne l’étonna guère. Il était effectivement monnaie courante que les hommes qui pratiquaient des sports de combat en général, n’étaient, dans l’ensemble, pas si futé que ça. A croire que prendre des coups rendait véritablement stupide, ce qui, selon certaines études scientifiques était prouvé mais William était un vampire et son corps ne réagissait plus comme celui des autres depuis longtemps. Prendre des coups n’était surement donc plus trop un facteur « stupidisant », ce qui était un soulagement, car après presque deux siècles d’existence, il serait devenu vraiment très con à force de se battre. Son complément de réponse eut le don de le faire sourire. Elle n’était peut-être pas une référence mais elle en avait surement croisé plus que quiconque, plus encore, elle les avait surement mieux percé à jour que toutes les autres personnes qui les connaissaient. A quoi bon se retenir devant une prostituée ? Beaucoup étaient d’autres personnes en privé et en public, avec une fille de joie, les vieux démons refaisaient parfois surface. Hélas. « Je te fais confiance quand même, tu es surement une meilleure référence que tu ne le crois. » Il lui fit un petit sourire et se contenta de lui demander si elle l’imaginait plus jouer des sports de « riches », ceux que l’on ne pratique que lorsqu’on a vraiment le temps de le faire. Puis, pour un Vampire, ces sports étaient difficile à pratiquer car ils ne se jouaient principalement que de jour. « Je ne tape pas vraiment sur un autre pinpin. Je m’entraine chez moi. Au moins ça ne râle pas quand on frappe un peu trop fort. » Il tapait sur les pinpins dans son boulot, lorsqu’il devait retrouver un homme, mais ça, ce n’était pas demandé alors cela ne quitta pas son esprit.

Il fallait l’admettre, William était content de délaisser sa vie, son boulot et tout ce qui pouvait exister dans son « sac » pour quelques dizaines de minutes de tranquillité dans un bar perdu dans une ruelle avec une jeune femme étonnante. Dans d’autres circonstances, il aurait peut-être essayé de la séduire, peut-être même se serait-il contenté d’acheter ses services, mais avec des « si », il n’y avait pas que Paris que l’on pouvait mettre en bouteille. Sa réaction soudaine à sa petite taquinerie le surprit quelque peu, même si, finalement, dans son regard et son sourire, cela passait presque tout seul. Il savait ce qu’il représentait pour elle et pouvait comprendre que son subconscient ne parvienne pas totalement à se détendre en face d’un Vampire masculin qui pouvait à tout moment décider de la prendre en dépit des paroles qu’il avait prononcées plus tôt. « Mais c’est qu’elle mordrait ! » Il eut un petit rire amusé et le noya dans une gorgée de son verre, l’œil à l’éclat taquin, avant de reposer le contenant sur la table déjà abimée. Il n’approcherait pas ce soir, ni même probablement jamais, mais il ne doutait pas que le jeu aurait été très amusant s’il s’était lancé là-dedans, dans un autre contexte que celui qui l’entourait actuellement. Enfin mieux valait embrayer sur un autre sujet, moins inconvenant, moins gênant, car même s’il était gentleman, Messaline restait une très belle femme et il ne fallait pas que les pensées du Vampire se libèrent de leur poids, la nuit pourrait alors prendre une toute autre direction. « Je suis un vieux danseur mais je ne me débrouille pas trop mal pour tout ce qui est d’un autre temps. Sois indulgente, je suis d’une autre époque. » Il eut un sourire amusé. Il n’attendait pas la pitié, c’était plus une manière de parler.

L’heure était venue de poser les questions, William s’était offert au jeu sans résister, au contraire. Parler de lui n’était pas vraiment dans ses habitudes, mais ce soir c’était différent, peut-être parce que la personne en face de lui ne lui tiendrait rigueur de rien et qu’il ne la verrait peut-être plus ensuite… Se confier à un inconnu que l’on ne reverrait jamais est souvent plus facile que de se livrer à un ami qui nous verra peut-être autrement à partir de cette révélation. Pour son âge, ce n’était pas un secret d’état même s’il préférait ne pas faire trop souvent le compte de ses années… Il eut un sourire quand elle se traita elle-même de gamine. De vue, elle devait avoir une vingtaine d’années, dix fois moins que lui, oui, c’était peut-être une gamine sur ce simple point de vue mais pour le Traqueur, elle ressemblait davantage à une femme que beaucoup d’autres plus âgées qu’il avait déjà croisé. Marre ? Bonne question. « Pour être franc, j’en sais rien, ça dépend des jours. » Il soupira. « J’me suis fait à l’idée de continuer à voir les jours défiler les uns après les autres. C’est vrai que c’est pas toujours facile, mais finalement, on finit par ne plus y penser. Et c’est peut-être mieux ainsi. » Certains vampires devenaient fous avec les siècles passants, surement parce qu’ils voyaient passer des êtres chers, qu’ils étaient condamnés à voir mourir leurs proches. Ainsi allait la vie chez les Vampires, l’immortalité n’était pas un don… Mais cela, peu de gens y croyaient avant de l’expérimenter eux-mêmes. « Et toi ? Tu n’en as pas marre non plus ? Tu n’as jamais voulu changer de vie ? Ou tu n’y crois vraiment plus ? » Il se doutait qu’elle n’avait plus vraiment l’espoir de faire autre chose de son existence, mais, quand même, à vingt ans, il y avait surement mieux à faire que d’arpenter les trottoirs de la Nouvelle-Orléans…

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MessageSujet: Re: Pourquoi refuser de se faire plaisir ?   Mer 15 Fév - 18:53

Messaline baissa les yeux un instant, louchant un peu sur la cigarette fumante entre ses doigts. L'ivresse montait lentement et aussi inexorablement que la marée, allait à l'assaut de son esprit, sapait les fondements de la raison et de tout le reste, l'emportait dans le brouillard confortable des soirées paisibles. Un étrange cocon de lumières douces et de murmures l'enveloppait. Le goût de la fumée et du whiskey s'emmêlaient dans sa bouche, leurs odeurs lui chatouillaient le nez, et dans un éclat, au travers des cheveux qui glissaient sur son visage, elle voyait sourire et parler l'homme mort qu'elle s'était choisie comme compagnon pour la soirée.
Un sourire. Ses yeux avaient cet éclat déroutant, un peu humide, qui vient à ceux qui ont trop bu; ses joues claires, animées d'un fard soudain, trahissaient autant son ivresse que ses gestes de plus en plus approximatifs. Dans un verre ou deux, elle aurait totalement largué les amarres, s'amuserait à faire n'importe quoi, et irait courir joyeusement après sa propre perte.

Elle releva une paupière lourde quand il répondit au défi murmuré qui lui était sorti des lèvres. Elle ignorait si William avait vraiment compris à quel point sa méfiance pouvait tourner à la paranoïa, à quel point elle pouvait être fuyante et insaisissable quand l'envie lui en prenait. Il avait l'air de s'en tenir à sa résolution première, et donc à ne pas la toucher, mais faire confiance à un homme était quelque chose qui pour elle relevait de l'instinct de survie défaillant. Un long sourire en coin fit danser une étincelle dans son regard, tandis qu'elle l'observait une seconde derrière ses paupières à demi closes, lui jetant un de ses regards évocateurs qui pouvaient signifier tout et n'importe quoi. Elle fut tout de même soulagée de changer de sujet; elle n'aimait pas passer son temps à se rappeler que ce qu'elle avait en face d'elle était un prédateur potentiel sur bien des plans.

Messaline sourit encore, reposant à son tour son verre qui se vidait dangereusement.

-Il paraît que je suis un très bon professeur, répondit-elle gaiement. Quand je bossais dans un hôtel de passes, en France, j'avais apprit à danser à d'autres filles qui bossaient avec moi. C'était sympa. Et puis faut bien commencer quelque part, on verra bien ce que tu vaut...

Elle laissa sa phrase en suspens et sourit encore avec malice. Quelqu'un lui avait un jour conseillé d'arrêter le tapin pour enseigner la danse, et qu'elle réussirait sans aucun doute de ce côté-là. Mais qui voudrait d'une putain comme professeur? Il y avait toujours ce passé lourd comme une enclume qui risquait toujours de la rattraper, le regard des gens qui ne pouvait pas changer, et quoi qu'elle fasse cela ne bougerait pas.

Messaline se détourna un instant, observant le brouillard informe qui occupait son champ de vision. Lumières, silhouettes, reflets tranchants parfois quand les phares des voitures se voyaient derrière les vitres sombres. Elle exhala un nuage de fumée, sourit un peu, avec cette douceur un peu triste qu'on pouvait parfois surprendre chez elle quand elle cessait de jouer la comédie devant les autres. Des moments comme ceux-là étaient rares, quand elle se sentait un peu plus libre, un peu plus apaisée, dans son monde de nuit, de faux-semblants et d'apparences, dans son monde un peu flou où l'alcool salvateur lavait toutes les souillures et tous les soucis.
La tête appuyée sur ses doigts repliés, elle jeta un regard pensif à William, écrasant sa cigarette.

-C'est peut-être mieux comme ça, ouais, dit-elle à mi-voix. Honnêtement, j'ose même pas imaginer ce que c'est de savoir que tu peux vivre éternellement. ça fout la trouille, quand même. Toi tu reste, tout se casse la gueule autour, et t'as même pas l'espoir que ça finisse un jour, ce merdier.

Elle soupira, se redressa un peu pour finir son verre d'une gorgée, avant de reprendre.

-'Faut drôlement aimer la vie pour supporter ça.

Il fallait surtout aimer sa propre existence, avoir la force de lutter pour la renouveler, tout reconstruire, indéfiniment, au rythme des sursauts du monde. Il fallait être bien accroché à soi, et avoir un autre objectif dans la vie que d'espérer voir celle-ci se finir un jour... Vraiment, ça n'était pas pour elle, et jamais elle ne pourrait sans doute réellement comprendre par quel miracle William n'en avait pas déjà assez de ce monde, comment il pouvait encore vivre et agir tout en sachant que tout était promis à la destruction, un jour ou l'autre. Il avait traversé deux siècles, alors que seulement deux décennies de vie avaient laissé Messaline au bout du rouleau. Comment pouvait-il encore trouver la force de rester debout? Il avait sans doute perdu des êtres chers, il avait forcément vu mourir tous ceux qu'il connaissait, il avait tout vu changer, se métamorphoser au point peut-être de ne plus reconnaître le monde dans lequel il vivait.

Comment faisait-il?

Elle voulut parler, mais la question qu'il posa ensuite la prit au dépourvu. Messaline resta un instant silencieuse, comme figée. Elle détestait cette question. Elle venait parfois s'immiscer dans la conversation, par curiosité, par pitié, par un mélange des deux. Parfois elle ne disait rien, estimant que celui qui la posait n'avait pas à savoir la réponse. Elle y répondait parfois, quand la faiblesse la poussait à se livrer un peu à quelqu'un, les rares fois en fait où on s'était vraiment intéressé à elle.
Messaline baissa les yeux. Son attitude avait imperceptiblement changée, et l'ivresse rampante avait sapé pour de bon tout ce qui pouvait encore l'empêcher de parler, tout ce qui la poussait à se cacher, elle et ses faiblesses, elle et l'horrible blessure qui la rongeait pour toujours. Elle prit le temps d'allumer une cigarette, et puis daigna enfin répondre.

-ça dépend pas seulement de moi, tu sais.

Cette phrase résonna comme la chute d'une pierre qui annonce l'avalanche. Sa voix était douce, infusée de cette tristesse latente qui habitait parfois son regard quand elle se laissait aller, de cette fragilité qui était la sienne, et que son orgueil mêlait d'une dignité de madone.

-Une fois qu'on a commencé, on peut pas s'arrêter. On reste une putain toute sa vie, même avec un mari et des gosses, même avec un vrai boulot, même une fois rhabillée et avec une dignité toute neuve. Les gens finissent toujours par savoir, et ça finit par te revenir dans la gueule. J'ai connu pas mal de filles qui ont essayé de changer de vie, et ça a été toujours le même cirque: tout le monde te crache au visage dès qu'ils savent ce que t'es. Pour toujours, tu reste une putain, alors plutôt que d'espérer pour des nèfles et de me démener pour rien, je préfère continuer à foutre ma vie en l'air, et à attendre qu'elle finisse. Au moins j'suis pas déçue, je sais à quoi m'attendre.

Elle tira une longue bouffée de sa cigarette et relâcha un épais nuage de fumée. Sa voix avait gagné en dureté, et son regard sombre avait une froide résignation teintée de de colère, clignant derrière l'écran vaporeux qui s'échappa de ses lèvres.

-ça peut pas durer éternellement, c'est ce que je me dis tous les jours. C'pour ça que j'arrive pas à piger comment tu peux continuer à vivre tout en sachant que t'es immortel. Y'a de quoi devenir dingue...

Messaline lâcha un soupir, lorgna au fond de son verre vide, et décida de ne se laisser aucune chance en commandant un bon mètre de shooters.

-Merde, lâcha-elle une fois que le serveur fut reparti; on avait pas dit que je devais te remonter le moral?
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MessageSujet: Re: Pourquoi refuser de se faire plaisir ?   Jeu 16 Fév - 9:29

On ne pouvait pas dire que l’alcool avait un quelconque effet sur lui, ce qui était particulièrement navrant il fallait l’admettre, mais il n’était pas très compliqué de se rendre compte que quelqu’un d’autres en subissait petit à petit les effets et, malgré tout, s’il était resté à son premier verre – inutile d’en prendre plus si ça ne fait pas de miracles – elle l’avait depuis longtemps dépassé et était surement déjà en proie aux premières manifestations d’une trop grande présence d’alcool dans le sang, ce qui, de prime abord, ne semblait aucunement la gêner, après tout ils étaient venus, du moins elle l’avait accompagné, aussi pour ça. Il pouvait observer sur son visage chacun des signes avant-coureurs d’une bonne cuite mais ce n’était pas dans son idée de l’empêcher d’aller au bout de la sienne. Elle en avait surement « besoin », d’une manière ou d’une autre, et même si elle se réveillerait surement avec une sacrée gueule de bois, ce ne serait certainement pas la première, ni la dernière, fois et elle devait avoir, malheureusement, l’habitude. Il préféra rester silencieux et faire comme si de rien n’était, après tout, il s’agissait là de la conséquence logique lorsqu’on enchainait les verres sans compter. D’ailleurs celui qu’elle tenait en main ne ferait pas long feu à ne pas en douter. Bah qu’importait, elle le ferait remplir bien assez vite si elle estimait vouloir boire encore. Il se contenta de la regarder sourire, comme si elle émergeait d’une autre dimension, reprenant soudainement contact avec leur réalité.

Il lui rendit son sourire lorsqu’elle lui confia être un potentiel bon professeur de danse. La situation dans laquelle avait exercé était inattendue mais tellement logique. Logiquement, il aurait du lui demander pourquoi elle n’avait pas choisi cette voie de reconversion mais il se retint rapidement. Si elle ne l’avait pas fait, il en avait une petite idée. Le passé d’une « fille de joie » ne s’oublie pas du jour au lendemain. Pire encore, il ne s’oublie jamais et finit toujours par ressurgir. Quelle femme aurait voulu prendre des cours de danse d’une « putain » ? Oui… Difficile d’imaginer une reconversion dans cette optique. « Tant que tu ne me demandes pas de danser des trucs modernes et sans aucun goût artistique, je devrais pouvoir me débrouiller. » Il eut un petit sourire alors qu’il reprenait une lampée de son premier verre de whisky. Ce serait surement le seul de la soirée. De toute façon Messaline buvait pour trois ou quatre, ou plus en fait, s’il ne l’accompagnait pas, cela ne ferait pas de grande différence pour le barman qui comptait déjà les billets de cette table avec délectation. L’idée de partir sans payer lui titilla l’esprit. Non pas pour enfreindre la loi, enfin si, mais pas juste pour « ne pas payer » mais aussi pour l’adrénaline que cela pourrait insuffler en lui. Peut-être retrouverait-il quelques sensations. Mais il en doutait un peu. Mieux valait se contenter de faire comme les autres et de payer. L’adrénaline viendrait autrement, si elle viendrait.

Alors que la discussion tournait sur la question du bonheur ou du malheur d’être affublé de la vie éternelle, il n’était pas difficile de sentir une pointe de lassitude dans le ton ou l’attitude du Traqueur. Qui pouvait ne pas se lasser de vivre presque deux siècles d’existence ? Le monde était vaste lorsqu’on n’avait que peu d’années pour le parcourir mais lorsque l’éternité s’offrait à quelqu’un, le monde lui paraissait d’un coup bien plus étroit. Tous les Vampires ne passaient pas les siècles aussi bien que William, c’était peut-être une question de caractère. Peu des siens se souciaient du caractère stable de ceux qu’ils transformaient. A croire que celle qui avait fait de lui un Vampire s’était assurée qu’il « profiterait » pleinement de ce « don ». Car oui, certains jours cela pouvait réellement s’apparenter à une véritable malédiction. Il soupira. « Ca finira forcément un jour. Au pire j’assisterais à la fin du monde. Charmant spectacle en perspective. » Il haussa les épaules. « Je serais encore capable d’y survivre me connaissant... » Est-ce qu’il aimait la vie ? Il en doutait un peu, du moins il ne la chérissait pas plus que n’importe qui. Après tout, il était mort et ça ne changerait plus, à moins bien entendu que quelqu’un ou quelque chose mette fin à son éternelle existence d’une manière ou d’une autre, mais cela faisait surement plus de trois millénaires que les Vampires vivaient ainsi, cela n’allait pas changer de si tôt.

La réaction de la prostituée à la question réciproque lui fit comprendre qu’il avait peut–être posé une question qu’il ne fallait pas poser. Il s’attendait d’ailleurs à être débouté ou guidé vers un autre sujet mais elle sembla décidée à parler tout de même. En silence, jouant du bout des doigts avec son verre sans quitter des yeux la jeune femme, il l’écouta poursuivre, expliquer ce qu’il savait déjà et ce qu’il ne comprenait que trop bien. L’étiquette de « putain » était collée avec une foutue super glue lorsque l’on commençait et il était impensable de pouvoir l’arracher et la jeter aussi facilement. Au mieux on pouvait s’en débarrasser quelques temps mais, comme elle le disait, quelqu’un finissait toujours par savoir, d’une manière ou d’une autre. Certains n’y prêteraient pas attention, des gens comme William, mais existaient-ils encore vraiment ceux-là ? Ces personnes qui croyaient aux secondes chances et pour qui le passé n’avait de valeur que dans le sens où il est un tremplin pour mieux avancer et apprendre de ses erreurs. Elles étaient des reliques d’un autre temps, perdues dans un torrent de mentalités matérielles, comme l’homme qui se tenait en face d’elle et qui avait probablement plus sa place dans un musée que dans un bar en sa compagnie. Il la laissa commander un mètre de shooters et eut un petit sourire en coin lorsqu’elle fit remarquer qu’elle était sensée lui remonter le moral. « T’en fais pas pour ça, c’est déjà fait. »

Il but une gorgée de whisky. Son verre serait bientôt vide mais ça n’avait rien d’une fatalité. « Nous ne sommes pas vraiment immortels tu sais. Et puis si je veux en finir je n’ai qu’à attendre le soleil. » Cela n’avait surement de très agréable mais au moins cela aurait l’avantage de finir vite. Toujours mieux que l’idée de se décapiter soi-même ou quelque chose de ce genre. Il regarda arriver les petits verres que le serveur étala sur la table et indiqua discrètement qu’ils n’étaient pas pour lui et pouvait donc les laisser du côté de la jeune femme. Le regard que lui lança ce dernier était explicite. « Alors ? On la saoule pour s’la faire ? ». Il n’avait rien dit, bien entendu, mais il connaissait bien se regard, mi désapprobateur, mi envieux. S’il savait cet imbécile. William lui tendit un gros billet et l’envoya paître silencieusement. Les considérations « éthiques » d’un serveur surement plus pervers que lui ne l’intéressait pas. « Je crois que tu as tapé dans l’œil du serveur. Il me semble qu’il est jaloux. » Il eut un petit sourire amusé et fit un clin d’œil à la jeune femme. « Tu vas avaler tout ça ? » Il savait qu’elle le ferait, ce n’était ni un défi, ni une véritable question, mais il ne pouvait s’empêcher d’en être surpris, un peu.

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MessageSujet: Re: Pourquoi refuser de se faire plaisir ?   Ven 17 Fév - 1:32

Pour ce qui était d'aligner les verres, on pouvait dire que Messaline avait de l'expérience et mettait beaucoup d'enthousiasme à lever le coude en soirée. Elle parvenait encore cependant à maintenir sa conscience à flot pour poursuivre la conversation, car en vérité il eut été dommage de laisser William monologuer sans fin. Pour une fois qu'elle tombait sur quelqu'un de pas trop idiot et qui n'en avait pas trop après ses fesses, il fallait bien en profiter et peu à peu, malgré tout ce qu'elle pouvait entretenir de méfiance instinctive face à tout mâle, elle se sentait un peu plus en confiance, plus à l'aise. A tout le moins arrivait-elle à oublier toute prudence et à se laisser aller parce qu'elle avait bien le droit, comme tout le monde, de lâcher les pédales un moment.

Son sourire revint à la charge.

-Je suis certaine que tu ferais un bon danseur, répliqua-elle non sans le détailler d'un regard qui n'avait rien, mais alors absolument rien d'innocent et qui était typiquement celui d'une femme qui avait vu défiler un nombre incalculable de corps masculins dans sa vie et qui donc savait les jauger à distance et quelle que fut la couche de vêtements.

Et pour ce qu'elle pouvait en juger, il avait de quoi faire en effet un plutôt bon danseur. Il avait l'allure de quelqu'un qui s'entretient, comme on dit. C'était à voir, pour ce que ça pouvait donner, mais elle savait d'expérience que la plupart des gens avaient quelque chose d'un peu trop raide, d'un peu trop maladroit pour vraiment réussir à la suivre. C'étaient des choses qu'il fallait avoir dans le sang, des choses qu'on apprenait pas, mais qui venaient de bien plus loin que la mémoire friable des hommes et des générations. Quelque chose peut-être du pays, de la terre, quelque chose d'ancien.

Un nouveau sourire, passant sur son visage comme une ride sur l'onde, et ses paupières qui se baissaient en longs rideaux frémissants.

-ça n'a rien de moderne, le flamenco. Tu es peut-être un peu trop anglais pour le danser, mais ça vaut peut être le coup d'essayer.


Elle eut un sourire moqueur et se tut un instant pour achever sa cigarette.

Et puis, alors que la conversation dérivait sur des tours un peu moins réjouissants, il semblait que la belle perdait un peu de cette gaieté folle et floue qui venait aux gens saouls, et que l'alcool contribuait à faire tomber les masques innombrables derrière lesquels elle se cachait. Des ses paroles, de ses regards, elle ne fut jamais aussi sincère qu'en ses quelques phrases comme une confession, alors qu'elle s'ouvrait un peu, fataliste et désespérée, lucide au sujet de son sort et bien déterminée à l'assumer jusqu'au bout. Elle avait accepté cela comme quelque chose d'inéluctable, et s'en accommodait tant bien que mal, un peu comme lui au final. Il y avait des jours où ça allait, et d'autres où elle ne supportait plus rien, ça allait et venait mais rien ne changeait, car on ne pouvait guère faire grand chose contre cela, hormis provoquer soi-même sa fin, ce dont l'un comme l'autre semblait pour l'heure incapable.

Elle sourit, doucement.

-Je te souhaite d'en avoir marre avant, alors. C'est pas rigolo d'avoir à se farcir des décennies à la pelle, alors si en plus on doit se fader la fin du monde...

Et puis un silence. Il l'avait écoutée, il l'avait écoutée sans mot dire, et leurs yeux croisés n'avaient pas cillé tout le long où sa voix douce, un peu rauque à force de fumée, ensoleillée de cet accent hispanique qu'elle ne pouvait jamais perdre, résonna dans l'atmosphère feutrée pour dire un peu du sort immuable auquel elle s'était condamnée. Elle fut étrangement reconnaissante à cet inconnu de ne rien dire de plus, comme si elle le remerciait d'avoir simplement écouté, ce que les gens faisaient rarement. Juste, écouter. Ne rien dire, ni juger, ni commenter, pas un mot, juste recueillir un peu de sa souffrance quotidienne, juste un peu d'attention. C'était un bien précieux, et Messaline ne savait que trop la valeur de cela.

Et puis un sourire, quelques mots, et puis tout passa dans un tourment, elle chassa de son visage les longues mèches soyeuses qui y glissaient en se tortillant, se redressa un peu et regarda avec ravissement les petits verres se ranger bien sagement devant elle. L'odieux comportement du serveur n'entama pas sa gaieté nouvelle, même si elle avait tout à fait compris ce qui signifiait le regard complice qu'il jeta à William.

-La dame est parfaitement capable de boire toute seule, répliqua-elle en souriant, sans que l'on sache vraiment à qui cela était destiné. Pas besoin de me souler pour me baiser, suffit de demander poliment.

Messaline se pencha légèrement dans la direction de William.

-J'vais quand même éviter de m'engueuler avec le serveur, comme on dit chez moi faut pas s'brouiller avec celui qui tire les fûts. Même si, avec ce que je lui rapporte, il pourrait quand même être poli.

Et sur ce, sans plus se préoccuper du serveur pervers ni de quiconque pouvait la reluquer autour, elle s'attaqua gaillardement à son mètre, levant le premier verre à l'adresse du vampire.

-Santé!


Un, deux, trois. Un flot presque continu, l'alcool sans goût brûlait tout, de la bouche au fond du ventre, tout un incendie qui diluait, consumait, qui détruisait tout et disloquait tout l'être, la raison, la chair et les os. Se diluer. Partir, délité, un fétu dans le courant, réduit à presque rien, au rythme du claquement des verres sur la table. Une pause, reprendre son souffle. Repartir, en apnée, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus une pensée, plus rien, jusqu'au vide ultime, jusqu'à cet espèce de fourmillement généralisé qui indiquait encore un dernier souffle de vie dans la carcasse dévastée, jusqu'à l'ultime effacement de soi. Oublier, tout, de son propre corps à sa mémoire, tout laver, tout emporter, qu'il ne reste rien. Rien. Le mot résonnait dans sa tête, et elle s'était courbée sur la table, la main refermée sur le dernier verre tout juste vidé, les yeux clos, prise d'une mollesse soudaine, comme si elle allait s'évanouir d'un instant à l'autre.

Messaline se redressa, clignant des yeux dans la lumière incertaine. On y était, elle avait atteint le point d'équilibre, parfait. Elle arrivait encore à maintenir un mince fil de conscience, au bord de l'évanouissement, au bord du gouffre, elle se sentait bien, parce qu'elle avait la tête vide et que plus une pensée ne venait se faufiler dans sa brune caboche.

Elle tira une énième cigarette de son paquet, l'alluma par le mauvais bout, crachota une fumée noire et reprit la manœuvre dans le bon sens en pouffant toute seule.

-Ayé, lâcha-elle. J'suis naze. Complètement sèche. Comme j'te disais, j'ai bu pour deux, j'suis bourrée pour deux.

Là allaient commencer les bêtises. C'était dans cet état-là qu'elle avait envie de faire n'importe quoi, juste pour assouvir un quelconque caprice de son esprit dément, juste parce qu'elle en avait envie, parce qu'il était ainsi plus facile de courir à sa perte, quand la prudence et tout le reste étaient noyés dans l'alcool.

-Et si on allait faire un tour? Lança-elle soudain, après un instant de perplexité où elle sembla démêler dans le flou de son esprit quelle folie elle avait envie de faire ce soir.
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MessageSujet: Re: Pourquoi refuser de se faire plaisir ?   Mar 21 Fév - 9:04

Le Flamenco ? En voilà une idée intéressante. Il ne s’était jamais vraiment frotté aux danses de ce genre, peut-être, effectivement, parce qu’il était trop anglais, à supposer qu’on pouvait être « trop » d’une nationalité. Enfin c’était plus une façon de parler, disons qu’elle le considérait surement trop « froid » pour pouvoir vibrer sur une musique du Sud. Hélas, c’était peut-être vrai mais William ne renonçait pas sur de simples broutilles de ce genre. « Je suis beaucoup moins guindé que mes origines ne tendent à te le faire penser. Enfin, tu le verras par toi même, si tu l’oses. » Il eut un sourire équivoque. Il était un bon danseur et il pouvait faire des miracles pour peu qu’il connaissait les pas d’une danse. Concernant le Flamenco, ce n’était pas encore le cas, mais il parviendrait certainement à en apprendre quelques uns pour peu que Messaline accepte de lui en apprendre la théorie et la subtilité pratique. Il n’avait jamais vraiment pensé à suivre des cours de danse, n’ayant principalement pas trop le temps ni l’envie, mais recevoir des leçons de quelqu’un que l’on connaissait – ne serait-ce qu’un peu – était déjà plus engageant, surtout que cela éviterait tout de même l’exposition publique, et, en plus, que cela éviterait d’avoir à chercher un cours de nuit, ce qui n’existait pas toujours, même si les Vampires étaient maintenant une clientèle comme une autre, bien qu’encore bien trop mal servie par une autre race qu’elle-même, à croire que seuls les leurs pouvaient comprendre leurs besoins. Ce qui n’était pas si surprenant finalement, n’est-ce pas ?

Quant à l’immortalité, le Traqueur s’y était habitué avec bien plus de facilité que la prostituée ne pourrait le concevoir. S’adapter ou mourir, ainsi allait l’ordre des choses et cela n’était pas différent pour les Vampires. Ceux qui ne pouvaient pas faire face au poids des années finissaient inéluctablement par disparaître, soit par leur propre folie, soit parce qu’il finissait à traverser la ligne jaune et se faisait rattraper par les Lois Vampiriques. Peut-être finirait-il ainsi lui aussi mais les années n’avaient que peu d’influence sur lui, il finissait par avoir un détachement avec l’existence qui lui permettait de regarder défiler les années comme les autres, comme s’il s’agissait de la première année qui suivait sa métamorphose en créature de la nuit. Certes, ce n’était pas tout à fait vrai, ne serait-ce par tout ce qu’il avait pu apprendre ou voir en deux siècles d’existence, mais, justement, toute cette connaissance lui permettait de ne plus s’étonner, de ne considérer que froidement ce que la vie mettait en travers de sa route. « Oh, tu sais, si ça se trouve ça sera un beau spectacle, cette fin du monde qu’on nous annonce depuis un demi-siècle. Je compte bien être aux premières loges, ne serait-ce que pour ne pas manquer le feu d’artifice. » Il eut un petit sourire. Il plaisantait quelque peu, même si, effectivement, il ne se sentait pas trop l’âme de se foutre en l’air, un jour ou l’autre. Mieux valait finir tué par plus fort que soi, au moins ce serait rapidement terminé.

Quant le serveur vint à la table pour poser les verres et continuer dans la lignée de son comportement de la soirée, la réaction de Messaline à leurs regards échangés fit sourire le Vampire. Voilà qui était bien envoyé. Le pauvre ne s’en relèverait surement pas, du moins pas rapidement. « On changera de serveur au pire, il y en a un autre qui a l’air plus sympa là-bas. Enfin si tu as encore soif après tout ça. » Il regarda une nouvelle fois le mètre de petits verres qui trônait devant la jeune femme. En tant que Vampire il aurait parfaitement pu tous les boire sans aucun problème, en tant que Norme, il n’en avait aucune idée. De son vivant, il tenait plutôt bien l’alcool mais là, ça faisait quand même beaucoup et il se demandait si elle parviendrait à véritablement tout avaler. Il eut à peine le temps de lever son verre vide pour répondre à son « Santé ! » avant qu’elle ne commence à enchainer les verres d’alcool les uns après les autres dans un rythme presque incroyable. Bien des hommes ici n’avaient surement pas une descente pareille. Il l’observa en silence tandis que les verres pleins se soulevaient et retombaient vides sur la table. A peine une pause au milieu et voilà qu’ils étaient tous dépouillés de leur contenu. Etonné mais sans le montrer, William se contentait d’observer sa compagne d’un soir, se demandant si elle tiendrait encore debout après avoir bu autant d’alcool.

C’est un petit sourire aux lèvres qui vint accueillir sa mésaventure avec sa cigarette, venant idéalement illustrer ses pensées. Elle était ronde, pas complètement saoule, mais au moins joyeuse. Elle n’était plus totalement maitresse de sa réflexion mais, dans un sens, le Traqueur songeait que c’était peut-être ce qu’elle désirait. « Je dirais même que tu as bu pour trois ou quatre. » Il eut un sourire complice avant d’accepter de la tête lorsqu’elle lui demanda s’il voulait faire un tour. Il se leva, resta à proximité de la table pour s’assurer que Messaline parvienne à se redresser sans chuter. Il laissa quelques piécettes sur la table pour le serveur irascible et laissa passer la jeune femme devant lui en direction de la sortie, plus pour pouvoir l’assister si besoin que pour autre chose. L’air frais lui fit un peu de bien après cette atmosphère surchauffée. Il présenta son bras à la fille de joie. « Tu veux aller quelque part en particulier ? » Il aurait bien voulu la raccompagner chez elle pour qu’elle se coucher mais il doutait qu’elle accepte, pas maintenant. Après tout, elle semblait bien plus capable et consciente de ses propres gestes qu’une personne complètement abreuvée d’alcool.

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MessageSujet: Re: Pourquoi refuser de se faire plaisir ?   Dim 26 Fév - 15:31

Messaline sourit d'un air un peu dingue, mais touchant. Une idée, comme une bulle de champagne, venait d'émerger du fin fond de ses remous pour éclater à la surface de son esprit saturé d'alcool.
Elle se leva de sa chaise, vacillante, visiblement contente que William accepte de la suivre -pour le moment. Ses pieds ne semblaient plus très bien lui obéir et elle dut s'appuyer sur lui pour garder un semblant d'équilibre, problème qu'elle résolut en enlevant ses chaussures, qui furent négligemment tassées dans son sac à main.

-ça ira mieux comme ça, lâcha-elle en agitant les orteils dans ses bas troués.

Alors qu'ils quittaient la table, elle repéra le serveur pervers qui s'en venait la débarrasser et récupérer le pourboire que le vampire y avait laissé. A dessein, se sachant observée, elle accentua très légèrement le balancement de ses hanches qu'effleurait l'extrémité de sa longue chevelure brune. Et puis elle disparut une fois le seuil franchi, avalée par la nuit citadine qui lançait à l'assaut du ciel ses lumières jaunes et hystériques.
Une fois dehors, debout sur le trottoir, elle respira l'air frais qui glissait le long de la brise nocturne et faisait frissonner les lampadaires, s'enroulait dans ses mèches sombres et les faisait rouler le long de son cou de cygne. Elle ferma les yeux un instant, la cigarette au coin de la bouche. Il était visiblement très tard, à en juger par l'artère déserte qui défilait face à eux, ponctuée de la masse sombre des maisons, des immeubles, façades aveugles de magasins fermés, poubelles et trottoirs vides... C'était l'heure qu'elle aimait le plus, son heure, celle où on ne croisait âme qui vive, celle où le monde recroquevillé de sommeil s'apaisait, se taisait, et dans la nuit solitaire, il n'y avait alors plus personne pour regarder ce qui pouvait bien se passer...

-Marchons un peu, proposa-elle en souriant, lui saisissant le bras autant pour d'évidentes raisons de stabilités que pour l'entraîner avec elle.

C'était une belle nuit, claire et limpide comme du verre, où le ciel d'hiver noyé de vapeurs jaunâtres laissait poindre quelques étoiles, soufflant sur la ville quelques douces rafales qui diluaient à peine ses miasmes. Silencieuse sur le bitume, glissant là comme une ombre, Messaline allait à pas prudents, écorchant ses pieds abîmés sur le bitume qui usait peu à peu le trop fragile tissu de ses bas. Elle s'en foutait un peu, elle était ivre et avait mal aux pieds, deux raisons suffisantes pour se comporter n'importe comment. C'était pieds nus qu'on sentait le mieux l'univers, qu'on reconnaissait vraiment la ville, avec tout ce qu'elle avait d'affreux, de sale, de douloureux. Tellement peu humaine qu'elle blessait ceux qui ne s'en protégeaient pas, tapissée de toutes parts de ce noir revêtement râpeux qui écorchait la chair et la peau, qui noircissait tout, indélébile. La ville, c'était ça. Souillé, douloureux. Pourtant Messaline ne se voyait plus vivre ailleurs, elle était devenu un oiseau de nuit, un rat des villes. Elle n'y pouvait plus rien, avait troqué ses ailes de sauvage contre des haillons de putain, trop tard pour faire marche arrière.

Rejetant la tête en arrière, elle lâcha un ruban de fumée, allant au hasard, titubant un peu, erratique. Elle se sentait bien, et son être semblait à présent tolérer la présence de William, sans se cacher, sans se méfier. Qu'importe! Pour le moment, elle s'en foutait, advienne que pourra!
Sa cigarette terminée tomba au sol, adroitement projetée d'une pichenette.

Depuis qu'ils avaient quitté le bar, pas une voiture n'était passée sur le boulevard, pas un son n'avait filtré des bâtiments clos, pas une âme qui vive. Messaline sourit. Elle attrapa la main de William, l'entraîna vers le milieu de la route déserte, et courut, de toute la force de ses jambes engourdies par l'ivresse. ça ne servait à rien de faire ça, c'était probablement complètement idiot et elle ne devait pas avoir l'air très intelligent à faire ça, mais baste, elle avait envie. C'était des instants comme ça qu'elle recherchait à tout prix. Un moment de flottement indistinct, se sentir libre, sans entraves, se sentir vivre. Ses pieds dérapaient sur le bitume rêche qui avait fini de ronger le tissu pour attaquer la peau usée de la plante, ses muscles douloureux protestaient de plus en plus, ses poumons encrassés par la cigarette lui hurlaient d'arrêter, et chaque gorgée d'air semblait pénétrer dans sa gorge sous forme de lave en fusion. Son coeur, battant à tout rompre, allait s'extraire de sa cage thoracique si cela continuait une seconde de plus, et chaque pas réclamait à son corps un effort surhumain. Mais peu importaient toutes les protestations de ses membres, muscles, organes, peu importait tout cela, il lui fallait bien ça pour se sentir vivre, un peu, pour ressentir enfin tout ce qui l'animait encore.

Elle acheva sa course en riant à perdre haleine, pliée en deux, essayant de reprendre son souffle. Son visage avait perdu sa pâleur ordinaire, et le rouge violent de l'effort enflammait ses joues, collait à son front les mèches désordonnés de ses cheveux que le vent de la course avait emmêlés. Elle se laissa tomber sur le bord d'un trottoir, relevant sans pudeur sa jupe sur ses jambes, défaisant un bouton ou deux de son chemisier pour respirer plus à l'aise.

-T'as raison, lâcha-elle, haletante. Pour ce qui est de se défouler, le sport ça fait du bien.

Elle sourit, encore, ce sourire franchement réjoui qu'on ne lui voyait presque jamais, qui creusait dans ses joues des fossettes enfantines, qui faisait briller ses yeux d'un éclat un peu fou, qui rappelait à la toute fin que cette fille était finalement bien jeune, qu'elle était encore, parfois, une enfant trop vite grandie. Il y avait chez elle une étrange innocence dans sa manière de se dévoiler; ce n'était pas pour attirer l'oeil, une fois n'était pas coutume, mais bien parce qu'elle avait trop chaud. Mais même à ce moment-là, sous le regard de celui avec qui s'était conclu cette espèce de pacte à demi-muet qui disait qu'il ne la toucherait pas, il y avait encore chez elle cette séduction inconsciente qui semblait faire partie d'elle-même. Elle oscillait entre deux extrêmes, sans trop savoir de quel côté elle finirait par se trouver, à cheval sur la frontière entre les contraires..

Vivante, soudain, si vivante... Rouge de l'effort, le coeur affolé par la course, et son sang qui se précipitait dans les veines, les faisait battre imperceptiblement sous la peau fine comme une soie précieuse, les gonflait d'un flot furieux, alors qu'elle s'appuyait ses mains posées en arrière pour se reposer un peu. Ses cheveux en désordre ruisselaient de toutes parts, sur ses épaules, dans son dos, le long de ses bras tendus, jusqu'à sa taille emprisonnée dans le corset de velours, jusqu'au sol où leurs pointes s'emmêlaient un peu.

-Tout ça m'a donné soif, reprit-elle d'un air innocent.
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MessageSujet: Re: Pourquoi refuser de se faire plaisir ?   Lun 5 Mar - 12:11

Cette jeune femme l’amusait. Elle avait quelque chose de particulièrement effronté, une attitude si particulière. Voilà plusieurs années, dizaines d’années, voire plus, qu’il n’avait pas rencontré de femme de cet acabit. Florence et Betsy étaient des femmes à part, elles étaient des Vampires, des femmes qui avaient vu plus de la vie que cette jeunette qui n’avait qu’une petite vingtaine d’années, tout au plus et qui, malgré tout en avait peut-être vu autant que lui sinon plus. Sa vie n’avait pas été facile et elle avait un regard sur l’existence qui avait probablement la même profondeur que celui de William. Ce qu’elle avait fait à la sortie du bar l’avait amusé un peu. Le nombre de personnes de ce bar qui pensaient qu’il allait se « la faire » devait être de l’ordre de plus de la moitié, surtout lorsqu’ils se rendaient compte à quel point elle était pompette – ou complètement bourrée – selon les points de vue. C’était pourtant une option qui n’était plus depuis longtemps, et même qui n’avait jamais été, dans l’esprit du Traqueur. Il ne comptait pas abuser d’elle, surtout maintenant qu’elle n’avait plus le contrôle absolu sur ce qu’elle faisait. Elle était belle, désirable certainement, mais ce n’était pas dans les mœurs du Vampire et ni dans ses envies du moment. Peut-être que, dans d’autres conditions, il aurait essayé de la séduire et de l’attirer dans son lit pour une nuit ou deux mais, là, ce soir, ce n’était clairement pas l’objectif. Au contraire, lorsqu’il était sorti du bar, il pensait déjà à la ramener chez elle ou s’assurer qu’elle finirait la nuit en toute sécurité, d’une manière ou d’une autre.

Il n’y avait plus personne dans les rues, ou du moins plus grand monde. Les voitures étaient rares et il régnait un silence agréable. C’était aussi l’un des moments préférés de la journée de William. Il y avait aussi les moments juste avant l’aube, car il y régnait un peu d’interdit, de danger. Il ne s’opposa pas à la proposition de la jeune femme. Au contraire, il lui tendit le bras qu’elle saisit avec une certaine vigueur, probablement à la fois pour s’offrir une stabilité certaine et peut-être par plaisir de le guider comme il avait pu le faire au début de leur rencontre alors qu’ils se dirigeaient vers le bar qu’ils venaient de quitter tous les deux. Il régnait dans les villes une sérénité qui contrastait violemment avec le brouhaha de l’établissement où la jeune femme s’était enfilée une petite douzaine de verres. Alors qu’elle marchait pieds nus sur le macadam du trottoir, il se demanda un instant si elle ne se faisait pas mal. Même si le revêtement n’était pas en lui-même particulièrement douloureux, des années de passages avaient rajouté sur celui-ci une petite quantité de choses en tout genre, ne seraient-ce que de petits morceaux de verre brisé, qui, elles, pouvaient faire davantage de dégâts à des pieds peu entrainés à supporter des lieux aussi coriaces. « J’aime quand la ville est calme et que je peux errer tranquillement, sans un bruit parasite autre que celui de mes propres pas. Je me demande si je ne me suis pas déjà trop habitué à la solitude… » C’était une réalité qui s’imposait un peu à lui. Pourquoi s’embarrasser de quelqu’un lorsqu’on se sent bien seul ? Il n’en savait rien. Il n’avait plus de possibilité de construire une famille de toute façon alors pourquoi essayer de se caser ? Il n’avait plus les mêmes aspirations que les Hommes à ce sujet alors à quoi bon ?

Lorsqu’elle décida subitement de courir à travers le boulevard, il ne posa pas spécialement de questions et se laissa entrainer à son tour. Courant derrière elle, suivant bien plus facilement le rythme qu’elle, qui s’essoufflait apparemment bien vite, il était à la fois surpris et amusé d’une telle réaction. Une fois qu’ils arrivèrent de l’autre côté de la rue, elle sembla complètement anéantie physiquement. Ce qui était en quelque sorte logique étant donné ce qu’elle venait de boire, et le fait que fumer ne devait pas avantager ses performances athlétiques. Il l’observa rire en essayant de reprendre son souffle. Cette situation avait quelque chose d’irréel, ou de chimérique. Il se rendait difficilement compte qu’il venait de traverser en courant la rue parce qu’elle en avait simplement eu l’envie soudaine et complètement loufoque. Il s’installa à ses côtés, sur le bord du trottoir alors qu’elle le faisait elle-même, prenant soin de se mettre à l’aise ce qui ne gêna nullement le Vampire. Elle aurait pu être presque nue que cela n’aurait fait aucune différence à ses yeux. Il eut un petit sourire à sa remarque sans la regarder vraiment. « Comme quoi, je ne dis pas toujours des bêtises. » Elle n’avait jamais tenu le discours inverse mais c’était juste pour glisser un peu d’humour que pour réellement répondre. D’ailleurs qu’y avait-il vraiment à répondre ? Probablement rien mais laisser le silence s’installer n’était pas vraiment dans l’idée du Traqueur. Son sourire était agréable, franc. Alors qu’il la regardait, il avait enfin l’impression de découvrir la véritable « gamine » de vingt ans qu’elle aurait du être – car c’était l’âge qu’il lui donnait environ. Enfin les apparences pouvaient sembler trompeuses.

« En même temps tu n’as bu que de l’alcool, rien de bien hydratant, au contraire… » Il esquissa un nouveau sourire. Il ne voulait pas vraiment qu’elle aille ingurgiter un ou deux verres, voire plus, d’alcool supplémentaires. Il ne connaissait pas sa résistance à l’alcool mais il estimait qu’elle avait suffisamment bu pour ce soir. Même s’il n’était pas son chaperon, ni rien d’autre pour elle qu’un inconnu rencontré dans une rue, il ne pouvait s’empêcher de vouloir qu’elle rentre saine et sauve cette nuit. Une sorte de « devoir moral ». Il jeta un œil dans la rue pour se repérer. Ils n’étaient pas loin de chez lui. Mais il ne savait pas vraiment où elle habitait… « Je n’habite pas loin si tu veux. Mais peut-être que tu habites plus près encore. » Il ne doutait pas qu’elle pourrait se rafraichir chez elle, ne serait-ce qu’avec de l’eau. Il avait proposé son chez lui car ils en étaient proches. Il n’y avait derrière cette proposition rien de caché ou de mal placé. D’ailleurs son ton général était assez détaché, faisant vraiment état de la constatation simple et non de constatation lubrique. Certains auraient surement profités de son état pour abuser d’elle mais William n’avait jamais été de ce genre là.

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Messaline Alvarez
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MessageSujet: Re: Pourquoi refuser de se faire plaisir ?   Sam 10 Mar - 18:55

La nuit douce de l'hiver austral enveloppait la ville d'un manteau d'ombres tièdes. Le vent flottait doucement, comme une algue dans le courant, comme une chevelure dénouée qui s'emmêlait aux réverbères et se glissait dans les feuillages des quelques arbres solitaires plantés sur les trottoirs. Quelques secondes d'autre monde, un soupçon d'irréel. Avec des yeux ivres, on voit les choses un peu différemment et chaque nuit est unique, rien ne se ressemble.

Marchant d'un pas guilleret quoiqu'un peu vacillant le long de l'avenue, Messaline sentait contre elle la présence imperceptible du vampire. Elle s'était habituée à cet étrange silence qu'ils dégageaient tous. Cet effluve de mort, froid et sec, ce quelque chose d'immobile et de passé qui lui inspirait toujours une étrange mélancolie. C'était presque reposant, à vrai dire. Elle ferma les yeux un instant, la main doucement refermée sur le bras de son ami d'un soir, et sa tête bascula un tout petit peu sur le côté. Sa joue effleura son épaule, comme pour sentir un peu, un instant, ce qui chuchotait autour de lui; prêter l'oreille au silence de sa chair, que rien n'animait, à la roide inertie de cet être hors du temps. ça lui rappelait de bons souvenirs, tout ça; c'était étrange à dire mais les meilleurs moments qu'elle avait pu passer depuis ces dernières années ne l'avaient pas été auprès de vivants.
Et quelqu'un lui avait un jour jeté au visage, comme un acide, des mots qu'elle n'avait pas oubliés: que c'était morbide et perversion que de chercher la compagnie des morts pour trouver son seul repos.
Mais qu'y pouvait-elle, si les vivants avaient décidé de lui tourner le dos? Oh, Madalène serait bien fâchée de la voir se perdre ainsi à chercher le trépas dans les bras de buveurs de sang; mais Madalène serait fâchée de tant de choses, et si triste de voir ce que sa petite fée était devenue...

Messaline se secoua, quand William parla. Elle redressa la tête et sourit, avec douceur.

-La solitude n'est pas un défaut, tu sais. Comme on dit chez moi, mieux vaut seul que mal accompagné, et si t'es plus heureux comme ça, c'est toi que ça regarde.


Une pause, puis:

-La nuit, il y a personne pour regarder, c'est tellement reposant... Il peut se passer n'importe quoi, le pire, comme le meilleur.

Et la nuit, elle pouvait enfin se permettre de faire des choses que le jour n'autorisait pas, la nuit était son domaine, son secret, son univers à elle. La nuit, elle pouvait marcher au milieu des routes vides, regarder les rues désertes défiler dans le noir, elle pouvait être ce qu'elle voulait, quand il n'y avait personne pour regarder.
Etrangement, l'épuisement de la course lui fit du bien, comme si elle avait vidé une partie de l'énergie qu'elle avait en trop, vidé une partie de ce qui fourmillait en elle. Il fallait bien la connaître pour le remarquer, mais ce qu'elle venait de faire, s'épuiser sans raison dans une course folle après avoir bu de quoi assommer un cheval, relevait une fois de plus de cette tendance à l'auto-destruction qui gouvernait sa vie de manière générale. Comme si, chaque fois qu'elle laissait son instinct prendre les rênes, il y avait cette pulsion profonde qui la guidait vers sa propre perte, quoi qu'il arrive.

Elle laissa échapper un râle fatigué, et s'allongea sur le dos, sans plus de manières.

-On va attendre un tout p'tit peu avant d'envisager de continuer à marcher où que ce soit, d'accord?
Lança-elle.

Ses yeux se fermèrent un instant. Ses organes internes ne cessaient de protester contre le traitement qu'ils venaient de subir, mais alors que sa respiration arrivait enfin à retrouver un rythme normal, vint cet instant de flottement, ce vide épuisé qui était si agréable à ressentir, qui était après tout ce qu'elle recherchait sans cesse.
Ses paupières se soulevèrent de nouveau, se posèrent sur William. Elle ne savait quoi penser de lui, de sa proposition, de ses intentions, même si tout laissait croire que celui-là était un saint, qu'il comptait bien tenir parole, et ne pas avoir le moindre geste déplacé envers elle.

-Tu propose ça en toute innocence, bien entendu, reprit-elle en tirant sur sa cigarette. J'vais te dire, encore une fois, j'ai aucune idée de l'endroit où on est. Je connais pas du tout la ville, ça fait même pas quelques jours que je suis arrivée.

ça ne la gênait pas outre mesure, elle était profondément vagabonde et l'inconnu était pour elle une chose tellement quotidienne...
Elle jeta un nuage de fumée en l'air, un bras replié sous sa tête, les jambes étendues devant elle.

-Heureusement que t'es un mec bien -du moins pour le moment, sinon je serais quand même dans une sacré mouise.


Une étrange ironie planait dans sa voix, et elle lui jeta un regard en coin, qui semblait teinté d'une étrange lucidité venant de quelqu'un d'aussi ivre. L'amère paranoïa qu'elle entretenait envers tout le monde était capable de venir à bout de n'importe quel alcool, semblait-il; ou bien avait-elle juste envie de le faire réagir, comme on teste une chose qu'on ne connaît pas.
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Pourquoi refuser de se faire plaisir ?

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