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 Introspection [Libre]

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Etan Brack
Métamorphes


Métamorphes


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MessageSujet: Introspection [Libre]   Mar 13 Sep - 16:18

La cathédrale se dressait, immuable, à quelques mètres du Mississippi, qui coulait sagement entre les digues élevées par les Français plusieurs siècles auparavant, et consolidées depuis par des dizaines de générations. Même de l'extérieur, l'édifice était impressionnant : il en émanait une certaine sérénité et l'on avait l'impression que, si elle avait pu parler, l'église se serait mise à raconter d'un ton calme les décennies d'histoire qu'elle avait traversé, sa voix chevrotant à peine à l'évocation des épisodes douloureux comme l'ouragan Katrina qui l'avait pourtant violemment décoiffée.

C'était dans ce quartier qu'Etan vendait ses journaux, tous les matins. Il passait donc tous les jours devant cette cathédrale et restait à chaque fois interdit, une seconde, devant les trois flèches qui allaient tutoyer les dieux. Oh, bien sûr, il y avait des édifices bien plus élevés et bien plus grandioses à la Nouvelle-Orléans, et celle-ci faisait pâle figure à côté des immenses cathédrales européennes, mais elle restait tout de même un lieu important et... digne, aussi étrange que cela puisse paraître.

Ce jour-là, Etan avait vendu tous ses journaux en un temps record. Après être allé réclamer sa paye du jour, il aurait pu rentrer chez lui, ou des travaux de peinture l'attendaient encore et toujours. Au lieu de ça, ses pas le guidèrent devant le vieux bâtiment. Il s'en étonna : il n'était pas catholique et son éducation protestante était tout ce qu'il y avait de plus embryonnaire. Néanmoins, il n'avait pas de phobie particulière vis-à-vis des églises, et la curiosité le poussa à entrer.

Il fut saisi par la décoration et les couleurs qu'il vit à l'intérieur : les rares offices auxquels il avait assisté ne l'avaient pas préparé à cette profusion d'idoles et de peintures. Il se souvint alors que les catholiques étaient bien plus ostentatoires que les protestants.
Avançant de quelques pas, il sentit la température chuter. Il eut un sourire ravi : c'était sans doute le seul endroit en ville où il faisait frais ! Laissant ses yeux vagabonder sur toutes les surfaces où ils se posaient, il entama le tour de la nef, dans le sens des quatorze tableaux du chemin de croix. Comme son regard, son esprit dérivait sans attache : Etan se demandait comment, pendant plus de 2000 ans, les gens avaient pu vivre, tuer et mourir au nom de cet homme et de son prétendu père.
Il s'arrêta devant un crucifix. On aurait pu croire qu'il priait, mais il se contentait de réfléchir. Son visage s'éclaira d'un sourire et il émit un éclat de rire qui se répercuta sur les parois de l'église déserte.

Multiplier les pains, soigner la peste, marcher sur l'eau... Jésus était un Wiccan !

Son rire s'amplifia tant qu'il dut s'asseoir. C'était la supercherie la plus géniale de toute l'histoire de l'humanité ! A tous les coups, le fameux "Aimez-vous les uns les autres" avait été la première tentative de conciliation entre Normes et Outres enregistrée par les historiens. Jésus, précurseur de la LEDO.

Merde, à tous les coups, Moïse aussi !

Son hilarité reprit de plus belle. Ces hommes avaient été brillants : pour éviter de se faire lyncher par leurs pairs, ils avaient fait passer leurs dons pour des cadeaux des dieux et en avaient profité pour s'autoproclamer guides de toute une communauté. Bon, ça s'était retourné contre eux, mais c'était tout de même bien joué.
Il pensa aux autres religions : les Métamorphes avaient eu leur heure de gloire avant les Wiccans, chez les Egyptiens, les Grecs et les Romains ; les Vodouns s'étaient faits une place de choix dans toutes les sociétés chamaniques ; quant aux vampires, ils avaient apparemment choisi, de tout temps et en tout lieu, d'être considérés comme les démons du mal... L'intégration des communautés Outres à la communauté Norme avait toujours existé, en fin de compte... jusqu'à ce que la science et la raison s'en mêlent, mettent à bas les croyances populaires et instillent la peur et la haine de l'inconnu à la place du respect de la différence.

Le rire du jeune homme s'éteignit. La peur et la haine... Il regarda le visage serein du Jésus crucifié. 2000 ans qu'elles gouvernaient le monde et qu'elles prospéraient... Il en avait fait les frais aussi, là-bas, chez lui... chez sa mère. Il frissonna, et la température n'y était pour rien. Les larmes lui montèrent aux yeux et il souffla :

Tout aurait pu être si différent...

Il avait passé les cinq dernières années à se dresser contre sa mère. La défiance et l'arrogance avaient été ses armes pour lutter contre la folie de sa génitrice. A partir du moment où elle avait découvert sa "tare", tout dialogue était devenu impossible et ils s'étaient livrés à une bataille rangée : elle à coup de fouet et de séances d'enfermement pour le remettre dans le droit chemin, lui en fuguant et en se métamorphosant dès que possible, pour la narguer. S'il avait demandé l'armistice, elle l'aurait détruit.
Et pourtant, il se rendait aujourd'hui compte que, malgré tout ce qu'elle lui avait fait subir, il l'aimait. Les premières années de sa vie avaient été heureuses. Le choc d'assister à sa métamorphose l'avait rendue folle, mais il voulait croire qu'au fond d'elle, il y avait toujours eu une trace de cette affection qui les unissait autrefois.

Cette fois-ci, les larmes se mirent à couler. Elle était morte et la dernière chose qu'il avait faite en sa présence, c'était se métamorphoser sous ses yeux avant de l'abandonner sur son lit de mort, prisonnière de sa pneumonie, sans même avoir appelé un médecin. Il avait refusé d'y repenser, aveuglé par la colère qu'il ressentait toujours, huit mois après, contre elle. Mais la colère ne durait qu'un temps et la peine déchirait à présent le voile de rage qui lui enserrait le cœur. Il enfouit son visage dans ses mains et gémit :

Oh, maman !

Il avait traversé les États-Unis, appris à vivre dans cette ville inconnue, trouvé un logement, un emploi, peut-être des amis, mais il n'était en fin de compte qu'un orphelin de 19 ans affrontant seul les difficultés de la vie... Un gamin paumé, en proie au doute, ne connaissant rien du monde, navigant à vue entre les écueils qui se dressaient sur sa route, sans pouvoir compter sur personne... Une chape de désespoir s'abattait sur ses épaules à mesure qu'il se rendait compte de sa solitude. Que pouvait-il espérer de cette vie ?

A travers ses larmes, il regarda à nouveau le Christ aux yeux fermés.

Que puis-je espérer de cette vie ?

La statue ne lui répondit pas.
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MessageSujet: Re: Introspection [Libre]   Mar 13 Sep - 18:32

La porte claqua lourdement derrière Nina.

- Calme-toi, saleté... maugréa-t-elle à l'attention de l'hermine qui se tortillait sous son manteau.

Ses talons claquèrent avec sonorité sur les dalles, le bruit résonnant sous les voutes avec quelque chose de provoquant. Elle ne supportait pas ces endroits, elle haïssait cordialement ce qui touchait à la religion, les statues, les bénitiers, les vitraux, les voutes majestueuses, elle rejetait tout ça en bloc. Et si tout avait pu disparaître, elle en aurait été ravie.

Elle remonta entre les bancs de bois d'une démarche furieuse. Ce qui la poussait à entrer ici la rendait folle de rage. Et la vague agitation que toutes les églises faisaient remonter des ses tripes venait mettre de l'huile sur le feu. Elle avait cru, de tout son corps de petite fille. Elle y avait cru à tout ce qu'on lui avait dit, elle s'en était voulu de ne pas être capable de suivre tous les préceptes inculqués. Elle avait été persuadée que le jour où elle y arriverait, elle pourrait être comme tout le monde. Et elle haïssait la naïveté qui l'avait poussé à croire tout cela.

Portée par ce sentiment, elle écrasa presque littéralement le bouquet de fleurs sur l'autel, au pied du crucifix.

- Tiens ! Fous-moi la paix maintenant. J'ai choisi d'arrêter de croire en toi, t'as pas à venir me faire chier dans mon sommeil. Fini maintenant !

Elle n'accorda pas un regard au doux visage tordu de douleur, pas plus qu'aux cierges. Comme toujours, à cette époque, elle luttait contre les cauchemars. Comme toujours, elle refusait de faire la seule chose qu'elle connaissait comme solution. Jusqu'au dernier moment. Là, elle craquait au bout de deux semaines au rythme de quelques heures tout au plus de sommeil par nuit. Les cernes sous ses yeux étaient de plus en plus difficiles à dissimuler, elle devenait franchement irritable, ce qui n'était pas bon pour le commerce et perdait facilement le fil. Elle avait donc cédé à contre cœur.

- T'auras pas une seule prière, je te préviens. Je veux pas de ta foutue pitié, marmonna-t-elle en se laissant lourdement tomber sur un banc. La mine boudeuse, elle regardait ses pieds. L'endroit n'était certes pas orthodoxe, mais elle ne savait pas s'il y en avait en ville. Et elle ne cherchait pas à le savoir. L'avantage ici, c'était la distance par rapport à son chez elle. C'était loin. Elle ne risquait pas d'y croiser un voisin ou un autre. La dernière chose dont elle avait envie était de devoir trouver une explication à sa présence.

Jamais elle n'aurait évoqué la date fatidique qui l'amenait dans les parages. Elle n'avait pas envie d'y penser, elle préférait repousser tout cela très loin dans son esprit. Avec un long soupir agacé, elle ferma les yeux et pencha la tête en arrière. Elle n'en avait pas envie, mais il fallait bien. Malgré toutes ses tentatives d'oblitérer cet évènement, elle n'y parvenait jamais. Elle laissa donc les souvenirs remonter et s'y plongea. Rituel qu'elle avait découvert obligatoire au fil du temps pour exorciser ses cauchemars et pouvoir oublier le reste de l'année le regard paniqué de sa mère quand ils l'avaient emmenée.

Profitant de l'attention détournée de sa maîtresse, l'hermine pointa son museau par le col de sa veste et huma l'atmosphère. Prudente, elle sortit centimètre après centimètre, s'enfouissant de nouveau dans sa cachette au moindre craquement du bois. Au bout de plusieurs minutes, elle avait rallié le dossier du banc et gagnait en assurance. Soudain, une odeur très particulière vint frapper ses narines. Elle se redressa, puis de faufila pour se rapprocher. Un drôle de mélange d'humain et d'oiseau. L'hermine s'approcha encore. Une chouette. Une chouette ! C'est ce que ça sentait, la chouette ! Mais seulement un humain devant ses yeux en boutons de bottine.
Elle se redressa et poussa un piaillement agressif. Stupide bestiole tellement sûre d'elle et de la présence de sa maîtresse qu'elle s'amusait à défier le prédateur. Elle faisait pareil avec les chats, quand elle était bien à l'abri sur les épaules de Nina.
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Etan Brack
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MessageSujet: Re: Introspection [Libre]   Mer 14 Sep - 9:35

Le claquement de pas décidés sur les dalles de l'église tira Etan de ses réflexions déprimantes. L'allure était volontaire, sinon excédée. Le métamorphe leva la tête et découvrit une jeune femme qui avançait sans le voir vers l'autel. Ses yeux lançaient des éclairs et, un instant, il crut qu'elle allait gifler la statue avec le bouquet de fleurs qu'elle tenait. Mais non, elle se contenta de le jeter à ses pieds d'un air rageur. Son ouïe, malgré sa finesse, ne lui permit pas d'entendre ce qu'elle disait, mais le ton était assurément belliqueux. Elle... insultait Jésus ?

Elle se retourna vers lui et, toujours sans le voir, s'affala sur un banc de prière. Après un dernier reniflement, Etan essuya précipitamment ses larmes. Ça faisait des années qu'il faisait tout son possible pour paraître fort et imperturbable et, même si ça ne trompait personne, il avait besoin de maintenir cette illusion pour continuer à avancer. Enfin là, avec ses yeux bouffis par le sel, la jeune femme ne manquerait pas de le percer à jour.
Pour garder sa dignité, il n'avait plus qu'à partir avant qu'elle ne le remarque. Il fit à nouveau, du regard, le tour de l'église, comme pour la marquer une dernière fois dans sa mémoire. Il reviendrait. Il s'apprêtait à se lever silencieusement quand un mouvement attira son attention. Un animal se déplaçait en équilibre sur le dossier d'un banc, derrière la jeune femme en prière.

Etan se figea. Une belette ? Il repensa à Neliana, la métamorphe qu'il avait rencontrée récemment. Non, cet animal-là était un peu différent, et il était blanc. Il passa rapidement en revue toutes les bestioles de ce gabarit qu'il connaissait. Une hermine. Qu'est-ce qu'elle faisait là ?
L'animal l'avait repéré et semblait un peu étonné par l'odeur qu'elle percevait. Etan sourit faiblement. Dans la nature, hermines et hiboux étaient concurrents : ils chassaient les mêmes proies, et la nuit. Ennemis, donc.
L'hermine, loin d'être impressionnée, poussa un cri d'alerte et de défi à son intention. Etan eut la subite envie de se métamorphoser pour lui faire la peur de sa vie, mais déjà sa propriétaire se tournait vers elle... et vers lui.

Les yeux noirs de la jeune femme se fixèrent instantanément sur les yeux verts du métamorphe et celui-ci déglutit. Il aurait préféré qu'aucun ne dérange l'autre, que chacun se livre à sa propre introspection et parte sans avoir jamais remarqué qu'il n'était pas seul dans l'église. Trop tard, tout ça à cause de cette hermine. Il avait douloureusement conscience de ses yeux rougis qui trahissaient ses larmes récentes. Il aurait pu se contenter d'un salut vague et partir sans plus de cérémonie. C'était sans doute la meilleure chose à faire.
Cette fois encore, ce fut l'hermine qui perturba ses plans. Un bref regard dans sa direction lui apprit qu'elle était en train de se ramasser sur elle-même, comme pour lui sauter dessus. Fronçant les sourcils, il s'éclaircit bruyamment la gorge et tapa du pied par terre. L'animal s'empressa de retrouver la sécurité du col de sa maîtresse.

Etan regarda à nouveau celle-ci. Elle n'était pas américaine, en tout cas pas "de souche", si l'on en croyait ses traits. Européenne, sans doute. Mais que voulaient dire les origines, dans un monde où tout bougeait aussi vite ? Elle était charmante, aussi, et son regard était perturbant : il n'aurait pas pu dire si elle était furieuse qu'il ait réprimandé son hermine, désolée que l'animal l'ait dérangé, ennuyée ou curieuse.
Dans le doute, il inclina la tête et eut un sourire neutre.

Étrange endroit pour rencontrer un tel animal.

Il eut un coup d'œil pour l'autel où gisait le bouquet de fleurs rageusement abandonné là. Il hésita, mais la curiosité fut, une fois de plus, la plus forte.

Pourquoi lui offrir des fleurs ?

C'était une question parfaitement stupide, mais il craignait que la colère de la femme ne se dirige vers lui s'il demandait quelque chose de plus... personnel.
La tête de l'hermine reparut derrière celle de la jeune femme, et elle poussa à nouveau un cri menaçant. Etan sourit à nouveau mais ne dit rien. Il était un peu mal à l'aise. Il aurait voulu s'excuser d'avoir perturbé sa méditation, mais après tout, la faute en incombait à l'animal, pas à lui-même. Il haussa les épaules et se cala à nouveau contre le banc de prière, détachant son regard de la femme inconnue.

Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais j'ai l'impression qu'on n'est jamais vraiment soi-même, dans une église.

Il avait parlé comme pour lui-même. Il repensa aux souvenirs tragiques qu'il avait ressassé quelques minutes plus tôt, puis secoua la tête pour les chasser. Il fixa à nouveau l'inconnue, attendant sa réaction.
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MessageSujet: Re: Introspection [Libre]   Sam 17 Sep - 19:01

Nina n'eut pas la moindre réaction quand l'hermine regagna son refuge sous sa veste, manifestement habituée aux lubies de la bestiole. Elle était trop occupée de toute manière à regarder fixement le jeune homme qui était là. Elle hésitait entre une certaine compassion à la vue du gamin triste qu'elle avait sous les yeux, la colère d'être dérangée et surtout surprise dans un endroit pareil et l'envie pure et simple de se défouler.

Elle ne répondit rien dans un premier temps, la bouche étroitement close qui ne s'ouvrit que lorsque l'hermine pointa de nouveau son nez. Elle interrompit son criaillement d'une dure pichenette sur le museau.

- Tu en as assez fait. Retourne dormir maintenant.

Le reproche et la sécheresse dans la voix de la jeune femme ne semblèrent pas affecter particulièrement l'animal, mais il obéit immédiatement et disparu à la vue de tous. Durant quelques minutes, un grommellement tout à fait comique s'échappa de la veste de Nina - sans qu'elle ne semble y prêter attention - puis cela aussi finit par cesser.

Elle reste silencieuse, encore, balançant toujours entre plusieurs possibilités sans pouvoir se décider.

- Pourquoi venir pleurer dans une église?

Son ton n'était pas franchement réconfortant, plutôt froid, et il était clair qu'elle lui laissait une chance de se rattraper avec la réponse à cette question. C'était aussi un moyen tout simple de tenter de détourner l'attention des raisons de sa présence ici. Un, ado restait un ado, centré sur lui-même, avec l'envie perpétuelle de chouiner tout en s'imaginant tout savoir de l'univers qui l'entoure. Ou tout du moins, c'était son point de vue à elle, renforcé par la fatigue et l'irritation. Quand elle était dans cet état, on ne pouvait pas dire qu'elle s'attendrissait sur ses jugements. D'autant qu'il était dans une église, catalogué pour le moment "croyant et donc forcément stupide". S'il s'avisait de tenter le coup de la morale concernant son comportement, elle ne répondrait plus de rien.

Quant à savoir si les gens étaient différents dans et hors d'une église, elle savait que c'était le cas. Une église, ce n'était qu'un lieu de mensonge après tout.
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Etan Brack
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MessageSujet: Re: Introspection [Libre]   Lun 19 Sep - 9:39

Etan était incapable de détacher son regard de celui de la jeune femme. L'hermine avait été sévèrement rabrouée et s'était réfugiée sous les vêtements de sa maîtresse. Le jeune homme ne sourit pas à ce spectacle.
Le silence s'éternisa et une légère impression de malaise s'empara du métamorphe. Pourquoi ne disait-elle rien ? Pourquoi le fixait-elle ainsi ?

Finalement, elle riposta, répondant à sa question par une autre, sur un ton plutôt mordant. Etan fut surpris par l'agressivité qu'il perçut dans cette question tranchante, mais il n'en laissa rien paraître. En revanche, il décida que, devant cette femme, il ne devait montrer aucune faiblesse. Il maudit à nouveau ses yeux rouges et son regard se fit aussi froid que celui de son interlocutrice. Il eut un sourire sans joie.

Touché. Je n'avais pas à vous poser cette question.

Il jeta encore un regard sur l'autel et le bouquet de fleurs, puis refit face à la femme. Il adopta un air un peu plus décontracté. Et peut-être un peu plus provocateur. Il déclara, d'un ton détaché :

Pleurer indique que le cœur n'est pas totalement sec. Le faire dans une église... c'est stupide. Ce n'était pas prémédité. Mais parfois...

Il s'arrêta. Sa vie ne l'intéressait probablement pas, et il n'avait aucune envie d'exposer à son jugement sans concession ses états d'âme les plus intimes. Il ne geignait pas. Il ne demandait la pitié de personne. Il n'avait besoin de personne. Il se reprit :

Mon but n'était pas de me donner en spectacle. J'imagine qu'il en va de même pour vous.

Le silence s'installa à nouveau. Soudain, il eut un grand sourire et son regard s'adoucit. Il choisit l'humour pour désamorcer la tension qui s'était installée entre eux.

Finalement, nous sommes tous deux les témoins d'une scène que nous n'aurions pas dû voir. Nous devrions nous provoquer en duel. Dans une église, ce serait un sacrilège des plus savoureux.

Il se demanda après coup si elle était capable de le prendre au mot. Après tout, il ne savait rien d'elle et le peu qu'il avait vu ne plaidait pas en faveur d'un caractère calme, consensuel et cherchant à éviter les conflits. Quant à son sens de l'humour, il n'avait aucun moyen d'en déterminer la nature. Son instinct lui hurlait cependant deux choses : cette femme n'était pas une Norme et il fallait s'en méfier.
Peut-être devait-il alors cesser de jouer la provocation, s'écraser et partir. Mais c'était trop tard : elle l'avait piqué, d'une simple phrase, et son amour-propre lui interdisait de fuir comme un lâche. Et puis, la situation lui avait fait totalement oublier les raisons initiales de sa venue dans cette cathédrale et lui offrait une distraction bienvenue.

Au fait, je m'appelle Etan.

Il hésita à lui tendre la main, mais à tous les coups, elle le prendrait comme une nouvelle provocation et refuserait de la serrer. Il se contenta de lui sourire, une lueur un rien moqueuse au fond des yeux. Mais ce n'était pas d'elle qu'il se jouait, c'était de la scène dans son ensemble. Cela dit, elle ne le devinerait peut-être pas...
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MessageSujet: Re: Introspection [Libre]   Mer 21 Sep - 21:12

Pleurer indique que le cœur n'est pas totalement sec. Le faire dans une église... c'est stupide. Ce n'était pas prémédité. Mais parfois...

Nina aussi un sourcil peu convaincu. Le blabla concernant les pleurs ne l'intéressait pas le moins du monde. Elle n'avait pas beaucoup de respect pour les gens qui pleuraient trop souvent, pour le reste, elle estimait qu'il n'y avait pas à se justifier. Église ou pas, ça ne changeait rien. Enfin. Au moins, il lui épargnait d'avoir à répondre.

Mon but n'était pas de me donner en spectacle. J'imagine qu'il en va de même pour vous.


Ses lèvre s'étirèrent dans un sourire narquois. Encore une fois, il avait besoin d'expliquer, allez savoir si c'était l'effet qu'elle lui faisait elle ou une simple habitude de sa part. Mais là aussi, elle n'avait pas l'intention de répondre, elle ne parlerait pas ne serait-ce que de sa présence dans cet endroit, c'était à lui de s'en rendre compte.

Et il comblait le silence !

Finalement, nous sommes tous deux les témoins d'une scène que nous n'aurions pas dû voir. Nous devrions nous provoquer en duel. Dans une église, ce serait un sacrilège des plus savoureux.

Elle se rappuya avec un reniflement légèrement méprisant et haussa les épaules. Elle n'avait pas non plus envie d'entendre parler de sacrilèges. Incroyable que les gens ne soient pas capables de parler d'autre chose quand il étaient dans une église. Impossible d'avoir une conversation normale dans ces foutus endroits.

Au fait, je m'appelle Etan.

- Nina.

Elle foudroya de nouveau le crucifix des yeux. Elle le détestait cordialement et avait plusieurs fois été traitée de fille de satan pour ça. Chose qui l'amusait au plus haut point. Elle avait laissé tomber la religion, pas Dieu seulement, le Diable faisait partie du lot également. Aujourd'hui, elle était furieusement agnostique.

- Tu ne devrais pas être à l'école ou en train de manger ton goûter à cette heure? lança-t-elle, narquoise.

Elle était de mauvaise humeur et préférait détourner la conversation. Agacer le jeune homme et le pousser à un échange un peu enlevé, dirons-nous, ferait certainement d'une pierre deux coups. Dans son manteau, l'hermine s'agita un peu. Elle ne l'attaquerait pas, bien sûr, tout du moins pas physiquement, n'étant pas vraiment sociopathe, elle suivait une bonne partie des règles établies par la société. La violence avait beau faire partie intégrante de son existence, elle ne se manifestait chez Nina que dans des circonstances très précises. Et le gars du banc derrière n'avait clairement pas l'air de ceux qui les rassemblent.
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Etan Brack
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MessageSujet: Re: Introspection [Libre]   Jeu 22 Sep - 14:11

La jeune femme portait sur lui un regard légèrement méprisant et, en même temps, un brin agacé, comme on le serait par un moustique s'agitant au-dessus de sa tête. Cela érafla la fierté du jeune homme, mais il n'en montra rien : il avait plusieurs années d'entraînement derrière lui et seuls ceux qui pouvaient lire son regard et y discerner la flamme de son amour-propre se rendaient compte que son visage n'était qu'un masque. Peut-être que cette inconnue avait cependant la capacité de voir au-delà des apparences.

Il se rendit compte qu'elle parlait peu. A chacun sa technique : elle choisissait le laconisme pour maîtriser toutes les informations qui sortaient de sa bouche, lui préférait noyer le poisson en racontant des choses sans intérêt. Il lui fallut admettre qu'elle se trahissait moins que lui : il ne savait toujours rien la concernant.

Nina.
Ah, un prénom, le premier signe qu'elle était civilisée. Il aurait pu, pour tenter de l'exaspérer, lui sortir une banalité du genre "C'est un nom charmant". Il se retint et se contenta de hocher la tête. Il suivit son regard quand elle le détourna. Le crucifix. Décidément, Jésus lui posait problème. Comme pour empêcher le jeune homme de s'aventurer de nouveau sur ce terrain, elle revint vers lui et l'attaqua.

La pique était puérile. Elle ne pouvait pas décemment espérer qu'il mordrait à l'hameçon, qu'il s'énerverait face à une phrase aussi risible. Risible, oui. Il aurait dû lui rire au nez et riposter sur le même ton.
Pourtant, et contre toute attente, elle avait fait mouche. En trois mots, elle venait de lui envoyer dans les dents tout ce qui rendait sa vie bancale : son absence d'éducation et son absence de famille. Un goûter ? Il ne savait même plus ce que c'était...
Déstabilisé, il fit de son mieux pour ne pas paraître affecté. Il se leva, quitta sa rangée de banc et s'approcha de l'autel. Ses yeux s'arrêtèrent sur les fleurs déposées là. Le silence régnait toujours dans la cathédrale, mais sa qualité avait changé : il était accueillant et reposant quand il était entré ; maintenant, il devenait oppressant. Il traîna des pieds pour le briser.

Ses quelques pas lui avaient permis de reprendre contenance. Il ne s'effondrerait pas devant elle, elle serait trop heureuse de remporter cette joute. Il tourna le dos à l'autel et fit face à la jeune femme. Il la détailla, de haut en bas. Son col bougea à nouveau à cause de l'hermine. Il haussa les épaules :

Vous n'arriverez pas à m'énerver.

Il afficha un petit sourire qui ne se reflétait pas dans ses yeux. Il n'était pas venu ici pour se battre, fût-ce verbalement. D'ailleurs, pourquoi était-il venu ? Ça n'avait pas réellement d'importance.

Le silence s'installa une fois de plus. Pour souligner le fait qu'il ne comptait pas tirer l'épée du fourreau, il aborda un sujet de conversation qu'il espérait neutre :

Votre hermine a-t-elle un nom ?

La plupart des propriétaires d'animaux étaient complètement gaga de leur bestiole et il suffisait de les lancer sur le sujet et de supporter la demi-heure d'anecdotes qui suivait pour devenir leur ami pour la vie. Malgré sa froideur, cette femme ne faisait peut-être pas exception. Après tout, elle se promenait avec, c'est donc qu'elle y tenait beaucoup.
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