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 Tendresse familiale

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Massa Préceveaux
Mage de la Trinité


Mage de la Trinité


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Emploi: Mage - Vendeuse de sorts à mi-temps
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MessageSujet: Tendresse familiale   Sam 18 Sep - 19:55

    L'après-midi touchait à sa fin. Confortablement installée dans une chaise de jardin, Massa terminait la lecture d'un ennuyant grimoire dans le petit carré vert qui était à l'arrière de sa maison. Tranquillement allongé un peu plus loin dans l'herbe, Fafavi. Le hérisson, aussi stoïque qu'à son habitude, ne semblait nullement intéressé par la présence de sa maîtresse. Pourtant, le simple fait qu'il soit là suffisait à Massa. La Wiccane lut la conclusion – bâclée – de l'auteur obscur de son grimoire et referma le volume d'un coup sec. Elle n'avait rien appris, et avait même décelé l'une ou l'autre erreur. Dire qu'elle espérait y retrouver le processus exact d'un sortilège culinaire ! Il ne lui restait plus qu'à tenter d'innover... Et puis, au pire, elle pouvait très bien réussir les beignets au miel sans magie, c'était juste pour tenter une amélioration.

    Elle se releva, arrachant un sursaut au tranquille Fafavi. Souriant devant l'air à peine incommodé du hérisson, Massa retourna à l'intérieur. Elle posa son ouvrage sur une table et passa dans son salon, avant de se laisser tomber sur le canapé. Là, elle pensa à la dernière discussion qu'elle avait eue avec le vieux Fink'. L'équinoxe approchait, et une nouvelle élection de Mages allait être organisée. Un sourire éclaira le visage sombre de Massa. Cela faisait longtemps qu'elle était Mage, et sa place n'avait jamais été vraiment contestée. Certes, à chaque fois qu'il avait fallu la défendre, elle l'avait fait sans rechigner, mais elle ne craignait pas vraiment un revirement d'opinion. Et puis, elle faisait partie de ces gens capables de se réjouir sincèrement devant la réussite d'un autre. Massa se demandait plutôt qui se présenterait pour les titres en jeu. Quel jeune Wiccan oserait, d'un ton timide ou conquérant, se porter volontaire ? Quel vieux Wiccan réaliserait qu'il voulait s'investir dans la communauté ? Pensive, Massa fit défiler inconsciemment les visages des Wiccans susceptibles de se présenter. Le vieux Fink' avait-il poussé l'un ou l'autre Wiccan à se présenter ? Qu'allaient faire les autres Mages ?

    Et elle-même, qu'allait-elle faire ? Massa ne savait pas encore ce qu'elle présenterait à la communauté. Vraisemblablement un grand sortilège aux allures puissantes. Mais sous quelle forme ? Et avec quel aspect ? Soudain revigorée par la tâche, Massa se releva et fila dans sa cuisine. Quoi qu'il arrive, il lui faudrait des fortifiants pour pouvoir débrider sa magie sans que Fafavi ait à en subir les conséquences. Commençant à rassembler les différents ingrédients qu'elle lierait en un sortilège dès qu'elle aurait mis la main sur son propre grimoire, Massa tendit soudain l'oreille. Il y avait quelqu'un qui s'était arrêté devant chez elle et qui cherchait ses clés. Son cœur de mère fit un bond. Emilie allait arriver d'une seconde à l'autre, comme le prouvait ce coup de sonnette poli – sa fille avait les clés, mais ça ne l'empêchait pas d'être bien élevée. Un grand sourire aux lèvres, Massa reposa tranquillement les épices qu'elle avait commencé à sélectionner et ouvrit son frigo. Il restait un peu de tarte à la rhubarbe, parfait. Elle sortit le plat et le posa sur la table, puis se retourna et accueillit sa fille qui franchissait la porte de l'étage.

    - Emilie !

    Elle la serra un instant contre elle, respirant le parfum salé de la mer. Emilie revenait des docks, et la fierté envahit Massa. Elle regarda un instant sa fille, ne voyant même plus son physique plutôt hérité de Liam, voyant uniquement l'enfant chéri.

    - Tu arrives juste à temps pour le goûter !

    Impossible de repartir de chez Massa le ventre vide. Chaque invité pouvait en témoigner : Massa insistait toujours pour offrir une friandise, une pâtisserie ou un bonbon. Il était inutile de discuter, sous peine de voir Massa se transformer en une femme effrayante.

    - Comment vas-tu, ma chérie ?

    Massa tira une chaise et s'assit face à Emilie, coupant généreusement une part pour sa fille, puis une part pour elle. Sa visite inopinée lui faisait plaisir : cela faisait plusieurs jours qu'elle n'avait plus vu sa fille.
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MessageSujet: Re: Tendresse familiale   Dim 19 Sep - 18:05

Après le travail, j’étais rentrée chez moi prendre une douche et me changer. J’avais essayé de réaliser quelques sorts, mais je n’étais pas assez concentrée et rien ne réussit, même les choses basiques. Dans mon esprit, l’équinoxe d’automne approchait et avec, le renouvellement de la Trinité. Cela signifiait que ma mère courait le risque de ne plus être Mage, perspective que je n’arrivais pas à envisager. Non, pas que je tienne à ce que ma mère garde le poste, mais je savais combien cela comptait pour elle, même si je ne doutais pas que si elle n’arrivait pas à avoir le poste, elle continuerait d’être très présente pour la communauté. A force de trop réfléchir, je n’arrivais plus à me sortir cette élection de la tête, si bien que je décidais d’aller faire un tour sur les Docks pour me changer les idées.
Je mis Gigi dans son sac, constatant alors qu’il avait quelques poils de grillés… décidément plus de magie pour l’instant, je ne tenais pas à ce mon furet finisse carbonisé !

Finalement, je ne restais qu’un court instant sur les Docks parce que ce n’était pas l’endroit où je pourrais me sortir l’équinoxe d’automne de la tête ! Je pris donc le chemin du logement de ma mère, cela faisait quelques jours que je n’avais pas été la voir et puis cela me confirmerais que je m’en faisais sans doute plus qu’elle pour cette stupide élection !

J’arrivais devant sa maison après une bonne heure de marche, ce n’était pas la porte d’à côté, mais je n’étais pas une petite nature, non plus ! Je repris un peu mon souffle pendant que je cherchais les clés, en dérangeant Gigi qui n’apprécia pas du tout. Je donnais enfin un coup de sonnette et poussait la porte. Je savais qu’elle m’avait donné les clés pour que je passe quand je voulais et que par conséquent ce geste n’était pas forcement utile, pourtant je considérais cela comme une des politesses élémentaires et je m’annonçais toujours de cette façon.

Ma mère m'accueillit en me prenant dans ses bras, je lui souris. Je me sentais toujours importante lorsque je venais voir ma mère, j’adorais ce sentiment, non pas parce que j’avais soif de reconnaissance, mais parce que je savais qu’elle était fière de ce que je faisais… même si elle ne savait pas tout !

Comme à son habitude, elle me proposa à manger, enfin c’était grandement sous-entendu dans ses propos et l’utilisation du terme" goûter". De toute façon avec Massa c’était toujours l’heure de manger lorsqu’on passait la voir et ce quelle que soit l’heure de la journée. En même temps, il n’y avait pas de mal, puisque la cuisine de ma mère était toujours excellente ! Je n’étais peut-être pas très objective naturellement, mais je ne me fis pas prier lorsque la part de tarte arriva devant moi. Mon furet vint s’installer sur mes genoux, il avait bien appris la leçon… donner par Massa, le fait était que la seule fois où il avait osé monter sur la table ma mère lui avait appris à voler. J’ai conscience que dis comme cela, on a peut-être que ma mère l’a lancé par une fenêtre d’un premier étage quelconque, mais pas du tout, elle l’avait simplement chassé vivement, il avait quand même volé sur quelques mètres pour finir par retomber sur ses pattes. Mine de rien, ma mère pouvait faire très peur lorsqu’elle le voulait, je pouvais vous l’assurer !
Après avoir avalé quelques bouchées de cette excellente tarte, je me décidais enfin à répondre à sa question.
"Pas trop mal, je suppose que tu ne t’en fais pas trop mais tu réalises que l’équinoxe d’automne approche. Est-ce que tu sais que les paris sont ouverts sur les Docks ? Cela dit tu as une côte excellente."
Je ne cherchais pas à mettre la pression à ma mère, juste à évacuer un peu la mienne. Et puis c’était vrai qu’il y avait des bookmakers partout sur les quais qui clamaient les côtes des participants. C’était pour cette raison, que je n’étais pas resté longtemps là-bas. Si j’avais bien retenu, il y avait cinq ou six participants, dont certains m’étaient totalement inconnus.

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MessageSujet: Re: Tendresse familiale   Sam 2 Oct - 21:21

    Sa fille allait bien ! Massa mordit vigoureusement dans sa part de tarte. Emilie n'avait pas d'ennuis, au moins. Elle allait lui demander des nouvelles de son travail, mais elle n'en eut pas le temps : Emilie lui parlait déjà de l'équinoxe. Quelle enfant impatiente ! Massa eut à peine le temps d'avaler qu'elle éclatait d'un rire joyeux. C'était cocasse, comme situation : Emilie semblait plus inquiète qu'elle pour l'équinoxe. Ainsi, c'était pour sa maman que ce petit air un peu stressé apparaissait au pli de ses lèvres ? Un grand sourire orna les lèvres de Massa, et elle reposa sa tarte. Elle regarda sa fille et répondit tranquillement :

    - Évidemment que je sais que l'équinoxe approche !

    Le contraire eût été inconcevable. Mais l'inquiétude, même voilée, de sa fille lui faisait plaisir. Massa jeta un petit regard sur la table où étaient restées les épices. Il y avait encore pas mal de travail en perspective...

    - Ah, les paris. Grande affaire, hein ?

    Massa résista à l'envie de demander qui était en tête des paris. Cela ne servait à rien, car bon nombre de Wiccans pressentis rataient leur présentation et certains Wiccans manquant de charisme réussissaient de véritables tours de force. Les paris ne désignaient pas les futurs vainqueurs, mais ils étaient de bons indicateurs pour avoir une idée des tendances. Apprendre que sa cote était excellente ravit Massa, mais elle n'y accorda pas trop d'importance. Pour apaiser les craintes qu'elle devinait chez Emilie, Massa continua :

    - Et tu veux savoir si je suis prête ?

    Une tendresse toute maternelle brillait dans les yeux de la Wiccane. Ce n'était pas bien grave, si elle n'était pas réélue. Après tout, elle avait fait son temps. Mais elle s'estimait encore capable de porter la voix de sa communauté. Et elle en avait envie...

    - J'ai parlé avec Dihya, aujourd'hui. Apparemment, il y a quelques pointures qui vont se présenter... Mais les Mages ne cèderont pas leur place sans démontrer leur talent, moi y compris !

    Avisant de la conduite sage du furet d'Emilie, Ma' tendit le bras et attrapa un petit bout de viande sur le plan de travail de la cuisine, situé juste derrière elle. Puis, elle le jeta adroitement vers Gigi, avec un clin d'œil complice. Ensuite, elle continua :

    - Je ne sais pas encore ce que je vais faire. À mon avis, ce sera dans la même veine que lors des précédentes élections. Je me sens à l'aise avec les sortilèges de nature positive, alors ce sera sans doute quelque chose dans ce goût-là...

    Puis, elle regarda sévèrement Emilie.

    - Mais ce sera une surprise, et ne compte pas sur moi pour te dire ce que je ferai !

    Massa avisa l'assiette vide d'Emilie. Un nouveau sourire, et puis :

    - Encore une part ?

    Puis, commençant à servir sa fille sans se préoccuper de la réponse, Massa coupa à nouveau deux parts. Au diable les régimes, elle pouvait bien profiter de la présence de sa petite chérie !

    - Dis-moi, les docks ne parlent pas que de paris, quand même ? Quelles sont les dernières nouvelles ? Ton patron va bien ?

    C'étaient des questions toute anodines, mais Massa aimait bien entendre sa fille lui raconter sa vie. Maintenant qu'elles ne vivaient plus ensemble, un récit tout simple sur sa dernière réussite – ou sa dernière déception – lui faisait toujours plaisir. En revanche, même si elle était prête à épauler sa fille dans un chagrin d'amour, elle ne lui posait jamais de questions sur sa vie amoureuse. C'était ouvrir en grand la porte vers le « D'ailleurs, qui était mon père ? » et autres embarrassantes questions. Même si elle avait chassé Liam de sa vie, il revenait toujours fugacement grâce aux questions de sa fille...
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MessageSujet: Re: Tendresse familiale   Lun 18 Oct - 19:58

Pour un peu je me serais sentie stupide, mais il m’en fallait plus que ça et puis je m’attendais à ce que ma mère ne s’en fasse pas plus que ça pour sa place ! J’essayais une petite moue boudeuse lorsqu’elle me dit que le sort qu’elle préparait serait une surprise pour tout le monde, moi y compris. Si j’avais su ce qu’elle tramait, cela m’aurait peut-être rassurée un peu… quoiqu’à bien y réfléchir, cela n’aurait surement pas été le cas, mais bon on avait le droit de rêver de temps à autre.

J’affichais mon indignation sur mon visage, comment ma mère pouvait-elle avoir un tel manque de confiance en moi ? Naturellement, tout cela était feint… De toute façon, ma mère ne se laissa pas prendre, on pouvait surement penser que Massa était rodée et qu’elle n’avait de toute façon jamais cédé à mes caprices, d’aussi loin que je me souvienne. J’étais un peu déçue, pendant une fraction de seconde je cru vraiment que c’était un manque de confiance, mais en fait non. Le fait qu’elle fasse un sort en rapport avec la magie positive, ce n’était pas vraiment un scoop pour moi, mais il fallait effectivement mieux que j’ignore ce que c’était pour que ça fonctionne mieux.

Gigi avait eu un morceau de viande et moi une deuxième part de tarte, ce qui n’était franchement pas pour me déplaire. J’entamais donc sans me faire prier la pâtisserie avant de répondre à ma mère. Je m’étais toujours demandé si elle avait une idée de ce qui se tramait sur les docks. Probablement que oui, mais j’aimais penser que ma mère était épargnée par cette réalité et ce, même si je savais pertinemment qu’elle avait bien conscience du monde dans lequel elle vivait. J’enviais parfois cette capacité à rester de bonne humeur malgré tout et à voir toujours le côté positif de chaque chose.

"Et bien je dois dire qu’il n’y a pas de grand-chose de nouveaux sur les docks. Par contre hier on a eu un cargo qui venait d’Inde, les marins nous ont affirmé qu’ils avaient vu des démons marins réveillé par des maîtres Wiccan. Quelle bande d’idiots !"

J’avais parlé nonchalamment, même si cela m’énervait passablement.

"Naturellement, cela n’a rien avec de la magie, c’était juste une basse vengeance. Apparemment un des matelots a mis un hallucinogène, je ne sais pas où… pour une raison que je n’ai pas vraiment compris parce que mes notions d’Hindi sont approximatives. Mais qui est-ce qui trinque, c’est encore la communauté Wiccan !"

Je m’arrêtais, puisqu’une fois de plus je m’étais laissé emporter. Cet incident n’aurait pas de répercussion – ou si peu - sur notre communauté et je le savais pertinemment. Le coupable avait été arrêté et il était sous les verrous, comme l’indiquait un minuscule encart dans le journal du jour.

C’était juste que je ressentais chacune de ces histoires anodines que les Normes racontaient en plaisantant lorsque quelque chose "qui sortait de l’ordinaire était arrivée" et qu’ils imputaient ça à la magie comme une insulte ! Après tout, ils tournaient notre art en dérision et dans ces moments, il était certaines fois où je me disais qu’un jour la vengeance serait notre.
Plantant ma fourchette un peu violemment dans ma part de tarte, je continuais en prenant un ton nettement plus calme.

"Sinon, Rob est en super forme, comme d’habitude."

J’aurais voulu en cet instant, être comme ma mère et pouvoir prendre du recul par rapport à toutes ces tensions avec les Normes et notamment les plus radicaux d’entre-eux. J’espérais sincèrement que cette capacité à faire la part des choses et ne plus laisser la colère prendre le pas étaient dû à l’expérience et que le temps effacerait peu à peu ce sentiment d’injustice permanent que j’avais l’impression de ressentir.

Je pris une petite bouchée de tarte – qui me fit le plus grand bien – avant de réafficher un petite sourire et de poser une question tout à fait légitime d’une fille à sa mère :
"Et sinon, quand est-ce que je deviens aussi sage que toi, vénérée Maman ?!"

J’avais tenté une petite note d’humour dans la question, cette discussion ne devait pas devenir trop sérieuse. Je n’étais pas venue débattre, mais juste passé un bon moment avec la personne qui me tenait le plus à cœur dans cette ville.

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MessageSujet: Re: Tendresse familiale   Sam 23 Oct - 15:14

    La Wiccane regarda sa fille, scrutant l'expression furieuse de son visage. Il ne lui fallut pas longtemps pour deviner ce qu'allait lui dire Emilie. Avant même de connaître le dénouement, elle sut que la colère et la rancœur que sa fille gardait au-dedans d'elle ne datait pas de cet événement précis. Le léger poison qui rongeait sa précieuse Emilie envenimait chaque fait lié aux problèmes rencontrés par les Wiccans. Ma' ne souriait plus. Elle était confrontée de plein fouet à son rôle de mère, et cela faisait plusieurs années qu'elle se demandait comment convaincre Emilie du bien-fondé de la résistance pacifique ou du militantisme serein. Elle sentait une violence sous-jacente dans les propos d'Emilie, et cela lui faisait peur. Oh, elle n'avait pas peur de sa fille, elle avait peur pour sa fille. Emilie avait toujours su se contrôler et garder la tête haute – cela comptait dans les premiers enseignements qu'elle lui avait transmis. Mais si elle se laissait aller...

    Massa était quelque peu désemparée. Même Emilie ne pouvait le déceler, mais elle se demandait sincèrement ce qu'elle devait faire. Sa fille n'était plus à l'âge où Ma' pouvait lui forcer la main et lui imposer une manière de voir les choses. Il fallait qu'elle amène Emilie à la réflexion, mais comment lutter quand des crétins de marins venaient tout détruire, dévastant le fragile édifice qu'elle s'efforçait de construire ? Le pire était que les marins n'avaient sans doute pas totalement tort, dans leur stupidité : Ma' aurait été bien surprise d'apprendre qu'aucun Wiccan indien n'avait jamais tenté de réveiller des monstres marins. Et pour cause, elle-même aurait peut-être tenté le coup, à l'époque... Mais là n'était pas la question, elle le savait très bien. Le nœud du problème, c'était que les Normes considéraient les Wiccans presque comme des bêtes de foire, certainement pas comme des êtres humains à part entière. Et Ma' avait suffisamment vécu pour deviner exactement le ton sur lequel on avait raconté ça à Emilie. Si sa fille avait eu cinq ans, Ma' aurait été dans la cour de récré moraliser en personne le gamin qui avait osé la traiter de monstre. Mais voilà, Emilie n'avait plus cinq ans. Et si Ma' essayait de casser la figure aux marins sans avoir recours à la Wicca, ça risquait de très mal se finir pour elle... Et puis de toute façon, elle ne le souhaitait même pas : cela ne correspondait pas à l'approche qu'elle avait des gens. Elle n'agissait pas comme ça.

    Finalement, Massa poussa un long soupir et pressa une main de réconfort sur l'épaule de sa fille. Même si elle ne cautionnait pas l'attitude agressive de sa fille, elle la comprenait. Après tout, Emilie était surtout blessée, et il importait à Ma' qu'elle considère toujours son foyer comme l'endroit où rentrer pour lécher ses blessures.

    - Ça aurait tout à fait pu être un Métamorphe marin, ma chérie.

    Le propos dénotait de l'humour habituel de Ma'. Elle fit un grand sourire à Emilie, la défiant de réagir, puis reprit son sérieux.

    - Les Normes ont peur de ce qu'ils ne connaissent pas. Ils ont peur de la différence. Ils n'ont jamais eu l'opportunité de connaître la richesse de la Wicca, et ils ne l'auront jamais.

    De cela, Massa en était convaincue. Toutefois, c'était également cela le problème : les Normes ne pourraient jamais se mettre à leur place. Il n'y avait que les Wiccans qui pouvaient vraiment se mettre à la place des Normes. Mais Ma' était convaincue qu'il y avait mille manières de jeter des ponts entre eux et de parvenir à une sorte d'égalité. Son regard dégageait une fermeté presque intransigeante, teintée d'un soupçon d'idéalisme.

    - Ce ne sont pas eux qui décident de ce que nous sommes. Laisse-les à leurs fausses idées sur nous. Qui sait ? Un jour, ils seront peut-être sauvés du danger par un Wiccan, et là, leurs idées changeront à la vitesse d'une girouette.

    Si leurs ministres avaient tenu de tels propos, Ma' se serait plus inquiétée, mais fort heureusement, il ne s'agissait que de marins anonymes. Cela ne l'empêchait pas de mesurer l'inconfort de la situation d'Emilie.

    - Je ne te conseille pas de te laisser marcher sur les pieds, loin de là. Après tout, nous sommes Wiccanes et fières de l'être. Veille simplement à ménager un espace acceptable entre ta fierté et l'ambiance nécessaire pour continuer à travailler sereinement.

    Elle sourit tendrement à sa fille. Ce n'étaient que des mots, certes. Mais ils portaient un message d'espoir dont Emilie pouvait s'inspirer. Elle était adulte, après tout ; c'était à elle de trouver son chemin.

    - Un jour, tout ira mieux.

    Et Ma' en était persuadée. À l'image des Noirs qui avaient réussi à faire respecter l'égalité, les Outres feraient entendre leur voix. Rassurée sur la santé du patron, Ma' ne revint pas dessus, en revanche, elle reprit la dernière pique de sa fille, qui l'avait fait sourire.

    - Aussi sage que moi ?

    Ma' retint difficilement un gloussement, avant de dire l'évidence :

    - Pas avant que tu n'arrives à faire les beignets au miel aussi bien que moi !

    Le pire était que Ma' y croyait presque : le fait de cuisiner régulièrement avait certainement un impact sur sa manière de concevoir les sortilèges. Mais la sagesse allait-elle vraiment de pair avec la puissance magique ? Certainement pas... Ma' se leva et entraîna sa fille vers le plan de travail, sans écouter ses récriminations. Elle voulait surtout la distraire, pour l'empêcher de penser au sérieux de ses ennuis sur les docks. Lui mettant dans les mains une boule de pâte à malaxer, Ma' prit d'autres ingrédients en riant sous cape.

    - J'ai décidé de tenter un nouveau sortilège sur les beignets que je vends en boutique. Une idée ?

    Ma' ne comptait pas donner à sa fille un cours de cuisine. Ou du moins, pas seulement. Comme au bon vieux temps, elle pensait dévier sur une passionnante discussion sur leur pratique de la Wicca. Et si aucun projet fini n'en ressortait pour Pralines&Calissorts, ce n'était pas grave. Tout ce qu'elle voulait, c'était un peu d'amusement magique avec Emilie.
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MessageSujet: Re: Tendresse familiale   Dim 31 Oct - 15:29

Effectivement ça aurait pu être un méta, mais dans la réalité c'était quand même à un Wiccan que ces idiots de Normes avaient pensé en premier ! Je ne dis rien, mais je n'en pensais pas moins. Pourtant, je savais que ma mère avait raison, j'avais entendu le discours lors du Congrès de la LEDO à l'Université et j'avais tellement envie d'y croire... Mais au quotidien, on était tellement loin de ce discours merveilleux et cet idéal me semblait parfois utopique lorsque je voyais le comportement de certains – et c'était vrai autant pour les Normes que pour les Outres !

Dans tous les cas, les paroles d'espoir de ma mère me faisaient toujours du bien... à moins que ce ne soit cette fantastique tarte à la rhubarbe dont elle avait le secret.

- Un jour, tout ira mieux.

Oui je l'espérais de tout cœur, tant que ma mère le croirait, je resterais sur le bon chemin, j'en étais persuadée.

Je fis la moue lorsqu'elle répliqua que je devrais apprendre à faire les beignets au miel à la perfection avant de pouvoir prétendre d'être aussi sage qu'elle, est-ce qu'elle plaisantait ? Peut-être pas, c'était une recette que je n'avais jamais réussie et pour cause, je n'étais pas douée en cuisine à la base mais en plus y ajouter la concentration nécessaire à la Wicca pour cette recette m'étais impossible... du moins pour l'instant.

J'étais en train de mâchouiller mon dernier morceau de tarte en ruminant les excellents conseils de Ma' lorsqu'elle m'entraina vers la cuisine me collant un truc dans les mains que j'identifiais après coup comme de la pâte. Ma mère m'annonça ensuite la couleur, pourquoi fallait-il toujours qu'elle me mêle à ses expériences culinaires ? Je souriais malgré tout, je n'avais aucune imagination en matière de recette, mon truc c'était les machines ! Qu'importe, probablement que rien ne ressortirait de cet essais, mais j'aurais au moins passer un bon moment avec ma mère, ce qui était sans doute le but caché de Ma', à bien y réfléchir.

"Franchement, rien ne me vient l'esprit, tu as déjà tellement de chose... Tu sais bien que je manque d'imagination au niveau culinaire."

Et pourtant mon esprit était toujours en action essayant de trouver l'idée qui ferait que ma mère me dirait que j'étais sa digne descendance. Mais au jour d'aujourd'hui, ce n'était encore jamais arrivé. Bon, je ne m'en faisais pas pour ça, ce n'était pas parce que je ne marchais dans ses pas côté cuisine, qu'elle m'aimait moins ou était moins fière de moi... Ou si c'était le cas, elle ne me l'avait jamais sentir ! Pour moi la cuisine n'était importante que lorsque je la faisais avec ma mère, ce n'était déjà pas si mal, j'imagine.

Scrutant la pièce pour avoir une idée de génie, ma mère commençait à sortir tout un tas d'ingrédients de ses placards, avait-elle déjà une idée de ce qu'elle voulait faire ?
En désespoir de cause je lançais la première idée qui me traversait l'esprit.
"Et pourquoi pas des beignets à la rose ou la violette ?"
Je n'avais pas juger utile de préciser que cela serait fait avec de véritables pétales de ces fleurs puisque ma mère n'utilisait jamais que des choses naturelles pour ses fabrications culinaires. En avait-elle déjà en magasin ? Pour tout dire, je ne le savais pas. Je m'intéressais de près à ce que faisait mais elle proposait tellement de chose que parfois j'avais du mal à me souvenir de tout.
"Quand à leur effet pourquoi ne pas faire en sorte qu'il fasse prendre conscience aux gens en l'espace d'une nuit par le biais d'un rêve ce qui est le plus important pour eux dans leur vie ?"

Je devais avouer que je ne pensais pas que ma mère adhère à cette idée. D'abord, parce qu'elle précisait toujours ce à quoi il fallait s'attendre avec ses produits et que ce n'était pas très commercial. Ensuite parce que c'était sans doute un peu forcer la main aux gens que de faire ça... Je me dis que ce n'était pas grave, que Ma' aurait sans doute un éclair de génie ou que au pire on essaierait ça, même si ensuite elle ne le commercialisait pas.

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MessageSujet: Re: Tendresse familiale   Dim 12 Déc - 21:25

Ma' regarda sa fille avec tendresse, comme si elle n'avait pas entendu l'allusion au manque d'« imagination culinaire » d'Emilie. Peu lui importait qu'elle n'ait aucune idée : elles étaient trop proches pour être mal à l'aise avec un manque d'inspiration. Et puis, Emilie avança timidement – pour peu que l'adjectif convienne à Emilie – une proposition. Tout en pétrissant vivement la pâte entre ses doigts décidés, Ma' débrida son imagination, tentant de visualiser et de deviner ce à quoi pensait Emilie. Il lui était facile, presque évident de se concentrer, parce que c'était précisément le domaine dans lequel elle travaillait : la magie affective. Difficile de contenir le sourire qui lui venait aux lèvres... Emilie était bel et bien sa fille. Aurait-elle voulu la renier – jamais ! – qu'elle n'aurait pas pu. Ma' prit une cerise confite dans le petit paquet qu'elle venait de sortir de ses placards et l'avala sans plus de cérémonie.

- Je pourrais facilement m'accorder avec l'un ou l'autre voisin pour les roses, mais pour la violette, ce sera plus compliqué...

Pensive, Ma' donna à Emilie la farine nécessaire pour épaissir la pâte, avant de commencer à former des petits boules rondes, dont la forme faisait inévitablement penser à des beignets. Ayant montré l'exemple, elle laissa sa fille se débattre avec la pâte et fouilla dans ses armoires, avant de revenir sur un triomphant :

- Mais on trouve tout chez une Wiccane, même les ingrédients les plus saugrenus !

Elle avait à la main un petit sachet brun, fermé de façon artisanale, avec une belle étiquette aux couleurs vives. Elle déchira délicatement le papier protecteur et une douce fragrance de violette se répandit dans la pièce. Ma' termina sur un ton complice :

- Ça suffira pour notre essai, je pense. Pour la présentation, je rajouterai l'un ou l'autre bonbon, mais pas trop, vu que ce n'est qu'une tentative. Il ne faudrait pas que la friandise ait l'air trop appétissante. Sinon, mon estomac la réclamerait donc je l’avalerais sans demander son reste à personne.

Restait le plus difficile, mais le plus passionnant : la conception du sortilège en lui-même. Plusieurs idées se débattaient dans l'esprit de Ma'. Elle avait envie d'expérimenter l'idée de sa fille, parce que c'était exactement le genre de sort qui l'intéressait, mais elle savait qu'elle ne commercialiserait jamais le produit, ou alors sous une forme atténuée.

- Quant à cette utilisation de la Wicca, je crois que la majorité des gens en sortiraient détruits. Si le but est de révéler quelque chose de primordial qu'ils veulent absolument savoir, oui, pourquoi pas, mais s'il s'agit d'une anodine friandise, des simples quidams peuvent se retrouver confrontés à la sensation d'avoir raté leur vie. Le rêve est trop puissant, trop évocateur.

Et Ma' savait à quel point une prise de conscience soudaine pouvait rendre quelqu'un malade, malade à en mourir. Toutefois, l'idée lui plaisait, parce qu'elle pouvait également permettre des gestes simples, au quotidien. Tout en quittant son air grave, elle sourit malicieusement et proposa :

- En revanche, si le sortilège est atténué de manière à seulement faire penser à la chose la plus importante dans leur vie... Les consommateurs peuvent se défaire de l'idée aussi soudainement qu'elle leur est venue, mais aussi modifier leur comportement en conséquence, si c'est encore possible. Je m'explique. Par exemple, une femme morte ne deviendrait pas source de chagrin inconsolable, seulement une douce nostalgie. Mais par contre, quelqu'un qui réaliserait que son enfant est la chose la plus importante pour lui pourrait courir le serrer dans ses bras. Le mécanisme ne serait pas conscient, bien entendu, sinon...

Ma' cessa de parler. Tout mettre ensemble allait demander du doigté dans l'agencement des sortilèges, l'ordre de puissance, mais surtout le dosage. Et, last but not least, il fallait décider de la magie précise à invoquer. D'un geste inutile, mais qui traduisait parfaitement son état d'esprit, Ma' releva ses manches.

- On essaye ça ?

Elle aurait tout aussi bien pu dire « au travail ».
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MessageSujet: Re: Tendresse familiale   Dim 26 Déc - 20:03

Je ne sais pourquoi j’avais toujours cette appréhension après tant d’année que ma mère me rit au nez pour l’idée stupide que je venais d’émettre. Peut-être parce que c’était ce que moi j’aurais fait si je l’avais entendu de la bouche de quelqu’un d’autre ? Toujours était-il qu’à aucun instant ma mère n’avait laissé paraître un tant soit peu de moquerie face à ce que je proposais. Là encore, bien qu’elle atténua mes propos, elle le fit avec un immense sourire et un entrain qu’elle seule possédait. Je souris, décidemment, j’étais vraiment fière d’avoir une mère comme elle… même si cela n’avait rien à voir avec ce qui se passait dans la cuisine, ce sentiment qui me vint spontanément ne s’atténua même pas une fois qu’elle que ma mère eu décidé de ce qui serait fait – ou plutôt n’eut fait une proposition sur ce qui pourrait être fait.

Entre temps, j’avais essayé de m’en sortir avec la pâte et de faire ça correctement, ce que Ma’ avait mis quelques secondes à faire, je le fis en cinq bonnes minutes. Heureusement pour moi, pendant ce temps, elle sortit les autres ingrédients et continuant de m’expliquer…

Je ne fus même pas surprise de la voir sortir de la violette de ses placards ! Franchement, on pouvait trouver de tout dans cette cuisine, j’étais persuadée qu’il y aurait même pu avoir des crocs de vampire ou des poils de métas… quoique c’était quand même improbable, il ne fallait pas exagérer non plus.

Mon sourire s’agrandit lorsqu’elle me demanda si on tentait ça.

"Pourquoi pas… il faudra juste faire attention, je te rappelle que la dernière fois qu’on a fait des beignets ensemble, la cuisine en a pâti !"

Bon, d’accord, j’avais 15 ans à l’époque et certainement plus de difficulté à me concentrer pour faire le sortilège correctement. Mais quand même, derrière ça, on avait refait la cuisine, ma mère avait dit être ravie de pouvoir refaire la déco un peu vieillotte de cet endroit. Pour ma part, j’ai toujours soupçonnée qu’elle avait eu peur pour ma sécurité et surement un peu de la puissance qui avait été dégagée. Cette idée m’était venue car en réalité, une fois refaite, la nouvelle cuisine ne m’avait pas semblée si différente de l’ancienne.

Je finis – enfin – mes boules de pâtes.

"Ça commence déjà bien ! Regarde-moi ça, comparer à ce que tu as fait, ça ne ressemble à rien !"

J’étais un peu dépitée, on n’avait encore même pas commencé que ça n’allait déjà pas comme je voulais ! Naturellement, je gardais à l’esprit que Ma’ était une spécialiste de ce genre de chose et pas moi, mais qu’importait, puisque j’étais sa fille – sa digne descendance – je mettrais un point d’honneur à faire aussi bien qu’elle !

Je me mis donc à triturer les pauvres boulettes qui n’avaient rien demandé et au final, aucunes améliorations, c’était franchement désespérant ! Je finis par secouer la tête et arrêté là le massacre.

Ensuite, mon attention revint sur ce que faisait ma mère. Elle préparait la garniture, trempant souvent la cuillère dans la mixture pour gouter…

"Doucement, où on ne va plus en avoir pour les beignets."

Sans trop comprendre ce qui se passait, je m’étais retrouvé avec une cuillère dans la bouche. A mon tour, je goutais ce qu’elle préparait… et je compris de suite pourquoi ma mère faisait cela. J’avais au moins hérité de sa gourmandise !

J’inspirais profondément, maintenant arrivait la partie la plus difficile : celle ou la concentration était de rigueur. Cela était étrange comme j’avais besoin de me concentrer pour faire de la Wicca "culinaire" alors que la Wicca sur la mécanique me faisait l’effet d’une seconde nature.

Pour ma part, je pensais faire en deux parties, d’abord le sort de sommeil et ensuite l’appel au rêve… mais comme Ma’ avait fait en sorte que le sort soit plus léger, on pourrait éventuellement faire le tout en une fois… De toute façon, il faudrait plusieurs essais, c’était certain.

Je m’armais de mon plus sourire, quoiqu’un manquant un peu de naturel, surement que j’étais un peu nerveuse.

"On commence par quoi ? Peut-être en deux parties… on pourrait commencer doucement, non ?"

Il m’aurait été facile de dire que j’allais la suivre, mais le but de ces instants étaient justement de faire ensemble, dès que ma mère aurait donné le départ, on allierait nos forces dans la Wicca, pour le meilleur… ou le pire.

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MessageSujet: Re: Tendresse familiale   Jeu 30 Déc - 14:25

L'évocation d'une ancienne tentative fit sourire Ma'. Fugitivement, elle eut la vision de sa cuisine entièrement retapissée par une pâte crémeuse. L'incident s'était bien terminé – elle avait gagné une nouvelle cuisine au change – mais elle avait eu quelques frayeurs. Soit ! C'était loin derrière, maintenant, et les souvenirs étaient presque flous. Délaissant sa fille au profit d'un supplément du mélange nécessaire à la suite des opérations, elle goûta subtilement et discrètement – du moins le crut-elle jusqu'à la remarque d'Emilie – pour vérifier que le goût était exactement à la hauteur de ce qu'elle espérait. Rougissante comme l'enfant pris la main dans le sac, elle finit par faire goûter Emilie aussi – plus pour la gourmandise que son réel avis. Et enfin, tout fut prêt. Il ne restait « plus qu'à » ensorceler les adorables petites boules de pâte.

Ma' posa l'ensemble des ingrédients sur la table, disposant soigneusement les beignets en un alignements parfait, aidée par sa fille, parce que le plan de travail était devenu trop petit. Elle contourna la table pour se retrouver face à Emilie et prit ses deux mains par-dessus les futurs beignets - qui allaient se retrouver dans la friteuse sous peu. Ses doigts étaient encore pleins de crème mais elle n'en avait cure : ça renforcerait le lien entre elles et leur objet. Et puis, au pire, cela ferait glapir Emilie – où était son furet, d'ailleurs ? Il fallait vérifier qu'il ne profite pas de leur manque d'attention pour chaparder le reste ! Deux parties, proposait sa fille. Très bien, doucement, mais honneur aux plus jeunes. Elle sourit :

- Tu peux commencer si tu veux. Je vais d'abord lier nos deux énergies dans la Wicca, puis je te laisse la main pour le début du sortilège à proprement parler, d'accord ?

Ma' se tut, prenant son inspiration pour ne pas éclater de rire. Elle avait le cœur joyeux et léger, se retenant à grand peine de ne pas serrer sa fille dans ses bras. C'étaient les moments où elle se sentait débordante d'énergie et de bonne humeur. Elle conserva son sérieux et ferma les yeux. C'était inutile, mais cela faisait partie des petits rituels de Ma'. Quand elle ne voyait plus, elle ressentait d'autant plus fort la Wicca et sa propre implication dans cette dernière. Comme elle tendait son esprit vers sa fille, leurs mains serrées devinrent un lien intouchable et impossible à briser. Lentement, l'énergie qui circulait habituellement dans un seul corps humain fut décuplée et circula dans l'ensemble des deux corps, celui de la mère et de sa fille, par la simple force du magnétisme de la Mage. Elle ajouta à voix haute, chantonnant presque :

- Un lien dans la Wicca, pour une seule volonté.

Elle répéta plusieurs fois sa formule, jusqu'à être accompagnée d'Emilie et sentir que oui, le lien s'était correctement formé. C'était toujours amusant que de commencer ainsi avec sa fille : pour avoir souvent connecté sa magie à celle des autres – ne serait-ce qu'aux autres Mages – Ma' savait que jamais rien n'était aussi réussi que lorsque des liens de sang s'ajoutaient à la liste. Et puis, la complicité dégagée par la création de ce lien était toute particulière, parce qu'il s'agissait d'Emilie.

- À toi !

C'était à son tour. Ma' était sincèrement curieuse de voir à quoi pensait sa fille, mais surtout impatiente de démarrer vraiment. Et pour le moment, la cuisine tenait le coup. Les beignets étaient restés sagement alignés sur la table, ayant à peine tressailli malgré la convergence des forces juste au-dessus d'eux. D'accord, le plus gros restait à venir, mais c'était un bon point de départ. Après tout, il devait bien être possible de ne pas tout mettre sens dessus dessous à chaque utilisation de la Wicca...
Parfait.

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MessageSujet: Re: Tendresse familiale   Mar 15 Fév - 12:04

Lorsque nos mains se joignirent, j’affichais encore ce sourire niais du au fait que ma mère m’avait fait goûter la préparation. Il serait vraiment dommage de gâcher tout cela par un manque de concentration… et voilà que je me remettais à me perdre dans mes pensées, il fallait que je reste CONCENTRÉE !

Ma mère ferma les yeux, pour ma part, je les gardais toujours ouverts ayant besoin d’avoir un lien visuel avec les objets que j’ensorcelais. Je n’arrivais – pas encore – à appréhender ce qui m’entourait uniquement avec la Wicca dans ces moments… Cela viendrait avec l’expérience, enfin je l’espérais du moins.

La force du lien s’imposa à moi, c’était toujours la partie la plus simple pour moi. Je n’avais jamais eu de difficultés à lier ma magie avec d’autres. Peut-être parce que j’y avait été habituée dès que ma mère avait su que j’étais également une Wiccan !

*Ca commence mal !*

Déjà perdue dans mes pensées, j’avais loupé le début de la formule pour finir de lier nos énergies. Bon, jusque là ce n’était pas très grave, mais il allait falloir que je sois vigilante !

- À toi !

Une brève panique m’envahit lorsque j’entendis ma mère prononcer ces deux mots…qu’est-ce que je devais faire déjà ?

"Je …heu…"
Je ne finis pas ma phrase prenant une grande inspiration avant de me lancer réellement. On avait frôlé la catastrophe ! Et de une…

"Entends ma voix sombrée
Dans les profondeurs de tes pensées
Sens t’éteindre les bras de Morphée
Et laisse le sommeil commencer."


Je me fichais de faire de rimes ou d’avoir le nombre de syllabes ou de paragraphe, la littérature n’était pas mon fort et encore moins la poésie. Pourtant devant ma mère je faisais des efforts pour que mes paroles ressemblent à quelques choses… ce qui était loin d'être gagné d’avance.

La première fois seule, je fus par la suite accompagnée de ma mère pour dire ces quelques mots. Le texte était court, mais il fallait mieux à mon sens, les beignets n’auraient pas supporté une longue tirade de ma part et tout était dit pour la première phase, non ?
de plus pour une fois cela semblait ne pas trop mal fonctionner, j’étais concentrée et les pâtisseries ne semblaient pas vouloir exploser, ni même aller se fracasser contre les placards… ce qui était une bonne chose !

Finalement, une partie de la pression du à la tâche qui m’incombait s’envola et je souris de nouveaux… chose que ma mère ne pouvait voir, l’avait-elle senti ? Silencieusement, je priais pour qu’elle prenne le relais, mais commençais tout de même à préparer quelques mots au cas où je serais également en charge de la deuxième partie…

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MessageSujet: Re: Tendresse familiale   Dim 3 Avr - 13:07

Réaliser qu'Emilie se sentait sous pression – comment ne pas ressentir une partie de ce qui traversait sa fille alors qu'elles étaient liées par la Wicca, un des liens les plus profonds qui puisse exister – surprit Ma'. Quelle sorte de pression pouvait-elle ressentir ? Avait-elle mis sa fille sous stress, alors même qu'elle ne songeait qu'à s'amuser ? Rapidement, la Wiccane mit son ressenti de côté. Emilie aimait le travail bien fait, ça devait être la raison de ce passager moment de panique. Ma' lui fit un grand sourire. Les vers d'Emilie étaient comme sa patte, sa signature. Elle-même n'en faisait que rarement dans ses formules, mais sa fille avait développé cette manie de vouloir toujours faire rimer ses formules – alors même qu'elle n'aimait pas spécialement la poésie, Ma' lui avait déjà posé la question. Devant l'air faussement prêt d'Emilie, Ma' comprit que c'était à elle de prendre en charge la deuxième partie du sortilège. Tout en gardant le lien aussi fort qu'au début de leur incantation, Ma' réfléchit à la façon de tourner la phrase. Elle devrait continuer en vers, afin de donner toute sa puissance au sort, et souriait à l'avance des lamentables rimes qu'elle allait faire.

Après un regard entendu à Emilie, elle prit la relève :

Une bouchée pour un retour aux sources
Une source pour une réalité
Une réalité pour puiser dans ses ressources
Une ressource pour un bonheur convoité


Ma' allait continuer pour faire revenir le fil de ses paroles vers le plus important de la formule, à savoir le noyau central, qui serait constitué comme convenu de la révélation d'une chose très importante dans la vie... quand Gigi apparut dans son champ de vision. L'air de rien, avec un air de parfait innocent – qui ne trompait plus personne, depuis le temps – il s'approchait lentement mais sûrement des beignets. Ce fut plus fort qu'elle : au moment où le furet tendait une patte vers les petits boules de pâte, Ma' cessa sa formule et leva son petit doigt sans rompre le lien avec Emilie ni retirer sa main. Comme s'il était régi par les mouvements de son petit doigt, un des beignets s'éleva dans l'air. Ma' pointa ensuite son doigt vers Gigi, et le beignet fusa vers lui, s'écrasant sans plus de cérémonies sur son museau. Surpris, Gigi fit marche arrière, et Ma' réalisa qu'elle avait peut-être mal choisi le moment de se distraire : du fait qu'elle s'était interrompue en plein milieu de l'incantation, les beignets avaient commencé à frémir et avaient rompu leur parfait alignement.

La Wicca autour d'elles produisait des grésillements, comme si elle savait que la formule n'était pas complète. Il s'agissait maintenant de reprendre le fil, mais Ma' s'embrouillait elle-même les pinceaux, sûrement parce que Gigi n'avait visiblement pas compris et revenait à la charge.

C'était sans compter Fafavi. Le tranquille hérisson de Ma' arrivait à son rythme, sûrement pour voir ce qui causait toute cette agitation. En voyant la scène, son âme de héros s'éveilla – du moins, c'est ainsi que Ma' vit l'affaire – et il se positionna en mode « boule pleine de piquants » entre les beignets et Gigi. Délaissant un instant la scène, Ma' tenta de se concentrer à nouveau sur les beignets, qui avaient commencé à danser la gigue...

Heureusement, Emilie avait pris le relais. C'était l'avantage d'être deux dans ce genre de sortilèges : il y en avait toujours une pour rattraper l'autre. Et soudain, malgré la cuisine qui menaçait à tout instant d'être prise d'assaut par des beignets en folie, Ma' éclata de rire, redonnant toute la puissance nécessaire à leur échange, concentrant et mêlant son énergie à celle de sa fille.

À côté, Fafavi et Gigi entamaient un combat ultime et épique. Ou plutôt, Gigi essayait sans succès de franchir le barrage imposé par Fafavi, qui reculait de plus en plus vers les beignets.
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MessageSujet: Re: Tendresse familiale   Jeu 7 Juil - 19:59

Ma’ était formidable et sans l’intervention de Gigi, nous aurions fait des merveilles ! J’avais senti que quelque chose avait déconcentré ma mère et j’avais donc légèrement soulevé une paupière pour apercevoir mon furet la tête couverte par un des beignets.

Massa avait eu le bon réflexe pour éloigner la bête, mais en lui permettant de gouter, elle lui avait également permis de savoir si ce qu’on préparait était bon ou pas. Et ça devait l’être puisqu’il revint à la charge. Alors que ma mère avait perdu le fil, j’évitais soigneusement de regarder les beignets pour ne pas moi aussi sombrer dans le rire… Super, c’était à moi de faire le final. Je repris donc où ma mère s’en était arrêtée.

"Un bonheur pour chaque temps
Et un temps pour chaque bonheur
Qu’en cet instant fugace de torpeur
Tu vois ce qui pour toi est important."


Ma mère arriva, je ne sus trop comment à joindre son énergie et ce, tout en éclatant de rire. Nos énergies se mêlèrent et les beignets redevinrent calmes. Je rouvris les yeux, déliant doucement et correctement les liens tissés par la magie pratiquée et enlevant mes mains de l’étreinte de celles de ma mère.

Très bien tout avait l’air normal, tout était revenu à la normal et tout était calme. Mais Lorsque le familier de ma mère, sous le joug du mien, eut trop reculé et qu’il frôla un beignet, il déclencha l’apocalypse ! Fafavi se protégea, tandis que Gigi dans un élan de bravoure et surtout en accord l’appel de son estomac, essayait de les attraper au vol. Les pâtisseries volaient dans toute la pièce, ni ma mère ni moi de faisions le moindre le geste, regardant juste la catastrophe.

Finalement, les beignets suspendirent leur vol pour exploser en une myriade de couleurs. C’était franchement magnifique, grandiose et … salissant. Voilà, la cuisine était repeinte !

"GIGI !"

Au ton de ma voix, on devinait que s’il se montrait, le furet allait passer un sale quart d’heure. Je le savais non loin, dans mon sac, puisqu’il s’était empiffré comme il voulait, ce garnement s’était mis à l’abri avant l’apothéose ! Mais il ne perdait rien pour attendre, ma vengeance… enfin plutôt sa punition serait terrible.

"Je suis désolée."

J’en avais presque les larmes aux yeux qu’il ait tout gâché, je me sentais tellement responsable. Je gardais le regard bas, fixant mes mains et avant-bras qui avaient viré au rose fluo. J’osais enfin timidement lever mon regard sur ma mère… qui était en vert alien. Je ne pus m’empêcher de sourire, elle lécha ses doigts goutant à la mixture qui s’était abattue sur nous ce qui m’arracha une grimace. C’était dégoutant… mais visiblement, ma mère n’était pas du même avis, selon ses dires, la recette avait parfaitement fonctionné et c’était délicieux. C’était tout Ma’ !

J’explosais de rire, bientôt suivit par ma mère. En réalité, c’était juste un après-midi normal chez les Préceveaux !


~~ FIN ~~

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