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 Au détour d'un bras d'eau... [libre et permanent] - Terminé

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MessageSujet: Au détour d'un bras d'eau... [libre et permanent] - Terminé   Jeu 18 Aoû - 13:46

Mary Ann Hudson n'avait pas attendu d'être shérif du compté pour avoir à venir dans les plaines alluviales. C'étaient celles de son enfance.

Toute joyeuse de foncer sur l'hydroglisseur de la police locale, nettement plus performant que celui de son père, elle profitait également d'une vue en hauteur, et coupait régulièrement le moteur et la puissante hélice pour retirer le casque protégeant ses oreilles et, debout, observer la nature avec ses jumelles.
La nature, ... et ses dangers. Naturels ou non en fait.

À l'écoute d'un bruit de moteur, d'un coup de feu, ou de toutes autres bruits suspects, la shérif prenait son rôle très au sérieux, et avait bien l'intention autant que faire se peu, de dissuader par sa présence, à défaut d'avoir qui que ce soit à rassurer. Rassurer qui ? les alligators ? Non.
Mais dissuader, ça, les braconniers elle en connaissait quelques uns, et son élection comme shérif n'avait pas fait plaisir à tous. Pas à ceux-là du moins.

Cibi allumée (sur haut parleur et reliée aussi au casque), elle attendait un moment, puis changeait de lieu pour aller vérifier les coins les plus passants - si tant est que l'on peut les appeler ainsi, même si contrairement aux apparences le bayou n'est jamais désert - mais aussi les plus dangereux, non sans prévenir de sa position à chaque allée et venue, fusil à pompe à portée de main, on n'est jamais assez prudente, surtout dans certains coins....

« Une shérif disponible, pour la nature, et pour vous ! »
c'est ce qu'elle avait dit à la petite assistance à sa nomination, et ses paroles étaient rarement des paroles en l'air. Chez les Hudson pas besoin d'un papier et d'une signature pour savoir respecter ses engagements.

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Etan Brack
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MessageSujet: Re: Au détour d'un bras d'eau... [libre et permanent] - Terminé   Jeu 18 Aoû - 21:36

Etan n'avait pas encore totalement récupéré de sa blessure à la main, occasionnée par sa rencontre mouvementée avec une bande de Normes assez malpolis, mais il ne tenait plus : il fallait qu'il vole ! A priori, il ne garderait pas de séquelles de l'épisode malheureux, mais il avait peur d'une perte musculaire qui le déséquilibrerait s'il attendait encore. Bon, c'était une fausse excuse et il le savait pertinemment. Tout ce qu'il voulait, c'était éprouver à nouveau cette incomparable sensation de liberté.

Après s'être transformé, il avait d'abord survolé son quartier pour s'assurer que son aile se remettait correctement. Constatant qu'il ne s'écrasait pas à la moindre bourrasque, il avait pris un peu plus de hauteur et avait tournoyé autour de la ville. Mais il y avait des zones qui l'intriguaient depuis un moment et il mit le cap vers le sud-ouest, laissant les immeubles derrière lui. Un tapis de verdure se déploya progressivement devant lui, l'emplissant d'une joie sauvage. Bon, ce n'était pas des sapins recouverts de neige, mais il fit contre mauvaise fortune bon cœur : ça le changeait du béton et des maisons en brique et en bois.
L'humidité ici était pire qu'en ville, mais le plaisir du vol occultait cet inconvénient. Etan plongea dans la végétation pour survoler les bras d'eau, fonçant comme un bolide sur une autoroute. Son envergure lui interdisait de quitter ces avenues liquides pour s'enfoncer dans les amas d'arbres, de lianes et de buissons, mais frôler l'eau lui suffisait.

Une paire de mâchoires claqua subitement derrière lui. Se retournant, il se rendit compte qu'il venait d'échapper à un crocodile américain. Il n'aimait pas les reptiles. Par précaution, il décida de voler à deux mètres de la surface du bayou. Quelques dizaines de mètres plus loin, un coude particulièrement serré lui fit face. A sa vitesse, il risquait de s'envoyer dans le décor. Poussant un hululement d'excitation pure, il prit le virage et tenta de prendre simultanément de l'altitude. La courbe gracieuse qu'il suivit le sauva du crash mais le fit quitter la voie d'eau par le haut : il sentit les plumes de son ventre caresser la cime des arbres. Il poussa un nouveau hululement de bonheur : son aile était presque parfaitement rétablie, et sa maîtrise du vol n'avait pas disparu.

Se calmant un peu, il ralentit la vitesse et se percha sur la plus haute branche d'un arbre qui dépassait des autres. Reprenant son souffle, il observa les environs. Un mouvement chatoyant, en limite de son champ de vision, lui fit rapidement tourner la tête : un carouge à épaulettes venait de quitter son abri. C'était un animal protégé. Mais en l'occurrence, à l'heure actuelle, c'était surtout une provocation. Les harfangs ne chassent pas vraiment les autres oiseaux, à part les lagopèdes qui restent souvent au sol. Mais là, Etan voulait du sport, pas forcément une mise à mort. Il étendit ses ailes et se laissa tomber de sa branche. C'était ce moment qu'il aimait le plus dans le vol, quand l'air s'engouffrait dans ses ailes et transformait une chute en une glissade aérienne et élégante. Plus jeune, il avait passé des heures entières à se laisser tomber d'un séquoia, pour le simple plaisir de permettre à un courant d'air chaud de lui éviter le choc fatal.

Il prit donc l'oiseau protégé en chasse. L'animal se rendit compte qu'il était suivi, et par un oiseau inconnu environ dix fois plus gros que lui. Qu'il résiste à l'envie de faire une crise cardiaque releva du miracle. La poursuite commença. Le carouge avait pour lui la maniabilité et la rage de vivre, le harfang tablait sur la vitesse et la terreur qu'il inspirait. C'était un jeu cruel, mais tellement bon !

Un bruit de moteur détourna le harfang de sa cible. Un hydroglisseur, en contrebas, se dirigeait vers lui. Son occupant (ou plutôt son occupante, révéla la vision aiguë du hibou) ne pouvait pas le manquer : avec sa blancheur et son envergure, il était à peu près aussi repérable qu'un carouge à épaulette posé sur un glacier. Ne voyant pas le fusil à pompe, il pensa que la femme était une simple touriste, oubliant qu'il était peu probable que les agences de voyage envoient des touristes seuls dans le bayou. Il fit une pirouette devant elle pour épater la galerie, puis reprit sa chasse. Le carouge avait disparut, mais le ciel du bayou regorgeait d'oiseaux, pour la plupart protégés, et Etan n'avait que l'embarras du choix. Laissant là l'hydroglisseur, il se mit à poursuivre un autre volatile, qui s'acharnait à rester dans le même coin. Sans doute son nid était-il dans les parages. Etan restait donc en vue de la jeune femme, ce qui l'agaçait un peu...
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MessageSujet: Re: Au détour d'un bras d'eau... [libre et permanent] - Terminé   Ven 19 Aoû - 9:58

Sans être une férue de la faune et la flore du bayou et d'en nommer chaque espèce, Daisy fut rapidement doublement intriguée par la grosse chouette. D'une part parce qu'elle se souvenait pas en avoir déjà vu des comme ça par ici, d'autre part parce que de son souvenir, c'est plutôt les rongeurs que ça chasse, de nuit de surcroit.
Tout en sachant pouvoir se tromper, elle coupa donc le moteur, et laissa l'embarcation glisser en silence en prenant ses jumelles autant pour profiter d'un spectacle pas banal que pour comprendre.

* D'où tu sors, d'où tu t'es échappé toi ? * pensa-t-elle en y voyant de plus près.

... et l'instant d'après, elle vit la scène comme une querelle dégénérant dans un bar. Or dans un monde peuplé d'outres et dans les coins comme ici, de métamorphes, ça changeait forcément la donne : la nature est cruelle, mais en qualité de shérif elle peut pas laisser des outres se mettre sur la gueule pas plus que des humains. Sans parler du braconnage. Rien à redire sur le fait qu'un méta soit un prédateur et exprime sa nature animal, mais c'est par une raison pour que son "humanité" s'amuse à tuer pour le plaisir.

Normalement à cette distance, les deux compères devaient voir sans problème sur sa chemisette beige son insigne de shérif, et les gyrophares bleu et rouge - même éteints - perchés derrière elle près de l'hélice. Attentive, elle observa, à l'affut d'une réaction typiquement humaine en présence des forces de police : se figer, fuir, feindre l'innocence.. et inutile de prendre le mégaphone ou de mettre la sirène, ou ce serait tous les volatiles du bayou, dont peut-être ces deux là, qui partiraient à tire-d'aile.
Non, elle était plus maline que ça, et observant toujours aux jumelles, siffla sans forcer, comme on le fait pour attirer l'attention de quelqu'un de l'autre coté de la rue, et d'ajouter à voix haute sans crier :

« ho, la chouette, t'a fini d'emmerder plus petit que toi ? »

... là, elle était presque sûre d'elle : si le manège n'était troublé ne serait-ce qu'un court instant, c'est qu'au moins un des deux était pas un simple animal...
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Etan Brack
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MessageSujet: Re: Au détour d'un bras d'eau... [libre et permanent] - Terminé   Ven 19 Aoû - 10:51

L'oiseau s'était réfugié sous le couvert des arbres : il semblait avoir compris qu'Etan ne pouvait pas le suivre là. Un autre surgit et le manège recommença, faisant oublier au métamorphe l'humaine sur son hydroglisseur. Un sifflement le ramena à la réalité, ainsi qu'un commentaire assez direct.
Surpris, Etan reprit de l'altitude, laissant l'oiseau s'enfuir. Il se rapprocha ensuite de l'embarcation et cette fois-ci, il vit ce que sa première observation ne lui avait pas montrée : le fusil, les girophares éteints et l'étoile du shérif. Il jura, ce qui se traduisit par un hululement frustré. Il n'avait tué aucun oiseau, mais il n'avait aucun moyen de le prouver et il savait qu'il était assez mal vu de chasser dans un parc naturel.

Tournoyant au-dessus de l'hydroglisseur, il hésita à s'enfuir. Cela dit, il n'y avait pas 36 000 métamorphes harfangs en ville, et il ne faudrait pas plus de deux jours aux autorités pour le retrouver. Le délit de fuite le désignerait immédiatement comme coupable de braconnage, ce qui n'était pas tout à fait vrai. Il décida finalement de rester.

Plutôt que d'atterrir sur l'embarcation et de s'y métamorphoser, au risque de traumatiser le shérif et d'aggraver encore son cas, il se posa sur un arbre et s'enfonça en sautillant dans la végétation. Après s'être assuré qu'aucun serpent ne peuplait l'arbre et que les branches supporteraient son poids humain, il se métamorphosa, tira rapidement ses vêtements de son métasac et s'habilla. Les moustiques commencèrent à le dévorer.

Ça aurait pu être une bonne journée... grogna-t-il.

La shérif ne le voyait plus, dissimulé qu'il était par les arbres. Pour qu'elle n'ait pas l'impression qu'il se soit enfui, il cria :

Bonjour ! Je suis par ici !

Et il s'avança sur une grosse branche qui dépassait de l'eau. Il espérait ardemment qu'elle tiendrait le choc : l'épisode du crocodile était encore frais dans sa mémoire et il ignorait quelles autres créatures peuplaient ces eaux saumâtres et impénétrables. L'hydroglisseur arriva à son niveau et il put détailler le femme qui s'y trouvait. Sous forme de harfang, il ne parvenait pas à s'intéresser aux détails d'un visage ou d'une silhouette : comme beaucoup de prédateurs, c'était le mouvement qui accrochait son œil. La femme semblait jeune, peut-être 28 ans, il n'était pas très doué, et à sa plastique, on l'aurait plutôt vu près d'une piscine à Miami, un cocktail à la main, que navigant sur le bayou assisté de son fidèle fusil à pompe. Néanmoins, pour qu'une femme ait gagné le titre de shérif dans un coin aussi macho, il fallait qu'elle ait du caractère. Et pas qu'un peu. Etan décida donc d'éviter de trop la ramener.

Je... m'exerçais au vol.

Il se tut. Il avait l'impression que, quoi qu'il dirait, il allait s'enfoncer. Il espérait que la jeune femme avait un a priori plutôt positif sur les Métamorphes. Une raciste risquait de lui poser pas mal de problème, et il n'avait pas assez de relations en ville pour espérer affronter victorieusement la justice. Il ouvrit la bouche pour lancer des banalités, mais même ça, il préféra éviter. Il attendit donc stoïquement d'entendre ce que la shérif allait lui reprocher.
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MessageSujet: Re: Au détour d'un bras d'eau... [libre et permanent] - Terminé   Ven 19 Aoû - 22:33

* Bingo * souffla-t-elle en voyant le grand rapace aller se poser dans un autre arbre avec ce qui lui semblait être une sorte de baluchon. Elle n'avait pas remarqué celui-ci pendant qu'il s'en prenait à l'autre oiseau, et cela l'incita à la prudence. Un oiseau métamorphe ou un métamorphe nu sous forme humaine, ça ne lui posera pas trop de problème alors qu'elle est armée. Par contre, pas moyen de savoir ce qu'il transportait là... et il se mettait à couvert dans la végétation...
Prudence.

En mettant en marche le petit moteur secondaire qui servait aux manœuvres délicates ou d'approches discrètes, la shérif prévint par radio qu'elle interpellait pour vérification d'usage un métamorphe type « grosse chouette suspecte et pas du coin ». Puis s'approcha au plus près pour avoir en vue l'individu, non sans garder une main près du fusil, ne sachant absolument pas si le petit paquetage ne contenait pas une arme de petit calibre. À l'écoute, la shérif vérifiait qu'aucun bruit suspect ne se fit entendre, que ce soit le chien d'un révolver, ou plus probable, la chute de quelque chose de compromettant tombant à l'eau pour s'en débarrasser.

Lorsque la voix se fit entendre, humaine, masculine, et semblait-il adulte, elle répondit d'une voix posée, claire et bien audible :

« Shérif du comté, descendez par ici devant moi calmement » et ajouta dans la foulée en devinant la silhouette dans la végétation « et si possible montez directement à l'avant de l'hydroglisseur avant que cette branche ne casse... c'est plein de serpents et d'alligators ici... »
Sans connaître la mésaventure de tantôt du métamorphe, c'était assurément l'argument numéro 1 pour inciter tous visiteurs imprudents à la rejoindre.

L'avant de l'embarcation était au plus proche de ce qui servait de berge au niveau de l'individu. Pour l'inciter à la coopération d'avantage encore qu'il ne semblait l'être - mais l'on n'est jamais assez prudente ma fille avec ces loustiques là se répétait-elle intérieurement.

« Je vois que vous avez pris le temps de vous habiller. Dommage. Je m'attendais à devoir vous prêter ma casquette que vous puissiez vous cacher derrière... aller, on embarque. » Et sans lâcher le canon du fusil à pompe de la main droite, attrapa la casquette étoilée qui était rangée de coté, celle-ci étant peu pratique pour observer avec les grosses jumelles les environs. Bonne nouvelle, même si elle tenait l'extrémité de son arme au cas où, elle ne l'avait pas décrochée de son support.

« Veuillez vider vos poches et baluchon, tournez vous que je puisse vérifier votre dos et montrez moi si vous avez rien de glissé à vos chevilles ou sous votre haut. Si vous avez une arme ou un objet pouvant servir d'arme, je vous invite à l'indiquer avant que je la découvre et à la déposer lentement. »

Elle le laissa faire, vigilante mais sans trop s'inquiéter toutefois : peu probable que son sac en plus de ses vêtements aussi légers soient-ils, puisse contenir un gros calibre ou une machette. Un couteau de lancer, un Deringer, ou une petite bombe de gel de défense en revanche...

« ... et présentez-moi votre licence de conduite, ou tout autre pièce d'identité que vous auriez sur vous. »

Scrutant le jeune homme, son visage, son corps, ses gestes, et ce qu'il déballait, la shérif aussi jolie qu'elle fut, semblait pas commode avec sa casquette d'uniforme remise en place et ses cheveux attachés pour ne pas s'accrocher dans la végétation ou l'hélice.

Ce faisant, elle continua à parler.

« Donc, et si vous me disiez ce que vous faisiez vraiment, à déranger un nid ? c'est pas plutôt les rongeurs que vous chassez ? ... et me dites pas que vous y avez fait tomber vos clés ou votre licence de conduite dans ce nid. » puis prenant en considération l'âge du suspect d'ajouter sur un ton moralisateur qu'elle pouvait se permettre de part sa fonction et la différence d'âge apparent : « Ça me gène pas que vous chassiez comme votre animal totem le fait, mais pas que vous vous comportiez comme ces sales gosses qui tirent au lance-pierre ou à la carabine à plombs sur les chats du voisinage... »

... sur quoi, elle attendit la réponse en terminant son inspection visuel...



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Etan Brack
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MessageSujet: Re: Au détour d'un bras d'eau... [libre et permanent] - Terminé   Dim 21 Aoû - 15:47

Etan regarda l'embarcation d'un air méfiant : il n'avait aucune envie de monter là-dessus, ni d'être aussi proche de la shérif. Cela dit, il n'avait pas tellement le choix, et une nouvelle rencontre avec un reptile ne lui semblait pas nécessaire. Il sauta donc sur l'hydroglisseur, glissa sur une flaque et s'étala sur le "pont", tombant nez à nez avec le canon du fusil à pompe posé sur le siège. Il se releva précipitamment, tentant de reprendre contenance.

La shérif émit un commentaire sur le fait qu'il s'était déjà habillé. Il eut un regard surpris. Elle le... draguait ? Ou n'était-ce qu'une manœuvre pour le mettre à l'aise et endormir sa méfiance, ou encore pour qu'il se sente agressé et l'insulte ? Ne sachant trop que penser, il eut un sourire gêné.

Je suis sûr que vous n'avez qu'à claquer des doigts pour que des hommes bien mieux foutus que moi se déshabillent. Vous ne manquez pas grand chose.

Il obéit à son injonction de vider ses poches : à part son porte-feuille et ses clés, elles étaient vides, il n'avait même pas de téléphone. Son sac, en revanche, contenait les sandales qu'il n'avait pas eu le temps de mettre, un jeans et un imperméable : il ne comprenait toujours pas quelle magie permettait de réduire la taille et le poids des objets qu'on pouvait mettre dedans, mais le métasac était vraiment l'invention du siècle. Il en sortit également la plume de chouette montée en pendentif qu'il gardait en permanence sur lui, et en profita pour la mettre autour de son cou. Il hésita avant de sortir le dernier objet et releva la tête :

J'ai un canif. C'est ma seule arme. Enfin, si on peut appeler ça une arme...

Il le sortit et le posa à côté du fusil. Il ne put retenir un sourire en constatant qui des deux était le plus dangereux.
Il jeta le sac dans un coin de l'hydroglisseur et tourna le dos à la shérif pour qu'elle puisse le fouiller. Hum, c'était une idée ou est-ce que ses mains s'attardaient plus longtemps que nécessaire sur certaines parties de son anatomie ? Ce fut toutefois trop furtif pour qu'il en soit persuadé.
Il lui refit face à la jeune femme et se demanda à nouveau comment et pourquoi elle avait obtenu ce poste. Il fouilla dans son porte-feuilles pour sortir son permis de conduire.

Ah. L'adresse n'est pas la bonne. J'ai emménagé officiellement à la Nouvelle-Orléans il y a seulement quelques jours. Le Dakota du Nord, c'était... avant.


Elle garda ses papiers et lui demanda ce qu'il faisait ici. On y arrivait. C'est là qu'on allait voir si c'était une écologiste pure et dure ou si elle allait tolérer son comportement. Quoi qu'il arrive, il mentait très mal et il préféra se cantonner à la vérité.

Hum... J'ai été blessé à la main, il y a plusieurs jours, et ça m'empêchait de voler. Je ne sais pas si on vous a déjà privé de votre plus grand plaisir pendant une ou deux semaines, mais sachez que c'est vraiment...frustrant. Bref, la blessure se résorbe et je n'ai pas pu résister : je suis venu ici pour me défouler. Je ne mange pas d'oiseaux, les plumes ont un contact qui me répugne. Mais quand j'ai vu ceux-là sortir des arbres, l'instinct est revenu au galop et j'ai voulu... jouer.

Dis comme ça, ça faisait très "caprice d'enfant". Etan avait un peu honte de la faiblesse de son argumentation, mais il était aussi perturbé par le fait de décrire son comportement de métamorphe à un norme. Dire à un autre méta qu'il n'aimait pas gober des plumes, c'était concevable, mais qu'en penserait un Norme ?

Hum... C'est illégal de voler après des oiseaux ? Qu'est-ce que je risque ?

En attendant le verdict, il regarda autour de lui. Le bayou semblait bien moins accueillant, d'un coup, et l'humidité de plus en plus gênante. La shérif le mettait décidément mal à l'aise. C'était peut-être pour ça qu'elle avait eu le poste, d'ailleurs.
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MessageSujet: Re: Au détour d'un bras d'eau... [libre et permanent] - Terminé   Dim 21 Aoû - 20:56

Avec son arrivée pieds nus et boueux depuis la berge, et à sa façon de sauter à bord, Daisy le voyait déjà glisser en dépit de la peinture antidérapante de ces embarcations. Imprudence typique de ceux qui ne sont jamais sur l'eau : sauter pour franchir l'eau plutôt que de simplement monter à bord calmement.
Elle l'attrapa d'un geste vif au bras sous l'épaule, et referma une poigne étonnamment ferme pour sa corpulence, pour lui éviter de se blesser en tombant. Sitôt redressé, elle remit entre eux une distance de sécurité pour reprendre les choses là où elles auraient dû continuer sans l'imprudence du métamorphe.

En considérant ce que le jeune homme portait à présent sur lui, Daisy était tout bonnement stupéfaite de la quantité de choses que ce sac renfermait. Aussi en tant que shérif prit-elle le risque de compléter son examen visuel et de se rapprocher pour palper l'individu, attentive à ses mouvements au cas où il tenterait de la mettre à l'eau, s'emparer d'une arme, et fuir...
Mais rien du pire n'arriva et elle put poursuivre méticuleusement son interpellation, sans se formaliser du canif.

« Il n'est pas interdit de suivre des animaux pour les observer. Persister à les déranger c'est une autre histoire. Mais vous avez de la chance : à quelques centaines de mètres c'est la réserve naturelle. Donc pour cette fois ce sera un simple avertissement et une reconduction sur la terre ferme. Vous ne connaissez pas la région alors renseignez-vous sur elle et sur nos lois, et respectez la nature. Même hors de la réserve. »

Sembler sincère ne veut pas dire être sincère, mais son intuition lui soufflait que le métamorphe ne mentait pas. Ce qui ne l'empêcha pas par conscience professionnelle de lui demander :

« Cette blessure à la main, je peux la voir ? C'est arrivé comment ? »



Dernière édition par Daisy le Lun 22 Aoû - 9:29, édité 1 fois (Raison : oubli du verbe dans la dernière phrase ^^')
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Etan Brack
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MessageSujet: Re: Au détour d'un bras d'eau... [libre et permanent] - Terminé   Lun 22 Aoû - 9:09

Juste une remontrance. Etan n'en revenait pas : il se voyait déjà traîné devant les juges, enfermé dans une cellule sans fenêtre pendant des jours, comme dans son enfance, et succombant à la folie en moins de 48h. Mais non. Il poussa un soupir de soulagement perceptible et, pour la première fois depuis le début de "l'entretien", se permit de sourire.

Je ne manquerai pas de me renseigner pour éviter de commettre à nouveau cette erreur.

La shérif lui parut d'un seul coup beaucoup plus charmante, comme si le fait de se savoir hors de danger lui permettait de la regarder d'un œil neuf. Néanmoins, elle n'en avait pas fini avec lui : après avoir froncé les sourcils, elle s'intéressa à sa main blessée.
Il la lui tendit, montrant une cicatrice qui courait sur les deux faces, signe que la main avait été transpercée. La marque était encore rouge, pas entièrement résorbée. Il haussa les épaules et expliqua :

J'ai l'habitude de me promener en ville le soir. Une fois, j'ai entendu une rixe dans une ruelle : quatre hommes contre une jeune femme.

Il examina son interlocutrice.

Je ne doute pas que certaines femmes peuvent tenir tête à quatre hommes, mais ce n'était pas son cas. Je me suis porté à son secours et un couteau m'a transpercé l'aile.

Il ne mentionna pas le vampire qui avait remporté la victoire à leur place, ni la mort d'un de leurs agresseurs. Autant éviter d'entrer dans les détails.

Nous avons réussi à nous en sortir, mal en point tous les deux. Mais les métamorphes récupèrent assez vite de leurs blessures.

Il haussa encore une fois les épaules et s'assit, regardant l'eau d'un air las. Une boule s'était formée dans sa gorge, alimentée par la colère que faisait remonter en lui ce souvenir.

C'était ma première confrontation au racisme anti-outre depuis... mon arrivée ici. Est-ce qu'un jour on pourra vivre en paix quelque part ?

Il secoua la tête et regarda à nouveau la shérif, souriant d'un air d'excuse.

Désolé, je n'ai pas à vous imposer mes états d'âme. Vous avez sans doute mieux à faire. Quelle superficie devez-vous couvrir ? Vous êtes en poste ici depuis longtemps ?

Le danger écarté, sa curiosité refaisait surface.
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MessageSujet: Re: Au détour d'un bras d'eau... [libre et permanent] - Terminé   Lun 22 Aoû - 10:27

Il paraissait toujours aussi sincère, et la trace de blessure à la main était bien réelle. Pas le genre de blessure que l'on se fait en bricolant, ou volontairement quelle qu'en soit la raison.

« J'ai du mal à comprendre comment vous pouvez venir en aide à une faible femme parce que c'est ce qu'il convient de faire, et comment dans les jours qui suivent vous pouvez vous oubliez sur de faibles oiseaux. Vous avez pris des substances illicites ? »
Son regard en coin n'attendait pas de réponse. Elle semblait voir dans les yeux de son interlocuteur que son état ne méritait pas de prise de sang ou d'analyse. Mais cette contradiction semblait l'intriguer... et plusieurs questions fusèrent.

« Vous vous en êtes tirés à deux contre quatre... elle et vous, contre eux. Si j'ai bien compris. Ou vous avez eu de l'aide parmi les témoins de la scène ?
Elle a pensé porter plainte j'espère au moins... sinon faut pas vous étonnez que l'injustice règne.
À part ça, pour vivre en paix, suivez mon conseil : apprenez les lois locales, écrites dans les livres, mais aussi celles inscrites dans le cœur des autochtones. Pour vivre en harmonie ici, faut le faire avec la nature, mais aussi avec les ploucs pas commodes qui aiment pas ceux qui débarquent avec des dollars ou ce qu'ils ont pas et n'auront jamais. Ou rester discret, humble. Parce que vous parlez de racisme, mais faut voir comme les gens du coin sont considérés comme des crétins consanguins juste bons à servir de bouffe ou de morts à déterrer. Alors ouais, j'ai pas mal de coins à couvrir et par chance, car c'est une chance, je suis née en Louisiane. Et je peux affirmer que c'est pas la bonne approche de vouloir être respecté malgré ses différences sans respecter celles de nous autres ploucs. Ne serait-ce que parce que la vie est pas plus facile ici qu'ailleurs. On est des gens simples, modestes, mais ça veut pas dire qu'on est pas riche de cœur parce qu'on cherche à se défendre si on se sent méprisé. Je sens que t'en as bavé dans ta jeunesse. Ben ici aussi, on en bave. Même si c'est un petit coin de paradis. Tu vois, y aura toujours quelqu'un pour te mépriser. À toi de voir si tu les laisses te juger, si tu préfères te mentir pour leur ressembler, ou si tu t'acceptes sans chouiner dès qu'on te regarde de travers. »


Le tout avait été débité rapidement, sur un ton calme mais... avec peu d'espoir qu'un gamin qui s'en prend à des piafs fasse immédiatement le rapprochement avec l'injustice qu'il ressentait à se faire agresser juste pour ce qu'il est, ou n'est pas.

« Sur ce, je te propose de t'assoir pour pas tomber, et de mettre toi aussi un casque pour pas être assourdi et que je t'entende au micro si tu as quelque chose à dire, entre autre sur cette agression dont je devine que tu as encore à dire et qui intéresserait mes collègues de la Nouvelle Orléans. »

Le moteur démarra, l'hélice vrombit, et le bruit était infernal et pareil à celui d'un hélicoptère pour le métamorphe qui savait voler en silence. Daisy tendit un second casque pour que la "balade" au raz de l'eau et le vent sur le visage soit un plaisir plus qu'un calvaire....
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Etan Brack
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MessageSujet: Re: Au détour d'un bras d'eau... [libre et permanent] - Terminé   Mar 23 Aoû - 9:38

Elle était plus perspicace qu'il ne l'avait supposé. Évidemment. Il la sous-estimait à cause de son physique qui ne cadrait pas avec le rôle. C'était une erreur que beaucoup devaient commettre, avec elle. Elle se lança dans une longue leçon de morale à base de respect de l'autre. Il n'écouta que d'une oreille : l'autre était concentrée sur les sons du bayou. Observer la mangrove depuis les airs ne permettait pas d'en saisir toutes les subtilités. Debout sur l'hydroglisseur, il en voyait beaucoup plus : la mousse sur les arbres et les lianes, les habillant d'un vert soyeux, les yeux des poissons d'une espèce inconnue, qui sortaient de l'eau pour repérer les insectes, les remous mystérieux dans les bras morts, les crocodiles parfaitement immobiles, camouflés par une couverture de lentilles d'eau verdâtres et ne laissant voir que leur mâchoire d'un blanc aussi pur que mortel... C'était magnifique.

La shérif lui suggéra de s'asseoir, d'un ton plutôt autoritaire. Il obéit et enfila le casque qu'elle lui tendait. Le bruit affreux se mit à retentir, brisant l'harmonie des chants d'oiseaux et d'insectes qui s'entremêlaient jusqu'à présent.

Il est vrai que nous n'étions pas que deux, ce soir-là. Un vampire nous a aidé et a réussi à mettre en fuite les agresseurs de la jeune femme. Je ne sais pas si elle a porté plainte : je ne l'ai pas encore revue depuis.

C'était la vérité. Il ajouta, pour lui-même (et le bruit du moteur empêcha peut-être la shérif de l'entendre) :

Il faudra que je la retrouve pour savoir comment elle va...

Il reprit la parole, plus fort.

Il n'y a rien de plus à dire là-dessus, je crois. Mais vous avez raison : si je veux être respecté, il faut que j'apprenne à connaître les coutumes de la région pour ne pas commettre d'impair. C'était stupide de ma part de poursuivre ces oiseaux. Peut-être que c'est stupide aussi de vouloir vivre ma différence au grand jour en ville, que ça choque encore trop les gens pour qu'ils acceptent de me laisser en paix. Je devrais sans doute être plus prudent.

Il eut un sourire sans joie.

Je ne considère pas les habitants de la Louisiane comme des crétins consanguins. J'ai été élevé par des crétins consanguins, alors je sais ce que c'est. Je connais peu de gens hors de la ville, mais je n'ai pas d'a priori contre eux. Peut-être que je ne serais pas très à l'aise si je débarquais dans un bar fréquenté par des pêcheurs et des agriculteurs, mais je pense que je ne jugerai pas leur vie et leur comportement sans l'avoir compris avant...

Il n'était pas sûr de s'exprimer clairement. Il savait que sa froideur pouvait passer pour du mépris, alors que ce n'était qu'un moyen de se défendre contre les autres. Il haussa les épaules.

D'ailleurs, où allons-nous ? Et quel est votre nom, shérif ?

Il regarda autour de lui. Comment pouvait-elle se repérer ici ? Il en aurait été incapable...

En tout cas, votre région est sublime. Un peu étouffante, mais vraiment magnifique.

Il avait lâché ça sans réfléchir : il le pensait sincèrement, c'est tout. C'était moins reposant que les immensités enneigés du Dakota du Nord, mais beaucoup plus mystérieux et exaltant, aussi. Il se cala contre le bord du bateau et afficha le sourire béat d'un enfant dans un parc d'attraction.
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MessageSujet: Re: Au détour d'un bras d'eau... [libre et permanent] - Terminé   Mar 23 Aoû - 10:16

Filant bien plus vite sur l'eau que le métamorphe n'avait pu le faire - et encore, le danger des alligators en moins - l'hydroglisseur propulsé par sa puissante hélice atteignait une vitesse inimaginable pour qui ne connaissait pas parfaitement ces bras d'eau.

La shérif se baissa vers son "invité" et replaça le micro du casque quand elle l'entendit moins alors qu'il marmonnait.

« C'est comme les casques d'hélicoptères, faut garder le micro devant la bouche : il ne capte que les sons venant directement sur lui sans quoi on entendrait que le moteur.

Vampire hum ? aussi bien... c'était une humaine cette femme ? »


Elle sentit un léger flottement, et laissa le métamorphe profiter du paysage et réfléchir à voix haute sur ce qu'elle venait de lui expliquer. Déjà, s'il en comprenait un bout, se serait pas mal de la part d'un gamin même pas en âge de picoler ou d'aller risquer sa vie pour la patrie.

« Hudson. Shérif Hudson. Possible que vous entendiez certains me nommer autrement, mais je déconseille de les imiter sans mon aval. » Un sourire faussement angélique apparu à ses lèvres, et la belle blonde devint presque carnassière. Finalement, et si les blondes subissaient autant de préjugés - la crainte en moins - que les outres ? Question intéressante que toute personne ayant suivit la conversation serait en mesure de se poser légitimement.

« La Nouvelle Orléans est une ville riche et métissée. Ça ne la rend pas plus tolérante et tendre avec ceux qui y cherche la paix. Ceux qui savent qui ils sont, sont bien souvent plus chaleureux que ceux qui ceux sont perdus et qui se cherchent. Tu devrais te trouver un job et une grange à la campagne près de la nature. Tu y serais bien plus à l'aise et à ta place m'est avis. Enfin pour ce que j'en dis. La gran'ville est bien pour aller voir les dames et s'y oublier sans se faire juger, mais pour vivre, vivre sa vie et en paix, elle vaut que dalle. »

Sur ces bonnes paroles, alors que le jeune homme dégustait le paysage, Mary Ann avait le regard dans les paysages imaginaires, cherchant à visualiser des forêts enneigées comme celles d'où avaient l'air de venir ce drôle d'oiseau là, tout en navigant comme l'on conduit sans y penser le long d'une route mille fois parcourue... à ceci près qu'il y a pas de risque de bouchon ou de feu à respecter ici !
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MessageSujet: Re: Au détour d'un bras d'eau... [libre et permanent] - Terminé   Mer 24 Aoû - 9:24

La shérif se mit à accélérer. L'hydroglisseur filait sur l'eau à une vitesse hallucinante. Les humains pensaient sans doute que la sensation du vol ressemblait à ça, mais pas du tout : Etan avait l'impression que tous ses organes se détachaient un à un dans son ventre et sa poitrine et qu'il allait bientôt vomir son foie, sa rate et son estomac. Son teint devint peu à peu grisâtre. Regarder les berges qui défilaient à toute allure amplifiait son malaise et il préféra regarder le ciel, qui semblait désormais être le seul élément stable de l'univers.

La jeune femme replaça correctement son casque et reprit la discussion comme si de rien n'était. Il fut bien obligé de déserrer les dents pour répondre :

Non. Métamorphe. Comme moi.

Ils fonçaient droit sur la végétation et, comme ils rasaient l'eau, Etan ne voyait pas le virage. Alors qu'à peine une heure plus tôt, la même situation l'avait empli d'excitation, il se sentit à présent submergé par la terreur et la certitude qu'ils allaient s'empaler dans les branches. Il ferma les yeux et sentit toute la force centrifuge l'emporter quand la shérif vira d'un coup. Ses yeux encore fermés s'exorbitèrent. Ce fut trop : il se pencha par-dessus le bastingage et vomit tripes et boyaux. Il n'avait plus que deux envies : fuir, ou mourir.

Néanmoins, ni l'une ni l'autre de ces options ne semblait envisageable à court terme. L'hydroglisseur avançait encore et toujours, sa conductrice fièrement dressée, telle une capitaine imperturbable. Et elle lui parlait toujours. S'essuyant la bouche, il ferma à nouveau les yeux.

Pas de grange. J'ai déjà un logement. En ville. Quand le besoin se fait sentir, je passe plusieurs jours hors de la ville. Les nombreuses fermes abandonnées m'accueillent. Le harfang est solitaire, mais j'ai besoin de rencontrer des gens. Je ne suis pas qu'un animal.

S'être vidé l'estomac lui avait fait du bien. Il reprenait un peu de couleur, même s'il espérait ardemment que la balade se terminerait bientôt et qu'ils continueraient à discuter soit à l'arrêt soit, mieux encore, sur la terre ferme. Il n'osa pas formuler sa prière à voix haute, de peur de vexer la shérif. Il se contenta de réitérer la question à laquelle la jeune femme n'avait pas répondu.

On va où ?

Le regard empli d'espoir et la pointe d'urgence qui perçait dans sa voix trahissait son malaise aussi sûrement que son teint, mais cette fois-ci, il n'arrivait pas à garder son masque d'impassibilité. Si elle lui annonçait qu'ils avaient encore une heure de route à faire, il se jetterait à l'eau : plutôt mourir dévoré par un crocodile que rester dans cet engin de torture !
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MessageSujet: Re: Au détour d'un bras d'eau... [libre et permanent] - Terminé   Mer 24 Aoû - 12:04

En principe la stabilité des hydroglisseurs ne rendait malade que les estomacs les plus fragiles. De par leur large fond plat, et navigant sur des étendues d'eau si calmes que leur courant était imperceptible, Daisy n'avait jamais eu à faire à un malade à son bord. D'ailleurs elle n'était pas encore habituée à avoir des inconnus avec elle en "balade"...

« oups... » murmura-t-elle en ralentissant.
« Le mal des transports c'est tout le temps ou juste sur l'eau ? Mais on est bientôt arrivés sur la terre ferme. À partir de là ça ne posera pas de problème pour se transformer et s'envoler sans se faire croquer. La ville ne sera plus loin. »

Elle ne chercha pas d'avantage à obliger Etan à parler alors qu'il devait encore avoir quelques nausées, et attendit qu'ils rejoignent la terre ferme pour reprendre :

« C'était pas de l'incitation à quitter la civilisation rassure-toi. Je pensais que les métamorphes avaient, même sous forme humaine, les traits de caractères dominants de leur animal totem... »

Puis après une courte pause, alors qu'Etan Brack prenait son paquetage déjà prêt et visiblement soulagé à la seule idée de partir :

« Son nom, à la jeune femme, et à ce vampire, c'est quoi ? »
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Etan Brack
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MessageSujet: Re: Au détour d'un bras d'eau... [libre et permanent] - Terminé   Mer 24 Aoû - 12:40

Le ralentissement fut une bénédiction pour Etan, qui put enfin reprendre des inspirations normales et relâcher sa prise sur les rebords de l'embarcation. Il sourit misérablement à la femme.

Merci, shérif. Je crois que je n'aime pas les bateaux, ça m'avait déjà fait ça la première fois. Je n'ai pas ce problème sur les routes. Et évidemment pas dans les airs.

Elle finit par accoster. Etan ne se fit pas prier pour retrouver le plancher des vaches. Il fit quelques pas en respirant profondément pour évacuer le stress qu'il venait de vivre.

C'est vrai, les métamorphes ressemblent à leur totem, s'ils se laissent aller. Le mien me pousse naturellement à rester en retrait. Mais j'ai vécu seul avec ma... mère pendant 18 ans, et même si ça ne plaît pas à ma partie animale, ma partie humaine a besoin d'approcher d'autres individus, pour combler ce manque de relations. J'ai des... des sortes de phases, des périodes pendant lesquelles je suis plutôt sociable et d'autres où le monde des hommes m'indiffère.

Il haussa les épaules, fataliste : il ne savait pas encore bien comment il fonctionnait, donc c'était difficile de l'expliquer à une tierce personne.
Il se pencha sur le bateau pour récupérer son sac, mais ce n'était pas pour partir : maintenant qu'il était de nouveau sur terre, il pouvait laisser libre cours à sa curiosité.
Il réfléchit un instant à la dernière question de sa partenaire de balade, puis eut un éclat de rire.

C'est fou ! Je ne sais même pas le nom de famille des gens qui se sont battus à mes côtés. Le vampire s'appelle Camille. La jeune femme...

Il fronça les sourcils, désemparé.

Soit elle n'a pas dit son nom, soit j'ai un trou de mémoire. Elle a été inconsciente un bon moment, et j'ai eu un gros choc à la tête, on a peut-être oublié de faire les présentations.

Il se creusa encore la tête un moment, puis abandonna.

Non, je ne retrouve pas. La Nouvelle-Orléans n'est pas si grande, on finira bien par se tomber dessus par hasard.

Oubliant ce sujet de conversation, il examina les environs.

Vous vivez dans les parages ? Il y a un village, par ici ? Combien d'habitants ? De quoi vivent-ils ?

Il repensa à la leçon de morale qu'il avait reçue sur le bateau. S'il voulait respecter les gens du cru, il fallait les connaître. D'un autre côté, s'il y avait un village dans le coin, peut-être qu'y aller seul n'était pas une bonne idée : les gens n'apprécieraient sûrement pas d'être pris pour des attractions. Il regarda la shérif. C'était sans doute un peu malvenu de lui demander de lui faire la visite guidée, surtout dans sa position de "jeune délinquant". Il resta donc planté devant elle, avec son paquetage, ne sachant trop que faire.
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MessageSujet: Re: Au détour d'un bras d'eau... [libre et permanent] - Terminé   Mer 24 Aoû - 14:17

« Pas si grande ? » son histoire de fille de la campagne reprenait le dessus. « La Nouvelle Orléans c'est plusieurs centaines de milliers d'âmes, sans parle des grandes villes voisines ! C'est peut-être rapide de la survoler, mais trouver une inconnue sans savoir dans quel quartier elle a ses habitudes ça me semble très optimiste. Surtout qu'il est probable qu'elle évitera pour longtemps celui où elle c'est faite agresser à moins d'être contrainte d'y remettre les pieds. Enfin va savoir. En tous cas, c'est encore là le meilleur point de départ pour la retrouver si c'est ce que tu veux, en demandant aux voisins si quelqu'un la connait. Ou de retrouver cette Camille qui l'aurait peut-être revue ou sait son nom. Il y a aussi ce bar principalement fréquenté par les métamorphes. Voilà pour les conseils que je peux te donner si tu veux avoir une chance de prendre de ses nouvelles.

Pour ce qui est de connaître les gens de la région, il y a de grandes différences entre les habitudes des fermiers, et les derniers arrivants vivant à la Nouvelle Orléans.
Si tu veux découvrir les gens : marche, fait du stop. Y a pas trop de tarés par rapport à d'autres régions mais fais attention. Enfin voyage sur terre c'est ce que je veux dire. C'est pas seul là haut que tu apprendras quoi que ce soit de la vie parmi les humains et les divers outres.

.. bon, pas tout ça, si tu veux un jour passer continuer à discuter, tu peux venir à mon bureau, ou on se croisera peut-être dans un des bars de la gran'ville dans les quartiers les animés. Mais là je suis de service, je dois y retourner. »


Un sourire en coin, bref mais sincère et ce petit geste typique de la main sur son couvre chef - actuellement la casquette étoilée de shérif, et Miss Hudson s'apprêta à repartir.

« En marchant deux ou trois miles dans cette direction tu auras une supérette et un restaurant de routiers si tu as envi de commencer. Mais faudra t'acheter de vraies chaussures si tu veux suivre mon conseil pour aller à la rencontre des gens. Les petites sandales ça va bien quand on se déplace en véhicule mais sinon... »
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